jacques Halbronn Pour une astrologie ancrée dans la Cité

Posté par nofim le 18 août 2021

Pour une  astrologie ancrée  dans la Cité

par  Jacques  Halbronn

 

L’argument le plus fort contre l’usage en astrologie des planétes transsaturniennes  tient au fait que l’on déconnecte  ainsi l’astrologie de l’Histoire des sociétés. Pour nous, au contraire, l’astrologie doit avoir été présente aux yeux de tous depuis des millénaires, ce qui exclue ipso facto les astres invisibles à l’oeil nu, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas des étoiles fixes, pourtant bien plus éloignées de notre Terre. Mais même l’astrologie  a-t-elle vraiment besoin du tout le « septénaire »? Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple d’autant qu’à une cause peuvent correspondre une multitude d’effets.?

Pour nous,  l’astrologie  a été conçue pour les hommes et donc se devait d’être à leur portée. Ils devaient pouvoir suivre dans le ciel la progression des  astres au travers du tissu  stellaire, en pleine visibilité. Certes, il  y a débat quant à l’origine de l’astrologie. Pour nous, l’astrologie n’est pas un phénoméne « naturel » mais elle n’est pas non plus une invention des hommes de notre planéte. Ce serait bien plutôt un don des dieux, ce qui débouche sur un transhumanisme, ce qui appartient plus au passé qu’au futur.

D’ailleurs,  si l’astrologie existe, il n’est même pas nécessaire de regarder vers le ciel, si l’on s’inscrit dans une démarche anthropocosmologique. Ce qui  est en bas est comme ce qui est en haut (Table d’Emeraude). Nous pensons que  l’astrologie est inséparable des nombres et Jean Bodin à la fin du XVIe siècle, qui vécut sous la Ligue,  s’était demandé dans les Six Livres de  sa République, si l’on pouvait connaitre l’avenir des Etats (Livre IV,  ch. 2)   en observant certaines recoupements numériques. Il avait notamment retenu le nombre 7, ce qui renvoie à la planéte Saturne si l’on divise par 4 son cycle, sur la base des 4 saisons (équinoxes  et solstices).

On peut certainement regretter que Bodin, le juriste angevin,  n’ait pas été entendu sur ce point alors même que  la science historique  était en quête de fondations, ce qui conduira à la Nouvelle Histoire ‘(Ecole des Annales, Marc Bloch), au milieu du XXe siècle. Rappelons que l’Histoire ne sera pas retenue au sein de l’Académie Royale des Sciences,  et l’astrologie ne fut pas plus heureuse, de ce point de vue. Voilà un couple qui aurait pu fonctionner  mieux probablement que le couple Astronomie-astrologie qui se défit à la fin du XVIIe siècle pour incompatibilité d’humeurs, l’astronomie  étant passée par des mues majeures alors que l’astrologie stagnait et restait  fidéle à Ptolémée, lequel n’était plus en odeur de sainteté..

Mais revenons au débat autour du nombre de planétes à utiliser en astrologie. Le thème natal individuel est un gros consommateur de planétes.  Il se présente comme la « carte du ciel » et donc est censé représenter tout le ciel , ce qui semble nécessaire pour appréhender l’extréme diversité des êtres, dans le temps et dans l’espace. Mais certains  astrologues se  sont persuadés que les progrès de l’astronomie permettraient à l’astrologie d’atteindre à sa maturité, ce qui condamnait, ipso facto, les astrologues d’antan à  une sorte d’errance. Or, comme on l’a dit plus haut, dès le départ, l’astrologie sera apparue comme  un tableau d’or  à la portée de tous, et ce bien avant les temps « modernes ». On aura compris que l’astrologie transsaturnienne est inséparable d’un certain messianisme, avec la révélation ultime de certaines clefs – on pense à l’Ere du Verseau (cf Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, Ed Albatros, 1979).  Fuite en avant!

On parle d’astrologie transpersonnelle. Cela fait sens pour nous, dès lors que l’on  accepte l’idée d’un destin collectif et que l’on  prend ses distances par rapport à une approche individuelle. Or, force est de constater (cf L’astrologue face à son client, La Grande Conjonction, 1994, trad. anglaise par Geoffrey Dean) que  ce serait bien là une impasse épistémologique.  D’ailleurs, tout un pan de la présence de l’astrologie dans notre société actuelle va à l’encontre d’une idée individuelle de l’astrologie, à commencer par le succès des horoscopes et des typologies  zodiacales, les gens ne s’imaginant pas que nous devions nous distinguer les uns des autres, au point que cela soit garanti par une sorte  de  carte d’identité astrale.  Selon nous, la notion de synchronie  indique que nous avons à répondre aux mêmes questions(du Sphinx)  en même temps mais pas de la même façon. Nous avons proposé de placer au coeur de l’astrologie, le probléme de la mémoire, alternant des périodes de rémémoration, d’anamnése,   et des périodes de renouvellement des horizons. Rappelons qu’il n’y a de science que du général.

Selon nous, la cyclicité saturnienne, de sept en sept ans -la même pour tous mais avec des impacts différents pour chacun,  pourrait servir notamment, paradoxalement,  en psychanalyse et d’ailleurs le complexe freudien  d’Oedipe n’est il pas un concept général pouvant servir pour décrypter l’histoire de chacun? Il serait précieux pour un analyste de baliser la vie de ses patients sur une telle base et de mener son travail   en suivant  un tel calendrier.

On aura compris que l’astrologie  selon Saturne  vaut aussi bien au niveau collectif qu’au niveau individuel. Dans le cas de 1989, qui survient en phase solsticiale, donc  d’hypermnésie,  il est clair que des réponses individuelles auront fini par converger vers un dénominateur commun,  consistant à renouer avec le passé des diverses composantes du bloc communiste (Europe de l’Est) et du bloc soviétique.

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB

18 08 21

 

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jacques Halbronn Epigénétique et représentations théologiques

Posté par nofim le 18 août 2021

Epigénétique et  représentations  théologiques

 

 

Par  Jacques  Halbronn

 

 

Les enjeux théologiques sous tendent  en vérité les débats actuels autour de la théorie du genre.  L’argument selon lequel   un phénoméne  généré par la Société n’aurait pas de valeur « scientifique » ne se conçoit selon nous que dans la perspective   anti-humaniste,  désireuse de  refuser ce qui serait le fait des hommes comme si ce qu’ils édifiaient  ne saurai  être que de piètre valeur et intérêt. On serait bien là en face d’une tentative de discréditer les « créations » sociales.

La seule « Création »  valable serait celle relevant de la « Nature » et tout ce que les humains auraient pu ajouter  serait de vil prix. Or, selon nous, il importe de distinguer  trois niveaux, stades de création, relevant respectivement de la Science, de la Technique et du Politique.

Le premier stade renverrait à une théologie universelle, dans le temps et dans l’espace, dont rendrait compte la « Science ». Les tenants d’une telle théologie sont voués à rejeter les autres stades lesquels viendraient, en quelque sorte, corrompre, altérer, le « premier moteur ». On serait donc ici en pleine guerre de religion !

Le  troisiéme stade est celui de l’Homo Faber qui  restructure le monde à sa guise et c’est l’œuvre de cet Homo Faber qui serait dénoncée par les théories du genre et les  études sur les races. Il suffirait de montrer que certaines pratiques n’auraient pas toujours existé pour les discréditer comme s’il était possible pour notre Humanité de défaire ce qu’elle avait établie en intervenant notamment au niveau juridique, comme lorsque change telle ou telle loi, telle ou telle constitution.

Mais il existe, de surcroit, un deuxiéme stade –ce qui vient encore complexifier le débat, c’est celui d’une théologie intermédiaire entre la première et la troisiéme. La notion de création est ici  autre : notre humanité serait le résultat d’une création qui ne serait ni celle du premier ni celle du troisiéme stade, ni celle d’un Dieu primordiale ni celle d’hommes de génie, capables de remodeler les sociétés, sous tel ou tel  angle, mais de dieux  correspondant à une humanité plus avancée, que l’on pourrait désigner comme « extra-terrestres » – ce qui rejoint tout un courant, dont la mouvance  « Raël ».

 

L’on comprend que l’idée de changer les représentations actuelles dans telle ou telle domaine, de défaire ce qui aura été formaté, programmé,  dépend de plusieurs « couches » de création.  D’aucuns voudraient tout réduire à une première impulsion dont tout reléverait, dépendrait et arguent de ce que « Dieu » -omniscient, omniprésent,-apte à tout contrôler- n’aurait pu vouloir qu’il en fût ainsi, de la façon dont les choses sont devenues et de toute façon,  ce qui aurait été « créé » sans l’assentiment « divin » n’aurait aucune légitimité à exister et en tout cas à perdurer.

En hébreu, d’ailleurs,  il existe un verbe « bara » (Bria) qui serait réservé à la Création du premier stade (Genése, I,      1) alors qu’en français, le terme « création » peut être entendu à plusieurs niveaux. Et nous pensons que le mot « dieu » peut aussi être entendu diversement et que chaque « dieu » doit être jugé à l’aune de sa création. Il est clair que la construction d’une maison n’exige pas de référer au premier stade de Création ou que ce qui touche à l’agencement de notre systéme solaire n’est pas à la portée de notre Humanité actuelle. Nous savons réparer une machine, nous sommes souvent impuissants face à la mort d’un homme car cela exige un savoir qui nous dépasse, d’où le « miracle » lié à la résurrection. La notion de miracle est en effet à rapprocher de celle de création. Quel miracle, quelle création ? Même entre les hommes, l’on ne saurait nier que certains seraient dotés de facultés particulières et nous les désignons couramment comme des « génies ».Encore faudrait-il s’entendre sur la notion d’homme, comme de dieu, de création et il est agaçant d’entendre des formules  « univoques » comme « Dieu »/

On parle actuellement d’épigénétique, ce qui implique que l’on puisse ajouter à la nature première une « seconde » nature. Il est certes intéressant de rappeler comment  certains changements ont pu se produire, comment une nouvelle « réalité »  aura pu se mettre en place mais est-ce que le fait d’expliquer, de rendre compte de telle évolution autorise à nier un nouvel état de choses, aussi « arbitraire » soit-il ? On peut voir là une influence de la psychanalyse : il suffirait de retracer  comment un processus a pu s’enclencher pour annihiler celui-ci ! Il est bon de prendre conscience des arrières pensées théologiques  derrière certains débats de société, et ce d’autant que nous n’avons pas nécessairement toutes les données pour comprendre comment  l’on en est arrivé là. Doit -on accepter une  instrumentalisation « scientiste » de la Science pour saper tout ce qui a été créé en aval aux deuxiéme et troisiéme stades tels que nous les avons décrits ?  On serait bien là face à une guerre de religion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB

18 08 21

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Gilles Bucherie La vie et l’oeuvre de F.C.Barlet : un occultiste entre science, astrologie et religion au tournant du XXe sièce

Posté par nofim le 17 août 2021

Travaux universitaires  préparés  avec le soutien  de la Bibliotheca Astrologica

 
« La vie et l’œuvre de F. C. Barlet (Albert Faucheux 1838-1921) : un occultiste entre science, astrologie et religion au tournant des xixe et xxe siècles », par M. Gilles Bucherie, diplôme soutenu le 30 juin 2015. Ecole Pratique des Hautes Etudes

Ve Section.  sous la direction  de Jean-Pierre Brach

 

 

cf  Jacques  Halbronn  La vie  astrologique il y a cent ans.  d’Alan Léo à Charles Barler. Paris, Trédaniel, 1992

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Patrice Guinard Eustache Le Noble Un bilan sur l’astrologie à son déclin

Posté par nofim le 17 août 2021

COLLECTION

Les  travaux  préparés dans le cadre de la Bibliotheca Astrologica   de  Jacques Halbronn

 

Eustache Lenoble (1643-1711): Un Bilan
sur l’Astrologie à son déclin
(Avec des extraits de son Uranie, ou les Tableaux des Philosophes)
par Patrice Guinard

Lenoble, d’après les indications qu’il donne sur son propre thème à divers endroits de son traité (Mars à 13 degrés du Sagittaire à la fin de la maison V, la Lune (sans parallaxe ?) à 23 degrés du Cancer à l’Ascendant, la pointe de la maison XII à 21 degrés des Gémeaux…), et comme il utilise probablement la domification Placidus, moins répandue que celle de Regiomontanus, mais plus commode (p.254), serait né à 17h45, le 26 décembre 1643 à Troyes (aucune heure n’est indiquée dans son acte de baptème à la page 162 du registre paroissial de Sainte-Madeleine de Troyes).[1]. Le biographe Philippe Hourcade ignore son jour de naissance, mais signale ses ancêtres : Marié à Perrette Michelin en 1668, il est le fils d’Eustache I Lenoble (1613-1688), président au bailliage de Troyes, et de Françoise Amiot (-1656) mariés en 1642, le petit-fils de Pierre II Lenoble (1574-1651) et de Simone de Mesgrigny mariés en 1612, l’arrière-petit-fils de l’écuyer Adam Lenoble et d’Etiennette Lamy mariés en 1571, et l’arrière-arrière-petit-fils de Pierre I Lenoble (-1590) et de Marguerite Le Marguenat (Hourcade, Entre Pic et Rétif, Eustache Le Noble (1643-1711), Paris, Aux Amateurs de Livres, 1990, p.37).

Thème natal d'Eustache Lenoble, rev. 2015

Eustache Le Noble, baron de Saint-Georges et de Tennelière, historien, physicien et astrologue, a surtout été un dramaturge d’une certaine importance, et ses oeuvres complètes ont été rééditées à titre posthume, en 20 volumes à Paris en 1718, puis à La Haye en 1726. Il a connu une vie passionnée et agitée (adonné aux raffinements libertins, il dilapide sa fortune en quelques années ; incarcéré, il s’évade pour rejoindre une femme avant d’être repris quelques années après), a été mêlé à la politique (il est nommé procureur général au parlement de Metz), et meurt le le 31 janvier 1711 dans la misère.[2]

Cet esprit éclectique a laissé deux textes astrologiques importants. La Dissertation chronologique et historique touchant l’année de la naissance de Jésus-Christ (Paris, 1693) reprend la théorie des Grandes Conjonctions énoncée par Kepler dans son traité De Stella nova (Prague, 1606). Ce thème a été largement débattu par les astrologues, depuis Abû Ma’shar jusqu’au récent ouvrage de Percy Seymour [3] , en passant par Albert le Grand, Guido Bonatti, Cecco d’Ascoli, Pierre d’Ailly, Luca Gaurico, Gerolamo Cardano, Kepler et d’autres.

Son second ouvrage, l’Uranie, ou les Tableaux des philosophes (Paris, G. de Luynes, 1694-1697, 3 vol.; rééd. Paris, Pierre Ribou, 1718) est un traité ambitieux, de nature astro-philosophique : les livres I et II traitent de la philosophie grecque (présocratiques, Platon, Aristote, Épicure…), les livres III et IV de la philosophie moderne (essentiellement Gassendi, Descartes, Copernic et Tycho Brahe), le livre V des fondements de l’astrologie, et le livre VI des jugements astrologiques.

Lenoble invite à partager sa vision critique de l’astrologie, dégagée des préjugés rationalistes comme des superstitions des esprits crédules. Si « cet Art ne peut jamais rien produire d’absolument certain » (p.127), il n’en résulte pas qu’il ne faille lui accorder aucune importance. L’impossibilité de produire des jugements prédictifs n’invalide pas le discours astrologique dans son ensemble. L’astrologie est une philosophie, et l’Uranie est précisément d’abord un abrégé de l’histoire de la philosophie, des Présocratiques à Kepler, astrologue-astronome.

Mais une philosophie ignorante de l’astrologie, comme celle de Descartes, repose elle-même sur des assises bien fragiles. Le Cogito par exemple, qui marque la séparabilité des consciences, n’est qu’une des postures possibles de l’esprit humain, que le savoir astrologique a précisément pour dessein de faire comparaître avec d’autres.

Lenoble reproche aux détracteurs de l’astrologie, penseurs, philosophes et théologiens, de confondre l’astrologie avec les pratiques abusives qui la dénaturent. Ce n’est pas parce que la littérature astrologique a produit un fatras d’affirmations superstitieuses et puériles, que l’astrologie en soi doive être écartée sans examen. Quant à la majorité des astrologues-consultants, ces « vendeurs de fumée » (p.301), ils semblent ignorer la véritable nature de l’astrologie.

Ainsi l’enjeu de l’Uranie est de présenter une vision épurée de l’astrologie, à l’usage des intellectuels comme du grand public : « les prétendus esprits forts qui la blâment et la méprisent sans la connaître seront convaincus de leur erreur, et auront pour elle quelque indulgence (…) les âmes faibles qui par une aveugle crédulité se rendent les dupes des charlatans qui outrent cette connaissance, et qui en passent les limites pour entreprendre des prédictions qui n’ont aucun fondement physique, ne se laisseront plus si facilement abuser par les impostures présomptueuses des astrologues. » (p.127)

Au début du livre VI, Lenoble réfute les principaux arguments contre l’astrologie : inutilité des prédictions, divergences entre astrologues, argument des jumeaux, moment de conception, incertitude de l’heure de naissance et autres difficultés techniques, disproportion entre la limitation des qualités élémentales et la diversité de leurs effets sur les individus. Il tente de justifier par des principes physiques et « naturels », à l’instar de Ptolémée et de Kepler, la vraisemblance des structures astrologiques, par exemple l’attribution des qualités élémentales aux saisons et aux signes zodiacaux par des principes de nature climatologique, et ainsi d’adapter l’astrologie aux exigences de la rationalité de son temps.

Lenoble souligne que l’origine des noms des constellations zodiacales est à rechercher dans les phases du cycle solaire journalier (V 8), mais il semble avoir quelque difficulté à accéder à une conception véritablement cyclique du zodiaque, ce qui le conduit à supposer (comme Al-Kindî) une influence de la lumière stellaire : « Quoi qu’il en soit, il faut concevoir que tous ces noms ne servent qu’à distinguer et désigner les constellations, et qu’ils n’ont aucune efficace ni rapport aux influences que la lumière de ces étoiles nous peut apporter. » (p.161). Ainsi l’interprétation mythologique doit être abandonnée au profit d’une vraisemblance d’ordre physique.

La source première des « influences » serait, pour Lenoble comme pour son aîné Placidus de Titis [4] , la lumière : « la lumière est l’unique canal de l’influence » (p.154), « nulle lumière, nulle influence » (p.208), « sans lumière il n’y a point d’influence. » (p.233), « point d’influence sans lumière, et point de lumière sans corps » (p.258)…

Malgré son effort de rationalisation et son souci d’assainir le corpus astrologique (rejet des Termes ou Fins, acceptés par Ptolémée (p.232) et de la Part de Fortune, une « chimère » (p.256), des noeuds lunaires, des inventions et « arabesques » des astrologues Arabes, des aspects keplériens…), Lenoble reste prisonnier finalement, en dépit de son engagement en faveur de la représentation copernicienne du système solaire (V 4), de la conception physique « aristotélicienne » qui est encore celle qui prévaut à la fin du XVIIème siècle.

Ainsi tente-t-il de justifier les aspects (ici le trigone) par des considérations cycliques (chaque année la Lune progresse de 4 signes par rapport au Soleil et tous les 20 ans la conjonction Saturne-Jupiter progresse de 4 signes) et géométriques (trois trigones forment un triangle équilatéral) [5] , et les planètes et signes zodiacaux par des raisonnements d’ordre physico-météorologiques, à l’instar de Ptolémée et de Kepler. Cependant il reste conscient du relatif échec de cette approche, et semble admettre que ces considérations restent circonscrites par les limites de la connaissance physique de son époque. Contrairement à Kepler, il est persuadé de la validité du zodiaque, des maisons et même des domiciles. En ce qui concerne les signes, il écrit: « j’aime mieux croire que les anciens après de très-longues experiences ont reconnu dans quelques uns de ces signes quelque qualité dominante qui les a déterminés à cette division : ainsi quoi qu’à mon sens elle n’ait aucun fondement solide et naturel. » (p.232)

Les explications rationalistes de Ptolémée restent souvent spécieuses.[6]  L’approche de Kepler est extrêmement critique et sélective, et en abandonnant le Zodiaque et les Maisons, il semble bien, contrairement à la sentence du frontispice de son Tertius interveniens (1610), qu’il se soit débarrassé d’une partie de l’enfant avec « l’eau du bain ». Le discours de Lenoble me semble plus juste. Les fondements physiques et naturels, maintes fois mis en avant dans son discours, ne serviraient tout au plus que de « raisons apparentes », du moins dans l’attente d’une physique qui soit susceptible d’entériner l’essentiel de la pensée astrologique, peut-être celle de l’astronome Percy Seymour.

Le thème de Lenoble explique assez bien son ambivalence, à savoir son souci de purifier le discours astrologique (Saturne au MC et Soleil en Capricorne), tout en préservant l’intégralité d’un corpus vraisemblable (Lune à l’Ascendant), essentiellement ce que j’ai appelé les structures astrologiques, image de la matrice astrale.[7]  Car en astrologie, il n’y a pas comme en philosophie, d’origine, de centre, de foyer, visible ou caché, qui serait le point d’organisation des concepts et de développement du discours : tout est structure, tout commence et finit avec les structures. Le Zodiaque est une structure cyclique avant d’être une symbolique ; il opère comme archétype pour le psychisme et pour les découpages du réel qui en résultent. Les opérateurs astrologiques s’organisent dans des structures temporelles qui dépendent en amont du réel astronomique et génèrent en aval des significations et interprétations « métaphoriques ». Lenoble l’a compris, même s’il n’a pas toujours su l’exprimer.
Notes

[1]  Il est fréquent à cette époque pour les auteurs de traités d’astrologie de laisser des indications parsemées dans leurs ouvrages, afin que le lecteur averti puisse retrouver leurs coordonnées de naissance. Il en va ainsi d’Antoine de Villon dans son traité L’usage des éphémérides (Paris, 1624) ou encore de Nicolas de Bourdin dans son commentaire du petit recueil pseudo-ptoléméen, Le Centilogue [sic] de Ptolomee ou la seconde partie de l’Uranie, (Paris, 1651). Une lecture attentive de ce texte permet d’en déduire que cet auteur est né le 1er novembre 1603, et non en 1583 (!) comme l’indique, dans sa réédition en fac-similé de cet ouvrage (Paris, Trédaniel, 1993), Jacques Halbronn, qui confond Nicolas avec un parent. « Texte

[2]  Sur Eustache Lenoble, cf. mon article, « Apogée de l’astrologie française à la fin du XVIIème siècle » (in Astralis, 19, Lyon, 1987) et aussi les « Recherches sur l’histoire de l’astrologie et du tarot« , commentaire de Jacques Halbronn à sa réédition d’Etteilla, L’astrologie du Livre de Thot (Paris, Trédaniel, 1993, p.15-21). « Texte

[3]  Percy Seymour, The birth of Christ (Exploding the myth), London, Virgin, 1998. Cf. aussi Ornella Pompeo Faracovi, Gli oroscopi di Cristo, Venezia, Marsilio, 1999. « Texte

[4]  « La vertu influentielle des étoiles est la lumière. » (Placidus de Titis, Primum mobile, traduction Claudine Besset-Lamoine, Paris, FDAF, 1998, p.2). « Texte

[5]  Uranie, ou les Tableaux des philosophes, 5.21, p.216. « Texte

[6]  Cf. notamment sa justification des Domiciles planétaires dans le Tetrabiblos : La Tétrabible ou Les quatre livres des jugements des astres, trad. Nicolas de Bourdin (1640) revue par René Alleau, Paris, Denoël / Culture, Arts, Loisirs, 1974, p.54-56 ; ou encore Le livre unique de l’astrologie, trad. Pascal Charvet, Paris, NiL, 2000, p.64-65. « Texte

[7]  Sur ces notions d’opérateur astrologique, de structure astrologique et de matrice astrale, cf. mon Manifestehttp://cura.free.fr/01manif.html  « Texte


Eustache Lenoble : Uranie, ou les Tableaux des philosophes (extr.)

Patrice Guinard    Eustache Le Noble   Un  bilan  sur l'astrologie à son déclin dans ASTROLOGIE 10lenob2 N. Ed. : Référence de mon commentaire et des extraits choisis des livres V et VI de l’Uranie : Les Oeuvres de Mr Le Noble , Tome XVII, Paris, Pierre Ribou, 1718, p.125-345.Transcription, d’après l’exemplaire Z 20670 de la BNF (pagination entre crochets), des chapitres 1, 8, 20, 21, 24 et 25 du livre V, et des chapitres 1, 2, 7 et 21 du livre VI par Véronique Lepage & Luc-André Rey, que je remercie chaleureusement.
Vérification du texte : Patrice Guinard.

[p.125]

LIVRE CINQUIEME.

CHAPITRE PREMIER.

Projet du cinquième Livre.

