Jacques Halbronn L’attente d’un nouvel élan pour l’astrologie dans les années 40

Posté par nofim le 7 décembre 2021

Jacques   Halbronn   L’attente d’un nouvel élan pour l’astrologie dans les années 40 

 

 

La correspondance d’Herbais de Thun  avec André Boudineau, dans les années 1941-42 témoigne de certaines espérances.

 

6. 12  1941

« Le premier soin à prendre  serait de préparer le terrain pour reconstituer  « convenablement » la  Sté Astrologique en la rendant vivace et active grâce à des ressources qui lui permettent d’agir. Pendant plus de dix ans, la SAF a vécu misérablement, handicapée par une absurde phobie des opérations commerciales qui l’a condamnée à n’avoir comme recettes que de maigres cotisations, ce qui l’a rendue totalement inerte. Le Colonel Maillaud, d’ailleurs très sympathique,  mais à tendances trop dictatoriales était intransigeant sous ce rapport et de ce chef il est en grande partie responsable de l’insuccés de la Sté. Malheureusement, chacun tenait à sa tranquillité et personne ne réagissait efficacement. Plusieurs ont préféré partir, d’autres furent maladroitement expulsés »  Herbais de Thun publiera peu après son Encyclopédie du Mouvement Astrologique de langue française. En 1946, Edouard Symours créera le CIAS ou Centre International d’Astrologie Scientifique. En 1953, un projet de fédération réunira le CIA,  le Collége Astrologique de France et la SAF dont André Barbault,  dans sa trentaine, prendra la tête. Par la suite, en 1974, le CIA  envisagera d’adopter le nom de SAF mais dut se contenter de SFA. En 1976, Jacques Halbronn  récupéréra  la « Société Astrologique de France » et publiera par la suite un Bulletin de la SAF (cf notre dossier sur la SAF où l’on montre qu’une première SAF  avait vu le jour dès 1909. 

 

 

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jacques Halbronn Le Shabbat, le Shéma Israel au prisme de la Nouvelle Alliance.

Posté par nofim le 7 décembre 2021

jacques  Halbronn    Le Shabbat, le Shéma Israel  au prisme de la Nouvelle Alliance.

 

 

 

 

La thèse  que nous exposons ici vise à rechercher les traces de ce que Jérémie (XXXI, 31) appelle « Nouvelle Alliance », ce qui sera repris dans l’Epitre aux Hébreux (Nouveau Testament). Au chapitre II du Livre de la Genése, on trouve un appendice au récit de la Création du chapitre I. Il y est question d’un septiéme jour qui sera associé au Shabbat, septième jour de la semaine. Quant à l’Ecoute Israel, on  y retrouve l’idée de lois inscrites dans le coeur (Lev), comme dans le passage du livre du prophéte Jérémie.  Cela s’oppose aux tables de la Loi gravées dans la pierre, au Mont SinaÏ et délivrées par Moise (Livre de l’Exode).. 

 

Dans le  Ecoute Israel;

Que les commandements que je te prescris aujourd’hui
soient gravés dans ton cœur
Vehayou hadevarim ha’èlè
acher Anokhi metsavekha hayom al levavekha
וְהָיוּ הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה,
אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם–עַל-לְבָבֶךָ ּ

 

 

    Le texte de Jérémie  ci dessous concerne la « maison d’Israel »   

לב כִּי זֹאת הַבְּרִית אֲשֶׁר אֶכְרֹת אֶת-בֵּית יִשְׂרָאֵל אַחֲרֵי הַיָּמִים הָהֵם, נְאֻם-יְהוָה, נָתַתִּי אֶת-תּוֹרָתִי בְּקִרְבָּם, וְעַל-לִבָּם אֶכְתְּבֶנָּה; וְהָיִיתִי לָהֶם לֵאלֹהִים, וְהֵמָּה יִהְיוּ-לִי לְעָם.  32 Mais voici quelle alliance je conclurai avec la maison d’Israël, au terme de cette époque, dit l’Eternel: Je ferai pénétrer ma loi en eux, c’est dans leur coeur que je l’inscrirai; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple.

           

 

 

Or,  selon nous,  le texte figurant chez Jérémie serait probablement une  reprise d’une occurrence bien plus ancienne., ce qui est courant dans la lifférature du prophétisme (cf  notre  Texte prophétique en France, formation et fortune, 1999). Le futur y est volontiers repoussé afin de maintenir, d’entretenir une certaine tension.  Pour nous, la Maison de Judée reléve de l’Ancienne Alliance tandis que celle d’Israel est tributaire de la Nouvelle Alliance. Mais il faut comprendre que la Nouvelle Alliance est présentée dans Jérémie XXXI  comme une sanction visant à punir la désobéissance de la dite Maison d’Israel. Or, les Chrétiens ont tendance à présenter la Nouvelle Alliance comme un « progrès » comme si le fait d’être emprisonné psychiquement était une récompense, présentant l’Ancienne Alliance comme « obsoléte ». 

 

Voyons, à présent, ce texte du Livre d’Ezéchiel. Ch. XXXVI. On  note qu’Ezéchiel tout comme Jérémie s’adresse à la « maison d’Israël » si bien que tant le Pentateuque que les Prophétes se référent constamment à la dite maison! Les versets 26 et 27  retiennent toute notre attention. On y trouve la référence au « coeur » (Lev) avec  une contrainte imparable à suivre les préceptes, non plus comme dans l’Ancienne alliance, en se fiant à votre « bonne volonté » mais en vous programmant en conséquence:

 

 

 

כב לָכֵן אֱמֹר לְבֵית-יִשְׂרָאֵל, כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה, לֹא לְמַעַנְכֶם אֲנִי עֹשֶׂה, בֵּית יִשְׂרָאֵל:  כִּי אִם-לְשֵׁם-קָדְשִׁי אֲשֶׁר חִלַּלְתֶּם, בַּגּוֹיִם אֲשֶׁר-בָּאתֶם שָׁם.  22 Aussi, dis à la maison d’Israël: Ainsi parle le Seigneur Dieu: Ce n’est pas à cause de vous que j’agis, maison d’Israël, mais bien pour mon saint nom, que vous avez déconsidéré parmi les nations où vous êtes venus.
כג וְקִדַּשְׁתִּי אֶת-שְׁמִי הַגָּדוֹל, הַמְחֻלָּל בַּגּוֹיִם, אֲשֶׁר חִלַּלְתֶּם, בְּתוֹכָם; וְיָדְעוּ הַגּוֹיִם כִּי-אֲנִי יְהוָה, נְאֻם אֲדֹנָי יְהוִה, בְּהִקָּדְשִׁי בָכֶם, לְעֵינֵיהֶם.  23 Je sanctifierai mon grand nom qui a été outragé parmi les nations, que vous-mêmes avez outragé parmi elles, et les nations sauront que je suis l’Eternel, dit le Seigneur Dieu, quand je me sanctifierai par vous à leurs yeux.
כד וְלָקַחְתִּי אֶתְכֶם מִן-הַגּוֹיִם, וְקִבַּצְתִּי אֶתְכֶם מִכָּל-הָאֲרָצוֹת; וְהֵבֵאתִי אֶתְכֶם, אֶל-אַדְמַתְכֶם.  24 Et je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays et vous ramènerai sur votre sol.
כה וְזָרַקְתִּי עֲלֵיכֶם מַיִם טְהוֹרִים, וּטְהַרְתֶּם:  מִכֹּל טֻמְאוֹתֵיכֶם וּמִכָּל-גִּלּוּלֵיכֶם, אֲטַהֵר אֶתְכֶם.  25 Et j’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs; de toutes vos souillures et de toutes vos abominations, je vous purifierai.
כו וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב חָדָשׁ, וְרוּחַ חֲדָשָׁה אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וַהֲסִרֹתִי אֶת-לֵב הָאֶבֶן, מִבְּשַׂרְכֶם, וְנָתַתִּי לָכֶם, לֵב בָּשָׂר.  26 Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.
כז וְאֶת-רוּחִי, אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וְעָשִׂיתִי, אֵת אֲשֶׁר-בְּחֻקַּי תֵּלֵכוּ, וּמִשְׁפָּטַי תִּשְׁמְרוּ, וַעֲשִׂיתֶם.  27 Je mettrai en vous mon esprit et je ferai en sorte que vous suiviez mes statuts et que vous observiez et pratiquiez mes lois.

 

 

 

 

 

On nous objectera que les passages en question liés aux deux premiers livres du Pentateuque constituent le corpus par excellence de la maison de Judah! Mais comment expliquer dans ce cas que le Livre de l’Exode soit centré sur les « fils d’Israel » (Beney Israel), la formule  y étant continuellement reprise  et ce, dès le premier verset du premier chapitre?

 

א וְאֵלֶּה, שְׁמוֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, הַבָּאִים, מִצְרָיְמָה:  אֵת יַעֲקֹב, אִישׁ וּבֵיתוֹ בָּאוּ.  1 Voici les noms des fils d’Israël, venus en Égypte; ils y accompagnèrent Jacob, chacun avec sa famille:

 

Dès lors, il nous faut suspecter tout ce qui figure dans le Pentateuque comme pouvant être un « apport » israélite, y compris le commandement du Shabbat lequel pourrait bien marquer le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance. Il convient de bien traduire le texte  ci-dessous et de bien comprendre que le septiéme jour ne fait pas partie du processus de Création. Or, le régime de la Nouvelle Alliance ouvre une ère  où les hommes ne pourront plus désobéir, ce qui est reposant pour Dieu, où il y a comme une automatisation à l’oeuvre.

 

א וַיְכֻלּוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, וְכָל-צְבָאָם.  1 Ainsi furent terminés les cieux et la terre, avec tout ce qu’ils renferment.
ב וַיְכַל אֱלֹהִים בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה; וַיִּשְׁבֹּת בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה.  2 Dieu mit fin, le septième jour, à l’œuvre faite par lui; et il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.
ג וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת-יוֹם הַשְּׁבִיעִי, וַיְקַדֵּשׁ אֹתוֹ:  כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ, אֲשֶׁר-בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת.  {פ} 3 Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu’en ce jour il se reposa de l’œuvre entière qu’il avait produite et organisée.

 

 Si les Chrétiens ont pu intégrer le Pentateuque dans leur Bible, aux côté du « Nouveau Testament », c’est que le dit Pentateuque était porteur d’une idéologie  qui avait été reprise dans les Evangiles, d’où l’importance qui y est accordée à l’idée de ‘Nouvelle Alliance ». On peut meme penser que le Livre de Jérémie est marqué par les tenants du Royaume d’Israel et notamment son chapitre XXXI. Rappelons que Jésus déclara être venu pour « les brebis perdues de la Maison d’Israel ».

 

 

 Cela renvoie à des contraintes subconscientes et non plus surconscientes.   Il y a là comme un marché de dupes car la liberté accordée en principe au niveau des contraintes externes  sera mise en échec par le manque de liberté  quant aux contraintes internes.  Quand Jésus annonce une Nouvelle Alliance, il annonce une soumission encore plus contrainte aux « Mitswoth » puisqu’il ne sera même plus possible de s’y soustraire; C’est probablement le rêve des politiques actuels que d’agir sur le subconscient des populations  en ce qui concerne les mesures sanitaires à renforcer.  L’astrologie  nous semble bien correspondre à la mise en place d’un nouveau  carcan, dont elle nous livre la  connaissance de la  clef, laquelle était probablement réservée à la caste des dirigeants.

 Il faut ajouter que le texte parle, dans le passage en question, des gens de la maison d’Israel et non de ceux de la maison de Judée lesquels restent sous le régime plus libre de l’Ancienne Alliance;

Comme Jésus est venu pour les « brebis perdues d’Israel », cette Nouvelle Alliance vaut pour cette population à laquelle le texte ici s’adresse. Comme on a dit, on les l ibère de certaines régles mais  ils passent de Charybde en Scylla, sous le régime de la Nouvelle Alliance . Il est donc très important de savoir qui s’adresse à qui, ce qui n’est pas toujours analyse correctement.  Le Ecoute Israel s’adresse comme son nom l’indique aux gens de la Maison d’IsraeL et  doit être lu au prisme de Jérémie XXXI 31.

Dans le Talmud, au traité Shabbat, il y a un débat (cf notre ouvrage Le Monde juif  et l’astrologie, Milan, 1985) pour savoir si Israel a  ou n’a pas de mazal mais l’on ne sait plus à l’époque ce que le nom d’Israel recouvrait, le terme « mazal » désignant l’influx astral (nozel, ce qui coule). Quelque part, la Loi propre à la Nouvelle Alliance est gravée dans le coeur, on ne peut y échapper, ce qui n’est pas sans faire songer à quelque  dystopie,  relevant d’une biotechnologie avancée que notre XXIe siècle est en mesure d’envisager à terme/ Ceux qui s’y opposent reléveraient alors de la Première Alliance, préférant obéir à un chef  du fait de son charisme plutôt que de n’être que des marionnettes  propres à la Nouvelle Alliance.  L’enjeu de la recherche astrologique actuelle  vise à faire le constat d’une telle programmation des esprits.

 

On nous objectera, peut être, qu’il semble assez invraisemblable que les gens de la maison de Judah aient accepté une telle situation à savoir une telle polarisation sur la maison d’Israel, au point de reprendre à leur compte comme injonction sacrée le « Ecoute Israel », issue des Livres des Prophétes, repris semaine après semaine,à la synagogue, lors du Shabbat ou encore l’on s’interrogera sur le nom d’Israel conféré au nouvel Etat hébreu.  Tout se passe comme si la maison d’Israel  se retrouvait de facto dans les synagogues et en Israel  et que la maison de Judah était surtout présente dans la diaspora et parmi les « juifs » dits laïcs.

 

 

 

JHB 07 12 21

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Patrice Guinard et son fiasco de 2014 dans l’affaire Marcelin/Macelin au coeur du prophétisme de Nostradamus à la fin de sa vie.

Posté par nofim le 6 décembre 2021

 Patrice Guinard  et son fiasco  de 2014 dans  l’affaire Marcelin/Macelin au coeur du prophétisme de Nostradamus à la fin de sa vie.

 

En 2014, Guinard (1967-2020) publia  sur son site (CURA) l’étude ci-dessous sur les années 1566-1567, qui correspondent à la mort de Nostradamus. Dans son intitulé, il emploie l’expression  « faux Nostradamus », cherchant probablement à montrer qu’il n’était pas dupe quant à l’authenticité de certaines publications « nostradamiques » alors même qu’il manque totalement d’esprit critique quant à la datation des éditions centuriques antidatées.. Il s’en prend notamment à  l’Italien Barozzi. Il nous reviendra d’apprécier la valeur de son traitement. A notre connaissance, il s’agit d’une des rares fois où  Guinard passa quelque temps dans une bibliothèque étrangère, puisqu’il signe la dite étude de Mantoue.  On relévera cette formule: «  Il s’agit d’un faux, probablement concocté après la mort de Nostradamus, peut-être traduit d’une version française perdue. Le texte ne présente aucun intérêt. » Il semble bien que Guinard n’ait pas eu accés au texte français dont dérive la production italienne alors qu’il existe une édition du manuscrit français, datant du début du XXe siècle  Guinard écrit « .Le texte est prétendument dit traduit d’un original français »  Quant au peu d’intérêt des textes concernés, il nous apparait que Guinard n’en a pas su prendre toute la mesure, notamment quant à l’annonce de la naissance d’un certain « Marcelin », qu’il préfére rendre par « Macelin » pour faire un jeu de mots en italien, que l’on retrouve dans un célébre quatrain des Centuries. Il semble bien que Guinard soit passé totalement à côté de l’affaire Marcelin qui fut l’acte prophétique ultime de Michel de Nostredame.  Malheureusement pour lui, il n’aura pas eu accés au manuscrit dont dérivent les éditions italiennes et qui a été mis en ligne  récemment par la BINA (Bibliothèque Internationale Numérisation Astrologique) cf  notre étude sur le « tournant prophétique des années 1560′ (in Revue Astroprophétique,  26 02 21) dont nous extrayons le passage suivant:

 

 

  »Le quatrain 76 de la centurie VIII du second volet, ne se comprend ainsi que sur la base du manuscrit en question: « Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’avril naistra un de quelque grand Roy et monarque qui fera sa fin cruelle et sanguinolente (…)On le nommera MARCELLINUS (en majuscules ndlr)mais on ostera de son nom l »R’ » Ce qui donne ‘Plus Macelin que Roy en Angleterre (…) son temps s’approche  » Marcelin sans R donne Macelin.rapproché de l’italien pour boucher. » Nostradamus est au moment de sa mort puissamment marqué par la théorie des conjonctions (cf édition 1906 p. 10) qui impressionnera dans les années 1580 jusqu’à un Jean Bodin dans un chapitre de sa République. Ce quatrain de la huitième centurie montre que le corpus prophétique de Nostradamus avait été exploité par ceux qui se chargèrent de la confection du second volet des Centuries – le camp favorable à l’avénement d’Henri de Navarre à la Couronne de France, selon la formule du Janus Gallicus (1594) En ce sens, l’on ne saurait affirmer que les Centuries ne relévent pas formellement d’une certaine façon de l’oeuvre de Nostradamus mais certainement pas de la période des années 1550. Tout comme les quatrains des almanachs, la prose de Nostradamus aura servi à nourrir un certain nombre de quatrains des Centuries. »  Or, voyons  si l’on retrouve en italien, chez Barozzi,  une référence à ce Marcelin attestée dans le dit manuscrit inconnu de Guinard et dont on dispose d’un exemplaire que nous venons  de consulter à la BNF. Eh bien, oui, on ne sera pas déçu, ce qui est bien dommage pour Guinard: dans son chapitre IV « Delle horribili spettacoli & avennuti dell anno 1567″ on trouve  «  » Si chiamara Marcellino ma sara levato di suo nome la R ». et dans ses Annotationi, Barozzi revient  sur ce Marcellino detto  Macello »qu’il compare à Jésus, notamment au ciel de sa Passion. Ainsi, Guinard, faute de disposer de l’original français, élabore tout un roman en toute impunité, persuadé qu’il est  que l’on ne trouvera jamais la source française!  en fait, on est en présence d’une traduction littérale de ce passage  du manuscrit.  Venons en à ce texte « original » quiserait perdu: « On le nommera   Marcellinus mais on lui ostera de son nom l’R’ (p 31/ (18) in « Reproduction trèd fidéle d’un manuscrit inédit de M. de Nostredame. Dédié à  S. S. le pape Pie IV, Mariebourg.   Sub S. Michaelis Invoc. 1906

 

 CORPUS NOSTRADAMUS 179 — par Patrice Guinard

Les faux Nostradamus italiens des années 66-67 : il vero Giuditio, il vero Pronostico, li Presagi et Pronostici

Après la mort de Nostradamus en juillet 66, la belle vie commence vraiment pour les usurpateurs de tous poils, imposteurs et faussaires des oeuvres et du patronyme du prophète salonnais, dont un certain Michel Nostradamus le Jeune qui signe aussi Mi. de Nostradamus (cf. CN 180). Une floraison de pronostics divers, mis au nom de Nostradamus, commence à envahir les foires et les étals de libraires, à commencer par deux pronostications italiennes parues dans diverses éditions, Il vero et universale giudicio et Li Presagi et Pronostici.

179A Il vero et universale giudicio sopra le quattro stagioni, di M. Michele Nostradamo Astrologo Eccellentissimo, Et Medico di Salon di Craus [sic] di Provenza,
Nel qual si vede brevemente quanto mostrano le stelle, & Pianeti di mese in mese, & di quarto in quarto, dell’anno 1566
… Tradotto fidelmente di Francese iu [sic] Italiano.

Trino (Trento), [Giovanni Francesco et Giolito de Ferrari ?], « con licentia de Superiori », 1566, in-4, 4 ff. (vignette au frontispice)
° BC Trento: t-G 2-op f 60

Il vero et universale giudicio sopra le quattro stagioni Il vero, et universale Giuditio

179B Il vero, et universale Giuditio di M. Michiele Nostradamo, astrologo Eccell(entissimo) & Medico di Solon [sic] di Craus [sic] di Provenza,
nel quale si vede brevemente quanto mostrano le stelle, & Pianeti di mese in mese, & di quarto in quarto dell’anno 1566
… Deo semper laus, & gloria

Trino (Trento), [Giovanni Francesco Giolito de Ferrari], « con licentia delli Superiori » (A4v), [1566], in-4, 4 ff. (pas de vignette)
° BN Marciana Venise: MISC 1339. 017

→ Giuseppe Dondi & Marina Bersano Begey, Le cinquecentine piemontesi, vol. 3, Turin, 1966, p.241, n.1373
→ Chomarat, 1989, n.78

La première pronostication existe en deux versions : l’une avec un vignette au frontispice et dite traduite du français, l’autre sans vignette et au titre et précisions modifiés au frontispice. Elle contient les quartiers lunaires sommairement commentés pour chacun des douze mois de l’année avec un faciebat controuvé de Nostradamus, et un commentaire de l’éclipse lunaire d’octobre 1566 dans un contexte italien. Les données des quartiers ne correspondent pas à celles de l’Almanach de Nostradamus pour l’année 1566. Il s’agit d’un faux, probablement concocté après la mort de Nostradamus, peut-être traduit d’une version française perdue. Le texte ne présente aucun intérêt.

179C Il vero Pronostico calcolato dall’eccell(entissi)mo astrologo, et filosofo M. Michel Nostradamo Francese.
Il qual narra diligentemente tutte le perverse calamità, che deve incorrere l’Anno 1566 come per ragioni Astronomiche lo dimostra.

Bologna, Alessandro Benatio, « Con licentia delli Superiori », 1566, in-4, 4 ff.
° BNF Paris: Rés V 1196

→ Leoni, 1961, p.87
→ Chomarat, 1989, n.77
→ Benazra, 1990, p.77
→ Brind’Amour, 1993, p.492
→ CAT Ruzo-Swann, Avril 2007, n.9 (vendu 390 $ avec d’autres fac-similés)

Cette seconde pronostication est à rattacher à la première par les données astrométriques similaires pour l’éclipse lunaire du 28 octobre 1566 : à 23 h 50 et 15° Taureau, durée 3 h 40 (Giuditio, A4v) vs 24 h 50, durée 3 h 40 (Pronostico, A2v). L’introduction sur un feuillet (incipit « Il divino Mosè nel Sesto del Genesi » ; explicit « o gli effetti nelle cose inferiori ») cite en seconde page une série d’autorités en matière astrologique : le chapitre 4 du second livre du Tetrabiblos de Ptolémée, Hali Rodoan, Albumasar, Messahalla, Almansor, et un astrologue du nom de Pierre Maynard (Pietro Mainardo). Suivent un aperçu de l’année 1566 (avec un faciebat controuvé de M. « Nostrodamus »), un descriptif de l’éclipse lunaire du 28 octobre 1566 (A2v), et des présages attribués à Nostradamus et adressés au duc d’Orléans (le futur Henry III).

²

→ Chomarat, 1989, n.62 (sous 1564) et n.67 (sous 1565)
→ Benazra, 1990, p.67-68 (les 2 versions, sous 1564)
→ Brind’Amour, 1993, p.491
→ CAT Ruzo-Swann, Avril 2007, n.9 (vendu 390 $ avec d’autres fac-similés)

Au moins deux autres éditions antidatées du précédent texte ont été imprimées vers 1567 (ou plus tardivement) avec un titre totalement remanié. Un exemplaire de la BNF précise la nationalité de l’auteur falsifié : « Francese ». Ces éditions ne précisent pas le nom de l’imprimeur, peut-être Antonio Bellone qui exerçait à Gênes à cette date, à supposer qu’il s’agisse bien d’impressions génoises (cf. Gedeon Borsa, Clavis typographorum librariorumque Italiae, Baden-Baden, 1980). Le texte est prétendument dit traduit d’un original français.

L’introduction commençant par une référence à la Genèse est reprise de l’édition précédente, avec quelques rares modifications, par exemple l’ajout de la mention « si per certo, & non men della Noetica » (bas de A1v), l’ajout d’un numéro : « differenza 8″ pour « differenza » (A2r), etc. Au présage sommaire (« Presagio somario » pour « Presagio, et sommario »), on se contente de changer l’année 1566 en 1565 et de corriger la mention fautive « Nostrodamus ». Le reste du texte est inchangé.

Les dates et données de l’éclipse lunaire sont modifiées en conséquence : l’éclipse du 28 octobre 1566 est remplacée par celle du 17 novembre 1565 : une donnée erronée puisque l’éclipse lunaire de 1565 a eu lieu le 7 et non le 17 (cf. Cyprian Leowitz, Eclipsium omnium ab anno Domini 1554 usque in annum Domini 1606, Augsburg, Philipp Ulhard, 1556). En outre, et c’est la preuve de la supercherie, l’ensemble du commentaire sur l’éclipse de 1566 reste inchangé pour le faux daté de 1565 : par exemple la position du Soleil dans la 8e maison (« il Sole nell’ottava mansione »).

Ci-suivent le thème de l’éclipse lunaire de 1566 dans le traité de Leovitius, le même thème calculé pour la latitude d’Augsburg à environ 16 heures 16, et un autre proche des données (approximatives) du Pronostico de Benatio : recalculé à environ 13 heures 53 avec le FC à 16° en Gémeaux comme indiqué au texte (« se ne oscurera punti 16 & particelle dieci sotto il duplicato segno di Gemini ») et le Soleil et Mars au milieu de la maison VIII selon la domification de Regiomontanus.

thème de l'éclipse Leowitz thème de l'éclipse 16 h 16 thème de l'éclipse Benatio

Dans la dédicace, on remplace le duc d’Orléans par le pape Pie IV, ainsi que quelques formulations relatives au nouveau dédicataire et à l’année visée : on transforme par exemple l’expression « circa l’Anno 1566″ en « circa 1565 & 1566″, mais pas la suite du texte « che sarà l’anno il quale per la revolutione … » – ce qui contredit les propos du texte puisqu’il est toujours question de l’année 1566 alors que la pronostication concerne 1565 ! De même « 1566″ est remplacé par « 1565 tenendo per l’anno 1566″ (A3v). A la page précédente, l’expression « qualche grandissimo danno che non passeranno quelle annà [sic] de 1566 et 1567″ devient « qualche gran matrona che non passeranno quelli anni de 1566 et 1567″ (A3r). Dans l’édition non datée du même texte, la « gran matrona » est remplacée par « grande dame » (en français). La régente Catherine de Médicis semble visée, et la seconde mouture de 1565 pourrait avoir été concoctée dans les cercles de mécontents liés à François d’Anjou (cf. infra). Bien sûr c’est surtout le prestige de l’astrologue et conseiller royal qui est visé par la dédicace réorientée sur le pape Pie IV, décédé le 9 décembre 1565.

Il s’agit donc d’une version trafiquée d’un faux, destinée à discréditer Nostradamus, le protégé de Catherine de Médicis. On attribue au mathématicien et humaniste italien Francesco Barozzi alias Barocius (1537-1604) le premier commentaire d’un texte de « Nostradamus », à savoir un commentaire de cette pronostication controuvée.

Francesco Barozzi
179F Pronostico universale di tutto il Mondo
Il qual comincia dal principio dell’ anno 1565 & finisce al principio dell’ anno 1570.
Raccolto dalli Presagi del Divino Michiele Nostradamo, & dalli Pronostici di molti altri Eccellentissimi autori : & con brevi annotationi illustrato

Bologna, « Alla libraria del Mercurio » [Giovanni Rossi ?], « Con Privilegio del Rever. Mons. Bossio Vicelegato », « Con licentia de Superiori », « 1566″ [1567 ?], in-4, 12 ff.
° BNF Paris: Res V 1193 ; Mazarine 4° Res 15954-1

→ Chomarat, 1989, n.79
→ Brind’Amour, 1993, p.496

Barozzi, Pronostico universale di tutto il Mondo

Le texte tient en 7 chapitres, précédés d’une préface (en A2r) et d’annotationi après les chapitres 2 et 4. La préface, adressée aux académiciens bolognais, est datée de Bologne le 20 janvier 1566 (ancien style, i.e. 1567 ?). Le texte cité et commenté par Barozzi n’est ni celui du « Vero Pronostico » ni celui des « Presagi et Pronostici », mais un texte intermédiaire mentionnant (en C1r) l’éclipse lunaire du 28 octobre 1566 avec une lune correctement positionnée à 16° du Taureau (comme dans la version bolognaise), et l’allusion au décès d’une « gran Matrona » (comme dans la version génoise). Il est probable que le modèle utilisé soit une autre version du même texte. Il n’est fait aucune allusion à une dédicace au duc d’Orléans ou au pape Pie IV. Et les données de l’éclipse sont celles de l’Almanach authentique de Nostradamus : à 23 h 45 apres midy (horloge) ou 4 h 39 apres midy à 15° Tau, durée 3 h 45, points lunaires éclipsés 17 et 22 minu. (Nostradamus, Almanach pour 1566, A2v) versus à 23 h 45 (horloge) ou 4 h 39 à 16° Tau, durée 3 h 45, points lunaires éclipsés 17 et 22 minu. (Barozzi, C1r).

