Jacques Halbronnn Le Tribiblos de Claude Ptolémée. Le dernier livre divisé en deux.

Posté par nofim le 31 mai 2016

Le tribiblos de Claude Ptolémée. Le dernier livre divisé en deux.

par  Jacques  Halbronn

 

En 2104 nous avions publié un texte sur le même sité, intitulé  « La réception en français de la Tétrabible au XVIIe siècle ». Nous avons pensé interessant de noter que la Tétrbible, ouvrage maintes fois commenté et notamment en France par des astrologues. Nous montererons que la  Tétrabible fut en réalité à l’origine une « Tribible » étant donné que le Livre III aura été  artificielleemnt coupé en deux, ce qui n’aura pas été sans conséquence sur le  fond dans la mesure où l’on aura évacué de la pensée astrologique la partie consacrée au thème de conception, laquelle constitue la première partie du Livre III et non sa totalité.

Le début du Livre IV aurait pourtant du mettre la puce à l’oreille:

« Nous venons de présenter les données susceptibles d’être considérées  avant la naissance ». Cela résume le précédent livre, le troisiéme.

Comment  les commentateurs et traducteurs du XXe siècle ont-ils résumé le dit Livre III dans leur chapeau introductif

Le Livre unique de l’astrologie  (Nil Ed. 2000)  rendu par Pascal Charvet (avec la collaboration scientifique de Robert Nadal, Yves Lenoble et Jean-Marie Kowalski) « :

« Thèmes de naissance individuels : prévisions concernant la naissance, la durée de la vie, le corps et le tempérament, les maladies et les caractéristiques de l’âme ».  Pas un mot sur le « thème de conception » qui est le cœur même du Livre III. D’où les rubriques toutes liées directement au milieu familial: les parents, les frères, les garçons et les filles, les jumeaux, les êtres difformes,  les enfants que l’on ne peut élever, la durée de la vie (en fait dans les premières années), la conformation du corps et du tempérament, les maux dans leur forme aigue et les pathologies chronique du coros, les caractéristiques de l’âme., les pathologies mentales,

 

En note, on peut lire ‘n° 192)  « A la différence de l’astrologie universelle, l’astrologie généthliaque bénéficie de la connaissance de la date de  naissance de l’individu ». Un tel commentaire vaut pour le livre IV mais non pour le Livre III.  Ce qu’on appelle « astrologie généthliaque » recouvre non seulement le thème de naissance mais aussi le thème de conception. Cette astrologie se diviserait donc en deux volets bien distincts, l’un axé sur le thème de conception(dee génération en quelque sorte)  et l’autre sur le thème de naissance.

Le fait que l’astrologie actuelle ignore le thème de conception conduit à un grave contre-sens dans la compréhension de la Tétrabible, d’où le probléme qu’il y a à demander à des astrologues de se pencher sur la Tétrabible, avec le risque évident d’anachronismes.

Pourtant,  le début du Livre III est sans équivoque : »  Le point de départ de  la connaissance de l’homme est par nature  le moment précis où la conception a lieu ». Certes on reconnait que l’on ne dispose pas toujours du moment de la conception mais c’est bien à cette étude et à elle seule qu’est consacré le dit Livre III « au cas où » cette information serait disonible. Si d’aventure, elle ne l’était pas, il conviendrait, nous semble-t-il, que l’on ne se servît point du dit Livre III qui y est consacré, ce qui tombe sous le sens et on l’a vu, le début du  Livre IV  est très explicite à ce propos. Signalons la traduction latine  du début du Livre IV  « ante nativitatem »  ce qui renvoie au thème de conception et « post nativitatem », ce qui renvoie au thème natal.(cf Ptolemy’s Tetabiblos in the translation of William of Moerbecke,.^ed.  G. Vuillemin-Diem, et C. Steel,  Leuwen University Press,  Louvain, 2015)

La façon dont l’édition Charvet découpe le Livre III  ne peut que créer de la confusion: » 4. Subdivisions de l’astrologie des thèmes de naissance (sic)’ On rappellera que les prévisions prévues dans ce Livre ne font guère sens une fois que la naissance a  déjà eu lieu. Le but du Livre III  consiste à préparer les parents à tout ce qui peut survenir lors de la naissance et en son lendemain. Autrement dit, cela ne vaut que pour l’enfant en son état d’enfance et cela concerne l’enfantement. Ni plus ni moins. Le Livre IV prend le relais de ce premier stade qui mérite à lui seul tout un Livre. au regard de l’utilité que l’on attendait alors de l’astrologie.  La mentalité actuelle des astrologues est décalée car étant sur la défensive, ils entendent montrer que l’astrologie confirme ce que l’on sait déjà par ailleurs. Mais telle n »était pas la position des astrologues d’autrefois qui se limitaient à prédire, donc à dire ce que l’on ne  savait pas encore.

Le Livre III ne couvre donc que ce qui a trait au milieu familial, aux maladies pouvant affecter l’enfant etc.ce qui correspond en gros auc premières maisons astrologiques mais ici point question  des dites maisons!

le Livre IV   quant à lui précise, a contrario, son objet: « ‘parmi les sujets accidentels   et extérieurs à lindividu qui doivent être traités maintenant, celui de la fortune matérielle et des honneurs vient en premier etc » On perçooit là un distinguo épistémologique: le Livre III serait plus lié à la médecine et le Livre IV  pencherait plutôt vers la divination et concernerait les thématiques des maisons qui suivent celle relatives à la famille. Soulignons que si les thématiques recoupent celles des maisons, la méthode de travail  recourt à d’autres outils et  notamment aux aspects. Tout se passe comme si la thématique des maisons astrologiques avait emprunté à  l’astrologie exposée dans la Tétrabible aux Livres III et IV ( avec l’horizon séparant les deux  registres), ce qui nous intéresse au prisme de l’Histoire de l’Astrologie, les maisons astrologiques, absentes de  la Tétrabible prétendant parvenir aux mêmes résultats par d’autres moyens

Il convient toutefois de signaler une anomalie au sein du Livre III, à savoir le chapitre consacré à l’Ascendant.(De gradu horoscopi, dans la trad. latine sus mentionnée).

On lit « Une difficulté  surgit souvent au sujet de la donnée première  et la plus importante: l’heure exacte de naissance ». On voit bien que ce chapitre n’est en fait pas à sa place au Livre III.

En réalité, le préambule du Livre III  couvre à la fois le Livre III et le Livre IV, d’où le développement sur l’ascendant et  l’on peut d’ailleurs se demander pourquoi on a 4 livres et pas seulement 3.  D’ailleurs, le « livre IV » ne comporte pas, quant à lui, de préambule à la différence des trois « premiers »

Il est assez évident qu’il n’est que la suite du Livre III.  Autrement dit, on aura artificiellement coupé le Livre III et en fait dernier en deux parties.  On ne peut nullement exclure que l’original ne comportait que trois Livres et non quatre, ik faudrait donc débaptiser  l’ouvrage en conséquence et le nommer  Tribiblos au lieu de Tetrabiblos.

On se perd en conjectures sur cette division du Livre III . Paradoxalement, une telle division aurait du  précisément souligner la différence de contenu entre les deux volets. Or, il ne semble pas que cela ait été le cas, du moins  depuis déjà un certain temps. Est-ce que cette division n’aurait pas été liée à une volonté de distinguer les deux volets du Livre III et dernier, dans les siècles qui suivirent cette intervention. Encore conviendrait-ill d’examiner les manuscrits qui nous sont parvenus.

En tout état de cause,  comme on l’a montré dans un autre article;  il apparait que le dispositif  mis en place dans cet ouvrage ait  servi à détermùiner les signufications des maisons astrologiques qui finiront par s’imposer mais qui n’étaient pas encore de mise dans  le dit ouvrage.

 

Bibliographie complémentaire

toutes ces éditions relévent de la traduction de Nicolas Bourdin (1640), auteur que nous avons abordé à deux reprises, avec les Remarques Astrologiques de Jean-Baptiste Morin, Ed Retz  1975  et avec le Commentaire du Centilogue (sic). Ed  Trédaniel, 1993

1974  La Tétrabible ou les Quatre livres des jugements des astres ; (suivi de) Le Centiloque ou les Cent sentences / Claude Ptolémée ; [trad. par N. Bourdin] ; [notes de René Alleau et Sylvain Matton] , Paris Culture, art, loisirs

Elisabeth Teissier  Ptolémée Manuel d’astrologie. La Tétrabible.  Paris, Les Belles Lettres, 1993

Denis Labouré  Ed Loge Astrologique de France  1985

André Barbault  Tetrabiblos. Le livre fondamental de l’astrologie Ed Oxus  2007

 

 

 

JHB

02 06 16

 

 

Publié dans ASTROLOGIE, HISTOIRE | Pas de Commentaire »

Mise au point sur les étoiles fixes royales sur le site Irna.lautre.net

Posté par nofim le 6 août 2015

 

Gardiennes du ciel

Quittons quelque peu la Terre pour le ciel : à 1h 34mn 12s, à propos du zodiaque, on nous dit, sans donner de référence :

A ces quatre signes sont associées quatre étoiles parmi les plus brillantes du ciel, jadis baptisées « les gardiennes du ciel ». Ce sont Aldébaran dans la constellation du Taureau, Regulus dans le Lion, Antarès dans le Scorpion, et Fomalhaut, au sommet des Poissons [1] à notre époque, mais anciennement dans le Verseau, avant la modification faite par les astronomes modernes [2].

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Quelques mots sur ces « gardiennes du ciel » : même si l’expression se retrouve parfois sur des sites d’astronomes amateurs, elle est surtout fréquemment utilisée par des astrologues ; le court article consacré à ces « gardiennes du ciel » ou, plus communément, « étoiles royales », sur Wikipedia est d’ailleurs classé dans la catégorie « Astrologie ». Les textes mentionnant ces « étoiles royales » sur le net datent de façon très curieuse leur identification ; celle-ci, toujours associée à l’astronomie/astrologie perse, est attribuée à une date surprenante : « il y a environ 5000 ans », « aux alentours du XXXe siècle avant JC »… Or l’empire perse n’est fondé que vers 550 avant JC, les premiers souverains achéménides n’apparaissent que vers 650 avant JC, et même si l’on prend la notion plus large de peuple perse, son installation dans la région de l’Iran actuel n’est attestée qu’au cours du premier millénaire avant JC. D’où vient cette idée d’astronomes perses 3000 ans avant JC, et cette idée d’étoiles « royales » ou « gardiennes » sur lesquelles, c’est le moins qu’on puisse dire, l’archéologie moderne n’est guère bavarde ?

Si l’on remonte un peu dans le temps, on trouve mention des « gardiens du ciel » chez Camille Flammarion, dans un ouvrage de vulgarisation intitulé Les étoiles et les curiosités du ciel, un supplément à L’Astronomie populaire, paru en 1882. Flammarion écrit page 441 :

Nous parlions tout à l’heure de Fomalhaut, ou alpha du Poisson austral.
Remarquons à ce propos que Aldébaran du Taureau, Antarès du
Scorpion, Régulus du Lion et Fomalhaut se trouvent à peu près à
angle droit l’une avec l’autre et partagent le ciel en quatre parties
égales. Ces quatre étoiles, brillantes et remarquables, appelées aussi
étoiles royales, étaient vénérées par les Perses 2500 ans avant notre
ère, comme les quatre gardiens du ciel.

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On retrouve bien là les noms des quatre étoiles gardiennes, ainsi que l’allusion à des astronomes en Perse au troisième millénaire avant JC.

Mais Flammarion ne fait que recopier, quasiment mot pour mot, François Arago, dans le tome I de l’Astronomie populaire paru en 1854 (livre VIII, page 342) :

Aldebaran du Taureau, Antarès du Scorpion, Régulus du Lion et Fomalhaut du Poisson austral, partagent le ciel en quatre parties presque égales. Ces quatre étoiles, très-brillantes et très-remarquables, appelées aussi étoiles royales, étaient sans doute les quatre gardiens du ciel des Perses, 3 000 ans avant J.-C.

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Ces éléments, Arago les reprend lui-même d’autres ouvrages de la fin du XVIIIème siècle. On peut mentionner par exemple un ouvrage du citoyen Dupuis publié en 1795, L’origine de tous les cultes, ou la religion universelle :

Ormusd a encore placé aux quatre coins du ciel quatre sentinelles, pour veiller sur les étoiles fixes. Ce sont vraisemblablement les quatre étoiles Royales de nos Astrologues. L’astre Taschter garde l’Est ; Satevis, l’Ouest ; Venand, le Midi ; Hastorang, le Nord

( 2ème partie, page 720 – « Ormusd » est Ahura-Mazdâ)

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On retrouve surtout la même idée chez Jean Sylvain Bailly, auteur d’une Histoire de l’astronomie ancienne, depuis son origine jusqu’à l’établissement de l’école d’Alexandrie dont la première publication remonte à 1775 :

M. Anquetil, dans sa traduction du Zend-Avesta, nous donne quelques détails sur les idées des anciens Perses à l’égard des étoiles. [...] Quatre grandes étoiles sont, selon eux les surveillantes des autres ; ces étoiles sont taschter, qui garde l’est ; satevis, l’ouest, venand, le midi, hastorang, le nord. Nous pensons que par ces étoiles les Perses ont voulu partager le ciel, et qu’ils les ont désignées comme répondant aux quatre points cardinaux. Or la division des points cardinaux naît de celle du zodiaque par les points équinoxiaux et solstitiaux, et par conséquence les étoiles qui désignent l’est, l’ouest, le nord et le midi désignaient alors les équinoxes et les solstices. Cela nous paraît évident. En conséquence, nous remarquons que vers l’an 3000 avant J.C., les étoiles étant moins avancées de 66° [60° dans l’édition de 1781 - NdlA], aldébaran était précisément dans l’équinoxe du printemps. Cette belle étoile a donc pu être regardée comme la gardienne de l’équinoxe ou de l’est. Antarès, ou le coeur du scorpion, se trouvait aussi précisément dans l’équinoxe d’automne : voilà le gardien de l’ouest. Regulus n’était qu’à 10° du solstice d’été et phomalhaut à 6° du solstice d’hiver. Ces quatre étoiles de la première grandeur, toutes très-brillantes et très-remarquables, forment une division du ciel en quatre parties presque égales, qui a trop de rapport avec celle des Perses pour n’y pas reconnaître une identité parfaite, et pour ne pas déterminer à 3000 ans avant J.C. la date de cette division du zodiaque au moins en quatre parties.

(page 480)

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On a bien là l’origine de l’idée des quatre gardiennes dont l’identification remonterait à 3000 ans avant notre ère ; on admirera au passage le raisonnement magnifiquement circulaire de Bailly à propos de cette date.

Le Zend-Avesta évoqué par Bailly est l’Avesta, qui regroupe les textes sacrés du zoroastrisme. La première traduction française de l’Avesta venait d’être publiée quelques années auparavant, en 1771, par Anquetil-Duperron, sous le titre Zend-Avesta, ouvrage de Zoroastre, contenant les idées théologiques, physiques et morales de ce législateur, les cérémonies du culte religieux qu’il a établi, et plusieurs traits importants relatifs à l’ancienne histoire des Perses. On y trouve, page 349 du tome II :

Ormusd a encore placé aux quatre côtés du Ciel quatre sentinelles, pour veiller sur les Etoiles fixes. Il les a établies surveillantes sur les nombreuses Etoiles des Constellations. Il a établi l’une de tel côté, sur tel lieu, l’autre, de tel autre côté, sur tel autre lieu ; et cela par sa propre force, par sa puissance, lui qui a donné ces Etoiles fixes, comme il est dit : Taschter garde l’Est ; Satevis garde l’Ouest ; Venand garde le Midi ; Hastorang garde le Nord.

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Donc, reprenons : la première mention de ces quatre « gardiennes » apparaît en 1771 dans la traduction de l’Avesta ; elle est ensuite reprise par Bailly, puis par Arago et Flammarion au XIXème siècle, enfin par les astrologues et Jacques Grimault. Il y a par contre un petit problème avec l’identification de ces 4 gardiennes : l’Avesta donne bien sûr leur nom en iranien ancien (avestique). Anquetil-Duperron identifie les 4 étoiles ainsi : Taschter est Sirius (page 186 note 1), Satevis est l’oeil austral du Taureau (Aldébaran – page 186 note 2), Venand ou Venant est le pied d’Orion (Rigel – page 187 note 1), et Hastorang la Grande ou la Petite Ourse (Anquetil-Duperron traduit Hastorang par « les sept étoiles » – page 187 note 2).

Or on constate que Bailly, s’il reprend dans son Histoire de l’Astronomie ancienne les noms avestiques des quatre « surveillantes », ne les identifie pas aux mêmes étoiles : pour lui Taschter est Aldébaran et non Sirius, Satevis Antarès et non Aldébaran ; quant à Venand il l’assimile à Regulus, et Hastorang à Fomalhaut, deux astres non mentionnés par Anquetil-Duperron. Comme on l’a vu par l’extrait cité plus haut, le raisonnement de Bailly est parfaitement circulaire : il décide que l’astronomie perse débute vers l’an 3000 avant JC, constate qu’à cette date ces quatre étoiles-là sont dans la position souhaitée, en déduit que ce sont bien ces quatre étoiles qui sont les quatre « surveillantes », et termine en concluant que c’est donc bien la preuve que l’astronomie perse débute en 3000 avant JC : la boucle est bouclée.

Tous les auteurs suivants ont repris les quatre étoiles identifiées par Bailly ; on les retrouve mentionnées par Dupuis (page 258-9 du volume I de L’origine de tous les cultes), Aldébaran et Antarès pour l’Est et l’Ouest, Régulus et Formalhaut pour le Sud et le Nord. A noter cependant que pour cette dernière Dupuis semble un peu hésitant, puisque dans le volume I page 69 il nous dit que Hastorang « prend son nom des étoiles de l’Ourse »… Dupuis semble bien être également celui qui a introduit l’idée d’étoiles « royales », nullement présente dans l’Avesta, où ces étoiles sont plutôt qualifiées de « sentinelles », « surveillantes », et souvent de « généraux », « chefs » des armées célestes formées des étoiles opposées à l’esprit du mal, Ahriman ou Angra Mainyu. Bailly parle de « surveillantes » et « gardiennes », alors que Dupuis précise lui que « ces étoiles reçurent la dénomination pompeuse d’étoiles royales » (volume I page 259).

Par la suite, d’Arago à Flammarion, à Théophile Moreux (qui les évoque pages 123-124 (nouvelle édition de 1943) de La science mystérieuse des Pharaons), et aux divers auteurs plus ou moins sérieux qui ont repris le mythe créé par Bailly et Dupuis, c’est cette version qui s’est imposée : quatre étoiles « gardiennes » ou « royales », Aldébaran, Antarès, Regulus et Fomalhaut, le tout remontant à environ 3000 ans avant JC.

Or l’assimilation des quatre « sentinelles » aux quatre étoiles ci-dessus est loin de faire l’unanimité. Elle repose, comme on l’a vu plus haut, sur un raisonnement circulaire qui n’est appuyé sur aucun élément linguistique, historique ou archéologique. Par exemple, selon George Allen Davis Jr., qui a écrit pour le magazine américain Popular Astronomy un article intitulé « The so-called royal stars of Persia », trois des « sentinelles » doivent être associées plutôt à des constellations : Satevis (« Satevaesa », dont la signification est « une centaine de maisons ») serait la constellation du Verseau plutôt que la seule Fomalhaut, Venant (« Vanant », le victorieux, mais aussi celui qui pique, qui châtie) serait la constellation du Scorpion avec Antarès, et Hastorang (« Haft-Aurang », les 7 trônes ou les 7 cieux) serait la Grande Ourse. De son côté, Gary David Thompson écrit : « Seuls deux d’entre elles peuvent être raisonnablement identifiées, Tišhtya avec l’étoile Sirius, et Haftoreng avec les étoiles de la Grande Ourse. Cependant, de nombreuses publications continuent à identifier Aldébaran, Antarès, Fomalhaut et Régulus avec les quatre étoiles cheftaines (royales) de Perse. Cette erreur repose de façon évidente sur le livre publié il y a 105 ans, Le nom des étoiles, par l’astronome amateur américain Richard Allen. (L’identification d’Aldébaran, Antarès, Fomalhaut et Régulus fut proposée au départ par l’historien et astronome français du XVIIIème siècle Jean Bailly) ».  D’une manière générale, l’identification de Taschter (aujourd’hui rendu plutôt comme Tishtrya ou Tishtar) avec Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel, qu’avait faite Anquetil-Duperron, est considérée comme valide par les traducteurs et spécialistes modernes de l’Avesta, qui soulignent son rôle de divinité pourvoyeuse de pluie ; alors que l’identification avec Aldébaran n’est reprise que par ceux qui utilisent Flammarion ou Bailly comme source, et n’est défendue ni argumentée par personne.

L’identité des quatre « gardiennes du ciel » nommées dans le film ne repose donc que sur l’interprétation, elle-même non étayée, de Bailly en 1775… sans compter que, selon ce site :

La reconstitution de ce ciel des anciens montre que ce partage du ciel par les quatre étoiles est approximatif. En 3150 av J.C. Aldébaran et Antarès étaient à peu près à la place qui leur revient, mais Régulus et Fomalhaut en étaient distantes d’une dizaine de degrés. Par contre, vers 2300 avant J.C. Régulus et Fomalhaut étaient à leurs places, et c’est Aldébaran et Antarès qui ne l’étaient plus. Au millénaire suivant, ce repèrage avait perdu son sens, et du temps d’Ézéchiel, encore bien plus.

Ce que disait déjà, près de deux siècles plus tôt, Delambre dans son Histoire de l’astronomie ancienne (volume 1 page 433) :

[Bailly] cherche à prouver que 3000 ans avant notre ère, les Indiens observaient.
Le Zend-Avesta rapporte que quatre étoiles gardaient les quatre points cardinaux du monde. Peut-on imaginer rien de plus vague qu’une pareille remarque ? Or, dit Bailly, Aldébaran et Antarès n’étaient alors qu’à 40’ des équinoxes. On voit en effet que ces étoiles sont diamétralement opposées, au moins en longitude. Où sont les deux autres qui devraient être à 90° des premières ; nous n’en trouvons que de sixième grandeur ou de cinquième tout au plus. Bailly se rejette sur Régulus et sur le Poisson austral, qui sont à 6 et 11° des deux autres points cardinaux.

Annales chinoises

A partir de 1h 38mn 14s on en arrive enfin à l’hypothèse centrale de M. Grimault : les pyramides et le sphinx forment une « horloge » destinée à avertir d’un cataclysme cyclique menaçant la planète :

J’allai fouiller les écrits anciens. On trouvait curieusement dans les mythes, légendes et croyances d’un grand nombre de peuples de notre planète la même idée d’évènements cycliques. La destruction par l’eau revenait souvent, tout comme celle d’une atteinte future par le feu, comme en témoignaient l’Apocalypse de Saint Jean, ou les textes sacrés hindous appelés puranas.

L’idée « d’évènements cycliques » est illustrée dans le film par deux pages mentionnant des Annales chinoises et évoquant des rapports entre Egyptiens et Chinois :

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Ces pages proviennent d’un mémoire de Joseph de Guignes, publié en 1774 dans le volume 36 de Histoire de l’Académie royale des inscriptions et belles lettres sous le titre « Examen critique des Annales chinoises, ou Mémoire sur l’incertitude des douze premiers siècles de ces annales, et de la chronologie chinoise » (à partir de la page 164).

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Comme on peut le voir dans ce mémoire, ainsi que dans le suivant dans le même volume (« Idée de la littérature chinoise en général »), Joseph de Guignes était obsédé par l’idée de trouver des liens entre Egyptiens et Chinois, idée qu’il avait déjà développée en 1758 dans un autre mémoire lu devant l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, « Mémoire dans lequel on prouve que les Chinois sont une colonie égyptienne ». Inutile de préciser que cette idée fut très rapidement ridiculisée, par exemple dès 1759 par l’orientaliste Le Roux Deshauterayes, qui sermonnait ainsi Joseph de Guignes :

Ce n’est pas assurément que je ne crois très-permis de proposer de semblables paradoxes, fussent-ils même encore plus extraordinaires que ceux-là ; mais je pense qu’en les proposant on doit être ou sur une grande réserve quant à l’expression, ou muni des preuves les plus incontestables. Lorsqu’on n’a que de légères vraisemblances à alléguer et des promesses à faire, devrait-on prendre ce ton décisif et imposant qui n’appartient qu’à la certitude ? Il s’agit moins dans les découvertes historiques d’annoncer du merveilleux que de publier des vérités.

On peut se demander quelles « vérités » Jacques Grimault a pu tirer de ce texte de Joseph de Guignes ; ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas pu en tirer, contrairement à ce que laisserait entendre la narration du film, la moindre information sur « l’idée d’évènements cycliques » dans la Chine ancienne. Le mémoire n’est en effet qu’une description des annales historiques des diverses dynasties chinoises, dont l’auteur essaie de montrer qu’elles sont très imprécises pour les périodes antérieures à l’ère chrétienne. L’idée de « cycle » n’y apparaît qu’en liaison avec celle de calendrier (cycle de soixante ans), jamais en faisant référence à des évènements, encore moins de type cataclysmique (destructions par le feu ou l’eau). Du coup on se demande vraiment ce que vient faire cette référence à ce moment du film, à part peut-être susciter chez le spectateur l’idée que les Chinois partageaient l’idée de destruction cyclique évoquée par les textes de l’hindouisme. A noter par parenthèse que si l’idée d’un cycle de destruction/recréation du monde au cours d’un âge (Mahayuga) de quatre cycles (Yugas) est bien présente dans les Puranas, en particulier dans le Vishnu Purana, c’est avec une échelle de temps qui n’a pas grand chose à voir avec celle évoquée par le film (où le seul cycle évoqué est le cycle de 25 800 ans de la précession des équinoxes), puisque la durée du Mahayuga est de plus de 4 millions d’années, et celle du Kali Yuga, dans lequel nous sommes censés être, de plus de 400 000 ans…

Philosophes grecs

L’idée de cataclysmes cycliques est ensuite renforcée par l’appel aux philosophes grecs (illustrés par « L’école d’Athènes » de Raphaël) à partir de 1h 38mn 34s :

Plusieurs auteurs grecs évoquaient eux aussi des cataclysmes cycliques, l’un d’entre eux précisait même la période à laquelle ils se produisaient : tous les 10 à 12 000 ans. Ce qui semblait étrangement correspondre au récit de Platon et à la disparition de la fameuse Atlantide, histoire rejetée par la science moderne. Tout comme les écrits d’Aristote, autre savant grec jugé plus fiable, concernant de grandes révolutions dans l’espace environnant la Terre, qui entraînent la disparition cyclique de ce qui recouvre le globe.

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Il y a malheureusement de nombreuses approximations dans ce paragraphe. Parmi les auteurs grecs évoqués ici, il y a probablement Héraclite, à qui on attribue souvent l’idée de ces « cataclysmes cycliques », idée qui aurait été reprise ensuite par les Stoïciens qui imaginent le monde finir dans une conflagration puis recommencer à l’identique dans un éternel retour (voir « Eternel retour et temps périodique dans la philosophie stoïcienne » de Jean-Baptiste Gourinat). La pensée d’Héraclite, que l’on ne connaît que par une centaine de fragments repris par d’autres auteurs, est assez complexe, et bien différente de ce qui en est souvent présenté et qui a été contaminé par les idées stoïciennes. Il y a tout d’abord l’idée du feu comme principe fondamental du cosmos :

Ce monde, le même pour tous, ni dieu ni homme ne l’a fait, mais il était toujours, il est et il sera, feu toujours vivant, s’allumant en mesure et s’éteignant en mesure.

( fragment 30, Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 104, 2)

Le monde, éternel, est feu ; mais ce feu subit des fluctuations, se transformant en « non-feu » (terre, mer), qui à son tour nourrit le feu :

Conversions du feu : d’abord mer, de mer, la moitié terre, et la moitié souffle brûlant. [...] [Terre] se dissout en mer, et est mesurée selon le même rapport qu’avant de devenir terre.

(fragment 31, Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 104, 3 et 104, 5)

Mort de la terre, de devenir eau, mort de l’eau, de devenir air, de l’air, de devenir feu ; et inversement.

(fragment 76, Marc Aurèle, Pensées, IV, 46)

Pour une analyse de ces fragments, voir les Fragments d’Héraclite, traduits et commentés par Marcel Conche (pages 279 à 286, 289 à 292 et 297-298).

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Plutôt qu’une « fin du monde », on a donc chez Héraclite transformation permanente, passage du feu au non-feu : « Le devenir est une suite de morts et de naissances, de naissances et de morts, et cela nécessairement, car les opposés sont uns : la mort est naissance, la naissance est mort. Le sort de tout ce qui est fini, particulier (qui est « terre » et pas autre chose, etc.), est de disparaître, de céder la place à un autre fini, un autre particulier. » (Marcel Conche, page 298). Et cette transformation se fait de façon régulière, « en mesure » (fragment 30). A quel rythme ? rien dans les fragments connus d’Héraclite ne permet de le déduire ; mais des auteurs plus tardifs, en particulier le Romain Censorin dans De Die natali (« Le jour natal »), lui attribuent l’idée d’un cycle de 10800 ans, ce qui se rapproche des « 10 à 12 000 ans » évoqués par le film. D’autres encore, probablement par une erreur de traduction, portent la durée du cycle selon Héraclite à 18 000 ans (Plutarque, Les opinions des philosophes, livre second, chapitre XXXII).

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Cette idée d’un « cycle de 10800 ans » qu’aurait défendu Héraclite se trouve, chez Censorin, au sein d’un chapitre (chapitre XVIII) de son ouvrage consacré à la notion de « grande année », présente chez beaucoup d’auteurs grecs. On la trouve par exemple chez Platon, dans le Timée, sous le nom « d’année parfaite » :

Il est néanmoins possible de comprendre comment la véritable unité de temps, l’année parfaite est accomplie, lorsque les huit révolutions mesurées par le circuit et le mouvement uniforme du même, sont toutes retournées à leur point de départ.

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La « grande année » ou « année parfaite » est donc le temps nécessaire pour que les cinq planètes connues des Grecs anciens, plus le Soleil et la Lune, se retrouvent dans la même configuration par rapport à la Terre et à la sphère des fixes. Platon ne donne pas de valeur à cette période, mais Censorin note que chaque auteur grec lui donne une valeur différente (De Die Natali, chapitre XVIII) :

Cette année, d’après l’opinion d’Aristarque, se compose de 2484 années solaires. Arétès de Dyrrachium la fait de 5552 années ; Héraclite et Linus, de 10 800 ; Dion, de 10 884 ; Orphée, de 100 020 ; Cassandre, de 3 600 000. D’autres enfin ont considéré cette année comme infinie, et ne devant jamais recommencer.

Cette dernière opinion est sans doute la plus justifiée puisque, selon la newsletter de décembre 2012 (n° 85) de l’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides :

Ces cycles n’ont aucune réalité physique, la connaissance des révolutions sidérales moyennes des planètes, même arrondies aux jours, donne une hypothétique période synodique des planètes plus grande que l’âge actuel de l’Univers !

Censorin mentionne également, concernant cette « grande année », la croyance des auteurs grecs en une alternance d’embrasements et de déluges :

Cette année a un grand hiver, appelé par les Grecs κατακλυσμὸς, c’est-à-dire déluge ; puis, un grand été, nommé ἐκπύρωσις, ou incendie du monde. Le monde, en effet, semble être tour à tour inondé ou embrasé à chacune de ces époques.

En fait, seuls chez les philosophes grecs les Stoïciens reprennent cette idée d’une alternance de cataclysmos et ekpyrosis, idée qui provient directement du Babylonien Bérose, prêtre et astronome/astrologue :

Bérose, traducteur de Bélus, attribue ces révolutions aux astres, et d’une manière si affirmative, qu’il fixe l’époque de la conflagration et du déluge. « Le globe, dit-il, prendra feu quand tous les astres, qui ont maintenant des cours si divers, se réuniront sous le Cancer, et se placeront de telle sorte les uns sous les autres, qu’une ligne droite pourrait traverser tous leurs centres. Le déluge aura lieu quand toutes ces constellations seront rassemblées de même sous le Capricorne. Le premier de ces signes régit le solstice d’hiver ; l’autre, le solstice d’été. Leur influence à tous deux est grande, puisqu’ils déterminent les deux principaux changements de l’année. »

(Sénèque, Questions naturelles, Livre III)

On retrouve enfin ici le concept de cataclysmes cycliques évoqué par le film, mais à nouveau avec une échelle de temps qui n’est pas du tout celle de la précession des équinoxes, puisque, d’après Eusèbe de Césarée (Histoire universelle, Chronographia, dans sa version arménienne),  Bérose envisageait une « grande année » de 432 000 ans :

Dans son second livre, il parle des dix rois des Chaldéens et du temps de leurs règnes, cent vingt saroi c’est-à-dire quatre cent trente deux mille années jusqu’au cataclysme.

(Le saros de Bérose correspond à 3600 ans, et n’a rien à voir avec le saros des astronomes, voir « L’origine du nom saros » sur le site de l’Institut de Mécanique Céleste)

Si Bérose semble avoir inspiré directement certains Stoïciens, pour qui l’ekpyrosis est le préalable à l’apocatastase, la restauration du monde en son état originel, le lien que fait le film entre ces idées de destruction cyclique du monde et les idées de Platon ou d’Aristote est beaucoup plus discutable. Si Platon évoque bien dans le Timée, comme on l’a vu plus haut, l’année « parfaite », il ne met par contre à aucun moment cette grande année, qu’il évoque dans le cadre de la description de la création du monde, en relation avec un ou des cataclysmes. D’autre part, le Timée décrit bien un cataclysme, celui qui détruit tant l’armée athénienne que l’Atlantide :

Dans la suite de grands tremblements de terre et des inondations engloutirent, en un seul jour et en une nuit fatale, tout ce qu’il y avait chez vous de guerriers ; l’île atlantide disparut sous la mer ; aussi depuis ce temps la mer est-elle devenue inaccessible et a-t-elle cessé d’être navigable par la quantité de limon que l’île abîmée a laissé à sa place.

Mais il n’y a pas grand chose de « cyclique » dans ce cataclysme-là. Le prêtre égyptien qui décrit à Solon l’Atlantide évoque bien plusieurs cataclysmes, mais là encore le paragraphe n’évoque pas vraiment ni une destruction généralisée, ni une périodicité liée à un quelconque cycle :

Le genre humain a subi et subira plusieurs destructions, les plus grandes par le feu et l’eau, et les moindres par mille autres causes. Ce qu’on raconte chez vous de Phaéton, fils du Soleil, qui, voulant conduire le char de son père et ne pouvant le maintenir dans la route ordinaire, embrasa la terre et périt lui-même frappé de la foudre, a toute l’apparence d’une fable ; ce qu’il y a de vrai, c’est que dans les mouvements des astres autour de la terre, il peut, à de longs intervalles de temps, arriver des catastrophes où tout ce qui se trouve sur la terre est détruit par le feu. Alors les habitants des montagnes et des lieux secs et élevés périssent plutôt que ceux qui habitent près des fleuves et sur les bords de la mer. Pour nous, le Nil nous sauve de cette calamité comme de beaucoup d’autres, par le débordement de ses eaux. Quand les dieux purifient la terre par un déluge, les bergers et les bouviers sont à l’abri sur leurs montagnes, tandis que les habitants de vos villes sont entraînés par les torrents dans la mer. Chez nous, au contraire, jamais les eaux ne descendent d’en haut pour inonder nos campagnes : elles nous jaillissent du sein de la terre. Voilà pourquoi nous avons conservé les monuments les plus anciens. En tout pays, le genre humain subsiste toujours en nombre plus ou moins considérable, à moins qu’un froid ou une chaleur extrême ne s’y oppose.

Platon décrit des catastrophes naturelles : séismes, inondations, canicules ou incendies ; mais ne les met absolument pas en relation avec la « grande année », et envisage très clairement des catastrophes limitées dans l’espace.

En ce qui concerne Aristote, nous n’avons aucun texte de lui évoquant une « grande année », mais uniquement des indications très indirectes : certains supposent qu’un texte disparu de Cicéron, l’Hortensius, qui évoque une grande année de 12 954 ans, serait basé sur un texte également disparu d’Aristote, le Protreptique. Ce chiffre de 12 954 ans est mentionné par Tacite, mais ce dernier ne fait pas référence à Aristote :

S’il est vrai, comme Cicéron l’écrit dans son Hortensius, que la grande et véritable année soit accomplie, lorsqu’une position donnée du ciel et des astres se reproduit absolument la même, et si cette année en comprend douze mille neuf cent cinquante-quatre des nôtres, [...]

(Tacite, Dialogue des Orateurs, XVI)

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Qu’en est-il chez Aristote des « grandes révolutions dans l’espace environnant la Terre, qui entraînent la disparition cyclique de ce qui recouvre le globe », comme il est dit dans le film ? Je n’ai pas la prétention d’avoir lu tout Aristote, mais il me semble que le texte qui se rapprocherait le plus de cette idée de « disparition cyclique de ce qui recouvre le globe » serait le chapitre XIV du livre I de la Météorologie :

Les mêmes lieux de la terre ne sont pas toujours humides ou secs ; mais leur constitution varie selon la formation ou la disparition des cours d’eau. C’est là ce qui fait que le continent et la mer changent aussi de rapport, et que les mêmes lieux ne sont pas toujours de la terre ou toujours de la mer. La mer vient là où était jadis la terre ferme ; et la terre reviendra là où nous voyons la mer aujourd’hui.
Il faut croire d’ailleurs que ces phénomènes se succèdent, selon un certain ordre et une certaine périodicité. Le principe et la cause de ces mouvements, c’est que l’intérieur de la terre, tout comme les corps des plantes et des animaux, a ses époques de vigueur et de dépérissement.
La seule différence c’est que dans les plantes et les animaux ces changements n’ont pas lieu en partie seulement, mais c’est l’être tout entier qui par une loi nécessaire fleurit, ou se meurt, tandis qu’au contraire pour la terre, ces changements ne se font que partiellement par le froid et par la chaleur.
Le froid et la chaleur eux-mêmes s’accroissent ou diminuent par le soleil, et par le mouvement de révolution ; et c’est par le chaud et le froid que les diverses régions de la terre prennent une propriété différente, pouvant, durant un certain temps, rester humides, puis se desséchant et vieillissant ensuite. D’autres lieux revivent et redeviennent par portions successivement humides

Ce que Aristote nous décrit ainsi, ce sont des alternances d’assèchement/submersion des continents (il s’appuiera dans la suite du texte sur le cas du delta du Nil, autrefois mer puis comblé progressivement par les alluvions tandis que l’Egypte se desséchait). Mais il est très loin de penser à des catastrophes brutales, de type déluge ou sécheresse caniculaire :

Ce qui fait que ces phénomènes nous échappent, c’est que toute cette formation naturelle de la terre ne se fait que par additions successives et dans des temps immensément longs, si on les compare à notre existence ; des nations tout entières disparaissent et périssent avant qu’on ne puisse conserver le souvenir de ces grands changements, de l’origine jusqu’à la fin.
Les destructions des peuples sont les plus considérables et les plus rapides dans les guerres ; d’autres tiennent à des épidémies, d’autres à des famines ; et ces causes tantôt détruisent les peuples tout à coup, tantôt petit à petit. Aussi ne se rend-on pas compte des transmigrations de ces populations ; car tandis que les uns abandonnent la contrée, d’autres persistent à y rester jusqu’à ce que le sol ne puisse plus absolument y nourrir personne.
Entre la première observation et la dernière, on doit croire qu’il s’est écoulé des temps si considérables que personne n’en a conservé le souvenir, et que ceux qui avaient pu être sauvés et qui sont restés ont tout oublié par la longueur même du temps. C’est de la même façon que nous échappe, à ce qu’on doit croire, l’époque du premier établissement des nations sur ces terrains qui changent et qui deviennent secs après avoir été marécageux et inondés.
C’est qu’en effet cet accroissement du sol habitable, ne se fait que petit à petit et après de longs siècles, de sorte qu’on ne sait plus ni quels ont été les premiers occupants, ni à quelle époque ils sont venus, ni quel était l’état de la contrée quand ils y vinrent.

On est donc bien là sur des échelles de temps longues, et ce que Aristote nous décrit s’apparente plus, en termes actuels, à des changements climatiques et phénomènes de subsidence ou d’alluvionnement, qu’au déluge décrit par l’Ancien Testament ou à la « grêle de feu » de l’Apocalypse de Jean – qui n’ont eux, par ailleurs, aucun caractère cyclique qui ne pourrait qu’être contraire au discours eschatologique.

La cause que l’on pourrait peut-être assigner à tous ces faits, c’est que de même qu’à certaines époques fixes, l’hiver se produit dans les saisons de l’année, de même aussi se produit un grand hiver qui relève de quelque immense période, et qui amène une excessive abondance de pluies.

On retrouve bien ici chez Aristote la notion de « grand hiver » exposée plus haut (voir Censorin), et donc probablement de « grande année » (« quelque immense période ») ; Aristote évoque une sorte d’année « cosmique » avec ses hivers pluvieux (cataklysmos) et ses étés secs et chauds (ekpyrosis), mais à la différence de Bérose ou des Stoïciens n’envisage pas de fin du monde, de catastrophe touchant toute la planète :

Ce n’est pas du reste toujours dans les mêmes contrées que ce phénomène se manifeste, et c’est comme ce qu’on appelle le déluge de Deucalion. Ce déluge s’est étendu surtout sur les contrées helléniques, et parmi elles sur la vieille Hellade.[...]
Avec le temps, tel lieu se dessèche davantage, tel autre se dessèche moins, quand il a été bien inondé, jusqu’à ce qu’arrive de nouveau la révolution de cette grande période.
Comme il y a nécessairement quelque changement de l’univers, sans qu’il y ait cependant pour lui ni naissance ni destruction, puisqu’il subsiste toujours, il y a une nécessité égale, ainsi que nous le soutenons, que les mêmes lieux ne soient pas toujours inondés par la mer ou les fleuves, et que les mêmes lieux ne soient pas toujours secs. Les faits sont là pour le prouver.

L’idée même de destruction du monde est étrangère à Aristote, pour qui l’univers est éternel, incréé, indestructible et régulier : ainsi, par exemple dans Du Ciel, le philosophe s’attache à « montrer qu’il n’y a qu’un seul et unique ciel, qu’il est incréé, éternel, et de plus qu’il se meut d’une façon régulière et uniforme. » (Livre II chapitre VI)

Pour terminer sur cette idée de cataclysmes cycliques, il est clair que le film amalgame peu subtilement des idées parfois contradictoires et des auteurs bien différents. Il est clair également que les spéculations philosophiques de ces auteurs anciens sur la « cyclologie » ne sont que cela : des spéculations. S’appuyer sur ces auteurs pour affirmer l’existence d’une « grande année » entraînant son cortège de destructions cycliques revient à s’appuyer, par exemple, sur l’autorité d’Aristote pour affirmer que les séismes sont provoqués par le vent, ou que la Terre est immobile au centre de l’Univers… Déjà au XVIIIème siècle l’astronome François Arago (plus critique sur ce point que sur celui des « gardiennes du ciel », voir plus haut) montrait l’inanité de cette « cyclologie des Anciens » :

À une époque où tant de philosophes se persuadaient que les destinées des hommes et même celles de la Terre, considérée en masse, étaient réglées par le cours des astres, il n’y avait rien d’outré à supposer que chaque grande année ramènerait la même suite, le même ordre de phénomènes moraux et physiques ; le même cours d’événements politiques ou militaires ; la même succession de personnages célèbres par leurs vertus, par leurs vices ou par leurs crimes. Dans ce système, l’histoire d’une seule grande année aurait été celle des suivantes.[...]
L’alternat de cataclysmes et de conflagrations n’était pas admis généralement. Certains philosophes ne croyaient qu’à des déluges ; d’autres qu’à des incendies. Il en existait enfin qui, assimilant les âges du monde à ceux de l’homme, voyaient la nature croître en force et en vigueur pendant la première moitié de la grande année, et marcher ensuite, durant la seconde moitié, vers la décrépitude. Quant à Platon, il s’était rangé à l’opinion que le monde, au premier jour du grand cycle, possède le maximum de force, et qu’à partir de là, tout décroît, tout s’affaiblit graduellement. La tradition sur les quatre âges caractérisés par quatre métaux, est la traduction vulgaire de l’idée de Platon.[...]
Les anciens tombèrent encore moins d’accord sur la longueur de la grande année que sur sa signification. Les uns portèrent cette longueur jusqu’à 6 570 000 ans, d’autres la réduisirent à quelques centaines d’années. Cicéron, dans le Songe de Scipion, dit qu’il n’ose pas décider de combien de siècles l’année parfaite se compose.[...]
Les grands noms de Platon, de Cicéron, de Sénèque, de Plutarque, ne doivent pas nous empêcher de ranger les opinions des anciens sur les relations de la grande année avec les événements de toute nature observables sur la Terre, au nombre des conceptions les plus creuses que l’antiquité nous ait léguées.

