Jacques Halbronn Méthodologie de l’anthropocosmologie

Posté par nofim le 24 juin 2021

Méthodologie   de l’Anthropocosmologie

Par  Jacques  Halbronn

 

L’Anthropocosmologie telle que nous la concevons  part du constat anthropologique pour aborder le plan cosmologique. En d’autres termes, il importe de faire apparaitre, de dégager un phénoméne comportant une dimension à la fois cyclique et dialectique compatible avec la recherche d’une corrélation avec certaines configurations liées, d’une façon ou d’une autre, à notre systéme solaire

Si un tel travail préalable et préparatoire n’est pas réalisé,  l’on sort ipso facto du champ de l’anthropocosmologie lequel associe observations sur nos sociétés  et cyclicité. Quand nous avons abordé l’astrologie, nous disposions d’entrée de jeu de deux ancrages anthropologiques : nos études sur le génie et sur le colonialisme. Les premières traitaient de la conflictualité entre le génie (cf nos textes datant de 1966 et au-delà)  et le peuple, les secondes  traitaient de la  formation des empires alternant avec leur effondrement. Dans les deux cas, il s’agissait de phénoménes récurrents ayant toujours existé et n’étant pas propres à notre modernité.

Il importe de souligner le fait que pour l’anthropocosmologie, ce que nous pouvons observer « sur terre » prime sur ce que nous pouvons observer « dans le ciel », étant entendu que notre compréhension de l’humain  est censée dépasser ce que nous appréhendons du céleste lequel ne saurait être décrypter que par le moyen de corrélations entre les deux plans, terrestre et céleste. Autrement dit, nous ne partons aucunement du postulat  selon lequel le systéme solaire dans son ensemble, y compris les astres découverts depuis la fin du xVIIIe siècle, devrait impérativement servir à l’astrologie. Ce qui importe, c’est l’usage que les hommes font des astres et non l’inverse.

En ce sens, la démarche statistique de Michel Gauquelin, engagée depuis la fin des années 40 (selon les parutions de son Laboratoire à partir de 1949, avec la parution en 1955 de son Influence des astres) peut-elle s’inscrire épistémologiquement dans le cadre de l’anthropocosmologie ? Le fait est que Gauquelin n’adopte pas ici une démarche dualiste, puisqu’il présente trois planètes, Mars,  Jupiter et Saturne (auxquelles vont s’ajouter par la suite la Lune et  Vénus, mais pas Mercure (cf notre commentaire sur ses travaux in La pensée astrologique, en préambule  à la réédition de l’Histoire de l’Astrologie de Serge Hutin Ed. Artefact 1986). Il reste que Gauquelin part d’un découpage qui ne doit rien, au départ,  à l’astrologie, à savoir des catégories socioprofessionnelles reconnues- ce qui ne serait pas sans rapport  avec la division sociale en caste (cf Georges Dumézil et la  « triade ») et qu’il les relie avec  les positions natales correspondantes.

Qu’en est-il de la méthodologie d’André Barbault, au prisme de notre anthropocosmologie ? Il s’agit ici de ce qui s’appelle Astrologie Mondiale. Dans sa Crise Mondiale de 1965 (Albin Michel, 1964), Barbault s’intéresse à un certain nombre d’événements dont il cherche à rendre compte astrologiquement. Mais selon nous, Barbault ne prend pas la peine de définir les dits événements au prisme d’une dialectique cyclique qui ferait sens même en dehors de l’Astrologie. Autrement dit, la  cyclicité se trouverait du seul côté du cosmos. Or, pour nous, il ne peut y avoir mise en corrélation que si les deux domaines à connecter présentent structurellement des analogies. Si l’on prend à présent un autre ouvrage paru 3 ans plus tard,  Les Astres et l’Histoire, Pauvert, l’on note que Barbault part du constat selon lequel, le XXe siècle  aura été marqué par deux Guerres Mondiales et il propose, à la suite d’Henri Gouchon (et en remontant plus loin d’Eugéne Caslant et de Wronski) de rechercher ce qui pourrait être commun à ce binome terrestre. Se posent alors deux problémes :  ce binome terrestre est-il récurrent à l’aune de la « longue durée » de l’Histoire de l’Humanité d’une part et de l’autre, à quelle structure astrale peut-on le connecter ? Or, il nous semble difficile de valider anthropologiquement les deux guerres mondiales en question, ne serait- ce que parce  cela n’est pas attesté pour d’autres périodes. Barbault note toutefois qu’il fait alterner dans son graphique, les temps où la courbe monte et le temps où la courbe descend. Mais le dit graphique, –nous explique-t-on- est la résultante des cycles de 5 planétes (de Jupiter jusqu’à Pluton) selon que les dites planétes se regroupent ou se dispersent. La concentration  conduirait à un élargissement des conflits et la répartition des dites planétes sur tout l’écliptique à un processus de repli identitaire menaçant de ce fait les réalisations à grande échelle. Le probléme du graphique est qu’il ne se présente pas sous la forme d’une sinusoïde régulière, ce qui nous semble devoir être le propre de la réalité astronomique. A contrario, quand Barbault étudie l’histoire de l’URSS, au moyen d’un cycle Saturne-Neptune (cf  Défense et Illustration de l’astrologie, Paris, Grasset, 1955), nous disposons bien d’un paramétre régulier, de 36 ans en 36 ans. Mais alors Barbault ne nous précise pas de quelle dualité cyclique il s’agit au regard de l’Histoire. A quoi tient un tel défaut ?Au fait que Barbault n’entend pas structurer le cours des astres selon les données terrestres, ce qui est au cœur de la méthode anthropocosmologique. Il préfère étudier séparément les deux plans en connectant pas Saturne et Neptune mais sans introduire de dialectique, ce qui aurait pu être le cas s’il avait pris en compte le Zodiaque  tropique avec l’alternance équinoxes- solstices/. En effet, l’Anthropocosmologie implique ce type de connexion entre ce qui se passe dans le ciel et au niveau de la Terre selon le principe de la Table d’Emeraude, ce qui est en bas est comme ce qui est en haut.

C’est ainsi que, comme l’a montré, à sa façon, dans sa Théorie des Ages, Jean-Pierre Nicola,  les  cycles planétaires correspondraient analogiquement à nos cycles de vie. Autrement dit, l’anthropocosmologie mettrait en évidence  une structure commune entre les deux plans –une sorte d’interface.

 

JHB

24 06 21

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Jacques Halbronn L’astrologue André Barbault et la crise de Cuba de 1962

Posté par nofim le 23 juin 2021

 

 

L’astrologue André Barbault (1920-2019) et la crise de Cuba de 1962

 

A l’occasion de la sortie du film d’espionnage Un espion ordinaire (The Courier), drame historique américano-britannique réalisé par Dominic Cooke, il convient de rappeler la  gravité  de la crise de Cuba en 1962 et de s’interroger sur le traitement qu’en a fait Barbault avant et après l’événement.  Nous disposons d’un document remarquable avec son ouvrage paru en 1964, donc deux ans après environ,  intitulé «  la crise mondiale de 1965 »  Paris, Albin Michel. On se contentera de revenir sur  le texte figurant en  quatrième de couverture :

« Quelle connaissance avons-nous, en général des prévisions astrologiques ? Celle que nous donne la lecture distraite ou amusée de l’horoscope des journaux quotidiens. Ici, une tentative sérieuse est faite en vue de montrer ce qu’est réellement l’astrologie appliquée à l’étude des événements mondiaux. Le néophyte est introduit sans difficulté dans le secret d’une discipline qui vise à surprendre l’évolution des différentes sphères de la Société. Que nous réservent, en Afrique du Nord par exemple, les secousses de la mi- février1964? Le rapprochement Est-Ouest sera-t-il définitif  le 1er Mai 1964? La troisième guerre mondiale, comme le croient beaucoup d’astrologues, éclatera-t-elle au moment de l’éclipse solaire du 30Mai 1965? Où va l’Europe des Six? Le Gaullisme va- t-il vers son déclin? Qui sera le prochain Président de la République ?… L’intérêt essentiel de 1964- La crise mondiale de1965est que, à travers divers points de repère fixés d’une façon extrêmement précise et avec une assurance troublante, André BARBAULT entend nous introduire au sein d’un monde à la veille d’une nouvelle grande crise générale, en essayant de dégager le sens des bouleversements historiques qui se préparent. »

 

La formule  « une nouvelle grande crise générale » nous intrigue tout comme l’évocation  d’une « troisiéme guerre mondiale ». Or, le monde vient de vivre une crise majeure comme le rappelle le film en question. Les soviétiques, sous Nikita Krouchtchev avaient installé des missile sur l’ile de Cuba, face à la Floride . En 1963, Kennedy sera assassiné, à Dallas. Autant d’événements qui précédent de peu la parution de l’ouvrage et qui sont encore plus récents lors de sa rédaction.

Il nous semble que Barbault  essayait alors  de faire oublier son échec prévisionnel  concernant la crise de Cuba qu’il n’avait pas vu venir astrologiquement parlant et qu’il envisage des événements encore plus dramatiques pour relativiser  ce qui vient de se passer comme s’il voulait nous dire que l’on avait encore rien vu. Or, avec le recul – soixante ans après- force est de constater que le monde n’aura jamais été si près d’un affrontement militaire qu’en 1962 et ce qui s’est passé  en 1989 montre une pente descendante au niveau des tensions Est Ouest.  Quid de cette « nouvelle crise générale » dont nous parle la quatrième de couverture ? Est-ce que la formule se réfère sans le dire nettement à la crise de Cuba sans la nommer expressément ?

En 1967, trois ans après  la publication et deux ans après la « non crise mondiale » annoncée,  Barbault  va proposer une nouvelle échéance pour 1982 sur la base d’un « indice cyclique » (Les astres et l’Histoire, Ed Pauvert) et en 1973, dans le Pronostic Expérimental en Astrologie. Ed Payot), il reconnait  son échec prévisionnel  à propos du rendez-vous qu’il avait fixé pour 1971 (sur la base du cycle Saturne-Neptune) No comment !

 

JHB

23. 06 21

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jacques Halbronn Les deux principaux dialogues bibliques au prisme de la relatin Jupiter Saturne

Posté par nofim le 23 juin 2021

 

 

Les  deux principaux dialogues bibliques au prisme de  la relation Jupiter- Saturne

Par  Jacques  Halbronn

 

Il y  a dans l’Ancien Testament deux dialogues majeurs, l’un entre Dieu et Abraham (Genése), l’autre entre Dieu  et   Moise (Exode III)

Le premier  introduit la notion de proportion nécessaire  de Justes au sein de toute société viable. Or, selon nous, cette minorité indispensable de Justes  renvoie à Jupiter. En hébreu, le Juste est le Tsadiq  et le nom de Jupiter dans le Livre de la Création (Sefer Yetsira) est Tsedeq. La Cité est pleine de Saturniens mais sans les jupitériens, elle est condamnée à la corruption.

 

 

 

 

 

 


כד אוּלַי יֵשׁ חֲמִשִּׁים צַדִּיקִם, בְּתוֹךְ הָעִיר; הַאַף תִּסְפֶּה וְלֹא-תִשָּׂא לַמָּקוֹם, לְמַעַן חֲמִשִּׁים הַצַּדִּיקִם אֲשֶׁר בְּקִרְבָּהּ.

24 Peut-être y a-t-il cinquante justes dans cette ville: les feras-tu périr aussi et ne pardonneras-tu pas à la contrée en faveur des cinquante justes qui s’y trouvent?

כה חָלִלָה לְּךָ מֵעֲשֹׂת כַּדָּבָר הַזֶּה, לְהָמִית צַדִּיק עִם-רָשָׁע, וְהָיָה כַצַּדִּיק, כָּרָשָׁע; חָלִלָה לָּךְ–הֲשֹׁפֵט כָּל-הָאָרֶץ, לֹא יַעֲשֶׂה מִשְׁפָּט.

25 Loin de toi d’agir ainsi, de frapper l’innocent avec le coupable, les traitant tous deux de même façon! Loin de toi! Celui qui juge toute la terre serait-il un juge inique? »

כו וַיֹּאמֶר יְהוָה, אִם-אֶמְצָא בִסְדֹם חֲמִשִּׁים צַדִּיקִם בְּתוֹךְ הָעִיר–וְנָשָׂאתִי לְכָל-הַמָּקוֹם, בַּעֲבוּרָם.

26 Le Seigneur répondit: « Si je trouve à Sodome au sein de la ville, cinquante justes, je pardonnerai à toute la contrée à cause d’eux »

כז וַיַּעַן אַבְרָהָם, וַיֹּאמַר:  הִנֵּה-נָא הוֹאַלְתִּי לְדַבֵּר אֶל-אֲדֹנָי, וְאָנֹכִי עָפָר וָאֵפֶר.

27 Abraham reprit en disant: « De grâce! j’ai entrepris de parler à mon souverain, moi poussière et cendre!

כח אוּלַי יַחְסְרוּן חֲמִשִּׁים הַצַּדִּיקִם, חֲמִשָּׁה–הֲתַשְׁחִית בַּחֲמִשָּׁה, אֶת-כָּל-הָעִיר; וַיֹּאמֶר, לֹא אַשְׁחִית, אִם-אֶמְצָא שָׁם, אַרְבָּעִים וַחֲמִשָּׁה.

