Patrice Guinard et son fiasco de 2014 dans l’affaire Marcelin/Macelin au coeur du prophétisme de Nostradamus à la fin de sa vie.

Posté par nofim le 6 décembre 2021

 Patrice Guinard  et son fiasco  de 2014 dans  l’affaire Marcelin/Macelin au coeur du prophétisme de Nostradamus à la fin de sa vie.

 

En 2014, Guinard (1967-2020) publia  sur son site (CURA) l’étude ci-dessous sur les années 1566-1567, qui correspondent à la mort de Nostradamus. Dans son intitulé, il emploie l’expression  « faux Nostradamus », cherchant probablement à montrer qu’il n’était pas dupe quant à l’authenticité de certaines publications « nostradamiques » alors même qu’il manque totalement d’esprit critique quant à la datation des éditions centuriques antidatées.. Il s’en prend notamment à  l’Italien Barozzi. Il nous reviendra d’apprécier la valeur de son traitement. A notre connaissance, il s’agit d’une des rares fois où  Guinard passa quelque temps dans une bibliothèque étrangère, puisqu’il signe la dite étude de Mantoue.  On relévera cette formule: «  Il s’agit d’un faux, probablement concocté après la mort de Nostradamus, peut-être traduit d’une version française perdue. Le texte ne présente aucun intérêt. » Il semble bien que Guinard n’ait pas eu accés au texte français dont dérive la production italienne alors qu’il existe une édition du manuscrit français, datant du début du XXe siècle  Guinard écrit « .Le texte est prétendument dit traduit d’un original français »  Quant au peu d’intérêt des textes concernés, il nous apparait que Guinard n’en a pas su prendre toute la mesure, notamment quant à l’annonce de la naissance d’un certain « Marcelin », qu’il préfére rendre par « Macelin » pour faire un jeu de mots en italien, que l’on retrouve dans un célébre quatrain des Centuries. Il semble bien que Guinard soit passé totalement à côté de l’affaire Marcelin qui fut l’acte prophétique ultime de Michel de Nostredame.  Malheureusement pour lui, il n’aura pas eu accés au manuscrit dont dérivent les éditions italiennes et qui a été mis en ligne  récemment par la BINA (Bibliothèque Internationale Numérisation Astrologique) cf  notre étude sur le « tournant prophétique des années 1560′ (in Revue Astroprophétique,  26 02 21) dont nous extrayons le passage suivant:

 

 

  »Le quatrain 76 de la centurie VIII du second volet, ne se comprend ainsi que sur la base du manuscrit en question: « Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’avril naistra un de quelque grand Roy et monarque qui fera sa fin cruelle et sanguinolente (…)On le nommera MARCELLINUS (en majuscules ndlr)mais on ostera de son nom l »R’ » Ce qui donne ‘Plus Macelin que Roy en Angleterre (…) son temps s’approche  » Marcelin sans R donne Macelin.rapproché de l’italien pour boucher. » Nostradamus est au moment de sa mort puissamment marqué par la théorie des conjonctions (cf édition 1906 p. 10) qui impressionnera dans les années 1580 jusqu’à un Jean Bodin dans un chapitre de sa République. Ce quatrain de la huitième centurie montre que le corpus prophétique de Nostradamus avait été exploité par ceux qui se chargèrent de la confection du second volet des Centuries – le camp favorable à l’avénement d’Henri de Navarre à la Couronne de France, selon la formule du Janus Gallicus (1594) En ce sens, l’on ne saurait affirmer que les Centuries ne relévent pas formellement d’une certaine façon de l’oeuvre de Nostradamus mais certainement pas de la période des années 1550. Tout comme les quatrains des almanachs, la prose de Nostradamus aura servi à nourrir un certain nombre de quatrains des Centuries. »  Or, voyons  si l’on retrouve en italien, chez Barozzi,  une référence à ce Marcelin attestée dans le dit manuscrit inconnu de Guinard et dont on dispose d’un exemplaire que nous venons  de consulter à la BNF. Eh bien, oui, on ne sera pas déçu, ce qui est bien dommage pour Guinard: dans son chapitre IV « Delle horribili spettacoli & avennuti dell anno 1567″ on trouve  «  » Si chiamara Marcellino ma sara levato di suo nome la R ». et dans ses Annotationi, Barozzi revient  sur ce Marcellino detto  Macello »qu’il compare à Jésus, notamment au ciel de sa Passion. Ainsi, Guinard, faute de disposer de l’original français, élabore tout un roman en toute impunité, persuadé qu’il est  que l’on ne trouvera jamais la source française!  en fait, on est en présence d’une traduction littérale de ce passage  du manuscrit.  Venons en à ce texte « original » quiserait perdu: « On le nommera   Marcellinus mais on lui ostera de son nom l’R’ (p 31/ (18) in « Reproduction trèd fidéle d’un manuscrit inédit de M. de Nostredame. Dédié à  S. S. le pape Pie IV, Mariebourg.   Sub S. Michaelis Invoc. 1906

 

 CORPUS NOSTRADAMUS 179 — par Patrice Guinard

Les faux Nostradamus italiens des années 66-67 : il vero Giuditio, il vero Pronostico, li Presagi et Pronostici

Après la mort de Nostradamus en juillet 66, la belle vie commence vraiment pour les usurpateurs de tous poils, imposteurs et faussaires des oeuvres et du patronyme du prophète salonnais, dont un certain Michel Nostradamus le Jeune qui signe aussi Mi. de Nostradamus (cf. CN 180). Une floraison de pronostics divers, mis au nom de Nostradamus, commence à envahir les foires et les étals de libraires, à commencer par deux pronostications italiennes parues dans diverses éditions, Il vero et universale giudicio et Li Presagi et Pronostici.

179A Il vero et universale giudicio sopra le quattro stagioni, di M. Michele Nostradamo Astrologo Eccellentissimo, Et Medico di Salon di Craus [sic] di Provenza,
Nel qual si vede brevemente quanto mostrano le stelle, & Pianeti di mese in mese, & di quarto in quarto, dell’anno 1566
… Tradotto fidelmente di Francese iu [sic] Italiano.

Trino (Trento), [Giovanni Francesco et Giolito de Ferrari ?], « con licentia de Superiori », 1566, in-4, 4 ff. (vignette au frontispice)
° BC Trento: t-G 2-op f 60

Il vero et universale giudicio sopra le quattro stagioni Il vero, et universale Giuditio

179B Il vero, et universale Giuditio di M. Michiele Nostradamo, astrologo Eccell(entissimo) & Medico di Solon [sic] di Craus [sic] di Provenza,
nel quale si vede brevemente quanto mostrano le stelle, & Pianeti di mese in mese, & di quarto in quarto dell’anno 1566
… Deo semper laus, & gloria

Trino (Trento), [Giovanni Francesco Giolito de Ferrari], « con licentia delli Superiori » (A4v), [1566], in-4, 4 ff. (pas de vignette)
° BN Marciana Venise: MISC 1339. 017

→ Giuseppe Dondi & Marina Bersano Begey, Le cinquecentine piemontesi, vol. 3, Turin, 1966, p.241, n.1373
→ Chomarat, 1989, n.78

La première pronostication existe en deux versions : l’une avec un vignette au frontispice et dite traduite du français, l’autre sans vignette et au titre et précisions modifiés au frontispice. Elle contient les quartiers lunaires sommairement commentés pour chacun des douze mois de l’année avec un faciebat controuvé de Nostradamus, et un commentaire de l’éclipse lunaire d’octobre 1566 dans un contexte italien. Les données des quartiers ne correspondent pas à celles de l’Almanach de Nostradamus pour l’année 1566. Il s’agit d’un faux, probablement concocté après la mort de Nostradamus, peut-être traduit d’une version française perdue. Le texte ne présente aucun intérêt.

179C Il vero Pronostico calcolato dall’eccell(entissi)mo astrologo, et filosofo M. Michel Nostradamo Francese.
Il qual narra diligentemente tutte le perverse calamità, che deve incorrere l’Anno 1566 come per ragioni Astronomiche lo dimostra.

Bologna, Alessandro Benatio, « Con licentia delli Superiori », 1566, in-4, 4 ff.
° BNF Paris: Rés V 1196

→ Leoni, 1961, p.87
→ Chomarat, 1989, n.77
→ Benazra, 1990, p.77
→ Brind’Amour, 1993, p.492
→ CAT Ruzo-Swann, Avril 2007, n.9 (vendu 390 $ avec d’autres fac-similés)

Cette seconde pronostication est à rattacher à la première par les données astrométriques similaires pour l’éclipse lunaire du 28 octobre 1566 : à 23 h 50 et 15° Taureau, durée 3 h 40 (Giuditio, A4v) vs 24 h 50, durée 3 h 40 (Pronostico, A2v). L’introduction sur un feuillet (incipit « Il divino Mosè nel Sesto del Genesi » ; explicit « o gli effetti nelle cose inferiori ») cite en seconde page une série d’autorités en matière astrologique : le chapitre 4 du second livre du Tetrabiblos de Ptolémée, Hali Rodoan, Albumasar, Messahalla, Almansor, et un astrologue du nom de Pierre Maynard (Pietro Mainardo). Suivent un aperçu de l’année 1566 (avec un faciebat controuvé de M. « Nostrodamus »), un descriptif de l’éclipse lunaire du 28 octobre 1566 (A2v), et des présages attribués à Nostradamus et adressés au duc d’Orléans (le futur Henry III).

²

→ Chomarat, 1989, n.62 (sous 1564) et n.67 (sous 1565)
→ Benazra, 1990, p.67-68 (les 2 versions, sous 1564)
→ Brind’Amour, 1993, p.491
→ CAT Ruzo-Swann, Avril 2007, n.9 (vendu 390 $ avec d’autres fac-similés)

Au moins deux autres éditions antidatées du précédent texte ont été imprimées vers 1567 (ou plus tardivement) avec un titre totalement remanié. Un exemplaire de la BNF précise la nationalité de l’auteur falsifié : « Francese ». Ces éditions ne précisent pas le nom de l’imprimeur, peut-être Antonio Bellone qui exerçait à Gênes à cette date, à supposer qu’il s’agisse bien d’impressions génoises (cf. Gedeon Borsa, Clavis typographorum librariorumque Italiae, Baden-Baden, 1980). Le texte est prétendument dit traduit d’un original français.

L’introduction commençant par une référence à la Genèse est reprise de l’édition précédente, avec quelques rares modifications, par exemple l’ajout de la mention « si per certo, & non men della Noetica » (bas de A1v), l’ajout d’un numéro : « differenza 8″ pour « differenza » (A2r), etc. Au présage sommaire (« Presagio somario » pour « Presagio, et sommario »), on se contente de changer l’année 1566 en 1565 et de corriger la mention fautive « Nostrodamus ». Le reste du texte est inchangé.

Les dates et données de l’éclipse lunaire sont modifiées en conséquence : l’éclipse du 28 octobre 1566 est remplacée par celle du 17 novembre 1565 : une donnée erronée puisque l’éclipse lunaire de 1565 a eu lieu le 7 et non le 17 (cf. Cyprian Leowitz, Eclipsium omnium ab anno Domini 1554 usque in annum Domini 1606, Augsburg, Philipp Ulhard, 1556). En outre, et c’est la preuve de la supercherie, l’ensemble du commentaire sur l’éclipse de 1566 reste inchangé pour le faux daté de 1565 : par exemple la position du Soleil dans la 8e maison (« il Sole nell’ottava mansione »).

Ci-suivent le thème de l’éclipse lunaire de 1566 dans le traité de Leovitius, le même thème calculé pour la latitude d’Augsburg à environ 16 heures 16, et un autre proche des données (approximatives) du Pronostico de Benatio : recalculé à environ 13 heures 53 avec le FC à 16° en Gémeaux comme indiqué au texte (« se ne oscurera punti 16 & particelle dieci sotto il duplicato segno di Gemini ») et le Soleil et Mars au milieu de la maison VIII selon la domification de Regiomontanus.

thème de l'éclipse Leowitz thème de l'éclipse 16 h 16 thème de l'éclipse Benatio

Dans la dédicace, on remplace le duc d’Orléans par le pape Pie IV, ainsi que quelques formulations relatives au nouveau dédicataire et à l’année visée : on transforme par exemple l’expression « circa l’Anno 1566″ en « circa 1565 & 1566″, mais pas la suite du texte « che sarà l’anno il quale per la revolutione … » – ce qui contredit les propos du texte puisqu’il est toujours question de l’année 1566 alors que la pronostication concerne 1565 ! De même « 1566″ est remplacé par « 1565 tenendo per l’anno 1566″ (A3v). A la page précédente, l’expression « qualche grandissimo danno che non passeranno quelle annà [sic] de 1566 et 1567″ devient « qualche gran matrona che non passeranno quelli anni de 1566 et 1567″ (A3r). Dans l’édition non datée du même texte, la « gran matrona » est remplacée par « grande dame » (en français). La régente Catherine de Médicis semble visée, et la seconde mouture de 1565 pourrait avoir été concoctée dans les cercles de mécontents liés à François d’Anjou (cf. infra). Bien sûr c’est surtout le prestige de l’astrologue et conseiller royal qui est visé par la dédicace réorientée sur le pape Pie IV, décédé le 9 décembre 1565.

Il s’agit donc d’une version trafiquée d’un faux, destinée à discréditer Nostradamus, le protégé de Catherine de Médicis. On attribue au mathématicien et humaniste italien Francesco Barozzi alias Barocius (1537-1604) le premier commentaire d’un texte de « Nostradamus », à savoir un commentaire de cette pronostication controuvée.