(François Arago, Astronomie populaire, Livre XXXIII, chapitre 43)

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Conclusion générale

Au terme de ce recensement des quelques références bibliographiques qui apparaissent dans le film La Révélation des Pyramides, je voudrais noter quelques points :

- J’ai bien conscience des limites de l’exercice : un film, particulièrement un film grand public, n’est pas un ouvrage scientifique, et ne saurait ni entrer très avant dans le détail de questions complexes, ni fournir des références exhaustives. Cependant, en l’absence du livre de Jacques Grimault censé avoir servi de base au film et jamais paru suite semble-t-il à un imbroglio juridique, et devant le refus du même de fournir le moindre élément bibliographique au cours des échanges avec lui – ne faisant que la vague promesse d’en dire plus dans l’opus suivant – c’est un des rares moyens dont on dispose pour évaluer, non pas la qualité du film, mais celle de la démarche de construction de l’hypothèse des auteurs telle qu’elle nous est présentée.

- Rien ne dit que les ouvrages entr’aperçus dans le film et les auteurs mentionnés font réellement partie de la bibliographie de Jacques Grimault, ni qu’ils en représentent la totalité. Mais même si on peut admettre que le choix de certaines couvertures ou gravures ait reposé sur des considérations esthétiques, comme l’affirme le réalisateur Patrice Pooyard, il est difficile de croire que tous ces ouvrages aient été choisis au hasard ; quant aux auteurs mentionnés (Agatharchide, Platon, Aristote…), on voit mal quelle dimension esthétique leur nom aurait pu apporter au film.

- Je n’ai volontairement rien dit ici des contemporains interrogés dans le film. D’une part parce que le travail d’analyse de leur témoignage a déjà été partiellement fait ailleurs (voir ici ou ) ; d’autre part par choix de me consacrer aux références livresques.

Si l’on résume maintenant ce qui semble transparaître de cette liste de références : - Absence de toute référence contemporaine, particulièrement en égyptologie ; la bibliothèque du film est très riche en ouvrages du XVIIIème et XIXème siècles, mais on n’y voit pas grand chose comme ouvrages récents. On peut admettre un choix esthétique,  les vieux livres ayant une connotation surannée et érudite assez sympathique ; mais il est pour le moins malheureux que ces « vieux bouquins » illustrent régulièrement la critique de l’égyptologie et de « l’histoire officielle ». - Références dont le moins qu’on puisse dire est que leur contenu scientifique est assez limité : Stéphen-Chauvet sur l’Ile de Pâques, Taylor, l’abbé Moreux et Tompkins sur les pyramides, le chamane New Age Aribalo sur Cuzco… - Recours fréquent à l’autorité des Anciens : Pline, Agatharchide, Platon, Aristote sont appelés à la rescousse pour soutenir les hypothèses du film, au prix parfois d’une distorsion de leurs idées ; c’est d’autant plus amusant que les auteurs reprochent vivement aux égyptologues de s’appuyer sur Hérodote… - Non vérification des sources : de vieilles lunes de la pyramidologie ou de l’astrologie sont reprises, visiblement sans qu’il y ait eu recherche et vérification des sources primaires ; exemples : « gardiennes du ciel » incorrectement identifiées en se basant sur une interprétation erronée de Bailly au XVIIIème siècle, référence à une pseudo-citation d’Agatharchide inventée de toutes pièces par Stecchini en 1971… - Enfin, manipulation d’une référence, l’ouvrage de Cole sur les mesures de la pyramide, par l’insertion d’une fausse page, insertion que le réalisateur justifie par deux fois en prétendant absurdement qu’elle était nécessaire pour que le public français n’ait pas à convertir les mesures anglaises de Cole – alors même que l’original de Cole contient les mesures en mètres…

Tous ces éléments ne sont, pour Jacques Grimault, que des détails, et pour Patrice Pooyard, des éléments nécessaires à la réalisation d’un film où il faut présenter les choses « de manière spectaculaire et un peu sensationnelle ». Personnellement, il me semble y avoir un monde entre le fait pour les égyptologues de « publier de beaux livres » et « soigner leur style », et le fait d’utiliser, sciemment ou non, des références inexistantes ou déformées, ou d’ignorer volontairement les acquis de toute une discipline. Un esprit mal tourné pourrait de plus discerner dans ces réponses des auteurs un certain mépris pour le spectateur considéré comme incapable d’appréhender la complexité de « sujets qui lassent vite l’attention du public »

Mise à jour du 16 août 2013 : Un lecteur me signale en commentaire (voir ci-dessous) une autre référence importante de M. Grimault à des auteurs alternatifs, référence qui n’est pas mentionnée dans le film et que je n’avais pas identifiée. Il s’agit des ouvrages de MM. Mouny et Gruais, en particulier Le grand secret des pyramides de Guizeh (1992) et Le grand secret du Sphinx de Guizeh (1994). Voir par exemple la figure qui apparaît à 1h 35mn 40s dans le film, dont on peut trouver l’équivalent avec la figure 17 page 46 du livre Le grand secret des pyramides de Guizeh ; une bonne partie des jeux numériques de M. Grimault sur la coudée et les nombres Pi et Phi se retrouve également dans le même livre.

[1] Sic ! En fait Fomalhaut n’appartient pas à la constellation des Poissons, mais à celle du Poisson Austral

[2] Contrairement à ce que semble affirmer ici le film, Fomalhaut a toujours été considérée comme faisant partie du Poisson Austral, qui est une des plus anciennes constellations identifiées. Ainsi dans l’Almageste de Ptolémée (voir page 83 du volume II, livre VIII, de la traduction d’Halma publiée en 1816) Fomalhaut est bien indiquée comme « étoile de première grandeur » du « Poisson méridional », sous l’appellation d’« étoile de la bouche au commencement de l’eau » – ce qui a d’ailleurs donné le nom actuel de Fomalhaut, dérivé de l’arabe « fum al-ħūt », la « bouche du poisson ». Mais il est vrai que pour les anciens ce Poisson était systématiquement associé au Verseau, et présenté comme buvant l’eau versée par le Verseau, d’où une position un peu intermédiaire de Fomalhaut, à la fois bouche du Poisson et extrémité du filet d’eau du Verseau. D’ailleurs Ptolémée la compte également au nombre des étoiles du Verseau (voir page 65).

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Agnes Dallagnolo et Anne Rose. Enquête sur les femmes et l’astrologie

Posté par nofim le 27 juin 2015

Les femmes et l’Astrologie : un récent mariage ?

Anne Rose et Agnès Delagnolo-Fiquet

 

 

 

 

 

– Quelques questions aux femmes astrologues

La place des femmes dans l’Astrologie.

Les deux grands axes d’analyse : Nature et Culture.

Astrologie et affirmation sociale.

Fonction de l’Astrologie: pouvoir ou vocation ?

– Réflexions générales

Science et Religion : la guerre idéologique

La confusion de la femme avec le Féminin.

 

Dans le contexte des années 80, la question du lien qui unit les femmes à l’Astrologie devient d’actualité.

L’on assiste en effet depuis peu à un accroissement fulgurant de la gent féminine dans le public astrologique, à tel point que l’homme y est devenu implacablement minoritaire.

La femme a conquis ces dernières années nombre de domaines jusque là réservés aux hommes, mais avec plus ou moins de succès. L’Astrologie, elle, fait partie de ses franches conquêtes : les cours d’astrologie sont envahis par les femmes, les congrès aussi.

Un détail prête cependant à réflexion : bien souvent, si la majorité du public est féminine, l’orateur ou le professeur est, lui, de sexe mâle, détail qui alimente le vieux mythe de la réceptivité des femmes à un discours masculin. Mais est-ce un état de fait ou une question de temps ? Le moment est-il charnière ? Les femmes sont-elles en passe de devenir maîtresses à part entière de cette discipline ?

Où se situe donc l’avancée féminine en terre astrologique ?

Ce mouvement est intéressant si l’on considère le statut des femmes et celui de l’Astrologie, tous deux en pleine mutation. Et leurs images respectives: l’Astrologie, ces derniers siècles, était implacablement liée au monde de l’occultisme, monde caché, monde de l’inconnu, de l’irrationnel. Quant à la femme… Est-il encore nécessaire de rappeler le rôle qui lui fut attribué pendant plusieurs millénaires ?

Quelles conclusions peut-on alors tirer du mouvement qui s’est amorcé, tant pour les femmes que pour l’Astrologie ?

Quelques questions aux femmes astrologues

Pour nous guider dans nos réflexions, nous avons choisi d’interviewer quelques unes parmi les femmes astrologues les plus réputées.

Interroger ces femmes semble en effet indispensable, puisqu’elles seules sont capables de considérer la situation de l’intérieur, et de transmettre un véritable vécu au travers des difficultés ou découvertes qui ont jalonné leurs itinéraires.

Cependant, cette démarche d’interrogation n’est pas naïve, car comme le dit un proverbe chinois, « l’œil voit tout excepté lui-même », et s’il est facile pour ces femmes de parler de leur vécu, peut-il l’être autant d’analyser le mouvement dans lequel elles s’inscrivent ?

Traquer l’objectivité est en fait une utopie (que l’on pratique hélas bien souvent en Astrologie) et l’intérêt est autre : en tant qu’astrologues et connues, ces femmes sont représentatrices de leur profession, elles sont porteuses d’une certaine autorité. Elles participent activement à l’élaboration d’une image de l’Astrologie en intervenant à la télé, à la radio ou en entreprise, en écrivant des livres ou des articles… Et l’idée qu’elles se font de leur art, qu’elle nous paraisse juste ou erronée, a son importance et son intérêt pour dresser un portrait de la situation astrologique actuelle

Nous avons donc eu des entretiens avec Joëlle de Gravelaine, Danièle Rousseau, Catherine Aubier, Françoise Colin, Françoise Gauquelin, Irène Andrieux, Suzel Fuseau-Brach et Marieff Cavaignac[2] que nous remercions ici encore pour l’amabilité avec laquelle elles nous ont reçues.

La place des femmes dans l’Astrologie :

Afin d’établir une base comparative, toutes les interviews débutaient par la même question:

« Que pensez-vous de la place que tiennent les femmes dans le milieu astrologique depuis 10 ans ? »

Toutes sont d’accord pour constater une très nette avancée de la participation des femmes au sein de cette discipline. Cependant, les raisons évoquées sont diverses, et dès les premières réponses s’affirment des avis très différenciés.

Joëlle de Gravelaine justifie cette avancée par le fait que « l’Astrologie a conquis tout à fait sa place d’outil thérapeutique et psychologique », et que « les femmes sont d’une manière générale plus curieuses que la plupart des hommes, plus curieuses de toutes les démarches de connaissance de soi… je crois que c’est inhérent à la nature féminine. »

La place prépondérante des femmes dans le domaine astrologique apparaît donc sous ce regard comme une justice qui leur serait enfin rendue. Joëlle de Gravelaine reconnaît parfaitement aux hommes le droit d’être astrologue, mais déclare qu’« il faut avoir dans sa structure une psyché plutôt féminine (…) comme les artistes, les philosophes, les mystiques ou les thérapeutes. »

Avis partagé par Françoise Colin: « L’on est plus aptes en tant que femmes, l’on a plus d’intuition. »

Marieff Cavaignac constate, elle, qu’il y a effectivement beaucoup de femmes dans le milieu astrologique, mais que ce sont encore les hommes qui tiennent le haut du pavé. Elle attribue l’émergence nouvelle des femmes au fait que « la femme essaie de réémerger de siècles de servitude, donc de trouver une place malheureusement trop souvent singée sur la place qu’occupe l’homme dans la société ».

Françoise Gauquelin en revanche est très sociologique : «  Il me semble que d’une manière générale l’on donne plus la chance aux femmes de montrer leurs aptitudes qu’autrefois. Les femmes peuvent faire maintenant pratiquement tous les métiers.  »

Et Suzel Fuseau-Brach, en bonne scientifique, se contente d’émettre des hypothèses : « Effectivement, il y a plus de femmes que d’hommes dans le milieu de l’Astrologie. Mais pourquoi ? J’ai trouvé des horreurs écrites là-dessus ! Un éminent scientifique relie cela à la néo-inculture de la femme. Qu’il vienne me voir, il verra si je suis inculte ! Dans le Que sais-je ?, j’émets quelques hypothèses : cycles et sensibilité maternelle, une sensibilité qui fait que les femmes sont plus attirées par ces choses-là, le flair… »

Les deux grands axes d’analyse: Nature et Culture

Ces réponses définissent d’emblée deux grands axes antagonistes : le point de vue « culturel » ou le point de vue « naturel » (celui du relatif et celui de l’absolu).

Selon le premier, l’avancée des femmes dans l’Astrologie est symptomatique d’un moment culturel dans lequel les femmes font irruption dans tous les domaines jusque-là réservés aux hommes. Selon le second, cette avancée est la conséquence définitive de la récente liberté accordée aux femmes d’user de leurs droits: l’Astrologie est donc rendue à la femme, comme l’Alsace et la Lorraine à la France.

Françoise Colin est la seule qui défende le point de vue « de nature » en toute certitude : « Les femmes sont faites pour l’Astrologie » donc le mouvement récent n’est que normal.

Ce qui jouxte cette idée, c’est qu’hommes et femmes ne pratiquent pas la même astrologie, l’une étant plus liée à la vie, l’autre au discours sur la vie.

« Les hommes sont plus théoriciens, ils font des livres, répertorient, classent, mais sont moins bien dans la pratique. » (Françoise Colin)

« L’Astrologie pratiquée au début du siècle, l’Astrologie des polytechniciens, des statisticiens, des Picard, de Don Néroman qui était ingénieur des Mines, c’était beaucoup moins une astrologie psychologique qu’une astrologie statistique ou éventuellement philosophique. » (Joëlle de Gravelaine)

Joëlle de Gravelaine s’interroge en même temps qu’elle parle, puisqu’elle constate également dans ses séminaires une très récente augmentation du nombre d’hommes.

Qui sont donc ces hommes qui font mentir nos premières affirmations ?

Joëlle de Gravelaine les assimile aux « nouveaux pères », plus attentifs à leurs enfants, etc. Parlant de cette curiosité à se connaître « inhérente à la nature féminine », Joëlle de Gravelaine se reprend un peu plus tard et ajoute qu’hommes et femmes sont à égalité devant l’Astrologie, à condition cependant que l’homme soit nanti d’une psyché « plutôt féminine ».

Accorder aux hommes qui pratiquent l’Astrologie une « psyché plutôt féminine », n’est-ce pas placer d’emblée l’Astrologie du côté du féminin ?

 

Catherine Aubier, qui préfère « écrire des livres que faire des consultations à la chaîne », Françoise  Gauquelin qui travaille essentiellement au plan de la recherche scientifique, se voient donc ôter par leur propre sexe la capacité à y être vraiment compétentes ! Car, soyons fair play, si « les hommes sont plus théoriciens, mais sont moins bons dans la pratique », la réciproque devrait être vraie, et les femmes, donc, ne devraient pas vraiment être à leur place dans le domaine conceptuel ?…

«  Sûrement pas, rétorque Suzel Fuseau-Brach, il n’y a aucune différence de mode de pensée entre chercheurs masculins et féminins.  »

Françoise Gauquelin raconte pourtant qu’elle a déjà eu à faire avec cette forme de sexisme.

« Tout le monde admet mieux les hommes que les femmes pour la recherche scientifique. Alors je fais plus de choses que je n’en aurais fait spontanément, pour compenser ce handicap.  »

Curieusement, Françoise Gauquelin assure ouvertement une fonction de recherche depuis qu’elle est séparée de son mari Michel Gauquelin , chercheur lui aussi. Et Catherine Aubier s’est elle aussi lancée dans l’écriture lorsqu’elle s’est retrouvée seule:

«  C’est après mon veuvage que j’ai commencé à écrire des livres et donc que j’ai acquis une certaine notoriété sur le plan astrologique. »

Les circonstances qui ont présidé à ce changement d’activité auraient de quoi faire réfléchir bien des psychologues.

Un peu comme si leur solitude subite les avait obligées à (ou permis de) mettre en oeuvre une part nouvelle de leur personnalité, au travers d’activités communément réservées aux hommes. Leur psyché est-elle pour autant devenue « plutôt masculine » ?

«  J’écris, ce que je ne faisais pas avant. » affirme  Françoise  Gauquelin

Et à la question : «  Quel est le rôle de la femme en Astrologie ? », elle répondra alors :» Tous les rôles possibles, bien sûr! »

Pour Françoise  Gauquelin donc et pour Marieff Cavaignac, la proportion de femmes augmente dans l’Astrologie comme partout, et ne tire pas à conséquence sur la nature même de l’Astrologie.

Pour Danièle Rousseau également : « C’est une question de génération, de culture. Les hommes jeunes d’aujourd’hui possèdent des qualités que leurs aînés n’utilisaient pas, ou pas de la même manière. »

Astrologie et affirmation sociale

Une autre question posée à toutes ces femmes portait sur l’influence exercée par leur fonction d’astrologue sur leur statut social.

Sur ce point, toutes sont d’accord pour reconnaître que leur titre d’astrologue constitue la plupart du temps un handicap, et tout au moins une forme de provocation ou de mystère.

« On peut être femme et scientifique, scientifique et astrologue, oui, mais facilement, non ! Je suis docteur es sciences, je suis directeur de recherche au CNRS, je dirige un laboratoire. J’ai appris l’astrologie depuis vingt ans, et je ne connais personne parmi mes chers collègues, proches ou lointains, qui ait fait cette démarche. » (Suzel Fuseau-Brach)

« Quand j’ai commencé à faire de l’Astrologie en 1949 je rasais un peu les murs et je n’avouais l’Astrologie que si je sentais le terrain favorable…. La plupart du temps je disais que je faisais du journalisme, et si l’on me répondait « mais vous faites aussi de l’Astrologie », je rétorquais « oui, de la recherche »! « Tant que l’Astrologie est encore un outil contesté par un certain nombre de personnes cela rendra contestable l’astrologue… » (Joëlle de Gravelaine)

« L’Astrologie, cela suscite beaucoup d’intérêt, de curiosité, mais l’on rase encore les murs pour aller consulter un astrologue. Les jeunes s’y intéressent de plus en plus par le biais de la psychologie, mais on ne peut pas dire, malgré tout, qu’elle soit installée socialement. » (Françoise Colin)

Cet état de fait repose pour nombre de ces femmes sur le récent passé « occulte » de l’Astrologie, son assimilation à la voyance, monde dans lequel les femmes avaient depuis longtemps pénétré, où dans lequel on les avait enfermées, diront certaines.

Là, l’historique bât de l’aile : pour certaines, le début du XXe siècle a vu l’émergence sociale d’une astrologie débarrassée de son odeur de soufre et masculinisée pour la circonstance, représentée par Don Néroman, Barbault, Hadès,…

Pour d’autres, femmes et Astrologie. sont sorties bras-dessus/bras-dessous et en même temps de leur ombre séculaire :

« Les femmes étaient intéressées par l’Astrologie de façon cachée; déjà au siècle dernier l’on évoquait souvent des femmes dans les expériences para-psychologiques, de spiritisme, de médiumnité, etc. Tout cela se mélangeait un peu avec l’Astrologie. Et puis l’Astrologie s’est beaucoup développée socialement, mais en même temps les femmes aussi sont devenues plus libres de se manifester. »

Les vapeurs de soufre ou d’encens qui entourent l’Astrologie sont encore proches, et pas une des femmes interrogées ne lui rend grâce d’avoir été un tremplin social. Elles ont parfois quitté une profession gratifiante pour se lancer dans cet univers opaque – telle Marieff Cavaignac, qui était « pharmacienne biologiste et bien établie » –, et certaines avouent même y être venues malgré elles :

« A cette époque de ma vie j’ai eu le choix entre crever de faim ou faire quelque chose. J’ai préféré faire quelque chose et ce qui s’est présenté est venu sous la forme du journalisme : j’ai dû faire des papiers d’Astrologie. »(x)

«  Pendant trente ans j’ai travaillé pour mon mari qui faisait des recherches en Astrologie. Mais je ne m’intéressais pas à l’Astrologie en tant que telle. J’y suis venue parce que j’aimais mon mari. » ( Françoise  Gauquelin)

 

«  J’étais comme tout le monde, je croyais que l’Astrologie n’était pas une science. Et puis, un jour, à Londres, je suis tombée sur le premier ordinateur astrologique. Pour m’amuser, j’y ai mis les dates de naissance de mes proches. Et je me suis aperçue à ma très grande surprise – je me souviens encore de cet instant – qu’il y avait des textes différents les uns des autres!

Auparavant je croyais que les descriptions psychologiques des gens, parfois justes, l’étaient du seul fait du flair des astrologues. Mais quand j’ai vu un ordinateur sortir ces mêmes observations, ça m’a beaucoup troublée. J’ai donc voulu savoir ce qu’il y avait là-dessous, c’est mon tempérament. Et j’ai monté des thèmes. J’en ai monté des centaines.  » (Suzel Fuseau-Brach)

Quelle que soit leur passion pour l’Astrologie, elles s’accordent toutes à dire que l’Astrologie est entouré d’une aura ambiguë :

«  L’Astrologie est un outil encore contesté par un certain nombre de personnes, d’autant plus que, il faut avoir le courage de le reconnaître, dans la profession il y a beaucoup de gens qui font n’importe quoi. » (Joëlle de Gravelaine)

«  C’est terrible ! Vous voyez aujourd’hui l’Astrologie mélangée à l’occultisme, l’ésotérisme, la voyance … Il faudra que l’Astrologie arrive à être intéressante pour plus de scientifiques – nous sommes 3 ou 4 dans le monde, il en faudrait 100 fois plus ! Et qu’elle devienne une science qu’on enseigne, qu’elle décroche de l’occultisme. Moi j’ai une attitude fondamentalement causaliste et déterministe, tout à fait scientifique, je n’ai pas l’impression d’être occulte.  » (Suzel Fuseau-Brach)

«  J’ai continué mes recherches en Astrologie parce que c’était un domaine magnifique qui s’ouvrait devant mes yeux, malgré sa réputation… » ( Françoise  Gauquelin)

«  J’ai remarqué, en dehors de la structure professionnelle, que le fait qu’on soit astrologue fait peur. » (Catherine Aubier)

Si reconnaissance sociale il y a, elle est bien souvent attribuée aux autres activités professionnelles :

« Les gens qui savent que je suis directrice de collection dans une grosse boîte d’édition, et donc que je travaille dans un domaine qui n’a rien à voir avec l’Astrologie se disent : « Pour publier Fromm ou Bettelheim peut-être qu’elle n’est pas complètement dingue »…Ma double activité m’a sans doute donné un certain crédit. » (Joëlle de Gravelaine)

Pourtant, même Suzel Fuseau-Brach ne semble pas à l’abri de problèmes: «  Ah que non ! Maintenant que je suis à 2 ans de la retraite, j’ai pu sortir le Que sais-je ?, mais je ne l’aurais pas fait 10 ans plus tôt, car j’aurais eu des problèmes. J’aurais été mal vue, j’étais responsable de crédits officiels. Et un an et demi après sa parution, je suis la cible de gens qui mènent une offensive tous azimuts depuis 50 ans contre l’Astrologie.

 

Par un curieux phénomène de contamination, le fait qu’une scientifique s’intéresse à l’Astrologie ne donne pas de caution à l’Astrologie, mais contamine au contraire la scientifique !

Dans une époque où les femmes conquièrent le domaine professionnel, leur avancée dans un secteur qui risque de les marginaliser encore plus pose question. L’on ne peut pourtant pas accuser notre société de pousser ses femmes vers l’étude des astres comme on l’a accusée de les maintenir devant leurs fourneaux…

Alors ? Quelles raisons ont bien pu motiver ces femmes à s’engager dans une telle voie ?

Fonction de l’Astrologie : pouvoir ou vocation ?

Pourquoi autant de femmes s’engouffrent-elles dans un domaine qui risque de les replonger dans les limbes de leur culture ? Est-ce pour conserver un pouvoir en voie de disparition ? Cela, bien des détracteurs l’affirment.

L’assimilation classique de l’Astrologie à la voyance et la magie nous renvoie immédiatement à la notion de pouvoir, pouvoir occulte et impressionnant de l’astrologue autant que de l’Astrologie.

Comment réagissent nos astrologues à la question du pouvoir ?

Marieff Cavaignac parle du « pouvoir inhérent à toute profession d’aide. »

Catherine Aubier considère, en revanche, l’Astrologie non pas comme un pouvoir mais comme une connaissance, et cherche à se défendre contre cette image « dont les gens nous affublent » :

« De toute façon l’Astrologie est considérée comme donnant un pouvoir à celui qui la pratique, que ce soit un homme ou une femme. L’on donne l’impression de détenir un pouvoir par rapport à la personne qui ne connaît pas l’Astrologie, d’être « celui qui sait », c’est dangereux et c’est pour cela qu’il faut être prudent dans notre démarche et tenter de faire comprendre aux gens que nous n’avons pas un pouvoir mais une connaissance qui peut être transmise. »

Joëlle de Gravelaine constate qu’effectivement l’Astrologie peut être un outil de manipulation :

« …C’est un outil qui peut être dangereux si l’on n’ a pas un minimum de connaissance dans le domaine psychologique (…) le consultant va recueillir la parole magique de l’astrologue… et ça peut l’aliéner complètement. »

Mais elle ajoute qu’elle a « plutôt l’impression que c’est un outil qui donne sa liberté à l’autre. »

Elle évoque également le « pouvoir maternel » dont est investi l’astrologue homme ou femme, à partir du moment où « il aide l’être à accoucher de ce qu’il est. »

Et avec une ironie mordante, elle déclare :

« A l’intérieur de ma spécialité, je suis un peu considérée comme une grande prêtresse de la Lune noire, Lilith est mon enfant chérie… j’ai renoncé à ne pas faire peur aux hommes depuis longtemps, ça m’est devenu tout à fait indifférent. »

Françoise Colin, elle, considère l’Astrologie comme « reliée aux forces supérieures positives ». Et elle accepte le pouvoir pour peu qu’il soit positif :

«  Il faut que la personne soit rechargée en partant. »

«  Ce qui compte pour moi c’est (…) d’apporter quelque chose de lumineux et surtout pas de négatif. »

Elle ajoute : « L’Astrologie permet de dépasser son thème et sa destinée » et de « guider les gens ».

Et considérant le pouvoir de la femme, elle conclut :

«  La femme a plus de poids, dit des vérités plus profondes et plus universelles que l’homme qui existe, lui, par la société. C’est lui qui est installé socialement, et la femme détient un pouvoir qui dépasse la société, la science du moment. »

Après cela, l’on n’est guère étonné de l’entendre constater qu’en consultation «  la femme est plus ouverte… un homme se bloque plus facilement… ça marche mieux avec les femmes… les hommes ont peur… » Et pour cause! Alors même que Catherine Aubier, elle, remarque que les hommes se confient à elle « beaucoup plus facilement que les femmes »!

Autant de femmes, autant d’Astrologies ?…

Bien qu’il soit loin d’être partagé par l’ensemble du milieu astrologique, le point de vue de Françoise Colin présente l’intérêt et l’honnêteté de reconnaître ouvertement le type de pouvoir dont l’Astrologie et les astrologues sont encore porteurs.

 

Comme nous le constatons, le pouvoir dont l’astrologue est investi est loin d’être confortable, et semble bien proche de celui des sorcières d’antan :

« Lorsque j’ai commencé à faire de l’Astrologie, autour de moi on me considérait comme une sorcière. Par la suite, une revue m’a aussi traitée de « sorcière d’entreprise ». » (Danièle Rousseau)

Cette image a même pu obscurcir leur vie privée :

« Dans ma vie personnelle l’Astrologie a sûrement été un handicap parce que les hommes ont horreur des femmes qui leur donnent l’impression qu’elles ont un savoir sur eux qu’ils n’ont pas eux-mêmes. Ca leur donne le sentiment qu’ils ont affaire à une sorcière, et les sorcières on les brûle où on les rejette… » (Joëlle de Gravelaine)

Au vu de tous ces handicaps, l’on s’interroge sur les raisons qui poussent les femmes à s’engager dans le monde de l’Astrologie ?

 

Ici encore, toutes nos astrologues se rejoignent pour affirmer en chœur qu’elles sont astrologues par vocation, parce que l’Astrologie est « un merveilleux outil de connaissance de soi et de l’autre ».

« L’Astrologie m’a permis d’être mieux dans ma peau, plus équilibrée. » (Françoise Colin)

« Je suis venue à l’Astrologie par curiosité, j’avais vu un astrologue qui m’avait dit un certain nombre de choses étonnantes. Je me disais: « J’aimerais voir ce qu’est cette Astrologie, et si l’on peut atteindre une connaissance de soi »… Et j’y suis restée par passion pour des idées. » (Marieff Cavaignac)

« Plus que m’affirmer socialement, l’Astrologie m’a aidée à avoir avec les gens des rapports plus spontanés et plus authentiques. » (Catherine Aubier)

 

Si nous récapitulons tout ce qui a été affirmé par ces femmes, nous constatons que l’Astrologie jouit encore d’une fort mauvaise réputation, qu’elle figure souvent un handicap social pour celui qui la pratique, mais que les femmes qui s’y consacrent sont de plus en plus nombreuses, et qu’elles y sont toutes fortement attachées.

Les projections négatives faites sur l’Astrologie sont dénoncées ou supportées ironiquement, mais aucune de ces femmes ne s’interroge vraiment sur leur bien-fondé. Pour elles, l’Astrologie est encore victime d’un vieux préjugé magique alors qu’elle est tout simplement un outil de connaissance au même titre qu’un autre.

Réflexions générales

Science et Religion, la guerre idéologique

L’Astrologie est souvent assimilée aux sciences humaines et, en effet, ces jeunes pousses de l’arbre de la Science présentent nombre de points communs avec la vieille Dame Astrologie.

L’entrée dans ce monde reconnu exigerait cependant de l’Astrologie qu’elle effectue, telle la petite sirène, le sacrifice de son langage divinatoire, qu’elle quitte le monde des profondeurs et qu’elle accepte de prendre en compte d’autres paramètres que ceux qu’elle avait l’habitude de reconnaître.

Y est-elle prête ? Et surtout, en est-elle capable ?

Il est symptomatique en effet de constater que l’astrologie ne possède aucun statut officiel de reconnaissance, et qu’elle est déconsidérée même – et surtout – par ceux qui devraient logiquement s’en sentir les plus proches : psychologues et psychanalystes.[3]

Comment expliquer un tel rejet ?

Suzel Fuseau-Brach regrette les lacunes de formation scientifique de la plupart des astrologues, alors que l’astrologie pourrait à son sens se constituer en véritable science, avec une épistémologie.

Cependant, au-delà du problème de la formation des astrologues, il convient de considérer la nature même du fait astrologique, que l’on oublie trop souvent aujourd’hui et qui peut expliquer un tel phénomène d’exclusion.

En effet, contrairement à toutes les autres disciplines rattachées aux Sciences humaines, l’Astrologie est basée sur un postulat totalement anachronique : celui qu’il existe un lien fondamental, une dépendance, entre les positions des planètes au moment de la naissance d’un individu et son tempérament de base. Bref, dans l’idée astrologique, l’être humain peut être perçu non en fonction de ce qu’il crée (graphologie) ou de son histoire (psychanalyse), mais a priori, du fait même qu’il s’est mis à vivre un jour et une heure donnés.

L’Astrologie continue à tisser un lien arbitraire avec l’Univers et perpétue la pensée religieuse (au sens étymologique de « qui relie ») qui lui reconnaît un Sens.

Comment une telle idéologie peut-elle être reconnue par une société qui s’affranchit de plus en plus de sa dépendance naturelle ?

Deux grands types de pensée cohabitent donc actuellement au sein de notre culture : l’un que l’on a – à tort – appelé pensée rationnelle, et qui met en avant le pouvoir de l’Homme seul et de sa raison sur lui-même. L’autre qui s’appuie sur une vision religieuse du monde, dans laquelle l’Homme est en relation étroite avec l’Univers.

Il est étonnant qu’aucune des femmes astrologues interrogées ne se soit posée la question du rapport des femmes et de l’Astrologie sous l’angle idéologique. Car les conclusions sont lourdes de conséquences : si les femmes sont « plus » faites pour l’Astrologie, et que l’Astrologie correspond à un système de pensée spécifique, logiquement les femmes seront les représentantes privilégiées de ce système du monde-là.

Il y a fort à parier alors que l’on retombera dans la situation pourtant tant dénoncée d’une division des rôles d’homme et de femme au sein de notre société.

Un discours voisin alimente également cet état de fait, c’est celui-ci :

Dans notre culture, la Science a remplacé la Connaissance par la compréhension des faits. Cette Science, rationaliste, analytique, est communément associée au symbole du Masculin – dont elle figure en fait l’un des dévoiements. Et face aux abus du monde moderne naît la nécessité de retrouver une voie de sagesse.

Le Masculin perd donc peu à peu ses prérogatives et se retrouve porteur d’un certain nombre de projections négatives.

Qui est alors à même de remplir toutes les fonctions dont ce Masculin s’est montré incapable ? Le Féminin bien sûr, qui dans un jeu de balançoire sort à nouveau de l’ombre (nous serions tenté de dire « de l’onde… ») paré pour la circonstance de qualités opposées : univers de la pensée symbolique, sensibilité, intuition, compréhension, finesse, les qualités du Féminin arrivent à point nommé pour réenchanter le monde.

L’on a tant glosé sur les injustices dont le Féminin a été la victime que pour lui rendre son dû l’on abaisse son complémentaire – devenu par la force des choses son antagoniste – réitérant la même erreur que précédemment.

Que l’intégration du Féminin à notre culture constitue actuellement une issue, soit, mais en quoi les femmes protéiformes sont-elles concernées ?

Dans bien des cultures hélas, l’on a tôt fait d’identifier la femme, les femmes au Féminin, confondant l’évolution des unes avec le statut de l’autre. Il est vrai que le statut socio-culturel des femmes découle bien souvent des projections qui sont faites sur le principe féminin. Mais tout n’est pas si simple!

Le Féminin, comme le Masculin, sont des modes d’êtres, ou des niveaux de fonctionnement qui appartiennent autant à l’homme qu’à la femme. Notre culture a cependant poussé les différences jusqu’à la caricature, et la confusion femme/Féminin est bien installée. Le plus étonnant est que les femmes ne nient pas la confusion en elle-même, mais seulement les côtés déplaisants issus de cette confusion. Si celle-ci entraîne une forme de privilège, elles sont encore prêtes à se précipiter dedans.

Dans la lignée de ce qui a été dit plus haut, la femme apparaît aujourd’hui comme une sorte de sauveur de l’humanité : plus sensible, plus proche de la vie, elle freine les instincts destructeurs, agressifs de l’homme. (D’ailleurs, les femmes interrogées affirment que dans le milieu astrologique, la concurrence entre femmes n’existe pas !).

Et lorsqu’une femme se mêle d’être différente, elle en perd son appellation ![4]

Cette fonction rédemptrice de la femme est défendue actuellement par nombre de mouvements laïques ou religieux.[5] Elle s’inscrit dans la lignée du rôle protecteur ou purificateur tenu ces derniers siècles par la Sainte Vierge, à la différence près que l’on demandait auparavant aux femmes de servir la Sainte et de l’imiter. Aujourd’hui, où plus aucun modèle mythique n’est opérant, c’est à la simple femme elle-même de se hisser au rang de symbole de vie !

L’Astrologie apparaît alors comme l’un des outils les plus adaptés à la délicate mission de la femme d’aujourd’hui : n’a-t-elle pas subi les mêmes outrages ? N’est-elle pas en passe de reprendre ses droits ? N’illustre-t-elle pas elle aussi le lien intime qui unit l’Homme à l’Univers ? N’a-t-elle pas été foulée aux pieds par la Science au pas pesant, la Ratio sans âme qui a tenté de faire de l’Homme le maître solitaire et incontesté du monde ?

Ne fut-elle pas également la première des Sciences, au temps ou Science et Connaissance étaient encore unies ? L’Astrologie n’est-elle pas un merveilleux moyen d’accès au coeur de l’âme ?

Souvenons-nous des affirmations de nos interviewées : ce qui pousse les femmes vers l’Astrologie, ou plutôt ce qui fait que femmes et Astrologie se rejoignent, c’est cette vocation commune d’« explorer l’être ».

Et citons encore quelques unes de leurs affirmations :

«  C’est la femme qui fait bouger les choses.  » (Marieff Cavaignac)

«  C’est un état de fait, on est plus aptes en tant que femmes, on a plus d’intuition.  » (Françoise Colin)

«  L’Astrologie est devenue un travail basé sur l’écoute et la compréhension et ce sont peut-être des caractéristiques d’un esprit féminin, qui vont plus avec un fonctionnement féminin.  » (Catherine Aubier)

«  Les femmes sont d’une manière générale plus curieuses que la plupart des hommes, plus curieuses de toutes les démarches de connaissance de soi.  » (Joëlle de Gravelaine)

«  Je pense que le rôle de l’astrologue c’est un rôle d’accoucheur, et il peut y avoir des hommes comme des femmes dans cette fonction… [mais] …il faut avoir dans sa structure une psyché plutôt féminine.  » (Joëlle de Gravelaine)

 

Les profits d’une telle identification sont évidents – à court terme. Qui refuserait d’être investi d’un tel rôle ? La femme se sent alors écoutée, respectée, elle qui s’était sentie rejetée, niée pendant si longtemps.

Aidée de l’Astrologie, elle réussit même le tour de force de conserver ses pouvoirs magiques d’antan!

Cette technique ancestrale à bien longtemps fait ses preuves : elle permet d’aller fort loin dans la connaissance d’autrui, et la peur qu’elle inspire n’a d’égal que la force de son pouvoir de pénétration dans l’intimité de chacun.

L’Astrologie n’est pas encore reconnue, mais elle s’impose peu à peu là où l’on ne l’aurait jamais cru capable de s’insinuer : dans le monde des affaires. Danièle Rousseau a eu le courage et/ou l’à-propos de monter le premier cabinet de recrutement qui annonce ouvertement utiliser l’Astrologie comme outil de prospection. Dans les années à venir son initiative risque d’être fortement récompensée, car comme la graphologie les résultats obtenus par l’Astrologie vont convaincre plus d’un sceptique.[6]

L’on comprend donc quel avantage la femme peut tirer à entretenir une relation privilégiée avec l’Astrologie : elle reste la gardienne de l’accès aux âmes et en exclut tous ceux parmi ses partenaires qui ne font pas mine de l’imiter. Et non sans revendiquer par ailleurs l’accès en toute égalité aux domaines qui étaient auparavant réservés aux hommes… Peut-on imaginer le scandale que ferait aujourd’hui certaines déclarations de nos femmes astrologues ont effectuée, mais à l’inverse ? Voyons plutôt : «  Ce sont les hommes qui font bouger les choses… Les hommes sont plus du côté de la vie… Les femmes ont peur… Les femmes, comme chacun sait, sont de grandes petites filles !… » (etc.)

La femme était maîtresse du dedans, du foyer, de l’intimité, la voilà en plus maîtresse du dehors : quel vertige ! L’avenir est prometteur…

Un tel mouvement représente cependant bien des dangers.

Les femmes, sans s’en rendre compte, sont en fait en train de se laisser abuser une nouvelle fois. Mais il n’est plus possible d’accuser autrui, cette fois-ci. Commettant la même imposture, elles se retrouvent au sein d’un univers globalisant, « aformel », monde magique où l’on sait parfois sans avoir (à peine) appris, où tout se sent, se comprend, se perçoit d’emblée.

De plus, comme nous venons de le voir, il est possible de confondre une simple inversion de rapport de force avec une authentique évolution. A ce rythme, l’on peut continuer longtemps à chanter alternativement les louanges de l’une ou l’autre des parties – Masculin ou Féminin – pour s’empresser ensuite, aux premiers excès, d’aller trouver refuge chez son opposé…

Comme à la cour de certains monarques où ministres et favorites se succédaient, adulés un jour, bannis le lendemain, l’Astrologie risque fort de payer chèrement l’image de sagesse globalisante dont elle se laisse aujourd’hui parer. Il sera bien temps alors d’aller pleurer misère et de faire pénitence!

Un autre danger pour la femme, bien sûr, est de rester prisonnière de cette identification : une projection est toujours double, elle porte en elle sa face claire et sa face sombre.

Sa face claire : la bonne mère protectrice.

Sa face sombre : la sorcière.

Etre porteuse des qualités propres au Féminin enferme les femmes dans un rôle, une cage dorée. Ainsi, Joëlle de Gravelaine et Irène Andrieux se plaignent-elles d’être « considérées comme des Grandes Mères ». N’ont-elles pas aidé à tracer leur image en prétendant que « l’Astrologie des femmes est plus humaine », que « la femme est plus proche des valeurs de l’être.. », ou que « les hommes, comme chacun sait, sont de grands enfants! » ?

De la même façon, déclarer les femmes « plus proches de l’Astrologie » dans un système ou Masculin et Féminin, hommes et femmes, sont considérés non comme complémentaires mais comme antagonistes, c’est faire de l’Astrologie le déversoir de tout ce qui s’oppose au Masculin-Logos, c’est enfermer l’Astrologie dans une seule fonction.

Conclusion

Face à ces fâcheuses conséquences, plusieurs voies se sont tracées.

Pour tenter de résoudre le paradoxe dans lequel s’ébat l’Astrologie, des mouvements se créent ici et là. Leur propos est d’offrir à l’Astrologie les mêmes garanties et les mêmes devoirs qu’aux autres sciences humaines.

Ces mouvements insistent tout particulièrement sur l’aspect déontologique de la profession d’astrologue, considérée comme une profession d’aide au même titre que d’autres disciplines (médecine, psychologie,…)

«  Nombre de personnes se sont regroupées autour d’un code déontologique. Moi-même, je fais partie de la Fédération Francophone d’Astrologie créée par Danièle Rousseau et dont elle est la présidente. Cela nous permet d’échanger des idées et d’établir un code déontologique. Car il y a des choses qui ne se font pas en Astrologie, par exemple on ne dit pas à quelqu’un « vous mourrez avant 34 ans »! » (Joëlle de Gravelaine) [7]

«  J’ai créé la FFA afin de donner aux astrologues à et l’Astrologie un moyen de se battre et d’exister dans le monde moderne. » (Danièle Rousseau)[8]

Les références de plus en plus nombreuses à la psychanalyse montrent que les astrologues éprouvent le besoin d’étayer leur pratique des acquis d’une discipline déjà plus intégrée et plus structurée : code déontologique, écoles, échanges entre professionnels, …

De prime abord, l’on ne peut que se réjouir que de tels scrupules animent l’âme des astrologues.

Cependant, l’enseignement majeur de la psychanalyse repose sur la prise en compte de l’Inconscient, donc de la personnalité du thérapeute et des sentiments qu’il éprouve face à son client. Or, cette dimension de travail sur soi et sur sa subjectivité, qui est facilement repérable chez les alchimistes ou dans certaines pratiques religieuses de l’Antiquité, a presque entièrement disparu du discours et de l’univers des astrologues d’aujourd’hui.

Et il y a fort à craindre que l’assimilation de l’Astrologie à la psychanalyse serve plus à peaufiner les techniques d’interprétation qu’à conduire les astrologues à réfléchir sur leurs propres projections.

Bien souvent, au plan théorique les astrologues semblent conscients de la dimension projective de l’Astrologie; mais leur pratique et la réalité des faits la contredisent implacablement.

Il est dommage que les femmes interviewées ici ne se soient pas demandé une seule fois si les projections faites sur elles et leur profession pouvaient être justifiées. Comme si le terme de « projection » équivalait automatiquement à « image fausse »! Alors que le contact, même rudimentaire, avec la psychologie clinique nous apprend que «  la projection est une veste qui va bien à celui qui la porte  ». Niant cette vérité psychologique, l’on se contente alors d’accuser les autres.

C’est ici cependant, dans ce travail sur l’entre-deux, sur objectivité/subjectivité, que pourrait s’accomplir la véritable réconciliation du Masculin (le Logos, analytique) et du Féminin (la Sophia, rassemblante, analogique, symbolique), en dehors de toute réduction à l’homme ou la femme protéiforme.

Dès lors, affirmer que l’Astrologie appartient plus à l’une ou l’autre des tendances n’a plus de raison d’être, puisqu’elle se présente comme une union des deux. Chacun, selon son idéologie ou son tempérament, pouvant en illustrer des aspects différents et complémentaires.

L’Astrologie ne serait donc pas plus « vraie » lorsqu’elle est utilisée dans la relation d’aide que lorsqu’on s’en sert comme instrument de recherche.

Plutôt que de tenter de normaliser l’Astrologie et de lui ôter son parfum magique, pourquoi ne pas accepter que la tache à accomplir soit un travail sur soi d’abord, analogue à l’ascèse des cultures précédentes ?

N’est-ce pas là que se situerait une véritable prise de conscience ?

Que le récent passé culturel des femmes les prédisposent à se situer dans une recherche personnelle, soit. Encore faudrait-il que cette recherche, comme toute recherche honnête, intègre l’autocritique et l’interrogation sur la manière dont on utilise ses outils…

 

Car, comme le dit si bien Joëlle de Gravelaine :

« L’Astrologie n’est pas une science, mais un art, et un art qui vaut ce que vaut l’artiste »…

 

Catherine Aubier et Joelle de Gravelaine répondent à Agnès Fiquet-Dellagnolo…

Agnès Fiquet-Dellagnolo : Que pensez-vous de la place que tiennent les femmes actuellement au sein du milieu astrologique ?