Il faut donc attribuer ce commentaire à Barozzi et le dater du début de l’année 1567 (nouveau style) en raison du sérieux des données formulées, et écarter je crois l’hypothèse d’une contrefaçon tardive (ca. 1616) qui suit et que je soumets au lecteur sans conviction : en effet Barozzi, poursuivi et condamné par l’inquisition en 1583 et 1587 pour des motifs obscurs, pourrait avoir été la victime d’une contrefaçon tardive — mais quel enjeu à cette date ? : Justifier les décisions inquisitoriales au moment où les défenseurs de Barozzi demandent des comptes dix ans après sa mort ? et/ou renforcer le dispositif des contrefaçons mis en place un demi-siècle auparavant, grâce au crédit d’un érudit prestigieux et dont on connaît les intérêts pour les matières occultes ? — par la confusion entretenue entre les Bossi ou Bossio, tous deux vice-légats bolognais à cinquante ans d’intervalle : Francesco Bossi en 1566 et Girolamo Bosio en 1616, d’autant plus qu’à Bologne les héritiers de Giovanni Rossi continuaient à imprimer à cette époque (cf. par exemple Al direttorio monastico di canto fermo, Bologna, heredi Giovanni Rossi, Con licenza de superiori, 1615).

179G Pronostico di Michele Nostradamo
tradotto dallo francese in lingua italiana nel 1565

- incipit : « La variacione de tempi, secondo Hipocrate, é causa dell’ infermita, di modo, che quanto piu questa variatione sia frequente … »

° Biblioteca Ambrosiana, Milano: N 263 sup (Vol. 23 degli inventari), ms. de 24 ff.

Batta, Pronostico tradotto nel 1565, p.1 Batta, Pronostico tradotto nel 1565, p.2 Batta, Pronostico tradotto nel 1565, p.6 Batta, Pronostico tradotto nel 1565, p.45

Traduction manuscrite d’un texte mis au nom de Nostradamus, traduite en italien en 1565, et répertoriée par Mario Gregorio en 2006 dans son Répertoire, n.1563-003 [sic] au lieu de 1565-004.
Le texte est précédé d’une dédicace du traducteur au gouverneur de Milan Gabriel de la Cueva y Girón (1515-1571) datée du 22 décembre 1564 et signée Giovanni Batta (?) Il s’agit d’une traduction italienne sur 45 pages d’un faux non identifié incluant de nombreuses mentions à des auteurs classiques, notamment Hippocrate, Galien, Aristote et Avicenne. Il contient un discours sur les 12 signes zodiacaux (Discorso dei dodeci segni, p.35) et une recette contre la peste (Rimedis ottimi, generali, et universali contra la peste, p.44), à rapprocher de la traduction anglaise du pseudo-traité de Nostradamus sur la peste (cf. CN 32). La traduction est datée in fine de Milan, le 12 janvier 1565.

Mantova, 9 Febbraio 2014 

Or, dans une étude de Patrice Guinard  intitulée  Les publications de l’an 1561 pour l’an 1562  Corpus Nostradamus 181,  on trouve  bel et bien la mention du dit original!!! Tout se passe comme si Guinard n’avait pas fait le lien avec le Pronostico de Barozzi probablement en raison de questions de datation. Autrement dit, Guinard disposait bel et bien dans sa bibliothèque de l’original qu’il déclarait perdu mais il n’en avait pas pris connaissance d’où ses errements.
 
181D Reproduction très fidèle d’un manuscrit inédit de M. de Nostredame dédié à S. S. le Pape Pie IV
« Mariebourg » [Méricourt-l'Abbé], « Sub St Michaelis Invoc(ationem) » (à l’invocation de Saint-Michel) [Henri Douchet], 1906, vi + 113 pp.

→ CAT Waller, 1955, n.20052
→ Brind’Amour, 1996, p.555-556 (d’après un exemplaire d’Éric Calendrier de Montarlot)

° BU Uppsala ; BP Éric Calendrier ; BM Lyon: fds Chomarat 8252 (copie) ; Bib. CURA (copie présages)

  Reproduction très fidèle d'un manuscrit, Rigaux, 1906
 

« Copie du texte manuscrit relativement fiable, légèrement modernisée et ponctuée, effectuée par l’abbé Hector Rigaux et précédée d’une belle préface rédigée en français ancien de style nostradamien, adressée au pape Pie X (1835-1914) et datée du 13 décembre 1906 (p.i-vi) : incipit : « La propheticque evocation, Tres Sainct Père, et, par permission divine, sensible enumération des evenements … » ; explicit : « … préparant ainsy le moment où chascun esmerveillé à la veuë des faicts accomplis & de leur prophetique explanation, s’écriera : « Cy est la main de Dieu ! »  ». Rigaux y déplore la lâcheté d’une intelligentsia qui, détournée de l’essentiel, se voue à la futilité et au néant : « Soubs aspect de plus griesve faulte & plus calamiteuse obnubilation de l’intelligence des tant belles destinées & glorieuses prerogatives de notre nation, envisageons nasvrés le perfide & lasche bandonnement [condamnation] de nos debvoirs ; le coupable non-chaloir de l’humain intellect, tant vainement bouffi de vuide & boursouflé de faulse science philosophique, sous apparence néantmoins chimériquement positive & illusoirement materielle ». (p.ii)

 

 ANNEXE 

 

Patrice  Guinard : Discours à l’occasion du VIIème congrès de l’association Apotélesma de Lucia Bellizia, Gênes, 18 octobre 2014)

 

(cf. le programme de la réunion génoise : VII Convegno Apotélesma, le compte-rendu sur le site Apotélesma : VII CONVEGNO APOTÉLESMA, et la traduction par Lucia de la version initiale de ce texte : Bilancio sulle publicazioni annuali di Nostradamus

CORPUS NOSTRADAMUS 190 — par Patrice Guinard

Bilan sur les publications annuelles de Nostradamus (1550-1567)

Le Pronostico sulla disposizione delle quattro parti dell’anno 1561, traduction italienne par Lucia Bellizia de « La pronostication des choses de perpetuelle memoire sur la disposition des quatre parties de l’An Mil cinq cens soixante et un » dont j’ai récemment découvert (le 17 avril dernier, exactement deux mois après la mise en ligne de sa version numérisée) une version latine manuscrite à la bibliothèque de Munich, ainsi qu’une traduction latine manuscrite de l’Almanach pour la même année dont quelques fragments avaient été retrouvés à Paris il y a trente ans, est l’occasion de dresser un bilan des publications annuelles de Nostradamus, almanachs et pronostications, qui paraissaient chaque automne pour l’année suivante entre 1549/50 et 1566/67, et malgré qu’ils aient connu une immense diffusion et été l’objet de copies et contrefaçons innombrables, intéressent encore fort peu les milieux académiques.

Les almanachs de Nostradamus ou mis au nom de Nostradamus s’écoulaient chaque année par dizaines de milliers. Une production considérable pour l’époque, bien au-delà des ouvrages que les universitaires dissèquent depuis quatre siècles dans leurs officines. Peu d’entre eux se sont penchés sur la question en raison des dissensions idéologiques suscitées par de telles recherches. Et Nostradamus n’appartenait pas à la crème intellectualisante des clubs et cercles littéraires qui commençaient à poindre à cette époque dans les milieux parisiens, pas plus que Rabelais et Montaigne d’ailleurs. Prophéties et Almanachs sont rédigés dans un langage hermétique, syntaxiquement déroutant, voire incorrect. Les propos sont énigmatiques ; les intentions sont insaisissables. L’étude de ces textes n’est pas une manne pour opportunistes et carriéristes. Il n’en faut pas plus pour orienter les profils vers des sujets plus juteux et conformes aux postes convoités.

Il n’existe toujours aucune édition des oeuvres complètes de Nostradamus, pas même limitée aux fameuses Prophéties. En aucune langue ! Les éditions existantes s’appuient sur des textes corrompus, sans qu’aucune recherche comparative textuelle n’ait été effectuée. Je renvoie à mon appel de 2008 (CN 94) et à l’indigence des études universitaires passées et présentes (CN 59). Les deux récents ouvrages universitaires ne traitent de Nostradamus et de ses oeuvres que par des voies détournées. D. Crouzet de la Sorbonne en 2011, au prix d’un nombre incalculable de déformations, réévalue les quatrains à l’aune des orientations confessionnelles et religieuses de l’époque. Comme si Nostradamus ne s’en fichait pas des chamaillages partisans, catholiques ou protestants, papistes et huguenots ! S. Gerson de l’université de New York en 2012 retrace avec de nombreuses lacunes la postérité de Nostradamus sans s’intéresser aux textes du XVIe siècle (cf. CN 130 et CN 165). Mais laissons cette misère pour entrer au vif.

Au fil des années et notamment avec l’avènement de la section Nostradamica au CURA, de nouveaux textes ont été révélés et édités. A mi-parcours, et ne sachant si la seconde moitié du travail à effectuer le sera, je souhaite à l’occasion de cette nouvelle rencontre Apotélesma et à l’invitation de Lucia, effectuer un bilan de l’état actuel des recherches (i.e. de mes recherches) concernant les publications annuelles de Nostradamus.

DIFFUSION DES TEXTES

Ces textes, Almanachs, Pronostications, et peut-être aussi Présages, étaient imprimés en octobre et diffusés en novembre lors de la foire lyonnaise de la Toussaint. Il y avait à Lyon à l’époque 4 grandes foires annuelles à Lyon : la fête des Rois ou de l’Épiphanie en janvier, celle de Pâques ou de la Quasimodo (commençant le lendemain du premier dimanche après Pâques), la foire estivale d’Août, celle de la Toussaint en novembre. Elles furent établies au début du XVe siècle : deux foires en 1420, au nombre de trois en 1444, puis finalement quatre en 1463 par lettres patentes du roi Louis XI. C’est un peu l’équivalent de nos soldes actuelles de janvier et de juillet. Elles firent de Lyon un carrefour commercial de premier plan entre l’Allemagne, l’Italie et la Suisse. On y trouvait des draps et toiles, des denrées cosmétiques et alimentaires, des métaux, du cuir, des armes, des peaux, des dés et cartes à jouer, des livres. Elles duraient deux à trois semaines et commençaient toujours le lundi.

Ainsi en 1560, 1561 et 1562 (d’après les Almanachs Lenoir pour les dites années, en E7v, E7v, et C5v) :
- pour la foire des Rois du lundi 8 au lundi 29 janvier 1560, du lundi 13 au lundi 03 février 1561, du lundi 5 au lundi 19 janvier 1562
- pour la foire de Pâques du lundi 22 avril au mardi 14 mai 1560, du lundi 14 avril au lundi 05 mai 1561, du lundi 13 au lundi 27 avril 1562
- pour la foire d’Août du lundi 5 au lundi 26 août 1560, du lundi 4 au vendredi 22 août 1561, du lundi 3 au lundi 17 août 1562
- pour la foire de la Toussaint du lundi 4 au mardi 12 novembre 1560, du lundi 3 au jeudi 20 novembre 1561, du lundi 2 au lundi 16 novembre 1562

En réalité la foire de la Toussaint de 1562 a été annulée (ainsi que les deux premières foires de 1563) en raison des troubles provoqués par l’occupation des Protestants à Lyon en 1562 (Brésard, p.85). Nombreux semblent avoir été ceux qui n’ont pu se procurer l’Almanach et la Pronostication de Nostradamus pour cette année 1562. Ainsi l’allemand Hans Rosenberger, dans une lettre du 15 décembre 1561, demande expressément à Nostradamus s’il peut lui envoyer lui-même deux ou trois exemplaires de l’Almanach dédié au pape Pie IV dont la version lyonnaise est perdue mais dont on connaît deux exemplaires légèrement différents d’une impression parisienne trafiquée (cf. CN 181). Des faux circulent un peu partout, même à Lyon. On ne peut se fier à quiconque, et pour Rosenberger, seul Nostradamus est susceptible de lui fournir le texte authentique.

A LA RECHERCHE DES TEXTES PERDUS

C’est exactement notre problème et le point crucial qui nous occupe aujourd’hui : la recherche de ce qu’a vraiment écrit Nostradamus ! Car éradiquées les falsifications et contrefaçons de toutes provenances, principalement d’origine parisienne, même les pronostications et almanachs lyonnais les moins douteux souffrent pour la plupart des erreurs, transformations, ajouts et réécriture des imprimeurs, éditeurs et intermédiaires. On n’a conservé qu’un seul manuscrit d’une telle publication annuelle, calligraphié en 1561 par Chevigny le secrétaire de Nostradamus : « Les praedictions de l’almanach de l’an 1562″ dont le texte diffère beaucoup de la version parisienne abrégée retrouvée (cf. CN 181). Il y a donc trois strates dans l’appréhension de ces documents : les textes authentiques de Nostradamus (idéalement les manuscrits signés de sa main), les textes transmis puis imprimés par ses éditeurs autorisés, les textes reproduits, transformés ou falsifiés mis au nom de Nostradamus.

Idéalement seul le premier niveau m’intéresse, mais la plupart des documents conservés appartiennent évidemment aux deux autres strates. Quelques exemples. Dès 1554, l’imprimeur lyonnais Jean Brotot reçoit l’Almanach et la Pronostication et, jugeant inopportune la double publication, décide de fondre les deux textes en un seul et de l’imprimer sous l’intitulé « Prognostication nouvelle, & prediction portenteuse, pour l’an 1555″. Ce texte curieux et unique par sa composition comme par son iconographie a été redécouvert en 2007 lors de la vente Ruzo à New York (cf. CN 14).

A partir de 1561, Jean de Chevigny est recruté par Nostradamus pour retranscrire ses textes à destination de ses correspondants et de ses imprimeurs. Chevigny y ajoute ici et là du sien, adoucissant le texte original jugé trop brut, trop obscur, « décalé », voire subversif. L’Almanach avignonnais Pierre Roux pour l’an 1563 est l’exemple typique d’une telle « collaboration ». En 1589, le même Chevigny, sous le nom de Chavigny, entreprend de retranscrire, à partir des opuscules en sa possession à cette date, l’essentiel des « présages », c’est-à-dire des formulations à vocation oraculaire, hormis les explications d’ordre astrologique et météorologique, dans un manuscrit de 722 pages, le « Recueil des Presages prosaïques ». Le précieux manuscrit, en partie inédit, ayant appartenu à un médecin dijonnais au XVIIIe siècle avant d’être racheté par la bibliothèque de Lyon (BM Lyon, ms 6852), a hélas subi des dégradations irréversibles. C’est pourtant le seul document qu’il nous reste pour certains opuscules. B. Chevignard en a réalisé en 1999 une version partielle s’arrêtant à l’année 1559.

En 1594, le même Chavigny fait imprimer à Lyon un volumineux ouvrage intitulé « La premiere Face du Janus françois » qui aborde cette fois l’explication des quatrains versifiés de Nostradamus, pris dans ses Almanachs comme dans ses Prophéties. Le texte des quatrains, comme celui des Présages au manuscrit évoqué, est parfois modifié en vue d’une plus grande clarté aux yeux de l’interprète. C’est ainsi que le texte de Nostradamus subsiste parfois dans des versions « arrangées » dont ne subsiste aucune version originale.

D’autres textes, hormis les extraits donnés par Chavigny, n’existent qu’en traduction : les originaux français sont perdus. C’est le cas de l’Almanach pour l’an 1559 en version anglaise (cf. CN 75), de la Pronostication pour l’an 1564 en version italienne (cf. CN 165 et le Convegno di Genova en 2012), et de la Pronostication pour l’an 1561 en version manuscrite latine (traduction italienne Lucia Bellizia, et bientôt française).

REPÉRAGE ET NOMBRE HYPOTHÉTIQUE DES TEXTES ORIGINAUX

Il a pu exister une trentaine de ces publications annuelles, éphémères rédigés l’année précédente pour l’an à venir, et diffusés lors de la foire lyonnaise d’Automne. J’en ai recensé 33, un nombre hypothétique dépendant des informations recueillies de sources diverses et de leur interprétation : ce sont les 15 PRONOSTICATIONS pour les années 1550 à 1564, les 15 ALMANACHS pour les années 1553 à 1567, et les PRÉSAGES MERVEILLEUX pour les années 1555, 1557 et 1558. La plupart de ces textes sont perdus, quelques rares d’entre eux peuvent être reconstitués, certains ne subsistent qu’à l’état fragmentaire grâce à Chavigny. Les quatrains accompagnant le calendrier des saints pour chaque mois, au nombre de 12 ou 13, n’existent que pour l’année 1555 et les années 1557 à 1567. On peut estimer, grâce à la parution du Recueil de Chavigny (et suite à mon étude « L’Isle à Cumes : Les quatrains perdus de l’almanach pour 1556 et la milliade de quatrains », CN 159) que la totalité de ces quatrains nous sont connus. C’est l’objet même de cette présente communication d’analyser, année par année, les textes dont nous disposons.

LES PRÉSAGES MERVEILLEUX

On n’a conservé qu’un texte intitulé PRÉSAGES MERVEILLEUX, celui pour l’an 1557 (édité par moi-même aux CN 46128 et 157). Il a pu exister deux autres textes similaires pour les années 1555 et 1558, et a priori tous adressés au roi de France Henry II, lequel se les faisait lire devant la Cour selon le témoignage de Montluc : « Sa Majesté faisoit lire les presages de Nostradamus le jour de devant, & lisoient pour le lendemain bonnes nouvelles, au Roy. Le courrier y arriva ce jour mesmes : & le lendemain y avoit ‘ville rendue’. » (cf. CN 143). Ce pourrait être une allusion à la prise de Thionville (bastion espagnol) en juin 1558, et l’expression « ville rendue » a pu figurer soit au calendrier de l’Almanach pour 1558, soit dans les Présages Merveilleux pour 1558. Les deux textes sont perdus. Quant à l’existence de « Présages Merveilleux pour l’an 1555″, elle me semble indiquée par le témoignage de Nostradamus lui-même dans son adresse au roi Henry II aux Présages pour 1557 : « à cause que l’annee passee l’air n’estoit en telle serenité ne les astres disposez, ne me feut possible si amplement specifier les faictz & predictions futures de l’an cinq cens cinquante & six » (cf. CN 46) et par celui d’Alexandre de La Tourette qui dans une lettre à Jean Morel, datée du 12 décembre 1554, déclare envoyer à son correspondant des « presaiges merveilleux » de Nostradamus (cf. CN 16). Ainsi Nostradamus aurait adressé au roi de France depuis 1555 jusqu’en 1558 (sauf en 1556, et il s’en excuse) des textes énigmatiques appelés PRÉSAGES MERVEILLEUX que le roi se faisait lire par distraction ou réel intérêt devant la Cour et probablement certains ambassadeurs. Henry II décède en juillet 1559. Aucun texte similaire n’est attesté pour cette année-là (cf. CN 51).

L’ASTROLOGIE DES QUARTIERS LUNAIRES

Hormis la dédicace, le texte est constitué de considérations sur les quartiers lunaires, au nombre de 49 pour l’année 1557, du premier quartier de janvier 1557 au premier quartier de décembre 1557. La composition suit une trame plus ou moins variable : situation astrologique et positions planétaires remarquables, considérations météorologiques dépendantes de la configuration astrologique, conséquences médicales et énumération des maladies liées aux configurations météorologiques, parfois conséquences sur les récoltes, et surtout présages et visions politiques pour le quartier lunaire en cours. C’est l’intérêt du texte nostradamien et ce pourquoi on le recherche et on le lit encore aujourd’hui en dépit de la cécité académique.

Les moments astrologiques et les configurations planétaires sont approximatifs : ainsi le premier quartier lunaire de janvier 1557, donné pour le 7 janvier à 21 heures, a lieu en réalité le lendemain à 7 heures du matin (sous la latitude de Lyon), et la conjonction Saturne-Lune donnée à 16° du Bélier, a lieu d’après les calculs modernes le 7 janvier à 14 heures 50, et à 18°50 du Bélier. Les qualités traditionnelles de la planète Saturne (froideur et siccité) impliquent un temps froid et sec, et les maladies qui en découlent. Les considérations politiques et événementielles, voire les révélations oraculaires propres au texte nostradamien, bien que semblant s’appuyer sur les matériaux qui précèdent, nous semblent étranges, improbables, illogiques, voire incompréhensibles dans leur formulation. C’est ce qui fait l’originalité du texte nostradamien, et ce en quoi il se distingue des productions similaires. Tout ce passe comme si le matériau astrologique ne servait que de support à l’acte divinatoire. Nostradamus, souvent considéré comme le plus célèbre astrologue moderne, ne fait que se servir de l’astrologie, de ses symboles, de ses codes, de son langage et de sa logique.

STRUCTURE ET CONTENU DES ALMANACHS ET PRONOSTICATIONS

Les Almanachs appartiennent eux aussi à cette astrologie des quartiers lunaires. On y trouve en plus un calendrier des saints comprenant pour chaque jour de l’année une formule laconique et pour chacun des douze mois un quatrain versifié, ainsi que diverses pièces annexes (fêtes mobiles, foires, etc.). Le calendrier est morcelé avec les quartiers lunaires du mois (comme dans l’Almanach pour 1557), ou il les précède (comme dans les Almanachs pour 1559 et 1560). Le calendrier semble avoir été adressé à l’imprimeur séparément du texte des présages.

Les Pronostications ont une structure différente : elles sont composées de présages pour chacune des saisons, précédés d’une dédicace et suivis d’un relevé sommaire des phases lunaires mensuelles ainsi, accessoirement, d’un petit texte sur les éclipses de l’année. Dans les premières pronostications (pour 1553 et 1555), les présages saisonniers sont suivis de présages géopolitiques pour les principales régions européennes. Dans les pronostications pour les années 1560 et 1561 les thèmes d’ingrès précèdent et illustrent le texte des présages saisonniers.

Ainsi l’entrée du Soleil en signe cardinal (Bélier, Cancer, Balance, Capricorne) caractérise l’astrologie des Pronostications, et non plus seulement les quartiers lunaires. L’unité temporelle n’est plus la semaine soli-lunaire, mais le trimestre. On résumera les caractéristiques principales des trois séries de publications annuelles comme suit :

PRÉSAGES : DÉDICACE, QUARTIERS LUNAIRES
ALMANACHS : DÉDICACE, CALENDRIER (avec QUATRAINS et FORMULES JOURNALIÈRES), QUARTIERS LUNAIRES
PRONOSTICATIONS : DÉDICACE, PRÉSAGES SAISONNIERS, PHASES LUNAIRES SOMMAIRES, ÉCLIPSES

ALMANACHS ET PRONOSTICATIONS : LE BILAN

Nous ne connaissons les premières publications annuelles de Nostradamus que par les extraits laissés par Chavigny dans son Recueil précité. Probablement moins consistantes que les publications ultérieures d’après les extraits rapportés, elles furent probablement toutes publiées à Lyon. Ce n’est qu’après 1555 que paraissent des versions aussi imprimées en d’autres lieux : peut-être Anvers en 1555 (pour l’année 1556), et surtout Paris à partir de l’année suivante. Ces tout premiers opuscules ne contenaient pas de quatrains.

01. La Pronostication pour l’an 1550
On ignore l’imprimeur lyonnais : peut-être Jean Pullon de Trin, imprimeur de la première édition du Traité des Fardements et Confitures de Nostradamus sous le titre hypothétique « Le vray & parfaict embellissement de la Face, & la maniere de faire des confitures » (édition perdue). Chavigny n’a laissé que 10 présages de ce texte que j’ai supposé être une Pronostication, et non pas un Almanach (CN 02). Le destinataire du texte est inconnu.

02. La Pronostication pour l’an 1551
On ne sait rien du texte paru l’année suivante. Chavigny lui-même déclare ne pas avoir réussi à la retrouver (CN 03).

03. La Pronostication pour l’an 1552
Comme pour la Pronostication pour 1550, on ignore le destinataire de l’épître comme l’imprimeur lyonnais. En revanche on sait qu’il s’agit bien d’une Pronostication et non d’un Almanach car un astrologue du nom de Laurent Videl cite en 1558 deux présages de cette « pronostique » ou « pronostication », ultérieurement rapportés par Chavigny (CN 141). Chavigny a consigné 26 présages de ce texte, y compris les deux rapportés par Videl (CN 04). La pronostication a été plagiée par un autre astrologue et faiseur d’almanachs du nom de Claude Fabri dans un texte antidaté peut-être imprimé à Agen en 1559 : « La Vraye Prognostication Nouvelle pour l’An 1552″ (CN 24).

04. L’Almanach pour l’an 1553
A partir de cette année, Nostradamus aurait fait publier deux opuscules annuels : un Almanach et une Pronostication. Videl a retenu 7 ou 8 présages de cet Almanach inconnu de Chavigny (CN 141). Il aurait été dédié à un grand seigneur, et Nostradamus aurait déclaré à son propos que ni la lyre de Jupiter ni Saturne (le temps) ne sauraient le détruire ! Malheureusement pour l’heure il est perdu (CN 05). On le retrouvera. Peut-être à Aix.

05. La Pronostication pour l’an 1553
Comme pour les textes précédents, on ignore le destinataire de l’épître comme l’imprimeur lyonnais. Chavigny nous a laissé 53 extraits de ce texte composé de présages généraux pour l’année, de présages pour les quatre saisons, puis de présages pour l’Italie, la France, l’Espagne et l’Allemagne (CN 06).

06. L’Almanach pour l’an 1554
C’est le premier texte dont des fragments assez nombreux (149) nous sont parvenus, toujours grâce à Chavigny. On ignore le destinataire de l’épître comme l’imprimeur lyonnais, peut-être Antoine du Rosne dit Lizerot, comme l’attesterait un acte notarial retrouvé par Louis Gimon en 1882 (CN 07).

07. La Pronostication pour l’an 1554
C’est le second opuscule totalement perdu. On sait par l’acte notarié précité que Nostradamus en a interdit la diffusion à l’imprimeur Bertot dit la Bourgogne, en raison de l’extrême corruption de son impression, et ordonné de le transmettre à son confrère Antoine du Rosne, qui deviendra l’un de ses imprimeurs pour les Prophéties. Les deux versions sont perdues et Chavigny ne les connaît pas.

08. Les Présages Merveilleux pour l’an 1555
Le texte est perdu (cf. supra).

09. L’Almanach pour l’an 1555
Chavigny nous a laissé des extraits de deux textes pour l’année 1555, un Almanach et une Pronostication. Les manuscrits et imprimés de ces textes sont perdus. Et nous avons une Pronostication (actuellement à la BM de Lyon) qui est un collage, comprenant des quatrains versifiés, réalisé par l’imprimeur Jean Brotot à partir des deux textes précités. C’est le seul cas d’une pronostication contenant des quatrains. L’imprimeur explique ses intentions dans une lettre adressée à Nostradamus (CN 13). L’Almanach est en outre attesté par Videl qui en donne trois à quatre extraits non repris par Chavigny qui en donne 43, hormis ceux repris dans la Pronostication imprimée (CN 16). Je pense avoir identifié la dédicace de l’ouvrage (à Claude de Savoie, comte de Tende) dans un éphémère traduit en allemand à Nuremberg (CN 17).

10. La Pronostication pour l’an 1555
Le texte original de la Pronostication est perdu. Le collage imprimé par Brotot a été édité par moi-même en avril 2007 et décembre 2008 (CN 56 et 101). La Pronostication était adressée au prévôt de Cavaillon Joseph des Panisses. Chavigny a laissé 5 présages du texte originel (manuscrit ou imprimé) non repris dans l’exemplaire Ruzo de la bibliothèque de Lyon. Ces extraits sont corroborés dans un Almanach parisien tardif qui est une contrefaçon de textes antérieurs (CN 14).

11. L’Almanach pour l’an 1556
Chavigny a retenu 130 présages de cet almanach perdu, aussi mentionné par Videl qui nous en laisse trois de plus. Imprimeur et dédicataire nous sont inconnus (CN 35). L’almanach ne contient pas de quatrains contrairement à tous ceux des années ultérieures (mais cf. CN 159).