28 Peut-être à ces cinquante justes, en manquera-t-il cinq: détruirais-tu, pour cinq, une ville entière? » Il répondit: « Je ne sévirai point, si j’en trouve quarante-cinq »

כט וַיֹּסֶף עוֹד לְדַבֵּר אֵלָיו, וַיֹּאמַר, אוּלַי יִמָּצְאוּן שָׁם, אַרְבָּעִים; וַיֹּאמֶר לֹא אֶעֱשֶׂה, בַּעֲבוּר הָאַרְבָּעִים.

29 Il insista encore, en lui disant: « Peut-être s’y en trouvera-t-il quarante? » Il répondit: « Je m’abstiendrai à cause de ces quarante. »

ל וַיֹּאמֶר אַל-נָא יִחַר לַאדֹנָי, וַאֲדַבֵּרָה–אוּלַי יִמָּצְאוּן שָׁם, שְׁלֹשִׁים; וַיֹּאמֶר לֹא אֶעֱשֶׂה, אִם-אֶמְצָא שָׁם שְׁלֹשִׁים.

30 Il dit: « De grâce, que mon Souverain ne s’irrite point de mes paroles! Peut-être s’en trouvera-t-il trente? » Il répondit: « Je m’abstiendrai, si j’en trouve trente »

לא וַיֹּאמֶר, הִנֵּה-נָא הוֹאַלְתִּי לְדַבֵּר אֶל-אֲדֹנָי–אוּלַי יִמָּצְאוּן שָׁם, עֶשְׂרִים; וַיֹּאמֶר לֹא אַשְׁחִית, בַּעֲבוּר הָעֶשְׂרִים.

31 Il reprit: « De grâce, puisque j’ai osé parler à mon Souverain, peut-être s’en trouvera-t-il vingt? » Il répondit: « Je renoncerai à détruire, en faveur de ces vingt. » Il dit:

לב וַיֹּאמֶר אַל-נָא יִחַר לַאדֹנָי, וַאֲדַבְּרָה אַךְ-הַפַּעַם–אוּלַי יִמָּצְאוּן שָׁם, עֲשָׂרָה; וַיֹּאמֶר לֹא אַשְׁחִית, בַּעֲבוּר הָעֲשָׂרָה.

32  »De grâce, que mon Souverain ne s’irrite pas, je ne parlerai plus que cette fois. Peut-être s’en trouvera-t-il dix? » Il répondit: « Je renoncerai à détruire, en faveur de ces dix. »

לג וַיֵּלֶךְ יְהוָה–כַּאֲשֶׁר כִּלָּה, לְדַבֵּר אֶל-אַבְרָהָם; וְאַבְרָהָם, שָׁב לִמְקֹמוֹ.

33 Le Seigneur disparut, lorsqu’il eut achevé de parler à Abraham; et Abraham retourna à sa demeure.

 

 

Le second dialogue a lieu lors de l’épisode du Buisson Ardent quand Dieu s’adresse à  Moïse. Ce qui nous interpelle, c’est que Dieu envoie Moïse vers les « enfants d’Israel »  Tout se passe comme si Moise n’en faisait pas partie. C’est Dieu qui dit « mon peuple » et non Moïse lequel  désigne ce peuple comme s’il lui était étranger.  Dieu conseille à Moise de parler au nom du ‘Dieu de vos pères » et non pas de « nos pères ».

C’est bien là la situation ambivalente du Jupitérien qui ne fait partie d’aucun peuple  saturnien et qui peut être missionné pour s’occuper de tel ou tel peuple.

 

 

ט וְעַתָּה, הִנֵּה צַעֲקַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל בָּאָה אֵלָי; וְגַם-רָאִיתִי, אֶת-הַלַּחַץ, אֲשֶׁר מִצְרַיִם, לֹחֲצִים אֹתָם.

9 Oui, la plainte des enfants d’Israël est venue jusqu’à moi; oui, j’ai vu la tyrannie dont les Égyptiens les accablent.

י וְעַתָּה לְכָה, וְאֶשְׁלָחֲךָ אֶל-פַּרְעֹה; וְהוֹצֵא אֶת-עַמִּי בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם.

10 Et maintenant va, je te délègue vers Pharaon; et fais que mon peuple, les enfants d’Israël, sortent de l’Égypte. »

יא וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה, אֶל-הָאֱלֹהִים, מִי אָנֹכִי, כִּי אֵלֵךְ אֶל-פַּרְעֹה; וְכִי אוֹצִיא אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם.

11 Moïse-dit au Seigneur: « Qui suis-je, pour aborder Pharaon et pour faire sortir les enfants d’Israël de l’Égypte? »

יב וַיֹּאמֶר, כִּי-אֶהְיֶה עִמָּךְ, וְזֶה-לְּךָ הָאוֹת, כִּי אָנֹכִי שְׁלַחְתִּיךָ:  בְּהוֹצִיאֲךָ אֶת-הָעָם, מִמִּצְרַיִם, תַּעַבְדוּן אֶת-הָאֱלֹהִים, עַל הָהָר הַזֶּה.

12 Il répondit: « C’est que je serai avec toi et ceci te servira à prouver que c’est moi qui t’envoie: quand tu auras fait sortir ce peuple de l’Égypte, vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même. »

יג וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָאֱלֹהִים, הִנֵּה אָנֹכִי בָא אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתִּי לָהֶם, אֱלֹהֵי אֲבוֹתֵיכֶם שְׁלָחַנִי אֲלֵיכֶם; וְאָמְרוּ-לִי מַה-שְּׁמוֹ, מָה אֹמַר אֲלֵהֶם.

13 Moïse dit à Dieu: « Or, je vais trouver les enfants d’Israël et je leur dirai: Le Dieu de vos pères m’envoie vers vous… S’ils me disent: Quel est son nom? que leur dirai-je? »

 

Ce sont là des pépites porteuses selon nous d’un message  traitant des rapports entre les jupitériens et les saturniens. Un autre personnage est Jésus qui est également au cœur de la relation complexe entre Jupiter et Saturne et selon nous,  la mort de Jésus correspond à une conflictualité du peuple à l’encontre de celui qui prétend le guider en le réformant.

 

Evangile Mathieu  XXVII La foule contre Jésus

 

15 Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait.

16 Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.

17 Les foules s’étant donc rassemblées, Pilate leur dit : « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? »

18 Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus.

19 Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »

20 Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.

21 Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? » Ils répondirent : « Barabbas ! »

22 Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ? » Ils répondirent tous : « Qu’il soit crucifié ! »

23 Pilate demanda : « Quel mal a-t-il donc fait ? » Ils criaient encore plus fort : « Qu’il soit crucifié ! »

24 Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! »

25 Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! »

26 Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié.

 

 

 

24. 06 21

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jacques Halbronn Néroman sur l’astrologie

Posté par nofim le 22 juin 2021

 

Bulletin  de la BURA (Bibliothèque  Universitaire de Recherche Astrologique)

 

 

 

Dom Néroman  sur l’astrologie

Par  Jacques Halbronn

Il nous  intéresse d’étudier la façon dont les astrologues s’expriment quand il s’agit de présenter leur domaine.  Nous prendrons ici le cas de Néroman dans deux ouvrages ; dans la Grande Encyclopédie illustrée des sciences occulte, Strasbourg  (1937)  et dans l’introduction de sJacon Traité d’Astrologie Rationnelle.(1943, Ed sous le Ciel)

Néroman propose dans son Traité la définition suivante ; L’astrologie est la science qui étudie la corrélation entre les positions des astres dans le ciel et les événements de la Terre ».

Le terme corrélation est par trop ambigu en ce sens qu’il se référe à la « position des astres », sans même préciser qu’il s’agit du systéme solaire   et sans préciser de quels astres du dit systéme il s’agit. Est-ce à dire qu’il va de soi que tout ce qui appartient  à notre systéme solaire doit nécessairement servir à l’astrologie ?   Or, force est de constater que Néroman prend effectivement en compte la totalité du systéme solaire. Il ne se demande même pas ce que l’astrologie pourrait avoir à faire avec un tel ensemble, au prisme de ses besoins.  Car entre d’un côté les astres et de l’autre les « événements » terrestres, il s’agirait tout de même de préciser quel est le projet et la raison d’être de l’astrologie,  ce qui exige une réflexion « politique ».

Passons au propos que tenait Dom Néroman quelques  années plus tôt dans son Encyclopédie dont l’astrologie n’est qu’un des sujets traités.  « Tout ce qui se passe  sur la Terre   est soumis   aux influences  du milieu au sein  duquel  notre globe parcourt sa route, milieu qui est justement le Ciel » (p. 185  Tome II)

L’astrologie  s’imposerait en ce qu’elle prendrait en compte notre « milieu » céleste lequel exercerait une influence sur notre Humanité.  Il s’agirait donc d’examiner  le dit milieu pour comprendre ce qui se passe ici bas.

La question que l’on se posera est la suivante : est-ce que ces déclarations qui datent  de 80 ans environ (1937-1943) correspondent toujours au positionnement des astrologues actuels pris dans leur ensemble, toutes tendances confondues ?  Il est possible que dans dix ans, l’astrologie aura changé dans sa façon de voir les choses mais pour l’instant, il nous semble que cela n’a pas beaucoup évolué et qu’il apparait encore comme un allant de soi que  l’astrologie aurait mission d’utiliser chaque facteur planétaire comme elle le fait notamment avec le « thème » natal, toute autre approche étant jugée appauvrissante et insuffisante. Mais dans dix ans,  l’on peut espérer que les représentations auront changé  et il serait bon que l’on  travaillât dans ce sens. Un Colloque serait le bienvenu autour de la question des  « définitions ».

 

 

JHB

22 06 21

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jacques Halbronn Ecrits sur le génie (1966 )

Posté par nofim le 22 juin 2021

 

 

Jacques  Halbronn. Ecrits  sur le  génie  (1966).

Les textes que nous présentons  datent du début de 1966   et  annoncent, jusqu’à un certain point,  ceux que l’on peut lire de nos jours  du même auteur Il aura fallu une cinquantaine d’années pour que certaines intuitions soient réactivées, ces derniers temps. Ce retard aura tenu à notre difficulté à connecter anthropologie  et Cosmologie.

I  Le génie

Un thème central de notre production de l’époque aura certainement été la question du « génie »  ce qui recoupe  ce que nous formulons à présent à propos du « jupitérien » et du « saturnien », désigné comme « non génie »/

Ci-dessous des textes sur ce sujet que nous extrayons de nos archives. Bien entendu, ces textes que nous reproduisons tels quels  ne correspondront pas toujours exactement à nos formulations actuelles. Nous proposons ici une série de textes relatifs  à cette question, fournis dans leur intégralité  ou partiellement.

 

Pour un peuple de génies -1966

Un génie est différent. Personne ne conteste que le génie seul peut accomplir certaines tâches. Personne ne prétend que chacun  est capable de composer une symphonie qui atteigne la sensibilité de tout homme. Ni que chacun est capable de repousser  plus loin l’étendue de l’ignorance humaine par la découverte de nouveaux produits, de nouvelles énergies . Ni que chacun est capable d’introduire des théories philosophiques bouleversant les conceptions passées. Peu savent ce que signifie r « créer », ce que signifie « génie » mais les résultats ne sont pas contestés/. Le génie est donc un homme doué de facultés supplémentaires.  Si on les reconnait, l’on entend donc qu’il utilise ces facultés supplémentaires (/..) Puisque le génie est reconnu par le non-génie, cela prouve que le génie a une action sur la vie du non-génie (…) le génie crée ; il ressent le besoin de transformer les comportements sociaux et de les remplacer par des activités  ne présentant pas les inconvénients qu’il a tenté d’éliminer (…)Quel organe chez le génie  provoque un besoin  à la différence du non génie ? On remarquera que si le génie se caractérise par la non acceptation des comportements sociaux, le non génie se caractérise, par là, par son acceptation (consciente ou non).

 

 

Le moi créé du génie

Le génie a un moi initial, donné, il le  transforme mais la cause de cette volonté sert précisément de moteur et cette cause est donc partie du moi crée. Ce qui provoque une sorte de personnalité collective des génies :contact humain particulier, même s’il est en contraste total avec certains aspects de la personnalité créée.

 

Société  des génies

Le génie est la recréation du phénome  humain initial et peut être de l’origine du monde elle-même/  L’homme doit avoir pour critère de valeur le génie.  Une sociétés aurait alors une attitude rationnelle envers les génies, d’autre part, conscients  du rôle que les génies jouent sur les actes, ils s’apercevraient que les phénoménes essentiels ont un moteur différent, leur attitude vis-à-vis de ces derniers se modifierait ; Une société  alors pourrait poursuivre son essor sans être freinée par les non  génies/. L’homme vrai serait libéré de ses entraves et n’aurait pas  comme pire ennemi le génie qui crée une situation qui par la force des choses  deviendra dépassée. Les génies s’acceptent entre eux- ce qu’ils font rarement- comme permettant une aide réciproque.

