Jacques Halbronn Le rôle d’arbitre des femmes

Posté par nofim le 4 septembre 2021

Sociologie  et théologie. Le rôle d’arbitre, d’observateur et de consommateur  des femmes

par  Jacques Halbronn

Une question  essentielle  en ce début de XXIe siècle est celle de la place des femmes dans nos  sociétés, afin d’éviter des processus mimétiques qui brouillent les pistes quand une population ne parvient pas à connaitre le rôle qui lui est imparti dans le « plan » initial de la « Création »/ Que se passe-t-il quand les femmes ne jouent pas le rôle correspondant à leur « nature »?

Dans un précédent texte, nous avons mis en évidence  la dualité masculin féminin dans le processus dit de Création en soulignant le fait que le principe masculin ne saurait être créateur car la création  vient en second en tant qu’aboutissement comme dans le cas de la procréation.

Jésus déclare ! « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir la Loi » Or, la femme appartient à ce processus de réalisation finale, de stade ultime.  et quand elle ne joue pas ce rôle, une société  est en manque d’arbitre car on ne peut être  juge  et partie. Il importe donc que les femmes  ne cherchent pas le beurre et l’argent du beurre et sachent quelle est leur place.

Or, celui qui lance des idées, qui ouvre des pistes- le « producteur » – n’est pas en position de percevoir l’ensemble du tableau car il n’est pas en  position de consommateur. A contrario, le consommateur sera au fait de tout ce qui est proposé de façon à opérer le meilleur  choix possible. On ne peut pas être  juge et partie.

Nous avons pu ainsi observer que  les milieux qui ne réservent pas de place aux femmes  en tant qu’observatrices sont marqués par des polémiques qui n’en finissent pas – c’est la loi de la  jungle par manque d’arbitre équitable. On assiste alors à des pseudo-arbitrages entachés de partialité, de lacunes, d’exclusives car ceux-ci sont rendus par des hommes et non par des femmes. D’ailleurs, les femmes ont instinctivement tendance à communiquer, à échanger entre elles, à « façonner » l’opinion., à noter les uns et les autres sans être partie prenante.

Quand des producteurs se retrouvent face à face,  il y a  chaos, « tohu bohu ». comme le dit le premier chapitre de la Genése. C’est pourquoi nous ne saurions placer la Création au commencement et d’ailleurs dans la Genése, on voit bien que la « création » n’est pas le premier stade qui est « chaos »,  effervescence, conflictualité.

La femme aurait selon nous vocation à  se former une vision aussi exhaustive que possible des « forces »  en présence dans un  domaine donné , ce qui convient assez bien au rôle du « critique » littéraire ou du journaliste. et d’ailleurs nombre de femmes se sont illustrées sur ce créneau exigeant une certaine forme de distanciation permettant précisément d’avoir une  approche globale. Ce role est d’ailleurs bien mieux reconnu et avéré que celui de « productrice » du matériau premier lequel correspond de façon bien plus flagrante à des membres de la gent masculine/

Or, force est de constater qu’il y a  des domaines qui ne font pas de la place pour ces  rôles d’observateurs « objectifs »  et c’est notamment le cas du milieu astrologique, probablement pace qu’il est par trop marginalisé. Pour notre part,  nous avons toutefois à notre actif d’avoir joué un rôle « féminin » dans ce milieu, au sens où nous l’entendons  en publiant notamment une série de guides  et de recensions entre  1981 et 2016. sur papier ou sur la toile, sans parler de notre télévision et de nos colloques. Mais il est bien difficile de jouer ce rôle pour cette communauté et en même temps d’exister en tant que chercheur. On nous aura donc souvent accolé l’étiquette d’historien et de sociologue de l’astrologie, ce qui nous semble bien  réducteur.  En fait, nous  avons bel et bien une double casquette, ce qui est apparu dès 1976 avec Clefs pour l’Astrologie (Ed Seghers) ou dans l’article Astrologie de l’Encyclopaedia  Universalis.de 1994 jusqu’à ce jour)

 

 

JHB

04 09 21

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Jacques Halbronn Le déni des repéres de temps et d’espace: astrologie et sexe

Posté par nofim le 30 août 2021

Le déni des repéres et temps et d’espace : anti-astrologie et accusation de sexisme et de racisme. E,njeux théologiques

par  Jacques  Halbronn

 

 

Quand nous nous interrogeons sur les clivages de temps et d’espace au sein de la Société, nous nous heurtons de nos jours à tout un systéme de brouillage des repéres en ce début de XXIe siècle.

L’idée de vouloir expliquer  les changements, les revirements dans le temps  comme celle de vouloir expliquer la fréquence de telle ou telle catégorie de personnes  présentant des traits distinctifs de sexe, de race, autant d’interdits qui entravent la démarche « scientifique »  d’autant que de telles recherches seront précisément stigmatisées comme « non scientifiques »!

En vérité,  cette double exigence de repéres nous semble parfaitement légitime et nous est apparue tout fait pertinente depuis fort longtemps. alors que cela pouvait condamner à une certaine marginalité. Il est peut être temps de remettre en question de tels préjugés qualifiés de discriminatoires et de changer de paradigme sous peine de générer un décalage entre ce que l’on perçoit et ce que l’on nous annonce comme non recevable.

Il est temps d’associer d’ailleurs au sein d’une même discipline cette double problématique de l’astre et du sexe., ce qui va à l’encontre de notre ressenti.  Il est certes plus difficile de parler des astres que des différences de couleur ou de sexe mais l’on note que dans les deux cas, l’on se heurte à un même déni. RAS. Circulez.

On nous brosse le portrait d’un personnage  bizarre qui serait à la fois partisan de l’astrologie et du racisme/sexisme. Mais cette stratégie se conçoit car dans les deux cas, il s’agit pour ces contempteurs,  de brouiller les pistes, ce qui permettrait plus de liberté de manoeuvre et d’invention;

 

 

JHB

30 08 21

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jacques halbronn La double problématique émission réception chez la femmes

Posté par nofim le 6 août 2021

La double  problématique  émission réception chez les femmes

Par  Jacques Halbronn

 

Il s’agit ici d’insister sur une sorte de paradoxe qui mettrait en évidence le fait que les femmes  seraient à la fois, en même temps,  hyper-réceptives  et  hyper- émettrices.

Nous avons déjà traité du besoin de communiquer, de s’exprimer oralement chez les femmes, en général au point de perturber les lieux où elles se trouvent en ne respectant pas le silence. C’est plus fort qu’elles : comme si parler, échanger était vital et l’emportait sur toute autre considération, telle une loi irrépressible  de la Nature. En ce sens, leur sociabilité  s’apparenterait étrangement  à un comportement antisocial où elles semblent se moquer éperdument de la gêne qu’elles provoquent dans les lieux publics.

Mais par ailleurs,  les femmes  seraient marquées par une forme d’interdépendance les conduisant à une propension à la consommation donc à la réception, à se prêter à un processus d’intrusion de la part d’autrui, à se laisser pénétrer  aussi bien  physiquement qu’ intellectuellement, ce dont elles ne manquent pas, par ailleurs, de  se plaindre, notamment en brandissant l’accusation de  viol , de non consentement  et l’on sait que le mot « viol » peut s’entendre de diverses manières comme dans l’expression  « viol des consciences »

Or, est-ce que le fait d’assister à un concert ou de lire un livre n’est pas une marque d’influençabilité ? On prend plaisir à ce que l’autre a à offrir. On s’intéresse à ce qui se dit, s’écrit, se joue. Ce qui d’ailleurs peut faire obstacle à l’existence d’une autonomie véritable, au nom de la Culture.

Comment donc  concilier ces deux facettes : à la fois une boulimie  de la réception   et une impulsivité dans l’émission ? Dans les deux cas de figure

 

Un tel profil  semble s’opposer au comportement masculin lequel serait, quant à lui, à la fois  moins enclin à consommer, à se laisser pénétrer par  autrui et à la fois plus exigeant, plus sélectif dans son mode de communication. Comment  des comportements aussi différents peuvent-ils cohabiter, notamment dans le couple sinon de façon tout à fait ponctuelle ?

En fait, notre description contrastée ne vaudrait que pour une minorité d’hommes, ceux que nous qualifierons de Jupitériens peu faits pour fréquenter l’autre sexe. Cette  minorité masculine correspond à une certaine élite, marquée par sa faculté créative qui la rend à la fois peu réceptive à autrui et à la fois  très exigeante envers elle-même , ce qui implique une démarche fort sélective.

En tout état de cause, le Jupitérien appréciera le silence et le non verbal, la présence physique. On connait la formule « Sois belle et tais-toi ! »/

Avec les régles sanitaires actuelles, le non verbal  est difficile puisque l’on ne voit que partiellement les traits du visage de l’autre, cachés par le masque : le  rire bruyant  l’emporte sur le sourire silencieux et tout semble devoir passer par la parole et cela vaut évidemment pour le téléphone (hormis le skipe). Cela force à parler, à s’exprimer et l’on se demande alors si la parole ne serait pas un palliatif à une déficience du visuel, et il est probable que dans la Caverne (de Platon), on devait beaucoup deviser, bavarder, ce qui vaut aussi pour les aveugles.

En ce sens, ne pourrait-on parler d’une « cécité » féminine où la parole remplacerait le regard ?Et pourtant l’on parle bien  en anglais  de « love  at first sight », notre « coup de foudre ». Sight c’est la vue. (littéralement à première vue) Il nous semble qu’à bien des égards, la parole se révéle superfétatoire, que l’on peut s’en passer et cela vaut d’ailleurs dès le plus jeune âge, avant même l’apprentissage culturel d’une langue bien établie.

Cela nous renvoie à certaines plaintes de la part de femmes qui regrettent que l’on n’ait point balisé en temps voulu  une  relation  à venir par une demande en bonne et due forme visant à obtenir un consentement en régle. Et là encore,  on retrouve notre paradoxe, à savoir que la femme est fort réceptive, qu’elle est tentée, « intéressée »  par ce qu’autrui  est susceptible de lui apporter, ce qui implique une certaine ouverture qui correspond d’ailleurs à son anatomie, en comparaison avec celle de l’homme. La femme aime bien que l’on devine ce qu’elle ressent, ce qui exclue qu’on le lui demande. Quel dilemme !.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB

06 08 21

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Jacques Halbronn La femme Lune comme interface entre l’homme Saturne et l’homme Jupiter

Posté par nofim le 6 juillet 2021

 

 

La femme Lune comme interface entre l’homme  Saturne  et l’homme Jupiter

par  Jacques  Halbronn

 

 

On note que les données astronomiques de la Lune  se partagent entre Jupiter et Saturne En effet, la Lune a en commun avec  Saturne, le chiffre 7 et 28, dans un cas, cela se compte en jours et dans l’autre en années. Et par ailleurs, la Lune, satellite de notre Terre,  a en commun avec  Jupiter le nombre 12 puisque Jupiter a une révolution de 12 ans et que la lune se conjoint 12 fois avec le soleil durant le cycle saisonnier annuel, d’où la division de l’écliptique en 12, ce qui donne les signes du zodiaque.

Par ailleurs, nous dirons  que la femme a le choix en quelque sorte à se rapprocher des Saturniens ou bien des Jupitériens lesquels ont besoin d’elle pour générer leur progéniture.

Il revient à l’astrologue – à l’anthropocosmologue-  de déterminer parmi les hommes  ceux qui sont Jupitériens et ceux qui sont Saturniens et toute la formation des astrologues passe par la maitrise des tests et des critères nécessaires à une telle évaluation. (cf nos tests  déjà exposés dans Astrologie Sensorielle,  in revue Cosmopolitan janvier 1977)

Comme l’on sait, les femmes sont marquées par un cycle dit « menstruel » (menstruation) correspondant numériquement au cycle  lunaire de 28 jours. C’est évidemment un cycle très court comparé à celui de Jupiter (périodes de 12 ans) et de Saturne (périodes de 7 ans en 7 ans)  Cycle lié à la fécondation. En fait, le cycle court  est tributaire d’un cycle plus long ‘et en ce sens, l’on notera  que celui de Saturne n’est en fait, dans la continuité  que de 7 ans alors que celui de Jupiter l’est de 12. Le destin d’une femme dépendra des hommes auxquels elle sera attachée.

On a donc là une structure ternaire  intégrée, Lune-Jupiter Saturne. Si le cycle de Saturne  est  fonction d’une perception collective de certains signaux célestes liés au passage de Saturne sur les axes équinoxiaux et solsticiaux propres  l’inclinaison de notre Terre par rapport à l’écliptique, en revanche,  le cycle jupitérien est fonction de l’age des personnes soit de de 12 ans en 12 ans depuis la naissance- et donc beaucoup plus personnalisé et sans synchronisation entre les Jupitériens à la différence des Saturniens.  Le droit constitutionnel  devrait tôt ou tard s’articuler sur ces données cycliques vouées à  remplacer au niveau de l’Union Européenne  les divers systémes constitutionnels des Etats membres qui n’ont aucun fondement scientifique en termes de cyclicité astronomique ou biologique.

Les  trois catégories, Lune, Jupiter, Saturne, correspondent à des fonctionnements différents : le Saturnien dépend directement, de 7 ans en 7 ans du passage de sa planéte sur les axes équinoxiaux et solsticiaux  mais il s’agit là d’un comportement synchronisé pour tous le Saturniens changeant de phase en même temps « comme un seul homme » alors que le Jupitérien a son cycle lié à son âge, donc à sa date de naissance, ce qui ne permet pas de synchronie avec d’autres Jupitériens, sauf exception. Enfin, le Lunaire -forcément féminin sauf exception (transgenre)-  dépend du cycle de son partenaire masculin, selon qu’il sera saturnien ou jupitérien et il faut donc se reporter au profil des personnes exerçant une influence sur lui. Cela dit, le Lunaire vit comme son nom l’indique, selon une structure de temps lunaire, mensuelle donc dans une temporalité bien plus brève et ne permettant pas, en tant que telle, d’actions à long terme. (cf notr e  Colloque  » La Lune au clair », Paris, 1987. Enregistrement audio en ligne)

 

 

 

 

 

JHB

06 06 21

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Jacques Halbronn La dualité en Astrologie (2006)

Posté par nofim le 5 juillet 2021

JACQUES HALBRONN : APPRENDRE A PENSER « SOLEIL – LUNE  (Ed  Eric Le Nouvel)

 

Les hommes viennent de la lune et les femmes du soleil……..

Jacques Halbronn nous invite à repenser notre représentation du soleil et de la lunne à commencer par le réseau des correspondances associées à cette double matrice. D’où son interrogation, les hommes « viennent »-ils de la lune ou du soleil? Pour répondre à cette question, l’auteur nous invite à réfléchir sur l’origine du Zodiaque, sur les rapports entre les dieux et les déesses et le cycle saisonnier.
« Apprendre à penser « soleil-lune » signifie décrypter grâce à cette grille de lecture révisée le monde qui nous entoure à commencer par les manifestations du masculin et du féminin qu’il propose de relier directement à la symbolique soli-lunaire. Homme Lune et Femme soleil, la Lune étant le soleil en acte.
Pour Jacques Halbronn, le monde est entrainé dans une alternance et une alternative de solarité et de lunarité, dans un flux lunaire et un reflux solaire. La grille proposée par Jacques Halbronn nous permet tant individuellement que collectivement de mieux appréhender le monde où nous sommes et dont nous sommes, tant au niveau de la crise du couple que des affrontements sociaux et ethniques.
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Introduction

Les astrologues dans la Lune

La thèse centrale du présent ouvrage est simple à exposer: la Lune n’est pas, contrairement à ce qu’affirment les manuels d’astrologie mais aussi une certaine symbolique populaire, un facteur féminin mais un facteur masculin, d’où son titre La Lune de Gabriel, Gabriel l’ange de la lune symbolisant la force, la virilité, comme son nom, hébraïque, en témoigne.
Autrement dit, notre Humanité véhiculerait de fausses représentations de ce qui aurait été établi dans son Inconscient Collectif. Quelles sont les causes et les conséquences d’une telle permutation?
On se demandera si une telle confusion matricielle ne conduit pas à une mauvaise appréhension des notions de dualité, de couple. Or, savoir penser la dualité permet de penser la cyclicité, l’alternance et finalement permet de mieux prévoir le cours des choses. Ce n’est pas rien!.
Le discours dominant sur la Lune, c’est qu’elle « reçoit » la lumière du soleil et par assimilation au sperme, la lune serait donc femelle. Qu’on nous permette de constester une vision aussi simpliste des choses qui ne nous semble pas correspondre à celle qui a été prise en compte dans l’autoprogrammation de l’Humanité.
Restituons le discours en vigueur sur la symbolique des luminaires, à la sauce astrologique, pour en faire, dans un second temps, la critique en rappelant ces lignes que rédigea André Barbault pour la première édition, en 1953, du collectif Soleil & Lune, Paris, Ed. CIA: . »Y a t-il sujet général plus important en astrologie que celui qui concerne le symbolisme, c’est à dire la signification de l’astre du jour et de la reine des nuits? » C’est ainsi Joëlle Darolle présente la Lune ( Astrologie de l’Etre. Genéve; M. Bettex; 1991, pp. 33 et seq): « Les rôles fondamentaux de la Lune apparaissent si l’on considére son rapport à la terre et au soleil. En tant que satellite de la terre, elle est la servante dévouée et protectrice. » Il est d’ailleurs possible que c’est lorsque l’on en apprit davantage sur la réalité astronomique de la Lune que l’on cessa de l’associer au principe masculin: un exemple des multiples intrerférences entre astronomie et astrologie, le terme étant pris ici au sens large d’assignation de signification aux astres
La Lune serait donc féminine, comme l’article qui la précéde ou l’adjectif qui l’accompagnent en témoignent. La femme serait donc un être réceptif. Et après? Est-là une clef pour appréhender le psychisme féminin et est-ce une représentation à laquelle les femmes puissent s’identifier? Il faut être conscient, en effet, que de fausses représentations générent à terme un rejet et donc provoquent la confusion des genres.
Au fond, ceux ou celles qui veulent se délester de toute classification ont intérêt à ce que les typologies existantes soient les plus aberrantes possibles; ils s’efforcent de montrer que l’on ne peut se fier à de teles visions des choses et ils jettent ainsi le bébé avec l’eau du bain. Pour eux, il ne s’agit pas de réformer le modéle mais d’interdire, disqualifier tout modéle.
Notre pari est le suivant: reformulons la dialectique soleil-lune et par conséquent celle du féminin et du masculin qui s’y greffe et nous parviendrons à un équlibre satisfaisant, nous réconciliant ainsi avec la notion de dualité. En comprenant la dimension de la femme et la dimension lunaire de l’homme, nous disposerons de clefs pour accéder à leurs motivations respectives les plus marquantes, à condition, encore une fois, d’établir correctement les significations qui ont pu être accordées par nos aieux à ces deux luminaires..
Ajoutons que ce n’est pas seulement notre idée de l’homme et de la femme qui se trouvent affectées par un décodage aussi malheureux mais jusqu’à notre faculté à cerner toute forme de dualité tant dans l’espace que dans le temps, en étant réduit, pour tout potage, à opposer émission et réception, ou encore attitudes active et passive, selon un anthropomorphisme de bas étage.
Nous sommes invités à réfléchir sur l’Histoire de l’Humanité, la phylogénése permettant de décrypter l’ontogénése et réciproquement. Au départ, le monde est solaire, il n’y a pas encore de Temps,il n’y a pas encore de choix puisque l s implique un ordre – dans tous les sens du terme ce un sens – les choses se font dans un certain ordre et dans un certain sens. L’on n’ a pas à agir « contre la montre », l’on n’est pas pressé par le temps. Le monde solaire est un mond de totalité. Il n’y a pas encore de satellites qui refléteront la lumière centrale parce qu’ils ne sont pas lumineux par eux-mêmes, qu’ils instrumentalisent le soleil. La lune incarne le temps, elle va structurer la course du soleil, la diviser en étapes tout comme c’est la Terre qui, par son inclinaison sur son axe, détermine les saisons.
La notion d’instrumentalisation est complexe: il s’agit de se laisser délibérément imprégner par une force extérieure mais non pas en tenant compte de ce que cette force est en soi mais sur la base de ce que l’on en perçoit et de ce que l’on projette. C’est souvent une confusion chez les astrologues que de considérer que si les hommes sont sensibles aux astres, c’est parce que ceux-ci imposent à leur insu leurs énergies aux hommes.
A partir du moment où l’on ne maitrise pas bien la notion d’instrumentalisation, on va parler de passivité, de dépendance alors que le lien est structuré par le récepteur, ce qui change totalement l’idée que l’on se fait de la notion de réception qui devient, dès lors, volontariste, qui confère du sens à ce qui n’en a pas. Mais le récepteur devient ipso facto celui qui va structurer l’émetteur et encore faut-il que cet émetteur, qui se situe dans une forme de virtualité, soit sinon en demande du moins suffisamment disponible, malléable, en projet et en projection. Il y a là quelque paradoxe puisque c’est l’émetteur qui doit êre récepteur et le récepteur émetteur; c’est dire que les termes en eux-mêmes ne signifient que si l’on précise le contexte, le langage étant précisément un matériau qui nous est donné mais qu’il faut savoir gérer. A ce propos, comment un astrologue sérieux pourrait-il supposer travailler avec son client sans prendre le temps de lui expliquer ce dont il retourne? De deux choses l’une, ou bien c’est l’astrologue qui dit ce que le client veut entendre et croit entendre ou bien c’est le client qui fait effort pour comprendre où veut en venir l’astrologue. Mais n’est-ce pas précisément l’emploi de termes faussement explicites qui permet au client de faire bon usage de ce que l’astrologue profére en conférant du sens à ce qui est informe? Dans ce cas, c’est le client qui instrumentalise le discours de l’astrologue.
C’est tout un art de savoir donner et de savoir recevoir. Nous sommes tous émetteur et récepteur, si bien que le débat quant à déterminer si les hommes peuvent recevoir les influences astrales est un faux débat dans la mesure où tout objet – y compris le soleil et la lune -est aussi récepteur, à un certain niveau, dès lors qu’il est engagé dans un processus de progression, d’évolution, d’expansion qui exige de recourir à des facteurs aléatoires pour se canaliser.. La Lune est un catalyseur pour le soleil, elle lui permet d’échapper à l’indifférencié. Mais quand nous écrivons « elle », il s’agit bien d’une lune masculine face à un soleil féminin comme c’est le cas en allemand, l’anglais ayant perdu les notions de masculin et de féminin, quand il ne s’agit pas expressément d’un homme (he, his) et d’une femme (she, her).
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Ce faisant, l’homme lunaire apporte au monde solaire une dimension nouvelle en détournant sa lumière, à l’instar de la Lune. L’astrologie actuelle a le plus grand mal à associer la lune et le feu, tant elle veut le réserver au soleil, par analogie. Elle ne comprend pas que le feu est un anti-soleil, une sorte de soleil noir, un soleil de l’obscur, crépusculaire.
A partir de cette grille, l’on comprend que le génie humain soit bien plutôt lunaire que solaire, du fait même qu’il est réducteur, voire appauvrissant, en retrait par rapport au monde tel qu’il est en soi. et qu’il veut dépasser. La Lune est en ce sens une réalité post-solaire.
Autrement dit, la clef pour comprendre le féminin, c’est jusement le soleil, cet astre qui se situe dans une totalité spatiale, qui éclaire tout sans discernement, c’est le monde vierge, sauvage, « nature » et le signe de la Vierge est estival, la fille de Démeter-Cérés est Coré, mot qui signifie vierge en grec, autre nom de Perséphone -Proserpine.. Se le soleil n’éclaire pas quelque chose, ce n’est pas de son fait, c’est parce que le récepteur intérfére, fait écran. La lune, c’est le passage du polythéisme au monothéisme, c’est à dire le passage du non choix au choix.
L’acte d’instrumentalisation permet de constituer un ensemble homogéne, dans lequel chaque pièce importée aura été ajustée, rabotée, selon un modéle ayant ses propres exigences qui ne sont plus celles du point de départ. Face à l’unicité lunaire, la multiplicité solaire, faite de multiples entités devenant en quelque sorte autant de nouveaux soleils, de nouvelles étoiles, cohabitant au sein d’une constellation, d’une galaxie.
Evitons d’emblée un anachronisme : Les Anciens « croyaient que la lune brillait d’un feu qui lui était propre et comme les marées sont pratiquement inexistantes en Méditerranée, ils n’avaient aucun moyen de faire le rapprochement entre ses cycles et le flux et le reflux de la mer »(Vincent Cronin, La terre, le cosmos et l’homme, Paris, Denoël, 1981, p. 16). Il n’est en effet pas question ici de projeter sur nos ancêtres nos représentations modernes. Il existe deux écoles : d’une part celle qui voudrait que les hommes découvrent peu à peu les secrets du cosmos et d’autre part – celle qui est la nôtre – et qui s’intéresse à ce qui a été perçu et non pas à ce qui aurait du l’être. Autrement dit, la Lune n’était pas perçue comme renvoyant la lumière du soleil mais plutôt comme son prolongement nocturne. Et c’est bien cette idée d’un au delà du soleil – d’un monde métahéliaque sinon métaphysique -que nous retiendrons. Il importe de comprendre au travers de ce dépassement, la dialectique soleil-lune. Alors que le soleil se retire, se couche et que la nuit devrait être totalement obscure se dresse la lune qui prend ainsi le relais, soleil de substitution, moins puissant certes mais soleil quand même et qui ne fait faux bond qu’une fois par mois lors de la nouvelle lune – quand soleil et lune sont conjoints – ce qui correspond à une sorte d’éclipse. Le nouveau mois n’est d’ailleurs pas, chez les juifs, le moment de la nouvelle lune mais celui où la lune par un infime croissant répparaît, où le monde à nouveau sort de l’obscurité, de la nuit totale, de ce noman’s land où l’humanité ne connait plus ni le soleil ni la lune. Il y a là comme un miracle lunaire: sans la Lune, ce satellite de la Terre, l’Humanité aurait évolué, se serait organisée autrement car ce ne sont pas les étoiles et les planétes qui auraient suffi à faire pendant au soleil. Le monde des hommes, en sa plus haute expression, est lunaire. La lune est emblématique du défi humain.
Paradoxalement, l’unicité solaire serait d’ailleurs plutôt le chaos, certes constitué d’une seule et même matière mais aléatoire alors que la multiplicité lunaire prend la place du chaos pour instituer une diversité de mondes ayant chacun leur cohérence interne. Si le récepteur ne structure pas la matière – mot à rapprocher de Mater, la mère – par un effort d’éducation, l’on en reste à l’état sauvage – l’enfant sauvage. Le soleil est la forêt, la lune est la clairière, à l’instar de la ville où il faut percer, comme le fit Hausmann, de grandes artères, défrichant le foisonnement des ruelles. La lune est liée à la maison, à l’état domestique, au foyer mais contrairment à ce que l’on affirme, ce n’est nullement un espace féminin. C’est l’Hiver que l’on fait naitre Jésus, que l’on nous montre la créche où cohabitent humains et animaux domestiques, dans une sorte d’étable. Mais il s’agit là d’un refuge, d’un pis-aller, auprès de l’Homme et dès que le printemps revient, tout ce petit monde s’égaiera dans la nature, part dans tous les sens, vit en plein air, à l’air libre, comme Proserpine quittant la demeure-prison de Pluton. La belle saison relativise les différences, elle nivelle par le bas – on se retrouve tous logés à la même enseigne – alors que la mauvaise saison fait ressortir les inégalités, comme on le voit pour le sort des SDF en hiver. On passe de la maison lunaire avec ses lois spécifiques à l’espace solaire où l’on peut jouir des bienfaits s’offrant à tous. On ne fait pas payer les rayons du soleil alors que la faible lumière -feu de la Lune a un coût.
Quand on lit les descriptions astrologiques des symboliques soli-lunaires, on ne peut qu’être frappé par l’inconsistance des définitions, ce qui a évidemment pour avantage que l’on s’y reconnait toujours un peu. ..La femme est en réalité un être solaire, proche d’une nature généreuse qui se donne alors que l’homme estun être lunaire qui a besoin de l’hiver pour montrer qu’il peut vivre sans le soleil. D’ailleurs, l’Eté n’est-il pas une période de vacance durant laquelle l’homme régresse, se met à nu sur les plages, se laisse vivre en profitant des bienfaits de la nature telle quelle.

La lune fut longtemps associée à un dieu aux nombreuses épouses, et non à une déesse (cf Marie Delclos, Le grand livre des pouvoirs de la lune, Paris, Trajectoire, 1998; Aline Apstolska, Mille et mille nuits. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Lune vous est ici raconté, Paris, Mercure de France, 1992; Edouard Brasey, La Lune mystères et sortiléges Ed. du Chêne 2003 ). . Quelles sont les causes de cette inversion finissant par associer la femme à la lune et donc, par voie de conséquence, l’homme au soleil? On notera dans les langues germaniques la similitude, peut-être fortuite, entre le mot pour homme et le mot pour lune et pour mois : man/moon/month Mensch/Mond/ Monat etc. que l’on ne trouve pas dans les langues latines à moins de rapprocher mois (en latin mens) de masculin.. Notons dans ce sens, le dieu Mars également marqué par le M..
Quant à almanach – exposé des mois de l’année – une fois séparé le préfixe arabe « al » (article défini)- comme dans l’ Almageste de Ptolémée, l’on trouve encore une fois un mot commençant par la lettre M. On parle d’un passage du matriarcat au patriarcat, de la découverte du rôle déclencheur de l’homme dans le processus de procréation qui lui aurait permis de s’approprier le soleil. On retrouve une telle permutation dans le dispositif des exaltations astrologiques: la lune initialement en bélier va permuter avec le soleil en taureau (cf Clefs pour l’Astrologie, Paris, Seghers, 1976 et 1994). Dans le rapport soleil -lune, la lune est le facteur le plus rapide et le soleil a une position relativement statique, comparativement, l’on a bien là une dialectique entre l’espace solaire et le temps lunaire. Car si la lune occuppe un faible espace, elle se ratrappe par la richesse de sa cyclicité. La Lune apporte une forte valeur ajoutée à l’énergie qui lui vient de la nature tout comme l’Humanité a appris à transmuter les matières premières en de nouveaux produits. L’ Humanité peut beaucoup mieux s’identifier à la Lune qu’au Soleil.
Mais qui ne voit que le croissant de lune a une dimension phallique et d’ailleurs que la lune correspond à un processus d’érection alors que le soleil, en tant qu’anneau – mot qui a donné année – représenterait bien plutôt le vagin? Dialectique du croissant- crochet et de l’anneau : . la pleine lune correspondrait au coït, lorsque la lune-phallus parvient à occuper tout le vagin. . Quant à Saturne, l’opposé du soleil, avec lequel la Lune est en rapport, porte une faux qui n’est autre qu’un croissant? D’ailleurs, l’histoire d’Isis et d’Osiris, avec la perte du phallus d’Osiris, est en rapport avec la nouvelle lune mensuelle , puisque la lune disparait alors et qu’il faut la retrouver, grâce à l’ingéniosité d’Isis.. Le croissant de la lune est à rapprocher de l’arc que l’on bande et qui décoche des fléches, le soleil étant la cible, on emploie en anglais pour dire que l’on a tapé dans le mille, l’expression « bull’s eye », l’oeil du taureau.
Le niveau solaire est brut, il n’a pas été traité, il est un premier jet tandis que le niveau lunaire implique une décantation, une transmutation, une sublimation qui peuvent rendre méconnaissable le matériau d’origine à l’instar d’un bloc de marbre sculpté, bref un autre niveau de conscience. Le solaire est de la pate à modeler, absolument nécessaire certes mais nullement suffisante pour rendre compte du résultat final. Le soleil est au commencement, la lune à la fin des choses, l’un est dans l’infini et l’autre dans le fini. . Il est donc étonnant de voir la lune associée à une dimension archaïque (cf André Barbault, Soleil & Lune en astrologie, op. cit) alors que le soleil est bien plus ancien que la Lune.
Les personnes ou les époques qui sont dans la solarité pensent pouvoir ignorer, négliger les constructions humaines – diversité des langues, des cultures – pour tout ramener à un dénominateur commun origine, la solarité correspond donc à un processus involutif, à une régression, à un retour vers l’essentiel, à une réaction face à un progrés lunaire qui aurait failli, d’où les notions d’égalité, d’universalités, d’abolition des frontières, autant de constructions lunaires qui se révéleraient pernicieuses, dangereuses.
Le fait d’avoir mal défini la dialectique soleil -lune aura conduit l’astrologie, depuis des siècles, à ne plus être en phase avec les problématiques étudiées notamment en philosophie. C’est ainsi que selon nous, le rapprochement avec la pensée de Spinoza n’a pu se faire du fait de la corruption du modéle astrologique. Le déclin de l’astrologie tient à ce que philosophiquement ce qu’elle met en avant ne fait plus sens pour la pensée moderne non pas tant comme on pourrait le croire au niveau de ses fondements scientifiques mais de son incohérence conceptuelle, ce qu pose la question de la quallité philosophique de ce qu’elle véhicule.
A contrario, une fois clarifié le rapport soleil-lune, il est alors possible d’entrer de plein pied dans la philosophie telle qu’elle s’exprime au cours de ce XVIIe siècle européen durant lequel l’astrologie avait encore maintenu un certain nombre de positions honorables.
Citons ainsi quelques passages spinoziens ((cf Hadi Rizk; Comprendre Spinoza, Paris, A. Colin, 2006, p. 19-22) en prenant en compte que, pour nous, le soleil représente l’infini et la lune le fini :
» La liberté désigne la chose qui est  » déterminée à agir par elle-même alors qu’on appelle contrainte la chose qui est « déterminée par une autre à exister et à produire quelque effet « (Ethique I, déf. 7)
« Cette chose finie persévére et agit, ce qui suffit à établir que Dieu n’agit pas sur elle à la manière d’un artisan qui applique sa force et son talent sur un matériau inerte. au contraire, les choses disposent d’une part divine qui constitue leur force interne: les choses sont au moins en partie le produit de leur propre activité. »
Entendons par là que le plan lunaire ne se réduit nullement au plan solaire, qu’il en émane certes mais accéde à une autre dimension qui le met en dialectique avec le dit plan solaire. En ce sens, pour renverser la proposition souvent entendue, la lune (homme) serait l’avenir du soleil. (femme). Nous dirons que la Lune c’ est le soleil en acte mais si le Soleil est la vie, la Lune est la mort, si le Soleil est l’être, la Lune est l’avoir. Celui qui est porteur en lui-même de ses propres outils appartient à la sphère solaire, celui qui doit fabriquer ou faire fabriquer les instruments dont il se sert, appartient à la sphère lunaire. On ne peut voler ses outils au premier sans le tuer alors que l’on peut s’emparer des instruments forgés, artificiels, sans porter atteinte à l’intégrité physique de son propriétaire. C’est ce qui distingue l’homme qui se bat avec ses poings et celui qui utilise un arc ou une épée, celui qui procrée avec ce qui émane de son corps et celui qui travaille la glébe avec une charrue…. Quand on meurt, on peut léguer ce que l’on a mais non ce que l’on est et c’est en ce sens que nouis dirons que la Lune est dépassement de la mort, qu’elle l’apprivoise, qu’elle la trompe.
La femme est avant tout un être solaire par une certaine forme d’indifférenciation, de faculté d’identification à toute chose qui est dans sa proximité, il suffit qu’elle se déplace – spatialement – pour être autre ou pour prendre la place de l’autre alors que l’homme est avant tout un être lunaiere en ce qu’il parvient à se différencier plus en profondeur et de façon plus permanente, en se servant du temps pour cela. La femme n’a qu’une conscience floue de l’altérité – en fait elle n’y croit guère, elle n’y voit qu’une contingence passagère alors que l’homme assume pleinement celle-ci. Ceci explique pourquoi la femme a du mal à penser qu’elle puisse différer radicalement de l’homme. L’être lunaire veut dépasser les barrières, les clvages, les relativise, les considérant comme contingentes, pour lui le Temps n’est pas créateur, tandis que l’être solaire se veut dans la finitude et non dans la complétude, il ne croit pas que les êtres soient interchangeables et que seul compte la place qui leur est assignée.
L’astrologie est un phénoméne lunaire alors que l’astronomie est solaire, c’est ce qui explique probablement leur désaccord mais aussi leur complémentarité. On peut d’ailleurs regretter que tant d’astrologues aient une approche solaire et non pas lunaire du monde, c’est à dire qu’ils ne comprennent pas que l’astrologie est une création par l’Homme lunaire à partir du cosmos solaire.
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PREMIERE PARTIE

Une Histoire de l’astrologie revisitée

L’Histoire de l’astrologie est inséparable des tentatives de l’Humanité pour capter les énergies de son environnement. On parle de mécanique céleste et de fait l’on dira que l’humanité s »est mécanisée en se connectant aux astres. Mais il s’agit d’une biotechnologie, c’est à dire qu’il ne s’agissait nullement de changer les astres mais de moduler notre rapport aux astres, au prix d’une transformation intérieure.
Nous avons laissé entendre que la tradition astrologique était corrompue et qu’il ne fallait pas s »y fier. C’est pourrquoi un bref historique de ses avatars nous a semblé nécessaire à notre démonstration.
Il nous apparaît que l’Histoire de l’astrologie doit éviter de tomber dans deux piéges: d’une part de considérer que l’astrologie coïncide avec ce qui nous en est parvenu au travers des sommes qui ont été produites depuis 2000 ans et de l’autre de supposer que l’astrologie peut se ressourcer grâce aux données les plus récentes de la science, en fonction d’un néo-paganisme. Dans le premier cas, l’on ne remonte pas assez haut dans le temps et dans l’autre trop haut. Ce qui nous intéresse, c’est ce qui s’est passé entre ces deux états, l’un post-astrologique, l’autre pré-astrologique. Au fond, nous ne sommes pas loin, ce faisant, d’une grille judaïque selon laquelle la Loi vient bien après la Création du Monde mais aussi bien avant ce qui nous en est transmis par des traditions tardives.
Nous esquisserons ici un nouveau modèle pour rendre compte de l’Histoire de l’astrologie.

1 La naissance du rapport Hommes-astres

A un certain moment de l’Histoire de l’Humanité, le repère cosmique a été mis en avant à des fins organisationnelles, structurelles, régulatrices, harmonisatrices. Il s’agit là d’un stade relativement tardif mais certainement décisif dans l’Histoire de l’Humanité. Il ne s’agit nullement ici, comme dans la légende dorée de l’astrologie, d’imaginer, du moins au départ, une Humanité décryptant les décrets des astres mais d’une Humanité recherchant, en quelque sorte, une alliance avec les astres, de façon à générer une synergie, une symbiose, une alliance dans laquelle les astres, si l’on peut dire, apporteraient leur cyclicité et où les hommes donneraient du sens. On est donc ici très loin de lasel laquelle les astres seraient en soi porteurs de sens. Par la suite, évidemment, les hommes ayant perdu les données de la dite alliance, il leur fallu retrouver celles-ci : passage du conscient au subconscient puis à nouveau du subconscient au conscient, l’on pourrait parler d’un processus semblable au passage de l’état de veille à celui de sommeil, où l’humanité fonctionne en pilotage automatique (cf notre article « L’astrologie comme hypno-savoir : en réponse aux travaux de Geoffrey Dean », rubrique astrologica, Encyclopaedia Hermetica, site ramkat.free.fr) L’on tend à confondre ces deux stades : celui où l’on dessine un croquis, celui où on le déchire, celui où l’on restitue le puzzle. L’astrologie est l’étude par l’homme d’un puzzle dont il est lui-même l’auteur mais dont il aurait oublié le tracé.
Ce premier stade, selon nous, a comporté deux grands moments : d’une part l’importance accordée au cycle lunaire, de l’autre au moment de la naissance étant entendu que dans chaque cas il s’agit d’une instrumentalisation. Le caractère progressif de cette instrumentalisation montre déjà que le rapport aux astres ne s’impose pas aux hommes mais se présente comme une solution intéressante qu’il faut situer dans le champ d’un progrès technologique un peu à la façon des moulins à vent ou à eau, lesquels recourent aux Quatre Eléments chers aux astrologues. Ces Eléments, dont on sait qu’ils ont été intégrés au sein du corpus astrologique, seraient ainsi à considérer comme des apports d’énergie à l’activité des hommes, des « conquêtes » comme on dit du cheval que c’est « la plus belle ». Ce qui distingue les astres des éléments, c’est qu’avec les astres, les hommes paient de leur personne, se transforment en quelque sorte en machines, en moulins à lune, en quelque sorte, en capteurs de signaux célestes. Il s’agit là de s’inscrire dans un certain darwinisme impliquant que l’évolution des espèces n’est pas simplement une adaptation à un environnement qui s’imposerait au vivant mais de la faculté à utiliser l’environnement pour acquérir une supériorité par rapport à ceux qui ne savent pas générer des symbioses et des synergies, ce qui est probablement au cœur du génie humain.
Ce qui rend difficile la compréhension de ce premier stade tient largement au fait que les hommes ne conçoivent plus guère le progrès sous cette forme. Si cette voie avait continué à être explorer, qui consiste à créer des synergies avec l’environnement physique, l’on ne connaîtrait pas les difficultés que nos contemporains reconnaissent pour comprendre la genèse de l’astrologie. Car avec ce branchement sur la dynamique céleste, l’Humanité effectue un saut considérable par rapport à d’autres animaux et selon nous ce n’est qu’alors que l’on peut vraiment parler d’Humanité.
Notre époque est en effet marquée par le progrès technologique, lequel n’implique pas de la part des hommes un quelconque progrès des facultés mais aussi par un progrès constitutionnel qui n’est pas sans rapport formel avec une astrologie cyclique (cf infra), le nombre de pays qui acceptent la périodicisation de leur vie politique tend à augmenter.
Selon nous, la voie de la mutation de l’Homme a été largement délaissée au profit d’une évolution accélérée de ce qui l’entoure et singulièrement du monde inférieur, celui des machines. Même les astrologues n’acceptent pas, dans leur grande majorité, la thèse d’une alliance, d’une instrumentalisation et veulent se convaincre qu’un tel lien a toujours existé et par conséquent ne saurait constituer un progrès pour l’Humanité laquelle n’aurait fait, tout au plus, que prendre conscience d’une réalité existant de toute éternité. L’on peut imaginer que des extra-terrestres aient pu évoluer autrement et auraient sensiblement changé au fur et à mesure de leur Histoire au point que leurs ancêtres soient méconnaissables. Ce n’est pas le cas de l’Humanité qui reste la même alors que le monde des machines, quant à lui, présente un aspect radicalement neuf et qui ne cesse de se métamorphoser; qui plus est, le progrès technologique fait de nous d’éternels étudiants qui doivent s’adapter à de nouveaux dispositifs. En ce sens, l’humanité de base ne ferait qu’accompagner, suivre le progrès technique généré par une caste de techno-pretres qui, sous couvert de modernité, imposent des techno-modes à l’ensemble du monde. La machine nous fait régresser intellectuellement quand nous menons des recherches (par le biais d’un moteur de recherche ou simplement en se servant de la fonction recherche pour circuler dans un texte, cf aussi le système espion Echelon) ou opérons des classements par mot clef – c’est à dire par signifiant – ce qui nous permet de gérer un corpus sans nous poser la question du sens ; on parle d’hypertexte, de renvoi ; on rapprochera des phrases qui comportent le même mot plutôt que le même sens- ce qui serait tellement plus aléatoire et difficile à démontrer, tant et si bien que même celui qui ne connaitrait aucune langue pourrait accomplir un tel travail de connexion, il y a bien là un risque de nivellement par le bas de notre intellect qui donne l’illusion d’un dépassement mimétique des différences au sein d’une humanité qui reste pourtant fortement dualisée. L’usage de la machine, de l’automobile à l’ordinateur, génère un comportement moyen, ce qui facilite et encourage le mimétisme ; on notera qu’il existe deux formes de mimétisme : soit l’on prétend que l’on est (comme) l’autre soit que l’autre est (comme) soi. Cela rappelle cette anecdote de cet homme qui en passant dans une rue observe un autre homme entre de chercher quelque chose près d’un bec de gaz, il lui demande ce qui se passe et l’autre lui répond qu’il a perdu sa montre tout en reconnaissant finalement qu’il l’a perdu ailleurs mais qu’ailleurs ce n’est pas éclairé!
Ajoutons que la mort n’a pas le même sens si l’homme est lui-même un instrument ou s’il se sert d’un instrument, sa valeur intrinsèque étant plus élevée dans le premier cas. Dans l’absolu, celui dont on nie la fonction ontologique est en sursis. Le fait que les femmes, les enfants et les machines extérieures (celles de la révolution industrielle) mais aussi intérieures ( celles que gèrent la médecine, la psychanalyse à savoir notre corps, notre subconscient, notre mémoire qui sont à notre service) fonctionnent mentalement de la même façon, par signifiant et non par signifié, parvient à constituer une sorte de nébuleuse de plus en plus envahissante. On notera d’ailleurs que les relations au sein même de cette nébuleuse ne sont pas évidentes, les enfants exigeant, de plus en plus tôt, une certaine égalité, ce qui fait des femmes, dans leur rôle de mères, des apprentis sorciers, ayant ouvert la boîte de Pandore du mimétisme.
Or il est clair que le signifiant est beaucoup plus accessible que le signifié, que l’un est indiscutable – tel mot et pas tel autre – alors que l’autre est indéfiniment sujet à débat – qu’est-ce qui est dit à travers ces mots, ces signes ? Le signifiant ne renvoie stricto sensu qu’à lui-même tandis que chaque signifié, c’est à dire le signifiant en quête de sens, se réfère, virtuellement à la totalité du monde. En fait, les sociétés n’ont qu’un besoin très limité du langage, ce sont les étrangers qui y ont recours du fait qu’on ne comprend pas ce qu’ils veulent et qu’ils ne comprennent ce que l’on veut ; Le langage serait une interface entre deux sociéts plutôt que le fondement d’une société donnée et c’est d’ailleurs pour cela que tant de mots sont communs d’une langue à l’autre. L’étranger qui parle se trahit ainsi doublement, à la fois parce qu’il parle et parce qu’il parle mal. Il a quelque réticence à poser des questions qui pourraient trahir son ignorance. Dans une société homogène et axée sur des affaires communes à tous ses membres, quel besoin de parler? En revanche, dans une société hétérogène, chaque membre est obligé de se raconter parce qu’il parle d’un lieu différent.
Les langues sémitiques sont d’un certain enseignement sur ce point : quand on lit une page en hébreu, par exemple, réduite habituellement aux consonnes, nous avons affaire moins à des signifiants bruts qu’à des signifiants en attente de signifié, à la différence du français. En effet, chaque forme écrite doit alors être confrontée à la totalité de notre mémoire pour être identifiée et encore peut-il se trouver des lecteurs qui ne soient pas d’accord entre eux sur ce à quoi renvoie la forme en question, dans le contexte concerné, lequel demande précisément à être déterminé.
Cette première phase symbiotique telle que Gauquelin semble l’avoir appréhendée – si tant est que ses résultats statistiques parviennent à résister, ne serait-ce que partiellement – à la critique engagée à leur propos- correspondrait, au vrai, plutôt à une proto-astrologie car elle ne permet pas encore de découper le temps en périodes relativement longues. Cette première phase utilise les astres à l’instar d’heures planétaires, pour organiser la journée et notamment le cycle des naissances, elle aurait donc une dimension de répartition dans le temps de diverses activités biologiques et notamment des accouchements. Il faudra attendre l’étape suivante pour que le temps s’expanse et que les phases couvrent plusieurs années.
A une phase polyplanétaire, comme celle décrite par Gauquelin, et qui se situe dans un socio-découpage spatial, fait suite une phase monoplanétaire, qui correspond à l’articulation de phases autour d’un cycle. On ne peut s’empêcher de songer à la dialectique entre polythéisme et monothéisme, telle qu’elle est campée dans l’Ancien Testament.
Il convient toutefois de préciser que le phénomène astrologique décrit par Gauquelin peut être qualifié d’astrologie inférieure, il concerne la naissance de l’enfant, les rapports de la mère à l’enfant, ce que nous considérons comme une population subalterne. En revanche, nous qualifierions d’astrologie supérieure, les cycles qui rythment la vie de la Cité et déterminent des changements socio-politiques. Rappelons que l’astrologie inférieure s’appuie sur des données astronomiques beaucoup plus frustres : si une telle astrologie dépend ipso facto des cycles, elle reste sur ce point tout à fait empirique : dépendre d’un phénoméne n’implique pas de le connaître. On peut être trempé par la pluie et ne pas s’y connaître en météorologie. Ce dont l’astrologie inférieure a besoin de connaître concerne uniquement le passage quotidien des astres dans le ciel de naissance et non le fait que les astres suivent un cycle universel qui ne dépend pas de tel ou tel lieu. De la même façon, l’étude individuelle permise par cette astrologie inférieure ne permet aucunement d’accéder à une appréhension globale de la société.

2 La théorie du législateur X

Pour nombre de penseurs contemporains de l’Astrologie, à la différence de la Bible ou des Centuries, il ne saurait exister un Moïse ou un Nostradamus de l’Astrologie. A la suite de Kepler, un Jean-Pierre Nicola ou un Daniel Verney et ceux qui s’en inspirent, tout se passe comme s’il suffisait de prendre connaissance de l’état actuel du ciel pour accéder au « texte » astrologique originel.
En d’autres termes, la « critique » astrologique – comme l’on parle de la critique biblique- se réduirait à se reporter à la source primordiale que serait le cosmos. Une telle vision des choses nous semble, 400 après les écrits képleriens, assez dépassée.
La tradition astrologique ne saurait en aucune façon, en effet, être considérée comme n’étant qu’une lecture « objective » du Ciel que l’on pourrait restituer en recherchant le message inhérent à la disposition ‘objective » des astres dans le système solaire. Pour Kepler, le nom des signes ne correspondait plus qu’à des appellations sans signification – comme le pensent d’ailleurs de nos jours les astronomes – ce qui s’apparente à une instrumentalisation du zodiaque dont le contenu est considéré comme indifférent. Une telle approche comme l’a montré Gérard Simon (Kepler astronome, astrologue, op. cit.) refuse toute instrumentalisation du ciel par l’Humanité, c’est à dire tout décalage entre le ciel tel qu’il est en soi et tel que les astrologues le perçoivent ; Kepler n’envisage donc aucunement que les hommes aient pu effectuer un quelconque tri parmi tous les paramètres astronomiques possibles. Pour l’école keplerienne de la seconde moitié du XXe siècle, l’astrologie peut tout au plus proposer de conférer du sens aux astres mais certainement pas d’en déterminer le nombre dont l’astrologie se sert. Bien plus, elle assigne à l’astrologie la prise en compte d’astres inconnus de l’Antiquité et en fait jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, ce qui contribue à déconnecter totalement celle-ci de toute historicité.
Nous proposons, pour notre part, la théorie du législateur X. Il s’agit d’appeler ainsi celui qui a légiféré sur l’usage à faire du Ciel. Il peut bien entendu s’agir d’un collectif ayant oeuvré sur une période de temps plus ou moins longue. Ce « législateur X » doit être considéré comme tout auteur d’ouvrage au sens de l’histoire des textes. Il ne s’agit évidemment pas de lui attribuer l’intégralité de la tradition astrologique mais bien un modèle fondateur qui est celui qui aura été respecté et adopté par une certaine société sur une certaine période de temps dans la mesure où c’est cet acte juridico-politique qui aura institué dans notre psychisme, dans nos facultés subconscientes, une sensibilité sélective aux configurations astrales.
Pour reconstituer l’ouvrage du législateur X, il ne suffit point de faire l’inventaire de tout ce que l’Humanité connaissait du ciel autrefois et encore moins de nos jours, en ce début de XXIe siècle. Ce serait comme, en l’absence de la Bible, d’attribuer à Moïse la langue hébraïque ancienne ou moderne sans savoir quel discours il en tirerait. Les astres sont en effet des mots que l’on peut combiner de mille manières différentes.
Cette reconstitution de ce qui a été instauré par le législateur X passe par un examen attentif de tout ce qui nous est parvenu et conservé au sein de l’ensemble du corpus astrologique pris dans un sens très large. , En séparant chaque élément spécifique l’un de l’autre, de façon à se dégager de l’emprise syncrétique.
Parallèlement, en s’appuyant sur un modèle anthropologique – ce que récusait complètement Kepler- s’interroger sur les motivations qui entraînèrent l’Humanité à s’appuyer, si l’on peut dire, sur le mouvement des astres, ce qui ne pouvait être que fonction des perceptions et des besoins. Autrement dit, le travail de l’historien des textes ne saurait se couper de celui de l’anthropologue.

3 La mancie astronomique

L’Histoire de l’Astrologie révèle une contamination due à ce que nous appellerons une mancie astronomique. Nous qualifions de mancie un procédé divinatoire consistant à observer le monde tel qu’il se présente à un moment donné, celui où une question est posée par exemple, et à en tirer ponctuellement un enseignement. Il y a des mancies naturelles, de plein air, comme la thématologie qui se servent de phénomènes se produisant indépendamment du consultant et de son client et il y a des mancies artificielles, en chambre, qui fonctionnent à partir d’une présélection de données entre lesquelles s’effectuera un tirage (Yi King, Tarot, Géomancie etc). On dira que les unes sont plus à pratiquées pendant la belle saison, les autres au coin du feu, sur une table. L’observation des astres se fait a priori à l’extérieur et la gravure de titre du Kalendrier des Bergers représente des bergers à la belle étoile. Il est probable que la thématologie n’exigeait pas de table, le ciel servant en quelque sorte de tableau noir. Ce n’est que par la suite que les thématologues prirent l’habitude de faire des calculs sans avoir à observer le Ciel directement, surtout, bien entendu, quand il fallait dresser un thème natal rétrospectif. Mais la coutume voulait de regarder le ciel au moment de la naissance, ce qui se passa encore quand le futur Louis XIV naquit en 1638. Le plus souvent, quand on allait voir l’astrologue, l’on dressait le thème du moment où la question était posée et non le thème natal. (cf Claude Dariot. Introduction au jugement des astres, Lyon, 1558, Reed. 1990), ce qu’on appelle assez peu correctement astrologie horaire, celle -ci prenant en compte la planète de l’heure ; le terme astrologie questionnaire ou des interrogations semblant plus pertinent tout comme celui d’élection, pour chosir la meilleure date pour agir sur un certain plan…
La thématologie actuelle inclue bien entendu les planètes au delà de Saturne, invisibles à l’oeil nu – encore qu’Uranus soit repérable sans lunette- et revendique la prise en compte de l’ensemble du ciel disponible, à la différence de l’astrologie, telle que nous la concevons, qui cherche avant tout à suivre un processus cyclique sur plusieurs années et non de décrypter une carte du ciel.. On pourrait ainsi parler d’un rapprochement entre thématologie et ce que nous appelons astronomologie (cf infra)

4 La constitution de phases au sein d’un cycle unique

On passe d’une phase où le ciel est perçu comme une totalité – ce qu’exprime par excellence le thème astral – à une phase sélective, qui est véritablement constitutive d’une astrologie juridico-politique et non plus d’une forme de présage et de message émanant du Ciel. En ce sens, nous pensons que le thème astral est antérieur à l’astrologie cyclique et que les deux approches fusionneront ultérieurement. Comment, d’ailleurs, cela aurait-il pu être évité, à terme, en période de syncrétisme, du fait de l’existence d’un même référentiel, abstraction fait de ses différences de traitement ? Le problème n’est pas tant que certains rapprochements se soient produit mais qu’ils aient perduré indéfiniment.
Cette autre étape, fonction du progrès dans la connaissance du système solaire, aura consisté à opter pour une cyclicité supérieure à celle de l’année. Pour cela, l’on pouvait soit choisir un astre comme mars-planéte dont le cycle était de 697 jours, soit moins de deux ans, ce qui était peut-être un peu court, soit comme Jupiter -planète dont le cycle est de 12 ans mais que l’on pouvait diviser en quatre phases de trois ans ou enfin comme Saturne- planète dont le cycle est de 29 ans environ, ce qui donne 4 phases de quatre ans, ce découpage en quatre étant repris du cycle solaire. Pour qualifier ces phases et les différencier, il semble que l’on ait puisé dans le réservoir des dieux, ce qui revenait par exemple à relier une phase à Vénus- déesse et l’autre à Mars dieu.
Quand nous parlons de Saturne, nous n’entendons pas ici, on l’aura compris, de nous référer au dieu Saturne mais bien à la planète désignée sous ce nom et sans que le nom de Saturne nous importe. Le fait que nous nous référions à Saturne ne signifie pas non plus que nous acceptions les autres planètes dans la foulée.

Il semble qu’à un certain stade de la doctrine astrologique, l’on ait abandonné une présentation duelle, avec alternance de deux phases, pour adopter une plus grande diversification des phases par annexion des mois zodiacaux, eux-mêmes associés à des dieux (domiciles, exaltations).
Autant si l’on en reste au stade cyclique, l’on peut se contenter de recourir à une donnée astronomique objective, autant si l’on passe au stade phasique, l’on bascule vers une astrologie dont on conçoit qu’elle ne fait sens pour l’Homme que dans la mesure où il lui a assigné quelque signification non pas ponctuelle mais dialectique. Donc aucune planète n’agira de son propre chef dans la mesure où seul le découpage, déterminé par les hommes, permet des changements, des revirements. Le matériau astronomique brut a besoin d’être raffiné par le traitement astrologique. Ainsi, parler d’une influence des astres sur les hommes en dehors voire avant l’émergence de la conscience humaine, à leur insu, nous semble irrecevable.
Cette phase, on aura compris, correspond à un état plus avancé de connaissance du systéme solaire, ce qui ne signifie aucunement qu’elle ait à prendre en compte la totalité du dit système : une seule planéte lui suffit qu’elle décompose, décline et démultiplie en phases, ce qui n’est pas sans faire songer à la Trinité, au sein du christianisme : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Mais à cette phase monoplanétaire fera suite une nouvelle phase polyplanétaire, qui multipliera les cycles, non sans produire une belle anarchie au nouveau des paramètres chronologiques.
Cette phase correspond à l’état le plus probant du phénomène astrologique et c’est à ce stade qu’il conviendrait de revenir, correspondant au concept d’une astrologie prévisible. Entendons par là que les membres de cette société organisée sur une telle base cyclique sont en mesure non seulement de prévoir la progression dans le ciel du cycle considéré mais en outre d’en prévoir les effets et les enjeux dans les grandes lignes pour telle ou telle population clairement identifiable, ce qui s’oppose à une astrologie imprévisible, du fait que le nombre de combinaisons astrales et le nombre des effets conduit à ce que les membres de la dite société ne disposent pas de critères leur permettant de prévoir et ce d’autant que la connaissance de la date de naissance n’est pas accessible d’emblée, que chaque individu a une date qui lui est propre et que pendant longtemps cette date était généralement inconnue et/ou fort difficilement accessible. On en arrive à la conclusion qu’une astrologie s’appuyant sur la date de naissance n’est pas socialement viable et praticable. C’est ce qui nous amène à considérer les résultats de Gauquelin comme concernant un phénomène périphérique relevant de la vie privée puisqu’en pratique l’information nécessaire pour accéder à la signature astrale n’était pas disponible, sauf à supposer – ce qui n’est d’ailleurs pas exclus – que chaque type planétaire s’habillât différemment, avec une couleur spécifique. Mais en tout état de cause, l’information concernerait la fonction et non les phases de vie de la personne, sauf à combiner artificiellement des techniques incompatibles. Ajoutons que cette fonction n’épuisait aucunement la complexité de la personnalité et que la vocation du thème astral au sens gauquelinien du terme n’était nullement de dépasser le stade de la fonction, de la vocation socioprofessionnelle.
On ne saurait parler du passage d’une forme d’astrologie à une autre mais de la coexistence de plusieurs discours sur les astres aboutissant à un corpus syncrétique. Plus exactement, ne s’agirait-il pas plutôt d’une astrolâtrie que d’une astrologie ? Cette astrolâtrie polyplanétaire détermine pour chaque planéte quelle divinité y demeurera.
Par la suite, il semble qu’il y ait eu rapprochement entre cette astrolâtrie polyplanétaire articulée autour d’une suite de cycles et une astrologie en quelque sorte monoplanétaire divisée en phases.

5 Le biplanétarisme Jupiter-Saturne

Pour qu’il y ait cycle, il faut qu’il y ait un point de départ, c’est à dire une conjonction entre deux facteurs. Si l’un des facteurs est une planète, l’autre facteur peut fort bien être une étoile fixe, ce qui préserve le temps de révolution de l’astre considéré. Le Zodiaque lui-même est une succession de phases dont le point de départ serait une étoile et non pas le point vernal comme on l’affirme généralement, pas plus que dans un thème, l’ascendant ne saurait correspondre à l’horizon en tant que tel mais à une étoile se levant au moment de la naissance.
Mais à partir du Xe siècle va progressivement, avec Albumasar (Abou Mashar), s’imposer un biplanétarisme et notamment la conjonction Jupiter-Saturne, les deux astres les plus lents du système solaire tel que l’Antiquité et le Moyen Age le connaissait. Il y a une déviance dans ce biplanétarisme qui renonce à l’étalon stellaire. Les phases de ce cycle correspondent non pas tant aux signes zodiacaux qu’aux quatre éléments auxquels sont associés les dits signes. Un angle de 120° (trigone) sépare chaque conjonction, ce qui contribuera à faire considérer cet angle comme bénéfique et ce aux dépends du carré de 90° alors que le carré est l’angle structurel par excellence – un équinoxe est en carré avec le solstice qui le précède et celui qui le suit – et que le cycle se divise en carrés et semi-carrés. Notre habitat n’est-il pas marqué singulièrement par les angles droits, à commencer par les pièces dans lesquelles nous vivons ou les meubles que nous y plaçons ? Le carré et non le triangle… Quant au semi-carré (45°), il est à mi-chemin entre deux carrés, ce qui n’est pas le cas du trigone (90° +30° = 120°). . Ne dit-on pas contrecarrer pour indiquer que l’on ne laisse pas les choses se dérouler comme prévu ? Et voilà que nos astrologues dénigrent le carré et ne jurent que par le triangle, le « bon » aspect par excellence ! Cet angle de 120° nous apparaît comme un apport syncrétique pour la théorie des aspects initialement articulée sur le cycle solaire et une base deux ou quatre. Un tel découpage du ciel en triangles n’a plus rien de commun avec le dit cycle. La fortune de cet aspect n’en est pas moins remarquable : aspect particulièrement recherché par l’astrologue amateur et dont on vient de noter qu’il sous-tendait la théorie des grandes conjonctions. Bien plus, les quatre triangles -synonyme de trigones- trois angles-, sens premier de l’aspect- du fait qu’ils sont liés chacun à un Elément sont un vecteur fort de la psychologie astrologique. Pourtant, nous avons bien là interférence avec une autre astrologie qui n’a plus grand chose paradoxalement à voir avec le quaternaire des saisons -on disait autrefois les Quatre Temps – en dépit de la présence de quatre Eléments, puisque ces éléments se répartissent entre trois saisons sur quatre, ce qui peut sembler assez bancal comme dispositif. On ne voit d’ailleurs pas pourquoi l’on qualifierait d’harmonique un aspect reliant deux planètes dont l’une est au début d’une saison A et l’autre à la fin d’une saison B. Qu’ont-elles en commun si ce n’est justement ce fameux triangle?.En fait, le trigone (120°), le sextile (60°) et tout particulièrement le semi-sextile (30°) nous semblent bien liés à la division du cercle en 12 alors que le carré (90°), le semi-carré (45°) et le sesqui-carré (135°) correspondent à une division du cercle en 8. Les deux systémes auront fini par se combiner, encore que Ptolémée ne dise mot des aspects de 45° ou de 135°, ce qui montre qu’il privilégiait la division en 12 – d’où son dispositif ajustant le septénaire sur le zodiaque – à la division en 8 pourtant beaucoup plus simple à mettre en place, puisque fondée sur une succesion de division binaire: on passe du 1 au 2, du 2 au 4 et du 4 au 8, du 8 au 16, en géomancie, pour arriver au 64 avec le I Ching ce qui exclue le 12 alors que Ptolémée laisse entendre qu’il faut diviser d’abord en 2 puis en 6 ou encore de 2 à nouveau en 2 puis en 3, le découpage binaire se trouvant ainsi interrompu pour un découpage sénaire ou ternaire.(La seule légitimité de la division en 12 est l’existence totalement aléatoire de 12 rencontres soli-lunaires mais cette division n’est pas techniquement viable, la plus évidente étant de loin celle qui divise par moitié : l’Homme tend à faire une pause à mi-parcours, à mi-chemin, à la mi-temps. C’est là plus une donnée astronomique qu’anthropologique, plus cérébrale que psychique et à notre avis elle n’a jamais été intégrée en profondeur à la différence du 2, du 4 et du 8 qui se déploient par dédoublements successifs. Ajoutons que si l’on divise d’abord en trois, puis à nouveau en 3, on parvient à 9 mais non pas à 12. Aucun diviseur ne donne le 12, – sauf le 12 lui-même – sauf à en changer en cours de route. Certes, nous divisons nos montres en 12 et notre journée en 24 heures mais un tel découpage n’a selon nous rien d’évident. On notera que la durée moyenne d’un film ou d’un match de foot ball est de 90 minutes, soit le seizième d’une journée. (durée de rotation de la Terre sur elle-même).
En fait, les astrologues ne tiennent pas assez compte du récepteur humain qu’ils tendent à surcharger de responsabilités. Si d’un côté, ils tendent à lui refuser de s’être autodéterminé par rapport aux astres et d’avoir sélectionné les configurations célestes qui feraient sens pour lui, de l’autre, ils supposent le dit récepteur d’être capable d’enregistrer un nombre incessant et quasi-infini d’informations d’origine céleste, notamment du fait de la théorie des transits qui implique un flux permanent de connexions entre les mouvements astraux et le thème natal, tout au long de la vie.
Pour notre part, nous proposons de distinguer un subconscient solaire très ancien, valable au niveau génétique et ne comportant qu’un nombre très limité de catégories, telles que le masculin et le féminin, au niveau de l’espace social, une alternance très fruste de phases, au niveau du temps social, lequel subconscient est peu apte à se transformer et un subconscient solaire en constant renouvellement et différent d’un milieu à l’autre, de par la langue, de par diverses pratiques sociales, ce qui conduit notamment à distinguer le natif de souche de l’étranger, naturalisé ou non. Souvent, l’on tend à confondre ces deux niveaux d’automatismes, puisque c’est bien somme toute de cela qu’il s’agit. Le fait de partager un même bagage lunaire n’implique pas que l’on ait le même bagage solaire et vice versa.. Il serait bon que l’astrologie introduisît les notions de solarité et de lunarité pour désigner et distinguer l’inné et l’acquis. En fait, il vaudrait mieux parler d’un premier déterminisme, solaire, et d’un second déterminisme, lunaire, étant donné que ce qui est inné, instinctif,, est au départ aussi un acquis mais beaucoup plus ancien, plus profond et par là plus universel . L’astrologie serait une alternance entre ces deux déterminismes, l’un renvoyant à des infrastructures basiques, supranationales, dont une astrologie originelle fait partie tandis que l’autre est lié à des superstructures culturelles, liées à l’éducation reçue dès l’enfance et dont l’astrologie moderne est une manifestation.
En phase solaire, l’on relativisera, donc, l’importance du culturel par rapport au naturel tandis qu’ en phase lunaire l’on considère que les clivages sociaux sont indépassables, selon la formule du yin-yang. D’où des périodes où certains problèmes semblent insolubles et où les politiciens tendent à désespérer, ce qui peut les conduire à prendre des mesures radicales, tantôt sur le plan sexo-racial (en phase solaire) ou sur le plan socio-religieux (en phase lunaire), alternant racisme et xénophobie. C’est dire que nos sociétés, du fait qu’elles vivent alternativement sur deux registres sont en perpétuel mouvement, disons qu’elles sont à géométrie variable, tantôt se situant sur le plan du primat génétique, tantôt tentant de le dépasser en privilégiant le milieu. Il nous semble donc que l’astrologie ait pour vocation principale de suivre un tel ballet, qui ressemble quelque peu au jeu des chaises musicales, diverses populations se retrouvant à tour de rôle sur la sellette, c’est dire quelle pourrait être son utilité sociale. Il nous apparaît que si l’astrologie s’est repliée sur le registre de la vie privée, c’est tout simplement parce qu’elle n’avait plus guère l’oreille de la classe politique. Le XXIe siècle devrait être celui de sa réhabilitation et lui permettre de retrouver la place qui était la sienne au XVIe siècle et qu’elle a perdue quand le pouvoir a cru pouvoir s’en émanciper et lui substituer d’autres structures très proches en fait du projet astrologique initial, tel qu’il s’était mis en place des millénaires plus tôt. Le problème que pose l’astrologie est en fait celui-la : peut-on mettre en place un ordre nouveau ou bien ne peut-on que conscientiser celui qui, de toute façon, est subconsciemment, à l’œuvre, l’ humanité n’étant pas encore en mesure de se déprogrammer ?
Or il nous semble essentiel de souligner à quel point notre subconscient solaire n’accepte que des notions et des applications simples à la différence de notre subconscient solaire, lequel ne s’inscrit pas dans une mémoire génétique car il a vocation à évoluer en permanence et non pas à se figer. Le dilemme, pour les astrologues est le suivant : soit affirmer une hérédité astrale génétique forcément extrêmement rudimentaire, soit élaborer des modèles sophistiqués, « matriciels », selon la formule de Patrice Guinard, dans son Manifeste (sur le site CURA), et dans ce cas, l’astrologie n’est plus qu’un savoir en mouvement nullement transmissible en dehors de cénacles fermés, sur la base d’une culture livresque, le livre à notre connaissance n’étant pas objet sur lequel le subconscient solaire peut se brancher dont nous supposerons qu’il ne sait pas lire nos alphabets à moins que ceux-ci ne s’articulent sur des objets matériels visibles de tous comme le sont certains astres. En définitive, l’astrologie aurait surtout à nous dire combien de temps nous est imparti pour agir dans tel registre et non quand les choses vont nous arriver précisément. L’astrologie devrait parler de risques, d’opportunités qui vont se présenter pour accomplir un certain type d’action au cours d’une certaine plage de temps qui ne se comptera ni en jours, ni en mois mais en années. Pour un individu isolé, il y a aura des temps morts au cours de la période considérée mais au niveau collectif, la période sera pleine de tout un ensemble de tentatives ou de réalisations qui se chevaucheront et se succéderont. L’astrologie est un habit trop grand pour être revêtu par une seule personne et il est fâcheux que l’on cherche à ajuster cet habit au niveau de la dite personne, ce qui revient à pousser celle-ci à la faute. De là à renoncer à prévoir, certains comme P. Guinard ont franchi le pas. Or, le diagnostic est le suivant, il concerne le mode d’emploi : l’astrologie ne fait pas dans le sur mesure, c’est un transport en commun et non une voiture privée.
Un peu comme pour le ramadan, le neuvième mois du calendrier lunaire musulman, le cycle des grandes conjonctions (Jupiter-Saturne) va se promener tout autour du zodiaque en plus de huit siècles, tant et si bien que les conjonctions ne se reproduiront pas indéfiniment dans le même signe. Nous sommes là aux antipodes du système Etoile-planéte permettant que les aspects aient toujours lieu au même endroit du ciel, ce qui facilite singulièrement l’observation et le repérage.
Enfin, l’on dispose d’une astrologie qui ne se réfère pas au thème natal et qui introduit une dimension collective, ce qui est la base de l’astrologie mondiale. Par la suite, la technique des transits conduira à relier, à faire le pont entre astrologie mondiale et astrologie individuelle et donc thémique – que nous proposons désormais de qualifier simplement de thématologie. . Mariage de la carpe et du lapin entre une astrologie d’en haut et une astrologie d’en bas. A partir de ce cycle, d’autres cycles se mettent en place notamment ceux qui combinent deux planètes transsaturniennes tant et si bien que les cycles biplanétaires vont se multiplier, chacun étant subdivisé en signes du zodiaque et structuré par les aspects. L’inflation cyclique est déclenchée pour longtemps.
Le problème, c’est que ce cycle conjonctionnel qui semble s’être imposé à la conscience astrologique ; est un cadeau empoisonné de l’astrologie arabo-musulmane, structure ignorée d’ailleurs dans l’Antiquité et notamment absent du Tétrabible de Ptolémée, alors même que l’on disposait des connaissances nécessaires pour le mettre en place, tant astrologiquement ( les Quatre Eléments) qu’astronomiquement (les révolutions planétaires). Ce cycle est soulignons-le parfaitement étranger au symbolisme zodiacal auquel il substitue trois sous phases de 4 signes. La conjonction passe ainsi, inlassablement d’une sous-phase à l’autre, tous les 20 ans. Mais paradoxalement, cela fait du trigone un aspect critique. Il n’est que de lire la littérature du XVIe siècle sur les changements de triangle, lesquels changements impliquent toujours un trigone de 120° pour se rendre compte à quel la formation d’une nouvelle conjonction au trigone de la précédente peut inquiéter les esprits du point de vue de l’astrologie dite mondiale. Ainsi, ce trigone jugé si favorablement en astrologie individuelle est annonciateur de mutations profondes en astrologie collective..
Cette disposition triangulaire n’est aucunement en phase, au demeurant, avec le cycle solaire lequel fonctionne sur la base de carrés puisque divisé en quartiers. Or, aucune conjonction entre deux planètes ne restitue une telle articulation laquelle n’est possible que si l’on associe une planète avec une étoile fixe vu que la planète la plus lente ne le sera jamais assez et qu’au lieu de rester tranquillement à sa place elle aura bougé ; c’est bien là la quadrature du cercle – dans tous les sens du terme- de l’astrologie planétaire dès lors qu’elle abandonne le couple étoile-planéte.
Le trigone est donc bien une donnée astronomique aléatoire due au fait qu’entre deux conjonctions successives de Jupiter et de Saturne, se produisant tous les 20 ans, il y a un écart d’environ 120° . Mais si l’on considère d’autres conjonctions, on aura d’autres écarts. Prenons le cas des conjonctions Saturne-Neptune, chères à André Barbault – mais rappelons qu’on ignorait Neptune au Moyen Age – et qui se forment tous les 36 ans, l’écart interconjonctionnel sera un carré, puisqu’en 1953, on était en balance et en 1989 en capricorne.
L’historien de l’astrologie doit essayer de comprendre comment cet apport astronomique est venu perturber la tradition astrologique avant de s’y intégrer. durablement. Tout comme le septénaire (luminaires plus cinq planètes) s’est articulé sur les 12 signes – dans le Tétrabible, faisant ainsi le lien entre astrologie et astronomie, de même, grâce à Albumasar, l’astrologie mondiale allait pouvoir se doter d’une mécanique articulant les données cycliques les plus objectives, à savoir la périodicité des rencontres entre les planètes les plus lentes connues à l’époque, sur la théorie des Quatre Eléments.
Il lui faudrait également réfléchir sur les raisons qui ont conduit à la déchéance du modèle Jupiter Saturne auprès des historiens qui vont renoncer, à partir du XVIIIe siècle, à fonder leur science sur les étoiles, contrairement aux attentes d’un Jean Bodin. Selon nous, c’est le développement du système parlementaire qui aura « tué » l’astrologie. ; à partir du moment où les sociétés allaient progressivement se doter d’un agenda politique, décrit par le menu dans une constitution – on pense à l’exemple américain (1774) et à ses émules européennes – il n’était plus nécessaire de regarder vers le ciel pour savoir quand mourrait le roi, l’empereur, le pape, pour laisser la place à son successeur puisque le changement se produisait au niveau du Premier ministre en Angleterre ou du président du conseil en France, sous la IIIe République, ou du Président aux Etats Unis. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut replacer l’histoire de l’astrologie dans le cadre d’une anthropologie du Droit. : le mot même d’élection, notons-le, appartient au langage de l’astrologie comme d’ailleurs celui de révolution.. Une nouvelle forme de détermination du temps social se mettait en place.