12. La Pronostication pour l’an 1556
Chavigny nous a laissé 30 extraits de ce texte perdu dont on ignore tout par ailleurs.

13. Les Présages Merveilleux pour l’an 1557
A partir de 1557 la situation s’améliore car les éditions lyonnaises sont doublées de parisiennes dont quelques exemplaires nous sont connus. L’exemplaire de Daniel Ruzo est actuellement à la bibliothèque de la Maison Nostradamus à Salon. Le texte est adressé au roi Henry II. Il a été édité par moi-même en trois fois : en janvier 2007, septembre 2010 et décembre 2011 (CN 46, CN 128 et CN 157).

14. L’Almanach pour l’an 1557
On a conservé un exemplaire ayant appartenu au même Ruzo, acheté à la vente Swann de New York en avril 2007 (aussi à la bibliothèque de la Maison Nostradamus à Salon). Comme le précédent, il est imprimé par Jacques Kerver à Paris. Je l’ai édité dès décembre 2006 à partir d’une copie qui circulait parmi les nostradamologues (CN 41). Le texte est adressé le même jour que le précédent à Catherine de Médicis, l’épouse du roi.

15. La Pronostication pour l’an 1557
Il existe deux exemplaires de la version parisienne, imprimée à Paris par Guillaume Le Noir pour Jacques Kerver (l’un au Musée Paul Arbaud à Aix, l’autre au centre Bandy à Nashville). Le texte est adressé à Antoine de Bourbon, père du futur Henry IV. J’en ai donné une édition au CURA en février 2007 (CN 47). Aucune édition lyonnaise de ces textes pour l’an 1557 n’a été conservée.

16. Les Présages Merveilleux pour l’an 1558
Ce texte hypothétique est perdu (cf. supra). Chavigny l’ignorait.

17. L’Almanach pour l’an 1558
Le texte aurait été imprimé à Lyon, puis à Paris, Gand et Anvers. Il n’en subsiste aucun exemplaire, mais seulement les 202 présages recueillis par Chavigny, ainsi que quelques autres maquillés dans un opuscule parisien (cf. mon étude à paraître). Il pourrait avoir été adressé à Jeanne d’Albret (CN. 58 et CN 61). Les dates des privilèges (5 juillet et 20 septembre 1557) confirment que les éditions lyonnaises ont bien précédé les parisiennes.

18. La Pronostication pour l’an 1558
Le texte est adressé au sénéchal de Lyon Guillaume de Gadagne, chez qui Nostradamus a séjourné lors de son voyage à Paris durant l’été 1555. C’est le seul texte dont ont été retrouvées les deux éditions, l’une lyonnaise en collection privée (vente Thomas-Scheler, 2010), l’autre parisienne à la bibliothèque royale de La Haye. J’ai édité le texte de la version parisienne en septembre 2007 (CN 73) et prépare une édition comparative des deux versions.

19. L’Almanach pour l’an 1559
Ce texte est perdu mais peut être en partie reconstitué, comme je l’ai montré pour le mois de Janvier (CN 75) grâce aux 300 présages choisis par Chavigny dans son Recueil de 1589 (CN 186) et à trois traductions anglaises dont la première donne le texte des quatrains et les formules du calendrier (An Almanacke for the yeare of oure Lorde God 1559 ), la deuxième les données astrométriques du calendrier (An Almanacke for the yere, from the birthe of our saviour Iesu Christ 1559 ), et la troisième, mal nommée « pronostication », l’ensemble des présages pour chacun des douze mois (The Prognostication for the yeare of oure Lorde 1559 ). On ignore cependant le dédicataire de l’épître, probablement le roi François II.

20. La Pronostication pour l’an 1559
Le texte est perdu. On se contentera des 140 présages laissés par Chavigny. Il est adressé à Charles de Guise, cardinal de Lorraine (CN 123).

21. L’Almanach pour l’an 1560
C’est le second almanach adressé au même destinataire, Claude de Savoie, comte de Tende et ami de Nostradamus. L’exemplaire Ruzo de la version parisienne a été acquis à la vente Swann de New York en avril 2007. J’en ai donné séparément le texte de l’épître en juin 2008 (CN 97), celui des hauts de page rognés et des quatrains en décembre 2011 (CN 148 et 155), et récemment, en août 2014, le texte des présages jusqu’à la fin de l’almanach (CN 183).

22. La Pronostication pour l’an 1560
La version lyonnaise de cet opuscule, récemment redécouvert (catalogue Thomas-Scheler, 2010) mais auparavant sauvegardé par Ruzo, a été éditée au CURA en décembre 2011 (CN 152).

23. L’Almanach pour l’an 1561
On ne sait rien de la version lyonnaise de cet almanach, adressé à la duchesse Marguerite de Valois, soeur du roi Henry II. J’ai établi une reconstitution de la version parisienne d’après les fragments laissés par Chavigny et l’exemplaire défectueux de la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris : i.e. la dédicace en mars 2011 (CN 137), le texte des présages en décembre 2011 (CN 153), et les quatrains en décembre 2013 (CN 173). J’ai découvert en avril 2014 à la bibliothèque de Munich une traduction latine manuscrite de cet opuscule dont la traduction permettrait de compléter mon texte.

24. La Pronostication pour l’an 1561
Chavigny a légué 221 présages dont les versions françaises sont perdues. Mais il existe une traduction latine manuscrite de cet opuscule (récemment découverte à Munich avec l’opuscule précédent), établie par Augustinus Güntzer, et traduite en italien par Lucia Bellizia. Le texte est adressé à Renée de Valois, la fille cadette du roi Louis XII et tante du roi Henry II.

25. L’Almanach pour l’an 1562
Il existe deux exemplaires légèrement différents de la version parisienne de l’Almanach pour 1562, ainsi qu’une version manuscrite des présages de l’almanach. Un cas unique qui permet de se faire une idée des déformations subies par le texte à l’impression par rapport au texte nostradamien originel. J’ai édité au CURA en avril 2014 les deux versions de l’épître adressée au pape Pie IV et les formules du calendrier, et donné un fac-similé des présages d’après une copie établie par l’abbé Hector Rigaux en 1906 (CN 181).

26. La Pronostication pour l’an 1562
La version lyonnaise, éditée par Pierre Brotot et imprimée par Antoine Volant, est parue avec une préface douteuse, non datée et adressée à Jean de Vauzelles. Une contrefaçon parisienne reprend le texte de la préface avec quelques modifications. En avril 2014, j’ai édité les deux versions de la préface et transcrit les présages saisonniers de la pronostication (CN 181 et 182).

27. L’Almanach pour l’an 1563
On ne connaît ni version lyonnaise ni parisienne de cet almanach, mais une version avignonnaise qui semble avoir été retouchée par Chevigny, le secrétaire de Nostradamus. L’épître dédicatoire est rédigée en italien, et le destinataire, Fabrice de Serbelloni, semble avoir été imposé à Nostradamus. Plus de deux mois séparent le faciebat de la date de la dédicace.

28. La Pronostication pour l’an 1563
Ce texte est totalement perdu. Chavigny n’en a conservé aucun présage dans son Recueil. On connaît un exemplaire d’une contrefaçon italienne suspecte, qui ne recoupe probablement pas le texte qui aurait été imprimé à Florence par Giorgio Marescotti.

29. L’Almanach pour l’an 1564
Chavigny nous a laissé 455 présages et les 12 quatrains de ce texte dont aucun exemplaire ne subsiste. On ignore le dédicataire de l’épître.

30. La Pronostication pour l’an 1564
Le texte original est perdu. On le connaît par les 185 présages qu’en donne Chavigny et par la traduction florentine imprimée par Giorgio Marescotti. Le texte est adressé au roi de France Charles IX.

31. L’Almanach pour l’an 1565
Une version du texte a été imprimée par Benoist Odo, nouvel imprimeur lyonnais de Nostradamus. Le texte est dédié au roi Charles IX comme le précédent. Aucune pronostication n’est attestée pour cette année et pour les deux suivantes.

32. L’Almanach pour l’an 1566
On a retrouvé deux exemplaires de la version lyonnaise de l’Almanach pour 1566, l’un à Naples, l’autre à Montréal. Le texte aurait été dédié en octobre 1565 à Honorat de Savoie, le fils de Claude décédé en avril 1566.

33. L’Almanach pour l’an 1567
Cet almanach a été imprimé par Benoist Odo comme celui pour l’année 1565. Il en existe une copie en collection privée établie par l’abbé Hector Rigaux en 1904. Il existe aussi une traduction italienne dont un exemplaire se trouve à Cracovie.

LE NAUFRAGE DE LA LITTÉRATURE NOSTRADAMIENNE

La moitié des opuscules sont perdus ; six parmi les survivants sont conservés en Provence dont quatre à Salon et deux à Aix. Parmi les 17 textes retrouvés, cinq concernent des versions lyonnaises, sept leur réplique parisienne, l’un d’entre eux est une édition avignonnaise, deux autres n’existent qu’en traduction italienne, un autre encore qu’en traduction latine, et le dernier grâce à plusieurs traductions anglaises. Un résumé de la situation apparaît au tableau qui suit ; dans la colonne « contenu édité », les cases jaunies correspondent aux textes et fragments restant à éditer.

OPERA NOSTRADAMICA, Oeuvres (in?)-Complètes de Nostradamus, Almanachs, Pronostications, Prophéties, 1550-1567, mise à jour PG, CURA, 24-07-2016

mise à jour du tableau 24-07-2016

Parmi les autres textes de Nostradamus, j’ai publié au CURA, puis en février 2015 dans Nostradamus traducteur : Horapollon et Galien, la traduction versifiée des Signes hiéroglyphes d’Horapollon (CN 166, 12-2013) et celle de la Paraphrase de Galien sur l’Exhortation de Ménodote (CN 67, 08-2007), et en mars 2015, dans Nostradamus occultiste : Codes et Procédés de chiffrement dans l’oeuvre de Nostradamus, le Testament de Nostradamus (CN 175, 04-2002 puis 11-2013). J’ai édité au CURA les Significations de l’Eclipse qui sera le 16 Septembre 1559 (CN 119, 11-2009, deux lettres de Nostradamus datant de l’année 1566, l’une à Catherine de Médicis imprimée par Benoist Rigaud (CN 174, 12-2013), l’autre, manuscrite et inédite, à Joachim de Cléron et datée du 25 février 1566 (CN 100, 07-2008), et le Traité des Fardements et des Confitures (édition Volant, 1555 ; CN 202, 09-2015).

Les lettres de la correspondance choisie de Nostradamus, les Clarorum virorum epistolae, ont été éditées par Eugène Lhez en 1961 (seulement la traduction des lettres envoyées par Nostradamus), par Jean Dupèbe en 1983 (texte latin et traduction partielle des lettres, expurgées des données astrologiques), par Robert Amadou en 1991 (traduction des lettres par Bernadette Lécureux et données astrologiques brutes), et par Pierre Brind’Amour en 1993 (analyse critique des données astrologiques seules). Parmi les autres textes de Nostradamus restant à éditer figurent les fameuses Prophéties dont il n’existe encore aucune édition fiable après 450 ans d’errements (Brind’Amour en 1996 n’édite que 4 centuries, Petey-Girard en 2003 seulement 7 dans une version contestable, en ignorant la véritable édition de 1557, avalisant ainsi les erreurs d’éditions plus tardives, « 1557 Du Rosne » i.e. ca. 1560, et « 1568 Benoist Rigaud » i.e. 1568A ca. 1571), et La nativité du prince Rodolphe (un manuscrit inédit de 1565), soit au total une dizaine de textes en plus des 33 publications annuelles.

Malheureusement il n’existe pas en France d’éditeur motivé, bienveillant ou éclairé : seulement des marchands de fadaises à trois balles, comme il n’existe pas d’intérêt pour Nostradamus en Université et dans les centres de recherches subventionnés, si ce n’est pour l’édition de comparables fadaises motivées par des intérêts idéologiques et leurs impératifs pseudo-didactiques. Comme pour l’astrologie et son histoire, voire pour l’épistémologie du fait astrologique, les sphères intellectualisées et conformistes sont plombées par des groupuscules de malfaiteurs pseudoscientistes, lesquels irriguent aussi les sous-produits de la culture que sont les encyclopédies en ligne du genre Wikipedia. Partout le même discours consensuel piloté par les daubards de lettres qui ne veulent rien voir ni entendre. Cette surdité a son pendant dans le recyclage des quelques traits pertinents pillés dans les études originales. J’en ai fait l’expérience lors de la parution de mon Manifeste pour l’Astrologie, traduit en quatre langues, singé ici ou là par quelque pisse-bec, mais rarement cité à propos. Aussi renvoie-je mon lecteur à mon appel salonnais de 2008 (CN 94) : A quand une édition (in)complète des oeuvres de Nostradamus ?

Tolosa-Genova, 02 août 2014 (Discours à l’occasion du VIIème congrès de l’association Apotélesma de Lucia Bellizia, Gênes, 18 octobre 2014)

(cf. le programme de la réunion génoise : VII Convegno Apotélesma, le compte-rendu sur le site Apotélesma : VII CONVEGNO APOTÉLESMA, et la traduction par Lucia de la version initiale de ce texte : Bilancio sulle publicazioni annuali di Nostradamus)

Patrice Guinard, octobre 2014 Lucia B. Patrice G., octobre 2014

 

Bilan sur les publications annuelles de Nostradamus (1550-1567)
(Discours de Gênes, Congrès Apotélesma, 18-10-2014)

http://cura.free.fr/09-10nostra/1410gen.html

24-10-2014 ; revised 24-07-2016
© 2014-2016 Patrice

 

 

Onnotera aussi que  Guinard  ne mentionne pas  notre publication de 2002 (Ed Ramkat), Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, où l’on trouve un corpus significatif dont il se sert. (cf aussi 1991, « Une attaque réformée, in RHR) En ce qui concerne la question de la ‘filiation » nostradamique, nous renvoyons notamment à notre série d’études, sur le site prophéties.it  ‘(dir. Mario Gregorio).

 

 

 

 

 

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Jacques Halbronn sur ses deux vice-présidences au sein d’associations astrologiques ; 1973-74 et 1986

Posté par nofim le 5 décembre 2021

Jacques Halbronn sur ses deux vice-présidences au sein d’associations astrologiques : 1973-74  et 1986. 

 

L’histoire  de  ces  deux vice-présidences est une expérience assez  particulière.Dans les deux cas, cela aura tenu à une situation de crise au sein de deux asssociations, le CIA  et le GERASH et ce statut de vice président se révéla passager.   

Dans le premier cas, cette élection fut assez mal accueillie par André Barbault qui écrivit à André Boudineau que nous  n’avions  rien publié.Pourtant Barbault nous connaissait et nous avons une correspondance de sa part,à la fois en raison de  la  Bibliothèque du CIA  que nous avions en charge depuis 1972 -il nous avait transmis un certain nombre de documents- et à la fois en raison de notre découverte des Remarques Astrologiques de Morin de Villefranche en cette même année. Enfin, c’est nous qui allions  initier un Congrès d’astrologie à Paris, dans le cadre de l’ISAR. Nous allions par la suite être bombardé rédacteur en chef de la revue du CIA, Trigone, succédant à Jacques Berthon démissionnaire. Rappelons que tout cela eu lieu  autour  de nos 25-26 ans. Mais  dès le printemps 1974,  B arbault obtint  qu’ait lieu une nouvelle élection du bureau du CIA  et cette fois, la Vice Présidence  nous fut ravie dans des conditions assez troubles avec notamment un changement de nom de l’association, ce qui nous conduisit en mai-juin 75 à fonder le Mouvement Astrologique Universitaire, qui constitua une scission au sein du CIA. Si cette première vice présidence  fut acquise et perdue  par un vote du Conseil d’administration, il n’en fut pas de même en avril 1986, pour ce qui est du GERASH car l’élection se fit, cette fois, devant l’Assemblée Générale. Le résultat se révéla tout à fait gratifiant puisque notre candidature à la vice présida recueillit une majorité  écrasante tout comme celle de Patrice Louaisel pour la présidence. Peu après, Louaisel allait démissionner et nous nous trouvâmes aux premières loges, avec la transmission par Louaisel des biens du GERASH et la responsabilité de convoquer son Comité d’Animation.  Le bureau fut complété lors d’une nouvelle AG avec notamment Arthur Le Bau comme secrétaire général. Mais,  Maurice Charvet démissionnaire de la Présidence avait fini par décider de reprendre le controle du GERASH en faisant voter sa dissolution  dès le mois de septembre 1986.Mais entre les deux vice présidences, nous avions atteint une toute autre position dans le milieu astrologique et nous n’étions plus un inconnu, ce qui explique le vote quasi unanime de l’AG en notre faveur. Dans le premier cas, l’on n’avait pas pris la mesure de  notre carrière à venir  et dans l’autre, c’est cette même carrière qui avait généré une certaine panique. On notera que Paul Colombet, le président du CIA omettra  de signaler le changement de nom à la Préfecture de Paris, ce qui aboutira à une certaine confusion avec trois titres successifs: Union FRançaise d’Astrologie, Société Astrologique de France et enfin Société Française d’Astrologie. Quant à Charvet, dans la précipitation, il ne put faire passer son CEDRA, censé prolonger le GERASH, mais avec une nouvelle équipe, qu’au lendemain de la dissolution et de la dévolution, outre le fait que les statuts du GERASH interdisaient  à un membre du GERASH de bénéficier de la dite procédure, alors qu’il en était le président sortant, quelques mois plus tôt.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB 05 12 21

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Jacques Halbronn Des 4 semaines lunaires aux 4 semaines de Saturne

Posté par nofim le 5 décembre 2021

Jacques  Halbronn  Des 4 semaines lunaires aux 4 semaines de Saturne 

 

  Le rapport numérique entre le cycle de la Lune et celui de Saturne a déjà été signalé mais il importe de l’approfondir dans le sens d’une astrologie « selon Saturne » et plus largement dans l’idée d’un systéme solaire  relevant d’un  »dessein intelligent’ lequel aura reformaté  le matériau  premier.

En effet, les « analogies » entre la Révolution de la planéte Saturne et notre satellite n’indiquent elles pas un arrangement particulier , « sur-naturel », c’est à dire ne relevant pas directement d’un processus « naturel »? 

Pour nous, la Lune tout comme Saturne ne doivent pas être mis sur le même plan que les planétes  gravitant autour du Soleil: Mercure, Vénus, Mars,  Jupiter, ces astres n’étant pas censés concerner l’astrologie qui nous intéresse et qui n’est pas celle de Michel Gauquelin lequel a retenu Mars, Jupiter et Saturne, du moins dans un premier temps. Par ailleurs, les planétes au delà de Saturne ne feraient pas partie du « ciel »  astrologique (Uranus, Neptune, Pluton, le groupe « T » chez Jean-Pierre Nicola). 

Il nous faut ajouter un troisiéme vecteur, à savoir le cycle des 4 saisons, lequel a vocation à baliser le cycle de Saturne, alors que ce sont les rencontres de la Lune avec le Soleil  qui structurent son cycle (Nouvelle Lune, Pleine Lune plus les deux « demi-lunes »).  Etrangement, bien des astrologues  s’intéressent plus aux 12 signes qu’aux axes équinoxiaux et solstociaux qui en constituent l’armature. Ils semblent plus à leur aise face aux  signes couverts par les triplicités et quadruplicités sans parler de leur symbolisme (cf notre étude dans le Grand Livre du Sagittaire, Ed Sand & Tchou 1980).

Rappelons que le 7 se retrouve dans les cycles de la Lune et de Saturne, si l’on divise 28 par 4, ce qui donne respectivement 7 jours et 7 années, analogie que l’on retrouve dans la Bible: un jour pour un an ainsi qu’en astrologie avec les directions dites « secondaires », la position des astres tant de jours après la naissance permettant de décrire le climat dans lequel la personne concernée se trouvera  tant d’années après la naissance.

L’on sait le rôle attribué à la Lune pour ce qui est du calendrier et notamment des 12 mois, ce qui aura impacté la division en 12 de l’écliptique, donnant naissance au Zodiaque et aux constellations. L’on rappellera aussi l’interprétation par Joseph du songe de pharaon à propose des 7 vaches maigres dévorant 7 vaches grasses, que l’on traduit, dans le Livre de l’Exode,  comme signifiant autant d’années.

L’idée selon laquelle,le cycle d’une planéte devait être divisé par 4 sur la base de ses « transits » sur les axes équinoxiaux et solsticiaux n’aura guère intéressé le milieu astrologique, depuis que nous l’avions exposée dès  1976 dans Clefs pour l’astrologie, voilà plus de 45 ans.  On lui aura préféré,jusqu’à présent,  les conjonctions de planéte à planéte.Quant à l’idée selon laquelle, seule Saturne serait opérationnelle en astrologie(cf L’astrologie selon Saturne, 1994), elle n’aura pas non plus retenu l’attention, depuis près de 30 ans parmi les chercheurs en astrologie tant en France qu’ailleurs. Il est vrai qu’avec la découverte de transsaturniennes,  l’attention vouée à Saturne devait décliner,détroné qu’il était par Uranus en 1781.   C’est ainsi que les périodes de 7 ans en 7 ans ne se seront pas non plus imposées. En fait, il n’est plus possible de parler de l’astrologie au singulier dans le genre « l’astrologie est ou n’est pas une science » car de quelle astrologie est-il question? Pour nous, il ne s’agit pas de moderniser l’astrologie par des apports techniques ou astronomiques mais bien dans une démarche critique au regard de l’Histoire des textes:quels emprunts, quelles additions?

Nous avons montré que le dispositif exposé dans la Tétrabible de Ptolémée (IIe siècle de l’ère chrétienne), avait été perturbé par l’insertion de Saturne au sein de la série planétaire. Or,  Saturne doit être mis à part en ce qu’il doit jouer  un rôle central, qui aura généralement été dévolu au Soleil passant d’un signe à l’autre.

L’approche critique que nous pronons consiste à comprendre le bon mode d’emploi du systéme solaire, en séparant en quelque sorte le bon grain(Saturne) de l’ivraie(les autres planétes) comme on sépare un fruit de sa « peau », qui n’est pas comestible.  Il ne s’agit donc pas d’ajouter mais de soustraire, d’élaguer, de délester,de réduire en suivant le principe de parcimonie et d’économie (de moyens)  d’Occam.  L’observation quotidienne du ciel nous enseigne l’importanced du 4 avec les 4 temps de la Lune et en ce sens, le passage de la Lune vers Saturne est tout tracé avec la présence du 4 et du 7. Contrairement à ce que l’on a eu l’occasion d’entendre, c’estle passage du 6  au 7  qui est dépassement de la Nature et non celui du 7 au 8. De même, la Création ne s’est pas faite en 7 jours mais en 6,le septiéme jour ayant une autre dimension, d’où le Shabbat(en lien  avec Saturne) et étant traité à part, au début du chapitre II du Livre de la Genése.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB  05 12 21

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Patrice Guinard Controverses autour de Nostradamus (2002)

Posté par nofim le 4 décembre 2021

CORPUS NOSTRADAMUS 30 — par Patrice Guinard

Controverses autour de Nostradamus
Cette page datant de 2002 rejoint désormais le Corpus Nostradamus. Seule page collective du Corpus, elle remplace l’ex-numéro 30 consacré à la traduction d’Horapollon (cf. CN 29). Anciennement dénommée « Nostradamus: La controverse Halbronn, Guinard, et ceteri », je la republie en février 2018 avec un bref historique de l’apogée des études nostradamiennes sur internet dans les années 2000-2010.
 

Historique de l’apogée des études nostradamiennes sur internet dans les années 2000-2010

Le wiki japonais sur Nostradamus, de bien meilleure qualité que les pages de ses équivalents anglais et français (partisanes, ignorantes et plombées par les groupuscules scientistes), donne dans ses liens les 3 sites pilotes (ou cache) dans ce domaine depuis quinze ans, voire les 3 seuls sites dignes d’attention : le CURA et le Corpus Nostradamus (2 liens), les Prophecies on Line de Mario Gregorio, et l’Espace Nostradamus de Robert Benazra.

L’intérêt du site de Gregorio tient à la facilité d’accès aux fac-similés des textes de Nostradamus (mais parfois avec un référencement confus ou erroné) ; celui du site de Benazra à une série d’articles originaux relatifs aux textes nostradamiens et nostradamiques. J’ai la chance d’avoir été à l’origine des deux autres projets : en mars 2002 j’envoyais à Benazra un texte qui fut le premier publié et le point de départ de la section de recherche de son site ; en novembre 2004 je soumettais à Gregorio mon idée d’une bibliothèque numérique regroupant les oeuvres du prophète et astrologue salonnais.

Ce fut durant une dizaine d’années une effervescence internationale, présentement tarie, à laquelle ont aussi activement participé Peter Lemesurier, Jacques Halbronn, Elmar Gruber, Wilhelm Zannoth, Lucien de Luca et Theo van Berkel. Créateurs de sites personnels, tous ont aussi participé et/ou été édités au CURA durant ces années. Quelques dates et événements majeurs durant la période :

05-2000 : Publication au CURA de mon article Nostradamus connaissait-il les planètes trans-saturniennes?, republié en 2001 à Vincennes dans la revue Atlantis puis par extraits en avril 2003 dans le Nostradamus de la collection illustrée Découvertes Gallimard, et traduit en espagnol (2001), anglais (2003), finnois (2004), et russe (2005).

12-2000 : Colloque parisien organisé par le CURA et la MAU : Frontières de l’Astrologie: De Nostradamus aux Gauquelins, avec la participation de Roger Prévost, Isabelle Le Berre, Patrice Guinard et Jacques Halbronn.

03-2002 : Le 13 mars, rédaction de mon Avertissement aux thèses de Jacques Halbronn (cf. infra). Le texte avait été envoyé à Benazra pour information, mais celui-ci le publie sur son site : ce sera le point de départ des 165 articles de la section de recherche de l’Espace Nostradamus. Principaux participants : Halbronn, Berkel, Gruber, Guinard, de Luca, Benazra, Delcour, Barrois.

11-2004 : Projet de fondation d’une bibliothèque numérique des oeuvres de Nostradamus (Gregorio – Guinard). Le 24 novembre, après discussion avec Mario Gregorio, je soumettais notre idée en ces termes sur NostradamusRG, un forum fondé depuis un an par Peter Lemesurier :

Subject: an ONLINE COMPLETE SCANNED EDITION OF N’ WORKS
Hi list,
We have had this idea, this project: that one of the title, with Mario.
What do you think?
The first step would be to build a list of all the works (of N. & why
not « directly » related to N.) that can be purchased in public or private
libraries (with complete marks), before asking copies that we don’t
have, till, let’s say, up to 1605 (the Vincent Seve edition).
Who is interested? (in this super Mario-Patricio project)
Best, Patrice

12-2004 : Le 2 décembre, une nouvelle liste de discussions opératoires était née, qui donnera naissance à la Bibliothèque Nostradamus de Mario Gregorio (cf. CN 146). Principaux participants et intéressés : Lemesurier, Guinard, Gregorio, Zannoth, Gruber. Très vite des divergences et tensions entre Peter Lemesurier (+ en 2016) et moi-même provoquera le départ ou le détachement de certains des protagonistes du projet (Gruber, Zannoth et moi-même).

04-2007 : Le 23 avril, vente à New York chez Swann des plus belles pièces de la collection de Daniel Ruzo à l’instigation de son fils Andrés Ruzo Ocampo (cf. CN 147). La catalogue est établi par Tobias Abeloff avec qui j’ai été en contact durant les premiers mois précédant la vente.

09-2010 : Exposition à la XXVe Biennale des Antiquaires (Paris, Grand Palais) de nouvelles pièces importantes mises en vente par la librairie Thomas-Scheler. Le luxueux petit catalogue établi par Michel Scognamillo (64 pages) a été établi d’après le Corpus Nostradamus. La pièce la plus intéressante a fait l’objet d’une analyse que j’ai fait publier dans le Bulletin du Bibliophile en 2011 (cf. CN 129).