 

« Le génie. Conséquences

« Le génie refuse ce qui n’est pas sa propre création, son moi initial  y compris/ C’est pourquoi son moi présente une nature particulière, est lui-même  une théorie, un non-moi. Tous ses actes devront être imprégnés de ce moi conquis, c’est cela  qui les distinguera et leur donnera valeur (le non  génie a un mo copié par définition sur les autres/

« Le génie agit sur le réel qui domine l’action des hommes à partir du moment où ils en prennent conscience(celui qui ne  fait pas de mathématique sera faiblement influencé par Einstein). Le génie,  en un certain sens se distingue dans un domaine précis, c’est  par l’importance de son influence et de l’importance de ce domaine sur le réel total qu’il est grand.

Il est certain  que la théorie initiale est fondamentale et qu’elle peut être cause d’échec (d’une façon ou d’une autre)

L’homme agit parce  que certains besoins le poussent à agir. Or, ces besoins sont causés par le réel(le manque également).

Il est curieux de penser que le seul fait  d’affirmer que l’on est un génie  prouve parfaitement qu’on l’est/

 

 

Synthèse descriptive sous forme d’affirmation

A   Il y a des génies et des non génies. Les uns sont les descendants des premiers hommes, les autres ont perdu leurs capacités originelles

B  Un génie est un homme qui connait des besoins que le non génie ne connait plu et qui trouve sans signification l’édifice social de son temps.

C Le  génie ne peut communiquer avec le non génie car sa théorie de reconstruction sous- entend des besoins que le non génie ne ressent pas

D  Le génie ne pouvant communiquer de manière  à influer socialement méne une vie absurde.

 

A  SUIVRE

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jacques Halbronn Astrologie. Le systéme des 9 planétes et les 9 chiffres

Posté par nofim le 21 juin 2021

 

Astrologie. Le système des 9 planétes et les 9 chiffres

Par  jacques  Halbronn

 

Nos travaux consacrés  aux maitrises planétaires auront commencé à la fin des années soixante, soit depuis plus de cinquante ans (cf Clefs pour l’astrologie, Ed Seghers,  Ed 1976  et 1993 (plus traduction espagnole, Madrid 1978)  et nous continuons à  tirer de ce dispositif de nouveaux enseignements

C’est ainsi que la succession des planétes dans le système solaire   serait marquée  par une série de dualités avec chaque fois un pole masculin et un pole féminin/.

Lune (féminin) Soleil (masculin) domiciles  Cancer & Lion

[Mercure]

Vénus(féminin) Mars (masculin)  Domiciles  Balance & Scorpion

Jupiter (masculin) Saturne (féminin)  Domiciles  Sagittaire & Capricorne

Et Uranus (masculin) Neptune (féminin) Domiciles  Verseau & Poissons

Sans oublier Mercure, le neuviéme facteur « neutre », qui s’intercale en vierge entre Lune –Soleil  et Vénus Mars.  Cela va donc du cancer aux poissons, dernier signe du zodiaque. Nous pensons que Pluton  ne fait pas partie du dispositif et d’ailleurs il n’a plus depuis 2006 le statut de planéte à part entière et est assimilé à un astre du type « Cérés ». L’attribution de Pluton au signe du scorpion serait aberrante si l’on s’en tient à notre schéma du Cancer jusqu’aux Poissons, qui constituent une limite structurelle

Ce qui est remarquable, c’est que ces 9 facteurs célestes seraient à rapprocher des 9 chiffres »arabes ».

Or, au-delà des six premières planétes, l’on note une étrange correspondance phonétique  avec le sept pour Saturne, le (h)uit (en latin octo) pour Uranus  et le neuf pour Neptune. Est-ce une simple coincidence ? On nous objectera peut être que notre rapprochement concerne le nom des dieux « romains » ; Et pourtant, il y a bien là quelque chose/  En ce qui concerne, par ailleurs, l’origine des glyphes de ces 9 chiffres, nous avions déjà produit une étude (in Mathématiques Divinatoires, préface  de Jean-Charles Pichon, Paris, Trédaniel-La Grande Conjonction, 1983) où nous montrions les liens entre la cursive hébraique et dessin des dits chiffres)

L’étude des maitrises planétaires aura d’ailleurs induit en erreur  avec la notion d’exil accordée au signe opposé. En réalité, les signes opposés sont en harmonie, ils appartiennent à la même quadruplicité (au même « mode »)  et au même genre et c’est pourquoi,  notamment nous plaçons Lune et Saturne dans le même groupe alors que la Lune est domiciliée en cancer et Saturne en capricorne ou encore Soleil et Uranus; opposés dans le rapport lion  verseau/

. A contrario, les signes qui se suivent –demi-sextile- sont de nature radicalement différente, pas du même genre et pas de la même quadruplicité (cardinaux, fixes, mutables).

 

Notons que 9 est le quart de 36 et donc lié à la TErre avec ses 360 jours (en fait 365, on retrouve ce nombre avec les 360°). Le 9  est à rapprocher du 8 en plaçant Mercure à part, soit 4 couples de 2 astres, ce  qui nous semble judicieux  que le RET  de Jean Pierre Nicola avec ses 3 groupes de 3 planètes, la Lune étant mise à part. On peut être tenté par un zodiaque à 8 secteurs plutôt que 12 (cf les recherches de Patrice Guinard.. L’octotopos a pu être « complété » par le  tétramorphe à un certain stade; ce qui correspond aux signes « fixes »: taureau, lion, Scorpion (Aigle),Homme (Verseau)

 

JHB

22 06 21

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jacques halbronn Le XVIIe siècle astrologique 1580-1705 de Jean Bodin à Pierre Bayle

Posté par nofim le 21 juin 2021

 

Bulletin  de la BURA (Bibliothèque  Universitaire de Recherche Astrologique)

 

 

 

Le  XVIIe siècle  astrologique, 1580-1705, de Jean Bodin à Pierre Bayle

Par Jacques  Halbronn

 

 

Nous poserons comme limites au XVIIe siècle, à l’aune de la production astrologique et anti-astrologique  les dernières décennies du XVIe siècle et la première décennies du XVIIIe siècle. Notre critère  sera fonction d’une dynamique autour de l’astrologie, ce qui signifie que l’astrologie fait débat au cours de cette période, ce qui ne sera plus guère le cas par la suite, c’est pourquoi nous avons souhaité mettre en avant deux auteurs n’appartenant pas au « milieu » astrologique, pour déterminer  les bornes de la dite période, l’un pris à partie par le médecin astrologue Auger Ferrier (1513-1588) et l’autre  s’en prenant  à  un homme de lettres, Eustache Lenoble (1643-1711), entiché d’astrologie. Au milieu de cette période, une autre controverse opposera, dans les années 1650 à l’astrologue Jean Baptiste Morin de Villefranche (1583-1656) le philosophe Pierre Gassendi

 

I  Les années 1580

Si Auger  Ferrier s’en prend à l’auteur des Six Livres de la République (Paris, 1576) dans des  Advertissemens à M. Jean Bodin sur le quatriesme livre de sa République, par M. Augier Ferrier, Paris, P. Cavellat, 1580, cette fin du XVIe siècle  retient notre attention  en raison de la vogue d’un astrologue, Nostradamus (1503-1566) censé avoir produit des Prophéties, sous la forme de « centuries » de quatrains dont les premières éditions datent de 1588, coincidant avec la mort d’Henri III, ce qui ouvre la voie  à Henri de Navarre, lequel en 1594 sera sacré roi de France, ouvrant ainsi le régne des Bourbons.Quant à Ferrier, il est l’auteur en 1550 de Jugements astronomiques sur les Nativitez, qui reparaitront en 1583 et qui connaitront une dernière édition en 1625., chez Pierre Rigaud –(Bibliothèque  BIU Santé    cote 39729 (2), cette longévité est selon nous, le signe d’une certaine sclèrose, ce qui correspond aussi aux éditions des Centuries, attribuées à un médecin astrologue alors que l’ouvrage reléve surtout de la poésie. Bodin répondra à Ferrier en recourant au pseudonyme de René  Herpin. Sa République paraitra en 1583, chez J. Du Puys. avec en appendice une Apologie du dit Herpin concernant  Ferrier, Herpin étant le surnom  que s’est choisi Bodin

 C’est dire que la fin du xVIe siècle est le théatre d’un déclin en France alors qu’un siècle plus tard, l’astrologie, avec Lenoble, semble arriver à une certaine reconnaissance, dans la foulée de l’œuvre de Jean-Baptiste Morin (qui sera admis  au Collége Royal de France) dont la monumentale Astrologia Gallica parait après sa mort, en 1661, à La Haye. On notera que dans les premières années de la fondation de l’Académie Royale des Sciences, en 1666, par Colbert, l’astrologie fait l’objet de communication (cf notre article Astrologie (in Encyclopaedia Universalis) et notre  postface à l’édition du Commentaire du Centiloque par Nicolas Bourdin, Marquis de Villennes, traducteur de Ptolémée,  dont Morin fera la critique en 1654, ce qui est un signe de vitalité quand les astrologues se mesurent entre eux.)
Quant à Eustache Lenoble
 (cf Philippe   Hourcade « Eustache Le Noble (1643-1711). Au(x) hasard(s) de la polygraphie » Littératures classiques,  2003  ), il  ne publie pas un simple traité d’astrologie mais intègre celle-ci au sein d’un ensemble plus vaste.(« Uranie ou  les Tableaux des Philosophes »)

 Et en ce sens,  contrairement à une opinion assez répandue chez les historiens de l’astrologie de cette période, nous pensons  que l’astrologie n’était pas alors « à son déclin ». Cette Uranie reparaitra  jusqu’en 1726 au sein des œuvres complétes de l’auteur. C’est Pierre Bayle qui nous aura d’ailleurs mis sur la piste de Lenoble dont il mentionne la production astrologique, dans ses pensées sur la Cométe et notamment  dans sa  Continuation des Pensées diverses, écrites à un docteur de Sorbonne, à l’occasion de la comete qui parut au mois de decembre 1680 Ou Reponse à plusieurs dificultez  difficultés que Monsieur *** a proposées à l’auteur. Tome premier [-second] : A Rotterdam, chez Reinier Leers, MDCCV. Dès lors, comment  apprécier  le refus de la part des Académiciens, de la présence de l’astrologie, vers la toute fin du siècle alors que celle-ci semblait avoir acquis une certaine honorabilité/ Le choc  d’un tel refus  est le corollaire d’une telle honorabilité car si l’astrologie avait été alors  mise hors jeu, le probléme ne se serait même pas posé.

Notons que certaines attaques virulentes viendront de chez les Jésuites.  On pense à Jacques de Billy et son « Tombeau de l’Astrologie Judiciaire » (1657) ainsi qu’à Jean François. (1660) dont l’ouvrage reparaitra sous le nom de Decartes (cf l’étude de Gaston Bachelard) Notons aussi tout le bruit qui se fera en 1654 autour d’une certaine éclipse (cf l’étude d’Elisabeth Labrousse) Signalons que ce rejet de l’astrologie du cénacle académique pourrait être dans l’air du temps,  à savoir, en 1685,  la Révocation de l’édit de Nantes pris par Henri IV.

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jacques halbronn L’hypertexte centurique des années 1590

Posté par nofim le 21 juin 2021

ESPACE NOSTRADAMUS

NOSTRADAMICA
Lune Portrait de Nostradamus
Biographie
jacques  halbronn L'hypertexte centurique  des années 1590 dans NOSTRADAMUS v Ascendance
v dans NOSTRADAMUS Bibliographie
v Références
Frontispices
v Gravures v Analyse
v Contact
Lune

ANALYSE

57

L’hypertexte centurique des années 1590

par Jacques Halbronn

    Selon nous, c’est en se situant à la fin du règne d’Henri III et au début de celui d’Henri IV, qui débuta officiellement en 1589, à la mort du dernier roi Valois, que certains quatrains font sens. Considérons le quatrain 25 de la IIIe centurie :

Qui au royaume Navarrois parviendra
Quand de Secile & Naples seront ioints
Bigorre & Landes par Foyx, Loron tiendra
D’un qui d’Hespaigne (Espagne) sera par trop conjoint

 

P. Brind’amour l’explique ainsi :

“Celui qui parviendra au trône de Navarre, quand ceux de Sicile et de Naples seront unis, il tiendra le comté de Bigorre et des Landes depuis Foix et Oloron, lui qui sera par trop allié à l’Espagne.”1

 

Lisons aussi son commentaire :

“Le comté de Foix appartenait, au moment où Nostradamus écrit ces vers à Henri II de Navarre ; il pouvait donc servir de base à une invasion du comté de Bigorre et des Landes.”

 

En fait, Brind’amour s’interdit, par principe, de placer le contexte des quatrains au delà des années 1550 (“au moment où Nostradamus écrit ces vers”) et tout lui est bon pour proposer une référence. Or, il nous semble que le dit quatrain oppose avant tout la Navarre et l’Espagne – Espagne dont Brind’amour ne dit rien dans son “commentaire”.

Certes, on trouve chez Crespin (“A la maison de Monsieur de Tavannes”) la forme :

“Qui au Navarrois parviendra, quand de Sicile & Naples seront ioincts”2, mais on ignore si la suite du quatrain était déjà parue sous la forme susmentionnée. Dans ce cas, on aurait interpolé “royaume”.