Catherine Aubier : C’est intéressant. Lorsque j’ai commencé ce métier et que je suis entrée dans le milieu, il y a une dizaine d’années, il n’y avait que des hommes. Je faisais de l’Astrologie dans mon coin, je n’avais jamais eu à l’époque d’activités associatives, et elles ont commencé lorsque je suis entrée au GERASH et au MAU. A ce moment là les seuls astrologues reconnus étaient des hommes. Le seul nom féminin qui me vienne à l’esprit alors c’était Joëlle de Gravelaine. C’était vraiment l’Ere des hommes… Et puis petit à petit, les femmes ont pris leur place dans ce métier. Je pense que ça correspond peut-être à une évolution de l’Astrologie, c’est-à-dire que j’ai l’impression que l’Astrologie telle qu’elle était pratiquée à un certain moment par les hommes était une Astrologie assez directive, et elle l’est devenue moins avec l’évolution de la psychologie. L’Astrologie est plutôt devenue un travail basé sur l’écoute et la compréhension, qui sont peut-être plus caractéristiques de l’esprit féminin – c’est caricatural -, ou qui vont de pair avec un fonctionnement féminin.

 

A.F.: Pouvez-vous nous parler de la consultation astrologique ?

Joëlle de Gravelaine : L’Astrologie est un outil qui peut être dangereux si l’on a pas un minimum de connaissance dans le domaine psychologique, si l’on n’a pas conscience des risques de projections que l’on peut faire sur l’autre, si l’on dit des choses maladroitement… Le consultant va recueillir la parole magique de l’astrologue (comme est magique celle du psychanalyste), il va y réfléchir… et ça peut l’aliéner complètement. Je suis personnellement hostile à un excès de prévisions ou de prédictions parce que psychologiquement j’estime que cela peut être dangereux. Pourtant j’estime que l’Astrologie est un formidable outil de connaissance de soi, et qu’à ce titre il n’y a aucune raison de le récuser.

 


[1] – Cette enquête a débuté durant le Colloque sur la Lune en mars 1987 avec les entretiens d’Agnès Dellagnolo-Fiquet

[2] – Entretiens réalisés par Agnès Delagnolo-Fiquet et prolongés, dépouillés et commentés par Anne Rose.

[3] – Lors du Forum des Psychologues de juin 87, consacré aux « Temps de la vie » et dont l’Astrologie était absente, elle s’est entendue définir comme un « résidu de pensée pré-scientifique » par l’un des organisateurs du congrès.

[4] – Que l’on se souvienne de Mrs. Thatcher chantée par Renaud…

[5]La femme avenir de l’homme titrait récemment un célèbre mensuel du Nouvel Age.

[6] – Il est bien évident que nous n’abordons ici que l’aspect de rentabilité des résultats obtenus, sans nous interroger sur leur valeur morale.

[7] – Déclaration faite en 1987-88.

[8] – Déclaration faite en 1987-88.

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Astrologie mondiale au XXIe siècle. La technique de l’Astrocyclon

Posté par nofim le 16 juin 2015

Le nouvel outil astrologique, l’Astrocyclon

par  Jacques  Halbronn

 

 

 

Au cours d’un cycle saturnien  de’ 7 ans, nous avons deux temps, l’un est dit  con,jonctionnel (conjonction de Saturne avec l’une des 4 éroiles fixes royales) et l’autre disjonctionnel (Saturne au mi-point de deux étoiles fixes royales). On illustrera cette méthode au moyen de quelques exemples.

 

I L’ASTROCYCLON ET LA CHUTE DE L’ALLEMAGNE (1944-1945)

 

 

Ian Kershaw écrit   :   » L’attrait charismatique de Hitler auprès des masses s’était de longue date dissous mais les mentalités et les structures de son pouvoir charismatique perdurèrent jusqu’à sa mort dans le bunker. »

On nous décrit ainsi empiriquement  la dialectique conjonction-disjonction. La conjonction permet au chef  d’incarner à lui seul tout un peuple, d’en être l’âme, le génie. La disjonction  prolonge la conjonction, en passant du singulier au pluriel , le peuple prenant le relais de son leader, du moins pour un temps.

Si l’on prend la période allant de l’attentat contre le chancelier à  son suicide (Juillet 1944-Mai 1945), on observe que Saturne est entré dans le signe du cancer, s’éloignant donc du lieu conjonctionnel qu’est l’étoile fixe Aldébaran.(8° Gémeaux). Les historiens s’étonnent de la résilience du régime. Ils ne comprennent pas que même quand le chef vacille, il est relayé par la masse. C’est le passage de la conjonction à la disjonction laquelle poursuit l’action par d’autres moyens. L’Astrocyclon permet de mesurer et donc de prévoir –puisqu’il s’articule sur des données astronomiques précises tant pour le passé que pour l’avenir- quels rapports se nouent entre  le chef et « son » peuple, celui qu’il s’est choisi et l’évolution des dits rapports. Rappelons que Hitler est né autrichien.  La disjonction ne défait pas ce qui a été réalisé lors de la conjonction mais poursuit l’entreprise par d’autres moyens. Il est clair que la volonté de Hitler aura été relayée par une myriade d’auxiliaires, et que s’instaura un conformisme (disjonction)  qui soudait le peuple   même en l’absence de son chef. Si Hitler savait ce qu’il faisait,  son peuple se contentait de vivre selon un certain consensus, finalement assez indifférent et interchangeable .

Si l’on se reporte à l’époque actuelle, la crise qui plane sur l’Union Européenne et la zone « euro » (grexit,  brixit) s’explique par le fait que Saturne est en conjonction avec l’étoile Aldébaran, ce qui confère plus de poids aux personnes qu’aux institututions. Mais toute crise – au regrd de l’Astrocyclon- est circonscrite dans le temps et  l’important est de ne pas être prisonnier des sensations du moment et de pouvoir les relativiser. Mais tout dépend évidemment de quel côté l’on se place.

 

II    LE MODELE POMPIDOLIEN DES ELECTIONS PRESIDENTIELLES EN FRANCE

 

Nous ne manquons pas d’occasion d’ironiser sur l’arbitraire des calendriers électoraux. A quoi tient notamment le fait qu’en France depuis 40 ans les élections présidentielles aient toujours lieu au printemps alors qu’en 1958  et  1965, elles avaient eu lieu à l’automne ?

En 1974, le président Georges Pompidou –élu en 1969- décède avant la fin de son mandat. On est au printemps, au début avril, et donc les élections pour un nouveau président auront désormais lieu au printemps. Si Pompidou était mor en Eté, on aurait pris l’habitude d’élire un président en cette même saison. Il est vrai que Pompidou lui-même avait été élu au printemps du fait de la démission de De Gaulle en, 1969 alors qu’il avait été, réélu  à l’automne 1965, sept ans après  sa première élection à la fin de 1958. (mais cette fois pas encore au suffrage universel)

Apparemment, personne ne s’est offusqué de ce que  tout le calendrier électoral, du moins pour les présidentielles, se situe au printemps en raison de la mort du dit Pompidou ! Cela en dit long sur l’existence d’une sorte de point aveugle quant à la justification des échéances électorales. Le hasard semble avoir toujours présidé à leur fixation dans tous les pays concernés. On nous répondra que tout cela est sans

importance, ce qui est révélateur du manque de conscience  du facteur Temps dans notre civilisation, considéré comme une donnée non pas objective mais subjective ou pis comme  une donnée aléatoire et qui doit le rester. La science politique, ici,  ne cherche aucunement à  asseoir  le fonctionnement de nos institutions sur des mécanismes  purement conventionnels.  A l’instar de la Nouvelle Histoire en quête de soubassements,  les politologues  doivent  avoir périodiquement l’angoisse du vide.

III L’ALTERNANCE CYCLIQUE

Si l’on peut extrapoler à partir du binôme 2001-2015, de 7 ans en 7 ans, de 15 ans en 15 ans, de 21 ans en 21 ans et de 28 ans en 28 ans, on obtient une cyclicité parallèle en décalant tout de 45° et dans ce cas, ce ne sont plus des événements permettant à quelques-uns de faire pendant à tout une nation mais c’est la nation qui l’emporte sur quelques leaders, comme on a pu le voir en 2011 lors de ce qu’on a appelé le « printemps arabe » qui a vu tomber toute une brochette de  « guides » (Ben Ali, Kadhafi) sans parler de ceux qui ont été fortement ébranlés (El Assad etc.). Si l’on remonte 21  ans avant 2011, on tombe sur les événements de 1989 qui ont touché de nombreux leaders dans les « démocraties populaires » (Allemagne de l’Est, Roumanie etc.). Et en remontant encore de 21 ans, on en arrive à 1960 qui vit la dislocation de l’empire  colonial français en Afrique et un De Gaulle devant céder sur tous les fronts.

Sept ans plus tard,  De Gaulle devra à nouveau subir un vent de contestation avec Mai 68  qui sera suivi l’année suivante de son départ du pouvoir.  C’est la disjonction marquée par une volonté de la part  du système de se débarrasser de sa dépendance à l’égard des pères fondateurs.

On notera aussi que 2005 aura été une année fatale pour l’Union Européenne avec le non au référendum de la part de l’un des Etats fondateurs, à savoir la France. Toutes proportions gardées, au regard des conséquences, on est en droit, selon nous, de comparer 2005 à 1989 avec ces deux chocs qui affecteront  Est et Ouest  de l’Europe, en raison d’un manque de gouvernance  de la part  de Gorbatchev et de Chirac qui aurait pu se dispenser d’un référendum pour faire accepter le projet de constitution,  prenant ainsi un risque inconsidéré mais en fait se déchargeant sur le peuple – en phase disjonctionnelle  de Saturne- de la responsabilité de la décision.

Il ne s’agit pas ici de partir d’une quelconque date de naissance – on l’aura compris-mais de dire qu’une fois un certain type d’événement identifié, on doit s’attendre à ce que le même type d’événement se reproduise, dans des contextes qui peuvent singulièrement varier,  selon  un rythme obéissant  à une cyclicité septénaire,  par ailleurs, largement attestée dans la Bible.  Bien entendu, cela ne dispense pas de consulter les éphémérides mais nous insistons sur la nécessité d’une astrologie comprise de tous et non pas des seuls astrologues/astronomes d’autant que cela correspond à des configurations  astrales aisément repérables à l’œil nu.

L’approche comparative nous apparait comme un impératif incontournable de la recherche astrologique. Le XXe siècle aura été marqué par deux réunifications mythiques, celle de Jérusalem en 1967 du fait de la Guerre des Six Jours et celle de Berlin,  incarnée par la chute du Mur en 1989, soit 22 ans plus tard/ Saturne dans les deux cas se situe dans le deuxième décan[1] de l’un des quatre signes cardinaux, respectivement  le bélier et le capricorne.

On notera qu’en 1917, la Déclaration Balfour,  émanant  du ministre britannique,  promettait aux Juifs  l’instauration d’un Foyer –en Palestine, soit 50 ans avant la Guerre des Six Jours, soit 7 x 7 et l’on sait que  les dates séparées d’un multiple  de 7  fournissent des données comparables. Ce résultat avait été obtenu du fait  de la puissance britannique dans la région aux côtés des  Arabes  [2]. Mais  on a déjà vu que la disjonction sous-tendait le démembrement de l’Afrique française en 1960 comme le Printemps arabe en 2011, à 41 ans d’écart, ce qui se rapproche d’un multiple de 7  (6×7 =42), Saturne étant respectivement en capricorne et   en Balance, deux signes cardinaux. . La disjonction  est la révolte contre le Père,  qu’il s’agisse de tel « raïs » (1967 (Israël  contre Nasser) 2011), ou de telle puissance « coloniale » (Paris en 60, Mosou en 89)

Que peut dire l’astrologie cyclique  face à  une prochaine échéance ?

D’une part, il est clair que ce sont là des défis, des risques  auxquels il est possible de répliquer de diverses manières et l’on peut dire que la connaissance des processus en cours permet de gérer ces problématiques de façon plus responsable : un homme averti en vaut deux .

 

 

IV   LA CYCLICITE  DES SYNERGIES

 

Nous entendons mettre l’accent sur la dimension sociologique, à savoir la façon dont  les leaders  parviennent ou non à s’entendre entre eux. Ce serait en fait bien là le créneau central de l’Astrologie et cela s’articule sur la dialectique  amis/ennemis, à savoir qu’à certains moments, les ennemis deviennent amis et à d’autres les amis deviennent amis. Cohabitation,  coalition  sont alors au  menu.  C’est ce chassé-croisé  qui  nous apparait comme notre principal objet d’études.

Du Traité de Rome aux accords de Lausanne  (1957-2015)

En 1957, 12 ans après la capitulation de l’Allemagne,  fut signé le Traité de Rome, entre la France, l’Allemagne, l’Italie et le BENELUX[3]. Saturne est bel et bien en position conjonctionnelle , à proximité de l’une des 4 étoiles fixes royales. Le traité se décide au sommet, sans passer par un quelconque référendum populaire.

On signalera aussi l’expédition de Suez en 1956, dans le même cas de figure, qui associe de facto la Grande Bretagne et Israël alors que les Britanniques avaient été depuis les années 1920,  en général du côté des intérêts arabes.

A un niveau franco-français, notons en 1972, la mise en place du « Programme commun » de gouvernement , qui relie le PS et le PCF, deux formations qui décident ainsi d’unir leurs forces.

En 1978, les Accords de Camp David, signés en présence de Jimmy Carter, président des Etats Unis, entre le président égyptien Anouar El Sadate et le premier ministre israélien Menahem Begin,   font suite à la venue à Jérusalem de Sadate l’année précédente, à la suite de la Guerre du Kippour. Un prix Nobel de la Paix sera accordé à cette occasion

En 1994,  nouveaux accords concernant les rapports Israël/Palestine, à Oslo,  avec  Yitzhak Rabin et   Arafat, Clinton étant président des USA.  Les configurations sont analogues à celle de 1978.

En avril  2015, à Lausanne,  les Etats Unis et l’Iran signent des accords, qui mettent fin  à un long embargo. Les configurations sont comparables aux trois autres exemples fournis.

Dans tous ces cas,  les accords concernent les rapports entre des chefs de gouvernements ou de partis.

Bien évidemment, toutes ces alliances sont vouées au bout d’environ 3 ans à connaitre une crise, c’est  le passage à la phase de disjonction, laquelle ne dure guère  au-delà de ce  même laps de temps.

 

V  Des accords de Munich  au printemps arabe ( 1938 -2011)

Passons au cas de figure inverse  où l’on assiste à la faillite de la concertation entre responsables politiques. La tendance dominante est le sentiment que  l’on n’ a plus besoin d’eux alors qu’ils ont voulu le laisser croire. Inversement, en phase conjonctionelle, qu’a-t-on besoin de consulter le peuple ?

En 1938-1939, on a coup sur coup les Accords de Munich qui conduisent  à un démantèlement de la Tchécoslovaquie, en raison de la question des Sudètes.  Peu après, la Russie, alliée de la France, signe avec l’Allemagne nazie un pacte qui prévoit  un nouveau partage de la Pologne, alliée également de la France. Astrologiquement,  Saturne est en position disjonctionnelle caractérisée. C’est le rejet du traité de Versailles voire de  la Société des Nations.(SDN). En vérité,  tôt ou tard, ne sommes-nous pas amenés à nous renier alors qu’en fait, nous vivsons dans la dualité qui nous enseigne l’ambivalence ?

Si l’on prend la France de 1960, De Gaulle laisse partir l’Afrique tout comme le fera  Gorbatchev un cycle sidéral de Saturne plus tard à la fin des années 80,  lequel  déclare qu’il ne fera rien pour enrayer  le processus  qui s’engage en « Europe de l’Est ».

En 2011, c’est ce que l’on appellera le « Printemps arabe » avec la chute des leaders tunisien, lybien, égyptien et de graves remous en Syrie menaçant Bachir El Assad. Une fois de plus, le peuple  refoule les leaders en place qui n’y peuvent mais.  Dans un cas comme dans l’autre, Saturne occupe une position disjonctionnelle.

Dans tous les cas signalés, il aura manqué une volonté politique au sommet pour  éviter la désagrégation et c’est typique de la phase de disjonction  de Saturne.

 

VI   Apologie  de la dynamique impériale

 

Périodiquement, – ce qui correspond à la phase disjonctionnelle de l’Astrocyclon – il y a un risque de découragement et de perte  d’attractivité de l’empire. Les cas sont nombreux, à travers l’Histoire et ne serait-ce qu’au XXe siècle, de ces empires qui se démantèlent du fait d’un lâcher prise à des moments critiques.  Qui trop embrasse mal étreint, dit-on alors. Un De Gaulle ou un Gorbatchev ont été victimes de ces passages à vide, et n’ont pas, à l’évidence,  pris conscience de certaines lois cycliques,  mais cela vaut pour l’effondrement de l’Autriche Hongrie ou de l’Empire Ottoman,  comme conséquence de la Première Guerre Mondiale, sans parler du cas de l’Empire britannique, notamment avec la perte de l’Inde ou plus justement d’un renoncement à une entreprise jugée un peu trop vite désespérée, tant il nous est difficile de prendre du recul par rapport au moment présent.

Pour notre part,  nous percevons le monde comme un ensemble d’empires, forcément en petit nombre. Cela devrait être la norme tant politique qu’économique et cela permet en outre à l’Humanité de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, au nom d’une mondialisation. comme l’on se prémunit contre les tremblements de terre, notamment en construisant selon certaines règles, l’humanité du XXIe siècle devra prendre les mesures nécessaires pour ne pas être constamment victimes de secousses « disjonctionnelles », qui se produisent en moyenne tous les 7 ans. C’est alors que notre humanité atteindra  enfin l’âge de raison.

Si l’on s’en tient à la France, on peut penser qu’il lui  aurait été possible de maintenir son empire, en prenant certaines précautions et d’ailleurs s’il n’y avait pas eu un tel espoir, il n’y aurait pas eu de guerre d’Algérie laquelle comportait notamment l’enjeu du pétrole saharien. L’Histoire retiendra l’incurie d’un De Gaulle et d’un Gorbatchev,  en Russie, une sorte de passage à vide typiquement disjonctionnel.  Le projet européen a certes l’apparence de la création d’un nouvel empire récupérant après 89 les dépouilles de l’empire russo-soviétique et  sa réussite sera liée à la connaissance de certains rythmes que nous avons décrits et qui s’articulent sur des données astronomiques bien précises, bien au-delà de quelque forme d’empirisme.

Bien évidemment,  les regrets ou les remords sont liés à cette cyclicité, l’on cherchera – un peu  tard -  à réparer ses torts ou à corriger ses erreurs avec plus ou  moins de bonheur. [2]


[1] cf.  Claude Fohlen, Histoire de l’esclavage aux Etats Unis, Perrin  1998

 

[2] cf.   Laurent Degos, Eloge de l’erreur. Ed Le Pommier 2013

 

JHB

16.06. 15

 


[1] De 10° à 20° du signe qui en fait 30°.

[2] cf. le film Lawrence d’Arabie de David Lean

[3]   Abréviation de  Belgique, Nederland  (en français Pays Bas) et Luxembourg

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Le Mouvement Astrologique de Jacques Halbronn célébre ses 40 ans d’existence

Posté par nofim le 8 juin 2015

Le 40 e  anniversaire de la fondation du Mouvement Astrologique  Universitaire (MAU) juin  1975- juin  2015 Le mois de juin 2015 sera consacré à l’évocation de ces 4 décennies. Chacun est invité à contribué par des témoignages à  cette commémoratio qui se terminera par la publication en ligne d’un mémoire global le samedi  27  juin 2015  au Café culturel Le Ballon Rouge, 17, rue Abel Gance  à  partir de 14h30. M° Quai de la Gare. A 16h, aura lieu un Café Destin, sur le thème …’Introduction au Symbolisme » animé par  Yves Accard. La réunion se terminera vers 20h Contact  MAU  06 60 75 52 48

Le MAU  a  été dès le départ international, comme le montrent ses congrès dès le mois de décembre  1975. Il profite du Manifeste des  186 contre l’astrologie  qui suscite des réactions chez les astrologues. Le MAU est dès l’origine couplé avec la Faculté Libre d’Astrologie de Paris (FLAP), dualité qui n’est pas sans  évoquer le masculin et le féminin. Les colloques étant des espaces de débat et les cours des lieux de formation.  Viendra un temps où une formule hybride confondra ces deux processus, à partir des années 90 autour d’Yves  Lenoble, les colloques étant assimilés à des cours magistraux.

Le MAU  est dirigé en 75 par  Jacques  Halbronn, âgé alors de 27 ans qui avait été vice-président du CIA  et secrétaire général de l’ISAR. En 2004,  nous avions célébré le 30e anniversaire du Congrès de l’ISAR à Paris, à la Porte Maillot, toute une semaine durant, qui avait été mis en place à l’incitation d’Halbronn .Ce congrès sera le premier d’une vogue ininterrompue de congrès francophones pendant 40 ans. En ce sens, on peut dire que Jacques Halbronn est le père du congrès astrologique français, dans sa forme sinon dans son contenu, lequel aura largement varié..

Les grands  moments du MAU

On renverra au DVD  L’épopée du MAU,  en ligne,  document qui fut réalisé il y a déjà 20 ans fin 1995. La synergie avec les Ed. Guy Trédaniel à partir  de  1979 et qui  aboutira… notamment à la production du Guide de la Vie Astrologique en 1985 dans le cadre des éd. du MAU « La Grande Conjonction ». Le Guide apparaissait ainsi comme un complément au Congrès dans une même dynamique de rassemblement »communautaire » dont  Halbronn apparaissait comme le leader naturel En 1994, paraitra une nouvelle édition du Guide (GVA),réédité en 1997 En 1979, ouverture du Centre Providence, 8 rue de la Providence 75013 Paris, toujours en activité, où se tinrent notamment les cours de la Faculté Libre d’Astrologie de Paris et où est installé une bibliothèque et un centre d’archives de la vie astrologique..

 

En novembre 2004, le 30e anniversaire du Congrès ISAR de 1974, en présence de Julienne Mullette, fondatrice de l’ISAR (International Society  for Astrologica Research)fur marqué par un rassemblement  extraordinaire des astrologues français dans le XIIIe arrondissement de Paris, à la Maison des Associations, rue Caillaux, une telle concentration de chercheurs aura en fait été un événement unique, immortalisé par la vidéo. En mai 2008,  c’est la création de la chaîne Teleprovidence qui vient de feter son  septiéme anniversaire

Le mot rassemblement résume parfaitement le bilan du « Mouvement » mais on ne saurait passer sous silence  un travail théorique conduit parallélement par  Jacques Halbronn et  qui accompagne le MAU depuis sa fondation avec pour manifeste  « Clefs pour l’Astrologie » aux Ed. Seghers, au début de 1976.(réédition  1994). L’idée centrale d’Halbronn  est de rajeunir le modéle astrologique, de le décanter pour parvenir à un nouveau consensus qui se substitue à celui d’une tradition  hybride. En ce sens, Halbronn se situe dans la ligne de l’astrologie des années soixante, quand il entra dans ce milieu : les travaux de Gauquelin, de Jean-Pierre  Nicola et l’astrologie mondiale d’André Barbault.

Fin 1976, Halbronn publie dans la revue Cosmopolitan dans le numéro de fin d’année, un dossier intitulé Astrologie Sensorielle.qui expose une approche toute nouvelle de l’astrologie, qui renonce au thème natal. Le thème astral est en effet, très tôt, la bête noire d’Halbronn qui travaille sur une astrologie émancipée par rapport à la fois au « thème » et au symbolisme zodiacal », même si lui-même – comme d’ailleurs André Barbault- pu.blie des ouvrages sur les signes.(Tchou-Sand  et Solar). Curieusement, Halbronn sera l’éditeur de deux ouvrages consacrés aux régimes horaires, celui de Gabriel (Traité de l’Heure dans le Monde) et celui de François Schneider
 Gauquelin, (Problémes horaires résolus en astrologie)
Mais à partir des années 90, la vie astrologique perd de son tonus et l’on en revient au Zodiaque, à un syncrétisme,  les nouveautés étant perçues désormais comme des gadgets, notamment à la suite de la fausse prédiction de Barbault pour une troisiéme guerre mondiale dans les années 80. Habronn milite notamment pour l’abandon des nouvelles planétes en astrologie ainsi que pour le recours aux étoiles fixes royales. Dans ses congrès, le MAU accueilera tous les chercheurs originaux, de Nicola à Dorsan, le sidéraliste, de Heckel, le néromanien  aux   Gauquelins (qu’il éditera l’un et l’autre, Michel et Françoise) sans aucune exclusive..

On a du mal à imaginer de nos jours ce qu’a pu être l’émergence du MAU au milieu des années 70. L’on peut parler d’un Age d’Or de l’astrologie d’expression française qui aura marqué les 7  premières années de la création du MAU,en gros du congrès de Paris de 1974  au congrès de Londres  de 1981. Plusieurs accords internationaux furent conclus à l’échelle européenne à l’occasion de la présence d’astrologues étrangers dans les congrès …MAU.Traités avec la Belgique, l’Allemagne et l’Espagne en 78 à Lille,  avec la Grèce, l’Italie à Nice en 79. Fédération francophone France-Suisse-Belgique à Bruxelles en 80 etc

Par la suite, le MAU ménera une politique d’implantation provinciale,  déjà engagée à Lille, Genéve et à Nice-PACA, dès 78 -80 (avec la création du MASR, Mouvement Astrologique de Suisse Romande)  en collaboration avec  divers partenaires locaux. Citons notamment:   Metz, Toulouse, Tournai (en Belgique), Strasbourg,  Nantes,Lyon,  Orléans, Amlens, Rouen, Montluçon, Angouléme, Dijon- si l’on s’arrête à 1993.

   Le marathon des congrès MAU 1977-1981. Les congrès MAU sont des manifestations de force, du fait d’une certaine faculté de mobilisation. Le congrès de Saint Maximin en juin 78, donc trois ans après la fondation du MAU est en une belle illustration. Faire venir le gratin astrologique près d’Aix en Provence, dans cette Abbaye  fut une performance qui réunit  un Gustave-Lambert Brahy, un christian Meier Parm, un Ruperti et bien d’autres…. C’est l’occasion de rappeler que Jacques Halbronn se voulait inter-générationnel et international, ce qui donnait un étonnant brassage, animé  par  quelqu’un qui allait sur ses 30 ans.et dirigeait les débats avec autorité.. A la rentrée  78,  le MAU tient les assises de l’enseignement astrologique à Paris,  et il en sort un texte qui a vocation internationale. Mais  le congrès qui aura peut être été le plus marquant aura été celui consacré en septembre 77 à l’ère du Verseau ne serait-ce que parce qu’un an et demi plus tard paraitrait un gris volume d’actes, « Aquarius ou la Nouvelle ère du Verseau » (ed Albatros-autre Monde)

 

Trois congrès de conquéte Il a existé une certaine dynamique entre le MAU et diverses associations érangères, ce qui permit d’organiser le congrès de Bruxelles en 1980, avec la complicité du regretté  Jacques de Lescaut, le congrès de Lyon  en 1984  avec celle de Denis Labouré et celui de Londres en 1981 du fait d’une longue fréquentation des astrologues d’outre Manche. Dans les trois cas,  la manifestation fut certainement  vécue ave…c des sentiments mélangés comme une forme d’intrusion, la marque en tout cas d’un certain culot de la part d’Halbronn.. Le congrès de Lyon aura des conséquences assez ravageuses pour l’association GERASH (fondé par Patrice Louaisel, un an avant le MAU). Le paralléle entre Halbronn et Louaisel est intéressant car il montre le rôle des jeunes universitaires dans le milieu astrologique dans l’après Mai 68. La politique provinciale du MAU  était déjà en soi l’expression d’une volonté de la part d’Halbronn de ne pas abandonner au GERASH l’astrologie provinciale. En 1986, Halbronn devient, à la suite d’une crise interne du GERASH, vice-président puis président de cette association rivale laquelle sera amenée à se saborder, ce qui donnera naissance au CEDRA de Maurice Charvet en 86. Un autre facteur vient compliquer les choses, la guerre des fédérations, celle de Danielle Rousseau(Fédération Francophone d’Astrologie FFA) et celle de Denise Daprey, coachée par Halbronn (Fédération des Enseignants en Astrologie FEA). On peut dire que dans les années 85-87, Halbronn occupe une position centrale dans le milieu astrologique francophone ce qui est confirmé par deux beaux congrès de 87 et 88 à Paris

L’avénement des quadragénaires

A partir  de la fin des années 80,  on voit l’émergence de trois quadragénaires qui vont parvenir à une certaine maturité:  Alain de Chivré, Maurice Charvet Yves Lenoble, tous trois nés au milieu des années 40, tout comme  Jacques  Halbronn…. Ce qui distingua Halbronn  des trois autres personnages, c’est sa précocité. Des biographes diront qu’Halbronn eut un père assez effacé et il parait que cela favorise une maturation plus rapide. Toujours est-il que ces trois astrologues parviennent avec  les années 90 à la pleine possession de leur capacités de leader, avec quinze ans de retard  sur  Halbronn

Les années 90 sont donc marquées par ces trois quadragénaires, Lenoble avec ses Congrès annuels,  Charvet avec le CEDRA, et son forum (La Clef)  Chivré avec la FDAF. Fédaration  des Astrologues Francophones (Astroculture). Halbronn  se situe au cours de cette décennies plutôt comme un spectateur. Il publie le Nouveau  Guide de la Vie astrologique (dans le cadre d’un DEA  à Paris VIII  St Denis,  en 95) et divers travaux en histoire de l’astrologie, obtient le titre de docteur es lettres en 99(Paris X Nanterre) pour ses recherches sur le prophétisme, publie un Catalogue alphabétique des textes astrologiques (CATAF) sur le site de Patrice Guinard (CURA). En 1994, la Bibliothèque Nationale charge Halbronn d’une exposition au département de la Réserve. Ce sera « Astrologie et Prophétie. Merveilles sans images.’ qui fit l’objet d’un catalogue. En tant qu’éditeur (avec Trédaniel) , il publie en 1990 le Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra.

Mais avec le nouveau millénaire,  de nouveaux défis se présentent avec les télévisions sur le web qui ne sont pas sans nous faire songer aux radios libres des années 80. Roger Héquet lance TV Urania et fait appel aux archives d »‘Halbronn, à commencer par le film du Congrès de 2004. Il met en ligne la soutenance à la Sorbonne de son post-doctorat sur Nostradamus. Mais en mai  2008, Halbronn s’est donné les moyens de créer sa propre structure, c’est Teleprovidence qui connaitra deux premières années d’une grande intensité avec un grand nombre de déplacements en province, et dans les différents pays francophones (Belgique, Suisse, Québec). Nos quadragéniaires ne s’engagent pas dans cette voie, laissant au MAU le monopole de ce support qui s’inscrit directement dans la politique de rassemblement du MAU depuis sa fondation. Jacques Halbronn  démontre ses talents d’intervieweur.  Par ailleurs,  Halbronn – dont les travaux  traitent depuis longtemps du prophétisme- au niveau  universitaire- n’hésite pas à ouvrir son « empire »  au monde de la voyance en couvrant notamment  le Salon Parapsy.  Il y a  peu, Halbronn  a choisi le nom de « chaîne de la Subconscience ». Pour Halbronn,  une certaine pratique de l’astrologie individuelle est  difficilement dissociable du champ divinatoire. Rappelons ce paradoxe qui veut que Halbronn n’a jamais donné de consultations individuelles, ce qui peut étonner de la part   de l’un des leaders historiques du milieu astrologique. qui occupe des fonctions de dirigeant de la « communauté » astrologique depuis 1973, – il y a 42 ans -  date à laquelle il  était devenu Vice-Président du CIA, poste longtemps occupé par André Barbault. Plus généralement, d’ailleurs, Halbronn refuse de s’enfermer dans le seul créneau de l’astrologie et voit dans l’astrologie un révélateur du clivage social entre hommes et femmes,  ces dernières constituant désormais le gros des troupes du public astrologique averti, et se complaisant dans ce qu’il faut bien appeler une contre-culture.  En 40 ans,  on ne peut que constater le vieillissement et la féminisation du recrutement astrologique, bien incapable d’attirer à lui, comme il l’avait fait,  quarante ans plus tôt  les jeunes générations de chercheurs.

Halbronn dans le cadre de la Faculté Libre d’Astrologie de Paris, dans les années 90,  aura tenté d’alléger la formation des astrologues praticiens en minimisant le poids de l’astrologie. Il s’oppose au courant personnaliste de Rudhyar et privilégie les approches collectives qui lui semblent correspondre davantage  à l’esprit de l’astrologie. En ce sens,  Halbronn est d’abord un « mondialiste », tout en  ayant  développé la notion de cosmothérapie qui  permet à un praticien de faire de l’astrologie sans y croire, évitant ainsi le contre-transfert., comme il s’en explique dans la nouvelle édition totalement refondue  de Clefs pour l’Astrologie, parue en 1993, toujours chez Seghers.  Rappelons à ce propos,  que Halbronn  aura  su représenter l’astrologie auprès du public éclairé, notamment en rédigeant, en 1994  l’article Astrologie de l’Encyclopaedia Universalis.

 

 

JHB

08 06 15

 

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La remise en place d’éditions à dix centuries au cours des années 1590

Posté par nofim le 27 mai 2015

LA           REMISE EN PLACE D’ÉDITIONS           À DIX CENTURIES AU COURS DES ANNÉES 1590.

par Jacques Halbronn

 

                      Dans son article n ° 40 de son Corpus Nostradamus,           Patrice Guinard, s’essaie à relier les quatre éditions Benoist Rigaud           1568 avec l’édition Antoine du Rosne 1557 Utrecht. Il observe des similitudes           entre l’exemplaire Benoist Rigaud de la Bibliothèque Municipale de Grasse           (qu’il signale par la lettre K) avec l’exemplaire hollandais.

                      Un tel exercice a ses limites en ce qu’il ne détermine aucunement les           dates de publication mais simplement des similitudes structurelles qui           sont intéressantes du moment que justement l’on n’en tire aucune conclusion           exorbitante.

                      Nous profitons de l’occasion – d’autant que les travaux de P. Guinard           ont été repris sur le forum anglais de la Bibliothèque Nostradamus,           animé par Mario Gregorio et Peter Lemesurier, pour faire quelques mises           au point méthodologiques.

                      Comme nous l’avons indiqué à plusieurs reprises dans divers articles           que nous avons consacré depuis six ans sur Internet (au CURA, sur Espace           Nostradamus et dans Estudes nostrdamiennes), et précédemment dans notre           communication « Les prophéties et la Ligue », aux Journées Verdun           Saulnier de 1997, il est aussi important de se mouvoir en aval qu’en           amont et la plupart des nostradamologues persistent à se situer en aval,           refusant ainsi de relever des similitudes avec des éditions tardives           sinon pour n’y voir que des copies d’éditions plus anciennes…. On           regrettera ainsi que P. Guinard n’ait pas jugé bon de confronter son           corpus tant avec les éditons Héritiers Benoist Rigaud de la fin du XVIe           siècle qu’avec l’édition de Cahors 1590 ou encore avec l’édition Chevillot           qui comporte bien des similitudes avec les éditions rigaldiennes, en           dépit de certaines additions au-delà du second volet. Certes, ces éditions           sont censées être plus tardives mais encore eût-il fallu s’assurer que           certaines similitudes ne pourraient conforter la thèse d’éditions Benoist           Rigaud antidatées. En s’abstenant de le faire, l’on évite d’avoir à           se poser la question….

                      Curieusement, dans le corpus présenté par P. Guinard dans sa comparaison entre « 1557″           et « 1568′, il « oublie » l’édition Antoine du Rosne Budapest,           car celle-ci doit le gêner. Or, cette édition qui ne compote pas l’avertissement           latin entre VIe et VIIe centuries est très similaire à l’édition d’Anvers,           parue chez François de Sainct Jaure, et portant la date de 1590 (Bibl.           de l’Arsenal./ Paris). Mais cette similitude a ses limites, la première           étant que les deux documents ne portent pas le même titre.

                     

1 sur le titre

                      St Jaure: Grandes et Merveilleuses Prédictions

                      Budapest: Prophéties.

  

                      Ajoutons que l’édition St Jaure ne fait que reprendre un intitulé déjà           attesté en 1588 et 1589 pour les éditions de Rouen, parues chez Raphaël           du Petit Val, décrites par Daniel Ruzo.

                      On nous dira que l’on a jugé bon à Rouen et à Anvers de lancer un nouveau           titre alors que l’ancien sera conservé dans les éditions parisiennes           des mêmes années 1588-1589, avec d’ailleurs la même vignette que celles           des éditions 1555 et 1557, du moins dans l’édition de la veuve de Nicolas           Roffet (British Library). Dans le cas des éditions – l’une datée 1589,           l’autre non datée – de Pierre Ménier, l’on a affaire à une vignette           légèrement différente mais visiblement articulée sur la même matrice,           laquelle vignette ne sera pas utilisée pour des éditions antidatées           à la différence de l’édition Roffet. En revanche, les deux vignettes           serviront pour la fabrication de publications annuelles antidatées attribuées           à Nostradamus : pronostication 1562 (Bayerische Bibliothek, Vienne,           almanach 1563 (Bibliothèque Municipale de Lille, pour la vignette Roffet,           et almanach 1563, en anglais, pour la vignette Ménier ). En fait, il           nous semble probable que les deux vignettes ont circulé parallèlement           dans le circuit des contrefaçons – chaque libraire ayant ainsi sa griffe-           mais que la vignette Roffet est mieux attestée au regard des éditions           conservées. que la vignette Ménier). Ajoutons que les éditions conservées           de la traduction française par Nostradamus de la Paraphrase de Galien sus l’cxortation de Menodoteaux estudes des bonnes Artz,           mesmement Medicine, comportent aussi la vignette Roffet.

                                 

2 sur le sous-titre

                      Les deux éditions Antoine du Rosne comportent un sous titre qui est           identique à celui de l’ édition susmentionnée de Rouen de 1589 à savoir:           « dont il en y a » au lieu de « dont il y en a » que           l’on trouve notamment chez Benoist Rigaud, dans les quatre éditions           étudiées par P. Guinard. Est-ce           que la dite édition normande aurait emprunté son sous titre – mais non           son titre principal comme on l’a vu – à une édition Antoine du Rosne           1557?

                     

  3           sur l’agencement de la IVe Centurie

                       Les éditions Antoine du Rosne, tout comme l’édition d’Anvers, comportent           une IVe centurie bien lissée, où l’on passe sans prévenir du 53e au           54e quatrain alors même que les éditions de la fin des années 1580 marquent           une coupure au sein de la dite Centurie IV.

                      Voilà, décidément, le monde à l’envers! Une vénérable édition 1557 sans           aucune indication à la IV et trente ans plus tard le rappel d’une solution           de continuité en la dite centurie et qui plus est justifiée par l’édition           Macé Bonhomme 1555, à 53 quatrains en cette même centurie, censée parue           deux ans seulement avant les éditions datées de 1557.

                     

                      Mais revenons sur ce qui distingue les deux éditions Antoine du Rosne           dont celle de la Bibliothèque de l’Université d’Utrecht a les préférences           de P. Guinard.

                      L’édition 1557-Utrecht – - et cela se retrouve dans les éditions Benoist           Rigaud recensées par P. Guinard – à 42 quatrains à la VII au lieu de           40 et a un avertissement latin à la fin de la VIe centurie qui « manque »           à l’autre édition 1557 Budapest. Faut-il quand même rappeler que le           Janus Gallicus           (1594) atteste de l’existence d’un centième quatrain à la fin de la           VIe centurie? Est-ce que ce quatrain a été rajouté ou bien supprimé           à un certain stade? P. Guinard présente ainsi l’affaire : « Toutes les ditions de 1568 reprennent le quatrain latin           non numrot [VI 100] « .,. Cette thèse du « quatrain latin »,           surmonté d’un chapeau, ce qui est parfaitement atypique vise avant tout           à masquer bien maladroitement l’absence du centième quatrain.

                     

                                  Passons à la description des           quatre exemplaires dont P. Guinard fournir les pages de titres – au           demeurant dotées de vignettes fort différentes des éditions 1555, 1557           , 1588, 1589 et 1590 – des deux volets. Force est de constater que dans           trois cas sur quatre, la présentation de l’indication de libraire diffère           sensiblement d’un volet à l’autre. Une seule édition offre une homogénéité           de présentation entre les deux volets, celle de la Bibliothèque du Musée           Paul Arbaud d’Aix en Provence. Elle est la seule édition parmi les quatre           à avoir un second volet dont le bas de la page de titre est justifié           par rapport à la vignette, comme c’est le cas pour le premier volet           des quatre éditions. Est-ce pour autant la plus ancienne du lot ou au           contraire la plus tardive? Si l’on doit en croire Guinard, c’est l’édition           de la Bibliothèque de Grasse qui est la plus ancienne parce que la plus           proche de l’édition Antoine du Rosne Utrecht, selon d’autres critères           à savoir au niveau de certains passages du corps de l’ouvrage…..

                                  Cela dit, les trois éditions comportant un second volet sans similitude           avec le premier volet offrent entre elles des recoupements frappants           dans la disposition de leur titre. Ajoutons que les dites éditions se           répartissent à elles trois deux vignettes, celle de la Bibliothèque           de Stockolm étant seule dans son genre face aux trois autres éditions.

                                  Maintenant, lorsque P. Guinard établit des similitudes entre l’exemplaire           « 1568″ de Grasse et l’exemplaire « 1557″ d’Utrecht,           faut-il pour autant concevoir que le second aura servi au premier?

                                  L’argumentation de P. Guinard se fonde sur l’idée que certaines orthographes           relevées au début de la Préface à César indiqueraient une plus grande           ancienneté et que, a contrario,           certaines coquilles seraient la marque d’un caractère plus tardif. comme           dans le cas de « futeur » qui aurait remplacé malencontreusement           « futur ».

«            L’erreur typographique (futeur pour futur), introduite           par l’édition X, n’a pas été corrigée dans les éditions ultérieures. ».                  

                                  En conclusion de son 40° article, P Guinard en arrive, chemin faisant,           sans nous citer, à écrire :

. » On           peut donc légitimement supposer l’existence d’une édition Alpha, parue           en 1568, et dont toutes les éditions postérieures seraient dépendantes.           Il en résulte aussi qu’aucune des quatre éditions dont une quinzaine           d’exemplaires sont aujourd’hui accessibles, n’a peut-être t imprime           en 1568, mais une date légèrement postérieure. Les éditions X, A, B           et C, dites de 1568, seraient par conséquent des retirages parus vraisemblablement           entre 1568 et 1580″; ce qui fait craindre à ¨Peter Lemesurier,           sur le forum signalé plus haut, que l’on en arrive ainsi basculer dans           la démarche de… Halbronn…                                   En outre P. Guinard, outre qu’il accepte le           principe d’éditions antidatées, et tend désormai à relatriviser la portée           des dates indiquées au titre, parait désormais reconnaitre, dans ce           même passage, la nécessité d’ademettre l’existence d’éditions manquantes           – ce qu’il dénomme l’édition Alpha – ce qui rejoint également notre           méthodologie. L’on peut d’ailleurs penser qu’il a probablement renoncé           à considérer les deux éditions Antoine du Rosne 1557 comme parues la           même année…..A force de vouloir réunir et comparer plusieurs éditions           se présentant comme identiques mais comportant moult variantes, reconnaissons-le           que le doute peut se manifester….

                                  La question récurrente est bien, en effet, la suivante: est-ce qu’une           édition comportant une certaine hétérogénéité dans sa présentation,           la trace de divers ajustements est par là même plus tardive? Nous aurions           plutôt tendance à croire le contraire même si l’on peut certes admettre           un certain processus de corruption.

                                  Selon nous, l’on ne peut expliquer les similitudes que nous avons relevées           entre les éditions 1557 et les éditions de la fin des années 1580 et           de la décennie suivante qu’en admettant qu’elles ont été produites au           cours de cette période d’une quinzaine d’années -étant entendu que nous           ne disposons pas des toutes premières éditions parues entre 1580 et           1585 alors même que Guinard, tout en acceptant de ne pas se fier aux           dates indiquées situe son corpus au plus tard en 1580, pour des raisons qu’il ne précise d’ailleurs pas           et qui sont probablement dues à une volonté de laisser entendre que           les éditions centuriques n’ont jamais cessé de paraître et qu’elles           ont circulé au cours des années 1570…..

                                  Il n’est nullement inconcevable qu’une édition datée de 1557 ait servi           pour une édition Benoist Rigaud 1568 mais cela ne s’est pas produit           entre 1557 et 1568 – avec le relais de quelque édition intermédiaire           datée de 1558 – mais bien au cours des années 1580. Il suffit d’ailleurs           de comparer les textes consacrés à Nostradamus – et qui sont les premiers           à mentionner les quatrains centuriques – en 1584 chez La Croix du Maine           et en 1585 chez Du Verdier pour s’en convaincre….L’un parle d’une           édition de quatrains – sans autre précision – datée de 1556 alors que           l’autre, un an plus tard, signale une édition à dix centuries datée           de 1568 et se présentant comme parue à Lyon, chez Benoist Rigaud. Tout           se passe comme si l’édition « 1568″ avait souhaité rassembler           tout un ensemble de textes se prévalant de Nostradamus, eux-mêmes d’ailleurs           empruntant lourdement à la mouvance néonostradamique et notamment- mais           pas exclusivement – à Antoine Crespin et à Mi. de Nostradamus le Jeune           qui le précéda, dès avant la mort de Michel de Nostredame.