Francesco Barozzi
179F Pronostico universale di tutto il Mondo
Il qual comincia dal principio dell’ anno 1565 & finisce al principio dell’ anno 1570.
Raccolto dalli Presagi del Divino Michiele Nostradamo, & dalli Pronostici di molti altri Eccellentissimi autori : & con brevi annotationi illustrato

Bologna, « Alla libraria del Mercurio » [Giovanni Rossi ?], « Con Privilegio del Rever. Mons. Bossio Vicelegato », « Con licentia de Superiori », « 1566″ [1567 ?], in-4, 12 ff.
° BNF Paris: Res V 1193 ; Mazarine 4° Res 15954-1

→ Chomarat, 1989, n.79
→ Brind’Amour, 1993, p.496

Barozzi, Pronostico universale di tutto il Mondo

Le texte tient en 7 chapitres, précédés d’une préface (en A2r) et d’annotationi après les chapitres 2 et 4. La préface, adressée aux académiciens bolognais, est datée de Bologne le 20 janvier 1566 (ancien style, i.e. 1567 ?). Le texte cité et commenté par Barozzi n’est ni celui du « Vero Pronostico » ni celui des « Presagi et Pronostici », mais un texte intermédiaire mentionnant (en C1r) l’éclipse lunaire du 28 octobre 1566 avec une lune correctement positionnée à 16° du Taureau (comme dans la version bolognaise), et l’allusion au décès d’une « gran Matrona » (comme dans la version génoise). Il est probable que le modèle utilisé soit une autre version du même texte. Il n’est fait aucune allusion à une dédicace au duc d’Orléans ou au pape Pie IV. Et les données de l’éclipse sont celles de l’Almanach authentique de Nostradamus : à 23 h 45 apres midy (horloge) ou 4 h 39 apres midy à 15° Tau, durée 3 h 45, points lunaires éclipsés 17 et 22 minu. (Nostradamus, Almanach pour 1566, A2v) versus à 23 h 45 (horloge) ou 4 h 39 à 16° Tau, durée 3 h 45, points lunaires éclipsés 17 et 22 minu. (Barozzi, C1r).

Il faut donc attribuer ce commentaire à Barozzi et le dater du début de l’année 1567 (nouveau style) en raison du sérieux des données formulées, et écarter je crois l’hypothèse d’une contrefaçon tardive (ca. 1616) qui suit et que je soumets au lecteur sans conviction : en effet Barozzi, poursuivi et condamné par l’inquisition en 1583 et 1587 pour des motifs obscurs, pourrait avoir été la victime d’une contrefaçon tardive — mais quel enjeu à cette date ? : Justifier les décisions inquisitoriales au moment où les défenseurs de Barozzi demandent des comptes dix ans après sa mort ? et/ou renforcer le dispositif des contrefaçons mis en place un demi-siècle auparavant, grâce au crédit d’un érudit prestigieux et dont on connaît les intérêts pour les matières occultes ? — par la confusion entretenue entre les Bossi ou Bossio, tous deux vice-légats bolognais à cinquante ans d’intervalle : Francesco Bossi en 1566 et Girolamo Bosio en 1616, d’autant plus qu’à Bologne les héritiers de Giovanni Rossi continuaient à imprimer à cette époque (cf. par exemple Al direttorio monastico di canto fermo, Bologna, heredi Giovanni Rossi, Con licenza de superiori, 1615).

179G Pronostico di Michele Nostradamo
tradotto dallo francese in lingua italiana nel 1565

- incipit : « La variacione de tempi, secondo Hipocrate, é causa dell’ infermita, di modo, che quanto piu questa variatione sia frequente … »

° Biblioteca Ambrosiana, Milano: N 263 sup (Vol. 23 degli inventari), ms. de 24 ff.

Batta, Pronostico tradotto nel 1565, p.1 Batta, Pronostico tradotto nel 1565, p.2 Batta, Pronostico tradotto nel 1565, p.6 Batta, Pronostico tradotto nel 1565, p.45

Traduction manuscrite d’un texte mis au nom de Nostradamus, traduite en italien en 1565, et répertoriée par Mario Gregorio en 2006 dans son Répertoire, n.1563-003 [sic] au lieu de 1565-004.
Le texte est précédé d’une dédicace du traducteur au gouverneur de Milan Gabriel de la Cueva y Girón (1515-1571) datée du 22 décembre 1564 et signée Giovanni Batta (?) Il s’agit d’une traduction italienne sur 45 pages d’un faux non identifié incluant de nombreuses mentions à des auteurs classiques, notamment Hippocrate, Galien, Aristote et Avicenne. Il contient un discours sur les 12 signes zodiacaux (Discorso dei dodeci segni, p.35) et une recette contre la peste (Rimedis ottimi, generali, et universali contra la peste, p.44), à rapprocher de la traduction anglaise du pseudo-traité de Nostradamus sur la peste (cf. CN 32). La traduction est datée in fine de Milan, le 12 janvier 1565.

Mantova, 9 Febbraio 2014 

Or, dans une étude de Patrice Guinard  intitulée  Les publications de l’an 1561 pour l’an 1562  Corpus Nostradamus 181,  on trouve  bel et bien la mention du dit original!!! Tout se passe comme si Guinard n’avait pas fait le lien avec le Pronostico de Barozzi probablement en raison de questions de datation. Autrement dit, Guinard disposait bel et bien dans sa bibliothèque de l’original qu’il déclarait perdu mais il n’en avait pas pris connaissance d’où ses errements.
 
181D Reproduction très fidèle d’un manuscrit inédit de M. de Nostredame dédié à S. S. le Pape Pie IV
« Mariebourg » [Méricourt-l'Abbé], « Sub St Michaelis Invoc(ationem) » (à l’invocation de Saint-Michel) [Henri Douchet], 1906, vi + 113 pp.

→ CAT Waller, 1955, n.20052
→ Brind’Amour, 1996, p.555-556 (d’après un exemplaire d’Éric Calendrier de Montarlot)

° BU Uppsala ; BP Éric Calendrier ; BM Lyon: fds Chomarat 8252 (copie) ; Bib. CURA (copie présages)

  Reproduction très fidèle d'un manuscrit, Rigaux, 1906
 

« Copie du texte manuscrit relativement fiable, légèrement modernisée et ponctuée, effectuée par l’abbé Hector Rigaux et précédée d’une belle préface rédigée en français ancien de style nostradamien, adressée au pape Pie X (1835-1914) et datée du 13 décembre 1906 (p.i-vi) : incipit : « La propheticque evocation, Tres Sainct Père, et, par permission divine, sensible enumération des evenements … » ; explicit : « … préparant ainsy le moment où chascun esmerveillé à la veuë des faicts accomplis & de leur prophetique explanation, s’écriera : « Cy est la main de Dieu ! »  ». Rigaux y déplore la lâcheté d’une intelligentsia qui, détournée de l’essentiel, se voue à la futilité et au néant : « Soubs aspect de plus griesve faulte & plus calamiteuse obnubilation de l’intelligence des tant belles destinées & glorieuses prerogatives de notre nation, envisageons nasvrés le perfide & lasche bandonnement [condamnation] de nos debvoirs ; le coupable non-chaloir de l’humain intellect, tant vainement bouffi de vuide & boursouflé de faulse science philosophique, sous apparence néantmoins chimériquement positive & illusoirement materielle ». (p.ii)

 

 ANNEXE 

 

Patrice  Guinard : Discours à l’occasion du VIIème congrès de l’association Apotélesma de Lucia Bellizia, Gênes, 18 octobre 2014)

 

(cf. le programme de la réunion génoise : VII Convegno Apotélesma, le compte-rendu sur le site Apotélesma : VII CONVEGNO APOTÉLESMA, et la traduction par Lucia de la version initiale de ce texte : Bilancio sulle publicazioni annuali di Nostradamus

CORPUS NOSTRADAMUS 190 — par Patrice Guinard

Bilan sur les publications annuelles de Nostradamus (1550-1567)

Le Pronostico sulla disposizione delle quattro parti dell’anno 1561, traduction italienne par Lucia Bellizia de « La pronostication des choses de perpetuelle memoire sur la disposition des quatre parties de l’An Mil cinq cens soixante et un » dont j’ai récemment découvert (le 17 avril dernier, exactement deux mois après la mise en ligne de sa version numérisée) une version latine manuscrite à la bibliothèque de Munich, ainsi qu’une traduction latine manuscrite de l’Almanach pour la même année dont quelques fragments avaient été retrouvés à Paris il y a trente ans, est l’occasion de dresser un bilan des publications annuelles de Nostradamus, almanachs et pronostications, qui paraissaient chaque automne pour l’année suivante entre 1549/50 et 1566/67, et malgré qu’ils aient connu une immense diffusion et été l’objet de copies et contrefaçons innombrables, intéressent encore fort peu les milieux académiques.

Les almanachs de Nostradamus ou mis au nom de Nostradamus s’écoulaient chaque année par dizaines de milliers. Une production considérable pour l’époque, bien au-delà des ouvrages que les universitaires dissèquent depuis quatre siècles dans leurs officines. Peu d’entre eux se sont penchés sur la question en raison des dissensions idéologiques suscitées par de telles recherches. Et Nostradamus n’appartenait pas à la crème intellectualisante des clubs et cercles littéraires qui commençaient à poindre à cette époque dans les milieux parisiens, pas plus que Rabelais et Montaigne d’ailleurs. Prophéties et Almanachs sont rédigés dans un langage hermétique, syntaxiquement déroutant, voire incorrect. Les propos sont énigmatiques ; les intentions sont insaisissables. L’étude de ces textes n’est pas une manne pour opportunistes et carriéristes. Il n’en faut pas plus pour orienter les profils vers des sujets plus juteux et conformes aux postes convoités.

Il n’existe toujours aucune édition des oeuvres complètes de Nostradamus, pas même limitée aux fameuses Prophéties. En aucune langue ! Les éditions existantes s’appuient sur des textes corrompus, sans qu’aucune recherche comparative textuelle n’ait été effectuée. Je renvoie à mon appel de 2008 (CN 94) et à l’indigence des études universitaires passées et présentes (CN 59). Les deux récents ouvrages universitaires ne traitent de Nostradamus et de ses oeuvres que par des voies détournées. D. Crouzet de la Sorbonne en 2011, au prix d’un nombre incalculable de déformations, réévalue les quatrains à l’aune des orientations confessionnelles et religieuses de l’époque. Comme si Nostradamus ne s’en fichait pas des chamaillages partisans, catholiques ou protestants, papistes et huguenots ! S. Gerson de l’université de New York en 2012 retrace avec de nombreuses lacunes la postérité de Nostradamus sans s’intéresser aux textes du XVIe siècle (cf. CN 130 et CN 165). Mais laissons cette misère pour entrer au vif.

Au fil des années et notamment avec l’avènement de la section Nostradamica au CURA, de nouveaux textes ont été révélés et édités. A mi-parcours, et ne sachant si la seconde moitié du travail à effectuer le sera, je souhaite à l’occasion de cette nouvelle rencontre Apotélesma et à l’invitation de Lucia, effectuer un bilan de l’état actuel des recherches (i.e. de mes recherches) concernant les publications annuelles de Nostradamus.

DIFFUSION DES TEXTES

Ces textes, Almanachs, Pronostications, et peut-être aussi Présages, étaient imprimés en octobre et diffusés en novembre lors de la foire lyonnaise de la Toussaint. Il y avait à Lyon à l’époque 4 grandes foires annuelles à Lyon : la fête des Rois ou de l’Épiphanie en janvier, celle de Pâques ou de la Quasimodo (commençant le lendemain du premier dimanche après Pâques), la foire estivale d’Août, celle de la Toussaint en novembre. Elles furent établies au début du XVe siècle : deux foires en 1420, au nombre de trois en 1444, puis finalement quatre en 1463 par lettres patentes du roi Louis XI. C’est un peu l’équivalent de nos soldes actuelles de janvier et de juillet. Elles firent de Lyon un carrefour commercial de premier plan entre l’Allemagne, l’Italie et la Suisse. On y trouvait des draps et toiles, des denrées cosmétiques et alimentaires, des métaux, du cuir, des armes, des peaux, des dés et cartes à jouer, des livres. Elles duraient deux à trois semaines et commençaient toujours le lundi.

Ainsi en 1560, 1561 et 1562 (d’après les Almanachs Lenoir pour les dites années, en E7v, E7v, et C5v) :
- pour la foire des Rois du lundi 8 au lundi 29 janvier 1560, du lundi 13 au lundi 03 février 1561, du lundi 5 au lundi 19 janvier 1562
- pour la foire de Pâques du lundi 22 avril au mardi 14 mai 1560, du lundi 14 avril au lundi 05 mai 1561, du lundi 13 au lundi 27 avril 1562
- pour la foire d’Août du lundi 5 au lundi 26 août 1560, du lundi 4 au vendredi 22 août 1561, du lundi 3 au lundi 17 août 1562
- pour la foire de la Toussaint du lundi 4 au mardi 12 novembre 1560, du lundi 3 au jeudi 20 novembre 1561, du lundi 2 au lundi 16 novembre 1562

En réalité la foire de la Toussaint de 1562 a été annulée (ainsi que les deux premières foires de 1563) en raison des troubles provoqués par l’occupation des Protestants à Lyon en 1562 (Brésard, p.85). Nombreux semblent avoir été ceux qui n’ont pu se procurer l’Almanach et la Pronostication de Nostradamus pour cette année 1562. Ainsi l’allemand Hans Rosenberger, dans une lettre du 15 décembre 1561, demande expressément à Nostradamus s’il peut lui envoyer lui-même deux ou trois exemplaires de l’Almanach dédié au pape Pie IV dont la version lyonnaise est perdue mais dont on connaît deux exemplaires légèrement différents d’une impression parisienne trafiquée (cf. CN 181). Des faux circulent un peu partout, même à Lyon. On ne peut se fier à quiconque, et pour Rosenberger, seul Nostradamus est susceptible de lui fournir le texte authentique.

A LA RECHERCHE DES TEXTES PERDUS

C’est exactement notre problème et le point crucial qui nous occupe aujourd’hui : la recherche de ce qu’a vraiment écrit Nostradamus ! Car éradiquées les falsifications et contrefaçons de toutes provenances, principalement d’origine parisienne, même les pronostications et almanachs lyonnais les moins douteux souffrent pour la plupart des erreurs, transformations, ajouts et réécriture des imprimeurs, éditeurs et intermédiaires. On n’a conservé qu’un seul manuscrit d’une telle publication annuelle, calligraphié en 1561 par Chevigny le secrétaire de Nostradamus : « Les praedictions de l’almanach de l’an 1562″ dont le texte diffère beaucoup de la version parisienne abrégée retrouvée (cf. CN 181). Il y a donc trois strates dans l’appréhension de ces documents : les textes authentiques de Nostradamus (idéalement les manuscrits signés de sa main), les textes transmis puis imprimés par ses éditeurs autorisés, les textes reproduits, transformés ou falsifiés mis au nom de Nostradamus.

Idéalement seul le premier niveau m’intéresse, mais la plupart des documents conservés appartiennent évidemment aux deux autres strates. Quelques exemples. Dès 1554, l’imprimeur lyonnais Jean Brotot reçoit l’Almanach et la Pronostication et, jugeant inopportune la double publication, décide de fondre les deux textes en un seul et de l’imprimer sous l’intitulé « Prognostication nouvelle, & prediction portenteuse, pour l’an 1555″. Ce texte curieux et unique par sa composition comme par son iconographie a été redécouvert en 2007 lors de la vente Ruzo à New York (cf. CN 14).

