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jacques Halbronn Nouvelle Défense et Illustration de la langue française.

Posté par nofim le 27 juillet 2021

Nouvelle  Défense et illustration  de la langue française.

 

 

En 2014, Fabian Bouleau publiait « Chienne de langue française. Répertoire tendrement agacé des bizarreries du  français » (Ed. Points) et cet ouvrage dénote une incompréhension du génie de la langue française, passe à côté de ce qui fait du français une langue puissamment musicale et  incitant ses usagers à une certaine créativité. C’est l’occasion de revenir sur toute une série de textes visant à repenser l’enseignement du français, notamment à des étudiants marqués par d’autres influences tant le français ne saurait être appréhendé à partir d’une langue étrangère au risque d’un procés comme celui  intenté, à sa façon, par Fabian Bouleau « professeur de français à Toulon » .

En introduction de notre étude, se référant à Joachim Du Bellay, rappelons, à toutes fins utiles, l’extraordinaire fortune des mots français au sein d’autres langues.(cf  Olivier  Bertrand,  Histoire des mots français, Garnier), Henriette Walter, le  français dans tous les sens, Paris, R. Laffont) On ne se lasse pas de noter à quel  point le français aura impacté une langue comme l’anglais, langue hybride s’il en est à cause de sa dépendance par rapport au français.(cf  notre production depuis 1987 initiée sous la direction de Louis Jean Calvet auteur  d’un «  Linguistique et Colonialisme ».

 

Cela dit, on ne saurait nier que le français peut déconcerter celui –-qui n’y aura pas été correctement initié, le mot n’est pas trop fort -dès sa plus tendre enfance tant pour la parler que pour la capter chez un interlocuteur. Cela exige un entrainement  particulier tout comme pour d’autres langues, à des degrés divers,  notamment lors du passage de l’écrit à l’oral. Si l’anglais est une langue synonymique, qui nécessite le recours à une tradition orale pour connecter des mots de nature différente au sein d’un même champ sémantique – ce qui tient notamment à ses emprunts, à commencer par ceux au français- le français serait une langue euphonique exigeant de la part de chaque locuteur une vigilance de tout instant à l’instar du travail musical.

A l’instar du poéte  qui doit « marier » les mots  de la meilleure  manière possible et tout le monde n’a pas la « bosse » de la poésie, le français est une langue qui souffrira grandement d’être utilisée par quelqu’un qui n’a pas l’oreille « musicale » exigée, tant pour s’exprimer que pour écouter. En ce sens, c’est une torture, le plus souvent, de devoir supporter un locuteur qui ne sait pas faire  « parler » le français.

Fabien Bouleau a certes raison du moins à un certain niveau, de se plaindre de l’existence de combinaisons problématiques en français mais rien n’oblige un locuteur à  y recourir de façon automatique. Bouleau regrette le manque d’automatisme(s) du français, et  néglige le rôle essentiel du locuteur dans le choix et l’agencement des mots, ce qui suppose une certaine créativité.  Bien parler le français, ce n’est pas ne pas commettre de fautes de grammaire, mais éviter les fautes de goût  comme celui qui ne saura pas s’habiller avec un certain sens de l’élégance.  Autrement dit, le français exige une certaine inspiration chez ceux qui y recourent, et c’est alors que la langue offrira une belle fluidité,  un bel et riche enchainement de sonorités. Le probléme, c’est que ceux qui voudront imiter  ce locuteur idéal risquent fort d’échouer, à l’instar d’un apprenti cuisinier, ne sachant pas doser correctement ses ingrédients. Le résultat risque d’être immangeable.  Parler le français est en ce sens une épreuve, dans tous les sens du terme. Mais il ne s’agit pas ici de l’écrit mais bien de l’oral car le français n’existe pleinement qu’ à l’oral  alors même que les emprunts qui lui sont faits passent par l’écrit et c’est pourquoi nous préférons la francographie à la francophonie, la francographie   étant une francophonie qui n’est pas passée à l’acte de l’oralité. Autrement dit, le français, au cours de son histoire, aura bien davantage rayonné par l’écrit que par l’oral.  L’anglais s’inscrit pleinement dans cette francographie alors qu’il ne participe guère à la dynamique de la francophonie, étant entendu que ceux qui se déclarent  « francophones » ne le sont souvent que fort piétrement et usurpent le titre. On reconnait leur insuffisance par la lourdeur de leur débit comme ce serait le cas d’un mauvais instrumentiste.  On a le français que l’on mérite.

Le « vrai » français évitera les fausses notes dont se plaint Fabian Bouleau. Les mauvais ouvriers se plaignent de leurs mauvais outils.  Il y  a certes des expressions mal fichues mais il faut savoir s’en servir à bon escient comme un réalisateur avec des comédiens peu inspirés.

