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L’inversion de la controverse et l’Entre soi apologétique autour des Centuries « nostradamiques « 

Posté par nofim le 9 juin 2021

L’inversion de la controverse et l’Entre soi apologétique autour des Centuries « nostradamiques »

par Jacques Halbronn

 

Nous assistons à un renversement des situations : celui qui crée la controverse deviendrait celui qui est controversé. On pense à un commentaire d’Hervé Drévillon, co auteur avec Pierre Lagrange en 2003 chez Gallimard— d’un Nostradamus, L’éternel retour. à propos de notre ouvrage paru l’année précédente sur Nostradamus (ed. Ramkat), Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamu. Il signale que notre travail est « controversé ». Or, comment une controverse pourrait-elle ne pas l’être du point de vue de ceux dont les positions font l’objet d’une critique ?

On assiste donc à une stratégie consistant à présenter les thèses critiques comme celles qui feraient l’objet de ….critiques ! Or, selon nous, c’est la défense du statu quo qui serait en principe vouée à la critique, en ce qu’elle est le fait du plus grand nombre qui se trouve ainsi déstabilisé et dont le consensus serait menacé. Comment en est-on arrivé à inverser ainsi les rôles ? Celui qui attaque ne défend pas un certain ordre social, il est forcément isolé, en tout cas minoritaire, marginal, du moins dans un premier temps ; Comment ne serait-il pas ipso facto « controversé » par les tenants d’une certaine doxa ? C’est donc bien le qualificatif de «controversé » qui nous apparaît comme impropre dans le propos de Drévillon et Lagrange.. Mais quelle jubilation dans une telle posture de leur part !

On rencontre ce même exercice rhétorique chez un Patrice Guinard 1 qui n’hésite pas à traiter notre approche de « canular » ou de « travaux iconoclastes et facétieux ». et de parler de « misère » et de « chagrin » à propos de la démarche critique d ’un certain nombre d’auteurs qu’il entend clouer au pilori. C’est la paille et la poutre quand on sait les gesticulations obligées pour déclarer qu’il n’y a rien à signaler (RAS), pas de quoi s’inquiéter, que tout est sous contrôle que tout va très bien, Madame La Marquise. Politique de l’autruche qui se satisfait du qualificatif de « controversé » face à un certain questionnement. En fait, on assiste à une forme d’inertie, de résistance jusqu’à « nouvel ordre  «  comme s’il fallait tenir la position « intenable » le plus longtemps possible.

Ecoutons Patrice Guinard :

« Chagrin de la Recherche Académique et Universitaire sur Nostradamus de Salon de CRAU : hormis les études du CURA, il faut chercher péniblement dans les revues, comptes-rendus et actes de colloques spécialisés, ou douteusement prétendus tels pour les études nostradamiennes, de rarissimes articles susceptibles de contenir quelque information substantielle concernant Nostradamus. Quatre siècles après les ouvrages de Chavigny, secrétaire de Nostradamus entre 1561 et 1566 sous le nom de Jean de Chevigny, la situation n’a guère évolué. Mis à part les essais de Pierre Brind’Amour, décédé en janvier 1995, et qui a obtenu une aide au Canada pour entreprendre son ouvrage de 1993, la recherche vivante se développe principalement chez des passionnés, à l’écart des institutions culturelles. Force est de constater qu’elle continue de proliférer en dehors des cercles académiques, dans l’édition dite populaire et maintenant sur internet. De pseudo-spécialistes et des fonctionnaires patentés et rétribués par les institutions culturelles étatiques, que ce soit en France ou à l’étranger, sont parfois commandités par des éditeurs et responsables de collection pour couvrir un sujet pour lequel ils n’ont pas la connaissance requise. C’est ainsi qu’on découvre avec une certaine stupéfaction des erreurs, des contre-vérités, des problématiques et des propos désuets dans les articles les plus récents. J’en étudierai quelques uns pour la période 2001-2006 (plus un article de 2012 rajouté et analysé le 29 Septembre 2013). 2