A partir de 1561, Jean de Chevigny est recruté par Nostradamus pour retranscrire ses textes à destination de ses correspondants et de ses imprimeurs. Chevigny y ajoute ici et là du sien, adoucissant le texte original jugé trop brut, trop obscur, « décalé », voire subversif. L’Almanach avignonnais Pierre Roux pour l’an 1563 est l’exemple typique d’une telle « collaboration ». En 1589, le même Chevigny, sous le nom de Chavigny, entreprend de retranscrire, à partir des opuscules en sa possession à cette date, l’essentiel des « présages », c’est-à-dire des formulations à vocation oraculaire, hormis les explications d’ordre astrologique et météorologique, dans un manuscrit de 722 pages, le « Recueil des Presages prosaïques ». Le précieux manuscrit, en partie inédit, ayant appartenu à un médecin dijonnais au XVIIIe siècle avant d’être racheté par la bibliothèque de Lyon (BM Lyon, ms 6852), a hélas subi des dégradations irréversibles. C’est pourtant le seul document qu’il nous reste pour certains opuscules. B. Chevignard en a réalisé en 1999 une version partielle s’arrêtant à l’année 1559.

En 1594, le même Chavigny fait imprimer à Lyon un volumineux ouvrage intitulé « La premiere Face du Janus françois » qui aborde cette fois l’explication des quatrains versifiés de Nostradamus, pris dans ses Almanachs comme dans ses Prophéties. Le texte des quatrains, comme celui des Présages au manuscrit évoqué, est parfois modifié en vue d’une plus grande clarté aux yeux de l’interprète. C’est ainsi que le texte de Nostradamus subsiste parfois dans des versions « arrangées » dont ne subsiste aucune version originale.

D’autres textes, hormis les extraits donnés par Chavigny, n’existent qu’en traduction : les originaux français sont perdus. C’est le cas de l’Almanach pour l’an 1559 en version anglaise (cf. CN 75), de la Pronostication pour l’an 1564 en version italienne (cf. CN 165 et le Convegno di Genova en 2012), et de la Pronostication pour l’an 1561 en version manuscrite latine (traduction italienne Lucia Bellizia, et bientôt française).

REPÉRAGE ET NOMBRE HYPOTHÉTIQUE DES TEXTES ORIGINAUX

Il a pu exister une trentaine de ces publications annuelles, éphémères rédigés l’année précédente pour l’an à venir, et diffusés lors de la foire lyonnaise d’Automne. J’en ai recensé 33, un nombre hypothétique dépendant des informations recueillies de sources diverses et de leur interprétation : ce sont les 15 PRONOSTICATIONS pour les années 1550 à 1564, les 15 ALMANACHS pour les années 1553 à 1567, et les PRÉSAGES MERVEILLEUX pour les années 1555, 1557 et 1558. La plupart de ces textes sont perdus, quelques rares d’entre eux peuvent être reconstitués, certains ne subsistent qu’à l’état fragmentaire grâce à Chavigny. Les quatrains accompagnant le calendrier des saints pour chaque mois, au nombre de 12 ou 13, n’existent que pour l’année 1555 et les années 1557 à 1567. On peut estimer, grâce à la parution du Recueil de Chavigny (et suite à mon étude « L’Isle à Cumes : Les quatrains perdus de l’almanach pour 1556 et la milliade de quatrains », CN 159) que la totalité de ces quatrains nous sont connus. C’est l’objet même de cette présente communication d’analyser, année par année, les textes dont nous disposons.

LES PRÉSAGES MERVEILLEUX

On n’a conservé qu’un texte intitulé PRÉSAGES MERVEILLEUX, celui pour l’an 1557 (édité par moi-même aux CN 46128 et 157). Il a pu exister deux autres textes similaires pour les années 1555 et 1558, et a priori tous adressés au roi de France Henry II, lequel se les faisait lire devant la Cour selon le témoignage de Montluc : « Sa Majesté faisoit lire les presages de Nostradamus le jour de devant, & lisoient pour le lendemain bonnes nouvelles, au Roy. Le courrier y arriva ce jour mesmes : & le lendemain y avoit ‘ville rendue’. » (cf. CN 143). Ce pourrait être une allusion à la prise de Thionville (bastion espagnol) en juin 1558, et l’expression « ville rendue » a pu figurer soit au calendrier de l’Almanach pour 1558, soit dans les Présages Merveilleux pour 1558. Les deux textes sont perdus. Quant à l’existence de « Présages Merveilleux pour l’an 1555″, elle me semble indiquée par le témoignage de Nostradamus lui-même dans son adresse au roi Henry II aux Présages pour 1557 : « à cause que l’annee passee l’air n’estoit en telle serenité ne les astres disposez, ne me feut possible si amplement specifier les faictz & predictions futures de l’an cinq cens cinquante & six » (cf. CN 46) et par celui d’Alexandre de La Tourette qui dans une lettre à Jean Morel, datée du 12 décembre 1554, déclare envoyer à son correspondant des « presaiges merveilleux » de Nostradamus (cf. CN 16). Ainsi Nostradamus aurait adressé au roi de France depuis 1555 jusqu’en 1558 (sauf en 1556, et il s’en excuse) des textes énigmatiques appelés PRÉSAGES MERVEILLEUX que le roi se faisait lire par distraction ou réel intérêt devant la Cour et probablement certains ambassadeurs. Henry II décède en juillet 1559. Aucun texte similaire n’est attesté pour cette année-là (cf. CN 51).

L’ASTROLOGIE DES QUARTIERS LUNAIRES

Hormis la dédicace, le texte est constitué de considérations sur les quartiers lunaires, au nombre de 49 pour l’année 1557, du premier quartier de janvier 1557 au premier quartier de décembre 1557. La composition suit une trame plus ou moins variable : situation astrologique et positions planétaires remarquables, considérations météorologiques dépendantes de la configuration astrologique, conséquences médicales et énumération des maladies liées aux configurations météorologiques, parfois conséquences sur les récoltes, et surtout présages et visions politiques pour le quartier lunaire en cours. C’est l’intérêt du texte nostradamien et ce pourquoi on le recherche et on le lit encore aujourd’hui en dépit de la cécité académique.

Les moments astrologiques et les configurations planétaires sont approximatifs : ainsi le premier quartier lunaire de janvier 1557, donné pour le 7 janvier à 21 heures, a lieu en réalité le lendemain à 7 heures du matin (sous la latitude de Lyon), et la conjonction Saturne-Lune donnée à 16° du Bélier, a lieu d’après les calculs modernes le 7 janvier à 14 heures 50, et à 18°50 du Bélier. Les qualités traditionnelles de la planète Saturne (froideur et siccité) impliquent un temps froid et sec, et les maladies qui en découlent. Les considérations politiques et événementielles, voire les révélations oraculaires propres au texte nostradamien, bien que semblant s’appuyer sur les matériaux qui précèdent, nous semblent étranges, improbables, illogiques, voire incompréhensibles dans leur formulation. C’est ce qui fait l’originalité du texte nostradamien, et ce en quoi il se distingue des productions similaires. Tout ce passe comme si le matériau astrologique ne servait que de support à l’acte divinatoire. Nostradamus, souvent considéré comme le plus célèbre astrologue moderne, ne fait que se servir de l’astrologie, de ses symboles, de ses codes, de son langage et de sa logique.

STRUCTURE ET CONTENU DES ALMANACHS ET PRONOSTICATIONS

Les Almanachs appartiennent eux aussi à cette astrologie des quartiers lunaires. On y trouve en plus un calendrier des saints comprenant pour chaque jour de l’année une formule laconique et pour chacun des douze mois un quatrain versifié, ainsi que diverses pièces annexes (fêtes mobiles, foires, etc.). Le calendrier est morcelé avec les quartiers lunaires du mois (comme dans l’Almanach pour 1557), ou il les précède (comme dans les Almanachs pour 1559 et 1560). Le calendrier semble avoir été adressé à l’imprimeur séparément du texte des présages.

Les Pronostications ont une structure différente : elles sont composées de présages pour chacune des saisons, précédés d’une dédicace et suivis d’un relevé sommaire des phases lunaires mensuelles ainsi, accessoirement, d’un petit texte sur les éclipses de l’année. Dans les premières pronostications (pour 1553 et 1555), les présages saisonniers sont suivis de présages géopolitiques pour les principales régions européennes. Dans les pronostications pour les années 1560 et 1561 les thèmes d’ingrès précèdent et illustrent le texte des présages saisonniers.

Ainsi l’entrée du Soleil en signe cardinal (Bélier, Cancer, Balance, Capricorne) caractérise l’astrologie des Pronostications, et non plus seulement les quartiers lunaires. L’unité temporelle n’est plus la semaine soli-lunaire, mais le trimestre. On résumera les caractéristiques principales des trois séries de publications annuelles comme suit :

PRÉSAGES : DÉDICACE, QUARTIERS LUNAIRES
ALMANACHS : DÉDICACE, CALENDRIER (avec QUATRAINS et FORMULES JOURNALIÈRES), QUARTIERS LUNAIRES
PRONOSTICATIONS : DÉDICACE, PRÉSAGES SAISONNIERS, PHASES LUNAIRES SOMMAIRES, ÉCLIPSES

ALMANACHS ET PRONOSTICATIONS : LE BILAN

Nous ne connaissons les premières publications annuelles de Nostradamus que par les extraits laissés par Chavigny dans son Recueil précité. Probablement moins consistantes que les publications ultérieures d’après les extraits rapportés, elles furent probablement toutes publiées à Lyon. Ce n’est qu’après 1555 que paraissent des versions aussi imprimées en d’autres lieux : peut-être Anvers en 1555 (pour l’année 1556), et surtout Paris à partir de l’année suivante. Ces tout premiers opuscules ne contenaient pas de quatrains.

01. La Pronostication pour l’an 1550
On ignore l’imprimeur lyonnais : peut-être Jean Pullon de Trin, imprimeur de la première édition du Traité des Fardements et Confitures de Nostradamus sous le titre hypothétique « Le vray & parfaict embellissement de la Face, & la maniere de faire des confitures » (édition perdue). Chavigny n’a laissé que 10 présages de ce texte que j’ai supposé être une Pronostication, et non pas un Almanach (CN 02). Le destinataire du texte est inconnu.

02. La Pronostication pour l’an 1551
On ne sait rien du texte paru l’année suivante. Chavigny lui-même déclare ne pas avoir réussi à la retrouver (CN 03).

03. La Pronostication pour l’an 1552
Comme pour la Pronostication pour 1550, on ignore le destinataire de l’épître comme l’imprimeur lyonnais. En revanche on sait qu’il s’agit bien d’une Pronostication et non d’un Almanach car un astrologue du nom de Laurent Videl cite en 1558 deux présages de cette « pronostique » ou « pronostication », ultérieurement rapportés par Chavigny (CN 141). Chavigny a consigné 26 présages de ce texte, y compris les deux rapportés par Videl (CN 04). La pronostication a été plagiée par un autre astrologue et faiseur d’almanachs du nom de Claude Fabri dans un texte antidaté peut-être imprimé à Agen en 1559 : « La Vraye Prognostication Nouvelle pour l’An 1552″ (CN 24).

04. L’Almanach pour l’an 1553
A partir de cette année, Nostradamus aurait fait publier deux opuscules annuels : un Almanach et une Pronostication. Videl a retenu 7 ou 8 présages de cet Almanach inconnu de Chavigny (CN 141). Il aurait été dédié à un grand seigneur, et Nostradamus aurait déclaré à son propos que ni la lyre de Jupiter ni Saturne (le temps) ne sauraient le détruire ! Malheureusement pour l’heure il est perdu (CN 05). On le retrouvera. Peut-être à Aix.

05. La Pronostication pour l’an 1553
Comme pour les textes précédents, on ignore le destinataire de l’épître comme l’imprimeur lyonnais. Chavigny nous a laissé 53 extraits de ce texte composé de présages généraux pour l’année, de présages pour les quatre saisons, puis de présages pour l’Italie, la France, l’Espagne et l’Allemagne (CN 06).

06. L’Almanach pour l’an 1554
C’est le premier texte dont des fragments assez nombreux (149) nous sont parvenus, toujours grâce à Chavigny. On ignore le destinataire de l’épître comme l’imprimeur lyonnais, peut-être Antoine du Rosne dit Lizerot, comme l’attesterait un acte notarial retrouvé par Louis Gimon en 1882 (CN 07).

07. La Pronostication pour l’an 1554
C’est le second opuscule totalement perdu. On sait par l’acte notarié précité que Nostradamus en a interdit la diffusion à l’imprimeur Bertot dit la Bourgogne, en raison de l’extrême corruption de son impression, et ordonné de le transmettre à son confrère Antoine du Rosne, qui deviendra l’un de ses imprimeurs pour les Prophéties. Les deux versions sont perdues et Chavigny ne les connaît pas.

08. Les Présages Merveilleux pour l’an 1555
Le texte est perdu (cf. supra).

09. L’Almanach pour l’an 1555
Chavigny nous a laissé des extraits de deux textes pour l’année 1555, un Almanach et une Pronostication. Les manuscrits et imprimés de ces textes sont perdus. Et nous avons une Pronostication (actuellement à la BM de Lyon) qui est un collage, comprenant des quatrains versifiés, réalisé par l’imprimeur Jean Brotot à partir des deux textes précités. C’est le seul cas d’une pronostication contenant des quatrains. L’imprimeur explique ses intentions dans une lettre adressée à Nostradamus (CN 13). L’Almanach est en outre attesté par Videl qui en donne trois à quatre extraits non repris par Chavigny qui en donne 43, hormis ceux repris dans la Pronostication imprimée (CN 16). Je pense avoir identifié la dédicace de l’ouvrage (à Claude de Savoie, comte de Tende) dans un éphémère traduit en allemand à Nuremberg (CN 17).

10. La Pronostication pour l’an 1555
Le texte original de la Pronostication est perdu. Le collage imprimé par Brotot a été édité par moi-même en avril 2007 et décembre 2008 (CN 56 et 101). La Pronostication était adressée au prévôt de Cavaillon Joseph des Panisses. Chavigny a laissé 5 présages du texte originel (manuscrit ou imprimé) non repris dans l’exemplaire Ruzo de la bibliothèque de Lyon. Ces extraits sont corroborés dans un Almanach parisien tardif qui est une contrefaçon de textes antérieurs (CN 14).