    Dans les quatre premiers Livre que j’ai donnez au public sous le nom d’Uranie, j’ai suffisamment expliqué tous les sentimens des Philosophes tant anciens que modernes.
    L’on a pû voir dans le premier tout ce que les neuf sectes des Anciens avoient eu de commun ou de different sur les trois parties ausquelles ils avoient réduit la Philosophie, qui sont la Logique, la Morale, & la Physique, dont la derniere comprenoit aussi la Métaphysique ; & dans le second, j’y ai raporté fort exactement toute la substance abregée des deux Philosophies de Gassendi & de Descartes, qui sur les principes de quelques [p.126] anciens ont voulu établir de nouveaux Systême de cette science.
    Je ne l’ai point traitée à la maniere de l’Ecole, parce que je ne me suis point propose de décider sur leurs opinions ; mais mon unique but a été d’ajoûter à mon Ecole du monde cette instruction, pour donner à un honnête homme qui est dans le commerce des personnes d’esprit, une teinture assez forte de toutes ces differentes Philosophies pour en pouvoir discourir, & pour prendre parti s’il veut s’en instruire plus profondément.
    Il ne me reste plus donc pour acomplir cet ouvrage, que de donner mon Traité de la science Céleste, que j’avois promis non seulement dans la fin de mon quatrième Livre, mais dans cette curieuse Dissertation que j’ai faite touchant l’Année de la naissance de Jesus Christ ; & je m’aquite de cette promesse dont les persecutions injustes que j’ai souffertes par l’iniquité des hommes, & par le crédit de mes ennemis, avoient suspendu l’execution. Ainsi je prétends dans ce cinq & sixième Livre renfermer tout ce qui peut concerner le Ciel, soit pour la science solide & indubitable de l’Astronomie fondée sur des principes certains, soit pour l’Art fautif & conjectural de l’Astrologie judiciaire fondée sur des convenances tirées de quelques experiences.
    C’est ce que je vais traiter dans les deux parties de ce Volume, dans la premiere desquelles j’établirai les principes de la science certaine de l’Astronomie sur lesquels on a bâti l’Art fautif & conjectural de l’Astrologie judiciaire ; & dans la seconde, j’établirai [p.127] les justes bornes qu’on doit prescrire à cet Art, qui ne peut jamais rien produire d’absolument certain, & qui par le mépris des ignorans qui en parlent & le blâment sans le connoître, ou par la hardiesse témeraire des charlatans qui par interêt le poussent à l’excès & en abusent, est devenu l’oprobre pour ainsi dire des sciences, & de telle maniere que ceux qui semblent y vouloir donner quelque aplication, passent ou pour des esprits foibles, ou pour des ridicules.
    J’espere donc que lors qu’on aura lû ce dernier Livre, ou plûtôt cette partie que j’ai réservée pour la derniere de la Philosophie, on sera suffisamment instruit de la véneration qui est duë à la science sublime de l’Astronomie, dont je ne prétends établir que les principes pour mettre un homme dans la voie de s’en instruire plus profondément dans les Livres des grands Maîtres ; & qu’à l’égard de l’Art conjectural de l’Astrologie les prétendus esprits forts qui la blâment & la méprisent sans la connoître seront convaincus de leur erreur, & auront pour elle quelque indulgence ; & qu’enfin les ames foibles qui par une aveugle crédulité se rendent les dupes des charlatans qui outrent cette connoissance, & qui en passent les limites pour entreprendre des prédictions qui n’ont aucun fondement Physique, ne se laisseront plus si facilement abuser par les impostures présomptueuses des Astrologues, & ne leur demanderont que ce qu’ils peuvent leur donner suivant les bornes dans lesquelles je prétends que leur art doit être renfermé. [p.128]
    En un mot, ils verront que selon mon sentiment on doit également blâmer & ceux qui donnent trop dans l’Astrologie judiciaire en lui atribuant plus qu’elle ne peut, & ceux qui n’y donnent rien du tout. Que ceux qui lui attribuent au delà de ses bornes sortent des principes de la Physique, mais que ceux qui ne lui veulent rien donner n’entrent point dans ses principes, & qu’enfin les uns & les autres, ou par défaut, ou par excès, choquent la nature, & souvent la raison ; & entre ces deux extrémitez vicieuses, je tâcherai de montrer la route qu’on peut tenir pour ne tomber ni dans l’une ni dans l’autre.

[p.157]

CHAPITRE VIII.

Des Constellations.

    Toute cette multitude de Soleils répandus dans les espaces immenses du Ciel, & que nous connoissons sous le nom d’Etoiles, furent l’objet de la contemplation des premiers Astronomes, qui pour aider leur connoissance & donner quelque ordre à ce qui leur paroissoit confus, joignirent ensemble celles qui se trouvoient proche les unes des autres, & de ces differens amas en composerent des constellations, ausquelles ils donnerent tel nom qu’il leur plüt.
    Il est à coire qu’ils commencerent par la division des douze constellations qui composent le zodiaque, & qu’ayant vû [p.158] que pendant l’année de la révolution du Soleil la Lune se joignoit douze fois à lui, & revenoit douze fois dans son plein, ces douze lunaisons qui à onze jours & huit heures près égaloient cette révolution solaire, les obligerent à partager en douze parties la ligne Equinoxiale, et cet espace qui de côté & d’autre s’étend jusqu’aux deux tropiques, & sert de route aux planetes.
    Cette division n’étoit point imaginaire, & ils y furent déterminez par une raison très solide ; non seulement à cause de ces douze stations de la Lune, mais parce que le Soleil en douze mois passant deux fois la ligne Equinoxiale, et puis s’écartant à droite & à gauche jusqu’aux deux points des tropiques, coupe & divise réellement l’année en quatre parties égales, qui font les quatre saisons ; & chaque saison ayant son commencement, son milieu & sa fin qui la subdivisent réellement en trois parties de differente température, on ne pouvoit pas imaginer une division plus naturelle du Ciel que de le partager en douze parties, dont trois seroient attribuées à chaque saison.
    Ce partage ainsi fait dans l’imagination des premiers hommes qui, comme on le voit par l’Ecriture sainte, n’habitoient la terre qu’en deçà de la ligne, ils ne pouvoient mieux commencer cette division que dans le point Equinoxial auquel le Soleil, dont ils suposoient le mouvemenet, leur paroissoit remonter vers eux : Ainsi de ce point jusqu’au tropique de la plus haute élévation du Soleil, ils composèrent trois [p.159] constellations ausquelles ils donnerent trois noms convenables à leur effet. La premiere fut donc nommée le Belier, non seulement parce que le Belier est pris pour le conducteur du troupeau, mais parce que le saut de cet animal leur paroissoit une emblême juste pour marquer que le Soleil sautoit la ligne pour venir à eux. La seconde fut nommée le Taureau, pour montrer l’augmentation des forces du Soleil, & cette même raison fit donner à la troisième le nom de Jumeaux, comme voulant dire que cette force du Soleil étoit encore redoublée dans ce signe.
    Mais du point du tropique divisant le zodiaque en trois autres constellations jusqu’au point de l’autre Equinoxe, ils leur donnerent les noms d’Ecrevisse, de Lion & de Vierge. La premiere, parce que le Soleil n’a pas plûtôt atteint ce point, qu’il commence à reculer en arriere. La seconde, parce que l’ardeur du Soleil est alors dans sa plus grande violence, & pour l’autre j’en conçois peu la raison, si ce n’est qu’ils ayent voulu marquer que la continence est alors plus necessaire qu’en tout autre tems.
    Les trois constellations suivantes commencerent au point de l’Equinoxe d’Automne, & eurent les noms de Balance, de Scorpion, & de Sagitaire. Le premier tiré indubitablement de l’égalité des jours & des nuits. Le second, à cause de la malignite de l’air & des maladies plus fréquentes dans cette saison qu’en toute autre ; & le dernier, pour montrer la fuite du Soleil tout prêt d’atteindre l’autre tropique. [p.160]
    Enfin ce tropique d’hyver jusqu’au point Equinoxial du Printems, eut son espace divisé en trois constellations, nommées le Capricornele Verseur d’eau les Poissons. Le premier, parce que c’est un animal hideux & mélancolique ; Le second, à cause des pluyes fréquentes de cette saison ; & le troisième, pour les grands débordemens des eaux causées par les pluyes qui les ont précedées.
    Voilà de quelle maniere ils diviserent le zodiaque ; d’où l’on peut voir l’impertinence des Astrologues, d’attribuer à ces constellations des influences qui répondent à la nature des animaux dont on leur a donné le nom, puisque ces noms qui ne servent qu’à désigner les effets de l’aproche ou de l’éloignement du Soleil, ne conviennent pas mieux à ces constellations, & n’ont pas plus d’éficace, que les enseignes qu’on met par carprice aux maisons.
    Après que ces premiers Astronomes eurent avec beaucoup de raison & de jugement divisé ce zodiaque en douze parties, & chaque partie en trente degrez, pour en composer le nombre de 360, qui se raportât à peu près aux 365 jours & six heures que le Soleil paroît employer, ou que pour parler plus juste la terre employe à sa révolution, ils diviserent le reste du Ciel en constellations, qu’ils nommerent, soit par fantaisie, soit par des noms conformes à leurs figures, comme le triangle & la couronne, soit par leur nombre, soit enfin sur des effets dont ils croyoient avoir quelques experiences.
    C’est ainsi que les sept Etoiles qui [p.161] composent la grande ourse, & les sept qui font la petite, les obligerent à donner le nom de Septentrion à la partie du Ciel qu’ils occupent, & qu’ils les nommerent la grande & la petite Ourse ; comme si les quatre Etoiles qui font une figure quadrangulaire representoient ses quatre pieds, & les trois autres sa queuë, & qu’ils ont donné le nom de serpent à une traînée d’Etoiles qui serpente entre l’une & l’autre.
    Quoi qu’il en soit, il faut conçevoir que tous ces noms ne servent qu’à distinguer & désigner les constellations, & qu’ils n’ont aucune éficace ni raport aux influences que la lumiere de ces Etoiles nous peut aporter. Sur tout à l’égard des douze signes du zodiaque qui ne sont plus aujourd’hui comme ils étoient lors qu’on en a fait la division, puisque l’espace que nous apellons aujourd’hui le Belier, & qui commence au point de la coupure Equinoxiale du Printems jusqu’à trente degrez au delà, n’est plus sous les étoiles du Belier, mais sous celles des Poissons. Or ce n’est point ce lieu imaginaire nommé le Belier qui influë, mais ce sont les Etoiles elles mêmes, qui se trouvant en conjonction avec le Soleil ou les Planetes, leur unissent leur influence, ou qui se trouvant dans les points cardinaux d’une figure, répandent leur vertu à l’aide de leur lumiere, sur les corps disposez à la reçevoir. Ainsi la vertu de la constellation qui faisoit il y a deux mil ans les Poissons, est indubitablement passee au Belier, & celle du Belier au Taureau, puisque la vertu réside dans l’Etoile qui influë par sa lumiere, & que les Etoiles qui faisoient la [p.162] constellation d’un signe est passée dans un autre : Mais je réserve cette matiere pour en traiter dans son lieu.

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CHAPITRE XX.

Des influences Celestes.

Le commerce des corps celestes avec les sublunaires consiste dans le flux perpetuel des influences que les inférieurs reçoivent des supérieurs, & qui concourent à leur géneration, à leur entretien, & à leur destruction. J’en ai déja donné en quelques endroits une idée grossiere : mais comme il est de l’Astronôme de connoître en quoi consistent ces influences, & de l’Astrologue d’en pénetrer l’effet pour en tirer ses conjectures ; il est necessaire d’aprofondir cette connoissance avant que de passer de la science certaine de l’Astronomie à l’art incertain de l’Astrologie.
L’influence est l’émanation d’une vertu secrette qui sort des corps celestes, & qui s’insinuant dans les corps sublunaires les détermine à de certaines qualitez qui leur sont [p.207]imprimées, & ces qualitez se réduisent aux combinaisons differentes du chaud, du froid, du sec & de l’humide, qui font les differens temperammens de tous les corps, n’y en ayant aucune autre à laquelle ce temperamment se puisse raporter.
Selon les principes de la Physique nulle action ne se peut operer dans un sujet que par une vertu active ; autrement un effet se produiroit sans cause efficiente, ce qui seroit une absurdité. Mais comme la cause efficiente ne peut agir que par l’impression du mouvement, il est necessaire qu’elle touche le sujet, & ainsi lors qu’elle en est séparée comme le corps celeste l’est du corps sublunaire, il faut qu’ils se joignent par le moyen de quelque vertu instrumentelle qui les touche tous deux, & qui soit le canal de ce qui émane de l’un pour passer à l’autre ; par exemple la chaleur ne peut être portée d’un astre au corps humain que par le moyen d’un véhicule qui passe de l’un à l’autre.
Or il ne peut y avoir d’autre canal de ces influences celestes que la lumiere ; & ainsi les planetes n’ayant point de lumiere ne peuvent en aucune maniere influer d’elles mêmes, & ne le font qu’à l’aide des rayons du Soleil qu’elles refléchissent.
Pour comprendre donc tout le secret des influences celestes, il faut conçevoir qu’il n’y a que quatre qualitez primitives, dont les differentes modifications qui sont innombrables composent tous les differens temperammens, & que le Soleil, la Lune, & les autres Planetes selon leurs differentes familiaritez ou mêlanges font toutes ces differentes modifications. [p.208]
Jusqu’ici qui que ce soit ne nous a bien expliqué de quelle maniere la chose s’opere, & c’est ce qui a jetté les Astrologues dans une infinité d’erreurs, & fait égarer les Arabes dans des divisions ridicules par l’etablissement de leurs parties chimériques, qui ne peuvent renvoyer aucune lumiere. Voici donc de quelle maniere se fait l’influence.
Il faut poser pour principe cette maxime : nulle lumiere, nulle influence. Et sur ce fondement comprendre que la lumiere partant du corps du Soleil va fraper la terre en deux façons, ou de son rayon direct, ou de ses rayons refléchis sur les autres planetes ; que son rayon direct porte sur la terre son influence pure & sans aucune modification, laquelle consiste en une chaleur forte, & en très peu d’humidité ; & quant au rayon qu’il lance sur la planete, ce rayon s’y modifie non seulement suivant la nature de cette planete qui humecte, seche, échauffe ou refroidit l’influence ; mais encore suivant l’aspect ou la differente configuration qu’a le Soleil avec la planete. Et cette planete ayant reçû ce rayon en renvoye sur la terre une partie qui n’a que la qualité qu’elle lui a communiquée, & en rejete d’autres parties sur les autres planetes avec lesquelles elle est en aspect, & qui les ayant encore modifiées suivant leur propre nature, les refléchissent enfin sur la terre.
Ceci se comprendra mieux par les exemples. Figurez-vous que le Soleil est à l’horison, que la Lune est au bas du Ciel, & Saturne au couchant. Le Soleil verse par un rayon direct une influence chaude & forte [p.209]sur le corps sublunaire ; mais son rayon chaud porté sur Saturne qui lui est opose est refroidi et desseché par cette planete, qui renvoye sur le corps sublunaire ce rayon d’autant plus empoisonné que sa configuration est maligne ; & en même tems un autre rayon du Soleil étant porté sur la Lune, elle l’humecte & le refroidit selon l’état auquel elle se trouve, & le refléchit malignement à cause qu’elle est en mauvaise
configuration ; mais outre cela comme la Lune & Saturne sont dans un aspect quadrat, ils se refléchissent l’un sur l’autre le rayon du Soleil déja envenimé & corrompu, & l’empoisonnent encore davantage en lui communiquant toutes leurs mauvaises qualitez. Et c’est par ce moyen que les mauvaises influences de Saturne & de la Lune se répandent sur le corps sublunaire.
Si au contraire le Soleil est au milieu du Ciel joint à Venus dans son apogée, & que delà il regarde d’un trine Jupiter qui sera dans la seconde maison, le Soleil verse sur le corps sublunaire une puissante influence chaude par son rayon direct, il en verse encore une meilleure par son rayon refléchi sur le corps de Venus qui humecte & tempere agréablement sa chaleur, & encore une plus heureuse par son rayon refléchi sur la planete de Jupiter qui renvoie son influence après lui avoir donné un temperamment d’autant plus favorable qu’il est avec cet astre dans le meilleur de tous les regards. Et enfin par surcroît de bien-fait Venus & Jupiter étant dans une heureuse familiarité, & se renvoyant l’un à l’autre le rayon qu’ils ont déja rendu bénefique, [p.210] le temperent encore d’une maniere plus exquise, & c’est par ce moyen que decendent sur le corps sublunaire les influences de ces deux bénefiques dont la seule lumiere du Soleil est le canal.
D’où il résulte que toute influence de quelque planete qu’elle vienne, n’est proprement que l’influence du Soleil modifiée heureusement ou malheureusement par les qualitez internes des planetes qui y mêlent leur chaleur, leur humidité, leur froideur ou leur secheresse, & que lors qu’on dit l’influence de Jupiter, il faut penser que c’est l’influence du Soleil temperée & bonifiée par les bonnes qualitez de Jupiter ; que l’influence de Saturne est l’influence du Soleil, empoisonnée par la malignité de Saturne, & ainsi du reste.
En second lieu, que ce qui ne peut envoyer de lumiere n’envoye aucune influence ; & qu’ainsi la Lune éclipsée ou posée sous le Soleil, & Venus & Mercure dans leur périgée n’ont aucune force, & qu’ils ne nous renvoyent aucune influence tirée du Soleil lors qu’en passant sous lui, la face qu’il nous presente est sans aucune illumination.
En troisiéme lieu, que les influences qui nous viennent par la lumiere refléchie des planetes sont plus fortes, ou plus foibles, pires, ou meilleures, suivant l’angle que le rayon du Soleil fait sur elles, & que c’est la source des bons ou mauvais aspects & des configurations fortes ou inutiles.
Enfin, que comme les mêlanges de ces rayons se font d’une infinité de manieres, & de sorte que jamais il ne peut arriver un même mêlange quand le monde dureroit un [p.211] million de siecles ; de là vient qu’il n’y eut & que jamais il n’y aura au monde deux temperamens entierement égaux ; c’est d’où procede cette admirable diversite qu’on remarque non seulement dans les airs, dans la taille, mais [aussi] dans les visages de tous les hommes, & l’on peut aussi sur ce fondement juger de l’amitié ou de l’inimitié que causent entre les planetes leurs differentes qualitez, & qu’elles sont d’autant plus amies ou plus ennemies qu’elles sont plus ou moins sympatiques.
Ainsi le Soleil qui est chaud, & qui veut une humidité moderée pour temperer son rayon, sympatise beaucoup avec Jupiter & Venus, un peu moins avec Mercure & la Lune, l’un ne pouvant communiquer d’humidité à son influence, & l’autre lui en communiquant quelquefois trop ; & enfin il s’accorde mal avec Mars & Saturne, l’un sechant & enflammant avec excès ses rayons, & l’autre les sechant & les refroidissant. La Lune très humide & médiocrement chaude sympatise beaucoup avec Jupiter, assez avec Venus, médiocrement avec Mercure, & nullement avec Saturne & Mars. Saturne par ses deux qualitez malignes ne sympatise pas avec une autre planete qu’avec Mercure, mais sur tout il est cruel ennemi de Venus. Pour Jupiter il a de la sympatie avec tous hors avec Saturne, mais Mars est ennemi terrible de la Lune, malin avec Mercure, donne de la violence à Venus & à Jupiter, & empoisonne la méchanceté de Saturne. Et pour Venus & Mercure ils sont susceptibles de sympathie et d’antipathie suivant leur mêlange avec les autres. [p.212]
L’on ne peut douter de cette condorde ou discorde qui fait la merveilleuse harmonie des influences, aussi tôt que l’on conçoit que les qualitez peuvent recevoir atteinte, ou par le mêlange d’une contraire, ou par l’union d’une semblable qui la rend immoderée. Qu’ainsi l’influence chaude du Soleil est gâtée par le froid de Saturne & par la chaleur intemperée de Mars ; que l’influence de cet astre étant peu humide d’elle même est blessee par la secheresse de Mars, de Saturne , & de Mercure, & quelquefois par l’excessive humidité de la Lune ; & que deux planetes qui sont oposées par toutes les deux qualitez, comme Venus chaude & humide à Saturne froid & sec, & la Lune humide & presque froide à Mars chaud & sec, sont beaucoup plus ennemies que celles qui ne sont oposees que par une qualité, comme celles qui symbolisent dans toutes les deux sont plus amies que celles qui ne s’acordent qu’en une.
C’est aussi par les differentes qualitez de ces influences que le sexe se détermine. Car comme il y a deux principes de géneration la chaleur & l’humidité ; la chaleur est la qualité active, & l’humidité est la passive. D’où l’on peut aisément connoître le sexe des planetes ; non pas que je prétende imaginer ou dire qu’elles ayent en elles mêmes aucun sexe, ce seroit une folie de le croire, mais le sexe leur est atribué comme la santé à la medecine, parce que leurs influences ont une vertu qui concourt à la formation de l’un ou de l’autre dans les sujets passibles, en sorte que l’influence a plus de chaleur ou plus d’humidité, la [p.213] qualité prédominante détermine le sexe.
Ainsi le Soleil qui excelle par dessus tous en chaleur est masculin par influence, & la Lune qui passe toutes les autres en humidité est feminine. Jupiter qui est plus chaud qu’humide coopere à la generation masculine, & Venus qui est plus humide que chaude concourt à la production féminine. Saturne dont le froid surpasse la secheresse est censé mâle, au lieu que Mars qui est encore plus sec que chaud tire au sexe féminin ; & Mercure qui possede une égale médiocrité de chaleur & de secheresse est indifferent à tous les deux sexes, & y concourt suivant qu’il y est déterminé par le mêlange des autres.
Voilà ce que c’est que l’influence. Voilà la maniere dont elle passe du corps celeste au sublunaire, quelles sont ses quatre qualitez primitives, les mêlanges qui en font les alterations, & enfin comment elles operent differemment pour la production des deux sexes communs à toutes les especes, & déterminez dans les individus.
Mais comme la force ou la foiblesse de l’influence dépend de deux choses, dont l’une est la configuration des planetes entr’elles, & l’autre est le lieu qu’elles occupent, il est necessaire d’examiner encore ces deux choses comme préliminaires à l’art judiciaire.

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CHAPITRE XXI.

Des aspects ou configurations des Planetes.