Le texte de Jacques Halbronn, « Michel de Nostredame face à la critique nostradamique », publié sur ce site en avril 2002 lors de l’entrée du Soleil dans le signe du Taureau, a suscité une vive controverse durant l’été. Le lecteur trouvera ci-après la substance des principales interventions :

01. Patrice Guinard   Controverses autour de Nostradamus  (2002) dans ASTROLOGIE bout-or Patrice Guinard: Avertissement aux thèses de Jacques Halbronn
02. bout-or dans NOSTRADAMUS Jacques Halbronn: Jean Dorat et la « miliade » de quatrains (Réponse à Patrice Guinard)
03. bout-or Lucien de Luca: Le Débat J. Halbronn versus P. Guinard
04. bout-or Patrice Guinard: Réponse à Lucien de Luca
05. bout-or Robert Amadou: Communiqué
06. bout-or Patrice Guinard: Réponse à Robert Amadou
07. bout-or Jacques Halbronn: Réponse aux observations de Lucien de Luca
08. bout-or Patrice Guinard: Nouvelle réponse aux allégations de J. Halbronn
09. bout-or Patrice Guinard: Remarques additives sur l’authenticité des premières éditions
 

Patrice Guinard: Avertissement aux thèses de Jacques Halbronn

« Le charlatan ne serait pas tant celui qui trompe autrui que celui qui se trompe lui-même. » (Jacques Halbronn)
 

Le 3 Janvier 2002, Jacques Halbronn m’a envoyé la dernière mouture de son texte [[Michel de Nostredame face à la critique nostradamique], une sorte de condensé à l’ouvrage qu’il a récemment confié aux Éditions Ramkat: Prophetica Judaïca Aleph. Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus (Feyzin (Rhône), 2002, éd. Robert Benazra), et qui reprend une partie de sa thèse doctorale (1999).

Il est réservé aux spécialistes et lecteurs avertis. Le lecteur non familiarisé avec le corpus nostradamique et l’histoire des éditions des textes du prophète de Salon gagnerait, avant de s’engager dans sa lecture, à consulter les quelques ouvrages de référence en la matière, à savoir ceux de Daniel Ruzo (1982) et de Robert Benazra (1990) cités dans la bibliographie de cet article, celui de Michel Chomarat (1989), ceux de Pierre Brind’Amour (1993 et 1996), et de Bernard Chevignard: Les Présages de Nostradamus (Paris, Le Seuil, 1999).

Dans la première partie de son texte, Halbronn exploite assez amplement l’argument autoritaire et sceptique, fréquent aussi dans les traités anti-astrologiques, sous la forme du « on ne nous la fait pas », par ailleurs bien ancré dans la mentalité française, et qui souvent va de pair, bien que ce ne soit pas ici le cas, avec l’ignorance brute. A la Renaissance, on croyait en l’homme, avec Plutarque, et en sa « vertu » et puissance d’accomplir des oeuvres personnelles véritables (comme en littérature celles de Rabelais, Montaigne, Shakespeare ou Cervantes), lesquelles vont bien au-delà des intrigues politiques et des querelles de pouvoir. Les oeuvres de Nostradamus et de Paracelse échappent à cet embrigadement de la pensée par la raison d’État qui a commencé à se mettre en place au début du XVIIe siècle. Dans son ouvrage, Halbronn dénie toute possibilité d’interprétation positive des Quatrains (« exégètes allumés », p.8; « hypothèse des plus chimériques », p.175; cf. aussi p.165), et se montre incapable d’en rendre compte, si ce n’est par un dénigrement sans discussion.

Inutile d’insister sur le fait que les spéculations halbronniennes sont à l’opposé des miennes. On peut voir des faussaires partout — et Halbronn connaît son sujet! –, surtout pour des textes qui ont vraisemblablement fait l’objet d’un nettoyage systématique dans les grandes bibliothèques européennes aux XVIIIe et XIXe siècles, lesquelles connurent leurs « rationalistes » et idéologues zélés. Semble corroborer cette idée le fait que des exemplaires des premières éditions des Prophéties n’ont pu être retrouvées que dans des bibliothèques d’Europe de l’Est, ou dans de modestes bibliothèques municipales et universitaires. L’édition « 5″ (répertoire Benazra) des Prophéties (Lyon, Antoine du Rosne, 1557) n’a été sauvegardée qu’à Budapest, à Moscou, et à la bibliothèque universitaire d’Utrecht. Un exemplaire de la bibliothèque d’État bavaroise (Munich) a disparu au cours de la seconde guerre mondiale. L’édition « 1″ (répertoire Benazra) des Prophéties (Lyon, Macé Bonhomme, 1555) a été retrouvée à Vienne (Autriche) et à la modeste bibliothèque d’Albi, les exemplaires de l’ancienne bibliothèque de la Ville de Paris et de la bibliothèque Mazarine ayant disparu, ainsi que celui de Daniel Ruzo. Deux exemplaires très incomplets de l’Almanach pour l’an 1561 (Paris, Guillaume Le Noir, 1560) ont récemment été retrouvés par le personnel de la Bibliothèque Nationale de France, déposés à la bibliothèque Sainte Geneviève à Paris, et identifiés, non par R. Amadou (contrairement à ce qu’indique Robert Benazra dans son Répertoire, p.632), mais par monsieur Nicolas Petit, l’ex-conservateur de la réserve de Sainte Geneviève (communication personnelle): ils avaient servi de papier d’emballage! Il en va ainsi de la plupart des oeuvres de Nostradamus, et il est devenu, au fil du temps, relativement aisé de spéculer en profitant des failles du matériel existant et de la disparition probable de documents essentiels au débat, à supposer que l’auteur de ce texte, directeur de la Bibliotheca Astrologica (à Paris), bibliothèque personnelle rassemblant des articles, ouvrages, archives et copies d’ouvrages dans les domaines de l’astrologie, du prophétisme et du judaïsme (laïc), ait bien voulu exploiter la totalité des documents qu’il a pu rassembler, ou qu’il accepte de les partager.

On ne peut dénier le caractère original et tonique des théories de Jacques Halbronn, à savourer avec modération et entre connaisseurs, lesquelles ouvrent un réel débat dans le cadre des études nostradamiques. Dans l’immédiat il reste à contrôler l’ensemble des ouvrages des imposteurs et faussaires, imitateurs de Nostradamus (Antoine Crespin dit Archidamus, Michel Nostradamus le Jeune, Florent de Crox, l’italien Philippe de Nostredame…) pour vérification de la thèse concernant les centuries V, VI et VII. Une simple supposition de bon sens voudrait qu’Antoine Crespin ait tout simplement utilisé deux éditions à trois centuries, par exemple l’édition « 1″ et l’édition « 6″ (répertoire Benazra), autrement dit une édition à 353 quatrains et une autre à 300 quatrains, attestée par la deuxième page de titre des éditions de 1568 (Lyon, Benoist Rigaud), pour concocter sa compilation bâclée.

Halbronn soutient que la publication des éditions des années 90 par de brillants faussaires, supposées être les premières à contenir dix Centuries, serait conjointe à celle d’éditions antidatées pour les années 1555, 1557 et 1568, celles que nous connaissons aujourd’hui. Il passe sous silence les références aux premières éditions des Centuries des Bibliothèques de François Grudé (1584), assasssiné à Tours en 1592 à l’âge de quarante ans, et d’Antoine Du Verdier (1585). Ce dernier, pourtant peu favorable à la poétique du prophète de Salon, lui préférant de banales pièces rimées ayant pour thème favori de petites aventures d’alcôves, atteste l’existence à cette date de l’édition Benoist Rigaud de 1568: « Dix Centuries de prophéties par Quatrains qui n’ont sens, rime ni langage qui vaille. » (p.881, ou p.912 de l’exemplaire numérisé de la Bibliothèque Nationale de France, au format PDF). On imagine difficilement que Du Verdier ait pu se laisser piéger par d’hypothétiques fausses éditions, et complètes, parues dans les années 75-80 et qui auraient bien sûr disparu, ayant lui-même été publié par le même Benoist Rigaud, précisément en 1568! (Antitheses de la paix & de la guerre, avec le moyen d’entretenir la paix, & exhortation d’aller tous ensemble contre les infideles Machometistes, Lyon, Benoist Rigaud, 1568). Ce sont plutôt les éditions de Crespin et de ses acolytes qui sont de grossiers plagiats antidatés, vraisemblablement concoctés dans les milieux réformés de Zurich et de Genève.
 

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Une lecture attentive du texte complet d’Halbronn (Feyzin, 2002) montre quelques faiblesses par endroits dans son ingénieuse mise à plat, et notamment des passages où la logique cède le pas à la spéculation négationniste. Quoiqu’il en soit ces théories sont nouvelles et dignes d’être lues (étonnant cependant que la falsification des textes attribués à Nostradamus n’ait pas même été suggérée, ni à l’époque des « multiples faussaires » supposés, ni après!), mais demandent des analyses collatérales, d’ordre linguistique et lexicographique (comme pour la datation d’objets antiques, laquelle réclame la concordance de méthodes indépendantes). Inutile d’insister sur le fait que l’auteur dénie toute aptitude prophétique à l’esprit humain, et au cas contraire (où cette aptitude pourrait être montrée de quelque manière), ses thèses nous conduisent dans des voies fortement improbables, à savoir l’existence de plusieurs prophètes actifs à la même époque!, et même invraisemblables si le corpus nostradamique est globalement codé comme de nombreux indices le suggèrent (cf. mon article sur les planètes trans-saturniennes, mon texte La troisième et dernière Épître de Nostradamus: Son Testament, et d’autres à paraître sur le site du CURA).

A partir de trois-quatre vers, suppléés par quelques fragiles indices, Halbronn a élaboré toute une théorie des contrefaçons et avancé l’hypothèse de la mise en place, sous la Ligue, d’un véritable gang de faussaires et d’éditeurs complices, resté impuni, et n’ayant laissé aucune trace, ce qui suppose l’ingénuité et/ou la collaboration de tous les commentateurs jusqu’au début du XVIIe siècle, au service d’un projet politique, aux « enjeux plus sérieux » (!) selon Halbronn, que l’oeuvre prophétique. Ces idées présupposent en outre des acteurs d’une habilité prodigieuse, sachant imiter aussi bien les vers que la prose du maître, ayant peut-être même quelque don de prophétie. Un simple coup d’oeil à la prose poussive et ampoulée du faussaire Crespin, son Epitre dediee a la puissance Divine, comme son avertissement Aux faux juifs execrables & marrans, chicaneurs & revolteurs de proces (texte reproduit dans l’ouvrage d’Halbronn), suffit à se rendre compte du fossé qui sépare Nostradamus de son imitateur. Il y a plus encore, puisque les originaux de cette supposée fabrication collective auraient bien sûr disparu tout comme les premières éditions des Centuries. Nous sommes en présence d’une hypothèse beaucoup plus hallucinante que celle laissant à Nostradamus la paternité légitime de ses écrits: Halbronn n’a pas tiré leçon d’Ockham et de son rasoir. Et comme l’écrit Nostradamus en son Almanach pour l’an 1566: « les livres de leurs vrais exemplaires si elongnez & corrompus qu’on ne sçaura à la parfin à qui croire ».

J’en profite, comme m’y incite amicalement Jacques Halbronn, pour lancer un appel de recherche au sujet de la bibliothèque rassemblée par Daniel Ruzo (décédé en 1992). Que les lecteurs soient remerciés par avance, qui pourraient et voudraient me communiquer tous documents, textes ou actes notariés relatifs à cette question de l’authenticité du corpus nostradamique.

Patrice Guinard, Carcassonne, le 13 Mars 2002
 
 


Jacques Halbronn: Jean Dorat et la « miliade » de quatrains
(en réponse aux documents signalés par Patrice Guinard)

     En réponse aux observations de P. Guinard, nous lui donnons acte que probablement entre 1572 (date de parution des « Prophéties dédiées à la Puissance Divine ») et 1585 (date de parution de la « Bibliothèque » de Du Verdier) parut une édition à 10 centuries, se présentant comme étant l’oeuvre du libraire lyonnais Benoît Rigaud avec la date de 1568. En effet, nous avons signalé dans notre thèse d’Etat un almanach, non signé Nostradamus mais d’un de ses « disciples » comportant le quatrain 78 de la Centurie IV et paru en 1581. C’est la première attestation connue pour des quatrains appartenant à un groupe de Centuries ignoré de Crespin, à savoir la seconde moitié de la Centurie IV, les centuries V, VI et VII. Le texte de Du Verdier qui est le premier connu à faire référence à une édition à dix centuries vient confirmer l’émergence de ce lot de quatrains à cette même époque.

      En ce qui concerne la référence, en 1584, chez Grudé La Croix du Maine à une édition lyonnaise des Centuries chez Sixte Denyse, en 1556, il s’agit probablement d’une édition antidatée, ne comprenant que les premières centuries, réalisée à la fin des années 1560, peu après la mort de Michel de Nostredame et cela vient confirmer le fait que Crespin, en 1572, ait pu réaliser sa compilation. C’est probablement avec cette première édition à 1000 quatrains que parut une nouvelle mouture de l’Epître à Henri II, faisant référence à une miliade de quatrains. C’était en l’occurrence la troisième, après celle sise en tête des Présages Merveilleux pour 1557 et celle signalée par Crespin en 1572.
 

      Tout document se doit d’être replacé dans un certain contexte, par rapport à un ensemble de données. Les éléments que fournit Patrice Guinard sont intéressants et appartiennent bien entendu au corpus de la recherche nostradamologique. Cependant, sur un terrain aussi piégé que le domaine en question, où les contrefaçons -et les contrefaçons de contrefaçons! – abondent, on doit faire preuve de beaucoup de prudence quant à leur interprétation.

      Nous avons ainsi, dans nos travaux, mis en garde contre certains trucages dont les moins ingénieux ne sont pas ceux qui consistent à réaliser un faux à partir d’un témoignage réel. On lira à ce propos ce que nous avons écrit sur l’instrumentalisation qui, selon nous, fut faite des Prophéties d’Antoine Couillard, parues dès 1556, pour élaborer les Prophéties de 1555 (chez Macé Bonhomme) ou de 1556, si l’on admet qu’il ait pu exister une édition datée par les faussaires de cette année là, comme semble l’indiquer un des textes cités par P. Guinard, celui de la Bibliothèque de François Grudé de la Croix du Maine, et qui concerne le libraire lyonnais Sixte Denyse, édition, indifféremment vraie ou fausse, jamais retrouvée. On ne peut que constater que ce ne sont pas les noms de Macé Bonhomme ou d’Antoine du Rosne qui sont fournis dans ces années 1580 mais celui de ce Sixte Denyse. Vraisemblablement, l’édition Denyse serait le vrai faux et les éditions Bonhomme et Du Rosne, de faux vrais faux. C’est dire que ce type de document – on veut parler des Bibliothèques de La Croix du Maine et de Du Verdier notamment – est à double tranchant.

      En ce qui concerne l’autre document présenté, en fac similé, par P. Guinard, issu de la Bibliothèque de Du Verdier, on y trouve bel et bien, au milieu des années 1580, en effet, la mention d’une édition à 10 Centuries, parue chez Benoît Rigaud. Ce faisant, il semble bien que nous disposions du document qui a inspiré précisément l’idée de publier un ouvrage comportant 10 centuries… chez Benoît Rigaud, puisque les faussaires essaient toujours de se servir d’éléments de vraisemblance, comme on l’a vu pour les éditions (anti)datées de 1557, chez Antoine du Rosne. Si, par la suite, à la fin du XVIe siècle, on n’a pas réalisé un faux Sixte Denyse, c’est probablement qu’on n’en avait pas/plus les moyens, on ne disposait pas des données techniques pour ce faire.

      On nous objectera: mais d’où Du Verdier aurait-il pris l’idée de 10 centuries de quatrains parues chez Benoît Rigaud? On observera qu’il est question de Dorat (Jean Dinemandi, 1508-1588, mais le nom de Dorat était le nom initial et Dinemandi un surnom porté quelque temps dans la famille), maître de Ronsard et de Du Bellay, un des membres de la Pléiade – précisons que comme par la suite à l’Académie Française, ses membres, au nombre de sept et non de quarante, se renouvelaient – qui aurait, justement à cette époque, selon les auteurs cités par Guinard, publié un travail considérable sur Nostradamus. Dans notre thèse d’Etat (p. 977), nous avons abordé le cas Dorat et il existe effectivement un passage où Jean de Chevigny, traduisant Dorat mais à sa façon, car le texte latin ainsi traduit ne comporte pas cet élément (précisément dans le texte que nous citons dans notre ouvrage paru chez Ramkat, concernant l’Androgyn de Dorat (1570) parle de « celle prophétique voix (..) celle qui avoit laissé mille papiers escris »? Mais il s’agirait d’une interpolation de Chevigny, par le biais de la traduction du latin. Nous pensons que c’est ce texte nostradamique disparu lié à Dorat qui est ainsi signalé tant par Grudé que par Du Verdier et qui pouvait en effet se présenter sous la forme de dix centuries.

    Mais ces Centuries perdues étaient bien différentes, pour diverses raisons, des éditions que nous connaissons. R. Benazra, demande « Jean Dorat a-t-il été le premier commentateur de Nostradamus » (RCN, p; 155). Benazra (RCN; p. 96) cite un auteur du XVIIIe siècle, d’Artigny (Mémoires, Tome II, p. 310) qui lui-même cite Nicéron, encore un auteur de vastes inventaires, qui considère que le commentaire de Dorat n’est pas « venu jusqu’à nous » ainsi que Stravius qui en fournit le titre qui semble être le résultat d’une confusion avec le Janus Gallicus de Chavigny: « Centuries de Michel Nostradamus, françois et latin, par Joannem Auratum, cum commentariis ejusdem » (Lyon, anno 1594). On notera une certaine similitude (Auratum/Amatum, les lettres ur combinées constituant une sorte de m) avec le Io. Amatum Chavigneum Sequanum. Décidément, ces deux personnages Chevigny/Chavigny et Dorat/Auratus sont très liés tout comme le sont les années 1570 – cf l’Epître de Chevigny à Larcher, citée dans PJA – et 1589/1594, années qui comportent à la fois le Recueil des Présages Prosaïques et le Janus Gallicus.

      Le nom de Dorat est en effet attaché au corpus nostradamique et Geneviève Demerson, dans son ouvrage, non signalé par R. Benazra (RCN) sur ce poète consacre à cette question plusieurs pages.(Dorat et son temps. Culture classique et présence au monde, Clermont-Ferrand, ADESA, 1983). Cela dit, au bout du compte, il nous importe peu que Dorat ait été ou non le maître d’oeuvre de l’édition Rigaud de 1568 car nous verrons qu’en tout état de cause, les éditions connues, se référant à ce libraire et à cette année, ne sauraient être, stricto sensu, décrites comme étant à dix centuries de quatrains.

      Nombreux furent les poètes marqués par le prophétisme, à commencer par Ronsard qui cite dans ses vers le nom de Nostradamus et ce d’autant que c’est bien sous forme de quatrains que les Centuries se présentent. Rien donc d’étonnant à cela alors que les aptitudes de Michel de Nostredame à versifier étaient des plus modestes, comme il le reconnaissait lui-même, il suffit pour cela de comparer le souffle des quatrains des almanachs avec celui des Centuries.

      Ch. Marty-Leveaux, le spécialiste de Dorat (Oeuvres poétiques de Dorat, tome I, Paris, A. Lemerre, p.XLIII), note, en 1875, que Philaréte Chasles dans « Nostradamus et ses commentateurs » (in Etudes sur le seizième siècle en France, Paris, Amyot, 1848, BNF Z 45063), parle (p. 334) d’ un Traité sur ses « Pronostications » rédigé par Dorat, s’appuyant sur les propos de Du Verdier (sur Chasles, cf RCN, p. 395). Dans la réédition de la Bibliothèque de Du Verdier, au XVIIIe siècle (ouvrage lui-même disponible dans un récent fac simile), Rigoley de Juvigny, note (pp. 73-74 à l’article Michel Nostradamus) ces propos qui annoncent les travaux de Chantal Liaroutzos:

« S’ils avaient bien considéré que ce fou a fait entrer dans ses méchants vers, sans rime & sans raison, tous les noms des pays, des villes, des maisons & des grandes familles qui sont en Europe & principalement en France & qu’il en a fait des galimathias qui ne signifient rien & qui signifient ce que l’on veut etc »

      P. Guinard aurait d’ailleurs pu citer, dans la même Bibliothèque de Du Verdier, dont il fournit un extrait en fac simile, un passage de la notice consacrée à Dorat: « Il faisait cas des Centuries de Nostradamus, contenant certaines prophéties, ausquelles (sic) il a donné des interprétations confirmées par plusieurs evenemens & disoit que Michel nostre-Dame les avoit escrit, un Ange les ly dictant » (cf Benazra, RCN, p. 155). Curieusement, dans la réédition des deux Bibliothèques dans les années 1770, la notice de Du Verdier, consacrée à Dorat, ne comporte plus de référence à Nostradamus.

      Concluons: c’est probablement autour de Dorat et de Chevigny que se mit en place un « atelier » mélangeant l’authentique et la contrefaçon. Les travaux de J. Dupébe et de B. Chevignard ont surtout mis en évidence une certaine complexité de l’affaire.

      Le témoignage de Crespin vient confirmer que des Centuries existaient vers 1572 et donc le témoignage d’auteurs de la décennies suivante (1584-1585), ne ferait que le confirmer; Nous avons également la trace, notamment dans l’Androgyn né à Paris (1570), d’un quatrain (Centurie II, quatrain 45) qui se trouve bien à la place que les éditions plus tardives lui désignent et il en est quelques autres relevés par les spécialistes de Dorat (cf Demerson, op. cit., p. 238, note 381, à propos du quatrain 34 de la centurie IV, et Centurie II, quatrains 40 et 70, soit trois quatrains de la Centurie II).

      En revanche, laisser croire que l’édition à 10 centuries (Lyon, Benoît Rigaud, 1568) serait identique aux éditions que nous connaissons nous paraît inacceptable. On en ignore totalement le contenu. Il est plus que probable qu’il y ait eu une première édition comportant les quatrains qu’a utilisés Crespin et qui correspondent en gros aux trois premières centuries. Puis une autre comportant les autres quatrains utilisés par Crespin et correspondant aux Centuries, connues, par la suite, comme VIIIe, IXe et Xe. Quant à une édition comportant les quatrains des Centuries V à VII, non attestés par Crespin, on n’en trouve la trace que sous la Ligue, à la fin des années 1580. Il n’est pas impossible, comme le suppose P. Guinard, qu’une édition à 1000 quatrains, datant de 1568, ait été inconnue de Crespin, surtout si celui-ci – cela n’a rien d’inconcevable- composa son texte des Prophéties dédiées à la Puissance Divine antérieurement à cette dernière édition, la date de 1572 n’étant que celle de la parution et non de la composition. Crespin a fort bien pu utiliser la vraie fausse édition de Sixte Denyse, en date de 1556 mais qui ne comportait certainement pas – ce que suppose P. Guinard – 53 quatrains à la centurie IV, comme c’est le cas pour la fausse vraie fausse édition de Macé Bonhomme de 1555.

      Cela ne nous dit rien, pour autant, du contenu de ces Centuries V-VII mais on ne saurait exclure, en effet, que certains quatrains de ces centuries soient déjà parus en 1568. Enfin, que ces quatrains aient été retouchés, sous la Ligue, mis dans un nouvel ordre, nous apparaît démontré, notamment en ce qui concerne le quatrain concernant le gouvernement de Tours, qui était celui d’Henri IV (cf notre étude « Les Prophéties et la Ligue »). Quant à la paternité de Michel de Nostredame sur ces quatrains, elle est plus que douteuse.

      L’existence d’une édition à 1000 quatrains, dès 1568, expliquerait dès lors la nouvelle Epître à Henri II, reprise des Présages Merveilleux pour 1557 (ouvrage signalé encore dans les années 1580 par un Conrad Gesner), se référât à une « miliade ». Rappelons le témoignage de Crespin, en 1572, concernant l’existence de cette Epître à Henri II, en date de 1558. Or, on notera que les éditions de 1568, que nous connaissons, sauf celles qui comportent les sixains (qui ne sont pas, faut-il le souligner, des quatrains!), considérées comme suspectes par la plupart des spécialistes, ne comportent jamais 1000 quatrains (la centurie VII n’en comportant au plus qu’une quarantaine) ce qui suffit, selon nous, à montrer qu’elles ne correspondent pas à l’édition d’origine, que l’on retrouvera peut être un jour.

    Toutefois, il existe encore d’autres hypothèses, notamment celle d’une édition à mille quatrains postérieure à la compilation de Crespin et qui se situerait entre 1572 et 1584, et se présentant faussement comme parue en 1568 chez Benoist Rigaud, ce libraire ayant été choisi par les faussaires, parce qu’ayant publié Crespin.

      On observera enfin que le Recueil des Présages Prosaïques semble bien dater de 1570 et correspondre à un passage que nous avons signalé dans notre ouvrage Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (p. 135): dans l’Epître de Chevigny, en tête de l’Androgyn, parlant de « toutes les oeuvres tant en oraison prose que tournée, que bientost je mettrai en lumière ». En effet, dans le manuscrit conservé à la Bibiothèque de Lyon du dit Recueil, il est indiqué, comme le note B. Chevignard (Présages de Nostradamus, Paris, Seuil, 1999, p. 283) à propos des Présages Merveilleux pour 1557: « Chavigny ajoute dans la marge quelques considérations sur un « monstre » auquel bien des années auparavant, sous le nom de Jean de Chevigny, il avait consacré un opuscule….l’Androgyn etc », ce qui semble bien dater le dit Recueil du moment où le dit opuscule parut. Or, force est de constater que le dit Recueil ne fait aucune référence aux Centuries! Si celles-ci avaient été connues, à l’époque, il nous semble qu’elles n’auraient pas manqué de figurer parmi « les oeuvres tant en oraison prose que tournée », au même titre que les quatrains des almanachs qui figurent, eux, bel et bien, au sein du Recueil des Présages Prosaïques, d’ailleurs assez mal nommé puisqu’il comporte des quatrains.

      En conclusion, le témoignage de Du Verdier, au milieu des années 1580, et à la veille de cette effervescence centurique des années 1588-1590, pourrait conduire à penser qu’au cours des quinze années qui séparent le dit témoignage de 1585 de l’Androgyn de 1570, la mise en place d’un corpus centurique a fort bien pu avoir lieu. Nous aurions donc un terminus a quo avec les Prophéties dédiées à la Puissance Divine de 1572 et un terminus ad quem, avec la Bibliothèque de Du Verdier.

      Mais comment, dans ce cas, expliquer que les éditions de 1588-1589 des Centuries comportent des Centuries incomplètes si les mille quatrains étaient déjà en place? On peut raisonnablement supposer – hypothèse d’ailleurs présentée par Robert Benazra, dans son RCN (p. 124), que l’on ait préféré présenter les quatrains qui collaient avec la situation du moment. Au bout du compte, cette pseudo-édition de 1568 – ce vrai faux – aurait été remplacée, bien plus tard, par un « faux vrai faux », censé paru chez Benoît Rigaud en 1568, comportant les sixains pour atteindre le nombre 1000.

      Il convient de s’arrêter sur un texte que nous avons signalé dans notre thèse d’Etat, Le Texte prophétique en France, (p. 1194) mais laissé de côté dans Prophetica Judaica Aleph, à savoir l’Almanach et amples prédictions pour l’an de Jésus Christ 1582 (Paris, Claude Montroeil), composé par maistre Marc Coloni et que ne signalent pas Benazra ni Chomarat (British Library, cote C40 C41 (1), Londres). Nous reproduisons ci-dessous un quatrain de cet almanach rédigé en 1581 et qui pourrait attester de l’existence d’un ensemble de quatrains dépassant celui attesté par Crespin, dix ans plus tôt. Il s’agit du quatrain pour le mois de novembre 1582:

« L’armee de la pugne civile,
Pour de luy prins à l’estrange trouvee,
Septante neuf meurtris dedans la ville,
Les estrangers passent tous à l’espee. »

qu’il convient à l’évidence de rapprocher du quatrain 78 de la Centurie IV (voir la variante remarquable au deuxième verset: « prins » et non « Parme »):
 

Edition 1557 (p.103, reprint Chomarat, 1993)

« La grand armee de la pugne civille,
Pour de nuict Parme à l’estrange trouvee:
Septante neuf murtris dedans la ville,
Les estrangiers passez tous à l’espee. »

Edition 1568 (p; 79, reprint Chomarat, 2000)

« La grand armee de la pugne civile,
Pour de nuict Parme à l’estrange trouvée
Septanteneuf meurtris dedans la ville,
Les estrangiers passez tous à l’espee. »

    Or, ce quatrain 78 ne fait pas partie du lot des quatrains couverts par Crespin lequel ne concerne que la première moitié de la Centurie IV. Le témoignage de Coloni, « docteur médecin demeurant à Lyon », semble donc nous orienter vers une édition datant de la fin des années 1570 ou du tout début des années 1580. On notera d’ailleurs que le frontispice comporte une vignette tout à fait dans le style nostradamique, avec un personnage à sa table, sur laquelle est installée une sphère armillaire.