                                  Faut-il rappeler qu’une telle collection qui sera commentée dans le           Janus Gallicus – lequel           prend aussi en compte les Présages – n’excluait nullement que continuent           à circuler des parutions séparées et c’est bien ce qui semble s’être           produit puisque dès les années 1588-1590; l’on ne publie plus que les           sept premières centuries et la seule Préface à César.

                                  Comment, par la suite, en est-on revenu à un ensemble à 10 centuries           et à deux Epîtres? Il semblerait que l’on se soit contenté, d’abord,           d’ajouter un second volet, ce qui explique la différence de présentation           qui est tout à fait sensible, notamment au niveau du statut de l’italique           dans les deux Epîtres. Seule l’édition conservée à Aix en Provence -           et qu’il nous faudrait consulter – semble se rapprocher de la présentation           initiale à dix Centuries, en tout cas c’est la seule à offrir une belle           symétrie des pages de titre des deux volets. Dans ce cas, l’on voit           que l’imperfection de la présentation des trois autres exemplaires abordés           par P Guinard militerait en faveur de leur caractère plus tardif. Encore,           faut-il rappeler que l’édition Pierre Chevillot 1611, par ailleurs fort           proche des éditions rigaldiennes, présente à nouveau les deux volets           selon une seule et même conception. Il semble donc qu’inlassablement-           jusqu’à la fin du XVIIe siècle – le corpus centurique se forme et se           déforme puis se reforme…..

                                  Comment expliquer la disparité entre les deux volets de trois des quatre           éditions? P. Guinard se contente de noter: « Même           s’il n’est pas totalement exclu qu’il soit paru une dition complte des           Prophties ds 1558 (cf. le bibliographe Alfred Cartier, 1937),           les deux parties distinctes et non uniformises du texte plaident en           faveur de l’assemblage, en 1568, des deux parties d’un texte, lesquelles           n’auraient donc jamais t runies avant le dcs de leur auteur en 1566. ».           Or, s’il y eut une période où le second volet ne fut plus utilisé dans           nombre d’éditions, c’est bien dans les années 1588-1590 et ce pour des           raisons politiques., ce qui explique qu’il fallut ensuite le réintroduire           : pour des raisons de commodité, l’on préféra ajouter un second volet           à un stock non encore épuisé d’éditions à 7 centuries, ce qui rend fort           probable que plusieurs années passèrent avant que le second volet soit           remis en circulation?.

                                  Il semble que l’on ait eu parallèlement deux présentations des éditions           centuriques: l’une visant à vendre un stock de premiers volets en y           adjoignant un second volet composé sépârément et ultérieurement et l’autre,           quand les libraires comme celui de Cahors n’avaient pas de stock, à           composer conjointement les deux volets. Quand le stock de premiers volets           fut épuisé, l’on passa à l’édition correspondant à l’exemplaire d’Aix,           puis à celui paru chez les Héritiers Benoist Rigaud, en remplaçant simplement           la mention « par Benoist Rigaud » par celle de « Par les           héritiers Benoist Rigaud mais cette fois sans la mention  » 1568′,           référence devenue inacceptable à la mort de Benoist Rigaud en 1594,           mais qui était restée plausible tant qu’il vivait puisqu ‘il exerçait           déjà en 1568. L’on notera qu’à l’instar de l’édition d’Aix, le bas de           la page de titre du second volet Héritiers Benoist Rigaud ne dépasse           en largeur la dimension de la vignette placée au dessus, et ce en dépit           de la longueur accrue de l’adresse du libraire. Notons cependant que           l’édition « Héritiers » dispose, en la page de titre du premier           volet, son sous-titre italique sur deux lignes au lieu de trois pour           les éditions antérieures.

« Dont           il y en a trois cens qui n’ont

encores iamais           esté imprimees »

 

au lieu de

« Dont           il y en a trois cens qui

n’ont encores           iamais esté imprimées »

  

On notera une           variante avec « cents » au lieu de « cens » dans l’exemplaire           de la Bibliothèque de Grenoble que l’on retrouve dans les éditions 1557-Budapest           et Utrecht. Quant à la disposition des sous titres, l’édition Utrecht           est conforme à la présentation à trois niveaux ci-dessus tandis que           l’édition Budapest offre encore un autre agencement:

« Dont           il en y à (sic) trois cents qui

n’ont encores           iamais

esté imprimées »

                                 

Ce sous titre           est littéralement – à l’exception de cent au lieu de cents – celui de           l’édition Raphaël du Petit Val de 1589. Le sous titre des éditions parisiennes           est quant à lui: « Dont il y en a trois cens qui n’ont encores esté           imprimées , lesquels (sic) sont en ceste présente édition », ce           qui nous semble être un titre plus complet que celui du groupe Petit           Val 1589-Antoine du Rosne 1557.

                      Il ressort, selon nous, de ces observations d’ordre iconographique,           que les éditions Du Rosne sont constituées grosso           modo d’un croisement entre l’édition           Petit Val 1589 – pour le sous-titre – et l’édition Veuve Nicolas Roffet           1588, pour le titre principal et la vignette.

                                  Pour notre part, la raison principale qui nous fait rejeter à la fin           des années 1570, au plus tôt, la mise en place d’une toute première           édition centurique, vraisemblablement à trois centuries -édition non           conservée – bientôt suivie d’une édition augmentée à quatre centuries,           tient au fait que nous n’acceptons pas la thèse selon laquelle les noéonostradamistes           auraient pillé des Centuries précédemment parues alors que selon nous           c’est exactement le contraire qui s’est produit. On passa ensuite à           une édition à six centuries se terminant par le quatrain latin, à la           suite du centième quatrain français – édition non conservée -                    puis à une édition augmentée à 7 centuries laquelle devait comporter           – si l’on en croit le titre – 300 quatrains au-delà du 53e de la centurie           IV- édition non conservée à moins d’admettre que la IVe centurie ne           comporta tout d’abord qu’une trentaine de quatrains avant de passer           à 53, de sorte que l’addition de 300 quatrains conduisait à un même           nombre de quatrains à la VIIe centuries: or, on a 35 quatrains dans           l’édition d’Anvers, il est question de 39 « articles » dans           les éditions parisiennes de 1588 et 1589. Le cas de l’édition de Rouen,           (1588) à « quarte (sic) centuries » ne comportant pas non plus           53 quatrains à la IVe Centurie va dans ce sens. Il y eut un stade où           l’on préféra supprimer le quatrain latin puisqu’il existait une centurie           VII, cela donna l’édition d’Anvers et celle d’Antoine du Rosne-Budapest.           Mais le gros des éditions centuriques ne suivit pas cet exemple et l’on           préféra maintenir le texte latin. L’édition 1557-Budapest est ainsi           la mieux élaguée de toutes les strates intermédiaires – pas de trace           à la IVe centurie, pas de trace à la VIe centurie, ce qui donne un ensemble           de sept centuries d’un seul tenant. Il ne faudrait pas s’imaginer que           parce que l’avertissement latin n’y figure pas qu’elle serait antérieure           aux éditions le comportant….Avec ses 40 quatrains à la VII – au lieu           des 42 de la plupart des éditions centuriques conservées, elle est augmentée           par rapport à l’édition d’Anvers. Dès lors, ne conviendrait-il pas de           situer les éditions à 42 quatrains postérieurement aux dites éditions           n’atteignant pas ce nombre de 42? Nous ne pensons pas qu’une édition           à 42 quatrains à la VII soit parue avant 1590, le premier cas qui nous           ait été conservé étant l’édition de Cahors datée de 1590 en son premier           volet, donc contemporaine de l’édition d’Anvers et de l’édition 1557-Budapest.           Les éditions Benoist Rigaud premier volet sont conformes à l’édition           de Cahors et ont conservé l’avertissement latin, disparu dans l’édition           d’Anvers.. Le fait que cette édition de Cahors -telle qu’elle est conservée           à Rodez – comporte deux volets assortis nous conduit à penser qu’elle           est probablement une refonte d’une précédente édition et est donc contemporaine           de l’exemplaire d’Aix en Provence voire de l’édition Héritiers Benoist           Rigaud (conservée à Londres, à la University           Library, collection Harry Price)

                      On aura compris que les éditions centuriques connurent au cours des           années 1580-1590 un grand nombre de modifications, se succédant parfois           à quelques mois de distance mais ne relevant pas nécessairement d’un           schéma directif unique. C’est ainsi que le premier volet Benoist Rigaud           à 42 quatrains à la VIIe centurie, doit être placé au début des années           1590, le second, – l’exemplaire d’Aix, légèrement plus tardif – en 1593,           lorsque Henri IV est sacré roi de France à Chartres. L’on comprend mieux           dès lors que le Janus Gallicus           de 1594 comporte des quatrains des dix centuries et soit en fait un           commentaire des éditions centuriques qui paraissent alors, tout en se           servant d’une édition non conservée comportant le centième quatrain           de la VIe centurie.    

  

 

JH

12. 12. 06

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Wikipedia sur Nostradamus

Posté par nofim le 27 mai 2015

Nostradamus

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Nostradamus
Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait de Nostradamus. Par son fils, César de Nostredame.
Données clés
Naissance 14 décembre 1503 Saint-Rémy-de-Provence (France)
Décès 2 juillet 1566 Salon-de-Provence (France)
Nationalité Drapeau de la France Français
Champs Astrologie, médecine, herboristerie

Michel de Nostredame, dit Nostradamus, né le 14 décembre 1503 à Saint-Rémy-de-Provence, et mort le 2 juillet 1566 à Salon-de-Provence, est un apothicaire1 français (on dirait en français moderne : pharmacien2). Selon bien des sources3, il aurait également été médecin, bien que son expulsion de la faculté de médecine de Montpellier4 témoigne qu’il n’était pas possible d’être les deux à la fois5. Pratiquant l’astrologie comme tous ses confrères à l’époque de la Renaissance, il est surtout connu pour ses prédictions sur la marche du monde.

Sommaire

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Biographie[modifier]

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Maison natale de Nostradamus à Saint-Rémy-de-Provence

Il est né de Jaume6 de Nostredame et Reynière (ou Renée) de Saint-Rémy le 14 décembre 15037. Jaume était l’aîné des six (certains disent dix-huit) enfants du couple Pierre de Nostredame et Blanche de Sainte-Marie. Le nom des Nostredame vient de son grand-père juif, Guy de Gassonet (fils d’Arnauton de Velorges), qui choisit le nom de Pierre de Nostredame lors de sa conversion au catholicisme, probablement vers 14558. Selon les archives d’Avignon, et selon les archives de Carpentras qui parlent souvent de juifs des autres régions, il est suggéré que l’origine du nom Nostredame fut imposée9 par le cardinal-archevêque d’Arles, Pierre de Foix. Le grand-père de Nostredame, Pierre de Nostredame, était si convaincu  de sa foi qu’il a répudié sa femme d’alors (Benastruge Gassonet) qui ne  voulait pas quitter le judaïsme. Le curieux « démariage » fut prononcé à Orange le 14 juin 1463 (ce qui lui a permis finalement d’épouser Blanche).

Son enfance[modifier]

C’est son bisaïeul maternel, Jean de Saint-Rémy, ancien médecin et trésorier de Saint-Rémy, qui lui aurait transmis en 1506 les rudiments des mathématiques et des lettres. Mais ceci est douteux,  vu que la trace notariée (Archives dep. des Bouches du Rhône B. 2.607)  de ce vieux personnage disparaît en 1504.

Ses années d’études[modifier]

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Portrait de Nostradamus par le Dr Niel.

Il part très jeune à Avignon pour y obtenir son diplôme de bachelier ès arts. On le disait doué d’une mémoire presque divine, d’un caractère enjoué,  plaisant, peut-être un peu moqueur « laetus, facetus estque mordax »10. Ses camarades l’auraient appelé « le jeune astrologue », parce « qu’il  leur signalait et leur expliquait les phénomènes célestes », mystérieux  alors pour beaucoup : les étoiles filantes, les météores, les astres,  les brouillards, etc. Il dut apprendre aussi la grammaire, la rhétorique et la philosophie. Mais il doit quitter l’université après un an  seulement, et donc sans diplôme, à cause de l’arrivée de la peste (fin 1520). Neuf ans plus tard (1529), ayant cependant pratiqué comme apothicaire (profession non diplômée), il s’inscrit à la Faculté de Montpellier pour essayer d’y gagner son doctorat en médecine. Il se fait connaître  grâce aux remèdes qu’il a mis au point en tant qu’apothicaire. Mais il  est bientôt expulsé pour avoir exercé ce métier « manuel » interdit par  les statuts de la faculté [voir site Benazra Espace Nostradamus]. Son inscription de 1529 et sa radiation sont les seules traces de son  passage à Montpellier, et on ne connaît pas de document attestant qu’il  ait été docteur d’une autre université. Mais, sans être affirmatifs, la  plupart des érudits du vingtième siècle pensent qu’il n’est pas  impossible que l’expulsion de Nostredame ait été temporaire et qu’il  soit devenu quand même diplômé de l’université de Montpellier (comme le  prétendaient aussi, en ajoutant des détails supplémentaires peu  croyables, certains commentateurs très tardifs comme Guynaud et Astruc), bien qu’il lui ait manqué le premier diplôme nécessaire pour accéder au doctorat, car les noms de plusieurs des diplômés connus de cette  université sont absents, eux aussi, de ses registres11— à moins que ceux-ci n’en aient pas été de vrais diplômés non plus (le phénomène du « faux docteur » étant très connu à l’époque).

Mariages et professions[modifier]

Vers 1533, il s’établit à Agen12, où il pratique la médecine de soins à domicile. Il s’y lie d’amitié avec Jules César Scaliger. Cet Italien, installé à Toulouse, érudit de la Renaissance, est « un personnage incomparable, sinon à un Plutarque » selon Nostradamus ; il écrit sur tout. Impertinent, il s’attaque à tout le monde, s’intéresse à la botanique et fabrique des pommades et des onguents. Mais le jeune « imposteur » inquiète les autorités religieuses par ses idées un peu trop progressistes pour l’époque. La durée précise de son séjour à Agen est inconnue ; peut-être trois  ans, peut-être cinq ans. Les points de repère manquent et l’on ne peut  offrir que des dates élastiques. Vers 153413 Nostredame s’y choisit une femme dont on ne sait même pas le nom14, qui lui aurait donné deux enfants : un garçon et une fille. L’épouse et les deux enfants moururent, très rapidement semble-t-il, à l’occasion  de quelque épidémie, la peste vraisemblablement. D’après certains commentateurs catholiques des Prophéties – Barrere,  l’abbé Torne-Chavigny notamment – Nostredame aurait dit en 1534 à un « frère » qui coulait une statue de Notre-Dame dans un moule d’étain  qu’en faisant de pareilles images il ne faisait que des diableries.  D’aucuns pensent que ses relations avec un certain Philibert Sarrazin, mécréant de l’époque, de la région d’Agen, avaient rendu Nostredame plutôt suspect à la Sainte Inquisition15. Celle-ci l’aurait même invité à se présenter devant son tribunal de  Toulouse pour « y être jugé du crime d’hérésie ; mais il se garda bien  de répondre à cette citation »16. Après la mort de sa première femme, Nostredame se serait remis à voyager. On l’aurait trouvé à Bordeaux, vers l’an 1539. Les commentateurs tardifs Moura et Louvet se le représentent en la  compagnie de savants renommés de l’époque et du cru : l’apothicaire  Léonard Baudon, Johannes Tarraga, Carolus Seninus et Jean Treilles,  avocat. Nostredame accomplit de 1540 à 1545 un tour de France qui l’amène à rencontrer de nombreuses personnalités, savants et médecins. La légende signale le passage du futur prophète à Bar-le-Duc. Nostredame y aurait soigné, d’après Étienne Jaubert17, plusieurs personnes et notamment une célèbre (?) Mademoiselle Terry qui l’aurait souvent entendu « exhorter les catholiques à tenir ferme  contre les Luthériens et à ne permettre qu’ils entrassent dans la ville»18. Une tradition très douteuse affirme qu’il a séjourné un temps à l’abbaye d’Orval, qui dépendait de l’Ordre de Cîteaux, située alors au diocèse de Trêves, à deux lieues de l’actuelle sous-préfecture de Montmédy, un séjour que Pagliani, après plusieurs autres, date de 154319. On ne sait s’il faut y ajouter foi, même si, avec Torne-Chavigny et  Napolêon lui-même, beaucoup de gens lui attribuent les fameuses  prophéties d’Orval, Prévisions d’un solitaire, ainsi que celles d’un  certain Olivarius. On les aurait ‘trouvées’ à l’abbaye d’Orval en 1792, date approximative de leur style même. La première (de style  tardif, elle aussi) serait datée de 1542, antérieure donc de treize ans, comme on le verra plus loin, à la préface des premières Centuries. Mais il semble plus probable que toutes les deux aient été composées au XIXe siècle à la gloire de Napoléon20. Ici se termine le cycle de pérégrinations de Nostredame qui l’a mené  en somme, après être rayé de Montpellier, du Sud-Ouest au Nord-Est de la France. Nostredame atteint la quarantaine (1543) et commence une  seconde phase de déplacements qui va le rapprocher de la Provence et le  pousser vers l’Italie, terre bénie de tous ceux qui connurent à son  époque l’ivresse de la Renaissance. Les premières étapes de ce périple sont probablement Vienne, puis « Valence des Allobroges », dont parle Nostradamus dans son Traité des fardemens et confitures à propos des célébrités qu’il s’honora d’y avoir rencontrées : « A  Vienne, je vis d’aucuns personnages dignes d’une supprême collaudation ; dont l’un estoit Hieronymus, homme digne de louange, et Franciscus  Marins, jeune homme d’une expectative de bonne foy. Devers nous, ne  avons que Francisons Valeriola pour sa singulière humanité, pour son  sçavoir prompt et mémoire ténacissime… Je ne sçays si le soleil, à  trente lieues à la ronde, voit ung homme plus plein de sçavoir que luy »21. En 1544, Nostredame aurait eu l’occasion d’étudier la peste à Marseille22 sous la direction, a-t-il dit, d’un « autre Hippocrate, le médecin Louis Serres »23. Puis, il est « appelé par ceux d’Aix en corps de communauté pour venir  dans leur ville traiter les malades de la contagion dont elle est  affligée. C’était en l’année mil cinq cent quarante six »24. On le voit certainement à Lyon en 1547 où il s’oppose au médecin lyonnais Philibert Sarrazin25, à Vienne, Valence, Marseille, Aix-en-Provence et, enfin, à Arles, où il finit par s’établir. Là, il met au point un médicament à base de plantes, capable, selon lui, de prévenir la peste. En 1546, il l’expérimente à Aix lors d’une terrible épidémie : son remède semble efficace comme prophylactique, mais il écrira lui-même plus tard que « les seignées, les medicaments cordiaux, catartiques, ne autres n’avoyent non plus d’efficace que rien. » (Traité des fardemens et confitures, Lyon, 1555, p. 52) Malgré ce succès douteux, Nostredame est appelé sur les lieux où des  épidémies sont signalées. À la même époque, il commence à publier des  almanachs qui mêlent des prévisions météorologiques, des conseils  médicaux et des recettes de beauté par les plantes. Il étudie également  les astres.

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La Maison de Nostradamus à Salon-de-Provence.

Le ­11 novembre 1547, il épouse en secondes noces Anne Ponsard, une jeune veuve de Salon-de-Provence, alors appelé Salon-de-Craux. Le couple occupe la maison qui abrite aujourd’hui le Musée Nostradamus. Il aura six enfants, trois filles et trois garçons ; l’aîné, César,  deviendra consul de Salon, historien, biographe de son père, peintre et poète. Nostredame prend le temps de voyager en Italie, de 1547 à 1549. C’est d’ailleurs en 1549 qu’il rencontre à Milan un spécialiste en alchimie végétale, qui lui fait découvrir les vertus des confitures qui guérissent. Il expérimente des traitements à base de ces confitures végétales et, de retour en France, il publie en 1552 son Traité des confitures et fardements. En 1550, il rédige son premier « almanach » populaire – une collection de  prédictions dites astrologiques pour l’année, incorporant un calendrier26 et d’autres informations en style énigmatique et polyglotte qui devait  se montrer assez difficile pour les éditeurs, à en juger par les  nombreuses coquilles (où certains voient le signe que l’auteur était dyslexique). Dès cette date, Michel de Nostredame signe ses écrits du nom de « Nostradamus« . Ce nom n’est pas l’exacte transcription latine de ‘Nostredame’, qui serait plutôt Domina nostra ou Nostra domina. En latin correct, ‘Nostradamus’ pourrait signifier : « Nous donnons (damus) les choses qui sont nôtres (nostra) » ou « Nous donnons (damus) les panacées » (nostrum, mis au pluriel), mais il est également permis d’y voir un travestissement macaronique (et très heureux) de ‘Nostredame’. En 1555, installé à Salon-de-Provence, il publie des prédictions perpétuelles (et donc en théorie, selon l’usage de l’époque, cycliques)27 dans un ouvrage de plus grande envergure et presque sans dates ciblées, publié par l’imprimeur lyonnais Macé (Matthieu) Bonhomme. Ce sont les Prophéties, l’ouvrage qui fait l’essentiel de sa gloire auprès de la postérité.

Protection royale[modifier]

Sa renommée est telle que la reine Catherine de Médicis l’appelle à la cour en 155528. Le motif de l’intérêt de la reine était peut-être que, dans son dernier Almanach, Nostradamus avait mis le roi en garde contre des dangers qu’il disait ne pas oser indiquer par écrit29. En cette même année 1555, donc, Nostradamus, inquiet des intentions de la cour (il craint d’avoir la tête coupée)30, se rend à Paris, où il reçoit du couple royal des gratifications qu’en  public il qualifiera d’amples mais dont il se plaint en privé qu’elles  ne couvrent pas ses frais de voyage. Des nouvelles alarmantes sur  l’intérêt que la justice parisienne porte à la source de sa prescience  l’incitent à quitter Paris précipitamment. Il se persuade qu’on veut sa  mort31. Dans les années qui suivent, il est la cible de plusieurs pamphlets  imprimés. « Les attaques fusèrent de partout : de France et  d’Angleterre, des milieux protestants et catholiques, des laïcs et des  clercs, des poètes et des prosateurs, des adversaires de l’astrologie et des astrologues de métier, des étrangers mais aussi de ses proches »32. L’ordonnance d’Orléans du 31 janvier 1561 (dont l’auteur ou un des auteurs fut le chancelier Michel de l’Hospital, hostile à Nostradamus) prévoit des peines contre les auteurs  d’almanachs publiés sans l’autorisation de l’archevêque ou de l’évêque33. Peut-être une infraction à cette ordonnance est-elle à l’origine d’un incident qui n’a pas été tiré tout à fait au clair34. Le jeune roi Charles IX écrit le 23 novembre 1561 au comte de Tende, gouverneur de Provence, apparemment pour lui donner l’ordre  d’emprisonner Nostradamus, car le comte de Tende répond au roi le 18  décembre : « Au regard de Nostradamus, je l’ay faict saisir et est  avecques moi, luy ayant deffendu de faire plus almanacz et  pronostications, ce qu’il m’a promis. Il vous plaira me mander ce qu’il  vous plaist que j’en fasse »35. Le comte a donc fait arrêter Nostradamus et l’a amené avec lui dans le château de Marignane. Les deux hommes étaient amis et la prison tenait plutôt de la mise en  résidence. On ignore ce que le roi répondit au comte de Tende, mais tout indique que l’incident resta sans suites36. Nostradamus rentra pleinement en grâce auprès de la famille royale, puisqu’en 1564, à l’occasion du grand tour de France, Charles IX, accompagné de Catherine de Médicis et de Henri de Navarre (le futur Henri IV), lui rendit visite. À cette occasion, la reine le nomma médecin et conseiller du roi.

Maladies et mort[modifier]

Certains, prenant à la lettre ce que Nostradamus, dans la préface de  la première édition de ses Prophéties, dit de sa « comitiale agitation  hiraclienne », pensent qu’il souffrait d’épilepsie. Selon d’autres, c’est seulement par image que Nostradamus désignait  ainsi un état de transe qui accompagnait ce qu’il croyait être sa  révélation prophétique. En revanche, il est vraisemblable (voir Leroy)  qu’il fut atteint de la goutte et d’insuffisance cardiaque. Dans le dernier quatrain des Présages, qui parurent en 1568, soit deux ans après sa mort, on peut lireCXLI. Nouembre.Du retour d’Ambassade. dô de Roy. mis au lieuPlus n’en fera: sera allé a DIEV:Parans plus proches, amis, freres du sang,Trouué tout mort prés du lict & du banc.Certains y ont vu la preuve qu’il connaissait les circonstances de sa  mort. On dit qu’on le retrouva mort, près de son lit et d’un banc de  bois, le 2 juillet 1566, au retour d’un voyage où il avait représenté sa ville auprès du roi  (donc une ambassade) et y avait reçu le titre de médecin ordinaire du  roi. Ce qui est attesté, c’est qu’il représenta Salon-de-Crau en ambassade[réf. souhaitée] à Arles auprès du roi en 1564, qu’il fut par la suite richement doté  par le roi. Il fut retrouvé mort le 2 juillet 1566 au matin (et non pas  en novembre !). Ce qui laisse cependant entier le doute quant à la  prophétie, puisque celle-ci ne sera publiée que deux ans après sa mort,  et en forme apparemment rétro-éditée. Il mourut à Salon-de-Provence d’un œdème dit cardio-pulmonaire. On connaît son testament rédigé par son notaire  et on connaît le devenir exact de sa dépouille. Son corps repose en la  collégiale Saint-Laurent (voir Leroy, Benazra, Pierre Brind’Amour, Lemesurier etc. et illustration en version anglaise), à Salon-de-Provence.

Les Prophéties[modifier]

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Les Prophéties. Édition de 1568.

Comme dit précedemment, la première édition des Prophéties est de 1555. Plusieurs éditions sont considérées comme piratées ou  antidatées, mais on admet en général que l’édition (augmentée) qui porte la date de septembre 1557 fut réellement publiée du vivant de  Nostradamus. L’existence d’une édition de 1558 est moins sûre, aucun  exemplaire n’ayant survécu. Le livre est partagé en Centuries, une centurie étant, théoriquement, un ensemble de cent quatrains. La septième centurie resta toujours incomplète. La première édition, pleine de références  savantes, contient 353 quatrains prophétiques, la dernière, publiée deux ans après la mort de Nostradamus, 942 – soit 58 quatrains de moins que  les 1000 qu’il avait annoncés (« parachevant la milliade »). Les Propheties ont donné lieu à la publication de près de dix mille ouvrages. Parmi les exégètes les plus célèbres, on peut mentionner Anatole Le Pelletier, Vlaicu Ionesco, Jean-Charles de Fontbrune et son père, Serge Hutin et Erika Cheetham, qui croient à la prescience de Nostradamus, et Eugene F. Parker, Edgar Leoni, Louis Schlosser et surtout Pierre Brind’Amour, qui n’y croient pas. D’autres comme Robert Benazra, Michel Chomarat et Daniel Ruzo, se sont appliqués à recenser les éditions de ses œuvres et les ouvrages qui le concernent. Une première cause de divergence entre interprètes est qu’en raison des méthodes de composition des imprimeurs du XVIe siècle, les éditions et même les exemplaires particuliers de ces éditions  diffèrent tous ou presque, et ne garantissent aucune conformité parfaite avec le texte manuscrit original (perdu depuis lors). Pour ajouter à la difficulté, des quatrains (comme par exemple 10,72, qui indique une  date précise) font l’objet de désaccords entre les exégètes, notamment  quant au sens des mots. La seconde cause de divergences entre les interprètes tient à  Nostradamus lui-même. Son style obscur et son vocabulaire, mélange de français moyen, de latin, de grec (très peu ; voir par exemple le quatrain IV, 32) et de provençal, donnent aux exégètes une grande liberté d’interprétation. Nostradamus,  peut-être pour ajouter du mystère à ses quatrains, a employé toutes  sortes de figures littéraires. Mais la raison principale de ce style  nébuleux serait, si on l’en croit, le désir d’assurer la pérennité de  l’œuvre37. Nostradamus assure cependant qu’un jour le monde verra que la plupart  des quatrains se sont accomplis, ce qui laisse entendre qu’ils seront  compris clairement par l’humanité38. En attendant, tout évènement cadrant, a posteriori, avec l’une des  multiples interprétations possibles d’un quatrain est présenté comme  l’interprétation juste – plusieurs interprétations d’une même prophétie  cohabitant parfois chez le même exégète39. Un bon nombre des interprètes (surtout les sensationnalistes et les  amateurs) qui croient à la prescience de Nostradamus semblent persuadés  qu’il a surtout parlé de leur époque.

Les méthodes divinatoires de Nostradamus[modifier]

Nostradamus affirmait volontiers avoir appliqué toute une série de procédés divinatoires, parmi lesquels la « fureur poëtique40 », ou le « subtil esprit du feu41 » de l’oracle de Delphes ; l’« eau de l’oracle de Didymes42 » ; l’« astrologie judiciaire43 » (l’art de juger de l’avenir d’après le mouvement des planètes, mais  Nostradamus se disait « astrophile » plutôt qu’astrologue) ; les « sacrées Écritures », ou les « sacrées lettres44 » (bien qu’il n’ait probablement pas possédé une Bible telle quelle,  interdite à l’époque aux laïques : il en aurait utilisé des extraits  trouvés dans Eusèbe, Savonarole, Roussat et le Mirabilis Liber) ; « la calculation Astronomique45 », ou la « supputation des âges46 », selon de prétendus cycles datant d’Ibn Ezra et de bien avant  (Nostradamus prétend arrêter ses prédictions à l’an 3797) ; et le « songe prophétique47 » ou l’« incubation rituelle48 ». Il est cependant douteux qu’il ait vraiment utilisé ces procédés, car il semble se contredire là-dessus (par exemple en rattachant une même  prophétie à plusieurs procédés), et il est plus probable que sa méthode  principale était la projection dans le futur de prophéties préexistantes et de récits historiques, méthode dont il ne dit presque rien, mais  dont l’existence est rendue quasi certaine par un nombre considérable de rapprochements faits depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours (voir Bibliographie49).

Le plus célèbre des quatrains réputés prophétiques[modifier]

Le plus célèbre des quatrains réputés prophétiques de Nostradamus  (avec, peut-être le « quatrain de Varennes » IX, 20) est le  trente-cinquième de la première centurie (Centurie I, quatrain 35)

Le lyon ieune le vieux surmontera, En champ bellique par singulier duelle, Dans cage d’or les yeux luy creuera, Deux classes vne, puis mourir, mort cruelle.

Selon les adeptes d’une lecture prophétique, ce quatrain annoncerait la mort d’Henri II. En juin 1559, le roi Henri II affronta le comte de Montgomery, lors d’un tournoi de chevalerie. Ils auraient porté (selon ces adeptes) tous deux un lion comme insigne. Henri II reçut la lance de son  adversaire dans son casque (selon certains, en or) et aurait eu l’œil  transpercé. Il mourut dix jours plus tard. Voici ce qu’en dit l’historien québécois Pierre Brind’Amour (qui,  pour sa part, pense que Nostradamus interprète un prodige céleste tel  que celui qu’on aperçut en Suisse en 1547, montrant un combat entre deux lions) : « Ce quatrain, le plus célèbre des Centuries, fait les délices des amateurs d’occultisme, qui veulent y voir l’annonce du tournoi qui opposa Henri II et le sieur Gabriel de Lorge, comte de Montgomery, le 1er juillet50 1559. On sait qu’Henri II, blessé à l’œil par son adversaire, mourut de sa blessure le 10 juillet suivant. Les sceptiques, dont je suis,  s’émerveillent de la coïncidence ; les adeptes y voient la preuve de ce  qu’ils ont toujours su, à savoir que Nostradamus avait un don de  clairvoyance. Pourtant personne à l’époque ne fit le rapprochement. » (Nostradamus astrophile, p. 267; Les premières Centuries ou Propheties, pp. 99-101). Le professeur de linguistique Bernard Chevignard51 note lui aussi, que « ni Blaise de Monluc, ni François de Vieilleville, ni Claude de l’Aubespine, ni Brantôme ne mentionnent une quelconque  prophétie de l’oracle de Salon à ce propos [la mort d'Henri II], mais  font état de leurs propres rêves prémonitoires ou d’une prédiction de  l’astrologue napolitain Luca Gaurico ». (Brantôme a bien fait allusion à l’incident, mais ne parle que d’un ‘devin’ qui n’était pas nécessairement Nostradamus). B. Chevignard52 relève de plus que, dans ses Présages en prose, à la fin de ce qui concerne le mois de juin 1559 (Henri II  fut blessé en juin et mourut en juillet), Nostradamus, après avoir écrit « Quelque grand Prince, Seigneur & dominateur souverain mourir,  autres defaillir, & autres grandement pericliter », ce qui fait  s’écrier à son dévoué exégète Chavigny : « Icy infailliblement est  presagée la mort du Roy Henry II », avait ajouté immédiatement après : « La France grandement augmenter, triompher, magnifier, & beaucoup  plus le sien Monarque », d’où ce second commentaire de Chavigny : « Ceci est dit pour deguiser le fait. » Chavigny, d’ailleurs, n’a pas interprété le quatrain I,35 comme  annonçant la mort d’Henri II, non plus que Nostradamus lui-même, qui  privilégiait le quatrain III, 55 (après l’avoir rétro-édité,  d’ailleurs!). Cette interprétation n’est pas attestée avant 161453.

Quelques quatrains qui semblent avoir été copiés[modifier]

Dans l’ Épître à Henri Second qui précède les trois dernières Centuries de ses Prophéties, Nostradamus semble dire que ses dons de voyant lui révélaient parfois  non l’avenir mais le passé : « supputant presque autant des aventures du temps à venir, comme des âges passés »54. Son admiratif interprète Chavigny intitula d’ailleurs Le Janus françois un livre où il expliquait certains quatrains par des évènements antérieurs à leur publication. Dans des lettres publiées en 1724 par le Mercure de France, un anonyme relevait lui aussi des «prophéties» de Nostradamus qui  semblaient tournées vers le passé et, à la différence de Chavigny, il en concluait que Nostradamus se moquait de son lecteur. L’existence de « quatrains du passé » a reçu plusieurs confirmations, surtout grâce aux travaux de Pierre Brind’Amour, qui datent des dernières années du XXe siècle. On a ainsi découvert des emprunts très nets à l’astrologue Richard Roussat, à l’érudit florentin Petrus Crinitus et à des auteurs antiques comme Tite-Live, Julius Obsequens etc. Voici quelques exemples.

  • Centurie 1, quatrains 1 et 2 :

Estant assis de nuit secret estude, Seul repousé sur la selle d’ærain, Flambe exigue sortant de solitude Fait proferer qui n’est à croire vain. La verge en main mise au milieu de Branches, De l’onde il moulle & le limbe & le pied. Vn peur (conjecture : Vapeur) & voix fremissent par les manches, Splendeur diuine. Le diuin prés s’assied. Petrus Crinitus, De honesta Disciplina, réédité à Lyon en 1543, livre 20, rapporte, d’après Jamblique (traduit en latin par Marsile Ficin), comment les Sibylles pratiquaient la divination « à Branches » (in Branchis). En quelques lignes, il est question d’un « souffle ou feu ténu » (tenuem spiritum et ignem) ; d’une pythie assise « sur un siège d’airain » (super aeneam sellam), d’une autre qui tient « une verge dans sa main » (virgam manu gestat), baigne dans l’eau ses pieds et la bordure de ses vêtements (pedes limbumque undis proluit) ou encore aspire la « vapeur » (vaporem) et est emplie de « splendeur divine » (divino splendore). (Noté par P. Brind’Amour55)

  • Centurie 1, quatrain 42 :

Le dix Kalendes d’Apuril de faict Gotique (conjecture : Gnostique) Resuscité encor par gens malins : Le feu estainct, assemblée diabolique Cherchant les or du d’Amant & Pselyn. Dans le même livre de Petrus Crinitus, l. 7, ch. 4, il est question de Gnostiques (Gnostici) qui, cherchant à profiter des enseignements de Psellus et d’Origène Adamantius (Psellus, Origenes Adamantius), s’assemblent (convenire) le dix des Calendes d’avril (X. Cal. Apri.) et, toutes lumières éteintes (luminibus extinctis), commettent des abominations. (Noté par P. Brind’Amour56)

  • Centurie 2, quatrain 41 :

La grand’estoile par sept iours bruslera, Nuée fera deux soleils apparoir : Le gros mastin toute nuit hurlera Quand grand pontife changera de terroir. Julius Obsequens, dans son Livre des Prodiges (réédité en 1552 par Conrad Lycosthenes), raconte qu’après l’assassinat de Jules César, « une étoile brûla pendant sept jours. Trois soleils brillèrent (…).  Des hurlements de chiens furent entendus de nuit devant la maison du  grand pontife (…). » (Noté par Brind’Amour57)

  • Centurie 5, quatrains 6 et 75 :

Au roy l’Augur sur le chef la main mettre, Viendra prier pour la paix Italique : A la main gauche viendra changer le sceptre De Roy viendra Empereur pacifique. Montera haut sur le bien [conjecture : lieu] plus à dextre, Demourra assis sur la pierre quarrée : Vers le midy posé à la senestre, Baston tortu en main, bouche serrée. Tite-Live raconte ainsi l’inauguration du roi Numa Pompilius : « Alors, sous la conduite de l’augure (…), Numa se rendit à la  citadelle et s’assit sur une pierre face au midi. L’augure prit place à  sa gauche, la tête voilée et tenant de la main droite un bâton recourbé  et sans nœud appelé lituus. De là, embrassant du regard la ville et la campagne, il (…) marqua  dans le ciel les régions par une ligne tracée de l’est à l’ouest et  spécifia que les régions de droite étaient celles du midi, les régions  de gauche celles du nord (…). Puis, faisant passer le lituus dans sa main gauche, et plaçant la droite sur la tête de Numa, [il demanda un signe de la part des dieux]58». Immédiatement après, Tite-Live dit que Numa fut un roi pacifique qui  éleva le temple de Janus pour symboliser la paix, et il loue l’empereur  régnant, Auguste, d’être lui aussi pacifique59. (Noté par G. Dumézil60)

  • Centurie 6, quatrain 100 :

LEGIS CANTIO CONTRA INEPTOS CRITICOS Quos legent hosce versus, maturè censunto : Profanum vulgus, & inscium ne attrestato : Omnesque Astrologi, Blenni, Barbari procul sunto : Qui aliter facit, is ritè, sacer esto. Traduction : Que ceux qui lisent ces vers y réfléchissent longuement ! Que le vulgaire profane et ignorant ne s’en approche ! Que tous les astrologues les sots, les barbares s’en écartent ! Qui passe outre, qu’il soit maudit selon le rite ! Petrus Crinitus, à la fin de son De honesta disciplina, déjà cité, avait mis cette strophe latine : Legis cautio contra ineptos criticos Quoi legent hosce libros, maturè censunto : Profanum uolgus & inscium, ne attrectato : Omnesque legulei, blenni, barbari procul sunto : Qui aliter faxit, is ritè sacer esto. (Noté par Brind’Amour61)

  • Centurie 7, quatrain 41 :

Les os des pieds et des mains enserrés, Par bruit maison longtemps inhabitée ; Seront par songes concavant déterrés, Maison salubre et sans bruit habitée. Pline le Jeune, Lettres, VII, 27 : « Il y avait à Athènes une maison vaste et  spacieuse, mais décriée et funeste. Dans le silence de la nuit, on  entendait un bruit de fer (…) et un froissement de chaînes (…).  Bientôt apparaissait le spectre : (…) ses pieds étaient chargés  d’entraves et ses mains de fers qu’il secouait. (…) Aussi, dans la  solitude et l’abandon auquel elle était condamnée, cette maison resta  livrée tout entière à son hôte mystérieux. (…) [Le philosophe  Athénodore loue la maison et y veille la nuit. Le spectre survient et  l'invite à le suivre dans la cour, où il disparaît. Athénodore marque le lieu.] Le lendemain, il va trouver les magistrats et leur conseille de  fouiller en cet endroit. On y trouva des ossements enlacés dans des  chaînes. (…) On les rassembla, on les ensevelit publiquement et, après ces derniers devoirs, le mort ne troubla plus le repos de la maison. » (trad. De Sacy et Pierrot) (Noté par E. Gruber62)

  • Centurie 9, quatrain 20 :

De nuit viendra par la forest de Reines Deux pars vaultorte Herne la pierre blanche, Le moine noir en gris dedans Varennes Esleu cap. cause tempeste feu, sang tranche. Dans La Guide des chemins de France, édité(e) chez Charles Estienne en 1553, les pages 137 à 140 concernent les confins du Maine et de la Bretagne, à raison de quelques brèves lignes par page. On y trouve les mentions suivantes : p. 137 : Vaultorte, Heruee (probablement coquille pour l’actuelle Ernée), un ruisseau « faisant le depart (cfr. les deux pars de Nostradamus) de la comté du Maine et de la duché de Bretaigne »; p. 138 : Forest de Renes; p. 139 : Varennes; p. 140 : la pierre blanche. (Noté par Chantal Liaroutzos63) Certaines découvertes dans ce sens ont été présentées directement sur Internet, sans publication antérieure en livre ou en revue. C’est ainsi que L. de Luca64 a découvert que la strophe latine mise par Nostradamus dans le prologue de sa Paraphrase de Galien est tirée des Inscriptiones sacrosanctae vetustatis, ouvrage de Petrus Apianus et Bartholomeus Amantius, édité à Ingolstadt en 1534. (Cet emprunt avait échappé à P. Brind’Amour, édition des Premières Centuries, Droz, 1996, p. 277.) De mëme, P. Guinard65 a découvert qu’Ulrich von Hutten est cité très souvent dans les Présages de Nostradamus et qu’il a fourni de la matière à un au moins des quatrains des Prophéties : « Bis petit obscurum et condit se Luna tenebris « Ipse quoque obducta pallet ferrugine frater. » (« Deux fois la Lune cherche l’obscurité et se cache dans les ténèbres, « Et son frère lui-même pâlit, couvert d’une couleur ferrugineuse ») (Ulric von Hutten, Poemata, éd. Böcking, p. 253, reproduit sur le site de l’université de Mannheim) « Lune obscurcie aux profondes tenebres, « Son frere pasle de couleur ferrugine » (Nostradamus, Prophéties, I, 84.) Peter Lemesurier et Gary Somai ont également fait des rapprochements intéressants.

Fausses prophéties[modifier]

Les Sixains, qui furent publiés pour la première fois au XVIIe siècle, sont considérés comme faux même par les partisans de la prescience de  Nostradamus, car ils ne sont pas dans son style et son vocabulaire et  sont beaucoup plus explicites que les quatrains centuriques. Par  exemple, le sixain 52 : La grand’Cité qui n’a pain à demy Encor un coup la sainct Barthelemy Engravera au profond de son ame : Nisme, Rochelle, Geneve & Montpellier, Castres Lyon, Mars entrant au Bélier, S’entrebatteront : le tout pour une Dame évoquerait le Massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572. La grand’Cité serait Paris. Nisme, Rochelle, Geneve & Montpellier sont les quatre principales villes protestantes. une Dame indiquerait Catherine de Médicis. Juste après les attentats du 11 septembre 2001, le texte suivant a beaucoup circulé sur Internet : In the City of God there will be a great thunder, Two brothers torn apart by Chaos, while the fortress endures, the great leader will succumb, The third big war will begin when the big city is burning traduction : Dans la cité de Dieu il y aura un grand tonnerre Deux frères seront séparés par le chaos Pendant que la forteresse endure Le grand meneur succombera La troisième grande guerre commencera quand la grande cité brûlera Ce texte n’est pas de Nostradamus (ce n’est même pas un quatrain). Il fut écrit en 1997 et publié sur une page web par Neil Marshall,  étudiant canadien de Brock University, qui voulait montrer qu’on pouvait fabriquer à la manière de Nostradamus des prophéties assez ambiguës  pour supporter de nombreuses interprétations. Ce qui concerne la  troisième grande guerre n’est pas de Neil Marshall et fut ajouté après  les attentats du 11 septembre66. Il existe aussi la traduction française d’un mélange de canulars, volontairement troublant, répandu en anglais après les attentats du 11 septembre 2001, et qui, il est bien évident, manquent de la rime et la scansion  métrique qui caractérisent le « vers commun » qu’utilisait Nostradamus : Dans l’année du nouveau siècle et neuf mois, Du ciel viendra un grand roi de terreur… Le ciel brûlera à quarante-cinq degrés.Ï Le feu approche la grande nouvelle ville… Dans la ville d’York, il y aura un grand effondrement, Deux frères jumeaux déchirés par le chaos Tandis que la forteresse tombe le grand chef succombera La troisième grande guerre commencera quand la grande ville brûlera.