6. L’intégration de nouvelles planètes, à partir du XIXe siècle.

Si l’on n’avait pas découvert de nouveaux astres au delà de Saturne, jamais Pluton n’aurait retrouvé sa place au sein du langage astrologique. Or, la dialectique Pluton-Proserpine est bien plus importante que celle de Jupiter-Saturne sur le plan symbolique et saisonnier. et vaut bien le couple Mars-Vénus et Soleil -Lune. L’astrologie du XXe siècle se sera donc réapproprié Pluton, la troisiéme transplutonienne et encore a-t-il fallu accorder d’abord Uranus et Neptune aux deux premières transsaturniennes alors que Pluton aurait pu fort bien désigner la planéte découverte en 1781 par Herschell et Proserpine celle découverte par Le Verreier en 1846…. Il est vrai qu’une fois Pluton réintégré, les astrologues – avec la bénédiction des astronomes – ne le négligèrent plus mais se virent contraints de l’associer à un astre mettant environ deux siècles et demi pour parcourir tout le zodiaque. et quant à Proserpine, elle a droit de cité depuis 1801 grâce à sa mère Cérés, le premier astéroïde découvert ,par un astronome sicilien, d’où son nom. (cf J. Halbronn, La Vie astrologique, années trente cinquante, Paris, Ed. La Grande Conjonction-G. Trédaniel, 1995 et Olivier Peyrebrune, Quoi de neuf sous le soleil ou l’astrologie démasquée, Paris, Le nouvel athanor, 1987). Mais quelle tentation de classer comme féminins les astres correspondant à des déesses et comme masculins les astres correspondant à des dieux! Or, comme Apollon est le dieu du soleil est-ce que cela ne suffit pas à faire du soleil un astre masculin, n’est-ce pas tout comme Diane -Artémis est liée à la Lune, ce qui ne peut que la féminiser. Encore que l’on puisse s’interroger sur le fait que cette déesse soit chasseresse, ce qui n’est pas nécessairement une activité féminine.
Qu’est-ce qui caractérise l’astrologie contemporaine ? Nous dirons un nouveau syncrétisme qui va agréger à la « tradition » la théorie des ères précessionnelles chère aux historiens des religions de la fin du XVIIIe siècle et à certains ésotéristes ne se disant point pour autant astrologues et la série des planètes transsaturniennes initiée à la même époque par l’astronomie du système solaire et commentée par des astrologues d’un genre un peu nouveau. On parlera d’astronomologie, tant le lien entre astrologie et astronomie prend des proportions symbiotiques..
Or, de nos jours, ces deux ensembles sont généralement considérés comme des parties intégrantes du savoir astrologique, la question est de savoir quels effets leur intégration a eu sur l’état général du dit savoir.
En ce qui concerne l’Ere du Verseau (cf infra), un Paul Le Cour en 1937 quand il publie un ouvrage de ce nom, avec pour sous titre « l’avènement de Ganymède », ne se revendique pas pour astrologue, c’est à dire qu’il n’applique pas grosso modo les préceptes du Tetrabiblos. De fait, l’entrée successive du point vernal (dans l’hémisphère nord) dans une chaîne de constellations ne relève pas de l’astrologie traditionnelle, essentiellement tropicaliste, d’autant que la critique de l’astrologie souligne volontiers un tel glissement entre diverses représentations du Zodiaque.
En ce qui concerne Uranus, planète découverte en 1781, elle sera bientôt associée à la Révolution française mais, selon nous, selon un type de raisonnement bien différent de celui de l’astrologie traditionnelle. En effet, cette planète, dans les décennies qui suivront, sera associée au climat révolutionnaire qui domine en France.
On peut se demander en effet si cette planète peut ainsi être définie par un événement qui fait suite ponctuellement à la date de sa découverte. Selon nous, un tel raisonnement appartient à une astrologie d’un nouveau type qui ne tient pas compte de l’astrologie traditionnelle à l’instar de ce qui se passa pour les ères. Tout se passe en effet comme si le XIXe siècle réinventait, à sa manière, l’astrologie au point que les astronomes, eux-mêmes se mirent de la partie en baptisant divers astres de noms de divinités mythologiques. Encore une fois, ce n’est que dans un deuxième temps qu’un rapprochement se fera entre une astrologie post cométique qui associe la découverte de nouvelles planètes à de nouvelles périodes de l’Humanité et une astrologie traditionnelle s’articulant sur une cyclicité et non sur une émergence.
Le rôle de la communauté astronomique depuis la fin du XVIIIe siècle quant à la constitution d’une nouvelle astrologie ne saurait être sous estimé : il est dommage que les astrologues, en règle général, n’aient pas eu voix au chapitre et en même temps en quoi ces nouveaux astres les concernaient-ils alors même qu’ils avaient été absents de leur littérature des siècles durant ? Toujours est-il que lorsqu’il se confirma que les astronomes attribuaient/affublaient les planètes post saturniennes de noms de dieux empruntés à la mythologie, les astrologues auraient pu protester et en tout cas ne pas les suivre, faire d’autres suggestions, des contre-propositions. Il n’en fut rien. Ce qui est probable, c’est que le fait que ces noms de dieux étaient choisis hors des cénacles astrologiques leur conférait comme une sorte de valeur objective. Le fait est que les astrologues s’embarquèrent dans la galère astronomique et se placèrent face à leur propre savoir dans un certain rapport d’aliénation et par rapport à une tradition immémoriale et envers une astronomie avançant à son propre rythme, composant ses chansons à sa guise et dont l’astrologie devenait la groupie, reprenant docilement le refrain « Oh toi Uranus, toi Neptune, toi Pluton comme je vous aime, entre vous trois mon cœur balance !’
Or, force est de constater que ces diverses « astrologies » ne sont guère compatibles et on le voit particulièrement avec le cas d’Uranus : en effet, qui pourrait prétendre que l’astrologie du XVIe siècle ignorait les problématiques du changement ? Signalons ainsi le traité de Claude Duret, paru à la fin du XVIe siècle, à Lyon
1594 Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, changemens, conversions et ruines des Monarchies, Empires, Royaumes et Républiques selon l’opinion et doctrine des Anciens et Modernes.Au Tres Chrestien,Très grand et très invincible Roy de France et de Navarre Henri IIII de ce nom/A Moulins 1 Mai 1594, Lyon, Benoist Rigaud
1595 – Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, changements, conversions et ruines des monarchies, empires, royaumes et républiques selon l’opinion et doctrine des anciens et modernes mathématiciens, mages, philosophes, historiens politiques & théologiens. astrologues. Epître au Roy, Ibid
Ch. V Scavoir si les sources et origines ensemble les décadences… proviennent des horoscopes des villes premières et principalement d’icelles
cH. VI Scavoir si les décadences, mutations… procèdent du cours et mouvement de l’eccentricité du petit cercle
Ch. VII Scavoir si les sources et origines des monarchies … procédant de la radiation des constellations, de la dernière estoille, de la Queue de la Grande Ourse du Pol arctrique ou septentrion
Ch. VIII Si les decadences, changemens, conversions et ruines des monarchies proviennent et proc‚dent des horoscopes des monarchies, empereurs, roys et chefs des republiques
Ch. IX Si les decadences, mutations, changemens, conversions et ruines des monarchies … dépendent des cours et mouvemens du huitieme ou neuvieme ciel, c’est-à-dire de la huitieme ou neuvieme sphere celeste …
Ch. X Scavoir si les religions, les sectes et les Loix … proviennent et procedent des cours et mouvemens des grands orbes celestes ou revolutions du planete Saturne ou bien des conjonctions des planetes hautes ou basses et interieures
Ch. XII Scavoir s’il n’y a eu et n’y aura jamais en ce monde que six religions comme aucuns astrologues l’ont osé écrire et assurent en leurs oeuvres
Ch. XIII Si les decadences, mutations, changemens, conversions & ruine des monarchies , empires, royaumes et républiques proviennent et procedent des Cométes etc …

1598 – Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, etc, Lyon, Héritiers Benoist Rigaud
Quant à la révolution française, elle avait été annoncée par Pierre d’Ailly, en 1414, sans qu’il ait eu besoin de recourir à Uranus, astre dont on ne soupçonnait pas alors l’existence. Tout au long du XVIe siècle, des dates censées correspondre à des mutations majeures furent avancées.
Par ailleurs, il ne nous semble pas que ce soit le rôle d’une planète de marquer le changement mais bien celui d’une phase, chaque passage d’une phase à l’autre pouvant générer quelque changement. De même, l’aspect de carré ne saurait impliquer davantage de changement qu’un autre, tout aspect étant voué à générer du changement puisque déterminant une nouvelle phase.
Ce qui est étonnant concernant l’intégration des nouvelles planètes tient au fait que chaque nouvel astre oblige les astrologues à leur trouver de la place dans le clavier planétaire en laissant entendre que cette place n’est pas redondante par rapport au dispositif antérieur. Vient compliquer le problème le fait que ces nouvelles planètes sont liées aux signes du zodiaque et donc ce faisant n’introduisent pas de donnée nouvelle. Dire qu’Uranus est la planète du Verseau, c’est affirmer que le verseau est porteur des valeurs uraniennes. C’était d’ailleurs la position d’un Jean Carteret dans les années cinquante qui pensait que les signes annonçaient les planètes comme dans un tableau de Mendeleïev. D’où l’attente de 12 planètes pour correspondre aux 12 signes, ce qui faisait que l’on attendait à son époque deux transplutoniennes. L’astrologie se trouvait ainsi en panne ne pouvant recourir à la totalité de son clavier mythologico-symbolique tant que les astronomes n’auraient découvert deux planètes au delà de Pluton, plus éloignées, plus lentes et plus invisibles encore. Mais par la suite, la question des nouvelles planètes a été détachée de l’étalon zodiacal, avec notamment la prise en compte des premiers astéroïdes dont le premier découvert en 1801, et qui avait été négligé par les astrologues pendant un siècle et demi, Claire Santagostini ayant contribué dans les années Soixante à la faire intégrer le thème . La planche à planètes a fonctionné à plein temps avec son lot de divinités empruntées, depuis quelques années, à toutes sortes de mythologies. Nous dirons que le processus d’intégration, à tous les niveaux, exige un travail, du temps et que l’on se fait de nos jours une idée toujours plus désinvolte et simpliste des conditions de l’intégration, qu’il s’agisse d’un savoir ou d’une population immigrée.
L’astrologie moderne, ce faisant, abandonnait la voie de l’analogie qui permettait de raccrocher autour d’un même concept diverses notions au profit de l’équation « un astre pour une notion », ce qui revenait à interdire à l’astrologie d’enrichir, de son propre chef, les définitions des astres déjà connus et d’attendre que de nouveaux astres soient découverts par les astronomes pour augmenter le clavier des significations. On pense à ces gens qui se croient obligés d’inventer ou d’emprunter un mot nouveau chaque fois qu’un nouvel objet, un nouveau sens sont constitués ou révélés, ce qui contribue à la pléthore du lexique. Une telle démultiplication, témoigne de la crise de la fonction analogique, un tel éparpillement, des concepts astrologiques de base, est le fait de l’invasion du champ proprement astrologico-cyclique par la symbolique zodiacale d’une part et par la symbolique astronomico- mythologique de l’autre. Il faut comprendre qu’il ne s’agit pas comme l’affirme un Patrice Guinard d’un ensemble d’un seul tenant qui serait inévitablement porteur d’ une logique interne sous jacente qui resterait à découvrir mais bien d’une compilation de divers documents que l’on a réunis, au sein d’un canon astrologique, et qui peuvent parfaitement être en redondance les uns par rapport aux autres. Parmi ces documents, il nous semble tout à fait légitime de séparer le bon grain de l’ivraie et de dégager un noyau dur. Le zodiaque et ses douze stations décrit ainsi un mode de vie saisonnier, un véritable art de vivre de l’humanité mais il pourrait se réduire à quatre voire à deux moments, le féminin et le masculin, le Yin et le Yang, la Lune et le Soleil.
Mais avant tout, l’astrologie moderne en arrivait à ne plus trouver d’intérêt à la lecture de manuels anciens ignorant ces nouveaux astres ainsi qu’à laisser entendre que l’astrologie antique manquait de certains outils. Querelle des Anciens et des Modernes.
Cet afflux d’astres conduit les astrologues à une surenchère: si on leur demande si tel événement s’explique par l’astrologie, la réponse n’est pas oui ou non mais il s’agit simplement de déterminer quelle est la configuration qui correspond. Au delà d’une certaine masse critique, l’astrologie peut prétendre à une forme d’omniprésence.
L’économie astrologique aura ainsi subi au cours de son Histoire une succession de « chocs » astronomiques – comme l’on parle de chocs pétroliers – à savoir avec Ptolémée (IIe siècle de notre ère) la théorie des doubles domiciles des planètes (exemple Mercure devenant maître des Gémeaux et de la Vierge), avec Albumasar (Xe siècle), la théorie des grandes conjonctions et du cycle de 960 ans réduit ensuite à 800 ans, se subdivisant en sous-cycles de 240 ans (réduits à 200 ans). et enfin à la fin du XVIIIe siècle, l’émergence des planètes transsaturniennes mais aussi de la théorie des ères précessionnelles qui aboutira au mythe de l’Ere du Verseau, dont Paul Lecour sera un des hérauts. Force est de constater que l’astrologie n’aura pas manqué de médecins à son chevet, sans oublier les purges et régimes préconisés par un Kepler au début du XVIIe siècle. et qui auront surtout abouti, toujours au nom de l’astronomie et de considérations numériques, à augmenter le nombre des aspects au delà de ceux qui étaient multiples de 30°; et développé la technique des transits planétaires . Chaque fois, reconnaissons-le, la proposition est alléchante, chaque fois elle consiste à raccorder astrologie et astronomie – et il convient de se méfier de ces astronomes-astrologues qui veulent avant tout ne pas se sentir écartelés – au prix de ce qu’il faut bien appeler d’ingénieux expédients.

La légende dorée de l’astrologie

Pour mettre mieux en perspective le schéma que nous venons de développer, on examinera ce que disent les astrologues sur l’Histoire de leur science, de son apparition, de son évolution. On rencontre d’entrée de jeu un paradoxe: la littérature astrologique est relativement récente – le Tetrabiblos n’a pas 2000 ans – mais l’origine de l’astrologie remonterait à la nuit des temps. Nous pensons, à l’inverse, que le Tetrabiblos correspond à un état tardif du savoir astrologique, déjà fort corrompu mais que l’astrologie est un phénomène qui survient bien après qu’une certaine humanité soit déjà apparue, non pas comme élément fondateur mais plutôt comme structure régulatrice d’un certain nombre de tensions entre des populations ayant entre elles des relations conflictuelles. Il y a là un obstacle épistémologique qui consiste à considérer que les traces les plus anciennes d’un savoir ou d’un récit ont valeur originelle et constituent des données exhaustives. L’historien se doit d’aller au delà de telles barrières; à partir d’un constat de syncrétisme, il peut restituer une certaine diversité des sources et tenter d’analyser comment certaines symbioses se sont mises en place. Dans le cas de la genèse du zodiaque, nous avons ainsi montré que celui-ci n’était pas un savoir à l’état premier et en quelque sorte universel mais qu’il était issu de diverses sources arbitrairement traitées par les hommes. Parler d’universel ou de matriciel à propos d’un document revient à refuser à l’historien de faire son travail d’investigation.
Un autre point qu’il nous semble utile de souligner concerne l’idée que les astrologues se font de l’origine non pas cette fois du phénomène astrologique mais de la science qui en rend compte et qui porte le nom d’astrologie. On notera à ce propos la confusion sémantique qui vient du fait que sous un tel vocable on entend indifféremment l’objet étudié, à savoir le phénomène du rapport des hommes aux astres et l’étude de l’objet, c’est à dire le discours décrivant celui-ci, comme c’est le cas pour le mot Psychologie.
Pour la plupart des astrologues, le stade de l’objet peut avoir été considérablement antérieur au stade de l’étude et encore cette étude n’est pas terminée puisque l’on découvre encore de nouveaux astres qui sont supposés signifier quelque chose pour l’astrologie. Pour nous, au contraire, le phénomène est le résultat d’un plan mis en place par les hommes si bien que les deux stades ne feraient qu’un.
Quand on demande à des astrologues comment cette étude s’est constituée, c’est à dire comment l’on est parvenu à déterminer la signification propre à chaque facteur – chaque signe, aspect, planète, maison etc – l’on entend répondre que les hommes sont parvenu progressivement à débrouiller l’écheveau des multiples significations entrelacées. En revanche, pour notre modèle, ils n’ont rien eu à décrypter puisque ce sont les hommes qui ont fixé les règles du jeu, les significations, la durée des phases.
Cela dit, quand bien même au départ, les hommes auraient déterminé les significations et les conventions, un tel ensemble s’il ne s’est pas perdu s’est peu à peu corrompu, mêlent à d’autres données plus ou moins pertinentes tant et si bien que l’astrologie comme étude décrivant un phénomène est bel et bien à restituer, à restaurer. Mais épistémologiquement, une chose est d’avoir à reconstituer un savoir perdu élaboré par les hommes, une autre de décrypter un phénomène naturel.
Paradoxalement, ceux qui tiennent pour un phénomène que les hommes seraient parvenu à analyser en chacune de ses composantes sont les partisans d’une astrologie fort complexe et donc dont les tenants et les aboutissants semblent à peu près impossibles à discerner alors que pour nous qui promouvons un modèle d’une grande simplicité, les chances de décryptage semblent nettement meilleures alors même que nous n’évoquons pas un tel procédé originel.

Le thème astral par sa complexité même rend extrêmement difficile d’envisager que l’on puisse y faire la part du rôle de chacun des facteurs en présence et d’en établir avec précision les impacts respectifs. Dans un fouillis aussi inextricable – on veut parler ici du thème natal – qui peut prétendre sérieusement y voir clair si ce n’est celui que cela arrange, pour quelque raison plus ou moins avouable ? En fait, quand l’astrologue prétend maîtriser son travail et suivre à la trace chaque élément de l’ensemble, il est aussi peu crédible qu’un marchand de fruits et légumes mal voyant auquel on peut voler une banane ou un poireau sans qu’il s’en rende compte et qui prétendrait néanmoins avoir l’oeil sur toute sa marchandise. Or, le client de l’astrologue n’en est-il pas au même point, lui à qui l’on demande ingénument s’il est comme ceci ou comme cela et qui n’en sait ma foi rien. Alliance de l’aveugle et du paralytique que celle du couple formé par l’astrologue et son client. Tout flatteur vivant aux dépends de celui qui l’écoute, l’astrologue aura vite fait de trouver chez son client une oreille complaisante et indulgente qui n’en sera pas à un mensonge par omission près, pour la bonne cause, si un petit coup de pouce peut rendre heureux le dit astrologue et si cela peut sauver l’astrologie de méchantes attaques visant à la briser. On peut ici parler de conspiration : si des milliers de gens maquillent un peu la vérité qui n’est finalement que leur vérité, dont ils ont bien le droit de disposer à leur guise – et dont ils peuvent, s’ils le veulent, faire le sacrifice au prix d’un zeste de mauvaise foi – est-ce que cela n’en vaut pas la peine ne serait-ce que pour humilier l’orgueil et le mépris masculins ?
Là où le bât blesse dans ces vérifications dont se targuent maints astrologues, ce n’est pas tant que ce qui est dit est faux mais que c’est surtout incomplet. L’astrologue aura parlé d’un événement mais pas d’un autre, d’un trait de caractère mais pas d’un autre. Or, tout événement peut survenir à toute personne et tout comportement peut concerner toute personne, un jour ou l’autre. C’est pourquoi rien n’est vraiment étranger au client de l’astrologue lequel joue sur du velours. Ce qui fait problème, ce n’est pas tel ou tel point mais ce qui caractérise véritablement une personne, une vie. Or, l’astrologue se contentera de ne rien dire de manifestement faux plutôt qu’il parviendra à cerner ce qui est spécifique à la personne. Il va procéder par petites touches dont aucune ne sera radicalement inconcevable pour son client mais est-ce que cela constituera pour autant un portrait ressemblant ? Or, il suffirait à l’astrologue de partir de cette simple donnée anthropologique sinon astrologique stricto sensu, à savoir qu’il a devant lui un homme ou une femme, pour toucher à la vérité profonde de son client, au lieu de tourner autour du pot….Ce n’est que dans un deuxième temps qu’il pourra affiner son trait et cerner le processus d’individuation propre à chaque client. C’est dire que l’astrologue met la charrue avant-dernier les bœufs.
Pour éviter tout malentendu, précisons que ce n’est pas parce que nous reconstituons tel dispositif astrologique que nous considérons qu’il est en quoi que ce soit pertinent au niveau d’une pratique astrologique. Ce n’est pas non plus parce que nous considérons que tel système est plus cohérent qu’un autre que nous le recommandons ipso facto, hors du champ historique stricto sensu.. Certains pourront certes s’amuser à se servir de certaines de nos reconstitutions en forme de puzzle, notamment au niveau du rapport planétes-saisons. Il est vrai que, tant qu’à faire, mieux vaut utiliser un savoir cohérent qu’un pacthwork indéfendable et il n’y a vraiment pas de raison que cela « marche » moins bien.
Le canon astrologique a absorbé progressivement diverses techniques qui, initialement, avaient vocation à fonctionner de façon autonome et qui ont fini par y être intégrées. C’est une des missions de l’historien de l’astrologie que de faire ressortir à quel point l’empire astrologique a procédé par annexions successives. On aura d’ailleurs remarqué que notre façon de parler de l’histoire de l’astrologie s’apparente très nettement à notre approche de l’Histoire des empires en général, qu’il s’agisse de territoires géographiques, linguistiques ou scientifiques (au sens large du terme), ce qui signifie que l’Astrologie passe alternativement par des phases d’élargissement et de rétrécissement (en kabbale, Tsimtsoum), que l’on peut assimiler respectivement à des phases solaire et lunaire. Une façon, au fond, de désenclaver ce domaine.

L’écueil de la surcontextualisation

Dès lors que l’on s’efforce de remonter dans le passé, l’on risque fort de poursuivre trop loin. L’étude des sources et des origines est souvent paradoxalement bien réductrice. Imaginons que je m’inspire d’un ouvrage pour rédiger tel chapitre. Quelqu’un reconnaît le dit ouvrage et va se mettre à affirmer que tout ce qui se trouve dans le dit ouvrage aidera à mieux comprendre ce que je fais, puisque… c’est une de mes sources. Transposons cela à l’Histoire de l’astrologie. Etant donné que l’astrologie fait appel à des données astronomiques, certains ont décidé que l’astronomie était la « source » de l’astrologie. Donc pour mieux connaître l’astrologie, il n’y aurait qu’à se reporter à l’astronomie et tant qu’à faire pourquoi pas l’astronomie actuelle même si ce n’est pas l’astronomie concernée. En effet, il n’est que de supposer que c’est l’intention qui comptait. En fait, nous explique-t-on, les astrologues d’antan voulaient se servir du système solaire et ils ont pris ce qu’ils en connaissaient. Maintenant que l’on sait mieux, il nous faut aller jusqu’au bout de leur projet et nous intéresser au système solaire tel que nous pouvons le décrire de nos jours, avec nos instruments. Ne s’agit-il pas là de surcontextualisation, la source venant carrément prendre possession du projet qui l’a impliqué ? Et s’il y a plusieurs sources, le même processus devrait donc être suivi chaque fois au nom d’une mise à jour. Il faudrait ainsi réécrire tous les ouvrages, dans tous les domaines, en rafraîchissant leurs sources voire réécrire l’Histoire. C’est ainsi que dans le cas de Christophe Colomb, il importerait moins de savoir ce qu’il a découvert que ce qu’il imaginait découvrir. C’est faire bien peu de cas de l’Histoire : trop d’histoire tue l’Histoire. Il y a des non-historienss qui sont plus historiens que les historiens et font dans la surenchère. Ah tu veux chercher des sources et bien allons-y !
En revanche, au sein d’un corpus bien défini, il nous semble tout à fait légitime de vouloir y mettre un peu d’ordre. Il ne s’agit plus là des sources mais de déterminer ce que le savoir en question avait élaboré et qui a pu être perturbé précisément par le retour aux sources. On pense notamment à l’intrusion de l’astronomie dans le développement de l’astrologie, à différents moments de son Histoire, depuis la prise en compte de la précession des équinoxes et la mise en place du système des domiciles tel qu’il figure chez l’astronome-astrologue Claude Ptolémée en passant par la théorie des grandes conjonctions d’Albumasar au Xe siècle de notre ère, par les simplifications de l’astronome astrologue Johannes Kepler jusqu’à l’intégration des planètes post-saturniennes, y compris les astéroïdes. L’astronomie, au nom de son statut de source de l’astrologie, n’aura pas cessé de perturber l’astrologie et elle continue à lui demander des comptes comme l’atteste le dernier Que sais-je sur l’astrologie, rédigé par des astronomes (2005)
Ainsi, l’on ne saurait nous accuser de surcontextualisation, lorsque nous essayons de restituer les conditions qui furent celles de l’astrologie, à un certain stade fondateur. Ce sont ceux qui veulent « moderniser » l’astrologie qui sont, eux, victimes d’un tel travers puisque leur argument est fondé sur l’idée de s’en tenir au seul projet et de le reprendre à leur compte, sans s’occuper de ce que ce qui a été entrepris entre temps et qui a laissé des marques indélébiles dans notre mémoire subconsciente.. Et peu importe que les données utilisés par ceux qui ont fondé l’astrologie antique aient été fausses ou incomplètes. L’on nous objectera que l’on ne saurait dès lors négliger ce que les astrologues ont fait de l’astrologie. On se heurte à ce moment là à un autre problème de source: l’astrologue n’aurait-il pas son mot à dire sur ce qu’est et doit être l’astrologie puisque c’est bien pour l’astrologue, n’est-il pas vrai, que s’est constituée celle-ci ?
Nous nous portons en faux contre une telle affirmation: :l’astrologie n’est pas faite pour les astrologues, elle est le fait de l’Humanité. Les astrologues sont arrivés plus tard. Là encore plusieurs histoires de l’astrologie se confrontent : l’une qui voudrait que les astrologues aient cherché à décrypter le cosmos et en aient tiré des enseignements toujours à actualiser puisqu’un tel décryptage ne cesse de se poursuivre et l’autre, celle que nous préconisons, qui soutient que certaines sociétés ont décidé de se réferer à un certain ciel utile de façon à mieux s’organiser et dans ce cas il importe peu que le ciel ainsi utilisé ne soit pas le nec plus ultra du savoir astronomique. Quant aux astrologues, ils sont arrivés, selon nous, après la bataille, quand le lien entre les hommes et les astres était déjà en place et leur travail était censé être de gérer un tel lien tel qu’il s’était établi, dans les faits, et non pas tel qu’il aurait pu ou du s’instituer. Mais comme ces astrologues étaient aussi peu ou prou des astronomes et cela restera vrai jusqu’au XVIIe siècle inclus, ils furent tentés de mettre en place une synthèse entre Astrologie et Astronomie. C’est contre cette synthèse toujours en cours – les échanges entre astrologues et astronomes, sous les formes les plus diverses, des astronomes vers les astrologues et/ou des astrologues vers les astronomes, n’ayant au fond jamais cessé – que nous nous dressons en demandant que tant les astronomes que les astrologues laissent la place aux anthropologues car, pour reprendre la formule de Kepler, entre ces deux corporations, il existe un Tertium Interveniens qui est concerné par la dimension juridique, politique, sociale du phénomène, ce sont les anthropologues.
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DEUXIEME PARTIE

RADIOSCOPIE DE LA TRADITION ASTROLOGIQUE

Dans cette deuxiéme partie, nous mettrons en évidence les incohérences structurelles de la tradition astrologique.

Le propre d’une typologie est de dépendre de la qualité de ses définitions. Une médiocre typologie, peu pertinente, tendra à rechercher des combinatoires qui permettront de corriger le tir. Imaginons le cas d’une couleur de départ assez peu heureuse que l’on s’efforcerait de corriger en rajoutant une couche d’une autre couleur puis encore une autre parce que le mélange n’est pas encore trop convaincant et ainsi de suite. Au bout du compte, l’on risque fort de parvenir à quelque chose de ressemblant, mais à quel prix ? Inversement, une bonne typologie n’exigera pas toutes ces gesticulations et n’exigera pas toutes sortes de corrections. Les typologies zodiacales ou planétaires que véhiculent l’astrologie sont bien peu satisfaisantes mais à force, le portrait final peut être viable mais les dites typologies ne seront pas pour autant améliorées car il reviendra à l’astrologue de les « sauver » au coup par coup. Le client de l’astrologue risque de repartir avec une représentation de lui-même qui sonne juste mais qui ne figure dans aucun manuel d’astrologie et qui sera beaucoup moins personnelle qu’il ne l’imagine. Ainsi, le dit client aura-t-il eu l’impression d’avoir effectué un travail avec l’astrologue lequel, en réalité, ne fait que pallier les carences de son matériel, un peu comme un cuisinier qui disposerait de viandes avariées ou de second choix et qui ferait des miracles grâce à la sauce et à la cuisson ou un client qui se ferait coiffer par une apprentie qui n’y connaît rien et qui passerait une erreur à masquer ses erreurs et que l’on féliciterait pour son labeur. Tant qu’à faire, autant commencer avec de la bonne viande même si le cuisinier a moins de mérite à la rendre agréable au palais. Le thème astral nous fait songer une sorte de potage dans lequel on aurait mis tous les restes et que l’on aurait accommodé ingénieusement. Faute d’être justes les typologies astrologiques s’ajustent.
Il s’agit ici, soulignons-le, de reconstituer un système analogique au repos dont le cycle saisonnier est le fondement, étant entendu que les saisons sont inversées dans l’hémisphère sud, ce qui n’empêche pas les astrologues du dit hémisphère de s’aligner sur les représentations de l’hémisphère nord et étant entendu que les attributions par les astronomes des dieux aux planètes laissent fort à désirer, et ce tant dans l’Antiquité que de nos jours.. Une fois décrit le « systéme au repos » et seulement alors, la question de sa mise en oeuvre sur le plan astro-cyclique se posera (« système en activité »). Autrement dit, un système au repos qui ne donne pas satisfaction structurellement ne saurait passer au stade de l’application conjoncturelle. Il nous semble assez évident que le système au repos représente une totalité alors que le système en activité représente uniquement un moment du système au repos. En astrologie, il y a un déséquilibre entre ces deux systèmes, le système au repos débordant largement sur le système en activité et en fait l’on pourrait dire que les deux systèmes ne font plus qu’un, tant le thème astral nous apparaît comme une demi-mesure, le système en activité ne parvenant que péniblement à se sevrer, en quelque sorte, par rapport au système au repos. D’ailleurs, dans l’iconographie astrologique médiévale et de la Renaissance, nous trouvons des roues rassemblant, en plusieurs cercles concentriques, tout le savoir astrologique, lesquelles roues ne sont pas sans ressembler à un thème astral individuel.
Le Colloque des 7-9 octobre 2005 que nous avons organisé a confirmé l’existence d’un très fort consensus entre astrologues autour d’une doxa astrologique dominante.
C’est l’astrologie cyclique- au sens d’une astrologie poly planétaire – qui emporte tous les suffrages avec d’une part l’importance accordée au thème astral en général et au thème natal en particulier et d’autre part l’intégration de nouvelles planètes au sein de tous les dispositifs traditionnels.
Par ailleurs, on observe l’absence d’une perception dualiste de la société, toute division se situant, pour cette astrologie en vigueur au niveau individuel. Tout se passe donc comme si c’était l’individu qui changeait mais pas le monde ou que le monde ne changeait que du fait du changement individuel.
Or, si ces changements ne sont pas synchrones, si chaque individu évolue à son propre rythme, comment la société serait-elle animée par des cycles perceptibles puisqu’elle serait alors traversée par des micro-changements propres aux individus partant dans tous les sens ?
En ce sens, la dualité qui ressort serait ici celle de l’individu par rapport à la société, chaque entité correspondant à une astrologie différente, l’une thémique, l’autre mondiale.
L’interaction se jouerait ainsi : l’astrologie du collectif entraînerait les individus dans un seul et même mouvement en dépit des spécificités propres à chacun et l’astrologie individuelle quand elle concernerait des personnages remarquables – du type Napoléon ou Hitler – pèserait sur le plan collectif.
On ajoutera que cette astrologie en vigueur tend à situer l’origine des rapports Hommes-astres à l’aube de l’Humanité voire du vivant, en fait, cette Humanité aurait toujours baigné dans une sorte de bain cosmique et n’aurait eu – et ce serait là toute la portée de la constitution du savoir astrologique- qu’à décrypter et à explorer, progressivement, au fur et à mesure de son évolution, en quoi consistait précisément un tel environnement, ce travail se poursuivant jusqu’à nos jours. D’où la possibilité, chez certains chercheurs comme Suzel Fuzeau-Braesch, de décrire cette influence astrale chez les animaux non humains lesquels, eux aussi, auraient droit à des thèmes astraux.
On observera la présence constante d’un certain manichéisme dont l’astrologie moderne ne semble pas pouvoir se passer faute de quoi elle serait bien fade, ce qui fait que la dualité, bon gré mal gré, reste toujours bien présente. En tout état de cause, on ne saurait contester l’idée selon laquelle telle période serait plus favorable à tel groupe plutôt qu’à tel autre, sinon à quoi bon faire de la prévision ; encore faut-il déterminer quels sont les regroupements les plus pertinents concernés par un certain processus d’alternance.
On présentera dans un premier temps une galerie des principales catégories astrologiques dans leur présentation habituelle, une sorte de Dictionnaire des idées reçues à la Flaubert et il nous est venu à l’esprit de procéder de même en ce qui concerne l’astrologie, ce qui permet de faire bonne figure dans une réunion astrologique. On a parfois l’impression de jouer au rammy ou au poker : il faut trouver dans la « main » du client une configuration, une carte seule étant sans intérêt. Dans un deuxième temps, nous développerons une réflexion critique à propos de ces catégories, un peu à la façon d’Abraham Ibn Ezra exposant les règles de l’astrologie et les réexaminant dans un « livre des raisons » à l’origine mémoire de maîtrise (Université Paris III) dirigé par Georges Vajda qui en rédigera la préface..
Comment en est-on arrivé aux profils des signes zodiacaux ? Il faut savoir que le portrait de chaque signe zodiacal est lui-même composé de plusieurs paramètres qui sont au moins au nombre de six : il y a le nom du signe, l’élement, la planéte, la maison, la saison, le sexe. Selon nous, il faut procéder par approximations successives, c’est à dire partir du deux pour affiner progressivement en introduisant chaque fois une dualité supplémentaire. On ne peut partir du douze comme on le fait avec le zodiaque ni même d’un grand nombre de planètes mais bien de couples, de dualités. Entendons par là que, contrairement à ce que soutient un Patrice Guinard, notre intelligence fonctionne par oppositions, par antagonismes : on fait ceci ou on ne le fait pas. On choisit entre A et B. Puis l’on peut subdiviser au sein de A entre deux options et ainsi de suite. Et l’on notera que ce faisant l’on ne parvient jamais à douze car de 2 on passe à 4 et de 4 à 8 et de 8 à 16. Jean-Pierre Nicola n’a pas su parer à un tel obstacle et présente bel et bien – et Françoise Hardy à sa suite – un zodiaque à 12 entrées, ce qui a pour avantage de ne pas le couper complètement de l’astrologie populaire. Pour arriver à 12, il aurait fallu partir d’une structure ternaire. Or Nicola part d’une structure binaire et quaternaire puis parvient on ne sait trop comment à 12 signes et à 12 maisons, son but étant, il est vrai de fonder l’astrologie existante sur des bases plus solides et non de lui conférer une autre forme. C’est là précisément que l’on ne peut que constater qu’il y a eu syncrétisme entre la pensée astrologique et le calendrier. Nous pensons que l’astrologie n’est revenue que tardivement, lors d’une phase de décadence, au 12 après avoir constitué un système binaire puis quaternaire : plutôt qu’à partir du 12, l’astrologie se serait constituée à partir des 4 saisons et des 4 phases de la Lune. Les 12 lunes ou conjonctions soleil-lune structurant l’année étaient un fait bien connu et certainement observé de très longue date encore que totalement fortuit mais ce n’était pas encore de l’astrologie. A se vouloir « scientifiques », certains font régresser l’astrologie à un stade préastrologique, préinstrumental comme si l’on voulait réduire une statue au bloc de marbre dont elle était issue, sans prendre en compte l’apport de l’artiste. Si les sciences humaines sont dans l’arbitraire, les sciences dures font souvent leur beurre de structures parfaitement fortuites et qui si elles ont le mérite d’exister ne font pas pour autant sens, ainsi en est-il pour les 12 mois de l’année dont le nombre ne renvoie à aucune loi scientifique universelle. Si la nature peut ignorer l’apport créatif de l’Homme, l’Homme n’ignore pas la Nature mais il n’est pas non plus obligé de croire que tout ce qui est produit par la Nature fasse ipso facto sens pour lui, l’Humanité se réserve un droit de veto, de tri (en anglais, trial signifie jugement). Cela dit, il a du exister une forme d’astromancie qui fonctionnait dans un registre divinatoire. En ce sens, nous distinguerons une astrologie non divinatoire d’une astrologie divinatoire. Pour l’astrologie divinatoire, il s’agit de donner sens aux moindres signes qui se manifestent, donc pour l’astromancie, tout phénomène céleste est porteur de présage, travail très méticuleux et permettant d’élaborer un discours substantiel et copieux. Cette approche très fouillée et minutieuse du support divinatoire, on la retrouve. chez Alexandro Jodorowsky, dans son rapport au Tarot
Pour l’astrologie non divinatoire, en revanche, seuls certains phénomènes célestes sont significatifs et encore le sont-ils que selon un certain ordre fixé par l’Humanité et non en vue de savoir ce que les astres, c’est à dire les dieux – divination est à rapprocher de divinité et de l’acte de deviner- lui promettent ou lui réservent. Force est de constater que l’astrologie moderne est devenue très fortement divinatoire et d’ailleurs elle n’hésite pas à considérer la découverte de chaque nouvelle planète comme annonciatrice de nouveaux développements civilisationnels. Le mot même d’astrologie est souvent interprété littéralement à savoir un discours sur le ciel tel qu’il se présente, s’offre et s’impose à nous. L’astrologie n’est pas un commentaire sur l’astronomie mais un usage bien circonscrit et codifié de celle-ci… Le discours produit est sensiblement plus austère et dépouillé, certainement moins pittoresque et haut en couleur que celui de l’astromancie dont le propos se prête fort bien à l’astrologie par ordinateur laquelle ne peut s’ajuster sur une quelconque connaissance du client. S’il fallait comparer avec la condition des petits d’animaux à la naissance : l’astromancie est déjà tout équipée dès qu’elle sort de la bouche de l’astrologue alors que l’astrologie a besoin de s’imprégner de l’environnement, du conditionnement post natal pour s’épanouir pleinement. .
Nous ajouterons que selon nous il est quasiment impossible à notre intelligence de fonctionner sur une base 3 et ses dérivés. C’est ainsi que si je peux prévoir que l’échec de A conduira à la réussite de B, que dire s’il y a trois candidats ? C’est d’ailleurs pour cela que la constitution de la Ve République ne conserve que deux candidats au second tour des élections présidentielles et pourquoi il n’y a que deux grands partis aux Etats Unis, les Républicains et les Démocrates.
Le nom du signe est ce avec quoi le public est le plus familier alors que du point de vue du savoir astrologique, cela a été longtemps assez secondaire. L’on peut aborder le signe en tenant compte de son nom ou en s’appuyant sur un réseau de corrélations venant converger sur chaque signe de façon différente. C’est ainsi que la signification accordée aux signes se structure à partir de coordonnées, chaque signe étant membre d’une quadruplicité à savoir les 4 Eléments (feu, terre, air, eau), d’une triplicité, qui correspond au découpage de chacune des 4 saisons en trois (signes cardinaux, fixes, mutables) mais aussi étant lié à un découpage binaire : les signes impairs (1, 3, 5, 7, 9, 11) sont masculins, les signes pairs (2, 4, 6, 8, 10, 12) féminins.
A cela vient s’ajouter la mise en relation de chaque signe avec plusieurs planètes, au moins deux, par le dispositif dit des Dignités planétaires lequel a son envers (Débilités planétaires) : au domicile s’oppose l’exil, à l’exaltation, la chute si bien que pour chaque signe, il y a des planètes qui lui conviennent et auxquelles il convient et d’autres non. Tout cela va contribuer à modeler l’image que l’astrologue se fait de tel ou tel signe. Mais l’on perçoit assez vite que les quadruplicités ont bien du mal à correspondre avec les personnages zodiacaux : le verseau est classé parmi les signes d’air alors que son nom même comporte le mot eau, c’est le verseur d’eau, Aquarius. En fait, l’on observe une nette hétérogénéité des différents facteurs associés à un même signe, d’où la tendance à éliminer certains de ces facteurs pour préserver une meilleure cohérence au sein de chaque unité zodiacale. Cette hétérogénéité se retrouve évidemment au niveau du thème astral perçu comme totalité pertinente, réunissant l’ensemble de ces unités activées diversement selon le moment de la naissance.
Quant aux correspondances avec les dieux planétaires, on rappellera que le signe des gémeaux est souvent représenté iconographiquement par un couple et qu’à ce titre il semble mieux devoir aller avec Vénus qu’avec Mercure et d’ailleurs l’imagerie vénusienne fait apparaître un couple qui évoque irrésistiblement les gémeaux/jumeaux. Cependant, force est de constater que l’iconographie géminienne dominante évacue la dimension sexuelle du signe et de la période de l’année à laquelle il correspond. Il d’agit là vraisemblablement d’une interférence astronomico-mythologique : les Dioscures Castor et Pollux, qui ont laissé leur trace dans la constellation des Gémeaux . Tout se passe comme si les astrologues ne pouvaient s’écarter des attributions astronomiques tant en ce qui concerne les planétes que les signes et constellations.
Toujours à propos des signes dits « mercuriens », l’on pourrait de la même façon se demander si la Vierge, dans sa représentation habituelle, n’est pas également plus proche des valeurs vénusiennes que mercuriennes. On s’interrogera donc: pourquoi le signe a-t-il évolué d’un couple hétérosexuel vers un couple homosexuel, est-ce du à l’attribution de Mercure, le messager des dieux, à ce signe, personnage auquel on ne connaît pas de conjointe à la différence des autres dieux. Il semble que le couple mésopotamien Gilgamesh-Enkidu ( texte constitué au XVIIIe siècle av. JC) ait pu faire évoluer une allégorie initialement vénusienne (cf Jean-Daniel Forest, L’épopée de Gilgamesh et sa postérité, Paris- Méditerranée, 2002). Le système des domiciles aggrave la situation en plaçant non pas un mais deux signes sous sa domination : les Gémeaux mais aussi la Vierge, soit des signes liés à des déesses alors que Mercure est un dieu. Or si l’on se référe au poéme d’Hésiode (milieu du VIIIe siècle avant notre ère), les Travaux et les Jours, force est de constater que la procréation fait partie intégrante, au même titre que l’élevage ou l’agriculture des activités s’imposant aux hommes responsables qui ont le devoir de se perpétuer. En fait toute l’iconographie zodiacale et des Livres d’Heures n’est que l’illustration d’un bréviaire du savoir-vivre/faire rustique.
Enfin, chaque signe est associé à une maison ayant le même numéro d’ordre : le premier signe, le bélier, étant à rapprocher de la maison I, le deuxième signe, le taureau, étant à rapprocher de la maison II et ainsi de suite. Un tel rapprochement signes/maisons est au cœur de l’astrologie moderne en ce qu’il connecte la division du mouvement diurne des astre, toutes vitesses confondues, avec la division du cycle annuel en 12 mois, laquelle division sert également à baliser les différents cycles planétaires, faisant ainsi double emploi avec le système des aspects qui suffit largement pour ce faire. Le thème natal actuel intégré ces deux niveaux relevant, selon nous, de deux astrologies bien distinctes.
D’ailleurs, si la signification des signes est liée aux saisons, bonnes comme mauvaises, celle des maisons s’articule autour de l’horizon, lequel distingue le jour et la nuit. Pour nous les significations des 12 maisons constituent un zodiaque astrologique symboliquement plus authentique que le zodiaque des astronomes. Les attributions afférentes aux 12 maisons ne correspondent en effet pas à la progression du mouvement diurne mais bien celles des activités au cours de l’année, ce qui est le propre de la symbolique zodiacale d’origine. On notera qu’il existe bel et bien une iconographie des maisons – que l’on pourrait appeler domologique – bien qu’elle ne figure plus, sinon tout à fait exceptionnellement, dans les traités d’astrologie moderne. On conçoit que la mort (maison VIII), par exemple, ne s’inscrit pas dans une perspective quotidienne.
On a, en effet, parfois bien du mal à relier les signes du zodiaque aux saisons. C’est ainsi que les gémeaux n’ont apparemment pas de raison particulière de correspondre au printemps sauf à y voir un couple de jeunes gens, à la saison des amours, comme on le voit dans le manuscrit des Très Riches Heures du Duc de Berry. On ne comprend pas davantage ce que vient faire le signe du verseau en hiver si l’on ne replace pas la coupe ( la cup anglaise, une des quatre couleurs du tarot) du verseau dans le cadre des banquets qui se tiennent alors mais on est alors dans des nourritures bien terrestres fort éloignées de l’image éthérée et aérienne que les astrologues veulent donner du signe. Ce ne sont pas tant au demeurant des aliments « naturels » comme des fruits que l’on cueille aux arbres en Eté mais bien des provisions faites de salaisons, de confitures, de conserves qui sont stockées, engrangées, cuites. C’est l’hiver que l’Humanité affirme le mieux sa supériorité sur le règne animal. On ne s’étonnera donc pas de voir le verseau, signe représenté par un homme, Ganymède, au coeur de cette saison et la Vierge, donc la femme, correspondre à l’Eté, saison où elle ressent moins sa dépendance envers l’Homme, où la nature est généreuse, où il ne faut pas compter.. On a là le couple Pluton- Cérès. En ce qui concerne les quatre « couleurs » du Tarot – constituant les arcanes mineurs – à savoir coupe, épée, bâton et denier – en rapport, respectivement, avec celles de nos jeux de carte ordinaires cœur, pique, trèfle (en anglais, club, bâton), carreau (en anglais diamond), la coupe semble bien liée à la table aquarienne hivernale sur laquelle elle repose, le trèfle au paysage du printemps tel qu’il est représenté dans les Très Riches Heures du Duc de Berry, avec ses prés fleuris. Le denier – pièce circulaire – serait plutôt la roue comme on la trouve sur les scènes champêtres et estivales (chariot, charrue) et enfin l’épée ou la pique serait à rapprocher des scènes d’abattage du porc, à l’automne, au cours desquelles le sang est versé..
Les deux dialectiques Mars-Vénus et Pluton-Proserpine, qui sont les divinités qui font le plus sens pour la zodiacologie- dispositif par la suite envahi par l’ensemble des planètes du système solaire – nous semblent se manifester respectivement autour de la polarité du sang et de celle de la lumière. Le sang pour Vénus et Mars, le sang du cycle de la menstruation féminine, et le sang de la plaie ouverte, lors de la chasse, par une arme masculine, soit l’épanchement naturel et celui qui est provoqué : Printemps et Automne Le feu solaire, qui fait mûrir les plantes et permet la cueillette, pour Proserpine et le feu de la forge masculine, pour Pluton ; Eté et Hiver.. D’un côté, le sang et le feu appartenant au cycle féminin, matriarcal de la vie et du ciel et de l’autre le sang et le feu qui correspondent à nouvel âge masculin, patriarcal, constituant un autre stade d’évolution du monde… Rappelons que Vulcain, personnage qui nous semble proche de Pluton – lequel fut l’époux de Proserpine- était promis à Vénus qui lui préféra Mars, l’autre divinité masculine du quatuor.
Le Kalendrier des Bergers comporte une description des vices et des vertus qui figure peu ou prou dans le Tarot, mais aussi dans le zodiaque avec la Force (à rapprocher du latin Fortitudo, le courage, traditionnellement représenté par un homme s’opposant à un Lion, qui figure également dans le zodiaque), la Tempérance, la Justice (avec sa balance, que l’on retrouve dans le zodiaque) mais on retrouve ces vertus illustrées dans un ouvrage comme les Hieroglyphica d’Horus Apollo. Or, la Force dans l’arcane XI du Tarot est représentée avec un lion ; elle pourrait être à l’origine du signe du Lion. Le Zodiaque serait un mélange d’images empruntées de façon assez aléatoire à une sorte d’encyclopédie.
Ainsi, la description que l’astrologie donne de la typologie zodiacale est-elle rien moins que fondée sur le seul nom du signe mais est l’aboutissement d’un ensemble de facteurs, ce qui pourrait expliquer les incohérences psychologiques de certains portraits, étant donné que les divers critères ainsi combinés constituent un ensemble assez disparate. Bien entendu, cette disparité n’est rien par rapport à celle du théme natal pris dans son ensemble, le théme étant censé décrire une personnalité. L’idée que l’astrologie se fait de notre humanité au travers du théme natal complet (et non réduit au schéma des statistiques Coquelin) est des plus baroques.
Un autre cas assez remarquable est celui de la typologie planétaire moins accessible en ce qu’elle exige a priori de recourir à des éphémérides et non à un simple almanach. Tout comme le signe peu ou prou associé à un certain bestiaire sinon à une sorte de zoo, la planéte porte un nom qui parfois semble suffire à en cerner la signification. Ce nom renvoie à la mythologie gréco-latine, considérée comme un ensemble cohérent mais qui peut fort bien comporter une dimension syncrétique, du fait de l’intégration de différents cultes au sein d’un seul et même panthéon, dont le nom même signifie bien un rassemblement de dieux. A partir du moment où les astronomes recourent à d’autres mythologies pour désigner de nouveaux astres, il semblerait que les astrologues puissent ne pas respecter ces appellations et en proposer d’autres, qui leur sembleraient plus conformes mais tout se passe comme si cela leur était impossible, au nom d’on ne sait quel contrat ou arrangement passé avec les astronomes.
Selon nos recherches sur la genèse du zodiaque, quatre dieux s’imposaient dans le cycle saisonnier : Vénus et Mars, Pluton et Proserpine/Cérés – ce qui ne signifie pas que l’on sache exactement à quels astres on les faisait correspondre ni que l’on tenait compte du mouvement de ces astres pour en tirer quelque information que ce soit. Mais si ces dieux devaient être associés pour quelque raison des astres, il est évident que l’on ne pouvait choisir que des astres visibles et repérables, ce qui n’est, à notre connaissance, le cas ni de l’astre actuellement dénommé Cérés ni de celui dénommé Pluton alors que cela convient pour Mars et Vénus. L’on peut d’ailleurs se demander si le couple Pluton-Proserpine ne serait pas tout simplement à rapprocher de Soleil-Lune, qui ne cessent de se rapprocher (nouvelle lune) et de se séparer (pleine lune) Mais dans ce cas, Pluton correspondrait à la Lune, à la nuit et à l’hiver et Proserpine au Soleil, au jour et à l’Eté, le soleil revêtant une dimension féminine – d’ailleurs le signe de la Vierge, signe estival, est pleinement féminin ; on sait que dans certaines traditions le soleil est féminin en allemand, c’est die Sonne, die étant le marqueur du féminin et la Lune, c’est der Mond, avec un marqueur masculin. On n’oublie évidemment pas qu’il fait jour également l’hiver et nui également l’Eté….. L’homme nous apparaît en effet comme lunaire, il est Prométhée, celui qui vole le feu du soleil, la Lune ne tenant sa lumière que du soleil. Mais le monde lunaire est un nouveau stade par rapport au monde solaire, rien n’est plus facile à saisir que l’influence du soleil, celle de la lune est déjà bien plus subtile..La lumière solaire ne désigne pas de point particulier du ciel tant elle déborde l’aire solaire proprement dite alors que la lumière lunaire focalise l’attention sur le seul point du ciel où la Lune réside en un moment donné, tel un index. D’où l’adage : regarder la Lune que le doigt désigne et non le doigt. Le soleil est partout, la lune est quelque part. La Lune est à l’échelle humaine, l’homme y a même posé le pied en 1969. Le feu est le complément de la Lune puisque la Lune ne chauffe pas la terre, ne forge pas les métaux. La Lune est une veilleuse et l’homme, à son image, un veilleur au milieu des ténébres.
Le calendrier est avant tout lunaire – il l’est resté chez les Musulmans- puisqu’il structure la course annuelle du soleil au regard de sa rencontre avec l’astre des nuits lui imposant en quelque sorte une nouvelle cyclicité. La notion même de mois, de signe est lunaire, surimposant son cycle à celui du soleil qui lui est évidemment antérieur comme l’est la lumière de l’astre des jours. En ce sens, la femme correspond à un état plus primitif que l’homme, d’où son affinité avec la nature à son zénith alors que l’homme correspond à la nature en son nadir.
On nous objectera que les femmes sont marquées par la Lune au niveau de leur cycle mais il s’agit là d’une autre grille qui n’a pas à interférer ici et qui appartient à une ère beaucoup plus ancienne. On ne répétera jamais assez, au cours du présent ouvrage, que toutes sortes de rapports entre les hommes et les astres ont été établis au cours des millénaires et qu’il importe de ne pas tout mélanger sous prétexte qu’il est question d’un même référentiel. Il est moult façons d’assaisonner le cosmos.
La tradition astrologique en adoptant la Lune pour le féminin et le Soleil pour le masculin est dans l’erreur. De la même façon que le domicile de la Lune ne saurait être le cancer signe d’Eté. D’ailleurs, le fait même de placer soleil et lune côte à côte dans le zodiaque est une aberration : quelle est cette dialectique soleil lune qui ne passe par une inversion des valeurs alors que c’est bien le cas pour Mars et Vénus dont les domiciles sont opposés ? Il semble que l’on ait mal saisi l’application de la série : ce n’est pas Lune-Soleil-Mercure-Vénus-Mars-Jupiter-Saturne puis, en remontant, Saturne-Jupiter-Mars et ainsi de suite mais Soleil-Mercure-Vénus-Mars-Jupiter-Saturne-Lune. puis, en remontant, Lune-Saturne-Jupiter etc. La lune a en effet sa place à l’opposé du soleil et de son escorte (Mercure et Vénus) aux côtés de Saturne, c’est à dire en Verseau, face au signe du Lion, qui est le domicile du Soleil, le cancer étant un second domicile de ce dernier..
Il a fallu beaucoup d’ingéniosité à l’exégèse astrologique pour masquer une telle incongruité que la non opposition soleil -lune au niveau des Dignités planétaires. On notera la même bizarrerie avec l’ordre des jours de la semaine avec la présente côté du soleil (dimanche) et de la lune (lundi). Si l’on inverse le soleil et Saturne, dans cette série, on a Saturne- Lune-Mars-Mercure-Jupiter-Vénus-Soleil. , soit un premier groupe d’astres masculins et un second d’astres féminins, avec Mercure, à l’articulation entre les deux et qui est réputé neutre. Notre samedi devrait s’appeler jour du soleil (Sunday) et le dimanche, premier jour de la semaine dans le calendrier hébraïque, jour de Saturne (Saturday)
La Lune en ne captant qu’une partie du rayonnement solaire nous apparaît comme l’expression même du monothéisme, c’est à dire d’une focalisation, d’une instrumentalisation d’une partie limitée de l’objet de référence alors même que le Soleil a une dimension universelle, totalisante. La Lune ne récupère qu’une toute petite partie du rayonnement solaire, elle focalise, d’ailleurs le feu est un phénomène fondamentalement lunaire, on capte la lumière du soleil avec une loupe. La lune correspond à un maximum de concentration – ce qui donne le feu nucléaire – alors que le soleil correspond à un maximum d’expansion ; Le monde lunaire est généreux, tout y est donné alors que le monde solaire est besogneux, minutieux, et parcimonieux, ce qui correspond à ce sablier, ce rationnement et le contrôle, la maîtrise du temps qui caractérisent l’astrologie face à l’astronomie ouverte vers l’infini.. En ce sens, selon la typologie astrologique, le soleil serait jupitérien et la lune. saturnienne. Or, le b a ba de l’astrologie actuelle veut que la Lune soit l’inverse de Saturne et soit assez proche de Jupiter. Or, la lune, l’astre des nuits, témoigne de cette concentration lumineuse, ponctuelle et peu rayonnante. En fait, cela tient au fait que la Lune ait été associée dans le Tétrabible au cancer et Saturne au signe opposé du capricorne mais le vice de ce dispositif est bien d’avoir placé les deux luminaires cote à cote faisant face l’un et l’autre à Saturne (en capricorne et verseau). En réalité, astronomiquement, la Lune n’est pas liée au soleil comme le sont Mercure et Vénus, dont l’élongation maximale est respectivement de 28° et de 48°, lesquels astres constituent son « escorte ». La Lune peut parfaitement être, tout comme Saturne, diamétralement opposée au soleil, à la différence de Vénus. D’un autre côté, les astrologues en associant la Lune avec la maison IV (la maison), introduisent une dimension de cloisonnement. Il apparaît donc que l’astro-psychologie moderne tient un discours particulièrement confus sur la Lune, qui a au moins l’avantage de convenir à tout le monde, puisque l’on y trouve tout et son contraire. Or, il s’agit de restaurer une anthropologie cosmique cohérente.
Sur un plan symbolique, l’homme serait donc, selon nous, lunaire, c’est à dire en opposition avec les valeurs solaires. C’est lorsque le soleil faiblit que la société a le plus besoin de s’organiser pour survivre, c’est quand le temps est médiocre et que l’on est en périodes de vaches maigres que l’Etat se renforce (cf le Songe de Pharaon) parce qu’il a su se limiter et stocker en périodes de vaches grasses. Quelque part, le Paradis Terrestre est solaire et quitter celui-ci c’est basculer vers le monde solaire – l’Enfer- passant du grand au petit luminaire. , de la corne d’abondance à la sueur du travail. Quand tout va bien, qu’il n’y a plus d’enjeu majeur, l’homme tombe sous le joug de la femme, d’où les guerres, les conflits, qui lui permettent d’asseoir, à nouveau, son autorité.
. Notons qu’en 1589 parurent à la suite des XXI Epîtres d’Ovide une Imitation d’Homère &, ce d’Ovide, Les Amours de Mars & Venus & de Pluton vers Proserpine, Paris, H. de Marnef, 1580. Le second couple n’a pas été repris lors du baptême subséquent des planètes et ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que Cérès (1801) puis, au siècle suivant, Pluton (1930) donneront leurs noms à des astres du systéme solaire. S’il nous semble somme toute assez normal que Pluton soit placé aux confins du dit systéme, comme le fut jusqu’en 1781 Saturne et si le feu plutonien est bien différent de celui du soleil et se présente en fait comme un anti-soleil- en revanche, le fait d’avoir attribué Cérés à un astéroIde minuscule et dès lors invisible à l’oeil nu, en dépit du fait qu’il se situe entre deux planétes qui sont, elles, visibles, Mars et Jupîter semble assez malheureux. Il eût été souhaitable, en fait, d’appeler Cérés un astre beaucoup plus proche du soleil comme Mercure, planéte d’ailleurs associée, dans la traditon astrologique – tant en exaltation qu’en domicile – avec le signe estival de la Vierge.
. La présence du dieu Mercure- Hermès a été une source de confusion, à commencer, dans le Tétrabible, attribué à l’astronome Claude Ptolémée d’Alexandrie (IIe siècle de notre ère) par sa domination sur les Gémeaux vénusiens et la Vierge cérésienne. Cette oeuvre ptoléméenne ne saurait faire référence, elle correspond à la mise en place d’un schéma purement astronomique avec le dispositif des domiciles et l’évacuation de celui des exaltations qui en est absent et qui n’avait pas de fondement astronomique mais déjà les exaltations étaient l’expression d’un polyplanétarisme excluant Pluton et Cérès comme régents de planètes. Or, qui n’était pas régent de planète allait ipso facto ne pas pouvoir être régent de signe/constellation, on entrait dans un cercle vicieux. Bien plus, le système des domiciles exclue par définition la symbolique zodiacale au lieu, comme d’aucuns croient, de venir la préciser. A partir du moment où l’on dispose deux séries planétaires jumelles, cela signifie que l’on introduit une dualité là où il y avait unité, substituant ainsi une logique à une autre. On se retrouve ainsi avec deux Mercure, l’un lié au signe des Gémeaux et l’autre au signe de la Vierge, ce qui contribue à brouiller l’image de Mercure si l’on cherche à tout prix à la zodiacaliser. Idem pour Vénus qui régit à la fois le taureau et la balance – dans l’attente, tout comme Mercure – d’une planète transplutonienne qui la déchargera de ce double fardeau. Il est vrai qu’avec des définitions aussi ondoyantes des planètes -dès lors que la planète est autant défini par ses signes que le signe par ses planètes – l’astrologue se préserve une certaine liberté d’interprétation .
Il en est de même pour les Quatre Eléments, organisés en triplicités (triangles), qui sont en concurrence avec le Zodiaque et avec les Saisons et non en complément. Chacun de ces dispositifs a son intérêt à condition de ne pas tenter de les combiner en un seul et même système. Exit donc le style Bélier, signe de feu, dominé par Mars et ainsi de suite.
Il aura, donc, fallu atteindre le XIXe siècle pour que certains noms de dieux (ré)apparussent dans le ciel, à l’initiative d’ailleurs non pas des astrologues mais des astronomes. Mais même une fois ces divinités réapparues dans le système solaire, il ne vint à l’idée d’aucun astrologue, à notre connaissance, de les préférer à Mercure ou à Jupiter dont la présence, selon nous, est probablement due à l’influence de l’astronomie babylonienne, laquelle attachait beaucoup d’importance à Mardouk dont l’équivalent était réputé être Zeus-Jupiter. On a là à nouveau un exemple de syncrétisme, que l’on peut observer pour le zodiaque avec l’interférence du tétramorphe avec la symbolique mensuelle – dans la dénomination même des planètes : en revanche, le couple Mars -Vénus put s’affirmer. Le fait que le couple se soit transformé en jumeaux vient très certainement d’un rapprochement avec les personnages de Castor et Pollux. On en arrive ainsi à une série de signes qui ne correspondent à aucune cyclicité cohérente, en fait, la symbolique zodiacale, tout en continuant à se référer au point vernal, ne figure plus que par bribes et ne constitue plus un système chrono- anthropologiquement pertinent et cohérent. Du moment que l’on avait, au bout du compte, des dieux et des animaux, la jonction entre les deux traditions pouvait néanmoins s’envisager. Ce n’est pourtant, faute de la part des astrologues de ne pas s’être intéressés aux couples de planètes ni à la mythologie. André Barbault, dans les années cinquante, publiera aux éditions du CIA trois volumes : Soleil-Lune, Jupiter-Saturne et avec Jean Carteret Analogies de la dialectique Uranus-Neptune- ouvrages réédités aux Editions Traditionnelles – sans apparemment percevoir le manque du couple Pluton-Proserpine alors même que Cérés était traditionnellement associée à la Vierge. Ce couple incarnant par excellence la dualité des bonnes et des mauvaises saisons ne figurera donc pas dans l’arsenal de l’astrologie de la seconde moitié du XXe siècle et cela parce que les astrologues ne se seraient pas permis de rebaptiser certaines planétes alors même qu’eux seuls attachaient de l’importance aux noms qui leur étaient assignés. On soulignera le fait que l’argument de la précession des équinoxes est souvent mal compris par les astrologues ; il s’agit là de montrer à quel point les astrologues son tributaires d’appellations astronomiques plus ou moins fantaisistes et décalées, qui plus est, par rapport à un prétendu substrat saisonnier. Autrement dit, l’astrologie aurait peut-être été prise davantage au sérieux si elle avait proposé un nouveau zodiaque, à sa façon, n’étant pas soumis aux aléas d’une autre science qui n’avait cure de ses intérêts et de ses enjeux.
C’est ainsi qu’André Barbault affirmait que Pluton était l’octave supérieur de Mars comme Neptune de Vénus, sans trop se demander si au couple Mars-Vénus correspondait un couple Pluton-Neptune alors même qu’il souscrivait par ailleurs, dans un ouvrage avec Jean Carteret, au couple Uranus-Neptune. En tout état de cause, placer Pluton en domicile dans le Scorpion, domicile de Mars, comme l’ont fait les astrologues d’après sa découverte en 1930 était une aberration car Pluton et Mars ne correspondent pas à la même saison. Si l’on avait baptisé la planète découverte par Le Verrier du nom de Pluton, on l’aurait probablement placée en poissons , signe hivernal, tout comme l’on aurait probablement appelée la planète découverte par Clyde Tombaugh en 1930 du nom de Proserpine, la plaçant en face des poissons en vierge, ce qui aurait évité aux astrologues de l’attendre encore. Car placer Pluton comme maître d’un signe impliquait ipso facto que l’on plaçât Proserpine dans le signe d’en face. Mais il ne vint à l’esprit d’aucun astrologue de débaptiser telle planète – Jupiter par exemple pour lui conférer le nom de Proserpine voire de Cérès attribuée à un malheureux astéroïde. .On voit à quel point l’alliance de l’astrologie avec l’astronomie moderne tournait au cauchemar, l’astrologie, pieds et poings liés, s’étant déclarée engagée par les avancées et les dénominations astronomiques.. On sait que les promesses n’obligent que ceux qui les font.
En fait, il nous semble bien déceler une interférence neptunienne – dans le quartier des trois signes hivernaux : les poissons, le verseau, donc celui qui verse de l’eau et jusqu’au capricorne représenté dans le zodiaque de l’Inde par un crocodile et en Occident par une chévre à queue de siréne. Manilius, d’ailleurs, dans son Astronomicon, attribue le signe des Poissons à nul autre dieu que Neptune tout comme il attribue la Vierge à Cérès, Vénus au Taureau et Mars au Scorpion, omettant Pluton dans la série des 12 dieux correspondant aux 12 signes. De fait le poéme du VIIIe siècle avant notre ère, les Travaux et les Jours d’Hésiode font référence à la navigation parmi les activités recensées chez un peuple visiblement proche de la mer. Pour quelque raison, tout se passe comme si Neptune avait remplacé Pluton, l’eau le feu, mais l’iconographie des mois a maintenu bel et bien la dimension ignée de l’hiver, d’où un décrochage par rapport à la symbolique zodiacale. Etrangement, lorsque l’on découvrit de nouvelles planètes, la première planète au delà d’Uranus fut appelée Neptune (1846) et la deuxième Pluton (1930), encore que ce nom de Pluton ait désigné depuis des décennies la transneptunienne à découvrir.(cf le Manuel d’astrologie sphérique et judiciaire de Fomalhaut, Paris, 1897). Bien entendu, les astrologues anglais du XIXe siècle se hâtèrent d’attribuer la nouvelle planète Neptune – ainsi désignée par les astronomes – au signe des Poissons., solution que les astrologues français adoptèrent subséquemment… (cf nos deux volumes de La Vie Astrologique, Paris, La grande conjonction-Trédaniel, 1992 et 1995). Il conviendrait de déneptuniser le zodiaque des mois d’hiver en leur restituant une dimension plutonienne mais aussi en attribuant le nom de Pluton à la Lune qui retrouve tous les mois le Soleil, lors de la nouvelle Lune alors même que Cérés correspondrait au soleil, le nom de Cérès ayant été attribué,- faute de mieux, pourrait-on dire- au premier astéroïde découvert, le Ier janvier 1801, soit le premier jour du XIXe siècle, par un astronome sicilien, Giuseppe Piazzi, Cérès étant la patronne de son île, la ceinture d’astéroïdes se situant entre Mars et Jupiter et ayant sa place prévue , dès 1772, dans la loi de Titius-Bode. Il est intéressant de noter que les astronomes ont ainsi donné une leçon de symbolisme aux astrologues en réintroduisant dans le ciel, certes à leur façon, les noms de deux dieux majeurs que sont Pluton et Cérès et dont les astrologues s’étaient passé depuis des millénaires.
Il nous semble heureux de rapprocher ce quatuor de dieux (Mars, Vénus, Pluton, Proserpine) d’un autre quatuor bien connu dans l’astrologie, à savoir celui qui oppose les deux astres bénéfiques aux deux astres maléfiques, Vénus étant le petit bénéfique et Jupiter le grand bénéfique, Mars le petit maléfique et Saturne le grand maléfique. On voit que deux dieux sont communs à ces deux séries. Il nous semble logique que les planètes « maléfiques » soient liées aux saisons difficiles, l’automne et l’hiver et les bénéfiques aux saisons lumineuses, le printemps et l’Eté. Or, dans le systémique tel que nous l’avons reconstitué, Mars et Pluton correspondent aux « mauvaises » saisons tandis que Vénus et Proserpine aux « belles » saisons. Dès lors, n’est-on pas en droit de conclure que Saturne- souvent représenté par la faux de la mort, a pris la place de Pluton et Jupiter, le maître de l’Olympe en analogie avec le Soleil, l’astre le plus lumineux, celle de l’estivale Proserpine/Cérés? Nous pensons plutôt que Pluton est à associer avec la Lune et Cérès avec le Soleil, qui ne sont pas des planètes stricto sensu. L’on peut certes associer Saturne avec la Lune, d’autant que leur vitesse de révolution correspond aux mêmes chiffres : 28 jours/28 ans donc 7 jours/7 ans. De même, le soleil peut être associé à Jupiter-Zeus, maître de l’Olympe, dont le cycle est déterminant en astrologie chinoise. L’aspect numérique n’est pas indifférent et a pu jouer un rôle dans certains choix subjectifs : même notre découpage de la journée en 24 heures n’est pas si éloigné du compte, d’où une sorte de triptyque : le jour de 24h, le cycle de Saturne de 28 ans, le mois lunaire de 28 jours . Si l’on divise par 4, on a des unités qui tournent entre 6 et 7 et qui nous semblent les plus conformes au rythme de vie des hommes : 6 heures, 6 jours, 6 ans que l’on peut encore diviser en deux.
Le lien entre astres et saisons est essentiel – tout comme les dieux prennent sens dans le cadre de la vie quotidienne et cyclique – et l’on voit à quel point l’astrologie a dévié avec le dispositif figurant dans le Tétrabible qui place Jupiter en sagittaire, signe d’automne alors que l’ancien dispositif des exaltations, dont le Tétrabible ne dit mot, et qui est notamment attesté chez Pline, place Jupiter au cancer, signe d’Eté et Saturne en balance, signe d’automne. Mars est exalté en capricorne, signe d’hiver. Une anomalie, Vénus exaltée en Poissons, signe d’hiver alors que cet astre est en rapport avec les « belles  » saisons: Il semble qu’il ait été refoulé des signes printaniers qui jouxtent le signe des Poissons par un autre dispositif qui s’est surimposé ou au contraire qui n’a pu être évacué à savoir l’attribution des deux premiers signes de printemps (bélier et taureau) aux luminaires . En effet, le fait d’associer les deux luminaires dans deux signes conjoints a une autre signification qui n’est pas liée aux saisons mais plus largement à une symbolique de réunion des contraires… On observera que nous obtenons ainsi un lien entre chacune des quatre planètes et le début d’une saison : Mars correspond au solstice d’hiver Saturne à l’équinoxe d’automne, Jupiter au solstice d’Eté et Vénus, donc, à l’équinoxe de printemps, en bélier (et non pas en Poissons) Cette opposition Saturne-Jupiter a laissé des traces dans les glyphes inversés de ces deux astres
Il convient toutefois de ne pas tomber dans le piége d’un syncrétisme chronologique : dans la production du XVIe siècle, ce ne sont pas moins de trois systémes qui cohabitent dans la production astrologique mensuelle d’un Nostradamus, dans les années 1550! On a les pronostications qui sont calculées à partir des équinoxes et des solstices et qui ne comportent donc que quatre divisions pour toute l’année; c’est sur cette base que l’on découpe le zodiaque en douze « mois » qui n’ont rien à voir avec les mois de l’almanach; on a les prédictions ou présages qui sont calculés à partir des rencontres soleil -lune, qui se produisent mensuellement et en fait sur une base hebdomadaire, soit 48 thémes à dresser et à interpréter annuellement et enfin on a les mois du calendrier qui ne correspondent nullement aux deux précédents découpages. En fait, ce sont plusieurs définitions du mois qui cohabitent au sein d’un même almanach: le quatrain de janvier, par exemple, ne recoupe pas exactement la prédiction de janvier, calculée par rapport aux écarts soleil-lune et ainsi de suite. Au regard de ces divisions est en place une iconographie elle-même composite et l’on ne sera donc pas surpris d’avoir à constater que celle-ci rassemble des documents de sources différentes: le Lion, par exemple, a du symboliser – à une certaine époque – le solstice d’Eté et n’a rien à voir avec les activités mensuelles de la vie agricole et domestique. Il apparait également que l’on aura fini par associer les acfivités mensuelles, correspondant à une base 12 (rencontres soleil-lune) avec le zodiaque, quant à lui calculé, sur une base 4, par rapport aux équinoxes et aux solstices et n’ayant en soi aucunement besoin d’une division en 12.