Il pourrait s’agir, au prix d’un remaniement du quatrain d’origine d’une menace lancée au nom de Philippe II, l’homme de l’Invincible Armada (1588), roi de Naples et de Sicile, depuis 1580, contre les territoires contrôlés par Henri de Navarre (pas Henri II de Navarre mais le futur Henri IV, né en décembre 1553, presque jumeau de César de Nostredame) – qui était comte de Foix et de Béarn, auquel Bigorre est rattaché – et qui pourraient passer sous le pouvoir espagnol, de par leur situation géographique limitrophe. Elle se présente comme quelque chose qui n’a pas encore eu lieu, au futur, ce qui est le propre même d’une prophétie post eventum sauf bien entendu à attribuer à MDN des dons prophétiques extraordinaires, à ce détail près que cette prophétie ne s’est pas réalisée et qu’elle ne fut de circonstance que pendant une période relativement brève. On notera qu’en 1555, Charles Quint, était encore empereur d’Allemagne – il n’abdique qu’en 1556 – et que la description qui est ici donnée correspond mieux aux possessions de son fils. Ce texte semble difficilement, on l’avouera, pouvoir dater de 1555. Or, on l’y trouve bel et bien.

Il y aurait là un avertissement à Henri de Navarre qui est du même type que celui que l’on trouve en IV, 46 : “Garde toi Tours de ta proche ruine”. Si l’on admet que des quatrains appartenant aux 53 premiers de la IV étaient déjà attestés en 1572, on conçoit que ces mêmes quatrains et même ceux de la IIIe centurie aient été depuis encore remaniés. En tout état de cause, un tel quatrain faisant sens dans le cas d’Henri IV.

A propos de remaniement, il ne s’agit parfois que de changer un verset voire un mot, en gardant le reste. Il ne faut donc pas chercher systématiquement d’unité dans un quatrain, quand celui-ci a pu subir une interpolation. C’est une affaire d’économie.

C’est ainsi3 que le 18e quatrain de cette même Centurie IV connaît une variante dans l’almanach de Marc Coloni pour 1582, où la formule “princes ignorants” est remplacée par “Grand pontife”, le reste étant inchangé. Or le terme édict ne convient pas pour le pape mais il eût été trop compliqué de remanier le verset, on l’aura donc laissé tel quel.

D’un côté, la version présentée de Marc Coloni :

Des plus lettrez dessus les faicts celestes
Seront par le grand Pontife reprouvez
Promis d’edict chassez comme celestes
Et empoignez là où seront trouvez

 

De l’autre celle figurant dans le canon nostradamique :

Des plus letrés dessus les faicts celestes
Seront par princes ignorants réprouvés
Punis d’Edit, chassés comme scelestes
Et mis à mort la où seront trouvés

 

Les versets 1 et 3 n’ont pas été retouchés.

Signalons aussi le cas de II, 14 :

A Tours, Gien, garde feront yeux pénétrants

 

Faut-il préférer la leçon “Jean” (Macé Bonhomme) ou la leçon “Gien” (dans l’exemplaire 1605, B. Rigaud, Utrecht, Budapest) ? Ou bien a-t-on par la suite changé “Jean” en “Gien”, sur la Loire, non loin de Tours, pour les besoins de la cause ? Il semble que l’édition dite Macé Bonhomme 1555 ait préservé une version plus ancienne, ce qui nous permet de prendre conscience de l’ampleur des retouches qui peuvent en fait n’affecter qu’un mot.

P. Brind’amour, qui répertorie les éditions comportant une variante ou l’autre4, nous restitue vraisemblablement la signification initiale de ce “Jean” :

“La tour Saint jean à l’entrée du port était l’un des points élevés de Marseille. Le quatrain s’inspire peut-être de la réception que reçut le pape Clément VII et sa nièce Catherine de Médicis dans cette ville en 1533.”

 

De fait, dans les premières centuries, Marseille est souvent mentionné directement ou sous la forme de Phocée. On serait donc passé de “La tour (saint) Jean” à “A Tours, Gien…. ”. On voit qu’il ne suffit pas de resituer l’origine du quatrain mais de saisir les retouches qu’on a pu lui faire subir par la suite.

En ce qui concerne les mots mis en majuscules, là encore, il faut bien comprendre que la marge de manoeuvre de ceux qui voulurent recourir à un tel procédé était sensiblement limitée. Ne pouvant ou ne voulant plus remanier le texte, une solution consistait à constituer un hypertexte. Cela signifie que l’on ne peut que souligner de la sorte des mots déjà présents, et sur la masse des quatrains la tâche peut certes être envisagée encore que l’on puisse ne pas trouver le mot adéquat et dans ce cas on se reporte sur un terme approchant, soit phoniquement, soit sémantiquement. Pourquoi, par exemple, avoir – mais cela ne concerne il est vrai que les Présages (septembre 1565), mis en majuscules5 - le mot TOLANDAD, anagramme de François d’Andelot (1521 – 1569), un réformé, frère de l’amiral de Cologny, tué lors de la Saint Barthélémy (1572). C’est certainement un pis aller qui ne concerne évidemment plus Dandelot.

Et pourquoi le mot BRANCHES (ANRECH) figure-t-il dans certaines éditions, sous la forme majuscule, et pas dans d’autres ? A ce propos, il semble bien que Branches ait été considéré comme un quasi-anagramme de Henri, à rapprocher d’un autre anagramme CHIREN, également souvent mis en majuscules mais existant déjà précédemment en minuscules. Mais de quel Henri s’agissait-il à l’origine à part Henri III, à partir de 1574 à moins qu’il ne s’agit du père de celui-ci, Henri II, mort en 1559 ? On trouve aussi, pour Henri, ANICR, dans le Janus Gallicus, en majuscules, déformation de aisné. Cette fois l’hypertexte va jusqu’à modifier le texte original mais c’est une exception.

Un tel hypertexte constitué de quelques dizaines de mots ainsi sortis du rang est censé plaquer un discours qui fait sens pour les lecteurs d’une certaine époque.6

Bien entendu, les éditions ne comportant pas de mots en majuscules peuvent être considérées comme antérieures à l’époque où cette pratique se développait. C’est ainsi que l’édition d’Anvers (1590) ne comporte encore aucune présentation de ce type. Un cas assez remarquable est celui de l’exemplaire de Budapest d’une édition Antoine du Rosne 1557 qui ne comporte en sept centuries qu’une seule occurrence de ce type en I, 16.

Faulx à l’estan ioinct vers le Sagittaire
Et son hault AUGE de l’exaltation.

 

Une autre bizarrerie tient au fait que certaines éditions ne comportent pas les premiers mots en majuscules, à la première centurie, comme ce BRANCHES et cet AUGE dont il a été question. C’est le cas notamment de l’édition datée de 1605 (type Modèle Du Ruau, MDR) et qui pour nous est la plus complète et la moins corrompue. On ne trouve d’ailleurs dans cette édition 1605 aucun mot mis en majuscules pour la première Centurie et c’est aussi le cas pour le Janus Gallicus. En revanche, on en trouve dans les Présages de cette même édition. Quant à l’édition Benoist Rigaud 1568, les majuscules de la Centurie I figurent bel et bien.

En tout état de cause, il nous semble bien que toute édition comportant ne serait-ce qu’un mot en majuscule, en dehors du premier mot de chaque Centurie, appartient à une période qui ne saurait être antérieure à 1590. Cela ne signifie pas que ces éditions ne sont pas conformes à des éditions antérieures mais elles ont été retouchées pour inclure un hypertexte ou du moins sont marquées, peu ou prou, par des éditions le comportant. A noter que l’édition de Cahors, datée de 1590, et la première à comporter deux volets, à cette époque, comporte des mots en majuscules (comme BRANCHES en I, 2). Ce procédé pourrait en fait caractériser la dernière décennie du XVIe siècle et le début du siècle suivant. On voit que la période qui marque les éditions antidatées (1555, 1557, 1568) se situe après 1590 et est contemporaine du Janus Gallicus (1594 et réédition parisienne, sous un autre titre, en 1596).

Quel est le message composé par ces mots ainsi soulignés par le procédé des majuscules ? Le fait que cet hypertexte figure également dans des éditions à 4, à 7, à 10 centuries voire dans les Présages, peut poser problème en ce qu’il risque d’être tronqué.

En fait il semble bien que ces mots en majuscules renvoient à des versets, à des quatrains : non pas à ceux où ils se trouvent mais à d’autres comportant les mêmes mots.

Prenons un cas qui semble avoir défié jusqu’à présent la sagacité tant des interprètes que des historiens du texte centurique, à savoir la forme CAR PAR NERSAF.

VIII, 67
PAR CAR NERSAF, à ruine grande discorde
Ne l’un ne l’autre n’aura élection.

 

Il faut lire “Cardinal de France (anagramme Nersaf) apparaîtra”, formule qui apparait en clair en VIII, 4.7

On pourrait d’ailleurs associer cette formule avec une autre qui revient aussi à plusieurs reprises : “Roy de Bloys en Avignon régner”, dans cette même centurie VIII (quatrains 38 et 52) d’autant qu’on a aussi “Le grand Chyren se saisir d’Avignon” (IX, 41). Or GRAND et CHIREN / CHYREN (anagramme d’Henri) figurent dans lot des mots mis en majuscules, encore qu’Avignon ne soit pas mis en majuscules mais est obtenu en recherchant un quatrain comportant certains mots sous cette forme. Certes la formule “Roy de Bloys en Avignon régner” est-elle déjà attestée par Crespin (cf. infra), lequel d’ailleurs au début des années 1570 avait encouragé Charles IX à intervenir à Avignon laquelle rivalisa avec Rome au XIVe siècle, en tant que siége de la papauté et fait partie des territoires pontificaux.

A noter que par “Roy de Bloys”, il faut entendre “roi natif de Blois” comme l’indique un autre quatrain X, 44 :

Par lors qu’un Roy sera contre les siens
Natif de Bloys subjuguera Ligures

 

Si en ce qui concerne les éditions à sept centuries, nous pouvons comparer avec les éditions parisiennes pour vérifier que tel quatrain existait bien avant 1590, en revanche, pour les centuries VIII-X, notre seul recours est Crespin, avec ses Prophéties dédiées à la Puissance Divine (Lyon, 1572), lesquelles ne comportent que quelques extraits des dites Centuries. Rien n’empêche de penser dans ce cas qu’une formule comme CAR PAR NERSAF n’ait pas existé avant les années 1590. On trouve certes chez Crespin “Le Roy de Bloys dans Avignon régner” (au Pontife romain) mais non le verset “Cardinal de France apparoistra”. Rappelons que selon nous Crespin pourrait avoir inspiré les Centuries VIII-X en les mettant sur le compte de MDN8 et les faisant précéder d’une nouvelle mouture de l’Epître à Henri II, postdatée de 1558.

Le fait d’avoir mis en lettres majuscules la forme CAR PAR NERSAF souligne qu’il existe alors un enjeu lié à l’élection d’un pape français. On brandit là la menace d’un nouveau schisme, lié, rappelons-le, à la présence simultanée de papes à Rome et à Avignon, avec éventuellement en perspective la présence française tant sur le siège pontifical qu’à l’Empire, d’où le terme de DUUMVIRAT, mis en majuscules. La période des années 1590 – 1591 est favorable à de telles spéculations : en 1590, le 27 août, Sixte Quint mourrait, remplacé par Urbain VII, qui meurt la même année, le 27 septembre, au bout de 12 jours de règne. On est dans une période où les papes règnent très peu de temps : Grégoire XIV du 8 décembre 1590 au 16 octobre 1591, Innocent IX, du 3 novembre 1591 au 30 décembre de la même année.

Autant, l’on peut toujours discuter de la date de tel ou tel quatrain, autant la mise en place d’un hypertexte est-elle un phénomène, qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas en place avant 1590. Au delà de la signification du dit hypertexte, on peut conclure que toute édition centurique datée d’un élément hypertextuel est postérieur à l’assassinat d’Henri III, en 1589 par un moine, devant Paris. En tout état de cause, nous avons là un document à analyser et à décrypter qui semble avoir échappé aux nostradamologues de tout poil. Et est-ce que cet hypertexte est déchiffrable sans les Présages et les centuries XI-XII ? Dans ce cas, il aurait été à l’origine associé à une édition de type Modèle Du Ruau, à laquelle appartient l’édition datée de 1605 – et dont le Janus Gallicus serait le commentaire – la seule à inclure ceux-ci et les autres éditions ne comporteraient, partiellement, cet hypertexte que parce qu’elles en dériveraient mais sans en assumer nécessairement la signification.

En pratique, il est peu d’éléments qui ne se retrouvent déjà dans les Centuries I-X : signalons cependant la mention de la Savoie, sous l’anagramme transparent EIOVAS, celle des Bourbons, à partir d’un quatrain qui probablement à l’origine concernait un certain Du Bourg, la mention de TOLANDAD qui pourrait désigner la Lorraine par son ancien nom de Lotharingie, Lot étant l’inversion de Tol (cf. nos annexes). Toute l’astuce consiste à pouvoir revenir vers le même signifié au travers de divers signifiants, de trouver des équivalences, des synonymies de façon précisément à pouvoir constituer un hypertexte avec une matière déjà existante. Mais c’est aussi une façon de procéder par allusion comme lorsque Venise est désignée par Hadrie. C’est d’ailleurs tout le travail du versificateur – et les dictionnaires de rimes sont là pour ça – que de concilier son propos avec l’exigence de la rime. C’est probablement ces contraintes qui confèrent au texte centurique son caractère quelque peu décalé.