11. L’Almanach pour l’an 1556
Chavigny a retenu 130 présages de cet almanach perdu, aussi mentionné par Videl qui nous en laisse trois de plus. Imprimeur et dédicataire nous sont inconnus (CN 35). L’almanach ne contient pas de quatrains contrairement à tous ceux des années ultérieures (mais cf. CN 159).

12. La Pronostication pour l’an 1556
Chavigny nous a laissé 30 extraits de ce texte perdu dont on ignore tout par ailleurs.

13. Les Présages Merveilleux pour l’an 1557
A partir de 1557 la situation s’améliore car les éditions lyonnaises sont doublées de parisiennes dont quelques exemplaires nous sont connus. L’exemplaire de Daniel Ruzo est actuellement à la bibliothèque de la Maison Nostradamus à Salon. Le texte est adressé au roi Henry II. Il a été édité par moi-même en trois fois : en janvier 2007, septembre 2010 et décembre 2011 (CN 46, CN 128 et CN 157).

14. L’Almanach pour l’an 1557
On a conservé un exemplaire ayant appartenu au même Ruzo, acheté à la vente Swann de New York en avril 2007 (aussi à la bibliothèque de la Maison Nostradamus à Salon). Comme le précédent, il est imprimé par Jacques Kerver à Paris. Je l’ai édité dès décembre 2006 à partir d’une copie qui circulait parmi les nostradamologues (CN 41). Le texte est adressé le même jour que le précédent à Catherine de Médicis, l’épouse du roi.

15. La Pronostication pour l’an 1557
Il existe deux exemplaires de la version parisienne, imprimée à Paris par Guillaume Le Noir pour Jacques Kerver (l’un au Musée Paul Arbaud à Aix, l’autre au centre Bandy à Nashville). Le texte est adressé à Antoine de Bourbon, père du futur Henry IV. J’en ai donné une édition au CURA en février 2007 (CN 47). Aucune édition lyonnaise de ces textes pour l’an 1557 n’a été conservée.

16. Les Présages Merveilleux pour l’an 1558
Ce texte hypothétique est perdu (cf. supra). Chavigny l’ignorait.

17. L’Almanach pour l’an 1558
Le texte aurait été imprimé à Lyon, puis à Paris, Gand et Anvers. Il n’en subsiste aucun exemplaire, mais seulement les 202 présages recueillis par Chavigny, ainsi que quelques autres maquillés dans un opuscule parisien (cf. mon étude à paraître). Il pourrait avoir été adressé à Jeanne d’Albret (CN. 58 et CN 61). Les dates des privilèges (5 juillet et 20 septembre 1557) confirment que les éditions lyonnaises ont bien précédé les parisiennes.

18. La Pronostication pour l’an 1558
Le texte est adressé au sénéchal de Lyon Guillaume de Gadagne, chez qui Nostradamus a séjourné lors de son voyage à Paris durant l’été 1555. C’est le seul texte dont ont été retrouvées les deux éditions, l’une lyonnaise en collection privée (vente Thomas-Scheler, 2010), l’autre parisienne à la bibliothèque royale de La Haye. J’ai édité le texte de la version parisienne en septembre 2007 (CN 73) et prépare une édition comparative des deux versions.

19. L’Almanach pour l’an 1559
Ce texte est perdu mais peut être en partie reconstitué, comme je l’ai montré pour le mois de Janvier (CN 75) grâce aux 300 présages choisis par Chavigny dans son Recueil de 1589 (CN 186) et à trois traductions anglaises dont la première donne le texte des quatrains et les formules du calendrier (An Almanacke for the yeare of oure Lorde God 1559 ), la deuxième les données astrométriques du calendrier (An Almanacke for the yere, from the birthe of our saviour Iesu Christ 1559 ), et la troisième, mal nommée « pronostication », l’ensemble des présages pour chacun des douze mois (The Prognostication for the yeare of oure Lorde 1559 ). On ignore cependant le dédicataire de l’épître, probablement le roi François II.

20. La Pronostication pour l’an 1559
Le texte est perdu. On se contentera des 140 présages laissés par Chavigny. Il est adressé à Charles de Guise, cardinal de Lorraine (CN 123).

21. L’Almanach pour l’an 1560
C’est le second almanach adressé au même destinataire, Claude de Savoie, comte de Tende et ami de Nostradamus. L’exemplaire Ruzo de la version parisienne a été acquis à la vente Swann de New York en avril 2007. J’en ai donné séparément le texte de l’épître en juin 2008 (CN 97), celui des hauts de page rognés et des quatrains en décembre 2011 (CN 148 et 155), et récemment, en août 2014, le texte des présages jusqu’à la fin de l’almanach (CN 183).

22. La Pronostication pour l’an 1560
La version lyonnaise de cet opuscule, récemment redécouvert (catalogue Thomas-Scheler, 2010) mais auparavant sauvegardé par Ruzo, a été éditée au CURA en décembre 2011 (CN 152).

23. L’Almanach pour l’an 1561
On ne sait rien de la version lyonnaise de cet almanach, adressé à la duchesse Marguerite de Valois, soeur du roi Henry II. J’ai établi une reconstitution de la version parisienne d’après les fragments laissés par Chavigny et l’exemplaire défectueux de la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris : i.e. la dédicace en mars 2011 (CN 137), le texte des présages en décembre 2011 (CN 153), et les quatrains en décembre 2013 (CN 173). J’ai découvert en avril 2014 à la bibliothèque de Munich une traduction latine manuscrite de cet opuscule dont la traduction permettrait de compléter mon texte.

24. La Pronostication pour l’an 1561
Chavigny a légué 221 présages dont les versions françaises sont perdues. Mais il existe une traduction latine manuscrite de cet opuscule (récemment découverte à Munich avec l’opuscule précédent), établie par Augustinus Güntzer, et traduite en italien par Lucia Bellizia. Le texte est adressé à Renée de Valois, la fille cadette du roi Louis XII et tante du roi Henry II.

25. L’Almanach pour l’an 1562
Il existe deux exemplaires légèrement différents de la version parisienne de l’Almanach pour 1562, ainsi qu’une version manuscrite des présages de l’almanach. Un cas unique qui permet de se faire une idée des déformations subies par le texte à l’impression par rapport au texte nostradamien originel. J’ai édité au CURA en avril 2014 les deux versions de l’épître adressée au pape Pie IV et les formules du calendrier, et donné un fac-similé des présages d’après une copie établie par l’abbé Hector Rigaux en 1906 (CN 181).

26. La Pronostication pour l’an 1562
La version lyonnaise, éditée par Pierre Brotot et imprimée par Antoine Volant, est parue avec une préface douteuse, non datée et adressée à Jean de Vauzelles. Une contrefaçon parisienne reprend le texte de la préface avec quelques modifications. En avril 2014, j’ai édité les deux versions de la préface et transcrit les présages saisonniers de la pronostication (CN 181 et 182).

27. L’Almanach pour l’an 1563
On ne connaît ni version lyonnaise ni parisienne de cet almanach, mais une version avignonnaise qui semble avoir été retouchée par Chevigny, le secrétaire de Nostradamus. L’épître dédicatoire est rédigée en italien, et le destinataire, Fabrice de Serbelloni, semble avoir été imposé à Nostradamus. Plus de deux mois séparent le faciebat de la date de la dédicace.

28. La Pronostication pour l’an 1563
Ce texte est totalement perdu. Chavigny n’en a conservé aucun présage dans son Recueil. On connaît un exemplaire d’une contrefaçon italienne suspecte, qui ne recoupe probablement pas le texte qui aurait été imprimé à Florence par Giorgio Marescotti.

29. L’Almanach pour l’an 1564
Chavigny nous a laissé 455 présages et les 12 quatrains de ce texte dont aucun exemplaire ne subsiste. On ignore le dédicataire de l’épître.

30. La Pronostication pour l’an 1564
Le texte original est perdu. On le connaît par les 185 présages qu’en donne Chavigny et par la traduction florentine imprimée par Giorgio Marescotti. Le texte est adressé au roi de France Charles IX.

31. L’Almanach pour l’an 1565
Une version du texte a été imprimée par Benoist Odo, nouvel imprimeur lyonnais de Nostradamus. Le texte est dédié au roi Charles IX comme le précédent. Aucune pronostication n’est attestée pour cette année et pour les deux suivantes.

32. L’Almanach pour l’an 1566
On a retrouvé deux exemplaires de la version lyonnaise de l’Almanach pour 1566, l’un à Naples, l’autre à Montréal. Le texte aurait été dédié en octobre 1565 à Honorat de Savoie, le fils de Claude décédé en avril 1566.

33. L’Almanach pour l’an 1567
Cet almanach a été imprimé par Benoist Odo comme celui pour l’année 1565. Il en existe une copie en collection privée établie par l’abbé Hector Rigaux en 1904. Il existe aussi une traduction italienne dont un exemplaire se trouve à Cracovie.

LE NAUFRAGE DE LA LITTÉRATURE NOSTRADAMIENNE

La moitié des opuscules sont perdus ; six parmi les survivants sont conservés en Provence dont quatre à Salon et deux à Aix. Parmi les 17 textes retrouvés, cinq concernent des versions lyonnaises, sept leur réplique parisienne, l’un d’entre eux est une édition avignonnaise, deux autres n’existent qu’en traduction italienne, un autre encore qu’en traduction latine, et le dernier grâce à plusieurs traductions anglaises. Un résumé de la situation apparaît au tableau qui suit ; dans la colonne « contenu édité », les cases jaunies correspondent aux textes et fragments restant à éditer.

OPERA NOSTRADAMICA, Oeuvres (in?)-Complètes de Nostradamus, Almanachs, Pronostications, Prophéties, 1550-1567, mise à jour PG, CURA, 24-07-2016

mise à jour du tableau 24-07-2016

Parmi les autres textes de Nostradamus, j’ai publié au CURA, puis en février 2015 dans Nostradamus traducteur : Horapollon et Galien, la traduction versifiée des Signes hiéroglyphes d’Horapollon (CN 166, 12-2013) et celle de la Paraphrase de Galien sur l’Exhortation de Ménodote (CN 67, 08-2007), et en mars 2015, dans Nostradamus occultiste : Codes et Procédés de chiffrement dans l’oeuvre de Nostradamus, le Testament de Nostradamus (CN 175, 04-2002 puis 11-2013). J’ai édité au CURA les Significations de l’Eclipse qui sera le 16 Septembre 1559 (CN 119, 11-2009, deux lettres de Nostradamus datant de l’année 1566, l’une à Catherine de Médicis imprimée par Benoist Rigaud (CN 174, 12-2013), l’autre, manuscrite et inédite, à Joachim de Cléron et datée du 25 février 1566 (CN 100, 07-2008), et le Traité des Fardements et des Confitures (édition Volant, 1555 ; CN 202, 09-2015).

Les lettres de la correspondance choisie de Nostradamus, les Clarorum virorum epistolae, ont été éditées par Eugène Lhez en 1961 (seulement la traduction des lettres envoyées par Nostradamus), par Jean Dupèbe en 1983 (texte latin et traduction partielle des lettres, expurgées des données astrologiques), par Robert Amadou en 1991 (traduction des lettres par Bernadette Lécureux et données astrologiques brutes), et par Pierre Brind’Amour en 1993 (analyse critique des données astrologiques seules). Parmi les autres textes de Nostradamus restant à éditer figurent les fameuses Prophéties dont il n’existe encore aucune édition fiable après 450 ans d’errements (Brind’Amour en 1996 n’édite que 4 centuries, Petey-Girard en 2003 seulement 7 dans une version contestable, en ignorant la véritable édition de 1557, avalisant ainsi les erreurs d’éditions plus tardives, « 1557 Du Rosne » i.e. ca. 1560, et « 1568 Benoist Rigaud » i.e. 1568A ca. 1571), et La nativité du prince Rodolphe (un manuscrit inédit de 1565), soit au total une dizaine de textes en plus des 33 publications annuelles.

Malheureusement il n’existe pas en France d’éditeur motivé, bienveillant ou éclairé : seulement des marchands de fadaises à trois balles, comme il n’existe pas d’intérêt pour Nostradamus en Université et dans les centres de recherches subventionnés, si ce n’est pour l’édition de comparables fadaises motivées par des intérêts idéologiques et leurs impératifs pseudo-didactiques. Comme pour l’astrologie et son histoire, voire pour l’épistémologie du fait astrologique, les sphères intellectualisées et conformistes sont plombées par des groupuscules de malfaiteurs pseudoscientistes, lesquels irriguent aussi les sous-produits de la culture que sont les encyclopédies en ligne du genre Wikipedia. Partout le même discours consensuel piloté par les daubards de lettres qui ne veulent rien voir ni entendre. Cette surdité a son pendant dans le recyclage des quelques traits pertinents pillés dans les études originales. J’en ai fait l’expérience lors de la parution de mon Manifeste pour l’Astrologie, traduit en quatre langues, singé ici ou là par quelque pisse-bec, mais rarement cité à propos. Aussi renvoie-je mon lecteur à mon appel salonnais de 2008 (CN 94) : A quand une édition (in)complète des oeuvres de Nostradamus ?

Tolosa-Genova, 02 août 2014 (Discours à l’occasion du VIIème congrès de l’association Apotélesma de Lucia Bellizia, Gênes, 18 octobre 2014)

(cf. le programme de la réunion génoise : VII Convegno Apotélesma, le compte-rendu sur le site Apotélesma : VII CONVEGNO APOTÉLESMA, et la traduction par Lucia de la version initiale de ce texte : Bilancio sulle publicazioni annuali di Nostradamus)

Patrice Guinard, octobre 2014 Lucia B. Patrice G., octobre 2014

 

Bilan sur les publications annuelles de Nostradamus (1550-1567)
(Discours de Gênes, Congrès Apotélesma, 18-10-2014)

http://cura.free.fr/09-10nostra/1410gen.html

24-10-2014 ; revised 24-07-2016
© 2014-2016 Patrice

 

 

Onnotera aussi que  Guinard  ne mentionne pas  notre publication de 2002 (Ed Ramkat), Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, où l’on trouve un corpus significatif dont il se sert. (cf aussi 1991, « Une attaque réformée, in RHR) En ce qui concerne la question de la ‘filiation » nostradamique, nous renvoyons notamment à notre série d’études, sur le site prophéties.it  ‘(dir. Mario Gregorio).