Par les choses que j’ai dites pour expliquer de quelle façon les planetes nous communiquent leurs influences, l’on a pu voir qu’elles ne les modifient ou ne les alterent que par les mêlanges differens qu’elles font des rayons du Soleil qu’elles se renvoyent les unes aux autres, & qui font des angles differens suivant qu’elles sont configurées les unes au regard des autres, c’est-à-dire suivant ou leurs conjonctions ou leurs éloignemens.
Les Astronômes ont donné à ces différentes configurations le nom d’aspect ou de familiarité, mais quoi que les astres ne cessent point d’agir, leurs commixtions ne font des effets sensibles que dans le point de leurs aspects ou de leur familiaritez, qu’on peut déterminer, le concours proportionnel de plusieurs lumieres unies dans un point pour donner conjointement le mouvement au sujet passible.
Les Astrologues ont établi plusieurs points d’aspects dans lesquels ils prétendent que ce concours des lumieres peut produire un effet sensible ; & le fondement qu’ils ont pris pour les établir a été qu’après avoir divisé le Ciel en douze parties, & chaque partie en trente degrez, comme je l’ay dit cy-dessus, ils ont examiné en combien de manieres ce cercle compose de douze signes pouvoit se diviser en [p.215] parties égales, en sorte que le point de cette division pût faire avec un autre point un angle qui eût de la force ; & sur ce principe Ptolomée suivant les traces de ceux qui l’avoient devancé, a reconnu seulement six familiaritez entre les corps celestes ; la conjonction qui les unit, l’oposition qui coupe le cercle en deux parties égales, lors que deux planetes sont éloignées de six signes, ou de cent quatre-vingt degrez. Le trine qui les éloigne de quatre signes, ou de six-vingt degrez, & qui coupe le cercle en trois parties égales ; le quadrat qui les éloigne de trois signes, ou de quatre-vingt-dix degrez, & qui coupe le cercle en quatre ; & le sextil qui le coupe en six en les éloignant de deux signes, c’est-à-dire, de soixante degrez ; & enfin l’antisce qui est quand deux corps celestes posez sur la même ligne apellée cercle de position, tracent une ligne paralelle, c’est-à-dire également éloignée du point Equinoctial, soit qu’ils soient tous deux posez du même côté, soit qu’ils soient dans les deux parties oposees, & cette configuration a le même pouvoir que la conjonction.
Ptolomée a donc prétendu qu’il n’y avoit que ces configurations qui fussent capables d’opérer des effets sensibles ; d’autres ont voulu y ajoûter l’octile de quarante-cinq degrez qui coupe le cercle en huit parties égales, & le dodécile de trente degrez qui le coupe en douze : mais les anciens les avoient rejettez avec raison, parce que ces éloignemens ne sont pas capables de former des angles assez forts, le rayon ne faisant que glisser sur le corps de la planete sans [p.216] presque réflechir sur la terre. Képler par une invention très-ingénieuse a voulu aussi accommoder les aspects aux consonances harmoniques, & après avoir aprouvé les six de Ptolomée il a cru qu’on devoit y ajoûter le sesquiquadrat de cent trente cinq degrez qui ne coupe point le cercle en parties égales, & le quintile & biquintile, l’un de soixante douze, & l’autre de cent quarante-quatre degrez ; mais nulle experience n’a favorisé son invention. Il faut donc s’en tenir au sentiment de Ptolomée, & ne reconnoître pour véritables configurations & capables de causer un effet puissant, que ces six familiaritez : La conjonction, l’oposition, le trine, le quadrat, le sextil, & l’antisce, qui ont un fondement réel, & que tant d’experiences nous ont confirmées.
On ne peut douter que la conjonction & l’oposition ne soient éficaces. Pour le trine deux choses l’ont indiqué, l’une c’est que la Lune au bout de chaque révolution annuelle se trouve à quatre signes du Soleil, car si le Soleil entrant au point du Belier est en conjonction avec la Lune, lors que l’année suivante il rentrera dans ce même signe du Belier, la Lune se trouvera dans le Lion ; & l’autre c’est que les conjonctions des deux planetes superieures se font tous les vingt ans de quatre signes en quatre signes ; mais la principale raison, c’est parce que le rayon forme alors l’angle le plus naturel qui est celui du triangle équilateral, qui de toutes les figures angulaires est la plus simple. Pour le quadrat il est réellement marqué dans le Ciel par les quatre points cardinaux des deux tropiques & des deux équinoxes, & [p.217] le sextil qui est le plus foible de tous les aspects est la moitié du trine, & va de deux signes en deux signes formant un angle assez fort pour réflechir les rayons ; au lieu que l’octile & le dodécile par la foiblesse de leurs angles trop obtus ne peuvent renvoyer le rayon. Et quant au quintile, biquintile & sesquiquadrat, comme nulle experience & nulle raison ne nous oblige à les admettre, puisqu’ils n’ont aucune relation ni aux points cardinaux ni au triangle, nous les rejettons.
Dans ces configurations l’on a remarqué par des expériences continuelles, apuyées de raisons solides, que la conjonction se détermine bonne ou mauvaise suivant la nature des planètes jointes ; que l’oposition est toûjours mauvaise, mais beaucoup plus des maléfiques que des bénéfiques ; que le quadrat a un peu moins de malignité que l’oposition, que cependant celui des maléfiques est toûjours mauvais, & que celui des bénéfiques leur fait perdre beaucoup de leur bonté ; que le trine est toûjours bon, que celui des bénéfiques est excellent, & que celui des maléfiques non seulement apaise leur malignité, mais les rend quelquefois bons, & qu’enfin le sextil est de même nature que le trine, mais moins fort & moins bon.
Les raisons de tout ce que je viens de marquer sont solides ; car à l’égard de la conjonction, quelqu’un peut-il douter qu’une bonne ou mauvaise chose unie à une autre ne redouble ou sa bonté ou sa malignité, & ne lui communique sa nature ; pour l’oposition on voit sensiblement [p.218] que deux parties du Ciel oposées ont des qualitez toutes contraires, comme les tropiques ou les points équinoxiaux ; & comme la force de la réfraction est d’autant plus grande que la réflexion s’en fait par un angle plus aigu, & que dans l’oposition les rayons se réflechissent par un angle tres aigu, on ne peut douter qu’elle ne soit la plus forte & par sa nature la plus maligne de toutes les configurations, outre qu’elle frape de plus près, puisque suivant les principes de Geométrie plus l’angle est aigu, plus la ligne qui lui est oposée est courte ; & comme le quadrat est la moitié de l’oposition il participe par homogénie à sa malignité en formant un angle droit sur le sujet passible. Mais le trine a une qualité tres bénéfique non seulement parce qu’il se fait dans des signes de nature & de qualitez qui ont de la corespondance & de la sympathie, mais par la simplicité de la figure du triangle qui est le veritable symbole de la plus étroite union, l’amour suposant toûjours trois termes, le sujet aimant, le sujet aimé, & le lien qui les unit ; & comme le sextil est la moitié du trine il participe à sa bonté, comme le quadrat participe à la malignité de l’oposition : mais il est moins fort que le trine parce que l’angle de l’exagone étant le double de celui du triangle équilatéral, la réflexion du rayon s’y fait avec beaucoup moins de force ; & quant à l’antisce ou paralelle il prend la nature de la conjonction, soit qu’il se fasse sur un même cercle, ou sur un cercle oposé.
Par cette division des aspects, il est aisé [p.219] de juger de la force ou de la foiblesse de toutes les configurations : mais il faut remarquer que chaque planete a suivant l’extension de sa lumiere une extension de vertu & de puissance qui ne se resserre pas dans le degre précis qu’elle occupe, mais dans quelques degrez voisins, en sorte que quoi que l’aspect soit plus robuste lors qu’il se fait précisement de degré en degré, neanmoins il a de la force sur tous les degrez voisins où s’étend la vertu de la planéte suivant l’extension de sa lumiere : & l’on a remarqué que le Soleil étendoit cette vertu jusqu’à 15. degrez devant & aprés lui, la Lune a quelques degrez moins, Venus moins que la Lune, Jupiter presqu’autant que Venus, Mars & Saturne également, & Mercure moins que tous les autres. Ainsi quand la configuration se fait dans les bornes de cette extension de vertu, elle opere, mais plus elle est précise, plus elle est forte.
Or les corps celestes ont tous les aspects de deux manieres, ou par raport aux signes & aux degrez du zodiaque, & c’est l’aspect qu’ils ont entre eux dans le Ciel & que Ptolomée apelle Erga se ; où il se fait par raport aux cercles qu’ils traçent, & à la position dans laquelle ils sont à l’égard du monde, & c’est ce que cet Astronôme apelle Erga terram ; ainsi deux planetes peuvent former par exemple un quadrat dans le zodiaque, l’une étant au premier degré du Belier, & l’autre du premier de l’Ecrevisse ; ou un quadrat à l’égard de la terre, comme quand l’une est au milieu du Ciel, & l’autre à l’ascendant, quoi qu’il y ait entre eux plus ou moins de 90. degrez de [p.220] distance en la prenant dans le zodiaque.
Cet aspect dans le zodiaque se fait par le mouvement local des planetes qui arrivent à tel & tel degré ; mais leur aspect à l’égard du monde se fait par le raport qu’elles ont à la terre suivant la division des arcs diurnes &
nocturnes, ce qui est fort aisé à comprendre.
Par exemple dans l’obliquité de la sphère où le plus grand cercle diurne est de seize heures & le plus petit de huit, la moitié de ces huit ou seize heures se partageant en trois maisons, chaque maison de trente degrez aura deux heures & 40. minutes dans le grand cercle, & n’aura qu’une heure & vingt minutes dans le petit, en sorte que dans le grand cercle un quadrat de trois maisons qui font quarte-vingt dix degrez pour la terre aura dans le zodiaque huit heures qui font quatre signes ou 120. degrez, & par conséquent les deux planetes qui se trouveroient, l’une au milieu du Ciel, & l’autre à l’ascendant seroient dans un trine du zodiaque, & dans un quadrat à l’égard de la terre, & au contraire dans le petit cercle les trois maisons n’ayant que quatre heures qui ne font que deux signes ou soixante degrez dans le zodiaque, ces deux planetes situées l’une au milieu du Ciel & l’autre à l’ascendant, seroient en quadrat à l’égard de la terre, & ne seroient qu’en sextil dans le zodiaque.
Les planetes n’ont donc entr’elles que ces deux sortes de configurations, ou dans le zodiaque de signe en signe, ou par les cercles de position à l’égard de la terre, & toutes les autres manieres que d’autres Astrologues [p.221] ont imaginées ne sont d’aucun effet ni fondées en aucune raison physique confirmées par experiences.

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CHAPITRE XXIV.

Des qualitez des Signes.

Les Astrologues ne se sont pas contentez de distibuer aux douze maisons du Ciel ces dominations differentes sur tout ce qui regarde la vie des hommes, mais ils ont donné aux sept planetes de differens empires sur les douze signes du zodiaque. C’est ce que nous avons presentement à examiner. Mais avant que d’expliquer cette distribution, il est necessaire de sçavoir quelle nature ils ont atribué à chaque signe par raport aux élémens.
Chacun de nos élémens a deux des quatre qualitez primitives, le feu a une chaleur séche, l’air une humidité chaude, l’eau une [p.231] froideur humide, & la terre une sécheresse froide ; en sorte qu’ils répondent aux quatre saisons telles que nous les avons expliquées. Et comme une saison change insensiblement par l’anéantissement d’une des qualitez, aussi un élément se change de la même maniere en un autre.
Cette difference des élémens les a portez à dire que chaque signe avoit raport à quelqu’un ; & la chaleur seche que nous ressentons quand le Soleil est dans le Lion, les a obligez d’atribuer à ce signe la qualité du feu ; à la Vierge qui le suit la qualité seche de la terre ; à la Balance celle de l’air humide ; & au Scorpion celle de l’eau froide.
Ce sentiment peut avoir son raport avec la saison à nôtre égard, puisque si nôtre plus grande chaleur commence quand le Soleil entre au Lion, la plus grande secheresse est tandis qu’il court la Vierge ; les humiditez viennent sous la Balance, & enfin le froid commence à se faire sentir sous le Scorpion.
Mais ils ne s’en sont pas tenus à ces quatre signes ; & atribuant dans le même ordre les quatre mêmes combinaisons de qualitez à tous ceux qui se regardent de trine, ils en ont formé les quatre triplicitez, celle du feu composée du Lion, du Sagitaire, & du Belier ; celle de la terre qui comprend la Vierge, le Capricorne, & le Taureau ; celle de l’air qui réünit la Balance, le Verseur d’eau, & les Jumeaux ; & celle de l’eau qui est formée du Scorpion, des Poissons, & de l’Ecrevisse.
Ils ont crû même trouver du raport entre les triplicitez & les quatre humeurs du corps de l’homme ; en sorte que celle du feu [p.232] répond au sang, celle de la terre à la mélancolie, celle de l’air à la bile, & celle de l’eau à la pituite.
Mais quelque specieux que ces raisonnemens paroissent à leur esprit, ils ne m’ont jamais semblé avoir aucun fondement bien réel, & moins encore ceux que d’autres veulent tirer de l’homogénie prétenduë de ces signes avec quelques-uns des animaux qui leur ont prêté leurs noms.
Cependant comme il ne faut pas legerement rejetter ce qui est établi de si longue main je n’entreprendrai point de détruire ce qui paroît une pure chimere aux ennemis de cet art, & j’aime mieux croire que les anciens après de très-longues experiences ont reconnu dans quelques-uns de ces signes quelque qualité dominante qui les a déterminez à cette division : ainsi quoi qu’à mon sens elle n’ait aucun fondement solide & naturel, comme elle n’a rien aussi qui répugne à un principe de la Physique je n’improuve point que l’Astrologue suive en cela le sentiment que Ptolomée en a eu après les anciens.
Mais quant aux divisions de chaque signe en certaines parties coupées que cet Astronome sur le raport des Egyptiens attribuë à certaines planetes sous le nom de Termes ou de Fins il n’y eût jamais une chimere plus impertinente ni plus indigne d’être proposée par un homme qui comme lui prétend fonder tout ce qu’il dit sur des raisonnemens naturels. Et pour moi j’avouë que plus j’en ai voulu faire l’examen & l’aplication sur toutes sortes d’incidens, plus j’ai trouvé ces prétenduës Fins une vision aussi frivole que ridicule. [p.233]
Et en effet demandez à Ptolomée où il prétend que réside la vertu de ces Fins. S’il dit que c’est dans les étoiles qui composent le signe, ces étoiles depuis son temps ont changé de plus de 25. degrez par la précession des équinoxes, & ainsi tout son raisonnement seroit renversé. S’il dit que c’est dans l’espace vide du Ciel renfermé dans les degrez du signe par lui désignez et sans aplication aux étoiles, il attribuëroit une vertu influante à un lieu vide & sans lumiere, ce qui est contre le vrai principe de la Philosophie celeste, que Sans lumiere il n’y a point d’influence.
On trouve encore dans son quadripartit d’autres divisions de ces signes dont une seule me paroît physique & naturelle, qui est quand il les partage en signes mobiles ou cardinaux dans lequels aux deux points des tropiques & des équinoxes se font les changemens des saisons ; en signes fixes qui sont au milieu de la saison & semblent proprement la fixer, & en signes doubles, qui sont les derniers de chaque saison, & dans lesquels elle se trouve au comble de sa qualité dominante.
Mais quand il veut que tous ces signes soient alternativement masculins & feminins, que les uns soient muets, les autres mutilez, les uns stériles, & les autres féconds par de fades raports à la nature ou au nom de l’animal que la phantaisie des hommes a pendu pour enseigne à une maison, comme quand Junctin dit qu’un homme est muet parce qu’il a Mercure & la Lune dans les Poissons qui sont muets, en verité il faut avoir une foiblesse
d’esprit terrible pour donner dans de pareilles puerilitez. [p.234]
Rejettez-donc toutes ces divisions qui n’ont aucun fondement naturel, non plus que ces imaginaires dominations de certains signes sur certaines contrées, ou certaines villes ; ce sont visions creüses, tout le Ciel domine sur toute la terre, & si quelqu’étoile a quelque force particuliere sur une contrée, c’est lorsqu’elle lui est verticale, car alors comme toute influence selon mon principe se porte par la lumiere, plus cette lumiere frape à plomb & plus elle a de force, par la même raison que les étoiles de l’autre pôle qui ne se lèvent jamais pour nous, ne nous influent rien.

CHAPITRE XXV.

De la domination de planetes sur les signes du zodiaque.

Après que les Astrologues eurent divisé les signes du zodiaque en trois signes de feu, trois de terre, trois d’air, & trois d’eau, c’est-à-dire, en leur attribuant les qualitez de ces élémens, ils ont crû que les planetes avoient quelque domination particuliere sur certains signes, ou du moins qu’ils étoient plus sympatiques avec les uns qu’avec les autres; ce qui les obligea à leur assigner à chacun des domiciles propres, & voici de quelle maniere ils ont fait le partage de leur empire.
Comme le Soleil est indubitablement le plus chaud de tous les corps celestes, & la source même de toute la chaleur, ils lui ont [p.235] donné son empire dans le signe qu’il occupe à nôtre égard dans le tems le plus chaud, c’est à dire dans le Lion. Et comme la Lune est la plus humide de toutes les planetes, & celle même qui gouverne toute l’humidité des corps sublunaires, ils lui ont attribué la domination sur le signe d’eau le plus voisin du Lion, c’est-à-dire sur l’Ecrevisse, & n’ont donné de maison particuliere à ces deux luminaires que sur un seul signe. Quant à la distribution du reste, comme Mercure est la planete qui tourne le plus près du Soleil, ils lui ont assigné sa domination sur les deux signes les plus proches des deux maisons des luminaires ; & ainsi les Jumeaux & la Vierge lui sont échus pour son lot ; Vénus par la même raison a eu les deux suivans qui sont le Taureau et la Balance ; Mars plus éloigné du Soleil que Vénus, a eu le Belier & le Scorpion ; Jupiter venant à son tour a eu le Sagitaire et les Poissons : & enfin Saturne le plus éloigné de tous a eu pour son partage les deux signes oposez au deux luminaires.
Quoi que cette distribution ne soit qu’une ingénieuse invention de l’esprit de l’homme sans aucun fondement réel, on peut cependant y trouver des choses fort convenantes à la nature de toutes les planetes, dont la premiere est que Mercure indiférent joint les deux luminaires, que Vénus la moindre des deux bénefiques est sextile au Soleil & à la Lune, que Mars le moindre maléfique les regarde de quadrat, que Jupiter grand bénefique les voit d’un trine, & que Saturne le grand maléfique se trouve dans leur oposition. [p.236]
Ils ont outre cela voulu que chaque planete fût exaltée dans un signe qu’ils ont imaginé propre à sa nature. Le Soleil dans le Bélier, qui à leur sens est un signe de feu & dans lequel il entre lors qu’il revient à nous ; la Lune dans le Taureau voisin du Bélier, où elle est en sextil de son domicile propre, & dans le domicile de Vénus avec laquelle elle sympathise. Ils ont ensuite donné à Mercure extrêmement sec son exaltation dans la Vierge signe sec & voisin du domicile du Soleil, & à Vénus en qui l’humidité prévaut, ils ont assigné les Poissons signe humide, domicile de Jupiter, & sextil à sa maison propre. Pour Mars trés-sec ils le font exalté dans le Capricorne signe sec & maison d’un maléfique, & Jupiter chaud & humide dans l’Ecrevisse qui est en trine de sa propre maison ; & enfin Saturne très-froid à son exaltation dans le Verseur d’eau signe oposé à la maison du Soleil qui est la source de la chaleur.
Mais comme le mal est oposé au bien, on a voulu que les maisons oposées à leurs domiciles ou à leurs exaltations fussent appellées leur chute & leur décadence. Et sur ce plan l’on prétend que les planetes augmentent leur force dans leurs domiciles & dans leurs exaltations, & qu’elles s’affoiblissent dans les maisons de leur décadence & de leurs chutes.
Ainsi le Soleil a pour maison le Lion, pour exaltation le Bélier, pour décadence le Verseur d’eau, & pour chute la Balance.
La Lune a pour maison l’Ecrevisse, pour exaltation le Taureau, pour décadence [p.237] le Capricorne, & pour chute le Scorpion.
Mercure a pour domicile les Jumeaux, pour exaltation la Vierge, pour décadence le Sagittaire, pour chute les Poissons.
Vénus a pour maisons la Balance & le Taureau, pour exaltation les Poissons, pour décadence le Bélier & le Scorpion, & pour chute la Vierge.
Mars a pour maisons le Bélier & le Scorpion, pour exaltation le Capricorne, pour décadence la Balance & le Taureau, & pour chute l’Ecrevisse.
Jupiter a pour domicile le Sagittaire & les Poissons, pour exaltation l’Ecrevisse, pour décadence les Jumeaux & la Vierge, & pour chute le Capricorne.
Et Saturne a pour maison le Capricorne, pour exaltation le Verseur d’eau, pour décadence l’Ecrevisse, & pour chute le Lion.
Ptolomée avec toute sa Philosophie, auroit eu peine à établir sur des raisons convaincantes la certitude de ces empires ; cependant il en faut dire de même que j’ai déjà dit touchant l’imagination des triplicitez, qu’il n’y a aucune raison physique qui puisse prouver que la chose soit comme on l’a dit, mais que n’y ayant rien aussi qui répugne aux principes naturels, & la chose étant établie depuis long-tems sur des expériences qui ont servi à des aphorismes dont on voit souvent l’éfet, on ne doit pas légerement s’en départir.
Car de s’imaginer que dans un art conjectural, & qui ne s’est établi que sur des expériences dont souvent les causes sont cachées [p.238] dans le sein profond de la nature, on ne doive reconnoître aucune régle que celles dont on aura une preuve & une certitude matématique, ce seroit vouloir exiger d’un art fautif plus que l’on n’exigeroit d’une vraye science.
Il sufit donc que trois choses se rencontrent dans les régles dont on se sert pour l’Astrologie. L’une qu’elles ne choquent point les principes naturels, la seconde qu’on y trouve des convenances physiques qui servent du moins de raisons aparentes, & la troisième que de grandes expériences la confirment. Tout ce qui aura ces trois caracteres ne peut être raisonnablement rejetté : or ces dominations des planetes sur ces signes ne répugnent point aux principes naturels, on en aporte des raisons de convenance, & l’expérience les confirme tous les jours : il n’est donc pas plus raisonnable de les rejetter par caprice, que de vouloir comme Morin les donner pour des choses d’une certitude incontestable.

[p.241]

LIVRE SIXIEME.

CHAPITRE PREMIER.

Ce qu’on objecte contre les jugemens Astrologiques.

Après avoir donné une idée de ce qui peut être l’objet de la Théorie Astronomique, il faut à present décendre dans l’aplication que l’Astrologue en peut faire pour tirer ses conjectures, & former ses jugemens.
La plûpart de ceux qui se sont mêlez de cet art, l’ont gâté en quittant les principes naturels pour prédire plus que l’on ne peut aprendre de ses astres ; & l’excès auquel ils ont voulu porter leurs prédictions les a fait tomber dans tant d’erreurs, que l’art a été méprisé par la faute de l’Artisan.
L’on a vû parce que j’ai dit dans le Livre précedent, la qualité des corps celestes, ce que c’est que leur influence, la maniere dont elle est portée sur les corps sublunaires, la division du Zodiaque, la qualité des douze signes qui le composent, les dominations des planetes sur ces signes, le partage de la figure en douze maisons, la force differente de ces maisons, leurs atributs particuliers, & le nombre, & la qualité des aspects ; & c’est à quoi il me semble que peuvent se réduire tous les préliminaires de l’Astrologie, les jugemens n’étant fondez [p.242] que sur l’effet de toutes ces choses examinées dans leurs differentes circonstances & modifications.
Il faut maintenant faire voir de quelle maniere l’on peut tirer des situations, & des configurations differentes de tous ces corps celestes, quelque chose de sûr pour l’avenir.
Ceux qui méprisent cet art, ont coûtume d’objecter six choses. La premiere, que si les accidens doivent arriver, il est inutile de les prédire, puisqu’ils ne peuvent être évitez. La seconde, qu’on voit tomber les Astrologues dans des erreurs si continuelles, qu’on ne doit prendre aucune créance en tout ce qu’ils disent. La troisiéme, que deux personnes qui naissent dans le même moment ont des fortunes toutes differentes. La quatriéme, que la vie de l’enfant commence au moment de sa conception, & non pas au point de sa naissance. La cinquiéme, qu’il est presqu’impossible d’avoir sûrement ce point de nativité. Et la sixiéme, plus forte que toutes les autres, c’est que les influences des corps celestes étant renfermées aux quatre qualitez primitives, il n’est pas concevable comment par plus de chaleur ou plus de froidure, plus de secheresse ou plus d’humidité ces influences peuvent déterminer la fortune de l’homme, qui n’a aucun raport à ces qualitez matérielles.
Pour répondre par ordre à ces objections, je dis sur la premiere, qu’il ne faut pas s’imaginer que les influences des corps supérieurs agissent sur les hommes d’une puissance si absoluë, & par un ordre divin [p.243] tellement inviolable, que rien ne soit capable d’en arrêter ou détourner les effets.
Le mouvement des corps celestes est à la verité perpétuel, égal, & suit invariablement la Loi que Dieu lui a prescrite ; mais les corps inférieurs sont sujets à une infinité de changemens ; & quoi que les influences partent, & procedent de ces causes superieures, qui agissent avec necessité & sans varier, elles sont reçûës dans des corps changeans ; & ainsi le corps variable assujetit au changement l’influence, qui d’elle-même est invariable.
Je dis donc que l’homme peut détourner les effets prévûs de ces influences, comme Socrate triompha par sa résolution de tout ce qu’auroient pû lui produire de mal les fortes inclinations qui le poussoient au vice.
Bien loin donc que les prévisions de cet art soient inutiles, on peut au contraire en tirer quatre utilitez très-considérables : La premiere, c’est de connoître les temperammens, pour prévenir les maladies, & les détourner : La seconde, de connoître les mauvaises inclinations pour les coriger, & à quelle science on peut plus aisément réüssir pour s’y attacher : La troisiéme est de tenir son esprit préparé aux malheurs dont les mauvaises influences nous menacent, afin de les porter avec plus de patience, & plus de fermeté ; mais la principale est de reconnoître la toute puissance de Dieu dans ses ouvrages, adorer sa sagesse, & imiter cette obéïssance parfaite avec laquelle les astres suivent inviolablement le cours que Dieu leur a prescrit. [p.244]
Quant aux erreurs des Astrologues, je conviens qu’elles sont infinies. Mais parce que des Statuaires ignorans estropiront une statuë, faut-il abolir la sculpture, parce que des Medecins témeraires turont des malades détruira-t on la Medecine ? Pourquoi rejeter sur l’art la faute de l’ouvrier, & faut-il blâmer une science, parce que ceux qui la veulent exercer sans capacité en abusent.
Pour ce qu’ils disent, que deux enfans nez dans le même moment auront une fortune differente, c’est une objection contraire à l’experience ; & bien loin que la chose soit comme ils le suposent, je soûtiens, au contraire, que si l’on trouvoit deux enfans nez dans le même moment, sous le même méridien, & même élevation de pole, ils auroient par proportion la même fortune. Je dis par proportion & par raport à leur état ; car il ne faut pas s’imaginer que parce que le fils d’un Bourgeois naîtra dans le même moment que le fils d’un Prince, ils auront la même fortune en invidu. Tout ce qui se reçoit, se reçoit à la maniere du reçevant : Ainsi la même influence fait un effet different, quoi qu’égal en espece dans deux hommes de differentes conditions, nez dans le même instant ; & la même influence qui fera Gallus Chancelier, fait Théobon de petit Prêtre, le Curé de sa Paroisse, & Lucas, de fils de Vigneron, le Bailli de son village. Mais pour confondre cette objection, & faire voir que même point de naissance fait même fortune dans deux sujets à peu près également disposez, je veux raporter un exemple dont j’ai plus de vingt témoins vivans. [p.245]
Un jeune homme soi disant Abbé, prisonnier au Châtelet, me pria de tirer sa figure ; il étoit en prison pour une bagatelle ; je l’examinai, & dis qu’il seroit pendu. Cependant il sortit absous, & l’on se moquoit de moi ; mais trois mois après il y rentra pour un fait nouveau, & fut pendu. Tandis qu’il y étoit la seconde fois, un jeune Avocat de bonne famille fut mis dans la même prison pour très-peu de chose ; il me pria de tirer aussi sa figure ; je la vis, & l’idée de l’autre m’étant encore presente, je la chercherai dans mon Porte-feüille, & l’ayant conferée, je trouvai qu’ils étoient tous deux nez dans le même moment, à même heure, à même jour ; & ainsi je fis de lui un jugement pareil dont on se mocqua : Cependant au moment qu’il croyoit sortir, il fit un nouveau crime ; & d’autre part on découvrit un vol dont il étoit complice ; on le serra dans les cachots, & un mois après l’Abbé, l’Avocat fut condamné à être pendu ; & sur l’apel, de puissans amis ayant fait qu’il ne fut condamné qu’aux galeres, il mourut en chemin, attaché à la chaîne. Les voilà donc tous deux nez au même moment, tous deux voleurs avec fausses clefs ; tous deux en même tems dans la même prison, ayant eu même Raporteur, jugez par le même Juge, & morts à même âge, l’un attaché à une potence, & l’autre attaché à la chaîne. L’un s’apelloit Galais, & l’autre l’Abbé de Pougeole.
Je dis donc qu’il est impossible que de deux hommes nez au même moment, l’un soit heureux, & l’autre malheureux : Les particularitez de leur fortune seront differentes [p.246] par raport à leurs differens états, differens commerces, differentes liaisons ; mais la même bonté ou malignité des influences agira toûjours sur eux ; je puis dire que de plus de 4000. figures que j’ai examinées, je n’ai jamais trouvé que ces deux-là du même moment.
Quant à ce qu’on objecte que l’enfant commence à vivre au moment de sa conception, & que c’est l’influence des astres dans ce moment qui doit déterminer sa fortune, & non pas celui de sa naissance ; c’est une erreur : Car l’enfant dans le ventre de sa mere ne vit pas par lui-même ; mais il est seulement une partie de sa mere vivante, & ne reçoit les impressions pour le déterminer lui-même, que dans le premier moment qu’il respire l’air, & qu’il vit à part, & par lui-même. Ainsi ce sont les influences des astres sur sa mere, qui disposent de lui tandis qu’il fait partie d’elle-même ; & l’on a raison de prendre le point de la naissance, & non pas celui de la conception, qui n’opere que pour le tems qu’il vit dépendemment de sa mere.
Quant à l’incertitude du moment de la naissance, & de la difficulté à l’avoir véritable, il est ridicule d’en faire une objection à l’art, puisque si l’Astrologue par ce défaut tombe dans l’erreur, ce n’est point la faute de l’art, & c’est de même que si l’on blâmoit la Medecine, parce qu’un homme qui a une maladie se plaindra d’un autre à son Medecin qui le traitera mal.
Mais ce moment peut être rectifié par les accidens, comme nous l’aprend Ptolomée ; & c’est l’unique maniere de le trouver, [p.247] les autres voies que l’on propose n’étant que des chimeres.
Il ne reste donc que la sixiéme objection, dont il est bon de faire un Chapitre à part.

