Israël et la diaspora: une dimension
Posté par nofim le 2 juin 2014
La dimension « impériale » de l’Etat d’Israël
par Jacques Halbronn
On sait que nous nous intéressons beaucoup à la notion
d’empire, terme auquel nous conférons des acceptions
qui ne sont probablement pas tout à fait « usuelles ». Le terme
en lui-même tend à ne plus être très usité alors que celui
d’impérialisme « fonctionne » toujours assez bien dans les
média.
Dans un précédent article, nous avions commencé à nous
interroger sur la difficulté de l’Etat d’Israël à assumer ses
conquétes de 1967 (Guerre des Six Jours) dont nous avons
été personnellement assez marqué.
Mais il convient évidemment de réfléchir sur la dimension
impériale des rapports de cet Etat avec la « Diaspora », ce qui
fait de ce « foyer » un lieu d’accueil et de « retour » pour les
Juifs du monde entier.
On ne saurait oublier, en effet, la très grande disparité de la
population juive en Israël laquelle refléte la diversité même
de la Diaspora juive dans le monde. Disparité des langues
parlées en dehors de l’hébreu qui apparait, selon nous, comme
la langue de l’Etat Hébreu faisant pendant à la multitude
des langues des communautés juives. Rappelons que ces
langues sont dotées d’une vigueur du fait de l’ancienneté
de leur pratique supérieure à celle de cette langue
nouvelle qu’est l’hébreu, en dépit du fait que l’hébreu a été
pratiqué dans l’Antiquité dans cette même zone où s’est
constitué l’Etat d’Israël. Cela ne change rien au fait que
la tradition orale de l’hébreu moderne ne date que d’un
siècle environ ( Ben Yehouda).
Mais il n’y a rien de choquant à ce qu’un Empire impose
des lois communes à toutes les entités qui le composent.
Entités en effet dans la mesure où même si l’Alyah est
individuelle, les Juifs tendent sur place à se regrouper
selon leurs langues véhiculaires d’origine.
On rappellera à quel point le terme de diaspora est devenu
anachronique en ce début de XXIe siècle puisque si on
compare la diaspora juive avec la diaspora maghrébine,
par exemple, les Juifs de diaspora ne viennent pas d’Israël
pas plus que leurs parents et grands parents, à de très rares
exceptions près. Il y a là un abus de langage. Il y eut en effet
bel et bien une « diaspora » mais cela remonte à deux mille ans et
plus et d’ailleurs c’est cette diaspora qui servit de support
à l’implantation du christianisme antique.
L’hébreu ne saurait selon nous se substituer au
communautarisme de fait qui existe en Israël et ce n’est
d’ailleurs pas sa mission qui est de constituer un ciment
faisant contrepoids à la diversité de la présence juive en
Israël. On se demandera s’il n’eut pas été préférable de
recourir à un alphabet au lieu de l’alphabet araméen. Cette
option araméenne tend à isoler Israël tant au Moyen Orient
que par rapport à l’Occident latin et à l’Orient orthodoxe
(cyrillique). Mais nous pensons aussi à la facilité qu’il y
aurait eu pour les « nouveaux immigrants » juifs en Israël de
s’intégrer avec une langue en caractères latins.
Est-ce que la religion peut être considérée comme
un ciment pour unir les diverses « communautés » juives en
Israël? Ce serait assez logique mais cela se heurte à
plusieurs obstacles ou empêchements: d’ une part le fait
que nombreux sont les Juifs qui se veulent « laïques » et
d’autre part le fait que l’on ne peut ignorer l’importance
d’une population non juive en Israël. Les arabes israéliens
peuvent tout à fait apprendre l’hébreu, langue sémitique
comme l’arabe mais évidemment pas se « convertir » à la
religion juive qui ne saurait être le dénominateur commun
à la population israélienne dans son ensemble, sans oublier
bien entendu l’accroissement de la population arabe sous
contrôle israélien depuis 1967, soit bientôt un demi-siècle.
En conclusion nous dirons que le destin de l’Etat d’Israël
ne saurait échapper à la problématique impériale tant au
regard du fait diasporique que de la présence arabo-
musulmane sur place. L’idée qu’Israël puisse être un
« Etat-Nation » nous sembl totalement impraticable comme
elle l’est tout autant pour la France qui, elle aussi, a un
profil impérial qui, quelque part, la met en concurrence
avec l’Etat d’Israël au regard de la « question juive ». Mais
la France aussi a du mal à assumer cette dimension impériale.
même si elle a une tradition de laïcité qui est la clef même
de son existence impériale et même si la langue française
joue un rôle autrement plus puissant en France que ne le
fait l’hébreu en Israël, tant cette langue francaise est
perçue comme ayant en quelque sorte une stature
universelle. Quant à la religion catholique, elle constitue
en France un cadre structurel dominant accepté
ou en tout cas toléré par tous les non -catholiques français
du fait du poids de l’Histoire, par delà toute question
d’adhésion religieuse. On peut aussi voir dans le sport un
ferment non négligeable pour l’empire français lequel doit
par ailleurs assumer son passé « colonial » tant hors de
ses frontières qu’au sein de l’hexagone-métropole. Le rôle de
Paris est également nous semble-t-il, un socle majeur de
cet empire, de par le caractère cosmopolite de cette ville..
JHB
02 06 14
Publié dans HISTOIRE, judaîsme, LINGUISTIQUE, POLITIQUE, RELIGION, SOCIETE | Pas de Commentaire »