On ne peut exclure que chaque édition ait remanié son hypertexte. Le cas de l’édition Macé Bonhomme 1555 (Bib. Albi) est significatif. Le quatrain 96 de la Centurie III y comporte deux voire trois mots mis en majuscules que l’on ne trouve pas dans d’autres éditions des Centuries :

Chef de FOUSSAN aura gorge couper
Par le ducteur du limier & levrier
Le faict patré par ceux du mont TARPEE
Saturne en Leo XIII de Février

 

Seuls les mots en majuscules comptent ici et en dehors du contexte originel du quatrain. FOUSSAN, ici, pourrait désigner Phocée, c’est-à-dire Marseille, même si au départ cela désignait une ville d’Italie.

On ne peut d’ailleurs exclure que ces hypertextes n’aient été ainsi mis au service de camps opposés. C’est ainsi que la seule édition de notre corpus qui mette MENDOSUS ou MENSODUS en majuscules est, en dehors du Janus Gallicus, celle datée de 1605, ce n’est même pas le cas de l’édition Chevillot.

MENDOSUS IX, 45
MENSODUS (sic) IX 50

 

Faute donc de pouvoir supprimer cette mention présente à quelques quatrains d’intervalle, se référant aux Bourbons, il semble que l’on ait préféré ne pas la souligner, ce qui est tout de même assez significatif, surtout. Ajoutons que les Présages qui ont été rejetés par toutes les éditions, en dehors de la même édition datée de 1605 comportaient un quatrain avec en majuscules d’hypertexte une autre référence bourbonienne : Bon Bourg pour Bourbon.

BON BOURG (almanach pour 1559, mois d’octobre) Présage 44. En revanche, les allusions à la Lorraine et donc aux Guises n’ont pas été semblablement gommées.

Le moins que l’on puisse dire, en tout cas, c’est que l’évolution de l’hypertexte d’une édition à l’autre n’est pas vraiment favorable aux Bourbons, ce qui pourrait nous rapprocher de l’esprit de la Fronde ou du moins du climat délétère de la fin des années 1620, symbolisé par le siége de La Rochelle, alors que l’on commence à s’inquiéter sur l’absence d’enfants du couple royal, Louis XIV ne devant naître qu’en 1638 et le remuant Gaston duc d’Orléans, frère cadet de Louis XIII – il sera exilé en 1652 – ayant été jusque là le successeur en titre. On notera curieusement que Orléans et Lorraine ont les mêmes consonnes et que Norlaris (VIII, 60), in fine, pouvait renvoyer au duc d’Orléans. Bien plus, le second volet ne commence-t-il pas par trois majuscules, PAU, NAY, LORON, le troisième terme étant fort proche de Lorraine mais aussi éventuellement d’Orléans (Orlon) ? Intéressante ambiguïté de l’hypertexte qui a pu faire la fortune des Centuries sous la Fronde. Il est remarquable, en effet, que les deux fauteurs de trouble du Royaume entre le temps de la Ligue et celui de la Fronde portent des noms qui soient les anagrammes l’un de l’autre. Sans un tel hasard, qui sait si les Centuries eussent poursuivi leur carrière de la même façon ? Mengau, sous la Fronde, dédiera son Sixiesme Advertissement, 1652, à Son Altesse le duc d’Orléans avant de se mettre au service de Mazarin.9

Cela dit, en ce qui concerne les éditions datées 1555 et 1557, nous pensons qu’elles sont marquées tout simplement par le climat anti-Bourbon qui était propre à l’époque de la Ligue. Quant à la circulation des éditions type Benoist Rigaud 1568, nous montrons dans une autre étude10, qu’elles appartiennent au XVIIIe siècle, à l’instar de l’édition Pierre Rigaud 1566. Il est possible, dans ce cas, que certaines éditions des Centuries du XVIIIe siècle aient pu canaliser / fixer une certaine hostilité à l’encontre de la dynastie régnante, ce qui devait conduire à la Révolution, et ce d’autant que l’Epître à Henri II comportait, comme chacun sait, la date de 1792.

   On retiendra en conclusion que l’existence d’un hypertexte à la fois dans les Centuries et les Présages semble indiquer que l’on ne puisse à ce stade dissocier ces deux ensembles. Peut-on imaginer l’addition d’un hypertexte, dans un deuxième temps, au niveau des Présages ? Cela nous semble, somme toute, fort improbable, ce qui revient à dire que les éditions des Centuries, dépourvues des Présages mais pourvues d’un hypertexte sont issues d’éditions à hypertexte comportant et les Centuries et les Présages. CQFD.

Jacques Halbronn
Paris, le 12 septembre 2003

Annexes

Majuscules Edition 1605 (Modèle Du Ruau) :

CHIREN (Henri) II, 79
GRAND II, 94
CHYREN (Henri) IV, 24
SELIN IV, 77
DUUMVIRAT V, 23
RAPIS (Paris) VI, 23
CHIREN (Henri) VI, 70
PLUS OULTRE VI, 70
LORON (Lorraine, Orléans) VIII, 1
HIESON VIII, 16
FLORE (Florence, Médicis) VIII, 18
NORLARIS VIII, 60
PAR CAR NERSAF (Cardinal de France apparaîtra) VIII, 67
LOIN (lorrain) VIII, 92
PUOLA IX, 30
CHYREN (Henri) IX, 41
RAYPOZ (PARY, Paris) IX, 44
MENDOSUS (Vendôme, Bourbon) IX, 45
MENSODUS (sic) (Vendôme) IX 50
DRUX (Duc ?) IX, 57
PHILIP (Philippe II) IX, 89
BARBARES IX, 89
MANSOL (Mandosus ?) X, 29
LONOLE (Londres, London ? Lorraine ? Lyon ?) X, 40
LAYE (Louis ?) X, 52

Hypertexte dans la centurie XII :

EIOVAS (Savoie) XII, 59

Hypertexte dans les Présages :

FLORA, (Florence) Présage 8
FLORE (Florence ?) Présage 32
HENRIPOLIS (Henri) Présage 34
BON-BOURG (Bourbon) Présage 44
LOIN (Lorrain ? Guise) Présage 52
LOIN, LOIN (Lorrain? Guise) Présage 59
LOIN (Lorrain ?) Présage 70
LORVARIN (Lorrain) Présage 76
TOLANDAD (Dandelot mais aussi Lotharingie (Lorraine) ?) Présage 114
DIEU Présage 141

Majuscules Janus Gallicus :

CHIREN (Henri) VI, 70
PLUS OULTRE VI, 70
HENRIPOLIS (Henri) Présage 34
LOIN (Lorrain) Présage 56
LORVARIN (lorrain) Présage 76
LOIN (Lorrain) Présage 70
LOIN, LOIN (Lorrain) Présage 69
BLOYS (Louis ?) III, 55
TOLANDAD (Dandelot, Lotharingie) Présage 114
FLORA (Florence, Médicis) Présage 8
LUIS Présage 88
LOIN (Lorrain) II, 28
LOIN (Lorrain) VI, 61
BON BOUR (Bourbon) Présage 44
LOIN (lorrain) IV, 22
LOIN (Lorrain) Présage 62
LOIN (Lorrain) Dec. 1567 (présage manquant dans l’édition 1605)
LOIN (Lorrain) Présage 78
PHILIP (Philippe II) IX, 89
ANICR, en réalité, à l’origine, Aisnier (anagramme Henri) II, 2
LOIN (Lorrain) VI, 61
LOIN (Lorrain) VIII, 92
MENDOSUS (Vendôme) IX, 45
RAPIS (Paris) VI, 23
NORLARIS (Lorraine, Guise) VIII, 60
FLORE (Florence, Médicis) VIII, 18
FLORE (Florence, Médicis) Présage 32
EIOVAS (anagramme de Savoie) XII, 69
LUIS (Louis) Présage 88

Majuscules Exemplaire Benoist Rigaud, Lyon 1568 :

BRANCHES I, 2
AUGE I, 16
CHIREN II, 79
GRAND II, 94
LAUDE (L’Aude ?) III, 85
SELIN IV, 77
DUUMVIRAT V, 23
SEXT V, 57
PAU, NAY, LORON (Lorraine, Orléans) VIII, 1
PAR CAR NERSAF (Cardinal de France apparaîtra) VIII, 67
HIERON VIII, 16
IURA VIII, 34
NORLARIS VIII, 60
VAR VIII 97
PUOLA IX, 30
DRUX IX, 57
POL MANSOL X, 29
OR X, 46
LAYE X, 52

Majuscules Exemplaire Chevillot (non daté) :

AUGE I, 39
CHIREN II, 79
GRAND II, 94
LAUDE III, 85
SELIN IV, 77
DUUMVIRAT V, 23
SEXT V, 57
HIERON VIII, 16
IURA VIII, 34
NORLARIS (Lorraine, Guise) VIII, 60
TAG VIII, 61
PAR CAR NERSAF (Cardinal de France apparaîtra) VIII, 67
VAR VIII, 97
PUOLA IX, 30
DRUX IX, 57
MANSOL X, 29
LAYE X, 52

Majuscules Antoine du Rosne, 1557, Bibliothèque Utrecht :

BRANCHES I, 2
AUGE I, 16
CHYREN (Henri) II, 79
GRAN (grand) II, 94
SEX IV, 27
CHYREN (Henri) IV, 34
SELIN IV, 76
DUUMVIRAT V, 23
SEXT V, 57

Majuscules Macé Bonhomme, Bibliothèque Albi :

BRANCHES I, 2
AUGE I,16
CHYREN (Henri) II, 79
GRAN (grand) II, 94
PARIS III, 51
SAUROME (Rome) III, 58
PAU (Pô, le fleuve italien qui se jette dans l’Adriatique) III, 75
FOUSSAN (Phocée, Marseille) III, 96
TARPEE (Roche tarpéienne, proche du Capitole) III, 96
ROUAN IV, 19
CHYREN (Henri) IV, 34

Notes

Cf. Premières Centuries, Droz, Genève, 1996, p. 370. Retour

Cf. Documents Inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002, p. 217. Retour

Cf. notre étude “Du traitement raisonné de l’iconographie nostradamique”, sur Encyclopaedia HermeticaRetour

Cf. Ed. Premières Centuries, Genève, Droz, 1996, pp. 212 – 221. Retour

Cf. B. Chevignard, Présages de nostradamus, Paris, Seuil, 1999, p. 173. Retour

Cf. notre étude sur le rôle des majuscule chez Chavigny, sur E. H.Retour

Cf. S. Hutin, Intr. Prophéties de Nostradamus, Paris, Ed. J’ai lu, 1982, p. 70. Retour

Cf. Documents Inexploités, op.cit, pp. 107 – 108. Retour

Cf. R. Benazra, RCN, p. 223. Retour

10 Cf. notre étude “Le vrai pedigree des éditions Benoist Rigaud”. Retour

 

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Jacques Halbronn Fortune du prophétisme d’Antoine Crespin Archidamus (artice Espace Nostradamus 2003)

Posté par nofim le 21 juin 2021

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ANALYSE

137

Fortune du prophétisme d’Antoine Crespin Archidamus

par Jacques Halbronn

    Force est de constater que le texte centurique est doué d’une certaine force d’évocation et ce n’est pas sans raison qu’il a suscité autant d’intérêt au cours des siècles. La question qui se pose est la suivante : qui est l’auteur de ce texte ou en tout cas d’une partie significative de celui-ci ? La plupart des nostradamologues répondent : Michel de Nostredame. Qu’on nous permette d’en douter ! Nous exposerons ici la thèse Crespin. En effet, la meilleure façon pour déterminer qui est l’auteur d’un texte, c’est encore de rapprocher le dit texte de l’ensemble des oeuvres de tel ou tel auteur et il nous semble que Crespin donne, de ce point de vue, plus satisfaction que Michel de Nostredame, quand bien même viendrait-il après lui chronologiquement. En ce sens, le disciple, plus ou moins patenté, aurait dépassé le maître.

   La thèse la plus souvent admise est que Crespin aurait intégré dans ses oeuvres des quatrains ou des versets des Centuries, c’est implicitement celle qui est soutenue par Pierre Brind’amour dans son édition des Premières Centuries (Genève, Droz, 1996, p. XXVI). Toutefois, cette thèse fait problème et il nous semble, désormais, nécessaire de l’inverser, c’est-à-dire de considérer que ce sont les Centuries qui ont emprunté à Crespin, avec ou sans la complicité du dit Crespin. Si Crespin est un faussaire, il l’est aussi par son rôle dans la fabrication des Centuries comme étant l’oeuvre de Michel de Nostredame. Décidément, Crespin est une pièce maîtresse pour resituer la genèse du phénomène centurique et nous mêmes n’avons pas su en prendre immédiatement toute la mesure, comme il ressort de la lecture de nos Documents Inexploités sur le phénomène Nostradamus (Feyzin, Ed. Ramkat, 2002) qui n’étaient pas encore tout à fait parvenus à se dégager d’un certain schéma préexistant.