 

 

 

 

 

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Patrice Guinard Controverses autour de Nostradamus (2002)

Posté par nofim le 4 décembre 2021

CORPUS NOSTRADAMUS 30 — par Patrice Guinard

Controverses autour de Nostradamus
Cette page datant de 2002 rejoint désormais le Corpus Nostradamus. Seule page collective du Corpus, elle remplace l’ex-numéro 30 consacré à la traduction d’Horapollon (cf. CN 29). Anciennement dénommée « Nostradamus: La controverse Halbronn, Guinard, et ceteri », je la republie en février 2018 avec un bref historique de l’apogée des études nostradamiennes sur internet dans les années 2000-2010.
 

Historique de l’apogée des études nostradamiennes sur internet dans les années 2000-2010

Le wiki japonais sur Nostradamus, de bien meilleure qualité que les pages de ses équivalents anglais et français (partisanes, ignorantes et plombées par les groupuscules scientistes), donne dans ses liens les 3 sites pilotes (ou cache) dans ce domaine depuis quinze ans, voire les 3 seuls sites dignes d’attention : le CURA et le Corpus Nostradamus (2 liens), les Prophecies on Line de Mario Gregorio, et l’Espace Nostradamus de Robert Benazra.

L’intérêt du site de Gregorio tient à la facilité d’accès aux fac-similés des textes de Nostradamus (mais parfois avec un référencement confus ou erroné) ; celui du site de Benazra à une série d’articles originaux relatifs aux textes nostradamiens et nostradamiques. J’ai la chance d’avoir été à l’origine des deux autres projets : en mars 2002 j’envoyais à Benazra un texte qui fut le premier publié et le point de départ de la section de recherche de son site ; en novembre 2004 je soumettais à Gregorio mon idée d’une bibliothèque numérique regroupant les oeuvres du prophète et astrologue salonnais.

Ce fut durant une dizaine d’années une effervescence internationale, présentement tarie, à laquelle ont aussi activement participé Peter Lemesurier, Jacques Halbronn, Elmar Gruber, Wilhelm Zannoth, Lucien de Luca et Theo van Berkel. Créateurs de sites personnels, tous ont aussi participé et/ou été édités au CURA durant ces années. Quelques dates et événements majeurs durant la période :

05-2000 : Publication au CURA de mon article Nostradamus connaissait-il les planètes trans-saturniennes?, republié en 2001 à Vincennes dans la revue Atlantis puis par extraits en avril 2003 dans le Nostradamus de la collection illustrée Découvertes Gallimard, et traduit en espagnol (2001), anglais (2003), finnois (2004), et russe (2005).

12-2000 : Colloque parisien organisé par le CURA et la MAU : Frontières de l’Astrologie: De Nostradamus aux Gauquelins, avec la participation de Roger Prévost, Isabelle Le Berre, Patrice Guinard et Jacques Halbronn.

03-2002 : Le 13 mars, rédaction de mon Avertissement aux thèses de Jacques Halbronn (cf. infra). Le texte avait été envoyé à Benazra pour information, mais celui-ci le publie sur son site : ce sera le point de départ des 165 articles de la section de recherche de l’Espace Nostradamus. Principaux participants : Halbronn, Berkel, Gruber, Guinard, de Luca, Benazra, Delcour, Barrois.

11-2004 : Projet de fondation d’une bibliothèque numérique des oeuvres de Nostradamus (Gregorio – Guinard). Le 24 novembre, après discussion avec Mario Gregorio, je soumettais notre idée en ces termes sur NostradamusRG, un forum fondé depuis un an par Peter Lemesurier :

Subject: an ONLINE COMPLETE SCANNED EDITION OF N’ WORKS
Hi list,
We have had this idea, this project: that one of the title, with Mario.
What do you think?
The first step would be to build a list of all the works (of N. & why
not « directly » related to N.) that can be purchased in public or private
libraries (with complete marks), before asking copies that we don’t
have, till, let’s say, up to 1605 (the Vincent Seve edition).
Who is interested? (in this super Mario-Patricio project)
Best, Patrice

12-2004 : Le 2 décembre, une nouvelle liste de discussions opératoires était née, qui donnera naissance à la Bibliothèque Nostradamus de Mario Gregorio (cf. CN 146). Principaux participants et intéressés : Lemesurier, Guinard, Gregorio, Zannoth, Gruber. Très vite des divergences et tensions entre Peter Lemesurier (+ en 2016) et moi-même provoquera le départ ou le détachement de certains des protagonistes du projet (Gruber, Zannoth et moi-même).

04-2007 : Le 23 avril, vente à New York chez Swann des plus belles pièces de la collection de Daniel Ruzo à l’instigation de son fils Andrés Ruzo Ocampo (cf. CN 147). La catalogue est établi par Tobias Abeloff avec qui j’ai été en contact durant les premiers mois précédant la vente.

09-2010 : Exposition à la XXVe Biennale des Antiquaires (Paris, Grand Palais) de nouvelles pièces importantes mises en vente par la librairie Thomas-Scheler. Le luxueux petit catalogue établi par Michel Scognamillo (64 pages) a été établi d’après le Corpus Nostradamus. La pièce la plus intéressante a fait l’objet d’une analyse que j’ai fait publier dans le Bulletin du Bibliophile en 2011 (cf. CN 129).


Le texte de Jacques Halbronn, « Michel de Nostredame face à la critique nostradamique », publié sur ce site en avril 2002 lors de l’entrée du Soleil dans le signe du Taureau, a suscité une vive controverse durant l’été. Le lecteur trouvera ci-après la substance des principales interventions :

01. Patrice Guinard   Controverses autour de Nostradamus  (2002) dans ASTROLOGIE bout-or Patrice Guinard: Avertissement aux thèses de Jacques Halbronn
02. bout-or dans NOSTRADAMUS Jacques Halbronn: Jean Dorat et la « miliade » de quatrains (Réponse à Patrice Guinard)
03. bout-or Lucien de Luca: Le Débat J. Halbronn versus P. Guinard
04. bout-or Patrice Guinard: Réponse à Lucien de Luca
05. bout-or Robert Amadou: Communiqué
06. bout-or Patrice Guinard: Réponse à Robert Amadou
07. bout-or Jacques Halbronn: Réponse aux observations de Lucien de Luca
08. bout-or Patrice Guinard: Nouvelle réponse aux allégations de J. Halbronn
09. bout-or Patrice Guinard: Remarques additives sur l’authenticité des premières éditions
 

Patrice Guinard: Avertissement aux thèses de Jacques Halbronn

« Le charlatan ne serait pas tant celui qui trompe autrui que celui qui se trompe lui-même. » (Jacques Halbronn)
 

Le 3 Janvier 2002, Jacques Halbronn m’a envoyé la dernière mouture de son texte [[Michel de Nostredame face à la critique nostradamique], une sorte de condensé à l’ouvrage qu’il a récemment confié aux Éditions Ramkat: Prophetica Judaïca Aleph. Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus (Feyzin (Rhône), 2002, éd. Robert Benazra), et qui reprend une partie de sa thèse doctorale (1999).

Il est réservé aux spécialistes et lecteurs avertis. Le lecteur non familiarisé avec le corpus nostradamique et l’histoire des éditions des textes du prophète de Salon gagnerait, avant de s’engager dans sa lecture, à consulter les quelques ouvrages de référence en la matière, à savoir ceux de Daniel Ruzo (1982) et de Robert Benazra (1990) cités dans la bibliographie de cet article, celui de Michel Chomarat (1989), ceux de Pierre Brind’Amour (1993 et 1996), et de Bernard Chevignard: Les Présages de Nostradamus (Paris, Le Seuil, 1999).

Dans la première partie de son texte, Halbronn exploite assez amplement l’argument autoritaire et sceptique, fréquent aussi dans les traités anti-astrologiques, sous la forme du « on ne nous la fait pas », par ailleurs bien ancré dans la mentalité française, et qui souvent va de pair, bien que ce ne soit pas ici le cas, avec l’ignorance brute. A la Renaissance, on croyait en l’homme, avec Plutarque, et en sa « vertu » et puissance d’accomplir des oeuvres personnelles véritables (comme en littérature celles de Rabelais, Montaigne, Shakespeare ou Cervantes), lesquelles vont bien au-delà des intrigues politiques et des querelles de pouvoir. Les oeuvres de Nostradamus et de Paracelse échappent à cet embrigadement de la pensée par la raison d’État qui a commencé à se mettre en place au début du XVIIe siècle. Dans son ouvrage, Halbronn dénie toute possibilité d’interprétation positive des Quatrains (« exégètes allumés », p.8; « hypothèse des plus chimériques », p.175; cf. aussi p.165), et se montre incapable d’en rendre compte, si ce n’est par un dénigrement sans discussion.

Inutile d’insister sur le fait que les spéculations halbronniennes sont à l’opposé des miennes. On peut voir des faussaires partout — et Halbronn connaît son sujet! –, surtout pour des textes qui ont vraisemblablement fait l’objet d’un nettoyage systématique dans les grandes bibliothèques européennes aux XVIIIe et XIXe siècles, lesquelles connurent leurs « rationalistes » et idéologues zélés. Semble corroborer cette idée le fait que des exemplaires des premières éditions des Prophéties n’ont pu être retrouvées que dans des bibliothèques d’Europe de l’Est, ou dans de modestes bibliothèques municipales et universitaires. L’édition « 5″ (répertoire Benazra) des Prophéties (Lyon, Antoine du Rosne, 1557) n’a été sauvegardée qu’à Budapest, à Moscou, et à la bibliothèque universitaire d’Utrecht. Un exemplaire de la bibliothèque d’État bavaroise (Munich) a disparu au cours de la seconde guerre mondiale. L’édition « 1″ (répertoire Benazra) des Prophéties (Lyon, Macé Bonhomme, 1555) a été retrouvée à Vienne (Autriche) et à la modeste bibliothèque d’Albi, les exemplaires de l’ancienne bibliothèque de la Ville de Paris et de la bibliothèque Mazarine ayant disparu, ainsi que celui de Daniel Ruzo. Deux exemplaires très incomplets de l’Almanach pour l’an 1561 (Paris, Guillaume Le Noir, 1560) ont récemment été retrouvés par le personnel de la Bibliothèque Nationale de France, déposés à la bibliothèque Sainte Geneviève à Paris, et identifiés, non par R. Amadou (contrairement à ce qu’indique Robert Benazra dans son Répertoire, p.632), mais par monsieur Nicolas Petit, l’ex-conservateur de la réserve de Sainte Geneviève (communication personnelle): ils avaient servi de papier d’emballage! Il en va ainsi de la plupart des oeuvres de Nostradamus, et il est devenu, au fil du temps, relativement aisé de spéculer en profitant des failles du matériel existant et de la disparition probable de documents essentiels au débat, à supposer que l’auteur de ce texte, directeur de la Bibliotheca Astrologica (à Paris), bibliothèque personnelle rassemblant des articles, ouvrages, archives et copies d’ouvrages dans les domaines de l’astrologie, du prophétisme et du judaïsme (laïc), ait bien voulu exploiter la totalité des documents qu’il a pu rassembler, ou qu’il accepte de les partager.

On ne peut dénier le caractère original et tonique des théories de Jacques Halbronn, à savourer avec modération et entre connaisseurs, lesquelles ouvrent un réel débat dans le cadre des études nostradamiques. Dans l’immédiat il reste à contrôler l’ensemble des ouvrages des imposteurs et faussaires, imitateurs de Nostradamus (Antoine Crespin dit Archidamus, Michel Nostradamus le Jeune, Florent de Crox, l’italien Philippe de Nostredame…) pour vérification de la thèse concernant les centuries V, VI et VII. Une simple supposition de bon sens voudrait qu’Antoine Crespin ait tout simplement utilisé deux éditions à trois centuries, par exemple l’édition « 1″ et l’édition « 6″ (répertoire Benazra), autrement dit une édition à 353 quatrains et une autre à 300 quatrains, attestée par la deuxième page de titre des éditions de 1568 (Lyon, Benoist Rigaud), pour concocter sa compilation bâclée.

Halbronn soutient que la publication des éditions des années 90 par de brillants faussaires, supposées être les premières à contenir dix Centuries, serait conjointe à celle d’éditions antidatées pour les années 1555, 1557 et 1568, celles que nous connaissons aujourd’hui. Il passe sous silence les références aux premières éditions des Centuries des Bibliothèques de François Grudé (1584), assasssiné à Tours en 1592 à l’âge de quarante ans, et d’Antoine Du Verdier (1585). Ce dernier, pourtant peu favorable à la poétique du prophète de Salon, lui préférant de banales pièces rimées ayant pour thème favori de petites aventures d’alcôves, atteste l’existence à cette date de l’édition Benoist Rigaud de 1568: « Dix Centuries de prophéties par Quatrains qui n’ont sens, rime ni langage qui vaille. » (p.881, ou p.912 de l’exemplaire numérisé de la Bibliothèque Nationale de France, au format PDF). On imagine difficilement que Du Verdier ait pu se laisser piéger par d’hypothétiques fausses éditions, et complètes, parues dans les années 75-80 et qui auraient bien sûr disparu, ayant lui-même été publié par le même Benoist Rigaud, précisément en 1568! (Antitheses de la paix & de la guerre, avec le moyen d’entretenir la paix, & exhortation d’aller tous ensemble contre les infideles Machometistes, Lyon, Benoist Rigaud, 1568). Ce sont plutôt les éditions de Crespin et de ses acolytes qui sont de grossiers plagiats antidatés, vraisemblablement concoctés dans les milieux réformés de Zurich et de Genève.
 

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Une lecture attentive du texte complet d’Halbronn (Feyzin, 2002) montre quelques faiblesses par endroits dans son ingénieuse mise à plat, et notamment des passages où la logique cède le pas à la spéculation négationniste. Quoiqu’il en soit ces théories sont nouvelles et dignes d’être lues (étonnant cependant que la falsification des textes attribués à Nostradamus n’ait pas même été suggérée, ni à l’époque des « multiples faussaires » supposés, ni après!), mais demandent des analyses collatérales, d’ordre linguistique et lexicographique (comme pour la datation d’objets antiques, laquelle réclame la concordance de méthodes indépendantes). Inutile d’insister sur le fait que l’auteur dénie toute aptitude prophétique à l’esprit humain, et au cas contraire (où cette aptitude pourrait être montrée de quelque manière), ses thèses nous conduisent dans des voies fortement improbables, à savoir l’existence de plusieurs prophètes actifs à la même époque!, et même invraisemblables si le corpus nostradamique est globalement codé comme de nombreux indices le suggèrent (cf. mon article sur les planètes trans-saturniennes, mon texte La troisième et dernière Épître de Nostradamus: Son Testament, et d’autres à paraître sur le site du CURA).