ll ne s’agit pas ici de réinventer l’astrologie, comme le propose un Jean-Pierre Nicola, mais de reconstituer une tradition qui vaut ce qu’elle vaut mais qui a des chances d’être mieux enracinée dans l’inconscient collectif que ses dérives et corruptions tardives, quels que soient les efforts des exégètes à démontrer que le résultat actuel est tout à fait satisfaisant. Peu importe qu’il le soit ou qu’il ne le soit pas, ce qui nous importe, c’est qu’il est complètement décalé avec les anciennes représentations et donc anachronique. Certes, l’on pourra nous signaler qu’il y a danger, comme le fait remarquer Milo Baya à surcontextualiser le savoir astrologique, en l’orientant vers une sorte d’involution, voire de régression. Il vaudrait mieux parler de révolution ; c’est à dire de resourcement, ce qui n’a rien à voir avec la table rase de ceux qui veulent fonder l’astrologie sur l’astronomie contemporaine et qui sont bel et bien, eux, dans la surcontextualisation puisque cette astronomie contemporaine nous raméne à un stade antérieur au regard de l’Homme sur le monde et où la notion de visibilité ne faisait pas encore sens.
Les maisons astrologiques ne faisaient pas partie initialement du thème natal sous la forme que nous leur connaissons. Dans le Tétrabible l’on trouve d’autres appellations qui ne correspondent pas. à ce qui figure dans les manuels d’astrologie moderne. Les maisons astrologiques ont une vocation prédictive et cyclologique évidente et se divisent en fait en deux groupes qui alternent : les maisons qui correspondent à la vie quotidienne, à la famille, à la domesticité et que nous qualifierons d’inférieures ou de féminines (maisons I à VI) et les maisons qui impliquent des enjeux collectifs, avec un champ de conscience plus large, et que nous qualifierons de supérieures ou de masculines. (maisons VII à XII). Nous proposerons, à titre indicatif, la présentation suivante, sur la base des critères avancés :
Groupe hivernal, impliquant une vie confinée, une famille dominée par un seul maître, une seule loi, celle du pater familias, chaque cellule se repliant sur elle-même, comme cette crèche de Noël, au début de l’hiver (25 décembre) où l’on voit se côtoyant, dans une sorte d’étable, le nouveau né, (l’enfant Jésus), le foyer, ses parents, les serviteurs, les animaux domestiques (maisons I à VI mais qui en fait devraient être les maisons VII à XII correspondant à l’automne et à l’hiver si on les met en analogie avec les signes zodiacaux – du scorpion aux poissons). .
Groupe estival, impliquant un mouvement vers l’extérieur, un déracinement, un départ, une transhumance, un mariage; maisons VII à IX mais qui en fait devraient être les maisons I à VI correspondant au printemps et à l’Eté – du bélier à la vierge). Ce sont des maisons astrologiques pour lesquelles la Nature généreuse rassemble sous son aile ce qui est dispersé et où chacun se comporte à sa guise, fait l’école buissonnière, va dormir, comme les clochards, les SDF (sans domicile fixe) sous les ponts, sans organisation autre que celle qui est liée aux exigences les plus primaires, qui valent pour tous et apportent une touche d’universalité où les cultures ne sont plus que des épiphénomènes jugés parfois encombrants…
Le fait que l’astrologie associe le cancer au féminin, du fait de son lien avec la Lune, nous apparaît comme un grave contresens anthropologique. D’une part, parce que durant l’Eté, les gens ne s’enferment pas chez eux, ce qui fait que la maison est moins importante – d’ailleurs encore de nos jours c’est le moment où l’on part de chez soi pour aller habiter ailleurs – et d’autre part parce que le cadre familial est pesant pour la femme, c’est là que le joug est le plus lourd, qu’elle est la plus dominée et assimilée au monde domestique en général. La Maison nous apparaît, bien au contraire, comme un symbole masculin et non féminin. On parle d’ailleurs des maisons royales, des maisons commerciales – expressions devenues quelque peu désuètes de nos jours. La maison, c’est aussi le Temple, c’est l’oeuvre du (franc) maçon. Décidément, les livres d’astrologie véhiculent une certaine quantité de contrevérités alors même qu’ils prétendent nous éclairer sur l’ordre du monde. Mais ce sont peut-être ces déviances qui attirent précisément un public féminin qui y trouve son compte. Pour la femme, en réalité, la maison est bel et bien une prison. Et d’ailleurs, l’exogamie est un droit, préservé dans les familles princières, qui lui est accordé de pouvoir s’échapper, du moins changer de maison, de nom de famille, voire de religion. Si elle est gardienne du foyer, c’est toujours un foyer d’adoption, qui est le fruit d’un dépaysement, d’une acclimatation ; seule la vieille fille ne bouge pas.. De nos jours, force est de constater que croit toujours davantage le nombre de femmes qui affirment leur allégeance à leur maison d’origine alors même qu’elles se prétendent émancipées. C’est qu’en réalité, l’émancipation de la femme est fortement matinée de mimétisme envers l’Homme. La femme ne veut pas d’une telle liberté : tel est bel et bien son dilemme à savoir qu’elle ne profite pas des droits inhérents à sa condition féminine mais qu’elle convoite ceux qui ne lui sont pas accordés. Pendant la Première Guerre Mondiale, les femmes ont été envoyées dans les usines alors que les hommes étaient au front, elles y ont vu un gage de leur libération alors même qu’elles étaient intégrées plus que jamais, à un niveau mineur, au sein de la structure masculine. Il aurait probablement mieux valu qu’elles contribuassent, en temps utile, au brassage des peuples – évitant ainsi la guerre – en se mariant à l’étranger que de contribuer à l’effort de guerre….. L’astrologie actuelle reflète-t-elle une telle déviance ou bien en est-elle peu ou prou la cause en pervertissant son symbolisme?
Chez les femmes, en tout état de cause, existe un penchant très fort pour la liberté et qui en fait des êtres non pas casaniers mais au contraire aptes à se déplacer d’un endroit à un autre – ce qui correspond à l’exogamie. D’ailleurs, il suffit d’observer le comportement de femmes qui n’ont pas eu de père : on trouvera chez ces femmes un tempérament rebelle, frondeur, insoumis, s’efforçant d’échapper à toute contrainte, à tout engagement, qui n’en font qu’à leur tête et qu’il faut dompter comme on le ferait d’un cheval sauvage Sous des apparences, un vernis civilisés, la femme, mal sevrée par son père, reste un être épris de liberté et notamment de liberté de parole comme l’a noté John Gray, dans son best-seller Les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars. Etre raisonnable leur pèse et lui coûte plus qu’aux hommes et c’est peut-être cela qui est injuste que de leur demander de se comporter comme eux…
Signalons en passant à quel point l’astro-typologie traditionnelle est en porte à faux avec de telles descriptions sans parler de l’astro-psychologie fondée sur le thème astral et qui dresse des portraits kaléidoscopiques. Quelque part, le thème astral contribue, en effet, à brouiller le clivage Hommes-femmes et à voir du masculin chez la femme et du féminin chez l’homme, selon une grille jungienne (animus/anima) dont on peut se demander si elle ne serait pas influencée par une certaine fréquentation de l’astrologie. Le débat sur la liberté de la femme comporte quelque paradoxe : au nom de sa liberté, la femme veut s’intégrer au monde des hommes or toute intégration implique une certaine dose de renoncement à sa liberté, d’entrer dans un certain système. Ce faisant, la part de liberté dans le monde n’est plus incarnée que dans une sorte de mauvaise conscience, voire de mauvaise foi, par un retour du refoulé : cette liberté ne disparaît pas chez la femme mais elle se surimpose à ses comportements mimétiques. En ce qui nous concerne, nous pensons que toute société doit se ménager une zone de liberté et étonnamment l’esclave, l’étranger, la femme, l’enfant seraient plus libres que le citoyen, dégagés de certains droits, ils le seraient aussi, ipso facto, de certains devoirs, n’ayant pas à répondre aux mêmes attentes. C’est dire que le débat actuel sur l’intégration est mal posé dès lors que l’on admet l’existence, que dis-je, la nécessité d’une société duelle, à deux vitesses.
En ce qui concerne la correspondance signe/maison, il y a plusieurs écoles : l’une qui pose comme une évidence la correspondance entre ces deux séries, l’autre qui la rejette, comme Gilles Verrier. Il y a aussi ceux qui considèrent qu’il faut numéroter les maisons, à la Coquelin, dans l’ordre de marche des planètes et ceux qui acceptent une numérotation qui va dans le sens inverse des aiguilles d’une montre si l’on place l’ascendant à gauche. Nous avons longtemps pensé que les deux séries ne correspondaient pas mais depuis le progrès de nos recherches sur le zodiaque, nous avons changé d’avis en ce que la correspondance entre maisons et mois de l’année nous semble assez flagrante ; si bien que la présence de la symbolique actuelle des maisons pour décrire le mouvement diurne nous semble déplacée, c’est le cas de le dire..
. On voit mal comment la tradition astrologique telle qu’elle se pratique et s’interprète actuellement – on pense par exemple à la collection Zodiaque des éditions du Seuil, qui a près d’une cinquantaine d’années d’existence – relie le signe du cancer au foyer et donc les gens du cancer, ceux qui ont notamment le soleil ou/et la lune en cancer, donc nés au début de l’Eté – le cancer commençant avec le jour le plus long, celui du solstice- seraient casaniers, attachés à leur maison, à leur cocon. Les lecteurs, élèves et clients de l’astrologie entendent un tel discours sans sourciller, ce qui en dit long sur ce qu’ils disposés à accepter émanant de l’astrologie tant sur le monde que sur eux -mêmes. Qui ne voit qu’il s’agit là d’un total contresens et que tout ce qui a rapport à la maison doit être associé à l’hiver, comme le montrent tous les Livres d’Heures qui placent les scènes d’intérieur durant les mois les plus froids. En Eté, au contraire, on sort dans la nature, on dort à la belle étoile comme ces bergers qui sont représentés installés dans un verger. Inversement, le sagittaire ne saurait être le signe des voyages, comme cela est ressassé dans cette littérature zodiacale : est-ce que l’on part en voyage en décembre, dans les derniers jours de l’automne, à l’approche de l’hiver et ce même si la maison IX est celle des voyages et que l’on veut la rapprocher du neuvième signe ? Dans l’iconographie des Très Riches Heures du Duc de Berry, les personnages à cheval ne figurent que durant les mois de printemps et d’Eté. Le sagittaire n’a donc pas à être associé avec le cheval, c’est un archer, non un centaure – en fait son image est étrangement syncrétique sous la forme d’un centaure tirant à l’arc. Même de nos jours, les grands départs se font l’Eté, à la belle saison. C’est alors que l’on peut se rencontrer d’un village à l’autre après avoir été séparés par la neige par exemple ; on sort de sa tanière, les gens se rencontrent, les couples se forment (rien à voir avec l’homosexualité des Gémeaux !), en dehors de la famille (prohibition de l’inceste), c’est le temps de l’exogamie, quand la fille quitte ses parents pour partir plus ou moins loin.
C’est donc toute la psychologie zodiacale qui est à revoir quelles que soient les prétendues vérifications que l’on nous opposerait et dont on sait la valeur ! Il importe de placer les premières maisons (I à VI) au dessus de l’horizon, en rapport avec les saisons où l’on va dans la nature et les maisons VII-XII au dessous de l’horizon, parce que l’on se terre chez soi. La maison IV ne saurait donc être celle de la maison, de la famille et la maison IX celle des départs au loin.
On aura compris que si nous confirmons le lien signes/maisons/mois, cela ne se conçoit dans le système en mouvement, selon l’expression de Christian Gourdain, empruntée à Robert Jaulin, que si l’on inverse la numérotation actuelle telle qu’elle se pratique dans le thème natal. Ce qui signifie que celui qui a surtout des planètes dans les maisons au dessus de l’horizon est celui qui sort de chez lui, puisqu’il fait jour alors que celui qui a surtout des planètes sous l’horizon tend à se cloîtrer dans sa demeure. Or, on ne voit pas comment le sagittaire, signe de la fin de l’automne correspondrait à une maison IX proche du Milieu du Ciel, c’est à dire de la mi-journée. Dès lors si le né a des planètes en maison IX, il les a en fait en maison III, dans un registre Gémeaux, si l’on considère la maison I comme marquant le début du printemps ! On nous dira que la pratique vient confirmer l’autre dispositif et l’on répondra que si la pratique peut faire cela, paraphrasant Jean Rostand, à propos des statistiques en astrologie, alors ne nous fions plus à une pratique si celle-ci n’est pas d’abord sous tendue par une théorie cohérente. De même qu’il n’y a pas d’individuation en dehors d’une appartenance sociale préalable, de même il n’y a pas de pratique en dehors d’un contexte théorique pertinent.
De nos jours, le thème astral est de plus en plus utilisé sous la forme d’une astromancie rétrospective : au lieu de faire un tirage de cartes pour le moment de la consultation, l’on dresse le thème de naissance mais on traite celui-ci comme un tirage censé rendre compte de ce que le né a vécu jusque là ; c’est dire que le même thème sera interprété différemment si le né à quinze ans ou quarante ans. Cela signifie que l’on part du principe que ce que le né est devenu au moment où il consulte était préinscrit dans le thème. Inutile de dire qu’il s’agit là d’une pratique qui n’est formalisée dans l’enseignement astrologique mais qui s’observe bel et bien dans la plupart des réunions astrologiques où l’on discute de thèmes de personnages connus comme celles organisées par Didier Geslain ou à l’AFA (association française d’astrologie) de Christian Fenninger.
Or, étant donné que le thème natal ne prend pas en compte le mouvement des astres au cours de la vie de la personne, sauf à y greffer des transits ou à extrapoler par des conventions de temps artificielles, l’on est en droit de penser que ces deux ensembles correspondaient bel et bien à une certaine philosophie binaire que nous retrouvons dans l’astrologie telle que nous la présentons avec le cycle Saturne-Aldébaran. Ajoutons que nombreuses sont les mancies, outre l’astrologie thémique, à avoir adopté les maisons cycliques à commencer par la géomancie et le tarot. Ajoutons que les travaux statistiques de Gauquelin ne viennent aucunement valider ces maisons astrologiques du moins quant à la signification qui leur est assignée.

Une typologie inconsistante

Non seulement, le thème natal nous apparaît-il comme une sorte de recueil des notions astrologiques les plus diverses bien plus que comme un outil opérationnel mais les typologies astrologiques sont dans leur présentation actuelle bien peu crédibles. Si l’on examine un traité d’astrologie comme celui d’André Barbault, l’on nous explique que Jupiter est expansif, qui aime les voyages, et que ses domiciles sont en sagittaire et en poissons, respectivement signes d’automne et d’hiver mais cela n’empêche pas Jupiter et le soleil, astre de l’Eté, de s’entendre à merveille en conjonction. A contrario, Mercure est un astre intellectuel, qui décortique et l’on s’attendrait à ce qu’il corresponde aux saisons où la nature se retire. Pas du tout, ses domiciles sont en gémeaux, signe de printemps et en vierge, signe d’Eté ! Tout se passe comme si Mercure et Jupiter avaient permuté leurs domiciles. L’on pourrait ainsi s’interroger sur le domicile de Mars en bélier, au début du printemps ou sur celui de Vénus en balance au début de l’automne mais au moins ils ont un autre domicile plus conforme à leur nature avec respectivement le scorpion et le taureau. En fait, le dispositif proposé par le Tétrabible ne vaut que si l’on fait totalement abstraction du référentiel saisonnier sinon comment pourrait-il se faire que l’on ait en automne successivement la balance signe de Vénus et le scorpion signe de Mars ?
Ne parlons pas de la Lune associée au cancer, signe d’Eté, alors que c’est un astre qui éclaire singulièrement les nuits d’hiver et qui n’a rien de féminin, la femme étant un être solaire. La Lune est en fait saturnienne, elle favorise la miniaturisation, la réduction, elle correspond au feu, qui est tout l’inverse du soleil ; l’homme, à partir d’une minuscule étincelle parvient à se chauffer, passant du cru solaire au cuit lunaire – le soleil par sa chaleur fait mûrir mais non cuire – alors que parfois la montagne solaire accouche d’une souris. .. Il est vrai que le Tétrabible place les domiciles des deux luminaires côte à côte en Eté Mais c’est le nom même des astres du système solaire qui fait problème. A proximité du soleil, il faudrait ne mettre que des dieux en rapport avec les valeurs du printemps et de l’Eté, et donc Vénus mais point Mercure. Et à partir de la Lune, sorte de Soleil en mineur, nous devrions avoir des valeurs d’automne et d’hiver et donc Mars et Saturne mais pas Jupiter. Là encore, il conviendrait de permuter Mercure et Jupiter. Même pour les anciennes planètes, on n’est pas obligé de suivre docilement la tradition astronomique.

Vers une nouvelle représentation du symbolisme astrologique

L’iconographie astrologique comporte quatre volets : les signes, les planétes, les maisons astrologiques. et les mois de l’année (cf la collection en ligne rassemblée par la belge Marie-Christine Sclifet). Seul le premier volet est bien connu du public alors que les trois autres ne sont souvent même pas connus des étudiants en astrologie ni même des astrologues.
L’on trouve une grande part de ce symbolisme au sein d’un ouvrage paru à la fin du XVe siècle sous le nom de Compost et Kalendrier des Bergères, qu’il ne faut pas confondre, en dépit d’évidentes ressemblances, avec le Kalendrier et Compost des Bergiers. L’on observera ainsi que même la littérature des calendriers respecte la sexuation.
Dans le Kalendrier des Bergères (1499), figurent douze scènes correspondant aux douze mois de l’année, on les appelle généralement des travaux, ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas d’une simple description du cycle saisonnier mais bien des activités humaines telle qu’elles se succèdent. On notera que l’on parle aussi des 12 travaux d’Hercule.. L’on s’aperçoit d’emblée à quel point le monde y est perçu par rapport aux hommes au point que l’année ne saurait se décrire comme une simple réalité météorologique extérieure à l’insensibilisation qu’en font les hommes.
C’est ainsi que le mois de janvier tel qu’il apparaît dans le dit Kalendrier comporte un feu de cheminée, à l’arrière plan qui tranche avec le froid du dehors. Le personnage central n’est pas sans évoquer le bateleur, c’est à dire la première arcane majeur du Tarot. Notons que l’iconographie des mois présente parfois le personnage sous la forme d’un Janus, à deux visages, ce dieu ayant donné son nom au mois de janvier. Premier mois, première arcane. Mais l’on peut aussi rapprocher le bateleur de l’imagerie des enfants de Mercure tout comme les Amoureux correspondent sans difficulté à celle des enfants de Vénus et dans ce cas le Tarot serait plus à rapprocher de la symbolique des dieux-planétes que de celle des signes-mois. Mais ne se pourrait-il que les dieux soient à l’origine des allégories des mois de l’année? Dans ce cas, les dieux constitueraient une cyclicité. Toute la mythologie s’originerait dans la succession des activités socio-météorologiques : Vénus et le temps des épousailles et Mars et l’abattage du porc. Car si l’homme doit parfois tuer des animaux, verser leur sang, pour se nourrir, il n’est pas nécessaire de prévoir qu’il puisse s’en prendre à son prochain au cours d’une année normalement constituée. Bien évidemment, le nombre de dieux est supérieur à celui de planètes connues de l’Antiquité, ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas ici, au départ, de planètes. On notera cependant qu’une astuce exposée dans le Tétrabible et largement répandue dans l’iconographie consiste à attribuer à chaque planète deux signes, à l’exception du soleil et de la lune qui n’ont qu’un signe chacun, sauf à les considérer comme une seule et même entité. Mais tel n’est pas le cas des exaltations lesquelles laissent des signes sans planète et dont on peut penser qu’initialement elles se référaient à 12 dieux et non pas à des planètes et s’articulaient sur un seul et unique cycle.
Manillons, un siècle avant Ptolémée, proposait comme dominateurs des signes zodiacaux nombre de divinités qui ne correspondaient à aucune planète mais qui pouvaient être associés à des étoiles, lesquelles en revanche ne manquaient pas. Comment ne pas voir notamment que la déesse Cérés-Démeter est liée aux moissons et qu’elle ne figure pas comme astre (astéroïde entre Mars et Jupiter) avant le début du XIXe siècle et que Vesta, est liée au feu, au foyer, si présent dans les images des mois d’hiver et devra également attendre cette même époque pour briller au ciel ? Mais face à Cérés-Proserpine, n’est-ce pas plutôt Pluton qui correspond aux mois d’hiver et au feu des Enfers ? On connaît le récit mythologique selon lequel Proserpine-Perséphone sera contrainte six mois par an de demeurer auprès de son époux Pluton-Hadés au Tartare.
Le livre de l’Apocalypse chapitre 20 versets 10 à 15 explique : “ Et le diable […] fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont et la bête et le faux prophète ; et ils seront tourmentés, jour et nuit, aux siècles des siècles. Et je vis un grand trône blanc […]. Et je vis les morts, les grands et les petits, se tenant devant le trône ; et des livres furent ouverts ; et un autre livre fut ouvert qui est celui de la vie. Et les morts furent jugés d’après les choses qui étaient écrites dans les livres, selon leurs œuvres. Et la mer rendit les morts qui étaient en elle ; et la mort et le hadès rendirent les morts qui étaient en eux, et ils furent jugés chacun selon leurs œuvres. Et la mort et le hadès furent jetés dans l’étang de feu : c’est ici la seconde mort, l’étang de feu. Et si quelqu’un n’était pas trouvé écrit dans le livre de vie, il était jeté dans l’étang de feu. ”. On notera cependant que Pluton et le Feu correspondent à l’Hiver alors que c’est Mars qui correspond à l’Automne. Pluton n’a donc pas à être associé avec le signe du scorpion. En revanche, il convient fort bien à la maison de la mort qui devrait normalement être associée avec la mort de la nature, c’est à dire l’Hiver. Si l’on considère, avec Patrice Guinard, que la maison VIII de la mort était la dernière, la fin des choses et des temps, le Jugement Dernier, dans un système à 8 maisons (octotopos de Manilius), elle correspondrait en effet avec l’Hiver, incluant les 2 dernières maisons.
Or, ni Cérès, ni Pluton n’ont donné leur noms à des planètes dans l’Antiquité et il semble donc bien injuste que le dieu Pluton ait été attribué à un astre aussi lointain que celui qui fut découvert en 1930. Pendant une longue période, en gros à partir du Tétrabible (IIe siècle de notre ère) l’astrologie a fonctionné sans Cérès ni Pluton – alors que Manillons, un siècle plus tôt – donne la liste suivante Pallas, Vénus, Apollon, Mercure, Jupiter, Cérès, Vulcain, Mars, Diane, Vesta, Junon et Neptune, signalant notamment le couple Jupiter-Junon en signes opposés Lion et Verseau. Le seul cas où Manilius accorde – et encore indirectement – une divinité à une saison concerne Cérès : « la vierge, avec son épi appartient de droit à Cérés .

Pluton et le solstice d’hiver ( iconographie du mois de février)
Vénus et l’équinoxe de printemps (iconographie du mois de mai)
Cérès et le solstice d’Eté (iconographie du mois d’août)
Mars et l’équinoxe d’automne. (iconographie du mois d’octobre)
Au passage, on signalera que nous avons là un axe taureau-scorpion, qui est celui, du point de vue des constellations, où se situe Aldébaran et Antarés. En effet, la déesse Vénus -on ne parle pas ici nécessairement de planètes – est domiciliée en taureau et le dieu Mars en scorpion, couple que l’on retrouve chez Manillons : « La déesse de Cythère (protége) le taureau ( ; ..) le scorpion belliqueux s’attache à Mars » . Le dédoublement des dieux tel qu’il apparaît dans le Tétrabible de façon à ce que tous les signes du zodiaque corresponde non pas à un dieu mais à une planète, et qui a été adopté par les astrologues, conjointement à un autre dispositif, celui des exaltations lequel ne comporte pas un tel dédoublement – dispositif absent du Tétrabible au demeurant – nous semble la marque d’une volonté de renforcer les liens entre astronomie et astrologie ; n’oublions pas que Claude Ptolémée était avant tout astronome et que son système n’a été détrôné qu’à la Renaissance, avec Copernic. En cela, il n’est pas étonnant que les astrologues modernes – c’est notamment le cas d’Yves Lenoble- accordent une telle importance au Tétrabible, lequel préfigure le syncrétisme astrologico-astronomique actuel. C »est ainsi qu’hormis les luminaires, les planètes Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne régissent deux signes et ne sont donc plus, ipso facto, associées à une saison particulière !
On notera que les dieux masculins correspondent aux mauvaises saisons (automne-hiver) et les dieux féminins aux bonnes (printemps, Eté). Les Gémeaux – il s’agit d’un couple – sont donc bel et bien ici un signe vénusien et non mercurien -contrairement à ce qu’affirme le Tétrabible-, le Sagittaire- il s’agit d’un archer- est un signe martien et non jupitérien, la Vierge est un signe cérésien (cérés est à rapprocher de céréale) et non mercurien comme dans le Tétrabible et pour l’hiver, les poissons sont un signe plutonien et non jupitérien comme dans le même Tétrabible. D’ailleurs, dans les Très Riches Heures du Duc de Berry, le porc est remplacé par le sanglier et c’est à une scène de chasse à courre que l’on assiste pour le mois de décembre, l’animal étant tué par un épieu ou une épée et non pas un arc. Les signes du scorpion et du sagittaire représentent avant tout le chasseur. Volguine, dans le Symbolisme de l’Aigle, a montré que le scorpion était un « homme scorpion », c’est à dire un archer -Arcitenens – celui qui tient l’arc – ce qui confère aux deux signes consécutifs une seule et même signification. Le décrochage planétes-saisons est désormais total : Mars étant ainsi associé à un signe d’automne, le scorpion mais aussi à un signe de printemps, le bélier et idem pour Vénus, qui se trouve représentée dans ces deux saisons opposées, en taureau et en balance. Le procédé est d’autant plus choquant qu’il existe face au domicile l’exil et qu’ainsi Mars est « en trône » en scorpion mais exilé en balance, puisqu’en trône en bélier, tout comme il est exilé en taureau. Mars est donc d’un signe à l’autre, au sein de la même saison, débilité ou dignifié, le signe l’emportant donc sur la saison qui est la grande perdante de l’opération puisque même les Quatre Eléments ne sont pas reliés aux saisons, du fait de leur appartenance à un triangle, ce qui fait que les trois signes correspondant à un même élément au lieu de constituer une seule et même saison se retrouvent comme déportés à 120° l’un de l’autre.
Un tel réaménagement aurait du conduire à l’abandon de toute référence de l’astrologie aux saisons voire à la mythologie – celle-ci étant réduite à la portion congrue- or l’astrologie moderne, notamment telle qu’elle est représentée dans l’œuvre d’André Barbault – et singulièrement dans la série qu’il a dirigée sur le Zodiaque- associe, sans état d’âme, astrologie, astronomie et mythologie mais aussi cycle saisonnier, domiciliation (trônes) des planètes dans les signes, exaltations, nouvelles planètes, ce qui constitue grosso modo le corpus appelé Tradition astrologique, présenté comme un ensemble indissociable et d’un seul tenant – et qui, de surcroît « marche »‘, en tout cas fait l’affaire au niveau de la consultation – donc dont il est inconcevable d’évacuer quoi que ce soit, ce qu’a tenté un Jean-Pierre Nicola, dans les années Soixante, en renonçant aux Dignités (doubles domiciles (signes régis par deux planètes ou planètes régissant deux signes), exaltations) mais nullement aux douze signes et adoptant les assignations astronomiques modernes aux planètes. transsaturniennes, et ce sans plus associer signes zodiacaux et planètes, ce qu’a cherché à faire un Patrice Guinard, un de ses disciples. .
Ces quatre signes forment un carré ; si l’on se situe par rapport aux constellations, on a un décalage d’un signe, le signe des gémeaux correspondant alors à la constellation du taureau et ainsi de suite. Le cas du signe des Poissons est le plus problématique car il est le seul des quatre à ne pas être en accord avec l’iconographie de la saison. On lui préférera celui du verseau puisque sur les images de janvier et de février, on trouve un récipient sur la table. Curieusement, l’eau qui s’écoule des jarres portées par le verseau ressemble étrangement aux flammes. Il semble qu’il y ait eu corruption du symbolisme igné qui aurait conduit à sa transformation en un symbolisme aqueux, d’où les poissons. Mais dans l’Apocalypse (XX, 14), il est écrit que “ La mort et l’hadès furent jetés dans le lac ou l’étang de feu. ”. , on retrouve un lien entre le feu et le liquide à propos précisément des Enfers.
On notera qu’à la fin du XIXe siècle, quand on crut avoir découvert un astre intra-mercurien (d’abord désigné comme objet Lescarbault) encore plus proche du soleil – et dont on trouve la trace dans les commentaires astrologiques encore à la fin des années Trente, dans les Cahiers Astrologiques de Volguine- on dénomma ce corps céleste Vulcain, dieu de la forge. Par la suite, dans les années cinquante, l’astrologue Jean Carteret – ce qui conduisait à un décrochage manifeste entre mythologie et astronomie – nomma les deux transplutoniennes, appelées par Léon Lasson X et Y, dont il espérait la prochaine découverte, Proserpine et Vulcain, ces noms figurèrent dans le Traité d’astrologie pratique d’André Barbault (1961). Proserpine se trouvait donc entourée de Pluton et de Vulcain, deux divinités associées au Feu mais cette fois à l’autre extrémité du système solaire, ce qui est une aberration sur le plan symbolique, puisque ces astres se situent dans la région la plus éloignée qui soit du soleil. Quant à leur « conjonction » avec le soleil, elle est purement virtuelle et visuelle tant ces astres sont éloignés les uns des autres. La Lune, somme toute, nous semble convenir comme demeure de ce Pluton qui croise sa Proserpine- soleil, périodiquement. De nos jours, Vulcain -Hephaistos ne s’est pas vu attribuer, dans le système solaire, une planète significative comme les autres dieux, c’est dire que l’on ne saurait suivre aveuglément les assignations mythologiques que l’astronomie moderne a fixées, notamment en ce qui concerne Pluton qui devrait désigner un astre proche du soleil, à savoir la planète Mercure, encore que le dieu Mercure-Hermés soit une divinité proche des Enfers, dans la mythologie égyptienne, sous le nom de psychopompe, il avait pour  » mission d’assister à la dernière heure des moribonds, de leur fermer les yeux, de conduire les âmes aux Enfers, de les ramener au jour quand elles ont terminé la période d’expiration ». Ajoutons qu’un astre proche du soleil est souvent invisible, ce qui expliquerait pourquoi les statistiques de Gauquelin n’ont rien trouvé pour Mercure. Pluton, astre de l’hiver manifeste l’invisibilité du soleil de minuit, du nadir alors que Proserpine serait le zénith, symbolisant la culmination solaire, tout comme la conjonction de la Lune avec le soleil donne une lune invisible, la « nouvelle lune » tandis que l’opposition entre les deux luminaires produit la pleine lune, lorsque la nuit est la moins noire.. On notera que la coutume de brûler, d’incinérer, les cadavres est attestée dans de nombreuses cultures, plutôt que de les enterrer, c’est à dire de les mettre sous terre.
On n’aurait en fait au départ que quatre dieux correspondant aux quatre saisons puis l’on serait passé à une démultiplication du nombre de dieux pour arriver à douze en raison des douze lunes. L’astronomie, par la force des choses, n’a pu emprunter ce schéma à 12 facteurs que partiellement, du moins jusqu’à ce que de nouveaux astres, bien plus tard, entrent dans son champ de vision. L’on comprend mieux dès lors pourquoi l’astrologie moderne a suivi l’astronomie dans ce recyclage des dieux. Entre temps, pendant des siècles, l’astrologie, étant passé au polyplanétarisme, s’échina à répartir les activités humaines entre les sept astres supposés tourner autour de la Terre, tout en conservant les 12 signes…
L’on soulignera le fait que les saisons où la nature est la plus accueillante seraient féminines tandis que les saisons les plus difficiles seraient masculines (« Quand la brise fut venue… « ). Elles exigent de recourir à la chasse, de tuer en tout cas -et non plus de tondre – des animaux- ainsi que de maîtriser le feu et toute l’industrie qui en découle, depuis la charcuterie jusqu’à la forge. On est donc très loin de l’idée selon laquelle l’Eté serait le Feu. Si le soleil est bien le feu par excellence, le feu ne fait sens qu’en son absence, comme un relais. Il y aurait ainsi une dialectique soleil/ feu plus intéressante sur le plan symbolique que celle, plus classique soleil-lune. L’autre dialectique opposerait le vent à l’air, c’est en Eté, quand le temps est sec que l’air est le bienvenu et que l’on ne souhaite pas rester enfermé chez soi. Opposition nature-culture : le feu culturel se situe à l’opposé du règne naturel du soleil, donc en hiver – c’est alors que l’on fait marcher les fours et les cheminées – et l’air culturel se situe à l’opposé du règne naturel du vent, donc en été, c’est alors que l’on recourt au ventilateur et au parasol.

Le Kalendrier des Bergères

Sur la table du mois de janvier, figure un récipient vraisemblablement en étain qui contient quelque boisson, ce qui fait immédiatement songer au signe du verseau qui est d’ailleurs présent en écusson, en dessous du signe du capricorne, ce sont là en effet les deux signes de janvier d’autant qu’avant la réforme grégorienne du calendrier (1582), le passage d’un signe à l’autre s’opérait au milieu du mois. On notera à l’arrière plan le profil d’un château ce qui monte que cette série de vignettes est inspirée des Très Riches Heures du Duc de Berry, qui appartient au début du XVe siècle.
Citons en partie le poème qui se place sous la vignette : « Beau feu devant moy je demande/ Sus table pain, vin & viande ». L’eau serait donc plutôt du vain et d’ailleurs Ganyméde, l’échanson des dieux, devait servir de l’ambroisie et non de l’eau. On retrouve ce personnage dans les arcanes du Tarot, la Tempérance et l’Etoile. Dans les Très Riches Heure, la scène est celle d’un banquet avec de nombreux convives.
La vignette de février n’est guère différente. Le feu est plus que jamais présent et l’on voit un homme couper du bois et un autre porter un fagot dans la maison. La table est toujours mise avec ses ustensiles.
La vignette relative au mois de mars place un château à l’arrière-plan, indiquant un certain clivage social. Des paysans travaillent aux champs, un homme est entré dans un ruisseau ou un étang. La division en deux de la page vient peut-être de ce que ce mois ci est le théâtre à la fois de la fin de l’année et du début d’une nouvelle année, d’où le poisson d’avril et le jour bissextile s’intercalant entre février et mars. Le mois d’avril (en anglais april) signifie l’ouverture.
La vignette d’avril met en scène des personnages de la classe supérieure, au vu de leur habillement. Un homme compte fleurette à une jeune fille. Cela n’est pas bien loin de l’arcane VI du Tarot, L’Amoureux.
La vignette de mai est la continuation de celle d’avril : les deux protagonistes se retrouvent sur la même monture. La vignette des gémeaux met en scène, adéquatement, un couple et certainement pas des jumeaux. Notons que cette même vignette se retrouve presque à l’identique – « le (sic) planète Venus  » – pour illustrer les « enfants » de Vénus, expression par laquelle on désignait autrefois les vénusiens.
Le poème du mois parle d’une « belle damoiselle ».
La vignette de juin est celle de la tonte des moutons et l’on remarquera que le signe du bélier ne correspond pas avec un mois où le mouton est au cœur de l’activité paysanne. Au loin, à nouveau, un château. C’est cette vignette qui est reprise sur la page de titre de nombre d’éditions du Kalendrier et Compost des Bergers. Le poème du mois dit :  » Je suis le moys de iuing nommé qui fais tondre la chose est telle brebis moutons etc ». Un autre poème rustique s’exprime ainsi :  » Une fois l’an fait bon ses brebis tondre », le mouton, c’est avant tout la laine qui permet de se vêtir, il ne tire pas la charrue comme le boeuf et ne participe donc qu’accessoirement à la production alimentaire. Etrangement, sur un autre document du XVe siècle la tonte des moutons est déplacée à l’automne, juste avant la glandée des porcs, ce qui montre que la transmission de ces documents est sujette à des aléas et finit par ne plus correspondre, dans certains cas, aux réalités sur le terrain. Il est logique de tondre les moutons quand il fait chaud, donc en été et non pas au début du printemps, au sortir de l’hiver, pour que les bêtes ne prennent pas froid en étant ainsi dénudées. En fait, l’astrologie a adopté une série incohérente mais qui suffit aux astronomes qui n’ont cure de l’adéquation entre signes et société. Le zodiaque des astrologues n’a pas nécessairement à être identique à celui des astrologues.
La vignette de juillet est celle de la moisson – messidor dans le calendrier révolutionnaire à partir de 1792 – et de la faux qui en est l’instrument. Cette faux souvent associée à Saturne ( cf l’image de « Le planète Saturne » dans le kalendrier) voire à la mort dans l’arcane XIII du Tarot. De même, la charrue ne se retrouve-t-elle pas dans l’arcane VII, le Chariot, ne serait-ce que dans la similitude des mots ? On pourrait aussi rapprocher la roue de fortune du Tarot de la roue du moulin à eau.
La vignette d’août prolonge celle de juillet, l’on y noue des gerbes ; le signe de la vierge tenant un épi de blé convient fort bien à la scène dominée au loin par un château. L’arcane XXI du Tarot, Le Monde, représente une femme entourée d’une couronne d’épis.
La vignette de septembre est celle des vendanges (vendémiaire dans le calendrier révolutionnaire), des hottes et du pressoir et la balance nous fait penser aux charges que les hommes portent. En bas, un homme verse du jus de raisin d’un tonneau dans un broc.
La vignette d’octobre est celle des labourages et des semences. La charrue est tirée par des bœufs mais on est bien loin du signe du taureau qui correspond au printemps dans le zodiaque qui nous est familier.
La vignette de novembre est le temps des porcs à la glandée promis à l’abattage. Le signe du sagittaire, l’archer, pourrait en effet évoquer les projectiles que les paysans lancent dans le feuillage des chênes pour faire tomber les glands. Le porc est au centre de cette vignette tout comme le mouton l’était pour juin. Et pourtant, il n’y a pas de signe du cochon, sinon dans le zodiaque chinois. Le poème du mois parle du porc et du gland. Cette absence du porc dans le zodiaque alors que l’animal – base de l’alimentation carnée du paysan – est présent dans l’iconographie des mois montre bien que le dit zodiaque comporte des sources fragmentaires, tant par l’absence de certains motifs que par le fait que certaines scènes s’y réduisent à certain détail plus ou moins pertinent. On notera que dans le jeu d’échecs, la tour ne fait qu’évoquer l’éléphant car l’éléphant de combat était surmonté d’une tour fortifiée. Dans certaines langues, la tour des échecs porte d’ailleurs le nom d’éléphant. Curieusement, la pièce qui porte le nom de fou/fol se rapproche phoniquement du nom de l’éléphant dans les langues sémitiques (fil) alors qu’en anglais le fou porte le nom de bishop, l’évêque, déformation du grec episcopos…
Le document ci- contre comporte les deux séries dont on observe qu’elles ne se superposent à peu près qu’à trois moments : le signe des gémeaux et le mois d’avril, le signe de la vierge et le mois de juillet, le signe du verseau et le mois de janvier. Quant au tarot, il emprunte davantage à la série des mois, outre l’Amoureux, le Bateleur, le Monde (pour la Vierge), on trouve, le mois de mai dont la charrue donne le chariot, suivi du mois de juin, dont la faux devient celle de la mort. Ajoutons que certains travaux peuvent être décalés selon que l’on va vers le nord ou vers le sud et il serait intéressant de savoir à quelle latitude correspond l’attribution à certains mois de telle activité de façon à situer le lieu d’origine d’un tel dispositif.
La vignette de décembre nous fait assister à la préparation du pain. Au centre, un four à pain et donc le feu comme pour les deux vignettes suivantes de janvier et de février. Il semble donc que le feu occupe trois signes successifs et que la répartition triangulaire (à 120° de distance l’un de l’autre) des éléments soit contestable. En face, pour les mois estivaux, l’on trouve des vignettes marquées par le travail en plein air, ce qui nous renvoie à l’élément air. Lors d’un anniversaire, il y a le rituel consistant pour l’impétrant à souffler des bougies. Or, l’astrologie tend à placer l’air ( signe fixe du verseau) en hiver et le feu en Eté (signe fixe du lion). Il est vrai que l’on trouve aussi dans ce qu’on appelle l’Homme Zodiaque, une étrange correspondance entre les premiers signes et la tête et les derniers signes et les membres inférieurs alors que la partie la plus évoluée de l’homme se situe dans sa tête et que le zodiaque est censé suivre une certaine progression psychique. N’est-il pas également surprenant que le signe du capricorne soit mis en relation avec la dixième maison et avec le Milieu du Ciel alors qu’il correspond au solstice d’hiver, le quatrième signe du zodiaque, le cancer, signe du solstice d’Eté convient mieux.
Le poème évoque Noël et la naissance de Jésus issu de la Vierge.
Quelles réflexions nous inspirent ces vignettes au niveau du Zodiaque ? S’il existe certains recoupements, force est de constater bien des décalages. Mais les recoupements sont suffisamment nombreux pour que les rapprochements fassent sens et ne soient pas le fait du hasard, d’autant que le lien entre le Zodiaque et les saisons est bien connu.
Un des cas les plus troublants concerne le mouton dont la présence en début d’année ne s’impose nullement. On peut aussi s’étonner de l’absence du porc dans l’imagerie zodiacale actuelle. En revanche, on voit mal ce que le lion vient faire dans le zodiaque car il n’a guère sa place dans les travaux et les jours. On a vu que cela pourrit être une allégorie de l’une des vertus, la Force, que l’on retrouve dans le Tarot. Quant au feu, contrairement à ce qu’affirme l’astrologie, c’est un élément de l’Hiver et non de l’Eté.
Le cas du signe des Gémeaux est emblématique. Il s’agit bel et bien au départ d’un couple, le printemps est la saison des amours et des épousailles. En refusant de restituer le couple dans le zodiaque, l’on déconnecte l’astrologie du cycle socio-saisonnier. C’est ainsi que Solange de Mailly Nesle dans le volet consacré au Zodiaque de son Astrologie, ne relève aucune des contradictions, comme si le Zodiaque n’avait rien à voir avec les scènes de chaque mois, étant donné qu’elle reproduit par ailleurs des éléments des deux séries.
Au départ, le zodiaque devait clairement dériver d’une telle iconographie des lunaisons, puisque à l’origine, le mois débutait avec la nouvelle lune. Le verseau devait représenter le début de l’année, au solstice d’hiver, d’où – on l’ a dit – la carte du Bateleur pour commencer la série des 22 arcanes du Tarot. On pourrait parler d’une carte apéritive, dans tous les sens du terme. D’ailleurs, le Kalendrier des Bergères reprend la vignette de janvier pour indiquer le solstice d’hiver tout comme il reprend la vignette de septembre pour l’équinoxe d’automne, ou la vignette d’août pour le solstice d’Eté, la vignette du mois d’avril pour l’équinoxe de printemps.
Il ne faudrait pas s’en prendre qu’aux seuls astrologues pour dénoncer une certaine incurie car ceux-ci dépendent des travaux des historiens. Récemment est paru un assez luxueux ouvrage, traduit de l’italien, Astrologie, alchimie et magie, de Matilde Battistini. de même que la réédition du Signe zodiacal du Scorpion de Luigi Aurigemma . Ces auteurs font cohabiter allégrement signes zodiacaux et images des Livres d’Heures et du Kalendrier des Bergères, lequel ouvrage, syncrétique à souhait, réunit d’ailleurs les deux séries pour chaque mois. A aucun moment, on ne nous signale certains décalages entre les dites séries, se contentant parfois de relever ce qu’il en est dans un cas et/ou dans l’autre. Pas question de montrer le rapport symbolique entre un signe et une scène, dès lors que cela ne correspond pas à la tradition telle qu’elle nous est parvenue. Donc aucun rapport entre le signe du bélier et la tonte des moutons, aucune réflexion sur la présence du lion ou du scorpion dans le contexte champêtre des mois pas plus que sur l’absence du porc dans le zodiaque occidental. Aurigemma aurait pu, ainsi, rapprocher le dard du scorpion de la scène où l’on tue le cochon. Notons que l’on pendait le porc à une sorte de potence pour recueillir son sang et que cela a pu donner l’arcane du Pendu mais ce Pendu figure également dans l’imagerie des enfants de Saturne. La scène de crucifixion de Jésus nous semble appartenir à ce type de tableau automnal – début de l’année juive- plus qu’au solstice d’hiver qui voit la vie sociale se réfugier dans les intérieurs, à moins d’envisager un bûcher.
Aurigemma ne s’explique pas sur la place incongrue du scorpion en tant qu’animal dans un tel environnement campagnard, se contentant de faire un inventaire alors que c’est la seule scène où il y a du sang qui coule, même si la faux et la serpe sont intervenues dans d’autres scènes mais ne s’en prenant qu’aux végétaux. On ne nous épargne évidemment pas les banalités d’usage sur la symbolique animale – ce qui permet de relier allégoriquement bélier et printemps, lion et été – tout en se permettant de ne pas rechercher des correspondances littérales et moins alambiquées.
Pour penser l’Histoire du Zodiaque, il ne suffit ni de nous raconter combien le zodiaque a marqué des cultures – ce qui correspond à sa fortune, à sa diffusion- ni d’aller étudier les sources de chaque signe zodiacal pris séparément. Car même les interpolations et les interférences peuvent avoir une histoire intéressante. Qu’est ce donc que d’écrire sur le signe du Scorpion isolément de l’ensemble zodiacal ? Soit l’on admet d’entrée de jeu que chaque signe zodiacal a sa propre histoire soit l’on reconnaît que l’on a affaire à un seul et même ensemble et l’on se réserve la possibilité de conclure qu’un tel ensemble ait pu se corrompre, être victime de suppressions ou d’additions. Mieux encore, ne conviendrait-il pas de réfléchir sur la facette du symbole scorpion qui fait sens au sein du zodiaque ou bien doit-on considérer que tout ce qui a rapport avec le scorpion fait ipso facto sens pour le zodiaque ? C’est une approche répandue – et nous-mêmes nous l’avons pratiquée dans Le Grand Livre du Sagittaire – que de partir du principe qu’absolument tout ce qui est relatif, de près ou de loin, avec l’objet étudié, la moindre de ses facettes, fasse sens pour l’astrologie.
Qu’est ce finalement que le zodiaque ? Pour nous, l’astrologie n’en a nullement besoin, elle peut se contenter de quelques étoiles fixes dont elle fait ses repères. L’astrologie – on ne le dira jamais assez – n’a pas à utiliser intégralement tel ou tel ensemble ou série astronomique, cosmographique, hémérologique. Elle n’a besoin que d’une partie du tout et on finit par lui imposer le tout, quitte à lui faire attraper une indigestion en la gavant de la sorte d’une mixture, en l’occurrence assez frelatée et faisandée. Mais respectons le zodiaque tel qu’il est et pour ce qu’il est devenu dans sa dimension culturelle en étant conscient de ses incohérences structurelles et surtout ne nous appuyons pas sur une autorité bien douteuse pour valider l’astrologie !
Quant à l’iconographie des maisons astrologiques, elle est encore moins connue – tant des historiens que des astrologues – puisqu’elle ne figure même pas dans le Kalendrier des Bergères et qu’elle a peu près totalement disparu de la littérature astrologique et n’est guère attestée que dans les manuscrits. Or, la Roue de fortune présente dans le Tarot correspond à la vignette de la maison XI. On n’a pas de peine à retrouver dans cette série l’image de la maison VII qui a inspiré l’Arcane de l’Amoureux. La maison des enfants se retrouve dans l’arcane du soleil avec ses deux jouvenceaux. La maison II est fort proche du Bateleur et la maison III comporte des personnages habillés comme l’Hermite. La maison X fait irrésistiblement penser à l’arcane de l’Empereur et la maison IX à celle du Pape, pour ne pas parler de la maison VIII pour l’arcane de la Mort.
L’on notera que nous avons bien affaire ici à deux iconographies bien distinctes, l’une en rapport avec les mois, celle du zodiaque, l’autre axée non pas sur ce qui se passe socialement au cours de l’année mais ce qui attend la personne tout au long de sa vie, celle des maisons, qui a été conservée en partie dans le Tarot, ce qui expliquerait pourquoi tant d’astrologues utilisent le Tarot, y retrouvant une iconographie perdue.
A la lumière de ces observations, l’on ne pourra que souligner la médiocrité des publications relatives aux signes zodiacaux, ouvrages qui sont l’occasion de recourir au corpus iconographique de l’astrologie. Certes, le Zodiaque est-il attesté depuis avant l’ère chrétienne sous la forme que nous lui connaissons. C’est dire que certains décalages ne datent pas d’hier. De là à vouloir justifier que le bélier soit le premier signe du zodiaque par le seul fait que c’est un animal impulsif, qui veut se trouver à la tête du troupeau… Au vrai, au départ il s’agit moins d’un bélier que d’un mouton voire d’un agneau (comme dans l’Evangile), ce qui montre que la symbolique animale autorise certaines libertés. A force de vouloir tout interpréter au niveau allégorique, les liens entre le zodiaque et les saisons risque de devenir de plus en plus abstrait. Alors que le zodiaque est une production tardive par rapport à la symbolique des mois, nombre d’astrologues sont tentés d’en faire une matrice dont tout découlerait. On a déjà dénoncé cette tendance chronique à vouloir tout antidater, à commencer par l’émergence du phénomène astrologique, ce qui permet de priver l’humanité de toute emprise sur le dit phénomène tant dans sa constitution que dans sa transmission. Tout est là depuis l’origine des temps et le savoir concerné nous aurait été livré intact. Sous cet angle, ce n’est pas le Zodiaque qui serait corrompu mais le Kalendrier des Bergers qui aurait déformé le Zodiaque.
La médiocrité et la pusillanimité des historiens du champ astrologique et prophétique – nostradamisme inclus – s’explique certes par le fait que leur objet d’études fait problème et qu’ils ne sont pas censés le prendre trop au sérieux, d’où une distanciation qui frise parfois la démission, au point – on l’a vu – de ne même pas oser proposer tel rapprochement obvie mais il est vrai gênant pour la cohérence du système concerné. Or, l’existence de cette cohérence, très relative, semblant être une condition minimale de la légitimité de leur travail, il convient donc d’en préserver la façade..

L’astrologie et les avatars de l’hors contexte

Le problème du savoir astrologique, c’est d’avoir été profané. Entendons par là mis dans les mains de personnes qui n’avaient accès à celui-ci que de l’extérieur, c’est à dire hors contexte. Le terme contexte, en tant que tel, peut prêter à confusion. Tantôt, il signifie observer ce qui est autour, tantôt ce qui est derrière, le background, l’arrière-plan. Or, le background n’est pas immédiatement donné à l’observateur, il exige des recherches en amont, d’aller se renseigner ailleurs. L’autre idée du contexte est plus paresseuse puisque l’on se contente- selon une approche que l’on pourrait qualifier de structuraliste – d’observer les rapports de l’objet considéré avec ceux qui l’environnent.
Celui par exemple qui ne connaît l’astrologie que par les signes du zodiaque et qui ne connaît le zodiaque que par les dessins des signes risque fort de s’inventer une astrologie quelque peu surréaliste, à la façon d’un poème de Jacques Prévert et qui fait songer à ce que l’on appelle un cadavre exquis. Est-ce que, en effet, le verseau se définit par rapport au taureau ou aux poissons ou bien doit-il être resitué dans le cadre de l’iconographie du calendrier ? La culture de certaines personnes se résume à faire avec ce qu’elles ont sous la main. Pour elles, le contexte de chaque signe, c’est l’ensemble des signes. Elles ne vont pas et ne se donnent pas les moyens de voir plus loin.
Pour le chercheur plus sérieux, il importe de se demander ce qui a amené à produire une telle série dans un tel ordre et à quoi renvoient ces signes, ce qu’ils désignent. Or, avant de désigner les natifs d’un signe- autre information aisément accessible – les signes se référent à un système symbolique plus large lequel malheureusement n’est pas à portée de main de celui qui a une approche par trop compartimenté du savoir et qui n’est pas doté d’une culture générale très développée. C’est comme un touriste chinois qui ne peut être compris que resitué dans son pays et non dans un hôtel international où se côtoient les gens les plus divers, lesquels réagissent avant tout par rapport à leur lieu commun de rencontre, ce qui leur confère des similitudes bien superficielles. De même les animaux enfermés dans un zoo – même racine que zodiaque – constituent-ils, sous prétexte qu’ils partagent un seul et même espace, une série pertinente sinon justement au niveau du dit zoo ?
Autrement dit, il y a des conceptions du contexte qui conduisent inévitablement au contresens et pour faire un mot valise au contretexte. L’astrologie est un merveilleux exemple de contretextualité. Les élèves en astrologie, c’est à dire ceux qui découvrent l’astrologie et qui sont supposés en recevoir un certain nombre de clefs se satisfont trop souvent de commentaires, d’interprétations, surajoutés visant à donner sens à un contexte réduit à une peau de chagrin. Comme dans un tour de prestidigitation, l’enseignant en astrologie, détournant l’attention, montre ce qu’il veut bien pour que son public n’aille pas regarder là où il ne faut pas. Et les élèves sont satisfaits du moment qu’on leur fournit un semblant d’explication pour unifier le champ hétéroclite que constitue le thème natal. En fait, ils prennent garde à ce qui marche et négligent ce qui ne marche pas en le passant au poste des profits et pertes. Le cas de la chaîne à six facteurs – signes-maisons-mois- dieux, planétes-éléments- est édifiant : nous avons là, de toute évidence un ensemble d’un seul tenant, chaque série se référant à l’autre de par son symbolisme. Or, la tradition astrologique – devenue incapable de restaurer les authentiques connexions entre ces différentes manifestations d’un même phénomène d’instrumentalisation du cycle saisonnier au bénéfice des travaux et des taches à accomplir au cours de l’année, selon un certain agenda – va établir d’autres connexions contrefaites, de substitution qui feront illusion. Le cas le plus patent est probablement la répartition triangulaire des Quatre Eléments entre les douze signes. Au lieu de se demander si tel signe est bien de feu, l’on se contentera de faire ressortir un facteur feu du signe et ainsi de suite. Autrement dit, le signe qui déjà n’est que signe de quelque chose dont il n’est qu’un extrait va lui-même générer un extrait de ce qu’il représente au premier degré. Etant donné que chaque Elément concerne trois signes, l’on pourra aussi rechercher, dans un mouvement inverse, le dénominateur commun entre ces trois signes pour déterminer ce qu’est le dit Elément. Mais en quel honneur tel élément est attribué à telle triplicité et non à telle autre ? N’est-il pas assez évident que les Eléments ont une dimension climatique, pastorale et qu’ils ne sauraient se répartir entre trois saisons ? Encore faut-il comprendre, en prenant connaissance de l’iconographie des mois que le feu correspond non pas aux grandes chaleurs estivales mais au grand froid hivernal. Non pas que cela ne fasse pas sens de relier le feu à l’Eté, mais ce n’est pas là le bon sens car ce n’est pas le bon contexte.
Un autre exemple est celui des Dignités planétaires tel qu’exposé dans le Tétrabible : le lien planéte-signe est avant tout perçu comme une sorte de symbiose entre deux ensembles. Pour prendre une formule utilisée par Denis Labouré il y aurait des locataires et des propriétaires. Les planètes passeraient successivement dans des signes leur étant plus ou moins favorables mais sans que le critère avancé soit saisonnier ; chez Ptolémée, il est d’abord astronomique, à savoir l’ordre des vitesses depuis la Lune jusqu’à Saturne, le soleil n’étant d’ailleurs pas à sa place entre Vénus et Mars. Dans un tel dispositif, le rapport entre le dieu, le signe et le mois n’est plus posé et d’ailleurs comment le serait-il dès lors que l’on ne compte parmi les planètes ptoléméennes ni Cérès, ni Pluton, divinités au coeur même du phénomène saisonnier ? .

Valeur des Dignités planétaires

Une des pierres de touche de l’interprétation du thème est en effet constituée par ce que l’on appelle les domiciles des planètes, introduisant une correspondance entre planètes et signes tout comme l’on a coutume de poser une correspondance entre maisons et signes (cf A. Bouche Leclercq, Astrologie grecque, Paris, E. Leroux, 1899).
S’il faut rappeler que la fonction des domiciles n’est pas tant, du moins à l’origine, de relier planètes et signes mais dieux et signes, force est de constater que, dans le Tetrabiblos qui expose le système des domiciles – mais non celui des exaltations – un principe astronomique semble bien à l’oeuvre, les domiciles des dieux étant répartis selon les vitesses de révolution : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, d’où nous conclurons qu’un tel dispositif est bien tardif en comparaison de celui des exaltations qui ne comporte pas une telle conformité avec la réalité astronomique. D’ailleurs, les jours de la semaine qui comportent un rapport avec les planètes -lundi pour la lune, mardi pour Mars et ainsi de suite pour successivement Mercure, Jupiter, Venus, Saturne et le Soleil – ne fournissent pas une série pertinente sur le plan astronomique.
Les domiciles nous apparaissent plus comme une refonte des exaltations que comme un dispositif complémentaire, d’où précisément l’absence observée des exaltations dans la somme de Ptolémée. Bien entendu, les astrologues combinent, comme à l’accoutumée, allégrement les deux dispositifs, l’ancien et le nouveau. De nos jours, ces dispositifs continuent plus que jamais à jouer un rôle central dans l’interprétation et notamment, sous le nom de maîtrises, quant à l’articulation des maisons astrologiques les unes par rapport aux autres tout comme les aspects relient entre elles les planètes.
La cohabitation des deux dispositifs comporte d’ailleurs bien des bizarreries qui ne gênent pas plus que cela les astrologues, dès lors que l’on relie les signes aux Quatre Eléments. C’est ainsi que la Lune est domiciliée dans un signe d’eau, le cancer mais débilitée dans un autre signe d’eau, le scorpion, signe opposé au taureau où la Lune a son exaltation -une planète est faible dans le signe opposé à sa position en dignité. Cependant, il est fort probable que cette incohérence soit due à la permutation des exaltations du soleil et de la Lune, du fait de la prise en compte de la précession des équinoxes, faisant passer le point vernal de la constellation du Taureau à celle du Bélier. Dès lors, le soleil domicilié en lion se trouvait au trigone de son exaltation en bélier, soit deux signes du même Elément, le Feu alors que dans tous les autres cas exaltation et domicile ne sont jamais en trigone mais en carré (90°), semi- sextile (30°) et quinconce (150°). Le fait que l’astrologie ait abouti à considérer le trigone comme un « bon » aspect et le carré comme un « mauvais » aspect, ce qui est le b a- ba de tout astrologue initié est assez révélateur : on préfère ainsi relier entre eux deux planètes placés dans des signes de même Elément et donc de même genre, masculin ou féminin, ce qui implique donc, a contrario, que deux planètes placées dans des signes d’éléments et de genre différents serait en dissonance. il y a là un refus significatif de dualité que l’on retrouve dans l’abandon des configurations associant une planète à une étoile fixe, préférant combiner deux planètes..
Une des raisons qui nous ont conduit, très tôt, dès la fin des années Soixante, à prendre nos distances par rapport à la pratique astrologique, c’est que celle-ci validait des dispositifs que nous jugions incohérents. Nous expliquions ce paradoxe par le fouillis du théme natal qui ne permettait aucunement d’appréhender la valeur spécifique d’un facteur parmi d’autres sans parler de la complexité de ce qui se joue dans l’entretien astrologique. Nos recherches actuelles qui sont l’aboutissement de près de quarante années de méditation sur les rapports planétes-signes nous conduisent à conseiller aux astrologues qui veulent maintenir ce lien entre planètes et signes à respecter une certaine cohérence : considérer que Vénus est maîtresse du signe des Gémeaux, par exemple et Mars maître du Sagittaire, ce qui signifie que le Sagittaire est mauvais pour Vénus et les Gémeaux pour Mars, pour des raisons symboliques et psychologiques évidentes au lieu de continuer à associer Mars à ce maleureux mouton si inoffensif que La Fontaine en a traité dans sa fable Le loup et l’agneau. Pour ce qui est du second couple, à savoir Pluton-Cérés, nous pensons que Mercure doit être rebaptisé Pluton et être le maître des Poissons – le glyphe de Mercure devenant ipso facto celui de Pluton – lequel se doit d’abandonner son exil au-delà de Neptune pour se placer à proximité du feu lunaire et Jupiter doit désormais s’appeler Cérès et comporter le glyphe de Mercure inversé, n’en déplaise à Eric Déstère qui a développé toute une réflexion autour des glyphes planétaires. L’astrologie n’a aucunement à subir le diktat d’une astronomie pour laquelle le nom d’astres ne relève d’aucune systématique symbolique. Il est temps que les astrologues mettent un peu d’ordre dans le champ symbolique du cosmos. On ne peut plus dire Mercure ou Neptune sans préciser la planète appelée Mercure ou Neptune par les astronomes mais que les astrologues peuvent appeler autrement, tout comme les signes zodiacaux n’ont pas à porter les mêmes noms chez les astronomes et chez les astrologues, ni correspondre aux mêmes régions du ciel, puisque le zodiaque peut avoir différents points de départ. Il n’est donc pas acceptable que l’on définisse d’office le zodiaque ou les planètes à la mode astronomique en laissant entendre qu’une telle approche est la seule légitime. Croire que l’astrologie serait moins bien considérée si elles se démarquaient de l’astronomie au niveau terminologique est contestable ; les astrologues ont le droit d’avoir leur propre terminologie tant qu’ils ne créent pas un ciel fictif et ils ont le droit de ne conserver que certaines données tant que les données conservées correspondent à une certaine réalité objective, la démarche scientifique n’ayant jamais consisté à tout accepter en vrac mais à structurer, agencer, hiérarchiser, classer, ce qui a ainsi conduit les astronomes d’antan à distinguer planètes et étoiles puis à refuser, avec Copernic, que le soleil tournait autour de la Terre. Bien au contraire, un des conflits entre astronomes et astrologues tient précisément au fait qu’ils prennent pour argent comptant tout ce que les astronomes ont inscrit au ciel, tant hier qu’aujourd’hui. S’il s’avérait que l’astrologie était en mesure de repenser le zodiaque, de par un travail ayant valeur socio-historique, elle serait moins la risée qu’en suivant docilement des instructions dont elle ne comprend plus le sens et qui n’ont pour mérite que d’être conformes à la pratique d’une astronomie qui n’a que faire des enjeux de l’astrologie.
Le cas des Poissons, signe de la fin de l’hiver, est certes un peu surprenant encore que Germaine Holley place Pluton dans ce signe et de toute évidence c’est le nom même du signe zodiacal qui fait cette fois problème, on pourrait appeler ce signe le charbonnier, ce qui permettrait de lui attribuer la couleur noire. On notera qu’à Noël, l’on consomme des bûches au repas. Le bois – que nous associerons au feu qui s’en nourrit – nous semble marquer la saison de l’hiver tout comme l’air est l’élément de l’Eté, l’on va, au moment de la canicule, se réfugier dans les hauteurs pour respirer un peu d’air, l’on tond les moutons pour qu’ils étouffent pas sous leur lainage. Avant que le bois ne brûle et se consume en viciant d’ailleurs l’air, comme le fait le tabac, il sert à faire les flèches de l’archer – ne dit-on pas « faire flèche de tout bois’, outre le fait que la chasse à coure se déroule en pleine forêt. La croix de la crucifixion est également de bois. Quant au labourage d’automne, il s’effectuait avec une araire et son soc tranchant. Or il nous semble que la terre est la matrice de tout le règne végétal dont les arbres sont une des manifestations les plus fortes. Quant à l’eau, elle incombe au printemps et aux amoureux : ne dit-on pas vivre d’amour et d’eau fraîche ? Ajoutons que pour la religion juive, le rapport sexuel ne se conçoit pas sans bain (miqvé) purificateur pour la femme.
Si Pluton est un charbonnier, Mars est un boucher ou un charcutier, pour rester dans le cadre des métiers du village. Mais l’on sait qu’une guerre peut être qualifiée de boucherie. Signalons aussi la dimension martienne des sacrifices (hécatombe) animaux (taureau, notamment) ou humains qui a une valeur institutionnelle à la différence des guerres. Si le dieu Pluton est noir comme ce qui est brûlé, ce qui se consume et d’ailleurs, de par sa proximité en tant que correspondant à la planète Mercure, avec le soleil, souvent invisible, la déesse Cérès – dont la demeure est la planète appelée Jupiter – est dorée comme les épis – la déesse Vénus, l’étoile du berger, sera verte comme ce pré (prairial du calendrier révolutionnaire) qui accueille les amoureux et le dieu Mars rouge, comme le sang des bêtes qui sont abattues – couleur qui apparaît dans les manuscrits médiévaux mais non dans les imprimés plus tardifs de la fin du XVe siècle comme dans le Kalendrier des Bergers – étrange régression chromatique liée aux débuts de l’imprimerie – ce qui correspond à la couleur de son éclat si l’on considère la planète qui porte ce même nom – les Egyptiens parlaient de l’Horus rouge.. Dialectique Mars -Vénus. que l’on retrouve dans les feux de signalisation, avec le rouge pour l’arrêt, la fin de quelque chose et le vert pour le passage, le début d’un nouveau cycle, l’orange, intermédiaire – comme l’est l’Eté entre printemps et automne- pouvant être rapproché de l’or (en hébreu, l’orange est désigné comme pomme d’or et d’ailleurs orange ne commence-t-il pas par or ?
Rappelons qu’autrefois dans Paris la vente du charbon se faisait dans des cafés- où donc l’on buvait et fumait (on parle d’un bar-tabac) – souvent tenus par des auvergnats, on les appellera des bougnats (abréviation de charbougnats). L’image du mineur, tout noir, avec son casque équipé d’une lampe nous semble à merveille incarner l’Hiver, monde souterrain s’il en est, les hommes se réfugiant dans des cavernes et veillant sur leur feu Sur les scènes du Kalendrier des Bergères, au mois de février, l’on voit un homme portant une charge de bois sur les épaules et un autre coupant du bois dans la cour. Le commerce du charbon était d’ailleurs lié à celui de l’eau : en Eté, quand on n’avait pas besoin de charbon, les charbonniers se faisaient porteurs d’eau. Le monde masculin est plutôt celui de l’automne et de l’hiver, c’est alors que la technologie fait la différence. Pour les mois d’automne, on nous montre un four qui pourrait aussi bien être une forge. Au printemps, l’on peut se mouvoir, aller voir ailleurs, rencontrer la bien aimée hors de chez soi.
Il semble que le sagittaire et le scorpion, on l’a vu, si l’on suit Volguine, correspondent à une seule et même symbolique, celle de l’archer, autrement appelé homme-scorpion. Il est possible que ce dédoublement soit du à la prise en compte à un certain moment de la précession des équinoxes. Mais dans ce cas, si le scorpion est un signe martien comme le sagittaire, on doit trouver en face des signes vénusiens, le taureau et les gémeaux. L’axe Aldébaran-Antarés correspondrait alors à une dialectique Vénus-Mars. La dimension vénusienne d’Aldébaran nous semble confirmer par le fait que la notion même de conjonction, de cycle est vénusienne dans la mesure où elle implique selon notre théorie, l’union de deux astres, Saturne et Aldébaran.
En ce qui concerne, en revanche, le tétramorphe, avec ses quatre personnages, le taureau, le lion, l’aigle et l’homme – que l’on trouve notamment dans le Livre d’Ezéchiel et qui sont associés aux quatre évangélistes tout comme ils sont présents sur l’arcane du Tarot, Le Monde – le lien avec le Zodiaque saisonnier est fort improbable ; Il semble qu’à un certain moment un tel dispositif ait interféré avec le zodiaque issu du calendrier, ce qui pourrait expliquer la présence du lion mais aussi du boeuf/taureau.. Quant à l’aigle qui ne figure pas dans le zodiaque, il témoigne du caractère un peu hybride d’une telle combinatoire entre deux systèmes. Il s’agit selon nous avec le tétramorphe d’une autre inspiration : il y a eu syncrétisme entre deux séries quaternaires qui ne relévent pas de la même logique. On pourrait éventuellement parler de deux zodiaques qui se sont croisés, on a d’ailleurs la trace d’une telle dualité avec le zodiaque sidéral (stellaire) et le zodiaque tropical (saisonnier) qui devaient initialement comporter des contenus différents et ont fini par adopter la même terminologie.. Même le lien entre l’Homme (Adam) du tétramorphe et le Verseau n’est guère concluant. Quant au quaternaire des Quatre Eléments, il n’est plus lié avec les saisons dès lors qu’il se manifeste sous une forme triangulaire, chaque saison ayant 3 des 4 éléments.
Dans l’ensemble, il nous apparaît que les astrologues ont dépensé des tonnes de commentaires pour tenter de sauver une certaine façade de l’astrologie plutôt que de se décider à revoir sa tradition. Des trésors d’ingéniosité auront été dépensés pour expliquer pourquoi tel signe est de tel élément, pourquoi telle planète est domiciliée en tel signe, ce que nous qualifierons de travail en aval et non en amont, comme si la tradition en question ne pouvait et n’avait point à être restaurée. En fait, ceux qui préférant ne pas procéder à une révision générale, ce sont ceux qui ne veulent pas reconnaître qu’il faille faire appel – dans tous les sens du terme – à une autre population – et de reconnaître son existence – apte à intervenir pour mener à bien une remise en état. Se débrouiller (système D), c’est une façon de nier une quelconque dépendance par rapport à autrui, défendant implicitement une conception moniste – et non-dualiste – de la société..
L’astrologie nous fait de plus en plus souvent pensé aux Ecuries d’Augias, un des travaux d’Hercule qui dut les nettoyer mais aussi elle évoque cette Hydre de Lerne aux multiples têtes que le même Hercule eut à affronter en tranchant celles-ci une à une.

La littérature zodiacale

Le Zodiaque est le maillon faible du savoir astrologique et c’est à propos du zodiaque que l’on prend le mieux conscience du manque de rigueur et de méthode de la part de ceux qui prétendent présenter l’astrologie au monde.
Les deux écueils de l’astrologie face au zodiaque sont, selon nous, les suivants : d’une part faut-il accepter le zodiaque par le seul fait que le Ciel des astronomes le comporte et d’autre part, faut-il accorder quelque importance au symbolisme zodiacal alors que l’astrologie disposerait d’un mode de quadrillage des 12 signes – notamment par les domiciles des planètes- dieux – susceptible de se passer du dit symbolisme dont le rapport avec les saisons est le plus souvent fort peu évident ? Et quid du rattachement des 12 signes aux 12 maisons astrologiques et aux Quatre Eléments, sur la base de triplicités ?
Dès le commencement du zodiaque, il y a problème, on l’a vu avec le signe du bélier qui n’est aucunement associé, en tant qu’animal domestique, au début du printemps. Ne vouloir parler du bélier/mouton que sur un mode figuré nous parait de mauvais aloi. En revanche, le mouton pourrait correspondre sans difficulté au solstice d’Eté. C’est en effet au mois de juin que le Kalendrier des Bergères place la tonte des moutons. D’ailleurs, cette tonte n’est-elle pas porteuse d’une valeur solsticiale avec cette laine qui après avoir poussé est enlevée, ce qui correspond à une nouvelle naissance, à un nouveau cycle ? Si le bélier est le premier signe, il l’est avec un zodiaque commençant au solstice d’Eté, et doit prendre la place du cancer, qui est aussi porteur de l’idée d’une marche arrière puisque c’est ainsi que se meut le crabe. Le signe qui ouvre le printemps serait plutôt celui des amoureux qui s’embrassent sur l’herbe verte et font des projets ensemble. Mais l’astrologie moderne ne veut plus voir dans le signe des Gémeaux qu’elle place trop tard en juin l’image du couple, se privant, ce faisant, d’une thématique anthropologique majeure. Si le Zodiaque est un ensemble assez peu cohérent, ce n’est pas la peine d’en rajouter en évacuant l’hétérosexualité des Gémeaux. Tout sonne faux, reconnaissons-le, dans le zodiaque dès lors que l’on veut ancrer son symbolisme sur le rythme des saisons et de la vie sociale qui l’accompagne. Que l’on ne vienne pas nous dire que l’Eté est marqué par l’Elément Feu alors que l’iconographie de la vie champêtre nous place le Feu en Hiver ! Force est de constater l’ignorance des astrologues en matière de symbolisme saisonnier ! D’ailleurs, la plupart des manuels d’astrologie sont singulièrement pauvres sur le plan iconographique Mais même la fameuse collection des 12 volumes parus au Seuil dans les années Cinquante, tout en étant copieusement illustrée, ne tente même pas de relier les 12 Signes avec les scènes traditionnelles des 12 mois de l’année alors même que l’on affirme que le Zodiaque est l’expression par excellence du cycle saisonnier. Il est vrai que la Nature des astrologues semble ici tout à fait déconnectée par rapport à la Nature telle qu’instrumentalisée par les hommes, ce qu’en dit long sur la qualité anthropologique de nos exégètes experts en zodiacologie.
Le Zodiaque saisonnier – tel que nous venons de le décrire – et les planètes se rejoignent en matière d’instrumentalisation, constituant de fait un diptyque du plus haut intérêt anthropologique : dans les deux cas, il y a en oeuvre une forme de domestication de l’environnement, voire de conquéte, d’annexion et donc d’empire.
Expliquons-nous : le porc n’a pas vocation à servir de nourriture à l’homme, ce qui ne l’empêche de figurer dans le cycle annuel des activités humaines et s’il ne remplissait pas une telle fonction, on n’en ferait pas l’élevage, on ne lui donnerait point de glands. De la même façon, les astres n’ont pas été crées pour servir de repères temporels aux hommes mais si on ne leur avait pas attribué une telle mission s’intéresserait-on autant à eux ? Peu probable ! Dans les deux cas, donc instrumentalisation permettant et conditionnant une intégration au sein de la société humaine.
On aura compris ce qu’il y a de délirant à nier que l’homme puisse interférer avec son environnement au point de lui conférer des significations et des utilisations nouvelles. Que l’on élève des moutons ou que l’on élève le regard vers le ciel, nous ne voyons pas de différence. Et d’ailleurs, la légende dorée de l’astrologie veut que l’astrologie ait été inventée par les bergers chaldéens, d’où d’ailleurs le Kalendrier et Compost des Bergers (et celui des Bergères)
Cela dit, il existe plusieurs formes d’instrumentalisation qui peuvent avoir cohabité puisque l’instrumentalisation n’est pas limitée aux dispositions intrinsèques de l’objet qui en fait les frais. Un animal peut aussi servir pour les sacrifices, ses entrailles peuvent être examinées par des devins (hématoscopie) tout comme le ciel peut être appréhendé, non point comme marqueur du temps de la Cité (astrologie) mais comme présage répondant à un questionnement du moment pour un particulier (astromancie). Or, au nom d’un certain syncrétisme, l’on a tendance à réunir au sein d’un même corpus toutes les instrumentalisations s’articulant autour d’un même objet. C’est ainsi que l’on tend à qualifier d’astrologique tout ce qui a rapport avec les astres, d’une façon ou d’une autre alors même que nous savons que la nature proprement dite d’un objet se situe au delà de telle ou telle instrumentalisation qui en est faite ou proposée. On ne saurait, à l’évidence, constituer une science de l’objet en question en additionnant toutes les instrumentalisations qui se sont greffé sur lui au cours des âges. Or, c’est là une tendance fréquente de la part des historiens à vouloir regrouper les dites instrumentalisations d’un objet donné au sein d’un même corpus et en tout cas d’un même ouvrage. Il y a là un écueil épistémologique pour la démarche historique. Certes, il peut être intéressant de collationner les diverses instrumentalisations subies, supportées par un tel objet mais à condition, cependant, de ne pas en tirer de conclusion quant à la cohérence de l’ensemble ainsi constitué ni quant à ce que cela nous enseigne à son propos, tant l’instrumentalisation peut ignorer ce qui constitue l’essence de ce qui est ainsi instrumentalisé et qui relève peu ou prou d’un processus de projection..