CHAPITRE II.

Comment les quatre qualitez primitives peuvent déterminer la fortune.

J’ai posé pour principe Physique de l’Astrologie judiciaire, que la seule lumiere portoit l’influence des corps celestes sur les corps sublunaires, & que cette influence ne consistoit en autre chose que dans les altérations differentes, & les divers mélanges du chaud, du froid, du sec, & de l’humide.
Or, on a raison de trouver de la difficulté à conçevoir comment ces qualitez matérielles, qui ne peuvent qu’echaufer, refroidir, secher ou humecter, peuvent cooperer à la fortune ou à l’infortune des hommes, causer des prisons, des exils, des morts violentes, de la felicité dans le commerce, dans le mariage, dans les emplois. Mais qu’on prenne la peine de me suivre pas à pas, & je vais montrer de quelle maniere la chose s’opere.
Il faut d’abord comprendre, & la chose est aisée & naturelle, que le tempéramment dépend absolument de la differente combinaison de ces qualitez, & que suivant que le corps est plus chaud ou plus humide, plus froid ou plus sec, il a son tempéramment different, parce que la domination de ces [p.248] qualitez fait abonder dans le corps l’humeur qui lui répond ; & ainsi la chaleur influée rend le sang plus abondant, la secheresse fait dominer la bile, le froid la mélancolie, & l’humidité la pituite.
C’est de-là qu’on voit les sanguins plus vifs & plus vermeils ; les bilieux plus roux & plus enflammez ; les mélancoliques plus pâles, plus noirs & plus lents ; & les pituiteux plus blancs & plus mous. Or, on ne doit point douter que ce qui détermine dans les corps les differentes combinaisons de ces qualitez, ce ne soient les influences des astres, suivant la disposition dans laquelle ils se trouvent, & suivant la diversité des rayons de lumiere qu’ils répandent sur le corps au moment de la naissance ; mais quand je dis sur le corps, il faut entendre avec Ptolomée, dans l’air que ce corps respire au moment qu’il naît.
Or, l’impression de ces influences ayant réglé ces qualitez dans de certains degrez, le tempéramment en est formé par correspondance à l’état précis auquel dans ce moment fatal les corps célestes se trouvent situez ; & suivant que ce tempéramment est établi il forme dans le centre du coeur de l’homme, & dans son cerveau, ses inclinations.
Je dis dans le coeur & dans le cerveau, qui dans toutes les operations de la vie agissent de concert, parce que l’homme n’a que deux principes de vie, la chaleur & l’humidité ; l’une vient du Soleil, & l’autre de la Lune, & c’est leur mélange bien tempéré qui fait la longue vie, comme l’alteration de l’une ou de l’autre fait la [p.249] destruction du vivant. Or, le Soleil qui est maître du coeur, y place le siége de la chaleur qu’il influë, & qu’il gouverne ; & la Lune qui gouverne l’humidité en met le siége dans le cerveau dont elle se rend la maîtresse.
Le tempéramment forme donc les inclinations de l’homme suivant ces qualitez dominantes ; & par ce moyen les sanguins sont hardis, aimant la gloire, la joye & le plaisir ; ils sont agréables, beaux, bien proportionnez, éloquens, équitables, misericordieux, pieux, bons, ambitieux, génereux, libéraux & magnifiques, & portez aux emplois qui regardent la Religion, la Police & la Justice.
Les bilieux sont témeraires, brutaux, violens, arrogans, broüillons, querelleurs, emportez, inconstans, inconsiderez, dissolus dans les plaisirs, prodigues, ravisseurs, traîtres, malins, impies, & portez à tout ce qui va à répandre le sang.
Les mélancoliques sont prudens, éconômes, avares, timides, défians, discrets, prévoyans, parlant peu, marchant avec poids & lenteur dans toutes leurs actions, pacificateurs, mais vindicatifs, dissimulez, superstitieux, & portez à la retraite.
Les pituiteux sont foibles, froids, lâches, faciles, paresseux, stupides, se défians d’eux-mêmes, n’osans rien entreprendre, ayant peur de tout, effeminez dans les plaisirs, & ne cherchans que le repos & l’oisiveté.
Voilà les caracteres principaux de chaque tempéramment ; mais comme tout homme a du mêlange de toutes les quatre humeurs, & plus ou moins des unes ou des autres, c’est ce qui fait la diversité infinie [p.250] des tempêrammens & des inclinations ; en sorte que souvent la malignité d’une mauvaise augmente la méchanceté de l’autre, ou corrompt sa bonté, comme la bonté d’une bonne corrige la malignité de la mauvaise.
L’homme donc déterminé par son tempéramment à de certaines inclinations, comme à être avare ou prodigue, sincere ou fourbe, doux ou brutal, regle sur elles ses actions : Car il est peu d’hommes qui ayent la force, ou qui veulent prendre la résolution de remonter le torrent ; c’est-à-dire, de resister au penchant que la nature lui donne, & de prendre une autre route que celle que leur trace cette inclination.
Comme donc les actions des hommes font leur bonne ou mauvaise fortune, que ces actions sont l’ouvrage de leurs inclinations, que ces inclinations sont déterminées par le tempéramment, & le tempéramment réglé par les influences des astres ; c’est par cette gradation que les corps celestes sont non seulement les signes, mais les causes éficaces de nôtre bonheur & de nôtre malheur.
Mais on pousse plus loin la dificulté, & l’on en propose une nouvelle ; car, suposé qu’on demeure d’acord que par cette conséquence les astres qui nous inclinent soient par nos actions les causes primitives de nôtre bonne ou mauvaise fortune : on demande comment il est possible que cette influence qui est en géneral heureuse ou malheureuse, puisse specifiquement déterminer nôtre bonheur ou nôtre malheur, à telle ou telle chose particuliere.
Par exemple, comment Saturne au milieu du Ciel, comme le mien, regardant d’un [p.251] quadrat malheureux le Soleil qui tombe dans la sixiéme maison, cause la privation des dignitez & des honneurs, puisque suivant le principe physique que j’ai établi, toute cette influence se réduit à ce que le rayon du Soleil, porté sur le corps de Saturne s’y refroidit & s’y desseche, & renvoye au corps sublunaire une influence froide & seche.
Pour répondre à cette objection, & sur cet exemple, il faut reprendre ce que j’ai dit dans l’autre Livre, que le Soleil a une domination speciale sur les honneurs, & que l’experience ayant vérifié que chaque maison de la figure a une particuliere domination sur quelque chose, on est convaincu que la dixiéme concerne tout ce qui regarde les dignitez & les emplois, & qu’outre cela la force ou la foiblesse des maisons donne de la force ou de la foiblesse aux planetes.
Ainsi, Saturne au milieu du Ciel, à la pointe de la plus forte maison angulaire, est très-fort, & d’autant plus malin qu’il y est dans le Belier, qui est sa chûte. Le Soleil, au contraire, qui est maître par exaltation du milieu du Ciel, est affoibli dans la sixiéme maison tombante ; & son rayon quadrat & malheureux se portant sur Saturne, qui est précisément à la pointe du milieu du Ciel, cette planete maligne l’envenime, & détermine son poison à agir sur la chose que le milieu du Ciel domine, qui sont les honneurs & les dignitez. Ainsi la malignité de cette influence a reçû sa specification de la maison où s’est formé l’angle de la réflexion du rayon infortuné du Soleil.
Et si ce Saturne avoit été dans la huitiéme [p.252] maison, qui est celle de la mort, la malice de l’influence auroit été déterminée à specifier une mort malheureuse, si d’autres influences ne l’avoient détournée ; & voilà comme tout le fondement de l’Astrologie judiciaire dépend des atributs des maisons dont on ne peut rendre neanmoins aucune raison physique, & sans quoi l’on ne pouroit entrer dans aucune specification de jugement.
Mais, dira-t’on, ce n’est pas encore assez, & il faut rendre raison comment cette froidure & cette secheresse que Saturne a communiquée aux rayons du Soleil peuvent operer ce malheur, & quelle relation elles peuvent avoir avec la perte d’une dignité.
Je répons que le froid & le sec sont deux qualitez destructives par l’obstacle qu’ils aportent à toutes les opérations, & qu’ainsi étant déterminée par sa situation à faire obstacle à la dignité, elle suit en détruisant par son principe de destruction le cours de ce qui étoit promis par le Soleil, dominateur propre des honneurs & du milieu du Ciel.
Car il faut poser pour maxime, que tout ne se produit, & ne se conserve que par une chaleur tempérée d’humidité, & que le froid & le sec, ou la chaleur & l’humidité immoderée vont toûjours à la destruction, que cette premiere constitution tempérée fait le succès de toutes les opérations, & que les autres dispositions en empêchent le succès.

[p.266]

CHAPITRE VII.

Des choses qui se peuvent ou ne se peuvent point prévoir par l’Astrologie.

La témerité des Astrologues a de tout tems excité de justes murmures contre l’arrogante vanité de leurs prédictions, parce que la curiosité importune de ceux qui les consultent, & l’avidité de prédire & de vendre leurs promesses, les poussent à outrer un art qui a des bornes beaucoup plus étroites que celles qu’on lui donne.
En effet, n’est-ce pas une impudence outrée, de voir certains Astrologues comme j’en ai vû, & sur tout en Italie, qui ne voulant pas se renfermer dans les conjectures qu’on peut fonder sur des principes naturels, osent entrer dans des prédictions frivoles, & vont jusqu’à des specifications [p.267] ridicules, comme de dire à un homme qu’il sera blesse sur un cheval blanc ou noir ; qu’une femme épousera un homme blond ou brun, qui aura telle marque au visage, & mille impertinentes pauvretez semblables. Ce sont de purs affronteurs, qui par la prostitution de leur art le deshonorent & attirent un juste mépris sur les autres.
C’est aussi cette folle assurance avec laquelle ils afirment comme indubitables leurs conjectures, qui a fait dire que cet art devoit être condamné comme détruisant la liberté de l’homme ; & en effet, ces imposteurs donnant leurs prédictions pour certaines & pour inévitables, ils ôtent la puissance que nous avons de détourner par nôtre volonté déterminée l’effet de leurs menaces.
Pour éviter cette témerité coupable, il ne faut que conçevoir que tout ce qui arrive à l’homme doit être distingué en trois differentes especes ou natures d’accidens, qui doivent changer en autant d’especes la nature des prédictions.
Certaines choses arrivent aux hommes par l’unique force de leur temperamment sans aucune cooperation de la volonté, & je les apelle naturelles, comme d’être mélancolique ou enjoüé, taciturne ou babillard, éloquent ou hébété, poltron ou courageux, avare ou liberal, desireux d’aprendre ou dans une indolente incuriosité, avoir le corps sain ou cacochime, & sujet à de certaines maladies. Voilà la premiere espece tout à fait indépendante de la volonté de l’homme, puisqu’il ne dépend pas de nôtre vouloir d’être timides ou courageux, mélancoliques [p.268] ou enjoüez, & ainsi des autres.
La seconde espece des choses qui arrivent aux hommes, & que j’apelle mixtes, sont celles dans lesquelles le temperamment & la volonté agissent unanimement, lorsque cette derniere est entraînée par sa foiblesse dans le penchant où l’autre la pousse, mais de maniere néanmoins qu’il y est porté librement & sans necessité ; comme un homme babillard qui éventera un secret par la demangeaison naturelle qu’il a de parler ; une femme qui se prostituë par l’impulsion de son penchant ; un querelleur qui tuë ou qui se fait tuer mal à propos par l’imprudence de ses emportemens ; un voleur qui se fait prendre par la pente qu’il a au larcin, & qu’il aura reçûë des malignes influences de Mercure mêlé aux malefiques.
Enfin, la troisiéme espece d’évenemens que j’apelle de pure liberté, ce sont ces sortes d’actions qui partent d’une volonté déterminée, indépendante de tout tempéramment, & qui se mettant au dessus de tous les penchans naturels, & triomphant de sa propre inclination, triomphe aussi de l’influence maligne des Etoiles.
Comme si un homme, porté naturellement au meurtre & à la cruauté se déterminoit à vivre dans une extrême douceur & modération ; qu’une femme inclinée par ses Planettes à se prostituer, se voüât par un zele vif & perseverant à la Virginité, & triomphât de tous les aiguillons qui la tentent ; & qu’un homme porté à la fraude, au vol, & à la perfidie, fixe sa volonté à vivre dans toute l’intégrité & la sincérité d’un honnéte homme, en sorte que toutes les actions qu’ils [p.269] feroient ne tinssent rien de leur tempéramment, mais qu’elles fussent l’ouvrage pur d’une volonté libre & déterminée.
Or, cette distinction posee, je dis que l’Astrologue peut conjecturer avec quelqu’espece de certitude ou d’evidence, tout ce qui dans la premiere espece peut concerner la vie de l’homme ; & en effet, si la disposition des corps celestes imprime le tempéramment, n’est ce pas une conséquence necessaire qu’on puisse prévoir tout ce qui dépend uniquement de ce tempéramment. Ainsi lorsque je verrai la figure d’un pituiteux qui aura Saturne joint à la Lune dans la maison des maladies, je préjugerai qu’il sera sujet aux catarres, aux débordemens de cerveau, aux goutes, ou aux autres fluxions, suivant les signes & les maisons que domineront ces Planetes, ou celles qui leur seront configurées, & je connoîtrai même dans quel tems agira ce levain malin qui a été imprimé au moment de la naissance. Je prédirai de même avec assez de certitude, si un homme sera prodigue lorsque je verrai Mercure avec Mars, ou qu’il sera avare lorsque ce même Mercure se trouvera joint avec Saturne. Je verrai s’il aura du coeur ou s’il sera poltron ; s’il sera beau ou laid, bien fait ou contre-fait ; enfin toutes les choses dans lesquelles la volonté n’a point de part.
Dans la seconde espece l’Astrologue ne peut voir les choses qu’avec beaucoup d’incertitude & d’obscurité, & seulement par une conjecture de probabilité, parce que la volonté de l’homme étant dans un  mouvement perpétuel, c’est une témerité de vouloir fixer un jugement indubitable sur [p.270] ce qui est dans une volubilité continuelle.
Cependant lorsque je verrai un esprit fourbe & malin désigné par les principes du tempéramment, & que dans cette même figure je verrai de malignes configurations des maléfiques, avec la planete qui désigne cet esprit, & que ces planetes empoisonnées auront domination sur les maisons des prisons & de la mort & sur les luminaires ; je conclurai par un conjecture probable ou pour mieux dire j’entreverrai que cet homme suivant son penchant poura être un voleur, & pour ses vols emprisonné & puni de mort ; mais comme ces vols dépendent de sa volonté, qui peut se déterminer à ne les pas faire, je serois un témeraire, de vouloir, comme font ordinairement les Astrologues, assurer que la chose doit arriver certainement.
Mais quant à la troisième espece dans laquelle on prétend que se trouva autrefois Socrate, que la nature avoit fortement incliné à toute sorte de vices, mais qui par une volonté déterminée dompta cette pente, & malgré elle embrassa avec confiance & fermeté le chemin de la vertu, lorsqu’un homme est dans cette disposition, & que contre toutes les tentations de son penchant il reste aussi inébranlable qu’un rocher l’est au choq des vagues qui le battent : Je dis que dans ce cas tout l’art conjectural des Astrologues est anéanti, qu’il leur est impossible de rien déterminer sur des influences qui sont vaincuës par une volonté libre qui se fixe à tout ce qui leur est oposé.
Or, suivant cette distinction dont j’ay fait un très-grand nombre d’expériences, [p.271] l’on ne peut point dire que cet art conjectural combat aucun principe de la Religion, ni qu’il détruise en aucune maniere le franc arbitre ; & en effet, un homme voulant un jour éprouver mes conjectures, me donna à tirer la figure de son frere, sans me dire qu’il étoit mort Chartreux à l’âge de 35. ans, je l’examinai en sa presence, & lui dis que cet homme avoit une furieuse pente pour l’amour, & que la violence de cette passion devoit lui causer quelque chose de funeste dans sa mort : mon jugement étoit fondé sur ce qu’il avoit Venus au premier degré du Capricorne joint au Soleil, maître de la huit, tous deux en oposition de Saturne, maître de l’ascendant, & tombant dans l’Ecrevisse, & en quadrat de Mars qui étoit au bas du Ciel, & maître de la maison des prisons : Il m’avoüa que son frere avoit été très-débauché, deux fois en péril de sa vie, & une fois en prison, mais qu’à vingt ans il étoit entré dans les Chartreux, où il avoit vécu quinze ans dans une piété exemplaire, & qu’enfin il étoit mort subitement à 35. ans. Ainsi je jugeai juste sur le tempéramment, & même assez juste sur ce qui lui étoit arrivé lorsque sa volonté suivoit la pente de sa nature ; mais cette volonté libre s’étant déterminée à une vie héroïque, il vainquit l’effet des influences malignes qui l’auroient peut-être conduit à une mort funeste, & ne donna plus de prise aux conjectures, quoique sa mort subite tint quelque chose de la violence que j’y entrevoyois.
Ce n’est pas que les influences qui [p.272] menacent un homme d’une mort funeste, ne puissent être si malignes & si fortes qu’elles l’emporteroient sur toutes les précautions, comme on l’a vû dans deux exemples fameux, & d’une verité constante.
Un Boulonois, fils d’un Astrologue Italien, fut averti par son pere qu’il étoit menacé d’une mort infame & publique, quoi qu’il n’eût rien que de bon & de vertueux dans ses inclinations. Pour rendre cette menace encore plus vaine, il se fit Cordelier, vécut saintement, & par de savantes Prédications aquit une grande réputation. Cependant, comme la Ville étoit divisée en deux factions, l’une des deux envoya au Pape une ambassade, & parmi les Envoyez ce Cordelier fut choisi pour porter la parole ; il s’aquita de son emploi avec aplaudissement & succès ; mais le lendemain de son retour la faction opposee émût une sédition, & la populace furieuse prit tous ceux qui avoient eu part à l’ambassade, & sans autre forme de procès les pendit tous, & le Cordelier avec les autres.
L’autre exemple fut d’un fameux Médecin de Venise, qui ayant lui même prévû qu’il étoit menacé d’être noyé, quitta cette Ville bâtie au milieu des eaux, & s’établit à Padouë ; il y vécut long-tems tranquile & en réputation : Mais enfin Laurens de Médicis étant tombé malade, il fut apellé à Florence pour le traiter : La mauvaise disposition du malade fit avorter ses remedes ; il mourut, & au bruit qui s’en répandit dans le Palais, son fils qui étoit dans un apartement separé, traversa [p.273] la cour pour se rendre à celui de son pere ; & rencontrant le Médecin auprès d’un puits, dans la brutalité de sa colere & de sa douleur, il le prit entre ses bras & le précipita dans le puits, où il se noya.
Cependant il faut s’en tenir à cette régle fixe, que par les Astres on peut connoître avec quelque sorte d’évidence tout ce qui dépend ou naît du tempéramment indépendamment de la volonté, qu’on ne fait qu’entre-voir foiblement ce qui dépend conjointement du tempéramment & de la volonté, dont toute la probabilité consiste en ce que la plûpart des hommes ne résistent point à leur penchant naturel ; & enfin, qu’on ne peut rien connoître du tout à ce qui est l’ouvrage de la volonté seule fixe, & déterminée contre le penchant du tempéramment.
Car enfin si l’infortune d’une septiéme maison, & des planetes qui la dominent menacent un homme d’un mariage très-malheureux, & même de tuer sa femme ou d’en être tué ; n’est-il pas constant qu’il peut éviter ce mal en se déterminant librement & par une volonté fixe, à passer sa vie dans le célibat ; il faudroit être fou pour en douter, ou pour croire qu’il ne pourra s’empêcher de se marier. Ainsi tout l’art judiciaire échoura contre cette résolution inébranlable qu’il aura prise, puisque ses actions étant alors tout oposées aux effets promis par les influences, & l’Astrologue ne pouvant juger que par raport à ces influences, son jugement ne pourra plus se raporter à ces actions. [p.274]
Suposé donc qu’on puisse connoître avec quelqu’évidence les choses qui dépendent du tempéramment ; on demande de quelle maniere on peut fixer le tems des accidens ; c’est à dire comment ayant reconnu que la Lune, par exemple, blessée par un quadrat de Mars, Seigneur de la sixiéme maison, donnera une petite verole ou une fiévre tierce, on démêlera à quel âge & dans quel tems précis agira ce mauvais levain imprimé au moment de la naissance. C’est ce qu’il faut expliquer.

[p.340]

CHAPITRE XXI.

Regles génerales pour les Jugemens Astrologiques.

I. Il ne faut jamais juger sur une seule chose dans une figure, mais on doit considerer tout ce qui peut avoir raport à la chose que vous examinez, & mêlant toutes les circonstances pour les coriger les unes par les autres, former sur le tout sa conjecture.
II. Pour examiner une chose, il faut considerer, le lieu affecté à la chose, la planete dominante, la force ou imbécilité des planetes presentes ou configurées, & on la tire de leurs siuations, ou à l’égard de la géniture, comme s’ils sont angulaires, ou en maisons tombantes.
III. Considerez sur chaque maison, d’abord les planetes presentes, parce que ce sont celles qui y operent avec le plus d’éficace, en second lieu l’état des dominateurs ; & enfin les bonnes ou mauvaises configurations des bénefiques ou maléfiques à cette maison, & ne formez point de jugement qui ne résulte de toutes ces choses.
IV. Le dominateur d’un angle qui s’y trouve present agit avec plus de force qu’aucun autre ; ainsi le maître de l’Ascendant dans l’Ascendant donne une vie forte & vigoureuse ; celui de la sept dans la sept agit puissamment pour les mariages & les contrats ; celui de la dix dans la dix pour les honneurs ; & celui de la quatre dans la [p.341] quatre pour l’acroissement du patrimoine.
V. Les aspects partiles de degré en degré sont très-forts ; ceux qui apliquent sont de la seconde force ; mais ceux qui défluent sont les plus foibles. Apliquer, c’est quand les Planetes vont à l’aproche l’une de l’autre ; & défluer, c’est lors qu’elles s’éloignent.
VI. Une planete située entre les deux maléfiques, en sorte qu’elle quite l’un pour aller à l’autre, est dans un état très infortuné, & le contraire est quand elle est entre deux bénefiques, quitant l’un pour arriver à l’autre.
VII. Saturne blesse plus la Lune par sa conjonction que par son oposition, & le Soleil plus par son oposition que par sa conjonction, & Mars tout au contraire.
VIII. Tout Jugement sur le tems de la mort est incertain, & c’est une témerité impie d’oser le proposer comme necessaire, démonstratif & infaillible ; on ne le doit proposer que comme variable, probable & contingent.
IX. Il est dangereux d’avoir une acumulation de planetes dans un même endroit, parce que les mauvaises directions arrivant à la fois ou coup sur coup, la nature ne peut y résister. Ceux qui les ont ainsi sont exposez à des évenemens surprenans & à de fâcheux revers.
X. Tout enfant qui naît dans la conjonction ou dans l’oposition des luminaires vit rarement, & ne le peut que ces luminaires ne soient fort apuyez des bénefiques, & sans aspect des maléfiques, parce que le mauvais aspect d’un maléfique les blesse tous deux à la fois. [p.342]
XI. La sixième maison est la situation la plus desavantageuse au Soleil.
XII. Quand trois bénefiques sont joints, ils promettent toûjours un grand bonheur dans la chose signifiée par la maison où se fait la conjonction.
XIII. La Lune dans la septième maison donne des traverses furieuses, & souvent dès la naissance. Le Prince de Galles en fournit un exemple bien précis, quoique d’ailleurs sa figure soit très forte & très Royale.
XIV. Un bénefique peut devenir maléfique comme Jupiter s’il est maître de la maison de mort, rétrograde dans sa chûte, & en maison tombante, & alors il peut même donner la mort contre le sentiment de Ptolomée.
XV. La mort naturelle vient d’une cause intrinseque, & la violente d’une extrinseque.
XVI. Un homme est né fortuné, lorsque la Lune angulaire reçoit les bons aspects de toutes les planetes.
XVII. Les maléfiques font plus de mal que les bénefiques ne font de bien ; & si un maléfique fait du bien, ce n’est que par l’effet d’une mauvaise qualité, comme Saturne contribuë à enrichir, mais c’est parce qu’il rend un homme avare. Mars éleve un homme aux honneurs, mais c’est parce qu’il inspire la violence.
XVIII. Une planete est plus puissante dans un angle sans dignité, que dans une maison tombante dans laquelle il possederoit toutes ses dignitez.
XIX. Toute influence se reçoit à la maniere, & selon l’état & la disposition du reçevant : Ainsi la même influence opère [p.343] diversement, & produit differens effets sur deux enfans qui naîtroient dans le même moment, mais de deux conditions differentes. Ainsi si César fût né sujet d’un Monarque, & si Alexandre fût né dans une République, ils ne se seroient peut-être rendus ni l’un ni l’autre, les maîtres du monde.
XX. Jupiter corrige la malignité des influences de Saturne, & Venus corrige celle de Mars.
XXI. Trois choses font l’amitié ou l’inimitié des planetes, leur nature, leurs maisons, & leurs aspects.
XXII. Ce ne sont pas les influences celestes qui donnent les honneurs, les richesses & les voluptez, mais elles inclinent l’esprit à les apéter, & par consequent à les rechercher, & employer leur industrie pour les aquerir.
XXIII. Quand Jupiter est fort dans une figure, il promet toûjours de grands biens touchant les choses qu’il désigne.
XXIV. Le maléfique donne la mort, & en détermine le genre, mais la maison en signifie la cause, & la commixtion des autres planetes marquent ceux qui doivent y contribuer en cas qu’elle soit violente.
XXV. La mort n’arrive point que par la direction de l’Aphéte ou Significateur de la vie à l’Anéréte ou Interfecteur.
XXVI. Il n’y a que quatre Aphétes, le Soleil, la Lune, l’Ascendant, & le milieu du Ciel. Les deux premiers tuënt par la rencontre des corps & des rayons maléfiques, & les deux autres par la rencontre des corps seulement. [p.344]
XXVII. Les directions fortes peuvent opérer sans révolutions concourantes, mais les foibles ont besoin du concours des Révolutions. Les Révolutions, au contraire, n’opérent rien toutes seules, & ne font qu’aider les directions, les fortifier, ou les affoiblir.
XXVIII. Un homme de probité devient rarement très riche, parce que les bonnes moeurs viennent de la médiocrité des influences ; & pour donner de grandes richesses, il faut de l’excès aux influences.
XXIX. Les deux maléfiques dans la maison de la mort ou dans celle de la vie sont très-dangereux, & permettent rarement une bonne fin.
XXX. Saturne dans le milieu du Ciel cause toûjours de très grandes infortunes, & suscite des obstacles perpétuels à toutes les actions.
XXXI. Le dominateur d’une maison dans une autre maison produit des effets mêlez de ce que les deux maisons signifient.
XXXII. La conjonction de Mars & de la Lune est très-pernicieuse pour la chasteté d’une femme.
XXXIII. Le Soleil influë avec une très-grande force dans la dixiéme, dans la premiere, & dans la neuviéme maison.
XXXIV. Les étoiles fixes n’agissent que par leur presence dans les angles ; par tout ailleurs leurs influences sont imbéciles, & il n’y a que celles de la premiere & seconde grandeur dont les effets soient sensibles.
XXXV. Parmi les étoiles fixes, il y en a [p.345] quatre spécifiquement violentes, la tête de Meduse, l’oeil du Taureau, l’Hercule, & le coeur du Scorpion.
XXXVI. Les étoiles fixes dans les angles avec les luminaires ou les bénéfiques donnent de prodigieuses fortunes, mais elles sont sujettes à de grands revers.
XXXVII. Les deux maléfiques oposez de la premiere à la septiéme maison, ou tous deux dans la septiéme, frapans d’oposition la maison de vie, donnent une mort violente, quelque correction qu’il y ait d’ailleurs.
XXXVIII. Les luminaires dans les angles, avec les maléfiques ou blessez de leurs mauvais aspects, rendent le corps diforme, ou exposent à de très dangereux accidens.
XXXIX. Ne jugez jamais d’une figure que vous ne vous soyez informé du sexe & de la qualité de l’enfant, & des accidens qui lui sont arrivez.
XXXX. Il est dangereux de vouloir juger sur sa propre figure, parce que l’amour propre l’emporte souvent sur nôtre connoissance, & nous fait croire ce que nous desirons.

