L’importation massive de mots français par le monde anglo-saxon et germanique
Posté par nofim le 23 octobre 2014
Vers une économie linguistique. La dette « germanique » envers le monde francophone.
par Jacques Halbronn
La thèse d’un choc linguistique d’ici le demi-siècle nous apparait comme un enjeu économique majeur pour les prochaines décennies. Préparer un tel choc économique doit s’envisager dès à présent en vue d’une véritable « guerre des langues » et du fait d’un certain
néo-colonialisme linguistique (cf les travaux de Louis-Jean Calvet). Le monde francophone ne saurait renoncer à de tels défis mais il faut prendre conscience de leur ampleur et des résistances qui ne manqueront point de se manifester, et notamment au nom de la « Science » et de la « linguistique ». C’est pourquoi nous pensons qu’il importe de montrer que la linguistique contemporaine aura été mise en place pour précisément éviter un tel « choc », de telles revendications que d’aucuns n’hésiteront probablement pas à qualifier de « démentes ». Il ne faudra pas se décourager pour autant!
Enjeux économiques avons- nous dit, et qui relévent en fait d’une véritable spoliation! Le mot n’est pas trop fort. Et la politique de l’autruche des emprunteurs nous fait songer peu ou prou à la crise des subprimes, qui concerne également les USA comme c’est le cas
pour l’affaire des emprunts linguistiques au français qui n’a cessé de se manifester sur près de 1000 ans. (conquéte normande en 1066)
et cela n’est pas sans rapport avec le « French Bashing » comme on finira bien par en prendre conscience tôt ou tard.
Il est clair que lorsque l’on interroge des locuteurs natifs anglophones, on est le plus souvent dans le déni selon un argumentaire plus
ou moins sophistiqué. Cela va de l’origine « latine » du français aux « faux amis » qui n’ont plus rien à voir avec l’original français – argument d’ailleurs souvent avancé par les professeurs d’anglais en France.
L’enjeu est d’autant plus crucial que l’anglais est bel et bien en position de langue « mondiale » mais c’est précisément la notion même
de ‘langue » en tant qu’entité une et indivisible qui fait ici épistémologiquement probléme en un temps où les physiciens nous expliquent que tout est continuum. Un tel cloisonnement est d’autant plus inacceptable que l’on sait à quel point les notions d’importation et
d’exportation sont déterminantes en économie. Pourquoi ne pourrait-on parler de « ‘balance » des paiements au niveau linguistique? D’ailleurs la notion d’ »emprunt » linguistique est parfaitement bien établie et l’on passe aisément de l’emprunt à l’endettement à moins
que l’on ne mette en avant quelque argument légitimant une certaine forme d’appropriation.
Or, le monde francophone n’a aucun intérêt -et ne peut d’ailleurs se le permettre – à valider un certain discours qui placerait le domaine des langues hors du champ économique et il est bien de notre intention de ne pas laisser se perpétuer plus longtemps une telle spoliation dont le français ferait les frais.
Les linguistes sont d’ailleurs, pour la plupart, parfaitement au courant de la masse de mots français entrés en anglais au cours des siècles au point que l’anglais moderne est devenu une langue hybride, bâtarde, bref colonisée et qui en porte les stigmates. Mais ils tendent à minimiser et à relativiser les tenants et aboutissants d’un tel « dossier ».
Pour ne pas tomber dans certains piéges, il importe de commencer par déconstruire l’idée d’entités linguistiques indépendantes les
unes des autres. Or, la phonologie a sa raison d’être dans une telle idée. Pour cette « science », un locuteur est marqué par la nécessité de gérer au mieux la langue dans laquelle il s’exprime sans se soucier des autres langues. On évacue ainis toutes les considérations
diachroniques et on décide d’une sorte de statu quo sur lequel il ne serait pas question de revenir. Car que se passerait-il, n’est-ce pas, si chaque langue revendiquait des « royalties », des redevance sur ce que les autres langues lui devaient et continuent à lui devoir si
les mots ainsi concernés sont encore en usage? Ce serait un désordre total, n’hésiterait–on point à conclure.
Or, dans ce domaine, il est des langues qui sont plus « égales » que d’autres et aucune langue vivante, à notre avis, n’aura exporté
aurant de mots vers d’autres langues que le français, au cours des dix derniers siècles. Donc les langues ne sont nullement toutes
logées à la même enseigne en matière d’économie linguistique.