Le glissement du mythologique vers l’astronomique

L’on sait que le nom des planètes est aussi celui de dieux et déesses des panthéons mythologiques. Le christianisme a accepté l’astrologie et son cortège de divinités planétaires sous réserve que lorsque l’on parlait de Vénus ou de Jupiter on désignât non pas des dieux mais des planètes.
Or, une telle évolution qui conduisit à attribuer aux divinités des astres nous apparaît, en tant qu’historien de l’astrologie, comme une déviance manifeste, même si elle est déjà attestée dans le Tetrabiblos et plusieurs siècles avant l’ère chrétienne.
En effet, la littérature astrologique témoigne de ce que des attributions mythologiques ont été effectuées par rapport au zodiaque et qui ne correspondaient aucunement à des planètes, puisque ne portant pas le nom de planètes, c’est notamment le cas chez Manilius (Ier siècle de notre ère) dont le dispositif des domiciles comporte des dieux non situés sur le plan planétaire, du moins de son temps. Il semble donc que les deux approches aient cohabité et que c’est celle de Ptolémée qui l’aurait finalement emporté.
Selon nous, ce sont les phases d’un certain cycle planétaire qui ont été associées aux divinités, ce qui est confirmé par le fait que tel secteur est placé sous l’influence de telle divinité. Quand on dit que les Gémeaux sont dominés par Mercure, il ne s’agit pas, contrairement à ce que croient les astrologues depuis 2000 ans, de la planète mais bien du dieu. En se référant au dieu, l’on veut ainsi indiquer la tonalité spécifique de la phase assignée au dit dieu. Initialement, les planètes ne portaient pas de noms de dieux mais leurs phases étaient associées à des dieux. D’ailleurs, certains signes zodiacaux pourraient trouver leur origine en tant qu’allégorie de quelque divinité.
La méthode des maîtrises comme moyen privilégié encore aujourd’hui d’interpréter un thème se distingue de celle des domiciles du fait précisément que les domiciles concernent des dieux alors que les maîtrises s’articulent sur la présence des planètes dans le thème, mais en faisant usage du dispositif des domiciles.
Bien évidemment, c’est du fait de cette assimilation des dieux aux planètes que l’on assiste de nos jours à l’intégration de nouvelles planètes, inconnues de l’Antiquité, dans le clavier astrologique en accordant au nom accordé aux dites planètes par les astronomes la plus grande importance, on pense notamment, depuis 1977, à Chiron, astre circulant entre Saturne et Uranus mais aussi à Pluton, à Neptune, à Uranus, à Cérès, à Junon, à Vesta et à d’autres encore découverts depuis quelques années et recourant à d’autres mythologies, hindoue, amérindienne ou inuite…
L’on posera la question suivante : quels sont les besoins de l’Humanité – du moins de celle qui était concernée il y a quelques millénaires, en matière de planètes et d’archétypes dès lors qu’il s’agissait d’établir une cyclicité sociale ? Prenons un exemple simple, l’installation de feux de signalisation, ce qui n’est pas selon nous sans rapport avec la dite cyclicité puisqu’il s’agit non pas seulement que les voitures avancent ou s’arrêtent mais en ce que les dits feux permettent une alternance, notamment lors d’un croisement de voies mais aussi entre automobilistes et piétons. Ce n’est pas parce que l’on dispose de plus de deux couleurs dans le spectre chromatique que l’on devra envisager autant de couleurs pour la signalisation qu’il existe de couleurs disponibles.. L’on ne va pas inventer des cas de figure supplémentaires dans le cadre de la signalisation du trafic uniquement parce que cela est virtuellement possible. L’instrumentalisation est fonction des connaissances mais aussi des besoins et si les connaissances génèrent des besoins inutiles, cela fait problème. C’est le cas au demeurant avec tous ces astres qui sont mis en circulation inlassablement par l’astronomie moderne et que des astrologues comme Jean Billon se croient obligés de prendre en compte.
De même ce n’est pas parce que j’emprunte quelques mots à une langue que je suis intéressé par tous les mots de cette langue à moins de croire que cette langue n’existe que pour l’affaire qui m’intéresse. Ainsi, n’est-ce pas parce que l’astrologie a recouru à quelques éléments d’un ensemble qu’elle est preneuse de tout l’ensemble en question. Certains soutiendront que si et comme on dit qui vole un œuf vole un bœuf.
Il importe de comprendre que l’astrologie apparaît dans un monde qui ne l’a pas attendue pour exister, qu’il s’agisse des archétypes ou des planètes et pas forcément les uns liés aux autres. Ouvrier de la onzième heure, l’astrologie se sert de ce qui existe mais uniquement dans la mesure de ses besoins et de ses moyens d’intégration et de traitement d’une certaine quantité d’information.

Le cycle Etoile & planète (E & P)

Aujourd’hui, quand l’on parle de cycle ou d’intercycle, l’astrologue songe automatiquement à une configuration entre deux planètes. Au Moyen Age, le cycle Jupiter-Saturne fut ainsi très prisé, sous le titre de Grande Conjonction – petite et grande aiguille sur une horloge. Mais à l’origine, le couple céleste permettant de constituer un cycle devait être composé de la rencontre et de la séparation entre une planète et une étoile- c’est la formule E & P – sur le modèle du cycle soleil-lune, qui servit de modèle.
Le rejet des étoiles fixes par l’astrologie moderne – et notamment en cyclologie mondiale – s’explique généralement par le fait que les dites étoiles ne font pas partie du système solaire, qu’elles sont bien plus éloignées de nous que ne le sont les planètes. Or, selon nous, ce qui comptait se situait sur le plan visuel, sans que l’on ait à considérer les distances réelles, qui étaient d’ailleurs fort mal appréciées dans l’Antiquité.
Du point de vue anthropologique, ce qui importe, ce n’est pas tant la réalité astronomique en soi, objective, telle que nous la découvrons aujourd’hui, mais le rapport que les hommes ont établi avec les astres qu’ils connaissaient et dans la mesure de leurs besoins organisationnels. Si donc nos aïeux trouvèrent commode de conférer quelque importance au cycle Saturne-Aldébaran, et si les hommes se sont conformé, consciemment puis de plus en plus subconsciemment au fil du temps, cela seul compte et il importe peu que Saturne ait telle ou telle vertu en soi, il s’agit seulement d’un marqueur de temps qui va scander, rythmer notre Histoire sociale.
Le cycle planète étoile est conçu à l’image d’une grande horloge avec sa petite aiguille, beaucoup plus lente, que la grande, ce qui correspond au rapport étoile- planète. Le passage à une cyclicité articulée sur deux planètes est une déviance qui conduit d’ailleurs à un cycle intermédiaire, si bien qu’aucun intercycle saturnien ne respecte la durée de 30 ans du cycle saturnien. D’ailleurs, le rapport étoile-planéte est proche de la présence de la planète dans un zodiaque stellaire mais au lieu d’étudier les aspects formés entre une planète et une étoile et qui ne dépendent pas de la précession des équinoxes, l’on a regroupé les étoiles en constellations, ce qui est un référentiel beaucoup plus vague, ne permettant pas une datation précise sur la base des aspects.

La genèse du Zodiaque.

Quelle est donc l’origine des 12 images zodiacales ? Il ne suffit pas de retrouver des zodiaques en différents lieux et en différentes époques, cela relève de la fortune du Zodiaque, de sa diffusion et non de sa formation. Les historiens sont beaucoup moins diserts quand il s’agit de déterminer les sources du zodiaque et l’on pourrait faire les mêmes observations à propos du Tarot. Cette question en entraîne d’ailleurs une autre : quelle est la raison de l’ordre des signes du zodiaque ? En fait, il s’agit de déterminer d’où « sort » le zodiaque, d’où il est issu et ce point (aveugle) n’est certes pas indifférent pour l’Histoire de l’Astrologie.
C’est du côté de l’iconographie des mois de l’année qu’il faut, selon nous, aller rechercher la structure dont dépend la série zodiacale. Bien des astrologues ignorent cette iconographie- même au sein d’ouvrages consacrés au Zodiaque – tout comme ils ignorent celle des maisons astrologiques qui n’est pas sans rapport, quant à elle, avec la genèse du Tarot, lequel jeu dépend aussi des représentations des vertus, telles qu’on les trouve notamment dans les Hieroglyphica d’Horus Apollo, ouvrage qui fut largement diffusé au XVIe siècle et bien connu de Nostradamus.
Cette iconographie prézodiacale figure notamment dans un célèbre manuscrit, celui des Très Riches Heures du Duc de Berry, dû aux frères de Limbourg ( début XVe siècle, Musée Condé, Chantilly). Chaque mois y correspond à une scène. Mais bien d’autres manuscrits proposent, avec des variantes plus ou moins significatives, la même série de 12 saynètes. On signalera notamment la série de douze tableaux figurant dans le Kalendrier des Bergères (fin XVe siècle) Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette iconographie du calendrier ne se réduit pas à une simple représentation du cycle saisonnier un peu à la façon du calendrier révolutionnaire, comme on l’affirme en général. On y trouve également des moments de la vie sociale, comme dans le cas des amours, des fiançailles qui ont lieu au printemps mais aussi en hiver les soirées au coin du feu. Alors que les 12 Travaux d’Hercule pourraient – si la thèse de Charles-François Dupuis, dans l’Origine de tous les Cultes (fin XVIIIe siècle) est juste – avoir été composés en s’inspirant du zodiaque astronomique des constellations donc d’un ensemble extrêmement synthétique (, en revanche, les Livres d’Heures, selon nous, quand bien n’en aurait-on la trace précisément, dans l’Antiquité, qu’au travers du Zodiaque, lui seraient largement antérieurs.
Prenons le cas du signe du verseau qui correspond à l’entrée du soleil dans ce signe, dans le courant du mois de janvier. On peut certes, comme c’est la coutume, discourir sur le symbole du verseur d’eau, notamment chez ceux qui s’intéressent à l’Ere du Verseau. Mais l’on peut aussi noter que sur la table où l’on se réunit, bien au chaud, on trouve de la vaisselle tant pour manger que pour boire. Et le signe du verseau serait un élément de cette vaisselle. D’ailleurs Ganyméde, l’échanson des dieux, qui incarne, pour un Paul Le Cour, ce signe, ne sert-il pas quelque délicieux breuvage à la table des dieux ? Mais dans ce cas, ce qui compte, n’est-ce pas cette table plus encore que ce que l’on y a mis. La scène de banquet aurait aussi bien pu être résumée par autre chose que par une cruche ? On est bel et bien là dans les nourritures terrestres – on penserait au taureau – et point tant dans ces nourritures célestes, spirituelles qui sont volontiers affectées au verseau, dont on nous dit que c’est un signe d’air. Quant au Bateleur, la première arcane majeure, tout comme janvier, le mois de Janus, est le premier mois, ne représente-t-il pas, lui aussi, une table sur laquelle divers objets sont posés ? Mais il est vrai que ceux qui ont écrit sur le Bateleur, pas plus que ceux qui ont écrit sur le Verseau, n’ont songé à une scène de ripailles, ce qui en dit long sur la corruption du signifiant mais aussi du signifié de certaines séries symboliques. Un tarologue comme Alessandro Jodorowsky n’a pas effectué un tel rapprochement entre le bateleur et les scènes d’hiver autour d’un foyer, autrement dit ses méthodes d’investigation ne lui ont pas permis de rétablir le feu dans la scène dont le bateleur est issu tout comme les spécialistes du verseau, signe en vogue, ère du verseau oblige, ne signalent pas cet arrière plan igné de ce signe auquel le dit signe renvoie puisqu’il est issu d’une scène qui le comporte.
Si l’on admet que le zodiaque est l’expression, au départ, du cycle des activités d’une société rurale et non pas seulement de la Nature saisonnière, stricto sensu – c’est bien une nature habitée par les hommes – l’on comprend mieux pourquoi les cycles planétaires ont pu, à un certain stade, se subdiviser en 12 secteurs distincts. Cela tiendrait à un syncrétisme entre le cycle zodiacal et le cycle planétaire.
Dés lors, le découpage du cycle planétaire qui au départ n’a rien à voir avec le zodiaque mais qui, comme on l’a dit plus haut, est structuré par la succession des nouvelles lunes, va se trouver envahi par le Zodiaque non pas seulement en tant que structure de temps mais comme balisant les significations mêmes du cycle. En fait, le Zodiaque n’a nullement vocation à préciser la signification d’une phase si ce n’est qu’il peut servir à fixer un certain découpage, tous les trois signes, on pense notamment au signe de la balance, le septième, à 180° du bélier, et qui symbolise la moitié du cycle saisonnier, l’équinoxe d’automne. Encore faudrait-il pour cela que le Zodiaque commençât au début du cycle saturnien, c’est à dire à la conjonction Saturne-Aldébaran et non point au point vernal.
On notera à quel point le symbolisme zodiacal est mal servi par les Quatre Eléments. Le scorpion est un signe d’eau mais pas le verseau. A la place du scorpion, nous mettrions d’ailleurs volontiers la grenouille, animal aquatique, faisant ainsi face au bœuf comme dans la fable. On voit mal pourquoi les gémeaux seraient un signe attribué à Mercure alors que leur iconographie représente des amoureux, ce qui correspond aux « enfants de Vénus », comme on peut le voir dans le Kalendrier des BergersLa Vierge, autre signe mercurien, nous semble également plutôt vénusienne….Tout se passe comme si à un certain stade, on avait interverti Mercure et Vénus, croyant bien faire de façon à respecter l’ordre des vitesses des planètes sans songer à intervertir également les signes zodiacaux correspondants.

Les trois écueils de la recherche astrologique

Pour celui qui s’est mis en tête de cerner ce qu’est l’astrologie, il convient de le mettre en garde contre trois piéges qui ne concernent d’ailleurs pas uniquement, loin de là, la seule astrologie.
Le premier piége consiste à remonter trop haut dans le temps et de vouloir réduire l’astrologie à un état que nous qualifierons de pré-astrologique. De nos jours, la tendance au pré-astrologisme est très répandue puisqu’elle consiste en particulier à vouloir fonder l’astrologie sur le seul socle astronomique, englobant des planètes qui ne dépendaient pas encore du regard des hommes, d’où l’intérêt accordé aux transsaturniennes. Car s’il n’y a pas encore d’humains scrutant le ciel la frontière entre planètes jusqu’à Saturne et au delà de Saturne ne fait pas sens puisqu’elle est liée à la visibilité des astres du point de vue des hommes. La preuve en est que lorsque les hommes ont amélioré leur vue, le système solaire leur est apparu autrement. On trouverait un risque du même ordre à propos de la sexuation si on la réduisait à des données génétiques primaires (X, Y) et bien antérieures à l’apparition des civilisations humaines.
Le deuxième piége, a contrario, consiste à ne pas remonter assez haut, c’est à dire à prendre pour argent comptant l’astrologie fossilisée telle qu’elle est devenue depuis un certain nombre de siècles ; c’est le stade que nous qualifierons de post-astrologique. Si dans le premier cas, l’on sous estimait la possibilité que d’autres étapes soient intervenues entre temps, dans le second cas, l’on sous estime l’éventualité de stades correspondant à une dégradation de la transmission. L’astrologie serait alors forcément ce que l’on en connaît. L’on passe ainsi d’une extrême à l’autre : d’un côté un état extrêmement ancien et de l’autre un état relativement récent et entre les deux, rien d’essentiel ne se serait joué. De la même façon, en ce qui concerne la sexuation, on navigue entre d’une part des données biologiques brutes et de l’autre un certain nombre de lieux communs qui circulent depuis quelque temps.
Le troisième piége que nous appellerons réflexe – et l’on pourra parler de réflexo-astrologie – consiste à laisser parler le savoir dès lors qu’il est porté par des êtres en chair et en os. Vous voulez savoir ce qu’est un natif du sagittaire eh bien interrogez le pour qu’il vous dise ce qu’il en est. Il doit bien savoir ce que c’est puisqu’il en est un. De même, vous voulez savoir ce qu’est une femme, interrogez des femmes, elles sont les mieux placées pour vous éclairer sur la question. Selon une telle logique, il faudrait interroger les roses pour savoir ce que c’est que d’être une rose et ainsi de suite ou un bébé ou un juif pour savoir ce que c’est que d’en être un. Ou bien suffit-il d’interroger un astrologue pour savoir ce qu’est l’astrologie, un Français pour savoir ce qu’est la France ou la langue française ? C’est oublier qu’un individu ne se réduit pas à une seule identité et qu’il a souvent bien du mal à distinguer ce qui relève de chacune de ses appartenances ou pseudo-appartenances, lesquelles sont d’ailleurs parfois contradictoires. En fait, il convient de distinguer ce que les gens font et ce qu’ils disent qu’ils font, les deux plans pouvant être sensiblement en décalage. Il convient notamment du fait de l’instrumentalisation distinguer l’intérêt pour le signe et la signification accordée au signe : c’est ainsi qu’en ce qui concerne la sexuation, le tropisme qui rapprochera un homme et une femme ne se réduira pas, quant à sa raison d’être, à une finalité sexuelle sous prétexte que le repérage est fonction de données anatomiques.
Ce troisième type de dérive épistémologique est assez courant en dépit de sa naïveté. Il suffit donc de nommer un objet pour que cet objet nous dise ce que signifie le nom qu’il porte. Il suffit de nommer tel astre Jupiter pour que ipso facto l’on sache où l’on en est avec la valeur Jupiter. Il s’agit là en fait d’un processus d’instrumentalisation, c’est à dire que l’on attribue arbitrairement un nom à tel astre et un autre nom à tel autre astre en supposant que le dit astre ne sera plus désormais marqué que par ce nom, qu’il ne sera plus rien d’autre que cela. Une fois que j’aurai nommé tel objet A, tout ce que j’observerai à propos de cet objet me renseignera sur A.
Nous considérons ces trois approches comme pouvant égarer ceux qui s’intéressent à l’Astrologie comme à tout domaine appartenant peu ou prou au champ anthropologique. Or, la plupart des astrologues procèdent ainsi : ils s’appuient inconsidérément sur une astronomie dont le lien avec l’astrologie reste à préciser, comme le note Michel Cazenave. Ils supposent un peu vite que l’astrologie n’a pas pu faire fausse route, ce qui est plus ou moins le propos de Patrice Guinard et surtout, au travers du thème natal, ils croient au langage des astres et par un système de tirage – le thème natal est un mode de tirage parmi d’autres, s’articulant sur un moment particulier qui fait référence – ce sont les astres eux-mêmes dûment baptisés qui font ou non acte de présence au moment de la naissance.

Les aléas de l’ubiquiste

Nous résumerons par un mot un peu barbare notre diagnostic quant à ce dont souffre la tradition astrologique depuis fort longtemps, à savoir l’ubiquiste, concept que nous avons développé dans nos recherches linguistiques (à paraître, Livre Blanc sur le Français)
Quand par exemple, le nom d’un dieu est utilisé pour désigner un astre, il y a ubiquation. Prenons le cas de Neptune, planète récemment découverte et baptisée (1846). Le dieu Neptune est, par voie de conséquence, condamné à l’ubiquité puisqu’il est à la fois dieu dans l’Olympe et planète dans le Ciel. Il s’est en quelque sorte dédoublé mais il faudrait plutôt dire qu’on l’a dédoublé. L’ubiquation consiste à multiplier un concept, un mot et plus largement un objet. C’est un vol à l’envers : l’objet « ubiqué » ne disparaît pas, son propriétaire en dispose toujours mais il n’en a plus l’exclusivité et à la limite il se trouve substitué, remplacé par la copie, sort qui n’est pas nécessairement plaisant en toute circonstance. En tout état de cause, les astrologues ont d’un côté le dieu, de l’autre la planète et tendent à assimiler l’un à l’autre.
Le thème astral est un lieu très fortement marqué par l’ubiquation, du fait d’une incompréhension de la part des astrologues des dispositifs dont ils se servent : le dispositif des domiciles, tel qu’exposé dans le Tétrabible, prévoit que chacune des cinq planètes (soleil et lune donc exceptés qui ne sont pas des planètes stricto sensu même si l’astrologie les qualifie ainsi) domine deux signes. Mercure sera donc domicilié en Gémeaux et en Vierge, deux signes, soit dit en passant, en aspect de carré l’un avec l’autre – ce qui est un peu paradoxal quand on sait que le carré est perçu comme un aspect dissonant. On pourra donc parler de l’ubiquation de Mercure dans la mesure où si les deux signes sont occupés par un facteur activant, l’on aura donc Mercure simultanément mobilisé en deux secteurs zodiacaux. En réalité, le dispositif ayant initialement vocation cyclique et censé servir pour un seul astre, cela ne devrait pas se passer ainsi, le dit astre ne pouvant au même moment être en deux points différents de son cycle. Il y a donc ubiquation, c’est à dire en fait une spatialisation du temps. Il y a ubiquation lorsque deux stades se télescopent : par exemple, si l’on établit une échelle chronologique à quatre temps, que l’on désigne sous le nom de Feu, Terre, Air, Eau, ce n’est pas pour que, au même moment, deux ou plus de ces temps soient activés du fait du polyplanétarisme. Quand bien même d’ailleurs, comme Gauquelin, s’intéresserait-on à plusieurs planètes, il convient d’admettre que pour une personne donnée, une seule planète est active et donc qu’il n’y aura pas de mobilisation d’énergie simultanément en deux endroits du cycle.
L’astrologie a longtemps rencontré des difficultés pour connaître le mouvement réel des astres, à l’avance, d’abord en raison des carences de l’astronomie puis des difficultés de calcul avant de disposer d’outils adéquats et commodes. Il lui a donc fallu, tant que faire se pouvait, trouver une parade en axant tout sur le thème dressé au moment de la consultation donné puis – ce qui était plus délicat – au moment de la naissance, ce qui impliquait des calculs pour retrouver la position des astres, des années auparavant. Comme il lui fallait, tout de même, réaliser des prévisions, l’astrologie développa des techniques analogiques permettant de faire avancer le thème selon une micro-chronologie (un degré = un an par exemple).
Curieusement, après la démocratisation des outils de travail, certains comportement se sont perpétué et l’on continue à se servir de ces techniques de substitution ou plus fréquemment à relier les astres de telle année avec le thème natal (transits) tant et si bien que l’approche purement cyclique fondée sur le mouvement réel des astres, n’est pratiquée que rarement ou en complément alors qu’elle devrait être centrale. Or, à partir du moment où l’on ne pouvait suivre un astre tout au long de sa course, l’on prit l’habitude d’étudier les relations des astres entre eux, la technique des aspects ne servant plus à baliser la course d’un astre, au sein d’un binôme de deux astres, mais à appréhender les relations de tous les astres entre eux, au sein du thème. Bien pis, l’informatisation au lieu de conduire l’astrologie à évacuer des pratiques désormais obsolètes les a maintenues grâce à l’élaboration de logiciels permettant de multiplier les combinatoires, on pense notamment aux produits Auréas, dont le directeur est Francis Santoni, très à l’écoute des besoins et des innovations des astrologues ou encore à ceux de Christophe de Céne, de Bernard Villemin, de José Gonzalez ou de Jean-François Faccin sans oublier les recherches du regretté Robert Renout, décédé en 2003.. Le Salon de l’Astrologue – fait significatif – fut mis sur pied par un collectif de marchands de logiciels d’astrologie. L’informatique astrologique a, dans l’ensemble, selon nous, eu des effets négatifs sur l’astrologie en permettant à des formes douteuses de se perpétuer, et en ne faisant pas jouer naturellement un certain travail de décantation provoqué notamment par le caractère fastidieux des calculs et des tracés. il est vrai qu’un marché juteux s’ouvrait au service de l’astrologue : vente d’éphémérides, de tables de maisons, de régimes horaires dans le monde, d’abord sur papier puis sur d’autres supports, sans parler de l’organisation des cours pour former à leur utilisation. Reconnaissons d’ailleurs que le MAU, par ses branches formation (FLAP) et publication (La Grande Conjonction) a exploité, un certain temps, un tel marché dont la locomotive était le sacro-saint thème natal. et ses avatars. Mais par la suite, seuls les vendeurs de logiciels ont pu profiter du filon, avec le développement des PC et la Grande Conjonction a ainsi cédé ses droits sur l’ouvrage de Françoise Schneider Gauquelin, Problèmes de l’Heure résolus en astrologie, à Auréas en 1997 ; dix ans après sa première parution.
La vocation de l’astrologie, pour reprendre notre terminologie, n’est pas d’être solaire mais lunaire, n’est pas de tout expliquer en se servant de tout ce qui existe mais de déterminer un créneau étroit qui serait propre à la seule Humanité, qui serait de son invention. L’astrologie, c’est l’étude du dit créneau ainsi constitué. Ni plus ni moins. Les astrologues « solaires », à la sensibilité féminine, n’aboutissent qu’à noyer cette astrologie lunaire au sein d’une globalité qui fait régresser l’Humanité à un stade préastrologique.. Au nom de l’universalité, ils en arrivent à trahir la cause de l’Humanité en retournant contre elle, en pervertissant ce qu’avait au contraire de complètement spécifique le projet astrologique. Paradoxalement, la cyclicité astrologique prévoit cette alternance de phases solaires et lunaires – selon la dialectique Pluton-Proserpine qui n’est que celle de l’Hiver et de l’Eté, la phase solaire étant celle des vacances (c’est à dire du vide), comme nous la célébrons en ralentissant le rythme du travail en juillet-août. Encore ne faudrait-il pas oublier que l’Humanité en ce qu’elle a de plus original et originel n’est pas proserpinienne mais plutonienne. Or Pluton, le dieu des Enfers, n’est-il pas peu ou prou assimilé au Diable ? Ce qui expliquerait qu’il y ait diabolisation de l’astrologie. La science moderne, éminemment solaire, en quête de comprendre le monde tel qu’il est et non tel que l’Humanité a voulu qu’il soit, ne pouvait que rejeter une démarche lunaire – on dira que la science est solaire, que la technique est lunaire – tant et si bien que l’astrologie en est arrivée à vouloir se solariser, perdant ainsi son âme. Mais à partir de la Seconde Guerre Mondiale, d’Auschwitz et d’Hiroshima en passant par la création de l’Etat d’Israël, l’Humanité s’est à nouveau lunarisée, échappant, même si c’est sur un registre infernal, au mondel unaire. Le mot clef est alors devenu celui de concentration : camp de concentration, concentration nucléaire, fin de la dispersion juive.

TROISIEME PARTIE

L’ANTHROPOLOGIE DU MASCULIN ET DU FEMININ

En définitive, l’astrologie se voit confrontée avec le monde tel qu’il est et il semble assez évident que tout décalage trop évident entre le discours astrologique et les données anthropologiques serait révélateur de la corruption du discours astrologique.

Lorsque l’on examine les travaux qui paraissent actuellement consacrés à l’Histoire de l’ Humanité, force est de constater que la relation que les hommes ont pu établir avec le cosmos apparaît commme une question bien secondaire. Or, la façon dont les hommes ont appris à se servir des astres aura certainement été tout à fait déterminante pour la formation de la présente Humanité. Il ne s ‘agit pas ici, empressons-nous de le souligner, de la découverte d’un quelconque lien entre les hommes et les astres, comme on peut le lire dans la plupart des ouvrages que les astrologues consacrent à l’origine de leur science, et qui est une étape bien plus tardive, mais de la mise en place délibérée, de l’invention d ‘un code temporel auquel telle société se conformera et qui lui servira de Loi. Tant que les astrologues n’auront pas accepté ce modèle, leur communication avec l’anthropologie ne sera pas possible.
Or, à quelle discipline l’astrologie peut-elle d’un être de l’apport le plus précieux? On connaît les dialogues de Solange de Mailly Nesle (L’Etre Cosmique) ou d’Elizabeth Teissier ( Etoiles et Molécules) mais ceux-ci n’impliquent pas d’anthropologues mais des astrophysiciens, des médecins, des psychologues. Quant aux ethnologues ou aux sociologues, ils s’intéressent plus au statut de l’astrologie dans telle ou telle société qu’au fait que les sociétés aient eu besoin à un certain moment de leur développement de se servir du référentiel cosmique pour se structurer. Au fond, la question est la suivante: à quel signifié renvoie le signifiant astrologique? Mais encore faudrait-il savoir ce qu’est le dit signifiant….. Double questionnement à propos d’une double interface entre le monde d’en haut et le monde d’en bas, pour paraphraser la Table d’Emeraude. Nous avons déjà quelque peu précisé en quoi consistait le signifiant astrologique, à savoir un certain schéma cosmique dessiné entre mille possibles. Quant au signifié, nous pensons qu’il concerne au premier chef l’anthropologie. Entendons par là que l’astrologie nous parlerait de ce monde tel que l’homme l’a structuré, de la dimension structurelle du monde.
En tant qu’organisateur de colloques – environ 55 à ce jour – sans parler de ceux auxquels nous avons assisté et où nous sommes intervenus ponctuellement – une des questions qui ont le plus provoqué de perplexité chez les astrologues concerne le champ imparti à l’astrologie. Passons sur les réponses du type: l’astrologie étudie ce qui dépend des astres, ce qui ne nous avance pas beaucoup car qu’est-ce qui précisément en dépend? Le problème, c’est qu’apparemment le véritable champ d’étude de l’astrologie – le singulier indiquant le phénomène par delà ses divers avatars – n’est à chercher ni dans la tradition astrologique telle qu’elle nous est délivrée, ni dans une anthropologie à la mode telle qu’elle nous est imposée par les médias et qui se veut intellectuellement correcte.
En réalité, l’astrologie est bel et bien porteuse d’une anthropologie mais à condition de la décanter comme nous l’avons fait dans les précédents développements. Mais l’on aura pu constater à quel point l’anthropologie inhérente au discours astrologique traditionnel tel qu’il ressort de la littérature que l’on trouve sur le marché est inconsistant – c’est notamment le cas de tout ce qui concerne la Lune – ce qui explique que tant d’astrologues ont cru bon de prendre leurs distances par rapport à celui-ci, tombant ainsi de Charybde en Scylla, pensant pouvoir constituer une nouvelle anthropologie à partir des données de l’astronomie la plus contemporaine, faisant totalement abstraction du facteur Temps, condition indispensable à tout enracinement biologique, et se situant dès lors sur un plan très superficiel, celui des mentalités et des représentations conscientes, plan plus propre à la sociologie et qui ne saurait suffire à fonder une astrologie au niveau du subconscient, instrumentée par des automatismes organiques et sensoriels, innés à la naissance.. Ces astrologues modernes (de Nicola à Verney) nous paraissent vouloir reconstruire l’astrologie comme des enfants une maison en mettant une pierre sur l’autre sans savoir qu’il faut du ciment. Ils n’ont pas non plus compris que l’astrologie est lunaire et non pas solaire, qu’elle implique des choix et que ce qui compte ce sont les choix aussi arbitraires soient-ils qu’ont fait nos ancêtres et non nos élucubrations autour d’objets télescopiques. L’astrologie est dans le registre lunaire qui implique une thermodynamique adéquate aux besoins et aux savoirs d’une société donnée et non dans la démesure solaire qui ne connaît pas ses limites. Alors que la Lune n’agit sur nous que parce que nous le voulons, parce que nous lui accordons quelque importance, le Soleil lui nous impose sa puissance d’office. Jean-Pierre Nicola n’est-il pas l’auteur (1965) de La Condition solaire?..Or, initialement, le zodiaque était déterminé non par les saisons mais par les rencontres mensuelles de la Lune avec le Soleil. Par la suite, l’on a voulu que ce soit le soleil qui détermine le début de chaque mois zodiacal, parfaitement décalé par rapport au mois solaire, c’est la lune qui découpe la course du soleil à sa façon. La solution adoptée par les Juifs semble la meilleure: leurs mois commencent à la nouvelle Lune et ils ajoutent périodiquement un treizième mois, ce qui donne une année « enceinte », pour résorber le décalage. En fait, c’est la lune qui vient visiter le soleil tout comme Saturne, facteur donc masculin, dans son rapport avec Aldébaran, facteur féminin. Il importe peu ici que le soleil soit objectivement ceci ou cela, ce qui compte, c’est comment il était perçu à une certaine époque qui a laissé une trace indélébile sur le psychisme humain Pour nos ancêtres, les figures tracées par le ballet de la Lune autour du soleil étaient bien plus parlantes que le jour de tel équinoxe ou de tel solstice qui ne correspondait à aucune configuration céleste visible, à moins que le soleil ne se situe par rapport à une étoile mais comme cette étoile changeait avec la précession des équinoxes, ce ne pouvait être qu’une solution bancale. En fait, au niveau visuel, le soleil se lève et se couche, chaque jour et la lune retrouve le même visage chaque mois. On a donc un rapport d’un jour pour un an que l’on retrouve dans le temps biblique.
Si l’on se reporte notamment à notre étude du Zodiaque et de sa genèse, l’on aura compris qu’en dehors de toute considération quant à l’influence des astres, le cycle saisonnier est porteur d’une véritable anthropologie en ce qu’il fixe un ordre du monde, un certain agencement sociétal voire légal lié au calendrier. Nous pensons que l’on peut élaborer une zodiacologie scientifique qui remplacerait la zodiacologie actuelle et dont le but ne saurait être d’étudier la spécificité individuelle mais sa place dans le monde en tant qu’homme ou femme. Il ne s’agit pas de dire que tel homme est « féminin » ou telle femme « masculine » sous prétexte que son « thème’ natal comporterait tel ou tel facteur en tel secteur, avec tel aspect, pas question de tricher!.
Tout se passe comme si la dialectique cycle-zodiaque qui marque la tradition astrologique si l’on considérer le thème natal comme un zodiaque où se placent les différents astres réagissant à l’évolution des astres « dans le ciel », était une déviance par rapport à un tel modèle. Entendons par là que le Zodiaque devrait normalement représenter un modus vivandi social, avec ses clivages structurels lequel système racine(radix) passe par des phases déterminées par certaines configurations astrales que l’on pourrait identifier à des transits. Le Zodiaque au lieu d’être appréhendé comme un sujet collectif en serait arrivé à incarner, en se démultipliant par la prise en compte des positions planétaires natales, une quantité infinie d’individus spécifiques..
Nous dirons que le Zodiaque tel que nous l’avons restitué, avec ses dieux allégoriques que sont Mars, Vénus, Pluton et Proserpine, constitue un stade pré-astrologique, un plan par rapport auquel s’articule la cyclicité astrale. C’est d’ailleurs du fait même de cette articulation que certaines confusions ont eu lieu et notamment la planétarisation des dieux alors même que la cyclicité astrale initialement était concernée par les astres et non par les dieux. Quand, pour notre part, nous parlons du cycle de Saturne, nous n’entendons nullement nous référer au dieu de ce nom mais simplement désigner un corps céleste, sans lien avec quelque panthéon.
Il existerait donc une anthropologie hémérologique – c’est à dire liée aux jours du calendrier – qui viendrait admirablement étayer la cyclicité astrale au delà de la dialectique Soleil Lune constitutive du dit calendrier. La dite anthropologie accorde notamment toute son importance à la polarité masculin-féminin. Et les analyses qui vont suivre s’ajuste sans grand effort sur le message des Livres d’Heures.
Comment, au demeurant, l’astrologie pourrait-elle espérer trouver sa place si elle ne sait pas quel est son champ d’étude, si elle ignore quels sont les savoirs qui jouxtent le sien et lui sont complémentaires? Psychanalyse? Sociologie? Histoire? Anthropologie? De nos jours, la tendance à l’interdisciplinarité prend des proportions considérables dans le discours des astrologues, lesquels souvent infligent à leurs lecteurs ou à leur auditoire de longues digressions sans rapport avec l’astrologie et qui semblent viser avant tout à montrer qu’ils ne s’enferment pas dans l’astrologie. On pourrait imaginer quelqu’un entrant dans une réunion astrologique et se demandant s’il ne s’est pas trompé de salle…. Nombre des récents colloques de Sep Hermès ou du RAO correspondent à un tel profil. Mais un tel procédé, s’il trahit un certain malaise identitaire, relève plus de la juxtaposition des connaissances que d’une véritable synergie et l’astrologie en sort plus décentrée que recentrée. En effet, la sociabilité quand elle est matinée de mimétisme a des effets pervers. Qu’il manque à l’astrologie quelques données pour pouvoir fonctionner est une chose – et notamment que ces données ne soient pas tant astronomiques qu’anthropologiques – mais autre chose que de plaquer sur l’astrologie des informations qui la noient au lieu de lui permettre de mieux se situer. L’astrologie a une politique d’alliance à mener mais elle ne doit pas se tromper d’allié, de partenaire. L’astrologie nous fait penser à une belle princesse qui attendrait son prince charmant et qui rejetterait tous les prétendants qui se présentent.
En attendant, faute de mieux, on en reste au statu quo., c’est à dire à un modus operandi qui se serait imposé en une forme de routine. En fait, tout se passe comme si le seul « savoir » qui compte pour l’astrologue est celui que véhicule le public de l’astrologie. Le client a toujours raison; autrement dit, l’astrologue parle le langage de Monsieur Toulemonde et quand il s’exprime, il entend que cela fasse immédiatement sens pour son interlocuteur, sans qu’il soit besoin d’un quelconque briefing.
Et c’est bien là que le bât blesse, à savoir cette absence d’une anthropologie en adéquation avec l’astrologie et qui ne coïncide pas nécessairement avec les quelques clichés en circulation.
Il ne s’agit pas pour autant de compiler les savoirs et les langages actuels pour y mettre l’astrologie en conformité mais bel et bien de se demander quelle anthropologie convient à l’astrologie, ce qui implique, à terme, d’exposer la dite anthropologie en tant qu’interface entre l’astrologie stricto sensu et l’expérience existentielle des sociétés et des individus telle qu’elle se manifeste hic et nunc.
Cette exigence d’ajustement anthropologique est volontiers masquée par l’attrait exercé par l’astronomie et qui conduit les astrologues à ne rien ignorer des plus récentes avancées dans la connaissance du système solaire et notamment du nom des astres nouvellement découverts. L’astrologie cherche avant tout sa modernité dans le recours aux noms accordés par les astronomes aux nouveaux astres. Bref, l’astrologie est à la pointe des toutes dernières appellations concernant le système auquel notre Terre appartient alors qu’elle se veut en phase, sur le plan de la perception de nos existences, avec le tout venant.
Un tel débat sur ce que pourrait être un apport de l’astrologie à la psychologie a été ouvert notamment par l’américain Steven Arroyo lequel considére que l’astrologie n’a pas à chercher à intégrer des données psychologiques qui lui sont extérieures et qu’elle doit trouver en elle-même son propre contenu psychosociologique. Les chercheurs français, de Nicola à Halbronn en passant par Gauquelin, sont plus audacieux puisqu’il n’hésitent pas à proposer d’articuler sur l’astrologie leur propre recherche dans le domaine des sciences humaines et de la philosophie (système RET en astrologie conditionaliste, typologie professionnelle chez Gauquelin, dualité des strates sociales chez Halbronn) ce qui implique de leur par une certaine interdisciplinarité qui ne les enferme pas dans le champ astrologique stricto sensu. Mais il nous semble que tout travail anthropologique se trouve compromis – en accord en cela avec Denis Labouré, par la prise en compte d’astres inconnus dans l’Antiquité ce qui fait basculer l’astrologie de l’anthropologie à la cosmologie. Jean Pierre Nicola n’a pas accepté de s’arrêter à Saturne car il considére que les astres émettent des signaux qui agissent directement sur le psychisme humain, à son insu, ce qui est particulièrement le cas, on en conviendra, pour les planètes invisibles à l’œil nu mais il refuse les étoiles parce qu’il pense, ayant en tête la précession des équinoxes, que cela fut une erreur de l’astrologie de se relier à celles-ci. En réalité, le couple étoile-planéte est tout à fait commode vu de notre Terre et il importe peu que les deux corps célestes appartiennent à des ensembles radicalement différents, si l’on admet que ce sont les hommes qui décident ce qu’ils veulent conserver du cosmos et ce qu’ils veulent en évacuer. Nicola oppose signal et symbole préférant le premier au second. Or, nous pensons que l’astrologie relève davantage du symbole – lequel met fin à la polysémie du signal – en ce qu’elle confère un sens spécifique à certains objets célestes et aux diverses configurations qu’elle détermine dans le ciel et que ce sens ne lui est pas imposé par une quelconque structure cosmique préexistante mais bien par une certaine structure anthropologique qui trouve son expression dans le ciel et non point sa raison d’être. La notion d’aspect en particulier a valeur structurante et importe pour nous davantage que le nombre objectif – mais en progression constante – de planètes du système solaire. Nicola semble vouloir nous persuader de l’univocité intrinsèque du signal alors que précisément il fait effort, de par les grilles qu’il utilise pour imposer sa propre lecture, qui n’est qu’une parmi d’autres. Pour Nicola, l’astrologie n’est crédible que si elle ne fonctionne pas par le jeu de conventions alors précisément que, d’un point de vue anthropologique, c’est parce que les humains ont instrumentalisé leur environnement – passant du signal au signe – que celle ci fait sens pour l’Humanité.
Certes, nous avons ironisé sur tous ces mariages qui ont uni l’astrologie avec les domaines les plus divers. C’est que ces mariages étaient des mariages blancs et que l’astrologie voulait rester vierge, c’est à dire rester comme elle était. Le ‘ »mariage » que nous proposons ici doit être consommé et l’astrologie se débloquer, sortir des jupes de sa mère, cette tradition qui l’étouffe et dont elle ne parvient pas à se détacher, à s’émanciper. Jusqu’à présent, on ne lui a connu que des prétendants lui offrant de beaux bijoux, de beaux atours – comme Jean-Pierre Nicola, mais qui ne surent pas lui faire un enfant.
Nous proposons de conclure une alliance entre une « mauvaise » astronomie et une « mauvaise » anthropologie, de réunir les potentialités de deux savoirs mal aimés et qui en plus ne s’apprécient guère entre eux, du fait de certains préjugés dont ils n’ont pas su se défaire: lors du colloque MAU « Astrologie. Conditions d’existence », on a pu observer que les astrologues n’appréciaient guère une anthropologie de droite et tenaient plutôt un discours de gauche, contradiction que nous avons relevée et qui est particulièrement flagrante quand on sait à quel point l’astrologie est marquée par des typologies de toutes sortes. (signes, planètes etc). Inversement, il est peu probable que les milieux idéologiquement de droite souhaitent s’encombrer d’une « pseudo-science » qui risquerait de déconsidérer leur doctrine. L’alliance des deux domaines semble évoquer celle de l’aveugle et du paralytique. Nous proposons la (re) constitution d’un axe astronomie B-anthropologie B. Cette anthropologie est notamment stigmatisé actuellement sous le vocable de « Néo-réacs »
Christian Singer, quant à lui, propose une autre anthropologie pour l’astrologie et dont les fondements sont aux antipodes de l’anthropologie que nous présentons. Selon Singer, l’astrologie aurait vocation à dépasser toute dualité masculin-féminin et nous pensons en effet que cette négation de la sexuation qui attire nombre d’amateurs d’astrologie en raison de ces clivages qui, pour paraphraser Pétain, « nous ont fait tant de mal ».. Or nier ce qui fait signe et qui ne ferait pas sens, n’est-ce pas remettre en question à terme ce signe qui nous interpelle, qui nous dérange, alors qu’il n’a rien à nous dire? Nier le sens de ce qui fait signe, parce que perçu par notre sensorialité comme différent, c’est risquer de signer son arrêt de mort en tant que facteur caduc, la mort étant par excellence ce qui ressemble à la vie tout en n’étant plus la vie, une présence absente et qu’il faut donc enterrer, recouvrir..
Qu’il y ait le choix pour l’astrologie entre plusieurs anthropologies nous parait essentiel à conscientiser. En revanche, il nous semble que la tendance consistant à vouloir trouver en l’astrologie sa propre anthropologie est une impasse du fait que l’anthropologie qu’elle véhicule est depuis longtemps brouillée. Au lieu de suivre les sociétés humaines en train de s’organiser par rapport à un certain découpage cyclique, l’on en est arrivé, chez nombre d’astrologues traditionalistes comme Labouré, à examiner (par le fait des domiciles, des maîtrises, des décans) comment Jupiter est reçu par Mercure quand il traverse son territoire ou la lune par Mars au sein du thème natal pluriplanétaire et de ce qui en dériveOr, si planètes et signes relèvent d’une seule et même symbolique reflétant les modes de vie saisonniers des humains, il apparaît qu’ une dialectique entre ces deux ensembles ne fera guère sens, on dira qu’il s’agit là d’une dualité factice. Or, il est bien évident que le but de l’astrologie n’est pas de gérer les relations entre les astres mais de se servir des astres pour gérer les relations entre les humains. Pour ressourcer l’astrologie, il importe de trouver un point d’appui en dehors de ce que l’astrologie est devenue, il faut, comme l’avait compris Michel Gauquelin, partir de données aussi simples que possible comme le découpage professionnel, ce qui relève bel et bien d’une anthropologie. Ce qui fait défaut, a contrario, à Suzel Fuzeau-Braesch, c’est justement ce point d’appui, faisant de la tradition astrologique l’ objet et l’outil même de sa recherche. Non pas que nous approuvions nécessairement l’anthropologie gauquelinienne mais elle a montré la voie vers un renouveau de l’astrologie.
Pour notre part, nous pensons que l’astrologie fait doublement fausse route : elle devrait être moins intéressée par les plus récentes initiatives de la communauté astronomique et plus en quête d’une certaine sophistication dans le domaine des sciences sociales, en se situant un peu au delà du bagage de sa clientèle. On pourrait poser brutalement la question: l’astrologie est-elle plutôt de gauche ou de droite? Question susceptible de plonger plus d’un astrologue dans un abîme de perplexité! A moins qu’il n’existe une astrologie de gauche et une de droite. Il nous semble important que l’astrologie choisisse son camp si elle veut avoir des alliés, même si l’astrologie est censée se placer au dessus de la mêlée. Le camp privilégié de l’astrologie est celui d’une certaine élite qui se soucie des périodes qui lui sont favorables, durant lesquelles son pouvoir s’affermira et de celles où elle doit consentir à quelque promiscuité. C’est un peu l’histoire des sept vaches grasses suivies, dans le songe de Pharaon, par sept vaches maigres.
Le socle sur lequel l’astrologie s’appuie doit être élargi non pas en direction d’une nouvelle astronomie mais bien d’une nouvelle anthropologie. Le problème, c’est que l’apprentissage de nouvelles données astronomiques est bien plus simple à suivre que celui d’une reconsidération de notre regard sur le monde. Pour le public actuel de l’astrologie, apprendre un nouveau mot, lui attribuer telle ou telle signification relève d’un comportement propre à l’enfance tandis que la faculté de repenser les structures de la société se heurte à une certaine idéologie ambiante pesant lourdement sur l’identité des personnes et leurs représentations. On connaît l’anecdote de cet homme qui cherche sa montre là où c’est éclairé pour ne pas avoir à le faire là où l’on voit mal.
Encore que l’on puisse trouver des astrologues qui répondront que l’astrologie étudie chaque individu dans sa globalité en se servant de l’ensemble des astres du système solaire tel qu’il parvient peu à peu à notre conscience grâce, justement, aux découvertes de l’astronomie.
Il importe que l’astrologie traite des problèmes sociaux les plus brûlants, ceux de l’alternance politique, de la lutte des classes et des sexes, de l’immigration et non des questions individuelles sinon lorsqu’elles sont liées à des enjeux collectifs. L’homme est un animal politique (zoon politicon) disait Aristote, c’est à dire un citoyen, un être éminemment impliqué socialement. On parlera d’une astrologie citoyenne. L’astrologie a à gérer une certaine diabolisation du monde dont on trouve l’écho dans l’Apocalypse quand il y est question de périodes où Satan est désenchaîné puis d’autres où il est à nouveau mis hors d’état d’agir.
Les deux principaux obstacles épistémologiques que rencontre l’anthropologie en ce début de XXIe siècle et qui sont un legs du siècle dernier sont l’astrologie et le féminisme. Tant que l’anthropologie ne considérera pas l’établissement d’un lien entre les hommes et les astres comme un moment capital pour l’histoire de l’humanité – on ne parle pas ici de la mise en place plus tardive d’un savoir rendant compte de ce lien, ce qui fait de l’astrologie une anthropologie – et tant qu’elle n’acceptera pas de reconnaître que le clivage hommes -femmes relève également d’un lien constitué entre deux populations et non d’un clivage réalisé au sein d’une seule et même population, tant que ces conditions, donc, ne seront pas remplies, l’anthropologie ne parviendra pas à maturité.
Il ne semble pas qu’Elizabeth Teissier ait abordé la question des relations entre les femmes et l’astrologie dans sa thèse de sociologie (2001). Il y a là un point aveugle qui, en vérité, concerne également ceux qui ont cherché à montrer que l’astrologie était une pseudo-science et qui semblent avoir butté sur un tabou. Refuser de penser la dialectique du masculin et du féminin, non pas seulement sur le plan symbolique mais par rapport à des populations en chair et en os, c’est à la fois rendre assez inopérante toute forme d’anti-astrologie qui ne peut aborder apparemment la question que de façon biaisée en s’en prenant notamment à certaines femmes astrologues et à la fois condamner l’astrologie à une activité prévisionnelle sans acteurs prédéterminés ainsi qu’à se maintenir, en dépit de ses tares, uniquement par des expédients féminins. Ce n’est selon nous qu’en replaçant le thème natal dans le monde du féminin que l’on peut comprendre à la fois comment celui fonctionne et à la fois pourquoi il est rejeté par le monde du masculin, ce qui vient confirmer une différence radicale dans le mode de raisonnement et d’appréciation du réel. Il revient à l’astrologie, si elle souhaite se désenclaver qu’elle se démarque du boulet de l’astrologie féminine, c’est à dire du thème astral, dont nous avons dit plus haut qu’il constituait une provocation permanente et délibérée face à l’emprise du masculin, exprimant ainsi la nostalgie d’un monde où les hommes n’avaient pas encore pris le pouvoir: un monde, ironie de l’histoire, soulignons-le, préastrologique. Car le paradoxe tient au fait que les femmes retournent contre les hommes l’arme de leur domination en la pervertissant, en la dénaturant au point que ceux-ci, dépossédés, la désavouent en bloc. Rares parmi les hommes sont ceux qui refusent d’abandonner aux femmes cette astrologie dont la plupart renient et dénient, bien à tort, les services, ne sachant pas séparer le bon grain de l’ivraie alors même qu’il est urgent de la réhabiliter, dans un XXIe siècle où l’homme, s’il n’est pas au mieux de sa forme et de ses moyens, risque de disparaître face à la complexification des enjeux, impliquant une faculté d’anticipation à long terme de plus en plus fiable et non une simple projection sur le futur, négligeant le mouvement, la cinétique du Temps.

Une anthropologie du cosmos

Nous pensons que l’anthropologie doit occuper une place centrale dans la formation des astrologues et qu’il faut, en début d’initiation, commencer par resituer celle-ci dans sa genèse et dans ses enjeux dans une perspective anthropologique plus encore qu’historique ou psychologique.. L’Histoire de l’astrologie ne permet qu’une médiocre introduction à l’astrologie d’une part parce qu’elle ne remonte pas assez haut et d’autre part, parce qu’elle comporte une pente cumulative et syncrétique. Quant au plan psychologique, il convient de le resituer, d’abord, au niveau des représentations masculine et féminine du moi et du monde. En outre, c’est ce bagage anthropologique qui permettra à l’astrologie de bien cadrer les appartenances identitaires de ses clients et de réaliser des prévisions en conséquence.
L’anthropologie qui convient à l’astrologie-précisons-le – ne coïncide pas avec celle qui est en vigueur présentement et qui, au demeurant, n’accorde pas à l’astrologie une place significative mais bien l’anthropologie dont est issue l’astrologie ou en laquelle l’astrologie s’intrique. Sans une anthropologie adéquate, l’astrologie serait en quelque sorte inutilisable, inapplicable. Il ne saurait notamment y avoir de prévision viable si l’on ne sait pas quels sont les clivages sociaux qui sont à l’œuvre dans la mesure même où toute prévision est censée traité de phases en alternance. Au cœur de cette anthropologie en phase avec l’astrologie, il y a la dialectique des hommes et des femmes qu’il importe de dégager et de privilégier, la vocation de l’astrologie étant de relier les signes d’en haut (dans le ciel) et les signes d’en bas (sur terre). Or, si l’astrologie est prolixe en ce qui concerne les premiers, qu’a-t-elle à nous dire aujourd’hui à propos de ceux d’en bas?.
Si les hommes se sont intéressé aux astres pour les associer à leur mode d’existence, c’est bien entendu par rapport à leur connaissance du ciel et par rapport à leurs besoins organisationnels.. Il semble que les astrologues n’aient cure de ces deux impératifs, d’où leur utilisation d’un nombre toujours plus grand de planètes parfaitement inconnues de l’Antiquité, de nos lointains aïeux, jonglant avec Pluton et Chiron et multipliant a l’envi le nombre d’intercycles.
Un autre paramètre traité également avec une certaine désinvolture est la façon dont les astrologues conçoivent que les hommes perçoivent le temps cosmique. L’on voudrait nous faire accepter que l’Humanité enregistre inlassablement une suite fort complexe de configurations astrales, à commencer par la carte du ciel de naissance, laquelle serait en permanence agitée par ce que l’on appelle des transits, c’est à dire des passages d’astres « sur » le thème natal, tout au long de la vie de chaque individu. Roger Héquet est un de ceux qui rejettent le plus vigoureusement la technique des transits, laquelle se présente pourtant comme une passerelle entre astrologie mondiale et astrologie individuelle, il leur préfère – dans son ACB (Astro-chronobiologie) – au mouvement spécifique de chaque cycle, la progression égale des astres dans les 12 maisons astrologiques, sur la base d’une correspondance entre minutes d’arc d’une part et mois et années de l’autre.
Deux thèses s’opposent : l’une, la plus couramment admise, selon laquelle les astres agiraient sur les hommes à leur insu, c’est à dire selon des normes que les hommes n’auraient pas fixées mais qu’ils seraient parvenu peu à peu à expliciter; l’autre que nous préférons qui veut que si les astres agissent sur nous de telle ou telle façon, c’est l’Humanité qui en a déterminé toutes les modalités, à savoir les configurations astrales signifiantes et ce qu’elles sont censées annoncer et fixer. L’astrologie pour nous serait la manifestation institutionnalisée d’un mimétisme de certaines sociétés à l’égard du cosmos avec tout ce qu’un tel processus peut avoir de simplificateur dans la mesure où le mimétisme va de pair avec un désir d’intégration.
Il ne faut probablement pas supposer des savoirs hautement sophistiqués dès lors que l’on admet la seconde thèse. Il ne peut s’agir que d’un nombre très limité de facteurs célestes, relativement faciles à suivre dans leur évolution. La Lune a certainement servi de référence, étant donné sa cyclicité frappante. Les hommes, depuis la nuit des temps, ont accordé de l’importance au début de chaque cycle soli-lunaire, correspondant au mois du calendrier lunaire, à la lunaison.
L’attention des hommes de l’Antiquité a certainement été focalisée sur la succession de ces nouvelles lunes, de ces « éclipses » de lune. Il est probable, selon nous, que les hommes aient appris – de façon progressivement subconsciente – à comptabiliser le nombre de nouvelles lunes, correspondant au nombre de degrés parcourus par la planète Saturne, l’astre le plus éloigné et le plus lent, à l’aune du savoir antique. C’est ainsi que le cycle de Saturne correspond grosso modo à 360 mois lunaires, puisque la révolution de Saturne est de presque 30 années (30 x 12=360). Il nous semble probable que le cycle des planètes et le découpage qui s’ y applique ait pu se calculer en nombre de nouvelles lunes et ce d’autant que le mois est mieux perceptible, comiquement, que l’année.
Selon nous, un système anthropologique doit être simple et accessible au plus grand nombre pour qu’il ait quelque chance de se répandre, de se diffuser largement. C’est la grande erreur de l’astrologie moderne que d’avoir oublié cette vérité, ce qui a conduit à une extraordinaire inflation de facteurs et de combinaisons célestes à considérer. D’où un divorce évident entre astrologie et sciences sociales, dommageable, d’ailleurs, tant à l’une qu’aux autres.
Cette exigence de simplicité se situe à deux niveaux: celui des signaux célestes que chaque citoyen doit pouvoir repérer et identifier et celui du clivage social en vigueur qu’il convient de gérer au moyen des dits signaux..
On soulignera le fait que les repères liés au ciel sont a priori plus fiables que ceux auxquels nous pouvons recourir sur terre, en ce que nous ne pouvons pas les modifier, les contrefaire. Cependant, la lecture des signes célestes peut faire l’objet d’une grande variété d’interprétations si l’on ne s’en tient pas à des configurations bien délimitées et en nombre restreint. Or, tel est bien le problème et ce n’est probablement pas sans avoir eu d’effet sur l’image de l’astrologie, à savoir que l’astrologie moderne a renoncé à un schéma simple comme celui des conjonctions Jupiter- Saturne pour un ensemble beaucoup plus touffu.

Astrologie et anthropologie du Droit

Si alliance il doit exister entre astrologie et anthropologie, il nous apparaît que cela concerne plus spécifiquement l’anthropologie du Droit et donc la philosophie du Droit. Il semble que la formule actuellement en vigueur soit celle d’anthropologie juridique A la limite, le fait que l’astrologie soit d’une part liée au Ciel et d’autre part qu’elle se situe à un niveau subconscient ne saurait faire obstacle à un tel rapprochement.
En effet, l’on ne saurait contester que le facteur Temps puisse être un élément déterminant pour la démarche juridique et notamment au niveau du Droit constitutionnel mais aussi du droit religieux articulé sur le calendrier ( Ramadan par exemple, interdictions liées à certains jours comme le Shabbat). Or; à partir du moment où l’on se réfère au calendrier, cela a à voir très souvent avec les luminaires (soleil, lune). Appréhender l’astrologie non comme prévisionnelle mais comme programmatrice et l’astrologue comme celui qui dit ce qui doit être – si on l’écoute – et non ce qui va être permettrait d’avancer.
La science juridique gagnerait à mieux intégrer les paramètres de temps. Elle tend de nos jours à se présenter comme étant marqué sur l’irréversibilité. En fait, le légiste est sous pression, on lui impose toutes sortes de contraintes: ce qu’il a accordé à l’un, il doit nécessairement l’accorder à l’autre. S’il a donné le doigt, il lui faut donner le bras. Tout se passe comme si le Droit allait universaliser le monde et mettre fin, abolir, tous les clivages liés au Temps et à l’Espace. Il importe, selon nous, de ne pas laisser le Droit être victime d’un tel chantage qui le placera toujours plus en décalage avec les réalités sur le terrain, avec les phénomènes de société. Selon nous, le Droit doit être pensé de façon duelle et non pas unidimensionnelle et le droit constitutionnel nous semble devoir faire référence, en ce qu’il programme le changement, l’alternance. En fait que l’on considère l’astrologue comme la manifestation du plan divin ou celle d’une invention par l’Homme d’un futur, il est hors de question que le mal en fasse partie, d’ailleurs le malheur des uns fait le bonheur des autres. Cependant, le fait de prévoir une société à deux vitesses est parfaitement compatible avec la philosophie du Droit, le modèle en étant l’enfance, et plus généralement celui qui advient au monde ou à un nouveau monde, comme c’est le cas de l’étranger; il importe d’éviter un syncrétisme juridique qui refuserait de reconnaître les diverses composantes d’une société. Il importera donc que le Droit soit mieux à même de gérer les questions liées à l’immigration, appréhende mieux la situation des étrangers en leur conférant un statut qui tienne compte de la spécificité de leur condition; l’on pourrait penser à un droit international qui s’appliquerait à tous ceux, quel que soit le pays, qui se trouvent déplacés, occupés. La question des flux de populations doit concerner davantage la pensée juridique mais cela vaut aussi pour toutes sortes de mouvements qui relativisent et rendent plus poreuses les prétendues entités que sont les territoires, les langues, les économies. Droit du sol et droit du sang doivent pouvoir , en accordant des statuts distincts, cohabiter au sein d’un même Etat ayant à gérer des populations offrant des profils très divers, les unes offrant une homogénéité, les autres une hétérogénéité;. entendons par là que, selon nous, certains ensembles se caractérisent par leur relative uniformité alors que d’autres se caractérisent par l’extrême diversité de leurs composantes, ce qui donne deux modes de sociabilité bien différents et qu’il ne faut pas chercher à résorber et encore moins à nier. Il y a là un paradoxe: c’est pour éviter la diversité des statuts que l’on va chercher à tout unifier et ce faisant, l’on va aboutir à rassembler des populations extrêmement différentes, ce qui nous améne à conclure que le refus du syncrétisme juridique débouche sur le syncrétisme social.
Quant à la question du subconscient, la sociologie du Droit ne saurait contester que bien de nos comportements sont dictés par l’environnement social sous une forme qui est loin d’être toujours explicite et explicitée – c’est le non dit, l’allant de soi, ce qui rend d’autant plus difficile l’intégration d’étrangers qui n’apprennent que l’interdit. Cela dit, il n’est pas évident de faire accepter par des juristes que certaines lois ont finalement pu s’ancrer en nous, en un inconscient collectif, en un instinct juridique qui nous améne sans avoir été autrement formés, à rechercher des repères, des signes pour nous diriger, ce qui ferait de nous un zoon politico – un animal politique -, un homo juridicus, un citoyen génétique.. On touche là à l’épistémologie du Droit, c’est à dire aux fondements anthropologiques de la Loi, à son support. En fait, il faut en revenir au grand juriste Jean Bodin (1530-1596) qui considérait, que l’astrologie des grandes conjonctions avait son mot à dire dans l’étude des changements de républiques..

Langue et société

L’on sait ou l’on devine l’importance de l’intégration linguistique dans tout processus d’assimilation. De nombreuses langues comportent des niveaux de langage exigeant des compétences différentes. Dans son livre Parlez globish, Jean-Paul Nerrière (Paris, Eyrolles, 2005) démontre que face à une langue anglaise sophistiquée, lentement acquise, et lexicalement pléthorique existe un anglais beaucoup plus simple, infiniment plus accessible en peu de temps. Et c’est ce globish comme il l’appelle qui rendrait l’anglais si populaire, dans tous les sens du terme., qui conviendrait à l’intégration de larges populations étrangères à la culture anglo-saxonne. C’est dire qu’aucune structure, dès lors qu’elle est encline et disposée, un tant soit peu, à s’ouvrir au monde, ne peut faire l’économie de constituer une sorte de sas, d’interface qui n’entretient que des rapports assez superficiels avec la dite structure et qui parfois peuvent être perçus comme une corruption voire une trahison du modéle de référence, une insulte à son esthétique.
Sans qu’une telle dualité ait fait à proprement parler d’une théorisation socio-politique, il semble bien qu’une telle procédure soit largement appliquée : à côté d’un langage littéraire et élitique, existe, bien souvent, une langue bâtarde, utilitaire, par laquelle l’on communique sur un plan purement technique à la façon des relations que nous entretenons avec notre environnement technologique, à base de mots clé et de signaux simples.
Dès lors, quand une société est en crise au niveau de son rayonnement et de ses capacités d’intégration, il importe d’aller voir ce qu’il en est du côté de la dualisation de ses structures, à commencer bien entendu par l’existence d’un certain bipartisme incarné par le « cabinet fantôme » anglais (le shadow cabinet), constitué par une équipe de rechange dirigée par le leader de l’opposition au gouvernement en oplace.? Car c’est bien cette dualité qui est en réalité la clef de voûte du régime parlementaire en même temps que la fixation à l’avance d’une certaine durée d’existence, permettant une alternance politique.
Il ne s’agit donc pas de se voiler la face: la dualité implique une certaine inégalité: l’opposition n’a évidemment pas les mêmes droits que la majorité au pouvoir mais elle n’en fait pas moins partie du systéme et se prépare, le cas échéant, à prendre la reléve.
Il est des sociétés qui, pour diverses raisons, ont échoué dans la gestion de la dualité en rejetant toute idée de « deux poids, deux mesures » et elles en paient amérement le prix. Paradoxalement, ces sociétés y gagnent en homogénéité mais elles se ferment par là même au monde extérieur qu’elles maintiennent off limits.
Quand deux sociétés en présence adoptent chacune une telle position de fermeture, l’on imagine ce que cela peut donner et y voir là l’effet d’un égalitarisme mal compris. Pour ne pas avoir à donner moins, on ne donne plus rien. Cela se manifeste ainsi jusque dans le savoir vivre face aux invités: l’on n’envisegera pas l’arrivée d’un convive imprévu parce que l’on ne veut pas qu’il soit moins bien servi que les autres.
On aura compris, entre les lignes, que la France est assez mal placée en matière de dualité d’où ses graves problémes d’intégration. C’est tout particulièrement le cas au niveau linguistique :le fait de bien maîtriser la langue française est devenu un critère d’appartenance tant et si bien que celui qui n’y parvient pas est classé d’entrée de jeu comme étranger. Or, il importe de ménager des statuts intermédiaires de façon à ne pas brimer ou menacer les velléités d’intégration et d’appartenance à l’ensemble France et à établir des passerelles, des transitions quitte à accorder des statuts différents plutôt que de placer la barre trop haut. Il n’y a pas de politique efficace d’intégration sans adopter un rythme à deux vitesses et c’est un point que le Droit doit absolument assimiler, l’exogamie – en ce qu’elle implique à la fois le statut et la circulation de la femme et de l’étranger – ayant en la circonstance valeur matricielle. On ne peut faire l’économie d’une pensée duelle.
Si la langue de « bas niveau » est accessible à tous, du fait de son caractère rudimentaire, en revanche, la langue de « haut niveau » est bien plus sélective. On a ainsi deux milieux, l’un constitué de personnes qui se comprennent à demi mot, entre les lignes et qui constitue un noyau central, homogéne, qui avance comme un seul homme – l’Union fait la force – et l’autre beaucoup plus hétérogéne par delà un consensus très limité, dont les membres se comprennent entre eux que très basiquement et parviennent difficilement à s’entendre vraiment, du fait de leur diversité.
L’enfant qui nait apprend des rudiments de langage; on ne lui impose pas immédiatement d’accéder à son expression supérieure. Il en est de même pour celui qui débarque dans un pays qu’il ne connait pas. Il existe donc bel et bien des degrés et les machines, quant à elles, ne sont également supposées avoir qu’une appréhension marginale du monde. Il ne faudrait donc pas juger trop sévérement les pays à forte immigration qui comportent de fortes populations n’ayant qu’un rapport assez lâche et ponctuel avec les manifestations les plus nobles de la langue dominante. Si les sociétés étaient trop parfaites et ne faisaient aucune concession, elles vivraient en circuit fermé n’admettant aucune interférence étrangère. Mais leur besoin d’ouverture les a depuis toujours conduit, au contraire, à prévoir des modes d’expression simplifiés. Mais il ne faudrait pas tomber dans l’excés inverse et croire qu’une société peut se permettre de n’exister que par un tel biais – cela vaudrait sur le plan technique et iconique mais non sur le plan scientifique et philosophique – car elle y perdrait terriblement en efficacité et en unité, ce qui affaiblirait à la longue son potentiel et sa compétitivité.

Astrologie et mouvements de population

S’il fallait définir par une brève formule la fonction première du modèle astrologique central, dépouillé de ses satellites divinatoires qui sont d’abord une divination à partir de la position des astres, passant par une succession de clichés, de « messages », nous dirions que l’Astrologie ou l’anthropo-astrologie a vocation à étudier les mouvements de population. Et quand on a dit cela, on a tout dit. Car un tel mouvement se situe nécessairement dans l’espace et dans le temps puisqu’il implique un déplacement et donc un moment qui sera celui du dit déplacement.
Nos sociétés actuelles semblent mal maîtriser une telle dynamique ou du moins ne pas en savoir gérer et prévoir les conséquences et le traitement, comme on l’a vu encore récemment avec la crise des banlieues en novembre 2005. L’on risque ainsi d’aboutir à un monde figé où les populations ne pourront plus se mouvoir en dehors de limites très strictes, où toute mixité fera probléme. Insistons sur le fait que ces manifestations, comme cela a été montré par les Renseignements Généraux, peuvent être considérées comme spontanées. C’est justement le propre d’un phénomène astro-cyclique que cette synchronie comportementale, non concertée consciemment mais certainement subconsciemment, qui conduit individuellement des personnes à) adopter un comportement similaire, à un moment donné. Il y a là un paradoxe, à savoir que ce qui est de l’ordre du bagage génétique ou du collectif subconscient se manifeste par le canal individuel. C’et ainsi chaque femme – ou plus largement chaque femelle – prise individuellement, qui assure la continuité de l’espèce. Inversement, au niveau de la transmission culturelle, c’est la société, l’éducation, le milieu, qui sont le vecteur principal. Il y a là deux mouvements en sens inverse et complémentaires qui pourraient se résumer dans l’opposition inné/acquis tout en sachant que ce que l’on appelle inné est au départ, au niveau phylogénétique, un acquis; on dira, pour paraphraser un slogan publicitaire, que l’inné est un acquis qui a réussi. Ajoutons que l’inné continue à se développer après la naissance, ce qui soulage d’autant la mère d’avoir à porter l’enfant plus longtemps. Tout le débat est de déterminer ce qui relève de l’un et de l’autre, notamment au niveau de la sexuation : opposition entre sexe et genre.(d’abord connu en « anglais » sous la forme gender) et l’astrologie, du moins en certaines de ses formes, est au cœur d’une telle controverse.
A entendre certains, la circulation des personnes d’un ensemble vers un autre devrait idéalement impliquer une absorption immédiate par le nouvel ensemble et de reprocher aux divers ensembles de ne pas être suffisamment attractifs et puissants pour ne pas permettre une telle assimilation dans les plus brefs délais.
En réalité, de tels mouvements sont réversibles et cette idée de melting pot doit rester assez superficielle. Il existe bel et bien des situations temporaires, des personnes qui sont en transit (pas dans le sens astrologique du mot!) et si c’est le cas, les sociétés doivent leur organiser un statut particulier.
Quels sont ces mouvements de population et à quoi sont-ils dus? Ils peuvent être le fait d’une conquête, un pays en envahissant un autre, complètement ou partiellement, y établissant des têtes de pont, y développant des colonies et ayant donc affaire à une population locale, indigène. On débouche nécessairement sur une dualité sociale et sur une certaine hiérarchisation. Parfois, en se retirant, la puissance impériale, coloniale, emmène avec elle une partie de la population locale, ce qui donne une forme d’immigration qui va perpétuer les structures en question, même si l’on pourrait être tenté de parler d’un renversement de situation et qualifier d’invasion ou de conquête toute présence étrangère.
Mieux une société aura appris à gérer une telle cohabitation, moins elle sera secouée par certains tropismes liés à une certaine cyclicité socio-cosmique. Il y a des périodes au cours desquelles le passage d’un groupe à l’autre est facilité, c’est un peu comme le Nil qui inondant ses rives y dépose un limon. Mais le Nil finit bien par se retirer, selon un processus de flux et de reflux, assez semblable à celui élaboré par les hommes au niveau des signaux célestes mis en place.
Cette phase de reflux exige que les deux entités en présence se replient chacune de leur côté et ne prétendent pas ne faire qu’une même si des éléments communs ont pu s’instaurer sur le plan juridique notamment. Une fois de plus, l’on touche à la philosophie du Droit avec le tabou de la dualité des statuts.
Pour l’astrologue observant le monde, il doit être possible de prévoir les phases qui faciliteront les transitions, les passages mais aussi celles qui en limiteront les effets et mettront en évidence le maintien de différences à certains niveaux. Il s’agit d’ailleurs, ce faisant, de montrer que l’on ne peut ignorer le travail du temps et de l’espace sur les structures mentales et que l’on ne règle pas des problèmes en quelques années, surtout si la politique suivie par les uns et par les autres varie.
Il faut bien comprendre que si les mouvements de populations n’étaient pas réversibles, ils seraient considérablement freinés ou bien cela pourrait encourager carrément l’élimination de certaines d’entre elles jugées inassimilables. .En revanche, si une société a su se doter d’un appareil juridique adéquat, elle pourra supporter ces mouvements périodiques, dans un sens comme dans l’autre, sans trop de drame, ce qui implique de ne pas proférer des promesses qui ne seront pas tenues.
Sans faire de mauvais jeu de mots, nous dirons que les transferts de population sont dus à une relation de transfert, au sens psychanalytique du terme, par rapport à la population d’accueil – le mot étant pris ici dans un sens très large. Il ne faudrait donc pas, pour filer la formule, tomber dans le contre-transfert en s’efforçant désespérément de correspondre littéralement à une telle attente.
A partir d’un tel modèle, l’astrologue pourra se pencher sur les diverses situations dues à la cohabitation, que ce soit du fait de l’annexion d’un territoire ou de l’immigration/ émigration qui peut en être, d’une façon ou d’une autre, la conséquence et ainsi déterminer les régions du monde – parfois en des lieux très éloignés les uns des autres – qui seront, le moment venu, les plus vulnérables. Et ce sans avoir à regarder dans le ciel, recourant à quelque astrocartographie (cf les études de la belge Astrid Fallon) ou à une typologie géopolitique des cycles (chez André Barbault) où se produira l’impact de telle configuration.

Astrologie et symbiose

Il y a un mot clef pour situer l’astrologie, c’est celui de symbiose et l’astrologie selon nous relève du champ épistémologique de la symbiologie, tant sur le plan des phénomènes que sur celui des textes. Il y a symbiose lorsque deux plans fort différents s’allient, se connectent, soit de concert, soit unilatéralement. Il peut s’agir de deux peuples qui cohabitent au sein d’un même Etat, de deux espèces qui ont lié leur modus vivandi, et bien sûr de la relation hommes-astres. Le mot symbiose appelle celui de lien, de religion (du latin religare, relier), d’alliance, que l’on retrouve aussi dans obligation. Un astre qui se satellise par rapport à un autre constitue une symbiose tout autant que lorsqu’une langue se met à la traîne d’une autre comme dans le cas de l’anglais par rapport au français, depuis le XIe siècle.
Une des fonctions de la démarche scientifique est de maintenir une certaine conscience de l’état de symbiose, c’est à dire d’en faire le relevé le plus systématiques, tous domaines confondus. On pourrait parler de tabous opposés et complémentaires: tabou quant à l’oubli de la symbiose et donc de la différence mais aussi tabou de rappeler qu’il y a eu symbiose
Dès lors qu’il y a symbiose, il y a des échanges d’énergie ou d’information entre les deux plans et dans bien des cas la conscience de ces échanges fait place, avec le temps, à des automatismes subconscients.
Celui qui est doué pour la recherche scientifique doit être doté d’un flair pour repérer les symbioses, c’est à dire pour détecter sous le vernis post symbiotique les traces de ce qui s’est réellement passé et ce d’autant que l’état symbiotique n’est jamais définitivement forclos. D’où une conflictualité chronique entre ceux qui affirment qu’il y a symbiose et ceux qui nient qu’il y a symbiose. Mais dans ce second groupe, encore faut-il distinguer entre ceux qui nient l’existence d’un lien entre tel et tel plan et ceux qui nient que les deux plans en question aient jamais été séparés avant d’être, à un certain moment, connectés. Entre ceux qui parlent de symbiose zéro et ceux qui parlent d’une unité originelle, il y a place pour une troisième voie, celle de l’émergence historique d’un état symbiotique.
Il y a avec l’instrumentalisation et la symbiose deux obstacles épistémologiques. Tout comme l’instrumentalisation joue sur la présence de l’absence, selon une formule chère au poète astrologue Jean Carteret, c’est à dire sur le fait que l’objet utilisé est à la fois présent dans son apparence et absent dans son essence, la symbiose est une présence qui n’exclue pas une absence, une alliance qui n’abolit pas la différence. C’est la difficulté à assimiler ces deux problématiques qui rend compte d’un certain nombre de malentendus tels que l’anti-astrologie et l’antisémitisme. Dans le cas de l’anti-astrologie, il y a un refus d’accepter qu’un lien puisse exister sans que celui-ci implique un émetteur et un récepteur, que le récepteur puisse avoir conditionné et délimité son rapport à l’émetteur qu’il s’est choisi. D’ailleurs, beaucoup d’astrologues refusent ces notions d’instrumentalisation et de symbiose qui leur paraissent trop volontaristes et donc qui ne sauraient générer que des états précaires alors même qu’ils veulent bâtir l’astrologie dans du roc. Dans le cas de l’antisémitisme, il est souvent reproché aux Juifs de revendiquer leur différence tout en se prétendant parfaitement partie prenante des cultures et des sociétés où ils demeurent. Sans la grille symbiotique, la question juive est difficile à cerner car c’est par cette grille que l’on comprend qu’il puisse exister un va et vient de la conscience, à savoir un passage de l’état originel séparé à l’état symbiotique forcément plus tardif et qui constitue une strate nouvelle mais qui n’évacue pas totalement la strate précédente. Bien plus, il ne serait pas sain, épistémologiquement, que l’on oubliât que la symbiose est le fait d’une décision et qu’elle ne peut être parfaite dans la mesure même où elle n’est pas une simple subdivision d’un état antérieur unique. Entendons par là que ce serait faire injure à notre intelligence que de nier ce qu’il y a délicat dans les processus d’instrumentalisation et de symbiose. Il y a là comme un hiatus, une solution de continuité que nous devons assumer mais qui implique périodiquement un basculement dans l’un ou l’autre sens. Il semble, au demeurant, que les Juifs ont peut être conservé/préservé une faculté de différenciation plus aiguë que d’autres populations, ce qui leur permet de repérer et de respecter les lignes de clivage au sein des ensembles en apparence les plus compacts, ce qui implique une déconstruction (Derrida), un décorticage qu’ils n’appliquent pas seulement à leur mode d’existence mais qui marque aussi leur mode de pensée, tout en étant capables de se fondre au sein des sociétés les plus diverses, du fait précisément qu’ils ne craignent pas de s’y perdre. Le rôle du politique est de générer des symbioses, ce qui peut passer par la conquête, la colonisation tandis que le rôle du scientifique est de repérer et de signaler ces symbioses et l’on pourrait dire de les psychanalyser. Dans le cas de l’astrologie, nous avons un étrange mélange d’un savoir qui prétend désymbiotiser le monde et en fait le désenchanter – en affirmant avoir pu isoler les différents paramètres planétaires et zodiacaux les uns des autres pour ensuite les recombiner – alors qu’il est lui-même fortement symbiotique, syncrétique.
Pour qu’il y ait symbiose réussie, il importe que chaque partenaire échange avec l’autre sa dimension féminine par un processus exogamique. Réussir une symbiose exige donc de distinguer au sein d’un groupe le masculin et le féminin, le féminin étant la partie amovible. C’est ainsi que dans le domaine de la consommation, les brassages sont chose commune: on se met à manger les plats d’une autre culture, c’est ainsi que la cuisine des pays musulmans a envahi la France, du couscous au falafel, en dépit des tensions qui existent par ailleurs. Où passe la frontière au sein d’une culture entre ce qui est exportable ou importable et ce qui ne l’est pas? Nous dirons qu’il faudrait distinguer ce qui exige une longue initiation et ce qui peut être apprécié immédiatement, sans préparation particulière et qui a vocation à la supranationalité. Le mot culture a deux sens: un sens féminin quand il s’agit d’un certain bagage de connaissances – on parle d’une culture générale – et un sens masculin quand il s’agit d’un mode de penser, une certaine façon de s’exprimer – on parle ainsi de la culture française. La symbiose, en définitive, si elle fait moins problème dans le registre féminin ne prend vraiment son sens que dans le registre masculin, puisque la symbiose est la reconnaissance de la différence irréductible de l’autre, d’où la nécessité de s’en faire un allié. Quand l’autre est imitable, il n’y pas de besoin de symbiose puisque je peux me passer de sa présence, me contentant de récupérer ce qui se situe dans son registre féminin. L’exogamie n’est pas la symbiose, l’une est de l’ordre du féminin, l’autre de l’ordre du masculin.
Pour qu »un milieu ne se referme pas sur lui–même, il faut qu’il se dualise et détermine ainsi ce qu’il peut donner et recevoir d’un autre milieu. La partie féminine, c’est en fait celle qui est interchangeable. Il convient donc de revenir à l’idée que toute famille doit doublement s’ouvrir vers l’autre, par l’échange réciproque des femmes. A contrario, une conception trop figée de la famille, qui ne laisse pas les filles plus libres de leurs mouvements que leurs frères peut avoir des effets pernicieux notamment quand il y a des enjeux d’intégration. La notion de virginité signifie pour nous qu’une fille doit rester vierge, c’est à dire qu’elle ne doit pas être par trop imprégnée (ce qui est à rapprocher de pregnant, enceinte, en anglais) de quelque culture que ce soit, de façon à pouvoir intégrer sans peine le milieu de l’homme qui lui sera destiné.