Fin des Tableaux des Philosophes.

 

Référence de la page :

Patrice Guinard: Eustache Lenoble (1643-1711):
Un Bilan sur l’Astrologie à son déclin
http://cura.free.fr/docum/10lenob.html
———————–
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jacques halbronn Critique de l’idée de conjonction planétaire en astrologie

Posté par nofim le 16 août 2021

 

Critique  de l’ idée de  conjonction  planétaire  en Astrologie

 

par  Jacques  Halbronn

 

On  sait que la conjonction de deux planétes  a longtemps  été à l’honneur   -depuis environ mille  ans, du temps d’Albumasar : il s’agissait alors des deux planétes connues les plus lentes, à savoir  Jupiter et Saturne/ Cette « théorie »  des « grandes conjonctions »  s’articulait  sur les triplicités ( Quatre Eléments) du fait que les dites  conjonctions se succédaient, tous les vingt ans,  à  intervalles de 120° si bien qu’il fallait plusieurs siècles pour  changer de triplicité, et cela permettait de conférer une certaine unité à des périodes relativement longues, le changement de triplicité étant, ipso facto,  censé être de grande importance, portée  et  signification.

Mais déjà ce faisant,  on aurait pu observer un certain dysfonctionnement au regard de la notion de cyclicité planétaire. En effet,  on en arrivait  à une polycyclité pour chaque planéte dès lors que l’on étendait le processus conjonctionnel à l’ensemble du systéme solaire  dont on sait que les bornes seront  bousculées  à partir de la fin du XVIIIe siècle, du fait des progrès des techniques d’observation, et notamment avec la lunette et le télescope. En effet, chaque planéte se trouverait doté d’autant de cyclicités que de partenaires conjonctionnels. C’est ainsi que le cycle  de Jupiter de 12 ans environ  serait recouvert par l’intercyclicité  avec une autre planéte tout comme le cycle de Saturne de 28 ans environ. Ces deux planétes se retrouveraient ainsi toutes deux dotées d’un cycle commun de 20 ans ! Pour prendre un exemple plus récent, le cycle Saturne-Neptune -mis en exergue par André Barbault- se verrait calibré à 36 ans,  alors que Saturne a un cyle de 28 ans et Neptune de 165 ans ! Autrement dit, Saturne avec Jupiter aurait un cycle de 20 ans et avec Neptune de  36 ans et tout à l’avenant au gré des diverses combinatoires conjonctionnelles ! Ce qui allait constituer quelque part une hérésie astronomique, notamment au prisme de la ‘loi » de Titius Bode (cf Jean Pierre Nicola, Nombres et formes du cosmos)

Il nous apparaît qu’il y a eu  là un détournement de l’idée de conjonction en astrologie car selon nous les aspects n’étaient pas au départ censés  concerner des rapports planéte/planéte mais des rapports planète/étoile ou encore planéte/axe équinoxial ou solsticial, en lien avec le cycle terrestre  des saisons. Rappelons que les constellations sont des ensembles d’étoiles, comme leur nom l’indique, et qu’il était coutumier de situer les planétes dans l’espace par rapport à des étoiles. Même l’idée de révolution planétaire sidérale   n’était elle pas détermniée par  une conjonction planéte/étoile, ce qui fixait ainsi à 12 ans le cycle unique  de Jupiter et  idem pour les autres planétes.. Avec les conjonctions planétaires, on introduisait une relativité cyclique fâcheuse. Et  les choses deviendraient encore plus «flottantes » du fait de l’accroissement du nombre de planétes  répérées dans le systéme solaire et des interactions qui en découleraient.

Très vite, nous avions pris conscience du caractère problématique des conjonctions entre planétes. Dès 1976, nous avions exclu dans nos tableaux cycliques toute combinatoire de planétes entre elles. (Clefs pour l’astrologie, Paris, Seghers, Claves de la astrologia 1978) face à un André Barbault qui ne jurait que par une telle formule. Le fait que notre projet ait été préféré en 1973 par l’éditeur face à celui de Barbault était  symbolique d’un passage de relais. Mais force est de constater que cela n’eut guère  d’impact sur les pratiques du milieu astrologique francophone malgré la parution, trente ans plus tard, de notre Astrologie selon Saturne (Ed de la Grande Conjonction , 1994-1995) ainsi que de la réédition de Clefs pour l’astrologie (Seghers 1993, notamment les pp/ 136 et seq) Nous faisions d’ailleurs, dans les années 70 , une exception pour les conjonctions des planétes avec le Soleil.(cf Astrologie Sensorielle,  Cosmpolitan, numéro de janvier 1977)

Il  est vrai que le débat  se situait, pour Barbault,  au niveau d’une validation  par  la  pratique prévisionnelle. Nous avons montré que les prétendues confirmations du cycle Saturne Neptune avaient été dues à une coincidence entre les dates de passages de Saturne sur les axes saisonniers (5×7 : 35 ans) et celles du dit cycle Saturne Neptune de 36 ans. C’est ainsi qu’en 1989, il y a eu d’un côté la conjonction Saturne-Neptune et de l’autre le passage de Saturne sur l’axe solsticial (cance-capricorne) Or, il est conseillé d’opter , selon le principe d’Occam, pour la grille la plus simple. D’un  côté le cycle « naturel » de 7 ans, (28/4) nullement perturbé par un lien avec un autre cycle  et de l’autre un cycle « artificiel »   et  fictif  de 36 ans.  Les rendez vous conjonctionnels à la Barbault  ne fonctionnaient que tous les 36 alors que les notres étaient marquants de 7 ans en 7 ans, avec une dialectique équinoxe-solstice  permettant un flux et un reflux.

Dans 1964. La crise  mondiale de 1965, (Albin Michel, pp. 24  et seq) Barbault exposait déjà son systéme conjonctionnel  englobant les planétes de Jupiter à Pluton avec ce  slogan : « la conjonction  des planètes lentes est la configuration-clef de notre  devenir  terrestre » Etrangement,  Barbault  dans sa démonstration  annonçait une « crise mondiale » à venir prochainement alors que l’on venait d’en traverser une de toute première magnitude  avec les crises de Berlin et de Cuba.(1961-62) comme si de rien n’était !

Il est vrai que ces derniers événements ne collaient pas vraiment avec la théorie  en question de la concentraion de conjonctions planétaires.(indice cyclique) Le grand inconvénient de ce cycle des conjonctions planétaires  tenait paradoxalement à son absence de cyclicité. Car si un cycle monoplanétaire offre la même régularité que notre cycle saisonnier, avec une alternance de phases toutes de même durée, il n’en est pas de même du graphique  en dents de scie tel  que présenté par Barbault  sur la couverture des astres et l’Histoire, Paris, Pauvert, 1967)

Le thème natal, lui-même, apparaît comme marqué par la théorie des aspects, chère à Kepler pour qui – au début du XVIIe siècle-

le salut de l’astrologie  (cf Gérard Simon, Kepler astrologue-astronome, Paris, Gallimard, 1977) devait impérativement passer par une focalisation sur les aspects entre planétes.

 

En 1976, nous condamnions  le thème astral aux poubelles de l’Histoire  et nous proposions- à l’encontre d’une astrologie  « hors sol » d’appréhender la personne au moyen de tests  et non sur la base des « astralités » de naissance propre à la généthlialogie, amorçant ainsi une anthropocosmologie, déjà engagée par un Jean Bodin, à la fin du XVIe siècle.(République, Livre IV, ch. II  et Lettre, Troyes,  1590) à partir d’observations numériques  sur le cycle des républiques.. En effet, la connexion planéte/axes équinoxe solstice s’articulait sur une binarité  Ciel-Terre, déjà exposé au premier verset du Livre de la Genése.

Plutôt que d’opter pour un cycle monoplanétaire,  Barbault avait pris le parti  de constituer un graphique de synthèse sur la base des cycles de 5 planétes, ce qui lui évitait de devoir opter, de   trancher,pour tel cycle en particulier, persuadé qu’il était que l’astrologie devait absolument prendre en compte l’intégralité du systéme solaire à pervevoir comme un tout d’un seul tenant. Pour nous, en revanche, il convenait,  notamment dans notre Astrologie selon Saturne,  de partir de certaines récurrences  socio-politiques

et d’observer si des corrélations étaient envisageables et ce sans idée préconçue. C’est ainsi  qu’en 1993, nous localisions une certaine partie de l’écliptique régulièrement impactée de 7 ans en 7 ans, à la charnière du signe des poissons et de celui du bélier (point vernal). Ce cycle de 7 ans, nous le relierions le connecterions avec le cycle de Saturne, ce qui recoupait peu ou prou  la méthode de Bodin (lui même ayant influencé Kepler (cf  notre étude  « The revealing process of translation  and criticism in the History  of Astrology. »  In collectif  dir.P. Curry,  Astrology, Science  and Society, Boydell Press, 1987) Nul n’était besoin de faire appel à des planétes au delà de Saturne comme le présentait  Barbault.Mais  ce qui est peut être le plus génant dans certaines propositions tient à leur déconnexion par rapport à l’organisation et à la gestion de la Cité. Il nous semble évident que les « citoyens » doivent avoir une certaine perception collective des configurations célestes pertinentes en astrologie, ce qui exclue les planétes invisibles à l’œil nu  ainsi que tout savant calcul comme celui inventé par Barbault. On notera que le raisonnement de Barbault sur la répartition irrégulière des conjonctions semble calqué sur celui de Léon Lasson (cf son Astrologie Mondiale, 1937) à partir de la fréquence des éclipses, ce qui l’avait conduit à annoncer « 15 ans de paix pour l’Europe » à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Ajoutons que la recherche astrologique exige une connaissance fine de l’enchainement des événements au bout de quelques décennies passées et  l’on sait que seuls les spécialistes en sont capables sauf à se satisfaire de grossières simplifications  comme la  question des deux guerres mondiales.

 

 

JHB

16 08 21

 

 

 

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jacques halbronn Les vraies causes de discrédit croissant de l’astrologie en france tout au long du XVIIe siècle

Posté par nofim le 14 août 2021

 

Bulletin  de la BURA (Bibliothèque  Universitaire de Recherche Astrologique)

 

 

 

Les vraies causes du discrédit  croissant de l’Astrologie en France tout au long du XVIIe siècle

Par  Jacques Halbronn

 

L’on a coutume de dire que l’astrologie judiciaire  aura  souffert  des progrès de l’astronomie mais on a généralement suivi une fausse piste alors que l’explication la plus probable ressort assez nettement de la lecture des textes publiés à l’époque lesquels posent le probléme  autrement.

 

On  donnera comme  exemple  un exposé  d’Hervé Drévillon en anglais  concernant l’ouvrage d’Hervé Drévillon (cf bibliographie in finé)  concernant les deux lignes de la disqualification de l’astrologie :

« In seventeenth-century france, astrology and prophecy seem to fall into discredit in two ways : first, the science of astrology is more and more criticised by learned people, second, the astrological and prophetical literature is increasely considered as a popular one. The aim of this works is to study the link beetwen those two ways of disqualification. The scientific revolution is not an adequate ground to explain the exceptional wave of criticism shaking astrology and prophecy. This wave is rather due to the collapse of credibility of the differents kinds of astrological and prophetical books. Parody, falsification, degradation of the material aspect make the learned people turn away from these books considered as incredible and rejected by those who want books to be the identification mark of their social condition. Considered as popular, this kind of literature also appears like dangerous to the opinion of the reason of state fighting against superstitions, of which books are supposed to be the best medium. The discredit of astrology and prophecy is rather due to cultural, social and political reasons, than to scientific one”

IL  faut comprendre que l’astronomie  aura connu depuis deux siècles une crise  d’image avec les bouleversements qui l’ont secouée depuis Copernic  et Galilée en passant par Kepler ;

Cela aura certainement ébranlé sa position  et il convenait d’opter pour un discours de réhablitation,  ce  qui  consistait en quelque sorte à faire de nécessité vertu et de présenter un savoir qui ne bougeait pas comme  suspect.  Il fallait faire l’apologie du changement et présenter celui-ci nomme comme un dommage mais comme un signe de bonne santé.

A contrario, l’astrologie, quant à elle, semblait immuable et il fallait que cette « vertu » devint stigmatisant, ce à quoi se consacrèrent nombre d’auteurs.

Les ouvrages ne manquent certes pas, opposant astronomie et astrologie (ou astromancie) comme  celui du Jésuite Jean François :

Traité des influences celestes ou les merveilles de Dieu dans les cieux sont déduites : Les inventions des Astronomes pour les entendre sont expliquées : Les propositions des Astrologues judiciaires sont démontrées fausses & pernicieuses, par toute sorte de raisons, d’autoritez, & d’experiences, 1660, Rennes.

 

Mais le cas de Jean-Baptiste Morin  nous apparait comme tout à fait emblématique au prisme des attaques dont il est l’objet. Il en est ainsi d’une Lettre  qu’un certain Barancy lui adresse en 1650, au moment où Morin annonce qu’il a achevé son « Astrologia Gallica » (qui ne paraitra qu’en 1661)

On l’y  met au défi de renouveler réellement l’astrologie  en lui indiquant la nécessité d’une mue radicale et on y dresse par avance le portrait en creux de que la nouvelle astrologie ne saurait  être à l’avenir :

« On n’y parle plus des 12 maisons, aussi estant mal bâties- Vous en aurez fait d’autres toutes neuves. Plus de ces signes du Zodiaque qui faisaient peur aux enfants. Plus de ces vilains aspects quadrat &  opposition, plus de trigones et de sextiles. Fy, ils sont tous morts de vieillesse. Plus de ces  rectifications et animodar. Plus de cette fantastique Trutine d’Hermés. Plus de ces resveries d’exaltations, dépressions, chutes, détriments etc . Plus de ces malheureuses directions, plus de ces révolutions. Autrement, cela ne serait plus un habit neuf mais vieux  &  usé  (..) Y nommez vous encore les planétes ? Cela sentirait trop son antiquité. Vous n’oserez plus parleer de Partie de fortune, d’hylec, ny d’alcocodon si vous ne voulez estre sifflé parce que nous vous reprocherions avec justice que contre votre promesse vous ne nous donneriez que de vieilles pièces desrobées ; Tenez donc votre parole & souvenez vous bien, je vous le repéte, que vous nous promettez toutes choses  nouvelles , rien de desrobé, point de pièces recousues en un mot un habit neuf »

 

On ne demande point à l’astrologie de s’aligner sur l’astronomie quant à ses fondements  mais de prendre modèle sur elle quant à son aptitude à se renouveler, ni plus ni moins.  On comprend mieux, en ce sens,  la démarche d’un Kepler proposant, au début du siècle, dans une approche critique, de jeter par-dessus bord tout un pan de la tradition astrologique. Hélas, Morin n’accouchera pas d’une astrologie  dotée d’ »habits neufs » comme il s’y était engagé  pas plus d’ailleurs en 1697 qu’un Eustache Lenoble dont l’œuvre astrologique reste en grande partie calquée sur la Tétrabible de Ptolémée.

La révolution qui atteindra l’astrologie ne surviendra qu’avec la découverte de nouvelles planètes à partir de 1781 et autres astéroides. Mais  cela arrivera un siècle trop tard  et encore en France seulement à la fin du XIXe siècle.

 

 

 

 

 

Biblographie:

 

Michèle Grenet  La passion des  astres au XVIIe sièvle. De l’astrologie à l’astronomiie. Paris, Hachette 1994

H ; Drévillon  Lire et écrire l’avenir   Ed Champvallon  1996

 

Hervé Patrice Guinard  Apogée de l’astrologie française à la fin du XVIIème siècle // Astralis, 19, Lyon, 1987 .

 

 

 

 

 

JHB

14 08 21

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jacques Halbronn Misère de l’Histoire de l’Astrologie. Sur Bachelard

Posté par nofim le 13 août 2021

Misère de l’Histoire de l’Astrologie Sur Bachelard

Posté par nofim le 22 janvier 2014

Misères de l’Histoire de l’Astrologie
Gaston Bachelard et les Véritables Connoissances des Influences
Célestes et sublunaires de R. Decartes (sic)
par Jacques Halbronn

« Si d’aucuns invocateurs, nigromanciens, abuseurs ou divins, pour couvrir leur mauvais ars (sic), ont contrefait et contreffont (sic) les astrologiens et se aident d’aucune considération des corps célestes, il ne s’ensuit pas pour autant que la tres noble et excellante (sic) science de astrologie et les purs astrologiens en doyvent estre blasmés etc »
(Symon de Phares, Recueil des plus célébres astrologues, 1494-1498)
En 1937, paraissait dans la revue romaine Archeion (Vol. XIX (1937) fasc. 2-3) un article intitulé « Un livre d’un nommé R. Decartes », signé Gaston Bachelard (Université de Dijon). Nous nous proposons d’analyser l’article de celui qui, l’année suivante, allait publier la Formation de l’Esprit Scientifique. Né en 1884, Bachelard, qui décédera en 1962, a donc passé, en 1937, le cap du demi-siècle, on peut ainsi estimer que cet article, fort d’une dizaine de pages, n’est nullement une oeuvre de jeunesse. Il semble que son intérêt pour l’ouvrage ait d’abord tenu au fait que la Bibliothèque Municipale de Dijon -ville où Bachelard officiait alors – en possédait un exemplaire.

Le titre de l’article met d’emblée l’accent sur le nom de l’auteur  » un nommé R. Decartes » qui évidemment n’est pas sans évoquer celui de René Descartes tandis que le terme « livre » ne précise pas qu’en l’occurrence il s’agit d’un ouvrage consacré aux « Influences Célestes » en général et à l’astrologie en particulier.

La façon, plutôt cavalière, dont, il y a 65 ans, Bachelard esquissa une étude de cet ouvrage, paru, sans indication de libraire ni privilège, à Paris – si tant est que cette indication puisse être acceptée – en 1667, appartenant à la littérature astrologique, imposant volume de plus de 250 pages, nous permettra de réfléchir sur l’épistémologie de l’Histoire de l’Astrologie.

Nous étudierons notamment deux aspects : l’origine du texte paru en 1667 et la question de son auteur.

Un traité des influences célestes de 1667

Bachelard ne semble pas connaître le corpus des textes astrologiques français du XVIIe siècle et cela ne semble pas trop le préoccuper. Comment procède-t-il pour situer ce texte? Or, ce texte, par son ampleur, appartient à une catégorie très limitée qui est celle des sommes astrologiques ou/et antiastrologiques de langue française de plus de deux cents pages.

Dans cette catégorie, pour se cantonner au XVIIe siècle, l’on connaît l’Usage des Ephémérides d’Antoine de Villon parue dans les années 1620 et qui dépasse largement ce nombre. On pourrait citer aussi le corpus lié à Nicolas Bourdin (Tétrabible (1640), le Commentaire sur le Centiloque(1652) et Remarques sur le dit Commentaire du Centiloque de Morin(1654 et 1657) ou encore l’Ast²rologie Naturelle du Comte de Pagan (1659). Chez les adversaires de l’astrologie, on citera le Préservatif de Claude Pythois (1641), le Tombeau de l’Astrologie Judiciaire du Jésuite Jacques de Billy (1657), cité par le dit Sieur Decartes (sic) et le Traité des Influences Célestes ou les Merveilles de Dieu dans les cieux(1660) d’un autre Jésuite, le Père Jean François ( Rennes, 1660). Cf la recension, faite en 1996, de H. Drévillon, in Lire et Ecrire l’Avenir.(op. Cit, pp. 253 et seq) Mais une telle recension ne semble pas avoir existé du temps de Bachelard, la bibliographie astrologique étant en retard sur celle consacrée à Nostradamus.

On pourrait regretter que Bachelard n’ait pas consulté à « Astrologie » le catalogue Matières de la Bibliothèque Nationale si …un tel catalogue avait alors existé! Bachelard, apprenant dans le Véritables Connoissances que le Père de Billy avait écrit un Tombeau de l’Astrologie Judiciaireaurait pu vouloir chercher à le consulter voire à étudier l’attitude des Jésuites à l’égard de la dite Astrologie, notamment en lisant Sommervogel qui leur a consacré un répertoire.

Malheureusement, le Tombeau n’est pas conservé à la Bibliothèque Nationale (Mazarine, cote 11895) et dès lors Bachelard n’avait probablement pas le temps de contacter toutes les bibliothèques de France, de Navarre et d’ailleurs.

Il eut convenu que Bachelard confrontât les Véritables Connoissances avec les autres textes de ce groupe restreint, ne serait-ce qu’aux fins de comparaison, d’emprunt. Bachelard a préféré décrire cet ouvrage en tant qu’entité isolée, ce qui peut sembler une gageure.

S’il avait procédé avec rigueur, Bachelard eut découvert un fait assez troublant, à savoir que les Véritables Connoissances de 1667 et le Traité des Influences Célestes (en abrégé TIC) de 1660 ne faisaient qu’un! Et d’ailleurs, le dit Traité figure dans les collections de la Bibliothèque Nationale. On peut noter que les deux pages de titre sont ornementées d’un bouquet de fleurs assez semblable. Il s’agit là d’une marque du libraire rennais Hallaudays que l’on retrouve encore en 1681, par exemple, dans une édition de l’Arithmétique ou l’art de compter du Père Jean François. Il se serait alors demandé pourquoi les deux ouvrages portant des titres, somme toute, assez proches – tous deux comportent au titre principal l’expression  » Influences célestes » étaient parus à sept ans d’intervalles sous des noms d’auteurs différents.
Le pseudo distingo Decartes/Descartes

Bachelard se hâte un peu vite d’éliminer l’hypothèse Descartes, même en tant que contrefaçon, en notant qu’un faussaire n’aurait pas commis de si grossières bévues mais c’est oublier la possibilité d’un ouvrage déjà existant et dont il suffisait de changer le nom de l’auteur. Dans ce cas, l’argument tombe!

« Il ne faut pas non plus envisager, observe Bachelard, le cas d’un auteur qui écrirait sous le couvert d’un nom célèbre pour lancer son ouvrage. En effet, l’auteur ne fait rien pour tromper son lecteur. Il parle d’un malade qui vit encore en 1659, soit neuf ans après la mort de Descartes. Il relate une aventure arrivée en 1654, un rêve fait en 1657 etc » (p. 161)

Au bout du compte, Bachelard préfère parler d’homonymie, ne contestant pas l’authenticité de l’ouvrage dès lors qu’on ne l’attribuait pas au philosophe. Le nom de Decartes serait donc fortuit. Autrement dit, Bachelard ne semble pas habitué au monde des impostures en entrant dans un corpus astrologique voire prophétique qui ne peut être appréhendé par l’historien des sciences avec ingénuité.

Pourquoi a-t-on choisi pour ce faire le Traité du Père François? Peut être en raison même de son titre comportant le terme » Influences Célestes » de préférence à Astrologie, comme dans le cas de l’ouvrage du Père de Billy…Peut être aussi parce que les deux hommes – François, pédagogue dans la Compagnie de Jésus et Descartes, élève des Jésuites – s’étaient croisé..