Comment y voir clair dans une telle polémique ? Nous dirons que certains milieux sont particulièrement frappés par un tel « renversement » alors que ce n’est guère le cas dans d’autres. Dans notre jargon, nous dirons que dans un cas, c’est la domination des Saturniens et dans l’autre, celle des Jupitériens. Quand les Saturniens l’emportent, le critique est celui qui est « controversé » alors que quand les Jupitériens l’emportent, ce sont les tenants du statu quo qui sont mis collectivement sur la sellette. On se rend bien compte que dans le domaine du religieux, des traditions (dont l’astrologie), de la pratique de la langue, Saturne aura l’avantage mais que dans le champ proprement « scientifique », un chercheur pourra l’emporter « contre tous » et imposer à terme sa « solution ».

Le Saturnien se reconnaitra au fait que ses « critiques » visent… les critiques.Il est sur la défensive.(cf André Barbault et sa Défense et Illustration de l’Astrologie, Grasset, 1955) et ce n’est que par des nuances, des ravalements de façade, qu’il se distinguera des autres membres de la corporation, alors que dans l’ensemble, rien n’aura été ébranlé de fondamental, on reste dans le même moule et dans l’interchangeable. Dans le champ nostradamique qui nous sert ici d’exemple, l’on observera que le Saturnien aboutira, au bout du compte, à conserver et à préserver le corpus tel qu’il se présente, à savoir notamment les dates de publication qu’il prend pour argent comptant. Comme on dit, on ne va quand même pas réinventer la brouette. Les choses resteront, en gros, en l ’état quitte à greffer par dessus quelque commentaire pour donner le change et l’illusion du progrès…En vérité, le Saturnien n’a pas assez confiance en ses propres forces intellectuelles pour aller au delà d’un certain seuil, qui le mettrait en décalage avec les données généralement établies et véhiculées. Courageux mais pas téméraire. En ce sens, en effet, le Saturnien ne risquera pas d’être qualifié de « controversé », c’est à dire de non-consensuel. Evidemment, il en sera tout autrement avec le Jupitérien qui sera dans la déconstruction et conduira à un changement de paradigme.

Or, il nous apparaît que les domaines où Saturne occupe le haut du pavé ont tendance à se scléroser et finalement ne parviennent pas à attirer les éléments les plus doués. Tout se paie. Si l’on reprend le dialogue de Dieu avec Abraham au sujet de Sodome qui ne pourrait être sauvée de la rage divine que si l’on trouve en cette ville un minimum de « Justes », nous dirons qu’une société qui n’accepte pas en son soin la vraie « controverse » propre à une poignée de Jupitériens est vouée à dépérir et à se corrompre. En effet, les deux protagonistes ont besoin l’un de l’autre car le jupitérien n’est pas censé vivre avec des Jupitériens mais dans une « diaspora » en milieu saturnien.

Il y a là un dilemme : soit l’on va tenter de rendre compte de certaines bizarreries du corpus considéré, au prix d’une lecture qui n’a que le mérite de la préservation en l’état du dit corpus- on pense aux propos embarassés d’un Robert Benazra quant à la chronologie des éditions centuriques entre 1555 et 1594 (Répertoire Chronologique Nostradamque, Paris, Trédaniel La Grande Conjonction, préface de Jean Céard, 1990), soit l’on est contraint de faire le tri entre les vraies et les fausses éditions, en ne démarrant cette chronologie qu’au milieu des années 1580, ce qui précédé n’étant que des contrefaçons antidatées.. Et l’on en revient au débat sur qui fait l’objet de « controverses », celui qui défend une chronologie « factuelle », produite par les libraires de l’époque, ou celui qui dénonce et défait une production contrefaite. Contrefaçon ou Controverse, that is the question..