Le cas de l’Epître à Henri II

    En vérité, nos positions telles qu’exprimées, il y a maintenant trois ans, n’étaient pas excessives mais bien au contraire bien timorées. Nous signalions alors (pp. 52-53) le témoignage de Crespin concernant la parution de l’Epître de juin 1558 au Roi. Or, à y regarder de plus près, il n’est pas question dans les passages que nous reproduisions de divers textes de Crespin (notamment dans son Epître à Catherine de Médicis (“la royne mère”) d’une quelconque Préface placée en tête de Centuries :

“& si tu ne veux croire à la dicte conjonction de Saturne à Jupiter, que sera au dict an 1583. Regarde à une Prophétie qui est faicte le XXVII. Jour de Iuin, 1558.à Lyon, dédiée au feu Henry grand Roy & Empereur de France, l’Autheur de laquelle Prophetie est mort & décédé.”

 

D’abord, l’Epître centurique à Henri II – que nous connaissons – n’est pas située à Lyon mais à Salon de Provence. Ensuite, elle ne comporte pas de référence explicite à la grande conjonction Jupiter-Saturne attendue pour 1583. Il n’est pas ici question d’une Préface mais d’une Prophétie à part entière qui semble avoir été publiée pour elle-même et sans addition. Comme quoi, l’on se précipite un peu vite et on ne retient que le passage qui nous convient, ce qui vaut aussi bien entendu pour l’interprétation des quatrains où un mot est sorti de son contexte. En ce début des années 1570, Antoine Crespin, par ailleurs, ne cite pas ici le nom de Nostradamus mais se contente de préciser que l’auteur de la dite Prophétie est mort.

Indiscutablement, cette Prophétie va par la suite inspirer l’Epître à Henri II en tant que présentation d’un lot de Centuries – et encore pas forcément dans les conditions qui prévaudront par la suite – la date du 27 juin 1558 sera maintenue mais pas le lieu. Quant au contenu, il sera probablement maintenu partiellement tant il est vrai que cette Epître offre un caractère composite qui trahit le fait qu’elle n’a pas été conçue d’un seul tenant. Rappelons qu’une autre Epître datant, elle aussi, de 1558 (14 Août), et une fois de plus se présentant comme faite à Salon, et attribuée à Nostradamus constitue, avec un autre dédicataire (le vice-légat d’Avignon), les Significations de l’Eclipse de 1559.

Selon nous, en ce tout début de la décennie 70 du XVIe siècle, le corpus centurique n’a pas encore été établi même si certaines pièces sont déjà en place, mais sous des formes sensiblement différentes de ce qu’elles deviendront quelque temps plus tard, dans le courant de la dite décennie.

C’est bien entendu le cas de la matière même des quatrains dont une partie se trouve déjà chez Crespin et dont nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’une compilation d’une quelconque édition des Centuries et certainement pas, comme le soutiennent Patrice Guinard et Robert Benazra, d’une combinaison bien improbable de l’édition à 4 Centuries Macé Bonhomme 1555 et du second volet de l’édition Benoist Rigaud 1568, ce qui permettrait d’expliquer l’absence de versets issus des Centuries V-VII chez Crespin. Cela ne signifie pas pour autant que Crespin n’ait pas compilé quelque texte pour produire cette matière mais il ne l’a pas fait à partir de Nostradamus mais de quelque autre document, vraisemblablement même pas prophétique, peut-être quelque livre d’Emblèmes, que notre ami Patrice Guinard nous déclare avoir retrouvé.

   Cette analyse ne remet pas pour autant en question la thèse d’une édition posthume comportant une Epître de Nostradamus à Henri II et introduisant les Centuries mais nous apporte des éléments nouveaux sur la genèse de la dite Epître.

Le matériau centurique pris à Crespin

    On commencera par ce passage de l’Epître que Crespin adresse à Charles IX dont on connaît deux éditions, l’une à Paris chez Martin le Jeune et l’autre à Lyon chez le libraire Benoist Rigaud en personne, lequel est censé avoir publié en 1568 une fort improbable édition à dix centuries qui serait due à Michel de Nostredame. Ce même Benoist Rigaud avait déjà publié, du vivant même de Michel de Nostredame la Prognostication ou révolution avec les Présages pour l’an mil cinq cens soixante cinq de Mi. de Nostradamus.C’est peut-être pour cela qu’on lui assigna la publication de l’édition de 1568. Toujours est-il que le frontispice de l’ouvrage en question comporte le même personnage mesurant le globe terrestre avec un compas que celui qui figure sur la page de garde des Prophéties par l’astrologue du très Chrestien Roy de France (Antoine Crespin) Lyon, François Arnoullet.1 Entre les divers disciples, pour le moins, des codes communs.

Epître à Charles IX   Extrait de l’Epître

    Epistre dédiée à Charles IX avec sixain en page de titre :

“O Roy très invincible & la Majesté de Messeigneurs les Ducs d’Anjou, & d’Alançon, voz frères & le Pape de Rome, ensemble tous ses adherans & Messieurs de la Justice; & en general tout vostre peuple & tous les Princes & peuples de l’Europe, Soyez avertis que nous avons contemplé les neuf Climats de la terre, par les mouvements agilles du Firmament, que pour la negligence des Europiens, sera passage à Mahommet ouvert, la terre sera de sang trempée, les ports de Mer seront de voilles & Nefs couverts, l’ennemy, l’ennemy, foy promise ne se tiendra, les captifs retournez : soubz edifice Saturnin, trouve urne d’or, Capion ravi & puis renduClasse adriatique, citez vers la Tamise le quart bruit, blesse de nuict les reposans. Venus Neptune poursuivra l’entreprise, seres pensifz, trop les opposansVienne le temps que la vertu & regne florissant, tout par tout oste le vice: banny les moeurs, amendant les humains & inhumains faux & desbordez.

 

Quels recoupements et ceux-ci se situent-ils toujours hors des Centuries V-VII ?

I, 18
Par la discorde negligence Gauloise
Sera passaige à Mahommet ouvert
De sang trempé la terre & mer Senoise
Le port Phocen de voiles & nefz couvert

 

Un quatrain centurique, certes, mais avec des variantes importantes.

Prognostications pour 1571

    On retrouve une partie de ce texte en exergue des Prognostications avec ses présages pour MDLXXI, Paris, Robert Colombel :

L’ennemy, l’ennemy, foy promise
Ne se tiendra le captif retourne
Soubz edifice Saturnin trouvé urne
D’or Capion ravy & puis rendu

X, 1
L’ennemy l’ennemy foy promise
Ne se tiendra les captifs retenus

VIII, 29
Soubz l’edifice Saturnin trouvee urne
D’or Capion ravy & puis rendu

 

Voilà qui montre que cette prose pouvait fort bien se présenter sous forme de quatrain mais on notera l’absence de rime entre promise et rendu.

Mais le passage en question se termine sur un quatrain dûment rimé – ce qui nous permet d’en affirmer l’existence – et qui correspond au quatrain d’almanach pour octobre 15552, en fait dans la Prognostication pour 1555 – puisqu’il semble qu’initialement les quatrains mensuels aient figuré dans une Pronostication et non dans un Almanach, et ce probablement à la rubrique des Lunes qui fait suite à l’étude des saisons – mais avec des versets autrement disposés :

Venus Neptune poursuivra l’entreprinse
Serrez pensifs, troublez les opposans
Classe en Adrie, citez vers la Tamise
Le quart bruit blesse de nuit les reposans

 

Au lieu, chez Crespin, de :

Classe adriatique, citez vers la Tamise
Le quart bruit, blesse de nuict les reposans
Venus Neptune poursuivra l’entreprise
Seres pensifz, trop les opposans.

 

Mais ce même quatrain se trouve également dans le faux almanach Barbe Regnault pour 1563 (Bibl. Municipale de Lille) et cette fois avec le même agencement :

Clase en Adrie, citez vers la taminse
Le quart bruict blesse de nuict les repossant
Venus Neptune poursuivra l’entreprinse
Serrez, pensifs trouble les opposans

 

On relèvera simplement la variante : Classe adriatique pour classe en Adrie.

Ce quatrain est toutefois attesté en anglais dans un almanack pour 1563 :

Navy in Adrye toward the tamyse
The fourth brut hurteth them & rest in the night
Venus Neptune shall poursue entrepryse
Harde/ the pensyfe shall trouble the contrary

 

Il s’agirait donc de la traduction anglaise du faux almanach pour 1563, constitué de quatrains issus de divers almanachs et qu’il conviendrait évidemment de dater différemment. Ce sont en effet tous les quatrains du dit almanach qui sont ainsi traduits ainsi que tous les commentaires journaliers du calendrier.

Mais pourquoi Crespin reprend-il le quatrain “Tamise” sous la forme de l’almanach 1563 Barbe Regnault ? A n’en pas douter, la prose de Crespin dissimule des quatrains mais cela ne relève pas nécessairement d’un emprunt aux Centuries mais bien plutôt, selon nous, cela nous révèle une production versifiée propre au dit Crespin et dans laquelle les Centuries puisèrent. Avec le cas du quatrain “Tamise”, on est en face d’un autre cas de figure, un mélange de quatrains des almanachs avec d’autres quatrains qui ne sont pas encore centuriques, mélange que l’on retrouvera dans le Janus Gallicus. Il semble bien qu’en 1571, date de la rédaction de l’Epistre de Crespin à Charles IX, le faux Almanach pour 1563 ait été publié. Il a été signalé que l’Epître à François de Lorraine, mort en 1563, l’année prétendue de la publication du dit almanach, qui s’y trouve est proche de celle de Nostradamus à Henri II.3 Or, Crespin atteste en 1573, dans son Epître à la Reine mère, Catherine de Médicis, de la parution d’une Epître à Henri II en date de juin 1558. Nous avions contesté la date de 1563 qui aurait laissé entendre que la dite Epître à Henri II serait parue avant 1566 mais cela ne nous fait pas problème de la situer au tout début des années 1570, en tant qu’oeuvre présentée comme posthume. Il n’y aurait donc rien de très surprenant à ce que l’on ait imité, peu après sa parution, cette Epître au défunt Roi comme le montre ce passage de l’Epître non datée au défunt duc de Guise : “m’a faict prendre l’audace vous vouloir consacrer ce mien petit Ephemeris” etc. Il est d’ailleurs bien possible que Crespin ait joué un certain rôle dans la fabrication du dit Almanach, ce qui expliquerait qu’il en reprendrait des quatrains remaniés à sa façon. En fait, on ne connaît la première mouture de l’Epître de juin 1558 à Henri II, laquelle n’introduisait pas encore, selon nous, de centuries, que par la dite Epître au duc de Guise tout comme on ne connaît le texte de la première Epître à César – non centurique selon nous au départ – que par les éléments que nous en transmet Antoine Couillard, dans ses Prophéties (1556). Il ne suffit pas de ne garder que ce qui se retrouve dans les moutures suivantes car il peut y avoir des passages qui n’ont pas été conservés par la suite.

Passons à un sixain figurant chez Crespin, en exergue de cette même Epître dédiée à Charles IX :

Le neuf Empire en desolation
Sera changé du Pole aquilonaire
De la Sicile viendra l’emotion
Troubler l’emprinse à Philip tributaire
Le successeur vengera son beau-frère
Occuper regne soubz umbre de vengeance.

 

Là encore, pas de rimes, cette fois, entre “beau-frère” et “vengeance”.

Ce beau-frère, qui est ici invité à prendre le parti de la France, cela pourrait bien être l’époux de la duchesse de Savoie, soeur d’Henri II et dont Crespin se dit l’astrologue, et quant à Philip, il semble bien qu’il s’agisse là de Philippe II, vainqueur à Saint Quentin du roi de France en 1557.

Quels recoupements, cette fois, avec les Centuries ?

VIII, 81
Le neuf Empire en desolation
Sera changé du pole aquilonaire
De la Sicile viendra l’esmotion
Troubler l’emprise à Philip tributaire

 

Tout un quatrain à l’identique !

X, 26
Le successeur vengera son beau-frère
Occuper regne souz umbre de vengeance

 

Signalons, par ailleurs, un passage de la Prognostication generale pour l’année MDLXXV, parue à Lyon chez Jean Huguetan ainsi qu’à Rouen, adressée conjointement à Henri III et à son “dauphin” François d’Alençon, après la mort de Charles IX :

“Le Roy Gaulois par la Celique dextre, voyant en discord la grande hierarchie sur les trois parts fera florir son sceptre. Contre la cape de la grand monarchie montera contre un griffon Viendra le Roy d’Europe accompagné de ceux de l’Aquilon. De rouge & blanc courra grand trouble, troupe allant contre le Roy de Babilon. Le vieux monarque dechassé de son règne. A l’Orient son secours ira querre, par peu de croix payera son enseigne (…) Le grand Scirin (sic) saizie d’Avignon (…) Car siecle approche de renouvellation”

 

III, 47
Le vieux monarque dechassé de son regne
Aux Orients son secours ira querre
Pour peur des croix ploiera son enseigne
En Mityléne ira par port & par terre

 

Le dernier verset ne figure pas chez Crespin.