Bachelard, au demeurant, en profite pour s’étonner du caractère non cartésien des Vrayes Connoissances chez l’auteur – ce Decartes qui n’est pas Descartes selon lui.. « Aucun des enseignements cartésiens n’est invoqué. Decartes ignore Descartes ». En fait, Bachelard considère que les arguments développés par le Père François manquent de pertinence du moins, trente ans après la parution du Discours de la Méthode.

Après avoir constaté une certaine incurie de la part de Bachelard en ce qui concerne les sources les plus immédiates de l’oeuvre, en l’occurrence la précédente « édition » de 1660, on observera comment il aborde la question du « nommé R. Decartes »

Selon le philosophe bourguignon, il n’y a aucune raison pour rapprocher Decartes de Descartes, il s’agit là d’une fausse alerte. Mais là encore, Bachelard se demande-t-il quelles relations Descartes entretint, favorables ou non, avec l’astrologie, ou plus généralement si le nom de Descartes fut à l’époque en quoi que ce soit mêlé au débat relatif à l’astrologie? Nenni, point! On a bien affaire à un « vrai faux »!

Certes, Bachelard note l’invraisemblance d’une attribution à Descartes en relevant, dans les Véritables Connnoissances des dates postérieures à la mort du philosophe en 1650. Personne, en effet, ne saurait raisonnablement attribuer l’ouvrage à Descartes mais est-ce à dire que l’intention de faire passer le texte pour celui de Descartes n’existait pas? Faut-il épiloguer sur le fait que c’est Decartes et non Descartes qui figure sur la page de couverture?

Il conviendrait notamment de signaler une autre faute d’orthographe dans le titre complet des V. C. « Avec la deciscion (sic) de quantité de belles Questions tant astrologique que astronomique, ensuite la demonstration (sic) de la vertu des Astres, & des planettes, du signe (sic) des douze maisons. Etc ». En effet, la forme « deciscion » est impropre, « demonstration » est écrit sans accent et l’expression « du signe des douze maisons » est pour le moins incongru. En fait, il semblerait qu’elle soit empruntée au titre de l’ouvrage de Rantzau et plus précisément à son appendice, lesAnnotation Universelles de Baulgite: « sur les douze signes par les douze maisons », (« signification des signes en la Ière maison » et ainsi de suite, par exemple le taureau tombant dans la maison VI dans le thème natal), le terme « maison » n’étant pas ici synonyme de signe comme c’est le cas dans le TIC. C’est dire que le nouveau titre du TIC n’est pas l’oeuvre d’une personne qui connaît le sujet, ce qu’aurait dû relever Bachelard.
La coexistence de deux repérages zodiacaux

Dans tous le Traité de Rantzau, y compris dans ses additions, du fait de Baulgite, il n’est jamais question du signe solaire et l’on y trouve au contraire l’étude de l’horoscope dans les douze signes, sur la base de l’ascendant. Ce qui permet à certains (on pense à Yves Lenoble et à Denis Labouré au séminaire de l’AGAPE de décembre 2000 sur les Maîtrises ) d’affirmer qu’il aura fallu attendre le XIXe siècle pour que l’on accorde de l’importance au signe traversé par le soleil. Or, la réalité est plus complexe: c’est ainsi que dans le Kalendrier des Bergers, on pratiquait bel et bien, depuis la fin du Xve siècle, les signes solaires (cf notre étude sur ce texte à paraître sur le site du CURA). Par la suite, il faudra parler d’un syncrétisme interne qui combinera les deux repérages et qui fait que de nos jours on désigne volontiers une personne par la combinaison de son signe solaire et de son signe ascendant. (cf sur les signes zodiacaux en relation avec le calendrier révolutionnaire, nos études consacrées aux signes du lion, du capricorne et des poissons, in Collection Solar sur le Zodiaque, Paris 1981)

Les témoignages abondent – comme l’a montré une exposition qui s’est tenu en 2001 au Musée d’Israël, à Jérusalem – concernant les correspondances entre mois de l’année et signes zodiacaux notamment dans la tradition juive. (Written in the Stars. Art and Symbolism of the Zodiac, Dir. I. Fishof with contributions by Ariel Cohen and Moshé Idel, Jérusalem, 2001). Il est à noter que ces correspondances signe/mois n’ont plus rien à voir avec l’entrée du soleil dans un nouveau signe zodiacal.

A vrai dire, le retour vers le signe solaire qui allait marquer l’astrologie moderne n’était qu’un juste retour des choses puisque, au départ, le découpage zodiacal serait d’origine hémérologique, lié à un calendrier soli-lunaire – montage, bricolage, assez bâtard – solaire de par l’importance accordé aux équinoxes et aux solstices et lunaire du fait du nombre 12, lié aux rencontres de la lune avec le soleil, voué à surcharger par un symbolisme hétéroclite et aux origines préastrologiques, une astrologie à vocation d’abord planétaire. Faut-il, cependant, rappeler que c’est également un des traits de l’astrologie moderne, portant les stigmates d’une traversée du désert aux XVIIIe et XIXe siècles, qui la mit dans les mains d’un public qui n’en faisait qu’à sa guise, que d’accorder quelque importance au nom des signes qui n’étaient au départ que des repérages sans vocation divinatoire?
L’engouement des Cartésistes

Revenons à Bachelard – auteur de la formule discutable « Le Zodiaque, test de Rohrschach de l’humanité-enfant  » – qui, en la circonstance, ne juge pas nécessaire de se faire l’écho de la mode cartésienne qui prend un nouvel essor précisément au cours des années 1660! S’il avait effectué le rapprochement entre les deux éditions, celle de 1660 et celle de 1667, il aurait pu noter que le remplacement du nom de Jean François par celui de R. Decartes coïncide assez bien avec la vogue autour de Descartes, tant pour ce qui est de sa correspondance que pour ses inédits. Justement à propos d’inédits, la tentation n’était-elle pas grande de faire passer les V. C. pour un inédit de plus? D’autant plus que les sujets se recoupent. On savait que Descartes, en 1633, à la suite de la condamnation de Galilée, avait renoncé à publier certains textes – dont quelques essais figureront avec le Discours de la Méthode de 1637 . On savait aussi que les dits textes ainsi gardés par devers soi touchaient en grande partie au cosmos. Quant aux Météores, qui relèvent peu ou prou du monde céleste, ils constituaient un des essais accompagnant et illustrant la Méthode.Qu’y avait-il, dans ces conditions, à ce que parût un ouvrage sur les « véritables connoissances des influences célestes » et qui au demeurant, à la différence de la première édition, ne se présente pas d’office comme une remise en cause de l’astrologie. Il y a là une nouvelle escroquerie en ce que l’on ne prévient pas le lecteur du véritable projet du livre qui est une critique virulente de l’astrologie judiciaire.

Entre 1660 et 1667, en effet, c’est à dire durant le laps de temps qui s’étend entre la première et la seconde édition du traité du Jésuite breton, le nom de Descartes est omniprésent et dès lors il ne semble pas qu’il s’agisse d’une coïncidence s’il figure sur un ouvrage relatif à un sujet qui, reconnaissons-le, ne lui est pas a priori, étranger. Tout se passe comme si, voulant profiter de la sortie de textes inédits de Descartes, on ait voulu en profiter pour faire croire qu’il ait pu écrire sur le sujet des Influences Célestes, à la façon du Père Jean François. Rappelons qu’en 1633, Descartes avait renoncé à publier son traité Du Monde, à la suite du procès de Galilée. Mais en 1637 dans le Discours de la Méthode il en avait intégré des parties, appelés « essais » dont un sur les Météores. En 1642, il avait envisagé, dans une lettre, mais cela était resté à l’état de projet; de traduire son manuscrit en latin sous le titre de Summa Philosophiae. En tout état de cause, il semble bien que le livre du Monde connaissait une certaine circulation manuscrite, puisque l’on s’y réfère dès 1657. ( Lettres de Mr Descartes, Paris, Ch. Angot): évoquant dans l’introduction » la constitution générale de son Monde ».

En 1662 paraît la première édition latine, par Schuyl, le De Homine.. En 1664 parait la première édition en français du Monde de Mr Descartes ou le Traité de la lumière etc, Paris, Theodore Girard (BNF R 33524 Resaq) par Le Roy. Une édition des Lettres de Mr Descartes est de 1663., la première datant de 1657.(Paris, Angot, BNF Res pZ 680) Toujours en 1664 parait l’Homme. D’ailleurs, en 1657, le préfacier de la correspondance mentionne le Monde qui ne paraîtra qu’en 1660. (cf Ch. Adam et P. Tannery, Oeuvres de Descartes, Paris, Vrin, 1974.)

A l’ère de l’informatisation des collections, Bachelard eut probablement découvert qui pouvait avoir écrit ce Traité de la Quantité revendiqué par l’auteur des Véritables Connoissances et qui n’est précisément autre que le Père Jean François et dont Bachelard se contente de dire qu’il n’est pas l’oeuvre de René Descartes! Il écrit « Je sais seulement qu’il est l’auteur d’un Traité de la quantité. Je n’ai pas retrouvé ce traité ». Dès lors, Bachelard ne pouvait-il envisager que le véritable auteur des Vrayes Connoissances ait été connu sous un autre nom que celui de R. Decartes?

Profitons-en pour signaler les ouvrages de notre Jésuite breton, sans que cette liste se veuille exhaustive:

1652 La science de Géographie, Rennes, J. Hardy
1653 La science des eaux, Rennes, P. Hallaudays
1653 L’arithmétique ou l’art de compter toute sorte de nombres
1655 Traité de la Quantité considérée absolument et en elle mesme, Rennes, P. Hallaudays
1655 La Chronologie, Rennes, P. Hallaudays
1665 L’art des fontaines. Edition seconde, Rennes, P. Hallaudays (Cet ouvrage est le seul du Père Jean François à avoir été mentionné par L. Thorndike dans son History of magic and experimental science)
1681 L’Arithmétique et la Géométrie pratique, Paris, Nicolas Langlois
1681 L’arithmétique ou l’art de compter toute sorte de nombres avec la plume et les jettons. Quatriéme Edition

Ce Jésuite Breton, précisons-le, n’est pas sans quelque lien avec Descartes. Celui-ci avait tenu, dans son Discours de la Méthode des propos acerbes concernant l’astrologie et en note, l’auteur de l’édition de la Pléiade, renvoie à nul autre qu’au Père François qui aurait exercé une certaine influence sur le jeune Descartes, quand celui-ci était l’élève des Jésuites .  » Et enfin pour les mauvaises doctrines, soutient René Descartes, je pensais déjà connaître ainsi ce qu’elles valent pour n’estre plus sujet à estre trompé ny par les promesses d’un alchimiste, ni par les prédictions d’un astrologue, ni par les impostures d’un magicien ni par les artifices ou la vanterie d’aucuns de ceux qui font profession de savoir plus qu’ils ne savent » (p. 11). On ne saurait apparemment classer l’auteur de la Méthode parmi les sectateurs de l’astrologie…

Dans sa correspondance, Descartes s’adresse à un « Révérend Père Jésuite » auprès duquel il se plaint de certaines calomnies émanant de la Compagnie dont il rappelle les liens qui l’y rattachent de ses années de formation.: « L’obligation que j’ay à vos Pères de toute l’institution de ma jeunesse, l’inclination très particulière que j’ay toujours eu à les honorer ».(Lettres 113-116)

On peut donc regretter que Bachelard ait renoncé à l’hypothèse Descartes sur la seule base d’une variante orthographique. Moins un terrain est maîtrisé et plus il est à la merci de tels aléas.
L’analyse de contenu par Bachelard

Mais Bachelard n’a-t-il pas raison de s’étonner de la pauvreté de l’argumentation du TIC? Il conclut « On ne sait pas contredire au niveau des principe. On ne contredit qu’au niveau de l’application des principes » (p. 168)

Il n’est pas exclu en tout cas que Bachelard ne trouve dans ce rejet de l’astrologie un exemple frappant de « coupure épistémologique »: « Une mentalité qui est en train de rompre avec un préjugé en plaisante de manière plus pesante. Elle a besoin d’un comique plus gros » (p. 171). On notera en tout cas la signification du nouveau titre du TIC à savoir l’idée de connaissance vraie par opposition à une fausse connaissance.

Bachelard note que le point faible du contradicteur tient à ce qu’il reconnaît a priori que, cite-t-il « ni les Planètes, ni les Etoiles du firmament n’ont point été mises dans le Ciel pour être oiseuses et pour servir de seul ornement comme les pierres précieuses dans les Bagues » (p; 165). D’où la conclusion de Bachelard: « Il ne pourra pas dévaloriser entièrement l’astrologie puisqu’il a donné aux astres une dignité éminente ».

Bachelard, qui ne tente même pas d’expliciter le titre complet de l’ouvrage, maîtrise-t-il, pour autant, le langage astrologique dont il est évidemment question dans les Vrayes Connoissances (VC)? Il ne semble pas. Sait-il ce qu’est un « aspect » ou une « maison » quand il emploie, à l’occasion, ces termes? C’est ainsi que « maison », ici, n’a pas de rapport avec les « maisons astrologiques » mais concerne les signes. « Il est bon, écrit Bachelard, qu’on saisisse tout de suite la segmentation de la critique qui se fera plus vive contre les maisons du Ciel que contre les Astres qui peuplent le firmament »(p. 163).

Il rappelle que, selon ce qu’il entend de la critique, « les maisons du Ciel; comme les balcons du Ciel, sont des constructions de la rêverie. Ces lieux tout imaginaires ne peuvent spécifier une action réelle ». Puis Bachelard de traiter d’un enfant né sous le signe du Bélier….Et de poursuivre, comme si l’on passait à un autre argument  » Mais le principe le plus ruineux de l’Astromancie consiste à donner une efficacité aux régions du Ciel, aux « Maisons » où viennent demeurer les astres errants » (p. 168). Or, Bachelard ne se rend pas compte de ce que le signe du Bélier est précisément, dans le contexte, une « maison »! Les maisons sont ici ce fameux Zodiaque dont il dira qu’il est « le test de Rohrschach de l’Humanité-enfant »! C’est précisément sur cette question de l’arbitraire des signes/maisons du zodiaque que la Logique de Port Royal s’en prendra, dans son introduction, à l’astrologie; Encore conviendrait-il de comprendre en quoi on peut accepter les planètes et non leurs « maisons ». C’est que, selon le principe du Prologue du Tetrabiblos, dont la traduction était parue en 1640, l’astrologie légitime était celle qui s’appliquait à donner du sens aux aspects entre les corps célestes et non celle qui glosait sur le nom accordé par la tradition et conservé par simple commodité par les astronomes, aux constellations qui balisaient leurs marches, ces constellations qui sont aussi ces « maisons » , terme qui vient probablement du fait que les planètes s’y sont vu répartir leurs « domiciles »…

Et quand Bachelard aborde la question de la fixité relative des étoiles – par opposition aux planètes – il s’arrête sur le fait que, selon Copernic, « les étoiles sont immobiles » sans prendre en considération la possibilité d’aspects – notion clef du Tétrabiblos – entre celles-ci et les planètes (p. 163), ne distinguant pas le caractère fictif des « maisons » et la réalité des étoiles qui les constituent, dans la mesure où si les « maisons « balisent la course des planètes, elles se superposent en fait au balisage stellaire proprement dit.
Descartes et le monde astrologique au XVIIe siècle

En dépit de ces mises en garde contre l’astrologie judiciaire, Descartes n’en était pas moins en relation avec Jean-Baptiste Morin, certes Professeur au Collège Royal (l’ancêtre de notre Collège de France) mais surtout auteur, dès les années 1620, de textes astrologiques en latin et qui fait allusion, dans sa correspondance avec Descartes, en 1638, à son Astrologia Gallica qui ne paraîtra qu’après la mort de l’auteur en 1661, à La Haye.(cf notre édition des Remarques Astrologiques, Paris, Retz, 1976). Mais Morin en s’en prenant à Gassendi, qui sera par la suite considéré – à la fin du XVIIIe siècle – comme le grand fossoyeur de l’astrologie, eut le malheur d’annoncer sa mort prématurément et d’être ainsi tourné en ridicule.

L’idée que Descartes ait pu écrire sur les Influences Célestes n’était, en tout état de cause, nullement ahurissante et en 1671, quatre ans donc après la sortie des Vraies Connoissances, Claude Gadroys – étudié assez sérieusement par Thorndike, publiera la première édition, d’abord anonymement; d’ un Discours sur les influences des astres selon les principes de M. Descartes, Paris, J. B. Coignard. Une nouvelle édition sortira en 1674, chez le même libraire, sous un titre légèrement différent mais tout en maintenant le nom de Descarte : le Discours Physique sur les influences des astres selon les principes de Monsieur Descartes où l’on fait voir qu’il sort continuellement une manière par le moien de laquelle on explique les choses que les anciens ont attribué aux influences occultes »

En 1677, paraît toujours du même auteur une  »Lettre de M. Gadroys à M. De la Grange Trianon pour servir de réponse à celle que M. De Castelet a écrit contre les raisons de Monsieur Descartes touchant le flux et reflux de la mer. Avec une lettre de M. De Cassigny« , Paris, Laurent Rouillart. C’est une réplique à La Lettre de Castelet à Monsieur l’Abbé Bourdelot dans laquelle il démontre que les raisons que M. Descartes a données du flux et reflux de la Mer sont fausses

En 1672, Jean-Baptiste Fayol s’en était pris à Descartes et aux Cartésiens, ce qui montre bien qu’à cette époque il en est beaucoup question des thèses « cartésistes ». Il s’agit de son Harmonie Celeste découvrant les diverses dispositions de la nature, ouvrage physique et mathématique, nécessaire à toutes sortes de gens pour discerner les erreurs de Mr Descartes etc », Paris, chez Jean d’Houry, Laurent Rondet, Thomas Moette. Fayol a les Cartésistes dans son collimateur comme en témoigne le Premier Livre, Des influences des astres. « Que le mouvement de la Terre et la matière première des Cartésistes sont des illusions ».). Une autre édition suivra en 1674, chez Louis Vendosme. Nous avons reproduit la page de titre de cet ouvrage dans l’article « Astrologie » de l’Encyclopaedia Universalis. Thorndike n’a pas identifié ce protagoniste du débat autour de Descartes et des Influences Célestes.

Son premier livre, déclare Fayol, « détruit les fondemens des cartésistes & enseigne à connaître les diverses qualités des airs en tous les endroits du monde & leurs divers objets en toute sorte de temps pour faire choix d’un lien propre à conserver ou rétablir la santé par le seul usage de l’air » . Fayol dénonce « la matière première cartésienne si contraire à la religion catholique et aux sciences naturelles ».

Il convient de réfléchir sur l’emploi de l’expression « influences célestes » en ce début de second XVIIe siècle. Visiblement, on veut ainsi y englober astronomie et astrologie et d’ailleurs, dans les deux titres, les deux termes figurent:

TIC: « Les inventions des astronomes (…) Les propositions des astrologues judiciaires »

VC: « la déciscion (sic) de quantité de belles questions tant astrologique que astronomique »

Curieusement, alors que l’on pouvait croire qu’astronomie et astrologie s’éloignaient l’une de l’autre, ne voilà-t-il pas qu’on les regroupe, quitte à mieux les distinguer! Au milieu du XVIIIe siècle, l’article de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert qui abordera le plus substantiellement le problème de l’astrologie aura pour titre « Influences ».
Le Traité des Influences Célestes et le procés de Rennes

Il eut aussi convenu que Bachelard s’interrogeât sur les circonstances qui avaient conduit à la sortie d’un tel ouvrage. On notera, à titre anecdotique, qu’en 1666 Colbert avait fondé l’Académie Royale des Sciences et que nous sommes donc, en 1667, au lendemain d’un tel événement dont on sait qu’il a marqué profondément le discours des historiens de l’astrologie.

On ne reviendra pas sur cet indécrottable pont aux ânes (cf notre étude sur Bourdin) qui conduit encore de nos jours tant d’auteurs à affirmer qu’en cette même année 1666 Jean Baptiste Colbert avait passé un « Edit » contre l’astrologie. On peut regretter que, pour la circonstance, l’épistémologue dijonnais n’ait point consacré quelque attention à cette affaire.

Il reste qu’après 1666, l’anti-astrologie ne jugera plus nécessaire une attaque frontale de l’astrologie. C’est en tout cas ce qu’observe un Jacques Rohault, dans la deuxième partie, au chapitre XXVII, de son Traité de Physique paru en 1671 est voué à de nombreuses rééditions jusque dans les années 1720: « Cette matière qui ne mérite pas une plus longue discussion et qu’il serait indigne à un Philosophe de traiter plus sérieusement » (Iie Partie,Ch XXVII « Des influences des astres et de l’Astrologie Judiciaire », pp. 120-128). Quel décalage entre cette dizaine de pages de Rohault en 1671 et les 250 pages de Jean François en 1660! En ce sens, les Vrayes Connoissances, par leur masse, seraient déjà anachroniques. Ainsi, 1666 ne marquerait pas tant le déclin de la production astrologique que celui de la littérature anti-astrologique. En ce sens, l’astrologie n’aurait pas eu tant à souffrir des attaques qui lui étaient destinées que d’une marginalisation et d’une certaine mise en quarantaine. Un Gassendi, après 1666, n’accepterait plus des joutes avec des astrologues! Si en 1675, Bernier s’en prend encore aux astrologues, dans son Abrégé, ce n’est qu’une resucée de ce que Gassendi a développé dans les années 1630-1650.

L’affaire de Rennes des années 1650 correspond à une toute autre époque que celle des années 1660-1680. L’astrologie, comme dirait Rohault, y fut prise trop au sérieux. Il s’était passé à Rennes, à la fin des années 1650, en fait dans les années qui précédèrent immédiatement la parution duTraité des Influences Célestes, des choses assez remarquables avec l’affaire du Fatum Universi, événement auquel avait été mêlé un Père Capucin, du nom d’Yves de Paris (né Charles La Rueet on peut se demander s’il n’y eut pas là l’expression de quelque règlement de compte au sein du clergé.

Eymard d’Angers a consacré de l’attention à l’activité d’Yves de Paris mais sans signaler le Traité des Influences Célestes de 1660, pourtant paru à Rennes, dans la ville même où était paru, peu auparavant, le Fatum Universi, avec pour nom d’auteur Petrus Allaeus, arabe chrétien.

Yves de Paris fut désigné pour défendre le Fatum Universi devant le Parlement de Bretagne qui allait décider de la brûler sur la place de Nantes. Sa plaidoirie parut sous le nom de Ad Illustrissimos viros amplissimi Senatus Armorici in librum de Fato universi nuper editum. Mais note Eymard d’Angers, l’avocat ainsi désigné serait en fait le coauteur, avec le Marquis d’Asseyrac, du Fatum Universi! Que reprochait-on à cet ouvrage rédigé en latin? Ses pronostics visant des puissances étrangères. C’est dire que ce n’était pas encore le temps de l’indifférence à l’égard des spéculations astrologiques!

Dans son article sur Yves de Paris, Julien Eymard, (« Un livre curieux de la bibliothèque Municipale de Rennes », In Revue de Bretagne, tome XLIV, 1938, pp. 46-57, voir aussi Ch. Eymard d’Angers, Yves de Paris. Ed Bloud & Gay, 1964, pp. 54-56 ) nous fournit les éléments suivants: « les ambassadeurs d’Angleterre et d’Espagne s’alarmèrent de prophéties faites contre leurs patries respectives et portèrent plainte contre l’auteur (…) Deux autres éditions parurent, revues et corrigées et par le fait même, hélas, sans grande valeur » (p. 47) On notera le parallèle entre cette étude consacrée à un ouvrage astrologique conservé à Rennes (« Un livre curieux de la BM de Rennes ») et cette autre vouée à un ouvrage conservé à Dijon (« Un livre d’un nommé R. Decartes ») et ce à un an d’intervalle! Dans les deux cas, le mot astrologie ne figure pas dans le titre de l’article. On peut se demander d’ailleurs si Eymard d’Angers n’a pas pris modèle sur Bachelard, voulant ainsi tirer parti, lui aussi, des « curiosités » du fonds de la bibliothèque locale..

Yves de Paris croyait-il en l’astrologie? Eymard affirme: « Il est hors de doute , pour qui connaît les livres du P. Yves, que le bon capucin n’a voulu que s’amuser » (p. 52). On lui laisse la responsabilité d’un tel jugement! De fait, Yves de Paris était par ailleurs un auteur important et l’astrologie faisait partie de ses centres d’intérêt sans qu’il s’y soit exclusivement consacré.

Il est vrai que 1654 est aussi l’année de l’Eclipse, à laquelle Elisabeth Labrousse consacra un livre; l’Entrée de Saturne au Lion. Ce qui se passa alors ne fut pas mis au crédit de l’astrologie et contribua à la discréditer alors que sa cote était peut être un peu remontée et d’ailleurs le Père Jean François reviendra en 1660 sur cette déconfiture. On peut dire qu’à partir de 1654, on ne prendra plus guère au sérieux les annonces de l’astrologie, matinées d’ailleurs de prophétisme. Blaise Pascal, dans ses Pensées, évoquera brièvement l’attente de cette Eclipse.

Faudrait-il donc voir avec la publication de ce Traité des Influences Célestes un enjeu purement local? Il est en tout cas on ne peut plus improbable que le Père François ait pu ignorer l’affaire du Fatum Universi et disons même que son travail pourrait s’inscrire au niveau des séquelles de l’affaire.

Certes, Jean François ne s’est-il pas mis à écrire pour la circonstance. En 1660, il est déjà engagé depuis quelques années dans un projet assez ample de publication mais on ne peut prouver que l’idée de s’attaquer à l’astrologie ne lui ait pas été dictée en cours de route quand bien même le Jésuite Breton se réfère-t-il plutôt à la production parisienne qui met sur le marché le Traité de Rantzau..

Dans un Advis au Lecteur, en tête d’une Science de la Géographie, parue à Rennes, chez Jean Hardy, en 1652, le Jésuite breton s’explique sur son projet:

« Mon cher lecteur, je commence à imprimer à l’âge de 65 ans, lors que les autres ont déjà fini etc » D’ailleurs, dans le TIC, le Jésuite ne cesse de se référer à ses autres écrits.