      Quant à la question que met en avant P. Guinard, de savoir si un Du Verdier pouvait être dupe d’une contrefaçon indiquant cet ensemble comme paru dès 1568, chez Rigaud, il ne semble pas qu’il faille attendre de ce polygraphe et touche à tout, auteur de centaines de notices, une attention particulière à un tel cas de figure.

JH , Paris, le 10 juin 2002
 

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L’Androgyn, paru en 1570, est le fruit d’une collaboration entre Chevigny et Dorat et les deux personnages ne sont pas toujours faciles à distinguer pas plus que la part de chacun. C’est ainsi que le Janus Gallicus (1594) est signé Johannes Amatus, ce qui est proche de Johannes Auratus. L’on trouve dans la traduction française de Chevigny un passage qui n’existe pas dans l’original latin à propos de « mille papiers » laissés par Nostradamus, ce qui corroborerait l’existence d’une édition de dix centuries de quatrains, soit 1000 quatrains, parue chez B. Rigaud, en 1568. Frontispice de la Bibliothèque de François Grudé, sieur de La Croix du Maine. Le terme bibliothèque s’entend ici au sens de répertoire. Dans la notice consacrée à « Michel de Nostredame, dit Nostradamus », ce sont les pronostications en prose qui sont soupçonnées de faux et non les Centuries: « Il a escrit un nombre infiny d’Almanachs & Prognostications lesquelles éstoyent tellement receues & se vendoyent si bien que plusieurs en ont fait à son imitation & ont emprunté le nom du dit Nostra-damus pour qu’elles eussent plus grand vogue & réputation de façon que s’en trouvans plusieurs mises en son nom (qui estoyent composées par gens ignares etc ») La notice consacrée à Nostradamus par La Croix du Maine, en 1584, un an avant celle de Du Verdier ne mentionne pas l’édition Benoît Rigaud de 1568 à dix centuries mais simplement des « Quadrains ou prophecies » Lyon, Sixte Denyse, 1556, sans précision quant au nombre de centuries… On note que Dorat est signalé dans la notice Nostradamus alors que chez Du Verdier, Nostradamus, outre la notice qui lui est consacrée, figure à la notice Dorat.

 

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On fournit ici le texte latin de Dorat correspondant au passage traduit par Chevigny. On observera qu’il y a eu interpolation de la part de ce dernier, à l’occasion de la traduction française. On serait même en droit de se demander si cette édition datée de 1570 de l’Androgyn ne serait pas suspecte et ne daterait pas en fait des années 1580, au lendemain de la parution de l’édition disparue à 1000 quatrains. Notons que le texte latin de Dorat reparut en 1586. Dans le Janus Gallicus, Chavigny/Chevigny cite Dorat, mort en 1588. Ce que nous connaissons des oeuvres de Dorat ne semble pas suffire à justifier l’apport de ce dernier, selon les bibliographes, à la compréhension des Centuries, ce qui s’expliquerait par l’hypothèse d’un ouvrage ayant disparu. L’almanach de Coloni paru en 1581 pour 1582 nous apparaît comme une compilation de quatrains nostradamiques, au nombre de douze, un par mois (que nous publierons ultérieurement), issus de divers documents alors disponibles (almanachs et centuries). A l’instar des Prophéties dédiées à la Puissance Divine d’Antoine Crespin – et Coloni serait une sorte de second Crespin – parues, dix ans plus tôt, il permet, de par son caractère marginal même, de ne pas dépendre des seules éditions connues des Centuries, dont aucune n’est antérieure à 1588. Le quatrain pour novembre 1582, figurant chez Coloni, atteste de l’existence avant 1588 d’un complément de quatrains à la Centurie IV, à savoir le troisième lot de centuries, si l’on admet que Crespin a compilé deux premiers lots de centuries. Il resterait à comprendre pourquoi en 1588 on dispose de centuries VI et VII « incomplètes », notamment celles de Rouen et de Paris, par rapport à l’édition à 1000 quatrains qui aurait précédé de quelques années. Les éditions connues, parues alors, ne seraient ainsi que des compilations d’une édition matricielle disparue: on peut supposer notamment que l’étude plus approfondie des publications de Coloni pourrait fournir des quatrains qui n’appartiennent à aucune édition conservée, et qui seraient issus de l’édition « à la miliade ».

 
 


Le Débat: J. Halbronn versus P. Guinard: L’opinion du Docteur Lucien de Luca
 

Bien que je n’ai pas lu – et je le regrette, mais le temps me manque de plus en plus – les oeuvres complètes de Jacques Halbronn, ni celles de Patrice Guinard, étant invité par Robert Benazra à proposer un commentaire sur leur débat dans ses pages Web, voici ce que leur argumentaire respectif m’a inspiré.
[J. HALBRONN (publié dans le site du C.U.R.A., et celui de Robert BENAZRA)]
 

Les possibilités d’interprétation positive des Quatrains

S’il est exact que, jusqu’aux derniers auteurs cités, aucune interprétation positive vraiment convaincante n’a jusqu’ici pu être menée à bien, on remarquera que l’ultime détracteur positiviste, en la personne de Brind’Amour lui même, n’y est pas parvenu non plus. Mais ce que l’on a dit des Prophéties - qu’elles restent incompréhensibles – vaudrait également pour le reste de l’oeuvre, même celle qui passe pour ne pas être prophétique : concernant la Paraphrase de Galien en particulier, personne n’avait encore explicité, ni même cherché, la raison d’être de cette traduction – assortie d’un préambule abscons – que certains ont d’ailleurs trouvé si mauvaise qu’elle n’aurait même pas valu la peine que l’on s’y intéresse [1].

Et il y a une bonne raison à cela, que personne jusqu’à ce jour n’avait imaginée, et encore moins démontrée : c’est que l’auteur des quatrains prophétiques souffrait de dyslexie, et que donc sa production littéraire n’est pas directement et naturellement accessible à l’entendement, ce qui a retardé pour longtemps toute interprétation réaliste. C’est pourquoi l’auteur indiquait - aux ineptes tranflateurs - dans le préambule de sa Paraphrase : « que ferõt quelques vns, à qui pofsible, qui ne pourroit nullement imiter la moindre partie de la tranflation vouldrõt calomnier quelque mot, que pofsible leur femblera aliené à leurs oreilles » ; et si quelques lecteurs, parmi les plus instruits, avaient bien voulu se donner la peine de suivre le conseil de Galien indiqué à la fin de son Protreptique, ils auraient peut-être imaginé pourquoi le médecin de Salon, dans le choix d’une telle traduction, « Ay voulu choifir ceftuy icy, & ne dis les caufes parquoy« 
 

Le problème des faussaires et des imitateurs

On sait, et on admet sans réserve qu’il y ait eu des imitateurs et des faussaires de Nostradamus, qui lui-même s’en plaignait (cette plainte est-elle aussi l’oeuvre d’un faussaire ?). Souffrant de dyslexie, Nostredame le médecin connaissait son infirmité qui rendait son style inimitable pour un connaisseur (à la fois du style, et de la maladie). Cependant, ce travail de tri entre ce qui pourrait être authentique et ce qui ne peut l’être est une étape utile, mais cet exercice spécialisé – pour indispensable qu’il soit – est nécessairement limité, et ne doit en rien oblitérer la recherche dans d’autres domaines, et en particulier lexicographique. Le fait que les quatrains n’aient encore jamais été bien compris n’est pas une preuve absolue qu’il s’agisse de l’oeuvre de faussaires dont on ne verrait plus alors très bien les intentions politiques supposées par J. Halbronn (car l’oeuvre de ces prétendus faussaires n’est pas mieux comprise que celle du père de César lui-même).

(Halbronn) : « encore le nom du libraire Benoît Rigaud pour un autre ouvrage de Nostradamus, non prophétique celui-là et authentique.« 

Ne seraient authentiques que des ouvrages non prophétiques ? On ne taxait pourtant pas d’imitations les oeuvres de Guillaume Postel, mêlant, sans aucune énigme, prophéties et politique. Et les Interprétations des Hieroglyphes, authentiques, ou imitations cachant encore des intentions politiques ?
On ne voit pas exactement bien pourquoi Halbronn cherche à réduire les seules Prophéties au rang de contrefaçons ou de vulgaires imitations. Craint-il que certaines prophéties puissent se réaliser (mais lesquelles, puisqu’il les nie toutes ?), ou bien regrette-t-il qu’aucun quatrain n’ait encore pu recevoir, ou ne puisse jamais recevoir (du moins le croit-il) aucune explication satisfaisante ; une explication n’étant en aucun cas une prophétie. Est-ce aussi parce que Brind’Amour a tellement voulu ridiculiser les Prophéties et son auteur que J. Halbronn ne condamne pas son exégèse, pourtant fautive en de maints endroits ?

1. « qu’il existe quatre lots distincts (en gros I-IV, V-VII, VIII-X, XI (sixains)) de centuries apparus à des époques différentes et dont seul l’un d’entre eux pourrait être attribué à Michel de Nostredame.« 

J’ai démontré, dans Logodaedalia, que les thèmes et les procédures lexicales sont les mêmes – et donc probablement du même auteur car formant un ensemble original encore inédit – dans tous les quatrains, de I à X (je n’ai pas étudié les sixains, parce qu’ils avaient été prétendus faux), ainsi que dans sa Paraphrase de Galien et son Interprétation des Hieroglyphes.

2. « Il y a des coïncidences – on pense au cas de Varennes« .

Halbronn tient pour acquis que dans les Prophéties les toponymes sont réalistes, il ne le démontre pas. Pourtant il y avait déjà eu des précédents fameux dans la littérature, avec l’épître de Clément Marot à son Amy Lyon par exemple (Rigolot, 1977), ou les Ballades en Jargon de François Villon qui, «  par des similitudes de sons ou des confusions voulues de mots, établit une corrélation factice entre des noms de lieux et des actions humaines  » (Dufournet, 1992). Ce qu’Halbronn et tous les autres, depuis Chavigny et les premiers détracteurs, auraient dû comprendre c’est que l’impossibilité d’une démonstration fondée sur une réception stricto sensu du vocabulaire nostradamien appelle la nécessité d’une tentative d’un autre ordre, en particulier philologique, linguistique et surtout neuropsychiatrique. C’est ce que nous avons commencé à faire, avec un certain succès. Et on attend la preuve du contraire, qui ne viendra pas de sitôt.

3. « En fait, la contrefaçon traite surtout du futur immédiat plutôt que du présent ou du passé » :

Cela contredit la démonstration de Brind’Amour qui prétendait lui aussi que les Centuries ne sont que des « imitations », sinon des « contrefaçons » d’un passé antérieur à Nostra, afin que leur auteur puisse se faire passer pour prophète à peu de frais. De plus, en affirmant ceci, Halbronn suppose, sans le démontrer d’ailleurs, qu’il existerait une possibilité d’interprétation positive à l’actif des contrefaçons, ce qu’il dénie aux Prophéties juste auparavant. Le procédé rappelle curieusement d’autres lieux, d’autres époques, d’autres hommes, d’autres régimes, d’autres procès ; on dénoncera le piège de ces raisonnements fallacieux déjà étudiés par Aristote dans les Réfutations Sophistiques, pour le retourner à l’encontre des sophistes eux-mêmes, avant d’appliquer aux Prophéties elles-mêmes l’enseignement exposé par Galien avec Des Sophismes Verbaux.

4. « Le prophétisme relève largement de la propagande politique, se place au service d’un des camps en présence – souvent des deux » :

C’est vrai autant des prophéties (cf. le cas de Guillaume Postel, lequel n’a écrit que des prophéties en langage clairement compréhensible) que de la contre-façon, de l’éxégèse et de la contre-exégèse. Mais l’analyse lexicographique – orientée par une sémiologie neuro-psychiatrique – montre que les prophéties nostradamiennes ne sont nullement au service d’un de ces prétendus camps contemporains à leur écriture, mais s’adressent probablement à une postérité beaucoup plus éloignée (cf. notre chapitre sur les Antéchrists) ; ce qui ne prouve pas – et n’empêche pas davantage – que les Prophéties doivent nécessairement se réaliser. De cela les esprits forts devraient s’en moquer…

5. « Force est de constater en réalité qu’il y a eu des imitateurs de Nostradamus, du style des centuries avant qu’il n’y ait des interprètes » :

On admet sans aucune réserve qu’il y a eu des imitateurs, mais un des premiers interprètes est Chavigny lui-même, dont l’existence a même été niée un certain temps jusqu’à être réhabilitée récemment par B. Chevignard, du coup on voit que les plus fervents détracteurs de Nostra ne cessent de se contredire eux-mêmes, jusqu’à perdre toute crédibilité, ce que l’on regrette. En outre, Halbronn feint d’ignorer que toute lecture est déjà une interprétation du texte lu, et que donc toute imitation suppose déjà un début d’interprétation.

6. « On nous réplique : vous dites que tel événement postérieur au temps de Nostradamus du fait qu’il figure dans les Centuries est la preuve… » :

Il y a une place nouvelle, et désormais toute grande ouverte, à une exégèse lexicale et psycho-linguistique, non événementielle, qui renverrait dos à dos révisionnistes (en général universitaires) et charlatans (en général grand public), atteints les uns et les autres tantôt de myopie tantôt de vertige.

7. « Ce qui est grave dans le travail des faussaires, c’est qu’ils entretiennent le mythe selon lequel l’homme est capable de prédire l’avenir » :

Capable, peut-être pas autant que certains le voudraient, mais désireux, ça oui : prévisions météo, financières et boursières, électorales, tout y passe, et depuis longtemps, dans toutes les couches sociales, et cela n’est certainement pas prêt de s’arrêter : c’est un des comportements qui distingue l’homme de l’animal, bien illustré dans la fable de la cigale et la fourmi. Halbronn oublierait-il aussi de dénoncer aucune « gravité » dans le travail de ces prévisionnistes boursiers ou électoraux ? et pourtant… fonctionnaires payés par la République, ce ne sont qu’illusionistes, marchands de rêves et de tromperies.

8. « Au lieu que l’Homme se donne réellement les moyens de prévoir le futur, ils laissent croire que c’est déjà le cas, ce qui compromet et retarde le moment où cela sera possible » :

Halbronn fait-il là lui-même une prophétie ? L’intervention de faussaires et d’imitateurs ne règle pas tout le problème des Prophéties. On a l’impression qu’Halbronn pense, mais ne le dit pas, que seuls des progrès techniques ou scientifiques seraient capables d’accéder aux prévisions (distingue-t-il les prophéties des prévisions ?). Ce faisant, il « oublie » que prévoir ce n’est pas simplement calculer, mais d’abord comprendre, ce que ne saura jamais faire aucune machine, n’étant pas humaine.

9. « C’est là tout le problème de ces exégètes qui n’hésitent pas à changer le texte même qu’ils sont censés commenter ou de ceux qui, par le biais d’une traduction, en profitent pour « corriger » l’original. » :

C’est – en imitant les faussaires que dénonce fort justement Halbronn – ce qu’a précisémment fait Brind’Amour pour enlever tout caractère prophétique aux Centuries, afin de mieux les démolir, alors qu’il aurait pu se contenter de dire qu’aucune prophétie n’est inéluctable. Brind’Amour qui n’a cessé de procéder à de nombreuses corrections aussi savantes qu’indues, pour se dédouaner d’une passion pour l’astrologie – qu’il croyait peut-être honteuse – , conjurait la superstition (et sa crainte de la superstition) en taxant Nostradamus de charlatan, alors qu’il ne souffrait que d’un handicap neuro-psychologique – probablement génétiquement programmé – d’une dyschronie (Llinas, 1993 ; Stein, 1993) perturbant la perception du temps (Habib, 2000), mélangeant le passé, le présent et l’avenir dans une sorte de déjà-vu jamais vécu (Efron, 1963 ; Brunet-Bourgin, 1984 ; Chauvel, 1989).

10. « Le Roy de Bloys dans Avignon regner. Curieusement, le quatrain 52 est un des rares à être incomplet en son quatrième verset. On sent l’ouvrage un peu bâclé ! » :

Non, ce n’est pas la rédaction qui est baclée, c’est l’analyse qui omet de voir derrière la prophétie l’énigme littéraire, qui était un jeu très pratiqué à l’époque de la Renaissance (cf. l’Enigme en Prophétie dans Gargantua, les Bigarrures d’Etienne Tabourot ; cf. Béhar, Les écritures secrètes à la Renaissance). Dans ce dernier vers incomplet de VIII-52 - Deuant boni.- le début laisse imaginer une suite de six syllabes dans le décamètre, obligatoirement terminé par une rime phonétique en -indre comme poindre (viendra poindre, en IV-90), joindre (par le nouveau Roy ioinct en 1-16, Roy et Duc ioignant en X-80), oindre (nouueau Roy oingt en VI-24, de miel face oingt en VI-89, oingdre aduché en VIII-36), et une césure au milieu du vers, comme dans tous les vers nostradamiens (Brind’Amour, 1996) ne permettant après boni qu’une syllabe comme face (face oincte en I-57, devant sa face en IV-61)… sachant qu’ici la face est dernière, comme en II-81, où l’on voit Le nay aiant au deuant le dernier. On comprendra alors que l’extrémité muette de VIII-52 soit abandonnée à l’intelligence du lecteur.

11. « dans les Centuries, le mot Juif n’est pas prononcé mais nous avons montré que le nom même d’Avignon désignait alors non point tant une enclave pontificale qu’une enclave juive au sein d’un Royaume » :

Il n’est pas prouvé que l’Avignon nostradamien soit une ville, une enclave juive ou pontificale. Une fois de plus, alors qu’il déclarait que l’interprétation positive était impossible, Halbronn fait lui même une interprétation de cette catégorie, pour ensuite reprocher aux autres qu’ils ont accepté une contrefaçon. Ce faisant Halbronn pratique lui-même ce qu’il reproche aux autres exégètes. S’il pense que les interprétations positives sont impossibles, pourquoi n’en a-t-il pas lui même proposé d’autres, qui sans être négatives, seraient celles issues d’un « métalangage » allégorique.

Concernant les Juifs d’Avignon qui devaient tout de même connaître un peu d’hébreu, au moins autant que le normand Guillaume Postel, sinon plus, Halbronn s’est-il interrogé sur les quelques mots d’hébreu présents dans les Centuries qu’il taxe de contrefaçons ? Ainsi en VIII-67, on remarquera devant NERSAF l’emploi d’un néologisme construit dans le domaine hébreu ; NERSAF pourrait être la contraction de NER (bougie = source de lumière) et de SAF (seuil = passage, porte), donc un Passage vers la Lumière, une Porte de Lumière, un Porteur de Lumière, une Source de Lumière (mieux qu’une « bougie qui flotte » néanmoins poétique), un Guide, un Passeur Lumineux. J’ajouterais encore que les deux mots qui précèdent NERSAF sont probablement issus du grec : PAR (= auprès, à coté, contre > parallèle, double, pair, cf. latin paris) et CAR (graphie phonétique de « CH »AR < CHARIS, CHARÔN = brillant ; graphie latine de KAR = tête), réalisant ainsi une traduction grecque de la construction hébraïsante NERSAF.

On sait aussi que, d’après Horapollon que Nostredame avait lu et mis en vers, la flamme de la bougie représente l’âme, et la vie (cf. encore « l’exigue flamme » de la Préface à César). Donc, NERSAF et PAR.CAR sont des mots doubles, convenant à une âme double (Janus, qui est une porte, un passage ou un seuil, à tête double) portant la lumière du Passeur (Pontife, du latin pontifex), ou à un « Guide Lumineux » du peuple, et qui aura amour & concorde. Or l’allégorie de Janus, du Passeur, du Pontife, du Guide, de la tefte double est partout présente dans les Prophéties, de la première aux dernières centuries. Il faudrait qu’Halbronn nous dise en quoi cette écriture de NERSAF serait le travail d’un faussaire, et pour quel camp politique ce dernier aurait alors travaillé.

12. « La vignette figurant sur la page de titre de la Paraphrase de Galien, texte latin traduit par Nostradamus, se retrouve sur les éditions des Prophéties supposées parues chez le même libraire, en la même année 1557. Cette vignette de la Paraphrase, ouvrage non prophétique…  » :

Halbronn, pas plus que Brind’Amour ou personne d’autre non plus, n’a pas bien compris la raison d’être de cette traduction, pourtant précédée d’un prologue « orienté » à dessein, mais incompréhensible sans une expérience clinique. On ne renverra pas à l’universitaire québecois ses propos condescendants narguant Crouzet de « ne pas disposer des instruments intellectuels nécessaires pour mener à bien sa tâche » (Brind’Amour, 1996 – p. 569). Le médecin de Salon, lui-même souffrant de dyslexie et d’épilepsie, avait proposé cette traduction en langue vulgaire, espérant que ses futurs lecteurs suivraient le conseils de Galien à la fin du texte : il est indispensable d’étudier la médecine, faute de quoi on ne saurait reconnaître les malades parmi les biens portants, ou seulement même en parler, et encore moins prétendre les soigner, les curer, les comprendre, ou corriger leurs fautes.

Et pourquoi ? Parce que seules les études médicales, ajoutées à l’exercice de l’art, permettent de comprendre pourquoi Nostra s’exprimait de cette façon si bizarre : l’auteur des Centuies se savait lui-même épileptique et dyslexique, mais la plupart de ses lecteurs en ignoraient les nuances cliniques et seméiologiques, feignant d’y voir le plus souvent une manifestation diabolique. (cf. Taxil, 1601). Les traces littéraires de cet auto-diagnostic sont éparpillées dans toute l’oeuvre de Nostra, mais pour les identifier, il faut déjà en avoir étudié les ressorts neuropsychologiques, les expressions et les symptômes déjà répertoriés chez d’autres malades ayant souffert d’affections identiques. Il eût donc mieux valu, pour la cause des études nostradamiennes, que Brind’Amour s’intéressât davantage à la médecine et à la neuropsychologie qu’à l’astrologie.
 

P. GUINARD (sur le site du C.U.R.A.):

Nostradamus connaissait-il les planètes trans-saturniennes ? Dommage pour la belle construction de P. Guinard, mais à mon avis Nostredame ne connaissait pas – ni ne pouvait connaître, ni même supposer avant les travaux de Kepler et Le Verrier – l’existence des ces planètes ; et comment l’aurait-il pu ? De plus, il ne pouvait déjà connaître leur existence et dire qu’elles ne seront découvertes que plus tard : ou il en est le premier inventeur, ou il ne l’est pas. En outre, on doit à la tradition éxégétique – initiée par les premiers détracteurs eux-mêmes – de n’avoir pas respecté le conseil donné par l’auteur des Centuries, et méprisé par Brind’Amour lui-même : Omnesque Astrologi Blenni, Barbari procul funto. Pour ma démonstration il faudrait, même ici dans cette courte page, refaire tout le lexique nostradamien. Je vais tout de même tenter de réunir brièvement quelques éléments nécessaires – parmi les plus importants – à un début de démonstration, laquelle ensuite n’exclurait pas nécessairement a priori l’étude des sources astrologiques historiques.
 

Le quatrain I 84 : la découverte de Pluton ?

Lune obscurcie aux profondes tenebres,
Son frere passe de couleur ferrugine:
Le grand caché long temps sous les latebres,
Tiedera fer dans la playe sanguine

Le quatrain VIII 69 : la découverte d’Uranus ?

Aupres du jeune le vieux ange baisser,
Et le viendra surmonter à la fin:
Dix ans esgaux aux plus vieux rabaisser,
De trois deux l’un l’huitiesme seraphin.

Pour faire le lexique de Nostradamus, on doit réunir le corpus nostradamien dans son ensemble, et s’aider parfois de l’apport d’autres sources. Considérant la Lune, on pourra faire appel tantôt à Roussat, citant lui-même Saint Augustin : «  au premier de fon onzieme de la Cité de Dieu, dit en cefte forte : Omniù gétiù literas, omniù fibi genera in geniorù nostrum omnium creatoré: & Luna Ecclefiam fignificat. [Iupiter fignifie & denote noftre Dieu, createur de toutes choses,& la Lune l’Eglise]  » (Le Livre des Mutations, p. 54), «  La Lune (comme dit Iean de Liftember) nous denote & fignifie l’Empire Romain.  » (op. cit., p. 97), tantôt Nostredame lui-même en IV-31 invoquant La Lune au plain de nuit fus le haut mont, celle de Platon dans la République (VII, 516) éclairant le philosophe au sortir de sa caverne, ou celle de Moïse au sommet d’un haut mont (Exode, 34, 1-28) appelé Sinaï – de Sîn, nom du dieu-lune chez les Sumériens (Cherpillod, 1991 ; Stol, 1993, pp. 131-132).

Pour Nostradamus, comme pour beaucoup d’autres souffrant d’épilepsie psychique à l’image de Dostoiëvski, il n’y avait rien de plus grand que Dieu lui-même. Rien que dans les Centuries, le mot « grand » et ses synonymes est représenté plus de 600 fois, et pour qui connaît déjà un peu les principales caractéristiques cliniques du syndrome religieux des épilepsies temporo-psychiques (les redondances, la verbiosité), l’usage répété de cet adjectif devient à la fois un des éléments du diagnostic et une clef du lexique : Dieu est sur tout, répètait inlassablement l’auteur des Almanachs à la fin de chaque paragraphe (Dieu seul est grand, le reste est petit).

Pour être grand, Dieu n’en est pas moins vieux non plus : vieil ange ici, vieillart taciturne dans la Paraphrase de Galien (vieux car aussi ancien que l’humanité, taciturne parce qu’il ne parle pas). Ce qui permettrait de démontrer qu’en I-35 (Le Lyon ieune le vieux furmontera) le Lyon nostradamien n’est probablement pas celui auquel on a généralement pensé jusqu’à présent, et que dans les Prophéties il n’a jamais été question de politique, mais de religion.

Concernant le fer et la playe, une analyse philologique montrerait qu’ils appartiennent tout deux à l’espace céleste (cf. mon corrigenda § 7), le fer parce qu’il est sidéral (du grec sideros, le fer), et la plaie lorsqu’elle antique en II-50, i.e. latine (de plaga, plaine céleste) ou ici, sanguine, c’est à dire sacrée comme la blessure du phénix, lequel renaissait au ciel après avoir fait couler son sang (cf. corrigenda § 5).

Dix ans egaux pourraient s’écrire XX : vingt en notation romaine (vingt trois les fix en II-51), mais mil mille en notation grecque (mil mille trembleront en VIII-21), voire Aleph & Aleph en X-96.

De trois deux l’un est mis pour décrire un triumvir à deux teftes - un Janus rené comme Verbius lui-même dans l’Eneide (VII, v. 774-777) – valant un huitiefme feraphin, et dont on a déjà vu la description de l’habit feraphicque en VI-27 et X-94 (Six efchappez fardeaux de lyn), et sa lumineuse exposition en IV-31 (les Yeux au midy. En feins mains, corps au feu) ou dans le Discours sur la dignité de l’homme de Pic de la Mirandole. Dans l’organisation chrétienne des anges, les séraphins sont au nombre de Sept, et non pas au nombre des Six efchappés.

Mais le huitiefme feraphin de VIII-69, nécéssairement aussi nouveau qu’inconnu, pourrait être conforme à l’arithmétique néo-pythagoricienne de Plutarque : «  en effet, on honore Poséidon le huit de chaque mois ; c’est que le nombre huit, étant le premier cube du premier nombre pair et le double du premier carré, représente de la manière la plus adéquate la stabilité et la solidité de la puissance de ce dieu que nous appelons Asphalion (stable) et Gaïeochon (qui tient la terre).  » (ViesThésée, 36, 6).

Sans nier que Nostredame se soit interessé de près à l’astrologie, on est très loin de l’astronomie proprement dite, et encore plus loin d’une prétendue imitation de faussaires en mal de propagande politique.
 

Le quatrain IV 33 : la découverte de Neptune ?
 

Iuppiter ioint plus Venus qu’à la Lune
Apparoiffant de plenitude blanche:
Venus cachée foubs la blancheur Neptune,
De Mars frappé par la granée branche.(1557 : Iupiter ioinct/ foubz la blãcheur/ De Mars frappée).

J’ai déjà proposé dans mon livre, pour ce quatrain IV-33, une analyse non astrologique que je résumerai ici avec quelques compléments.