A partir de trois-quatre vers, suppléés par quelques fragiles indices, Halbronn a élaboré toute une théorie des contrefaçons et avancé l’hypothèse de la mise en place, sous la Ligue, d’un véritable gang de faussaires et d’éditeurs complices, resté impuni, et n’ayant laissé aucune trace, ce qui suppose l’ingénuité et/ou la collaboration de tous les commentateurs jusqu’au début du XVIIe siècle, au service d’un projet politique, aux « enjeux plus sérieux » (!) selon Halbronn, que l’oeuvre prophétique. Ces idées présupposent en outre des acteurs d’une habilité prodigieuse, sachant imiter aussi bien les vers que la prose du maître, ayant peut-être même quelque don de prophétie. Un simple coup d’oeil à la prose poussive et ampoulée du faussaire Crespin, son Epitre dediee a la puissance Divine, comme son avertissement Aux faux juifs execrables & marrans, chicaneurs & revolteurs de proces (texte reproduit dans l’ouvrage d’Halbronn), suffit à se rendre compte du fossé qui sépare Nostradamus de son imitateur. Il y a plus encore, puisque les originaux de cette supposée fabrication collective auraient bien sûr disparu tout comme les premières éditions des Centuries. Nous sommes en présence d’une hypothèse beaucoup plus hallucinante que celle laissant à Nostradamus la paternité légitime de ses écrits: Halbronn n’a pas tiré leçon d’Ockham et de son rasoir. Et comme l’écrit Nostradamus en son Almanach pour l’an 1566: « les livres de leurs vrais exemplaires si elongnez & corrompus qu’on ne sçaura à la parfin à qui croire ».

J’en profite, comme m’y incite amicalement Jacques Halbronn, pour lancer un appel de recherche au sujet de la bibliothèque rassemblée par Daniel Ruzo (décédé en 1992). Que les lecteurs soient remerciés par avance, qui pourraient et voudraient me communiquer tous documents, textes ou actes notariés relatifs à cette question de l’authenticité du corpus nostradamique.

Patrice Guinard, Carcassonne, le 13 Mars 2002
 
 


Jacques Halbronn: Jean Dorat et la « miliade » de quatrains
(en réponse aux documents signalés par Patrice Guinard)

     En réponse aux observations de P. Guinard, nous lui donnons acte que probablement entre 1572 (date de parution des « Prophéties dédiées à la Puissance Divine ») et 1585 (date de parution de la « Bibliothèque » de Du Verdier) parut une édition à 10 centuries, se présentant comme étant l’oeuvre du libraire lyonnais Benoît Rigaud avec la date de 1568. En effet, nous avons signalé dans notre thèse d’Etat un almanach, non signé Nostradamus mais d’un de ses « disciples » comportant le quatrain 78 de la Centurie IV et paru en 1581. C’est la première attestation connue pour des quatrains appartenant à un groupe de Centuries ignoré de Crespin, à savoir la seconde moitié de la Centurie IV, les centuries V, VI et VII. Le texte de Du Verdier qui est le premier connu à faire référence à une édition à dix centuries vient confirmer l’émergence de ce lot de quatrains à cette même époque.

      En ce qui concerne la référence, en 1584, chez Grudé La Croix du Maine à une édition lyonnaise des Centuries chez Sixte Denyse, en 1556, il s’agit probablement d’une édition antidatée, ne comprenant que les premières centuries, réalisée à la fin des années 1560, peu après la mort de Michel de Nostredame et cela vient confirmer le fait que Crespin, en 1572, ait pu réaliser sa compilation. C’est probablement avec cette première édition à 1000 quatrains que parut une nouvelle mouture de l’Epître à Henri II, faisant référence à une miliade de quatrains. C’était en l’occurrence la troisième, après celle sise en tête des Présages Merveilleux pour 1557 et celle signalée par Crespin en 1572.
 

      Tout document se doit d’être replacé dans un certain contexte, par rapport à un ensemble de données. Les éléments que fournit Patrice Guinard sont intéressants et appartiennent bien entendu au corpus de la recherche nostradamologique. Cependant, sur un terrain aussi piégé que le domaine en question, où les contrefaçons -et les contrefaçons de contrefaçons! – abondent, on doit faire preuve de beaucoup de prudence quant à leur interprétation.

      Nous avons ainsi, dans nos travaux, mis en garde contre certains trucages dont les moins ingénieux ne sont pas ceux qui consistent à réaliser un faux à partir d’un témoignage réel. On lira à ce propos ce que nous avons écrit sur l’instrumentalisation qui, selon nous, fut faite des Prophéties d’Antoine Couillard, parues dès 1556, pour élaborer les Prophéties de 1555 (chez Macé Bonhomme) ou de 1556, si l’on admet qu’il ait pu exister une édition datée par les faussaires de cette année là, comme semble l’indiquer un des textes cités par P. Guinard, celui de la Bibliothèque de François Grudé de la Croix du Maine, et qui concerne le libraire lyonnais Sixte Denyse, édition, indifféremment vraie ou fausse, jamais retrouvée. On ne peut que constater que ce ne sont pas les noms de Macé Bonhomme ou d’Antoine du Rosne qui sont fournis dans ces années 1580 mais celui de ce Sixte Denyse. Vraisemblablement, l’édition Denyse serait le vrai faux et les éditions Bonhomme et Du Rosne, de faux vrais faux. C’est dire que ce type de document – on veut parler des Bibliothèques de La Croix du Maine et de Du Verdier notamment – est à double tranchant.

      En ce qui concerne l’autre document présenté, en fac similé, par P. Guinard, issu de la Bibliothèque de Du Verdier, on y trouve bel et bien, au milieu des années 1580, en effet, la mention d’une édition à 10 Centuries, parue chez Benoît Rigaud. Ce faisant, il semble bien que nous disposions du document qui a inspiré précisément l’idée de publier un ouvrage comportant 10 centuries… chez Benoît Rigaud, puisque les faussaires essaient toujours de se servir d’éléments de vraisemblance, comme on l’a vu pour les éditions (anti)datées de 1557, chez Antoine du Rosne. Si, par la suite, à la fin du XVIe siècle, on n’a pas réalisé un faux Sixte Denyse, c’est probablement qu’on n’en avait pas/plus les moyens, on ne disposait pas des données techniques pour ce faire.

      On nous objectera: mais d’où Du Verdier aurait-il pris l’idée de 10 centuries de quatrains parues chez Benoît Rigaud? On observera qu’il est question de Dorat (Jean Dinemandi, 1508-1588, mais le nom de Dorat était le nom initial et Dinemandi un surnom porté quelque temps dans la famille), maître de Ronsard et de Du Bellay, un des membres de la Pléiade – précisons que comme par la suite à l’Académie Française, ses membres, au nombre de sept et non de quarante, se renouvelaient – qui aurait, justement à cette époque, selon les auteurs cités par Guinard, publié un travail considérable sur Nostradamus. Dans notre thèse d’Etat (p. 977), nous avons abordé le cas Dorat et il existe effectivement un passage où Jean de Chevigny, traduisant Dorat mais à sa façon, car le texte latin ainsi traduit ne comporte pas cet élément (précisément dans le texte que nous citons dans notre ouvrage paru chez Ramkat, concernant l’Androgyn de Dorat (1570) parle de « celle prophétique voix (..) celle qui avoit laissé mille papiers escris »? Mais il s’agirait d’une interpolation de Chevigny, par le biais de la traduction du latin. Nous pensons que c’est ce texte nostradamique disparu lié à Dorat qui est ainsi signalé tant par Grudé que par Du Verdier et qui pouvait en effet se présenter sous la forme de dix centuries.

    Mais ces Centuries perdues étaient bien différentes, pour diverses raisons, des éditions que nous connaissons. R. Benazra, demande « Jean Dorat a-t-il été le premier commentateur de Nostradamus » (RCN, p; 155). Benazra (RCN; p. 96) cite un auteur du XVIIIe siècle, d’Artigny (Mémoires, Tome II, p. 310) qui lui-même cite Nicéron, encore un auteur de vastes inventaires, qui considère que le commentaire de Dorat n’est pas « venu jusqu’à nous » ainsi que Stravius qui en fournit le titre qui semble être le résultat d’une confusion avec le Janus Gallicus de Chavigny: « Centuries de Michel Nostradamus, françois et latin, par Joannem Auratum, cum commentariis ejusdem » (Lyon, anno 1594). On notera une certaine similitude (Auratum/Amatum, les lettres ur combinées constituant une sorte de m) avec le Io. Amatum Chavigneum Sequanum. Décidément, ces deux personnages Chevigny/Chavigny et Dorat/Auratus sont très liés tout comme le sont les années 1570 – cf l’Epître de Chevigny à Larcher, citée dans PJA – et 1589/1594, années qui comportent à la fois le Recueil des Présages Prosaïques et le Janus Gallicus.

      Le nom de Dorat est en effet attaché au corpus nostradamique et Geneviève Demerson, dans son ouvrage, non signalé par R. Benazra (RCN) sur ce poète consacre à cette question plusieurs pages.(Dorat et son temps. Culture classique et présence au monde, Clermont-Ferrand, ADESA, 1983). Cela dit, au bout du compte, il nous importe peu que Dorat ait été ou non le maître d’oeuvre de l’édition Rigaud de 1568 car nous verrons qu’en tout état de cause, les éditions connues, se référant à ce libraire et à cette année, ne sauraient être, stricto sensu, décrites comme étant à dix centuries de quatrains.

      Nombreux furent les poètes marqués par le prophétisme, à commencer par Ronsard qui cite dans ses vers le nom de Nostradamus et ce d’autant que c’est bien sous forme de quatrains que les Centuries se présentent. Rien donc d’étonnant à cela alors que les aptitudes de Michel de Nostredame à versifier étaient des plus modestes, comme il le reconnaissait lui-même, il suffit pour cela de comparer le souffle des quatrains des almanachs avec celui des Centuries.

      Ch. Marty-Leveaux, le spécialiste de Dorat (Oeuvres poétiques de Dorat, tome I, Paris, A. Lemerre, p.XLIII), note, en 1875, que Philaréte Chasles dans « Nostradamus et ses commentateurs » (in Etudes sur le seizième siècle en France, Paris, Amyot, 1848, BNF Z 45063), parle (p. 334) d’ un Traité sur ses « Pronostications » rédigé par Dorat, s’appuyant sur les propos de Du Verdier (sur Chasles, cf RCN, p. 395). Dans la réédition de la Bibliothèque de Du Verdier, au XVIIIe siècle (ouvrage lui-même disponible dans un récent fac simile), Rigoley de Juvigny, note (pp. 73-74 à l’article Michel Nostradamus) ces propos qui annoncent les travaux de Chantal Liaroutzos:

« S’ils avaient bien considéré que ce fou a fait entrer dans ses méchants vers, sans rime & sans raison, tous les noms des pays, des villes, des maisons & des grandes familles qui sont en Europe & principalement en France & qu’il en a fait des galimathias qui ne signifient rien & qui signifient ce que l’on veut etc »

      P. Guinard aurait d’ailleurs pu citer, dans la même Bibliothèque de Du Verdier, dont il fournit un extrait en fac simile, un passage de la notice consacrée à Dorat: « Il faisait cas des Centuries de Nostradamus, contenant certaines prophéties, ausquelles (sic) il a donné des interprétations confirmées par plusieurs evenemens & disoit que Michel nostre-Dame les avoit escrit, un Ange les ly dictant » (cf Benazra, RCN, p. 155). Curieusement, dans la réédition des deux Bibliothèques dans les années 1770, la notice de Du Verdier, consacrée à Dorat, ne comporte plus de référence à Nostradamus.

      Concluons: c’est probablement autour de Dorat et de Chevigny que se mit en place un « atelier » mélangeant l’authentique et la contrefaçon. Les travaux de J. Dupébe et de B. Chevignard ont surtout mis en évidence une certaine complexité de l’affaire.

      Le témoignage de Crespin vient confirmer que des Centuries existaient vers 1572 et donc le témoignage d’auteurs de la décennies suivante (1584-1585), ne ferait que le confirmer; Nous avons également la trace, notamment dans l’Androgyn né à Paris (1570), d’un quatrain (Centurie II, quatrain 45) qui se trouve bien à la place que les éditions plus tardives lui désignent et il en est quelques autres relevés par les spécialistes de Dorat (cf Demerson, op. cit., p. 238, note 381, à propos du quatrain 34 de la centurie IV, et Centurie II, quatrains 40 et 70, soit trois quatrains de la Centurie II).

      En revanche, laisser croire que l’édition à 10 centuries (Lyon, Benoît Rigaud, 1568) serait identique aux éditions que nous connaissons nous paraît inacceptable. On en ignore totalement le contenu. Il est plus que probable qu’il y ait eu une première édition comportant les quatrains qu’a utilisés Crespin et qui correspondent en gros aux trois premières centuries. Puis une autre comportant les autres quatrains utilisés par Crespin et correspondant aux Centuries, connues, par la suite, comme VIIIe, IXe et Xe. Quant à une édition comportant les quatrains des Centuries V à VII, non attestés par Crespin, on n’en trouve la trace que sous la Ligue, à la fin des années 1580. Il n’est pas impossible, comme le suppose P. Guinard, qu’une édition à 1000 quatrains, datant de 1568, ait été inconnue de Crespin, surtout si celui-ci – cela n’a rien d’inconcevable- composa son texte des Prophéties dédiées à la Puissance Divine antérieurement à cette dernière édition, la date de 1572 n’étant que celle de la parution et non de la composition. Crespin a fort bien pu utiliser la vraie fausse édition de Sixte Denyse, en date de 1556 mais qui ne comportait certainement pas – ce que suppose P. Guinard – 53 quatrains à la centurie IV, comme c’est le cas pour la fausse vraie fausse édition de Macé Bonhomme de 1555.

      Cela ne nous dit rien, pour autant, du contenu de ces Centuries V-VII mais on ne saurait exclure, en effet, que certains quatrains de ces centuries soient déjà parus en 1568. Enfin, que ces quatrains aient été retouchés, sous la Ligue, mis dans un nouvel ordre, nous apparaît démontré, notamment en ce qui concerne le quatrain concernant le gouvernement de Tours, qui était celui d’Henri IV (cf notre étude « Les Prophéties et la Ligue »). Quant à la paternité de Michel de Nostredame sur ces quatrains, elle est plus que douteuse.