Astrologie et sciences sociales

Il y a ceux qui veulent que l’astrologie ait à voir avec l’astronomie et avec la biologie et qui pensent qu’il faut aligner la dite astrologie sur les avancées de ces deux disciplines. Pour notre part, nous considérons que l’astrologie est une instrumentalisation du ciel comme du vivant, c’est à dire qu’elle s’en sert selon ses besoins à un certain stade de structuration de la société et selon son savoir, tel qu’il existe à un certain de développement scientifique de l’humanité. Aller au delà, c’est basculer dans l’anachronisme, maladie la plus fréquente de tout modernisme appliqué à l’humain.
Nous ne suivrons donc pas un Roger Héquet quand il relie le thème natal avec l’ADN. L’apparition de l’astrologie est bien postérieure tant aux phénoménal astronomiques que biologiques, et c’est justement pour cela que nous parlons d’instrumentalisation de ce qui est déjà là puisque toute instrumentalisation est une relecture du monde, se situe dans une approche non pas surnaturelle mais post-naturelle, métaphysique, au sens de ce qui se place après la physique.
Paradoxalement, cette modernité astronomico-biologique, qui n’est d’ailleurs pas sans quelque fondement, nous ramène à un état pré-astrologique. C’est le destin de la science de nous faire régresser mentalement alors même qu’elle nous dévoile des réalités cachées. Cela nous fait penser à quelqu’un qui aurait inventer une machine à remonter dans le temps mais qui ne pourrait pas couvrir les 500 dernières années et accéderait en revanche au temps de César.
Certes, Uranus n’a pas attendu le XVIIIe siècle pour exister mais Uranus appartient à un univers préhumain, qui n’est pas à la taille de l’homme puisque l’on imagine mal les hommes d’il y a quelques millénaires se fatiguer à repérer de temps à autre cet astres qui n’est pas tout à fait invisible à l’œil nu, à la différence de Neptune. En d’autres termes, la découverte d’Uranus en 1781 n’est d’aucune utilité pour l’astrologie tout comme le scénario du big bang. Il faut que la machine à remonter le temps s’arrête au bon endroit, ni trop tôt ni trop tard et parfois l’hypermoderne peut rejoindre l’hyperancien. Selon certaines études génétiques, notre cerveau se rapprocheraient de celui d’êtres beaucoup plus primaires, comme les mouches. L’astrologie relève d’une valeur ajoutée – tout comme l’humanité – et rien ne serait pire que de vouloir aligner nos conceptions sociales sur les résultats de ces sciences qui remontent bien en amont de ce qui constitue la dite Humanité.
La modernité peut bel et bien nous ramener à un stade présocial quand on observe l’isolement moral dans lequel vivent de plus en plus de gens, du fait même du progrès de la communication virtuelle. Face à notre moi, le monde alentour risque de nous apparaître comme supplétif. Certes, la biologie met-elle l’accent sur la spécificité de chaque individu mais nous pensons que l’astrologie, tout au contraire, accentue ce qui relie l’individu au collectif par le fait même d’une référence cosmique commune. Autrement dit, le dépassement de l’individu serait le fait même de l’astrologie et il est donc paradoxal que l’astrologie soit considérée comme justifiant ce qui est d’ordre individuel alors qu’elle vise à conférer un champ de conscience commun à tous les membres d’une société qui a fini par le biais de l’exogamie à se diffuser à l’échelle de la planète. C’est une autre loi du talion :non plus oeil pour oeil mais fille pour fille : tu me prends ma fille, je te prends la tienne.
Les principaux acquis de nos sociétés échappent pour l’heure totalement aux sciences dures voire aux sciences du vivant et parfois au nom de ces sciences, l’on en arrive à nier la pertinence de certains clivages majeurs mais apparus postérieurement aux phénoménal étudiés par les dites sciences. L’astrologie, elle-même, est d’ailleurs victime de tels préjugés qui veulent réduire le monde à ce que l’on en comprend présentement.
Certains astrologues s’imaginent pouvoir faire l’impasse sur l’anthropologie et prendre langue directement avec l’astronomie et/ou la biologie modernes. Or, l’anthropologie est bien mieux en mesure d’expliciter l’émergence d’un certain fait astrologique. Sous prétexte que l’astrologie est liée, quelque part, avec l’astronomie, cela n’est nullement une raison pour qu’elle y cherche son fondement épistémologique alors qu’elle n’y trouve en fait qu’un support cyclique réduit, selon nous, à une seule planète du système solaire en aspect avec des étoiles fixes. La profusion des corps célestes qui circulent dans le système solaire et le constituent devrait laisser l’astrologie parfaitement indifférente.
Un autre risque de contresens est à signaler dès lors que l’on observe la femme et le phénomène de la procréation. S’il est vrai que l’homme initie le processus en pénétrant la femme, nous n’en pensons pas moins que la femme se trouve au commencement des choses, l’homme intervenant à un stade plus tardif. Le sperme de l’Homme est reçu par le corps de la femme. Au vrai, l’homme correspond à un stade plus avancé parce que plus tardif et donc retrouver le stade le plus ancien n’est pas ipso facto restituer ce qui est certes ancien pour nous aujourd’hui mais qui était fort nouveau en son temps. Si l’on part non pas du moment de la procréation – moment mal connu pendant des millénaires- mais de celui de la naissance, c’est bien sa mère que l’enfant connaît en premier, dans son ventre puis dans ses premières années, lors de son apprentissage minimal de la société. Une femme par trop familiarisée avec le monde dans lequel entre l’enfant risque de le saturer alors que si c’est une étrangère, elle sera plus à son niveau. L’enfant, en outre, parviendra mieux à différencier ses deux parents.
Une autre voie empruntée par les astrologues dits spiritualistes consiste à faire du thème astral la carte d’identité de l’âme qui se réincarne; cela vaut aussi pour l’astrologie karmique d’une Dorothée Koechlin de Bizemont ou d’une Irène Andrieu. Il ne s’agit pas ici de discuter de la validité de la réincarnation mais de s’interroger sur son rapport avec l’astrologie. Une fois de plus, une philosophie hyperindividualiste tente d’instrumentaliser l’astrologie en lui faisant faire un virage à 180°, dans la mesure où l’astrologie aurait au contraire vocation à dépasser les clivages individuels au profit d’une appartenance à une même cyclicité vécue synchroniquement. Même le champ prévisionnel en est arrivé à faire dévier cette cyclicité en tant que vécu collectif vers une cyclicité individuelle axée sur les transits ou les retours périodiques des planètes sur leur position natale. Il est certes louable de la part d’un Christian Urvoi de vouloir fonder l’astrologie sur les expériences de l’après mort, l’astrologie étant bel et bien en quête d’alliances mais pas n’importe lesquelles. L’astrologie karmique d’Iréne Andrieu ou l’astrologie holistique de Pierre Lasalle, comme l’astro-psychanlyse d’André Barbault, ou les recherches d’un Alain Couvrat sur la PNL, cherchent ainsi à donner ses lettres de noblesse au thème astral, s’efforçant, en tout cas, d’intéresser à l’astrologie les milieux marqués par les différents courants psychologiques ou/et spiritualistes qui ont tous en commun de se focaliser sur les arcanes du moi.
Il est temps que les astrologues trouvent leur voie au lieu de vivre aux crochets de telle ou telle science qui n’en a cure. Ce ne sont pas les planètes du système solaire qui ont permis au vivant d’exister mais bien le vivant qui, à un certain stade de son essor a su se servir des astres, ce qui a donné l’Humanité. On dira que l’astrologie se situe déjà dans un temps où le monde n’est plus structuré mais structurant. Les astrologues qui soutiennent que le cosmos structure le monde font fausse route, c’est le monde qui structure le cosmos, un cosmos dont en effet il est issu. Pour faire image, il y a un temps passif qui est celui qui va analogiquement de la nouvelle lune à la pleine lune et qui est celui du monde en train d’être structuré et un temps actif qui va de la pleine lune à la nouvelle lune qui est celui d’un monde qui se structure en conférant aux objets qui le composent un nouveau sens, selon une logique binaire: à savoir qu’il est des objets qui comptent ou d’autres qui sont laissés pour compte. Il appartient aux sciences de l’Homme d’examiner comment un tel tri s’est opéré entre ce qui est retenu et ce qui ne l’est pas. Nous dirons que ces sciences ont pour objet de comprendre comment l’Humanité a décidé de s’inscrire dans le monde. Les sciences dures – et nous y incluons aussi bien l’astronomie que la biologie – étudient le temps passif et les sciences de l’Homme – et nous y incluons l’anthropologie, l’astrologie, le Droit, l’Histoire – le temps actif. Si l’astrologie a pu devenir une réalité, c’est parce que des sociétés entières se sont donné le mot et que certaines habitudes ont forgé en l’Homme une seconde nature, ce qu’a bien montré Pierre Bourdieu avec le concept d’habitus. Or, c’est bien ce qu’est l’astrologie, non pas une « première » mais bien une « seconde » nature et tel est le vrai débat qui désormais divise le milieu astrologique et bon plus comme dans les années soixante l’opposition entre influence physique selon Jean-Pierre Nicola et synchronicité selon André Barbault. Depuis les années Quatre Vingt, un nouveau modèle a pris une certaine importance que Suzel Fuzeau-Braesch décrit sous le nom de Mueller-Halbronn, du nom des deux chercheurs qui séparément ont voulu placer les conditions d’émergence de l’astrologie dans le champ des sciences sociales, ce qui confère à l’Humanité la responsabilité de sa connexion avec certaines configurations astrales. C’est grâce à l’émergence d’une telle symbiose que l’Humanité a pris définitivement l’avantage sur d’autres formes de vie animale, non pas en subissant son environnement mais à l’investissant. Les espèces dominantes sont celles qui ont su exploiter à leur profit, grâce à leur sens de l’observation, certaines particularités de la nature: certains courants maritimes, certains vents, certains astres, ce qui leur a conféré une surpuissance, apprenant ainsi à mieux se déplacer, se mouvoir dans l’Espace comme dans le Temps, par rapport à d’autres espèces qui n’ont pas su s’y prendre. Encore ne faudrait-il pas exagérer une telle aptitude à observer : certains astrologues ne se privent pas d’affirmer que les hommes ont su décrypter les significations astrales. Or, une telle hypothèse, « haute », n’est nullement indispensable car l’on peut tout à fait se satisfaire de l’hypothèse « basse » consistant à une projection des catégories sociopolitiques sur le ciel, lequel ciel étant découpé selon les moyens du bord.
Certes, si l’on s’intéresse à un objet en le considérant comme un signal de ce que le groupe a à faire ou à ne pas faire, à un moment donné, les diverses émissions émanant de cet objet finiront bien par être perçues de façon préférentielle par notre organisme mais cela ne signifie aucunement que tous les objets qui nous environnent, sous prétexte qu’ils sont également émetteurs, soient susceptibles d’exercer, eux aussi, quelque effet et qui plus est un effet différent – comme le prétendent bien des astrologues de nos jours qui s’épuisent à trouver de nouveaux besoins sémantiques pour ne pas laisser au chômage les nouveaux astres découverts. C’est négliger, ce faisant, la dimension sélective et constitutive de l’environnement – lequel ne s’autoqualifie pas mais est qualifié par l’Humanité qui ce faisant passe par une mutation – au cœur même de la démarche astrologique.
Affirmer qu’il existe un lien entre Tradition et Modernité, tradition et Science nous semble assez aléatoire si par là l’on devait entendre que notre modernité présente coïncide nécessairement avec la Tradition. Nous pensons tout au contraire que cette modernité ne nous permet pas encore d’appréhender celle-ci mais est décalée par rapport à elle. En revanche, il est fort possible que si l’on admet que telle tradition correspond à un certain état de la Science à venir, que la dite tradition puisse nous aider à accéder plus rapidement à l’état en question dont elle est le reflet en creux, sinon l’expression directe.
C’est l’histoire de l’outil dont on ignore le mode d’emploi voire l’emploi tout court. Prenons l’exemple d’un presse-citron dont on ignorerait qu’il a besoin de citrons pour fonctionner. L’astrologie fait penser à ce presse-citron sans citron; à partir du presse-citron peut-on déduire à quoi ressemble un citron?Imaginons que l’on veuille se servir du presse-citron pour manger de la soupe et que de ce fait, on déclare que le presse-citron n’est pas complet, qu’il lui manque quelque accessoire. Est-ce donc l’accessoire qui manque ou bien l’objet auquel on veut appliquer l’outil qui n’est pas le bon? Ajoutons qu’une musique peut être jouée par un instrument pour lequel elle n’a pas été conçue; cela n’empêchera pas que l’on pourra jouer quand même cette musique. Plutôt que de dire que « cela marche », il faudrait plutôt dire que cela marche quand même. La vérité n’est souvent que statistique et souffre des exceptions qui n’en sont souvent qu’en apparence et temporairement et il peut être tentant de vouloir conférer une signification exorbitante à ce qui semble ne pas confirmer la règle. Certaines personnes s’imaginent que le monde est fait de serrures que l’on ouvre ou que l’on n’ouvre pas selon que l’on a ou que l’on n’a pas la bonne clef. Mais dans bien des cas, la mauvaise clef parvient à ouvrir une serrure qui n’est pas la bonne. Nous dirons qu’au début, l’on ne distingue pas immédiatement si quelque chose convient ou ne convient pas, fait ou non l’affaire – il faut souvent du temps pour prendre conscience de son erreur – ce qui ouvre la voie au mimétisme, au faux semblant. Imaginons un imposteur qui entrerait dans une salle de classe et qui prétendrait être le nouveau professeur d’histoire. C’est la confusion entre l’émetteur et le récepteur, le récepteur se prenant pour le récepteur en ce qu’il répète et utilise ce qui a été produit. Tant qu’il n’a pas ouvert la bouche, on peut le croire et même il peut encore faire illusion un certain temps au point que s’il trouvait un prétexte pour s’arrêter avant d’être allé trop loin et être démasqué, il pourrait éventuellement bénéficier d’un préjugé favorable… Or, la consultation astrologique se déroule souvent dans un temps bref et sur une seule fois, ce qui ne donne pas le temps au temps de s’apercevoir de certaines carences ou impropriétés. Molière nous a donné le Médecin malgré lui. mais d’autres ont campé l’Astrologue feint. Si un faux astrologue peut donner satisfaction, cela montre bien que même si un vrai astrologue est apprécié, cela ne prouve pas grand chose. On connaît le cas d’astrologues donnant satisfaction à leur client avec un thème dont ils s’aperçoivent par la suite qu’il était faux.
A partir de l’astrologie ne serait-il pas, demandera-t-on, envisageable de favoriser un certain progrès des sciences sociales si l’on admet que chaque science est liée à un certain stade de développement de l’Univers? Tout comme l’astronomie moderne nous met en phase avec l’origine du dit Univers l’astrologie nous connecterait avec un stade beaucoup plus tardif, celui d’une Humanité réfléchissant cet univers non sans le déformer, le diffracter à sa guise, induisant ainsi comme une seconde Création du monde, beaucoup plus récente, dont le Livre de la Genèse nous restituerait, peu ou prou, le récit. On conçoit qu’un tel rapprochement entre Astrologie et Religion Scripturaire ne pourrait que renforcer les positions de l’Astrologie tout comme d’ailleurs celles de la dite Religion. C’est dire que l’astrologie se tromperait d’alliance en continuant de tenter de trouver son fondement dans la science de la première et non de la seconde Création. Certes, plus l’on remonte dans le temps, plus l’on peut espérer trouver une origine commune à tout ce qui gravite dans l’univers mais comme avec une machine à remonter le temps (H. G. Wells), l’on risque de se reporter trop loin en arrière, à un stade où l’humain tel que nous le connaissons n’a pas encore émergé et un tel globalisme nous apparaît comme singulièrement nivelant et manquer sa cible.. On aurait d’une part une astrologie née avec le monde et polyplanétaire et de l’autre une astrologie élaborée par l’Homme et monoplanétaire. En n’adoptant qu’un seul paramètre à savoir une seule planète- comme nous pensons que ce fut le cas avant que ces deux astrologies ne fusionnent- ce qui correspond au monothéisme – c’est à dire en opérant un choix, l’Homme impose, dicte sa Loi au cosmos puisqu’il restructure à sa manière.

Pour une astro-anthropologie

Notre idée de l’astrologie vise à déterminer un champ spécifique pour lequel elle serait incontournable, ce qui ne saurait être le cas de ce qui est de l’ordre de l’individuel ou de l’événementiel. Nous serions sensiblement plus proches des perspectives de la Nouvelle Histoire d’un Marc Bloch, fondateur des Annales d’Histoire économique et sociale, en 1929. Il ne s’agit pas simplement de prendre en compte la « longue durée » mais bien d’appréhender des mouvements socio-politiques très profonds et très anciens, à savoir les enjeux les plus fondamentaux de nos sociétés : sexuation, immigration, mécanisation, éducation.
Si chaque individu est marqué par une hérédité collective, il n’en reste pas moins que le phénomène déterminant est celui du grand nombre. L’étude des cas individuels ne saurait être qu’une application de lois générales et les astrologues procèdent comme si ce stade préalable était résolu, passant ainsi prématurément à l’approche individuelle ou événementielle – tel individu, tel événement bien précis.
Le jour où les sciences sociales reconnaîtront l’apport de l’astrologie à la compréhension des phénomènes sociaux les plus fondamentaux, l’astrologie aura retrouvé sa place. C’est dire que l’astro-psychologie ne saurait être qu’un prolongement de l’astro-anthropologie mais qu’en aucun cas l’astro-anthropologie ne saurait s’appuyer sur les résultats d’une astro-psychologie s’articulant, de quelque manière que ce soit, sur le thème astral.
L’astrologie cesserait alors d’être un phénomène de société pour être l’étude des phénomènes sociaux. Cela peut certes passer par la statistique puisqu’il s’agit de décrire les tropismes de millions de personnes au cours de la même période de temps ou/et au cours de périodes du même ordre.
Si l’astrologie veut s’intégrer pleinement dans le champ des sciences sociales, il convient qu’elle adopte une théorie prévisionnelle adéquate, ce qui implique pour elle de renoncer à l’idée d’une Humanité soumise à des forces extérieures et non programmées par les besoins sociétaux. Si l’humanité s’est connectée à un certain ciel – et non au ciel tout entier connu et à connaître! – c’est pour progresser, pour améliorer ses performances. Si elle a accordé quelque pouvoir à des astres lents comme Jupiter ou Saturne, c’est pour ne pas dépendre uniquement d’un cycle annuel qui est celui de toute la Création. Ce qui signifie que l’on veut dépasser un mode de vie à trop court terme, échapper à une vie au jour le jour avec ce que cela a de précaire. L’astrologie aurait ainsi permis une expansion du temps social et par là même de l’espace social dès lors que ce temps social s’impose à tous, tous clivages confondus et dépassés. Non pas certes que l’ancienne (micro)évenementialité ait disparu mais elle doit désormais, sous le régner de l’astrologie, se soumettre à des périodicités plus structurées, se déployant sur plusieurs années et ce n’est donc pas le rôle de l’astrologie que d’avoir à rendre compte de cette évenementialité primitive puisque elle a été conçue pour en relativiser la prégnance.
Ceux parmi les astrologues, comme aujourd’hui un Roger Héquet, qui revendiquent pour tâche assignée à l’astrologie de vaticiner sur une succession par trop rapide de situations et de circonstances dévoient l’esprit de l’astrologie et peu nous importe, au demeurant, qu’ils puissent arguer de résultats quelconques lesquels ne correspondent à aucune tendance lourde de l’existence. L’astrologue, ainsi, au lieu de fournir à nos sociétés un plan clair et s’étendant sur une certaine durée, intervient au coup par coup, voulant ainsi réduire nos existences à du cabotage sans grande envergure et en fait à un simple mode de survie. Pour cette astrologie prédictive, les événements se suivent et ne se ressemblent pas, d’où son exigence de précision qui trahit l’inconsistance du projet en ce qu’il est incapable de faire ressortir des périodes au cours desquelles un même type d’événement serait récurrent, et ce d’autant que chaque individu serait marqué par une temporalité différente, décalée par rapport à celle du voisin, sans qu’aucune dialectique sociale ne soit mise en avant, impliquant quelque relais, quelque roulement. L’on se rapproche assez gravement d’une forme d’autisme, marqué par une difficulté à ajuster vie intérieure et vie extérieure, le moi et autrui.
L’on comprend pourquoi un certain discours astrologique ne peut que générer de l’anti-astrologie. Ce n’est pas l’astrologie qui est visée et condamnée mais bien les valeurs au service desquelles elle se prostitue. Le problème, c’est que ses adversaires jettent le bébé avec l’eau du bain et ne savent pas séparer une « bonne » et une « mauvaise » astrologie, ignorant que la bonne est le meilleur antidote contre la mauvaise.
L’approche anthropologique est un garde-fou tout comme l’est une certaine exigence de cohérence du clavier utilisé. D’une part, en effet, on n’envoie pas une fusée qui n’est pas en état de voler et on ne peut multiplier indéfiniment les expériences sans un minimum de garanties au départ – ce serait ruineux et le budget serait très vite épuisé – sauf si évidemment on n’y connaît rien en aéronautique. Un vol se prépare sur le papier, sur la table de l’ingénieur. Encore faut-il qu’il y ait des ingénieurs en astrologie…… D’autre part, il faut tenir compte des motivations qui ont conduit les sociétés à se brancher sur le ciel. La chose la plus évidente, c’est qu’elles n’ont pas programmé des morts, des catastrophes, des famines, des guerres, des pestes selon le discours nostradamique; ce serait du masochisme. A moins évidement de faire des astres un monde totalement étranger aux intérêts humains et donc de les traiter en repoussoir comme c’est le cas dans le Talmud ce qui permet de mettre en valeur des antidotes comme certaines pratiques religieuses. A contrario, si l’astrologie n’est pas concernée par le « mal », surtout en ce qu’il offre d’aléatoire, elle peut ainsi élaguer, décanter son propre corpus de ce qui ne lui revient pas, de ce qui ne correspond pas à une fonctionnalité sociale évidente. Là encore, d’entrée de jeu, ce n’est même pas la peine d’essayer de lire dans le thème natal ce qui n’est que virtuel. Si telle situation a mal tourné, ce n’est pas dans le thème, c’est une possibilité parmi d’autres tant les paramètres non astrologiques sont multiples et peuvent interférer. Prenons l’exemple du passage de l’état de veille au sommeil, il est possible que ce passage se fasse mal, que telle personne ait du mal à s’endormir ou qu’elle fasse des cauchemars ou encore qu’elle ait du mal à se lever mais ces difficultés ne sont pas inscrites dans l’alternance veille/sommeil/veille tout comme le fait de manger n’implique pas que l’on ait une indigestion même si l’indigestion tient au fait de manger. Les déviances par rapport à un fonctionnement normal ne sont pas dues au rapport des hommes aux astres mais l’astrologue peut, quant à lui, confronter ses clients à une norme et envisager certaines difficultés éventuelles liés au passage d’une phase à une autre tout comme le psychanalyste sait par avance que certains stades (puberté) ou certaines situations (l’Oedipe) peuvent avoir des effets pathogènes. L’astrologie traite bel et bien, selon nous, des modes de passage qu’il s’agisse du passage d’un stade à un autre ou du passage d’une population vers une autre. Il y a là des ratés possibles mais le programme astrologique ne peut les annoncer comme tels mais seulement mettre en garde contre certains risques. En revanche, quand il ne s’agit pas d’une problématique de passage, l’astrologie doit se considérer comme incompétente et même si l’on admet que la mort soit un passage d’un monde dans l’autre, nous ne pensons pas qu’elle fasse partie du champ de l’astrologie sauf si elle est précisément le résultat individuel ou collectif d’une crise de passage. La mort de Staline par exemple, en 1953, à laquelle André Barbault attache tant d’importance, dans la présentation du cycle Saturne-Neptune ne nous parait pas être signifiante au regard de l’astrologie et certainement pas, qui plus est, de l’astrologie cyclique qui est avant tout concernée par les récurrences fonctionnelles. Ce qui compte, ce n’est pas de mourir mais de donner la mort. Dans le cycle des mois, la mort est donnée aux animaux d’élevage non pas aux hommes et cette mort est nécessaire pour l’alimentation hivernale, les hommes ayant su très tôt sécher et saler les viandes. Autrement dit, l’astrologie pourrait mieux annoncer un holocauste qu’une mort par maladie ou accident; la mort astrologique est liée aux exigences de la survie. En ce sens, les statistiques de mort engagées par un Roger Héquet ne nous semblent pas entrer dans le champ de la recherche astrologique et si elles donnent des résultats, c’est certainement du fait des failles de la méthodologie statistique. Si les astrologues reprochent à la science de ne pas savoir expliquer l’astrologie, l’astrologie parfois profite, sans scrupule, des lacunes actuelles de la science pour valider les parties les plus douteuses de son corpus. Le rapport Astrologie- science est à double tranchant.

Les mauvais choix de l’astrologie moderne

Les astrologues sont surcultivés en matière d’astronomie et sous cultivés en matière d’anthropologie. Cette surculture astronomique est particulièrement frappante chez un Jean Billon et on a encore pu le constater dans l’atelier qu’il a donné lors du colloque MAU « Astrologie. Conditions d’existence ». Billon suit au jour le jour le fil des découvertes astronomiques, à la façon d’un feuilleton et se passionne bien entendu pour les trouvailles des astronomes, parfois conseillés par quelques astrologues. C’est le cas de la série des Centaures qui servir à nommer plusieurs astéroïdes. Bien entendu, ce chercheur s’empresse d’interpréter ce que chaque astéroïde va pouvoir signifier dans le thème. Le discours astrologique ne se réduit pas à un système binaire mais comporte une infinité de signifiants qu’il faut apprendre à coordonner et qui a depuis longtemps dépassé le stade de 12, comme c’était le cas pour le Zodiaque.
En revanche, la culture anthropologique des astrologues se réduit à quelques poncifs qui n’ont guère évolué depuis des décennies. D’où un certain hiatus entre le propos astronomique pointu et le propos anthropologique tout venant. L’idée selon laquelle le monde des hommes pourrait être structurée comme celui des astres débouche sur une astrologie individuelle, psychologique mais non sur une anthropologie de pointe. Or, si l’on veut asseoir le phénomène astrologique sur des bases solides, ce n’est pas tant à l’astronomie que l’on devra faire appel mais bien à une anthropologie capable d’expliquer comment et pourquoi le rapport astres-hommes s’est constitué en tant que Loi avant de se perpétuer par une transmission subconsciente. Il ne s’agit plus de déterminer si les astres ont vocation à agir sur nous ou à être en phase avec nous mais si nos ancêtres ont crée des liens entre eux-mêmes et les astres et si et comment un tel attachement ou rattachement nous a été transmis.
En abandonnant l’astronomie à son sort pour se recentrer sur l’anthropologie, la pensée astrologique échappe au tout astronomique et s’ouvre enfin au monde des hommes. Il importe à cette pensée de trouver en bas, dans l’anthropologie, ce qui correspond à ce qui se situe en haut, sur le plan céleste. Il ne s’agit pas d’affirmer pour autant que ce qui est en bas est structuré par ce qui est en haut; c’est tout le contraire, le haut a été appréhendé à partir du bas ou si l’on préfère un écosystème s’est mis en place qui ne retient du monde d’en bas et du monde d’en haut que quelques paramètres et c’est la recherche astrologique de les identifier comme l’on chercherait une aiguille dans une meule de foin. Pour cela, il importe d’évacuer le bruit provoqué par des éléments astronomiques en surnombre tout comme il est des entités terrestres également en surnombre. La tentation est grande, chez un grand nombre d’astrologues, de vouloir rendre compte du surnombre d’en bas par le surnombre d’en haut, ce qui conduit irrésistiblement à vouloir s’intéresser à la myriade d’egos individuels, boite à Pandore qu’a ouverte un André Barbault, dans son De la psychanalyse à l’astrologie
Ce non choix des astres à utiliser et qui fait que l’on achète toute la boutique, c’est aussi le non choix des astrologues face à la profusion des dispositifs et des techniques astrologiques : on n’arrive pas à jeter, tout peut servir. Que penser ainsi de cette affirmation sous la plume d’Elizabeth Teissier dans sa thèse de doctorat de 2001 :
« Pour accumuler les certitudes concernant le pronostic d’un événement important (promotion, mariage, expatriation, maladie, naissance d’un enfant, maladie, voire mort….), l’astrologue combinera ces différentes méthodes prévisionnelles pour en chercher les points de concordance » . Un tel conseil nous semble justifier la dimension syncrétique de l’astrologie, d’un éclectisme de la pensée, au lieu de faire le tri entre toutes les techniques, on les garde toutes, on les « combine » les unes aux autres. Rien qu’en lisant une telle déclaration, l’on comprend pourquoi et de quoi l’astrologie est malade et le mot « accumuler » est ici tout à fait significatif, on pourrait parler d’un syndrome de thésaurisation..

Pour une anthropologie du visible

Si l’astrologie a pu exister dans des sociétés fort anciennes, c’est d’abord parque ses codes étaient simples, compréhensibles par tous. Si l’astrologie a pu se perpétuer par la voie génétique en tant que phénomène se perpétuant à travers les siècles et les civilisations jusqu’à nos jours et ne pas exister uniquement pour quelques initiés à ce savoir, c’est parce qu’elle était à la portée de tous, compréhensible par tous ou en tout cas par un grand nombre de citoyens qui n’étaient pas, stricto sensu, des astrologues.
Le ciel qui convient à l’astrologie se doit donc d’être un ciel visible, exigeant un repérage aisé, commode, ce qui n’a rien à voir avec les élucubrations astrologiques actuelles exigeant des ordinateurs et fonctionnant à la minute d’arc près, n’hésitant pas à intégrer une grande quantité de données non visibles, qu’il s’agisse de la planète baptisée Neptune ou du point vernal, de l’ascendant ou des nœuds de la Lune. L’astrologue au départ est celui qui légifère quant aux configurations auxquelles les sociétés devront se conformer, tout comme celui qui présida à l’élaboration d’ une constitution comme celle de la Ve République Française, en 1958. Une fois le travail fait, l’astrologue est relayé par d’autres corporations sauf si on lui demande d’amender son travail tout comme l’on peut réviser une constitution. Bien entendu, il n’est pas question qu’il faille en permanence passer par l’astrologue. Tout comme une constitution, la loi astrologique doit être compréhensible et applicable par tous. On a vu d’ailleurs récemment lors du référendum sur la constitution européenne (2005) qu’un document par trop complexe pouvait avoir des effets démobilisant. En comparaison, la constitution de la Ve République est à la portée du plus grand nombre qui en comprend les règles du jeu en dehors de l’intervention de spécialistes, chacun pouvant se les approprier.
La visibilité nous semble un principe incontournable: d’une part, il faut que les configurations concernées par la Loi astrologique soient aussi peu nombreuses que possible car plus cela devient compliqué et plus le public perd pied et il faut donc repasser par des spécialistes et d’autre part, il importe que ces configurations soient aisément identifiables dans le ciel par un oeil humain normalement équipé, ne nécessitant aucun appareillage technique externe, du genre lunette, télescope, ordinateur. L’homo astrologicus n’a pas besoin d’autre outil que lui-même et plutôt que de perfectionner une technologie externe il a réussi à se perfectionner lui-même, c’est à dire à développer de nouvelles facultés, comme celle justement consistant à prendre exemple sur la dynamique céleste mais uniquement dans la mesure de ses besoins structurels et de ses facultés de perception. C ‘est précisément par rapport à cette biotechnologie dont relève, selon nous, l’astrologie, que la communication avec notre monde actuel marqué par la révolution industrielle est difficile. L’on peut d’ailleurs se demander si l’astrologie ne pose pas avant tout un problème de philosophie technologique et si son déclin n’a pas correspondu moins à un développement de la Science moderne que du fait de la dite révolution industrielle laquelle permettait à l’humanité de progresser dans son rapport au monde par le biais des machines et non plus par celui d’une amélioration de l’espèce : on a fabriqué des avions mais l’homme n’a pas appris à voler en faisant évoluer son corps et le rendant plus performant. Or, l’astrologie, selon nous, appartient à une filière depuis longtemps abandonnée par l’espèce humaine – ce qui explique l’incompréhension qu’elle subit y compris de la part des astrologues qui, généralement, en parlent mal – qui passait par un accroissement des facultés et par la transmission des facultés d’une génération à l’autre au prix d’un eugénisme s’articulant sur la polygamie au profit des individus les plus performants, c’est à dire les plus « en vue », les plus recherchés, ceux qui se repèrent dans la foule, qui sortent du rang, dotés d’un certain charisme qui se mesure à l’impact de leurs initiatives et de leurs propos, tout comme l’humanité s’est autoprogrammée pour repérer dans le ciel les configurations significatives. Quelque part, les femmes sont aimantées – le français facilite le rapprochement avec l’amour – mon aimant/mon amant – vers certains hommes remarquables et ce sont elles qui, par leur nombre, les désignent, étant entendu qu’elles ne font ici sens que par leur nombre. L’expression La Voix de son maître (His master’s voice) nous semble assez bien convenir si on la détournait de son sens premier, où l’on voit un chien entendre la voix humaine sur un vieil électrophone car pour nous, cet électrophone c’est la femme. Le talent des femmes c’est justement de bien savoir choisir leur maître et ce n’est pas une mince affaire : dis moi quel est ton maître et je te dirai qui tu es, c’est à dire non seulement ce que tu vas dire mais, femme, ce que tu vaux de par ton choix même. Il faut avoir l’œil. Mais c’est justement du fait d’une certaine distance des femmes par rapport à un milieu qui leur est étranger – ce qui n’est pas le cas avec l’endogamie- qu’elles percevront certaines lignes de force. En revanche, si elles restent dans leur milieu d’origine ou dans un milieu qui leur est devenu très familier, elles ne parviendront pas aussi bien à procéder à une telle perception globale et en quelque sorte objective, avec ce que cela peut avoir par ailleurs de schématique. Or, il est parfois bon de simplifier et donc de permettre à un regard extérieur de saisir certaines configurations sociales basiques tout comme quelque chose en nous d’assez primaire parvient à localiser certaines configurations célestes signifiantes au milieu de la foule stellaire…
Par visibilité, nous entendons également ce qui passe littéralement par l’œil, c’est à dire non pas par l’intellect mais par un organe du corps. C’est cet oeil qui en réalité nous relie au cosmos, à un cosmos domestique, apprivoisé et non pas au cosmos sauvage de l’astrologie actuelle, tout comme les hommes ont su s’attacher certains animaux et en ont laissé d’autres à l’état sauvage. De même existerait-il un ciel sauvage celui des astronomes et un ciel domestique, celui des astrologues et il ne suffit pas qu’un astre ait reçu un nom relevant de quelque mythologie pour qu’il puisse ipso facto s’intégrer dans le cosmos utile.
Cet oeil, selon nous, est programmé pour capter certaines informations célestes même à notre insu et de les transmettre au cerveau qui est conditionné à réagir aux dites informations. Ce qui explique qu’il n’est nullement besoin de regarder délibérément le ciel pour être influencé par lui; la visibilité du ciel concerne une partie de nous-même qui est automatisée, qui est déterminée à réagir d’une certaine manière à certains signaux par rapport auxquels notre organisme a été préparé à réagir, comme sous hypnose. Il ne s’agit donc nullement de signaux, comme le propose Jean-Pierre Nicola, qui nous imposeraient leur propre message et leur propre signification sans qu’il y ait eu filtrage préalable. Autrement dit, l’homo astrologicus disposerait d’un oeil dont les perceptions le détermineraient dans ses comportements -dans le cadre d’une forme d’inconscient collectif. Et cet oeil n’est pas uniquement sensible, on s’en doute, au cosmos mais aussi au paysage social dans lequel nous vivons, à commencer par la sexuation, qui est également un phénoménal singulièrement visible, l’homme et la femme se distinguant suffisamment. Notre cerveau ferait la synthèse entre perception des corps célestes et perception des corps humains et c’est cette synthèse qui détermineraient notre comportement social, à la fois individuel et collectif.
Encore ne faut-il pas demander à notre oeil de scruter la totalité du ciel comme ce serait le cas avec la plupart des systèmes cycliques qui font déplacer les configurations tout au long du zodiaque, même pour un seul cycle pour ne pas parler de la prise en compte d’une multiplicité des cycles comme cela se pratique de nos jours toujours plus. Nous pensons bien plus probable que les configurations se produisaient toujours au même endroit et que l’œil humain doit être marqué – cela resterait à vérifier – par un tropisme en direction de quatre points cardinaux. On pourrait même soutenir que la division de l’espace en quatre directions (nord, sud, est, ouest) pourrait s’originer dans un tel impératif. Dès lors que l’œil fixe Aldébaran, il peut repérer les autres points significatifs – ils sont huit, selon nous mais rappelons qu’Aldébaran est une étoile fixe et que comme son nom l’indique, elle ne bouge que très très lentement et certainement pas à l’échelle d’une vie humaine. De même que nous observons instinctivement, chaque jour, les moments où le soleil se lève, culmine, se couche- quand bien même serait-ce quelque apparence des choses – ce qui rythme notre vie : on sort quand il fait jour, on rentre quand il fait nuit- de même, à un autre niveau de sophistication, les astres nous ont appris parce que nous avons bien voulu nous mettre à leur école, à programmer notre temps et à dépasser l’échelle trop étriquée du quotidien, du mensuel voire de l’annuel. Et ce n’est certainement pas, comme le veulent certains astrologues actuels, pour user de l’astrologie à la dite échelle. En nous référant au ciel, nous parvenons à nous rapprocher les uns des autres, ce ciel étant une expérience commune qui nous permet de dépasser une dimension trop individuelle. Et là encore, comment se fait-il donc que ce soient des astrologues qui se présentent comme les gardiens de notre moi.? N’y a-t-il pas là la clef d’une certaine mauvaise conscience rongeant les astrologues, du fait d’un certain sentiment de trahison, de culpabilité, de non respect de leur cahier de charges? Ainsi, pour se nourrir, les astrologues n’en seraient-ils pas arrivés à vendre leur âme en prenant le parti de leurs adversaires, de ceux contre lesquels ils sont justement censés protéger l’Humanité? Mais quid de ces anti-astrologues qui instrumentalisent l’astrologie actuelle pour nier l’idée même de rapport entre les hommes et les astres et donc, en définitive, interdire toute possibilité de conduire une politique cohérente pour le monde de demain? Or, si les hommes ne retrouvent pas la clef du programme qu’ils se sont donné il y a bien des millénaires, ils devront tôt ou tard se plier aux impératifs de la Science et de la Technique et il n’est pas certain qu’ils y gagneraient au change: une science qui se situe en deçà de l’ère astrologique et une technique au delà. Entre ces deux instances, l’astrologie est encerclée, elle qui correspond à un moment oublié et nié de l’Histoire du monde qui est celui où les hommes surent se servir de celui-ci et se transmuter.
Si l’on se place au niveau linguistique, la raison pour laquelle le plagiat est condamnable, c’est qu’il est à la fois repérable et qu’il génère du doute car même lorsque la similitude est perçue l’on ne sait pas nécessairement distinguer l’original de la copie.. L’existence de sosies a alimenté de nombreux suspenses en littérature, comment savoir qui est qui. Si je maquille un cheval, en changeant sa couleur, j’introduis du signifiant, c’est à dire que je triche avec le visible. Or, si les repères sont faussés ou troublés, c’est tout l’ordre social qui s’en trouve menacé. Si je ne peux plus me fier à ce que je vois et dois dépendre de ce que l’on me dit qui est, je ne suis plus un citoyen à part entière, je suis sous la coupe d’une autorité, je suis aliéné. Or, il s’agit là de l’aliénation de notre subconscient et de son aliénation par le conscient. Dans la relation entre ces deux niveaux de conscience, il importe que le subconscient dispose de signaux simples, donc visuellement univoques et immédiatement, à tout instant, perceptibles. Si je complique trop les choses, mon subconscient ne peut plus jouer son rôle, il est dépassé. C’est comme demander à un enfant une certaine tâche, si cette tâche est simple, il l’accomplira et saura ce qu’il fait, si elle est fonction de trop de paramètres, il se découragera et renoncera après être passé par une phase pénible d’hésitation et de doute; On peut maltraiter son subconscient par un double bind en lui demandant de faire quelque chose et en même temps en rendant la tâche par trop ardue à mener à bien. Eh bien, quand l’astrologue nous parle de planètes invisibles à l’œil nu, il se moque du subconscient, il veut que le conscient ait tout le pouvoir parce que le subconscient ne peut plus suivre. Cet astrologue peut certes être de bonne foi en nous parlant de l’influence de Pluton, mais ce faisant qu’il ne nous parle pas de subconscient parce que le subconscient ne se sert pas de télescopes ni d’éphémérides, il voit ou il ne voit pas en se servant de notre appareil sensoriel. Affirmer que Pluton fait partie de notre environnement – mais cela vaut aussi pour toutes les techniques alambiquées de l’astrologie qui ne correspondent à aucun mouvement réel des astres ou qui supposent que notre psychisme dispose d’une mémoire prodigieuse des positions astrales à la naissance – et qu’il agit sur nous qu’on le voie ou qu’on ne le voie pas n’a rien à voir avec le subconscient sauf à jouer sur les mots, le subconscient étant ce qui est conscient à un niveau inférieur, c’est à dire primaire; de la conscience, ce n’est pas ce que mon organisme ne perçoit pas mais ce que mon conscient ne perçoit plus. Ce qui confére aux travaux de Gauquelin un gage de véracité, c’est l’exclusion des planètes invisibles, ce qui lui évite de dire que la naissance prend en compte des astres que nous ne percevons pas avec nos organes sensoriels. Malheureusement, cinquante ans après, un tel message ne semble aucunement avoir été entendu. Si Gauquelin avait réalisé ses travaux au début du siècle, ou si Paul Choisnard le polytechnicien pionnier de l’astrologie statistique avait pu parvenir aux mêmes conclusions, alors même que l’astrologie française des années 1880 était restée longtemps récalcitrante par rapport aux nouvelles planètes (cf La Vie astrologique, il y a cent ans, Paris, La Grande Conjonction-Trédanie, 1992), l’on aurait peut-être pu éviter à la France astrologique un siècle d’errance transsaturnienne, dont le coup de grâce fut en 1930 la découverte d’une planète au delà de Neptune qui prendra le nom de Pluton..Il est vrai que Michel Gauquelin, pour ne pas parler de son épouse Françoise Schneider- Gauquelin, psychologue de formation, n’avait guère cherché à situer sa « néo-astrologie » dans la perspective d’ une anthropologie du visible tant et si bien que les tenants des planètes invisibles pouvaient se permettre de revendiquer, sans état d’âme, ses travaux, que l’on songe à André Barbault. Cela dit, reconnaissons qu’il n’est nullement question ici de prétendre élaborer un modèle unique pour l’ensemble des branches de l’astrologie et que ce qui vaut pour l’une de ces branches ne vaut pas nécessairement pour une autre et vice versa.

Astrologie et épistémologie des sciences sociales

Nous voudrions, à ce stade, présenter brièvement une synthèse de nos propositions anthropologiques, quitte à reprendre certains éléments déjà exposés. Les axes principaux de notre modèle sont les suivants:
-il existe une première essentialité qui est concernée par ce que sont les objets en soi.
– il existe une deuxième essentialité rassemblant l’ensemble des objets perceptibles. Cette perceptibilité est scientifiquement plus ou moins signifiante; dans bien des cas, les signes ainsi détectables relèvent d’apparences.
– sur cette deuxième essentialité se constitue une troisième essentialité consistant à trier parmi les objets perceptibles ceux que l’on souhaite instrumentaliser, c’est à dire auxquels on est dans l’intention d’assigner un sens qui n’est qu’accessoirement fonction de ce que sont les objets en soi et qui se situe au delà de ce qui en est perçu. Si les objets n’offrent pas un minimum de différences formelles, du moins au départ, ils ne peuvent être instrumentalisés et affectés de significations spécifiques. Entendons par là que le troisième essentialité s’appuie sur des différences existantes mais non signifiantes en soi.- Ainsi la nouvelle lune est-elle à distinguer de la pleine lune en tant qu’objet distinct même si l’on sait qu’il s’agit de facettes d’un seul et même phénoménal et le fait que cette nouvelle lune puisse enclencher un processus social, du fait qu’elle détermine un nouveau mois, dans les cultures marquées par le calendrier lunaire, relève d’une essentialité sociale.
– il existe une quatrième essentialité qui correspond à un passage au niveau du subconscient de toute la programmation engrammée, ce qui signifie que notre repérage, c’est à dire notre sensibilisation à un certain nombre de signes perceptibles échappe à notre conscience, et que nous réagissons consciemment qu’après que les effets du dit repérage aient commencé à se manifester en nous et sans en connaître nécessairement les causes. Dans ce cas, il est possible que la perceptibilité initiale consciente des objets ait laissé la place à une perceptibilité inconsciente s’attachant à des caractéristiques propres aux dits objets relevant de la première essentialité. Imaginons que tel groupe ait développé un tropisme par rapport à la mer, il est possible que la perceptibilité de la mer ait pu évoluer, passant, par exemple, d’un niveau visuel à un niveau olfactif ou respiratoire. Le fait que les signaux initiaux émis par les objets en question aient pu disparaître ou s’estomper ne remet pas en question l’écosystème dès lors que les objets concernés sont perceptibles et donc repérables autrement. Ajoutons que le fait que seule une partie du groupe concerné puisse se repérer est susceptible, s’il y a brassage et communication, de suffire à ce que l’ensemble du groupe soit déterminé par les dits signaux.

Astrologie et science politique

On connaît l’adage « diviser pour régner », il convient fort bien à la gouvernance astrologique. S’il n’y a pas de clivage et donc de tension sociale, point n’est besoin d’un arbitre qui répartira, comme dans un divorce, la garde des enfants, pas d’arrangement entre Proserpine et Pluton pour déterminer le temps pendant lequel Proserpine/ Perséphone devra vivre auprès de Pluton/ Hadès – ce qui correspond aux « mauvaises » saisons (Automne et Hiver) et celui durant lequel elle remontera en surface – ce qui correspond aux « bonnes saisons » (Printemps, Eté). Pluton est le dieu des Enfers, littéralement du monde infernal/ inférieur, des bas-fonds.
Selon nous, l’astrologie et donc l’astrologue seraient des juges confrontés à des protagonistes dont les intérêts s’opposent. Sans conflictualité, il n’y aurait pas à instaurer une justice. D’ailleurs, ne désigna-t -on pas jusqu’au début du XXe siècle l’astrologie comme étant judiciaire, ne parlait-on pas du jugement des astres? Dès lors, tout cycle a à gérer non pas une histoire mais deux histoires. On ne peut envisager, notamment, de parler du cycle de l’URSS que face à un adversaire, comme par exemple les Etats Unis ou en tout cas dans le cadre d’un rapport de forces entre clans, entre castes, au sein de la société soviétique. En attribuant des cycles différents à des groupes différents, on tue paradoxalement la notion de cycle dans la mesure où un cycle doit intégrer en son sein des dualités de par les phases qui le découpent.
Autrement dit, si l’astrologie est avant tout cyclicité et si toute cyclicité implique une alternance de phases, il importe qu’une telle alternance, comme en politique, permette à différents groupes, programmes, d’alterner. A contrario, si la société est d’un seul tenant, à quoi bon mettre en place un processus cyclique?
Là encore, si l’on recherche une organisation aussi économique que possible, il importe que l’appartenance à tel ou tel ensemble se fonde sur des critères faciles à appréhender. Quels sont les clivages les plus aisés à cerner au sein d’une société? Nous dirons que l’un des plus obvies est celui qui distingue dès la naissance hommes et femmes, ce qui expliquerait pourquoi l’astrologie attache tant d’importance à ce moment de vérité – à une époque où l’on ignorait l’échographie – par delà l’usage spécifique et contestable qu’elle en fait autour du thème natal, tant et si bien que lorsque l’on parle d’astrologie, l’on pense aussitôt au temps de la de naissance (heure, jour, mois, année, selon les cas).
Ainsi, sans conflictualité, il ne saurait, selon nous, y avoir de cyclicité étant donné que la fonction cyclique trouve sa raison d’être dans les nécessités de séparations et de retrouvailles, permettant successivement différenciation des tâches et brassage. Les saturnales, célébrées au solstice d’hiver ce qui correspond aux fêtes de Noël – consistaient à renverser les rôles sociaux, occasion de nombreuses réjouissances populaires. Les films réalisés à partir du roman de Pierre Boulle La Planète des singes, mettent en images un tel renversement entre le haut et le bas de l’échelle sociale. La semaine n’est-elle pas également ainsi divisée entre jours ouvrables (où l’on oeuvre) et fin de semaine (week-end)? Le Shabbat chez les Juifs fait apparaître une telle division, laquelle est reprises, avec d’autres modalités, tant chez les Chrétiens que chez les Musulmans…Or Shabbat est à rapprocher de Saturne : il s’appelle Saturday en anglais – en espagnol le samedi se dit sabbado – et au Moyen Age, la planète Saturne portait le nom de Shabtaï dans les traités d’astrologie et d’astronomie rédigés en hébreu. Le récit de la Création, dans la Genèse, comporte ce même schéma. Cette division de l’année et de la semaine, les diverses fêtes chômées, permettent de modifier les priorités et donc conditionnent une certaine alternance des personnels compétents, étant entendu que sans une telle alternance des activités, régnerait soit la plus grande confusion, l’anarchie soit la domination permanente d’une caste sur une autre.
Nous avons gardé un tel principe de renouvellement des équipes au pouvoir dans nos constitutions depuis 1774 et la constitution américaine. On y détermine la durée des mandats électoraux tant de l’exécutif que du législatif, ce qui permet une alternance des forces en présence. Non point que ces constitutions se fussent en quoi que ce soit basées sur des critères astrologiques mais elles font pour le moins écho à un certain besoin organisationnel dans le registre du Temps. Là encore, le divorce entre astrologie et sciences sociales nous apparaît comme dommageable pour les deux protagonistes, notamment parce que la fixation d’échéances politiques ne s’appuie sur aucun repère anthropologique pertinent. Au demeurant, la découpage du champ politique entre deux grands partis est généré par le principe même d’élections périodiques, proposant ainsi une alternative, qui est une des clefs de l’altérité.

Astrologie et clivages

De même que l’astrologie traite de cycles, elle ne peut pas ne pas traiter de clivages, les deux concepts étant, en quelque sorte, le corollaire de l’autre. Les seuls clivages qu’il nous semble que l’astrologie moderne veuille bien traiter sont ceux qui concerne les Etats. Ce qu’on appelle l’astrologie mondiale s’évertue à relier tel cycle avec tel pays, telle région du globe, c’est ce qu’on appelait autrefois la chorographie, ce qui signifie description de l’espace par opposition à chronographie, qui est description du temps.
Deux écoles donc, encore une fois : l’une sociale, qui privilégie les conflits internes et l’autre, historique, qui met en avant la question des frontières telles qu’elles sont dessinées, tracées sur un atlas. D’un point de vue anthropologique, c’est la première école qui nous semble la plus adéquate. Car si les clivages sociaux sont inhérents à tout ordre de la Cité, en revanche, les divisions nationales relèvent d’un plan plus aléatoire, n’obéissant pas à une fonctionnalité bien claire, ce qui explique que les dites divisions soient sujettes à tant de modifications et de fluctuations qui n’ont pas la même signification, la même portée, que les clivages sociaux propres à toute société.

Le choix des repères célestes

Parler de l’Astrologie, avec un grand A, peut prêter à confusion. Cela donne l’impression que ce domaine est figé. L’attitude des astrologues sur ce point est ambiguë: ils veulent, semble-t-il, à la fois donner l’impression que l’astrologie est un savoir parvenu à sa perfection et à son unicité et à la fois ils savent pertinemment qu’il n’en est pas ainsi parmi les chercheurs. On voit là apparaître un clivage socioculturel ou socioprofessionnel au sein même du milieu astrologique : entre l’idée d’un modèle qui serait ce qu’il est mais que le praticien peut accommoder et une position qui exige une réforme, une refonte du dit modèle, ce qui peut conduire à une minimisation du rôle du praticien. On voit là les enjeux d’une lutte des classes qui n’est pas sans correspondre à un clivage (des genres) masculin/féminin.
Il y a ceux qui affirment que l’astrologie est devenue ce qu’elle devait devenir, que les nouvelles planètes se révèlent progressivement à la conscience humaine, bref, pour paraphraser le Candide de Voltaire, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes astrologiques possible.
Et puis il y a ceux, comme Kepler et d’autres, qui pensent que l’astrologie a fort bien pu se dévoyer, s’égarer et qu’il convient de procéder sous bénéfice d’inventaire.
L’approche réformiste de l’astrologue astronome protestant Johannes Kepler, autour de 1600, n’a pas la qualité en matière d’astrologie qu’elle offre en matière astronomique. Kepler n’a pas su remettre en question le rapport astrologie-astronomie au niveau planétaro-stellaire.
D’une part, Kepler adopte l’ensemble des planètes connues de son temps et qui correspondait encore à celui dont traite un Claude Ptolémée dans son Tetrabiblos (IIe siècle de notre ère) et d’autre part, il ne s’intéresse guère aux étoiles fixes, lesquelles sont extérieures à notre système solaire et qui, comme leur nom l’indique, sont fixes, du moins les unes par rapport aux autres.
Le tort de Kepler est de ne pas avoir pensé l’astrologie au regard d’une anthropologie, c’est à dire de ne pas avoir réfléchi sur les conditions et les modalités de la mise en place d’un lien entre les hommes et les astres. Il a pris le problème à l’envers, suivi en cela par des générations d’astrologues jusqu’à nos jours, quatre cents ans plus tard, à savoir qu’il est parti des astres pour se demander non pas si mais comment ceux-ci agissaient sur l’Humanité, ce qui peut au vrai sembler s’inscrire dans une logique copernicienne, faisant dépendre la Terre du Ciel et non pas l’inverse.
Une approche plus humaniste aurait conduit à se demander ce qui a pu intéresser l’Humanité dans l’acte de se relier au cosmos. Le postulat selon lequel toutes les planètes du système solaire concernent l’Humanité est des plus discutables et aboutit à ne pas vouloir ou pouvoir saisir ce qui a été ainsi mis en rapport tant du côté des hommes que des astres.
Pour notre part, nous pensons que les sociétés qui ont les premières adopté une telle démarche se sont contenté d’un seul et unique cycle céleste et donc d’un seul et unique cycle social. Et selon toute probabilité, la planète dont ils se sont servi fut Saturne, la planète la plus lente connue jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, quand Uranus fut découvert par William Herschel en 1781, à partir d’un observatoire de fortune anglais, situé à Bath.
Cette planète dont la durée de révolution est légèrement inférieure à 30 ans avait quelques raisons de séduire les législateurs d’il y a quelques milliers d’années et notamment certaines analogies numériques avec la Lune, dont le cycle est, quant à lui, légèrement inférieur à 30 jours, ce qui correspond à un mois ou à un signe zodiacal de 30°. Le cycle saturnien couvre 360 mois ou lunes environ. La Lune quant à elle boucle son cycle de 360° au travers du zodiaque en un mois, d’une nouvelle lune à l’autre.
Mais un cycle doit avoir un point de départ. Pour la Lune, c’est assez clair, il s’agit de la nouvelle lune, qui correspond à un vide ponctuel de lumière, à une sorte d’éclipse mensuelle. Pour Saturne, aucun phénoménal du même ordre, aussi spectaculaire. Nous pensons que c’est la conjonction de Saturne avec l’étoile fixe de première grandeur de la constellation du Taureau, Aldébaran qui aura été choisie. Tous les 30 ans, Saturne passait sur Aldébaran et c’est l’éclipse de cette étoile qui induisait un nouveau cycle.

Cycle et phase

Il importe de distinguer entre cycle et phase: on fort bien ne pas découper un cycle en phases, dans la mesure où chaque fois qu’un cycle s’achève, le cycle suivant peut apparaître comme une nouvelle phase.
Parler de phase, c’est en fait vouloir subdiviser un cycle, ne pas se satisfaire de la durée qu’offre le dit cycle, c’est en fait constituer des sous-cycles.
Si par exemple, je dispose d’un cycle naturel de 30 ans et que je ne suis pas preneur de découper le temps en périodes de 30 ans, il me faudra diviser le dit cycle en un certain nombre de phases, ce qui me permettra tout de même d’utiliser le dit cycle de 30 ans.
La phase, selon une telle présentation, serait l’apport astrologique au cycle qui, lui, serait d’ordre astronomique; la phase serait l’instrumentalisation du cycle, dans la mesure même où l’astrologie est une instrumentalisation de l’astronomie et qu’elle n’a nullement à se soumettre au formalisme inhérent à la dite astronomie, ni en nombre de cycles – un cycle par planète – ni quant à la durée des phases structurant les dits cycles.
On parlera d’une astrologie phasique par opposition à une astrologie cyclique. L’astrologie phasique est en mesure d’intégrer les symboliques au sein d’un seul et unique cycle divisé en un certain nombre de phases alors que l’astrologie cyclique distribue les symboliques entre les divers astres connus ou à connaître. Alors qu’en astrologie phasique, les symboliques s’emboîtent naturellement les unes dans les autres, chaque phase d’un cycle ayant la même durée, en revanche dans l’astrologie cyclique, nous avons droit à un grand nombre de cycles qui ne s’enchaînent pas l’un dans l’autre et à une profusion de structures temporelles juxtaposées et non consécutives.
En outre, l’astrologie cyclique est bien moins astrologique que l’astrologie phasique, la notion de phase étant arbitraire à la différence de celle de cycle. Le cycle est une donnée objective, la phase est une donnée subjective.
Pour étudier l’impact d’une planète, il importe de l’étudier séparément sur une base cyclique mais on ne peut le faire qu’en choisissant un point d’ancrage ainsi qu’un mode de découpage en phases, soit un certain type d’aspect.. André Barbault écrit à propos de Pluton : « La conjonction Soleil -Pluton est observable chaque année. La rencontre du soleil avec une planète est un temps fort de la manifestation tendancielle de cette planète/ Et bien j’ai tout simplement observé ce qui se passait dans le monde au cours des journées environnant chaque rencontre soli-plutonienne » (p. 37).
Il y aurait beaucoup à dire sur une telle méthode de travail. Outre le fait que Pluton est une planète invisible et par rapport à laquelle les hommes de l’antiquité auraient eu bien du mal à se programmer, il nous semble nettement préférable de découper un cycle en plusieurs phases que de s’en tenir au seul moment annuel de la rencontre annuelle de la planète considérée avec le soleil, un peu sur le modèle Soleil-lune. L’unité astrologique de temps ne saurait être l’année, en tout état de cause. Il revient à l’astrologue de déterminer sur la base de ses observations si telle série de phénomènes se succédant au cours d’une période donnée puis changeant de nature au cours de la période suivante, correspond à un positionnement d’une certaine planète par rapport à un certain point de repère, la conjonction n’étant qu’un parmi bien d’autres des aspects à prendre en ligne de compte. Le point de repère en question doit être plus lent que la planète ainsi testée et non pas plus rapide comme c’est le cas pour le soleil par rapport à Pluton. Le cas le plus commode est évidemment l’étoile fixe qui sera nécessairement plus lente que tout astre du système solaire.
. Quant à décider comme on se le demande dans le dit ouvrage si Pluton est « bon » ou « mauvais », cela nous semble être une problématique assez fruste. La question est de savoir pour quelle population socioculturelle elle est favorable et avec quel aspect? Enfin, il conviendrait de se demander jusqu’à quel point le nom de Pluton n’influence pas le jugement de l’astrologue. Il serait préférable que l’astrologue décidât quel nom conférer à tel ou tel astre – à moins que ce nom ne soit pas chargé d’une signification particulière mais ce serait ouvrir un nouveau champ de recherche et les astrologues préfèrent qu’au moins sur ce point cela soit tranché par la main innocente des astronomes. Enfin, il conviendrait de réfléchir sur la véritable signification de Pluton dans son rapport au cycle des activités zodiacalo- saisonnières, de préciser avec quelle planète Pluton est en dialectique, tout comme d’ailleurs il conviendrait de préciser plus généralement le rapport des luminaires par rapport au masculin et au féminin, en ne s’appuyant pas seulement sur le fait que la Lune est domiciliée dans un signe dit féminin (cancer) et le Soleil dans un signe dit masculin (lion)..

L’ordre des symboliques planétaires

A partir du moment où l’on attribue des divinités aux astres, le nom attribué aux astres déterminera, ipso facto, un certain ordre des symboliques correspondantes.
En outre, l’émergence de ces symboliques sera comprise comme étant peu ou prou fonction du moment où tel astre a été baptisé et donc découvert.
Nous pensons que les dieux ne sont aucunement liés aux cycles planétaires et qu’ils n’ont de présence à avoir en astrologie qu’en étant intégrés par le biais des phases. Il y a là mise en place d’une pseudo-historicité des divinités qui serait édictée par l’histoire de l’astronomie. Le dieu Neptune n’a pas à être considéré comme n’émergeant qu’avec la découverte de la planète qui en portera le nom. En réalité, il est le frère de Jupiter et n’a pas à être placé sur un autre plan chronologique que celui-ci, sous prétexte qu’il aurait été « découvert » dans un deuxième temps. Il nous apparaît que si les astrologues de l’Antiquité avaient souhaité recourir à certaines divinités non planétaires, ils n’auraient sans doute pas attendu que l’on découvrît de nouveaux astres pour ce faire.

L’éclipse comme fondement des clivages de temps et d’espace

Nous employons le terme éclipse dans un sens large de manque, de vide, d’absence. Nous pensons que les hommes sont particulièrement sensibles à cette dialectique de la présence et de l’absence. C’est un peu comme lorsque l’on passe d’un chapitre au suivant et que l’on intercale une feuille vierge.
Or, les clivages les plus significatifs qu’il s’agisse du niveau cyclique ou du niveau cyclique sont marqués par une telle béance : béance de la nouvelle lune qui vient marquer le passage d’un mois au suivant – le mois commençant avec le tout premier filet de lune et béance chez la femme du fait de l’absence de phallus, ce qui permet dès la naissance de la distinguer de l’homme. Un tel marqueur sexuel a été largement traité pa r la psychanalyse.
Selon nous, notre humanité serait dressée à réagir à ces divers types d’éclipses, à les prendre en compte et à les comptabiliser.
C’est ainsi que tous les 45 mois environ (soit 3 ans 1/2) , l’on passerait à un changement de phase étant entendu que c’est, comme on l’a dit, la conjonction Saturne-Aldébaran qui ferait référence et qui déclencherait un nouveau grand cycle de 30 ans environ.
On pourrait parler d’un système de balancier : alternativement, l’on aurait ainsi une phase à tonalité féminine et une phase à tonalité masculine, c’est à dire plutôt favorable aux femmes ou plutôt favorable aux hommes. Ni plus ni moins.
Peut-on réduire toute la problématique de l’alternance sociale à la question des dominantes masculine et féminine? Alberto Eiguer écrit : « Atteindre la conscience féminine, cela signifie pour l’essentiel éradiquer la fatalité du masochisme. Disons-le déjà, le masochisme n’est pas inhérent à la féminité (…) Il fait des ravages chez tous les humiliés et offensés de la terre, dont la femme fait partie ».
Nous pensons en effet qu’il importe d’élargir l’idée de féminisme à tout un ensemble de phénoménal qui s’y apparentent peu ou prou. Mais, en tout état de cause, nous avons affaire à une dialectique du haut et du bas – comme l’affirme la Table d’Emeraude – du supérieur et de l’inférieur. On sait qu’en Grèce, la démocratie athénienne ne s’appliquait aucunement aux esclaves qui constituaient une part importante de la population de la Cité. Longtemps, jusque dans les années 1940, les femmes n’avaient pas, en France, le droit de vote. L’on se souvient de la formule de J. P. Raffarin, en 2002 concernant « la France d’en bas » par opposition à une certaine élite. L’arrivée de Mitterrand au printemps 1981 a correspondu à une montée en puissance des « petites gens »
Ces « petites gens » constituent un vaste ensemble englobant diverses populations : cela va des femmes aux enfants – ces « petites personnes » par opposition aux « grandes personnes » – des étrangers aux gens de maison, aux subordonnés, des animaux domestiques aux machines. En termes nietzschéens, on aurait là une dialectique du maître et de l’esclave. On notera que si l’enfant mâle est conduit à changer de statut et voué à passer du stade inférieur au stade supérieur, notamment à la suite d’un rite de passage, qui en fait un membre qui se doit désormais de respecter la loi et non plus être tributaire de ses envies, en revanche, celui qui est mis ou se met en situation d’étranger passe ainsi du stade supérieur au stade inférieur.
Au demeurant, nous avons ici affaire à un langage simplifié, réduit à l’apprentissage de mots bien définis et non interchangeables, et qui donne une image plus rassurante du monde auquel certaines populations en processus mimétique veulent avoir accès. Celui qui est en position inférieure n’est pas censé donner « son » avis mais signaler, transmettre, ce qu’il sait de façon factuelle et qui ne dépend pas de son bon vouloir, ni plus ni moins. On pourra dire qu’on est malade parce que l’on ne décide pas a priori de l’être, que l’on n’a pas faim, parce que cela ne dépend pas vraiment de soi et par dérivation que l’on n’a pas envie, par extension de la formule : « je n’ai pas envie de faire pipi ». Il y ainsi des façons enfantines sinon infantiles de s’exprimer qui toutes impliquent que l’on n’y peut rien, que ça est ainsi; dans tous les cas de figure, l’individu ne s’exprime pas en tant que sujet mais en tant qu’objet reflétant un certain nombre de faits, c’est la personne-miroir de ce qui se passe sous son nez ou dans sa tête, pas en son nom mais au nom de ce qu’il perçoit à l’extérieur et à l’intérieur de lui-même, ce qui est le contraire de la démarche philosophique, qui tend à dépasser ce stade primaire de la conscience.
Ce qui est un aboutissement pour l’homme, c’est à dire quelque chose qui est en progrès, une conclusion toujours temporaire est un point de départ pour la femme. Ce qui fait que la femme se nourrit de ces aboutissements provisoires qu’elle tend à figer parce qu’elle a besoin qu’il en soit ainsi. On pourrait représenter cette dialectique sous la forme de deux triangles inversés, le triangle d’en haut est masculin et repose sur une pointe tandis que le triangle du bas est en quelque sorte suspendu par sa pointe. Ces deux pointes sont l’interface entre l’homme et la femme que l’on retrouve au niveau sexuel, ce que l’homme transmet à la femme, tant par le sperme que par l’intellect – va vivre en elle, va l’occuper, la mettant en état de prégnance, voire de possession – au sens où l’on dit que quelqu’un est possédé (selon le nom français que Camus a donné à un roman de Dostoïevski qu’il a adapté pour le théâtre).. Autrement dit, la pensée de l’homme ne fait que déboucher sur des formulations schématiques à valeur mnémotechnique alors que celle de la femme s’abreuve à une telle source au point d’ailleurs de ne pas se soucier de son origine souterraine – dialectique Proserpine-Pluton. ¨Pour la femme, le monde est source, ordre -dans tous les sens du terme – parce qu’elle ne sait pas remonter le cours des choses alors que pour l’homme, ce qui compte, c’est ce qui prépare à une telle émergence, en amont.. Cela explique que la femme est un mystère à elle-même dans la mesure même où ce qui se présente à sa conscience est perçu comme un point de départ et non comme une synthèse en devenir. Le thème de naissance est l’expression fantasmatique d’un point de départ déjà tout casqué, ce qui recoupe la naissance de telle divinité,. L’homme est dans la genèse, la formation du monde, la femme se contente de se situer au niveau de la fortune, du déjà là au monde; Elle correspond dans le récit de la Création au moment où Dieu décide de se reposer -temps de vacance – après avoir oeuvré pendant six jours, ce qui se retrouve dans le découpage de la semaine en deux temps de durée d’ailleurs inégale.
Face au discours égalitariste qui est dans la négation des différences propres à certaines populations, la meilleure parade consiste à demander à celui qui tient un tel discours de penser la différence. Par exemple, on lui demandera d’expliquer ce qui distingue le comportement de l’enfant de celui de l’adulte, le fonctionnement de la machine de celui des humains, l’attitude de l’étranger de celle de l’autochtone. Ce faisant, on améne la personne en question à reconnaître l’existence de dualités en dehors de toute considération sur le masculin et le féminin. A l’issue d’un tel travail, si tant est qu’il puisse être entrepris par l’intéressé (e), il sera évidemment demandé si de telles dualités ne recouvrent pas, peu ou prou, le clivage de la sexuation. On peut aussi modifier l’inconnue et demander à un étranger comment il distingue l’homme de la femme puis de lui demander si cela recoupe le clivage entre étrangers et non étrangers, en rappelant que pour nous le fait d’être étranger se situe sur une période de quelques générations et qu’il n’est pas question de remonter au Déluge pour décréter qu’ Un Tel est ou non étranger, cela étant dit pour ceux qui voudraient que nous soyons tous des étrangers, ce qui correspond à un type de sophisme à la ficelle un peu grosse. On nous dira que l’on s’éloigne ici de l’astrologie. Nous ne le pensons pas car l’astrologie a pour principale vocation de gérer de tels clivages et de telles tensions outre le fait que cela donne des informations fort utiles pour situer les profils des personnes auxquelles l’astrologue est amené à s’occuper, informations qui sont à préciser par l’analyse du thème mais auquel le thème ne saurait en aucune façon se substituer. L’astrologue doté d’un bon bagage anthropologique pourra ainsi effectuer un certain travail avec son client quand bien même le thème astral ne serait pas dépositaire d’une information utile et est avant tout un support de transfert. L’astrologue fait penser à un sculpteur qui tiendrait un ciseau mais qui n’aurait pas de matériau auquel l’appliquer.
Plus l’on descend l’échelle sociale et plus les activités sont accessibles à de nouveaux venus, non spécialisés. Il y a des tâches qui n’exigent qu’une connaissance des plus sommaires du fonctionnement du groupe et cela vaut aussi pour les machines. Il s’agit souvent de réagir à des ordres simples ou d’appliquer des consignes sur tel et tel point bien limité. Rien à voir entre le consensus et la consigne: l’un est le résultat d’un travail complexe, l’autre est une donnée immédiate et interchangeable, c’est littéralement l’interdit, c’est à dire ce qui est dit au sein du groupe, où il n’y a rien à comprendre et que l’on peut abandonner du jour au lendemain, une sorte de reprogrammation. Il en est de même de l’idée de possession: l’homme ne devrait dire ‘mon » que pour quelque chose qu’il a transformé, aménagé comme son jardin qu’il cultive, alors que la femme, elle, se contente de s’approprier l’objet pour le déclarer sien : mon journal, ma voiture alors que c’est le même journal et la même voiture que pour des milliers voire des millions d’autres personnes. C’est cette facilité d’acquisition qui sous-tend le processus même de l’exogamie en ce qu’elle n’a pas besoin de temps pour s’identifier à un objet nouveau qui lui est pourtant étranger. Rappelons que dans le Livre de la Genèse, Abraham demande à son serviteur Eliezer d’aller chercher femme pour son fils Isaac, au loin. On ne retient souvent que le fait que Rébecca est issue de la famille d’Abraham mais le point important, en réalité, est cette quête de la femme lointaine de préférence à un mariage avec les femmes du coin, au pays de Canaan. A la génération suivante, le scénario – même s’il le faut le considérer plus comme un paradigme que comme un fait historique – est le même, sauf que cette fois c’est Jacob (qui deviendra Israël), le fils d’Isaac qui part lui-même chercher femme au Nord, il reviendra, polygame, uni à Léa et à sa sœur cadette Rachel, les mères des tribus d’Israël. .
Souvent d’ailleurs, le mode d’expression de ces populations est très frustre et se réduit à répéter, à rapporter ce qui a été dit ou vu, avec une certaine indifférence et d’ailleurs sans nécessairement comprendre réellement ce qui est ainsi retransmis; il vaudrait mieux dire admettre voire se soumettre à ce qui est transmis..
Ce qui explique que les travaux de bas de gamme soient souvent réservés aux étrangers. Il fut un temps où les enfants étaient employés dans les usines. Il y a une sorte de cloison de verre entre deux niveaux : certains s’imaginent que l’on passe insensiblement de l’un à l’autre et le mimétisme, souvent couplé avec quelque ingratitude, encourage, entretient et nourrit de telles illusions. Mais faire comme l’autre, le singer, n’est pas devenir l’autre car on ne fait que croire que l’on reproduit le comportement de l’autre mais sans en assumer toutes les implications et les conséquences. Les personnes marquées par l’immigration ont une sorte de tabou de la différence: il ne faut jamais avouer qu’on est différent, ne jamais accepter un statut différent. Ce qui est fâcheux, c’est quand une telle attitude – que l’on peut qualifier de complexe d’égalité – contamine les relations homme-femme et l’on ne s’étonnera pas que le refus de l’exogamie, sous toutes ses formes – tel le maintien du nom de jeune fille – impliquant un quelconque décalage de religion, d’âge, de milieu, caractérise les femmes appartenant à des minorités immigrées. Une femme qui vient directement de l’étranger sera plus apte à aller vers l’autre perçu et assumé dans sa différence que la femme marquée par les valeurs de l’immigration au sein de sa famille et qui s’en tiendra à un formalisme identitaire impliquant une absolue symétrie. Il est probable que ce sont les femmes de deuxième ou de troisième génération d’immigration qui militent le plus en faveur de la parité homme-femme. L’immigration individuelle et non pas collective laissera moins de stigmates chez la femme, cela tient au fait que la stratégie masculine – et donc paternelle – de l’immigration est mal inspirée car les hommes ne sont pas faits pour quitter leur pays et le vivent mal et que cette stratégie ne vaut pas pour les femmes qui ont d’autres cordes à leur arc. Il est piquant d’entendre des femmes se plaindre d’un manque d’égalité sociale et en même temps refuser l’exogamie qui permet un brassage social. A refuser l’exogamie, on en arrive ainsi à proposer des solutions remettant en question l’intégrité des diverses cultures. Précisons que ce sont, en dernière instance, plus les hommes immigrés qui font problème que les femmes immigrées car les hommes n’étant pas douées pour l’exogamie et ayant plus à perdre en se plaçant en situation d’étranger, peuvent être tentés par le communautarisme – c’est à dire être à l’étranger tout en restant chez soi comme ces villes qui seraient tellement mieux à la campagne – qui met ainsi, peu ou prou, fin à leur situation d’étranger qui quelque part leur est insupportable. Dès lors, ils peuvent préférer avoir une femme de leur propre milieu d’origine qu’une femme et donc une belle-famille, appartenant à la société dominante. Il est donc à craindre que ce soient les hommes étrangers qui jouent sur la corde égalitaire pour entraver l’exogamie parmi les femmes de leur famille. C’est un cercle vicieux qui vient du fait que l’on veut avoir le beurre et l’argent du beurre. (cf nos textes « Psychanalyse de l’étranger », sur le site hommes-et-faits.com). Le processus d’intégration n’est d’ailleurs nullement linéaire: on peut s’intégrer et puis revenir en arrière sous la pression de nouvelles vagues migratoires susceptibles de modifier certains rapports de force. Nous avons notamment étudié la situation de l’immigration russe en Israël en montrant – ce qui s’est confirmé pat la suite – que les nouveaux arrivants, du fait de la transformation de l’URSS, ne chercheraient qu’à s’intégrer superficiellement et contamineraient ceux qui s’étaient déjà engagé dans un processus d’intégration, tant la frustration est grande de devoir vivre à l’étranger, en situation de seconde zone, donc avec un statut féminisant – pour la population masculine. alors que la femme, avec ce même statut, y trouve un alibi à sa façon d’être.
Le prix à payer est un retour du refoulé : chassez le naturel, il revient au galop. Le risque, c’est la caricature: quand une femme imite les hommes, elle parle de ses positions intellectuelles de la même façon que de ses goûts vestimentaires, elle se situe en pratique dans le registre des préjugés et des idées fixes plus que de principes et de théories qui sont toujours perfectibles. La femme n’en sera pas moins tentée de présenter les idées qu’elle expose comme un constat alors qu’il ne s’agit que d’une grille de lecture, le seul vrai constat étant en fait que c’est ce qu’elle dit. Le problème de la femme, c’est que l’autre n’est perçu qu’au travers d’un signe et non pas dans sa globalité : l’autre, c’est celui qui a parlé trop fort, qui vous a bousculé, qui fume mais cet autre là est bien anonyme tant il est réduit à un geste, à un mot perçu par le moi du sujet. Pour la femme, le thème natal est le moyen qui lui reste pour espérer accéder à l’autre autrement que par tel ou tel détail finalement assez insignifiant. Mais par le moyen du thème, l’on passe d’une extrême à l’autre, c’est à dire d’un autre évanescent à un autre lesté de son thème.
On notera qu’en deux siècles, les machines ont considérablement progressé : est-ce à dire que nous pensons qu’elles peuvent remplacer les hommes dans les tâches les plus nobles? Les femmes, elles aussi, ont progressé quant aux taches qu’elles peuvent accomplir : est-ce à dire qu’elles arriveront un jour au niveau des hommes? Plus les machines et les femmes progressent et plus certaines taches leur sont dévolues. Cela permet mieux aux hommes de cerner leur véritable génie. Mais cela permet aussi d’observer que les activités des femmes peuvent être accomplies par des machines, ce qui limite la motivation à faire progresser les femmes, les unes étant en concurrence avec les autres, si ce n’est dans ce qui concerne le processus de procréation, par rapport auquel, étonnamment, les femmes ont pris quelque distance. Les femmes croient-elles qu’en minimisant l’acte de procréation et d’éducation des jeunes enfants, elles deviendront les égales des hommes? Tout se passe comme si les femmes diabolisaient la procréation comme source de tous leurs maux et de l’infériorité dans laquelle on les a tenues. Pourquoi ne pas comprendre que la dualité est une nécessité et que les avantages des deux sexes sont, à y regarder de près, tout à fait équitables. On a l’impression que les femmes se moquent parfaitement de savoir si le monde a besoin de cette dualité, comme si cela n’était pas ou plus leur affaire. Après moi le Déluge. Elles rendent leur tablier. Mais ne comprennent-elles pas qu’elles tombent ainsi de Charybde en Scylla? Elles quittent ainsi la proie pour l’ombre. Il est vrai que le refus de l’exogamie enlève à la procréation sa fonction sociale metissante et que l’on ne dit guère comme d’un cerveau, qu’une femme est dotée d’un utérus particulièrement créatif.
Les femmes n’ont pas seulement à craindre la concurrence des machines. Elles sont également confrontées aux étrangers, aux immigrés qui s’apparentent à une certaine forme d’androgynie. Ces immigrés pallient l’absence d’exogamie mais ainsi occupent la place laissée vacante par les femmes. En se refusant en situation d’étrangères, en ne voulant plus aller voir ailleurs, les femmes épousent les préjugés des sociétés dans lesquelles elles naissent et abandonnent donc aux étrangers et aux machines les tâches ingrates au risque de perdre à ce jeu des chaises musicales. La femme pourrait bien être la grande perdante et ce d’autant qu’elle snobe quelque peu jusqu’à la procréation, se glorifiant de pouvoir prendre la pilule. La femme devient ainsi un être « libre », débarrassée qu’elle se veut peu ou prou de toutes les corvées ancestrales mais un être qui se risque fort à terme d’apparaître comme « vide » de dons, renonçant à l’inné pour un acquis qui se fait attendre.