Si trois astres (Jupiter, Vénus et Lune) paraissent cités, la conjonction paraîtrait toutefois désigner Jupiter plus [à] Vénus qu’à la Lune [2]. Cependant il nous est apparu rarissime, sinon impossible, que Jupiter et Vénus soient conjoints un jour de pleine Lune, apparaissant ici de plenitude blanche. Cette conjonction se produit habituellement en Nouvelle Lune, comme entre le 9 et le 11 Janvier 1606, date à laquelle beaucoup de chrétiens redoutaient la survenue de leur Antéchrist, comme on le lit dans le Livre des Mutations de Roussat : «  Si Iupiter,& Venus s’affemblent auec permutation de triplicité, fignifient l’infidele fecte pleine de volupté & puante luxure: afcauoir celle que les Agariens, Turcs, Mores, Barbares, Sarrazins,& aultres femblables tiennent:laquelle, cõbien que Magmed, ou Mahommet, en fon Alcoran l’ayt declairee, toutes foys, longtemps deuant, eftoit trouuee & excogitee par vn faulx heretique, nommé Meui.  » (Roussat, p. 102) ; «  quand Iupiter & la Lune feront meflez & ioinctz, auec mutation de triplicité, fera la derniere fecte,& mauldicte, qu’on attribuera à l’Antechrift: laquelle fera de petite duree, & tres fort inftable,& variable.  » (Roussat, p. 103). L’improbable conjonction de Jupiter à Vénus en Pleine Lune, savamment distillée par une expression alambiquée, nous paraît donc encore devoir inviter à une lecture non astrologique des Prophéties.

Dans le second vers, la Lune apparaîtrait, autant que la blancheur des flots de Neptune, de plenitude blanche, comme en IV-31 au plain pour le nouueau fophe d’vn feul cerueau. Et en accordant à Venus la valeur latine de venufte en VI-92, l’élégance, la grâce, Iupiter deviendrait l’équivalent du grand Endymion de II-73, un berger amoureux de la Lune, un lunatique quasi séléniaque [3]. Pour finir de critiquer l’apparente connotation astrologique de ce quatrain, Iuppiter est dit ioinct, bien accompagné, assemblé (comitatus, du latin committo, committere, quasi comitialis ; Gaffiot, 1936), comme le nouueau Roy ioinct en I-52, par le mal trouvé au ioinct de fonne et Rofne en IX-68, conioint au Lyon en VIII-2.

Le dernier vers semblerait exprimer une action martiale, quasi réciproque, punitive, contenue dans Mars frappé, alors que granée (de graine, grain, l’écarlate, l’orage ; Greimas & Keane, 1992) serait plutôt un terme de la botanique cryptogamique de Nostredame. La granée branche serait la branche écarlate, de couleur rouge cochenille, la branche qui porte les pêches ou les grenades [4] (cf. au royaume de Grenade en III-20, conquefter la Grenade en V-55), ces fruits rouges à gros grains, la branche du grenadier dont le nom latin accuse une variété de Punica, une branche à prendre de la graine [5].

Pour être un peu plus clair, le médecin de Salon décrirait donc moins cette action martiale et punitive qu’on croit lire, mais davantage une allégorie mythologique, une union quasi consanguine (comme Mars-Arès à Vénus-Aphrodite dans l’Odyssée, conjonction clandestine), nécessaire à la résurrection parthénogénétique d’une graine punique, le phénix. Et à défaut d’être clair, mais pour être précis, c’est bien le phénix qui renaît après une courte éclipse, c’est bien un phénix hermaphrodite qui renaît de son sang, une graine punique auto-féconde, et c’est bien le comitial qui – lunatique souffrant de pœna, de tourment et de souffrance (Gaffiot, 1936), ou lépreux souffrant d’éléphantiasis [6] – renaît avoir été frappé d’une attaque.

Le nom de Neptune, alias Poseïdon chez les Grecs, est probablement mis moins pour le nom d’une planète (encore inconnue jusqu’au XVIIIème siècle) que pour celui d’un dieu, comme Mars, Vénus ou Jupiter. En effet, dans les Centuries, on ne retrouve l’évocation du dieu que dans ses fonctions mythologiques, sans aucune connotation astrale : Le fien Neptune pliera voyle noire en I-77, Le grand Neptune du profond de la mer en II-78, Le grand Neptune à fon plus haut beffroy en III-1, Qu’a paix Neptune ne fera incité en VI-90, et parfois décoré de son attribut le plus évident : Du grand Neptune, & fes tridents fouldars en II-59, Tridental en V-62, Trinacrie en VIII-84, voire le plus savant : Ennofigée en I-87 (pour l’épithète grec de Poséidon : ennosigaios, ébranleur du sol et de la terre).

On remarquera encore que pour Nostredame, le chiffre trois est un symbole de puissance insurmontable (triumuir en V-7, trois grans princes en II-43, trois bras en II-73, V-86, trois freres en VIII-16-46, IX-36, etc…), que le choix de Neptune explique aussi la locution de X-98 « religion du nom des mers« , et que dans le préambule de sa Paraphrase de Galien, feignant de s’adresser emphatiquement au Baron de la Garde, il prie Dieu lui-même avec « la plus que obeiffante feruitude que continuellement vous porte, & portera à voftre tremebonde trident, le plus humble & obeiffant de voz feruiteurs, toute fa vie« .
 

Ma conclusion

On voit qu’une lecture allégorique et clinique des Prophéties est possible, sinon nécessaire, pour entendre dans le charabia nostradamien la prière d’un élève de Galien. Une telle lecture permet d’éviter maintenant certaines erreurs aussi grossières que regrettables, qu’elles soient recopiées sur celles de certains Hypernephelistes Ombrophores, ou d’autres Amaurotes Picrocholins, aucun n’ayant atteint cette substantifique moelle logée à plus haut sens.

De plus, cette lecture clinique s’applique, avec un succès régulier dans l’entreprise, à la totalité de l’oeuvre nostradamienne, qu’elle soit prophétique ou non, ce qui n’est pas le cas de tous les éxégètes précédents – outre Guinard et Halbronn, dernières victimes de tous ceux-là – qu’ils soient crédules, se hasardant à justifier des issues historiques par d’incroyables relations astrologiques, ou qu’ils soient sceptiques, croyant à une hasardeuse et impérative liberté. Car si le médecin de Salon s’intéressait autant aux mouvements des planètes qu’à ceux des hommes, il affirmait aussi que toutes et tous étaient, non pas libres, mais soumis à un seul maître : celui qui – dans la Génèse - « créa, au commencement, les cieux et la terre » avant même les premiers hommes.
 

Notes

[1] Cités dans le Répertoire Chronologique Nostradamique (Benazra, 1990, Ed. La Maisnie p. 26) :  » … je ne vis dans cette traduction souvent presque inintelligible, même avec le secours du latin, qu’une suite d’offenses à la grammaire et au sens commun, de contresens faits à plaisir, et d’omissions qui brisent le fil de la pensée, dans le but évident de révolter le lecteur et de se faire passer pour un fou « . (F. Buget, Bulletin du bibliophile, 1861, pp. 395-412).  » Le style du traducteur est absurde, et n’offense pas moins le sens commun que la grammaire.  » (J.-Ch. Brunet, Manuel du Libraire, t. IV, col. 106).

[2] Cf. Plutarque :  » Ce que nous voions aduenir à l’air mefme, lequel fe fondant aux pleines Lunes plus qu’en autre temps rend auffi lors plus grande quantité de rofee. Ce que le poëte Lyricque nous donne couuertement à entendre quand il dit, De Iupiter & de la Lune fille, Dame rofee. Ainfi il eft tefmoigné de tous coftez, que la lumière de la Lune a ie ne fçay quoy d’humide, & propriété de lafcher & d’humecter…  » (Propos de tables, III, 10 – Amyot, 1572, p. 387 ; Cf. Stol, 1993 – p.126).

[3] « The star of Marduk for bennu ; Spawn of Šulpae (is) bennu« . This « star », also named Šulpaea, is the planet Jupiter and « Spawn of Šulpaea » is a severe form of epilepsy. (…) The chapter on astrology in the early Assyrian handbook of astronomy Mul-apin, when discussing the ominous position of Jupiter, gives this omen : « If Marduk (= the plane Jupiter) is seeing the body (pagru) of a man, bennu will seize him ». (Stol, 1993, p. 116-117).

[4] Grenade, Granatum malum, a granorum multidine. t mutatur in d. Malum punicum. (R. Estienne, 1549).
Du latin Poeni (les Phéniciens, les Puniques) peuvent être facilement dérivés puniopoenio, punir, et punicanspuniceus, rouge, pourpre, et Punica arbos, le grenadier, l’arbre granité, ainsi que Punica malum, la grenade.

[5] GrainEft ce qui vient en l’efpi, contenant farine. Granum fromentum, hordei, filiginis, avenæ (…). Teint en graine, Coccineus, Coccinus. (Nicot, 1606).

[6] foinike, phoenicia, Syria, & morbus in ea regione, aliisquam orientalibus frequens, quidam pro elephantiafi, quam nos lepram dicimus, accipunt. (C. Gesner, 1537, 1543, Basle, Lexicon graecolatinum).

Lucien de Luca, le 23 juillet 2002
 
 


Patrice Guinard: Réponse à Lucien de Luca

Si la Lune des quatrains n’était autre que l’Église Romaine, et le Jupiter que Dieu lui-même, aussi désigné selon Lucien de Luca par ‘le vieux’, ‘le taciturne’ et d’abord par ‘le Grand’, alors l’exégèse des Prophéties s’en trouverait singulièrement simplifiée, ce qui ne semble pas être le cas, à lire les commentaires étymologiques ébauchés. ‘Le grand’‘les grands’ sont des appellations communes au XVIe siècle pour désigner les rois, princes de sang, protagonistes et chefs politiques majeurs. En outre Dieu, ou plutôt le grand Dieu, pour reprendre avec Nostradamus l’expression de Roussat, rappelle la manière de Spinoza, ou encore des Hindous quand ils invoquent Krishna, plus que celle des théologiens ou des croyants de l’époque. Richard Roussat est le maillon visible d’une lignée de penseurs, et d’astrologues!, qui apparente l’auteur des Almanachs et Prophéties à Ibn Ezra et Albumasar, maintes fois mentionnés dans le texte, en passant par Pierre Turrel, le modèle de Roussat, accusé, peut-être à tort, d’impiété et d’athéisme. Et Jacques Halbronn nous a récemment remis en mémoire, dans ses Documents inexploités consacrés au plagiaire Crespin dit Nostradamus, que les premiers almanachs, et à l’évidence celui de 1555, avaient suivi l’iconographie du frontispice de l’ouvrage de Turrel (1531).

Les premiers adversaires de Nostradamus, sous leurs pseudonymes Hercules Le François, Jean de La Daguenière et Laurent Videl, des calvinistes ayant maquillé leur identité selon la thèse de François Buget (1860), avaient en tout cas assez de flair, ainsi d’ailleurs qu’Antoine Couillard, pour comprendre que la ‘religion’ de Nostradamus recelait quelque chose de peu orthodoxe, pour le moins – puisque tel est le terrain sur lequel se laisse porter De Luca, rejetant le politique et l’astrologique comme indignes de l’attention du prophète. « Il nous forge un autre Dieu » s’exclame Le François. Et Pierre Brind’Amour, ici éclairé, dans son ouvrage de 1993, porte ses soupçons sur un Nostradamus « grand prêtre de cette vague païenne ». Quoi qu’il en soit, les quatrains prophétiques n’ont rien d’un recueil théologique, et quand de Dieu il est question, et visiblement ailleurs qu’aux quatrains relatifs aux planètes trans-saturniennes, c’est du dieu Romain, protecteur des oracles et des devins, ou encore, à la Paraphrase, de Mercure, celui des médecins.

Alors Nostradamus, s’il n’a pas ‘découvert’ les planètes trans-saturniennes, a pu voir et entendre les lieux et moments où elles le furent, car qu’est-ce que ‘découvrir’ quand un recueil prophétique ne peut être un manuel scientifique ou technique? Que l’interprétation que je propose, en appoint à celle de Vlaicu Ionescu, décédé le 22 février 2002, ne puisse susciter l’assentiment des « esprits forts », je le conçois aisément. Elle a le mérite d’exister, par deux fois, en attente d’une meilleure, médicale et neuropsychiatrique pourquoi pas, qui n’évacue ni la cohérence ni la portée poétique de l’oeuvre, qui sache, par delà la boulimie et hors la logorrhée référentielles, déboucher sur une voie d’exégèse qui ne soit pas pavée d’aridité seule, et laisse à son sort la ‘bête brute’, non seulement l’ignorant, le profane et l’astrologue commun du vers latin de Crinitus, mais aussi l’esprit qui ne raisonne qu’en surface des choses, comme l’a montré Buget.

La fameuse « comitiale agitation Hiraclienne » de l’épître à César, du latin comitialis, « épileptique », mentionnée par Luca à l’appui de sa thèse, comme le signe d’un aveu de Nostradamus concernant la maladie dont il serait affecté, semble plus proche d’une métaphore historico-philosophique, resituant l’histoire du monde, à l’événementiel apparemment désordonné et aléatoire, dans un schème d’ensemble piloté par les révolutions des cycles planétaires: « Mais moiennant quelque indivisible eternité par comitiale agitation Hiraclienne, les causes par le celeste mouvement sont congnuës. » Ainsi l’agitation « Hiraclienne », de l’ ira latine, qui souligne et la « fureur » du cours de l’histoire, et celle, « poétique », du prophète qui la traduit, est dite « Hiraclienne », à la fois en référence — à condition d’accepter de respecter la polysémie des termes employés par le prophète — : à Hercule (heracleus), par lequel Nostradamus jure à plusieurs reprises dans sa correspondance, marquant ainsi la nature herculéenne de l’oeuvre entreprise, mais surtout au philosophe Héraclite (heraclitus) qui le premier a souligné la mouvance anarchique et éternelle, on dira aujourd’hui « brownienne », du cours des choses. La polysémie de l’oeuvre de Nostradamus autorise de multiples exégèses: la question est de ne pas se leurrer sur la logique du discours prophétique. Souhaitons que l’élucidation lexicographique puisse informer sur les intentions prophétiques du poeta mathematicus.

Patrice Guinard, le 24 juillet 2002
 
 


Robert Amadou: Communiqué au Directeur du C.U.R.A.

Votre aimable précision me concernant nommément, à propos d’un Almanach de Nostradamus, réclame d’être affinée. En effet, la pièce nostradamique que j’ai «  découverte  », au sens strict, à la bibliothèque Sainte-Geneviève, est un apocryphe imprimé, intitulé La Pierre philosophale et publié par mes soins dans le Chant de la Licorne (n° 33, p. 13-16). Quant aux morceaux épars de l’Almanach pour l’an 1561, ils me furent soumis aux fins d’expertise par M. Nicolas Petit, après qu’il les eut recueillis, c’est-à-dire «  découverts  », au sens strict, lors du démontage d’une reliure (et non point d’un déballage !). Catherine Amadou m’assista dans l’identification, ajusta les fragments à grand’peine et put ainsi restituer cet almanach dans le dossier L’Astrologie de Nostradamus (1992), avec un remerciement à M. Nicolas Petit. La confusion bibliographique, ou sémantique, que vous avez relevée à juste titre mais un peu vite, est donc bien pardonnable. La voilà cependant dissipée tout à fait.

R.A. , Paris, le 29 août 2002
 
 


Patrice Guinard: Réponse à Robert Amadou

Robert Amadou a insisté pour que paraisse au CURA un communiqué qui met en avant sa découverte d’un texte tardif, La pierre philosophale contenant plusieurs quatrains…, étranger au présent débat et d’importance relative quant aux recherches sur l’oeuvre authentique du prophète de Salon, vraisemblablement un texte du milieu du XVIIe siècle, ou même postérieur selon Jacques Halbronn. Ce communiqué mentionne une « confusion bibliographique, ou [sic] sémantique » qui reste pour moi une énigme. Je rappelle la phrase de Robert Benazra, à l’origine de ma précédente mise au point: « Grâce à Nicolas Petit, conservateur à la Réserve de la Bibliothèque Sainte Généviève [sic] (Paris), Robert Amadou a retrouvé des fragments de l’Almanach pour l’an 1561, dont aucun exemplaire ne subsiste complet aujourd’hui. » (Répertoire chronologique nostradamique, p.631-632).

J’ai signalé que ces fragments de l’almanach n’ont pas été retrouvés par R. A., ni après de longues investigations facilitées par un conservateur comme pourrait le laisser entendre la phrase de Benazra, mais par hasard. Il n’y a donc d’autre confusion que celle introduite ici-même par R. A. qui mêle deux textes dont l’un n’avait pas été mentionné ici jusqu’alors, et le devient donc par la présente si cela peut satisfaire l’amour-propre de son « découvreur ».

Je prends note du fait que R. Amadou reconnaît la découverte de l’almanach pour 1561 dans les rogatons d’une reliure, ainsi que son identification par M. Nicolas Petit, et profite de son intervention pour éclaircir mon précédent exposé, assez elliptique dans sa formulation. La reliure était celle d’un sacramentaire pour le diocèse de Sens, daté de 1576, qui avait été confié aux services de restauration de la Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu, et c’est en fait à M. Albert Labarre, alors directeur de l’atelier de restauration de la B.N., pour avoir renvoyé à Sainte-Geneviève plusieurs boîtes de défets dont l’une contenait une trentaine de fragments issus de trois exemplaires du fameux almanach, qu’en revient la « découverte » matérielle.

A la même époque, en l’occurence en 1984, Nicolas Petit, qui donne un bref aperçu sur les conditions de la découverte de cet almanach dans son ouvrage, L’éphémère, l’occasionnel et le non-livre à la bibliothèque Sainte-Geneviève (XVe-XVIIIe siècles), paru chez Klincksieck en 1997 (notice 21, pages 98-99), présente les fragments à Robert Amadou, « aux fins d’expertise », somme toute triviale dans le cas présent, puisque le titre et l’auteur de l’almanach sont explicitement mentionnés dans les fragments. Il revient aux Amadou d’avoir signalé cette découverte et tenté, « à grand’peine », en 1992, une mise en ordre des fragments, par ailleurs discutable et questionnée par Halbronn sur ce site.

Patrice Guinard, le 30 août 2002
 
 


Jacques Halbronn: Réponse aux observations de Lucien de Luca

Il est de bonne guerre, chez les nostradamologues – dont nous sommes au demeurant – de tenter de montrer que les adeptes de certaines thèses – notamment celle de Centuries comme appartenant à plusieurs époques et oeuvre syncrétique de plusieurs auteurs – se permettraient autant de libertés que les partisans de Centuries limitées à un seul homme, et à une seule époque mais prophète, donc capable de rayonner sur une période qui lui fait suite: débat méthodologique qui au demeurant recoupe celui de la critique biblique.(cf notre « Réponse aux observations de Patrice Guinard », sur ce site)

Lucien de Luca s’efforce donc de montrer que notre interprétation -ou plutôt notre lecture – des quatrains est aussi gratuite que celle des exégèses ordinaires. « il n’est pas prouvé que l’Avignon nostradamien soit une ville, une enclave juive ou pontificale. Une fois de plus, alors qu’il déclarait que l’interprétation positive était impossible, Halbronn fait lui même une (telle) interprétation ».

Il semble bien pourtant qu’en montrant que Crespin traite d’Avignon et conseille l’intervention du Roi en cette ville, l’on puisse considérer que certaines centuries se soient fait l’écho d’une telle exigence par une formule plusieurs fois répétée et qui se retrouve précisément dans un texte que Crespin adresse au Pape, dont Avignon dépend et que nous avons reproduite en fac simile dans notre étude sur les « Centuries face à la critique » (sur ce site). Précisons tout de même que personne avant nous n’avait été voir si les idées de Crespin Nostradamus/Archidamus, pourtant largement cité dans les bibliographies, convergeaient avec certains quatrains. Le rapprochement avignonnais ici est légitimé par le fait que Crespin évolue lui-même dans la sphère nostradamique, il n’y a pas là de solution de continuité.

A notre connaissance, ce qui distingue les exégètes des deux camps, ceux du camp critique comme ceux du camp apologétique, c’est probablement le niveau de culture historique. Disons, grosso modo, que les connaissances historiques des seconds se limitent à la période post-révolutionnaire et que tout ce qui précède est pour le moins impressionniste. Si certains insistent lourdement sur Varennes, c’est que cela rentre dans le cadre du bagage scolaire moyen alors que des événements antérieurs de même ampleur leur sont indifférents parce qu’ils ne sont pas à même de les situer. Il y a là un certain paradoxe dans la mesure où nos apologétes connaissent généralement fort mal le XVIe siècle qui est celui de Michel de Nostredame et de ses successeurs si bien qu’ils sont insensiblement conduits à penser que notre prophète a du fortement s’intéresser à notre temps et au pays auquel ils appartiennent, ce qui les arrangerait bien parce qu’ils sauraient alors de quoi il retourne, puisque leur culture est celle de la Presse de leur temps. Or, il est infiniment probable que les Centuries, quels qu’en soient les auteurs, soient plus en prise avec la fin du XVIe et le début du XVIIe qu’avec la fin du XXe et le début du XXIe siècle par exemple, c’est à dire exactement l’inverse de la situation culturelle de nos apologétes!

Certes, on nous objectera que les prophéties, c’est fait pour parler du futur mais il s’agit en réalité, en dépit de certaines apparences, d’un futur à très court terme. S’il fallait mettre en quatrains les quelques connaissances historiques de la plupart des nostradamologues, gageons que cela tiendrait largement dans une seule et unique centurie! Et s’il fallait considérer des exégètes non français, alors leur savoir concernant la France de la Renaissance tiendrait dans quelques quatrains! [jh1].

Une collaboration entre nostradamologues et spécialistes de la Renaissance s’impose.. On conçoit en tout cas, dès lors, la tentation d’assigner aux quatrains un champ chronologique très vaste et de supposer que nombre d’entre eux traitent d’événements à venir c’est à dire concernant notre présent ou notre proche avenir comme on l’a vu encore récemment à propos de l’éclipse de 1999.

Il importe de distinguer les bibliographes et les interprètes: les premiers ont généralement des connaissances historiques plus médiocres que les interprètes; un Jean-Charles de Fontbrune (Nostradamus, historien et prophète, Monaco, Le Rocher, 1980) a des connaissances historiques au niveau événementiel, plus solides, probablement, que tel ou tel spécialiste en chronologie nostradamique. Or, il nous semble qu’une telle spécialisation est fâcheuse: on s’en aperçoit dans les débats autour de la datation des éditions. Ceux qui débattent ont une vision tellement virtuelle de l’Histoire que tout argument concernant le fait que des quatrains ont pu être composés après les événements les laisse de marbre tant les événements en question leur sont étrangers et écrasés, télescopés, par le poids de leur ignorance et tant les représentations du passé et du futur qui pouvaient exister à un moment donné leur sont étrangères voire exotiques. Gageons qu’ils tiqueraient davantage face à un Nostradamus contemporain dont on prétendrait qu’il a annoncé les aléas de la Ve République! Ou alors, nous avons le cas de chercheurs, notamment parmi les biographes, qui n’ont étudié que l’époque, stricto sensu, où vécut MDN et fait l’impasse sur les décennies qui ont suivi. Le temps de MDN n’est guère, pour eux, qu’une oasis de savoir au milieu du désert. On ne peut donc que leur conseiller de prendre exemple sur Fontbrune et de se plonger dans le bain de la culture de la Renaissance en sorte de se mettre dans la peau des gens de l’époque.

Il nous semble en tout cas raisonnable de supposer qu’il doit exister une ligne de démarcation entre les quatrains rétrospectifs et ceux qui ne le sont pas comme il existe une frontière entre les devises malachiques des papes antérieurs et postérieurs à cette prophétie des papes (cf Le texte prophétique en France). En d’autres termes, est-on en mesure de dire quelle est la période la mieux couverte par les quatrains et à partir de quand les correspondances deviennent-elles plus aléatoires? Selon notre thèse, la période qui s’étend jusque dans les années 1630 serait mieux balisée que les trois siècles et demi qui suivront. Et cela tombe assez sous le sens! Même les prophètes bibliques parlaient au départ d’un avenir proche mais pas toujours facile à restituer. Il y aurait donc plusieurs catégories de quatrains: ceux qui relatent un événement antérieur au temps de MDN, ceux qui relatent un événement antérieur à 1630, ceux qui ne relatent aucun événement précis, et ceux enfin qui revêtent un caractère prévisionnel à très court terme, qui n’est pas nécessairement corroboré par les faits, comme les quatrains des almanachs.

Certains exégètes pensent que l’hypothèse d’additions, d’interpolations, est inutile dans la mesure où, laissent-ils entendre avec un certain cynisme, on peut faire dire aux quatrains ce que l’on veut. Ce point de vue est anachronique et vaut pour une époque plus tardive où, de toute façon, le texte nostradamique ne peut plus être modifié d’un iota. C’est ainsi que Lucien de Luca affirme: « on admet sans aucune réserve qu’il y a eu des imitateurs, mais un des tous premiers interprètes est Chavigny ». Apparemment l’entendre, les trente ans qui séparent le Janus Gallicus de la mort de Michel de Nostredame n’auraient pas compté alors que c’est durant cet intervalle que tout s’est joué! Précisément, le Janus Gallicus est de 1594 et à cette date on bascule vers l’interprétation, le texte des Centuries, hors sixains, s’étant cristallisé au cours des années 1570-1580 (cf notre réponse à P. Guinard, sur ce site)

Une comparaison très pointue entre quatrains des almanachs des années 1550/1560 et quatrains centuriques serait certainement édifiante et nous entendons nous y consacrer dans la mesure même où les quatrains des almanachs (désignés généralement sous le nom de Présages) sont, diachroniquement et synchroniquement, une source indiscutable des quatrains centuriques (cf notre étude sur les éléments géographiques dans les quatrains des almanachs, dans notre étude sur les nostradamologues) Un Le Roux, en 1710, a apporté, dans sa Clef de Nostradamus, des éléments dans ce sens: curieusement, alors que de nos jours, les quatrains des almanachs nous apparaissent comme la partie la moins controversée de la production de MDN, cet ecclésiastique cherchait alors à montrer que les 141 « Présages » étaient bien du dit MDN, en dépit de certains doutes. Il releva donc un certain nombre de convergences textuelles, grammaticales, entre quatrains des almanachs avec ceux des Centuries qui permettent de commencer à comprendre comment les premiers purent donner naissance aux seconds.

Lucien De Luca cherche, en outre, à montrer qu’il y a une constante dans la trame des Centuries, liée à quelque bizarrerie de style qu’aucun imitateur n’aurait repérée. Le problème, c’est que ce ne sont pas les quatrains des Centuries qui ont été imités mais ceux des almanachs et que nous n’attribuons la paternité d’aucun quatrain centurique à Michel de Nostredame. Il faudrait donc que de Luca commençât par appliquer son systéme aux quatarins des almanachs sinon s’il y a dyslexie, selon ses dires, ce serait plutôt celle des faussaires! En effet, rien n’empêche de rechercher le recours à quelque codage chez les faussaires qui ne sont pas forcément des ignares – comme si toute évidence d’érudition dans les Centuries était la preuve qu’ils étaient bien du dit MDN. Le problème, pour ceux qui parlent des « faussaires » avec condescendance, est qu’ avec un Crespin, par delà ses rapports avec le corpus nostradamique, on soit en face d’ une oeuvre spécifique dont certains quatrains centuriques ont pu émaner.. Le plus curieux dans cette affaire, c’est que nombre de nostradamologues, de Benazra à de Luca, contribuent à la connaissance du travail des faussaires plutôt que de MDN. Et cela reste tout à fait estimable: il est bon que l’on ait retrouvé la fausse édition de 1555 censée parue chez Macé Bonhomme, il est bon que l’on comprenne certaines particularités des Centuries, quand bien même ne seraient-elles pas attribuables à MDN et quand bien même découvrirait-on quelque chiffrage, quelque codage des Centuries, comme s’y efforce P. Guinard, cela ne renverrait pas ipso facto à la plume de MDN à moins de laisser entendre qu’une telle structure sous-jacente ainsi révélée, de par sa sophistication incomparable, ne pourrait sérieusement être que l’oeuvre du dit MDN.