      L’existence d’une édition à 1000 quatrains, dès 1568, expliquerait dès lors la nouvelle Epître à Henri II, reprise des Présages Merveilleux pour 1557 (ouvrage signalé encore dans les années 1580 par un Conrad Gesner), se référât à une « miliade ». Rappelons le témoignage de Crespin, en 1572, concernant l’existence de cette Epître à Henri II, en date de 1558. Or, on notera que les éditions de 1568, que nous connaissons, sauf celles qui comportent les sixains (qui ne sont pas, faut-il le souligner, des quatrains!), considérées comme suspectes par la plupart des spécialistes, ne comportent jamais 1000 quatrains (la centurie VII n’en comportant au plus qu’une quarantaine) ce qui suffit, selon nous, à montrer qu’elles ne correspondent pas à l’édition d’origine, que l’on retrouvera peut être un jour.

    Toutefois, il existe encore d’autres hypothèses, notamment celle d’une édition à mille quatrains postérieure à la compilation de Crespin et qui se situerait entre 1572 et 1584, et se présentant faussement comme parue en 1568 chez Benoist Rigaud, ce libraire ayant été choisi par les faussaires, parce qu’ayant publié Crespin.

      On observera enfin que le Recueil des Présages Prosaïques semble bien dater de 1570 et correspondre à un passage que nous avons signalé dans notre ouvrage Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (p. 135): dans l’Epître de Chevigny, en tête de l’Androgyn, parlant de « toutes les oeuvres tant en oraison prose que tournée, que bientost je mettrai en lumière ». En effet, dans le manuscrit conservé à la Bibiothèque de Lyon du dit Recueil, il est indiqué, comme le note B. Chevignard (Présages de Nostradamus, Paris, Seuil, 1999, p. 283) à propos des Présages Merveilleux pour 1557: « Chavigny ajoute dans la marge quelques considérations sur un « monstre » auquel bien des années auparavant, sous le nom de Jean de Chevigny, il avait consacré un opuscule….l’Androgyn etc », ce qui semble bien dater le dit Recueil du moment où le dit opuscule parut. Or, force est de constater que le dit Recueil ne fait aucune référence aux Centuries! Si celles-ci avaient été connues, à l’époque, il nous semble qu’elles n’auraient pas manqué de figurer parmi « les oeuvres tant en oraison prose que tournée », au même titre que les quatrains des almanachs qui figurent, eux, bel et bien, au sein du Recueil des Présages Prosaïques, d’ailleurs assez mal nommé puisqu’il comporte des quatrains.

      En conclusion, le témoignage de Du Verdier, au milieu des années 1580, et à la veille de cette effervescence centurique des années 1588-1590, pourrait conduire à penser qu’au cours des quinze années qui séparent le dit témoignage de 1585 de l’Androgyn de 1570, la mise en place d’un corpus centurique a fort bien pu avoir lieu. Nous aurions donc un terminus a quo avec les Prophéties dédiées à la Puissance Divine de 1572 et un terminus ad quem, avec la Bibliothèque de Du Verdier.

      Mais comment, dans ce cas, expliquer que les éditions de 1588-1589 des Centuries comportent des Centuries incomplètes si les mille quatrains étaient déjà en place? On peut raisonnablement supposer – hypothèse d’ailleurs présentée par Robert Benazra, dans son RCN (p. 124), que l’on ait préféré présenter les quatrains qui collaient avec la situation du moment. Au bout du compte, cette pseudo-édition de 1568 – ce vrai faux – aurait été remplacée, bien plus tard, par un « faux vrai faux », censé paru chez Benoît Rigaud en 1568, comportant les sixains pour atteindre le nombre 1000.

      Il convient de s’arrêter sur un texte que nous avons signalé dans notre thèse d’Etat, Le Texte prophétique en France, (p. 1194) mais laissé de côté dans Prophetica Judaica Aleph, à savoir l’Almanach et amples prédictions pour l’an de Jésus Christ 1582 (Paris, Claude Montroeil), composé par maistre Marc Coloni et que ne signalent pas Benazra ni Chomarat (British Library, cote C40 C41 (1), Londres). Nous reproduisons ci-dessous un quatrain de cet almanach rédigé en 1581 et qui pourrait attester de l’existence d’un ensemble de quatrains dépassant celui attesté par Crespin, dix ans plus tôt. Il s’agit du quatrain pour le mois de novembre 1582:

« L’armee de la pugne civile,
Pour de luy prins à l’estrange trouvee,
Septante neuf meurtris dedans la ville,
Les estrangers passent tous à l’espee. »

qu’il convient à l’évidence de rapprocher du quatrain 78 de la Centurie IV (voir la variante remarquable au deuxième verset: « prins » et non « Parme »):
 

Edition 1557 (p.103, reprint Chomarat, 1993)

« La grand armee de la pugne civille,
Pour de nuict Parme à l’estrange trouvee:
Septante neuf murtris dedans la ville,
Les estrangiers passez tous à l’espee. »

Edition 1568 (p; 79, reprint Chomarat, 2000)

« La grand armee de la pugne civile,
Pour de nuict Parme à l’estrange trouvée
Septanteneuf meurtris dedans la ville,
Les estrangiers passez tous à l’espee. »

    Or, ce quatrain 78 ne fait pas partie du lot des quatrains couverts par Crespin lequel ne concerne que la première moitié de la Centurie IV. Le témoignage de Coloni, « docteur médecin demeurant à Lyon », semble donc nous orienter vers une édition datant de la fin des années 1570 ou du tout début des années 1580. On notera d’ailleurs que le frontispice comporte une vignette tout à fait dans le style nostradamique, avec un personnage à sa table, sur laquelle est installée une sphère armillaire.

      Quant à la question que met en avant P. Guinard, de savoir si un Du Verdier pouvait être dupe d’une contrefaçon indiquant cet ensemble comme paru dès 1568, chez Rigaud, il ne semble pas qu’il faille attendre de ce polygraphe et touche à tout, auteur de centaines de notices, une attention particulière à un tel cas de figure.

JH , Paris, le 10 juin 2002
 

19chevig 19grude1 19grude2
L’Androgyn, paru en 1570, est le fruit d’une collaboration entre Chevigny et Dorat et les deux personnages ne sont pas toujours faciles à distinguer pas plus que la part de chacun. C’est ainsi que le Janus Gallicus (1594) est signé Johannes Amatus, ce qui est proche de Johannes Auratus. L’on trouve dans la traduction française de Chevigny un passage qui n’existe pas dans l’original latin à propos de « mille papiers » laissés par Nostradamus, ce qui corroborerait l’existence d’une édition de dix centuries de quatrains, soit 1000 quatrains, parue chez B. Rigaud, en 1568. Frontispice de la Bibliothèque de François Grudé, sieur de La Croix du Maine. Le terme bibliothèque s’entend ici au sens de répertoire. Dans la notice consacrée à « Michel de Nostredame, dit Nostradamus », ce sont les pronostications en prose qui sont soupçonnées de faux et non les Centuries: « Il a escrit un nombre infiny d’Almanachs & Prognostications lesquelles éstoyent tellement receues & se vendoyent si bien que plusieurs en ont fait à son imitation & ont emprunté le nom du dit Nostra-damus pour qu’elles eussent plus grand vogue & réputation de façon que s’en trouvans plusieurs mises en son nom (qui estoyent composées par gens ignares etc ») La notice consacrée à Nostradamus par La Croix du Maine, en 1584, un an avant celle de Du Verdier ne mentionne pas l’édition Benoît Rigaud de 1568 à dix centuries mais simplement des « Quadrains ou prophecies » Lyon, Sixte Denyse, 1556, sans précision quant au nombre de centuries… On note que Dorat est signalé dans la notice Nostradamus alors que chez Du Verdier, Nostradamus, outre la notice qui lui est consacrée, figure à la notice Dorat.

 

19dorat 19colon1 19colon2
On fournit ici le texte latin de Dorat correspondant au passage traduit par Chevigny. On observera qu’il y a eu interpolation de la part de ce dernier, à l’occasion de la traduction française. On serait même en droit de se demander si cette édition datée de 1570 de l’Androgyn ne serait pas suspecte et ne daterait pas en fait des années 1580, au lendemain de la parution de l’édition disparue à 1000 quatrains. Notons que le texte latin de Dorat reparut en 1586. Dans le Janus Gallicus, Chavigny/Chevigny cite Dorat, mort en 1588. Ce que nous connaissons des oeuvres de Dorat ne semble pas suffire à justifier l’apport de ce dernier, selon les bibliographes, à la compréhension des Centuries, ce qui s’expliquerait par l’hypothèse d’un ouvrage ayant disparu. L’almanach de Coloni paru en 1581 pour 1582 nous apparaît comme une compilation de quatrains nostradamiques, au nombre de douze, un par mois (que nous publierons ultérieurement), issus de divers documents alors disponibles (almanachs et centuries). A l’instar des Prophéties dédiées à la Puissance Divine d’Antoine Crespin – et Coloni serait une sorte de second Crespin – parues, dix ans plus tôt, il permet, de par son caractère marginal même, de ne pas dépendre des seules éditions connues des Centuries, dont aucune n’est antérieure à 1588. Le quatrain pour novembre 1582, figurant chez Coloni, atteste de l’existence avant 1588 d’un complément de quatrains à la Centurie IV, à savoir le troisième lot de centuries, si l’on admet que Crespin a compilé deux premiers lots de centuries. Il resterait à comprendre pourquoi en 1588 on dispose de centuries VI et VII « incomplètes », notamment celles de Rouen et de Paris, par rapport à l’édition à 1000 quatrains qui aurait précédé de quelques années. Les éditions connues, parues alors, ne seraient ainsi que des compilations d’une édition matricielle disparue: on peut supposer notamment que l’étude plus approfondie des publications de Coloni pourrait fournir des quatrains qui n’appartiennent à aucune édition conservée, et qui seraient issus de l’édition « à la miliade ».

 
 


Le Débat: J. Halbronn versus P. Guinard: L’opinion du Docteur Lucien de Luca
 

Bien que je n’ai pas lu – et je le regrette, mais le temps me manque de plus en plus – les oeuvres complètes de Jacques Halbronn, ni celles de Patrice Guinard, étant invité par Robert Benazra à proposer un commentaire sur leur débat dans ses pages Web, voici ce que leur argumentaire respectif m’a inspiré.
[J. HALBRONN (publié dans le site du C.U.R.A., et celui de Robert BENAZRA)]
 

Les possibilités d’interprétation positive des Quatrains

S’il est exact que, jusqu’aux derniers auteurs cités, aucune interprétation positive vraiment convaincante n’a jusqu’ici pu être menée à bien, on remarquera que l’ultime détracteur positiviste, en la personne de Brind’Amour lui même, n’y est pas parvenu non plus. Mais ce que l’on a dit des Prophéties - qu’elles restent incompréhensibles – vaudrait également pour le reste de l’oeuvre, même celle qui passe pour ne pas être prophétique : concernant la Paraphrase de Galien en particulier, personne n’avait encore explicité, ni même cherché, la raison d’être de cette traduction – assortie d’un préambule abscons – que certains ont d’ailleurs trouvé si mauvaise qu’elle n’aurait même pas valu la peine que l’on s’y intéresse [1].

Et il y a une bonne raison à cela, que personne jusqu’à ce jour n’avait imaginée, et encore moins démontrée : c’est que l’auteur des quatrains prophétiques souffrait de dyslexie, et que donc sa production littéraire n’est pas directement et naturellement accessible à l’entendement, ce qui a retardé pour longtemps toute interprétation réaliste. C’est pourquoi l’auteur indiquait - aux ineptes tranflateurs - dans le préambule de sa Paraphrase : « que ferõt quelques vns, à qui pofsible, qui ne pourroit nullement imiter la moindre partie de la tranflation vouldrõt calomnier quelque mot, que pofsible leur femblera aliené à leurs oreilles » ; et si quelques lecteurs, parmi les plus instruits, avaient bien voulu se donner la peine de suivre le conseil de Galien indiqué à la fin de son Protreptique, ils auraient peut-être imaginé pourquoi le médecin de Salon, dans le choix d’une telle traduction, « Ay voulu choifir ceftuy icy, & ne dis les caufes parquoy« 
 

Le problème des faussaires et des imitateurs

On sait, et on admet sans réserve qu’il y ait eu des imitateurs et des faussaires de Nostradamus, qui lui-même s’en plaignait (cette plainte est-elle aussi l’oeuvre d’un faussaire ?). Souffrant de dyslexie, Nostredame le médecin connaissait son infirmité qui rendait son style inimitable pour un connaisseur (à la fois du style, et de la maladie). Cependant, ce travail de tri entre ce qui pourrait être authentique et ce qui ne peut l’être est une étape utile, mais cet exercice spécialisé – pour indispensable qu’il soit – est nécessairement limité, et ne doit en rien oblitérer la recherche dans d’autres domaines, et en particulier lexicographique. Le fait que les quatrains n’aient encore jamais été bien compris n’est pas une preuve absolue qu’il s’agisse de l’oeuvre de faussaires dont on ne verrait plus alors très bien les intentions politiques supposées par J. Halbronn (car l’oeuvre de ces prétendus faussaires n’est pas mieux comprise que celle du père de César lui-même).

(Halbronn) : « encore le nom du libraire Benoît Rigaud pour un autre ouvrage de Nostradamus, non prophétique celui-là et authentique.« 

Ne seraient authentiques que des ouvrages non prophétiques ? On ne taxait pourtant pas d’imitations les oeuvres de Guillaume Postel, mêlant, sans aucune énigme, prophéties et politique. Et les Interprétations des Hieroglyphes, authentiques, ou imitations cachant encore des intentions politiques ?
On ne voit pas exactement bien pourquoi Halbronn cherche à réduire les seules Prophéties au rang de contrefaçons ou de vulgaires imitations. Craint-il que certaines prophéties puissent se réaliser (mais lesquelles, puisqu’il les nie toutes ?), ou bien regrette-t-il qu’aucun quatrain n’ait encore pu recevoir, ou ne puisse jamais recevoir (du moins le croit-il) aucune explication satisfaisante ; une explication n’étant en aucun cas une prophétie. Est-ce aussi parce que Brind’Amour a tellement voulu ridiculiser les Prophéties et son auteur que J. Halbronn ne condamne pas son exégèse, pourtant fautive en de maints endroits ?