Il faut distinguer deux modes d’intégration pour celui qui appartient à la classe inférieure à commencer par les femmes : celui qui permet à un individu d’occuper une place relativement modeste et celui qui le conduit à s’identifier aux membres de la classe supérieure. L’expression « société à deux vitesses  » doit être prise à la lettre car en effet le rythme de l’échange n’est pas le même. Le bicamérisme constitutionnel reflète l’existence d’une dualité : double collège, élections décalées du Sénat – dont seuls les responsables de collectivités locales (à commencer par les maires des communes) sont électeurs – et de l’Assemblée Nationale, voire la situation qui présida en Algérie et qui conférait des droits électoraux différents selon les populations (statut de l’indigénat).
L’étranger a rarement pris la bonne cadence et cela freine la communication telle qu’elle est de rigueur au niveau supérieur, d’où la tendance à s’adresser en pratique à des personnes en situation d’apprentissage, donc d’infériorité. Le paradoxe, c’est que l’intégration exige l’existence de plusieurs niveaux et que c’est leur inexistence qui finalement freine le processus d’intégration en mettant la barre trop haut. Si la société française était sociopolitiquement structurée à plusieurs niveaux, les étrangers ne se sentiraient pas frustrés en s’assimilant à l’un de ces niveaux et en tout cas ne pourraient pas parler de xénophobie ou de racisme. Rappelons que le suffrage universel stricto sensu n’existe en France que depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, quand le vote fut accordé aux femmes et qu’au XIXe siècle, jusqu’en 1848, le vote était censitaire, réservé aux plus riches..
Il est vrai que nos sociétés ont considérablement perdu en lisibilité : le cas le plus flagrant est en effet celui des étrangers et singulièrement des immigrés. Autrefois, du fait de l’exogamie, l’étranger, c’était d’abord la femme, qui venait d’ailleurs. Femme et immigré étaient des termes synonymes et les hommes, a priori, étaient des natifs dont le sort n’exigeait pas qu’ils s’éloignent de leur tribu, qui n’étaient pas, selon la formule de Claude Lévi Strauss, une monnaie d’échange. Cette exogamie, ce changement de milieu, contraignait les femmes à être des étrangères et à en porter les stigmates de l’étrangeté, de l’excentricité, du profane (et donc de la profanation), le profane étant celui qui reste devant le temple (fanum, en latin), donc au dehors. Par l’exogamie, la femme dépasse les clivages, les barrières socioculturelles mais précisément du fait même qu’elle est marquée par un clivage plus profond et incontournable, celui de la sexuation. Mais reconnaissons que l’humanité est marquée par une telle problématique du dépassement, qu’il soit mimétique chez la femme ou philosophique chez l’homme. Mais ce sont là deux processus sensiblement différents : l’un est de l’ordre du changement d’habit, de coutume, l’autre implique de nouvelles grilles de lecture.
Par ailleurs, les femmes étaient chargées de l’éducation des enfants en bas âge. Or, ces enfants n’ont accès qu’à une représentation simplifiée du monde tout comme les étrangers à une langue commencent par balbutier quelques mots sans être bien sûr de comprendre ce qui leur est dit ou ce qu’ils entendent. Les esclaves et les domestiques ont à l’évidence un statut inférieur et n’ont pas voix au chapitre. Quant aux animaux domestiques et aux machines, mais aussi à ceux qui les accompagnent, il s’agit là d’une population vouée à la servitude et cela vaut pour l’informatique de nos jours. Les saturnales permettaient de combler le fossé, dès lors que la société se contraignait à fonctionner au ralenti, s’imposait des restrictions. C’est ainsi que les règles du Shabbat, interdisant diverses activité ont vocation à créer un certain état d’égalité en opposition avec ce qui existe le reste du temps.
Les gens d’en bas, même quand ils prétendent ne plus porter les stigmates de leur longue servitude se trahissent souvent par une difficulté d’accéder aux lieux de pouvoir dont ils ont une représentation souvent assez fantasmatique : lieux inaccessibles, selon eux, où le sort du monde se décide et sur lequel on n’aurait pas prise, instance qui nous dépasse et qui trancherait sans appel. Ce n’est en effet qu’alors que l’esprit de l’esclave trouve la sérénité quand il ne reste plus qu’à appliquer et à exécuter. Il vit mal tout retard qui l’empêcherait de passer à l’acte. Le maître, en revanche, prend son temps, voire répugne à transmettre en aval des éléments qui ne lui semblent pas encore prêts et dont il sait que l’esclave, d’une façon ou d’une autre, risque de dénaturer.
On observera que les trois signes de feu décrivent assez bien ce que nous appelons une problématique féminine : le bélier parce qu’il correspond à ce qui est nouveau, au commencement des choses, le lion par son ego solaire, le sagittaire, par sa propension aux voyages. La femme se retrouve dans une dynamique bélier de compulsivité, dans un certain narcissisme et surtout dans ce qui relève de l’exogamie et qui fait que la femme se met plus en valeur en changeant de lieu, ce qui lui permet de mettre en valeur sa propension à informer, à transmettre mais aussi à simuler en se faisant passer pour ce qu’elle n’est pas, en dissimulant ses origines. Tout apprentissage d’une nouvelle langue implique une dimension de recommencement voire de régression qui évoque le bélier, signe des origines. En fait, quand la femme parle de se connaître, elle veut en réalité dire voir ce dont elle est capable, elle a besoin de se lancer des défis et c’est pourquoi elle est spectateur voire juge d’elle-même en situation. Cela explique pourquoi pour la femme, cela ne veut rien dire de se dire femme en ce qu’elle est une sorte de caméléon ou de caméscope. Le problème de la femme ne tient pas à la quantité d’activités qu’elle peut accomplir mais à la qualité de ce qu’elle accomplit. La femme peut éblouir dans le court terme, dans les commencements, mais elle s’essouffle très vite si elle reste au même endroit car elle ne sait pas approfondir. Elle a donc tout intérêt à être dans la nouveauté et en présence de la nouveauté, à commencer par l’enfant qui naît, l’étranger qui débarque, le logiciel qui vient de sortir.
Nous dirons que le pire ennemi de la femme c’est elle-même et ce sont les autres femmes car les femmes se neutralisent les unes et les autres et chaque instant de la vie d’une femme risque fort de neutraliser un autre instant de cette même vie. Quand une femme décrit le monde, il est évident qu’elle ne fait que le décrire à sa façon et une autre femme le décrira autrement mais chacune en ne s’attachant qu’à sa propre vision. Une femme seule, en revanche, est en paix car elle n’a pas de témoin de ses limites passées, présentes et futures. Les femmes savent fort bien que les hommes ont une aptitude qu’elles n’ont pas à se mettre d’accord entre eux, pas forcément tous entre eux mais par clan, par parti, par école, parfois elles font semblant de penser la même chose mais ce n’est qu’une façade, le jeu consiste ainsi à approuver d’office ce que l’une dira. On passe ainsi du chaos d’une myriade de points de vue et d’expériences à la dictature d’un seul, pour donner change. Mais cet accord ne s’obtient pas à la suite d’un long débat mais immédiatement une fois que la consigne est donnée, alors toutes se mettront à répéter littéralement ce que le chef a dit qu’il fallait dire. Or il y a toujours un degré de complexité qui ne peut être géré par des discours décalés qui ne sont plus en adéquation avec une situation qui a évolué entre temps. Il faut alors que la femme aille consulter sa ou ses sources pour produire un nouveau discours, étant incapable de se renouveler sans intervention extérieure. . L’essentiel n’est donc pas ce qui est dit à un moment donné mais l’aptitude à intégrer de nouveaux élements au sein d’un ensemble, au prix de divers ajustements qui en sont la conséquence logique. Ce qui compte, ce n’est pas tant le moment que le mouvement.
Etrange manége qui voit ainsi la femme, sans transition et alternativement, basculer d’un égotisme singulier à un discours uniformisant, qui fait penser à un disque. La femme vit avant tout intellectuellement dans le présent. Elle dissimule ses incohérences par des propos factuels qui mettent les différences non pas sur son compte mais sur celui des autres. Ce n’est pas elle, à l’entendre, qui change, ce sont les autres. C’est dire que la femme a un gros problème avec l’altérité, avec sa propre altérité comme avec l’altérité des autres égos, et cela la conduit à être étrangère à elle-même comme au monde et à n’exister vraiment que dans l’instant présent même quand en cet instant qui passe elle parle du passé et du futur. Cela expliquerait pourquoi le thème natal est spontanément interprété dans le présent, même s’il est vieux de plusieurs décennies.
Que dit l’astrologie des femmes? Prenons le cas des signes de feu, tous trois classés comme masculins parce qu’impairs (1, 5, 9) Rappelons que dans le zodiaque, les signes impairs sont masculins et les signes pairs féminins. Il serait temps, en effet, de supprimer le rapport entre signes de feu et valeurs masculines car il s’agit là d’un contre-sens majeur qui fera dire à une femme ayant la Lune en bélier qu’elle est assez masculine, ce qui est faux. Par delà une telle affirmation discutable selon laquelle la Lune en bélier à la naissance soit significatif, le seul fait de proférer, dans la littérature astrologique, une telle affirmation fait problème pour une anthropologie du masculin et du féminin. Ainsi, selon nous, la femme correspond fort bien à ce que l’astrologie exprime à propos de la triplicité de feu au point que l’on peut se demander si l’on ne dispose pas d’une typologie qui aurait été par la suite mise en correspondance avec l’Elément Feu mais qui ne découlerait pas pour autant d’une symbolique ignée. Ne dit-on pas d’ailleurs que le foyer est une valeur féminine – rappelons le cas des vestales, gardiennes du feu et l’expression « femme au foyer », un foyer désignant une habitation – on parle du foyer d’une cheminée? Les mois du feu sont tributaires du travail accompli à l’extérieur, « en plein air » pendant les mois précédents: pour chauffer et cuire, encore faut-il avoir du bois et de la nourriture accumulée. L’hiver se situerait donc en aval par rapport à l’Eté : c’est la fable de la cigale et de la fourmi : « la cigale ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand l’hiver fut venu » (La Fontaine).
L’astrologie, comme en bien des occasions, aurait récupéré certaines typologies mais les aurait articulées de façon erronée notamment du fait de l’attribution tardive au signe du bélier du dieu Mars. En réalité, c’est la lune qui était exaltée en bélier et non le soleil qui initialement était mis en rapport avec le taureau, la constellation qui comporte l’étoile fixe Aldébaran et qui est considérée comme le commencement du zodiaque et il se produisit une permutation du fait de la prise en compte de la précession des équinoxes, ce qui inverse les signes pairs et impairs .
La symbolique des signes est fortement marquée par les significations des maisons, ce qui génère un certain syncrétisme. Les maisons placées sous l’horizon sont celles de l’hiver, du foyer, lieu confiné, et celles placées sur l’horizon sont celles de l’Eté, du travail à l’extérieur, en plein air, aux champs dans les sociétés agricoles. Le fait de commencer l’année en janvier n’est d’ailleurs pas satisfaisant car les six premiers mois se répartissent entre bonne et mauvaise saison, le début de l’année à l’équinoxe ne comporte pas un tel inconvénient.
On a déjà dit qu’il y avait eu inversion et que l’astrologie plaçait désormais, à tort, les maisons de l’hiver au dessus de l’horizon et celles de l’Eté au dessous! Les valeurs des maisons placées au dessus de l’horizon – si l’on rétablit le dispositif correct- correspondent à une vie sociale dépassant le cadre familial et sont masculines, on pense notamment à la maison XI, celle des amis, des clubs, des partis. Or, si le verseau, en plein milieu de l’hiver, est un signe de feu, au vu de l’imagerie des mois, le lion devra être un signe d’air, en plein milieu de l’Eté. Ce que l’on attribue au verseau doit en fait être attribué au lion et vice versa. Vient ajouter à la confusion le fait que la numérotation des signes ne correspond plus à celle des mois depuis que l’on a déplacé le changement d’année de l’équinoxe de printemps au solstice d’hiver. D’ailleurs, notre mois de septembre, neuvième mois, ne porte-t-il pas, par son nom, le nombre 7 comme le mois d’octobre le nombre 8 et ainsi de suite jusqu’à décembre, pour le nombre 10. Le douzième mois est celui de février, d’où le jour bissextile qui se place, tous les quatre ans, à la fin de ce mois. Donc le verseau est le onzième signe et correspond au deuxième mois…..
Ce que l’on dit en astrologie des signes d’air – par delà les signes qui sont censés correspondre à cette triplicité – nous semble assez bien décrire le psychisme masculin. Les valeurs « verseau » supposent un dépassement du moi et la possibilité de parvenir à un consensus par la discussion, les facultés d’abstraction permettent de dépasser l’anecdotique et le cas particulier et la recherche d’une cohérence, d’une harmonie conduit à éviter les particularismes. En réalité, les valeurs Air seraient selon nous martiennes car l’on ne parvient pas à l’unité sans combat, sans confrontation alors que les valeurs Feu seraient vénusiennes car le prix à payer pour ne pas pénétrer dans le territoire de l’autre c’est le désordre, c’est la multiplication d’entités juxtaposées ne communiquant et ne s’ajustant pas vraiment entre elles. Bien entendu, nous nous référons au symbolisme affecté à ces signes et non aux personnes nées sous ces signes, ne croyant aucunement à la validité des critères d’attribution des dits signes.
Il conviendrait donc que les astrologues situassent le thème astral par rapport à des données anthropologiques: un homme marqué par le feu serait donc féminisé alors qu’une femme marquée par le feu serait « normale » et vice versa pour les signes d’air. On pourrait éventuellement associer le masculin à l’eau et à l’air de par le poids du collectif et le féminin à la terre, de par la lourdeur, la pesanteur, de ses marques. Force est de reconnaître que la sacro-sainte tradition astrologique véhicule des représentations fausses par rapport à une anthropologie de la sexuation, puisque le feu – ou du moins ce qui est dit à son propos – y est réputé masculin et que l’on considère volontiers une femme ayant une dominante feu comme masculine.

L’astrologie comme vecteur de progrès

Pour nous, l’astrologie n’est nullement à l’origine du monde, elle en est en quelque sorte un aménagement tardif visant à remédier à certains obstacles au progrès. Parler de l’archaïté de l’astrologie n’est donc guère heureux. Sans le rapport hommes-astres tel qu’établi par un certain ordre juridico-cosmique, l’Humanité n’en serait pas à où elle en est et l’on peut dire que notre civilisation est fondée sur un tel ordre mis en place par les hommes et non inhérent à la Nature encore que devenu une seconde nature et qu’il nous faut aujourd’hui décrypter comme s’il relevait de la Nature. L’Humanité est devenue étrangère – au niveau conscient mais certainement au niveau subconscient – à ses propres institutions.
En quoi l’astrologie a-t-elle permis à l’ Humanité de progresser? L’astrologie évoque pour nous une balance – c’est au demeurant le nom d’un des signes zodiacaux – avec ses deux plateaux, tantôt celui de gauche l’emporte avec sa marchandise plus lourde que les poids, tantôt celui de droite avec ses poids plus lourds que la marchandise. Il y a là alternance entre deux entités.
Le mythe de Sisyphe – nom repris par Albert Camus pour un de ses livres – nous semble bien caractériser la condition féminine à moins que ce ne soit le tonneau des Danaïdes. Si l’on admet qu’il existe deux phases dans la cyclicité astrologique, l’une qui favorise la montée des femmes et l’autre qui programme leur « chute » – autre titre de Camus – l’on comprend mieux une certaine souffrance féminine. Au moment où elle croit être arrivée, là voilà qui rechute, venant s’écraser au sol tel Icare. Qui n’a constaté les baisses de régime des femmes à certains moments, les fautes grossières d’appréciation et d’anticipation – souvent punies durement voire violemment par les hommes – qu’il leur arrive de commettre et qui les replace ipso facto sous la tutelle des hommes? A un certain moment, les femmes ne sont plus « à la hauteur », déçoivent ceux qui leur ont fait confiance et leur ont laissé une chance, voire leur ont délégué des responsabilités. Et c’est alors que les hommes, plus inspirés, reprennent les choses en main, c’est à dire reprennent les femmes sous leur coupe, voire sous leur tutelle, la hiérarchie se reconstitue, se relégitime, notamment en ce que les hommes montrent que ce sont eux qui fixent les règles du jeu et qu’ils peuvent en changer le cas échéant, laissant ainsi les femmes déconcertées, surclassées – ce qui parfois donne lieu à un véritable jeu de massacre- porteuses d’une pratique devenue obsolète, face à des problèmes qu’elles n’ont pas appris à gérer, à des questions qui n’étaient pas au programme. L’illusion égalitaire vole en éclat et se met en place une forme d’apartheid. Le fossé se creuse entre les différentes catégories socioprofessionnelles, qui ne sont plus sur la même longueur d’onde, n’ont pas les mêmes valeurs, repères et enjeux ce qui se fait au prix de mises à l’écart, d’exclusions. parfois mutuelles. En effet, si l’ascension des femmes était si irrésistible que cela, s’il n’y avait d’inévitables ratées et de remises des compteurs à zéro, on n’en serait pas aux revendications actuelles. La condition féminine obéit au rythme du yo-yo d’où les contradictions inhérentes au mouvement féministe, revendiquant tantôt la pleine égalité et parité tantôt affirmant radicalement sa différence (Antoinette Fouque, MLF). Seule une approche cyclique peut rendre compte d’une telle dualité car les phases étant relativement brèves, elles tendent à cohabiter peu ou prou, ce qui vient compliquer la mise en évidence d’une certaine alternance.
En résumé, nous dirons que les phases solaires sont marquées par l’hétérogénéité, l’excentricité, l’étrangeté tandis que les phases lunaires le sont par une quête d’homogénéité au sein de chaque camp en présence, par une plus nette conscience de classe et par le renforcement d’un communautarisme qui peut également concerner certaines élites. Phase d’élagage où l’on remet en question les charges mais aussi la dépendance que l’on avait acceptées et qui pèsent désormais comme un boulet dont il faut se débarrasser au plus vite. Cela dit, l’adage  » L’union fait la force » peut être compris comme signifiant l’union au sein d’un groupe homogène et qui peut s’être réparti entre plusieurs ensembles ou bien au contraire comme signifiant la nécessité de dépasser les tensions au sein d’un groupe hétérogène. En effet, si le communautarisme génère une hétérogénéité au niveau du fonctionnement d’une société, en revanche, il permet de constituer des entités homogènes en son sein. Inversement, en phase d’hétérogénéité, l’on cherchera à unifier la société, comme sous la Révolution, en mettant à bas les diverse cloisonnements et barrières qui la parcourent mais cela conduira ipso facto à une promiscuité entre des populations extrêmement diverses et censées pourtant ne constituer qu’un seul et même ensemble.. Prenons le cas des cheveux: s’ils sont longs, chaque cheveu est distinct et a son propre parcours, s’ils sont courts, c’est l’ensemble des cheveux qui fait sens et qui ne va que dans un seul sens : il y a d’ailleurs là une cyclicité – souvent mensuelle – puisque l’on coupe ses cheveux (phase lunaire) et qu’on les laisse repousser (phase solaire) jusqu’à un certain point, puis on les recoupe et ainsi de suite.
En phase solaire, on est dans le recentrage: chacun se replie sur son périmètre naturel (ville, lieu de travail, famille, milieu socioculturel), le temps n’est plus aux métissages, le sentiment de l’étrangeté de l’autre, de son inassimilabilité – assimilation est souvent synonyme de simulation- s’accentue, s’exacerbe, l’on perçoit plus ce qui distingue que ce qui rapproche.. On préfère être en terrain de connaissance plutôt que de s’engager dans des aventures lointaines, exotiques, où l’on ne perçoit plus les choses que dans le flou, sans pouvoir bien contrôler la situation. Chacun, ce faisant, se renforce dans son ou ses créneaux, devient donc plus exigeant au niveau de la compréhension, de l’efficacité. En phase solaire, a contrario, l’on est tenté d’aller voir ailleurs – on est en période de décentrage – c’est un temps propice et programmé comme tel pour favoriser l’exogamie et tout le brassage, les échanges qu’un tel processus génère non sans risquer de se dévier de sa route. Les rencontres font d’autant plus sens qu’elles ont été précédées d’une phase de séparation, c’est à dire que chacun a compris qu’il n’était pas l’autre et que l’autre n’était pas à chercher en soi, par identification mimétique, mais hors de soi.. On pourrait situer la phase lunaire en analogie avec l’Hiver, quand chacun reste calfeutré chez soi et l’anarchie avec l’Eté, quand on sort de son gîte. En cette phase hivernale, les femmes subissent plus fortement la domination masculine. alors qu’en phase estivale, elles s’en émancipent du fait que l’on n’est plus dans un contexte de pénurie, que l’on retourne à la nature. En phase lunaire, chacun s’enferme dans sa sphère ou ne fréquente que les membres de celle-ci par souci d’efficacité et de rapidité. Des idiosyncrasies propres à chaque sphère tendent à se constituer et chacune devient de plus en plus reconnaissable, du fait que les éléments allogènes en sont partis. On n’est plus dans une moyenne grisâtre typique de la phase lunaire mais dans un monde fortement contrasté.. En phase solaire, les sphères s’ouvrent les unes aux autres permettant une certaine fécondation, dans tous les sens du terme, grâce notamment à des intermédiaires, des traducteurs, des conseillers qui serviront d’interface plus ou moins pertinents..
Nous dirons que selon une telle grille, les sociétés passent par des phases hyperselectives en développant des activités aussi complexes que possible, dont la principale utilité est de constituer des noyaux très soudés, avec une intercompréhension au quart de tour, un risque d’erreur zéro- du fait d’une correction immédiate, d’une anticipation éliminant toute ambiguïté, une captation maximale et sans faille, sans pause, des informations. A ce régime là, l’on arrive à détecter les intrus, les simulateurs qui finissent par s’épuiser et déclarer forfait parce qu’ insuffisamment aidés, soutenus, sous-tendus, par leurs automatismes et donc dépensant une énergie qui finit tôt ou tard par s’épuiser. Plus le jeu devient complexe et plus il permet de s’assurer que seuls les meilleurs pourront surnager. C’est l’intégration par le haut, l’exigence d’excellence, l’on place au centre, pour qu’ils rayonnent, ceux qui sont porteurs de la dynamique la plus puissante..
Inversement, à d’autres moments, les sociétés baissent considérablement la barre et les acteurs deviennent peu ou prou interchangeables, tant chaque activité est rendue accessible. On pourrait parler alors de phases d’intégration par le bas, par le plus petit commun dénominateur…C’est le temps de la discrimination positive et non plus négative. Les sociétés deviennent moins hermétiques, se démocratisent, les savoirs sont mâchés, vulgarisés, nivelés. L’on se méfie des personnages trop doués, il faut rentrer dans le rang. MAis le prix à payer, c’est une efficacité médiocre, un certain provincialisme en comparaison de la suractivité des métropoles. On ne vit pas au même rythme. Apparemment, certaines sociétés sont plus marquées par une phase que par l’autre, c’est à dire que telle phase est la référence et l’autre l’exception. Les sociétés dites occidentales dépendent de leurs performances au plus haut niveau alors que les sociétés dites orientales cherchent avant tout à éviter le stress et à relativiser les enjeux.

La question du repérage

Qu’on le veuille ou non, une société ne peut fonctionner qu’avec des codes relativement simples. Il y a là un paradoxe en ce que ceux qui sont trop dans la familiarité avec leur environnement n’en perçoivent plus les grands axes, lesquels sont mieux appréhendés par un regard extérieur. Vieux débat sur objectivité et subjectivité. En ce sens, le regard étranger peut se révéler éclairant à un certain stade.
Les femmes ont un sens inné de la sociologie – une sociologie parfois un peu primaire et sauvage, il est vrai – c’est à dire qu’elles raisonnent selon des critères très généraux et ce qui les attire vers l’astrologie, c’est justement l’éclairage individuel que celle-ci est censée apporter de par le recours au thème natal. Elles ont tendance, en effet, a priori, à situer les personnes selon un certain nombre de paramètres que l’on croisera, cela se voit notamment dans leurs choix, leur cotation, au niveau des petites annonces (âge, race, lieu d’habitation, profession, religion etc.). Cette approche reste somme toute assez superficielle alors que les hommes ont au contraire tendance à privilégier le rapport personnel à telle ou telle personne qu’ils rencontrent – attitude moins virtuelle. L’on voit à quel point d’ailleurs le thème astral correspond admirablement à un tel paramétrage féminin, de par justement la diversité des facteurs qui s’y trouvent et dont on aura à faire la synthèse, la seule différence étant que ces facteurs ne sont pas les mêmes et n’ont pas la même pertinence mais dans les deux cas, l’on aboutit à un portrait virtuel qui se surimposera au contact réel.. En d’autres termes, la psychologie et la sociologie révéleraient et correspondraient au clivage hommes -femmes, l’homme s’intéressant à la sociologie, plus déductive, renforçant son anima et la femme s’intéressant à la psychologie, plus inductive, son animus, pour parler comme Jung. On comprend mieux à la lumière de ce qui vient d’être dit, que les femmes tendent à vouloir corriger tel ou tel comportement chez un homme, étant donné qu’elles perçoivent celui-ci selon un faisceau de facettes chacune nettement identifiées, étiquetées et jaugées..
En fait, les femmes ont un talent particulier pour le repérage, c’est à dire pour ne percevoir le monde qu’au travers de certains signes en faisant abstraction du reste. Même une femme étrangère à un milieu donné est en mesure de capter d’instinct certaines dynamiques. On opposera la démarche déductive de la femme à la démarche inductive de l’homme. La première part de signes simples, qui sont donnés, pour appréhender une réalité de plus en plus complexe, la seconde part d’une réalité complexe pour parvenir à quelques idées force, à un modèle. L’on note qu’il n’y a pas de déduction sans un travail en amont d’élaboration de signes. On peut y voir si l’on veut la dualité cerveau droit- cerveau gauche, qui correspondrait à deux fonctions complémentaires, l’une acceptant le produit fini, le fait accompli -comportement du consommateur – et l’autre cherchant à faire oeuvre originale en retravaillant la matière première. Mais dans la vie quotidienne, nous avons aussi perdu le sens des choses qui se font et se défont. Par exemple, le concept même de chambre à coucher a des effets négatifs : pour les Japonais, l’on prépare la chambre qui dans la journée peut avoir eu une toute autre affectation. Comme dit le proverbe, à prendre à la lettre : comme on fait son lit, on se couche, c’est à dire que le lit est chaque jour à remettre en place avec ses différentes composantes qu’il faudra à chaque fois recombiner. A contrario, la chambre à coucher avec le lit présent en permanence dispense de suivre une telle dialectique du cérémonial du lever et du coucher exigeant de ranger dans quelque placard puis de déranger la literie pour constituer le lit sur le sol..
On peut à l’inverse concevoir qu’en début de phase solaire, ce seraient les hommes qui iraient vers les femmes : c’est le repos du guerrier, chaque homme abandonnant son pouvoir entre les mains de l’une d’entre elles, tel Samson révélant à Dalila les secrets de sa force que sont ses cheveux.. La femme nous apparaît -, -paradoxalement, -comme un être prométhéen qui cherche à s’emparer du feu des hommes-dieux pour prendre leur place mais chaque fois ce feu finit par s’éteindre et il faut à nouveau aller vers les hommes pour le rallumer, ce qui correspondrait au mythe de Proserpine-Koré obligée, à la mauvaise saison, de redescendre en enfer, lieu souterrain, caverne, grotte, où le feu plutonien est conservé. C’est aussi Vénus mariée à Vulcain, le dieu forgeron dans sa caverne et orfèvre, ciselant de merveilleux objets. Les Livres d’Heures témoignent de la dualité de la vie sociale: la vie à la belle étoile, en plein air, où l’on peut se baigner d’un côté et la vie au sein d’habitations qu’il faut éclairer, chauffer alors que l’eau, l’hiver venu, s’est transformée en glace, ce qui ne lui permet plus d’éteindre le feu. La nature – la femme – s’est fanée comme les roses, pour paraphraser Ronsard. C’est déjà le cas de la division de chaque journée, la nuit ramène la femme auprès de l’homme, la loi lui interdisant de découcher ; on dit que l’homme « couche » avec une femme et le lieu par excellence où l’amour se fait est la chambre à coucher, c’est là que la femme se donne, s’abandonne à l’homme, dont le corps est souvent plus chaud que le sien. Rappelons que . « les Grecs considéraient comme faisant partie des Enfers tout ce qui était descendu sous l’horizon ce qui était « sous le monde » et d’autre part ils considéraient comme l’entrée des Enfers, du point de vue cosmique notre actuielle constellation de la Balance qui formait alors les « pinces du Scorpion »; les Enfers ne finissaient oar conséquent qu’avec les Poissons (Vratislav J. Ziska, Les signes du Zodiaque, Paris, Cercle de Paris, 1979)

Le songe de Pharaon, dans la Genèse avec ses sept vaches grasses suivies de sept vaches maigres semble aller dans ce sens. La phase solaire est celle des vaches maigres pour les femmes, c’est alors qu’elles aliènent leur liberté, comme l’avait annoncé Joseph au profit de Pharaon. Inversement, pour les femmes, les années de vaches grasses correspondraient à la phase solaire assez euphorique, c’est alors que les femmes ayant puisé chez les hommes tout ce qu’ils avaient à leur offrir n’ont plus besoin d’eux, ne serait-ce que pour mener à bien l’enfantement, s’imaginent qu’elles n’ont plus rien à en apprendre voire à en attendre, ayant bien pressé le citron. A contrario, la phase solaire serait en effet celle où la femme, allant à Canossa, vient, faisant amende honorable, au prix de quelque humiliation, chercher auprès de l’homme sa semence, tant physique qu’intellectuelle, un présent vivant et toujours renouvelé dont on ne peut s’approprier que la trace et l’ombre, ce qui nous renvoie au mythe de la caverne de Platon.
On aura compris qu’il n’est nullement question pour nous de cantonner l’astrologie à des enjeux politiques, historiques. La question des rapports homme-femmes nous semble au centre de la compétence astrologique. Non point, comme le propose Catherine Aubier, au regard d’une synastrie, c’est à dire d’une comparaison des thèmes des deux partenaires, examinant les bons et mauvais aspects entre les astres appartenant à chaque thème. Mais en tenant compte tout bêtement de la sexuation des clients ou des lecteurs, sans qu’il soit besoin pour autant de consulter les thèmes respectifs.

Un enjeu majeur pour le XXIe siècle

Nous ne croyons pas à l’Ere du Verseau et nous ne pensons pas que l’astrologie ait à voir avec des période de cette dimension, soit plus de 2000 ans. Néanmoins, nous pensons que le fait de changer de millénaire peut, pour le moins, être une incitation au renouvellement de notre civilisation. L’astrologie a une chance d’occuper une place centrale dans le monde de demain à condition qu’elle détermine quel est son « vrai » créneau et donc son « vrai » discours. Les guerres ne sont jamais qu’un cas particulier de phénomènes sociaux pouvant se manifester sous diverses formes. La France moderne est née d’une révolution, celle de 1789, non pas d’une guerre, même pas d’une guerre d’indépendance même si la guerre a pu être un effet de la dite révolution. Quand les astrologues modernes attribuent à la découverte d’Uranus (1781) la responsabilité de changements majeurs de la fin du XVIIIe siècle, ils projettent en réalité sur ce nouvel astre une problématique propre à toute l’astrologie. Oui, l’astrologie traite des changements plus que des événements. Et l’on peut aussi voir aussi dans la découverte de Neptune en 1846 le point d’émergence du communisme (le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels date de 1848) mais là encore ne faut-il pas conserver surtout l’idée que l’astrologie est attendue dans le domaine de la lutte des classes? Bien entendu, il ne s’agit nullement de tenter de justifier une quelconque pertinence quant à l’usage de ces deux transsaturniennes mais de relever ce à quoi elles sont associées sociologiquement.
Il est grand temps, en tout cas, que nos sociétés apprennent à réguler voire à programmer les conflits sociaux en recourant à une grille cyclique. C’est bel et bien à la science politique qu’il revient de s’intéresser à une astrologie régénérée et la France pourrait certainement redorer quelque peu son blason scientifique en s’ouvrant de façon exemplaire à un tel axe de recherche. Il semble qu’après un siècle de sciences de l’Homme, l’on soit toujours aussi démuni face à l’avenir parce qu’au lieu de s’efforcer de saisir les lois que l’humanité s’est assignée subconsciemment, l’on croit pouvoir décréter ce qui sera, des années à l’avance. Il est grand temps de se mettre à concilier calendrier politique et calendrier astro-cyclique.
L’on nous parle d’intégration sans savoir comment les sociétés gèrent les inévitables dualités qui sont les leurs, sans préciser qu’il y a deux niveaux d’intégration et qu’il est plus aisé d’accéder à l’un, le masculin, qu’à l’autre, le féminin. Il suffit qu’il y ait une pause dans la dialectique sociale pour que d’aucuns crient victoire et croient que l’on a dépassé les clivages. Quand comprendra-t-on que ces pauses ne sont jamais que des pauses, des entr’actes et que la « vraie » réalité sera toujours dans le registre de la dualité.? Certains croient que c’est à l’entracte que l’on est dans ce qu’il y a de plus achevé, cet entr’acte où il n’y a même plus de barrière entre les artistes et les spectateurs, plus de différence entre la scène et la salle où, en fait, il n’y a que de tout petits enjeux, où l’on parle de ce que l’on a ressenti pendant le premier acte, où il n’est nullement demandé aux gens d’accomplir aucun travail collectif un tant soit peu sophistiqué, pointu. C’est ainsi que la chasse, réservée aux mâles, par exemple, comporte une dimension sociale déterminante par delà son utilité vitale, elle exige une entente particulière entre les participants qui ne souffre pas d’approximation en raison du danger encouru. C’est comme si l’on remplaçait tout d’un coup une vaisselle en plastique (phase solaire) par une vaisselle en porcelaine (phase lunaire), la concentration, l’attention demandées ne sont plus du même ordre, il importe alors que chacun reste en deçà de son seuil d’incompétence (principe de Peter) et notamment fonctionne dans un environnement avec lequel il fasse corps, avec lequel il ne soit pas, même un tant soit peu, en décalage..
La phase lunaire exige des savoirs bien assimilés mais fondés sur un apprentissage, une formation alors que la phase solaire met à l’épreuve des facultés innées. Dans les deux cas se pose un probléme d’hétérogénéité. Dans un cas, l’étranger qui ne comprend pas les codes en vigueur risque d’être marginalisé, infériorisé. Dans l’autre, la personne qui prétendra avoir des facultés qui ne se manifestent pas de façon suffisament flagrante risque aussi, pour d’autres raisons, de se trouver disqualifiée. Il existe une intégration de type lunaire – notamment par le fait de l’exogamie, d’un certain sens de l’adaptation – et une autre de type solaire – du fait de l’excellence des performances individuelles.

Les vecteurs du masculin et du féminin

Dire qu’il y a du masculin chez les femmes et du féminin chez les hommes n’est pas faux si l’on prend la peine de préciser ce que l’on entend par là, à savoir que les femmes féminisent le monde et les hommes le masculinisent, autrement dit c’est par les femmes que certaines situations féminines se mettent en place et vice versa pour les hommes qui sont responsables de la part masculine de l’Humanité..
Tout passage par une phase lunaire est source de confusion des genres, il suffit d’adopter une mode, une façon de parler, de s’habiller pour se sentir intégré et de fait une certaine uniformité de façade est manifeste. La phase solaire conduit les femmes au repli, à se retirer du champ du masculin qu’elles croyaient avoir peu ou prou investi.
Phase solaire qui rétablit un certain ordre du monde, chacun étant à sa juste place. En effet, quand l’homme tombe dans une certaine facilité, il n’est plus fiable et quand la femme prétend, par quelque expédient, faire oeuvre d’homme, cela prête à confusion. Il reste que l’homme vit mieux la phase lunaire et la femme la phase solaire mais cela tient en partie au fait que les populations en processus mimétique – et les femmes actuelles sont largement présentes au sein de tels ensembles – sont menacées par les phases solaires. Au lieu d’attendre les bienfaits de la phase solaire, qui leur permettraient de faire valoir leurs vraies compétences, trop nombreux sont ceux qui ne rêvent que d’un creuset égalitaire où il n’y aurait plus d’alternance.
La phase lunaire, nous l’avons dit, est précisément un temps programmé de brassage, une sorte de crépuscule, un monde de limbes, où l’on ne distingue plus très bien qui est qui, où tout le monde semble logé à la même enseigne, l’enfant comme le vieillard, l’homme comme la femme comme dans ces repas de famille où chacun a droit à sa part du gâteau, temps du partage qui estompe et esquive les inégalités d’âge et de sexe. C’est alors que les hommes se mettent à l’écoute des femmes et se lancent parfois, tel le Macbeth de Shakespeare, dans des entreprises douteuses mais ô combien tentantes. Et puis, c’est en phase solaire que viendra l’heure de vérité, que, tôt ou tard, les masques tomberont, les faux semblants dénoncés.
La phase lunaire confond émetteur et récepteur, dans la mesure où le récepteur a reçu de l’émetteur en phase solaire une formation qui va lui donner le sentiment que l’élève égale le maître puisqu’il lui a transmis tout ce qu’il savait et l’a modelé à sa guise, tel Pygmalion. La sortie de phase solaire prépare ainsi le climat quelque peu illusoire de politique d’autruche, de la phase lunaire à savoir la résorption passagère du fossé entre émetteur et récepteur. De même la sortie de phase solaire est-elle celle de certaines désillusions et humiliations en ce que le dit fossé se creuse à nouveau et rétablit nettement le distinguo entre émetteur et récepteur, ce qui va demander de la part du récepteur une certaine humilité face à l’émetteur. L’on a dit que les populations les plus touchées par cette prise et crise de conscience de la différence entre émetteur et récepteur, sont celles qui sont le plus marquées par le mimétisme: femmes, immigrés, enfants, machines. En effet, l’émetteur aura entre temps pris ses distances par rapport au modèle ainsi mimétisé et ainsi rendu largement obsolètes et caducs les efforts d’assimilation et d’intégration des dites populations, prises en flagrant délit de s’être contenté d’avoir contrefait superficiellement l’original en s’appropriant non pas la fonction productrice mais uniquement certaines fleurs vouées, à terme, à se faner quand elles sont coupées.
On l’aura compris, seule l’astrologie, une certaine astrologie, est en mesure de nous expliciter cette dialectique du masculin et du féminin, non point parce qu’elle est la cause d’une telle symbiose mais parce qu’elle a été mise en place pour gérer, optimaliser celle-ci. Et c’est parce que cette gestion est plus performante que l’Humanité domine notre monde terrestre. Le jour où cela ne serait plus le cas, où masculin et féminin se mélangeraient sans plus pouvoir se démarquer l’un de l’autre, ce qui conduirait notamment à des entreprises de moins en moins bien préparées donc à une multiplication des échecs, cette domination serait en péril.
L’échec est en effet le lot du féminin. Quand cet échec se situe dans une sphère mineure, cela n’est que de peu de conséquence, comme un enfant qui casserait son jouet. Quand il s’agit de faire dans le provisoire, dans ce qui n’a pas à durer, dans ce qui ne se conserve pas ou qui n’a qu’un temps, le féminin peut faire l’affaire, sans trop de dégât. Même dans les actes les plus simples, les femmes restent à la surface des choses mais c’est alors sans importance. Le problème, c’est que ce qui parait simple ne l’est pas forcément, ce serait trop facile; c’est précisément au nom d’une pseudo-évidence que les ennuis commencent.
En fait, la phase solaire rétablit un système social duel, où les femmes sont soumises aux hommes et se mettent à leur service et sous leur tutelle tandis que la phase solaire – que l’on pourrait qualifier de nostalgique – suspend cet état de choses – c’est bien l’esprit des saturnales – et fait régresser l’humanité vers un stade d’où le principe masculin serait absent, où l’individuel l’emporterait sur le collectif, où le rythme solaire prévaudrait sur celui de Saturne, 360 fois plus lent. Un peu comme si en Angleterre, l’on consacrait quelques jours par an à pratiquer un anglais dont les mots français seraient absents, en hommage à la situation existant avant la conquête normande..
Paradoxalement, l’on circule plus vite avec le TGV saturnien qu’avec l’omnibus solaire qui s’arrête à toutes les gares, chaque station correspondant à une nouvelle phase. L’espace saturnien est plus vaste, débarrassé de toutes les barrières de l’Ancien Régime qui ralentissaient le mouvement. La mécanique saturnienne quand elle est lancée parvient à une belle vitesse de croisière parce qu’elle a le temps pour elle alors que la mécanique solaire a le souffle plus court et ne peut progresser que par petits sauts.
On rejoint ici, avouons-le, certaines mises en garde véhiculées par les religions qui se rapportent à la Bible. L’Evangile nous invite à séparer, le moment venu, le bon grain de l’ivraie et ce moment là est lié à la phase solaire, lorsque Saturne a passé le cap des 45° d’arc – le huitième de cercle, le semi-carré – dévolus à la phase solaire, laquelle n’est pas sans évoquer la Tour de Babel. Rappelons que ces 45° correspondent à 3 ans et demi et que l’on retrouve cette unité de mesure dans le Livre de Daniel et dans l’Apocalypse quand on rend cette durée en jours, durée qui n’est pas non plus très éloignée de ce nombre 40 si important dans la Bible (40 jours, 40 ans)

Astrologie et paix sociale

Si l’humanité n’était pas clivée, il n’y aurait point de place pour l’astrologie. L’astrologie a en effet vocation à nous éclairer sur l’évolution sociale dont les astres sont les moteurs et les garants. Entendons-nous bien: l’astrologie a vocation à gérer une réalité qui n’est pas en soi astrologique mais qui le devient, peu ou prou, de par son intervention.
C’est parce que la société est constituée de deux populations qui se complètent et s’opposent tout à la fois, que l’astrologie joue un rôle pour l’Humanité. Encore faut-il comprendre que le mot Astrologie, tout comme le mot Psychologie, désigne à la fois un phénomène et sa description. L’Astrologie serait d’une part l’instauration par l’Homme et pour l’Homme d’un lien avec certains astres et d’autre part, une fois ce lien devenu subconscient sa redécouverte, assez laborieuse non plus cette fois comme création de l’Homme mais comme loi subie et respectée par l’Homme.
L’astrologie serait donc essentiellement prévisionnelle mais elle ne peut exister qu’à condition que l’on ait préalablement bien défini les réalités humaines qui dépendent d’elles, quand bien même celles-ci seraient recouvertes et plus ou moins voilées. Cela revient à se demander à quelle profondeur il faut creuser pour atteindre le plan adéquat. Pour cela, l’astrologie doit s’émanciper des représentations du moment qui sont celles que reflètent et projettent ses clients.
Il n’y a au vrai que deux phases dont il s’agit de bien comprendre les significations respectives, l’une qui correspond à une société en gestation, encore assez informe et l’autre à une société plus structurée, plus stratifiée. Nous sommes dans un système binaire à base 42-45 – une sorte de morse que l’on retrouve dans le I Ching avec les hexagrammes : c’est à dire que chaque fois qu’une quarantaine de nouvelles lunes, chaque phase étant séparée par un « blanc » – ce qui correspond en gros à 3 ans 1/2 – les 1260 jours de l’Apocalypse – ont été enregistrées par notre psychisme, il y a changement de phase et donc alternance.
On pourrait parler de phase « équinoxiale » pour désigner la phase solaire et de phase « solsticiale » pour la phase lunaire
En phase lunaire, on accéde à une certaine utopie. On a une vision unitaire, égalitaire de la société. Euphorie d’une certaine abondance, d’un gros gâteau à répartir entre tousOn ne supporte plus la perpétuation d’un découpage social à deux niveaux.
En phase lunaire, l’homme prend le relais pour créer un autre monde parallèle, ayant ses propres règles qui est en fait celui de l’astrologie, des sciences de l’Homme, des techniques alors que la Science dure, elle – à commencer par l’astronomie évidemment. Aux yeux de cette Science, l’Homme et ses constructions sont dérisoires. Importance accordée à la Lune, simple satellite de la Terre, ne faisant sens que pour l’Homme, face au soleil, étoile, centre de tout un système. Les choses prennent plus de valeur du fait de leur rareté, il faut faire plus attention, avoir et gérer des provisions, car une erreur peut avoir de graves conséquences si l’on quitte l’aire éclairée, si l’on dévie, si l’on gaspille. On ne jette pas des perles aux pourceaux.. Esprit de famille, de tribu, de chapelle, de clocher, de club fermé. (le club étant le bâton (cf le tarot) autour duquel on se rallie). Une structure duelle se dessine, une hiérarchie s’impose qui n’est plus discutée, ce qui implique qu’il ne doit plus y avoir d’interférence entre le haut et le bas, chacun restant à sa place. Le temps de la promiscuité est révolu. Les clivages sociaux se creusent mais selon un certain consensus. On attend que ceux d’en haut tirent ceux d’en bas. Phase fusionnelle non pas pour signifier que nous sommes tous égaux mais que nous ne faisons sens qu’au sein d’un seul et même ensemble, à condition toutefois que chacun reste à sa place..
La phase lunaire passe par un formalisme, un paraître, qui ne s’interroge pas sur le fond des choses, ce qui conduit à ne pas percevoir de différences, comme si l’on ne voyait le monde qu’en deux dimensions. La phase solaire, au contraire, est à trois voire à quatre dimensions et fait passer le fond avant la forme, ce qui conduit à distinguer entre des individus ayant le même profil extérieur, à s’intéresser à la qualité de ce qui se dit et se fait chez tel et tel, ce qui débouche sur une hiérarchie et une reconnaissance de la supériorité des uns par rapport aux autres. On passe ainsi d’une communication où ce qui importe c’est d’atteindre un seuil minimum, une maîtrise minimale du langage, de convoyer un message minimal – ce qui inclue l’étranger, la machine, l’enfant, la femme – à une communication optimale qui s’attache à la qualité du message et de l’échange, ce qui conduit à une division sociale entre ceux qui ne font qu’informer et décrire ce qu’ils ont sous le nez et en mémoire et ceux qui sont en mesure de mener ou de participer à une réflexion en commun et qui sont aptes à reconnaître l’excellence et la pertinence de l’autre en la matière. D’un côté, dès lors, ceux qui ne représentent qu’eux-mêmes et qui sont dans la sphère du privé, du private, c’est à dire de l’inaccessible et de l’autre ceux qui se placent d’emblée dans la sphère publique et ambitionnent de tenir des propos qui méritent débat parce qu’ils ne font pas sens seulement pour celui qui les formule, s’exposant dès lors à ce que l’autre les discute. Qui ne voit que le monde scientifique, politique, religieux ne saurait exister sur la base du premier niveau qui se réduit à un service minimum, un peu comme une revue militaire où l’on se contente de vérifier chaque bouton de guêtre et où l’on ne se préoccuperait pas encore de la valeur des soldats au combat. Le temps des débuts, du court terme, de l’esquisse, de l’ébauche, de l’acquisition du bagage initial, est bien celui des illusions, ce n’est pas encore celui de l’heure de vérité et de la sélection des meilleurs. Aucune société, à la longue, ne peut se permettre d’en rester au premier stade, elle doit tôt ou tard passer au second, qui implique de pénétrer dans l’aréne et de se confronter à l’autre pour l’emporter ou reconnaître loyalement sa défaite et pas seulement pour être accepté et toléré pour faire un peu de figuration ou réciter une leçon convenue, apprise et énoncée plus ou moins machinalement à la demande. Et concernant ces deux niveaux, force est de constater que la probabilité est forte que les femmes soient dans leur très grande majorité cantonnées au premier et que les hommes soient largement admis au second tout en ayant pu fonctionner au premier – qui peut le plus peut le moins. Parmi les oiseaux, il y a ceux qui volent et ceux qui ne volent pas: tant que tout le monde reste au sol, on ne s’en rend pas compte. On dira évidemment que tout cela relève de la force du préjugé : comment une société pourrait-elle fonctionner sans la prise en compte statistique de certains déterminismes, faudrait-il donc qu’elle fût toujours dans l’improvisation? Même si chaque individu doit faire ses preuves, il est parfaitement légitime et nécessaire de respecter certaines lois, certains principes, dictés par le temps et par l’Histoire et qui font que globalement certaines catégories sont plus ou moins performantes. Paradoxalement, quand le disciple ne comprend pas ce qui le sépare du maître, cela montre qu’il est bien à sa place et plus il le comprend, plus il est en passe de devenir le maître. La grande question est la suivante: est-ce que ceux qui sont limités sont capables de le reconnaître ou est-ce que leur limite ne tient pas justement à une telle incapacité à accepter spontanément et non pas par la contrainte la supériorité de l’autre, ce qui les empêche ipso facto de participer au processus de sélection et d’élection? Dès lors, la supériorité de l’autre apparaîtrait comme inexplicable, injustifiée tout simplement parce que l’on n’en a pas compris la raison, que l’on n’en a pas ressenti l’évidence en soi-même, que l’on n’a pas compris qu’il était meilleur que soi et pouvait donc mieux veiller à l’intérêt général. Est-ce qu’un sourd comprend pourquoi tel pianiste a gagné un concours?
On conçoit qu’un tel agencement constitue un compromis entre une population limitée où dans ses potentialités et une population ayant des aptitudes supérieures. En phase lunaire, les pouvoirs de la population dominante sont amoindris, déclinent – ceux qui ont le plus grand potentiel ne savent plus le faire valoir – alors qu’en phase solaire, ils se rétablissent, se redressent, toujours pour un temps correspondant à un quarantaine de lunes. Dans la Bible, le nombre 40 apparaît : 40 jours, 40 ans mais pas 40 mois, à notre connaissance. On notera que l’année juive commence tantôt au printemps (Pessah), tantôt à l’automne (Yom Kippour), soit à six mois d’intervalle. On pourrait parler de sept demi-années pour désigner la durée d’une phase. On rappellera la similitude entre la durée de l’année (de annus : anneau) et la division du cercle en 360°.

Mimétisme, cyclicité, instrumentalisation.

Selon nous, cet équilibre social est toujours en vigueur, il peut être observé en dépit d’un certain nombre d’interférences dont les principales seraient le mimétisme, la cyclicité et l’instrumentalisation et qui viennent sensiblement perturber la lisibilité du monde.
En effet, rappelons la fable de Jean de La Fontaine quant à la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Les phénomènes de mimétisme sont légion: l’on tend à imiter les façons de la classe supérieure, c’est ainsi que les Saxons ont emprunté à l’aristocratie normande des milliers de mots français. A l’inverse, de nos jours, les Français recourent à quelques mots anglais alors qu’ils sont incapables de parler cette langue. L’on connaît le rayonnement de la Cour. Tout cela conduit à brouiller les pistes. Certes, en grattant, le vernis tombe. Les femmes imitent volontiers les comportements masculins… Ajoutons qu’il n’y a pas de mimétisme sans une part de dissimulation dès lors que l’on sera amené à refouler ce qui pourrait compromettre l’assimilation.
A cela viennent s’ajouter les effets de la cyclicité et notamment de la phase lunaire qui produit un mimétisme à l’envers, à savoir une certaine promiscuité, les Grands s’encanaillent, adoptent certains traits du peuple.
Tout cela tend à dissimuler le maintien du cycle en question et peut conduire à sa négation, même chez les astrologues qui ne jurent plus que par l’individualisme, incarné par le thème natal et qui se veut un dépassement des clivages spatio-temporels d’ordre social.
Il convient de ne pas confondre les comportements liés à un mimétisme et qui tendent à brouiller les clivages: si un nombre grandissant de femmes adoptent des comportements masculins, on finira par dire que le fait d’être homme ou femme est devenu sans importance. Mais à un certain stade, l’on s’aperçoit qu’il s’agit d’un leurre et que la similitude de comportement masque mal le maintien de différences fondamentales quant aux véritables potentialités. La phase solaire met fin à de tels faux semblants et peu à peu le critère objectif d’ordre anatomique évacue le critère identitaire lequel comporte une dimension fantasmatique. Cette phase est fort éprouvante pour les femmes, devenues de plus en plus sûres d’elles, parvenues, dans une période assimilable à des saturnales, à gagner la confiance des hommes quant à leur aptitude à participer au plus haut niveau à la gestion de la Cité voire à obtenir que les hommes se déchargent de certaines responsabilités sur elles. Au cours de la phase solaire, on assiste à une baisse assez brutale de la cote des femmes du fait de la mise en évidence de leurs limites réelles aggravée par leur tendance marquée à atteindre leur seuil d’incompétence, selon le principe de Peter. Mais cela vaut également pour les étrangers lesquels, lorsque la situation exige un certain sens commun, une connaissance du signifié et pas seulement du signifiant, lorsqu’il faut être en phase avec un consensus dominant, risquent fort de se placer en porte à faux. Est étranger, plus généralement, celui qui est en décalage et qui ne dispose pas des bons repères pour anticiper, qui peut réciter un discours appris, faisant ainsi illusion, mais ne comprend que très partiellement et de façon aléatoire ce qui se dit et fait autour de lui, bref qui psychosociologiquement n’est pas membre à part entière du groupe. En fait, la phase lunaire produit du faux, dans tous les sens du terme, et la phase solaire dénonce les apparences, les contrefaçons, arrache les masques : c’est l’heure de vérité.
Les comportements des membres de la classe inférieure se caractérisent par le fait que l’on privilégie les mots par rapport à la langue, ce qui correspond à différents niveaux de langage: d’un côté le avoir dit, de l’autre le vouloir dire. Dans le niveau du dire, l’important c’est d’avoir employé tel mot et de retrouver le même mot chez l’autre ou de le prendre à l’autre. On sait que certains programmes permettent de sélectionner tous les messages comportant tel mot. Un ordinateur peut vous indiquer combien de fois un mot apparaît et à quelle page. Certes, le fait que le mot ait été utilisé est indiscutable : « vous avez dit ceci ou cela ». Mais ce faisant, on exclue des équivalents tant en tant que mots qu’en tant que formules plus complexes impliquant une combinaison de mots, ce qui correspond au stade du « vouloir dire » : « est-ce que vous voulez dire que….? », ce qui au demeurant ne correspond jamais à une certitude totale à la différence du constat que tel mot a bien été utilisé. On dira que le contenant importe plus que le contenu pour le « avoir dit » et que l’on ne s’intéresse qu’à l’étiquette, sans tenir compte du contexte. De même, celui qui fonctionne dans le registre du « avoir dit » tend à exécuter docilement ce qu’on lui demande: donnez-moi ou trouvez-moi un objet intitulé x ou signalez moi un objet intitulé x, on est là dans une sorte de symétrie entre le mot cherché et le mot trouvé. On ne peut guère parler ici de signifié mais de chaîne de signifiants, le signifié n’étant identifié que s’il est marqué du signifiant : « c’est marqué sur la boîte » ou, dans un zoo, sur la cage. D’où la formule enfantine: « comment cela (il) s’appelle? ».
Il suffirait donc d’emprunter des mots pour acquérir, à loisir, une nouvelle identité dont on changerait comme on change de chemise; une telle attitude se retrouvera chez ceux qui précisément nieront l’importance du clan et revendiqueront la priorité de l’individu par rapport au collectif, on passe aisément de l’étranger à l’étrange, à l’inclassable. Or, en phase lunaire, il faut impérativement choisir son camp et s’y trouver comme un poisson dans l’eau, ce qui n’est pas le cas du visiteur occasionnel, du touriste. Or, nous pensons que la femme a une mentalité de touriste- ce qui est le corollaire de l’exogamie – et que ses facultés de reproduction, qui ne se réduisent nullement à la procréation, font merveille quand il s’agit d’informer des étrangers ou d’acquérir les rudiments d’un nouveau savoir. La femme est dans la nouveauté mais non pas en tant qu’acteur mais en tant que spectateur du monde et d’elle-même.
C’est parce qu’il y a mimétisme que l’on met sur le même plan la femme et le féminin, l’homme et le masculin or le féminin n’est que l’aspect mimétique de celui qui s’identifie à la femme et idem pour le masculin en ce qui concerne l’homme. L’animus, c’est la dimension mimétique de l’homme face à la femme et idem pour l’anima. Le mimétisme se situe dans l’ordre du comportement, c’est à dire d’une forme de conformité : on se porte comme. La phase solaire a pour objet de détecter de telles contrefaçons ou capillarités qui viennent du vivre ensemble, d’un rapprochement formel, entre populations par ailleurs fort différentes.
Mais il faut aussi faire la part de l’instrumentalisation : un même objet peut faire l’objet d’instrumentalisations différentes et il ne faudrait pas croire d’office que l’essence de cet objet serait la somme des dites instrumentalisations. C’est ainsi que le regard de l’astronome sur le ciel n’est pas celui de l’astrologue, que l’usage que l’astronome fait de la mythologie n’est pas celui de l’astrologue; dès lors le passage tant affirmé de nos jours, notamment par un Jean Billon, quant à la pertinence pour l’astrologie des appellations astronomique des nouveaux astres nous semble bien discutable et ce n’est certainement pas un tel passage qui rapprochera sur le fond l’astrologie de l’astronomie : n’est-on pas là d’ailleurs dans un processus mimétique car si la mythologie n’appartient pas à l’astronomie, l’usage qu’en font les astronomes leur est propre et c’est bien ce même usage qui est repris par les astrologues. De la même façon, l’anglais ne saurait affirmer avoir emprunté directement des mots latins quand il s’agit de mots repris du français et de la façon spécifique dont le français a géré son rapport au latin.
Soulignons à quel point l’objet ainsi instrumentalisé est appréhendé pour des aspects souvent superficiels et aléatoires qui ne définissent que très imparfaitement ce qu’il est. L’astre n’a que faire des noms qu’on lui attribue ou des fonctions auxquelles on le destine, ce qui n’empêche pas que de telles attributions peuvent peser sur l’objet considéré, on pense notamment aux Juifs dont le sort peut tout à fait dépendre de ce que l’on projette sur eux. On aura donc compris en quoi l’instrumentalisation peut modifier singulièrement l’état antérieur des choses. La tentation, chez les astrologues, est de vouloir « rationaliser » ces phénomènes de mimétisme et d’instrumentalisation en n’admettant pas qu’ils puissent être tardifs. Or, nier ces phénomènes, c’est ipso facto s’interdire de comprendre le monde que l’on prétend étudier et vouloir ajuster le monde réel avec le monde fantasmatique dans lequel nous vivons dès lors que nous ne sommes pas capable de les distinguer.
Une fois le système des deux étages rétabli – et cela vaut aussi pour les enfants, les étrangers et les machines qui se trouvent marginalisés et considérés comme une population – fortement mimétique – de second rang – que l’Humanité peut atteindre son maximum d’efficience et de diligence. Par machine, nous entendons non pas seulement l’outillage technologique mais les comportements routiniers, répétitifs chez les êtres humains : par exemple, quelqu’un qui lit un texte ou qui répète pour la énième fois le même discours sans tenir compte de ses interlocuteurs, sans se situer par rapport à eux, est assimilable à une machine tout comme celui ou celle qui rapporte ou reproduit ce qu’il a vu ou entendu ou fait, dans le passé ou qui ne fait que réagir à un mot sans tenir compte du contexte.

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Le monde d’en haut et le monde d’en bas

Cette distinction traditionnelle entre ce qui est en haut et ce qui est en bas a souvent été mal comprise: il faut chercher son expression au sein même de toute société et pas seulement ni surtout entre les hommes et les astres. Vivre au prisme des cycles c’est peu à peu prendre conscience que nous sommes dans un monde duel, mais qui comporte des flux et des reflux. Cela signifie que périodiquement cette dualité s’estompe et périodiquement elle se creuse.
Celui qui appartient au monde d’en bas est donc amené à certains moments de sa vie à prendre la mesure de ce qui le différencie d’une partie du monde. Ce qui lui semblait proche tend à s’éloigner tout comme à d’autres moments, ce qui semblait lointaine se rapproche. Le monde est en constant balancement et l’astrologie est la science d’un tel balancement.
Il y a ceux qui ne veulent retenir que ce qui rapproche, cela les rassure. Comme des gens qui ne s’intéresseraient à leur prochain que lorsqu’il dort ou lorsqu’il est dans l’enfance ou souffrant de quelque handicap physique ou social, comme pour l’immigré.
Il est vrai que pendant quelque temps, les problèmes peuvent se résoudre à la base par des ajustements, des expédients, exigeant de la débrouillardise, de la bonne volonté et pas mal de pragmatisme. Mais peu à peu, l’on s’aperçoit que c’est tout le système qu’il faut réviser, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. L’astrologie vue par les femmes est d’ailleurs perçue comme un savoir fragile qui n’existe que parce qu’on le veut bien et tant qu’on le veut bien. La croyance ne s’applique qu’à ce qui est douteux. Les hommes tendent instinctivement à s’assurer que le système est solide avant de le mettre en pratique étant donné que même un système bancal peut faire illusion quelque temps.
Les gens d’en bas manquent de hauteur, ils n’accèdent pas à une représentation globale mais vivent en aval à un niveau où la lecture du monde est quasiment impossible, tant les paramètres interférent. Ce qui explique que rares sont ceux qui sont aptes à raisonner sur des principes, sur des lois générales car leur perception d’eux-mêmes est déjà brouillée par la diversité du réel. Ce n’est parce que telle personne est une femme qu’elle saura ipso facto dégager ce qui fait sa féminité des autres facteurs qui entrent en jeu dans sa personnalité et dans son discours. Ce n’est pas parce qu’Un Tel est juif qu’il saura forcément ce que c’est que l’être juif alors qu’il est aussi membre d’autres catégories socioprofessionnelles, socioculturelles et autres.
Dans toute société les individus sont surdéterminés par les catégories auxquelles ils appartiennent objectivement sinon subjectivement : race, religion, sexe, habitat. Les femmes sont mieux placées pour faire échapper leur progéniture à ces signes extérieurs en intégrant des milieux différents de ceux d’origine, générant ainsi un certain métissage. qui fait que les signes s’estompent et nos réactions pavloviennes sont troublées dans leurs perceptions. Le devoir de la femme est d’assumer sa liberté de façon à permettre un certain décloisonnement. Ne jouons pas sur les mots :la libération de la femme (MLF) ne consiste pas à nier ce qu’elle est mais à assumer sa différence . Paradoxalement, cette liberté peut consister à vouloir appartenir au monde des hommes, la femme ayant un côté caméléon. ce qui est déconcertant tant pour autrui que pour elle-même. Cette liberté permet au groupe de s’ouvrir au monde et ce n’est qu’à ce titre qu’elle fait sens et est tolérée et. tolérable.

Solitude et solidarité

On ne se comporte pas de la même façon selon que l’on est ou non en phase avec la société environnante. La pire des solitudes est probablement celle de celui qui est au contact de personnes qu’il ne comprend pas ou/et qui ne le comprennent pas; en cela, la solitude est un facteur objectif: un étranger, un enfant sont des êtres foncièrement seuls du moins jusqu’à ce que leur intégration se précise. L’on pourrait aussi parler de la solitude des femmes dont la tendance à une certaine idiosyncrasie est nécessairement isolante. Il ne faut pas confondre personnalité et individualité: la personnalité est une entité hétérogéne; inclassable tandis que l’individualité est l’expression spécifique d’une appartenance à un ensemble donné homogéne.
D’où l’importance dans le langage du solitaire, au sens où nous l’entendons ici, de l’amitié. L’ami, c’est celui qui comprend et que l’on comprend. C’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Il y a ainsi des populations marginales en quête d’amitié.
A contrario, celui qui est bien intégré n’a pas besoin d’amis, à condition bien entendu qu’il fréquente un milieu homogéne, faute de quoi, il se trouverait lui-même en position d’étranger et appartiendrait à l’autre groupe. En effet, il peut fort bien arriver que l’on se retrouve « étranger » chez soi, il n’est pas ou plus nécessaire de voyager pour vivre et ce de façon prolongée, une telle situation.
L’ami, c’est en quelque sorte le « contact » en territoire ennemi, celui qui fait effort pour nous comprendre et que nous faisons effort pour comprendre, c’est donc une ouverture vers l’extérieur pour l’être solitaire.
Entendons-nous donc bien : la solitude n’est pas le fait de vivre seul mais elle est ce malaise de celui qui ne comprend pas ce qui se passe autour de lui, qui ne se sent pas en phase, qui ne peut pas communiquer avec le premier venu en toute confiance, qui a besoin de temps pour établir un contact, ce qui passe justement par l’établissement d’une amitié. Nous dirons que le solitaire, c’est celui qui n’est pas de plein pied avec le monde qui l’entoure, et qui au fond ne se retrouve pas en autrui, qui ne ressent pas qu’autrui est son prolongement. La solitude est donc un sentiment de rupture ou en tout cas de hiatus, de perte du sentiment d’appartenance collective. Quand je ne me sens pas appartenir à l’ensemble au sein duquel je vis, c’est bien que je suis seul. La solitude serait une non appartenance.
Dès lors, avoir des amis est plutôt le signe que l’on est seul car si l’on n’était pas seul on n’ aurait pas besoin de cette interface entre nous et le monde car on éprouverait une complicité avec tous ceux que nous croisons, du moins avec ceux qui ne sont pas, à un titre ou à un autre, provisoirement oui de façon durable, des étrangers.
L’on comprendra, dès lors; que la femme est plus en demande d’amitié que l’homme et que dans la relation de couple, l’attente n’est pas la même. La femme cherche un homme qui la comprenne, qui l’accepte telle qu’elle est – selon une formule qui revient souvent alors que l’homme n’a pas le même besoin affectif sauf s’il est en situation de féminisation, notamment en tant qu’étranger. L’étranger a besoin d’ami(e)s. Chez l’enfant, l’attente évolue avec le temps. Chez le garçon notamment qui va trouver à l’extérieur de la famille un équilibre qui va lui faire peu à peu considérer sa relation avec sa mère comme isolante et finalement comme débilitante, fragilisante, insécurisante alors même qu’il doit se préparer à affronter le monde en tant que globalité et non plus porteur d’un visage particulier: il lui faut apprendre à s’entendre avec le premier venu, du moment que l’on reste dans un même monde, on doit éviter les fixations sur une personne particulière et qui ferait écran..
Le sentiment de solitude, c’est aussi de cotoyer des personnes qui ne captent pas ou qui captent mal ce que l’on dit et qui n’en tiennent pas assez compte, assez vite. Le plan de l’amitié fait penser à une construction artisanale alors que les relations sociales se situent sur le plan industriel, correspondent à un certain calibrage.. Cette façon de se relier à quelques éléments au lieu de considérer le rapport au collectif, fait songer au comportement de quelqu’un qui ne saisirait que quelques mots d’une phrase et non pas son sens général. Quand on est ‘dans son élément’, en terrain de connaissance, on n’est pas seul: même si l’on n’a personne d’attitré à ses côtés.
Dans un groupe, il est souhaitable qu’il y ait une responsabilité collective et que l’on ne soit pas livré à soi-même. Si l’on cotoie des personnes qui n’ont pas les mêmes repéres que nous, cela ne peut qu’accentuer un certain sentiment de solitude lié au fait que si l’on commet une erreur, elle ne sera pas corrigée du fait d’une certaine absence de solidarité. L’amitié et la solidarité ne sauraient se confondre et nous dirons même que l’amitié est un palliatif au manque de solidarité.
Solitude et solidarité sont deux mots ayant la même étymologie mais la solidarité correspond au sentiment que l’on est dans le même bateau, que l’on est garant des mêmes valeurs et que l’on lutte conjointement pour les défendre, que l’on marche « comme un seul homme », que l’on ne fait qu’un, que l’on appartient à un groupe soudé. En revanche, l’amitié serait une compensation au fait que l’on n’éprouve pas ce sentiment de solidarité au sein du milieu dans lequel on vit, que l’on n’est pas en prise en interaction avec celui-ci. La solitude est souvent le revers d’un excés de liberté qui fait que l’on a l’impression que l’on peut faire tout et n’importe quoi, que l’on n’a pas quelqu’un à qui parler, c’est l’expression d’une certaine indifférence réciproque. L’amitié serait le reméde à un tel mal de vivre mais elle n’y met pas vraiment fin. C’est un peu comme quelqu’un qui serait atteint de surdité et qui ne pourrait fonctionner avec le premier venu en ce qu’il est trop particulier; il lui faudra se faire des amis avec lesquels il pourra néanmoins communiquer, qui auront la patience nécessaire mais tout cela ne sera jamais qu’en marge de la société « normale ».