De Luca s’efforce donc de montrer que ceux, comme un Pierre Brind’amour ou un Roger Prévost (et avant eux l’auteur de la Lettre au Mercure de 1724, cf notre étude sur ce site consacrée aux « nostradamologues ») qu’il ne cite pas, qui cherchent à étudier les références historiques de Nostradamus ne sont pas plus rigoureux que ceux qui veulent démontrer que MDN a avant tout parlé du futur, ce « futur » débutant dès les années 1550 quand il aurait annoncé la mort (1559) en tournoi d’Henri II. De Luca après nous avoir cité – « En fait, la contrefaçon traite surtout du futur immédiat plutôt que du présent ou du passé ») commente ainsi: « cela contredit la démonstration de Brind’Amour ».

Or, les deux approches, celle de Brind’amour/Prévost et la nôtre sont tout à fait complémentaires: d’une part les faussaires ont puisé dans l’Histoire -et dans la géographie (cf notre étude sur Estienne, in « Les nostradamologues », op. cit) – pour « fabriquer » du « centurique – car produire autant de quatrains est astreignant! – et de l’autre, ce qui était quand même leur finalité car on ne commet pas des faux pour le plaisir- ils ont articulé certains quatrains sur leur propre époque, à savoir celle du dernier tiers du XVIe siècle, MDN étant mort en 1566. Il est vrai que la tendance la plus répandue [jh2] est d’insister sur ce que MDN de son vivant a pu connaître alors que nous prenons en compte également l’actualité du temps de ses imitateurs. On nous a objecté que tous les quatrains devaient présenter un tel caractère d’actualité. C’est là commettre un contresens qui trahit un manque d’expérience dans la pratique des textes prophétiques au cours des âges dont un des principes (que l’on songe à la prophétie des Papes de Malachie ou encore à la Prophétie d’Orval) est de combiner le passé et le futur, tout en situant le passé dans le futur – c’est alors un pseudo-futur – par rapport à un texte antidaté.. Disons donc plutôt que Brind’amour et nous-mêmes nous sommes réparti la tâche, ce qui place les nostradamologues partisans d’un MDN prophète sous des feux croisés, pour reprendre une expression d’Olivier Millet concernant les adversaires de Nostradamus, lesquels d’ailleurs s’en prenaient à ses almanachs et non à ses Centuries. Et pour cause!

Reconnaissons qu’un Fontbrune est un peu ridicule quand il déclare que MDN a annoncé certains événements des années ayant suivi sa mort, alors que certains quatrains n’avaient pas encore été composés! E. Parker résumait bien la situation, il y a déjà 80 ans: « Afin de se faire passer pour prophète, il faut annoncer des événements possibles. Or, il n’y a rien de possible que ce qui s’est déjà passé et Nostradamus savait bien que l’Histoire se répète. Aussi, pour se donner de bons sujets de prophétie, a-t-il eu recours à l’histoire passée, d’où il a extrait des événements frappants en les déguisant si habilement qu’ils ne se laissent pas facilement reconnaître » (« La légende de Nostradamus etc «  Revue du XVIe siècle, 1923)

Enfin, est-il si difficile d’accepter que si les interprètes des Centuries à partir du XVIIe siècle ont cherché à actualiser les quatrains par rapport à leur époque, il en fut de même au XVIe siècle, à cette différence majeure près que leurs textes furent intégrés dans le canon nostradamique et finalement confondus syncrétiquement, du fait même de leur similitude mimétique, avec lui? Il faut attendre le milieu du XVIIe siècle pour que cessent à peu près les tentatives d’intervenir sur le texte centurique proprement dit. C’est encore ce que cherchera à faire l’auteur de l’ Eclaircissement des véritables quatrains de 1656, avec ses « corrections » dont les anglo-saxons ont tenu compte (cf la traduction de Théophile de Garencières, 1672, voir Buget, « Etudes sur Nostradamus », Bulletin du bibliophile, 1862, pp. 513-514) Encore, faudrait-il faire la part d’un aspect qui n’est pas familier aux chercheurs francophones, à savoir le problème des traductions des quatrains qui autorisent bien des libertés par rapport à la lettre du texte. Ce qui est singulièrement frappant, c’est le fait que l’on ne connaisse guère de commentaires des Centuries avant 1620, hormis celui du Janus Gallicus (1594) à moins d’inclure le commentaire d’un seul quatrain, celui de l’Androgyn (1570) que nous avons découvert. Benazra consacre (RCN, p. 96) une page entière à ce texte sans signaler le dit commentaire tandis que Chomarat ne signale même pas l’ouvrage qui, il est vrai, ne porte pas en son titre le nom de Nostradamus.(cf P. Brind’amour, Introduction aux premières centuries ou prophéties, op. Cit., p. LII) Faut-il ajouter que cette référence à un androgyne n’est pas fortuite et qu’elle est censée symboliser le climat politique de l’époque des guerres de religion qui déchirent la France à la veille de la Saint Barthélémy (1572)

Cette apparente carence exégétique face au corpus centurique – propre au XVIe siècle – trahit selon nous le fait que ce « commentaire » – cette commentarité- se faisaient autrement, sous la forme d’interpolations, de suppressions ou d’additions de quatrains. Il est remarquable notamment que sous la Ligue, on ait une forte production d’éditions des Centuries- comme le montra M. Chomarat dans l’exposition qu’il organisa à la Bibliothèque Municipale de Lyon, il y a quelques années – et aucune exégèse stricto sensu. Est-ce que cela signifiait que le lecteur était laissé à lui-même et s’y retrouvait dans ce labyrinthe des Centuries ou bien est-ce que l’on orientait sa lecture d’une autre façon?

La grande époque du nostradamisme ne fut pas celle, chaotique, du règne des derniers Valois mais du plus grand des Bourbons, Louis XIV. (cf Alexandre Y. Haran, Le lys et le globe. Messianisme dynastique et rêve impérial en France, aux XVIe et XVIIe siècles, Seyssel, Ed Champvallon, 2000) . C’est, selon nous, parce que le nostradamisme s’ acoquina avec le « ludovicisme » qu’il a connu l’impact qui fut le sien. Car le règne (siècle) de Louis XIV, il semble bien, est l’apogée du nostradamisme (cf « les nostradamologues », op. cit.). C’est au demeurant sous ce monarque, né en 1638, orphelin à cinq ans, la régence étant assurée par sa mère, Anne d’Autriche et le gouvernement par Mazarin, que paraissent les premières éditions à dix Centuries hors de France et notamment en Hollande, pays auquel au demeurant Louis XIV s’affrontera durement. L’hagiographie nostradamique, au nom de la raison d’Etat, se focalisera sur le Roi Soleil, durant son long règne (à savoir jusqu’en 1715). Sous les Valois et durant la Ligue, l’exégèse nostradamique est faite de quatrains plus ou moins déchiffrables que les contemporains doivent décrypter. Ce n’est qu’à partir de 1594, c’est à dire en fait lorsque Henri IV, le premier de la dynastie Bourbon, est couronné roi, que commence véritablement, avec le Janus Gallicus, le temps du nostradamisme. Après la mort de Louis XIV (cf F. Buget, « Etudes sur les prophéties de Nostradamus », pp;1709 et seq), c’est le déclin, on ne trouve plus de grand commentaire des Centuries, comparable à ceux de Guynaud (1693) ou de Le Roux (1710)

Il faudra probablement attendre la période révolutionnaire et l’avènement d’ un Bonaparte pour qu’à nouveau un processus d’une certaine ampleur se manifeste, notamment sous l’Empire, autour de 1806. Ensuite, un autre moment fort, sous la Monarchie de Juillet, autour de 1840. (cf notre thèse d’Etat, Le texte prophétique en France, op. Cit.) Quant au règne des Valois, il n’est nostradamique que par la grâce des faussaires et pour ce qui est des publications « sèches » des Centuries, c’est à dire sans commentaire écrit d’accompagnement, elles s’accompagnaient probablement d’une certaine tradition orale, ce qui évitait que les ouvrages fussent saisis.

La tendance est actuellement, chez les nostradamologues férus d’apologétique (cf notre article sur « E. Teissier et la tentation du compromis », sur ce site), à mettre en évidence un élément récurrent ou un codage d’ensemble permettant de consolider la thèse d’une oeuvre d’un seul tenant et émanant d’un seul et même cerveau. Une telle entreprise n’est pas sans embûche. En effet, il faudrait faire la part du mimétisme, qui consiste à faire du Nostradamus, ce qui est le b-a ba des faussaires. Certes, un auteur peut-il lui-même s’auto-imiter voire s’auto-plagier, rester en tout cas fidèle à un certain style. C’est ainsi que MDN se serait autoplagié en rédigeant l’Epître à Henri II en tête des Centuries VIII-X, à partir de l’Epitre au dit roi en tête des Présages Merveilleux pour 1557… Il nous semble pouvoir distinguer l’autoplagiat du plagiat: le plagiat reste plus superficiel, plus répétitif tandis que l’autoplagiat relève du recyclage et change de contexte.

Les chercheurs contemporains sont-ils, comme le propose au demeurant, avec la thèse de la dyslexie, un Lucien de Luca, en mesure de faire ressortir des traits qui auraient échappé aux faussaires? Le paradoxe est que cette thèse ne vaut que si précisément elle est falsifiable, c’est à dire si dans certains cas, les éléments récurrents ne figurent pas. Un auteur qui ne met pas en évidence une contrefaçon ne peut valider une telle thèse puisque l’on reste alors avec l’alternative de l’auto-mimétisme ou du mimétisme d’un autre auteur à l’endroit de MDN. Mais ce n’est pas tout: encore faudrait-il montrer – on ne saurait trop le répéter – que les textes ainsi triés sont inspirés d’un document de départ qui soit de MDN lui-même et un des seuls textes qui correspondent à une telle exigence, ce sont les quatrains des almanachs et non tel ou tel pan des centuries. Au vrai, sur ce point, tout le monde, pour des raisons diamétralement opposées, se retrouve au pied du mur: car aussi bien les partisans des imitations que de ceux qui s’efforcent de rattacher, de façon indiscutable, les Centuries au personnage de MDN, auront à établir une telle filiation! Quant à la piste du codage sous-tendant l’ensemble de l’oeuvre, comme le propose P. Guinard, notamment dans son article paru dans Atlantis et repris sur le site du CURA, auquel s’en prend De Luca, il faut savoir – mais évidemment pas dans le cas des transsaturniennes!- qu’il a pu s’effectuer après coup en vue précisément de conférer une unité d’ensemble à des éléments épars. (cf notre étude sur ce site « les nostradamologues »)

Au bout du compte, on risque en désespoir de cause de basculer dans une forme de surenchère, de fuite en avant, consistant à tenter de démontrer que ce qui a été prévu était tellement incroyable – par exemple la date de la découverte d’une planète – que cela ne peut que relever d’un vrai prophète, titre que l’on ne serait disposé d’attribuer qu’au légendaire Michel de Nostredame. Ce qui pose la question du caractère proprement prophétique des Centuries et de la possibilité d’évaluer la force intrinsèquement prophétique d’un texte. Vaste sujet!

Terminons par une comparaison édifiante : imagine-ton un tintinologue -historien actuel des Aventures de Tintin - et il en est de très savants (cf P. Assouline, Hergé, Paris, Plon, 1996) – ne pas relier chaque volume de bandes dessinées avec le contexte politique dans lequel le dessinateur belge les fit paraître ou ne pas signaler les retouches subies ultérieurement? Est-ce que nos nostradamologues, pour leur part, sont capables – même dans l’hypothèse, si improbable, d’une parution de la totalité du vivant de MDN – de tenter de nous expliquer l’évolution diachronique entre les différentes strates centuriques (s’échelonnant selon certains sur un laps de temps singulièrement/ridiculement restreint de moins de trois ans, de 1555 (date de la préface à César) à 1558, date de la rédaction de l’épître à Henri II)? On a vraiment l’impression, chez certains, d’une approche totalement intemporelle de la production nostradamique, tant, n’est-il pas vrai, MDN était-il un homme vivant dans et pour le futur, enfermé dans sa tour d’ivoire, indifférent à toute influence propre à son temps alors que, par ailleurs, les quatrains de ses almanachs sont, eux, bel et bien en prise avec l’actualité… Si ses contemporains- dit-on- l’appréciaient était-ce par son aptitude à parler de ce que personne ne connaissait, à savoir le futur lointain, ou parce qu’il savait appréhender leur présent en devenir immédiat?

L’astrologie est-elle une bonne formation pour approcher le corpus centurique? Il est clair, en tout cas, que l’évolution du corpus astrologique n’obéit pas aux mêmes règles que celle du corpus nostradamique, en ce qu’il ne semble pas que l’astrologie soit en rapport de dépendance par rapport aux contextes auxquels elle est confrontée, sauf dans le cas extrême de la découverte de nouveaux astres (cf sur ce point notre étude à paraître « les astrologues saisis par le politique », sur ce site). L’astrologie a-t-elle une tradition exégétique? Probablement dans la façon d’interpréter le thème de personnages célèbres ou de rendre compte d’événements marquants – notamment chez les disciples d’André Barbault, de la collection Zodiaque, au Seuil, aux ouvrages consacrés à certains cycles – c’est là un legs de l’astrologie du XXe siècle mais guère des périodes antérieures. Il en est tout autrement pour le nostradamisme qui s’est constitué une telle tradition sur plusieurs siècles. Encore faudrait-il en tirer les conséquences, pour l’historien du nostradamisme, et retrouver les incidences événementielles qui ont amené à réaliser certaines éditions, comportant certains quatrains. L’avantage de l’astrologie, en l’occurrence, tient au fait que les données astronomiques ne sont pas manipulables alors qu’il en est tout autrement pour les quatrains nostradamiques qu’on ne connaît qu’au travers des données historiques. Mais, revers de la médaille, l’astronomie génère un syncrétisme astrologique en ce que tout ce qui touche aux astres est considéré comme constituant ipso facto un tout à l’instar de tout ce qui se présente comme un quatrain, voir un sixain, prophétique serait à attribuer à MDN. Or, dès lors que l’on attribue à MDN une qualité prophétique, l’Histoire, elle même, cesse d’être un repère fiable. Il ne resterait plus dès lors que les éditions des Centuries lesquelles ne peuvent être datées qu’au moyen des recoupements historiques: cercle vicieux!

Une nouvelle méthodologie s’impose dès lors qui consiste à relever un maximum de données liées à un temps (c’est le principe du terminus) et à un lieu précis, ce qui permet de faire ressortir les processus de syncrétisme (confusion dans la spatialité) et d’anachronisme.(confusion dans la temporalité). Dans chaque cas, il s’agit de montrer que l’on aura mis ensemble des documents qui ont des origines fort différentes et qui ne sont liés que par des convergences de surface. (cf notre étude sur Trois Sept Onze « Penser l’histoire de l’astrologie », septembre 2002). Cela vaut d’ailleurs aussi bien pour les études nostradamiques qu’astrologiques.
 

Notes JH

[jh1] Nous ne visons évidemment pas là des spécialistes du XVIe siècle comme Jean Céard, préfacier du RCN de Benazra – R. Amadou avait été pressenti un moment et avait rédigé à cette intention un texte intitulé Nuées et intelligences, préface en forme d’excursion, au titre inspiré par un passage de la Préface à Césarqui paraîtra séparément en 1992, chez l’auteur – mais qui a été retiré du dépôt légal – ou Jean Dupèbe, éditeur, en 1983, de la Correspondance latine de Michel de Nostredame (que nous désignerons désormais par le sigle MDN) ou encore un Claude-Gilbert Dubois (Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3) auteur d’une étude intitulée « Nostradamus et ses visions d’un futur catastrophique », numéro consacré à Littératures et prophéties, revue Babel, n°4, 2000), d’un Pierre Béhar (Les langues occultes de la Renaissance, Paris, Dejonquéres, 1996) encore que leur contribution à le redatation, sur la base de la contextualité, de la littérature nostradamique ne soit pas marquante, ce qui tient au clivage entre littéraires et historiens.

[jh2] de E. Parker (« La légende de Nostradamus et sa vie réelle », Revue du XVIe siècle, X, 1923) à G. Polizzi (« Lac Trasménien portera tesmoignage ou de l’usage de l’antiquité romaine dans les Centuries », in Nostradamus ou le savoir transmis, dir. M. Chomarat, Actes du Colloque de Salon, La transmission du savoir au XVIe siècle, novembre 1994. Quant à L. Schlosser, il n’hésite pas à qualifier les Centuries de « chronique du passé », La vie de Nostradamus, op. cit., pp. 229-231.

JH (18 septembre 2002)
 
 


Patrice Guinard: Nouvelle réponse aux allégations de Jacques Halbronn

La recherche de Jacques Halbronn est sans doute la première, en quatre siècles, à avoir tenté d’établir une remise en cause radicale de l’authenticité des textes attribués, légitimement selon moi, à Nostradamus, et notamment de ses préfaces aux Centuries et de ses quatrains en vers. On se perd dans la littérature halbronnienne, à l’argumentation acharnée, mais truffée de références partiellement exploitées et au raisonnement étonnamment ancré dans un dessein non dissimulé de dénégation.

Aucun des quatrains centuriques n’aurait été écrit par Nostradamus! Est-il vraiment utile d’élaborer une telle sociologie des faussaires de prophéties, avant d’avoir donné la preuve de leur existence? J. H. soutient l’existence d’ateliers de faussaires, assez habiles pour être passés inaperçus au regard de tous leurs contemporains (et l’on ne retrouve aucune trace, témoignage, allusion ou soupçon de l’existence de ces supposés faussaires dans la littérature afférente), des poètes capables d’imiter les vers aussi bien que la prose d’un érudit aussi distingué que Michel de Nostredame, doués même d’éventuelle qualité de voyance, et ayant organisé le corpus en concertation d’après un canevas arrêté, bien qu’ils eussent laissé ici ou là, malgré leur brio, quelques incompréhensibles marques de faiblesse, comme des vers incomplets, des éditions parachevées paraissant avant des éditions moins complètes, comme celles d’Antoine du Rosne, des vers redoublés, etc … Il s’agit là d’une théorie hallucinée.

Malgré la mise en évidence de certains recoupements et « anomalies » qui questionnent le corpus centurique et dont le futur exégète devra tenir compte, en dépit de la découverte de quelques textes essentiels au débat, produits par des imitateurs, comme un Colony ou un Himbert de Billy, ou par de tardifs et jaloux candidats au rôle prophétique, il ne résulte des analyses de J. H. aucune démonstration probante du caractère apocryphe de l’oeuvre de Nostradamus, et la constatation de l’anti-judaïsme d’un Crespin ne justifie pas cet agencement d’un anti-nostradamisme à vocation « crespinienne ». Il y a une logique du sens, pour le dire avec Deleuze, et pour certains, nul corpus littéraire au sens large, précisément, ne fait sens plus que celui attribué à Nostradamus. C’est parce que Nostradamus a osé commettre « le livre » — mais d’autres l’ont tenté peu avant ou après lui, qu’on pense à François Rabelais ou à Michel de Montaigne — que concurrents, adversaires, représentants cléricaux puis institutionnels, ont voulu, le mettre en lambeaux, et faire de cette ivraie de copies piratées et falsifiées, un instrument à brouiller les pistes dans lesquelles s’engage, pour l’heure seul, notre chercheur téméraire.

Jeter le nourrisson avec l’eau sale du bain versée par des esprits jaloux me semble être une option à ne pas tenter de suivre, et si l’ensemble de l’oeuvre du salonnais est enveloppée d’un cryptage arithmologique, désormais accessible à l’exégèse, comme j’ai commencé à le montrer dans mes précédents textes (voir en particulier, « Les Nombres du Testament comme fils d’Ariane au Corpus nostradamique », CURA, http://cura.free.fr/22mntes2.html) et n’aurais désormais de cesse d’en apporter la démonstration, alors l’enjeu d’un corpus supposé fabriqué au petit bonheur me paraît être une chimère, et quand même il aurait fallu, dans un premier temps, avec prudence, s’en tenir à un simple mais déjà considérable « souffle » poétique, en ne considérant que la capacité d’inspiration du salonnais, si ce n’est de divination, à rencontrer l’histoire.

Car Halbronn n’a pas fait la démonstration de la portée politiquement significative des rares quatrains qu’il a mis en avant, qu’ils soient supposés avoir été composés par des faussaires Ligueurs ou Huguenots. Les quelques vers isolés de leur contexte, en particulier le redoublé VIII.38.1 (« Le Roy de Bloys dans Avignon régner ») et le fameux IV.46.2 (« Garde toy Tours de ta proche ruine »), peuvent être interprétés tout autrement, et surtout devraient l’être en tenant compte de l’ensemble des quatrains auxquels ils appartiennent. Ainsi J. H. ne nous apprend rien du « peuple emonopolle » ou de la cité de Nolle des vers 2 et 4 du quatrain VIII.38, ni des autres vers du quatrain IV.46, supposé apocryphe au prétexte de son exclusion dans une édition tardive (1588) et rouennaise (Raphael du Petit Val).

J. H. nous conte (d’abord dans « Les Prophéties et la Ligue », in Cahiers Saulnier, 15, Paris, 1998) que le vers sur Tours aurait été composé dans le courant de l’année 1588 par des partisans de la Ligue contre les Réformés, et en appelle au siège du gouvernement de Henri IV (encore qu’Henri ait beaucoup bougé pendant les premières années de son règne et lors de ses tentatives successives d’encerclement de la capitale) ; mais ce vers pourrait tout aussi bien se référer à d’autres événements du XVIe siècle (Halbronn le sait, qui s’autorise ici à donner des leçons d’histoire !), comme les guerres incessantes qui ont fait de Tours une ville sinistrée au milieu des années 70 (selon le rapport de l’ambassadeur vénitien Girolamo Lippomano) ou encore l’adhésion avancée de la ville à la cause réformée dès la fin des années 50.

Selon Bossuet, toujours zélé à faire montre d’anti-astrologisme, en 1560, « le roi [François II] résolut de passer à Tours, pour rassurer cette ville, suspecte par le grand nombre d’hérétiques qui y étoient. Ce fut là, et environ dans le même temps, qu’on leur donna le nom de Huguenots. » (Bossuet, Abrégé de l’histoire de France, in Oeuvres complètes, Tome XXIV, Paris, Louis Vivès, 1857, p.566).

Si le prophétique est « à la solde du politique, autrement dit de la raison d’Etat » comme l’affirme Halbronn à la première page de l’introduction de son ouvrage paru aux éditions Ramkat, s’il relève d’enjeux « d’ordre politique, justifiant des manipulations visant à agir sur le cours des choses, généralement à court terme » (p.11 du même ouvrage), il faut en faire la démontration, qui, si elle s’avère toujours aussi délicate aujourd’hui qu’elle peut être supposée l’avoir été au XVIe siècle, et si les intentions supposées des faussaires ne peuvent être rendues plus manifestes, c’est qu’elles sont un simple produit de l’imaginaire de l’exégète.

Autrement dit, la thèse des faussaires n’est aucunement étayée par une analyse sémantique du contenu des quatrains et aucune concordance entre cette supposée « raison d’Etat » et le texte prophétique, quatrains ou préfaces, n’est consolidée. Les présomptions fondées sur quelques vers isolés sont un bien maigre indice, sans l’appui de recoupements annexes.

Or de deux choses l’une : soit l’on admet que le texte de Nostradamus est tellement obscur et indéchiffrable qu’il peut se prêter à n’importe quelle interprétation, soit l’on pose qu’il a un sens et l’on s’attèle à en démontrer les conséquences. Mais supposer d’une part la plurivocité aléatoire du sens comme le fait J. H., et affirmer simultanément que le texte est organisé en vue d’une prétendue manipulation politique, ne semble pas logiquement cohérent. Je le répète : les marques de manipulation politique dans l’ensemble des textes connus de Nostradamus sont inexistants, et au cas contraire il faut en faire la preuve.

En outre il faudrait entrer plus avant dans l’historique de la politique française de l’époque et dans les projets de ses protagonistes majeurs, pour tenter d’illustrer ce qui ne reste qu’une simple présomption. On sait que l’époque la plus déterminante de la Ligue, et notamment les dernières années du règne de Henri III, ont été marquées par une crise sans précédent de la légitimité du pouvoir royal, qui a touché l’autorité du roi d’abord, mais aussi tous ses partisans légitimistes, à commencer par Catherine.

C’est au cours de cette période, dans les années 85-90, soit vingt ans après la mort du prophète de Salon, qu’ont pu se mettre en place des projets de détournement et de falsification du texte salonnais, à un moment où le contrôle admininistratif de l’édition, de l’enregistrement et du stockage de la production littéraire a pu connaître de sérieuses déficiences. C’est à cette époque probablement qu’un Crespin, un parent (?) d’un éditeur genevois du même nom, aura pu produire sa littérature antidatée au service des noyaux activistes huguenots présents dans les grandes métropoles suisses. On notera que cet auteur n’est pas attesté par les compilateurs La Croix du Maine et Du Verdier.

J. H. n’en finit pas de revoir sa copie, et de reformuler la chronologie des parutions successives des Centuries, sans interroger cependant les lignes directrices de sa spéculation :

« Selon nous, les Centuries auront connu au XVIe siècle l’histoire suivante:
1. la période de la production de Michel de Nostredame avec trois temps :
-vers 1555-1556 un premier train de 300 quatrains
-vers 1560-1561 une addition d’une quarantaine de quatrains
-vers 1568-1570, la publication posthume de 3 centuries supplémentaires.
L’on parvenait ainsi à un ensemble de 6 centuries et demie.
2. La période de la Ligue, avec des contributions tant ligueuses que réformées. »
(in Le texte prophétique en France, Thèse Université Paris X, 1999)

Dans sa communication au congrès du CURA (Décembre 2000), Halbronn propose les dates approximatives de 1559 pour les 353 premiers quatrains, de 1568 pour les centuries VIII à X, et de 1588-1590 pour les autres ainsi que pour la préface à Henri II (cf. les « Actes du Colloque C.U.R.A./M.A.U. de Paris », CURA , édition 10, Février 2001).

Dans son ouvrage paru aux éditions Ramkat (début 2002), Halbronn n’attribue plus à Nostradamus que 339 quatrains :
- c. 1555, épître à César
- c. 1570, première édition, perdue, des Centuries (à 300 quatrains)
- c. 1571, seconde édition , perdue, des Centuries (39 quatrains supplémentaires)
- c. 1571, centuries VIII à X et épître à Henry (non due à Nostradamus) etc…

Dans son texte « Jean Dorat et la « miliade » de quatrains » (CURA , édition 19, Juin 2002, repris ici dans « Nostradamus: La controverse Halbronn, Guinard, et ceteri ») Halbronn admet finalement l’existence d’une édition à 1000 quatrains, dès 1568.

Enfin, dans son nouveau texte, « Réflexions sur les méthodes de travail des nostradamologues » (CURA , édition 22, Septembre 2002), Halbronn transforme totalement son dispositif, en réponse aux critiques que nous avions formulées, ce qui donne :
« 1. Sixte Denyse: Edition à 3 centuries pleines (non retrouvée) vers 1569.
2. Barbe Regnault. Edition à 39 quatrains à la IVe Centurie (non retrouvée) vers 1570.
3. Benoist Rigaud. Edition à 1000 quatrains (non retrouvée) vers 1580.
4 Macé Bonhomme. Edition à 53 quatrains à la IVe Centurie. Addition à l’édition de Barbe Regnault vers 1588. Datée de 1555. » etc…

Sans entrer dans le détail, il semble évident que les errements successifs de la reconstitution proposée par Halbronn reposent essentiellement sur la prise en compte de l’édition 19 du Répertoire de Benazra (Paris, Veuve Nicolas Roffet, 1588), édition tronquée aux « trente neuf articles à la dernière Centurie », oeuvre de diversion, et reproduction supposée d’une édition introuvable qui aurait paru en 1561 chez Barbe Regnault, l’éditeur du calviniste Jean de La Daguenière et d’un faux almanach pour l’an 1563.

Dans sa réponse à Lucien De Luca, J. H. qui signale mon article paru dans Atlantis en Mars 2001 et qui aurait été « repris sur le site du CURA », commet une curieuse et inquiétante inversion chronologique : espérons qu’elle n’autorise pas à préjuger de sa reconstitution des parutions du XVIe siècle.

Patrice Guinard
Carcassonne, le 22 Septembre 2002
 
 


Patrice Guinard : Remarques additives sur l’authenticité des premières éditions
 

Note PG (04-11-2007) : Le texte qui suit est paru à la fin de mon « Iconographie commentée des Prophéties de Nostradamus », un article illustré, rédigé le 2 juillet et mis en ligne le 16 juillet 2003 au CURA, mais actuellement soustrait à la consultation en raison des récentes avancées et découvertes depuis la création du CORPUS NOSTRADAMUS début 2006. J’en ai conservé l’essentiel et l’organisation, et me suis contenté d’en écarter quelques passages, désormais incompatibles avec les résultats de mes recherches actuelles. On comprendra les raisons de son rattachement à cette page.
 