X, 86
Comme un gryphon viendra le roy d’Europe
Accompagné de ceux d’Aquilon
De rouges & blancz conduira grand trouppe
Et yront contre le roy de Babilon

 

Il s’agit probablement de la vision de Crespin prophétisant l’alliance de la France et de l’Allemagne contre les Turcs. Crespin fut frappé par le mariage de Charles IX avec la fille de l’Empereur, Elisabeth d’Autriche à laquelle il consacre, en 1571, une Epître demonstrative, Paris, Nicolas du Mont. Dans l’Epître au Roi, Crespin du fait que “Le lys (est) avec la confederation de l’aigle” – Aigle, en latin, aquila (aquilon) – annonce la prise de Constantinople, ce qui conférera l’Empire au roi de France. Mais Charles IX décédé en 1574.

IX, 41
Le grand Chyren soy saisir d’Avignon

I, 16
Le siecle approche de renovation.

 

On notera la forme “renouvellation” chez Crespin. Par siècle, il faut entendre ici le grand cycle (800 ans) de la grande conjonction Jupiter-Saturne, attendu pour les années 1580, en signe de feu. Cette configuration attendue dans le signe du bélier se manifesta en fait, à quelques degrés près du zodiaque, dans le signe des Poissons, le signe d’avant, mettant en cause la validité même de ce vénérable système.

II, 69
Le Roy Gaulois par la Celtique dextre
Voiant discorde de la grand Monarchie
Sur les trois parts fera florir son sceptre
Contre la cappe de la grand Hierarchie

 

Inversion : “Monarchie” et “Hierarchie”.

   On a là un matériau qu’on ne retrouve pas toujours dans les Centuries qui aurait fort bien pu s’y trouver car il est de la même veine.

Prognostication pour 1575

Extrait de l’Epître 1   Extrait de l’Epître 2

Les Prophéties dédiées à la Nation Françoise etc

Epître 1574   Extrait de l’Epître

    Il pourrait s’agir d’un faux Crespin, le privilège citant Crespin accordé à François Arnoullet étant de 1569 alors que les éditions qui nous sont parvenues sont datées de 1572. En effet, on trouve une telle série d’adresses mais avec un contenu non nostradamique également dans l’Epistre de Profetie (sic) de paix qui doit venir au Royaume de France sans dissimulation, qui régnera plus de trois cens ans, Lyon, Jean Patrasson (BNF) :

A la Royne mère du Roy (Catherine de Médicis)
A la Royne de France
A Messieurs les Frères du Roy
A ma Dame de Savoye
A ma Dame de Lorraine
A monsieur l’Amiral
A Mons. le Maréchal d’Anville
A M. le Cardinal d’Armagnac
A Monsieur l’Evesque de Grenoble
A. M. de Mandelot
A M. De Gorde
A M. Le Comte de Tournon
A M. De Montbrun
A tous les Princes & Princesses de la Chrestienté
Au Grand Turc
“Aux Juifs exécrables & à tous ceux qui donnent conseil injustement de ruiner le peuple. Par l’astrologue du Roy Archidamus. Il vous annonce votre ruine & deshonneur car le siècle approche de renouvellation”.

 

Cette formule se trouve également dans les Prophéties à la Puissance Divine, suivie d’un texte du même acabit mais sensiblement plus long puisqu’il couvre à lui seul une page entière.4 En fait, c’est ce texte sur les Juifs qui constituerait la seule raison d’être de toute cette publication, hormis peut-être telle ou telle adresse allant dans le même sens.

PPD, Crespin 1572   Extrait des PPD

    Il n’est pas impossible que les dites Prophéties à la Puissance Divine, portant la date de 1572, du moins sous la forme qui nous est parvenue, soient une contrefaçon de l’Epître de Profétie de Paix, faite à Grenoble le 24 décembre 1573. En effet, le contenu des adresses est très différent et dans ce dernier cas, ne comporte aucun élément centurique. En revanche, les Prophéties à la Puissance Divine débutent par ce qui sera connu comme le premier quatrain de la première Centurie, quatrain récurrent dans la littérature “pré-centurique”. Il faudrait dès lors dater les Prophéties à la Puissance Divine de 1574 au plus tôt. La question qui se pose est la suivante : les passages figurant dans les dites Prophéties sont-ils extraits des Centuries ? Le hic, c’est que les adresses sont constituées de quatrains issus en partie de Centuries exclues des éditions de la Ligue. Or, il existe un faux indubitable, la Prophétie Merveilleuse de 1590, parue chez Pierre Ménier, un des libraires s’étant le plus soucié de faire paraître les Centuries sous la Ligue – on a deux éditions, une datée, une non datée. On y voit Crespin faire allégeance à celui que l’on appelait Charles X, un oncle cardinal d’Henri de Navarre. Les positions planétaires des années 1580, si chères à Crespin, y sont tout simplement transposées pour la décennie suivante, ce qui leur ôte toute assise astronomique.

L’identité de Crespin

    Que savons-nous au demeurant de Crespin sinon qu’il emprunta d’abord le “titre” Nostradamus pour lui préférer celui d’Archidamus ? Dans sa Prognostication avec ses présages pour l’An MDLXXI, Paris, Robert Colombel (BNF), Crespin se présente comme étant “de Marseille en Provence” et pas encore au service de la soeur d’Henri II, la duchesse de Savoie, son mariage ayant été une des conséquences du Traité du Cateau Cambrésis de 1559. Il est médecin ordinaire de Monseigneur le Comte de Tande, Admiral du Levant, personnage auquel avait eu affaire Michel de Nostredame, provençal comme Crespin. Ces origines provençales sont d’ailleurs contestées en 1571, par le libraire parisien Nicolas du Mont, dans un Avertissement au Lecteur (p. 23) qui semble le viser, même s’il n’est pas explicitement cité : “Celuy-là natif de Paris renie sa patrie & se dit Provençal”.5 Notons que le libraire affirme avoir “esté requis & quasi importuné de mettre sur la presse ces présens Présages”.

Il serait trop simple, sous prétexte que ces disciples seraient discutables de croire qu’ils n’ont fait que plagier ou compiler les Centuries. La réalité est plus complexe et il nous apparaît qu’en tout état de cause, ils auront joué un rôle essentiel, parfois à leur insu, dans la réalisation des dites Centuries lesquelles sont non point la matrice mais bel et bien la résultante de leurs productions pseudo ou néonostradamiques, si tant est qu’il s’agisse de plusieurs personnages ou d’un même usant successivement ou simultanément de plusieurs appellations. On ne saurait en tout cas ignorer à quel point cette mouvance nostradamisante est engagée politiquement dans le camp du dernier fils de Catherine de Médicis, devenu à partir de 1574, à la mort de Charles IX, l’héritier (dauphin) du trône occupé par Henri III, jusqu’à sa mort survenue dix ans plus tard et qui ouvrira une crise dynastique en faisant du prétendant Henri de Navarre, le futur Henri IV, revenu, après la Saint Barthélémy, à la religion réformée.

Reconnaissons toutefois qu’on ne sait pas grand chose de ce Crespin, sinon qu’il date ses Epîtres, un genre qu’il affectionne et que l’on retrouve dans les Significations pour 1559, qui, selon nous sont antidatées et dans l’Epître prophétique “lyonnaise” à Henri II. Crespin écrit souvent d’Italie : Turin, Messine, Venise mais aussi de La Rochelle, de Grenoble, capitale du Dauphiné, souvent de Paris. C’est un prophète itinérant, fortement marqué par l’Italie et cela pourrait expliquer en partie la vogue de Nostradamus dans cette région. Mais quelle autorité dans ses propos qui éclipse selon nous quelque peu un Michel de Nostredame. Quelle imagination politique ! On rappellera les deux quatrains de la Centurie VIII avec leurs versets répétitifs et le fait qu’un des quatrains est incomplet sous sa forme centurique : “Le Roy de Bloys dans Avignon regner” (VIII, 38 et VIII, 52), formule que l’on trouve également dans un texte de Crespin Démonstration de l’éclipce (sic) lamentable du soleil que dura le long du jour de la Seint Michel dernier passé (…) par M. Anthoine Crespin, Paris, N. Dumont, 1571. Il semble bien que les quatrains centuriques reflètent les idées politiques de Crespin, et ce quand bien même ne serait-il pas le compilateur des Centuries mais seulement leur inspirateur. On voit à quel point Antoine Crespin et Michel de Nostredame se complètent : l’un par son oeuvre, l’autre par sa vie. L’addition des deux aura donné le phénomène Nostradamus.

Demonstracion, 1571    Le Roy de Bloys dans Avignon

Crespin et le quatrain “Avignon”

   C’est l’occasion de rappeler que l’antijudaïsme de Crespin qui transparaît dans certains quatrains des Centuries et qui constitue un arrière-plan de son oeuvre rend d’autant plus scandaleuse l’attribution des dites Centuries à Michel de Nostredame, dont on connaît les origines juives, lesquelles d’ailleurs étaient rappelées par certains de ses adversaires et ce d’autant plus que la famille (convertie) de Nostradamus appartenait, comme l’ont montré les biographes, à cette même communauté provençale à laquelle Crespin s’en prend.6

Crespin, s’il abuse certes de son statut plus ou moins autoproclamé, de prophète, pratique une poésie politique – comme il existe, au XVIe siècle, une poésie scientifique – n’hésitant pas à placer dans ses Epîtres des développements versifiés, ce que ne faisait pas son prédécesseur, si tant est que l’on sache exactement ce que ce dernier a véritablement produit. Que l’on lise notamment l’Epître de Crespin à Charles IX, ouverte par près d’une centaine de vers.

Il importe de ne pas diaboliser Crespin ou les Nostradamus le Jeune et Mi. De Nostradamus car leur rôle dans la formation des Centuries ne fut certainement pas négligeable dès lors que l’on ne situe la parution de celles-ci dans les années 1550 mais plutôt dans les années 1570. Un Benoist Rigaud, on l’a vu, avait, avant même la mort de Michel de Nostradame, publié du Mi. De Nostradamus. En 1574, le même Rigaud publie cette fois un recueil de M. Michel de Nostradamus le Jeune, Prédictions des choses plus mémorables qui sont à advenir etc, ouvrage qui paraît également à Troyes, chez l’imprimeur Claude Garnier. Benoit Rigaud publiera encore sous la Ligue l’Almanach pour 1587 d’Himbert de Billy lequel almanach comporte des quatrains pour chaque mois, conjointement avec le libraire parisien Jean Cavelat. Encore en 1594, alors qu’il fait paraître le premier volet des Centuries, Benoist Rigaud publie l’Almanach des almanachs le plus certain de Cormopéde, qui truffe également son calendrier de quatrains. Il est bien possible que pour Rigaud, toute cette littérature, Centuries comprises, soit considérée comme étant du même ordre.

Prédictions des choses mémorables

   Nous conclurons que l’on trouve chez Crespin, ailleurs que dans les Prophéties à la Puissance Divine, un matériau très proche de celui des Centuries mais qui ne coïncide pas totalement. On peut certes penser que Crespin a mal recopié ou qu’il a eu accès à une édition perdue des Centuries mais nous avons la faiblesse de croire que ce n’est pas Crespin qui a emprunté mais qu’on lui a emprunté à moins qu’il n’y ait contribué délibérément, mettant ainsi son travail au service de la cause des Centuries et du culte de Michel de Nostredame. Certes, Crespin a pu brodé et ajouter à ses emprunts des éléments de son cru mais on peut tout aussi bien admettre que l’on n’a repris qu’une partie de son oeuvre comme c’est le plus souvent la règle en cas d’emprunt ou de plagiat. Dans le domaine iconographique7, la démonstration de l’existence d’un emprunt serait probablement plus aisée, dès lors que le motif emprunté appartient à un ensemble plus vaste, on pense au signe du verseau qui serait extrait d’une scène de banquet telle qu’on en organisait au mois de janvier. Dans le domaine littéraire, la notion d’ensemble de référence est peut-être plus floue mais en tout état de cause, Crespin serait une source des Centuries bien plus que leur compilateur et il convenait bel et bien de le réhabiliter. C’est dire que la genèse des Centuries se révèle autrement plus complexe que ce qu’affirment certains qui voudraient que tout soit sorti de la tête du seul Michel de Nostredame; non seulement on a identifié un certain nombre de sources des quatrains mais même les quatrains en question semblent ne pas avoir été l’oeuvre du dit Michel de Nostredame. Il faudrait en finir – on ne cessera de le répéter- avec des formules paresseuses du style “Nostradamus a dit ceci ou cela” en parlant des quatrains voire des épîtres centuriques. La vie des textes est souvent plus fascinante que celle de tel ou tel auteur et surtout elle se situe dans une autre échelle de durée surtout si l’on prend en compte et leur formation et leur fortune.