Facteurs astro- déterminés et astro-déterminants

Il nous semble épistémologiquement indispensable de distinguer entre ce que l’astrologie détermine et ce qui la détermine. Par facteur astro-déterminé, nous entendrons des événements astrologiquement déterminés ou déterminables, ce qui revient à se demander quel est le champ de l’astrologie et ce qui ne l’est pas. Mais immédiatement, une autre question se pose qui est celle des facteurs astro-déterminants, c’est dire les informations à réunir impérativement pour que l’astrologie puisse être mise en oeuvre; ce qui nous renvoie encore au champ de l’astrologie mais cette fois en amont..
En règle générale, les astrologues auraient tendance à considérer comme astro-déteminants la connaissance de la date de naissance, ce qui comporte l’heure et le lieu de naissance et le recours aux éphémérides par la prise en compte des régimes horaires qui obéissent à des variations complexes, d’un pays à l’autre, d’une époque à une autre, liées à des décisions administratives qui n’ont, elles, rien de cosmique.
Or, il existe, outre les informations d’ordre astronomique qu’il convient évidemment de circonscrite et de trier, d’autres facteurs astro-déterminants qui sont de l’ordre de l’anthropologique et sans lesquels l’astrologue, selon nous, ne peut pas oeuvrer. Il ne s’agit pas de se contenter de vagues considérations sur le conditionnement de l’individu dont il faudrait quelque part à un moment ou à un autre, tenir compte, à la façon de l’astrologie conditionaliste de Jean-Pierre Nicola. mais bien de pointer les facteurs décisifs et préalables sans lesquels le travail astrologique ne peut s’enclencher. . Il faudrait donc parler des interfaces, les médiations nécessaires à la corrélation astrologique (INCA), à savoir les « bonnes », c’est à dire les vraies configurations astrales, celles qui ont été mises en place – et les « bonnes » données anthropologiques, celle qui font sens, écho, pour l’astrologie. .
Nous avons dénoncé la trop grande importance quantitative accordée par l’astrologie moderne au système solaire dans tout ce que l’on connaissait de nos jours d’invisible, parce que trop petit ou trop éloigné; il faut en effet bien plus rigoureusement centrer ce qui dans le ciel détermine l’astrologie tout comme il faut le faire en ce qui concerne les données humaines, à savoir la sexuation, mais aussi le statut socioculturel de la personne (âge, immigration, appartenance au prolétariat) lequel déterminera l’impact des phases sur le groupe d’appartenance de chaque individu. A contrario, l’érection du thème astral ne nous semble constituer en INCA que sur un plan symbolique, c’est à dire, en consultation, au niveau du transfert. (cosmothérapie). Dis moi qui tu es et je te dirai ce que le ciel a à te dire. Le « connais-toi toi-même », formule socratique, nous semble devoir être compris dans le sens de savoir quelle est notre place dans le monde , « qui » nous sommes au sens de la question « qui êtes-vous » « vous êtes qui? »- « vous vous prenez pour qui? »- et non qu’êtes-vous? Ce qui est une invitation à savoir où nous nous plaçons dans l’échelle sociale. Sache qui tu es et non pas ce que tu es, toi spécialement, de façon unique. Connais -toi c’est aussi reconnais qui tu es, ne nie pas ce déterminisme qui pèse sur toi car en le niant, tu ne sauras pas ce que le destin te réserve, par delà les accidents et les hasards de l’existence qui relèvent de la mancie. Or, force est de constater que le XXe siècle aura été marqué par cette négation de ce qui, notamment par les femmes rejetant leur qui social, leur qui fonctionnel. Et paradoxalement, l’astrologie moderne a justement été instrumentalisée pour nier ce « qui » en lui substituant l’horoscope, sous ses diverses formes (de la presse à la carte du ciel) supposé nous dire qui nous sommes vraiment. Ce faisant, l’on privait l’astrologie d’une information déterminante, au point d’aller chercher dans le thème ce que l’on aurait du savoir préalablement.
Le langage est trompeur, ô combien, et le problème de beaucoup d’astrologues est d’en surestimer la précision. Nous avons pourtant tous parfois ressenti cette crainte de ne pas avoir été bien compris face à certaines personnes manquant d’une certaine intelligence. Avec ces personnes là, le moindre flottement sémantique peut entraîner des contresens et d’ailleurs l’existence même de ce terme – contresens- montre bien en quoi une communication est fragile dès lors que notre interlocuteur ne fait pas preuve de bon sens, de sens commun, pour recadrer éventuellement ce qu’il entend ou croit entendre, dans tous les sens du terme. L’astrologue ne prend, au vrai, guère le temps de s’assurer qu’il a été bien entendu. Il ne suffit pas d’enregistrer une consultation pour que tout soit clair.

Genèse du clivage Masculin-féminin

Il y a tout un débat autour de l’origine du clivage et de ses implications sociales et ce débat recoupe épistémologiquement celui qui touche aux fondements de l’astrologie.
Une grille que l’on pourrait qualifier d’humaniste semble s’être imposée largement qui consiste à dire que les choses ne sont ainsi que parce qu’on en est convenu et qu’elles peuvent changer si l’on en décide autrement, ce qui implique une certaine réversibilité de ce qui touche à l’humain. Les révolutions se sont faites sur un tel postulat. On conçoit que sous cet angle les sciences de l’Homme se réduiraient à constater les effets et la durée de telles conventions….
Pour les astrologues, une telle position est-elle viable? La plupart refusent que l’astrologie soit née d’un certain consensus social, adopté à une certaine époque mais ils sont le plus souvent d’accord entre eux pour accepter que l’astrologie puisse intégrer de nouvelles planètes inconnues de l’Antiquité, ce qui se comprend dès lors que l’on suppose que les dites planètes n’en agissaient pas moins, toutes inconnues qu’elles aient pu être. L’on voit donc à quel point, une telle façon de voir revient à refuser que nos structures sociales et cosmique ne soient que le résultat d’un arbitrage.
Pourtant, ces mêmes astrologues n’en adopteront pas moins un tout autre discours au sujet du clivage masculin/féminin, et ce tout simplement parce que ces astrologues sont aussi, dans bien des cas, des femmes et qu’en tant que femmes, le sens de ce qui est contradictoire et incompatible est assez faible quant aux idées alors qu’il est souvent très aiguisé quant aux personnes. C’est cette tendance à refuser de reconnaître les contradictions qui conduit les femmes, tout en étant peu ou prou conscientes de leurs habitudes spécifiques, de revendiquer, par dessus le marché, les mêmes positions que les hommes dont elles reconnaissent pourtant, par ailleurs, qu’ils sont différents dans leur comportement. Cette impuissance à saisir l’odd man out – ce qu’il conviendrait de vérifier par des tests – la trahit – pour détecter les robots androïdes devenus si parfaits – fait souvent que l’on parle de la mauvaise foi des femmes mais peut-on parler de mauvaise foi chez quelqu’un qui ne se rend pas compte de ce qui ne va pas ensemble. C’est ainsi que le fait de changer telle représentation en amont ou d’apporter tel élément nouveau n’est pas censé modifié ce qui est acquis par ailleurs et que l’on continue comme si de rien n’était. Cela ressort notamment dans un colloque d’astrologie comme celui d’octobre 2005 « Astrologie. Conditions d’existence » où certaines remises en question n’ont aucunement changé telle ou telle présentation des choses à un autre niveau comme si cela n’était pas lié. Dans d’autres milieux scientifiques – le terme étant ici pris dans un sens large- toute nouvelle information ne vient pas seulement s’ajouter mais est susceptible de remettre en question l’ensemble du savoir.
Il est vrai qu’un tel comportement, fonctionnant par tiroirs étanches, peut s’expliquer par la fonction utérine qui s’apparente à un athanor dans lequel on brasse et on croise les éléments les plus disparates; la femme n’est pas dans le rejet ne serait-ce qu’en raison des neuf mois qu’elle consacre à porter chaque enfant, ce qui l’améne à supporter un corps étranger en elle. Au stade de l’individu, il semble bien que le monde trouve son unité de par l’unité de l’observateur, c’est l’individu qui unifie ipso facto son champ de vision et de perception comme sur une photo ou un film où il n’y aurait pas de relief. Notre civilisation nous place constamment dans de telles situations, notamment à la télévision, où ceux qui ne voient pas le relief – ce qui est une carence optique connue – ne sont pas handicapés par rapport à ceux qui le perçoivent, du fait de l’absence de profondeur, l’œil s’habituant à passer du relief au non relief, selon qu’il est ou non face à un écran ou à une image ou qu’il est devant un paysage réel.
En ce qui concerne l’émergence du clivage social hommes/ femmes, la thèse la plus souvent entendue consiste à déclarer que ce que les hommes ont fait, ils peuvent tout aussi bien le défaire. Donc, à une certaine époque on a cantonné les femmes dans telle activité, à une autre époque, on peut en décider autrement.
Le problème, avec cette thèse car il serait téméraire de parler ici de « constat », c’est que l’on admet, ce faisant, que les hommes et les femmes étaient déjà différenciés, ce qui ne fait que repousser le problème plus en amont, à savoir le pourquoi de la différenciation. On nous répondra probablement que celle-ci se cantonnait à la procréation, ce qui est assez typique de l’idée que l’on se fait aujourd’hui de celle-ci, une activité en plus mais qui ne préjugerait en aucune façon des autres facultés de la femme.
Ce qui est sous-jacent à une telle thèse, c’est qu’à l’origine, il y avait unité et que par conséquent rien n’empêche de viser à retrouver celle-ci. La dualité serait ainsi un épiphénomène passager… Le monde serait d’un seul tenant. Il existe cependant une autre approche selon laquelle les sociétés seraient le résultat d’une cohabitation entre des entités très différentes et qui se seraient unies et dans ce cas, c’est cette unité qui serait toujours remise en question. L’astrologie, en gérant la dualité, ne serait-elle pas justement l’instrument d’un compromis, d’une coexistence voire d’une symbiose entre des populations sensiblement différentes? Selon notre anthropologie, la dualité est l’établissement de liens entre deux mondes différents. Il n’y a pas de raison qu’un monde se divise en deux s’il n’est pas déjà double. Affirmer par exemple que la sexuation est le résultat d’une division arbitraire de l’Humanité ne nous semble plus acceptable; c’est au contraire pour bâtir cette humanité que l’on a cherché à réguler la cohabitation entre des entités différentes. Mais cette cohabitation a ses limites, d’où la nécessité de distribuer, au moyen d’une cyclicité céleste, le pouvoir alternativement à l’une ou à l’autre des populations en présence. Sans une nouvelle anthropologie – mais il faut entendre ici le retour à une conscience perdue des grands équilibres de l’Humanité – il ne saurait y avoir un discours acceptable sur l’astrologie : en cas de symbiose, il importe de dégager trois facteurs: les deux champs en présence et le système qui régit leur coexistence. Pour l’humanité, ces deux champs sont l’ensemble des hommes et celui des femmes plus la dimension du temps lui-même structuré de façon duelle, par la binarisation d’un cycle..
Rappelons ce passage placé au début de l’Ancien Testament:
« Or quand les hommes avaient commencé à se multiplier sur la terre et que les filles leur naquirent, les fils de la race divine trouvèrent que les filles des hommes étaient belles et ils choisirent pour femmes toutes celles qui leur convinrent (…) les hommes de Dieu se mêlaient aux filles de l’homme et leur donnaient des enfants » (Genèse, VI, 1-5)
On songe aux albums de BD d’Enki Bilal – et au film qui en a été tiré – qui reprennent le thème des dieux faisant des enfants aux femmes des hommes. Jean Sendy a publié en 1968 La lune clef de la Bible. Il voyait dans la Lune un astre tout à fait à part – la demeure des dieux venus d’un autre monde – et de fait il ne s’agit ni d’une étoile, ni d’une planète mais du satellite de la Terre. Nous avons dit plus haut que la Lune était un astre masculin, hivernal, nocturne et nullement féminin et estival et…. diurne – on s’en douterait. .
Il ne faudrait pas en effet, oublier que l’humanité se distingue quelque peu des animaux et s’il en est ainsi, cela pourrait tenir à un plus. L’astrologie en soulignant le lien entre les hommes et les astres, lien autrement plus sophistiqué que celui qui peut concerner les autres « animaux », ne fait d’ailleurs que creuser le fossé qui nous distingue des bêtes.
Selon nous, l’astrologie serait le résultat d’un pacte entre deux populations contraintes de cohabiter, l’une primitive, individualiste, taillée pour la survie dans les conditions extrêmes et l’autre, déjà nettement plus sophistiquée, au fonctionnement plus collectif, plus collégial ce qui fait que sur le plan individuel cette seconde population est moins bien armée. Nous avons là les femmes et les hommes, qui ne seraient pas issus d’une seule et même matrice, ce qui serait une spécificité de notre Humanité dont on pourrait dire qu’elle est syncrétique et comme tout syncrétisme, il est tentant d’en nier périodiquement l’existence dont précisément traite l’astrologie en aménageant un modus vivandi entre les deux populations à l’image de la langue anglaise qui combine la langue des autochtones saxons et les mots des envahisseurs normands, comme le rappelle Walter Scott, dans Ivanhoé. Rappelons aussi les thèses de l’historien Augustin Thierry (1795-1856) selon lequel la division sociale de la France serait due à la symbiose entre plusieurs peuples, les uns conquérants, les autres colonisés. Il conviendrait d’ailleurs de prendre en compte le fait juif au sein d’une telle anthropologie dualiste qui ne réduit pas l’humanité à la sexuation animale. L’exogamie- dont le film King Kong , en ses versions successives, donne une certaine représentation montrant une femme capable de se lier à un être radicalement différent de son groupe d’appartenance, témoignerait d’ailleurs de cette étrangeté radicale entre hommes et femmes.
Le décalage entre hommes et femmes est nettement plus important que celui qui existe entre mâle et femelle d’une autre « espèce », en ce que ces sociétés ne sont pas secouées par des phases d’accélération; la stagnation relative de la plupart des espèces non humaines tient à la carence d’un élément mâle aussi actif que pour notre Humanité, d’où des sociétés que l’on pourrait qualifier, comparativement, de féminines en ce qu’elles ne se sont pas dotées d’un système à deux vitesses, ce qui nous améne à conclure que les astres sont, plus que le cheval, la plus belle conquête de l’Homme et il ne s’agit pas là, on l’aura compris, de la conquête spatiale actuelle.
. Selon nous, les enfants mâles perpétuent la population mâle et les enfants femelle la population femelle; il ne s’agit pas d’un truisme car il faut entendre par là que la femme ne participe à l’équation génétique de l’homme en ce qu’il a de spécifiquement homme et vice versa, étant entendu que s’est constituée avec le temps une base génétique commune mais qui n’épuise nullement les différences. On comprend mieux ainsi pourquoi les femmes s’intéressent spécialement à une vision individualiste de l’astrologie en phase avec leur nature profonde dont il est patent qu’elle reste fondamentalement inchangée. Il est clair en tout cas que si populations masculine et féminine ont des origines différentes, l’idée d’une simple convention sociologique n’est plus recevable, la convention ayant visé à intégrer et à réguler ces différences et non à les constituer. L’Humanité aurait en fait depuis longtemps cherché à rapprocher ces deux populations. Une des hypothèses qui pourrait être formulée est la suivante: l’humanité actuelle serait le résultat d’une relation exogamique entre les femmes d’une population androïde inférieure et les hommes issus d’une population nettement plus évoluée. Si les hommes sont plus forts que les femmes physiquement – cela n’est que relatif car ils ne l’étaient probablement pas par rapport aux mâles de la dite population androïde. Dans le cas de King Kong, le schéma est inversé, il représente la femelle de la population supérieure avec le mâle de la population inférieure.
On confond parfois celui qui énonce des différences pour les dépasser et celui qui les énonce pour les mettre en place. On retrouve constamment un tel débat sur la structure qui ordonne a priori et a posteriori, dans un cas la structure est responsable de la différence, dans l’autre, la structure tend à la reconnaître pour la dépasser. C’est toute la raison d’être de l’alternance des phases telle que l’astrologie en est non pas l’observatrice mais la scénariste.
Une telle anthropologie risque-t-elle d’isoler encore plus l’astrologie? Il est urgent de comprendre que l’avenir de l’astrologie se situe bien plus au niveau des sciences de l’Homme que de l’astronomie ou de l’astrophysique. La parution, en 2005, de la nouvelle édition du Que Sais-je sur L’astrologie, commandée à deux astronomes dont Philippe Zarka, ne fait qu’entériner une fausse voie empruntée par les astrologues eux-mêmes.
La science du XXIe siècle sera probablement plus consciente des phénomènes de dualité qui remettent en question l’idée d’entités isolées les unes des autres car si un ensemble comporte tel sous-ensemble, ce même sous ensemble peut fort bien se retrouver au sein d’un autre ensemble. C’est notamment le cas en linguistique: telle langue peut comprendre des mots qui appartiennent aussi à une autre langue. Ne pas comprendre qu’abondent les ensembles de toutes sortes qui sont constitués d’éléments radicalement différents -traditions- langues – sociétés – c’est ne pas vouloir prendre la mesure des véritables enjeux historiques. L’astrologie, précisément, ne fait sens, que parce qu’elle est une solution cyclique pour gérer une humanité hétérogène.
Dans un monde qui nie les différences, l’astrologie n’a plus sa place. L’historien de l’astrologie qui réfléchit sur le déclin de l’astrologie à l’époque moderne devrait donc se demander si le dit déclin ne serait pas dû à la perte de conscience de la dualité du monde : non seulement celle qui concerne le rapport entre les hommes et les astres mais aussi et d’abord celle qui touche aux structures sociales, à la remise en question des clivages de toutes sortes dont l’astrologie pourrait apparaître comme les légitimant. Le retour à la prise de conscience de certaines divisions devrait dès lors revaloriser la fonction astrologique. Par ailleurs, la mise en place des constitutions, à partir de la fin du XVIIIe siècle en Amérique et en France, aura pu également se présenter comme un substitut à l’astrologie. L’idée de nation, elle-même, est foncièrement unitariste et tend à rendre l’astrologie obsolète. Inversement, la remise en question des frontières au sein de structures supranationales, la diversité des habitants sis sur un même territoire, rendent d’autant plus nécessaire le recours à des processus susceptibles d’organiser et de désigner, dans le temps et dans l’espace, la coexistence de populations distinctes.
Il n’est donc pas souhaitable que l’astrologie cherche à se conformer à un consensus mou selon lequel toutes les différences seraient arbitraires et provisoires. Certes, l’astrologie est-elle bien placée pour savoir quelle est la place de la cyclicité mais il s’agit là d’une affirmation de la récurrence des situations et nullement de leur dépassement, selon quelque perspective eschatologique et téléologique.
Le modèle jungien de l’animus et de l’anima – débouchant sur une sorte d’androgynat – ou du moins l’usage qui en est fait – nous semblent somme toute assez malheureux. La philosophie dualiste implique en réalité que chaque élément maintient sa spécificité et que toute unité ne saurait être que de façade. Il y a thèse et antithèse, il y a dualité et éclipse de dualité et ainsi de suite. L’éclipse du soleil n’empêche pas le soleil de réapparaître un peu plus tard et chaque nouvelle lune n’est-elle pas comme une éclipse de lune? Le fait de s’unir à l’autre ne signifie pas que nous devenions l’autre mais que nous tentons de construire quelque chose avec lui.
L’astrologue ne saurait se contenter de se servir des termes bien éculés de masculin et de féminin sans les étayer sur une anthropologie digne de ce nom au lieu de se contenter de véhiculer des clichés censés être compris de tout le monde sans plus d’explication. Le langage de l’astrologue se doit de gagner en précision conceptuelle et pas seulement en précision chronologique. Annoncer, comme l’a fait André Barbault, un événement « important », « grave », en 1989 pour l’URSS sans plus de détail, sans recourir à une typologie événementielle qui se respecte, nous semble bien désinvolte.
En jouant la carte anthropologique, l’astrologie se trouvera des alliés tant dans le champ scientifique que politique. C’est d’ailleurs à partir du moment où l’astrologie n’a plus su entretenir des relations viables avec l’une ou l’autre des forces sociopolitiques en présence qu’elle s’est retrouvée marginalisée et laissée pour compte. Or, l’alliance de l’astrologie avec la nouvelle astronomie, celle-ci lui fournissant complaisamment – et non sans quelque ambiguïté – quelques jouets mythologiques, a fait long feu. Il est temps que l’astrologie retrouve ses marques au sein des débats de société.

La femme et l’étranger

Les astrologues ont l’habitude de raisonner par analogie mais curieusement ils ne semblent pas avoir signalé le lien existant entre féminité et étranger. Or, selon nous, les femmes incarnent une dimension solaire, ce qui précisément sous-tend leur mission exogamique qui les place, ipso facto, en position virtuelle d’étrangère. La femme est celle qui doit ou qui peut partir parce qu’elle n’est pas vraiment dépendante d’un cadre particulier, qu’elle est partout chez elle. L’étranger, homme, est nécessairement lunarisé et obéit à des valeurs féminines au même titre que l’homosexuel.
Le fait que les femmes soient porteuses des enfants n’y change rien, contrairement à ce qu’affirme certains ouvrages comme celui de Jeanne-Elisabeth, Harmoniser les sexes et harmoniser les générations, Paris, R. & C. Bouchet, 1999. On peut certes construire tout un raisonnement à partir de la femme enceinte et qui serait donc moins mobile que l’homme. Il s’agit là de fausses grilles de lecture pour appréhender le féminin et cela explique en partie pourquoi les femmes ne se retrouvent pas dans les repésentations qui leur sont proposées/ imposées. C’est dire toute l’importance de la clarification que nous développons ici. L’étymologie latine de Mère, Mater, nous renvoie à la matière brute solaire. que la lune va structurer. La femme -comme dirait Spinoza, est la substance infinie (solaire) dont dériveront une infinité d’attributs finis (lunaires). En mettant au monde un enfant, la femme se situe à la source d’un processus qui va la dépasser, lui échapper et c’est le propre de la Lune, on l’a dit, de se constituer au delà de l’emprise lunaire. Certes, nous sommes là dans une illusion symbolique puisque en réalité, la lumière solaire disparaitrait sans la lumière solaire. Mais ce qui nous importe, ce n’est pas ce niveau intemporel de vérité scientifique mais l’impact des représentations sur le cours de l’Humanité, aussi fausses aient-elles pu être rétrospectivement : ce qui compte et importe ici, c’est l’arbitraire du signe tel qu’il a été intériorisé. Croire que l’on peut corriger cette nouvelle réalité qui vient se surajouter reléve d’un délire solaire, cela consisterait à verser dans un creuset toutes les oeuvres d’art sculptés dans le métal pour les restituer à leur état premier!:.
La femme a d’abord vocation à gérer le brassage des peuples, des générations du fait d’une part de ses déplacements et de l’autre de la procréation qui réalise des combinaisons inédites. La femme est ainsi foncièrement marquée par l’étranger, par le mouvement dans l’espace social. Dans les familles princières d’Europe, l’on savait qu’une fille ne resterait pas dans sa société de naissance, ce qui explique que tant de rois de France aient épousé des étrangères.
Lorsque l’on traverse une phase féminine (équinoxiale, solaire par le bas), cela implique toujours une forme de recommencement et la nouveauté fait de nous un étranger. On n’est pas étranger par définition à ce qui nous est familier. Un homme, en phase féminine, sera irrésistiblement amené à se confronter à de nouveaux horizons qui s’ils l’enrichissent quelque part l’appauvriront par ailleurs, du fait de la rupture plus ou moins nette avec le passé, ne serait-ce que du fait d’avoir à apprendre une nouvelle langue, à assimiler de nouvelles données que d’autres possèdent. Rien à voir ici avec un pionnier qui s’aventure sur une terre inexplorée car personne n’est là pour lui faire la leçon. Cette étrangeté là, quant à elle, est au contraire très masculine. En tout état de cause, toute personne qui limite, en sortant de son groupe d’origine, ses apports subconscients se fragile et se précarise, du fait qu’elle en viendra, pour éviter une trop grande dépense nerveuse, à s’économiser, donc à diminuer ses performances en terme de communication.

Cyclicité et vie de couple

Il ne faudrait pas croire que le fait de travailler sur de grands ensembles empêche l’astrologue de s’intéresser au couple, dans la mesure même où le couple est la quintessence de la dualité qui traverse le monde. N’oublions pas d’ailleurs que notre rapport aux astres est héréditaire et donc se transmet au niveau individuel et non par on ne sait quel déterminisme qui viendrait directement des astres sans passer par le ressenti personnel. C’est précisément la somme, la résultante des expériences individuelles qui fait événement.
Quand un couple se constitue, deux cas de figure se présentent : soit la rencontre a lieu en phase nivelante lunaire ou elle a lieu en phase solaire. Dans un cas comme dans l’autre, l’on s’expose à des surprises dès lors que l’on passe à la phase suivante.
Nous dirons que le couple en phase solaire est vécu sur un plan assez fruste, instinctif, accordant une importance centrale au sexe et à une attirance viscérale alors que le couple en phase solaire a d’autres exigences, plus intellectuelles, plus sophistiquées. En phase lunaire, une relation entre un homme et une femme d’horizons radicalement différents – c’est le cas des situations exogamiques – sera plus viable qu’en phase solaire, qui implique un plus lourd effort d’intégration..
Si le couple s’est formé en phase lunaire puis passe en phase solaire, l’homme va peu à peu prendre un certain ascendant sur sa compagne, ce qu’elle pourra vivre comme une forme de mépris, un sentiment de supériorité mais en même temps, cette différence qui s’affirmera revêtira peu à peu un certain caractère d’évidence qui permettra une vraie complémentarité et répartition des taches.
En revanche, si le couple s’est formé en phase solaire puis passe, par la suite, en phase lunaire, la relation évoluera tout autrement : au départ, chaque partenaire avait un statut et une position bien distinctes et l’homme parvenait à affirmer et à légitimer ses droits à un certain ascendant moral, intellectuel. Mais, à partir d’un certain moment, la femme n’est plus d’accord à ce sujet, elle ne reconnaît plus à son compagnon une quelconque prééminence, elle se veut désormais vivre sur un pied d’égalité.
A quoi ce changement d’attitude tient-il? Au fait qu’en phase lunaire l’homme n’est plus que l’ombre de lui-même, qu’il n’a plus le charisme dont il jouissait : son étoile a pâli, sa cote baissé. Inversement, lorsque advient une nouvelle phase solaire, l’homme remonte dans l’estime de ses proches, il fait preuve de qualités qui imposent son autorité, il est l’homme de la situation quand les solutions proposées ont fait long feu, ne tiennent pas la route. C’est le come back, c’est le voisin qui devient Superman et qui prend son envol, laissant les autres scotchés au sol, c’est la fable d’Andersen sur le vilain petit canard qui finit par se métamorphoser en cygne. L’homme est l’être des transformations spectaculaires alors que la femme est l’être des changements identitaires. Il ne faudrait pas confondre ces deux processus : dans un cas, l’homme obéit à une programmation comme le passage de l’état de sommeil à celui de veille tandis que dans l’autre cas, il s’agit d’un mouvement plus superficiel et qui concerne des structures peu ou prou aléatoires. Dans un cas, le changement s’opère dans un temps cyclique, historique et dans l’autre dans un déplacement d’ordre spatial, géographique. De même, les clivages sociaux, sous-tendus peu ou prou par la sexuation – sont plus fonctionnels que les frontières nationales. On conviendra que l’astrologie est concernée au premier chef par les distinctions structurelles et programmées plutôt que contingentes et accidentelles. Il est vrai que l’on risque parfois de prendre les unes pour les autres et le rôle de l’astrologie est justement de faire le tri.
La phase solaire d’ailleurs peut créer une sévère distorsion dans le couple avec d’un côté l’homme qui professionnellement monte et qui montre ce qu’il sait faire au plus haut niveau et de l’autre, la femme qui risque fort de se voir remonter à sa place et qui révèle ses limites et son incapacité à voir plus loin que le bout de son nez au risque de provoquer des catastrophes par manque d’anticipation et perception trop étroite et trop personnelle de la situation.
Inversement, la phase de basses eaux conduit à déclarer que ‘le roi est nu », comme dans le conte d’Andersen, ce qui tend à combler le fossé entre le monde d’en haut et le monde d’en bas, non point tant parce que ceux d’en bas acquièrent de nouvelles aptitudes mais parce que ceux d’en haut descendent de leur piédestal, ce qui, conduit, faute de mieux, à recourir, un temps, à des méthodes artisanales, au coup par coup, un peu comme un bateau qui coule et où l’on colmate comme on peut, avec les moyens du bord.
Il ne faut donc pas s’étonner qu’en phase solaire, on parle de la fracture sociale à résorber, comme en 1995, lors de l’élection présidentielle remportée par Jacques Chirac et qu’à d’autres moments, en phase solaire, les immigrés soient sur la sellette et que leur intégration soit remise en cause.. Rappelons cependant le comportement de Jacques Delors alors que Saturne est passé en Poissons : Alfred Grosser écrit à son propos :  » Jacques Delors, le président le plus efficace et le plus respecté que la Commission (européenne) ait connu (…) aurait sans doute été élu président de la République (en 1995) s’il n’avait, pour des raisons peu évidentes, renoncé au dernier moment à sa candidature ». Il faut voir dans ce retrait une baisse de régime caractéristique des effets de la phase solaire sur des personnages de cette envergure mais cela tient aussi au fait que durant cette phase, il y a une certaine confusion des valeurs qui peut donner l’impression à un Delors qu’il ne sera pas entendu. C’est d’ailleurs ce qui était arrivé en 1988 pour Michel Rocard quand il fut choisi comme Premier Ministre au début du second septennat de Mitterrand. Mais si Delors avait connu les phases en question, il aurait su que la tendance se serait inversée au bout de 3 ans, lors de l’arrivée de Saturne à la fin du bélier. Par une sorte de fatalité, toutes les élections présidentielles françaises ont eu lieu en phase solaire depuis la mort de Pompidou au cours de son mandat en 1974: 1981, 1988, 1995, 2002. C’est au niveau des premiers ministres que la phase solaire peut jouer, eux qui ne sont pas élus au suffrage universel. Le système français permet de changer de premier ministre sans changer de majorité et sans procéder à des élections comme lorsque Mitterrand prit Laurent Fabius en 1984 – ce qui correspondit au départ des ministres communistes – en début de phase solaire, lequel prenait ainsi la place de Pierre Mauroy, marqué par la phase solaire de 1981..
En phase solaire, les enjeux s’élèvent et donc toute faute peut avoir des conséquences désastreuses, qui ne se rattrapent pas. En d’autres temps, en phase solaire, les enjeux sont plus limités, plus médiocres et donc une erreur est de moindre importance car on n’a pas grand chose à perdre.
En se mettant en situation d’étrangère, la femme assume pleinement sa condition. Elle évite un mimétisme trompeur qui serait le fait d’une longue fréquentation du milieu dans lequel elle se trouve. En changeant de repère, elle met en évidence ses facultés d’adaptation et relativise par là même ses limites comme cela serait le cas si elle restait sur place. La femme jouit ainsi d’une enviable liberté de mouvement. Or, à partir du moment où elle n’use pas de ce droit, elle se trouvera pénalisée du fait qu’elle n’ a pas adopté une attitude en phase avec sa structure mentale.
La femme est imprévisible en ce que ses propos et ses actes ne respectent pas un quelconque besoin d’unité. Son esprit vogue « comme la plume au vent » (Rigoletto de Verdi). Elle est en phase avec ce qui se passe en elle et en face d’elle mais ce qui se passe change, elle est très réactive. L’homme, lui, surprend surtout par ses baisses et ses hausses de régime. Comme celles-ci sont vécues simultanément par la gent masculine en son entier, un homme n’est jamais déphasé par rapport aux rythmes du monde, à l’instar d’un bateau qui glisse sur les flots. La devise de la ville de Paris est éloquente: fluctuat nec mergitur. La femme, quant à elle, a bien du mal à sentir le vent tourner car l’évolution n’est pas intérieure mais extérieure.
La femme, disions-nous, n’obéit pas à un impératif d’unité, au sens kantien du terme, de centralité. ou plutôt elle a naturellement un sentiment d’unité, d’où l’usage du singulier comme à propos de l’Astrologie, dont elle pose l’unicité comme d’une évidence. La loi qu’elle se donne ne vaut que pour elle. Cette absence de sentiment unitaire aboutit sur le plan artistique à de l’éclectisme, ce qui empêche la femme de produire une oeuvre forte qui transcende la diversité des choses. Entendons par là que l’oeuvre masculine, tant sur le plan artistique que littéraire ou philosophique est reconnaissable en ce que chacune de ses parties est marquée par une force centripète tandis que la femme serait plutôt décentrée, excentrée, marginalisée, centrifuge, à la façon de ces instruments et de ces machines qui sont indifférents à ce qu’ils jouent ou enregistrent. Comparons un interprète et un compositeur: l’un va passer d’un auteur à un autre alors que l’autre imposera un seul et même style. L’homme porte en lui comme une sorte de creuset, de melting pot, qui conduit à une décantation rapide des éléments qu’il perçoit. La femme n’est pas ainsi équipée, d’où une production souvent mal dégrossie, faiblement retravaillée, brute sinon frustre, ce qui ressort davantage dans des oeuvres d’envergure et est moins flagrant dans l’instant pour des petites choses ponctuelles.

Les femmes et l’astrologie

La sexuation est un paramètre absolument crucial pour l’astrologie et pour l’anthropologie sur laquelle elle s’articule. L’astrologie aurait en fait, à la base vocation, à gérer les relations entre le monde féminin et le monde masculin.
En fait, l’astrologie s’est considérablement féminisée au cours de son évolution, ce qui en fausse singulièrement les perspectives. Le thème astral est l’expression d’une astrologie d’en bas alors que l’astrologie mondiale correspond à une astrologie d’en haut. Un tel clivage doctrinal peut être observé dans la littérature astrologique. On notera en outre que le public des cours d’astrologie individuelle est très majoritairement féminin.(cf étude d’Anne Rose, sur le site hommes-et-faits.com)
Cette féminisation de l’astrologie, au niveau de ses enjeux, dénature-t-elle, dévoie-t-elle celle-ci?
On signalera, d’abord, que vouloir utiliser l’astrologie pour cerner ce qui fait la spécificité d’une personne est en contradiction avec la vocation première de l’astrologie. Certes, l’on peut voir dans un tel projet un prolongement du champ de l’astrologie, tout comme le vendeur de télévision ne sait pas à quel endroit chacun de client placera son poste dans sa maison. Si le client veut un conseil sur ce point, il ira voir un décorateur d’intérieur.
Pour passer du général au particulier, l’interface est le praticien qui va sur le terrain. Or, peut-on considérer le thème astral comme une telle interface? En d’autres termes, est-ce que le thème astral peut tenir la place du praticien? On nous répondra évidemment qu’il faut les deux.
Selon nous, le praticien pourrait fort bien accomplir son travail sans thème astral en se servant uniquement de la structure cyclique qui lui est fournie, un peu à la façon dont un psychanalyste applique à l’échelle individuelle des principes très généraux notamment en ce qui concerne précisément la sexuation.
En fait, le thème natal se voudrait être un modèle individuel, ce qui est une aberration, une utopie, une monstruosité sur le plan scientifique, épistémologique. Le thème astral a de quoi fasciner les femmes de par son caractère hétérogène – combinaison de plusieurs signes, mélange de plusieurs planètes – ce qui vient conférer à l’hétérogénéité féminine ses lettres de noblesse. L’homme ne se reconnaît pas dans un pareil habit d’Arlequin, dans un tel patchwork. Mais mettons-nous à la place d’un enfant, dans sa famille, qui apprend à reconnaître tous ses membres, aussi différents soient-ils, à commencer évidemment par son père et sa mère. L’expérience familiale ne prépare-t-elle pas à accepter toutes sortes de généalogies baroques, ne constitue-t-elle pas une grille de lecture du monde où il faut plus apprendre que comprendre et où l’on s’habitue à des cohabitations improbables comme c’est le cas dans les réunions de famille et plus encore lors de mariages réunissant une population souvent très hétéroclite.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le thème astral va à l’encontre du praticien, il prétend le remplacer, puisqu’il se propose de déterminer à sa place comment les astres agiront sur un individu en particulier, tant au niveau du thème natal stricto sensu que des transits qui se forment au cours de la vie et qui s’y référent.
Dans les années Soixante- soixante-dix, un consensus était en train de se former, autour des travaux de Jean-Pierre Nicola et de Michel Gauquelin – tous deux nés en 1929 – qui faisait la part belle aux praticiens en mettant l’accent notamment sur les conditionnements extra-astrologiques et sur le fait qu’une même profession pouvait être vécue de diverses manières. Le clivage entre théoriciens, statisticiens d’une part et praticiens de l’autre était net.
Mais face à ce courant, certains comme André Barbault, prétendirent que le thème natal correspondait à la structure psychique de l’individu concerné, ce qui était visiblement empiéter sur le territoire du praticien et mener, irrésistiblement, le modèle astrologique vers son seuil d’incompétence.
Cette tendance est renforcée chez ceux qui ne considèrent pas la prévision comme le champ privilégié de l’astrologie, ce qui les conduit à surinvestir le thème natal dès lors que l’astrologie ne serait pas en mesure de faire apparaître des variations au cours de l’existence, ces variations étant en effet à la base des prévisions.
De nos jours, s’il y a une astrologie « humaniste » qui met l’accent sur le cycle de la lunaison et qui ne prétend pas à une hyperprécision dans la prévision, on trouve aussi des astrologies qui se veulent totalisantes et capables de cerner au plus près ce qui arrivera à un individu en particulier. On pense notamment aux travaux de Roger Héquet où l’on passe d’une extrême à l’autre : d’un côté une école qui considère que les tendances natales se déploieront d’une façon ou d’une autre tout au long de la vie, selon la formule « Le caractère, c’est la destinée’ et qui éventuellement découpe la vie en phases de quelques années, dont chacune constitue une épreuve spécifique, on pourrait presque dire que chaque phase serait une vie en soi axée sur une certaine problématique à assumer et de l’autre côté, une école qui voit la vie comme entraînée dans une succession incessante d’événements suscités par les diverses planètes, ce qui ne correspond pas à une philosophie de la vie très sophistiquée puisque l’événement prime sur la phase au point que la notion de phase d’une certaine durée et d’une certaine homogénéité thématique transcendant la notion d’événement tend alors à disparaître au profit d’une priorité donnée à la gestion des événements qui se présentent à nous. Dans un cas, c’est une astrologie des questions qui interpellent la personne, dans l’autre, c’est une tentative pour connaître par avance les réponses que la personne donnera car un événement est le fruit d’une réponse, d’une décision. Dans un cas, nous aurions affaire à une astrologie en amont, à la source, qui rend l’individu responsable de la façon dont il relève les défis existentiels qui s’offrent à lui et de l’autre, à une astrologie plus en aval, à propos de laquelle il vaudrait mieux parler de défis événementiels. Au niveau de la sexualité, nous oserions une comparaison un peu osée en opposant l’acte sexuel qui se prolonge dans la longue durée et qui peut ne pas déboucher sur l’éjaculation que serait l’événement ayant lieu à un moment bien précis à l’acte bref qui « ne dure qu’un instant » comme le « plaisir d’amour » de la chanson.
Certes, un individu peut trouver trop vagues des recherches qui visent des centaines de millions de personne – ce qui est pourtant le cas de l’appartenance à tel ou tel signe zodiacal – mais de là à demander au modèle de se complexifier au point de ne valoir que pour lui, il y a là un certain excès de narcissisme.
Il est vrai que certains clients se méfient tellement de leur prochain qu’ils préfèrent que le rôle du praticien soit réduit à la portion congrue, à savoir lire docilement un document fourni par l’ordinateur. C’est d’ailleurs toute la différence entre le profil de celui qui va chez le psychanalyste et de celui qui va chez l’astrologue tel qu’il est généralement défini.
La présence massive de femmes, dans les réunions astrologiques tranche avec la rareté de la présence masculine : quand on interroge à ce propos, il est répondu que les femmes sont plus intuitives, plus proches de ces questions, ce qui tendrait à montrer que l’astrologie, du moins sous la forme qu’elle prend actuellement, serait un révélateur de la sexuation. Pour notre part, le rejet par la gent masculine de l’astrologie, même exprimé par la simple absence, tient au fait que les hommes sont confusément gênés par l’incohérence théorique qui leur semble un préalable à toute pratique. En revanche, les femmes tendraient à accepter la théorie telle qu’elle se présente, avec une certaine indifférence, comme si cette question ne les concernait pas et se persuadent que l’important est ce qu’elles en tireront sur le terrain. En fait l’astrologie actuelle, telle qu’elle s’offre au public des clients et des élèves, nous apparaît, préfigure ce que serait un monde sans hommes, laissé à la seule responsabilité des femmes.
Pendant un certain temps, le monde continuerait à profiter d’un ordre établi par les hommes mais peu à peu tout finirait par se déliter un peu comme ces villes coloniales cédées aux indigènes et tombant peu à peu dans un état de délabrement. Les femmes ne s’y trompent pas qui accourent massivement vers l’astrologie comme vers un savoir paria, diminué et qui pourra se maintenir et survivre par leur ingéniosité et leur savoir faire. L’astrologie, une science féminisée, une sous-culture, une contre-culture.

Les femmes en milieu astrologique

Les astrologues sont schizophrénies comme d’ailleurs beaucoup de ceux et de celles qui ont été élevés dans les religions dites du Livre lesquelles nous enseignent que les femmes sont différentes des hommes et qu’il faut, dans la sphère publique sinon dans la sphère privée, les séparer. L’astrologie, également, selon nous, a vocation à gérer une telle dualité et force est de constater que les astrologues semblent davantage marqués par la modernité ambiante que par le respect d’un tel clivage. Autrement dit, les astrologues trahissent leur propre message, mais déjà le thème natal n’était-il pas une façon de tenter de dépasser un tel clivage en privilégiant l’individualisation sur l’existence de grands ensembles que l’astrologie, dans son cahier de charges, mission de réguler? Ce qui attire les femmes vers l’astrologie tiendrait en réalité à ce que l’astrologie thémique est décalée par rapport à la sexuation, certains allant jusqu’à dire que si le sexe n’est pas visible dans le thème, c’est que la sexuation n’est pas importante pour l’astrologie. C’est l’occasion de rappeler que l’astrologie se doit de s’appuyer sur une anthropologie et que celle-ci ne figure pas dans le thème mais doit se combiner avec lui.
Nous pensons que le milieu astrologique doit montrer l’exemple et respecter nettement la division hommes-femmes. Les Colloques astrologiques notamment doivent respecter une certaine répartition des rôles : les débats doivent être réservés à la communauté des hommes. C’est ainsi que le colloque « Astrologie. Conditions d’existence » organisé les 7-9 octobre 2005 par le MAU fut une réunion entre hommes, les femmes étant en situation de spectatrices. Lorsqu’elles intervenaient ponctuellement leur contribution ne contribuait guère à la dynamique du débat en cours et pourrait être considérée comme fonctionnant sur un mode de résistance, de rappel de données passées et dépassées, ne serait-ce qu’en renvoyant chaque prise de parole à un avis personnel, ce qui casse les perspectives d’un travail collectif. Pour les femmes, d’ailleurs, un colloque est l’occasion pour chaque intervenant de dire ce qu’il sait et non pas de s’engager dans un débat d’idées, avec plus ou moins de bonheur.

Saturne et les femmes

Les femmes, jusqu’à leur ménopause ( littéralement arrêt de la menstruation) dépendent du cycle lunaire, lequel est fort rapide. Les hommes sont reliés à Saturne dont le cycle est considérablement plus long sur la base d’un jour pour un an, soit 360 fois plus lent.
Cette différence de vitesse de cyclicité est certainement une clef de la différence de psychisme entre hommes et femmes. Elles ont du mal à voir à long terme et quand elles s’y essaient, à la façon des hommes, c’est souvent assez hasardeux. C’est d’ailleurs cette difficulté d’anticipation qui conduit les femmes chez l’astrologue alors que les hommes, mieux lotis, n’en éprouvent pas aussi souvent le besoin. En ce sens, un astrologue homme sera mieux à même de conseiller une femme qu’une astrologue femme.
Le psychisme de la femme est donc fonction de la lune et l’on dit de quelqu’un qu’il est lunatique pour dire qu’il manifeste, dixit le Larousse 2006 une « humeur changeante et imprévisible ». On peut comprendre que les femmes soient plus dans le quotidien car le temps pour elles passe moins vite, est moins écrasé par un cycle long. La vie de la femme se divise ainsi en un bien plus grand nombre de phases, sensiblement plus brèves, que celle de l’homme.
L’on conçoit assez bien que ces deux cycles correspondent à une société à deux vitesses, en quelque sorte à la grande et à la petite aiguille.

Un savoir à appliquer

Mais toutes ces tentatives d’expanser le modèle astrologique à l’échelle de chaque individu ne sont pas parvenues à évacuer le praticien et ce, pour une excellente raison, à savoir l’inefficiente des hypermodéles ainsi élaborés. Autrement dit, l’on a cru bon de complexifier le modèle et cela en vain, ce qui conduit tout simplement à alourdir le cursus de formation des astrologues, au grand profit des enseignants.
Ceux-ci n’hésitent évidemment pas à laisser entendre à leurs élèves que l’apprentissage des techniques du thème natal leur permettra de cerner au plus près chaque individualité et ils se gardent bien de souligner qu’au bout du compte, le praticien sera seul en mesure d’ajuster l’astrologie au client et qu’il pourrait tout aussi bien y parvenir avec un arsenal beaucoup plus limité et donc exigeant un apprentissage plus rapide.
Au demeurant, le savoir astrologique pléthorique qui est censé être transmis aux élèves en astrologie comporte-t-il bien des incohérences, à toutes sortes de niveaux mais cela ne préoccupe pas plus que cela un public à forte dominante féminine. Ce public, en effet, instinctivement, sait très bien que les modèles valent ce qu’ils valent et ne leur attache qu’une importance relative alors que les hommes qui sont entrés « en astrologie » tendent à surinvestir le modèle astrologique en le voulant ou en le croyant si parfaits que les praticiens de base n’ont plus grand chose à faire. Le thème natal nous apparaît donc moins comme d’essence féminine que masculine, il s’agit là d’un impérialisme masculin qui ne connaît pas ses limites. Les femmes, pour leur part, n’en demandent pas tant et elles ne croient pas vraiment aux grandes théories, sauf quand elles jouent à se faire passer pour des hommes, en recourant à une langue de bois.
Cependant, le thème natal ne laisse de séduire la gent féminine en ce qu’il symbolise le moi, ce moi, cet ego, qui pèse si lourdement dans la conscience des femmes et qui reste une instance qui leur échappe largement, ce que la psychanalyse ne semble pas avoir souligné. Ce thème devient une sorte de miroir dans lequel la femme se projette. Bien pis, l’astrologue actuel propose un temps sur mesure et qui n’est pas le temps du prochain. Selon lui, et notamment par la technique des transits, mais cela vaut aussi pour la plupart des techniques de progression, notre calendrier événementiel serait individuel tant et si bien que nous ne serions pas sur la même longueur d’onde, même au sein d’un petit groupe, ce qui vient encourager le penchant de certaines à l’idiosyncrasie, à l’exceptionnalité, au cas particulier. Les femmes ont tendance à mieux se souvenir de ce qui les affecte que de ce qui en elles affecte autrui et en ce sens on dira que leur moi social – le « nous » – est faible du fait même du poids du moi personnel dont l’astrologie actuelle ne fait que renforcer et exacerber les contours au lieu de les atténuer. En fait, l’astrologie chassée du champ public parce qu’elle n’était pas parvenue à trouver un accord avec la caste au pouvoir est devenu un art de salon, un discours privé et elle s’en est fait une raison, c’est ce qu’on appelle les délices de Capoue..
Le thème natal nous apparaît comme une déviance flagrante par rapport au message premier de l’astrologie qui est celui de l’organisation de la société. L’astrologie ne se situe nullement du côté de la sphère privée mais elle est au contraire le moteur de la sphère publique; elle n’est pas là pour enfermer les gens dans leur petit moi mais au contraire pour les en libérer. On voit donc qu’au cœur de l’astrologie se joue une certaine lutte des classes et que depuis déjà des siècles, l’astrologie a été appropriée, depuis le XVIIIe siècle, par le monde féminin et plus généralement par une population intellectuellement marginale qui pèse de plus en plus lourd numériquement -ce qui n’est pas sans générer des contradictions – tout comme la vie politique des deux derniers siècles aura été marquée par le suffrage universel et le vote des femmes.
Les hommes, qui n’ont pas à souffrir du boulet d’un tel ego, sont plus libres. Ils ont un sens plus inné du collectif et pressentent mieux son évolution. Selon nous, la femme parle de ce qui se pense en elle en tant que sujet alors que l’homme parle de l’objet qui se présente au groupe. Si la femme est centrée sur elle-même, l’homme, quant à lui, veut être au centre du monde. La femme n’est pour autant ni dans le champ scientifique, en dépit de son côté factuel prononcé, ni dans le champ artistique en dépit du caractère très partiel, fragmentaire, de sa perception. Car tant le savant que le créateur artistique -on ne parle pas ici de l’interprète – sont mus par une exigence de cohérence interne que la femme n’éprouve pas viscéralement et qui confère à tout ce qu’ils disent et font une certaine unité et comme on dit : les grands esprits se rencontrent. Plus l’on est en quête d’unité, plus l’on se met en situation de rejoindre autrui dans ses réflexions. Plus j’essaie d’unifier le champ de mes perceptions en ne retenant que ce qui converge et plus, par cet effort, je me rapproche de ceux qui procèdent de même. Et c’est probablement, ce déficit d’unification, d’aptitude à produire une oeuvre et non point un ouvrage, de la part de la perception féminine du monde, ce qui conduit à une médiocre synergie des activités, qui condamne la femme à des productions de second ordre au regard de la postérité et on ne sait quelle conspiration misogyne à laquelle elle est généralement toute prête à croire.
La femme, elle, « constate » mais que constate-t-elle si ce n’est ce qu’elle ressent, ce qu’elle sait, ce qu’elle « pense » – dans le sens de « à quoi pensez-vous » et non de « que pensez-vous? » et elle s’imagine que tout le monde procède comme elle. En tant que sujet, tout ce qui fait partie de son monde acquiert ipso facto une certaine unité dont elle est le commun dénominateur. C’est cet ensemble baroque, en vrac, qui ne passe pas chez l’homme digne de ce nom. En cela, la notion d’incompatibilité se situe chez la femme, au niveau des personnes – on dira que deux personnes ne s’entendent pas – et non des savoirs et des discours. C’est cette disparité, cette dissonance – qu’elle ne maîtrise pas et dont elle n’a pas pleinement conscience – de ses propos qui trahit la femme, dès lors qu’on ne se contente pas de la saisir dans l’immédiateté. C’est cette unité de fait qui suffit à la femme, unité dont le centre est elle-même, qui la disqualifie pour de grandes entreprises et qui condamne le plus souvent tout travail de longue haleine qu’elle engagerait aux oubliettes, aussi précaire qu’ un château de cartes. La femme ne fournit pas assez d’effort pour défendre son point de vue ni pour cerner la faille chez autrui, deux impératifs pour exister socialement. Trop souvent, le débat entre femmes se situe au niveau des intentions plus que des réalisations. Il y a ceux qui sont bien disposés et ceux qui sont mal disposés et non pas ceux qui ont raison et ceux qui ont tort. Pour une femme, avoir tort ne signifie rien puisque elle ne parle que de ce qu’elle sait et de ce qu’elle est seule à savoir. Le seul grief est alors celui de mentir. Or, pour un homme, le fait de mentir importe peu puisque ce qui compte, c’est la valeur intrinsèque et universelle de ce qui est dit et fait. C’est pourquoi les femmes sont à l’aise au commencement des choses, phase solaire, au stade de la première impulsion, lorsque tout est encore en puissance, en promesse alors que les hommes dominent en phase de différenciation quand il est question de résistance, de durée, comme dans une course où au début tout le monde suit mais où plus le temps passe, plus le peloton s’étire.
Comme l’écrit fort lucidement Jeanne-Elisabeth : Les femmes « se reconnaissent des personnalités différentes et souhaitent que cela ne soit pas nié surtout par les hommes (…) Les hommes acceptent beaucoup mieux de se faire pions, numérotés sous des uniformes semblables lorsqu’ils se constituent en groupes et se donnent des chefs (..) C’est là leur communisme et leur rêve d’égalité qui ne convient nullement aux êtres féminins  »
On peut d’ailleurs se demander ce que les femmes entendent par « égalité’ dans leurs revendications si elles sont si incapables d’en assumer les conséquences. Il s’agit bien là d’un discours masculin mal digéré et mal assumé par les femmes et d’un double langage, où l’on n’en pense pas moins et où l’on veut le beurre et l’argent du beurre.
S’il est vrai que les hommes prétendent parler au nom du groupe et non pas en leur nom propre, ce faisant, ils s’exposent sciemment à la critique et au déni de la part d’autres membres du groupe. De même, en astrologie, il y a ceux, en astrologie du thème natal, qui parlent d’individus que seuls les proches connaissent et ceux qui traitent d’événements dont chacun a le loisir de prendre connaissance, comme en astrologie mondiale. En revanche, celui qui parle en son propre nom ne risque rien puisque cela ne concerne que lui mais alors il n’y a pas débat puisque les autres ne sont pas invités à discuter de ce qui n’est pas censé les concerner. Le problème, c’est que l’affirmation de ce moi, aussi limitée soit-elle, peut tout à fait avoir des implications sur autrui et on entre alors dans un cercle vicieux où ce moi qui ne se veut que moi ne l’est pas vraiment tout en prétendant l’être. Jeanne-Elisabeth fournit donc une bonne analyse du psychisme féminin mais elle n’en tire pas toutes les conséquences en se contentant de dire qu’il n’y a qu’à accepter les femmes comme elles sont, ne voyant pas qu’un tel comportement de la part des femmes est ingérable dès lors que l’on est vraiment dans une structure collective et non au niveau de taches strictement individuelles ou n’impliquant pas un quelconque échange intellectuel au sein du groupe, comme c’est le cas dans les activités d’en bas. Il y a là une sorte de paradoxe: en affirmant ne parler qu’en son seul nom, la femme exprime certes des prétentions modestes mais une telle conduite ne convient pas dans une assemblée se réunissant dans l’intérêt de tous, la res publica (république), la chose publique. Opposition entre sphère publique et sphère privée, entre le collectif et le particulier, entre le visible par tous et le visible, le connaissable du seul entourage. Antinomie entre celui qui parle au nom de tous et qui doit accéder à une certaine synthèse qui transcende les différences et celui qui parle en son nom propre et ne se soucie guère de parvenir à une quelconque unité, qui attend en fait, subconsciemment, des autres qu’il fasse ce travail de décantation et de tri, déballant en vrac ce qu’il a en mémoire en une sorte de coupé-collé et laissant à d’autres le soin de faire le ménage. Cette opposition se résorbe et se résout périodiquement quand la société se fragmente en micro-unités, par temps de pénurie, d’anarchie où il n’est plus temps de penser l’avenir mais il faut simplement survivre comme on peut. La femme devient alors mais alors seulement un acteur à part entière. Faut-il vraiment souhaiter en arriver là? C’est le plan B.
Un des défauts les plus évidents des femmes est la difficulté non pas à anticiper mais à bien anticiper. Quand on anticipe mal, il se produit des choses que l’on n’avait pas prévues. Or, mal anticiper c’est mal connaître et reconnaître le terrain. Et quand on ne sait pas quelles seront les conséquences de nos actes, l’on est tenté d’aller consulter un voyant, un tarologue ou un astrologue. Ce n’est pas en effet que les femmes n’anticipent pas, elles le font par imitation des hommes mais elles ne sont guère douées pour ce faire. Souvent, elles sont obnubilées par un problème et axent tout sur cette perspective à atteindre ou à éviter à tout prix en négligeant d’autres paramètres. C’est paradoxalement quand on cherche à anticiper que l’on montre à quel point on n’est pas fait pour cela.
Les femmes, au travers même de leurs revendications, semblent d’ailleurs ne pas établir de lien de cause à effet entre le comportement et la réussite sociale comme si celle-ci obéissait à des critères extérieures qui ne dépendent pas de nous et de ce que nous sommes. Un peu comme un enfant qui veut sa part de gâteau. Les femmes veulent partager le gâteau avec les hommes comme si ce gâteau venait d’on ne sait où et comme s’il n’était pas fonction de notre contribution à la bonne marche de la société. C’est la théorie de l’Etat Providence appliquée non plus à la redistribution des biens mais à l’attribution des emplois. Or, l’astrologie actuelle en mettant l’accent sur une dimension purement individuelle minimise le poids des clivages sociaux et notamment celui de la sexuation et c’est précisément cela qui attire certains en ce que cela semble permettre d’échapper à un déterminisme collectif : au moment de la naissance qui est celui où le sexe se révèle – du moins en a-t-il longtemps été ainsi – vient se substituer le thème natal où l’individualité s’inscrit. On voit le tour de passe passe.

L’astrologie au masculin

Selon nous, l’astrologie – la vraie – nous parle beaucoup plus des hommes que des femmes. Si les femmes sont intriguées par les méandres de leur moi, les hommes s’inquiètent des sinuosités de leurs potentialités, de leur destinée, ce qui entraîne inexorablement vers l’étude des cycles. C’est dire que les femmes se situent plus dans la spatialité et les hommes dans la temporalité.
Ce qui est bon pour les femmes ne l’est pas forcément pour les hommes et vice versa. L’astrologue doit donc être à la pointe de l’anthropologie du couple.
Un changement d’activité n’a pas le même sens pour un homme et pour une femme. Pour la femme, il peut être une source de renouvellement alors que pour la femme, cela peut correspondre à une régression. Cela tient au fait que l’homme a vocation à approfondir inlassablement son créneau tandis que la femme a une plus grande liberté de mouvement du fait que la société exige et attend moins d’elle.
Nous avons dit que les sociétés étaient divisées en deux niveaux, l’un le masculin, plus fusionnel, plus dans la communion, l’autre, le féminin, aux moyens plus limités, à la communication plus frustre. On comprendra donc que l’accès au niveau le plus bas est plus aisé quelle que soit la société concernée.
Un homme qui émigre, cela n’a pas le même sens qu’une femme qui émigre. L’émigration au féminin est facilitée mais elle ne concerne qu’une intégration au niveau féminin, qui est inférieur. L’émigration au masculin est bien plus pénible à moins que l’émigré se contente de vivre au niveau féminin car l’accès au monde masculin est réservé aux natifs, tant l’appartenance à ce monde est exigeante et ne se réduit pas à l’acquisition de quelques rudiments, à une vision ponctuelle des choses et des mots.
A la Renaissance, la littérature astrologique populaire distinguait les hommes et les femmes pour chaque signe.

L’OPA des psychologues sur l’astrologie

L’astrologie actuelle penche beaucoup plus vers la psychologie et la psychanalyse que vers les sciences sociales.
Par le truchement ou le prétexte de l’astrologie, c’est en fait la lutte entre ces deux grandes voies des sciences de l’Homme qui se manifeste.
Car qu’on le veuille ou non, l’astrologue praticien, aussi dénigré soit-il par la caste des psychologues n’en apparaît -il pas moins comme de la même famille, comme une sorte de parent pauvre, pratiquant un savoir de bas étage. Epistémologiquement, il n’en reste pas moins que l’insistance à traiter de l’individu rapproche astrologie et psychologie.
C’est donc plutôt avec les sciences sociales que l’astrologie est en délicatesse alors même qu’elle pourrait y trouver sa place si elle ne cherchait pas à légitimer le thème natal et laissait le champ individuel hors de son territoire, comme un épiphénomène qu’elle peut sous traiter.
Pour les sciences sociales, l’apparition d’une anthropologie cosmique ne fait pas problème qui n’est qu’une branche que l’on pourrait qualifier de technologique – on pourrait parler de techno-anthropologie – de l’anthropologie générale, à condition de bien situer l’émergence d’une telle cosmo-anthropologie à un stade tardif et certainement pas à un stade précoce.
Le sujet de l’astrologie n’est pas l’individu mais bien le zoon politicon, l’animal politique qui veut mettre en place un système de signaux susceptible de sous-tendre un certain ordre social. Un tel système exige une visibilité aisée à la fois quant à l’émetteur et quant au récepteur puisque les émetteurs annoncent un changement périodique dans le statut des récepteurs.
D’une part, donc, des signaux cosmiques simples, univoques, accessibles à tous les membres de la communauté et de l’autre des entités terrestres simples, faciles à identifier et à repérer, les deux plans étant corrélés.
L’erreur qui a été commise par la plupart des astrologues a tenu au fait que les clivages terrestres sont remplacés par le métalangage astrologique. Au lieu de dire que les femmes sont marquées par certaines configurations célestes, la tendance est de dire que les gens qui ont tel thème natal ou qui sont nés à tel moment réagiront d’une certaine façon aux dites configurations célestes, ce qui fait qu’on ne sort pas de l’astrologie….Au lieu de s’appuyer sur des populations que l’on peut distinguer a priori sans recourir à un quelconque repérage astronomico-astrologique et qui sont identifiables dès la naissance, notamment de par la sexuation, l’astrologue propose une identification au cas par cas, a posteriori, qui exige de connaître le thème de la personne ou du moins son signe.
Approche, on l’a dit d’obédience psychologique et qui exige une certaine secondarité, un temps d’attente pour savoir à qui l’on a affaire face à une approche d’obédience sociologique, marquée par une plus grande primarité et qui exige une perception immédiate de l’autre non pas certes dans sa singularité mais dans son appartenance à une certaine population dont il partage a priori le sort.
D’un côté une astrologie qui cultive la complexité tant des indicateurs cosmiques que des indicateurs terrestres et de l’autre une astrologie qui recherche la plus grande simplicité tant de la part des émetteurs que des récepteurs, les uns étant en phase avec les autres.
Cette lutte interne au sein du milieu astrologique est celle des gens de l’amont avec ceux de l’aval, de ceux qui pensent que l’aval n’est que le prolongement aléatoire de l’avant face à ceux qui pensent que l’amont ne se perçoit que dans le miroir de l’aval et que qui connaît l’aval connaît ipso facto l’amont. Chaque camp cherche à réduire l’autre à la portion congrue.

Une philosophie appliquée
Le propre de toute philosophie n’est-il pas de parvenir à une praxis, comme dirait Marx. Inversement, il n’est pas de pratique valable qui ne soit sous-tendue par une pensée qui sache s’expliciter et dégager clairemlent sa dialectique, Actuellement, le décalage, le hiatus, entre ces deux plans va croissant.
Dans un Occident dont le systéme politique est fondé sur la dualité – bipartisme anglo-saxon du type Démocrates contre Républicains avec primaires internes – l’on ne peut que constater une difficulté à penser la dualité sociale, laquelle, comme le refoulé, revient périodiquement avec une certaine violence. L’on peut d’ailleurs se demander si les partis poltiques ne sont pas un faux semblant qui se substitue aux vrais clivages.
Il est temps de comprendre que le brassage socio-culturel exige des interfaces, des sas, des passerelles, des « bateaux » permettant par exemple aux personnes en fauteuil d’accéder à un trottoir, à une entrée.
L’idée d’une société unique a fait long feu. Paradoxalement;, plus on continuera à parler d’égalité et moins les sociétés s’ouvriront au monde extérieur. Au lieu d’admettre qu’il y a deux vitesses au sein d’une société, l’on préfére parler d’étrangers, extérieurs à la dite société. Autrement dit, l’on serait soit totalement dedans, soit totalement dehors, ce qui génére moult situations en porte à faux.
Le risque principal est que l’on aboutisse à des solutions de plus en plus autoritaires. Si, en effet, au sein d’ »une société prétendument égalitaire – et constituée d’égaux- il y a de plus en plus d’éléments incontrolables, c’est sur eux que l’ordre s’alignera aux dépends des éléments les plus conformes.
La logique lunaire permet une coexistence heureuse entre les gens, lesquelles partagent des codes subtils et complexes, pour qui on n’a pas besoin de mettre les points sur les i.. La logique solaire est plus brute: les signaux doivent être univoques et déclencher de façon automatiques des actions simples :il ne faut pas compter alors sur le bon sens – ou plutôt le sens commun – des exécutants. qui agissent « bêtement ».. Ces deux logiques ne sont guère compatibles et s’excluent mutuellement, les hommes étant avant tout des êtres lunaires et les machines des phénoménes solaires. Toute la question est de savoir comment l’on passe de l’homme à la machine et en fait quelle est l’Histoire de la Machine, sa génése, quelle est la part de l’homme dans la machine et de la machine dans l’Homme.
On nous objectera qu’il est surprenant de faire de la machine une réalité solaire tout en affirmant que ce qui est solaire précéde ce qui est lunaire. En réalité, nous ne cessons de générer du passé : le futur conduit à terme à du passé. Il s’agit plus d’un probléme synchronique que diachronique. Nous préférons parler de haut et de bas que d’avant et d’après. L’espace solaire est un trou noir qui engloutit tout ce qui meurt, qui se fige. Certes, nous avons écrit que la lune était liée à la mort mais il faudrait plutôt parler de survie, de vie au delà. alors que le soleil, lui, ne fonctionne -comme la science dure – que sur ce qui se sclérose et se cristallise. Il y a dans les sciences humaines des éléments solaires, c’est le cas du subconscient collectif, c’est le cas de ceux qui se dégagent de leurs appartenances sociales d’origine pour errer dans un noman’s land individuel, se fondant sur des substrats solaires des plus primaires. . Le probléme, on l’aura compris, c’est que le monde diabolisé lunaro-plutonien est celui de notre Humanité alors même que nos traditions nous affirment, bien à tort, que nous sommes avant tout du côté du soleil et de Proserpine!

QUATRIEME PARTIE

VACHES GRASSES ET VACHES MAIGRES

Il est question dans la Bible du rêve de Pharaon à propos de sept vaches grasses dévorées par sept vaches maigres. Joseph le juif interpréte ce rêve comme signifiant sept années d’abondance et sept années de disette.
L’astre qui est garant des phases de sept ans est Saturne, dont la révolution est d’environ 28 ans, chiffre qui évoque étrangemen la révolution de la lune, de 28 jours environ. La Lune, quant à elle, détermine des semaines de 7 jours.
Ce lien entre la Lune et Saturne n’a pas échappé aux Anciens lesquels ont fini par comprendre que les hommes ne pouvaient pas fonctionner uniquement par rapport au cycle bien trop bref Soleil-Lune. D’où la transposition de ce cycle sur le plan d’astres nettement plus lents, avec notamment Saturne dont le personnage allégorique est porteur d’une faux évoquant un croissant de lune. Ainsi, parallélement au calendrier scandé par les rencontre de la lune et du soleil , il y aurait un autre calendrier à caractère saturnien et découpant le temps en tranches beaucoup plus larges.

L’humanité actuelle ne parvient à maîtriser correctement ni son processus d’agencement hiérarchique ni son processus d’organisation cyclique. Or, l’astrologie – bien comprise – a pour vocation principale de gérer de telles questions. Le malheur, c’est que nous avons affaire aujourd’hui et d’ailleurs depuis longtemps à une astrologie dévoyée, discréditée qui ne peut et ne sait accomplir sa mission et se perd dans des activités pour lesquelles elle n’est pas faite. Il importe donc que l’astrologie se recentre, se resource autour de ses matrices que sont sur le plan symbolique le soleil et la lune et sur le plan astronomique Saturne et l’axe des étoiles fixeds Aldébaran-Antarés
Car le régne de l’astrologie ne sera point restauré tant que nous ne percevrons pas le monde, en quelque sorte, à ciel ouvert. Les notions de solarité et de lunarité doivent s’imposer et autour de nous nous devons décoder le monde grâce à cette grille. Il y a des comportements de l’ordre du solaire et d’autres de l’ordre du lunaire et il est essentiel de saisir en permanence une telle ligne de partage d’autant que nous ne cessons de basculer du solaire vers le lunaire et du lunaire vers le solaire, c’est à dire en vivant successivement des phases solaires et d’autres lunaires. Inutile de préciser que cette typologie solunaire est cent fois plus performante et pertinente qu’une division en un nombre plus important de phases.
Une fois que l’on a accepté ce principe d’une alternance des valeurs solaire et lunaire, encore faut-il déterminer quel est le cycle qui sous-tend une telle alternance. Ce ne sont évidemment pas les cycles qui manquent mais ce n’est pas du côté des luminaires, paradoxalement, qu’il faut aller y voir . Ce serait trop simple!.
En effet, si toute dualité sur le plan conceptuel passe selon nous par la polarité soleil-lune, en revanche, le soleil et la lune, en tant qu »astres dotés d’une certaine cinétique ne correspondent aucunement aux vecteurs, aux supports optimaux, de par la rapidité de leur intercycle.
Pour qu »un phénoméne social puisse faire sens, il faut qu’il se déploie dans une certaine durée et pour cela il importe que l’intervalle entre le début de deux phases successives ne soit pas trop bref. Il ne viendrait à l’esprit d’aucun groupe de ne se donner que quelques heures ou quelques jours pour accomplir telle ou telle tâche. Parfois, certes, une catastrophe naturelle impose sa loi et il faut réagir très vite mais l’astrologie, qui est le fait des hommes, n’a rien à voir avec ce type d’événement.
Si au niveau individuel, le temps semble plus bref, il ne l’est pas au niveau collectif. Plus il y a de gens pour faire quelque chose, plus cela prend du temps et plus il faut leur donner du temps pour que chacun puisse trouver le temps de faire ce qu’il a à faire. Par exemple, quand une foule entre dans un stade ou en sort, il lui fautn une marge de temps même si l’acte à accomplir est simple. L’on peut calculer le temps qu’il faudra pour que tout le monde soit entré ou sorti.. Et d’ailleurs un événement à l’échelle politique est la résultante d’une myriade de micro-événements qui s’additionnent et font boule de neige. Il faut comprendre cependant que chacun de ces micro-événements est imprévisible quant à sa nature exacte (lieu, date), il n’est en fait qu’une réalité statistique, une probabilité s’inscrivant dans un certain laps de temps. Il faudra que le dit micro-événement ait lieu entre le point A et le point B, les deux points pouvant être séparés de plusieurs mois voire de plusieurs années.
Passons au signal. Si l’on admet que nous soyons dans un stade, assistant à une compétion sportive, conçoit-on que le tableau d’affichage change constamment de place? Il est bien préférable, on en conviendra, qu’il soit fixe. Or, la lune rencontre le soleil chaque fois en un lieu différent mais encore peut-on dire, du moins pour ce qui est de la pleine lune, que sa lumière compense un tel inconvenient. En cela, elle ne connait guère de rival (e). Or, pour que le signal auquel réagir soit fixe, la meilleure solution semble, à l’évidence, de choisir comme repére un point fixe, ce qui n’est pas le cas d’une planéte, quelle qu’elle soit, le soleil y compris qui se comporte, géocentriquement, comme telle. Quel meilleur choix dès lors qu’une étoile fixe particulièrment remarquable?
Bien entendu, il importe d’associer à l’étoile fixe ainsi choisie, un astre plus rapide, une planéte par conséquent, permettant néanmoins de baliser des phases suffisamment amples mais point à l’excés. Saturne, l’astre le plus lent parmi les planétes connues de l’Antiquité – puisque nous nous situons ici dans un âge fort lointain – conviendrait.
Il ne s’agissait nullement de se contenter du retour de Saturne en conjonction avec l’étoile fixe choisie, tous les 29 ans, ni même de leur opposition, tous les 15 ans environ, ni même de leur quadrature survenue entre temps, ce qui constituerait, au final, un balisage de 7 ans en 7 ans. On notera à ce propos la similitude des chiffres avec ceux de la Lune dans son rapport avec le Soleil – avec ses semaines de sept jours – sur la base d’un jour pour un an, qui dut aussi peser sur le choix de Saturne.
Autrement dit, Saturne se trouvait ainsi acquérir le statut de la Lune alors même que selon la vulgate astrologique, le principe saturnien est à l’opposé du principe solaire! Dites à un astrologue que la lune est saturnienne et il lévera les bras au ciel – c’est le cas de le dire- et vous traitera d’ignare, qui ne connaissez et n’avez rien compris à l’astrologie. Il conviendrait de comprendre ce qui a pu conduire la tradition astrologique à opposer la lune à Saturne
Il suffit d’ouvrir le Tétrabible de Ptolémée (IIe siècle de notre ère), pour relever que dans cet ouvrage, l’on place soleil et lune côte à côte dans le zodiaque, respectivement en lion et cancer et il en est de même pour les exaltations, autre dispositif plus anciennement attesté où le soleil est en bélier et la lune en taureau, ce qui les place à nouveau ensemble. Certes, soleil et lune se rejoignent-ils chaque mois, produisant ainsi ce que l’on appelle une nouvelle lune, ce qui détermine le début du mois lunaire mais il s’agit là d’une donnée astronomique et cyclique, non d’une donnée symbolique.. Et Saturne est placé à l’opposé zodiacal des luminaires comme étant la planéte la plus lente, en capricorne et en verseau en domicile et en balance en exaltation, ce qui correspond aux saisons les plus froides : hiver et automne. Autrement dit, c’est le dispositif de ce que l’on appelle les Dignités Planétaires qui ne dispose pas correctement les luminaires en ne les plaçant pas face à face comme il le devrait. Tant que l’astrologie continuera à placer ceux-ci à la suite l’un de l’autre, dans le zodiaque, il y aura probléme au niveau de la logique symbolique. Si la Lune doit être placée quelque part, c’est aux côtés de Saturne et en opposition diamétrale avec le soleil, comme c’est d’ailleurs le cas pour Mars et Vénus, lesquels sont placés, en domiciles, dans des signes contraires: bélier-balance mais là encore si l’on syncrétise les dispositifs des domiciles et des exaltations,- comme ne se génent pas de le faire les astrologues praticiens – on arrive à une aberration avec la balance signe d’automne domicile de Vénus et le scorpion, signe d’automne également, exaltation de Mars. Qu’on ne vienne pas ensuite dire que l’astrologie s’appuie sur le cycle des saisons!
Saturne a donc pris le relais de la Lune, il en est en quelque sorte l’octave supérieure, tout comme il est en affinité avec Pluton qui d’ailleurs devrait être le vrai nom de la planéte. Car le nom même de Saturne est assez peu heureux au regard du symbolisme saisonnier.Autre lacune grave de la tradition astrologique que de n’avoir plus disposé; pendant des millénaires, de la dialectique Pluton-Proserpine/Cérés si fondamentale. Il aura fallu attendre le XIXe siècle pour que ces divinités fassent leur réapparition au niveau astronomico-astrologique : Cérés en 1801 et Pluton en 1930.
Il est évident que si Cérés est la déesse des moissons, elle est en affinité avec le soleil, l’Eté étant une saison qui est directement tributaire non plus du feu lunaire mais du feu solaire (cf Laura Winckler, Femme, fille de déesses. Ses visages cachés, . Paris, Nouvel Angle, 2006) La dialectique Pluton-Proserpine établit clairement le caractère solaire du féminin et lunaire du masculin. La théorie des anges ne dit rien d’autre qui attribue la lune à l’ange Gabriel celui qui vient annoncer à la Vierge Marie qu’elle sera enceinte, le nom même de Gabriel étant typiquement masculin de par son étymologie hébraïque (guever: l’homme)
On a donc un trio Lune-Saturne-Pluton qui constitue une unité astronomico-mythologique masculine et qui va graviter autour d’un autre trio Soleil-Proserpine-Etoile fixe, en l’occurrence, selon nous, Aldébaran, qui reléve de la constellation printanière du Taureau et qui se trouve, en zodiaque tropique, dans le signe printanier suivant des Gémeaux. Bien entendu, viennent se greffert symboliquement sur ces deux pôles d’une part la nuit et les saisons automne-hiver d’une part et le jour et les saisons printemps-Eté, de l’autre.
La constellation du Taureau est liée à un animal ayant joué un rôle essentiel dans l’Histoire et la Préhistoire – l’auroch – de l’Humanité – un rôle déterminant mais cette constellation correspond au printemps et donc est dotée d’une dimension solaire. A l’inverse, Mithra . ( cf R. Turcan, Mithra et le mithriacisme, Paris, PUF, 1981, Lise Surmely, Dieu ancien, dieu nouveaun Mithra l’ami des hommes, Ed. de la lumière (57), 1997 ) qui affronte le taureau serait un personnage solaire, incarnant bel et bien le combat entre plan solaire et plan lunaire. Il serait à rapprocher d’Antarés., le coeur du Scorpion. Il y a dans la Lune, une dimension satanique, diabolique, diamétralement opposée au soleil; : c’est lorsque la lune se dresse face au soleil qu’elle est la plus brillante et qu’elle passe de l’état de croissant à celui de disque.. Rappelons qu’Aldébaran-Antarés forment un axe stellaire naturel.. .
De même, en face du taureau, c’est bien plus probablement un aigle qu’il faut placer qu’un scorpion. (cf A. Volguine, Le symbolisme de l’aigle). D’ailleurs, dans le tétramorphe, que l’on retrouve notamment dans le Livre d’Ezéchiel, dans l’iconographie des quatre évangélistes, sur les cathédrales (Chartres), dans le Sphinx, et dans l’arcane du Tarot « Le Monde’, c’est bien l’aigle qui fait face au taureau. L’autre diagonale, qui oppose le Lion à l’Homme, pourrait être celle du soleil à la lune, si l’on admet que le lion puisse symboliser par sa couleur l’astre du jour et l’homme l’astre de la nuit, surtout si l’on admet que les premiers hommes étaient noirs. Il nous semble cependant que nous sommes en présence de deux zodiaques, un zodiaque saisonnier à quatre pôles (équinoxes et solstices) et un zodiaque lunaire à douze pôles (les 12 mois). Le tétramorphe correspond évidemment au zodiaque saisonnier et semble avoir interféré avec l’autre zodiaque, comme cela ressort notamment pour le Lion qui n’a vraiment rien à voir avec les travaux et les jours de la vie rustique et champêtre.
Sur le plan cyclique, il reste en lice les configurations formées par Saturne dans son rapport à Aldébaran, ce qui détermine quatre « semaines » de 7 ans avec des moments où les valeurs lunaires sont fortes et d’autres – puisque cycle il y a – où elles sont faibles. et que l’on peut donc qualifier de solaires. On retrouve cet équilibre entre Pluton et Proserpine, impliquant un partage équitable du temps..
Cette alternance de moments solaires et lunaires débute à la conjonction Saturne-Aldébaran, qui correspond au début d’un « mois » de 30 ans environ. Chaque semaine résume les quatre saisons: une première demi-semaine de 3 ans 1/2 correspond au printemps et à l’Eté, les « bonnes saisons » et une seconde demi-semaine de la même durée à l’automne et à l’hiver et ainsi de suite pour les semaines suivantes. On appellera évidemment « lunlaire » la premère demi-semaine et « solaire » la seconde.
Quant aux significations attribuées à ces notions de solaire et de lunaire, elles sont fonction de la représentation que l’on se fait des valeurs lunaires et solaires., la phase solaire favorisera tout ce qui, dans nos sociétés, est de l’ordre du féminin et la phase lunaire tout ce qui est de l’ordre du masculin. La phase lunaire empêche le monde d’être totalement solaire et vice versa. Un peu comme avec la tapisserie de Pénélope, les choses se font puis se défont puis se refont….On retrouve là le principe des équinoxes et des solstices: au plus fort d’une phase, il y a un moment où il y a un retour en arrière (solstice) qui raméne au point de départ (équinoxe). On aura compris que le début d’une phase n’est pas le moment le plus fort de la phase puisque l’on est encore dans un état équinoxial. Il est donc absurde de confondre le signal avec ses effets qui ne pourront qu’etre décalés dans le temps. En d’autres termes, on en arrive au paradoxe suivant, à savoir que lorsque les événements les plus marquants se produisent, le signal n’est pas en train de se manifester mais s’est déjà mainifesté depuis belle lurette. Ne pas comprendre cela, c’est dès lors s’exposer à de graves erreurs de pronostic et annoncer quelque chose quand il n’y a rien et ne rien annoncer quand il y a quelque chose….
Quant à l’idée de vouloir « mieux » cerner ,préciser, les événements en multipliant les paramétres, les cycles, c’est un point de vue parfaitement suicidaire dont on doit le « manifeste » à un Jean-Baptiste Morin de Villefranche dont on célébre en 2006 le 350e anniversaire de la mort.