Mais venons -en à l’ouvrage co(écrit à 4 mains par Hervé Drévillon et Jean-Piere Lagrange, chez Gallimard et voyons si le dit ouvrage ne préte pas le flanc à la critique. Examinons pour commencer leur narratif des premières éditions (pp.18 et seq) : « En 1555, il ( Nostradamus) publie à Lyon, chez Macé Bonhomme, son premier recueil de « centuries » (..) Il contient trois centuries complètes et 53 quatrains de la quatrième. Progressivement, entre 1557 et 1558 de nouvelles éditions portent le nombre des centuries à dix (..) Le succès des Prophéties fut favorisé par l’interêt manifesté par le couple royal Henri II et Catherine de Médicis.Au cours de l’Eté 1555, peu de temps après la première édition de ses centuries. (…) Trois ans plus tard l’édition contenant l’ultime livraison des quatrains prophétiques et assortie d’une épitre dédiée à Henri II où Nostradamus évoque son voyage à la Cour, ce moment où, écrit-il « mes yeux furent si proches de votre « splendeur solaire »

On note pour commencer l’absence du moindre doute sur cette édition- « controversée » justement – alors qu’il eut fallu au minimum signaler les arguments à ce propos, quitte à les réfuter.Donc on voit que lorsque l’on conteste une certaine version, on catégorise l’objection comme « controversée » alors qu’elle serait « controversante ». Les auteurs nous fournissent un luxe de détails sur le nombre de la dite édition comme si cela pouvait renforcer son authénticité. Ils ne signalent pas l’édition critque (posthume) de 1996 par Pierre Brind’amour, chez Droz, de la dite édition !

Les auteurs nous racontent à leur manière la succession des éditions  « entre 1557 et 1558 » alors que l’on ne connait que celle de 1568 pour une édition (posthume) à 10 centuries, comprenant l’Epitre à Henri II, certes datée de 1558. Autrement dit, les auteurs ont supposé qu’il y avait eu une édition à cette date, ce qui n’est nullement attesté. Cela leur permettait d’associer l’Epitre au Roi avec sa mort, l’année suivante 1559 et il est vrai que si cette Epitre n’était parue qu’en 1568, cela aurait fait un peu désordre. Ils oublient, malgré leur référence, dans la bibliographie, à notre publication alors très récente de 2002 , qu’était parue une telle épitre adressé au dit souvertain en tête des Présages Merveilleux pour 1557(en partie reproduite en fac simile dans le Testament de Nostradamus, Ed du Rocher 1982, pourtant recensé dans leur bibliographie et intégralement dans notre publication de 2002 , celle dont on nous dit que ses thèses sont « controversées ». A ce propos, nos auteurs semblent ignorer l’existence de notre thèse d’Etat (Paris X, 1999 sous la direction de Jean Céard) qui comporte un important développement sur les Centuries. Ils ne signalent pas davantage notre communication aux Journées Verdun Saulnier de 1997 sur la parution d’éditions des Centuries sous la Ligue et l’influence des événements sur la rédaction de tel quatrain de la Ive centurie figurant étrangement dans la dite édition de 1555 !.), “Les prophéties et la Ligue”, Colloque Prophètes et prophéties au XVIe siècle, Cahiers V. L. Saulnier, 15, Paris, Presses de l’Ecole Normale Supérieure. En fait, toute la question tient au décalage entre le scénario d’éditions des dix centuries du vivant de Nostradamus,, celui d’une édition posthume au lendemain de sa mort en 1566 et celui de premières éditions dans le cours des années 1580. Nos auteurs imposent ipso facto le premier scénario, sans autre forme de procès qui n’est d’ailleurs défendu par à peu près personne de nos jours., le deuxiéme étant le plus souvent adopté.

Passons à présent à une autre particularité du travail de Drévillon et Lagrange, à savoir l’instrumentalisation de Ronsard comme témoin précieux de la production centurique.

Nous les citons :

En 1560 , dans l »élégie à Guillaume des Autelz, Ronsard témoigne de la renommée acquise par Nostradamus. « Comme un oracla antique, il a dès mainte année/Prédit la plus grande part de notre destinée  (…) Notre prince au milieu de ses plaisirs est mort «  Ronsard associe la renommée de Nostradamus à la mort d’Henri II survenue en 1559 à l’ occasion d’un tournoi  (..) La postérité a retenu un quatrain (I, 35) qui semble avoir prédit ce funeste événément dans la première centurie publiée en 1555 »

Toujours dans l’idée que Nostradamus avait prédit la mort d’Henri II, ce qui fait partie de sa légende dorée (cf notre récente étude sur SCRIBD sur ce thème). Le probléme, c’est que le texte de Ronsard présenté a été tronqué par les auteurs  et nous en restituons l’intégralité. On a carrément

supprimé la référence à une cométe !  Ce qui est paradocal de la part de

quelqu’un qui a  obtenu  un  DEA  sur ce sujet  en 1990, Les traités des comètes de 1577 à 1683 : les révolutions d’un signe, DEA. EHESS, Paris.