Bibliographie[modifier]

Ouvrages de Nostradamus[modifier]

  • Interprétation des hiéroglyphes de Horapollo (1543-1547) ; édité par Pierre Rollet, éd. Ramoun Berenguié, Aix-en-Provence (1967)
  • Pronostications et Almanachs67 (1550-1567)
  • Traité des Fardements et Confitures (1555) ; titre complet : Excellent et moult utile opuscule à tous nécessaire qui désirent avoir  connoissance de plusieurs exquises receptes divisé en deux parties. La  première traicte de diverses façons de fardemens et senteurs pour  illustrer et embelir la face. La seconde nous montre la façon et manière de faire confitures de plusieurs sortes
  • Prophéties ; édition princeps : Les Prophéties de Me Michel Nostradamus, Lyon, chez Macé Bonhomme, MDLV (4 mai 1555)
  • Épître à César (son fils, César de Nostredame), in Prophéties68 (1555) ; édité par Eugène Bareste, Paris, Maillet (1840)
  • Paraphrase de Galien ; titre complet : Paraphrase de C.  Galen, sus l’exortation de Ménodote, aux estudes des bonnes artz,  mesmement Médicine : Traduict de latin en francoys, par Michel  Nostradamus, Lyon, Antoine du Rosne (1557)
  • Épître à Henri second69 (27 juin 1558)
    • in Le Pelletier, Les Oracles de Michel de Nostredame, astrologue, médecin et conseiller ordinaire des rois Henri II, François II et Charles IX, Paris, A. Aubry (1867)
    • rééd. en 2 vol. par Serge Hutin, Les Prophéties de Nostradamus, J’ai lu, p. 101-115 (1976)
  • Traité de la Peste (vers 1558-1559) ; on n’a conservé que la traduction anglaise : An excellent treatise, shewing such perillous and contagious infirmities,  as shall issue 1559 and 1560, with the signes, causes, accidents and  curation for the healthe of such as inhabit the 7, 8 and 9 climate,  compiled by Maister Michael Nostrodamus, Doctor in Phisicke, and  translated into English…, Londres, John Daye (1559)
  • Jean Dupèbe, Nostradamus : Lettres inédites, édition scientifique, Genève, Droz (1983)
  • Testament ou Troisième Épître (15 juin 1566) ; édité par Daniel Ruzo70, Le Testament de Nostradamus, Barcelone (1975), trad. française, Monaco, Le Rocher, p. 21-28 (1982)

Études sur Nostradamus[modifier]

  • Jean-Aimé de Chavigny, Recueil des présages prosaïques de M.  Michel de Nostradame lors qu’il vivoit, conseillier du Roy  treschr(est)ien Charles IX du nom, et Médecin ordinaire de sa Magte (1589)
  • Garencières, Théophile de, The true prophecies or prognostications of Michel Nostradamus, Londres, 1672. Traduction anglaise des Prophéties de Nostradamus. A  repéré dans les deux premiers vers du quatrain VI, 89 une citation d’un  passage de Plutarque (Vies parallèles, « Artaxerxès », ch. 16) sur le supplice du « scaphisme ».
  • Palamède Tronc du Coudoulet, Abrégé de la vie de Michel Nostradamus, suivi d’une nouvelle découverte de ses quatrains (1701)
  • Jean Le Roux, La Clef de Nostradamus, Isagoge ou Introduction au  véritable sens des Prophéties de ce fameux auteur, avec la critique  touchant les sentimens & interprétations de ceux qui ont ci-devant  écrit sur cette matière (1710). Eut le mérite de prôner une étude  philologique du texte de Nostradamus (latinismes, étymologismes, figures de style, prosodie).
  • Anonyme, Lettre critique sur la personne et sur les écrits de Michel Nostradamus, Mercure de France, août et novembre 1724. Relève, dans un esprit rationaliste, des coïncidences entre certains quatrains des Prophéties et des évènements antérieurs à la publication de ces quatrains. Tout  n’est pas également convaincant, mais on repoussera difficilement, par  exemple, le rapprochement entre le quatrain VIII, 72 et le siège de  Ravenne de 1512.
  • H. Torné-Chavigny, L’Histoire prédite et jugée par Nostradamus.  Texte de l’édition de 1566, à Lyon, par Pierre Rigaud. Preuves tirées  des auteurs les plus connus, 1860. P. Brind’Amour prise peu cet auteur mais lui sait gré d’avoir reconnu en Savonarole une source de l’Épître à César.
  • Eugen Parker, « La légende de Nostradamus et sa vie réelle », Revue du Seizième Siècle, tome X, 1923, p. 93-106, 148-158. (À la suite de l’anonyme du Mercure de France, explique certains quatrains des Prophéties par des évènements qui leur sont antérieurs.)
  • Eugène Lhez, « Aperçu d’un fragment de la correspondance de Michel de Nostredame », Provence Historique, t. 11, 1961.
  • Eugène Lhez, « L’ascendance paternelle de Michel de Nostredame », Provence Historique, t. 18, 1968.
  • Éric Muraise, Saint-Rémy de Provence et les Secrets de Nostradamus (1969)
  • Dr Edgar Leroy, Nostradamus, ses origines, sa vie, son œuvre, éd. Bergerac, 1972 (rééd. Jeanne Laffitte, Paris, 1993).
  • Georges Dumézil, «…Le moyne noir en gris dedans Varennes» Sotie nostradamique (1984). Dumézil déçoit le lecteur rationaliste (deux ans avant la bombe de Chantal Liaroutzos, il soutient l’interprétation traditionnelle du  quatrain de Varennes comme annonçant la fuite de Louis XVI), mais il  s’est aperçu que Nostradamus « trichait » parfois et il en donne deux  très bons exemples : les quatrains V, 6 et V, 75, très probablement  inspirés de l’inauguration du roi Numa telle que racontée par Tite-Live.
  • Jacques Chomarat, « Nostradamus : Lettres inédites, introduction et notes par Jean Dupèbe » (recension), Bulletin de l’Association d’étude sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, 1984, vol. 19, pp. 89-93, consultable sur le site Persée. (Apporte des compléments au travail de J. Dupèbe.)
  • Louis Schlosser, La vie de Nostradamus, Paris, 1985. Soutient que les Prophéties sont une chronique de la première moitié du seizième siècle (p. 67). Il y a peut-être à glaner, mais l’auteur n’indique guère ses sources et on peut craindre qu’il n’adapte parfois l’histoire aux besoins de sa  thèse. Par exemple, où a-t-il trouvé que, conformément au quatrain I,  86, Marie de Hongrie était dévêtue quand elle traversa le Danube lors de la bataille de Mohacs (p. 69-70) ? Le rapprochement qu’a fait Brind’Amour entre ce quatrain et l’héroïne romaine Clélie est beaucoup plus convaincant.
  • Chantal Liaroutzos, « Les prophéties de Nostradamus : suivez la Guide », in Réforme, Humanisme et Renaissance, 23 (1986), Lyon, consultable en entier sur Persee et en partie sur Google Books. Révéla que des enfilades toponymiques des Prophéties, et notamment celle du fameux quatrain de Varennes, ont certainement été empruntées au Guide des Chemins de France, de Charles Estienne. (Selon J. Halbronn, les Voyages, du même Charles Estienne, ont encore plus de points de rencontre avec les Prophéties.)
  • Michel Chomarat, avec la collaboration de Jean-Paul Laroche, Bibliographie Nostradamus XVIe – XVIIe – XVIIIe siècles, Baden-Baden et Bouxwiller, 1989. (« Indispensable pour toute recherche sur Nostradamus », selon Chevignard.)
  • Michel Dufresne, Dictionnaire Nostradamus, Chicoutimi  (Québec), éd. J.C.L., 1989. Définition, fréquence et contexte de chacun  des six mille mots contenus dans l’édition de 1605 des Centuries.
  • Robert Benazra, Répertoire chronologique nostradamique, 1990. Recommandé par tous les spécialistes universitaires de Nostradamus.
  • Pierre Brind’Amour, « Nostradamus et l’histoire romaine », dans Hommage à la mémoire de Ernest Pascal, (dans Cahiers des Études anciennes, t. 23), 1990, t. 1, p. 55-65. Élucide diverses allusions à l’histoire de la Rome antique éparses dans les Prophéties. Semble ignorer qu’il a été précédé par Dumézil dans  l’interprétation des quatrains V, 6 et V, 75.
  • Pierre Brind’Amour, Nostradamus Astrophile, 1993. Ce livre révéla les emprunts de Nostradamus au De honesta disciplina, de Petrus Crinitus.
  • Pierre Brind’Amour, Nostradamus, les premières Centuries ou Prophéties, 1996. Édition savante de l’ Épître à César et des 353 premiers quatrains. Repère de façon très convaincante de  nombreux emprunts de Nostradamus à des livres édités à son époque.
  • Jacques Halbronn, Le texte prophétique en France, formation et fortune, Thèse, Paris X-Nanterre. Dir.: Jean Céard, 1999. (à lire sur  propheties.it) ; « Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus,  Feyzin, Ed. Ramkat, 2002,Dans cette thèse et dans divers articles,  l’auteur soutient que toutes les éditions anciennes conservées des Prophéties attribuées à Nostradamus sont antidatées et ne sont pas l’œuvre de  Nostradamus mais de faussaires du temps de la Ligue. Voir aussi de cet  auteur, son post doctorat (EPHE Ve section, 2007): « Le dominicain Jean  Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamienne au XVIIe siècle ».
  • Roger Prévost, Nostradamus, le mythe et la réalité, 1999. Dans la ligne de l’anonyme du Mercure de France et de Brind’Amour, explique les Centuries comme des allusions à des évènements qui appartenaient déjà au passé  quand les «prophéties» étaient rédigées. Pour les besoins de sa thèse,  il lui arrive de supposer que l’édition de 1555 est antidatée.
  • Bernard Chevignard, Présages de Nostradamus, 1999. (Livre I d’une édition scientifique des Almanachs.)
  • Dr Lucien de Luca, Logodaedalia, 2001. (A notamment découvert dans le quatrain V, 31, un emprunt au  poème médiéval Architrenius ou Archithrenius. Le même auteur a découvert que la strophe latine citée par Nostradamus dans sa Paraphrase de C. Galen provient du livre Inscriptiones sacrosanctae vetustatis, de Petrus Apianus et Bartholomeus Amantius, édité à Ingolstadt en 1534 ; voir son site Internet Logodaedalia.)
  • Ian Wilson, Nostradamus The Evidence, Londres, éd. Orion, 2002.
  • Jean-Paul Clébert, Prophéties de Nostradamus, 2003. Éclaire (philologiquement) de nombreux passages des Prophéties par des passages analogues des Présages. Selon Jean Dupèbe, ce livre « peut offrir au lecteur patient et curieux d’utiles renseignements, à condition qu’il se tienne toujours sur ses  gardes. » (Jean Dupèbe, « Prophéties de Nostradamus. Les Centuries.  Texte intégral (1555-1568). Transcription et commentaires mot à mot par  Jean-Paul Clébert  », Revue de l’histoire des religions, 2006, en ligne, consulté le 28 juillet 2010.) Dans un livre antérieur, Nostradamus, mode d’emploi, Paris, 1981, qui n’est qu’une esquisse de celui-ci, J.-P. Clébert avait envisagé que les indications toponymiques du fameux quatrain de  Varennes se rapportent en fait à la province du Maine, conjecture dont  Chantal Liaroutzos allait faire une certitude.
  • Elmar R. Gruber, Nostradamus, Sein Leben, sein Werk und die wahre Bedeutung seiner Prophezeiungen, 2003. L’auteur est un tenant du paranormal, mais le présent livre est  d’inspiration rationaliste. Il semble que Gruber soit le premier à avoir fait le rapprochement entre le quatrain 7, 41 et la lettre 7, 27 de  Pline le Jeune.
  • Peter Lemesurier, The Unknown Nostradamus, 2003 (biographie) et Nostradamus: The Illustrated Prophecies (comprenant de nombreuses gravures contemporaines), qui évoquent tous deux les origines historiques de la plupart des Prophéties, ainsi que Nostradamus, Bibliomancer, 2010, qui propose que le mage ait basé ses prophéties sur l’ancien  procédé divinatoire connu sous le nom de « bibliomancie », en ouvrant  ses sources historiques quasi au hasard à n’importe quelle page et en  projetant dans le futur ce qui se présentait alors à ses yeux.
  • Nostradamus, Prophéties. Présentation par Bruno Petey-Girard. Paris, Flammarion, 2003. Édition des Centuries I à VII, considérées comme d’authenticité certaine parce que non posthumes. Sérieux, dans la ligne de Brind’Amour.
  • Ian Wilson, Nostradamus. The Man Behind the Prophecies, New York, 2007. (Édition révisée du livre de 2002 du même auteur.)

Voir aussi[modifier]

Articles connexes[modifier]

Liens externes[modifier]

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Notes et références[modifier]

  1. Voir le document officiel BIU Montpellier, Register S 2 folio 87, ainsi que son Traité des fardemens, ouvrage typique d’apothicaire
  2. Voir site de l’Ordre des Pharmaciens
  3. Notamment Dr Edgar Leroy, Nostradamus, ses origines, sa vie, son œuvre, p. 59 et Pierre Brind’Amour, Nostradamus Astrophile, p. 111, mais non pas selon Nostradamus lui-même (voir sa correspondance chez Dupèbe et son Traité des fardemens )
  4. BIU Montpellier, Registre S 2 folio 87, et voir ci-dessous
  5. Voir le site de Robert Benazra [archive]
  6. Jacques en occitan.
  7. Cette date est donnée par Jean Aimes de Chavigny, La Première face du Janus françois, Lyon, 1594, p. 1, consultable en ligne [archive]. Des auteurs qui ont mentionné l’épitaphe de Nostradamus à l’époque où  elle existait encore font dire à cette épitaphe, les uns que Nostradamus est mort à 62 ans, 6 mois et 17 jours, les autres à 62 ans, 6 mois et  10 jours. La seconde version amènerait à faire naître Nostradamus le 21  décembre 1503. Voir P. Guinard, Naissance de Michel de Nostredame : le 21 décembre 1503, en ligne [archive].
  8. Il existe un acte notarié de mai 1455 entre Pierre de Nostredame et Hugues Véran – Dr Edgar Leroy, Nostradamus, ses origines, sa vie, son œuvre, Bergerac, 1972, p. 14.
  9. Dr Edgard Leroy, Nostradamus, ses origines, sa vie, son oeuvre, p. 24.
  10. Chavigny, Janus Gallicus, Lyon, 1594.
  11. Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, Ottawa, 1993, pp. 111-115, qui renvoie à V. L. Saulnier, « Médecins de Montpellier au temps de Rabelais », dans Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, t. XIX, 1957, p. 425-479, et à Michel Chomarat et Jean-Paul Laroche, « Nostradamus médecin et apothicaire », dans Cahiers Michel Nostradamus, n° 2, février 1984, p. 20-21. Le Dr Edgard Leroy, dans Nostradamus, ses origines, sa vie, son œuvre, ne remet pas lui non plus la qualité de médecin de Nostredame en question.
  12. Dr Edgard Leroy, Nostradamus, ses origines, sa vie, son œuvre, p. 60.
  13. Il y aura un procès intenté contre lui par les parents de la belle,  probablement au sujet de la dot, cette année-là. réf: Dr Edgard Leroy, Nostradamus, ses origines, sa vie, son œuvre, p. 61.
  14. … de subtilitate ad Cardanum. 1557.
  15. Coraddo PAGLIANI, Di Nostradamus et di sue una poco nota iscrizione liminare torinen, Délia Rassegna mensile municipale, Torino, n° 1, Gennaio, 1934, XII.
  16. Torné-Chavigny, Nostradamus éclairci, Saint-Denis-du-Pin, 1874, p. 121.
  17. E. Jaubert, Vie de M. Nostradamus, Amsterdam, 1656.
  18. J. MOURA et P. LOUVET, loc. cit., p. 87.
  19. D’après E. Jaubert, Amsterdam, 1656. Cité par P. E. JACOB, Curiosités des sciences occultes. Paris, p. 249.
  20. Lemesurier, P., The Unknown Nostradamus, O Books, 2003
  21. François Valériolle, d’un an plus jeune que Nostredame, fit sa philosophie à Paris, fut reçu licencié en médecine à Montpellier en 1531 (Nostredame y avait pris ses inscriptions en 1529) et s’installe d’abord à Vienne en Dauphiné… En 1544, appelé par les consuls d’Arles, lors d’une épidémie de contagion, son dévouement lui valut la dignité  de patricien. Il se fixa dès lors à Arles, où il eut plusieurs enfants  dont un fut médecin, Nicolas Valériolle, mort en 1631, auteur, lui aussi, de deux traités sur la peste. François Valériolle vécut encore vingt-huit ans à Arles. Il fut distingué par Charles-Emmanuel de Savoie qui l’appela à Turin en 1572 pour succéder au premier professeur en médecine de l’Université, Jean  Argentier, qui venait de mourir. Valériolle dut mourir à Turin en 1580.
  22. Corrado Pagliani, loc. cit., p. 7.
  23. J. MOURA et P. LOUVET, loc. cit., p. 95.
  24. P. J. DE HAITZE, loc. cit., p. 32.
  25. Si l’on en croit Anatole Le Pelletier, à Lyon, le dénommé Antoine (?)  Sarrazin prétendait arrêter seul les progrès de la « contagion ». Nostredame lui aurait fait part de son ancienne expérience et des  observations qu’il venait de recueillir en Aix. Mais comme Sarrazin n’en voulait pas tenir compte, « qu’il tuait et laissait mourir tous ceux  qu’il soignait », les pestiférés « venaient supplier Nostredame de les  guérir en cachette », situation mal commode et ridicule qui ne pouvait  durer. Finalement, Nostredame dut mettre les députés de Lyon en demeure  de choisir entre lui-même et Sarrazin – Anatole Le Pelletier, Les  Oracles de Michel de Notredame, Paris, 1867, t. 1.
  26. Ses calendriers commencent tous le 1er janvier, et non pas, comme prétendent certains, en mars.
  27. Préface à César (1555): ‘& sont perpetuelles vaticinations’, et voir Lemesurier (2003), Brind’Amour (1993) et al.
  28. Arlette Jouanna (dir.), Histoire et dictionnaire des guerres de religion,  1559–1598, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1998, p. 1161.
  29. Brind’Amour, P., Nostradamus astrophile, Klincksieck, 1993, p. 24.
  30. Brind’Amour, P., Nostradamus astrophile, Klincksieck, 1993, p. 63.
  31. Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, 1993, pp. 63-64.
  32. Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, 1993, p. 91.
  33. Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, 1993, p. 103.
  34. Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, 1993, p. 44, note 96.
  35. Marcel GERMAIN, Marignane inventaire du patrimoine, 2005 ; Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, Ottawa, 1993, p. 43.
  36. Pierre Brind’Amour, Nostradamus astrophile, 1993, p. 44.
  37. Dans son Épître à Henri Second il précise : « Mais l’injure que le temps pourrait y apporter, ô  serénissime monarque, requiert que de tels événements secrets ne soient  révélés que sous une forme voilée qui n’aura cependant qu’un seul sens  et qu’une unique signification, sans y avoir ajouté de calculs ambigus  ou équivoques : »
  38. « Premièrement des temples de Dieu, secondement par ceux qui sont terrestrement  soustenus s’approcher telle décadence, auecques mille autres  calamiteuses aduentures, que par le cours du temps on cognoistra  aduenir. », Nostradamus, Les Centuries, Extrait de l’Épître à Henri Second
  39. Voir, par exemple, les ouvrages de Jean-Charles de Fontbrune.
  40. Lettre à François Bérard (27 août 1562) = lettre XL (en latin) in Lettres inédites, édi. par Jean Dupèbe, Droz, coll. Travaux d’humanisme et de Renaissance, Genève, 1983, p. 138 sq; Épître à Henri Second, dans Edgar Leoni, Nostradamus and his prophecies, 1961, réimpr. Dover, 2000, p. 326.
  41. Épître à César, dans Nostradamus, les premières Centuries ou Prophéties, Édition et commentaire de l’Épître à César et des 353 premiers quatrains, Droz, 1996, p. 13.
  42. Nostradamus, les premières Centuries ou Prophéties, édition et commentaire de l’Épître à César et des 353 premiers quatrains, Droz, 1996, quatrain I, 2, p. 47.
  43. Épître à César, dans Nostradamus, les premières Centuries ou Prophéties, édition et commentaire de l’Épître à César et des 353 premiers quatrains, Droz, 1996, p. 11.
  44. Épître à Henri Second, dans Edgar Leoni, Nostradamus and his Prophecies, 1961, réimpr. Dover, 2000, p. 338.
  45. Épître à Henri Second, dans Edgar Leoni, Nostradamus and his Prophecies, 1961, réimpr. Dover, 2000, p. 326.
  46. Épître à Henri Second, dans Edgar Leoni, Nostradamus and his Prophecies, 1961, réimpr. Dover, 2000, p. 328.
  47. Dans l’Épître à César qui ouvre l’édition de 1555 des Prophéties, Nostradamus parle de « songes Machometiques », ce qui, d’après P.  Brind’Amour, signifie « songes inspirés ». Voir P. Brind’Amour, Nostradamus, les premières Centuries ou Prophéties, Droz, 1996, pp. 36-37.
  48. Voir la lettre n° 41 [archive] dans la collection de Dupèbe.
  49. Voir, par exemple, les ouvrages de Dumézil, de Brind’Amour, de Prévost, de Gruber, de Lemesurier et les sites de Gary Somai [archive], de Mario Gregorio [archive], ainsi que la Lettre critique sur la personne et sur les écrits de Michel Nostradamus, Mercure de France, août et novembre 1724.
  50. En fait, le 30 juin.[réf. nécessaire]
  51. Bernard Chevignard, Présages de Nostradamus, 1999, p. 85, avec références précises aux auteurs en question.
  52. B. Chevignard, Présages de Nostradamus, 1999, p. 87 et 341.
  53. Caesar de Nostradamus (César de Nostredame), Histoire et chronique de Provence, 1614, p. 782, consultable sur Gallica [archive].
  54. Épître à Henri Second, reproduction en orthographe moderne dans E. Leoni, Nostradamus and his prophecies, New York, 1961, reprint Dover, 2000, p. 326.
  55. P. Brind’Amour, Nostradamus, les premières Centuries ou Prophéties, 1996, p. 45-51.
  56. P. Brind’Amour, Nostradamus, les premières Centuries ou Prophéties, 1996, p. 108-112.
  57. P. Brind’Amour, Nostradamus, les premières Centuries ou Prophéties, 1996, p. 250-3.
  58. Tite-Live, Histoire romaine, livre 1er, ch. 18; trad. G. Baillet, Coll. Budé, Paris, 1997, p. 31.
  59. Tite-Live, livre 1er, ch. 19; Coll. Budé, Paris, 1997, p. 31-32.
  60. G. Dumézil, «…Le moyne noir en gris dedans Varennes» Sotie nostradamique 1984, pp. 116-126.
  61. Pierre Brind’Amour, Nostradamus Astrophile, 1993, p. 99-100.
  62. Elmar R. Gruber, Nostradamus, Sein Leben, sein Werk und die wahre Bedeutung seiner Prophezeiungen, 2003, p. 193.
  63. Chantal Liaroutzos, « Les prophéties de Nostradamus : suivez la Guide », in  Réforme, Humanisme et Renaissance 23 (Lyon, 1986), consultable en entier sur Persee [archive] et en partie sur Google Books [archive].
  64. L. de Luca, « Nostradamus lecteur d’Apianus », en ligne sur le sits del’auteur [archive] et sur cet autre [archive]
  65. Voir son site Internet [archive].
  66. http://www.snopes.com/rumors/predict.htm#brothers [archive]
  67. Pronostications et Almanachs [archive] Pronostications et Almanachs [archive]
  68. [1] [archive] [2] [archive] [3] [archive]
  69. [4] [archive] [5] [archive] Henri II, roi de France
  70. [6] [archive]

Publié dans ASTROLOGIE, divination | Pas de Commentaire »

Le subterfuge

Posté par nofim le 26 mai 2015

le  subterfuge  par  Jacques Halbronn

      Il convient de distinguer astrologie savante et astrologie populaire (voir Halbronn 1987), le niveau de technicité n ‘étant pas le même, étant entendu que les deux formes d’astrologie tendent à s’imbriquer l’une dans l’autre à certaines époques, notamment du fait qu’elles recourent aux mêmes signifiants sinon aux mêmes signifiés. Le rapport de l’astrologie populaire aux données astronomiques reste, en effet, superficiel et figé, comme le montre le Kalendrier et Compost des Bergiers dont nous verrons cependant que la dimension pastorale est largement usurpée. En ce sens, cet ouvrage appartiendrait à la série des contrefaçons. Il reste que nous avons ici affaire plus à un exposé d’astronomie que d’astrologie, le terme astrologie étant utilisé essentiellement, dans cette encyclopédie populaire de la fin du XVe siècle, traitant notamment de médecine et d’agriculture, pour désigner ce que nous appelerions astronomie. Ce texte perdurera à peu près inchangé parallélement à l’astrologie dite savante et en quelque sorte lui survivra au XVIIIe siècle avant de se fondre avec elle à l’aube du XXe siècle lorsque cette dernière « renaîtra ».

Nous dirons qu’est savant un texte qui implique une certaine valeur ajoutée pour être efficient, exige un savoir qui n’est pas totalement fourni tandis que serait qualifié de populaire, un produit prêt à être consommé tel quel. De ce point de vue, si les pronostications de Nostradamus relèvent d’une astrologie populaire, ses Centuries s’adresseraient plutôt, dépourvues qu’elles sont de tout commentaire ou du moindre mode d’emploi, à des personnes sachant en faire bon usage.

D’où un jeu social concernant les auteurs des textes concernés: pasteurs ou philosophes? Peut-on classer les Centuries dans le registre de l’astrologie populaire? Nous pensons tout au plus que Nostradamus a pu s’inspirer de certains schémas liés au calendrier puisqu’il fut un faiseur d’almanachs. On trouve en fait dans les Centuries un mélange qui n’est pas sans rappeler celui de laPronosticatio de Lichtenberger, mi astrologique, mi prophétique.

Ces publications dont Rabelais traite dans sa Pantagruéline Pronostication sont d’une lecture relativement aisée si l’on fait abstraction d’un certain jargon planétaire sans lequel d’ailleurs on ne saurait pas qu’il s’agit d’un texte astrologique. On disposerait donc de deux définitions du texte astrologique: stricto sensu, il est nécessaire que le texte s’appuie sur des données astronomiques précises, correspondant aux dates étudiées, mais dans un sens plus large, tout texte qui emprunte à l’astrologie une certaine terminologie deviendrait ipso facto astrologique. Et dans le cas des quatrains des Centuries, la dimension astrologique n’est pas facile à cerner, elle va très vite devenir, en tout cas, pour ses commentateurs, d’un intérêt marginal. Ce n’est pas, en effet, parce que Nostradamus est, de par son métier, astrologue que son écriture prophétique et oraculaire est ipso facto d’essence astrologique. I. Nostradamus et le Kalendrier des Bergers

Le prophétisme, qu’il soit le fait de Lichtenberger (cf notre étude sur le site du CURA) ou de Nostradamus, a largement emprunté certains traits de la pronostication astrologique voire de l’almanach. En effet, les quatrains prophétiques des Centuries se virent adjoindre, en 1594, dans le Janus Gallicus, ceux des almanachs et y trouvèrent leur place à égalité au sein du commentaire de Chavigny Jean-Aimé (de) . Or, ces quatrains – qui reçurent, par la suite, le nom de « présages » – figurèrent d’abord au sein du calendrier, placé en tête des premiers almanachs nostradamiques, mois par mois, suivant ainsi un modèle propre au Kalendrier des Bergers, avec cette seule différence qu’ils sont renouvelés chaque année alors que ceux du Kalendrier et Compost relèvent d’un calendrier figé et sont eux mêmes constitués une fois pour toutes et que toute iconographie a disparu des almanachs du milieu du XVIe siècle.

Le couple Almanach/ Pronostication est donc classique notamment chez Michel de Nostredame, qui élabore en quelque sorte une prophétie d’almanach »; il est vrai, comme on le verra à propos de cet auteur, que le calendrier qui figure au sein de l’almanach peut fort bien se voir greffer des éléments divinatoires voire prophétiques par le biais de quatrains ou par de brefs oracles en face de tel jour de tel mois. L’almanach, le calendrier, même si ce n’est pas leur vocation première, peuvent acquérir un statut prophétique ou comporter des additions qui offriraient un tel caractère. En effet, l’almanach nous parle du temps, dans les deux sens que revêt ce mot en français, il nous fournit aussi des informations d’ordre politique et historique, comme c’est le cas pour leKalendrier des Bergers au chapitre des Nations Chrétiennes. La pronostication est une approche dynamique de ce que l’almanach affirme de façon statique et récurrente mais l’un et l’autre s’interpénètrent. Autant dire que l’almanach relève d’abord de l’astronomie et la pronostication de l’astrologie; le couple almanach-pronostication incarnerait le passage plus ou moins admis de l’une vers l’autre.

Que cela n’ait pas été le cas, d’une façon générale, pour le Kalendrier des Bergers[1] , est finalement assez secondaire dans la mesure où celui-ci peut être considéré comme une des sources de l’almanach français. Le discours prophétique s’est largement constitué autour des structures de l’astrologie auxquelles il a donné une dimension supplémentaire mais aussi dont il a profité pour y trouver une certaines légitimité. Le Kalendrier perpétuel se change volontiers en « Prophéties perpétuelles » . Tout comme l’astronomie sous-tend la dimension prévisionnelle de l’astrologie, de même pour le kalendrier qui, dès lors qu’il est découpage du temps, et qu’il se veut récurrent ou cyclique est en mesure d’étayer un discours prophétique.

Certes, hormis la récupération de quatrains inoffensifs par Nostradamus, genre auquel il va conférer une dimension proprement prophétique, il reste que sur le fond, la rencontre entre le prophétique et le Kalendrier & Compost des Bergiers n’a pas vraiment eu lieu, si ce n’est avec la présence d’un motif apocalyptique: « Nous avons ouy dire souvent que Monseigneur Saint Jehan dit en lapocalipse (sic) avoir veu un cheval de couleur pale sur lequel séait (sic) la mort ». Cette addition se retrouvera dans toutes les éditions du Kalendrier et Compost des Bergiers. Cela dit, la référence n’est pas insignifiante et J. Delumeau rappelle cette parole de Luther, un peu plus tard: « Nous avons atteint le temps du cheval blême de l’Apocalypse (…) ce monde ne durera pas plus d’une centaine d’années »[2]

Encore convient-il de souligner à quel point le calendrier constitue un pôle exégétique pour l’astrologie au même titre que les mouvements célestes; il importe également de préciser qu’hémérologie et astronomie s’ajustèrent longtemps fort bien et qu’il n’y avait pas de calendrier sans observation du ciel. Historiquement, le calendrier sera associé à la divination à commencer par les spéculations annuelles, pour telle ou telle année.

En fait, il faudra près d’un siècle pour que le Kalendrier des Bergers accueille des passages qui le relient au discours prophétique: c’est ainsi que vers 1589, le libraire Nicolas Bonfons Nicolas publie le Grand Calendrier & Compost des Bergers (British Library, Londres (BL), K 2385) qui comporte in fine un chapitre intitulé « Révolutions des années selon les conjonctions des planètes en chacun des douze signes ». Mais c’est surtout dans un autre texte intitulé Almanach et Pronostication des Laboureurs de Jean Vostet Breton alias Estienne Tabourot [3]  – qui est au demeurant sensiblement diffèrent du Kalendrier des bergers – il s’appuie notamment sur les saints du calendrier pour faire ses prévisions- que l’on trouve un important développement sur l’année 1588 - annus mirabilis – annoncée par le pseudo- Regiomontanus [4]  .

Le cas d’Etienne Tabourot, est remarquable en ce que de toute évidence, son livre, l’Almanach et pronostication des laboureurs, est une commande que son oncle Jehan (Toinot Arbeau) n’avait pas eu le temps de satisfaire; il est loin d’être un partisan convaincu de l’astrologie et cite d’ailleurs le Mantice de Pontus de Thyard pour afficher son scepticisme: il s’agit d’une compilation d’ouvrages astrologiques. Or, nous verrons que cet ouvrage sera appelé à diffuser l’astrologie tout au long du siècle suivant…

Ce qui nous a fait par ailleurs, retenir ce corpus tient, du point de vue de l’analyse chronologique, à la richesse et à la complexité de son histoire et de sa genèse à commencer par le passage du Kalendrier des Bergers au Kalendrier et Compost des Bergiers, avec en outre la question de la traduction anglaise et la recherche du modèle français utilisé. Cette étude s’inscrit, d’ailleurs, dans le cadre de nos recherches sur l’influence de l’astrologie française en Angleterre, notamment, à propos de l’importance de Claude Dariot par rapport à la Christian Astrology de William Lilly, au milieu du XVIIe siècle. (Postface à son Introduction au jugement des astres, Puiseaux, Pardés, 1990 ,consulter aussi notre article consacré à ce médecin de Beaune, publiant dans la seconde partie du XVIe siècle sur le site du CURA, un autre concernant son contemporain, le médecin astrologue de Toulouse, Auger Ferrier, sur le même site, ainsi que notre étude « The revealing process of translaton and criticism in the History of Astrology » dans le collectif dirigé par P. Curry, Astrology, Science and Society, Woodbridge, Boydelll Press, 1987, cf P. Curry, N. Campion, J. Halbronn, La Vie Astrologique il y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992, ou encore G. Bezza, sur les traductions de textes « continentaux » en Angleterre, en introduction à l’édition française du Primum Mobile de Placide de Titis, Ed. FDAF, 1998)

La littérature astrologique d’expression française avait été relativement riche au moyen Age au niveau des manuscrits[5] . Elle semble décliner sensiblement à l’âge des imprimés tant et si bien que le Kalendrier et Compost des Bergers, qui est publié à Paris en 1493 par Guyot Marchant[6]  apparaît comme un des tout premiers textes imprimés en langue française, consacré un tant soit peu à l’astrologie, mais en fait fortement orienté vers l’astronomie. La forme Kalendrier des Bergiers, sans mention du compost tout en comportant les pièces, se maintiendra toutefois dans les impressions lyonnaises et c’est précisément cette présentation qui passera en Angleterre[7] .

En dehors du Kalendrier et Compost des Bergers, il faut se contenter, en français, en matière de littérature astrologique didactique imprimée, de quelques chapitres au sein de sommes telles que le Propriétaire des Choses de Bartholomeus Anglicus, la Nef des Fous de Sebastian Brandt, les Fleurs et secrets de Raoul du Mont Verd, le De Harmonia Mundi de Francesco Giorgio ou le Miroir du Monde de Gaulthier de Metz ou enfin le Coeur de Philosophie [8] . Par ailleurs, il importe de signaler les Livres d’Heures qui relèvent peu ou prou de la littérature des calendriers et des almanachs.

Le Kalendrier des Bergers apparaît au XVe siècle – sa première édition répertoriée date de 1491 [9]  – même s’il n’émerge vraiment qu’à la charnière avec le siècle suivant  [10] . C’est là un des premiers textes astrologiques de langue française jamais imprimés [11] . Il ne s’agit pas au demeurant d’un traité très sophistiqué d’astrologie mais il constitue une somme fort riche sur le plan iconographique et est un témoignage précieux d’une astrologie populaire encore que ce caractère populaire, dans ses expressions françaises, soit plus ou moins factice comme on le montrera. Par ailleurs, la fortune de ce texte en Angleterre retiendra notre attention et y ouvre un champ d’influence qui nous amène à Nostradamus et à Claude (voir notre étude sur le site du CURA [12] ) et se prolonge au delà du XVIIe siècle. Le contenu astrologique du Kalendrier des Bergers

En apparence, le Kalendrier (et Compost) des Bergers appartient à une littérature astrologique populaire: ne se présente-t-il pas très vite comme l’oeuvre des bergers et non de savants?

En réalité, ce texte ne comporte pas certaines caractéristiques de la littérature astrologique « agricole ». Il ne comprend pas de prédictions fondées sur le jour de la semaine où tombe la Noël ou le Jour de l’An. A la différence des Prophéties Perpétuelles de Thomas Joseph (fin du XVIIIe siècle), il ne fournit aucun moyen de connaître à l’avance la situation climatique. En fait, c’est un ouvrage qui se veut inactuel et utilisable des années durant, il constitue une alternative par rapport aux publications annuelles mais ne s’agit-il pas plutôt d’une sorte d’encyclopédie?. Le Kalendrier des Bergers est conçu pour servir longtemps. Toutefois, on y trouve des dates précises qui constituent un élément de classement (voir infra).

Une de ses caractéristiques est l’abondance des illustrations: représentation de signes du zodiaque, de planètes, des enfants des planètes, de bergers etc. En cela, il nous semble assez atypique, du moins au XVIe siècle, de la littérature du genre très chiche en matière iconographique[13] .

On s’intéressera à ce qu’a pu être ce texte en amont (l’Allemagne) et en aval (l’Angleterre). Le cas du Kalendrier des Bergers qui figure en tête de notre série de recherches textologiques nous apparaît paradigmatique dans l’application de nos méthodes. L’inconvénient de l’approche en amont tient à ce que cela implique de décrire préalablement le Kalendrier des Bergers français pour pouvoir établir la comparaison.

Toutefois, afin d’étayer notre démonstration sur des documents que nous aurons décrits, nous renvoyons in fine la question des ascendances allemandes du Kalendrier des Bergers.

Les quatrains et le calendrier

Notre investigation du texte prophétique et de ses sources nous a montré à quel point il convenait de ne pas limiter les sources au domaine a priori concerné. L’astrologie n’est pas nécessairement d’ordre prophétique et le cas du Kalendrier des Bergers le prouve assez. Mais là n’est pas la question: il semble bien que Nostradamus ait utilisé le schéma de cet ouvrage pour concevoir ses almanachs.

Les quatrains de Nostradamus ne sont pas réservés aux Centuries. Il semble bien que ses premiers quatrains – les plus authentiques peut-être – ceux qui ne sont pas liés aux manipulations des éditions des centuries – sont ceux des almanachs. Pour chaque mois du calendrier, pour chaque année, Michel de Nostredame produisait un quatrain ainsi que pour l’année.

Ces quatrains d’almanachs feront partie des éditions du XVIIe siècle, sous le nom de Présages mais ils sont relativement peu commentés en dehors du travail que leur consacra précisément Jean Aimé de Chavigny, le compilateur du Janus François (1594). D’ailleurs, l’Angleterre qui accueillera très tôt, dès le début du XVIe siècle le Kalendrier des Bergers, connaîtra également les almanachs de Nostradamus en traduction – avec leurs quatrains – dès leur parution, bien avant d’accéder à ses Prophéties, au siècle suivant.

Dans le Kalendrier des Bergers, les quatrains sont d’un faible intérêt – on n’en connaît en fait que douze, toutes éditions françaises confondues. Nostradamus détournera cette formule innocente en lui conférant une dimension prophétique qu’ils ne comportaient pas, à l’origine, dans le modèle allemand. II. Les premières éditions du Kalendrier

La succession des éditions de cet ouvrage en l’espace de quelques années avec à chaque fois de nouveaux éléments, est ce qui nous retiendra au premier chef. Les éditions du parisien Guyot Marchant [14]

L’on s’accorde généralement pour considérer que jusqu’en 1500, le principal maître d’oeuvre des versions successives du Kalendrier des Bergers ait été le libraire parisien Guy Marchant (en latin, Mercator) [15] .

On commencera par décrire les premières étapes constitutives de ce qui est en fait un recueil. Nous avons étudié deux éditions imprimées en 1491 par Guyot Marchant [16] : l’une est à la Mazarine (Inc. 584), et s’intitule Kalendrier des Bergiers, l’autre à la Bibliothèque d’Amiens (Res 270C), c’est le Compost et Kalendrier des Bergiers [17] .

Le Kalendrier des Bergers de la Mazarine est probablement une pièce ancienne dont il a du exister des éditions antérieures. Le calendrier proprement dit est rédigé en latin à la différence des éditions ultérieures. Il ne comporte aucun élément extérieur au domaine du calendrier.

Le Compost et Kalendrier des Bergers de la BM d’Amiens, en revanche, bien qu’également daté, au colophon, de 1491, couvre un champ beaucoup plus large, qui dépasse très largement le champ hémérologique. C’est pourquoi nous supposerons qu’il y eut des étapes antérieures, notamment correspondant à l’exemplaire de la Mazarine à moins que cette date ne soit qu’une réminiscence.

Dans le second prologue de l’exemplaire d’Amiens, l’ouvrage est ainsi présenté: « Nous le nommons compost car il comprend tout le contenu du compost entièrement et plus par ce que dit et enseigne les iours heures et minutes des nouvelles lunes et des éclipses de soleil et de lune ce que le compost ne fait pas. » Le terme « compost », en lui même, ne désigne donc pas les parties non astronomiques de l’ouvrage comme on pourrait le croire mais plutôt une sorte de comput[18] .

A l’instar des éditions ultérieures, notre exemplaire comporte en effet deux prologues consécutifs, présentés comme tels mais différant quelque peu quant au contenu.

Toujours dans le second prologue, nous trouvons une explication quant au titre de l’ouvrage: « Et l’avons dit des bergiers car il est tant facile que simples gens bergiers et non clercs le pourront comprendre entendre et savoir mais que y appliquent leurs entendemens. »

Les auteurs reconnaissent que la formule indique simplement une volonté didactique mais non que l’ouvrage a été réalisé par des bergers, comme il sera prétendu dans les éditions suivantes. C’est en fait l’édition de 1493 qui fera souche en imposant cette présentation quelque peu complaisante: « On peut vivre comme les Bergers qui gardent les brebis aux champs sans savoir lettres ni écriture mais seulement par aucunes figures qu’ils en ont en petites tablettes de bois, avoir connaissance des cieux, des signes, des étoilles, des planettes, de leurs mouvements & proprietez ».

L’exemplaire d’Amiens, dont manque notamment la page de titre, comportant vraisemblablement une table des matières sur la page de titre, est d’autant plus intéressant qu’il s’articule sur une organisation qui perdra de ses contours par la suite.

« La première (partie) est dicte science salutaire des simples gens autrement le livre de Jésus; la seconde est nostre dit compost et kalendrier; la tierce nostre astrologie, et cognoissance des estoilles; la quatriesme nostre phisique et régime de santé la cinquiesme est nostre phisionomie pour savoir cognoistre plusieurs vices (..) du monde ». Jouant sur la parabole du « bon pasteur » pour Jésus Christ, le kalendrier des bergers justifie ainsi sa dimension religieuse qui occupe d’emblée la première partie, reléguant le calendrier en deuxième position. La référence à Ptolémée

Au début du XVIIe siècle parut en Angleterre un Compost of Ptolomeus, présenté comme une traduction du français [19] . Cette édition ne comporte pas de référence aux bergers. Selon nous, le libraire parisien aura par la suite remplacé le nom de Ptolémée, Claude ou celui d’astronome par celui de berger, le reste du texte restant inchangé. Ce Compost of Ptolomeus; constituerait une étape précédant celle correspondant à l’exemplaire d’Amiens. Les additions tardives feront d’ailleurs réapparaître le nom de Ptolémée, à propos d’une description des douze signes que l’on retrouve d’ailleurs dans les éditions tardives du Propriétaire des Choses.

Addition ptolémaïque: « S’ensuit un petit traité pour connaître quelle fortune aura l’homme ou la femme étant nés sous quelque planète que ce soit. Moi considérant le cours des corps célestes & la puissance de Dieu omnipotent (…) je me suis mis à lire ce petit traité en latin et l’ai translaté en français pour endoctriner les gens non lettrés (..) Ces signes assignent les fortunes & infortunes des hommes & des femmes, comme on trouve au livre de Ptolémée »

Ce texte pose en outre un autre problème: l’auteur reconnaît que le savoir doit venir d’en haut et ne peut qu’ensuite être vulgarisé, ce qui semble en contradiction avec l’esprit du Kalendrier des Bergers.

L’on pourrait certes objecter que ledit texte ptolémaïque est une pièce rapportée. Or, on le trouve précisément dans le dit Compost of Ptholomeus sous le titre de Prologue of Ptholomeus upon the XII signs, avec également l’emploi de la première personne du singulier. Nous aurions ainsi l’exemple d’un texte faisant partie du corpus central et qui aurait été placé par la suite, dans la version classique, en situation d’annexe.

L’on signalera que certaines éditions du Kalendrier et Compost des Bergers ne comportent plus de référence à Ptolémée: dans l’édition troyenne de Nicolas Le Rouge Nicolas, la formule « Ces signes assignent les fortunes & infortunes des hommes et des femmes comme on trouve au livre de Ptolomée » [20]  ne figure pas, alors que le reste du texte est identique. Mais curieusement, l’édition troyenne comporte en vignette pour cette même page ce qui pourrait bien être une représentation du dit Ptolémée.

L’on pourrait évidemment inverser la proposition et soutenir à l’instar de Lathrop [21]  que c’est le libraire anglais William Wyer qui a transformé le berger en Ptolémée. Pour notre part, nous penchons pour le processus inverse, la forme « pastorienne » étant l’achèvement et non l’origine.