Apprendre à penser solunaire

Ce que l’on pourrait appeler la pensée solunaire, cela signifie comprendre que toute proposition est vraie comme l’est son contraire, il y a toujours un revers à la médaille. Ce qui est vrai en phase solaire est faux en phase lunaire et vice versa. Ce qui est faux ne l’est jamais que temporairement tout comme ce qui est vrai parce qu’il y a toujours besoin d’un équilibre entre deux mouvements opposés.
Ce qui ne fait pas sens au niveau solaire fera sens au niveau lunaire et vice versa. Rien de ce que les hommes font, ont fait, feront, n’est dépourvu de sens dans l’absolu mais uniquement dans le relatif. A un moment donné, il y a du vrai et du faux mais non sur le long terme. Si l’on ne comprend pas cela, l’on construira sur du sable.
C’est ainsi qu’en phase lunaire, certains clivages s’estompent au profit d’autres au point que l’on peut croire qu’ils sont dépassés mais ils vont revenir avec une nouvelle vigueur en phase solaire et inversement.
Tout se passe comme si notre monde vivait alternativement sur un mode solaire et sur un mode lunaire et qu’il balançait entre les deux.
Il importe donc d’identifier les structures d’ordre solaire et celles qui sont d’ordre lunaire si l’on veut être en mesure de prévoir le cours des choses, les mutations à venir en sachant que la question n’est pas de savoir si quelque chose arrivera mais seulement quand puisque tout peut arriver et doit arriver un jour ou l’autre et que tout va recommencer tôt ou tard, en un éternel retour.
Notre monde est à deux étages et il faut impérativement savoir ce qui se trouve au premier et au second étage et quand le temps est venu de vivre au premier ou au second. On retrouve la sagesse de l’Ecclésiaste, il est un temps pour chaque chose. Encore faudrait-il savoir ce qu’est chaque chose et quel est le temps de chaque chose. Sinon, on ne peut vivre qu’empiriquement sans avoir une idée qui est impart pour chacun de ces choses dont il est question.
Le stade solaire, on l’aura compris, est le plus ancien, celui qui transcende et dépasse nos constructions culturelles fondées sur l’éducation, la langue, le droit, autant de valeurs solaires. En revanche, le stade solaire se veut dépassement des divisions les plus lointaines de la mémoire de l’Humanité. On retrouve bien là une querelle des Anciens (soleil) et des Modernes (lune)
Prenons le cas le plus flagrant, celui du clivage hommes-femmes. Ce clivage sera ressenti plus nettement en phase solaire qu’en phase lunaire et en phase lunaire, on pourra même se payer le luxe de ne plus en tenir compte mais cela ne vaudra que jusqu’à la phase solaire suivante. Cela fait penser au mythe antique de Sisyphe dont Camus faisait une allégorie de la condition humaine. L’on monte et il faut ensuite redescendre, tout comme le soleil qui ne peut aller au delà du solstice.
Donc, en phase lunaire, tout semble devoir passer par le culturel, tout passe par l’éducation et tout enfant qui nait n’est porteur de rien d’autre que ce qui lui sera inculqué par son milieu. Etre un homme ou une femme ne fait alors sens que par rapport à ce qui nous en est dit et de ce qu’on en décide. Le seul cadre pertinent est celui de la nation, de la religion, de la langue et d’une génération à l’autre, l’on peut en changer comme de chemise par le truchement des lois.
Mais vient la phase solaire qui est celle d’une anamnése sociale, d’un retour du refoulé – Chassez le naturel, il revient au galop. Le solaire c’est Icare qui s’écrase après avoir voulu monter trop haut. La bulle « solaire » éclate. Il faut savoir ne pas aller trop loin dans le déni d’un passé millénaire.
C’est ici que la mémoire peut nous tromper: si l’on évoque tel événement, il convient de déterminer s’il s’est produit en phase solaire ou solaire et seul ce qui a eu lieu en phase solaire dans le passé est pertinent pour appréhender d’autres phases solaires et vice versa, évidemment en phase solaire. Il ets bien vain de produire des contre-exemples puisque le monde ne cesse d’en fournir. Il importe de saisir la nécessité d’une telle dualité et son caractère nécessaire.
La seule question est bien celle qui consiste à être en adéquation avec la phase dans laquelle on se trouve encore ou dans celles dans laquelle on s’apprête à terme à pénétrer. En fait, on n’a jamais raison ni tort très longtemps.
Il y a donc un temps pour oublier qu’il y a des hommes et des femmes – phase solaire – et il y a un temps – phase solaire – pour s’en souvenir et de faire usage de cette différence aux fondements si anciens. . On aura compris que le clivage hommes-femmes est solaire tandis que le clivage entre les Français et les Polonais, par exemple, est solaire.
Paradoxalement, ceux qui affirment que les hommes et les femmes ne se distinguent pas sur le plan culturel sont solaires quand bien prétendraient-ils remonter à un temps où cette différence n’aurait soi disant pas existé. Nier le différentiel hommes-femmes, c’est bel et bien un discours solaire.
Un cas particulièrement délicat concerne les Juifs : on ne cesse de débattre sur le fait – pour employer notre terminologie – qu’ils seraient d’ordre solaire ou lunaire. Apparemment, Hitler les situait sur le plan solaire, c’est à dire qu’il pensait qu’ils ne pouvaient s’assimiler au sein d’un ensemble national quelconque, qu’ils étaient réfractaires au creuset dans lequel les autres nationaux se fondaient. Nous dirons qu’en phase lunaire, ce genre de débat est éclipsé au profit de rivalités entre nations. L’avantage de la phase solaire, c’est qu’elle tend à minimiser, ignorer, à vouloir balayer, les différences régionales, locales, ce qui favorise, ipso facto, la formation des unions supranationales et des empires mais en même temps d’autres clivages remontent à la surface qui vont introduire d’autres séparations. On n’en sort pas!
Il ne faudra donc pas s’étonner que la phase solaire favorise le racisme, la lutte des classes, le sexisme, une certaine forme d’antismétisme tandis que la phase solaire exacerbe le respect des frontières, l’ union nationale et refuse tant qu’elle peut l’internationalisme, le cosmopolitisme.En revanche, la phase lunaire est marquée par l’idée d’intégration sociale: 1789, 1936 en privilégiant l’entité nationale. Ce que l’on appelle les conquétes sociales est fonction paradoxalement d’un certain nationalisme. En 1914, triomphe du nationalisme sur les discours pacifistes d’un Jaurés assassiné qui parlait d’une solidarité de classe. En revanche, en 1917, la Russie fait la Révolution bolchévique et signe une paix séparée avec l’Allemagne. : on est passé en phase solaire et le sens des combats de nation à nation se perd, ce qui explique les mutineries en France, après Verdun. Le ressort national ne répond plus.

Les deux sexes face au subconscient.

Il est essentiel, on l’aura compris, de bien distinguer les structures psychiques de l’homme et de la femme, même si, à certains moments, les sociétés tendent à les dépasser (phases lunaires) car un tel dépassement n’est que passager et les différences réapparaissent de plus belle au bout d’un certain temps, ce qui ne peut qu’hypothéquer l’avenir si l’on n’en assume pas bien les conséquences
Nous dirons que chez la femme, ce qui est le plus structuré, c’est son subconscient et tout ce qui est de l’ordre des automatismes, à commencer évidemment par le long processus de procréation alors qu’au niveau du conscient, la perception est plus chaotique. Inversement, chez les hommes, le conscient est mieux établi alors que le subconscient ne constitue pas un atout puissant. C’est pourquoi les hommes sont plus dépendants du monde qui les environne et les femmes plus autonomes puisque, par définition, le subconscient – au sens où nous l’entendons – échappe au conditionnement extérieur. C’est sur de telles bases que peut s’établir la complémentarité hommes-femmes. Chez la femme, c’est le subconscient qui rassure par sa simplicité alors que chez l’homme, c’est la façon dont il gére ses rapports socioprofessionnels qui sécurise.
Parmi les hommes, les créateurs sont les plus féminins en ce qu’ils font appel à des forces subconscientes qui ne leur viennent pas de leur environnement mais d’une force intérieure qui transcende et transfigure la culture dans laquelle ils baignent.

Cycles et phases

Ce que nous appellerons le Modéle Uni-Cyclique (MUC) articule une donnée proprement astronomique, la série de configurations formées par les intervalles déterminés entre Saturne et Aldébaran et une donnée symbolique, à savoir l’alternance des principes solaire et lunaite, affectés à l’alternance des dites configurations.
Il est en effet essentiel de distinguer ces deux vecteurs: le couple Saturne-Aldébaran fixant les limites des phases mais non pas leur signification. Autrement dit, ni Saturne, ni Aldébaran ne sont ici porteurs de sens, ce sont uniquement des signes, des signaux invitant au changement mais la nature du dit changement n’est pas de leur ressort. Ce sont les hommes qui fixent la signification des phases en recourant analogiquement aux valeurs soleil-lune. On dira que Saturne et Aldébran sont ici traités en tant que signifiants et les luminaires en tant que signifiés. Le premier couple est présent physiquement mais dénué de toute substance psychique tandis que le second couple est absent physiquement – il ne fait que donner son nom aux phases mais non sa réalité – mais lourd de sens.
On aura compris que la phase lunaire favorise plutôt un idéologie d’intégration sociale et la phase solaire une idéologie de guerre civile – où se révément des clivages occultés par la phase lunaire – et nous trouverons donc remarquable que le monde occidental, de façon en quelque sorte subconsciente, ait adopté un systéme bipartite permettant une certaine alternance des équipes et des programmes. Parfois, on a d’ailleurs l’impression que les uns défont le travail des autres mais il s’agit là d’une sorte de pacte entre deux systémes de valeur, qui ont chacun leur légitimité et qui se résument à ce qui s’est conclu entre Pluton et Proserpine.
Dans cette dernière partie, nous nous efforcerons d’appliquer ce quatuor à la fois réel et virtuel à l’Histoire des sociétés humaines. Selon ce qui a été dit ici, les phases solaires – notamment en leur milieu – seront éprouvantes pour les populations à fort coefficient solaire et vice versa.
Il n’est pas question dans le présent ouvrage de développer les applications de notre modéle cyclique. Que l’on se contente pour l’heure, de façon empirique, de s’exercer à percevoir autour de soi l’alternance entre le temps solaire et le temps solaire. Le temps lunaire est celui du dépassement de l’hérédité : on met en place des superstructures visant à unifier le monde et à relativiser les anciens clivages – depuis la sexuation jusqu’à la division des classes – on pense à la Nuit du 4 Août 1789 moment solaire s’il en est, celui de l’abolition des priviléges. Mais ce temps lunaire céde tôt ou tard la place au temps solaire – et ainsi de suite d’ailleurs- c’est à dire que les « acquis » de la période lunaire se trouvent compromis par un certain retour du refoulé. Chassez le naturel, il revient au galop!
Si le temps solaire n’existait pas, le temps lunaire aurait le champ libre et l’Humanité serait effectivement parvenue à se reprogrammer totalement comme elle a eu souvent l’illusion. Il y a un mirage sinon un miracle lunaire. Mais le retour inéluctable du temps solaire remet les pendules à l’heure. On ne peut pas ignorer la réalité solaire qui est en fait une réalité lunaire ayant fini, à la longue – dans la très longue durée- par s’institutionaliser. Le temps lunaire nous fait penser à une bulle qui ne cesse de gonfler et qui finit toujours par éclater parce qu’elle ne connait pas ses limites.
Nous avons dit que l’homme était lunaire, qu’il est celui qui est en rivalité avec la Nature alors que la Femme est beaucoup plus proche de celle-ci – elle serait donc solaire. . Il y a là un paradoxe quand on voit précisément les femmes tant espérer de ce que nous appelons une phase lunaire…..Les femmes sont bel et bien partagées: elles incarnent un ordre très ancien et en même temps les hommes, au nom même de leur lunarité, leur ont fait miroiter des changements. D’ailleurs, ne voit-on pas de nos jours toutes sortes de populations – notamment immigrées- se plaindre que des promesses n’ont pas été tenues, que l’on n’a pas été capable d’aplanir les différences comme on s’y était engagé?
La phase solaire nous invite ainsi à raison garder. Oui, il y a un temps pour les promesses mais il y a aussi un temps pour constater que le monde résiste, que ce qui a été construit ne se déconstruit pas aussi facilement qu’on l’imaginait. Il faut alors faire preuve d’humilité, prononcer son mea culpa, du fait d’un péché d’orgueil. On a trop promis!
Dès lors que l’on a en tête l’alternance soleil-lune, l’on parvient à dédramatiser ce type de situation, d’en appréhender les ressorts. Oui, il y a un temps pour rêver que tout est possible et un temps pour faire amende honorable et reconnaître son impuissance du fait de garde fous qui ne permettent pas de faire n’importe quoi.
Lorsque les hommes en arrivent à resipiscence, le monde solaire se réjouit mais en même temps c’est une victoire à la Pyrrhus en ce qu’il s’attendait à ce que le monde solaire se sabordât. Dialectique décidément complexe et quelque peu tordue où le solaire se voit protéger contre lui-même par les phases solaires qui l’empêchent de réaliser ses fantasmes les plus fous. Un adage dit que le pire qu’il puisse arriver à quelqu’un est de réaliser tous ses voeux! Et où le solaire attend des merveilles de la phase lunaire qui lui permettra d’échapper à sa condition.
Le plan solaire est à la fois chaotique et, par réaction, extrémemement réducteur – passant du tout au presque rien – alors que le plan lunaire se sirtue dans un juste milieu, à échelle humaine.. Nous vivons dans un environnement qui nous renforce de plus en plus dans notre solitude, c’est à dire dans un sentiment de perte de solidarité, dans un climat d’étrangeté… A chaque instant, nous nous apercevons que la moindre faute de communication que nous pourrions commettre risque de dégénérer parce que nos interlocuteurs n’ont le plus souvent pas les moyens de comprendre ce que nous avons vraiment voulu dire et lorsque nous parvenons à nous faire entendre, c’est parce que nous nous sommes résigné à envoyer les messages les plus simplifiés et donc les plus réducteurs. En termes linguistiques, nous dirons que le monde ne réagit plus à des phrases mais à des mots. Or, les mots doivent être contrôlés et déterminés par une syntaxe. Nous dirons que notre monde est un monde désyntaxisé. En fait, pour beaucoup de nos contemporains , l’on ne sait plus lire un texte, on ne sait plus qu’en retenir quelques bribes comme lorsque nous lisons un livre dans une langue qui nous est étrangère, ce qui nous améne alors à deviner ce que le texte signifie : ce n’est plus le contexte qui éclaire les mots mais les mots qui sont censés déterminer le contexte! La part de ce qui est solaire en nous, c’est ce qui est de l’ordre de l’analyse, du détail – c’est l’ induction, d’où passage du signifiant vers le signifié – alors que ce qui est solaire en nous implique une perception globale, par déduction, on va du signifié vers le signifiant.. Celui qui est étranger ne peut fonctionner que par induction; or tout ce qui échappe à notre conscience bascule de la déduction à l’induction. Nous préférons -on l’aura compris – employer « soleil – lune » plutôt qu’anima et animus car associer anima à la femme et animus à l’homme ne nous avancent guère tant que nous n’avons pas défini ce qui était masculin et féminin. De même, cela nous semble-t-il préférable à l’opposition « cerveau » gauche et « cerveau » droit…. En revanche, revenir vers la matrice soli-solaire est plus éclairant, sachant que la lune domestique en quelque sorte le soleil, qu’elle est comme une clairière défrichée au milieu de la jungle, un pré carré, introduisant son propre ordre du monde. Toute l’histoire de l’Humanité aura consister à apprivoiser un environnement hostile ou indifférent pour génrer un nouveau soleil, un nouveau centre, sur un autre plan. En ce sens, la Lune nous apparait comme un anti-soleil, comme une alternative au soleil. Mais comme dans le rapport Pluton-Proserpine, l’homme plutonien – et le plutonium est un élément crucial de l’énergie nucléaire – .
doit pactiser avec la Nature solaire incarnée par Démeter-Cérés, mère de Perséphone. Cela signifie qu’il doit faire appel à des processus cycliques, à divers automatismes externes et internes qui ne peuvent pourtant que l’aliéner au risque de perdre son âme. En ce sens, Pluton – Hadés serait Faust, payant très cher sa démesure, et Proserpine le Diable, contrairement à ce que l’on tendrait à penser. C’est dire que selon que l’on est solaire ou solaire, les enjeux et les tentations ne sont pas les mêmes. Le XXIe siècle devrait nous ouvrir les yeux: qui ne voit que notre civilisation européenne est de plus en plus à la merci de ses anciens esclaves, tant humains que mécaniques et qu’elle ne saura résister que si elle parvient à faire que le progrés passe en elle et non pas seulement par elle. Nous avons construit des avions, nous n’avons pas appris à voler à la façon des oiseaux: c’est là tout notre drame. Il est temps que l’Humanité ouvre une nouvelle ère de mutation. L’utérus doit redevenir un creuset, un athanor créateur et pas seulement procréateur. Il faut que l’homme opére une alchimie en lui-même. Dans le roman de Frank Herbert, Dune, (1965) les ordinateurs-machine sont bannis et remplacés par des mentats humains, pour parer aux dangers que nous avons signalés… Mais cela implique une spécialisation des activités humaines. Refuser qu’il y ait des déterminismes socio-professionnels, c’est encore une fois laisser le pouvoir aux machines qui assument, elles, une telle diversité. Allons-nous vers un monde de rois fainéants où tout serait dirigé par des machines hypespécialisées alors que les êtres humains indifférenciés quant à leurs compétences seraient revenus à un stade où la matière l’emporterait de plus en plus sur la forme?
C’est au travers d’une telle grille que l’on doit notamment prendre la mesure de la Shoah comme refus qu’il puisse y avoir des populations – en l’occurrence les Juifs – qui puissent témoigner d’une différence millénaire laquelle aurait des incidences sur l’ordre social contemporain. Les Juifs semblent témoigner d’une dimension soli-lunaire, ce qui les met en porte à faux tant avec le monde lunaire qu’avec le monde solaire : ils ne sont ni suffisamment marqués pour être reconnaissables à l’instar des femmes, ils n’ont pas une couleur de peau qui les distinguerait mais en même temps, ils ne sont pas non plus – ou en tout cas pas uniquement – une culture ou une religion à laquelle l’on pourrait adhérer selon son bon vouloir.
Il ne s’agit en effet pas d’être solaire ou lunaire mais bien soli-lunaire comme l’est le calendrier hébraïque, modéle d’équilibre entre le respect des saisons que les hommes n’ont pas inventées et l’invention de dynamiques qui ne font sens que du fait du génie humain et dont l’expression est le mois. Rappelons qu’au XVIe siècle, un Nostradamus publiait parallélement des « pronostications » s’articulant sur les 2 équinoxes et les 2 solstices et des  » prédictions ». constituées à partir des 12 encontres soli-lunaires divisées en quatre semaines, soit 48 étapes. On passe ainsi de 4 à 48.

La Guerre du Feu

La personne solaire tendra à nier instinctivement l’existence d’une réalité lunaire, elle en parlera comme d’une fiction à ne pas prendre au sérieux. Les personnes qui passent d’un pays à l’autre sont celles qui nient la force de la Lune et veulent imposer la vérité solaire et même qui envisagent, plus ou moins consciemment, de saboter ou de saborder l’édifice lunaire au nom d’un discours universaliste et cosmopolite, ce qui est le prétexte à la constitution d’empires que l’on a parfois qualifié de « prison des peuples ». Si l’on considére que soleil et lune correspondent l’un et l’autre à une idée différente du feu, l’on parlera alors d’une Guerre du Feu. Le feu lunaire, aux yeux du solaire, fait scandale, est un crime de lése majesté, c’est bel et bien le feu prométhéen voire luciférien. L’homme lunaire est un contre-pouvoir « diabolique ». Inversement, à force d’être lunaire, l’Humanité du XXIe siècle pourrait bel et bien parvenir à un stade où le soleil serait effacé et rendu invisible par quelque écran de nuages chargés de scories et ouvrir une ère où elle n’aurait plus rien à attendre du soleil si ce n’est qu’il lui serve de centre de gravité au niveau céleste, réduit ainsi à la portion congrue. L’ère atomique, nucléaire, est, on l’a compris, une victoire du lunaire sur le solaire et l’on parle du soleil d’Hiroshima comme si l’Humanité n’arriverait à sa pleine expression qu’après s’être émancipée des bienfaits solaires. Mais pour que cette nouvelle ère puisse être bien vécue, il importe que les hommes prennent pleinement conscience des structures qui agissent en eux et ne s’imaginent pas qu’ils ne dépendent que des exigences de leur environnement car ce faisant ils nieraient leur nature solaire et se retrouveraient face à la machine en position d’être à leur tour dépassés.
L’astrologie, on l’aura compris, est une « usine à gaz », un ensemble assez dépareillé et certains bons esprits diront que c’est ce qui fait son charme en ce qu’elle ne fait que refléter le désordre du monde. Il est temps de comprendre que le postulat selon lequel l’astrologie serait immaculée, qu’elle ne pourrait avoir été corrompue est de moins en moins recevable. tout comme l’est l’idée selon laquelle l’astrologie ne serait pas, avant toute chose, d’ordre binaire. Ce n’est qu’au prix d’une profonde décantation que l’astrologie pourra se raccorder tant à la philosophie qu’à l’anthropologie et, ce faisant, sortir de son ghetto. Car selon nous, tout ghetto est le fait d’un dysfonctionnement interne qui conduit à un enfermement et à la disparition des points de comparaison avec d’autres ensembles avec pour seule issue la tentation de vouloir conformer à soi le monde extérieur.
Le soleil face à la lune nous semble singulièrement statique du moins visuellement. Il est toujours le même sauf dans les cas rarissimes d’éclipses tandis que la lune offre des visages divers. Le fait que le soleil se léve ou se couche n’offre pas une telle diversité ou si l’on préfére la lune amplifie singulièrement un tel mouvement. Ce qui vaut pour le soleil sur une journée dure pour la lune tout un mois et ce qui, à un autre niveau, pour la lune dure un mois va durer près de 30 ans pour Saturne.. Il y a là des changements d’échelle qu confèrent à l’Humanité un espace-temps toujours plus ample. On ne vit plus alors au jour le jour (soleil), ni à la petite semaine (lune) mais à la « grande » semaine (Saturne) qui se compte en années…
On ne parle évidemment pas ici de la réalité intrinséque de ces astres mais de leur dimension symbolique, c’est à dire celle que les hommes des anciens âges ont perçues puisque leurs erreurs ou leurs inventions sont devenus, que nous le voulions ou non, notre héritage.
L’astrologie est avant tout l’instauration d’un principe lunaire – c’est à dire plutonien – mais qui laisse la place, à mi-parcours, à un principe solaire – c’est à dire proserpinien. Comme nous le rappelle la mythologie, nous partageons notre temps entre deux énergies qui à la fois se séparent et se retrouvent à l’instar du couple Pluton-Proserpine et bien sûr, matriciellement, du couple lune-soleil et tout cela s’opére selon les configurations Saturne-Aldébaran auxquelles nous nous sommes programmé à réagir.
On soulignera le fait que les phases solaires sont plus tragiques que les phases lunaires en ce qu’elles sont marquées par des clivages internes, c’est à dire qu’elles remettent en question le fonctionnement de toute société et la légitimité de leurs composantes tandis que les phases lunaires font s’affronter des Etats entre eux dont la necessité est d’un ordre plus discutable. Tout le probléme tient au fait que parfois l’on présente comme solaire ce qui est lunaire et vice versa. Nos sociéts modernes mettent souvent sur un même plan découpages solaire et lunaire. D’une façon générale, tout recours et abus de la force entre membres d’un même groupe est plus grave qu’entre entre membres de groupes différents en ce que cette force risque de fausser le fonctionnement normal du dit groupe et dès lors compromet sa survie alors qu’entre groupes différents, cela n’aura que des incidences mineures

Table des phases lunaires et solaires pour le XXe siècle et le début du XXIe siècle

De façon à rendre notre propos plus concret, pour ceux qui ne pratiquent pas les éphémérides, nous fournissons ci-après une table dont l’utilisation est des plus simples et c’esr précisément ce que nous souhaitons, à savoir normaliser l’astrologie, ne pas en faire un recours exceptionnel passant nécessairement par l’astrologue, ce dernier ayant désormais pour tâche de conseiller des personnes ayant déjà un certain bagage à l’instar d’un libraire qui n’est pas là pour apprendre à lire à ses clients..
Au cours des 120 ans que nous couvrirons, on dira grosso modo – pour avoir un ordre d’idée- que Saturne est entré à cinq reprises en conjonction avec Aldébaran, et autant de fois avec Antarés; il est entré dix fois en carré (à 9° Vierge et 9° poissons) avec l’axe Aldébaran-Antarés (9° Gémeaux-9° Sagitaire). A chaque fois, cela a inauguré une nouvelle phase lunaire. Et au mi-point de ces positions, l’on trouvera les débuts de phase solaire Ajoutons qu’avec les rétrogradations, Saturne peut passer à plusieurs reprises sur le même point. Le tableau proposé est donc approximatif car il vise avant tout à ce que le chercheur observe certaines répétitions au cours d’une phase de plusieurs années et non ce qui se passe à un moment donné;

On indiquera ici les débuts de phases lunaires, à 9° des signes dits « mutables » : gémeaux, vierge, sagittaire et poissons. Il ne s’agit pas là des constellations mais d’un zodiaque « tropique », calculé à partir des équinoxes et des solstices..
9° Poissons Avril 1906 Saturne en carré, avec l’axe Aldébaran-Antarés
9° Gémeaux Juin 1913 Saturne conjoint à Aldébaran
9° Vierge Novembre 1919 Saturne en carré
9° Sagittaire Novembe 1927 Saturne conjoint à Antarés
9° Poissons Juin 1935
9° Gémeaux Juilllet 1942
9° Vierge Août 1949
9° Sagittaire Janvier 1957
9° Poissons Mars 1965
9° Gémeaux Mai 1972
9° Vierge Juillet 1979
9° Sagittaire Novembre 1986
9° Poissons Avril 1994
9° Gémeaux Juillet 2001
9°Vierge Août 2008
9° Sagittaire Décembre 2015

Quant aux phase solaires, elles se placent, nous l’avons dit, au mi-point – 45° plus loin- entre deux phases lunaires, à 27° des signes dits « cardinaux: » bélier, cancer, balance et capricorne. Les phases solaires correspondent en fait à un effacement des phases lunaires, comme si les sociétés régressaient,, en revenaient à des fondements archaïques mais toujours déterminants. La phase solaire, par sa résurgence périodique, rappelle la fragilité des constructions lunaires: il y a le flux lunaire et le reflux solaire..

24° bélier Mars 1910
24° cancer Avril 1917
24° balance Octobre 1923
24° capricorne Janvier 1932
24° bélier Mars 1939
24° cancer Juin 1946
24° balance Décembre 1952
24° capricorne novembre 1961
24° bélier septembre 1968
24° cancer août 1975
24° balance octobre 1982
24° capricorne mars 1990
24° bélier Avril 1998
24° cancer Mai 2005
24° balance Novembre 2011
24° Capricorne Janvier 2020

Nous sommes bien conscients de ce que le bagage chronologique de la grande majorité des lecteurs risque d’être plus qualitatif que quantitatif, à savoir qu’il est fixé sur quelques événements saillants plutôt que sur des séries d’événements. Ils ne sont pas si rares, au demeurant, ceux qui voudraient que leurs quelques souvenirs scolaires coincident avec le moment où se forme telle ou telle configuration. C’est à une approche statistique et concernant un grand nombre de personnes qu’il s’agit de recourir.
Cela dit, le début d’une phase est aussi la fin de la phase précédente. La phase solaire correspond à une décomposition du tissu national, culturel, linguistique qui ne parvient plus à masquer certaines différences profondes, irréductibles. Inversement, l’avénement d’une nouvelle phase solaire renforcera la solidarité au sein d’un même ensemble national On aura compris que la phase solaire favorise les empires en minimisant le culturel au profit de l’universel alors que la phase lunaire met en question les ensembles supranationaux en réveillant les particularismes de toutes sortes. Nous nous contentons ici de présenter une grille de lecture exigeant de se familiariser avec des notions qui ne sont pas si évidentes à manier, la difficulté ne résidant pas tant dans les calculs que dans l’application toujours délicate d’une terminologie.
La meilleure préparation à la recherche en ce domaine consiste à penser soleil-lune, à identifier autour de nous valeurs et périodes solaires et lunaires, à ressentir les décalages et les passages des unes aux autres puis, dans un deuxiéme temps, à situer les foyers d’énergie solaire et lunaire en rapport avec des populations bien identifiables ainsi qu’ avec des configurations astrales bien distinctes
En tout état de cause, force est de constater qu’il faut un certain entrainement pour maîtriser les notions qui ont été ici exposées et nous ne pouvons qu’insister sur le fait que l’astrologie ne sera pas prise au sérieux tant qu’elle utilisera le langage de l »homme de la rue, lequel manque singulièrement de rigueur et de sens dialectique. Nous ne pouvons qu’insister notamment sur l’existence de certains paradoxes qu’il faut gérer avec la plus grande vigilance et formuler avec un sens pédagogique développé qui n’est pas nécessairement le propre du praticien de l’astrologie lequel se complait dans un certain flou sémantique. C’est ainsi que chaque changement de phase correspond à une forme de dépassement, lequel n’est pas monopolisé par la phase lunaire. Méfions-nous de mots clé qui ne font sens que si on les précise par des adjectifs. Attention aux expressions passe-partout! Si pour décrire un moment donné, l’on se sert de telle expression et qu’en fait tout moment peut justifier un tel usage, on ne risque guère de se tromper. L’astrologue qui ne prend pas la peine d’expliquer à son interlocuteur les différents cas de figure possibles et disponibles engage l’entretien sur de mauvaises bases. On ne peut raisonnablement demander à quelqu’un de juger de la valeur d’un diagnostic si on ne lui signale pas l’éventail des diagnostics existants, toute vérité étant relative à un systéme de références. Au minimum, l’astrologue devra (se) demander si telle situation serait plutôt plus comme ceci ou plutôt plus comme cela. Et puis, trop souvent, le client focalisera, avec une certaine bonne volonté, sur tel événement ou tel trait de caractère qui correspondent aux propositions de l’astrologue alors que d’autres éléments biographiques iraient en sens inverse. Il semble que cela fasse partie des automatismes de communication que de rechercher des liens entre diverses informations plutôt que d’affirmer que ces liens n’existent pas.

Notre dualité intérieure
Pour vivre dans la dualité diachronique, il importe d’exister dans la dualité synchronique et , pour recycler la formulation jungienne qu’il est assez malheureux d’associer à la polarité masculin/féminin du fait que l’on risque de réduire le masculin à tout ce qui émane des hommes et le féminin à tout ce qui émane des femmes, comme si le contenant déterminait nécessairement le contenu, ce qui serait oublier notamment les effets du mimétisme.
Nous dirons ici que l’anima est ce qui a de plus archaïque et primaire en nous et que nous contrôlons bien peu alors que l’animus est notre faculté de progresser, de nous transformer.
Ainsi chaque phase, cycliquement parlant, va réveiller alternativement notre animus, notre anima, ce qui correspond à une double identité. L’anima correspond à notre moi le plus radical, le plus viscéral alors que l’animus concerne notre moi collectif, le fait que nous appartenions à une certaine société. Si nous n’avons pas pris conscience de notre double identité, nous aurons du mal à suivre le rythme imposé par le ballet céleste et nous risquons d’avoir bien des temps morts.
Si en phase lunaire, il s’agit de s’intégrer et d »intégrer un langage, une culture partagés avec des personens par ailleurs fort différentes, en revanche, quand arrive la phase solaire, l’on est surtout livré à soi-même, il faut faire la preuve de sa valeur et non plus assumer des valeurs, de ses compétences et non de ses opinions, que l’on peut avoir empruntées. En phase solaire, l’on ne peut pas se faire remplacer, chacun étant jugé sur son véritable potentiel.
Alors qu’en phase lunaire, on est français, américain, musulmans, en phase solaire, l’on se situe dans la hiérarchie sociale par son talent, par ses dons et non par ce que notre entourage nous a donné, transmis.
Si les clivages nationaux ou religieux, linguistiques ou régionaux sont connus et reconnus – ce qui est de l’ordre de l’animus – les clivages qui relévent de l’anima font plus probléme. Certes, qui nierait que l’on est homme ou femme mais encore faudrait-il s’entendre sur ce que cela signifie et implique….
Pour Karl Marx, – avec sa fameuse formule ‘Prolétaires de tous les pays unissez-vous! » – le prolétariat était une réalité qui transcendait les différenes nationales. Mais l’on a souvent été tenté de situer un statut subalterne à la seul éducation, au milieu. Pour notre part, nous n’acceptons pas une telle représentation des choses. En chacun de nous, en tout état de cause, réside un certain potentiel qui se révélera à nous et qui est notre affaire. Soit l’on est né pour commander, soit on est né pour obéir et ce n’est pas une question de milieu dans la mesure où chaque milieu a ses chefs et ses subalternes.
Ces « talents » qui sont les nôtres et qui varient d’un individu à un autre nous confèrent des tâches à accomplir. Mais rappelons que ces phases solaires sont entrecoupées de phases lunaires qui sont autant de pauses permettant d’oublier ce qui sépare pour songer à ce qui rapproche même si ce n’est souvent qu’un vernis.
L’anima nous relie à une lignée très ancienne de personnes ayant exercé les mêmes activités alors que l’animus nous situe dans un certain espace social , il concerne nos compatriotes, nos contemporains. Quand on demande à un enfant : que veux-tu faire quand tu sera grand, l’on s’adresse à son anima et c’est en phase solaire -anima que chaque individu aura le loisir de se jauger et de reconnaitre ceux de son rang, par delà toute appartenance à un milieu familial. Bien sûr, une fois la carrière choisie, l’on sera amené à cotoyer des personnes nous ressemblant, comme c’est le cas dans des lieux privilégiés, réservés à une certaine élite choisie pour ses aptitudes. Mais de la même façon, chacun à son niveau se retrouvera en compagnie de personnes ayant peu ou prou le même profil.
Dans certains cas, il y a ambiguité: c’est ainsi que l’on est femme d’une part par son hérédité mais aussi d’autre part par son éducation de femme. De la même façon, l’on est juif par une culture dont on est plus ou moins imprégné mais on l’est aussi, probablement, en raison de certaines facilités qu’il revient à chaque individu juif de mettre ou non en évidence. Il faut éviter de tout solariser ou de tout lunariser, c’est à dire d’essayer de solariser l’animus ou de lunariser l’anima. En fait, tout a un double sens, chaque mot peut être assumé de deux façons, sur un mode animus ou sur un mode anima.
Entre l’animus et l’anima, il y a interdépendance: l’animus ne serait rien s’il ne pouvait instrumentaliser l’anima et l’anima serait bien pauvre sanss tout ce que l’animus lui assigne: Le monde solaire a besoin de l’amour à la Pygmalion du monde solaire pour parvenir, littéralement, à se dépasser. Mais parfois cet amour veut accomplir des miracles, prononce des promesses qu’il ne peut tenir et cela donne tout un peuple de déçus, qui reproche à celui qui est venu à eux de les avoir bernés mais ce peuple – et nous pensons aux colonisés, aux immigrés, aux femmes – sait aussi, dans son fors intérieur, que si l’on ne lui avait pas fait miroiter un avenir radieux, enchanteur, la vie aurait été bien morne.. En phase solaire, d’ailleurs, l’on ressent à quel point le monde peut changer à grand renfort de mesures socio-éducatives mais en phase solaire, l’on s’aperçoit que le poids des différences leste un tel effort, qu’il y a eu méprise, que l’on a vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué.. Combien de promesses l’Homme n’a-ils pas faites aux animaux domestiques, aux machines, leur faisant miroiter de les rendre à son image, de leur accorder les mêmes droits? Il convient de comprendre qu’il est un temps pour les paris et les défis et un autre pour reconnaitre échecs et faillites….

Conclusion

Ce qui est sous-jacent à notre propos est le fait que les classes sociales ne sont pas d’ordre lunaire mais d’ordre solaire et c’est d’ailleurs toute la signification de la Lutte des classes au sens de Karl Marx et de la formule « Prolétaires de tous les pays unissez-vous », qui correspond à l’évidence à une réalité transnationale. Entendons par là que les classes sociales – les castes – sont des structures extrémement anciennes qui perdurent et qui permettent aux sociétés de fonctionner sans que tout le monde fasse la même chose.
Nous naissons déjà différenciés, – -d’ailleurs, si nous n’étions pas différents, il n’y aurait guère d’enjeu à parler,ne serait-ce que périodiquement, de dépassement. -c’est d’ailleurs un des postulats de l’astrologie que l’on peut démontrer en faisant observer que les clivages sociaux n’obéissent pas aux mêmes phases que les clivages nationaux, mais se manifestent en alternance. Ce qu’en revanche, l’astrologie n’a pas compris, c’est que cela ne dépendait pas du moment de la naissance mais de l’hérédité. Cela dit, les travaux de Gauquelin vont dans le sens d’un lien entre la spécificité professionnelle et la réaction à telle ou telle planéte. par rapport à l’horizon natal. Il y a là peut-être la réminiscence – pas forcément concluante- d’un phénoméne ayant pu exister au départ de la mise en place du clivage, il y a des milliers d’années, étant entendu qu’il n’est plus guère opérationnel de nos jours, notamment avec les accouchements provoqués.
De deux choses l’une, ou bien il existe bel et bien une cyclicité soli-lunaire portée par le vecteur saturno-stellaire et dès lors en phase solaire, il y a un rappel des structures sous-jacentes tout comme en phase lunaire, il y a volonté de les dépasser ou bien rien de tout cela n’existe.
Et si cela n’existe pas, le monde ne fait plus guère sens: il n’y a plus à aller au delà de ce qui n’existe pas, donc la nation ne constitue plus un enjeu et la sexuation est une vieille lune dont on peut très bien se passer, d’où l’existence de signes distinctifs non pertinents. L’on peut tout aussi bien dans la foulée chercher à gommer tous les clivages qui seraient un appel d’un ancien ordre du monde.
Quand on lit les romans de science fiction, force est de constater à quel point la conscience cyclique reste faible. Elle n’apparait aucunement comme une condition primordiale de développement – si ce n’est au niveau de la tenue d’élections – ce qui explique probablement pourquoi l’astrologie est traitée avec un tel dédain alors même qu’il s’agit de l’intériorisation de structures sociopolitiques. En fait, c’est la notion d’habitude – d’habitus – qui reste très mal gérée. L’on comprend sans probléme le rôle des machines externes mais quid de nos mécaniques internes, savons-nous les perfectionner ou tout simplement en faire l’inventaire dans leur état actuel?
Il n’est certes, de nos jours, guère intellectuellement correct que de se demander si les structures sociales ne seraient pas, peu ou prou, sous tendues par des différences génétiques qui feraient que l’on appartiendrait de par sa naissance à telle ou telle caste.
Mais ne voit-on pas le risque que l’on prendrait à refuser d’examiner une telle problématique ou à brouiller toutes les traces d’un ordre premier? Qui sait si nos sociétés n’existent que grâce à la perpétuation de celui-ci? A vouloir supprimer tous les automatismes, toutes les structures subconscientes, l’on risque fort paradoxalement de faire régresser l’Humanité. En effet, ces automatismes relévent, selon nous, d’une biotechnologie fondamentale dont notre technologie moderne n’est que le prolongement. Vouloir instauter un homme « nu » face à une machine toute puissante nous semblerait très risqué.
En réalité, l’homme est lui aussi une machine, ce qui lui permet d’atteindre une certaine efficience et donc de résister au pouvoir de la machine. Plus l’homme sera dans le déni de ses propres automatismes et plus il sera démuni face à la machine « extérieure ».. L’on pressent ce qu’un individualisme existentialiste offre de dangereux: certes il se pose dans une radicale différence d’avec la machine mais il implique à terme une soumission à celle-ci.
Comprendre la nature des liens qui se sont tissés entre l’Homme et le Cosmos (cf Vincent Cronin, La terre, le cosmos et l’homme, Paris, Denoël, 1984), c’est accepter de situer l’émergence de la pensée technologique bien avant celle d’une technologie n’impliquant plus directement une transformation de l’humain. Autrement dit, le progrés ne passerait plus par l’Homme mais par la Machine et l’Homme incapable de se perfectionner serait ainsi condamné à creuser sa tombe forcé qu’il est à renforcer toujours plus une Machine qui lui est extérieure. Il y a là un cercle vicieux!
Il serait donc temps de concevoir une techno-anthropologie, c’est à dire une anthropologie qui s’intéresse aux automatismes de l’Humanité et cela englobe bien entendu tout ce qui est subconscient, tant sur le plan physique que psychique. Il convient, selon cette approche, de prendre conscience de l »existence d’une mécanique humaine, des diverses fonctions qui l’articulent. Il conviendrait peut-être de songer à l’amélioration du bagage génétique humain, à des mutations qui redonneraient aux femmes un rôle clef, la naissance d’un enfant redevenant un enjeu techhnologique et non plus simplement une simple reproduction.
Le paradoxe que nous défendons est le suivant: plus l’homme retrouvera sa propre mécanicité, plus il sera en mesure de dominer le monde des machines qu’il a crées en dehors de lui-même en cessant d’idolatrer les machines dès lors qu’il aura compris que ces machines ont été forgées à sa propre image et n’en sont que le prolongement. Il y a là une fausse dualité entre Hommes et machines alors que par ailleurs, étrangement, l’Humanité est dans la négation de vraies dualités! Il ne faut pas se tromper de dualité!

TABLE DES MATIÈRES

Introduction

Première Partie – UNE HISTOIRE DE L’ASTROLOGIE REVISITEE

Deuxiéme Partie – RADIOSCOPIE DE LA TRADITION ASTROLOGIQUE

Troisiéme Partie – L’ANTHROPOLOGIE DU MASCULIN ET DU FEMININ

Quatriéme Partie VACHES GRASSES ET VACHES MAIGRES

Conclusion
.

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jacques halbronn La double dimension additionnelle du chapitre II de la Genése

Posté par nofim le 20 mai 2021

La double dimension additionnelle du chapitre II de la Genése . Saturne-Shabbat et la Femme.

 

Par Jacques Halbronn

 

Le chapitre II du Livre de la Genése témoigne d’un certain revirement dans le premier projet de la Création.

Cela commence par l’ajout d’un septième jour.(Yom haShevii) alors que la Création avait été accomplie en six jours.

Dernier verset (31) du chapitre I On voit bien que c’est un verset conclusif « Dieu examina tout (Kol) ce qu’il avait fait » jusque là

 

לא וַיַּרְא אֱלֹהִים אֶת-כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה, וְהִנֵּה-טוֹב מְאֹד; וַיְהִי-עֶרֶב וַיְהִי-בֹקֶר, יוֹם הַשִּׁשִּׁי. {פ}

 

31 Dieu examina tout ce qu’il avait fait c’était éminemment bien. Le soir se fit, puis le matin; ce fut le sixième jour.

 

 

 

Premiers versets du chapitre II :

 

 

 

א וַיְכֻלּוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, וְכָל-צְבָאָם.

 

1 Ainsi furent terminés les cieux et la terre, avec tout ce qu’ils renferment.

 

ב וַיְכַל אֱלֹהִים בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה; וַיִּשְׁבֹּת בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה.

 

2 Dieu mit fin, le septième jour, à l’œuvre faite par lui; et il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.

 

ג וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת-יוֹם הַשְּׁבִיעִי, וַיְקַדֵּשׁ אֹתוֹ: כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ, אֲשֶׁר-בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת. {פ}

 

3 Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu’en ce jour il se reposa de l’œuvre entière qu’il avait produite et organisée.

 

ד אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם: בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים–אֶרֶץ וְשָׁמָיִם.

 

4 Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés; à l’époque où l’Éternel-Dieu fit une terre et un ciel.

 

Passons à un autre aspect de ce même chapitre II non sans avoir faire remarquer que le commandement (l’un des « Dix Commandements ») sur le Shabbat (Exode XX) renvoie à ce même début du chapitre II et ce nom même de Shabbat est lié à Shabtai qui est le nom de la planète Saturne (dans le Livre de la Création, Sefer Yetsira). Autrement dit, le respect du Shabbat découle dans la mise en place dans un deuxième temps, d’un septiéme jour dont nous verrons qu’il est problématique.

 

ח שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹד, וְעָשִׂיתָ כָּל-מְלַאכְתֶּךָ.

 

8 Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de toutes tes affaires,

 

ט וְיוֹם, הַשְּׁבִיעִי–שַׁבָּת, לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ: לֹא-תַעֲשֶׂה כָל-מְלָאכָה אַתָּה וּבִנְךָ וּבִתֶּךָ, עַבְדְּךָ וַאֲמָתְךָ וּבְהֶמְתֶּךָ, וְגֵרְךָ, אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ.

 

9 mais le septième jour est la trêve de l’Éternel ton Dieu: tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton esclave mâle ou femelle, ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes murs.

 

י כִּי שֵׁשֶׁת-יָמִים עָשָׂה יְהוָה אֶת-הַשָּׁמַיִם וְאֶת-הָאָרֶץ, אֶת-הַיָּם וְאֶת-כָּל-אֲשֶׁר-בָּם, וַיָּנַח, בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי; עַל-כֵּן, בֵּרַךְ יְהוָה אֶת-יוֹם הַשַּׁבָּת–וַיְקַדְּשֵׁהוּ. {ס}

 

10 Car en six jours l’Éternel a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment et il s’est reposé le septième jour; c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du Sabbat et l’a sanctifié.

 

 

 

Mais là n’est pas la seule addition véhiculée par ce même chapitre II du Livre de la Genése et nous y voyons quelque forme d’analogie : notons une discontinuité entre les 10 premiers versets et les suivanats dans le nom meme de Dieu : d’un côté Yahvé et de l’autre Yahvé Elohim, d’où deux formulations distinctes dans la traduction française : d’un côté L’Eternel, de l’autre l’Eternel-Dieu.

 

יח וַיֹּאמֶר יְהוָה אֱלֹהִים, לֹא-טוֹב הֱיוֹת הָאָדָם לְבַדּוֹ; אֶעֱשֶׂה-לּוֹ עֵזֶר, כְּנֶגְדּוֹ.

 

18 L’Éternel-Dieu dit: « Il n’est pas bon que l’homme soit isolé; je lui ferai une aide digne de lui. »

 

כא וַיַּפֵּל יְהוָה אֱלֹהִים תַּרְדֵּמָה עַל-הָאָדָם, וַיִּישָׁן; וַיִּקַּח, אַחַת מִצַּלְעֹתָיו, וַיִּסְגֹּר בָּשָׂר, תַּחְתֶּנָּה.

 

21 L’Éternel-Dieu fit peser une torpeur sur l’Homme, qui s’endormit il prit une de ses côtes, et forma un tissu de chair à la place.

 

כב וַיִּבֶן יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הַצֵּלָע אֲשֶׁר-לָקַח מִן-הָאָדָם, לְאִשָּׁה; וַיְבִאֶהָ, אֶל-הָאָדָם.

 

22 L’Éternel-Dieu organisa en une femme la côte qu’il avait prise à l’homme, et il la présenta à l’homme.

 

כג וַיֹּאמֶר, הָאָדָם, זֹאת הַפַּעַם עֶצֶם מֵעֲצָמַי, וּבָשָׂר מִבְּשָׂרִי; לְזֹאת יִקָּרֵא אִשָּׁה, כִּי מֵאִישׁ לֻקְחָה-זֹּאת.

 

23 Et l’homme dit: « Celle-ci, pour le coup, est un membre extrait de mes membres et une chair de ma chair; celle-ci sera nommée Icha, parce qu’elle a été prise de Ich. »

 

כד עַל-כֵּן, יַעֲזָב-אִישׁ, אֶת-אָבִיו, וְאֶת-אִמּוֹ; וְדָבַק בְּאִשְׁתּוֹ, וְהָיוּ לְבָשָׂר אֶחָד.

 

24 C’est pourquoi l’homme abandonne son père et sa mère; il s’unit à sa femme, et ils deviennent une seule chair.

 

כה וַיִּהְיוּ שְׁנֵיהֶם עֲרוּמִּים, הָאָדָם וְאִשְׁתּוֹ; וְלֹא, יִתְבֹּשָׁשׁוּ.

 

25 Or ils étaient tous deux nus, l’homme et sa femme, et ils n’en éprouvaient point de honte.

 

 

 

Ce même chapitre II non seulement introduit un septième jour,-ce qui va également affecter le nombre de jours de la semaine- mais annonce qu’il va apporter de l’aide (Ezer) à Adam, avec la création de la femme qui n’était pas prévue davantage dans le premier programme.

 

C’est dire que ce chapitre II est un moment clef dont on trouve l’écho dans la genése de la tradition astrologique avec le passage du 6 au 7.(cf notre étude de la Tétrabible de Ptolémée sur le chapitres des rapports planètes-signes) Saturne serait une planète additionnelle tout comme la Nouvelle Alliance (Jérémie XXXI) est évidemment additionnelle. Structurellement, l’ajout de Saturne vient perturber également l’agencement des lettres de l’alphabet hébraïque tel que présenté dans le Sefer Yetsira, où un groupe de six lettres « doubles » se voit adjoint une septiéme lettre, le Resh.

 

On perçoit le paralléle entre Genése II et Jérémie XXXI, cette « nouvelle alliance’ (Brith Hadasha), reprise dans le « Nouveau Testament » correspondant un virage quant à la constitution même d’une certaine humanité et dont on trouve un écho dans le Shéma Israel,(Ecoute Israel) actuellement considéré comme la manifestation par excellence de la foi juive alors même que la maison d’Israel ne saurait être confondue avec la maison de Juda (cf le verset 30)

 

ל הִנֵּה יָמִים בָּאִים, נְאֻם-יְהוָה; וְכָרַתִּי, אֶת-בֵּית יִשְׂרָאֵל וְאֶת-בֵּית יְהוּדָה–בְּרִית חֲדָשָׁה.

 

30 Voici, des jours vont venir, dit le Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle,

 

לא לֹא כַבְּרִית, אֲשֶׁר כָּרַתִּי אֶת-אֲבוֹתָם, בְּיוֹם הֶחֱזִיקִי בְיָדָם, לְהוֹצִיאָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם: אֲשֶׁר-הֵמָּה הֵפֵרוּ אֶת-בְּרִיתִי, וְאָנֹכִי בָּעַלְתִּי בָם–נְאֻם-יְהוָה.

 

31 qui ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères le jour où je les ai pris par la main pour les tirer du pays d’Egypte, alliance qu’ils ont rompue, eux, alors que je les avais étroitement unis à moi, dit le Seigneur.

 

לב כִּי זֹאת הַבְּרִית אֲשֶׁר אֶכְרֹת אֶת-בֵּית יִשְׂרָאֵל אַחֲרֵי הַיָּמִים הָהֵם, נְאֻם-יְהוָה, נָתַתִּי אֶת-תּוֹרָתִי בְּקִרְבָּם, וְעַל-לִבָּם אֶכְתְּבֶנָּה; וְהָיִיתִי לָהֶם לֵאלֹהִים, וְהֵמָּה יִהְיוּ-לִי לְעָם.

 

32 Mais voici quelle alliance je conclurai avec la maison d’Israël, au terme de cette époque, dit l’Eternel: Je ferai pénétrer ma loi en eux, c’est dans leur coeur que je l’inscrirai; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple.

 

Une telle problématique additionnelle concerne aussi le rapport du puiné-celui qui arrive après- à l’aîné, de Jacob- qui prendra le nom d’Israel à la suite de son combat avec l’Ange- par rapport à Esaü. Cela nous renvoie aux affrontements survenus à la suite de la mort du roi Salomon, ce qui conduira à la formation d’un Royaume d’Israel qui fera pendant au Royaume de Juda, ce qui constitue une donnée politique nouvelle. Rappelons que Jésus déclare qu’il est venu pour « les brebis perdues de la maison d’Israel » et c’est lui qui brandit l’idée de Nouvelle Alliance. N’oublions pas la distinction entre Ancien et Nouveau Testaments,ce qui va dans le même sens additionnel. Il n’est pas étonnant, dans ces circonstances, que la Bible chrétienne ait englobé l’Ancien Testament. Boyarin insiste sur certaines convergences en soulignant l’évolution du judaisme mais il semble oublier que cette évolution fait déjà problème en elle-même et que le christianisme n’est que la continuité, l’ »accomplissement », de ce qui s’est joué autour du Royaume d’Israel, bien des siècles avant le temps de Jésus !

 

Pour nous, il nous semble qu’il importe de prendra acte d’un tel revirement et de comprendre que l’Ancien Testament aura déjà fait l’objet de manipulations, ce dont le judaisme actuel ne semble pas avoir pris la mesure, véhiculant de facto une approche qui appartient au dit Royaume d’Israel. Pour nous, le scandale de la récitation du Shema Israel comme expression de la foi juive devra cesser tôt ou tard, mais cela vaut aussi pour la célébration du « septième jour » qui est une invention « israélite » en ce qu’elle constitue bel et bien une subversion. C’est bien là un « Cheval de Troie » !

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jacques Halbronn Sociologie des Entre sois. IIe Partie

Posté par nofim le 17 mai 2021

 

 

Sociologie des Entre sois. Seconde Partie. Le relativisme.

 

par Jacques Halbronn

 

Toute communauté, quel que soit le critère autour duquel elle s’est constituée, est amenée à produire un certain discours « identitaire » susceptible de renforcer les liens en son sein. Ce discours est donc aménagé en conséquence et vise à établir du consensus. Il semble toutefois qu’une telle façon de procéder est avant tout à usage interne. Et d’ailleurs, que se passerait-il si l’on faisait entendre simultanément tous les « entre soi » en circulation ? Quelle cacophonie !

On pourrait donc parler d’un droit pour tout groupe à élaborer, à faire circuler sa propre vision des choses.

Certaines communautés se plaignent, souvent à juste titre, de devoir de facto adopter le discours identitaire d’une communauté qui ne serait point la leur. On pense à « Nos ancêtres les Gaulois ». Les femmes, notamment, exigent de disposer d’un discours qui leur soit propre, qui présente les choses de leur point de vue. Elles protestent d’ailleurs à l’encontre de formulations qui les engloberaient sous la même bannière que les hommes. Elles dénoncent les pièges du langage, préférant parler des sciences humaines plutôt que des sciences de l’Homme sans parler de la féminisation accrue des noms de métiers, à l’instar de ce qui existe déjà depuis longtemps pour les avocates ou les institutrices, les romancières et les présidentes. D’ailleurs, les langues ménagent généralement une telle distinction : en anglais on dira « his » ou « her » selon que le sujet est un homme ou une femme, ce qui ne se pratique d’ailleurs pas en français où le possessif s’accorde avec le « genre » de l’objet et non du sujet. On peut dire indifféremment -en français et plus largement dans les langues dites latines- d’un homme ou d’une femme: « sa voiture » et les équivalents pour d’autres langues de la même famille.

Cela dit, l’égalité des « entre soi » ne revêt, selon nous, qu’un intérêt thérapeutique pour que personne ne se sente frustré. Mais est-ce que cela présente un quelconque intérêt « scientifique » ? Le probléme, c’est justement quand l’on commence à qualifier d’entre soi tout discours tenu par un membre d’un autre groupe. On tendrait ainsi à tout relativiser : l’entre soi devient un quant à soi, un chacun pour soi tendant vers une forme d’autisme. Quand un groupe s’est senti brimé dans ses prises de parole, il peut avoir envie de prendre sa revanche, de façon toute aussi abusive.

Le risque qui se présente, on l’aura compris, est de conduire à une remise en cause de la démarche « scientifique » que l’on voudra réduire à un entre soi parmi tant d’autres entre soi existants. On pense au jugement du roi Salomon à propos du conflit entre deux mères. Celle qui sait pertinemment que son enfant est mort ne verra aucun inconvénient à ce que l’on envisage de tuer l’enfant survivant.

Or, dans le cas de l’entre soi féminin, il nous apparaît qu’en leur fors intérieur, la plupart des femmes sont conscientes des limites de leur Entre soi quand il s’agit notamment de tenter d’expliquer comment on en est arrivé là. Elles qui sont nourries dans tant de domaines de la production masculine. Elles ne vont quand même pas se forcer à ne lire que des auteures (sic) et renoncer à apprécier les apports « masculins » alors que dans l’autre sens, les hommes pourraient fort bien se passer tout à fait de l’apport féminin sur le plan général de la culture.

En conclusion, il faut certes apprécier à sa juste mesure une nouvelle mise en perspective de l’Histoire des femmes si cela peut éviter, autant que faire se peut, le ressentiment.

Citons un texte de Lilly Scherr qui semble bien résumer les enjeux :

- « Elles deviennent à part entière co-auteurs de leur propre Histoire (…)Elles redonnent à l’histoire écrite comme à l’histoire orale cette mémoire de femmes dont elles ont été amputées. Participant à cette histoire, la femme juive va enfin apparaître. Confinée dans un rôle, dans une fonction, elle s’est vécue comme mutilée dans son essence (sic)» ( Les femmes et la mémoire juive »(1993) in Lilly Scherr. Une historienne juive insoumise » Dir Michèle Bitton, et Michèle Hassoun, Ed BLM  2005)

Annexe :

Sylvie Tissot (dir.), « Les espaces de l’entre-soi », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 204, 2014

 

« Sylvie Tissot définit l’entre-soi comme un « groupement de personnes aux caractéristiques communes », notion impliquant une mise à distance plus ou moins active et consciente de groupes opprimés ou opprimants. L’entre-soi est donc abordé dans ce numéro comme une catégorie de l’action, qui implique la définition des « autres », ceux que l’on met à distance et celle des « semblables ».

Claire Gellereau,

« Sylvie Tissot (dir.), « Les espaces de l’entre-soi », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 204, 2014 », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, mis en ligne le 01 décembre 2014, consulté le 17 mai 2021. URL : http://journals.openedition.org/lectures/16303 ; DOI : https://doi.org/10.4000/lectures.16303

 

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Jacques Halbronn Sociologie des Entre sois. Seconde Partie. Le relativisme

Posté par nofim le 15 mai 2021

 

Sociologie des Entre sois. Seconde Partie. Le relativisme.

 

par Jacques Halbronn

 

Toute communauté, quel que soit le critère autour duquel elle s’est constituée, est amenée à produire un certain discours « identitaire » susceptible de renforcer les liens en son sein. Ce discours est donc aménagé en conséquence et vise à établir du consensus. Il semble toutefois qu’une telle façon de procéder est avant tout à usage interne. Et d’ailleurs, que se passerait-il si l’on faisait entendre simultanément tous les « entre soi » en circulation ? Quelle cacophonie !

On pourrait donc parler d’un droit pour tout groupe à élaborer, à faire circuler sa propre vision des choses.

Certaines communautés se plaignent, souvent à juste titre, de devoir de facto adopter le discours identitaire d’une communauté qui ne serait point la leur. On pense à « Nos ancêtres les Gaulois ». Les femmes, notamment, exigent de disposer d’un discours qui leur soit propre, qui présente les choses de leur point de vue. Elles protestent d’ailleurs à l’encontre de formulations qui les engloberaient sous la même bannière que les hommes. Elles dénoncent les pièges du langage, préférant parler des sciences humaines plutôt que des sciences de l’Homme sans parler de la féminisation accrue des noms de métiers, à l’instar de ce qui existe déjà depuis longtemps pour les avocates ou les institutrices, les romancières et les présidentes. D’ailleurs, les langues ménagent généralement une telle distinction : en anglais on dira « his » ou « her » selon que le sujet est un homme ou une femme, ce qui ne se pratique d’ailleurs pas en français où le possessif s’accorde avec le « genre » de l’objet et non du sujet. On peut dire indifféremment -en français et plus largement dans les langues dites latines- d’un homme ou d’une femme: « sa voiture » et les équivalents pour d’autres langues de la même famille.

Cela dit, l’égalité des « entre soi » ne revêt, selon nous, qu’un intérêt thérapeutique pour que personne ne se sente frustré. Mais est-ce que cela présente un quelconque intérêt « scientifique » ? Le probléme, c’est justement quand l’on commence à qualifier d’entre soi tout discours tenu par un membre d’un autre groupe. On tendrait ainsi à tout relativiser : l’entre soi devient un quant à soi, un chacun pour soi tendant vers une forme d’autisme. Quand un groupe s’est senti brimé dans ses prises de parole, il peut avoir envie de prendre sa revanche, de façon toute aussi abusive.

Le risque qui se présente, on l’aura compris, est de conduire à une remise en cause de la démarche « scientifique » que l’on voudra réduire à un entre soi parmi tant d’autres entre soi existants. On pense au jugement du roi Salomon à propos du conflit entre deux mères. Celle qui sait pertinemment que son enfant est mort ne verra aucun inconvénient à ce que l’on envisage de tuer l’enfant survivant.

Or, dans le cas de l’entre soi féminin, il nous apparaît qu’en leur fors intérieur, la plupart des femmes sont conscientes des limites de leur Entre soi quand il s’agit notamment de tenter d’expliquer comment on en est arrivé là. Elles qui sont nourries dans tant de domaines de la production masculine. Elles ne vont quand même pas se forcer à ne lire que des auteures (sic) et renoncer à apprécier les apports « masculins » alors que dans l’autre sens, les hommes pourraient fort bien se passer tout à fait de l’apport féminin sur le plan général de la culture.

En conclusion, il faut certes apprécier à sa juste mesure une nouvelle mise en perspective de l’Histoire des femmes si cela peut éviter, autant que faire se peut, le ressentiment.

Citons un texte de Lilly Scherr qui semble bien résumer les enjeux :

- « Elles deviennent à part entière co-auteurs de leur propre Histoire (…)Elles redonnent à l’histoire écrite comme à l’histoire orale cette mémoire de femmes dont elles ont été amputées. Participant à cette histoire, la femme juive va enfin apparaître. Confinée dans un rôle, dans une fonction, elle s’est vécue comme mutilée dans son essence (sic)» ( Les femmes et la mémoire juive »(1993) in Lilly Scherr. Une historienne juive insoumise » Dir Michèle Bitton, et Michèle Hassoun, Ed BLM  2005)

JHB

15 05 21

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Jacques Halbronn Sociologie des Entre sois. L’identité

Posté par nofim le 14 mai 2021

 

 

Sociologie des entre-sois. Première partie

L’identité.

 

Par Jacques Halbronn

Nous entendons par « entre soi » un ensemble de pratiques et de discours propres à un groupe donné.

I La création d’un entre soi

Le leader est celui qui crée des entre soi, introduit des habitudes nouvelles qui constitueront à la longue un certain socle , un modus vivendi. L’Entre soi apparaît donc au départ comme une innovation mais du fait de son appropriation par le groupe concerné,il tend à glisser vers le statut de tradition, oubliant de surcroit ses conditions d’émergence  avec la conviction qu’il s’agit de l’émanation même du groupe alors que c’est bien plutôt la marque de sa dépendance par rapport à l’initiateur du dit Entre Soi. Rien de ce à quoi le groupe s’est attaché ne lui est véritablement propre. Le groupe voudrait que le dit Entre soi se révélât irréversible et définitif et voit d’un mauvais œil toute tentative de remplacement, de substitution alors même qu’à l’origine l’Entre soi en question est le fait du « Père » fondateur. D’une certaine façon, l’Entre Soi est né de la rencontre entre un leader et un groupe de personnes tout comme un enfant est le résultat de la formation d’un couple. Cela s’oppose au « bottom up » (du bas vers le haut) alors que le peuple ne fait que renvoyer, en se l’appropriant, au leader ce qu’il a introduit.

II Causes et conséquences de l’Entre Soi.

Cela dit, les personnes qui se rassemblent autour d’un Entre soi ont dès le départ des points communs. Qui se ressemble s’assemble. D’une certaine façon, la mise en avant d’un certain Entre soi nous apparaît comme une « couverture », un « prétexte »  laissant l’impression de la poursuite d’un certain objectif à atteindre alors qu’il s’agit de se retrouver entre personnes présentant objectivement un certain nombre de points communs. Cela dit, l’Entre-Soi, en tant que tel , est voué à développer certains traits de comportement -on parlera donc d’effets – venant s’ajouter, se combiner aux causes décrites plus haut, ce qui structure la spécificité de chaque/tout Entre- soi.

Selon l’adage qui veut que l’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre l’Entre Soi contribue à produire un certain nombre de limitations qui sont la contre- partie de certains choix, de certaines priorités, l’adoption d’habitudes qui offrent des avantages et des inconvénients.

Or, il nous semble que l’on assiste à une forme de déni de l’Entre Soi caractérisant une personne donnée comme si l’Entre Soi dont on est en quelque sorte l’adepte, par choix ou par nécessité – on pense notamment au cas anatomique, organique  des femmes- ou à un « club » de personnes présentant les mêmes addictions.(Alcoolique Anonymes) ou les mêmes origines ethniques, religieuses, géographiques, linguistiques etc.

Le débat que nous entendons ouvrir est celui du poids des entre-sois sur leurs membres. C’est ainsi que nous pensons que la pratique d’une langue donnée constitue un entre soi et que l’apprentissage d’une langue est formateur d’une certaine structure mentale. On ne pratique pas le français et l’anglais sans que cela produise certains effets générés respectivement par le génie de chaque langue.

Inversement, un Entre soi donné, favorisera certaines tendances et inversment risque d’en bloquer d’autres. Autrement dit, un Entre Soi, quel qu’il puisse être, n’est nullement inoffensif ni indifférent pour le pire comme pour le meilleur.

 

 

III La gestion des entre sois

Il est clair qu’un même société peut englober toute une série d’entre – sois qu’il va bien falloir faire coexister sans que cela donne lieu à trop de heurts, de tensions.Il y a débat entre ceux qui sont prêts à accepter de la diversité et ceux qui entendent la résorber autant que possible. Cela tourne autour de l’assimilation, de l’intégration,ce qui dépasse largement la question classique des « migrants » car, de toute façon, les personnes appartenant à des entre-sois différents auront entre elles des rapports d’étrangeté, quand bien même présenteraient -elles globalement des profils comparables. En ce sens, le débat autour des « étrangers » ne fait qu’occulter la tendance de toute société à générer en son sein de la diversité, y comprise quand la même langue, la même religion sont pratiquées. Un clivage incontournable est celui des hommes et des femmes, étant bien entendu qu’une personne peut relever de plusieurs entre soi à la fois, ce qui rejoint l’idée d’intersectionnalité.(cf Michèle Bittton, Michèle Hassoun, « Lilly Scherr Une historienne juive insoumise », ed BJM Lilly Scherr, Marseille 2005)

Il y a là comme un paradoxe en ce sens que l’on peut fort bien constituer un Entre Soi autour de tel ou tel objectif revendiquant par exemple un statut d’égalité avec d’autres Entre soi. L’existence de tel ou tel Entre soi ne signifie pas que l’on y soit en mesure d’atteindre tel ou tel objectif mis en avant, ne serait-ce que précisément du fait des origines des participants. En ce sens, un Entre Soi peut tout à faire alimenter des fantasmes. Mais après tout, pour quoi pas du moment que cela ne vienne pas nuire à un certain ordre social.

Cela dit, il y aura nécessairement des luttes entre divers Entre sois, chacun d’entre eux s’efforçant de se persuader qu’il incarne le progrès, l’avenir.

En tout état de cause, il est clair que nous ne vivons pas dans une société d’individus mais de membres d’Entre sois même si comme on a dit, une personne peut adopter les pratiques et les discours de plusieurs Entre sois. Les partis politiques sont des Entre sois visant à prendre le pouvoir ou en tout cas à le partager . Notons que tant le monde scientifique qu’artistique se structurent sur la base d’entre sois. De nouveaux entre sois sont toujours susceptibles d’apparaitre, à l’instigation de nouveaux leaders plus ou moins inspirés, capables de convaincre et de rassembler autour d’eux.

 

 

 

 

JHB

13 05 21

 

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Jacques Halbronn Saturne et le « Croissez et Multipliez » de la Bible

Posté par nofim le 7 mai 2021

Saturne et le « Croissez et Multipliez » de la Bible

par Jacques Halbronn

Si l’on admet que Saturne correspond à la masse, à la foule face à Jupiter qui serait celui qui sort du rang, l’on peut penser que Saturne est marqué par le quantitatif face à Jupiter marqué par le qualitatif.

Le quantitatif passe par la multiplication. Dans le Livre de la Genése, on lit «  croissez et multipliez » et l’on prend comme images les étoiles du ciel.

Cette formule renvoie à la génération, à l’enfantement et en ce sens, le Saturnien devrait être tenté de se reproduire à de nombreux exemplaires, ce qui passe par l’accouplement. A contrario, on peut penser que Jupiter serait plus tenté par le célibat et par une vie monacale (moine, du grec monos, seul, que l’on retrouve dans monopole).

 

Dans cette idée de multiplication, on trouve la copie, la duplication, la numérisation, la diffusion, la communication. Et en un certain sens, nous pensons que les femmes correspondent à ces valeurs, ne serait ce que parce qu’elles sont les agents de la croissance démographique.

Autrement dit , nous voyons assez bien Saturne au sein d’une famille et nous avons dit ailleurs qu’il fallait l’associer à la Lune dont il arbore les mêmes chiffres, le 7 et le 28 (jours/ans) La famille permet de se prolonger dans le temps. La visite des cimetières nous a fait récemment découvrir l’omniprésence du mot « famille » sur les caveaux et tombeaux. Saturne est dans la transmission.

En bref, Saturne a besoin de s’entourer de tous les moyens techniques permettant la multiplication des choses et des personnes, ce qui conduit à vouloir dispose d’espaces suffisamment vastes pour englober tous ces « biens », ces richesses. On peut donc penser à une certaine avidité correspondant à cette dimension quantitative.

A contrario, la spiritualité sera souvent associée avec le célibat des prétres, du clergé, notamment dans le catholicisme. La véritable raison de cette exigence est une volonté de se distinguer de la masse, en refusant de se reproduire comme des animaux, des bêtes. Or, les humains en couple se rapprochent singulièrement des créatures non humaines.

L’on comprendra mieux peut être pourquoi les sociétés sont souvent impuissantes à controler leur démographie, en dépit des questions écologiques car le quantitatif est par excellence l’arme du peuple et cela joue d’ailleurs sur la question du nombre de voix pour une élection, pour un sondage d’opinion, pour l’audimat le quantifiable. Autant de valeurs que nous qualifierons (du mot qualité) de saturniennes. Ce que l’on peut qualifier, c’est ce qu’on peut isoler par opposition au quantitatif qui tend à l’innombrable et donc à l’anonymat. Lors d’une élection, on assiste à un rendez-vous entre la masse du peuple et l’élite représentée par le petit nombre de candidats. Combien d’électeurs pour tant d’éligibles et d’élus ?

On comprend que le Saturnien puisse mettre en avant le suffrage universel alors que le Jupitérien préférera avoir affaire à des gens qui se connaissent, qui se choisissent entre eux, par cooptation. On a là un clivage marquant entre Jupiter et Saturne et l’on sait que de toute façon, qu’on le veuille ou non, cette complémentarité est incontournable. Il vaut donc mieux la décrire comme il convient, d’où la nécessité pour un pays de veiller sur ses élites, de les recenser, de les former, de les promouvoir. D’aucuns diront que Saturne correspondrait plutôt à une sensibilité de gauche et Jupiter à une sensibilité de droite. Maurice Duverger, dans son cours de sociologie politique -à l’Université Paris II, dans les années soixante, précisait que les partis de gauche sont des organisations de masse et les partis de droite des clubs de notables. Si l’on se rapporte au milieu astrologique, l’on perçoit assez bien les tendances saturniennes et les jupitériennes, qui engagent le milieu en question dans des directions bien différentes, ce dont nous avons traité ailleurs. Un Congrès jupitérien est réservé à une élite de gens ayant chacun produit une œuvre alors qu’un congrès saturnien rassemblera une masse d’amateurs en astrologie, autour de quelques vedettes.

 

 

 

 

 

 

08 05 21

 

Publié dans ASTROLOGIE, FEMMES | Pas de Commentaire »

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