« D’un sceptre si gaillard, en a monstré le signe : 190Depuis un an entier n’a cessé de pleurer : On a veu la comette ardente demeurer Droict sur nostre pais : & du ciel descendante Tomber à Sainct Germain une collonne ardente : Nostre Prince au meillieu de ses plaisirs est mort «

Les auteurs semblent ignorer l’impact des cométes dans le champ prophétique bien que Drévillon, dans sa thèse (1993) se réfère aux Pensées sur la cométe de Pierre Bayle (cf notre bibliographie sur le sujet), “Les variations d’impact des “comètes” en France. Etude bibliographique (fin XVe – fin XVIIIe siècles)”, in Actes du Colloque La comète de Halley et l’influence sociale et politique des astres, Bayeux

Ce sujet des cométes au XVIe siècle a été documenté par Isabelle Pantin dans sa poésie du ciel en France dans la seconde moitié du seizième siècle.par Isabelle Pantin. Droz, 1995 (page 477)– et il est attesté que la mort d’Henri II s’expliquait par le passage d’ une cométe. Michel Plaisance ( La cométe de 1577 dans le ciel de la poésie burlesque/Un madrigal retrouvé d’Antonio Francesco Grazzini) revient sur une cométe de 1557 :

 

« À propos de la comète de 1557 qu’il rattache au signe du Scorpion, (Junctin) constate qu’elle annonçait la mort de Henri II, roi de France et époux de Catherine de Médicis, car «en sa nati-vité le signe du Scorpion se trouva en la huictième maison du ciel» (p. 10). Giuntini qui cherche toujours à concilier religion et astrologie  pré-cise que c’est Dieu qui nous avertit par l’intermédiaire des comètes »

Signalons que Benazra, dans son RCN (p. 47) fournit également un texte ctronqué de l’Elégie de Ronsard et arrrêtre sa citation avant le développement sur la cométe. Quant à Patrice Guinard dans son « Ronsard, lecteur de Nostradamus » -Corpus Nostradamus 96) ?????

En réalité, Ronsard se référe aux almanachs et pronostications de Nostradamus dans son texte et non aux Centuries et d’ailleurs, nos auteurs n’écrivent-ils pas que « les présages contenus dans les almanachs constituent la matrice à partir de laquelle Nostradamus a composé ses Prophéties » (p. 23) ?Comme un oracla antique, il a dès mainte année/Prédit la plus grande part de notre destinée « . En fait, la réputation de Nostradamus, du moins de son vivant, relevait de sa production astrologique annuelle et non de ses « centuries ». Cela vaut d’ailleurs pour la Préface à César dont la mouture en tête des premières centuries est probablement calquée sur une préface ayant réllement figuré en tête de l’un de ses almanachs -(cf nos travaix sur le passage d’un Nostradamus premier à un Nostradamus bis et l’édition de B  Chevignard, du Recueil des Présages Prosaiques sous le titre de « Présages de Nostradamus (en vers et en prose) Ed Seuil 1999 non signalée par nos auteurs). Ce processus de calque vaut pour les quatrains des centuries sur le modèle des « présages » ainsi que pour l’Epitre à Henri II datée de 1558 reprise d’une première épitre datée de 1556 (cf nos Documents inexploités, 2002) Nous reviendrons prochainement sur les méthodes de travail d’Hervé Drévillon qui ont abouti à son ouvrage paru chez Champvallon en 1996 Lire et écrire l’avenir au XVIIe siècle..

 

 

 

 

09 05 21

 

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