Il est vraisemblable que les éditions successives des Prophéties, à 353 quatrains pour la première, 639 et 642 quatrains pour les deuxièmes (ou respectivement 286 et 289 nouveaux quatrains), et 300 pour la troisième, s’inscrivent dans un schéma cryptographique qui a sans doute été partiellement découvert par certains contemporains de Nostradamus (cf. mes textes sur les « Les Nombres du Testament« , CURA, 2002-2003). Les hommes de la Renaissance étaient plus familiarisés avec ces techniques d’organisation et de mise en perspective du texte que nous ne le sommes aujourd’hui. Nul doute par exemple qu’un Jean de La Daguenière, lequel ne serait autre que le fidèle calviniste Théodore de Bèze selon Buget (1861), et qui en 1558 affuble le prophète des qualificatifs de « Triboulet à triple marotte » et de « fol à double rebras », n’ait percé certaines de ses intentions.

L’hypothèse la plus plausible est proche de celle qui a été formulée par Daniel Ruzo en 1975 à partir de l’étude des éditions ultérieures et de certains témoignages, à savoir l’existence de trois éditions lyonnaises, d’une première édition en 1555 (retrouvée à Albi et en Autriche), d’une seconde en 1557, et d’une troisième en 1558, introuvable. Les quatrains des premières éditions (1555-1557) ont été assemblés en une numérotation et en une pagination continues ; la troisième a été agrégée aux deux autres avec une pagination distincte, comme en témoignent la réédition et les retirages de Benoist Rigaud en 1568 et dans les années ultérieures. La preuve de l’existence de ce dispositif en apparence « incomplet », à 942 quatrains précisément, nous est donnée par l’adjonction tardive dans les éditions troyennes de 1605, par des amateurs « perfectionnistes », d’un supplément de 58 sizains qui ont longtemps passé pour avoir été écrits par l’astrologue provençal et que Ionescu utilise encore dans son ouvrage de 1976… Et le titre pompeux, et peut-être ironique, donné aux Prophéties dans les éditions d’Avignon, à savoir « Les Grandes et Merveilleuses Prédictions », ainsi que leur éditeur, Pierre Roux, plaident en faveur d’éditions piratées et peut-être plus tardives que les dates annoncées.

J’ai récemment retrouvé, dans deux catalogues de bibliothèques privées, des mentions de l’existence d’éditions inconnues de Benazra comme de Chomarat, l’une datée de 1557 et donnant Paris, et non Lyon, comme lieu d’édition (Catalogue des livres de la bibliothèque de feu monseigneur le Marechal Duc d’Estrées, Paris, Jacques Guerin, 1740), l’autre datée de 1605 et sans nom de ville, probablement une édition troyenne similaire à l’édition 38 du Répertoire de Benazra, dont le sous-titre se rapporte à une édition de 1558, et non plus de 1568: « Les Prophéties de Michel Nostradamus, revues et corrigées sur la coppie imprimée à Lyon par Benoist Rigaud, 1558, in-8″ (Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. Le Bon Dacier, Paris, Leblanc, 1833).

La recherche sur les catalogues de vente de collections privées anciennes est un travail à accomplir de toute urgence, et la recherche de Brunet sur environ 350 catalogues de ventes aux enchères de bibliothèques privées, soit sur à peine un tiers des catalogues édités, doit être impérativement recommencée, d’autant plus que Brunet s’intéressait assez peu au prophète de Salon.

Depuis la soutenance de sa thèse, Jacques Halbronn spécule sur l’existence d’un gang organisé de faussaires (voir la critique de ses travaux par le Dr. Elmar Gruber). Les éditions tronquées parues sous la Ligue sont hautement suspectes, à commencer par l’édition de la veuve Roffet, Jeanne Le Roy, qui s’appuierait sur une édition Barbe Regnault de 1561. Il est vraisemblable que les contrefacteurs et éditeurs plagiaires parisiens aient couvert leurs activités en se servant de femmes complaisantes, les veuves d’André Berthelin et de Nicolas Roffet. [Sur la dynastie des Roffet, et non « Rosset » comme le croit Halbronn, cf. Philippe Renouard, Imprimeurs parisiens, Paris, A. Claudin, 1898, p.326-328.]

Il est vrai que le sous-titre donné aux éditions Antoine du Rhône de 1557, « dont il en y à [sic] trois cents qui n’ont jamais esté imprimées », reste problématique. Benazra note que « l’éditeur a simplement utilisé une formule lapidaire. » (Répertoire, p.24). Cependant, la différence de 14 ou de 11 quatrains, par rapport aux 300 quatrains inédits annoncés, pourrait trouver son explication dans la décryptage numérologique des éditions successives (voir CN 177).

Terminons par quelques questions de bon sens, auxquelles Halbronn, j’en suis certain, aura la tentation de vouloir répondre.

Dans quel but Nostradamus aurait-il publié une première préface, adressée en apparence à son fils César, séparée, sans quatrains prophétiques mais y faisant référence?

Pourquoi les supposés faussaires auraient-ils fait paraître une édition supposée antidatée pour 1555, à 353 quatrains, si les véritables premières éditions n’eussent contenu que 39 quatrains à la quatrième centurie, d’après les éditions parisiennes tronquées, parues à la fin des années 80?

Pourquoi, comme le remarque Gruber dans son texte paru au CURA, le pauvre Chavigny, présumé auteur ou organisateur complaisant des quatrains, aurait-il remplacé par un astérisque l’expression « Peste à l’eglise » du vers I 52 C (à la page 254 de son Janus), si l’opportunité lui avait été donnée de les falsifier, ou même de les construire lui-même?

Comment les prétendus faussaires s’y seraient-ils pris pour produire un millier de « faux » quatrains, en parfaite maîtrise et imitation de la poétique du prophète, si ce dernier lui-même n’en a produit aucun, hormis ceux apparus dans ses divers Almanachs?

Pourquoi enfin la production d’un tel travail par une supposée alliance insoupçonnée de faussaires ligueurs et réformés, alors que n’apparaissent de manière évidente dans les Centuries que quelques rares vers se rapportant à cette période de l’histoire politique française (Henri III-Henri IV), pourtant proche et particulièrement riche en événements dramatiques relatifs à l’autorité royale?

Tolosa, 2 Juillet 2003
 
 
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Controverses autour de Nostradamus

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28-09-2002, last updated : 06-12-2018
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Jacques Halbronn sur ses Recherches iconographiques sur le prophétisme

Posté par nofim le 4 décembre 2021

Jacques  Halbronn   sur ses Recherches iconographiques sur le prophétisme 

 

 

Nous venons de mettre en ligne deux collections de documents issus de notre diptyque (1999-2007), Le texte prophétique en France  et  La naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle. Nous avons par ailleurs  codirigé  une Documentation Iconographique Astro-Prophétique – sur le site du CURA de Patrice Guinard(décédé en septembre dernier) A 14 ans de distance, nous avons voulu réfléchir sur le role de l’iconographie pour la recherche, ce qui exige la reproduction d’un grand nombre de pièces dans un grand nombre de bibliothèques. En ce sens, cela  vient compléter notre CATAF (Catalogue Alphabétique des textes astrologiques français) mis en ligne en 2001 sur le site du CURA.  Toutefois, il s’agit ici d’une approche sélective associée à des travaux universitaires et non pas d’une présentation en vrac. 

 

 

Tome I Le texte prophétique en France.      Ce tome est acccompagné d’un commentaire associé à chaque pièce dument numérotée, ce qui n’est pas le cas pour le second tome.

 

Nous avons publié à partir de ce corpus plusieurs travaux: en 2002  Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus   et  Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle aux Editions Ramkatn autour des Protocoles des Sages de Sion et en 2005 sur la prophétie des papes de St Malachie, « Papes et prophéties » (Ed Axiome). Par ailleurs, dans la Revue Française d’Histoire du Livre, l’on trouvera des éléments de notre thèse d’Etat  concernant la bibliographie centurique (2011), le Kalendrier des Bergers  et le Mirabilis Liber (Pronosticatio de Lichtenberger) En ce qui concerne la Prophétie d’Orval, sous Louis Philippe, nous lui avons accordé une certaine importance dans le cadre du XIXe siècle, ainsi qu’au dossier Louis XVII Naundorff ou encore Henri V(comte de Chambord).   C’est la survivance du phénomené prophétique à partir de la Révolution Française qui constitue probablement le principal intérêt du dit travail se situant dans la longue durée, depuis la fin du XVe siècle jusqu’au début du XXe.

 

 

 

 

 

 

TOME  II     Naissance de la critique nostradamique   

 

 

Nous avons  accordé la plus  grande importance au verdict des vignettes utilisées pour les titres des  publications associées ou attribuées à Nostradamus. D’ailleurs, c’est ainsi que nous avions voulu montrer que les vignettes des éditions des Centuries censées parues du vivant de Nostradamus étaient reprises en fait d’almanachs ‘pirates » usant de son nom et parus dans le cours des années  1560. Or, les vignettes ne figurent dans les « vraies » publications de Nostradamus qu’en tête de ses Pronostications  et non pas en tête de ses almanachs. Les faussaires ont certainement disposé d’une véritable bibliothèque de « nostradamica », à la fin du XVIe siècle et ils n’ont pas su séparer les bonnes et les « mauvaises »  vignettes si bien que l’édition Macé Bonhomme, Lyon 1555, va se retrouver affubler de la vignette d’un « faux » almanach, ce que les autres chercheurs  (Chomarat, Benazra, Brind’amour, Guinard) n’ont pas signalé, ce qui tient à leur négligence à l’égard de l’argument iconographique.

Notre galerie iconographique  comporte également le dossier relatif à l’epitre au pape Pie IV où Nostradamus annonce un moment antéchristique pour 1566, ce qui sera relayé par des traductions et adaptations en italien. C’est là un aspect souvent négligé de la production nostradamique qui montre que Nostradamus n’était pas focalié sur la fin du xVIIIe siècle comme on aura voulu le faire croire sur la base de sa fausse épitre à Henri II.   

On passe ensuite  à la présence de vignettes  dans des oeuvres qui ne se référent pas explicitement à Nostradamus, d’où leur absence dans les bibliographies  alors même que la dimension iconographique est ici décisive chez Colony. C’est, ironie du sort, chez ces imitateurs tels que Crespin ou Morgard que les fabricants de centuries iront puiser.  Le  cas de Crespin avec sa série d’adresses  a fait croire à Brind’amour qu’il avait repris des quatrains de Nostradamus alors que c’est l’inverse qui se sera produit mais ce subterfuge n’est évidemment pas le fait de ce dernier. Des quatrains hostiles aux Juifs se retrouvent ainsi dans les Centuries. 

L’on passe ensuite du XVIe au XVIIe siècle puisque  notre intitulé s’articule sur les véritables Eclaircissements des quatrains, 1656,  dont nous avons retrouvé le manuscrit (que nous mettrons en ligne prochainement), ouvrage qui avait été le plus souvent attribué à un certain Etienne Jaubert. C’est le temps de la critique biblique – on pense à Richard Simon- et nous inscrivons le travail du dominicain dans l’esprit du temps.

 

 

 

 

 

 

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Jacques Halbronn Le mirage des connexions interstructurelles en Astrologie. Du piége du structuralisme

Posté par nofim le 2 décembre 2021

Jacques  Halbronn   Le mirage des connexions interstructurelles en Astrologie. Du piége du structuralisme.

On nous parle de périodes s’étendant sur des siècles  (889-1189-1489-1789)chez Albumasar ou Pierre d’Ailly  voire sur deux millénaires avec Charles François Dupuis ou Paul Le Cour: grandes conjonctions de Jupiter et Saturne ou mouvement du point vernal à travers les constellations.     Toute a question est de  savoir sur des périodes aussi longues font sens au regard d’une anthropocosmologie .  Avec Albumsar, il y a plus de 1000 ans de cela, on aura multiplié par 12 les 20 ans qui séparent une conjonction de Jupiter et de Saturne de la suivante, ce qui donne 240 ans que l’on va encore multiplier par 4, ce qui donne la maxima conjunction de 960 ans ou encore, l’on va nous parler d’écarts de 300 ans en 300 ans (cf supra) nous conduisant jusqu’en 1789! Est-ce bien raisonnable? On peut en douter.  Et quid de ces planétes dont la révolution sidérale est près de 3 fois celle de Saturne pour Uranus, et de 6 fois celle de Saturne pour Neptune et tout à l’avenant? Astrologie surdimensionnée dans laquelle certains chercheurs en astrologie se complaisent. Tout cela interpelle la question de la R. A. (Recherche Astrologique).  Pour notre part, nous sommes en faveur d’une astrologie plus sociologique qu’historique et qui n’a pas besoin de la longue durée pour exister. C’est pourquoi nous sommes un paritisan du cycle de 15 ans qui nous semble tout à fait approprié pour appréhender le fonctionnement des sociétés, quitte à proner un demi-cycle de Saturne et non comme Pierre d’Ailly et d’autres, dix cycles de Saturne, soit 300 ans. 

Quand nous observons le systéme d’Albumasar, nous dirons que son principal défaut est de s’articuler sur les triplicités (les 4 Eléments,  Feu, terre, air, eau)  et non sur les quadruplicités (cardinaux, fixes, mutables). Or, si les quadruplicités correspondent aux axes équinoxiaux et solsiciaux, qui sont des données scientifiques, en revanche, la répartition des signes entre les Quatre Eléments  n’a pas le même fondements que celle des signes cardinaux ou mobiles. Mais force est de constater qu’Albumsar a ainsi apporté une assise à la triplicité à partir du cycle Jupiter-Saturne. Notons dans le même ordre d’idée, la question des domiciles des planétes dans la Tétrabible de Ptolémée, associés aux 12 signes zodiacaux, en dédoublant  les planétes, ce qui donne deux domiciles à chacune, ce qui astronomiquement confère à celles-ci une sorte d’ubiquité. On pourrait également citer le Sefer Yetsira (Livre de la Création/Formation) cherchant à associer les  22 lettres de l’alphabet  hébraique aux 12 signes, aux 7 planétes et aux Eléments (réduits à 3 lettres) 

Mais il s’agit  là d’ »une tentative de conférer un cadre à ces conjonctions tout comme d’aucuns ont cru bon de relier les périodes de 300 ans aux grandes conjonctions Jupiter-Saturne, dans un souci de connexion entre les différentes structures connues en astrologie et/ou  en astronomie. On notera aussi que la mode des 12 planétes (avec deux transplutonniennes) se fondait sur le fait qu’il y avait 12 signes/constellations, eux mêmes liés aux 12 conjonctions soli-lunaires. D’aucuns ont préconisé les conjonctions entre planétes mais dans ce cas, il n’y a plus assez d’interstructuralité: c’est ce qui s’est passé avec André Barbault tant avec le traitement du cycle Saturne-Neptune qu’avec l’indice cyclique qui ne comporte même pas de périodes égales et ne tient pas compte des axes équinoxiaux et solsticiaux comme vecteur de structuration. On passe d’une extreme à l’autre, de Charybde en Scylla! 

Selon nous, l’astrologie n’a pas vocation à structurer l’Histoire de l’Humanité comme le prétendent les ères précessionnelles de 2160 ans   ou les conjonctions selon Albumasar. Dans ces deux cas, l’Histoire des Religions est censée valider de tels dispositifs. On spécule alors sur les changements de religion. Jean Bodin, dans sa République, s’interrogeait à la fin du XVIe siècle sur la possibilité pour les astres de rendre compte de la mutation des  royaumes.(cf aussi Richard Roussat, en 1550). Nous pensons que le Droit Constitutionnel nous fournit une bonne échelle de temps même si celle-ci ne s’appuie pas – ce qui n’est pas son moindre défaut- sur des données astronomiques en dehors du cadre annuel Le double septennat nous semble la bonne mesure, ce qui renvoie aux sept années de vaches grasses et aux sept années de vaches  maigres (Livre de l’Exode) 

Le structuralisme pousse le chercheur à établir des passerelles entre les différents dispositifs de la tradition astrologique, au nom d’une quête éperdue de synchronie. Au lieu de réfléchir sur la corruption et l’altération diachronique des savoirs, le structuralisme nous apparait comme l’outil par excellence de toute démarche apologétique, ce qui le conduit à renoncer à toute approche critique.

 

 

 

 

JHB 02 12 21

 

 

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Jacques Halbronn. La dérive des astrologues vers Pierre d’Ailly et Nostradamus: Denis Labouré, Yves Lenoble, Patrice Guinard

Posté par nofim le 2 décembre 2021

La dérive des astrologues  vers Pierre d’Ailly  et Nostradamus:  Denis Labouré, Yves Lenoble, Patrice Guinard    par  Jacques  Halbronn   

 

 

 

 

On s’efforcera ici de comprendre ce qui aura conduit certains chercheurs en astrologie à se référer à des oeuvres assez hybrides telles que celles associées à Pierre d’Ailly (XVe siècle) et à Nostradamus(XVIe siècle)   Nous sommes d’autant plus à traiter de ce phénoméne que nos travaux universitaires (thèse d’Etat 1999 et post-doctorat, 2007) traitent du prophétisme alors que notre première thèse (1979) parut (en 1985) sous le titre « Le monde juif  et l’astrologie »‘. Comment comprendre, interpréter un tel glissement?  Dès 1994, nous avions publié un catalogue ‘Astrologie et Prophétie », dans le cadre d’une exposition dont noué étions le commissaire à la Bibliothèque Naionale.

Denis Labouré a publié récemment  « Astrologie a Religion au Moyen Age » tout en s’y consacrant essebntiellement au cardinal Pierre d’Ailly comme indiqué sur la 4e de couvertur e qui ne mentionne que ce seul  « rédigea au XIIIe siècle  » alors qu’il appartient à la fin du XIVe siècle et au début du XVe! (1351-1420), ses textes principaux datant du XVe siècle et notamment ceux qui traitent de la fameuse année 1789 et qui datent de 1414!

Or l’astrologie de Pierre d’ailly n’est pas du meilleur aloi en ce qu’elle combine allégrement données astronomiques et computations numériques habillées allégrement d’astronomie.  En effet, la série 889-1189-1489-1789 ne comporte aucun support astronomique valable car le fait d’observer que les 300 ans qui séparent ces différentes dates renverrait à Saturne est « tiré par les cheveux », si ce n’est que cela témoigne sociologiquement  d’un certain intérêt pour cet astre dans la tradition astrologique avec ses environ 30 ans de cyclicité. C’est un peu prendre des vessies pour des lanternes.  Yves Lenoble - pas trop  regardant – met pour sa part en avant la « réussite » prévisionnelle de Pierre D’Ailly à mettre au crédit de l’Astrologie. » L’astrologie s’est en effet toujours voulu annonciatrice des grands événements de l’Histoire. Ainsi, le cardinal d’Ailly et Nostradamus avaient prévu très longtemps à l’avance la révolution de 1789. Et d’ores et déjà, les prochains rendez-vous planétaires du XXIè siècle sont annoncés » (Le Voyage etc) On instrumentalise donc Ailly au service de la cause astrologique. Il eut convenu, plus prudemment, de saluer la tentative assez vaine de la part du cardinal  en faveur de l’astrologie, ce qui lui permettait de reporter les échéances prophétiques vers un futur lointain, en ces temps agités du début du XVe siècle. Au XVIe siècle,  ces spéculations se retrouveront chez Richard Roussat mais aussi dans la pseudo épitre de Nostradamus adressée au Roi de France Valois Henri II , datée de 1558. »icelle année  sera faicte  plus  grande persécution   de l »église  chrestienne que n’a esté faicte en Afrique  & durera cette cy  iusques l’an mil sept cens  nonante deux que l’on  cuydera  estre  renovation de siecle  Après commencera  le peuple  Romain  de se  redresser  & déchasser  quelques obscures  ténébres  recevant quelque peu   de leur pristine clarté non  sans  grande division   et continuel  changement »

Or selon nous, ce texte qui ouvre le second volet des Centuries est en phase avec l’inspiration réformée des trois dernières centuries, où l’on annonce la victoire contre les Lorrains, c’est à dire la maison de Guise, au coeur du camp ligueur.  Autrement dit, il s’agit de l’annonce d’une victoire de l’Eglise Chrétienne, ce qui désigne ici les Protestants, les Catholiques devant à terme  se « redresser » et renoncer à leurs errances.  Patrice Guinard aura beaucoup investi, dans les 20 dernières années de sa vie, sur Nostradamus mais ce ne fut pas spécialement sur la partie proprement astrologique de l’oeuvre authéntique de cet auteur mais bien autour des Centuries dont le contenu astrologique se limite aux textes en prose -dédiés à César et à Henri II, pour l’essentiel; outre le fait que la mention de 1792, on l’a montré plus haut, ne comporte qu’artificiellement un contenu proprement astrologique.  Mais qu’était allé faire le fondateur du CURA dans cette galère, comme si une fois soutenue sa thèse de doctorat sur l’astrologie, en 1993, il avait voulu passer à autre chose, ce qui peut se comprendre, d’un point de vue cyclique? Voilà donc Yves Lenoble se référant-on l’ a vu- à Pierre d’Ailly et à Nostradamus pour des textes qui n’ont d’astrologique que le nom..Notons que Lenoble s’est lui aussi beaucoup intéressé à Nostradamus, comme l’atteste en  novembre 2004, sa participation active à la session Nostradamus que nous avions organisée et filmée. De même Guinard, en décembre 2000 avait il débattu sur le sujet lors d’un colloque co organisé MAU-CURA (également filmé).. On est donc là dans les marges de l’astrologie, de l’instrumentalisation de celle-ci à des fins politiques.  Demandons-nous donc, à présent, quelles ont pu être les causes d’un tel  glissement vers des formes douteuses de la production  » astrologique » au cours des dernières décennies. 

On notera que Lenoble et Guinard, nés à 10 ans d’intervalle (1947 et 1957), ont en commun d’avoir été marqués dans leur formation par l’enseignement de Jean-Pierre Nicola ‘(né en 1929) et de nous avoir fréquenté l’un et l’autre, l’un dans les années 70, l’autre dans les années 80 et au delà. Pourtant Guinard avait trouvé quelque intérêt dans l’Histoire de l’astrologie  à la  fin du XVIIe siècle, (et notamment de l’oeuvre d’Eustache Le Noble, 1697) du fait de la fréquentation assidue de notre Bibliotheca Astrologica,  ce qui fut d’ailleurs aussi le cas de Denis Labouré, d’où la publication, chez Pardés, du traité d’astrologie horaire de Claude Dariot, contemporaine de Nostradamus, en 1990. A vrai dire, nous nous souvenons assez mal de ce qui a pu entrainer Patrice Guinard dans le champ nostradamique mais nous tendons à penser que ce fut peu ou prou à notre exemple. Il est vrai que l’HIstoire de l’astrologie  a pu sembler moins excitante pour l’esprit  que celle du prophétisme et singulièrement du personnage de Michel de Nostredame.(1503-1566) et Guinard ne se sera d’ailleurs pas privé de se lancer dans l’interprétation de certains quatrains centuriques, et dans une démarche hagiographique que nous avons pour notre part, entendu démystifier, ce qui nous aura souvent opposés, notre approche étant sensiblement plus critique. Cela nous fait penser à ces étudiants en médecine trouvant la matière par trop aride et obliquant vers la psychiatrie, voire vers la psychanalyse. Il est possible également que le débat autour de Nostradamus entre spécialistes avait une autre tenue que celui entre astrologues. Guinard a pu penser qu’il saurait mieux faire la preuve de ses talents  parmi les uns que parmi les autres mais  il dut se heurter à nos propres positions qui ne l auront pas toujours épargné et l’on est en droit de penser que cela aura pu le miner.  Le probléme de Guinard aura tenu au fait qu’il se focalisait exclusivement sur le dossier Nostradamus  et qu’il n’abordait pas le champ du prophétisme dont le dit dossier n’était qu’une manifestation parmi d’autres, trop centré sur la période d’activité de Nostradamus dans le temps comme dans l’espace, ce qui l’empecha  probablement d’opérer certains recoupements intertextuels et de faire la part de l’imposture et de l’antidatation qui sont au coeur de tout le corpus prophétique et astrologique.

Pour en revenir à Yves Lenoble, lequel  place André Barbault au même niveau que Nostradamus !

 

  »Il y a trente ans André Barbault annonçait une pandémie mondiale pour 2020 après avoir prédit, entre autres, dès 1955 la chute de l’Empire soviétique en 1989! L’astrologie s’est en effet toujours voulu annonciatrice des grands événements de l’Histoire. Ainsi, le cardinal d’Ailly et Nostradamus avaient prévu très longtemps à l’avance la révolution de 1789. Et d’ores et déjà, les prochains rendez-vous planétaires du XIè siècle sont annoncés » (Le Voyage etc). Etrange erreur que de situer le texte de Barbault sur la pandémie « 30 ans en arrière alors qu’il parut en 2011:  Mais que dire de l’annonce de la « chute de l’empire soviétique » mis sur le même pied que celle de la Révolution Française de 1789? Dans les deux cas, il  y a abus:  Barbault aura point certes 1989 mais aucunement dans le sens que décrit Lenoble. Tout prouve au contraire que Barbault voyait -du moins jusque ans le cours des  années soixante,  en 1989  la victoire finale de l’URSS.  Quant à 1789, le contexte de l ‘EPitre à Henri II ne permet nullement d’affirmer  que ce qui était annoncé aura en quoi que ce soit correspondu aux événements de la fin du XVIIIe siècle, comme nous l’avons montré plus haut. Saluons tout de même ce paralléle mis en exergue  entre 1789 et 1989. 

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JHB  02 12 21

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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jacques Halbronn Le cycle de 15 ans, 7 ans d’élection et 7 ans de domination

Posté par nofim le 1 décembre 2021

Jacques Halbronn Astrologie EQSOLS  Le cycle de 15 ans avec ses  7 ans d’élection et ses 7 ans de domination   

 

La phase équinoxiale est une phase d’expansion alors que la phase solsticiale est une phase d »election. En cette période de primaires, où il s’agit de départager des candidats de façon à déterminer lequel sera porté par ses concurrents, il convient de rappeler qu’il y a un temps pour se mesurer aux autres et un temps pour que « le meilleur gagne », « l’emporte’. Cela doit être la base, le fondement d’une nouvelle donne, d’une nouvelle philosophie du Droit Constitutionnel. Il y a un temps pour chaque chose comme dit le Livre de l’Ecclésiaste attribué au roi Salomon, au sein du canon biblique juif. Il importe donc de ne pas se tromper de temporalité, comme c’est trop souvent le cas quand on veut aller trop vite, trop tôt en besogne ou au contraire, quand on a un train de retard et que l’on s’est trompé quant à l’esprit de la phase en cours.

  Récapitulons: il y a un temps pour mettre en avant les différences, la diversité des choix, de façon à  ce que les électeurs se soient vus présenter toutes les options. Ce n’est pas le moment de se mettre d’accord  mais bien plutôt de s’opposer, de se confronter. En revanche, quand vient l’heure de l’équinoxialité, on sera en quéte d’unité, de soumission à celui qui promet d’être le plus performant.

Si l’on prend le cas du milieu astrologique que nous pratiquons depuis un demi -siècle, la phase solsticiale est le juge de paix, l’un des partis en présence devrait surclasser ses rivaux, du fait d’un processus électoral ou de cooptation, ce qui vaut, par exemple, pour le choix d’un pape par le conclave, il devrait coiffer au poteau ses adversaires. Sa candidature sera entérinée d’une façon ou d’une autre par quelque instance faisant autorité, lors du passage à la phase équinoxiale.

  Rappelons  quelles furet les phases équinoxiales, depuis les années 40 du siècle dernier, sur la base d’un cycle de 15 ans. Un boulevard s’ouvre au vainqueur des joutes pours 7 ans lequel ramasse la mise. Cette grille s’applique à tous les milieux, à toutes les échelles, à condition de bien connaitre et baliser le domaine visé. 

1938 à 1944 

1953 à 1958

1968 à 1975

1981  à 1988

1996 à 2003

2011 à 2018

à venir  à partir de 2025   

La solsticialité siffle la fin de la partie et annonce un « new deal », un nouveau  jeu, sens du tennis. On aura compris que la solsticialité n’est pas le temps d’une domination mais d’une compétition, la domination correspondant à la phase unitaire d’équinoxialité/

 

JHB   01  12  21

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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