La difficulté tient au fait que le texte anglais du Compost of Ptholomeus, dépourvu de toute illustration et de tout calendrier – à la différence de la plupart des éditions du Kalendrier et Compost des Bergers – est essentiellement le même que celui d’une des traductions anglaises du Kalendrier (voir infra). Selon nous, le Kalendar a servi de base à la traduction du Compost, soit l’inverse. On ne connaît pas d’édition très ancienne du Compost. Dans ce cas, lorsque le Compost a été traduit mais non composé, on aurait recouru à la traduction anglaise existante duKalendar [22] . Ce qui expliquerait certains soupçons concernant Wyer, lequel se serait bien servi du Kalendar pour faire son édition du Compost mais qui n’aurait pas inventé le Compost qui est la source du Kalendar [23] .

Il apparaît cependant que des vignettes du Kalendrier aient été imprimées en Angleterre dès la fin du XVe siècle. On trouve ainsi dans le Gouvernayle of helth, attribué à John Lydgate (Bodleian Library, Oxford), édité par W. Caxton, vers 1489-1491 [24] , une vignette représentant Mercure et les métiers qui en dépendent [25] .

Signalons qu’en 1650 paraîtra à Londres une Country Astrology c’est à dire une astrologie champêtre « being the many years of astrological experiments and painful collection of John Pool, John » qui n’était autre qu’une édition tardive de la traduction anglaise des Jugements Astronomiques du Toulousain Auger Ferrier [26]  lequel aura des démêlés avec Jean Bodin . L’existence d’un diptyque

Il importe de s’intéresser à un texte jumeau de celui du Kalendrier des Bergers et qui a pour nom le Kalendrier des Bergères – on connaît surtout l’édition de 1499, chez Guyot Marchant [27]  – lequel offre de nombreuses similitudes avec le Kalendrier des Bergers mais qui s’en distingue par la présence de douze vignettes mensuelles [28]  au lieu d’une seule, celle de janvier pour le Kalendrier des Bergers [29] . La question qui se pose est la suivante: est-ce que dans un premier temps, il n’y eut qu’une vignette et puis l’on passa à douze ou bien disposait on de douze vignettes et s’est-on contenté d’une seule? Dans ce cas, le Kalendrier des Bergères correspondrait, sur certains points, à un état antérieur, du moins en ce qui concerne la série de vignettes, à celui du Kalendrier des Bergers alors qu’actuellement on n’en connaît pas d’édition avant 1499.

L’étude des éditions allemandes (cf infra) ne confirmera nullement qu’il ait pu exister au départ une vignette pour le seul mois de janvier. Cet état de choses semble plutôt dû à une certaine économie que l’on retrouvera en Angleterre. En revanche, le Kalendrier des Bergères atteste de l’existence des douze vignettes pour les mois [30] . Le matériel iconographique de Guyot Marchant

On retrouve en outre certains éléments iconographiques du Kalendrier des Bergers dans d’autres impressions de Guyot Marchant.

Dans la Revelatio de tribulationibus nostrorum temporum de reformatione universe dei ecclesie et de conversione Turcorum, BNF, Res D 5431 (1), de Savonarole, figure le « Maure de Sales » qui correspond tout à fait au corniste situé à la fin du Kalendrier des Bergers.

Des différences sont perceptibles qui nous amènent à poser des questions d’antériorité. Marchant a-t-il puisé dans l’iconographie du Kalendrier des Bergers qu’il publiait par ailleurs ou bien, au contraire, a-t-il greffé sur le dit Kalendrier des éléments déjà utilisés?

Nous tendrions à pencher pour la dernière hypothèse et cela tout particulièrement à propos du Maure, expression qui a disparu du Kalendrier des Bergers. Dans la Revelatio, le Maure est installé sur le toit d’une Eglise, il est encadré par deux tours. Dans le Kalendrier des Bergers, le Maure a les pieds sur le sol et alors que deux tours de l’Eglise l’entouraient en 1496, il figure dans les éditions du Kalendrier entre deux rangées de fleurs ou entre deux arbres.

Autour d’une même année de référence (1491, 1493, 1497) s’organisent plusieurs éditions étant donné que l’éditeur ne remanie pas, pour chaque année, l’appareil astronomique et notamment la position des astres fournie juste avant la partie consacrée à la « Physiognomie des Bergers [31]  », datant de 1491 [32] . En cela, le Kalendrier des Bergers n’apparaît pas tout à fait comme relevant du genre des prophéties perpétuelles, il comporte une dimension astronomique indiscutable, notamment avec le tableau des éclipses qui lui, aussi, est régulièrement mis à jour.

Quelles sont les raisons de ces réaménagements successifs? Reconnaissons que nous avons du nous contenter de décrire les diverses additions sans en déterminer les causes. On peut supposer que Guyot Marchant, ce faisant, a compté augmenter ses ventes ou en tout cas les maintenir, en récupèrant d’autres pièces. Peut-être a-t-il voulu ainsi, d’une année sur l’autre, offrir des éléments nouveaux à sa clientèle? Dans ce cas, le Kalendrier des Bergiers se présenterait comme une sorte d’almanach Vermot dont on achèterait les éditions successives…. Un corpus renouvelé

Déjà en 1491 (ex de la BM. d’Amiens, avec cette année au colophon) le lecteur se voit annoncer les positions célestes pour l’année: « Pour l’an de nostre présent kalendrier mil CCCC IIII XX XII, les étoiles fixes des quelles parlons sont les lieux soubz les signes et degrés avec leurs propriétez comme cy après les mettons ». Oscillation entre un calendrier perpétuel pour les mois- qui sera d’ailleurs perturbé en 1582 par la réforme grégorienne- et un almanach annuel.

Les techniques classiques de datation comportent certaines limites notamment pour une partie du XVIe siècle. En effet, il n’y est pas aisé de tenir compte du fait que l’année y commence à Pâques et que par conséquent le mois de janvier 1555 par exemple est postérieur au mois de mai 1555 [33]  ! C’est vrai notamment pour les colophons qui respectent le style de Pâques français alors que la série des mois n’en débute pas moins en janvier.

A partir de quel moment une indication chronologique formelle figurant sur un document doit laisser le pas à des éléments inhérents à la structure du texte? Certes, l’on pourrait nous objecter que nous pourrions avoir affaire à une édition tardive d’un texte plus ancien que l’autre. L’objection vaudra notamment pour les éditions des Centuries (voir infra). Mais dans le cas qui nous intéresse, nous sommes en présence d’éditions successives qui tendent à s’amplifier à chaque occasion et non d’un processus de réédition comme cela peut se produire en d’autres circonstances.

Peu à peu la page de titre va rejeter la table des matières à son verso et s’orner d’une représentation pastorale qui pourrait être empruntée aux livres d’Heures, ouvrages de prières de l’Eglise, liées aux divers moments de la journée: l’Annonciation (par l’archange Gabriel) aux Bergers [34] , de la naissance du Sauveur. On trouve chez l’imprimeur du Kalendrier des Bergers, Guyot Marchant, une iconographie pastorienne dans un autre ouvrage, le Tractatus novus super reformatione status monastica de Michel Bureau, BNF, Res D 5431 (3). Le frontispice comporte une scène de bergers avec une ville à l’arrière plan et un ange dans le ciel, ce dernier motif étant absent du Kalendrier des Bergers. Est-ce à dire pour autant, que cette illustration du Tractatus Novus précède, dans sa conception, celle du Kalendrier des Bergers ?

Mais ne s’agirait-il pas plutôt d’une scène du calendrier: la tonte des moutons en juillet à la façon des Très Grandes Heures du Duc de Berry (Musée Condé, Chantilly, MS)?. En effet, à l’arrière plan figure une ville fortifiée à l’instar de ce qui s’observe dans le calendrier de juillet des Heures du frère de Charles V [35] .

L’on peut raisonnablement supposer que la présence des étoiles implique une scène nocturne, ce qui est attesté notamment par l’édition rouennaise (Veuve de Louys Costé) marquée « XXX F » (Bibliothèque Municipale de Rouen) où les étoiles sont blanches sur fond noir [36] . Il s’agit en général de la série du Bergier de la Grande Montaigne [37] .

Toutefois, par la suite, le ciel va s’éclaircir sans que les étoiles n’en disparaissent et c’est sous cette forme quelque peu insolite que l’illustration se perpétuera[38] .

En vérité, si nous avons été amenés à baliser la situation des éditions françaises du Kalendrier et Compost des Bergiers, c’est certainement en partie en raison de notre abord des éditions anglaises[39] . En cherchant à comprendre (voir infra) les raisons de la diversité des premières versions anglaises au début du XVIe siècle, nous avons été conduit à regarder de plus près au niveau français ce qui autrement n’eut revêtu qu’un intérêt assez relatif. Les aléas de la datation des éditions de 1493

Nous nous sommes particulièrement intéressés au groupe de textes se référant à 1493. C’est en effet, à ce moment là que l’ouvrage connaît un évolution assez remarquable de par ses additions.

Notre corpus ne comporte en fait que quatre exemplaires qu’il convient de classer chronologiquement. Selon nous, la première version pour le groupe « 93″ est constitué d’un exemplaire conservé à la British Library et d’un autre, identique, à la Bibliothèque de Valenciennes.

La page de titre est toujours privée de toute illustration ou de marque de libraire comme pour les éditions de 1491. L’ouvrage a été augmenté par un afflux de textes non astrologiques. (Danse Macabre, Arbre des Vices et des Vertus [40]  etc) tout en gardant son calendrier. Il se termine par le discours d’un squelette. De fait, l’iconographie du Kalendrier et Compost des Bergersrecoupe en partie celle de la Danse Macabre (squelette, noir sonnant du cor), ouvrage édité également par Guyot Marchant (B. Maz, Inc 593) [41] .

Une édition plus tardive -post-squelettique- comporte de nouvelles additions: d’une part une vignette pour janvier, empruntée à un Kalendrier des Bergères dont on ne connaît que des éditions vers 1499 mais qui nous semble avoir paru dans la foulée du Kalendrier des Bergers de 1491. De l’autre, un supplément in fine illustré par un sonneur de cor noir [42] , un maure. On possède deux exemplaires de cette édition, l’un à Angers, l’autre à Paris (BNF, Res Vélins 518), ce dernier étant l’exemplaire retouché [43]  par Antoine Vèrard et présenté à Charles VIII, sans le colophon d’origine de Guyot Marchant. Or l’exemplaire d’Angers porte la date d’avril 1493 et serait paru un peu après Pâques. Nous pensons pour notre part (voir supra) qu’il est du début de 1494 et ne saurait être antérieur à l’exemplaire reproduit par Champion [44] .

La marque de Guyot Marchant ne figure qu’in fine dans l’édition de juillet, elle se retrouve sur la page de titre dans celle d’avril [45] . Les éditions à référence « 97″

Le groupe suivant jouera un rôle important en ce qu’il servira de base aux premières éditions anglaises, notamment à celle de 1503 réalisée par Antoine Vèrard, à Paris même, laquelle édition sera retouchée par Pynson en 1506 (BL, G 10246 [46] ) sans qu’il y ait véritablement eu de nouvel effort de traduction fourni à partir du français (voir infra).

Le changement essentiel qui survient concerne une nouvelle addition consacrée aux « nativitez » des hommes et des femmes, selon les douze signes du Zodiaque et les éditions anglaises comporte en effet cet ajout.

La BNF (Res. mV 33) possède une édition de janvier 1496 de Guiot Marchant qui est en fait de 1497 et qui ne dispose pas encore des « Nativitez » [47] .

L’édition de septembre 1500 que possède la British Library [48]  est encore très proche de celle d’avril 1493-94 hormis le fait que la vignette du limaçon ne se trouve plus in fine juste avant le colophon mais après le dit des oiseaux, ce qui constitue une interpolation dans le corps de l’édition de juillet 93. Mais elle dispose de la vignette de janvier comme l’édition d’avril 1493/94.

Elle a toujours 1497 pour année de référence (table des éclipses) même si l’on nous fournit les positions planétaires pour le Ier janvier 1500 qu’il est facile de recopier. Les additions ptoléméennes

L’édition lyonnaise est la première qui comporte des développements au delà de l’image du « squelette » qui conclut les éditions antérieures 1497 [49] . Elle annonce des additions et « plusieurs autres choses », mais cette dernière formule figurait déjà dans les éditions antérieures. On verra que la première édition anglaise comporte des additions et est donc issue d’une édition française augmentée.

Ce qui distingue ainsi l’édition genevoise de l’édition lyonnaise tient notamment à l’apparition de « nativitez » fournissant la description des douze signes zodiacaux sous le patronage de Ptolémée. En effet, le nom de Ptolémée, Claude va désormais figurer, renouant en fait avec la version allemande d’origine qui était truffée, selon nous, de références à des savants .

En fait, il semble bien que la première édition augmentée, de référence 1497, n’ait pas attendu 1502 pour paraître, délai qui eût été un peu court, au demeurant, pour mettre en chantier et publier l’année suivante l’édition anglaise.

Ce qui nous amène à penser qu’une édition avec les « nativitez » a dû paraître dans les dernières années du XVe siècle tient à l’existence d’une autre série de référence 1500 et qui semble être le prolongement de l’édition « lyonnaise » de 1502.

Il s’agit d’une série amenée à une fortune assez considérable tant en France qu’en Angleterre. Elle se caractérise par un format réduit qui tranche avec les éditions précédentes. C’est en son sein que peu à peu va apparaître un frontispice. Nous appelons cette série « 1500″ parce que l’on y donne les positions des planètes, à la fin de l’Astrologie des Bergers », pour le Ier janvier 1500 alors que jusqu’à présent et cela est également valable pour l’édition lyonnaise de 1502, la référence était à 1497 après avoir été à 1493. Cette référence ne signifie nullement que toutes les éditions qui la comportent sont apparues en même temps: en réalité, celles ci peuvent être séparées par de nombreuses années mais cela implique la présence d’un certain modèle, d’une certaine matrice.

La caractéristique la plus remarquable de la série « 1500″ est le traitement du chapitre « ptoléméen ». Pour la première fois, on y trouve en tête de chaque paragraphe la vignette correspondant au signe traité. Cette vignette est la même que celle qui figure dans le calendrier. Mais c’est ainsi que l’on transfère les vignettes situées en tête à la fin, créant ainsi deux séries identiques.

L’on peut supposer que si l’édition de 1502 ne comporte toujours pas de telles vignettes, c’est qu’elle appartient en fait à une version plus ancienne et qu’elle est archaïque. On ne peut évidemment exclure que la version 1497 ait continué à se diffuser au delà du lancement de la version 1500. En revanche, pour que la version 1500 ait pu exister, il a fallu, selon nous, que la version 1497 atteigne le stade où elle dispose de la série ptoléméenne non illustrée. L’éclatement du chapitre des Vertus

Les petits formats seront chacun marqués par un chiffre romain qui semblent augmenter avec la date. Ils comportent une anomalie en ce qu’ils se terminent sur un développement partiel consacré aux vertus – et notamment à la Force – sujet pourtant traité par ailleurs, dans le corps de l’ouvrage. D’où la présence de la Tour de Sapience in fine laquelle figure dans les éditions grand format au chapitre des Vertus. On comprend mal ce renvoi in fine d’une partie du chapitre consacré aux vertus mais cela constitue en tout cas un trait spécifique des petits formats (De Force). Les éditions petit format

Il est assez rare – reconnaissons-le- que nous accordions, dans nos recherches, une grande importance au format. Pour le Kalendrier des Bergers – et notamment pour les éditions anglaises (voir infra) – cette question est de première importance. Le format est ici lié au contenu. De même qu’il existe parmi les éditions françaises des petits et des grands formats qui constituent selon nous le clivage le plus pertinent, de même les éditions anglaises offrent la même caractéristique.

Nous avons également trouvé à la British Library une édition rouennaise en français de plus petit format datée aussi de 1500 et se référant aussi au Ier janvier pour placer les astres, mais dont la table des éclipses débute en 1497/98. comme les autres éditions « 97″. Elle est due au libraire Raulin Gaultier. Elle ne comporte pas toutefois la vignette assez insolite de janvier. L’édition Raullin Gaultier Raulin

Cette édition rouennaise atypique nous intrigue à d’autres titres. En effet, presque toutes les éditions répertoriées jusqu’au milieu du XVIe siècle comportent pour chaque mois du calendrier une vignette suivie d’un sigle formé de deux lettres qui ne sont visiblement pas celles de Guyot Marchant. On y lit « KL » (pour Kalender) sur le modèle allemand [50] . Les éditions anglaises comportent ce même sigle répété douze fois dans le calendrier.

En revanche, l’édition rouennaise ne porte pas ce sigle mais bien une double vignette, la partie à sigle étant occupée par le signe zodiacal correspondant au mois [51] . Le Kalendrier comportait initialement quatre parties qui sont devenues ultérieurement cinq [52] .

On a noté que les premières éditions tant françaises qu’anglaises du Kalendrier des Bergers ne comportent, au Kalendrier, que la vignette de janvier alors que le Kalendrier des Bergèresprésente toute la collection. Diplock attribue ce trait aux libraires anglais alors qu’il est déjà attesté en français: « The English printers appear to have contended themselves at most with making a good start for the Kalendar by using the block for January, leaving other months unillustrated » [53] . Elles sont les premières à avoir un frontispice. Elles portent un numéro d’ordre en chiffre romains.

Nous avons trouvé à Oxford, à la Radcliff Library, un recueil factice comportant un exemplaire de petit format à frontispice en français suivi d’un exemplaire de même format en anglais dont la page de titre manque. Voilà qui révélait de façon concrète la filiation des petits formats.

La BNF (Res. pV 403) possède un exemplaire malheureusement tronqué à la fin d’une édition petit format qui pourrait être la première de la série 1500. On y trouve des vignettes primitives, lesquelles s’amplifieront dans les éditions suivantes. On y trouve in fine une partie consacrée aux vertus mais dans une présentation très archaïque. On n’y trouve pas encore en gras « de force » pour annoncer le passage consacré à cette vertu comme ce sera le cas pour les éditions suivantes. On peut toutefois supposer qu’il y a du y avoir une édition ne comportant pas une telle anomalie puisque l’édition anglaise qui semble en dériver ne la comporte pas. Cela dit, l’on peut tout aussi bien considérer que l’exemplaire moins défectueux soit plus tardif . La chronologie/chronématique des éditions

Le Kalendrier des Bergers retient également notre attention dans la mesure où un même libraire – le parisien Guyot Marchant – a géré une succession d’éditions durant la dernière décennie du XVe siècle. Nombre d’entre elles nous sont parvenues incomplètes.

Les lacunes ne sont pas nécessairement flagrantes, elles ne ressortent que du fait de la comparaison. C’est ainsi qu’en comparant les exemplaires de deux éditions conservées à la BNF, l’exemplaire coloré offert à Charles VIII (Res. Vélins 518) par Antoine Vèrard Antoine, en date de 1493, et une édition de 1496 (BNF, Res pV 33), nous avons pu observer que la disposition en était, par delà la similitude du texte, parfaitement identique, sur des dizaines de pages.

Dès lors, il devenait possible de reconstituer les folios manquants de l’édition de 1496, moins bien conservée parce que moins précieuse [54] . Inversement, il nous est apparu que l’exemplaire royal comportait une anomalie qui ne pouvait a priori être mise en évidence que par comparaison avec un autre exemplaire de la même édition ou bien avec une autre édition calquée sur celle-ci. Dans l’édition Marchant de 1496, le « dict des oiseaux » est suivi d’une présentation des prières quotidiennes. Dans l’édition antérieure de 1493, les pages sont disposées de la même façon mais une fois la description des oiseaux achevée, l’on aborde brusquement, au verso, la fin de l’exposé sur les prières. Tout serait plus simple si l’on pouvait admettre l’absence d’un folio. Or il s’agit ici d’unrecto verso, ce qui implique une erreur au niveau de l’impression, corrigée par la suite. D’autres difficultés s’offrent à nous: la fin du dict des oiseaux ne figure pas dans l’exemplaire de l’édition de 1496. Il s’agit justement de l’une des feuilles manquantes. En consultant une édition de 1497, qui comporte la marque de Genève et serait due à Jehan Belot[55]  (BNF, Res V 277), nous disposons de la réponse: au recto, la fin du dit des oiseaux et au verso le récit de la défense d’une cité, dessin à l’appui, avec en bas l’annonce du chapitre suivant, les « méditations sur la passion ».

La page fait allusion à la résistance de Beauvais (Oise), autour de Jeanne Laisné qui sera connue sous le nom de Jeanne Hachette, « la femme à hardi couraige » contre les attaques de Charles Le Téméraire, qui ne parviendra pas à s’emparer de la cité[56] . Le « lymasson » serait une allusion à la Bourgogne, illustrée par cet animal jusqu’à nos jours, l’escargot dit de Bourgogne. Une femme figure en bonne place sur la vignette [57]  L’événement en date de 1472 était encore récent à l’époque de la parution du Kalendrier [58] . En 1491, Charles VIII renonce en 1491 à épouser la petite fille de Charles le Téméraire, Marguerite, préférant la Bretagne à la Flandre.

Non pas au demeurant que cette scène ne soit pas présente dans l’exemplaire de Vèrard, elle s’y trouve in fine, comme d’ailleurs dans l’exemplaire de la BM d’Angers, qui correspond à la version de Marchant qui servit à Vérard.

Faut-il pour autant en conclure, du fait de l’antériorité, que l’escargot se trouva d’abord in fine avant de passer dans le corps du texte? Nous pensons plutôt qu’il s’agit là d’une initiative sans lendemain aux dépens de la cohérence de l’ensemble puisque nous disposons d’une édition encore antérieure. Le double calendrier

Il convient donc de reconstituer la chronologie des premières éditions françaises non pas seulement à partir des dates des colophons mais à partir de l’analyse des pièces. C’est ainsi que, selon nous, l’édition de juillet 1493 (BM. Valenciennes) [59]  laquelle a été reproduite en fac simile par Pierre Champion, Pierre [60] , sans qu’il signale ses lacunes au colophon [61]  est antérieure à celle de la Bibliothèque Municipale. d’Angers (SA 3390), un exemplaire daté du 18 avril 1493 paru chez Guyot Marchant. [62] ) qui serait en fait de 1494: l’on connaît le problème du changement d’année à Pâques, à cette époque [63] . Il serait en effet fort improbable, vus les délais très courts, que l’édition de juillet soit moins développée que celle d’avril censée être parue précédemment. C’est notamment le cas de la présence ou de l’absence d’un corniste noir – maure – et de la chanson de l’escargot. On voit mal pourquoi ils auraient disparu en juillet pour reparaître dans les éditions suivantes, toujours dues à Guyot Marchant [64]  La comparaison entre les deux éditions est concluante: si l’on compare la page de titre: l’exemplaire de la B.M. de Valenciennes reste très dépouillé, dans sa présentation du titre, à l’instar de l’édition de 1491 de la Mazarine. En revanche, l’exemplaire d’Angers de 1493 que Vèrard, Antoine transformera pour l’offrir à Charles VIII, comporte une sorte de frontispice qui est certes construit autour de la marque du libraire mais qui est orné également de divers motifs décoratifs en rapport avec l’iconographie intérieure.

Tout se passe comme si l’exemplaire d’Angers (revu par Vèrard) comportait quelque anomalie vol.ontaire ou non, une feuille ayant été déplacée et le colophon placé sur la page ainsi disposée, de telle sorte que les éditions ultérieures correspondraient à un état moins corrompu.

Le débat est d’importance car il s’agit ni plus ni moins que de déterminer quelle fut la première édition du Kalendrier et Compost des Bergiers, la première à intégrer des éléments non astronomico-astrologiques et à porter ce nouveau titre. Nous ne suivrons donc pas Sommer quand il écrit (op. cit.): « Le compost et kalendrier des bergers was anonymously published for the first time on April the 18th 1493, printed by Guyot Marchant at Paris » La première édition, selon nous, daterait en fait de juillet 1493 et le volume offert à Charles VIII ne serait pas davantage issu de la première édition.

Il nous parait inacceptable, au niveau méthodologique, de ne pas tenir compte de l’évolution interne des éditions, ce qui est particulièrement frappant avec le Kalendrier des Bergers dont lecorpus s’amplifie régulièrement et de ne s’appuyer que sur les dates du colophon à une époque où le changement d’année est pour le moins aléatoire. La moindre des choses serait en tout cas de signaler une telle anomalie. Il importe de cerner le processus de développement d’un tel texte.

Dans les éditions de 1496-97 qui suivent, d’autres additions interviennent qui nous amènent à l’édition lyonnaise de 1502 chez Claude Nourry pour Huguetan (BNF, Res. V 1391 et Res. V 1267), celle-ci joue un rôle clef en ce qu’elle servit l’année suivante à la première traduction anglaise, publiée à Paris par Antoine Vèrard [65] . III. La fortune anglaise

Contrairement à ce qu’affirme Oskar Sommer, qui n’a pas assez insisté sur l’importance de cette édition lyonnaise, dans son tableau « généalogique » des éditions du Kalendrier des Bergers [66] , c’est bien l’édition de 1502 [67] , et non celle de 1497, qui pourrait avoir servi de modèle, sous Henri VII Tudor, à la traduction anglaise de 1503 mais les délais seraient alors bien courts [68] . Les pages de titre sont très semblables en français et en anglais avec le terme Addition dans les deux cas et notamment parce qu’elle comporte un développement consacré aux signes zodiacaux mais sans illustration correspondante, tant dans l’édition française qu’anglaise celle des nations chrétiennes qui figure également dans l’édition anglaise de l’année suivante. A propos des vignettes zodiacales, signalons que celles-ci figurent au sein du calendrier mais ne sont pas reprises pour accompagner le texte consacré à l’exposition des douze nativitez [69] .

Il semble bien que l’édition à destination du public anglophone de Vèrard de 1503 – qui ne porte encore aucun frontispice – ait été réalisée à partir d’une édition récente de 1502, parues chez le libraire lyonnais Jean Huguetan, qui a une officine également à Paris, l’impression ayant été effectuée par Claude Nourry. En fait, l’on peut supposer que la version « 1502″ ait été publiée dès 1500, si l’on en croit les références internes mais on ne dispose présentement que de l’édition lyonnaise. En tout état de cause, on ne saurait suivre Sommer Oscar qui propose l’édition genevoise connue de 1497, laquelle ne comporte pas les additions présentes dans la traduction de 1503. L’édition lyonnaise de 1502, a servi à la traduction anglaise de 1503 et, dans la foulée, de celle de 1506 [70] .

Cette édition, que possède la BNF et que Sommer décrit rapidement sans y attacher un intérêt particulier, a cette particularité de présenter des « additions » qui sont annoncées comme telles sur la page de titre servant de table des matières et de façon identique dans l’édition parisienne de 1503 du texte anglo-écossais. Toutefois, la traduction anglaise a sauté certains passages de cette édition, ce qui peut donner l’impression qu’elle se réfère à un état plus ancien puisque la réduction du matériel iconographique correspond grosso modo, à l’ancienneté de l’édition. La logique des traductions n’est pas exactement celle des éditions successives.

La lecture comparée des deux textes – celui de 1503 ayant fait l’objet d’un fac simile par les soins d’Oskar Sommer, Oskar – révèle une similitude saisissante, même au niveau typographique avec, dans la dernière partie de l’ouvrage quelques développements supprimés. (sur les oiseaux, sur le limaçon ) et qui seront d’ailleurs rétablis dans les éditions ultérieures anglaises. C’est ainsi que l’on ne trouve que la vignette de janvier dans les deux cas.

La piste lyonnaise semble meilleure pour rendre compte de l’édition de 1503 (BNF, Res. V 1391). Le Kalendrier des Bergiers est sans frontispice, la table des matières est placée en tête. Comparaison entre les éditions de 1502 et de 1503

Sur la page de titre de l’édition lyonnaise de 1502 [71] , trois Additions figurent: Les proprietez des douze signes. Addition Les nations chrestiennes. Addition et plusieurs autres choses.

Le terme Addition figure également sur la page anglaise: « Addycion: The propyrtes of the XII synge. Addycion. The crystyn nacyons. Addycion Et syndry other thing. » Les deux textes se correspondent en fin de compte page à page mais l’édition anglaise de 1503 ne comporte ni les oiseaux ni le limaçon!

On reprend ensuite le parallélisme avec les chapitres suivants. S’ensuit ung petit traictié pour scavoir sur quelle planète lenfant est né. Addition (sic) qui devient en anglais: Follows one little traytte for to understond under what planet the chyld ys born. Addycion

Cette édition ne comporte pas de frontispice mais n’en est pas moins truffée d’un fort appareil iconographique.

Lyon ne s’est pas illustrée particulièrement dans l’édition du Kalendrier des Bergers qui est une affaire essentiellement parisienne du moins dans les premières décennies de la publication de ce texte. Il en sera autrement au milieu du siècle avec notamment Nostradamus [72] .

L’exemplaire de Lyon est clairement structuré et ses « additions » y sont nettement indiquées, marques qui finiront par s’estomper [73] .

Les éditions anglaises correspondent, on l’a vu, à un état relativement tardif du Kalendrier et Compost des Bergiers- sauf pour ce qui concerne le Compost of Ptolomeus. Elles comportent toutes, notamment, l’étude des nativités pour les douze signes zodiacaux qui n’apparait en France qu’au début du siècle, du moins pour les éditions connues à ce jour. Toutefois, l’on remarquera que le titre français complet Kalendrier et Compost des Bergers ne sera jamais reproduit et que l’on s’en tiendra à la formule initiale Kalender of Shepardes (ou toute autre variante orthographique) soit sous la forme The kalender of Shepardes, soit sous celle de Here begyneth the Kalender of Shepardes« , la formule plus germanique Shepardes kalendar étant plus tardive. Néanmoins, les éditions françaises ayant servi semblent avoir porté le titre complet à moins que l’édition de 1491 qui portait le titre plus court de Kalendrier des Bergers ait déjà fait carrière en Angleterre.

La première édition anglaise. 1503

La première édition anglaise de 1503, parue à Paris, fut très vite critiquée outre-Manche en raison de son anglais des plus médiocres. On lit ainsi dans le prologue de l’édition londonienne de Pynson, Richard de 1506, la deuxième édition du Kalendrier parue en anglais: « Here before tyme thys boke was prynted in Paris in to corrupte englysshe and not by no englysshe man wherefore these books were brought into Englande no man coude understand« .

Un autre facteur qui rendit la première édition anglaise parisienne impopulaire tient, selon nous, à la place accordée au Roi de France au chapitre des nations « latines ». Très vite, ce chapitre sera, dans les éditions suivantes, accommodé au goût anglais et on verra le Pape disparaître parmi les premiers personnages [74] , en ces temps d’anglicanisme aigu; le Roi d’Angleterre s’affirmait-il en sera ainsi pour Henri VIII au Camp du Drap d’Or – comme roi de France, depuis le traité de Troyes de 1420 mais au début du seizième siècle et encore seulement jusqu’à la Paix de Cateau Cambrésis en 1559, il ne lui reste plus que Calais [75] . Mais la formule restera officiellement de mise jusqu’en 1802. Initialement, en 1420, Henri V devait régner séparément sur les deux royaumes d’où la formule « King of England, King of France » qui deviendra King of England and of France. On a là un bon moyen de datation, en cas de doute.

L’édition française de 1503 reléguait encore le Roi d’Angleterre dans la masse des princes, loin derrière le Roi de France qui apparaît juste après le Pape et l’Empereur. On a là un bon exemple de dimension politique d’un simple Kalendrier qui se voudrait purement descriptif.

L’édition anglaise de 1503 de Vèrard porte le nom de The Kalendayr of the Shyppars, ce qui correspond au titre français de 1491 et ne comporte pas dans son titre le mot « Compost » qui ne figurera dans aucune édition anglaise en dehors du Compost of Ptolomeus. Outre la langue anglaise jugée défectueuse, elle comporte des manques certainement vol.ontaires par rapport à l’édition d’origine, dans la mesure où il est possible de déterminer celle ci. Le caractère purement astronomique de la première édition française est déjà noyé, en anglais, au milieu d’interpolations ou d’additions de tous ordres relativement tardives.

Cette édition parisienne de 1503 en anglais présente une particularité intéressante en ce qu’il y a tentative pour gommer un trait trop savant pour des bergers:

C’est ainsi que la phrase « Mais cette matière est difficile pour bergiers congnoissans la nature & propriété de chacune de ses XII maisons si s’en déportent légièrement » est traduite: «  But because this mater is hard, Shephards lettyth ut goo lightly » puis est établie dans les éditions suivantes: « This matter is difficult for astronomers knowledging the nature and propryte of every of the sayde XII houses and departeth lightly« .

Il est ici fait référence aux différends entre astronomes autour de la domification et notamment aux récents travaux de Regiomontanus alias J. Müller. Il faut y voir selon nous la trace de l’origine « savante » du Kalendrier des Bergers [76] . Deuxième édition anglaise. 1506

     Cette édition est suivie dès 1506 par une nouvelle version de Richard Pynson [77] , qui n’est en fait, comme le note Sommer (op. cit., Vol. 1 p.67) qu’une réécriture très libre de la première traduction, sans retour à l’original français [78] .

Les parties en vers ont disparu. Mais certaines erreurs ou aménagements de 1503 se sont maintenu, notamment au chapitre des maisons, ce qui aurait dû être le cas si Pynson avait travaillé directement à partir d’une édition française. Cette seconde édition ne s’appelle plus « The Kalendar of the Shyppars » mais « Here beginneth the Kalender of the Shephardes« . Troisième édition. 1508

Ce sera donc la troisième édition (1508)- qui, elle, s’intitulera « The Kalender of the Shepherdes« ; elle présentera un caractère de fiabilité en ce qu’elle s’appuie sur une édition française qui, en outre, n’est pas celle de Lyon en ce qu’elle évoque plus directement les petits formats français à frontispice parus à Paris et à Rouen autour de 1500.

« Prologue of the translatour «  [79] . There came to my hand one of the said bokes of the Shepherdes kalender in rude and scottysche language…I showed the sayd booke unto my worshipful mayster Wynkyn de Worde at whose commandment and instigacion, Robert Copland Robert have me applied directly to translate it out of french again in our maternal tongue » [80] .

Mais le libraire Wynkin de Worde [81]  va, dans une édition suivante (Bodleian Library, Douce K 97) [82]  substituer à la préface de Copland celle de Pynson, tout en gardant cependant la traduction de Copland.

Il semble bien que Sommer n’ait pas noté qu’ainsi va se trouver attribuée à Pynson une traduction due à Copland lequel avait eu la même démarche que Pynson et avait voulu proposer une nouvelle traduction. Mais tandis que Pynson s’était contenté de corriger la traduction critiquée, Copland s’engagea véritablement dans une nouvelle traduction.

En fait, nous sommes en désaccord avec Sommer lorsqu’il affirme que c’est le libraire anglais Julian Notary qui aurait combiné les versions Copland et Pynson. Il semble bien que ce soit Wynkyn de Worde lui même comme l’atteste précisément ce subterfuge. Notary se contentera de restituer le titre de Pynson [83] . « Here beginneth the Kalender of Shephardes » là où apparemment Wynkyn de Worde avait préféré la forme plus courte et la plus moderne, « The Kalender of Shepherdes ».

Quant au texte de Notary, il est à peu près totalement hérité de Wynkyn de Worde et bien distinct, sauf pour le prologue déjà remanié par Wynkyn de Worde en tenant compte des éléments pynsoniens, de celui de Pynson [84] . Les éditions au laboureur

Dans ses dernières éditions, Wynkyn de Worde placera probablement par inadvertance le texte du Plowman (cf infra) qui se trouvait à la fin au début. Ce qui aboutit à cette anomalie, persistante dans la suite des éditions anglaises, de l’annonce de la fin de l’astrologie des bergers au début de l’ouvrage! Or, Notary reprendra la formule en l’illustrant d’un laboureur alors qu’il s’agissait d’une allusion à un personnage célèbre et quelque peu légendaire du XIVe siècle, Piers, the Plowman [85] .

Il nous semble donc que le rôle de Notary a été sensiblement exagéré par Sommer aux dépends du Wynkyn de Worde qu’on pourrait appeler II [86]  alors que la forme I serait celle de 1508 [87] .

Le seul apport de Notary serait en fait, selon nous, le rétablissement du nom de Pynson et la suppression de toute référence à Wynkyn de Worde tout en adoptant sa traduction anglaise. Notary, Julian n’a pas su corriger les aberrations liées à la présence du Plowman en tête. Il n’a fait que la renforcer par une vignette de laboureur puisque plowman a accessoirement cette signification en anglais. Il aurait restitué le frontispice de Pynson et le titre. A la rigueur, il aurait imposé le calendrier de l’édition Pynson [88] .

Le rayonnement de l’oeuvre d’éditeur de Wynkyn de worde ne se réduit pas à la mise en place de la matrice de l’édition moderne. C’est encore le texte de Copland qui sert pour les éditions du Compost of Ptolomeus. On y trouve d’ailleurs une vignette identique, celle du Roi [89]  .Ptolémée.

Sommer semble tout ignorer de ces éditions du Compost qui semble-t-il ont prévalu durant la période qui semble constituer une éclipse pour cette littérature. Non pas ( cf supra) comme le suggère Lathrope qu’il se soit agi d’une supercherie de William Wyer William mais parce que l’on s’est servi de la traduction Copland pour réaliser cette édition d’aspect plus dépouillé, à partir d’un modèle existant en français, mais que l’on n’a pas retrouvé [90] .

Nous désignerons l’édition Notary qui s’inspirera de Copland sans le reconnaître, sous le nom de l’édition du Plowman, du Laboureur -c’est la traduction française-, bien que l’édition de 1508 comporte déjà une référence au plowman mais sans vignette correspondante. Figure en effet, chez Notary, une vignette (où l’on peut lire husbandrye) représentant un laboureur, laquelle n’existait pas dans les éditions françaises. Edition au demeurant défectueuse puisque l’on trouve au début de l’ouvrage une « Fin de l’Astrologie des Bergers » tout à fait incongrue. Voici le dict du berger au laboureur:

The saying of the shepherd to the Plowman

« How Plowmen should do Piers go thou to plow and take with thee thy wise Delve and draw sowe barly, wheate and rie Of one make ten this is a perfect life As saith Aristotle in his Philosophie Thou need not study to know Astrologie For if the weather be not thy pleasance Thanke ever God of his divine ordinance«

Prologue tardif inspiré de Notary. On notera que Paris est devenu France.

Cette vignette se retrouve dans un traité de John Fitzherbert, Newe tracts for husbandemen (c. 1525) [91] . Cela expliquerait la présence du mot husband dans le Kalender. L’ouvrage sera réédité à maintes reprises entre 1523 et 1598 et il semble donc que les éditions anglaises plus tardives du Kalendrier des Bergers aient été marquées par cet autre ouvrage populaire.

Ce texte figure déjà, mais sans illustration, en 1508 dans la première édition Wynkyn de Worde [92] . Il s’agit là d’un apport anglais alors que les autres additions sont reprises d’une édition française. Mais en fait, on le sait, le Plowman n’est pas simplement un laboureur, c’est aussi un personnage prophétique très populaire: il y a là un jeu de mots, qui semble avoir déjà existé à la source, qu’il fallait rappeler.

L’on peut ainsi considérer la période antérieure à 1556 comme une phase de gestation du texte pastorien anglais. Sommer a signalé une éclipse de plus de 25 ans dans la publication duKalendar mais il ne tient pas compte des éditions du Compost of Ptolomeus qui s’intercalent précisément dans ce laps de temps.

L’édition Powell qui parait cette année là, conservée à la Lambeth Library de Londres, constituée à partir de celle de Notary, parait tardivement, après une interruption assez longue des éditions du Kalendrier des Bergers en 1556 et introduit l’idée d’une troisième traduction. « Here begynneth the kalender of Shephardes. Newly augmented and corrected« . Les éditions françaises de référence

En ce qui concerne l’Angleterre, les éditions de 1503 et 1506 sont issues de la matrice 1497, celle parue en 1502 à Lyon tandis que l’édition 1508 est issue de la matrice 1500, ce qui apparait tant par le format que par l’absence ou la présence de vignettes zodiacales dans le développement ptoléméen [93] .

Mais ne peut-on faire un parallèle entre les petits formats français et les petits formats anglais, comme il apparaît d’ailleurs dans le recueil factice de la Radcliffe Science Library, Oxford? Dans ce cas, l’édition de Worde – avec son frontispice – serait inspirée de l’édition Jean Bonfons, Jean qui est également une édition 1497. Toutefois signalons une différence de gravure: un berger en groupe et non isolé.

En ce qui concerne donc la généalogie des éditions du Kalendrier des Bergers, il importe de relier l’édition de 1503 à celle de 1502 (cf supra), ce que ne fait pas Sommer. Quant à l’édition de Richard Pynson de 1506 [94] , elle comporte les mêmes pièces que celle de 1503 à part quelques lignes supplémentaires in fine. La dimension versifiée de 1503 fidèle à la présentation française est supprimée bien qu’en accord avec l’édition française. Il semble bien que cette édition ait été simplement un aménagement de la traduction précédente. Les lacunes structurelles auraient pu autrement être corrigées.

Peu à peu, une édition anglaise va s’imposer et qui par la suite sera la seule à circuler, notamment au XVIIe siècle, nous pourrions l’appeler l’édition du « ploughman« . Il s’agit, rappelons-le, d’un texte singulièrement défectueux dans son exposition, dans son plan, puisque dès les premières pages, l’on nous parle de la fin. L’image d’un laboureur- de préférence à un berger- apparait au début de la lecture. « Thus endeth the Astrology of Shepherds with the knowledge that they have of the starres planets and movings of the skies ». Les petits formats en Angleterre

Nous avions signalé l’importance du format pour effectuer un historique satisfaisant. Il se trouve que l’édition Wynkyn de Worde n’est pas du même format que l’édition de 1503 ou celle de 1506 par Pynson. Elle est d’un petit format et doit être rapprochée des petits formats français.

Nous nous sommes intéressé à la fortune des petites éditions françaises en Angleterre, elles sont publiées par Wynkin de Worde.

L’exemplaire anglais de la Radcliff Library (Oxford) est également de Wynkin de Worde, il a pour caractéristique, on l’a noté, d’être relié avec une édition française de même format.

Ces éditions comportent des frontispices à l’instar des éditions françaises de même format ainsi que de petites vignettes zodiacales à la taille de lettrines alors que les éditions de grand format comportent des vignettes zodiacales plus importantes

Evolution des vignettes: dans les premières éditions, les vignettes sont de petit format, plus tard, elles occupent une place plus importante dans le texte. De ce point de vue, l’on dira que l’exemplaire français de Radcliff est relativement tardif en raison de la grosseur des vignettes. En revanche, l’exemplaire anglais de Radcliff comporte de petites vignettes, ce qui indique qu’il est issu d’un exemplaire français plus ancien que celui auquel il est associé dans le recueil factice. L’édition anglaise standard

Nous avons donc établi, chorématiquement, que la caractéristique principale de l’édition anglaise telle qu’elle va s’imposer implique une incohérence majeure de construction (fin au début) et l’interpolation d’un texte sur le Plowman (laboureur).

C’est donc une version particulièrement corrompue qui s’imposera désormais Outre Manche tout comme, en ce qui concerne les Prophéties de Nostradamus, s’imposera une traduction réalisée à partir d’une édition douteuse de 1656.

Les éditions du XVIIe siècle ont corrigé certaines incongruités probablement délibérées (departeth) des premières traductions, qui ne figurent pas chez Notary. Mais elles comportent de fortes anomalies et cela systématiquement. Juste après la table des matières, l’on trouve une page qui devrait se trouver beaucoup plus loin et qui porte la mention en anglais que nous traduisons: « ainsi se termine l’astrologie des bergers » avec la vignette d’un berger en train de mesurer.

Sur un exemplaire reconstitué de Notary, apparaît le fameux « plowman ». Est ce un apport aussi ancien ou est ce une erreur de restauration? Il conviendrait de trouver une édition qui comporte réellement ce passage avec les feuillets d’origine Mais si cela devait se confirmer, ce serait un apport durable de l’édition Notary. L’édition Wally n’a pas les pages du début qui comportent le plowman. De quand date cet éditeur qui semble ne pas avoir été signalé (BL)? La mode des bergers et des laboureurs

C’est en effet Outre-Manche que nous rencontrons des textes qui nous interpellent. A côté des traductions déclarées du Kalendrier des Bergers, existe, on le sait, un Compost of Ptolomeus, c’est à dire un Abrégé de Ptolémée, aux éditions nombreuses également, qui est considéré comme une supercherie de l’éditeur anglais Robert Wyer, Robert, qui se serait contenté de remanier légèrement le Kalendrier pour le faire passer pour l’oeuvre de Ptolémée… autrement dit de présenter un ouvrage réalisé par des « bergers » pour l’oeuvre du grand astronome grec. On ne trouve aucune trace d’un tel Compost de Ptolémée en langue française. Mais il n’empêche que ce Compost se dit traduit du français et que Paris y est cité comme exemple dans une édition anglaise. Cet original français disparu n’aurait-il pas précédé les éditions de Guyot Marchant et d’autres libraires si Marchant n’est pas le premier maître d’oeuvre comme nous le pensons? Son caractère exclusivement astronomique le rapproche de la première édition de 1491 (Mazarine) et des kalendriers allemands et l’on voit mal un libraire anglais procédant à tant de modifications de fond et de forme à partir d’un document beaucoup plus important, truffé d’annexes et de digressions [95] .