Appendice

I – La vignette du disciple

Nostradamus le Jeune

Portrait de Nostradamus le Jeune

   On a le portrait de Nostradamus le Jeune, il figure, dans les années 1560, muni d’un chapeau et d’une barbe sur certains frontispices, ou en page de garde, au dessus du premier quatrain de la première Centurie. Un des cas les plus remarquables est le frontispice des Prédictions pour vint (sic) ans (…) Mises en lumière par Mi. De Nostradamus le Ieune, Rouen, P. Brenouzer : “Estant assis de nuit secret estude/ Seul reposé sus la selle d’aerain/ Flambe exigue sortant de solitude/ Fait proférer qui n’est à croire vain.”8

Prédictions pour vingt ans

Fontispice des “Prédictions pour vingt ans”, par Mi. de Nostradamus le Jeune

Edition 1605    Edition 1649

Edition datée de 1568

Portrait de Nostradamus le Jeune
dans des éditions des Prophéties

   Mais comment se fait-il qu’on le retrouve en frontispice de toute une série d’éditions des Prophéties de M. Michel Nostradamus ?9 Certaines avec l’année 1568, d’autres 1605 voire 1649. Signalons encore la présence de la dite vignette au frontispice d’un Almanach pour l’année 1651, (…) Composé par Antoine Chevillot, Troyes, I. Blanchard, ou encore, au XVIIIe siècle, sur des Prophéties générales nouvelles et curieuses (…) Depuis l’an 1760 jusqu’en l’an 1767. Tirées des anciens Manuscrits de Mre Michel Nostradamus, Troyes, Jean Garnier.

Almanach pour l’an 1651

Fontispice de l’“Almanach pour l’an 1651”, par Antoine Chevillot

   Deux hypothèses s’offrent à nous : soit certains libraires se sont trompé et ont confondu Michel de Nostradamus avec un de ses disciples, soit au départ les Centuries se présentèrent comme étant l’oeuvre d’un de ses disciples ou en tout cas mises en lumière par lui.

II – La vignette d’Auger Gaillard

   Dans l’historique des vignettes, nous signalerons le cas d’un poète du Sud Ouest Auger Gaillard10 dont la vignette figurant sur certaines des oeuvres parues au XVIe siècle va se retrouver sur nombre d’éditions des Centuries, au siècle suivant11 sans que l’on sache très bien pourquoi.

Auger Gaillard    Edition 1644

Origine d’une vignette nostradamique du XVIIe siècle

III – Le quatrain “Secret Estude”

   Ce quatrain est récurrent dans la littérature néonostradamique, c’est-à-dire celle des disciples et autres succeseurs. De deux choses l’une, ou bien il s’agit d’un emprunt au premier quatrain de la première Centurie ou bien il s’agit d’un emprunt de la dite Centurie à la dite littérature.

Or, le quatrain en question se présente parfois avec des variantes : “Que moy estant ravy en mon secret estude/ Et reposant tout seul sur la selle d’aerain/ Un exigu flambeau sortant de solitude/ Me faict dire cecy que ne croyrez en vain.”12

Quelle audace vraiment que de trafiquer un quatrain aussi célébre ! Certes Crespin, à d’autres endroits, est plus proche de la version canonique.13 Mais la variante ci-dessus nous paraît tout aussi pertinente : “ravy” étant plus “noble” que assis et aussi cette forme “dire cecy” ne convient-elle à merveille pour un quatrain introductif alors qu’il s’adresse directement à son lecteur ? Comment d’ailleurs si les Centuries étaient alors déjà parues pourrait-on se permettre de telles fantaisies de la part d’un Archidamus ? En outre, comment Crespin pourrait-il se permettre de reprendre tant de versets des Centuries sans citer ses sources ? En 1577, Crespin Archidamus connaissait-il les Centuries telles que nous les connaissons ? Il ne nous semble pas. Rappelons que nous n’avons pas d’assurance de leur existence avant 1584 et leur mention dans la Bibliothèque de Du Verdier comme l’a rappelé, en son temps, Patrice Guinard. On notera que Du Verdier désigne l’ouvrage sous le titre “Dix Centuries de prophéties par quatrains” et non par le titre que nous connaissons. On peut se demander si 1578 ne serait pas justement la “bonne” date pour situer la première parution de Centuries, attribuées à Michel de Nostredame. Entre 1578 et 1584, on sera passé à dix Centuries. On notera qu’après 1577, nous n’avons plus rien de très significatif de la part de Crespin. Le terme même de “Centurie”, comme synonyme de prédiction introduite par un quatrain, suivie d’un commentaire, ne figure chez Crespin qu’en 1586, dans la Pronostication astronomique pour six années (s.l.n.d., Bibl. Lyon La Part Dieu, cote 315920) et encore cela concerne-t-il en fait les années 1593 à 1598. En ce qui concerne l’Epître de Jean de Chevigny en tête de L’Androgyn de Dorat, Lyon, Michel Jove, 1570 et qui comporte une référence – la première du genre avec numéro canonique du quatrain et de la centurie – au quatrain correspondant au “monstre”, nous avons montré (dans une étude sur Espace Nostradamus) que nous avions affaire à un faux datant de la fin des années 1580, réalisé à partir du Tractatus de Monstris d’Arnaud Sorbin datant de 1570.

IV – Les deux éditions des Prophéties dédiées à la Puissance Divine (1572)

PPD Crespin 1    PPD Crespin 2

Les deux éditions Crespin des “Prophéties dédiées à la Puissance divine”

   Les bibliographies nostradamiques n’ont pas su distinguer les deux éditions, parues chez le même libraire lyonnais, François Arnoullet, en la même année 1572 alors que la disposition de la page de titre est différente, la seconde édition (conservée à la British Library) mettant en majuscules plus de mots que la première. Mais même le titre n’est pas exactement le même :

A. Prophéties par l’astrologue du treschrestien Roy de France etc.
B. Prophéties par l’astrologue du Roy de France etc.

Privilèges Crespin

Les Privilèges des “Prophéties dédiées à la Puissance divine”

   Le privilège, également, diffère : celui de la première édition14 comporte deux dates (24 mars 1572 et l’an 1569), celui de la seconde aucune. Il n’est nullement certain que ces deux éditions soient l’une et l’autre parues en 1572, année de la Saint Barthélémy. Certains traits de la seconde la rendent, en tout cas, pour le moins suspecte.15 Malgré l’addition de nouveaux versets de quatrains, ceux-ci n’appartiennent jamais aux Centuries V-VII.

Jacques Halbronn
Paris, le 15 janvier 2005

Notes

Cf. Documents inexploités, op. cit., p. 205. Retour

Cf. RCN, p. 8. Retour

Cf. P. Guinard sur ce sujet, sur le Site CURA.free.fr. Retour

Cf. Documents Inexploités, op. cit., p. 226. Retour

Cf. Présages pour Treize ans, réalisés par M. de Nostradamus le Jeune, dédiés au Duc d’Alençon, dédicataire de nombreux textes dus à des disciples plus ou moins douteux de Michel de Nostredame. Voir Bibl. Lyon La Part Dieu, cote 315921. Retour

Cf. notre article sur ce sujet, sur le Site du CURA.free.fr. Retour

Cf. notre article paru à la rubrique Tarotica, sur Encyclopaedia Hermetica. Retour

Cf. RCN, pp. 90-91. Retour

Cf. RCN, A 25 et A 26, p. 639. Retour

10 Cf. notre étude parue sur Espace Nostradamus. Retour

11 Cf. RCN, A 15 et A 16, p.637. Retour

12 In Au Roy Episre et aux autheurs de disputation sophistique, Paris, Gilles de S. Gilles, 1577. Retour

13 Cf. “Au Roy par son Astrologue”, in Prophéties dédiées à la Puissance Divine. Voir Documents Inexploités, op. cit., p. 210. Retour

14 Cf. Documents Inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed . Ramkat, 2002, p. 206. Voir aussi sur Gallica, pour une version numérisée. Retour

15 Cf. notre étude de cette édition, Documents inexploités, op.cit., pp.77-80. Retour

 

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jacques Halbronn Obstacles épistémologiques à la recherche. Cyclicité et typologie: une cohabitation délicate

Posté par nofim le 19 juin 2021

 

Obstacles épistémologiques  à la recherche. Cyclicité  et typologie : une cohabitation délicate

Par  Jacques Halbronn

 

L’astrologie et le prophétisme  exposent le chercheur à des dilemmes.  Le prophétisme  semble pouvoir échapper à l’argument de l’anachronisme dans la mesure où si l’on observe que tel texte renvoie à une date plus tardive que celle à laquelle il est censé correspondre, il sera toujours possible de répliquer que le texte prophétique  annonce des événements à venir ; un tel argument est brandi par certains spécialistes de Nostradamus – genre Patrice Guinard- chaque fois que l’on met le doigt sur la marque d’un événement postérieure à la date affichée de l’édition.

En ce qui concerne la recherche  astrologique, la difficulté résidera dans le caractère cyclique des facteurs. Comment savoir si tel événement est lié  au caractère de telle planète ou à la phase par laquelle passe telle planète ? Cela est cause d’un grand nombre d’errements et d’égarements.

En effet, l’existence de phases ne suppose-t-elle pas, par elle- même, que les effets  de la planète considérée peuvent varier d’une phase à l’autre ? On signalera le cas du Soleil lequel agira différemment selon le signe zodiacal  dans lequel il se trouvera en  un instant T. Les maitrises planétaires ne nous indiquent -elles pas que les signes sont liés à une diversité de tonalités et donc que   cela influera sur la planète qui s’y trouve à tel ou tel moment ? Disons qu’il n’est pas aisé de déterminer et de distinguer entre ce qui relève de  la planète et ce qui relève du signe qu’elle traverse, d’autant que les signes sont eux-mêmes marqués par telle fonction planétaire, comme le montrent les maitrises planétaires en question. C’est un véritable labyrinthe sémantique dans lequel l’on risque fort de se perdre.

La meilleure solution ne serait-elle pas de n’utiliser qu’une seule planéte car dès lors qu’on en utilise plusieurs, il sera bien difficile de les distinguer entre elles selon les arguments que nous avons avancés. ?

L’anthropocosmologie que nous défendons  s’efforce de recourir à un langage simple, c’est-à-dire binaire, dialectique et didactique. Autrement dit, il faut prendre la peine d’expliquer au « client » comment on procéde et quels sont les stades successifs que l’on couvre, de façon à donner une vue d’ensemble aussi contrastée que possible. Une typologie à 12  signe ne nous semble pas la présentation la plus heureuse car nous pensons que le vivant fonctionne selon un processus binaire  jour/nuit, ouvert/fermé,  C’est pourquoi  nous avons opté pour l’alternance entre l’universel, l’union et le singulier, le limité. L’humanité passerait par des temps de mondialisme  et des temps de souverainisme, chaque fois pour sept ans, ce qui correspond au cycle de Saturne quand on le divise en 4  « saisons » ou mieux encore entre une tendance équinoxiale  (printemps –automne) et une tendance solsticiale (Eté  -Hiver) On peut appliquer de tels critères assez aisément : tantôt, la Société humaine  dépasse les frontières, d’où la formation d’empires, de fédérations et tantôt, la dite Société se fragmenterait, chaque entité s’accrochant à son identité propre/ Quel contraste entre la formation de blocs  et leur dislocation ! Aucune tendance ne saurait se perpétuer indéfiniment et il  y aura toujours, à un certain moment un revirement inhérent au systéme.

Ainsi, le moins que l’on puisse attendre d’une prévision astrologique, c’est d’une part qu’elle couvre une période suffisamment longue et d’autre part qu’elle  signale l’alternance avec une période offrant des traits bien distincts.

Le tort d’André Barbault dans son interprétation du cycle Saturne-Neptune – piste qu’il suit depuis 1945 (il avait alors 24 ans, ce qui correspond à une cyclicité  jupitérienne)  avec son « Introduction à l’astrologie mondiale », en annexe de son Astrologie météorologique (préfacée par Robert Ambelain, Paris, ed  Niclaus), c’est de ne pas avoir posé de dialectique si bien qu’il ne nous propose pas d’alternance si ce n’est- en  creux-  celle du plein et du vide. Dès lors, quand il traite du cycle en question –entre autres- il ne nous donne aucune idée de la nature de l’événement : il ne dispose pas d’une véritable typologie événementielle correspondant à un fonctionnement normal de la Société. Toutes les conjonctions seront censées se ressembler, tous les 36 ans ! En revanche, si l’on tient compte du passage de Saturne sur les axes équinoxiaux et solsticiaux, alternativement, l’on se donne les moyens de distinguer les conjonctions entre elles. Mais tout le probléme vient d’une combinatoire planétaire se substituant à une combinatoire « tropique ». Comment distinguer une conjonction d’une autre sans repére zodiacal comme ne cessera de le proposer Barbault dans une démarche extrémement réductrice ?

Cela dit,  avec son indice cyclique, Barbault nous propose, à partir de 1967 (Les astres et l’Histoire) un graphique qui monte et qui descend, sans toutefois suivre une sinusoïde régulière vu qu’il regroupe 5 planétes (de Jupiter à Pluton) pour ce faire. Quand la courbe monte, c’est un temps de repos et quand la courbe descend, du fait du nombre de conjonctions, il y aurait déséquilibre, en raison d’une répartition inégale des dites planètes sur l’écliptique (sur cette question voire dans le « Dictionnaire astrologique » de Gouchon à l’entrée « répartition des planétes »)

Il reste que Barbault  avait compris que l’astrologie avait besoin de formulations aussi simples que possible, au point de ne plus vouloir distinguer les planétes entre elles ni leurs positions zodiacales. C’était aller un peu loin dans une autre extrémité. Il nous semble nécessaire de rechercher un juste milieu car pour nous un cycle est fonction d’une planéte et non d’un conglomérat de planétes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB

19  06 21

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