Il reste que la présence d’un traité consacré à l’astrologie judiciaire au sein d’une production à caractère scientifique n’en montre pas moins quel est encore le statut de l’astrologie au début du règne personnel de Louis XIV.
Les Jésuites et l’astrologie

Bachelard aurait, tout de même, pu être intrigué, tout de même, par la référence au Père de Billy – ce qui pouvait le mettre sur la voie et en tout cas consacrer au Tombeau quelques lignes, à titre comparatif, pour un ouvrage paru 13 ans plus tôt -compte tenu que Bachelard ignorait l’édition de 1660 du Traité du Père François.

Si Bachelard avait fait la relation avec la première édition rennaise de 1660, il aurait eu à s’interroger sur le contexte d’une telle parution, trois ans seulement après celle, apparemment comparable dans son esprit, de cet autre Jésuite français, Jacques de Billy.

On s’arrêtera pour commencer à un propos du Père de Billy dont . Thorndike signale le Tombeau de l’Astrologie Judiciaire mais sans préciser qu’il s’agit d’un Jésuite. Comme il ignore le TIC de Jean François – et sa réédition sous le nom de Decartes – il n’était pas en mesure d’apprécier la contribution des Jésuites français à l’antiastrologie du second XVIIe siècle. Il semblerait, à en croire le Père de Billy qu’en s’en prenant à l’astrologie, on atteindrait les fondements des positions jansénistes. Dans son Epitre à Charles de Bourlon, évêque de Soissons, en date du 2 janvier 1657, placée en tête du Tombeau de l’Astrologie Judiciaire, Jacques de Billy campe un parallèle: « Il est aisé de voir: la liaison qu’il y a entre les astrologues et les jansénistes car si la doctrine des uns renverse la liberté, celle des autres fait le (sic) mesme; il est vray qu’ils s’appuyent sur divers principes: les premiers s’affermissent sur les constellations du ciel et les secondes sur l’efficacité de la grâce. Mais il importe fort peu de la diversité des moyens, quand on parvient à la mesme fin. (…)D’où il se peut conclure que les Généthliaques & les sectateurs de Jansenius sont également dangereux puisqu’ils prédisent le mesme effet qui est de ruiner le franc-arbitre & d’introduire la nécessité des actions. Et partant, puisque vostre Grandeur a fait paraistre tant de zèle contre les nouvelles doctrines, il est à croire que l’astrologie ne trouvera point de faveur en son jugement & que personne ne me blâmera dans mon choix ».

Nous verrons que le Père François, pour sa part, pourrait avoir voulu viser un Capucin, le Père Yves de Paris. Les Jésuites, en s’en prenant à l’astrologie, semblent avoir ainsi voulu faire la preuve de leur modernité, ce qui les conduira au XVIIIe siècle à de graves déboires s’achevant sur leur interdiction. Eux qui voulaient exclure vont se retrouver bannis!.

Précédemment, en 1649, à l’époque de la Fronde, déjà un Jésuite français, le Père Nicolas Caussin s’était adressé à une Altesse non identifiée dans une brève attaque de l’astrologie à laquelle le marquis de Vilennes, alias Nicolas Bourdin, avait répliqué. Il s’agit de la Lettre à une personne illustre sur la curiosité des horoscopes, Paris, Denys Bechet et Jean du Bray qui provoquera une Responce en faveur de l’Astrologie à la lettre du R. P. Nicolas Caussin (22. 12 1649)./ Paris, chez l’auteur.

Ce n’est pas le lieu ici de s’interroger sur la part des Jésuites dans la croisade contre l’Astrologie judiciaire sinon en observant que ceux-ci, selon leur vocation pédagogique à la formation des esprits, se servirent d’elle comme un repoussoir leur permettant de préciser, a contrario, leur idée de la science. Il convient de préciser, toutefois, que la production d’un tel arsenal anti-astrologique ne ferait pas sens s’il n’y avait le sentiment que l’astrologie continuait à influer fortement, sinon plus que jamais, sur les esprits à moins que l’on n’ait avant tout visé une certaine vogue de l’astrologie au sein du clergé.. Un clergé qui, notamment, dans la seconde partie du XIXe siècle, montrera à quel point il est sensible aux spéculations prophético-politiques (voir notre thèse d’Etat, Le texte prophétique en France, op cit).. On signalera aussi le cas d’un Dominicain, le Père Jean de Réchac, auteur de l’Eclaircissement des véritables quatrains de Maistre Michel Nostradamus (..) grand astrologue de son temps & spécialement pour la connaissance des choses futures » dont seul un premier volet exégétique consacré à Henri II, parut en 1656 – ouvrage bizarrement attribué par les bibliographes à un certain Etienne Jaubert (cf R. Benazra, Répertoire chronologique nostradamique, Paris, 1990, pp. 231-232) et dont nous avons retrouvé le manuscrit dans les papiers du Père dominicain, conservés aux Archives Nationales.
Le Traité des Influences Célestes et Rantzau

Dans un Avertissement, Jean François s’explique sur son projet, précisant qu’il prendra pour cible privilégiée, la traduction française parue en 1657 du Tractatus du Danois, Henrik Rantzau. Dans l’Avis au lecteur placé en tête du TIC, le P. J. François s’explique sur les motifs qu’il a d’entreprendre une telle oeuvre : »Je me suis servi particulièrement du livre de Henry de Rantzau sizième duc Cimbrique, soit parce qu’il est le plus récent de tous, imprimé à Paris l’an 1657, soit parce qu’il rapporte les sentimens des Anciens & des Modernes. Soit parce que j’apprends que ce Livre est en grande autorité & estime parmy eux »; le traité paraît chez le libraire Pierre Ménard, qui publie la même année la seconde édition desRemarques Astrologiques de Morin de Villefranche. Rappelons que Thorndike a consacré tout un chapitre (Livre VII, Ch. XVI) à Jean-Baptiste Morin

Le Traité est dithyrambique à l’ égard de cet homme qui n’était pas seulement astrologue, comme si on cherchait à fonder un véritable culte autour de ce noble danois, né en 1526 et dont le thème natal est étudié.. Le Tractatus était donc paru dès 1602, à Francfort et réédité en 1615 et 1633 dans cette même ville, Le latin de Rantzau est « fait français » par un certain Jacques Alleaume mais il est complété par des Annotations Universelles d’Alexandre Baulgite, qui sont encore une compilation de textes plus ou moins anciens..

En fait, Rantzau déclare articuler son ouvrage autour d’un  » ancien traité astrologique », qui ne serait donc pas de lui et constituant une troisième partie.

L’éditeur justifie son choix de Rantzau: « Personne que je sache ne l’a pas encore (l’astrologie) entièrement descrite »

Cet ouvrage intéressera les astrologues du Xxe siècle puisqu’en 1947, le Traité des jugements des thèmes généthliaques sera réédité, dans la Collection des Maîtres de l’Occultisme ( volume IX de la collection) par Alexandre Volguine, aux Editions des Cahiers Astrologiques, à Nice, avec une introduction de Jean Hiéroz, spécialiste de Jean Baptiste Morin de Villefranche, auteur placé ainsi en vis à vis de Rantzau, bien que Morin ait commencé à publier alors que Rantzau était déjà mort. (sur Rantzau, voir J. P. Boudet, Le recueil ds plus célébres astrologues de Simon de Pharés, tome II, Paris, H. Champion, 1999, p.305) En 1946, Hiéroz avait notamment, publié chez Leymarie sa traduction latine d’un « livre » de l’Astrologia Gallica, le vingt-cinquième, consacré à l’Astrologie Mondiale et Météorologique. En fait, dès 1941, Hiéroz avait publié, aux éditions des Cahiers Astrologiques, un court volume comportant deux études: Manilius et la tradition astrologique et la Doctrine des élections de Morin de Villefranche.

Cette réédition est tronquée et abrégée de façon à mieux convenir aux attentes et aux besoins des astrologues du Xxe siècle; c’est ainsi que la première partie, pourtant brève, de cette « somme » est purement et simplement supprimée: « L’auteur donne ici quelques indications assez vagues sur les procédés de domification de Mont-Royal, de Ptolémée revu par Cardan, de Campanus, d’Alcabitius et enfin de Gauric: ces renseignements ont actuellemen pour nous peu d’intérêt, comblés que nous sommes à ce sujet par les beaux travaux de H. Selva sur la question. Nous passerons donc de suite à la deuxième partie ». Or, ces pages supprimées débutaient ainsi dans l’édition de 1657: « La première sorte est d’Abraham Avenesra ou de Montroyal », Montroyal étant Regiomontanus et Avenesra, Ibn Ezra. On faisait ainsi disparaître, en 1947, au lendemain de la Shoah, une importante référence au rôle d’un auteur juif médiéval dans l’histoire de la domification, qui, selon Rantzau, serait le lointain précurseur de Regiomontanus…. Citons une fois encore Hiéroz: « En présentant cet ouvrage, une des sommes traditionnelles les plus célébres des XVIe-XVIIe siècles, je prendrai tout d’abord la liberté de faire connaître le fonds de ma pensée sur cette astrologie scientifique (en laquelle, dans mes débuts, j’ai cru, comme beaucoup) et que depuis Choisnard on a tant opposé à l’Ancienne Astrologie ». Il semble en effet que nombre de présentateurs de textes du XVIIe siècle n’aient pas hésité à aborder des problèmes contemporains, sans craindre l’anachronisme.

Hiéroz ne mentionne nullement à cette occasion les Remarques Astrologiques du dit Morin, parues en 1654 et 1657 et qui constituent un « précurseur » de l’Astrologia Gallican, ouvrage que nous avons redécouvert puis publié en 1975, chez Retz, dans la Bibliotheca Hermetica dirigée par René Alleau. En fait, Hiéroz pense salutaire la « comparaison de Rantzau et de Morin », mais ici Rantzau fait fonction de repoussoir pour ce morinien convaincu qui pense que la dite comparaison  » éclairera les astrologues modernes sur l’état de la science astrologique quand les matérialistes du XVIIIe siècle, faisant suite aux rationalistes cartésiens (sic) du XVIIe ont brusquement mis arrêt pendant deux siècles à son millénaire développement ». Si Hiéroz ne s’en prend pas à Colbert, ce dont on ne peut que le louer (ce n’est pas le cas cinquante ans plus tard de B. Baudouin, Dictionnaire, op. Cit.;, p. 54 avec cette variante par rapport au fameux « édit »: « Colbert en interdisant finalement l’étude aux académiciens en 1666″, voir aussi p. 163 à la notice « Graindorge » où il est indiqué que cet auteur présenta devant l’Académie un traité d’astrologie, avec la recommandation du dit Colbert, point que nous avions signalé dans notre étude sur Bourdin (op. Cit) !), on ne peut qu’apprécier le caractère insolite de ce « brusquement » associé à « deux siècles »!

Apparemment, Hiéroz attribue, par inadvertance, la traduction française du traité latin de Rantzau à Alexandre Baulgite et non à Jacques Alleaume – dont P.E.A. Gillet a modernisé la langue – alors que Baulgite s’est contenté de traduire ce qu’il utilise pour ses Annotations. Le lecteur est induit en erreur puisqu’au début de l’édition de 1947, on nous propose ce qui semble être la page de titre d’origine mais qui a été sensiblement retouchée! Le nom d’Alleaume n’y figure plus et des développements sont sautés. Notons enfin que le titre de l’édition moderne est « Traité des Jugements des thèmes généthliaques » au lieu de « Traité Astrologique des jugements des thèmes généthliaques »..Il faudrait probablement traduire du latin « Traité Astrologique. Des jugements des thèmes généthliaques ».

Or, le Privilège daté de 1653 précise bien que Jacques Alleaume « ingénieur du Roy » en sera le traducteur sans mentionner le nom de Baulgite. Il est d’ailleurs possible que l’initiative de la publication française ait incombé au dit Alleaume. Dès lors, dans l’édition de 1947, le lecteur est enclin à croire que les Annexes sont de Rantzau, Baulgite étant réduit au statut erroné de traducteur de l’auteur danois alors qu’il n’est le traducteur que de sa propre compilation additionnelle. A ce propos, notons que Rantzau n’est lui-même l’auteur que d’annexes du Tractatus….Dans son adresse au lecteur, reproduite dans l’édition des Cahiers Astrologiques mais apparemment non prise en compte par Hiéroz qui n’est pas l’auteur de l’adaptation, il est précisé « j’ai trouvé cet ancien traité astrologique en ma bibliothèque (..) Je ne suis pas toujours d’accord en toutes choses avec l’auteur ancien de ce traité ». La troisième partie qui couvre 150 pages (pp. 243- 393) reproduit ce manuscrit. On voit quelle construction complexe se met ainsi en place, avec ses strates successives

A cette occasion, on aurait pu parler du Père Jésuite Jean François qui s’était acharné sur le dit Traité. Mais la connaissance qu’un Hiéroz (de son vrai nom Jean Rozières), astrologue-historien, avait de la production anti-astrologique française était plutôt limitée. Et nous n’avons pas droit, dans cette édition émanant cette fois du milieu astrologique et non du milieu académique, à une étude de l’astrologie dans les années 1650. Point de référence, donc, en prenant le problème par un autre bout, aux Vrayes Connoissances!

En 1998, on a réédité un ouvrage latin paru également en 1657, cette fois à Padoue, à savoir le Primum Mobile du moine Placido Titi, dit Placidus (Ed. FDAF, 1997, traduction de l’anglais de Claudine Besset Lamoine, avec des contributions de G. Bezza et R. Amadou). Ce texte est d’un genre bien différent de celui des aphorismes chers au public français de l’époque: il propose un nouveau référentiel concernant la domification – le système « Placidus » – tout en conservant littéralement la tradition textuelle – et il s’efforce au moyen d’une trentaine d’exemples (dont la capture de François Ier à Pavie en 1525 ou l’assassinat d’Henri IV, en 1610) de montrer que le décalage ainsi proposé, pour le calcul des directions primaires, directement lié à celui des maisons, est viable. Mais, ce faisant, en découplant l’interprétation des facteurs du thème de leur mode de calcul ne favorisait-on pas le recours à des procédés de tirage les plus divers, empruntant notamment aux méthodes divinatoires? En tout état de cause, il semble en effet, pour l’historien de l’astrologie, qu’il soit utile de prendre en compte les changements de modèles astronomico-cosmographiques proposés successivement alors que parallèlement se maintient, contre vents et marées, un discours astro-symbolique, véhiculé par les supports les plus variés.
L’aphorisisation de l’astrologie judiciaire

En dépit de ce qui se passa ou ne se passa pas en 1654, la production astrologique battait son plein en cette année 1657 qui vit la traduction française d’un Traité déjà bien ancien puisque datant de 1602 et en outre constituant une anthologie de textes… Ne faut-il pas d’ailleurs voir un signe de sclérose dans ce mouvement de traductions qui affecta également l’oeuvre de Ptolémée, avec en 1652 le Commentaire du Centiloque (le centiloque étant une série (centurie) de cent aphorismes) par Nicolas Bourdin? D’autant que toujours en 1657 paraissait un recueil d’ aphorismes astrologiques chez Pierre Ménard qui publiait également une nouvelle édition des Remarques Astrologiques, d’abord parues en 1654 chez l’auteur et qui, elles-mêmes, s’articulent autour du Centiloque. Or, avec les Aphorismes d’astrologie tirées de Ptolomée, Hermes, Cardan, Monfredus & plusieurs autres, traduits en français par I. N. Corve. Et augmenté d’une Préface de la vraye Astrologie par L. Meyssonnier. On en connaît deux éditions pour cette même année 1657, l’une à Paris, chez Jean Pocquet, l’autre à Lyon, chez Michel Duhan, le premier mot du titre annonce la couleur: Aphorismes! (Sur Ptolémée, J. B. Morin, H. Rantzau, L. Meyssonnier, A. Ferrier, Abraham Ibn Ezra etc, voir les notices de Bernard Baudouin, Dictionnaire de l’astrologie, op. cit.)

Comment expliquer un tel engouement pour ce genre particulier qu’est celui de l’aphorisme, dont le Centiloque est le prototype? Il y a nécessairement un public pour cela, faute de quoi les libraires ne s’y risqueraient point! Il y a bien une mode des aphorismes astrologiques tout comme il y a une mode des pamphlets anti-astrologiques et on se doute qu’il y ait là dialogue de sourds entre anathèmes et aphorismes, entre réquisitoires et recettes!

Il faut y voir, selon nous, justement un changement de public et peut être la faveur auprès des femmes qui deviendra un trait dominant de la divination aux XVIIIe et XIXe siècles. C’est ainsi que les « Aphorismes » de 1657 sont dédiés à Madame Souveraine de Dombes, duchesse de Montpensier. Qui dit aphorismes, en effet, dit peu ou prou livre de recettes. Deux cas de figures: soit on part d’une position qui fait sens au niveau de la technique astrologique, soit on part d’une situation qui fait partie du quotidien de la plupart des hommes mais dans les deux cas, des aphorismes sont fournis qui permettent un discours oraculaire à partir d’un déchiffrage du thème natal. Autrement dit, la vogue de l’aphorisme astrologique serait comparable, à trois siècles de distance, à celle de l’astrologie par ordinateur (type Astroflash) à partir de la fin des années 1960, l’interprétation se réduisant à une juxtaposition de formules qui ne permet guère de synthèse. Le livre de sentences est en fait l’inverse du manuel d’astrologie. La littérature astrologique didactique est censée enseigner comment on dresse un thème et exposer les principes généraux de l’astrologie tandis que le recueil d’aphorismes relève d’une astrologie prête à consommer, « surgelée » qui permet à un certain public d’y goûter, c’est donc une forme caractérisée de vulgarisation. Hiéroz définit fort bien dans son introduction au Traité édité- au sens anglais du terme, par Rantzau, ces « aphorismes si à la mode aujourd’hui et qui tendent à doter l’astrologie de procédés analytiques évidemment commodes mais contraires à l’esprit synthétique qui doit animer tout véritable astrologue ».

Mais il existe une autre explication qui tient à l’importance des aphorismes dans le domaine de la médecine et de l’alchimie (chymie). Le terme « aphorismes » évoque notamment Hippocrate. En 1661, reparaissent les Oeuvres du R. P. Gabriel de Castaigne tant médicinales que Chymiques (…) À quoy sont adioutez les aphorismes basiliens » (Paris, Laurent d’Hourry). Tout comme Alexandre Baulgite avait ajouté au Traité de Rantzau des Aphorismes et Annotations, de même, à la somme de l’évêque Gabriel de Castaigne, qui appartient comme le Danois au début du siècle sinon à la fin du précédent, J. B. de la Noue croit bon d’ajouter des sentences inspirées de Basile Valentin. Le champ ésotérique en ces années 1650/1660 est truffé d’ aphorismes dont on peut penser qu’ils dénotent une certaine sclérose, l’existence d’un savoir qui tend à se figer et à se répéter, faute de disposer de penseurs d’envergure capables de déstabiliser et de décrédibiliser le discours dominant. On peut même se demander si de tels recueils n’étaient pas ouverts au hasard pour produire des oracles! C’est justement pour démystifier de tels aphorismes que le Père de Billy se serait efforcé, dans son Tombeau, de révéler les principes qu’il jugeait absurdes qui les sous-tendaient, un peu comme fera, près de deux siècles et demi plus tard, en 1899 un Bouché Leclercq, dans son Astrologie Grecque.

Autrement dit, la critique pour être profitable doit venir de l’intérieur plutôt que de l’extérieur et celle que nous voyons se déployer, notamment en milieu jésuite, est bel et bien externe. Il semble bien que Kepler n’ait exercé qu’une influence marginale sur la pensée astrologique du XVIIe siècle et que l’astrologie a continué son chemin comme si de rien n’était. Voilà qui pose le problème de la dialectique entre l’avant-garde et la société dont elle a en quelque sorte la charge : face à Morin de Villefranche dont l’Astrologia Gallica paraît, à La Haye, en 1661, après sa mort, et qui, au demeurant, on l’a vu, affronte Bourdin, il y a un milieu astrologique quelque peu desséché et qui n’est pas irrigué par son élite. Or, si à un certain stade, il n’y a pas symbiose entre toutes les parties concernées, il y a péril en la demeure!
L’ersatz géomantique

Bientôt, à ce jeu là, on n’aura même plus besoin d’astrologie pour servir un tel repas: on se contentera de géomancie à la façon d’un pseudo Gérard de Crémone, alias Gérard de Sabionetta, auteur d’une Géomance Astronomique, traduite par le sieur de Salerne (1661, Paris, J. Gandouyn, Reed. Cahiers Astrologiques, 1946).

Ainsi, après la guerre, Alexandre Volguine, par ailleurs directeur des très orthodoxes Cahiers Astrologiques, ne trouve rien de mieux que de publier, à Nice, ce texte en tête de sa collection « Les maîtres de l’occultisme », lui qui, en 1941, avait rééditer les Prophéties Perpétuelles de Thomas Joseph Moult (1608), autre ouvrage dont le caractère astronomique sinon astrologique est assez spécieux, que l’éditeur rapproche de Nostradamus. Il semble que Volguine soit alors passé par une période de scepticisme par rapport à l’astrologie.

On peut, d’ailleurs, se demander si un ouvrage comme la Géomance Astronomique ne relève pas d’une forme d’anti-astrologie, dont on n’a pas assez souligné l’impact, tout comme l’est, à un tout autre niveau le réformisme astrologique d’un Kepler. Dans son introduction, l’auteur ne reconnaît-il point – on citera dans l’adaptation tronquée de Volguine – que « l’astronomie est une science trop longue et trop difficile pour pouvoir en tirer un jugement convenable. Les yeux de l’Entendement ont de la peine d’en regarder seulement une partie et peu de personnes sont aujourd’hui capables d’en faire de vraies prédictions. Nous avons composé cet ouvrage et lui avons donné le nom de Géomancie astronomique pour enseigner avec moins de travail et de peine la manière de bien juger car dans cette science, il n’est pas nécessaire d’observer l’Ascendant, ni l’heure de naissance comme il se pratique dans l’Astrologie ». A noter que l’ouvrage, dans sa traduction française à partir de l’italien, connut deux préfaces, l’une datée de 1661, dédiée à Mazarin (cote BNF V 21847) et l’autre, parue, après la fameuse année 1666, en 1669, dédiée à Gaspard Marie Crollalanza de l’ordre des Révérends Pères Théatins (cote BNF V 21850). Entre temps, la géomance astronomique est devenue, on ne sait trop pourquoi, la géomancie astronomique! Ainsi, l’astrologie aurait-elle périclité en ce qu’elle était « trop longue » pour ses utilisateurs tout autant sinon plus qu’en raison de son discrédit scientifique!
Conclusion

Il n’est pas sans intérêt de relever le fait qu’un traité hostile à l’astrologie ait pu faire une seconde carrière, sept ans plus tard, sous un autre nom, en tant, en quelque sorte, qu’exposé de la doctrine astrologique.

Entendait-on « piéger » le public en lui proposant une présentation circonstanciée de l’astrologie, avec le label Descartes, alors qu’il s’agissait d’une mise en cause de celle-ci conduite par un Père Jésuite? Il y a là pour le moins quelque duplicité et on ne peut exclure que les Jésuites eux-mêmes n’y aient prêté la main.

Le gros traité du Père Jean François, en ses deux éditions de 1660 et 1667, nous apparaît, on l’ a dit, comme l’ultime somme antiastrologique de langue française. Désormais, les attaques contre l’astrologie seront en effet réduites à quelques pages lorsqu’elles paraissent isolément et à un chapitre ou deux au sein d’un ensemble recouvrant un sujet plus vaste que la seule astrologie, comme la question des superstitions. On ne pourra plus apprendre l’astrologie en lisant un traité d’anti-astrologie!

Force est de constater que Lynn Thorndike ne lui a pas accordé, dans son History of Magic, la place qu’il méritait à divers titres. En fait, Thorndike n’a pas soupçonné que le Père Jean François avait consacré plus de 250 pages à pourfendre l’astrologie. Mais il est vrai qu’à lire Thorndike, on est conduit à tout ignorer d’un homme qui a laissé un traité d’astrologie – au sein des Tableaux des Philosophes, qui est probablement le dernier du genre à avoir été imprimé avant que l’astrologie française ne tombe dans les délices de la divination, à savoir le baron de Saint Georges, Eustache Lenoble, ce grand absent, qui eut convenu à cette « last decade » qui est l’intitulé du dernier chapitre (XI) de toute l’oeuvre de Thorndike. Entre un Père Jésuite Jean François et un Eustache Lenoble que nous avons tous deux exhumés (cf notre étude sur la réédition partielle du traité d’astrologie de Lenoble par les soins d’Etteilla, à la fin du XVIIIe siècle) se situent les limites du talent d’investigation de l’historien américain. Pourtant, Thorndike s’est intéressé à Pierre Bayle et à ses Pensées sur la Comète. Or, dans cette série de textes (Addition, Continuation) dont le prétexte était la comète de 1680, le penseur réformé évoque la réputation du baron du fait de son traité d’astrologie, ce qui lui faisait désespérer, à tort, de la voir jamais tomber en défaveur durable.

Bachelard n’en avait pas moins réfléchi par ailleurs, mais plus sur le plan anthropologique que philologique, à l’émergence de l’astrologie quand il écrivait -on l’a déjà rappelé – que le Zodiaque est le « test de Rohrschach de l’Humanité enfant ». Mais faut-il considérer cette formule comme concernant l’astrologie? Ce serait là comme un cadeau empoisonné! En effet, la question est de savoir si le symbolisme zodiacal relève ou non du champ de l’astrologie au niveau herméneutique. Il nous semble qu’il y a là une forme de décadence de l’astrologie savante du fait d’un syncrétisme avec une astrologie populaire.