Considérons en effet la présentation des autres pronostications populaires, elles sont mises au crédit d’un certain nombre de personnages plus ou moins célèbres, au nombre desquels Ptolémée figure en tête. Heyne de Uri est ainsi un ermite astronome qui, en quelque sorte, met à la disposition du plus grand nombre son savoir. Or, en ce qui concerne le Kalendrier des Bergers, tout se passe comme si les Bergers avaient constitué leur propre savoir…[96] .

L’on peut en effet se demander si un Guyot Marchant n’a pas trouvé judicieux de présenter le Kalendrier et Compost comme l’oeuvre des Bergers et non pas seulement à l’intention de ces derniers, comme c’est le cas pour la Pronostication des Laboureurs ou des Bons Pères. Il est remarquable que ce soit précisément cette version qui l’ait, à la longue, emporté sur les autres productions.

On peut supposer que quand il s’est agi de traduire le Compost en anglais, on se soit aidé des traductions du Kalendrier existantes et que l’on a respecté leur division en chapitres [97] . La marque savante

En fait, une étude plus précise des traductions anglaises et particulièrement de celle de Notary fait ressortir la présence d’un passage embarrassant pour les « faussaires » qui veulent faire croire que l’ouvrage est le fait d’hommes simples [98] . Il s’agit de l’exposé consacré à ce qu’on nomme, dans la terminologie astrologique, maisons.

On trouve dans le Compost et dans l’édition Notary: « this matter is difficult for astronomers knowledging the nature and propryte of every of the sayde XII houses and departeth (c’est à dire les divise) lightly (cf Notary).

Texte français du Kalendrier: « Mais cette matière est difficile pour bergiers congnoissans la nature & propriété de chacune de ses XII maisons si s’en deportent légièrement »

Les bergers ont remplacé les astronomes dans un contexte assez improbable de par sa technicité cosmographique. Le mot anglais depart a disparu dans les éditions de 1503 et 1506: « But because this mater is harde Shephards lettyth ut goo lightly »

Il s’agit probablement d’une allusion au débat sur les maisons qui était très vif avec Regiomontanus et son modus rationalis concernant la division du mouvement circadien selon des critères de temps et d’espace [99] . Une querelle qui n’avait pas grand sens pour des bergers et pour les lecteurs [100] .

La formule française « départ » est préférable à « déportent ». Elle a été conservée chez Notary « departeth them » c’est à dire les divise quelque peu.

On a ainsi la preuve, nous semble-t-il du caractère savant de l’ouvrage. Cette observation nous permet de débrouiller l’écheveau: nous constatons donc que l’édition de Notary est la plus proche parmi les traductions anglaises du Kalendrier des Bergers du texte du Compost en ce qui concerne ce passage.

Le Compost of Ptolomeus ne pourrait donc être extrait des autres éditions anglaises sinon le passage considéré n’aurait pu être restitué correctement. Il ne peut s’agir d’une nouvelle traduction puisque par ailleurs les différents textes restent très proches.

L’on observe par ailleurs que l’ensemble des traductions anglaises comporte une table des matières qui ne figure dans aucune édition française mais qui se trouve dans le Compost of Ptolomeus.

L’on peut penser que les traductions anglaises ont tenu compte de la traduction du Compost of Ptolomeus pour se constituer du moins pour les passages communs et que le passage comprenant le terme depart, dans le texte anglais, aurait été modifié parce qu’impropre pour les Bergers. Il faudrait montrer pour cela que dans les passages communs, la traduction de 1503 est plus correcte que pour les autres.

Il faudrait alors expliquer pourquoi l’édition Notary est une correction des traductions précédentes du fait qu’elle restitue le texte français du Kalendrier, tout en s’appuyant sur les traductions anglaises existantes. Mais elle le fait à partir d’une édition française plus ancienne qui ne comporterait pas les nativitez.

Nous avons établi que la caractéristique principale de l’édition anglaise telle qu’elle va s’imposer définitivement au XVIIe siècle consiste en une incohérence majeure de construction (fin au début) et l’interpolation d’un texte sur le Plowman (laboureur) ce thème ayant été ajouté par Winkin de Worde au travail de Copland.

Nous avons déjà fait remarquer la suppression, à propos des nations latines de la référence au Pape. Seule celle à l’Empereur subsistera. La version française ainsi que la traduction de 1503 comportent la double référence. Le roi d’Angleterre va jusqu’à emprunter le titre de « très chrestien ».

« In the Nation of Latines, for the superiours is the Emperour and many kings. That is to say the most Christian & redoubted King of England and of France (sic) …and it is the nation most resplendishing in honor, force and chivalrie »

Mais ces changements étaient déjà intervenus dans la seconde édition Pynson qu’il convient probablement de dater d’avant l’édition de 1508 de Copland-Wynkin de Worde. Cette seconde édition Pynson retourne au texte français et restitue, dans la paragraphe consacré aux Maisons, le « departeth » supprimé en 1503 et que Pynson n’avait pas changé. L’édition Pynson comporte des abréviations des définitions des textes des signes et des planètes [101] .

Les éditions W. de Worde [102]  se caractérisent par un plus petit format conforme au format des éditions françaises utilisées du type Berger de la Grande Montagne [103] .

Il est difficile de déterminer si les éditions anglaises se réfèrent aux éditions françaises ou à l’édition de 1503 qui est très fidèle au français. Mais l’important est de noter que certaines omissions de 1503 sont rétablies et notamment quant au chant du limaçon dont Sommer, sans identifier sa raison d’être, signale qu’il est réintroduit dans la troisième version .

Cette édition Notary comporte le Plowman – point qui ne nous semble pas avoir été assez souligné par Sommer – et ce serait la première à le faire, mais c’est aussi celle qui introduit les incohérences majeures que Wally ne corrigera pas. sur la fin de l’Astrologie des Bergers au début. Mais l’édition Worde avait déjà introduit cette incohérence. Ptolémée et l’astrologie populaire

En vérité, quand on étudie d’un peu près le Tétrabiblos attribué à Claude Ptolémée, on tend à être moins surpris par la présence de son nom au sein d’ouvrages d’astrologie populaire. (voir notre communication « Comparaison du Tetrabiblos attribué à Ptolémée et de la Mathesis de Firmicus Maternus »,Colloque « Homo Mathematicus » Congreso internacional sobre astrologos griegos y romanos, Malaga, 2001, à paraître). En effet, le Tétrabiblos nous paraît accorder une importance particulière à une astrologie saisonnière, donc conférant une place prépondérante au passage du soleil dans les douze signes alors qu’un traité comme celui de Firmicus Maternus est plus axé sur les planétes situées dans des lieux calculés à partir de l’ascendant/horoscope. On sait que ces deux systémes ont par la suite fusionné – notamment dans les années 1930, et que ce qu’on nomme, dans la presse, horoscope est constitué sur la base du signe solaire et non à partir de l’heure de naissance. Mais ceci est une autre histoire…. IV. La piste allemande [104]

Le Kalendrier des Bergers qui parait à Paris en 1491 est-il à vrai dire l’exemple d’une production spécifiquement française comme le soutient Erik Dal [105] ? Nous avons de bonnes raisons de penser qu’il ne s’agit là nullement d’une première version dès lors que l’on compare le domaine français avec d’autres aires en Europe.

D’une part, l’on connaît bien en anglais un Compost of Ptolomeus qui se dit traduit du français, certes tardif (début XVIe siècle [106] ) mais qui semble bien constituer un état antérieur à celui du Kalendrier des Bergers [107]  même si l’on n’en connaît que des éditions relativement tardives. De l’autre, il existe une édition allemande, conservée à la Bodleian Library, portant le même intitulé, tardive elle aussi (vers 1528), Der Schapherders kalender, paru à Rostock, chez Ludwig Dyetz [108]  mais qui, à part son titre, s’apparente à toute une série de calendriers allemands (teutsch kalendar) imprimés du XVe siècle, sans parler des manuscrits.

L’exemplaire de la bibliothèque d’Oxford porte bel et bien le nom de Schaperderskalender, en français Kalendrier des Bergers, mais est découpé en fait en diverses parties attribuées à de grands astronomes. Le frontispice représente un astrologue enturbanné qui évoque probablement l’arabe Almansor. Mais hormis le titre, point de bergers, dans ce texte allemand. Ouvrage à l’usage des bergers à la rigueur, certes pas oeuvre de bergers mais émanant des plus grands sages et philosophes, à l’instar de ce que l’on peut observer (cf infra) pour les prophéties perpétuelles du philosophe Joseph, Moult, T. J. napolitain. Or, en passant en France, le message se veut diffèrent. Ou du moins sous la forme du Kalendrier des Bergers [109] . On notera qu’à la même époque, Simon de Phares rédige, entre 1494 et 1498, un Recueil des plus célèbres astrologues à l’usage des « simples champestres » [110] .

L’on voit mal un processus inverse se produire à partir du Kalendrier des Bergers qui nous apparaît comme un aboutissement, une forme de vulgarisation de forme sinon de fond plutôt qu’un point de départ.

Nous serions donc tenté d’envisager une origine allemande de certains éléments du Kalendrier des Bergers dans sa version de 1491, non sans de nombreux changements notamment la suppression des noms des sages au niveau du calendrier. Nous n’avons pas abordé la question d’une éventuelle traduction plus ou moins littérale de l’allemand vers le français, étant bien entendu que la matière est dans tous les cas astrologique et zodiacale. Les versions françaises sont plus amples et plus riches au niveau didactique et l’on pourrait soutenir, en fait, qu’elles incluent les kalendriers allemands, en reprennent la présentation, mais – cas de figure classique – au sein d’un ensemble plus vaste, tout en adoptant le nom d’une pièce pour celui du recueil entier.

Les almanachs français que nous connaissons ne comportent en général pas la référence aux Meistern, aux Sages et on voit mal qu’il puisse s’agir d’une addition allemande. Une autre filière, à partir d’ouvrages allemands ne portant pas de référence aux Bergers, aurait abouti au Compost de Ptolémée dont on ne connaît que la traduction anglaise tardive [111] , Ptolémée étant un des auteurs cités dans l’édition allemande que l’on retrouve dans les additions au Kalendrier des Bergers. Nous avons abordé avec la Pronosticatio de Lichtenberger le cas d’éditions françaises augmentées ou non aux titres distincts marquées par des éditions étrangères d’un même texte portant des titres différents.

Jusque là, l’on ne reconnaissait que l’origine allemande des nombreuses gravures. Un trait du Kalendrier des Bergers que l’on retrouve en outre dans les publications allemandes, y compris dans les manuscrits (Zentral. Bib. Zürich, C 54, Nurnberg, codex Schürstab, [112]  ) tient à la présence du sigle KL pour chaque mois, qui pourrait être un abrégé de la forme allemandeKalendar.

Or, nous avons retrouvé dans la littérature allemande relative au calendrier des versions qui se rapprochent très sensiblement de ce Schapherderskalender sans en porter pour autant le nom mais au contenu identique. Nous disposons d’un fonds important de textes allemands très proches du Schepherdskalender et comportant notamment eux aussi une même liste de personnages célèbres. Il est possible qu’initialement il se soit agi d’une recension de médecins [113] .

L’exemplaire tardif du Schapherderskalender de la Bodleian Library [114]  n’en présente pas moins un intérêt considérable. D’abord de par son titre que nous n’avons pas retrouvé à ce jour dans les collections d’almanachs allemands [115] . Certes, sans cet exemplaire, il nous eût été possible de rapprocher certains almanachs allemands du Kalendrier des Bergers mais notre attention n’eût pas été attirée de la même manière. Cet exemplaire, quand bien même serait il tardif, constitue un chaînon précieux. Par ailleurs, il convenait que nous ayons pris connaissance duCompost of Ptolomeus plus proche des almanachs allemands que le Kalendrier des Bergers de 1491 et dont on ne connaît pas d’original français. En effet, ce Compost of Ptolomeus [116]  comporte le nom de Ptolémée, un des sages figurant dans les almanachs allemands [117] .

Notre démonstration consistera en fait à montrer que le Schapherderskalender comporte un contenu et une structure que l’on ne retrouve pas en France, ce qui nous amène à deux hypothèses, soit la version allemande est augmentée par rapport à l’édition française soit c’est la version française qui a évacué certains aspects du texte d’origine. Il s’agit notamment d’une série de savants célèbres dont le premier est presque toujours l’Arabe Almansor. Il devient finalement assez secondaire que l’une de ces versions fasse référence aux Bergers.

On notera le recours à des quatrains que l’on retrouve dans les éditions françaises mais aussi dans les almanachs de Michel de Nostredame, sous une forme non plus perpétuelle mais annuelle.

Chaque mois est illustré par une vignette zodiacale et par un travail des champs. Chaque mois est relié à un Sage diffèrent. On y retrouve des roues avec le Soleil et la Lune respectivement en leur centre. On trouve la représentation de chacun des sept dieux liés aux planètes, avec les enfants des planètes et les signes dominés [118] .

Citons encore d’autres éléments récurrents dans le Kalendrier des Bergers: un Homme-Zodiaque comportant les associations des signes aux parties du corps, douze vignettes zodiacales des représentations des quatre tempéraments, un personnage expliquant les règles de la saignée, une représentation des 4 vents. Si le texte n’est pas nécessairement le même, le genre est bien repris du Teutsch Kalender.

Le travail d’édition de J. P. Boudet concernant Symon de Phares ( Recueil des plus célébres astrologues, 2 tomes, Paris, H. Champion, 1997 et 1999), ne semble pas avoir pris en compte les calendriers allemands lesquels comportent des listes de « sages » qui se retrouvent dans le Recueil, ce qui, certes, ne devrait pas trop surprendre étant donné la quantité considérable de noms d’astrologues réels ou issus de la fantaisie point trop scrupuleuse de Symon de Pharés qui y figurent. Certes, Symon de Phares a-t-il amplifié considérablement un tel procédé, il n’empêche qu’un tel précédent, aussi proche dans le temps, aurait du être signalé. En ne le faisant pas, on donne l’impression erronnée que Symon de Phares aurait été le premier à appuyer le savoir astrologique de la sorte, faisant ainsi contrepoint avec le Kalendrier des Bergers.. Etant donné que le Kalendrier des Bergers est exactement contemporain du Recueil des plus célébres astrologues, le rapprochement synchronique s’imposait qui eut conduit à des recoupements diachroniques permettant d’inclure le dit Kalendrier des Bergers dans le dossier que dresse J. P. Boudet de toutes sortes de mystifications.. Mais le dit Kalendrier pouvait sembler à cent lieues du Recueil, dès lors que l’on ignorait la transformation intervenue des Sages en Bergers! Cela dit, l’existence d’unCompost of Ptolomeus – dans le champ anglais – aurait pu aussi mettre le chercheur sur la voie… C’est tout le problème de la délimitation d’un corpus et notamment de la recherche des sources les plus proches, qui auraient pu être utilisées par l’auteur considéré de préférence à des sources plus lointaines de son champ culturel et de son temps.( cf dès 1993, nos « Etudes autour des éditions ptolémaïques de Nicolas Bourdin », pp. LI-LIX (Ed. Trédaniel). On voit ainsi l’importance d’une approche extensive, point trop axée sur l’auteur étudié, ne se contentant pas de partir de celui-ci, mais sd’efforçant de le resituer plutôt à partir de la production européenne de l’époque, faisant ainsi la part de certains chaînons manquants.

L’étude de la bibliothèque de Symon de Pharés ( J. P. Boudet, Lire dans le ciel. La bibliothèque de Simon de Phares, astrologue du XVe siècle, Bruxelles, 1994) n’aura apparemment pas suffi à accéder aux almanachs allemands, tant manuscrits qu’imprimés, enrichis de mentions, pour chaque signe zodiacal, de savants et de philosophes, qui constituent bel et bien un précédent ou en tout cas une référence pour le type de travail apologétique mené par l’astrologue lyonnais. En tout état de cause, si ces almanachs allemands ont pu marquer le Kalendrier des Bergers, c’est bien qu’ils exerçaient quelque influence en France. On sait par ailleurs l’inspiration, dans les années 1530, que Rabelais puisera dans certains textes satiriques allemands au sujet de l’astrologie, comme la Nef des fous de Sebastien Brandt (cf notre exposition de 1994, à la BNF, Astrologie et prophétie. Merveilles sans image). Ajoutons que le fait que des almanachs du temps de Symon de Pharés véhiculaient des listes de personnages tous plus sages et savants les uns que les autres tendrait à relativiser l’originalité de son projet,: mystification d’un astrologue ou d’une corporation toute entière?. Est-ce qu’on ne pourrait pas dire qu’il s’agit là, avec Symon de Phares, de variations à partir d’almanachs « patronés », à destination de Charles VIII tout comme le libraire Vérard dont on a rappelé qu’il avait offert à ce même souverain une version enluminée, à partir d’une édition ordinaire du Kalendrier des Bergers, ce qui d’ailleurs confirmerait le fait que cet ouvrage n’était pas, à proprement parler, considéré comme d’astrologie.

Signalons par ailleurs le cas au XVIIe siècle de Jacques Gaffarel dont la préface apologétique aux Curiosités Inouies (1629) et qui, au demeurant, sous Louis XIII, devra se rétracter – ce qui le rapproche de Symon de Pharés – pour cet ouvrage largement marqué par l’astrologie – comporte une série de noms de sages, dans la ligne du Recueil qu’il n’avait probablement pas lu, cette compilation n’ayant pas été imprimée. De nos jours, on a gardé cette manie de citer, avec plus ou moins de désinvolture, certains auteurs prestigieux comme Newton, Einstein et d’autres aux fins de crédibiliser l’astrologie.

Ajoutons que ces almanachs ne se contentent pas de citer des noms de sages mais proposent le plus souvent leurs portraits. Nous avons déjà signalé, au début de la présente étude, le cas du personnage portant chapeau à sa table de travail, qui a été repris au XVIe siècle pour camper Nostradamus. Mais c’est en fait une grande partie du corpus des almanachs astrologiques (cf. Sylvie Besson, L’astrologie dans les almanachs populaires du XVIIe siècle, Mémoire de maîtrise, Paris X, 1971-72, Dir. R. Mandrou ; et Geneviève Bolléme, Les almanachs populaires aux XVIIe et XVIIIe siècles, Essai d’histoire sociale. Ed. Mouton, Paris-La Haye, 1969, pp. 40 et seq.) – dont la capitale est Troyes – qui est en fait concerné – de Claude Morel à Eustache Noël, de Vauréal à Commelet – et notamment au XVIIe siècle la plupart des almanachs, attribués à des auteurs plus ou moins fictifs – certains libraires signent leur production par un anagramme (cf le CATAF) – vont comporter des portraits eux aussi assez fantaisistes et plus ou moins interchangeables, à l’instar des sages des almanachs allemands et qui sont souvent réutilisés pour représenter plusieurs noms, la différence étant que les almanachs français, pour ne parler que d’eux ( et la BNF en a une importante série pour le second XVIIe siècle) ne sont pas ainsi attribués à des auteurs célèbres mais fournissent divers noms dont on peut se demander où on a été les chercher, un peu à la façon dont Symon de Pharés. (voir les planches jointes). On peut dés lors se demander si cette tradition d’attribution aux faiseurs d’almanachs de noms de fortune est nouvelle ou si elle constitue un trait que Symon de Pharés ne fit que reprendre. En tout état de cause, que ce soit pour l’utilisation au service de la cause astrologique de noms célèbres ou parfaitement inconnus, du moins dans le champ astrologique, il y a là un phénomène d’une ampleur, dans le temps et dans l’espace – un chaînon essentiel pour la sociologie du milieu astrologique des XVe-XVIIe siècles qui aura échappé au spécialiste de la bio-bibliographie d’un Symon de Pharés. On signalera d’ailleurs un problème du même genre chez les spécialistes de Nostradamus isolant à l’excès leur auteur du domaine astrologique et prophétique en général (cf notre thèse d’Etat). Le fait d’avoir disposé d’informations sur la bibliothèque de Symon de Pharés – cas assez exceptionnel dans le champ concerné et qui ne saurait fonder une méthodologie – ne dispensait certainement pas de confronter le texte du Recueil avec d’autres textes et ce sans se soucier de leur présence dans la dite bibliothèque. Tout au plus, une telle bibliothèque était-elle, ici, susceptible de proposer des pistes supplémentaires au chercheur. D’où l’importance de bibliothèques de recherche spécialisées, comme la Bibliotheca astrologica, fondée en 1972, à Paris, voilà tout juste trente ans. Description d’un corpus de calendriers allemands

On passera en revue un certain nombre de documents tant imprimés que manuscrits – la seconde moitié du XVe siècle voit ces deux modes cohabiter- ce qui ressort au demeurant de l’étude de la bibliothèque de Symon de Pharés qui comporte notamment des almanachs manuscrits – que nous comparerons et qui ne se distinguent en fait que par l’ordre dans lequel les personnages liés chacun à un mois de l’année se font suite: l’année commence ici en janvier et avec le signe du verseau qui n’en occupe en fait que la seconde partie, en un temps antérieur à la Réforme Grégorienne de 1582 qui en réduira encore plus la présence, aux dix derniers jours. Exemplaire de la Wurtembergische Landesbibliothek, Stuttgart.

Ce premier document imprimé est typiquement le genre d’almanach qui aurait pu inspirer l’apologie de Symon de Pharés. Le Teutsch Kalender mit den Figuren, Ulm, Johannes Schäffler, 1498 [119]  – ne comporte pas pour chaque mois du calendrier le sigle « KL » que l’on retrouvera dans le Kalendrier des Bergers; il commence par « Der maister Almansor spricht« : le Maître Almansor dit [120] .

Pour chaque mois, l’on trouve successivement – on a opté pour la forme française, chaque fois qu’on l’a pu de préfèrence à la forme latine employée dans les textes allemands:

Almansor et verseau, Hippocrate et poissons, Galien et bélier, Johannes [121]  et taureau, Avicenne et gémeaux, Averroès et cancer, Razés et lion, Senéque et vierge, Isaie ou Isaac et balance, Constantin et scorpion, Mesvé et sagittaire, Platon et capricorne [122] .

En fait, cette liste pourrait être extraite d’une plus importante que l’on trouve tardivement reproduite dans un traité d’alchimie de Mylius, sous forme de vignettes des philosophes [123] : on y trouve notamment, en latin, les noms de Rasis [124] , Platon (Platon de Tivoli?), Senèque, Avicenne, Geber, Isaac (le Hollandais, l’Ancien et le Jeune) etc. Constantin apparait également dans la littérature alchimique [125] .

Nous avons identifié Mesue le jeune, alias Yahya ibn Masawaih (BNF, Res T2 2A) dont on connaît le Liber Joannis Mesue de complexionibus. Exemplaire de la Stift Bibliothek, St Gall (Suisse)

Signalons un exemplaire imprimé plus ancien et colorié conservé à la Stift Bibliothek de St Gall. Il est édité à Augsbourg en 1488, chez Hannschen Schobser.

Das ist der Teutsch Kalendari mit den Figuren (autre ex. coloré mais sans page de titre). On y trouve la série suivante: Almansor, Hippocrate, Galien [126] , Johannes, Avicenne, Averroès, Rasis, Seneque, Isaïe, Constantin, Mesue, Platon.

Signalons une version manuscrite déjà citée [127]  qui reprend exactement le même ordre: « Spricht der maister AlmonsorAlmansor« . Les autres noms et mois défilent dans l’ordre suivant à partir de février mais l’on sait que les mois sont en correspondance avec les signes du zodiaque: Hippocrate, Galien, Johannes (Jean), Avicenne, Averroès, Razés, Senèque, Esaias (Isaïe), Constantin, Mesve, Platon. L’ouvrage s’orne comme les précédents de vignettes zodiacales circulaires. Chaque mois comporte le sigle KL. Il s’agit donc d’une version plus proche de la française. Exemplaire de la Forschungs Bibliothek de Gotha (Allemagne), Chart B 1238.

La série est la suivante: Almansor, Galien, Ptolémée, Avicenne, Averroès, Galien, Ptolémée, Avicenne, Averroès, Rasis, Albumasar, Isaac ( ou Isaïe?), Sénèque, Constantin, Mesué, Platon. Notons la présence de Ptolémée et d’Albumasar dans cette version. Exemplaire de la Bodleian Library, Oxford

Abordons enfin l’exemplaire imprimé déjà signalé de Rostock, Der Schapherderskalender (En tête, Almansor et verseau, puis Ippocras et poissons, puis Galien et bélier, puis Johannes et taureau, puis Avicenne et gémeaux, puis Averroès et cancer, Razès et lion, Senèque et vierge, Isaac (Isaias) et balance, Constantin et scorpion, Mesve et sagittaire et Platon et capricorne).

On note donc la cohabitation, au sein de tous ces kalendriers d’une série entremêlée de sages arabes, Avicenne, Averroès, Rasis, Almansor, et de sages grecs et latins tels Platon, Senéque, Hippocrate, Galien, Constantin etc.

En fait, seul le titre change alors que le contenu reste le même. Il est possible qu’un tel titre ait inspiré par la suite une modification de contenu significative. Toutefois, l’on notera que Ptolémée ne figure pas parmi les personnages illustrant les mois, ce qui laisserait entendre que la dimension proprement ptoléméenne a une autre origine.

L’édition française du Teutsch Kalender- si l’on peut ainsi appeler le Kalendrier des Bergers- se distinguera par le refus de prendre en considération les séries de personnages célèbres que pourtant Symon de Phares à la même époque (1493-1498), évoque dans son Elucidaire (BNF, MS Fr 1357) [128] . En effet, on peut dire qu’elle en constitue le contre pied puisque toutes les références de ce genre furent supprimées et que tout le texte fut mis au compte des bergers, à l’exception du cas de Ptolémée pour certaines additions (cf infra).

La diversité même des versions allemandes plaiderait donc, selon nous, en faveur d’une telle origine même si l’on peut a priori imaginer qu’une oeuvre rencontre plus de succès dans son pays d’accueil. On imagine mal dans ce cas que les Allemands aient pu ajouter et l’on conçoit mieux que les Français aient enlevé. En tout état de cause, ces calendriers allemands semblent être apparus antérieurement. Il n’en reste pas moins qu’en France, cette littérature trouvera, comme ce sera le cas pour le Mirabilis Liber, un nouvel élan. La présence massive de l’illustration sera maintenue dans les éditions françaises de façon assez atypique [129] , peut-être parce que l’ouvrage n’est pas considéré comme offrant un caractère prophétique.

Erik Dal (1980 p. 17) signale une « comparaison faicte des douze moys de l’an comparagez (sic) aux XII eages de l’omme (sic) » parue à Lyon à la fin du XVe siècle et dont la page de titre évoque celle des premières éditions du Kalendrier des Bergers, avec une première lettre (L) en très grosse majuscule stylisée. (BNF, Fonds Rotschild, Cat. Picot n° 531, Cote IV .4.158)

On y trouve divers discours sur les mois attribués à des sages à la façon décrite plus haut: Cathon le saige en février, Salomon en mars; Aristote en avril, Doctrinal (oeuvre d’Alexandre de Villa Dei) le saige (sic) en mai, Thobie le saige pour juin; Maron le Saige [130]  pour juillet; Virgile (dont on mentionne les Georgiques et qui figurerait ainsi à deux reprises successives), en août, et, enfin, Ypocras en septembre. Cette série diffère de celle de l’imprimé de Rostock.

Ce texte présente un certain nombre d’incohérences: la règle semble être que trois paragraphes soient consacrés à chaque mois, le troisième étant placé sous le patronage d’un sage. Or à partir du mois d’octobre, le troisième paragraphe figure certes pour chaque mois mais sans la mention d’un sage. Quant au mois de janvier, il ne comporte qu’un seul paragraphe et sans mention de sage.

Mais force est de constater que le texte ne comporte que quelques noms et, note Dal, les noms de sages ne figurent pas pour les trois derniers mois [131] . Ce texte serait non pas la preuve d’une origine française mais au contraire, selon nous, de la réception des dits almanachs allemands.

Ci-dessous la liste des correspondances dans l’exemplaire allemand paru à Rostock: Almansor et janvier, Hippocrate et février, Galien et mars, Johannes et avril, Avicenne et mai, Averroès et juin, Kalis et juillet, Senèque et août, Isaac et septembre, Constantin et octobre, Mesve et novembre, Platon et décembre.

Mais Erik Dal nous soumet un manuscrit issu de la Bibliothèque de Charles V (BNF, MS Fr 1728) [132]  lequel ne comporte pas de noms de « maîtres » (voir reproduction in Dal, 1980, pp. 42 et seq).

Hans Gloesch a tort de voir dans le Kalendrier des Bergers un ancêtre du Kalendrier allemand [133]  même si l’on ne peut exclure, comme le montre Dal, que certaines pièces françaises déjà présentes dans la Bibliothèque de Charles V (BNF, Ms Fr 1728), aient pu y être intégrées en ce qui concerne les âges de l’homme pour constituer un Prologue. On y trouve chaque signe zodiacal, à partir du bélier, correspondant à une tranche croissante de six ans [134] . En d’autres termes, il y aurait eu dans les éditions portant le titre allemand ou flamand de « bergers » un emprunt à l’édition française uniquement en son prologue, le reste étant fidèle à la tradition allemande des « Meister », des Maîtres à laquelle la tradition française n’était pas elle même étrangère mais dont les aspects « savants » avaient été évacués précisément au profit des Bergers. On trouve encore une telle trace dans la « Comparation » de 1480 qui n’est pas encore d’allure pastorienne, puisqu’elle ne se réfère à aucun moment aux bergers, et qui constitue bel et bien un état antérieur au Kalendrier des Bergers, avec des éléments d’origine allemands quelque peu réaménagés en ce qui concerne les « savants » mais reprenant un prologue d’origine française, attesté dès le XIVe siècle. Le texte consacré aux âges ne fut pas ajusté, dans l’édition de Rostock, avec la série des sages alors que c’est le cas dans la Comparation, texte antérieur au Kalendrier des Bergers et qui n’a pas influé directement sur l’édition pastorienne allemande.

Erik Dal (1980) n’a donc pas su selon nous apprécier la part des emprunts croisés, du fait qu’il n’a, à aucun moment, comparé le « teutsch kalender » de la fin du XVe siècle, qui ne comporte pas la succession des âges, en rapport avec le zodiaque, avec les éditions pastoriennes allemandes du début du siècle suivant. La « Comparation faicte des douze moys de l’an comparagez aux XII âges de l’homme », signalée par Dal et Storup, n’en est pas moins une pièce essentielle: elle confirme, selon nous, l’influence allemande par le recours aux Meister tout en s’appuyant sur un texte proprement français. Le Kalendrier des Bergers restera marqué, en son Prologue, par cette répartition des Ages, empruntera au Teutsch Kalender une présentation du calendrier à base de quatrains et d’images mais produira un ensemble qui se distinguera par sa dimension champêtre, aspect qui par la suite séduira les faiseurs d’almanachs allemands et flamands, sans que ceux ci ne renoncent, pour leur part, à relier les signes et les mois aux sages grecs et arabes.

Si l’on examine les listes de Sages figurant dans les « calendriers » allemands, force est de reconnaître certaines étrangetés: pourquoi notamment la présence d’Isaïe et dans d’autres versions, d’Isaac? Que font là ces personnages bibliques aux côtés d’astrologues grecs ou arabes?.

L’étude de l’Elucidaire de Symon de Phares (voir Boudet , op. cit. & Wickersheimer, 1929) pourrait nous conduire sur une piste: on y trouve en effet un tel mélange du fait que rédigeant une sorte de généalogie de tous ceux qui ont oeuvré en faveur de l’astrologie, il débute par des personnages de l’Ancien Testament, à commencer par Adam, pour ensuite passer au monde profane avec par exemple « Almansor, le grand astrologue de Castille ». On comprendrait ainsi la présence d’un Isaac/ Isaïe.

Il existerait ainsi une telle chronologie accordant le savoir astrologique à chaque génération et à laquelle Symon de Phares aurait eu recours à l’instar des auteurs des calendriers allemands qui se seraient contenté d’en extraire, pour leurs besoins, une douzaine de noms.

On assisterait ainsi à un processus assez remarquable:

- au départ, des calendriers allemands, – à partir desquels on réalise en France le Compost de Ptolémée français (perdu), – à partir duquel on construit le Kalendrier des Bergers, – et à partir duquel on réalise le Kalendar of Shephards anglais – à partir duquel on réalise la traduction du Compost of Ptolomeus, seule version disponible de l’oeuvre. L’Almanach du Seigneur des Accords (1588)

En fait, les recueils de Prophéties Perpétuelles qui seront publiés jusque dans le courant du XIXe siècle et au delà rassemblent des textes de diverses inspirations.

Si le Kalendrier des Bergers – qui serait en fait initialement un manuel attribué à Ptolémée – va connaître une carrière remarquable, notamment en Angleterre [135] , sous diverses formes, un autre recueil est moins connu et intéresse davantage notre propos sur la Prophétie, il s’agit de l’Almanach ou Pronostication des Laboureurs [136] , paru à Paris, en 1588, chez Jean Richer Jean; (BNF) et parfois classé parmi les éditions du Kalendrier des Bergers.ier des Bergers. »

Il est signé d’un pseudonyme, Jean Vostet Breton alias Tabourot, anagramme d’un auteur connu [137]  sous le nom de « Seigneur des Accords », Estienne Tabourot, dont l’oncle, Jehan Tabourot [138] , alias Toinot Arbeau avait publié dès 1582 un Manuel et Compost, à Langres ( voir Livre I). 1582 est l’année de la Réforme du Calendrier [139]  par le Pape Grégoire XIII [140]  avec l’aide du jésuite Christoph Clavius (Schlüssel) [141] , qui ramenait l’équinoxe de Printemps à la date du 21 mars, date du concile de Nicée (325). Dans sa Lettre à Aubert Josaquot [142] , il est clairement établi que cet Almanach et Pronostication ne saurait – comme le prétend le catalogue de la B.N.F.- être attribué à Jean Tabourot, Etienne Tabourot a craint, dit-il, d’ »importuner » son oncle, de le « divertir »: « j’ai mieux aimé vous tracer de moi-même ce que j’ai pensé nécessaire et suffisant pour satisfaire à votre honnête curiosité ».

Cet Almanach comporte une Pronostication pour 1588 (sans rapport avec la .Pronostication des Laboureurs). Combinaison originale que celle d’un almanach perpétuel avec une pronostication ponctuelle. En fait, cela ne constituera pas un handicap. Il continuera à paraître avec celle-ci ainsi bien au delà de cette date-limite (cf. infra) puis sans celle des Laboureurs). Combinaison originale que celle d’un almanach perpétuel avec une pronostication ponctuelle. La réforme grégorienne

Les changements de début d’année compliquent singulièrement la tâche de datation et favorisent les contre- sens chronologiques, il en sera de même avec la volonté de corriger le calendrier qui aboutira à une certaine disparité en Europe, liée à l’acceptation ou au refus de l’autorité du pape, si bien que la Révolution d’Octobre 1917 eut lieu en fait, selon le calendrier catholique, en novembre. Cette réforme affecte toute une littérature hémérologique- almanachs, calendriers, prophéties perpétuelles- qui fixe pour les changements de signes des dates désormais obsolètes.

Perturbation grave que celle introduite par le Pape Grégoire XIII (en novembre 1582, le lendemain du 4 fut le 15) et qui affecte la représentation des Saints, tels qu’ils se succèdent dans le calendrier, et qui ne sera comparable qu’avec les changements éphémères introduits sous la Révolution Française. Comprenant cela, Etienne Tabourot se proposa de remplacer les anciens dictons météorologiques par de nouveaux  [143] .

« Le 8 de Juin on disait du jour St Médard Du Jour St Médard en Juin Le Laboureur se donne soin Car les anciens disent s’il pleut Que Trente jours durer il peut Et s’il est beau sois certain D’avoir abondamment de grain »

« Maintenant le … au 18 du même mois S’il pleut la veille St Gervais Pour les bleds c’est signe mauvais Car d’iceux la tierce partie Est ordinairement périe A cause que pour 30 jours Le temps humide aura son cours Que si tel jour était serein Qu’on s’assure d’avoir du grain »

A vrai dire, l’effort de Tabourot semble bien avoir été vain et la Saint-Médard a conservé son affectation comme en témoigne la chanson. « A la Saint Médard, mon Dieu qu’il a plu! ». Or, le raisonnement de l’auteur semblait se justifier tout à fait: en effet, dès lors qu’il s’agit d’une observation météorologique, ce n’est pas le Saint Médard qui produit le phénomène, mais le jour qui lui fut affecté. Si ce jour change, ne doit-on pas en tirer les conséquences ? D’ailleurs, Estienne Tabourot fournit des Eléments stellaires:

« Ce jour le Soleil entre au 26e degré de Gemini, le dernier pied dextre des Boucs se perd le soir, le cou de senestre du Serpentaire (…) se perd le soir… Orion… » [144] .

Mais l’on peut raisonnablement se demander si la proposition de réforme de Jean Vostet Breton alias Etienne Tabourot ne relève pas de quelque facétie, visant à embrouiller les esprits…

L’Almanach et Pronostication des Laboureurs sera réédité à Troyes sous le nom de Maginus, l’Hermite Solitaire, mais aussi, sous le nom de Calendrier des bons laboureurs pour 1618 [145] . Parmi les éditions ultérieures, prenons celle de 1678:

Le Kalendrier Perpétuel aux bons laboureurs et almanach pour 1678 contient toutes les pronostications générales & perpétuelles pour toutes les années commodes & utiles aux laboureurs, jardiniers & à toutes autres personnes, pour toutes les remarques & observations véritables qui s’y rencontrent & pour lequel l’on connaîtra la stérilité, cherté avec l’abondance de bleds, vins, argent & toutes autres utilités nécessaires (Rouen, Jean Oursel, B. Arsenal, 8°S 13752). L’ouvrage comporte en seconde partie Pronostication Perpétuelle composée par les anciens philosophes comme Pythagoras, Joseph le Juste & plusieurs autres. contient toutes les pronostications générales & perpétuelles pour toutes les années commodes & utiles aux laboureurs, jardiniers & à toutes autres personnes, pour toutes les remarques & observations véritables qui s’y rencontrent & pour lequel l’on connaîtra la stérilité, cherté avec l’abondance de bleds, vins, argent & toutes autres utilités nécessaires (Rouen, Jean Oursel, B. Arsenal, 8°S 13752). L’ouvrage comporte en seconde partie Pronostication Perpétuelle composée par les anciens philosophes comme Pythagoras, Joseph le Juste & plusieurs autres. »

Il semble que cet almanach n’ait pas cessé de paraître au XVIIIe siècle, sous le nom de l’Hermite Solitaire. En 1751 paraissent des Prophéties Générales pour 9 années (Troyes, .i.Veuve P. Garnier, BNF, Res pV 221). Encore en 1768, paraissait, sur le modèle de Tabourot, l’Almanach ou Pronostication Perpétuelle des Laboureurs avec les pronostication de Pitagoras en ses circules et angles, de Joseph le Juste, Daniel le Prophète & autres (Rouen, Pierre Seyer, B.M Caen).onostication de Pitagoras en ses circules et angles, de Joseph le Juste, Daniel le Prophète & autres (Rouen, Pierre Seyer, B.M. Caen). »

La question d’une astrologie savante face à une astrologie populaire [146]  se pose également en ce qui concerne le prophétisme. N’est-il pas possible de connaître l’avenir du monde, de la Chrétienté, à partir de la seule lecture du Livre de Daniel ou des Evangiles ou bien convient-il de faire appel à un savoir séculier, axé sur les grandes conjonctions mais laissant tout de même la place, syncrétiquement, à une réflexion sur la durée du monde selon la Bible?

Iconographie

Kalendrier des Bergers Kalendrier des Bergers
Ces deux images annoncent celle de Nostradamus, telle qu’il figure sur une série de vignettes dans les années 1550, comme par exemple dans le cas de celle illustrant la Paraphrase de Galien (Lyon, Antoine du Rosne, 1557). Au départ, il semble qu’il se soit agit d’une représentation de l’astronome Claude Ptolémée, à sa table de travail. On la retrouve en tête de certaines éditions du Kalendrier des Bergers, ce qui contredit le principe même de la pseudo origine pastorale du texte évoquée par des scènes champêtres, avec chiens et moutons, en plein champ, comme on le voit dans d’autres pièces du présent corpus iconographique. Le Kalendrier des Bergers datant de la fin du XVe siècle nous est familier de nos jours dans la mesure où il annonce la pratique du signe solaire qui n’existe guère dans la littérature astrologique savante. D’ailleurs, pour chaque mois de l’année, on y fait figurer les deux signes correspondants. On notera ici le parallèle entre le texte français et le texte anglais en ce qui concerne le Sagittaire. L’astrologie française pourrait ainsi avoir marqué l’astrologie anglaise dans ses descriptions des types zodiacaux.

 

Kalendrier des Bergers Kalendrier des Bergers
Cette page est révélatrice des spécificités des éditions anglaises: d’une part l’introduction d’un laboureur qui n’existe pas dans les éditions françaises mais qui en fait est une allusion à un personnage anglais célèbre, appelé Plowman (en anglais, l’homme à la charrue); d’autre part, on peut lire à droite de la vignette: « Thus endeth the Astrology of Shepardes », c’est à dire Ici s’achève l’Astrologie/astronomie des bergers. Or, cette formule figure avant l’exposé concerné, ce qui en dit long sur une certaine corruption de la présentation d’origine. Les titres ont évolué parallèlement, en français et en anglais. Ces deux exemples correspondent à des moutures plus anciennes et assez lourdes. La forme française « Cy est le compost et kalendrier des berhiers » est ainsi rendue « Here begynneth the kalender of Sheardes ».

 

Kalendrier des Bergers Kalendrier des Bergers
Un second stade au niveau du titre donne en français: « Le grand kalendrier et Compost des Bergiers » et en anglais « The kalender of Sheeherdes ».(Bibliothèque du Magdalen College, Oxford). On perçoit ainsi à quel point la version anglaise a pu évoluer, un temps, en suivant les changements de la version française, une des raisons en étant la succession des traductions.  Ces vignettes visent à conforter la thèse de bergers « savants », décryptant le ciel. Ce qui est à l’origine du cliché encore fortement ancré aujourd’hui concernant une astrologie qui aurait été élaborée par des pâtres chaldéens, représentation mythique qui pèse sur les thèses relatives à la naissance et à la genèse de la pensée astrologique. Le domaine allemand est moins sensible à cette origine pastorale, d’où le contraste au niveau de la page de titre (Bibl. Bodleienne, Oxford) d’un ouvrage au contenu assez semblable à celui du Kalendrier des Bergers et l’ayant probablement inspiré: un savant sur sa chaise, à l’instar des représentations de Ptolémée, à l’opposé du berger assis sur l’herbe ou se tenant debout avec sa cornemuse.

 

Kalendrier des Bergers Kalendrier des Bergers
On note l’existence de quatrains qui ont pu inspirer la présence de ceux de Nostradamus, dans ses almanachs sinon dans ses Prophéties. On relève, par exemple,  la formule à propos du signe du Lion : « De Mester Rasis spricht », Le Maître Razés dit etc. Influence de l’astrologie allemande sur l’astrologie française puis de l’astrologie française sur l’astrologie anglaise, tel est, dans certains cas, le processus de circulation, non sans quelques aménagements- interpolations,  omissions, substitutions  – en cours de route, de cette littérature qui s’étend d’Est en Ouest. Chaque mois de l’année est associé à un personnage connu pour sa science ou sa sagesse. Bien entendu, les portraits n’ont qu’une valeur symbolique et servent pour désigner plusieurs personnages. Les attributions mois/savants  varient sensiblement mais néanmoins selon une liste qui ne dépasse pas une vingtaine de possibilités. Cette tradition a fort peu pénétré en France où elle a laissé la place en particulier au Kalendrier des Bergers, d’où un topos  bien ancré selon lequel  l’astrologie serait l’apport de « bergers chaldéens », vivant à la belle étoile, qui en auraient peu à peu percé les secrets.  Représentation diamétralement opposée à celle d’une astrologie non seulement pratiquée mais fondée par des pasteurs.

 

Kalendrier des Bergers Kalendrier des Bergers
Cette série d’astrologues tous pourvus d’un couvre-chef n’est pas sans évoquer la série des portraits que l’on trouve dans certains almanachs allemands. D’ailleurs, au début du Kalendrier des Bergers, on a gardé la vignette d’un personnage en toque à son pupitre, comme c’est le cas pour l’iconographie nostradamique. On songe à l’image d’Epinal  campant  un astrologue au chapeau pointu. Ces astrologues ne portent pas de chapeaux mais perpétuent néanmoins une tradition impliquant la représentation des auteurs d’almanachs et qui fait partie intégrante du corpus iconographique de l’astrologie, aux côtés des signes du zodiaque ou des dieux mythologiques, sans parler des arcanes du Tarot (cf notre postface à l’Astrologie du Livre de Toth d’Etteilla, Paris, Trédaniel 1993). On remarquera, sur cette planche, que, dans un cas, le même nom d’astrologue correspond à deux portraits bien distincts.