On aura compris que le français exige un esprit de sélection à la fois des mots mais aussi des lettres et on a le droit de refuser certains mots comme de ne pas se servir de certaines lettres. L’apostrophe témoigne de l’existence d’une telle pratique de longue date. On dira « j’aime » mais ‘je l’aime » ou encore « j’t’aime » et d’ailleurs les anglophones nous auront parfois suivi avec leur  « don’t » avec tous ces « o » qui sont « mangés », ce qui fait très « chic ».

Or, nombreux sont les francophones qui condamnent une telle liberté de choix en traitant  ce style de relâché quand on se permet de ne pas s’attarder sur chaque syllabe « comme c’est écrit ». Mais ce sont là des francophones probablement contaminés par une autre langue ou tel patois ou dialecte qui n’a pas le même esprit que le français authentique, celui qui se parle et s’apprend par capillarité  et non pas celui qui s’enseigne comme le FEL, français langue étrangère . D’ailleurs, les étrangers ont le défaut de vouloir trop s’en tenir à la forme écrite de la langue concernée comme s’ils ne pouvaient pas se permettre de la parler « mal », en ne respectant pas  minutieusement  ce qui est  écrit noir sur blanc. D’ailleurs, souvent l’exercice de la dictée aura une mauvaise influence sur l’accès à une bonne oralité  tout comme un autre exercice scolaire qui est celui de la « récitation ». Même les chansons sont souvent engoncés comme chez un Guy Béart  alors que chez un Charles Aznavour ou un Raymond Queneau, on est vraiment en face de quelque chose de vivant.. Une formule comme « Si tu t’imagines Si tu t’imagines, si tu t’imagines, fillette, fillette
Si tu t’imagines qu’ça va, qu’ça va, qu’ça va durer toujours» est déjà de l’écrit marqué d’oralité. Le français est  une langue qui doit s’apprivoiser. Mais de toute façon, l’oral aura  marqué l’écrit par le jeu des apostrophes si bien que même les plus fanatiques de l’écrit sont dans l’oralité comme Monsieur Jourdain avec la prose, sans le savoir.

Certes, l’on butte  sur des formes  en et, en ez, en és, voire autrefois  en ed (ce qui est passé en anglais avec un « changed » issu de l’ancien français, le français moderne ayant adopté le « é », là encore une empreinte de l’oral sur l’écrit)  qui s’entendent pareillement. Ce qui est cause de bien des fautes d’orthographe mais cela permet d’unifier la langue, de la resserrer par des homophonies.

Autrement dit, il semble difficile de revenir en arrière en supprimant les apostrophes  ce qui « latiniserait » le français en le rapprochant de l’italien ou de l’espagnol. A ce propos, quid de ces lettres finales qui ne se prononcent pas et qui souvent sont des marqueurs de genre : petit  et petite,   grand et grande etc. ?

Le probléme, c’est  ne pas tant de parler le français que de le capter.  Tel locuteur se fera comprendre même dans un français pesant mais sera souvent incapable de saisir ce qu’un « vrai » francophone dira ne serait-ce que, par le biais des liaisons, les mots ne sont pas nettement séparés. Le français oral est fait de phrases plutôt que de mots isolés. D’où le  recours au « petit négre », à un français au ralenti,  pour se faire comprendre par l’étranger, ce qui explique que de nos jours, les personnes bilingues préféreront le volet non français, moins éprouvant.  Si l’hébreu est une langue difficile à lire, du fait de l’absence d’indication des voyelles,  le français est une langue difficile à comprendre oralement. Que l’on cesse donc de croire que le français parlé, avec toutes ses libertés, serait un français de seconde zone. Bien au contraire, c’est une langue très exigeante, demandant un long entrainement pour être bien maitrisée, c’est-à-dire, littéralement, bien « parlée ».  Pour les vrais connaisseurs, la langue française est dotée d’un charme très particulier et en quelque sorte inimitable, elle n’est évidemment pas une affaire qui se joue individuellement mais de façon chorale. L’art de la conversation à la française  se joue davantage dans la forme que sur le fond et en ce sens, l’on ne saurait louer la précision du français car c’est d’abord une langue poétique et c’est peut être pour cela qu’elle n’a pas besoin de mis en musique, tout comme elle n’a pas vocation à la rigueur des rimes, qui ne sont qu’une coquetterie comparée au foisonnement sonore du français bien parlé. Qu’aurait pensé  un Du Bellay de notre « Défense » ?

 

JHB

27 07 21

 

 

 

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