Iconographie

 

1649. Lettre du R. P. N. Caussin<br /><br /><br />
sur la curiosité des Horoscopes. » src= »http://nofim.unblog.fr/wp-admin/14halbr6_files/14halbr1.jpg » width= »250″ /></td><br />
<td><img alt= du R. P. N. Caussin. » src= »http://nofim.unblog.fr/wp-admin/14halbr6_files/14halbr2.jpg » width= »250″ />
1649. Lettre du R. P. N. Caussin sur la curiosité des Horoscopes. Outre cette lettre pamphlétaire, ce Père Jésuite est l’auteur de plusieurs textes contre l’astrologie, mais qui traitent de bien d’autres questions, ils seront traduits en diverses langues (cf. le CATAF), notamment la Cour Sainte qui suivra de peu et qui est annoncée dans la Lettre. Caussin précéde, sur ce créneau, un autre Jésuite, le Père Jacques de Billy. 1649. Responce en faveur de l’astrologie à la lettre du R. P. N. Caussin. L’auteur pourrait en être Nicolas Bourdin, qui avait alors déjà publié sa traduction du Tétrabible de Ptolémée (1640) vu que la lettre est signée « De V. »; ce qui pourrait correspondre au fait qu’il était Marquis de Vilennes. Cette polémique annonce celle qui va opposer, dans les années 1650 Jean-Baptiste Morin dit de Villefranche à Pierre Gassendi.

 

1657. Traité astrologique des Jugements des<br /><br /><br />
thèmes généthliaques de Rantzau. » src= »http://nofim.unblog.fr/wp-admin/14halbr6_files/14halbr3.jpg » width= »250″ /></td><br />
<td><img alt=
1657. Traité astrologique des Jugements des thèmes généthliaques de Rantzau. Pierre Ménard publie cette traduction française d’une compilation latine déjà ancienne par Jacques Aleaume, et essentiellement constituée d’aphorismes. On notera l’intitulé « jugemens des themes généthliaques pour tous les accidens qui arrivent à l’homme après sa naissance ». Ce type de traité permettait de lire un thème mais ne fournit pas de méthode pour les calculs. Il est possible que l’on se faisait dresser le thème- chose alors assez laborieuse – par un spécialiste… 1657. Aphorismes d’astrologie. Autre ouvrage traduit par A. C(orve) paru en 1657, avec une Préface de Lazare Meyssonier. Le titre même de l’ouvrage trahit le caractère compilatoire de l’oeuvre et le fait que figurent, sur la page de titre, les noms de Ptolémée et de Cardan est probablement un argument de vente.

 

1657. Remarques Astrologiques de Morin. 1657. Le tombeau de l'astrologie judiciaire de Billy.
1657. Remarques Astrologiques de Morin. Morin avait édité à ses frais une première édition en 1654 car il était aussi éditeur. La seconde édition paraît chez Pierre Ménard, en cette année 1657. Encore une fois, le nom de Ptolémée figure sur la page de titre. Dans cet ouvrage Morin, Professeur au Collége Royal (qui deviendra notre Collège de France) y polémique avec Gassendi mais surtout avec son confrère Nicolas Bourdin qui a sorti en 1652 un commentaire du Centiloque que Morin n’apprécie guère. D’ailleurs, Ptolémée est surtout connu alors à travers les aphorismes du Centiloque bien que sa paternité en soit contestée. Ces Remarques annoncent l’Astrologia Gallica, qui paraîtra en 1661, après la mort de l’auteur. 1657. Le tombeau de l’astrologie judiciaire de Billy. Toujours en 1657, faisant contrepoids à ces recueils d’aphorismes, un « pavé » de plus de 200 pages dirigé contre l’Astrologie Judiciaire par un Jésuite connu par ailleurs pour ses travaux scientifiques. Ce qui montre que la polémique bat son plein et que le public n’y est pas indifférent. En fait, on pourrait dire, sans trop d’exagération, que la lecture du Tombeau peut constituer une forme d’initiation à l’astrologie tant son auteur en fait une exposition circonstanciée, pensant que cela suffit à la ridiculiser.

 

1660. Traité des Influences Célestes. 1667. Les véritables connoissances des influences<br /><br /><br />
célestes. » src= »http://nofim.unblog.fr/wp-admin/14halbr6_files/14halbr8.jpg » width= »250″ /></td><br />
</tr><br />
<tr><br />
<td>1660. Traité des Influences Célestes. Ce volumineux traité d’un troisiéme Jésuite, le Père Jean François paraît à Rennes, en Bretagne, dans une ville qui avait été depuis peu le lieu de publication du <i>Fatum Universi</i> d’un Capucin, le Père Yves de Paris, dont Henry de Boulainvilliers parlera, vers 1700, dans son oeuvre astrologique. Cet ouvrage avait déplu en haut lieu en raison de pronostics visant notamment l’Angleterre. On est alors sous Mazarine et Louis XIV est encore bien jeune, au sortir de la Fronde. Rappelons aussi qu’en 1654, on avait annoncé les terribles effets d’une Eclipse, ce qui avait d’ailleurs contribué au discrédit des astrologues.</td><br />
<td>1667. Les véritables connoissances des influences célestes. Le même traité va reparaître six ans plus tard, cette fois à Paris, sous un autre titre et attribué à un autre auteur, R. Decartes. Il nous semble à peu près certain que c’est bien René Descartes qui est ici visé avec ou sans la complicité des Jésuites dont il avait été l’éléve. En quelque sorte, cet ouvrage est à la fois un plagiat de la somme antiastrologique de Jean François et une contrefaçon du <i>Mond</i>e de Descartes!</td><br />
</tr><br />
</tbody><br />
</table><br />
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<table width=
1664. Le Monde de Descartes. 1672. L'Harmonie Céleste de Fayol.
1664. Le Monde de Descartes. Entre 1660 et 1667 est en effet paru, le Monde de Descartes, donc après sa mort. Cela contribue à mettre celui-ci à la mode et explique que certains aient été tenté de laisser croire que Descartes avait pu laisser un tel ouvrage dans ses papiers… Rappelons, en effet, qu’à la suite de la condamnation de Galilée, en 1633, Descartes avait reporté la publication de son oeuvre relative aux choses célestes. Un Claude Gadroys publiera en 1672 un discours sur les influences célestes qui constitue une astrologie revue selon les principes cartésistes. 1672. L’Harmonie Céleste de Fayol. En 1672, alors que l’Académie Royale des Sciences a été fondé par Colbert en 1666 – sans que cela ait immédiatement provoqué le rejet de l’astrologie! – Fayol, prieur de Nostredame de Donges (non loin de Nantes), encore un écclésiastique, s’en prend à Descartes dont il prétend  » discerner les erreurs », ce qui montre bien à quel point le philosophe se trouve, post mortem, au coeur du problème astrologique. Fayol n’emploie pas dans son titre le mot « Astrologie » et lui préfére celui d’ »influence des astres ».

 

1661. Gabriel de Castaigne. 1661. Géomance astronomique.
1661. Gabriel de Castaigne. Jean d’Houry qui publiera en 1672 l’Harmonie Céleste de Fayol, fortement marquée par le médical, avait publié dès 1661 les oeuvres médicales et alchimiques d’un écclésiastique, le Révérend Père Gabriel de Castaigne. On notera surtout que l’ouvrage comporte des « aphorismes basiliens », à une époque où les compilations de sentences astrologiques, dans le style du Centiloque, se multiplient. La production ésotérique goûte alors le genre des recettes (étymologiquement: recevoir, donc transmission) de cuisine. 1661. Géomance astronomique. Décidément, l’astrologie axée sur l’astronomie n’est-elle pas trop compliquée, se demande le sieur de Salerne, dans son introduction. D’ailleurs, le corpus astrologique, avec ses aphorismes, ne pourrait-il s’adapter à des modes de tirage plus accessibles et n’exigeant pas le recours aux éphémérides? On bascule ainsi, vers une astronomie fictive mais qui n’en permettra pas moins une « parfaite intelligence des horoscopes » et qui l’emportera définitivement au siècle suivant, s’appuyant désormais sur la curiosité féminine…

 Bibliographie

  • Bachelard, G., « Un livre d’un nommé R. Decartes », Archéion, Vol. XIX, 1937
  • Baudouin, B. Dictionnaire de l’astrologie, Paris, Ed de Vecchi, 2000
  • Drévillon H. Lire et écrire l’avenir. L’astrologie dans la France du Grand Siècle (1610-1715), Champvallon, 1996.
  • Eymard, J. « Un Livre Curieux de la Bibliothèque Municipale de Rennes. L’Astrologiae Nova Methodus » du P. Yves de Paris (1503-1678) », Annales de Bretagne, XLIV, 1937
  • Grenet, M. La passion des astres au XVIIe siècle, Paris, Hachette, 1994
  • Guinard, P. Le Manifeste, http://cura.free.fr/01qqa1.html, CURA, 1999
  • Guinard, P. « Eustache Lenoble », http://cura.free.fr/docum/10lenob.html, CURA, 2001
  • Halbronn J. Etudes autour des éditions ptolémaïques de Nicolas de Bourdin (1640-1651), avec le Commentaire du Centiloque par Bourdin Paris, Editions Trédaniel, 1993.
  • Halbronn, J. Recherches sur l’Histoire de l’astrologie et du Tarot, avec l’Astrologie du Livre de Toth d’Etteilla, Paris, Trédaniel, 1993
  • Halbronn, J. Catalogue Alphabétique des Textes Astrologiques Français (CATAF), http://cura.free.fr/docum/10catAB.html, CURA, 2001
  • Halbronn, J. « L’Empire déchu ou l’Astrologie au XVIIe siècle » Politica Hermetica, n°11, 1997.
  • Halbronn J, Ed. De J. B. Morin, Remarques astrologiques sur le Commentaire du Centiloqude Nicolas Bourdin, Paris, Retz, 1976.
  • Halbronn J. « Pierre Gassendi et l’astrologie judiciaire. Approche bibliographique » in Pierre Gassendi (1592-1655), Actes du Colloque International, Digne, Annales de Haute Provence, n°s 323-324, 1995
  • Halbronn J. « La résurgence du savoir astrologique au sein des textes alchimiques dans la France du XVIIe siècle, Colloque Aspects de l’Alchimie au XVIIe siècle, Dir. F. Greiner, Université de Reims, 1998.
  • Halbronn J. « Le Manuscrit 7321A de la Bibliothèque Nationale de France et le texte de l’édition critique des textes pseudo-hippocratiques », Louvain La Neuve Bulletin de Philosophie Médiévale, n°38.
  • Halbronn, J., « The revealing process of translation and criticism in the History of Astrology », in Astrology, Science and Society, Historical essays, Dir. P. Curry, Woodbridge, Boydell Press, 1987
  • Haran A. Y. Le Lys et le globe. Messianisme dynastiques et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, Champvallon, 2000
  • Hiéroz, J. Ed. Traité des Jugements des thèmes Généthliaques de Rantzau, Nice, Editions des Cahiers Astrologiques, Nice, 1947
  • Labrousse E. L’Entrée de Saturne au Lion. L’Eclipse de Soleil du 12 Août 1654, La Haye, Nijhoff, 1974.
  • Thorndike, L. A History of Magic and Experimental Science, Vol. VII & VIII, The seventeenth Century; New York, Columbia University Press, 1958.
  • Withmore, M. P. J. S. A Seventeenth Century Exposure od Superstition, Selected texts of Claude Pithoys (1587-1676), La Haye, Nijhoff, 1972

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jacques Halbronn Approche critique du »second » volet des Centuries Nostradamiques

Posté par nofim le 13 août 2021

 

Approche critique  du « second volet »  des Centuries nostradamiques

Par  Jacques Halbronn

 

Pour illustrer notre méthodologie du traitement des textes d’une part et des éditions de l’autre, nous prendrons le cas de ce qui est généralement désigné comme « second volet » des  éditions centuruques, ce  qui ne suppose nullement qu’au départ du projet centurique, on ait eu en vue un second volet. La question se pose d’autant plus que par second volet, l’on pourrait désigner les centuries s’ajoutant aux 4 centuries de départ pour atteindre 7 et même une telle présentation ferait probléme, la « quatrième » centurie n’ayant été à l’origine qu’un appendice à une édition à 3 centuries qui n’aura pas été conservée telle quelle mais uniquement englobée dans un ensemble plus large, à 4 à 6 (non conservée) ou à 7 centuries. Autrement dit, le « second « volet serait en fait un troisiéme volet, sans parler de la question  complexe de la VIIe centurie et notamment des  58 sixains introduits en 1605 par une épitre à Henri IV de Vincent Sève de Beaucaire. On y reviendra.

Mais concentrons- nous sur le dit « second volet » lequel comporte deux parties : les Centuries VIII, IX et X  et  une épitre à Henri II. Il faut préciser d’entrée de jeu que ces deux parties ne doivent pas être considérées comme indissociables. Quand dans le Janus François (1594), il y un commentaire de quelques quatrains issus des « dernières » centuries,  cela ne signifie pas que celle-ci soient parues, dès le départ, avec la dite Epitre à Henri II. Ce serait aller un peu  vite en besogne.

En effet, l’Epitre fait référence à une « miliade » alors qu’on la trouve uniquement à la suite d’un premier volet ne comportant pas plus d’une quarantaine de quatrains à la centurie VII, ce qui ne donne pas, au bout du compte, 1000 entités versifiées. Il y aurait donc inadéquation entre la dite Epitre de la miliade et les contenus des éditions qui nous sont connues.

Si l’on examine les éditions Benoist Rigaud, Lyon, 1568, l’on note que l’Epitre au Roi en tête du « second «  volet se termine par un

Faciebat Michaël Nostra-
damus Salonae Petreae
Provinciae.

Ce  qui  laisse à penser que cette épitre a fort bien pu circuler indépendamment des Centuries VIII-X et sans mention d’une miliade, ce qui aurait été ajouté lors de l’adjonction Epitre- quatrains.

Quant à cette miliade, elle ne saurait guère faire sens sans la prise en compte des 58 sixains venant compléter une VIIe centurie n’ayant pas dépassé 42 quatrains (Lyon Antoine du Rosne 1557, Bibl. Utrecht). Or, on ne connait pas une telle édition comportant une centurie VII à 10 quatrains, si ce n’est dans des éditions du XVIIe siècle qui contiennent et les 42 quatrains de la VII et les 58 sixains mais séparément et non au sein d’une seule et même centurie à telle enseigne que ces sixains seront présentés dans le cadre d’une centurie XI.

Tout cela semble devoir reporter l’émergence de l’Epitre à Henri II au début du XVIIe siècle (cf le dossier des sixains dans nos Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat, 2002). Quant à l’édition 1568  avec les deux volets et les deux épitres, c’est évidemment une contrefaçon antidatée, et ce en dépit des tentatives assez vaines de la part de Patrice Guinard (site du CURA) de démontrer l’authenticité de la dite édition. Pour quelque raison,  les sixains n’y figurent pas mais la référence à la miliade, elle, s’y trouve. C’est dire que l’on est loin de disposer de toutes les éditions centuriques  alors même –ironie de l’Histoire- que de fausses éditions  nous auront été conservées.

Par ailleurs,  la cohabitation des deux volets n’est pas sans faire probléme (cf notre récente étude :; « Le syncrétisme biblique et le syncrétisme centurique ») vu que le premier volet est le fait du camp  ligueur  et le second celui du camp d’Henri de Navarre. D’ailleurs, Chavigny, dans  le Janus François reprend des quatrains du second volet, notamment ceux comportant les anagrammes des maisons de Lorraine et de Vendôme : Lorvarin  et Mendosus, dans le style des sixains où Robin est l’anagramme de Biron. La ficelle est un peu grosse et il y a un seuil d’invraisemblance à ne pas franchir sans risquer de friser le ridicule, quand on veut (faire) croire que ces anagrammes figuraient déjà en 1568 de la même façon que le quatrain 46 de la Ive Centurie- soit dans le premier groupe de 4 centuries (Macé Bonhomme  Lyon 1555)  « Garde toi Tours de ta proche ruine » ne saurait être dissociée du contexte de l’affrontement entre les deux camps (fin des années 1580 début des années 1590)(cf  notre communication  Les prophéties et la Ligue, Colloque Prophétes et Prophéties, Cahiers Verdun Saulnier, 15,  1998)

 

 

 

 

 

JHB

13 08 21

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jacques Halbronn Le syncrétisme biblique et le syncrétisme centurique

Posté par nofim le 12 août 2021

Le syncrétisme biblique et le syncrétisme centurique

par  Jacques Halbronn

 

Bien des travaux de recherches buttent sur le phénoméne du syncrétisme en partant  bien à tort du principe d’une harmonie générale  propre au corpus étudié.  il y a deux solutions: soit nier qu’il y ait des éléments disparates dans le temps et dans l’espace au sein du dit corpus, soit  prendre la mesure du dit phénoméne.

L’étude comparée de deux syncrétismes, le biblique et le centurique, distants dans leur formation de  2000 ans environ  se révéle offrir une belle  valeur  heuristique, dans la mesure où le centurique est bien plus proche de notre temps et fournit  une plus grande quantité de repéres historiques et de documents; Il n’en reste pas moins que de nos jours, le déni du syncrétisme centurique reste encore – pour combien de temps?- la position consensuelle. Et c’est la problématique du déni du syncrétisme qui est susceptible de  nous interpeller.

Première partie

Aspects du syncrétisme biblique.

Le mot Bible recouvre à l’évidence une grande variété de courants, de positions  et il n’en est pas moins vrai que ses commentateurs et interprétes ont à coeur de circuler librement et sans entrave au sein de cette Bible.  L’argument de la préfiguration permet de soulager bien des scrupules et il est de bonne guerre de souligner les lignes de convergence.

On prendra ici pour exemple non pas le distinguo classique entre Ancien et Nouveau Testament mais celui bien moins exploré et balisé entre le Royaume du Nord, d’Israël et celui de Juda, au lendemain de la mort de Salomon, étant entendu que le clivage préexistait bien avant.

La critique biblique aura certes mis en évidence  des ajouts, comme dans le cas du Livre d’Isaïe – on parle alors du Deutéro-Isaïe- et à partir de ce cas, force est de constater que certains chapitres additionnels portent nettement la marque « israélite ». comme dans le cas du passage où l’on fait dire à Cyrus, le roi de Perse, qu’il s’adresse à la maison d’Israel, se calquant sur l’édit du dit Cyrus au profit des Judéens, mettant en oeuvre leur retour de Babylone.

Certains objecteront que s’il en était ainsi, on s’en serait aperçu et on n’aurait pas laissé  passer certaines incongruités comme dans le cas du livre de l’Exode, dans le Pentateuque, où il est question d’un bout à l’autre des Enfants d’Israel conduit dans le désert vers la Terre Promise par un Moïse dont on nous dit qu’il aurait composé le dit Penteateuque, ce que contesta un Spinoza dans son traité théologico-politique.

 

Deuxiéme Partie

Aspects du syncrétisme centurique

Pour répondre à la question posée plus haut,  examinons le cas  du syncrétisme centurique . On y trouve deux  volets, l’un introduit par une préface à César, l’autre par une EPitre  au roi Henri II. Contrairement à ce qui se passe pour la Bible, on n’en est même pas au stade de relever des différences majeures entre les dits volets, à savoir que le premier est à la solde de la Ligue catholique et l’autre à celle du parti du futur Henri IV, réformé.

La question que nous avons posée plus haut est la suivante: pourquoi a-t-on placé au sein d’un même ensemble des textes aussi contraires? Mais ne serait-ce point là le propre du syncrétisme que ce déni au nom d’un matériau commun? Rappelons qu’en 1598 fut déclaré l’Edit de Nantes qui envisageait une sorte de paix entre les partis en présence, état qui se prolongera jusqu’en 1685 avec la Révocation.

Eh bien, selon nous, un tel arrangement a manifestement du avoir lieu entre les descendants et ressortissants des deux « maisons » – le propos de Jésus atteste de la perpétuation de ce clivage mille ans après la destruction du Royaume du Nord. « Je suis venu pour les brebis perdues de la maison d’Israël ».

Autrement dit,  au nom d’une unité assez factice, l’on affirma une  « unité » – revendiquée dans le Ecoute Israël autour du « Ehad » au nom de la raison d’Etat.

JHB

12 08 21

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Jacques Halbronn L’invasion du protestantisme selon la première Face du Janus François de Jean Aimé de Chavigny (1594)

Posté par nofim le 11 août 2021

L’invasion du protestantisme selon  la première Face du Janus François  de Jean Aimé  de Chavigny (1594)

par  Jacques  Halbronn

A notre connaissance, les spécialistes  de Nostradamus  n’auront pas accordé assez d’importance au sous titre du Janus François (Gallicus) ce dont pourtant dans son Avis au lecteur, Chavigny s’explique, assez succinctement il est vrai.

LA PREMIERE FACE DU JANUS FRANÇOIS, CONTENANT SOMMAIREMENT LES TROUBLES, GUERRES CIVILES ET AUTRES CHOSES MEMORABLES ADVENUËS EN LA FRANCE ET AILLEURS DÉS L’AN DE SALUT MDXXXIIII JUSQUES À L’AN MDLXXXIX. EXTRAITE ET COLLIGÉE DES CENTURIES ET AUTRES COMMENTAIRES DE MICHEL DE NOSTREDAME [...]. A LA FIN EST ADJOUSTÉ UN DISCOURS DE L’ADVENEMENT À LA COURONNE DE FRANCE, DU ROY TRES CHRESTIEN À PRESENT REGNANT

Edité par Par les Heritiers de Pierre Roussin. A Lyon - 1594

En fait,  Chavigny  recconnait l’avénement d’Henri  de Navarre, de confession réformée, ce qui fait écho à 1534 dont il note que cela correspond à l’instauration  de Luther.

Les Pléiades du S. de Chavigny,… où en l’explication des antiques prophéties conservées avec les oracles du célèbre Nostradamus, est traicté du renouvellement des siècles, changement des empires et avancement du nom chrestien, avec les prouesses… et couronnes promises à… Henry IIII, roy de France et de Navarre. : Lyon : P. Rigaud, 1603

Il est cependant à noter que bien des commentaires de certains versets des quatrains dans le Janus Gallicus  sont nettement hostiles au parti d’Henri de Navarre sans parler de tel quatrain de la IVe Centurie, le 46 :: Garde toi Tours de ta proche ruine (cf notre communication  1997  Les prophéties et la ligue in colloqie Prophétes et prophéties)

 

Empruntons une notice de présentation de la Bible de Martin Luther:

« Publiée pour la première fois en 1534, la Bible de Martin Luther ne fut pas seulement un tournant dans l’histoire de l’imprimerie en Allemagne, elle provoqua également un séisme dans l’histoire mondiale, en popularisant le christianisme à une tout autre échelle et en fournissant le texte fondateur d’une nouvelle branche de la foi: le protestantisme.  »

Deux dates 1534  et 1594  qui marquent une avancée majeure de la cause réformée., à soixante ans de distance. Pour valider sa thèse, Chavigny  s’oblige à voir dans les quatrains de Nostradamus le reflet  de bout en bout d’un tel processus, par delà l’enjeu prophétique comme si  Nostradamus  avait du remonter  jusqu’en 1534, donc bien avant la publications de ses productions,  pour aboutir au terminus de 1594, !

Un autre point qui semble également avoir échappé jusqu’ici  aux nostradamologues  concerne le personnage de Jean Bodin., ce juriste qui s’intéressait à toute forme de cyclologie, astrologique ou non. Bodin en 1590  publie  une Lettre de Monsieur Bodin, Troyes, Jean Moreau, 1590, 14 p. (cf  Copie d’une lettre de Monsieur Jean Bodein, contenant prognostication merveilleuse du succes des guerres du royaulme de France  : A Bruxelles : par Rutger Velpius, 1590 (38 p.)

Chavigny  fait écho à la « Lettre » de Bodin par rapport à un cycle de 7 ans.

 

 

Du syncrétisme biblique au syncrétisme centurique

Par  Jacques  Halbronn

Les deux volets

 

Les 7 ans  de Bodin

 

Pensik

Chavigny  De l’advénement à la   Cour de France de Henry etc

 

« Mr Bodin excellent personnage de ce temps qui a  fait ces beaux Livres de la République semble  avoir pesché en cette  rivière, interprétant  ainsi  le présage sus dit en une lettre  sienne imprimée  1590. J’ay aperçu, dit-il,par la connaissance des histoires  tant  sacrées  que profanes, que les  grands et notables  changemens des empires, royaumes & monarchies se font en cinq ou six ans, le septiesme estant le nombre  sacré, mystic & divin etc  (..) Il dit ainsi  & commence les dits sept ans à l’an 1588 & mois de May lors que Messieurs les Parisiens firent leurs barricades/ Donques à ce compte la sixiéme année de ces troubles  &  guerres dernières sera expirée dans le mois de May prochain dans lequel temps , selon icelle raison philosophique approuvée, est vraysemblable que Paris tombera & prestera joug à son Seigneur &Roy naturel. A quoy se conforme un quat.  De nostre Autheur de la Centu ; 6 qui commence ainsi  Fluve Celtique changera de rivafe (…) où i l veut dire  que les habitants de la Seine changeront non de rivage  (..) ains de Seigneur etc »

 

Chavigny cite IX  50  MENDOSUS  tost viendra à son haut régne

Mettant arrière un peu le NORLARIS

(…)Voyez, Monseigneur, comme ce Prophéte persiste en son propos &  dit que sans doubte sa Majesté parviendra à son haut régne & exaltation   en  rejettant tous ceux qui luy voudront contrarier mesmes les Princes Lorrains qu’il entend par Norlaris (…) Que Sa majesté déchassera les Princes Lorrains, cela est clair  par ce présage Cent 10, qua. 18

Le rang Lorrain fera place à Vendosme »  pp  286-287)

 

Par ailleurs,  annonçant la Seconde Face du Janus François, il avance l’année 1607, soit au lendemain de l’année  1606, laquelle figure dans l’Epitre à Henri II,  placée en tête du second volet des éditions centuriques.

Il est clair que le second volet centurique est éminemment favorable  à Henri IV et Chavigny ne se prive pas d’en extraire ce qui viendrait annoncer la victoire sur les Guises;  Mendosus doit l’emporter sur  Norlaris., selon ces deux anagrammes.

 

 

 

JHB

11. 08 21

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