On ajoutera qu’il n’est certainement pas plus ‘moral » d’accepter que tel pays vende le pétrole ou le gaz de son sous-sol alors qu’il n’y est
pour rien, au regard des chronologies, alors que la France est directement concerné par la langue française qui en émane. Certes,
on nous répliquera non sans un certain cynisme, qu’il est plus facile de « voler » des mots que des barrils de pétrole. Mais les temps
changent et l’on sait que le « piratage » des textes et pourquoi pas des mots devient un enjeu majeur et que les moyens pour
détecter le dit piratage sont de plus en plus sophistiqués. On sait aussi que les récentes affaires d’espionage électronique ont montré
à quel point il était possible de contrôler l’usage de tel ou tel mot. Donc logistiquement, rien ne s’oppose techniquement à la mise en
place d’un « marché », d’un « commerce » des mots.
Car c’est bien des mots qu’il s’agit et non des langues. Peu nous importe le nombre de locuteurs qui parlent le français ici mais bien
le nombre de mots français que tel ou tel locuteur utilise au sein de sa propre « langue ».
Certes, l’anglais pourrait être tenté de pratiquer lui aussi une telle politique en exigeant des redevances pour l’usage de cette « langue »
dans le monde. C’est son droit. Mais c’est le droit aussi de la part de la francophonie de se faire payer pour les mots français qui
truffent littéralement la dite langue anglaise pour ne parler que d’elle car on pourrait tout à fair aborder la question de la dette
allemande en termes de mots français empruntés et importés. Il suffit de lire un texte relativement bref et déjà ancien comme le
Manifeste du Parti Communiste de Marx pour observer que les mots d’origine française s’y compte par centaines. En sens inverse, l’importation de mots allemands en français est dérisoire. Et le « franglais » dont parleait il y a 50 ans un René Etiemeble (Parlez vous
franglais?) ne fait que montrer que les francophones sont infiniment plus comptables des leurs quelques emprunts à l’anglais que cela
n’est le cas en sens inverse!
Nous conseillons d’engager tant à l’école, au collége et au lycée, une campagne de sensibilisation dans ce sens mais aussi dans les média sous la forme de jeux télévisés consistant à prendre un document rédigé en anglais et à voir lequel des concurrents trouvera le plus
de mots d’origine française. Un exemple remarquable est le fameux « care » qui est entré en français. Qui ne voit qu’il ne s’agit d’une
déformation du français « cure »? On rappellera les formes : sinécure, ne pas en avoir cure, curieux, aller en cure, sans parler du « curé », du « curateur », de la curatelle. L’anglais
a d »ailleurs gardé « ‘cure » dans le sens de soigner, ce qui fait un
doublon avec care..
Dans un film récent ‘The Judge » nous avons entendu une petite fille déclarer avoir passé des vacances
remarquables. Si l’on demandait à un francophone de retrouver le mot anglais utilisé pour « vacances », on entendrait à coup sûr
« holidays » alors que c’est le mot « vacation » qui est sorti de la bouche de la petite fille! Qu’il y ait chez les Anglophones une
fascination séculaire non pas tant pour la langue française mais pour les mots français est une évidence, ce qui explique notamment
la proportion de mots français importés qui ont été maintenus dans leur orthographe d’origine. Il est des secteurs sémantiques qui
sont quasiment réservés aux mots français comem tout ce qui vise à calmer le jeu : quiet, calm, silence, clear et dont on ne saurait dire
qu’ils appartiennent à un haut niveau de langue. Car on entend souvent cet argument à savoir que les mots français ne seraient pas
utilisés par les classes populaires. La lecture de la dite presse populaire apporte un démenti flagrant à une telle affirmation ne serait-ce
en tout cas qu’au niveau de la compréhension passive! En fait, la masse des mots d’origine française est absolument stupéfiante et il serait totalement impossible que l’anglais se passe des mots français. Ce serait suicidaire. La seule question est celle du rapport des forces mais c’est là une question géopolitique au niveau mondial. Que les Etats Unis répliquent par une fin de non recevoir ou par quelque forme de chantage est à prévoir. Mais le jeu en vaut la chandelle. d’autant que d’un point de vue ergonomique, l’anglais est
une langue indéfendable en son économie interne et son apprentissage fait bien plus la part aux signifiés qu’aux signifiants. La théorie de Saussure aura contribué à renforcer les positions de l’anglais dès lors qu’elle est instrumentalisée au profit des signifiés, c’est à dire
qu’elle minimise le rôle des mots (signifiants en tant qu’objets) en mettant l’accent sur le sens qu’on leur octroie. (signifiés en tant
que commentaires, interprétation, tradition).
JHB
28 10 14
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