[1]  Voir R. Mandrou, 1985, p. 69. Noter que nos références bibliographiques sont à rechercher, quand elles sont abrégées, dans notre Bibliographie des textes prophétiques européens publiée sur le site du CURA. « Texte

[2]  Delumeau, « L’apocalypse revisitée », Entretiens sur la fin des temps, Paris, Fayard, p. 130. « Texte

[3] D. Crouzet (1990, t. 2, p. 408) opte pour une attribution à Jean Tabourot, probablement sur la base du catalogue des imprimés de la BNF. C’est aussi le cas de R. Aulotte, Colloque Prophètes et prophéties, Paris, Presses de l’ENS, 1998, p. 11. « Texte

[4]  Voir E. Zinner Leben und Wircken des Johannes Müller von Koenigsberg, genannt Regiomontanus, 1938, Munich, pp. 154-155 « Texte

[5]  Voir Charmasson, 1974. « Texte

[6]  BL, G 10535 (en date du 17 juillet 1493) « Texte

[7]  Signalons notamment, au Musée Condé (Chantilly), un Grand Kalendrier des Bergers, Lyon, Claude Nourry, 1512. « Texte

[8]  Voir aussi la Chirurgie de Guy de Chauliac. « Texte

[9] On ignore ce qui fait dire à H. Drévillon (1996, p. 13) que le Kalendrier « fut imprimé pour la première fois à Troyes en 1489″. Bernard Guégan, sans s’en expliquer, date l’ouvrage de 1480, Reed. Paris, Siloë, 1976 et Slatkine 1978, en se référant aux éditions parisiennes de 1925-1926. « Texte

[10]  Voir J Halbronn 1993.1. « Texte

[11]  Nous avons publié une traduction française du XIIIe siècle, Halbronn, 1977. « Texte

[12]  Voir Halbronn, 1991.6, sur Dariot, voir J. Halbronn 1987. « Texte

[13]  Voir J . Halbronn, 1993.7. « Texte

[14]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

[15]  Son nom figure dans le Mirabilis Liber comme éditeur de Savonarole. « Texte

[16]  Sommer, 1892, p. 11, ignore les éditions antérieures à 1493. « Texte

[17]  Un exemplaire intéressant pour cette première période est conservé à la B.M. de Bourges. « Texte

[18]  Qui a donné l’anglais pour ordinateur: computer. « Texte

[19]  Voir Halbronn 1993.1.. « Texte

[20]  Nicolas le Rouge (1480 sic), Paris, Payot, 1925, transcrit par Bernard Guègan, Reed. Aubenas, 1976. On ne comprend pas l’origine de cette date de 1480 figurant dans les rééditions Guégan. C’est actuellement la seule édition disponible en librairie, aux Ed. Slatkine. L’erreur reproduite est d’une vingtaine d’années. « Texte

[21]  Voir son article  » Some Rogueries of Robert Wyer » in The Library, octobre 1914. « Texte

[22]  On notera le même phénomène pour le Mirabilis Liber dont la traduction partielle française reprend une traduction antérieure, faite dans un autre contexte. « Texte

[23]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

[24]  Voir édition 1858, avec des notes de W. Blades. Selon le catalogue de la BL, l’ouvrage pourrait être du à Jean de Bordeaux. « Texte

[25]  Vignette reproduite in « Les Tudors » par J. Guy, in Histoire de la Grande-Bretagne, Dir. K. Morgan, Paris, A. Colin, 1985, p. 219. « Texte

[26]  Voir Halbronn 1987, voir J. Halbronn, 1991.2. Ferrier, publiera un almanach sous l’anagramme Frager Rivière, relève P. Brind’amour (1992). « Texte

[27]  BNF, Res V 1266 et Res. V 275, BL, IB 39718. « Texte

[28]  On en trouvera notamment une reproduction in Des éditions au succès populaire. Les livres de la Bible Bleue, II par M. D. Leclerc et A. Robert, Troyes, 1986, pp. 215 et seq. « Texte

[29]  Janvier occupe la première place dans les almanachs, selon le système romain (de Janus, le dieu à double face, qui exprime ainsi la fin et le commencement) même si en France, l’année ne changeait qu’à Pâques en rapport avec l’équinoxe de printemps. Cette situation se maintint en Angleterre jusqu’au XVIIIe siècle, le calendrier julien y restant par ailleurs en vigueur (jusqu’en 1752), voir Boorstin, 1986, pp. 596-597. « Texte

[30]  C’est à partir de 1515 environ que les vignettes se raréfieront dans la littérature astrologique et prophétique du Royaume, voir Halbronn 1993.7 « Texte

[31]  Voir Cat. des Incunables de la Mazarine. Nlle éd. par Denise Hillard. « Texte

[32]  La BM. Amiens, Res 270A, possède une édition de 1491 de Guyot Marchant, qui comporte déjà des additions extra-astronomiques. Atelier de Guy Marchant in A. Claudin: Histoire de l’Imprimerie en France au XVe et au XVIe siècles, Paris, 1900, reprint qui signale l’exemplaire de la B.M. de Bourges. « Texte

[33]  Voir Olivier Millet, 1987. « Texte

[34]  Voir MS 512, Musée Condé, Chantilly, signalé par A. Lecoq, 1987, pp 201- 203. « Texte

[35]  Ouvrage en fait terminé en 1485 selon P. Durrieu. « Les Très Riches Heures du Duc de Berry conservées à Chantilly au Musée Condé et le bréviaire Grimany », Bibl. des Chartes, 1903, voir aussi J. Porcher, Les Très Riches Heures du Duc de Berry, Musée Condé à Chantilly, Paris, 1953. « Texte

[36]  Voir aussi l’édition de 1588, Lyon, chez Thibaud Ancelin (BM de Narbonne) « Texte

[37]  On trouve dans l’exemplaire de Genève de 1497 la formule « grand bergier », au prologue. (BNF, V 277) « Texte

[38] La cohabitation sur un même tableau des luminaires (Soleil et Lune) et des étoiles sera notamment reprise dans les vignettes nostradamiques. Les éditions anglaises attestent également de la présence d’étoiles sur fonds noir. « Texte

[39]  Voir J.Halbronn, 1987. « Texte

[40]  Voir sur cet arbre, F. Saxl, . « A spiritual Encyclopedy of the Later Middle Ages » in Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, Londres, 1941. Cet « Arbre des vices et des vertus » pouvait également servir pour favoriser la mémoire, grâce à un processus d’association, voir Boorstin, 1986, p. 477. « Texte

[41]  Voir BNF, Res V 279, Nicolas Le Rouge, à Lyon, utilise les mêmes motifs. « Texte

[42]  Enseigne du libraire Le Noir. « Texte

[43]  Les vignettes sont coloriées après impression et les motifs légèrement modifiés. L’exemplaire d’Angers est aussi colorié. « Texte

[44]  Champion ne pose pas le problème. « Texte

[45]  « L’an de ce présent compost et kalendrier a esté fait et commencé avoir cours le premier jour de janvier 1493″ « Cy dessoubz est noté l’an que ce présent compost et kalendrier a esté fait et corrigé. L’an mil quatre cens quatre vingt et treize est l’an que ce présent kalendrier a esté fit en impression et corrigé » d’où le titre  » Cy est le compost et Kalendrier des Bergiers. Nouvellement refait et autrement composé que n’estoit par avant » « Texte

[46]  The kalender of shepherdes in the edition of Paris 1503 in photographic facsimile, a faithful reprint of R. Pynsons’s edition of 1506, Londres. « Texte

[47]  Cy est le compost et calendrier des bergers, Paris, Guyot Marchant, 1496, BNF, res mV 33, voir aussi NUC. Kalendrier des bergiers, Paris, Guy Marchant pour Jean Petit, 7 janv. 1496-97. « Texte

[48]  BL, IB 39741. « Texte

[49]  La présence de squelettes dans le Kalendrier des Bergers est probablement due à l’influence de certaines additions où la mort côtoie les vivants, Genève, 1497, BNF, Res V 277 ou Microfiche m 1475, et 1500, Genève, Res V 273, Genève, 1500. « Texte

[50]  Cette forme KL est au demeurant attestée dans les Heures d’Anne de Bretagne (1500-1508), BNF, MS Lat. 9474. « Texte

[51]  Voir Sommer (1892) et Halbronn 1993.1. « Texte

[52]  Nous avons trouvé une édition augmentée qui annonce une structure en « quatre parties’mais qui n’en fournit pas moins le détail de cinq parties (Le Grand Calendrier et Compost des Bergers, Rouen, Veuve Louis Costé, BM. Rouen.) « Texte

[53]  Voir The Kalender of Shepherds being Devices for the twelve months, 1908, Intr. A. H. Diplock. « Texte

[54]  Il serait peut être fastidieux de donner le détail d’une telle analyse. « Texte

[55]  Ne pas confondre avec l’astrologue du même nom qui publiera un siècle plus tard. « Texte

[56]  Voir P. Murray-Kendall, Louis XI, Paris, Fayard, 1974, pp. 284-286. « Texte

[57]  Voir G. Bordonove, Les rois qui ont fait la France. Louis XI, Paris, Pygmalion, 1986, p. 170. « Texte

[58]  Autre allusion probable à la Bourgogne: « les bourgeons mange » « Texte

[59]  Il convient de ne pas tenir compte de la mention manuscrite se référant à Jehan Tabourot qui vécut au siècle suivant et dont le neveu, Estienne, est l’auteur d’un Almanach et pronostication des laboureurs (cf infra). « Texte

[60]  Ed. des Quatre Chemins, BNF, Res mV 154. « Texte

[61]  Un auteur anglais dit que c’est en fait d’Avril! « Texte

[62]  Cette édition sera reprise par Antoine Vèrard pour l’offrir au Roi, BNF, Vélins 518. « Texte

[63]  Voir Halbronn, 1993.7. « Texte

[64]  Nous sommes en désaccord avec Ursula Baurmeister, et M. P. Laffitte, Des livres et des rois, notice n?, p. 113, Paris, Bibl. Nat. 1992. « En 1493, deux autres éditions, l’une parue en mai, l’autre en juillet, viennent confirmer un succès qui se prolongea jusqu’à la fin du siècle et bien au delà ». « Texte

[65] O. Sommer (1892) dans son étude ne souligne pas assez cette relation entre l’édition lyonnaise et la traduction. « Texte

[66]  « The first English editions go back to the French edition of Paris or of Geneva 1497″ « Texte

[67]  Sommer (1892), dans son tableau, ne relie pas l’édition de 1502 avec les éditions anglaises qu’il fait toutes dériver de l’édition de Paris 1496, alors que de nombreuses additions ne figuraient pas à l’époque, notamment la description des douze signes selon Ptolémée. « Texte

[68]  Signalons la présence d’une partie de l’iconographie pastorienne dans la Grant Prenostication pour cette présente année 1502 composée par M. Anselme Rud, natif de Palerme » Paris. BM Grenoble, L 5856. « Texte

[69]  Dans les Heures de Bedford, vers 1423, BL, Add. MS 18850, la vignette zodiacale, en couleur, côtoie celle des travaux et des jours du mois. « Texte

[70]  Voir Bernard Guégan, op. cit., voir P. Saintyves ( alias Nourry), L’Astrologie Populaire. L’influence de la Lune, folklore et traditions, Paris, 1937, Reed, Monaco, Rocher, 1989, relevé bibliographique, pp. 363-364, et la thèse d’Anne Loisidou, 1978, pp. 13 à 22. « Texte

[71]  On en trouvera à Lyon en la rue Mercière à la maison de Jacques Huguetan Et à Paris en la rue St Jacques à l’enseigne Notre dame devant St Benoist à la boutique du dit Huguetan. « Texte

[72]  Voir Benazra, 1990. « Texte

[73]  Pour Sommer, 1892, pp. 56-57, il n’y a pas de filiation entre Lyon, 1502 et l’ed. de 1503 qui serait directement issue de l’édition de 1496 « The first English editions go back to the French, edition of Paris or of Geneva, 1497″ En fait la filiation genevoise serait acceptable à ce détail près qu’il lui manque les additions qui figurent dans l’édition anglaise de 1503. « Texte

[74]  Le nom du pape est rayé sur l’exemplaire du Magdalen College (Oxford), Edition 1508. « Texte

[75]  La reine Elizabeth Iere ( qui régna de 1558 à 1603) sera encore présentée, au niveau iconographique, comme Angliae Franciae et Hiberniae Regina cf N. Campion, The Great Year, op. cit. p. 340. « Texte

[76]  Voir Sommer (1892) qui la reproduit. « Texte

[77]  L’exemplaire Pynson de la Mazarine est relativement tardif, Inc. 1131. « Texte

[78]  Voir J. Halbronn 1994.1, voir Dal, 1980, pp. 20 et seq. « Texte

[79]  Ce serait donc Sommer, 1892, qui aurait rétabli l’identité du traducteur. « Texte

[80]  Il n’est pas certain que Copland ait eu connaissance de la traduction Pynson « Texte

[81]  Sur les libraires et traducteurs anglais de la fin du XVe siècle, W. Caxton, Wynkin de Word, R. Copland, voir H. O. Sommer, ed. du Recuyell of the Historyes of Troye, de R. Lefevre, Londres, D. Nutt, 1894, vol. 1, pp XCIV et seq. « Texte

[82]  Sommer, 1892, décrit cet exemplaire qui a depuis perdu son colophon daté de 1528. Il y a certainement eu une édition plus récente du texte qui parut en 1528. « Texte

[83]  Intr. de la seconde édition: « This book was first corruptly printed in Fraunce and after that at the cost and charges of Richard Pynson newly translated and printed although not faithfully as the original copy required. Therefore it is once again overseen and perused that the same may be at length correspondent to the Authors mind and very profitable to the reader » voir The kalender & compost of shepherds from the original edition published by Guy Marchant in Paris in the year 1493 and translated into English c 1518, newly edited for the year 1931, trad. Robert Copland, révisé par Heseltine, Londres, 1930. « Texte

[84]  Il est parfaitement anachronique de parler de « Shepherds kalender » à cette époque comme le fait de temps à autre le catalogue de la Bibl. Bodl. d’Oxford à propos d’une édition de Wynkyn de Worde. On trouve la même imprécision chez Sommer. « Texte

[85]  Il ne semble pas que les spécialistes de ce personnage aient jamais signalé sa présence dans le Kalender of Shepherds. Ce pourrait être une des premières mentions du personnage au sein d’un imprimé. voir William Langland, The vision of Piers Plowman, 1935; Taylor 1911 et M. Bloomfield, Piers Plowman as a XIVth century apocalypse, New Brunswick, 1961. « Texte

[86]  L’exemplaire de la Radcliffe Libr. bicolore comme le Douce de la Bib. Bodl., pourrait fort bien offrir les mêmes caractéristiques à une date estimée à 1511 (Catal. de la Bodl.) « Texte

[87]  En noir et blanc. « Texte

[88]  « This book (gentle reader) was first corruptly printed in Fraunce and after that at the cost and charges of Richard Pynson newly translated and printed although not faithfully as the original copy required. Wherefore it is once again overseene and perused that the same may be at length correspondent to the Authors mind and very profitable to the reader doth teach many things that may be bound to learne and know one payne of everlasting death » (Ed de Worde, 1511-1528) (cf Bib. Bodl. Douce K 97 pour 1528 et Radcliff Libr. Oxford, pour 1511) « Texte

[89]  Confusion fréquente entre l’astronome d’Alexandrie et la dynastie hellénistique des Lagides. « Texte

[90]  Voir Halbronn 1993.1. « Texte

[91]  Voir édition, Londres, 1882 du Book of Husbandry, avec une intr. de W. Skeat; voir vignette in J. Guy, « Les Tudors », in Histoire de la Grande Bretagne, Dir. K. Morgan, Trad. Paris, A. Colin, 1985, p. 215. « Texte

[92]  Voir Sommer, 1892, Vol. III, p. 172. « Texte

[93]  Sommer, 1892, veut que les trois premières éditions anglaises viennent de l’ed. parisienne de 1496. Dans son arbre généalogique des éditions, il n’insiste plus sur l’éd de Genève qui elle va générer les ed. de Troyes et de Lyon tandis que celle de Paris va générer d’autres éditions de de Paris ainsi qu’une édition de Rouen. « Texte

[94]  Voir l’exemplaire de la B. Mazarine où le calendrier est mieux conservé que pour l’exemplaire de la BL. « Texte

[95]  On notera qu’ici l’astrologie sert de noyau à une encyclopédie alors que par la suite, elle n’aura plus droit dans ce genre d’ouvrage qu’à la portion congrue. « Texte

[96]  Ce Kalendrier ne semble avoir été conçu ni par, ni pour des bergers, cf N. Z. Davies, Society and Culture in early modern France, pp. 197 et seq. On trouve également à Liège, ville de Matthieu Laensberg, un « Almanach des Bergers » utilisant des sigles divers et très peu de texte et qui nous semble beaucoup plus approprié. « Texte

[97]  Notary est le plus près du Compost of Ptolemy sauf qu’il ne comporte pas les nativitez « Texte

[98]  Voir Halbronn, 1987. « Texte

[99]  Les astrologues modernes sont encore divisés sous ce rapport. Le système le plus populaire est celui du moine italien Placidus de Titis (XVIIe siècle). Sur l’iconographie des maisons, voir nos travaux sur le Tarot ( 1993). « Texte

[100]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

[101]  Certaines éditions comportent l’image du Noir et pas d’autres. « Texte

[102]  La première étant de 1508 (Magdalen College, Oxford) est différente de Radcliffe car elle a une page de titre « Texte

[103]  p.85  » the edition of Wynkyn de Worde, Londres, 1598 which is not derived from the edition of Paris, 1503 but goes back to Guiot Marchant’s edition of 1497 or 1500. « Texte

[104]  Bibliographie: Medizinisch-astrologischer Volkskalender Intr., Transcription et Glossaire de Maria Mitscherling, éd. par Hans-Joachim Poeckern, Hugendubel. Vom Einfluss der Gestirne auf die Gesundheit und den Charakter des Menschen. Kommentar zur Faksimile-Ausgabe des Manuskripts C 54 der Zentralbibliothek Zürich (Nurnberger Kodex Schürstab.). Edité par Gundolf Keil, avec F. Lenhart, C. Weisser, préface de Huldrych & M. Koelbnig (Lucerne, Faksimile Verlag, 1983), voir Gundolf Keil, Der Mensch im mittelaterlichen Kosmos. « Texte

[105]  Voir H. Oskar Sommer, 1892 « The sources of the Compost and the Kalender », p. 8. L’hypothèse allemande ne semble avoir été envisagée que pour l’iconographie. Voir Loisidou, 1978. « Texte

[106]  Voir Lathrope, 1914; Sommer, 1892, ignore totalement ces éditions du Compost of Ptolomeus, ce qui lui fait dire que le Kalendrier des Bergers n’a pas paru entre 1528 et 1556, soit durant 28 ans. Or c’est à cette époque précisément que plusieurs éditions du Compost of Ptolomeus paraîtront. « Texte

[107]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

[108]  Voir Oxford, Bibl. Bodl., 70 d 12. Le catalogue indique qu’il s’agirait d’une traduction du français. « Texte

[109]  A rapprocher d’Indagine (Kleyne Physionomie, menschen Complexie etc)e veut diffèrent. Ou du moins sous la forme du Kalendrier des Bergers A rapprocher d’Indagine (Kleyne Physionomie, menschen Complexie etc) » « Texte

[110]  Voir J.P. Boudet, 1990, p. 621. , J. P. Boudet, Le recueil des plus célébres astrologues de Simon de Phares, 2 vol, Paris, Champion, 1997-1999 « Texte

[111]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

[112]  Edité par G. Keil, Lucerne, Faksimile Verlag, 1983. « Texte

[113]  La Bibliothèque Sainte Geneviève (BSG) possède un almanach allemand et un autre flamand (Dat groote Planeten Boeck, Amsterdam 1612, BSG, Inv 2814 V 8° 478 Fonds Ancien), tous deux comportant des noms de sages. Ainsi, pour le Kalendarius de Regiomontanus, imprimé en 1532 à Strasbourg, chez Jacob Cammerlander (BSG, V 4° 326 Inv 1015 Res) il s’agirait de médecins célèbres et le chapitre est consacré à l’astrologie médicale: Hippocrate, Galien, Avicenne, Pline, Ptolémée, Hermès, Almansor, Haly, Razes et Jacobo Forolovio et Benedicto. Simple variante par rapport aux séries du Teutsch Kalender. « Texte

[114]  Voir Dal, 1980, pp. 26-27. « Texte

[115]  Dal cite des imprimés flamands: Der Scaepherders kalengier, (sic), Anvers. Signalons cependant la Bauern Praktik qui a donné naissance en France à la Pronostication des Laboureurs, voir G. Hellmann, « Die Bauern Praktik », Berlin, Neudrücke von Schriften und Karten über Meteorologie und Erdmagnetismus, Vol. 5, 1896. « Texte

[116]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

[117]  Das ist der teutsch kalender mit den figuren, gedruckt zu Ulm im Jahre 1498 von Johannes Schäffler, Commentaire Peter Amelung, Zürich, Verlag Bibliophile Drücke von Josef Stocker, 1978. « Texte

[118]  Voir Halbronn, 1993.6. « Texte

[119]  Introduction du fac simile de la Wurtemberg Landesbibliothek de Stuttgart, par Peter Amelung, op. cit. Autres versions: à la Bibliothèque de Gotha et à la Bibliothèque de Zurich. « Texte

[120]  La langue de cet almanach s’apparente plus à l’allemand moderne que celle de l’exemplaire de Rostock, qui est plus flamand, ex Teken pour Zeichen. « Texte

[121]  Il pourrait s’agir de Johannes de Padua, que l’on retrouve dans des listes de philosophes, aux côtés de Rasis, cf Thrésor de la Philosophie des Anciens de Barent Coenders van Helpen, Cologne, 1693, réed Arma Artis, s.d., p. 38. « Texte

[122]  Voir J. Telle qui souligne l’absence d’astrologues dans des florilèges d’alchimistes mais semble ignorer que l’astrologie les utilise de son côté, « Astrologie et alchimie au XVIe siècle, à propos des poèmes astro-alchimiques de Christoph von Hirschenberg et de Basile Valentin », Chrysopeia, Tome III, fasc. 2, Milan, avril/juin 1989, p. 170. Voir Halbronn, art. « Dariot, astrologue paracelsien », sur le site du CURA. « Texte

[123]  J. D. Mylius, Opus medico-chymicum, 1618, reproduit in S. Klossowski de Rola, Le jeu d’or, Paris et Londres, 1988, pp. 140-141. « Texte

[124]  Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al Razi, dit Rhazés. « Texte

[125]  Voir Lennep, 1984, pp. 46 et seq. « Texte

[126]  Galien et Hippocrate se sont vu attribuer des textes astro- médicaux, voir Halbronn 1997.1 « Texte

[127]  Zentralbibliothek Zürich, Nürnberg kodex Schürstab C 54. « Texte

[128]  A noter que divination se dit en allemand  » Weissagung », ce qui peut être traduit par « dit des Sages ». « Texte

[129]  Voir Halbronn, 1993.7. « Texte

[130]  Virgile selon Dal, 1980, p. 17. Mais Virgile figure par ailleurs. Il s’agirait plutôt du Grec Mamon, signalé dans l’Elucidaire de Symon de Phares consacré à une longue série de sages. (Wickersheimer, 1929, p. 128). On trouve également, chez Phares, Rasis « excellent médecin » (Wickersheimer, p. 153) « Texte

[131]  Dal ne semble pas avoir pris la mesure du phénomène en Allemagne, en dehors de toute mention des Bergers. « Texte

[132]  J. Morawski, « Les douze mois figurez », Archivum Romanicum X 1926, pp. 351-363, on y cite notamment: BNF, MS Lat 4641B, fol. 137-138. « Texte

[133]  « Ein Urahne des Heimatlandkalenders » in O mein Heimatland, Zürich, 1920, pp. 27 et seq. En ce qui concerne les productions de la seconde partie du XVe siècle, voir aussi d’Alfred Schmid: Conrad Türsts Iatro-mathematisches Gesundheitsbüchlein für den Berner Schulheissen Rudolf von Erlach, Berne (Suisse), P. Haupt, 1947, et sur un autre médecin astrologue helvétique, le zürichois Conrad Heingarter, voir L. Thorndike,History of Magic and Experimental Science, op. Cit., Vol IV, pp. 357 et seq « Texte

[134]  Un tel texte reliant les mois et les âges se retrouve dans le Vergier d’honneur de La Vigne, paru sous Charles VIII: « comment l’acteur qui est au vergier donneur (sic) envoya à ses amis le temps de l’année moralisé sur l’aage dit de l’homme » « Texte

[135]  Voir Halbronn 1993.1. Le Kalendrier des Bergers ne comporte pas de prévisions agricoles. « Texte

[136]  Voir Francesco Maiello, L’évolution de la représentation du temps dans le calendrier français du XVIe au XVIIIe siècle, trad. , Paris, 1998.. L’auteur rapproche l’Almanach de 1588 des almanachs de Maginus du XVIIe siècle. « Texte

[137]  Voir article « Tabourot » de Weiss in Biographie Universelle Michaud, voir G. Choptrayanovitch, Estienne Tabourot des accords. Etude sur sa vie et son oeuvre littéraire, Dijon, 1935, Reed Slatkine, 1970, p. 214; Bayle (Article « Accords » Seigneur des), de son Dictionnaire ne rapporte pas l’Almanach à E. Tabourot.onnu Voir article « Tabourot » de Weiss in Biographie Universelle Michaud, voir G. Choptrayanovitch, Estienne Tabourot des accords. Etude sur sa vie et son oeuvre littéraire, Dijon, 1935, Reed Slatkine, 1970, p. 214; Bayle (Article « Accords » Seigneur des), de son Dictionnaire ne rapporte pas l’Almanach à E. Tabourot. » « Texte

[138]  Auquel il est attribué curieusement, par une mention manuscrite que prend en considération le fichier des anonymes de la BNF, une édition du Kalendrier des Bergers (Res mV33) de la fin du XVe siècle.est attribué curieusement, par une mention manuscrite que prend en considération le fichier des anonymes de la BNF, une édition du Kalendrier des Bergers (Res mV33) de la fin du XVe siècle. » « Texte

[139]  Toinot Arbeau serait également l’auteur d’un Calendrier des Bergers (cf. article de Weiss in Biographie Michaud) la Réforme du Calendrier Toinot Arbeau serait également l’auteur d’un Calendrier des Bergers (cf. article de Weiss in Biographie Michaud) »> « Texte

[140]  Antoine Crespin publiera (Pronostication générale du circle solaire) également en 1588 un texte consacré au retranchement grégorien dans ce qu’il peut affecter le système des pronostications perpétuelles, Rouen, P. Hubault, BL, C 1333 b 22 (2). Texte non signalé par Chomarat. Il existe même à la Bodl. Libr., Brox b 44.2, un exemplaire de cette Pronostication générale paru à Lyon chez Jean Patrasson, en 1604 et qui couvre une bonne partie du XVIIe siècle. « Texte

[141]  On passa ainsi directement, en cette année 1582, du 4 au 15 octobre. « Texte

[142]  Cette lettre comporte une référence à Pontus (Pons) de Tyard. Or, Etienne Tabourot, au quatrième Livre des Bigarrures – nous signale Jean Céard – dédie un texte à Tyard sur ce sujet. « Texte

[143]  Le travail de Tabourot se réfère à une littérature qui relève des pronostications perpétuelles de type « moultien »: on signalera notamment le Calendrier Oeconomique et almanach de l’hôtel de ville de Langres dont la première partie est axée sur les saints du calendrier, mois par mois. (manuscrit de la BM de Langres, n?) « Texte

[144]  On trouve ces correspondances dans le Kalendrier des Bergiers. « Texte

[145]  Voir Le Roux de Lincy, Le livre des proverbes français, Tome 1, 1859, pp. 96-97. Nous n’avons pas localisé d’exemplaire de ce Calendrier. le nom de Maginus, l’Hermite Solitaire, mais aussi, sous le nom de Calendrier des bons laboureurs pour 1618 . « Texte

[146]  Voir Halbronn 1987 « Texte

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L’astrologie et Colbert par Claude Thebault

Posté par nofim le 11 mai 2015

,
COLBERT DISCULPÉ

L'astrologie et  Colbert  par Claude Thebault dans ASTROLOGIE crise18_02_2013_21_52_28_1

 

Colbert est-il ou non responsable du déclin de l’astrologie en France? A cette question ainsi qu’à celle plus générale des phases récurrentes de décadence, et de dégénérescence de l’astrologie, Jacques Halbronn apporte des éléments nouveaux, faisant suite à une précédente analyse parue en 1997, posant un premier diagnostic. D’autres penseurs, Patrice Guinard, et Serge Bret Morel, le philosophe de l’astrologie se sont aussi intéressés à ce sujet, au moment où la discipline s’étiole à nouveau. 

 

 

 

 

par claude thebault, Kaunas

 

 

editerprt_1 dans ASTROLOGIELe 17 février 2013, le penseur et responsable du site téléprovidence.com, Jacques Halbronn, publiait une nouvelle contribution, suite à son étude parue en 1997, dans l’édition N°11 de Politica Hermética aux Éditions l’Âge d’Homme, sous l’intitulé «l’empire déchu de l’astrologie au XVIIe».

 

Le lecteur à ce stade envisage de tourner la page, renonçant à poursuivre sa lecture, en se demandant en quoi une analyse concernant le XVIIe siècle pourrait l’intéresser et surtout quel lien avec l’actualité de 2013 ? Justement Jacques Halbronn donne les lignes, utiles à la comparaison entre deux phases de déclin de l’astrologie à 4 siècles d’écart.

 

Son propos est instructif. Dans son billet du 17 février Jacques Halbronn rappelait les conditions dans lesquelles fut crée l’Académie des Sciences en France sous le siècle de Louis XIV. L’occasion pour lui de rappeler que contrairement à une légende entretenue par les astrologues, Colbert ne saurait être suspecté de leur avoir nui. En effet, la fameuse ordonnance de 1666 interdisant l’astrologie n’a jamais existé.

18_02_2013_10_27_30Astroemail fit de son côté des recherches poussées, d’autant plus facilement que l’on accède aux sommaire des textes, édits et autres dispositions de l’époque.L’édit de 1666? Aucune trace nulle part. Ni référence dans d’autres textes. C’est ainsi que l’on trouve dans Le Traité des Matières Criminelles toutes les réglementations et lois de l’époque, et notamment l’Edit de Louis XIV de juillet 1682, enregistré le 31 août ordonnant aux astrologues de «vider le royaume» sans autre forme de procès ou figure de procédure.

 

Autrement dit les expulsions ordonnées par Mme Edith Cresson premier ministre socialiste en 1990, contre les sans papiers. Sarkozy contre les roumains président de 2007 à 2012. Valls, es qualité de ministre socialiste de l’intérieur montrent la longue tradition de l’expulsion manu militari, sous tous les régimes politiques en France. Louis XIV emprisonnait les bohémiens, les condamnant aux galères où ils périssaient.

Politica Hermetica 1997

 

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en tête du billet de Jacques Halbroon 17 février 2013

Une journaliste faisant observer que « les expulsions prouvent bien l’animosité du ministre contre les charlatans », on lui opposera la fine remarque de Jacques Halbronn, selon laquelle l’Académie des Sciences accueillit en son sein l’astronomie, dont les publications, nonobstant l’ordre du Roi, imprimait des éphémérides à l’usage des astrologues jusqu’en 1743.

 

- «   Dans le dossier concernant les rapports de l’Académie des Sciences à l’astrologie depuis sa fondation jusqu’à la découverte de Herschell en 1781,  on ne saurait négliger le contenu des Ephémérides publiées sous l’égide de la dite Académie » JH 17/02/2013.

 

Et Halbronn de donner d’autres exemples, citons-en deux :

- Encore en 1703, un certain  De Beaulieu signe des Ephémerides des mouvemens celestes depuis l’an 1703 iusqu’en 1714  Paris, Guillaume Valleyre, 1703   Ars  4 ° SA  3252  dont le  « Second Avantage des Ephemerides » est largement consacré à l’astrologie.

- On observera ainsi que jusqu’en 1734, date du dernier volume  de Desplaces, l’Académie  Royale des Sciences avait peu ou prou admis implicitement  que certaines de ses publications pouvaient servir aux astrologues.

jahalbronn05_01_2013_09_21_32Halbronn note que le remplacement de De La Lande par l’abbé de La Caille à partir de 1740 s’accompagnait d’un accès au contenu des Éphémérides moins aisé. Au motif que désormais l’usage et l’emploi des tables nécessitaient des connaissances astronomiques que la plupart, si ce n’est la majorité, des praticiens ne possédaient alors. Plus clairement pendant 30 ans De La Lande, par un effet que l’on qualifierait de générationnel publiait des documents en phase avec le public vieillissant et moins formé d’une époque. Le changement de responsable à l’Académie des Sciences, laquelle commandait  deux séries d’études, l’un  sur la Connoissance des Tems, l’autre les Ephémérides des mouvemens célestes  marquait aussi une évolution des savoirs, hors de la maîtrise des astrologues de l’époque. En somme un sérieux, et irréversible, décrochage intellectuel.

 

Halbronn relève dans l’édition de 1729 de la Connoissance des temps (…) publiée par ordre de l’Académie Royale des Sciences »   ( Bib. Arsenal 8°S 12638) l’impression, pour la première fois d’un avertissement hostile à l’astrologie et aux astrologues : « On ne trouvera icy aucunes predictions parce que l’Académie n’a jamais reconnu de solidité dans les regles  que les Anciens & les Modernes ont données pour prévoir l’avenir par les configurations des astres » (Avertissement ; p. 7)

 

Rappel d’une position de principe, déjà énoncée par Louis XIV en 1682, 40 ans auparavant dans son Edit : « sous prétexte d’horoscopes et de divinations et par le moyen des prestiges, des opérations, des prétendues magies et autres illusions semblables, dont ces sortes de gens ont coutume de se servir, ils auraient surpris diverses personnes ignorantes ou crédules qui s’étaient insensiblement engagées avec eux, en passant des vaines curiosités aux superstitions et des superstitions aux impiétés et aux sacrilèges.. »H17_02_2013_09_27_20

 

Halbronn cite aussi que l’on trouvait jusqu’en 1744 dans les documents publiés par l’Académie des Sciences, des représentations relatives aux ingrès du Soleil dans les signes du zodiaque : « Les  « figures celestes » que Desplaces dresse, pour l’entrée du soleil dans chacune des saisons,  constituent de véritables « thèmes » incluant planétes, signes et maisons.

En ce qui  concerne les 4 « figures célestes », Desplaces sait très bien ce qu’il en est :

« On a mis les Thèmes Celestes pour l’entrée  du Soleil dans les premiers points des signes  Bélier,  Cancer, Balance,  Capricorne [il se sert des glyphes correspondants]. Pour la satisfaction de ceux qui aiment ces sortes de choses, ils en feront tels usages qu’il leur plaira ; comme ces Themes celestes sont dans toutes les autres Ephemerides, on a jugé à propos de les mettre dans celles-cy qui n’auraient pas  été complètes, suivant le sentiment de quelques personnesn,sans cela & c’est tout ce qu’il y aura d’Astrologie dans ces Ephemerides »  (Usages des ephémerides,Seconde partie, 1716, p. 39)

 

Ainsi donc la preuve est apportée, que l’Académie Royale des Sciences, nonobstant l’injonction, et l’ordre sans équivoque du monarque, fait aux astrologues de vider les lieux, continuait de leur servir les outils indispensables à «leur coupable commerce effroyable ».

 

A la fin de son billet Jacques Halbronn note que l’incapacité des astrologues à se servir des nouvelles données astronomiques se traduisit par une dégénérescence des pratiques,  le recours aux divinations par la numérologie, la tarologie et autres, pendant environ un siècle, jusqu’à ce que Mlle Lenormand, citée par Halbroon, soit en mesure à partir de 1840 de leur fournir des tables pour dresser les thèmes.

 

Dans son étude, parue en 1997, Jacques Halbronn listait quelques éléments expliquant le déclin intellectuel de l’astrologie en France. Notamment le fait que la principale figure de l’époque Morin de Villefranche commit l’erreur irréparable d’écrire ses traités en latin. A une époque où les connaissances paraissaient en français usuel. Il se coupa de l’élite  rendant totalement hermétique ses considérations à la connaissance des générations futures. C’est ainsi qu’au XXe siècle on assista à la publication des écrits de Morin traduits, mais trop tard, et de toute façon perdues. Même si on relève actuellement au Canada, une de ses élèves tardives en la personne de Melanie Joy,Melanie du CAAE,  exerçant dans l’Ontario selon sa méthode. Souhaitons qu’elle publie un jour des notes sur son expérience professionnelle, en langage accessible et non crypté.

 

Halbronn observait aussi que Morin se montra incapable d’intégrer les avancées astronomiques de son époque, notamment les lois de Kepler, qu’il ne sut les comprendre, et qu’il anima des polémiques inutiles préjudiciant à son œuvre comme à son travail.

 

Halbronn avance une explication intéressante, en ce qu’il considère qu’au XVII siècle, l’astrologie servait de justification à toute une série de phénomènes, ou de situations encore mal connues et analysées. Et qu’au fur et à mesure de l’approfondissement des savoirs, le domaine de l’astrologie rétrécissait comme une peau de chagrin, jusqu’à se retrouver vide de tout contenu. C’est un procédé couramment employé, ainsi en physique, dans Le Grand Roman de la physique quantique, Manjit Kumar rappelle que la Théorie des Quanta de lumière d’Einstein avait été accueillie par la communauté scientifique en 1910 comme « une fiction d’utilité strictement pratique, conçue pour faciliter les calculs » (page 86).

 

Il y a lieu de croire qu’aux XVIe et début du XVIIe siècles, l’astrologie joua le rôle d’une fiction d’utilité pratique, à l’intersection de plusieurs domaines de connaissances, jusqu’à ce que celles-ci s’affirment enfin. Les législations répressives ne sauraient en elles-mêmes expliquer le recul de l’astrologie puisqu’il cite les ordonnances de 1560, 1579, 1628 et 1682, aux effets limités. Les publications de l’Académie des Sciences en apportant la preuve jusqu’en 1743 au moins.

Halbronn posait la question du déclin de l’astrologie par la crise de son savoir. La rupture de la discipline avec l’astronomie la privait de ses bases réelles. Les éphémérides. Le refuge dans la divination pure la vouait à la dégénérescence des croyances. Les pratiques de l’époque pervertissaient la discipline par diverses formes de corruption. A cela s’ajoute la disparition des penseurs, Morin scellant son expérience dans le latin. Aucune figure ne le remplaçant après son décès. Absence de publication de Traités, une vie intellectuelle animée par des traductions d’ouvrages attribués à Ptolémé, dont on commence de nos jours à avoir les preuves qu’il n’aurait jamais écrit la Tétrabible. Mais au XVIIe la traduction de ce texte contribua à intoxiquer les mentalités d’erreurs consignées par les arabes.

Avec le recul, on se rend compte d’un décrochage intellectuel à une époque charnière de l’évolution des connaissances en France, s’accompagnant d’une absence de renouvellement des idées et des hommes. Telle serait l’explication du déclin de l’astrologie, attribuée à tord à Colbert, alors que d’autres causes rendent compte d’un phénomène, à peu près similaire, que l’on observa lorsque l’Occident tomba sous la coupe de la secte des Chrétiens à partir de 325 couplé avec la disparition des auteurs grecs classiques.

 

BarletCharlesJeuneDepuis la fin du XXe siècle, et le début du XXIe, on observe un nouveau déclin de l’astrologie, pour des motifs liées eux aussi à l’inadaptation aux connaissances nouvelles, à la prolifération de pratiques mélangeant des genres incompatibles entre eux, mais aussi au fait que l’impulsion donnée par Charles Barlet à la fin du XIXe, à la refondation de la discipline, s’abstint de toute remise en cause des bases du dogme.

 

Le Xxe siècle s’accompagna d’une diffusion médiatique exceptionnelle, donnant lieu selon l’expression de Patrice Guinard à une «perverse synthèse de l’irrationnel et du rationnel». Les sociologues estimant que les astrologues sont des «inadaptés sociaux», en somme des sociopathes, ayant des revanches à prendre sur leurs origines sociales de très basse extraction.

Un constat, en partie seulement, corroboré par les écrits du philosophe de l’astrologie Serge Bret Morel, sur sa typologie des publics de l’astrologie, via son site l’astrologie et la raison.net.

Et les éditeurs de médias, des affairistes ayant livré au public, contre argent, une masse de publications liée à des pratiques, sans les calibrer, ni les distinguer, ou les classer. Du vrac, faites-en l’usage que vous voudrez.

On ajoutera que comme au XVIIe siècle aucune figure intellectuelle ne s’est détachée au XXe siècle. Le seul auteur de Traité au XXe siècle  s’enferra dans le maintien d’une Tradition dépassée, sans avoir eu la capacité de refondre les concepts pour les adapter aux temps nouveaux. En 2000 on raisonnait encore comme 25 siècles auparavant en fonction de la « quadruple racine de toute chose » édictée par Empédocle d’Agrigente. Et l’on trouve des professionnelles, de radio notamment, s’intronisant scientifiques, en n’ayant de science que l’ombre de ce mot, et d’expertise que celle de leur ignorance, expliquant à tous que l’espace composé d’atomes et de vide serait en réalité constitué d’eau, d’air, de feu, et de terre. Une suite d’inépties qualifiées ensuite de principes vitaux, alors que la vie provient des briques d’adn.

 

A nouveau, comme au XVIIe siècle, le contenu de la discipline se pose, entre observation du ciel réel, et divagations sur le ciel fictif ou le virtuel.

Les Uns croient à la révolution Solaire et cela fait les affaires financières de Ciro Discepolo en Italie. Les autres se vouent au sidéral et cela arrange les intérêts d’un pays émergent comme l’Inde, accessoirement exportateur de ses croyances avec l’Ayurveda. Il ne reste plus personne pour observer les faits réels dès lors que prolifère l’astrologie des contes de fées.

 

Merci à Jacques Halbronn, Patrice Guinard, et à Serge Bret Morel de leurs lumières, alors que ces penseurs, tous dotés d’un bagage en études supérieures, évoluent chacun dans des disciplines différentes, comme leurs avis, analyses et opinions.

 

Rendons la décision alors en vidant le délibéré :

 

Par ces motifs, le prévenu Jean Baptiste Colbert, injustement poursuivi, à travers les siècles, est définitivement relaxé des préventions retenues à son encontre d’avoir causé le déclin de l’astrologie en France.

 

Met en conséquence les dépens de la procédure à recouvrer à la charge exclusive des astrologues et de l’astrologie.

 

 

claude thebault

éditeur d’Astroemail

02/13

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Jacques Halbronn Altérités. Trois essais

Posté par nofim le 26 avril 2015

Altérités

  publié  en 1999 sur le site hommes-et-faits.com

 

Trois essais sur le langage, l’écologie et la temporalité

 

Jacques Halbronn

Les trois essais sont à télécharger au formatJacques  Halbronn   Altérités. Trois essais dans ASTROLOGIE arrow-10x10 RTF – 630ko

Résumé Jacques Halbronn s’interroge sur la manière dont l’homme fait passer le monde au niveau du sens, de la puissance – comme virtualité – à l’acte. Partant de la notion d’altérité, de l’homme à son environnement, puis à lui-même, il introduit la nécessité d’établir des ponts, un tropisme entre des objets qui n’ont pas a priori de rapport entre eux.
Dans Virtualité et Langage, l’auteur met en question ces artefacts que sont la langue, le texte à propos de l’emprunt, de la traduction et de la contrefaçon.
Dans Tropismes et Écologie, Jacques Halbronn montre comment l’Homme s’approprie son environnement – animal, minéral, végétal – après l’avoir reconnu.
Avec Topos et Temporalité, l’auteur relie les mouvements qui entraînent les hommes à bouger, à changer d’espace, selon des cycles du Temps. Jacques Halbronn, docteur ès lettres, a publié nombre d’études tant historiques qu’anthropologiques, notamment sur l’astrologie, le prophétisme et sur le judaïsme.

Resume

Dr Jacques Halbronn develops an idea about the way of man does the world pass on the level of the direction, of the power – as virtuality – to the act. On the basis of the concept of otherness, of the man to his environment, then with itself, he introduces the need of setting bridges, a tropism between objects which never have relationship.
In « Virtualité et Langage » (Virtuality and Language), the author questions these artifacts like the language, the text in connection with the loan, the translation and the counterfeit.
In « Tropismes et Écologie » (Tropisms and Ecology), Jacques Halbronn shows how Man adapts to his animal, mineral and vegetal environment after recognized it.
With « Topos et Temporalité » (Topos and Temporality), the author connects the movements which conduct Man to move and change his space, with the existence of a cyclic temporality.
Jacques Halbronn, PhD in Human Sciences and Oriental Languages, has published many historical and anthropological studies, specially about astrology, prophecy and Judaism.

Télécharger Virtualité et langageTropismes et ÉcologieTopos et temporalité – RTF, 304ko, 180ko, 150ko

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