1. « qu’il existe quatre lots distincts (en gros I-IV, V-VII, VIII-X, XI (sixains)) de centuries apparus à des époques différentes et dont seul l’un d’entre eux pourrait être attribué à Michel de Nostredame.« 

J’ai démontré, dans Logodaedalia, que les thèmes et les procédures lexicales sont les mêmes – et donc probablement du même auteur car formant un ensemble original encore inédit – dans tous les quatrains, de I à X (je n’ai pas étudié les sixains, parce qu’ils avaient été prétendus faux), ainsi que dans sa Paraphrase de Galien et son Interprétation des Hieroglyphes.

2. « Il y a des coïncidences – on pense au cas de Varennes« .

Halbronn tient pour acquis que dans les Prophéties les toponymes sont réalistes, il ne le démontre pas. Pourtant il y avait déjà eu des précédents fameux dans la littérature, avec l’épître de Clément Marot à son Amy Lyon par exemple (Rigolot, 1977), ou les Ballades en Jargon de François Villon qui, «  par des similitudes de sons ou des confusions voulues de mots, établit une corrélation factice entre des noms de lieux et des actions humaines  » (Dufournet, 1992). Ce qu’Halbronn et tous les autres, depuis Chavigny et les premiers détracteurs, auraient dû comprendre c’est que l’impossibilité d’une démonstration fondée sur une réception stricto sensu du vocabulaire nostradamien appelle la nécessité d’une tentative d’un autre ordre, en particulier philologique, linguistique et surtout neuropsychiatrique. C’est ce que nous avons commencé à faire, avec un certain succès. Et on attend la preuve du contraire, qui ne viendra pas de sitôt.

3. « En fait, la contrefaçon traite surtout du futur immédiat plutôt que du présent ou du passé » :

Cela contredit la démonstration de Brind’Amour qui prétendait lui aussi que les Centuries ne sont que des « imitations », sinon des « contrefaçons » d’un passé antérieur à Nostra, afin que leur auteur puisse se faire passer pour prophète à peu de frais. De plus, en affirmant ceci, Halbronn suppose, sans le démontrer d’ailleurs, qu’il existerait une possibilité d’interprétation positive à l’actif des contrefaçons, ce qu’il dénie aux Prophéties juste auparavant. Le procédé rappelle curieusement d’autres lieux, d’autres époques, d’autres hommes, d’autres régimes, d’autres procès ; on dénoncera le piège de ces raisonnements fallacieux déjà étudiés par Aristote dans les Réfutations Sophistiques, pour le retourner à l’encontre des sophistes eux-mêmes, avant d’appliquer aux Prophéties elles-mêmes l’enseignement exposé par Galien avec Des Sophismes Verbaux.

4. « Le prophétisme relève largement de la propagande politique, se place au service d’un des camps en présence – souvent des deux » :

C’est vrai autant des prophéties (cf. le cas de Guillaume Postel, lequel n’a écrit que des prophéties en langage clairement compréhensible) que de la contre-façon, de l’éxégèse et de la contre-exégèse. Mais l’analyse lexicographique – orientée par une sémiologie neuro-psychiatrique – montre que les prophéties nostradamiennes ne sont nullement au service d’un de ces prétendus camps contemporains à leur écriture, mais s’adressent probablement à une postérité beaucoup plus éloignée (cf. notre chapitre sur les Antéchrists) ; ce qui ne prouve pas – et n’empêche pas davantage – que les Prophéties doivent nécessairement se réaliser. De cela les esprits forts devraient s’en moquer…

5. « Force est de constater en réalité qu’il y a eu des imitateurs de Nostradamus, du style des centuries avant qu’il n’y ait des interprètes » :

On admet sans aucune réserve qu’il y a eu des imitateurs, mais un des premiers interprètes est Chavigny lui-même, dont l’existence a même été niée un certain temps jusqu’à être réhabilitée récemment par B. Chevignard, du coup on voit que les plus fervents détracteurs de Nostra ne cessent de se contredire eux-mêmes, jusqu’à perdre toute crédibilité, ce que l’on regrette. En outre, Halbronn feint d’ignorer que toute lecture est déjà une interprétation du texte lu, et que donc toute imitation suppose déjà un début d’interprétation.

6. « On nous réplique : vous dites que tel événement postérieur au temps de Nostradamus du fait qu’il figure dans les Centuries est la preuve… » :

Il y a une place nouvelle, et désormais toute grande ouverte, à une exégèse lexicale et psycho-linguistique, non événementielle, qui renverrait dos à dos révisionnistes (en général universitaires) et charlatans (en général grand public), atteints les uns et les autres tantôt de myopie tantôt de vertige.

7. « Ce qui est grave dans le travail des faussaires, c’est qu’ils entretiennent le mythe selon lequel l’homme est capable de prédire l’avenir » :

Capable, peut-être pas autant que certains le voudraient, mais désireux, ça oui : prévisions météo, financières et boursières, électorales, tout y passe, et depuis longtemps, dans toutes les couches sociales, et cela n’est certainement pas prêt de s’arrêter : c’est un des comportements qui distingue l’homme de l’animal, bien illustré dans la fable de la cigale et la fourmi. Halbronn oublierait-il aussi de dénoncer aucune « gravité » dans le travail de ces prévisionnistes boursiers ou électoraux ? et pourtant… fonctionnaires payés par la République, ce ne sont qu’illusionistes, marchands de rêves et de tromperies.

8. « Au lieu que l’Homme se donne réellement les moyens de prévoir le futur, ils laissent croire que c’est déjà le cas, ce qui compromet et retarde le moment où cela sera possible » :

Halbronn fait-il là lui-même une prophétie ? L’intervention de faussaires et d’imitateurs ne règle pas tout le problème des Prophéties. On a l’impression qu’Halbronn pense, mais ne le dit pas, que seuls des progrès techniques ou scientifiques seraient capables d’accéder aux prévisions (distingue-t-il les prophéties des prévisions ?). Ce faisant, il « oublie » que prévoir ce n’est pas simplement calculer, mais d’abord comprendre, ce que ne saura jamais faire aucune machine, n’étant pas humaine.

9. « C’est là tout le problème de ces exégètes qui n’hésitent pas à changer le texte même qu’ils sont censés commenter ou de ceux qui, par le biais d’une traduction, en profitent pour « corriger » l’original. » :

C’est – en imitant les faussaires que dénonce fort justement Halbronn – ce qu’a précisémment fait Brind’Amour pour enlever tout caractère prophétique aux Centuries, afin de mieux les démolir, alors qu’il aurait pu se contenter de dire qu’aucune prophétie n’est inéluctable. Brind’Amour qui n’a cessé de procéder à de nombreuses corrections aussi savantes qu’indues, pour se dédouaner d’une passion pour l’astrologie – qu’il croyait peut-être honteuse – , conjurait la superstition (et sa crainte de la superstition) en taxant Nostradamus de charlatan, alors qu’il ne souffrait que d’un handicap neuro-psychologique – probablement génétiquement programmé – d’une dyschronie (Llinas, 1993 ; Stein, 1993) perturbant la perception du temps (Habib, 2000), mélangeant le passé, le présent et l’avenir dans une sorte de déjà-vu jamais vécu (Efron, 1963 ; Brunet-Bourgin, 1984 ; Chauvel, 1989).

10. « Le Roy de Bloys dans Avignon regner. Curieusement, le quatrain 52 est un des rares à être incomplet en son quatrième verset. On sent l’ouvrage un peu bâclé ! » :

Non, ce n’est pas la rédaction qui est baclée, c’est l’analyse qui omet de voir derrière la prophétie l’énigme littéraire, qui était un jeu très pratiqué à l’époque de la Renaissance (cf. l’Enigme en Prophétie dans Gargantua, les Bigarrures d’Etienne Tabourot ; cf. Béhar, Les écritures secrètes à la Renaissance). Dans ce dernier vers incomplet de VIII-52 - Deuant boni.- le début laisse imaginer une suite de six syllabes dans le décamètre, obligatoirement terminé par une rime phonétique en -indre comme poindre (viendra poindre, en IV-90), joindre (par le nouveau Roy ioinct en 1-16, Roy et Duc ioignant en X-80), oindre (nouueau Roy oingt en VI-24, de miel face oingt en VI-89, oingdre aduché en VIII-36), et une césure au milieu du vers, comme dans tous les vers nostradamiens (Brind’Amour, 1996) ne permettant après boni qu’une syllabe comme face (face oincte en I-57, devant sa face en IV-61)… sachant qu’ici la face est dernière, comme en II-81, où l’on voit Le nay aiant au deuant le dernier. On comprendra alors que l’extrémité muette de VIII-52 soit abandonnée à l’intelligence du lecteur.

11. « dans les Centuries, le mot Juif n’est pas prononcé mais nous avons montré que le nom même d’Avignon désignait alors non point tant une enclave pontificale qu’une enclave juive au sein d’un Royaume » :

Il n’est pas prouvé que l’Avignon nostradamien soit une ville, une enclave juive ou pontificale. Une fois de plus, alors qu’il déclarait que l’interprétation positive était impossible, Halbronn fait lui même une interprétation de cette catégorie, pour ensuite reprocher aux autres qu’ils ont accepté une contrefaçon. Ce faisant Halbronn pratique lui-même ce qu’il reproche aux autres exégètes. S’il pense que les interprétations positives sont impossibles, pourquoi n’en a-t-il pas lui même proposé d’autres, qui sans être négatives, seraient celles issues d’un « métalangage » allégorique.

Concernant les Juifs d’Avignon qui devaient tout de même connaître un peu d’hébreu, au moins autant que le normand Guillaume Postel, sinon plus, Halbronn s’est-il interrogé sur les quelques mots d’hébreu présents dans les Centuries qu’il taxe de contrefaçons ? Ainsi en VIII-67, on remarquera devant NERSAF l’emploi d’un néologisme construit dans le domaine hébreu ; NERSAF pourrait être la contraction de NER (bougie = source de lumière) et de SAF (seuil = passage, porte), donc un Passage vers la Lumière, une Porte de Lumière, un Porteur de Lumière, une Source de Lumière (mieux qu’une « bougie qui flotte » néanmoins poétique), un Guide, un Passeur Lumineux. J’ajouterais encore que les deux mots qui précèdent NERSAF sont probablement issus du grec : PAR (= auprès, à coté, contre > parallèle, double, pair, cf. latin paris) et CAR (graphie phonétique de « CH »AR < CHARIS, CHARÔN = brillant ; graphie latine de KAR = tête), réalisant ainsi une traduction grecque de la construction hébraïsante NERSAF.

On sait aussi que, d’après Horapollon que Nostredame avait lu et mis en vers, la flamme de la bougie représente l’âme, et la vie (cf. encore « l’exigue flamme » de la Préface à César). Donc, NERSAF et PAR.CAR sont des mots doubles, convenant à une âme double (Janus, qui est une porte, un passage ou un seuil, à tête double) portant la lumière du Passeur (Pontife, du latin pontifex), ou à un « Guide Lumineux » du peuple, et qui aura amour & concorde. Or l’allégorie de Janus, du Passeur, du Pontife, du Guide, de la tefte double est partout présente dans les Prophéties, de la première aux dernières centuries. Il faudrait qu’Halbronn nous dise en quoi cette écriture de NERSAF serait le travail d’un faussaire, et pour quel camp politique ce dernier aurait alors travaillé.

12. « La vignette figurant sur la page de titre de la Paraphrase de Galien, texte latin traduit par Nostradamus, se retrouve sur les éditions des Prophéties supposées parues chez le même libraire, en la même année 1557. Cette vignette de la Paraphrase, ouvrage non prophétique…  » :

Halbronn, pas plus que Brind’Amour ou personne d’autre non plus, n’a pas bien compris la raison d’être de cette traduction, pourtant précédée d’un prologue « orienté » à dessein, mais incompréhensible sans une expérience clinique. On ne renverra pas à l’universitaire québecois ses propos condescendants narguant Crouzet de « ne pas disposer des instruments intellectuels nécessaires pour mener à bien sa tâche » (Brind’Amour, 1996 – p. 569). Le médecin de Salon, lui-même souffrant de dyslexie et d’épilepsie, avait proposé cette traduction en langue vulgaire, espérant que ses futurs lecteurs suivraient le conseils de Galien à la fin du texte : il est indispensable d’étudier la médecine, faute de quoi on ne saurait reconnaître les malades parmi les biens portants, ou seulement même en parler, et encore moins prétendre les soigner, les curer, les comprendre, ou corriger leurs fautes.

Et pourquoi ? Parce que seules les études médicales, ajoutées à l’exercice de l’art, permettent de comprendre pourquoi Nostra s’exprimait de cette façon si bizarre : l’auteur des Centuies se savait lui-même épileptique et dyslexique, mais la plupart de ses lecteurs en ignoraient les nuances cliniques et seméiologiques, feignant d’y voir le plus souvent une manifestation diabolique. (cf. Taxil, 1601). Les traces littéraires de cet auto-diagnostic sont éparpillées dans toute l’oeuvre de Nostra, mais pour les identifier, il faut déjà en avoir étudié les ressorts neuropsychologiques, les expressions et les symptômes déjà répertoriés chez d’autres malades ayant souffert d’affections identiques. Il eût donc mieux valu, pour la cause des études nostradamiennes, que Brind’Amour s’intéressât davantage à la médecine et à la neuropsychologie qu’à l’astrologie.
 

P. GUINARD (sur le site du C.U.R.A.):

Nostradamus connaissait-il les planètes trans-saturniennes ? Dommage pour la belle construction de P. Guinard, mais à mon avis Nostredame ne connaissait pas – ni ne pouvait connaître, ni même supposer avant les travaux de Kepler et Le Verrier – l’existence des ces planètes ; et comment l’aurait-il pu ? De plus, il ne pouvait déjà connaître leur existence et dire qu’elles ne seront découvertes que plus tard : ou il en est le premier inventeur, ou il ne l’est pas. En outre, on doit à la tradition éxégétique – initiée par les premiers détracteurs eux-mêmes – de n’avoir pas respecté le conseil donné par l’auteur des Centuries, et méprisé par Brind’Amour lui-même : Omnesque Astrologi Blenni, Barbari procul funto. Pour ma démonstration il faudrait, même ici dans cette courte page, refaire tout le lexique nostradamien. Je vais tout de même tenter de réunir brièvement quelques éléments nécessaires – parmi les plus importants – à un début de démonstration, laquelle ensuite n’exclurait pas nécessairement a priori l’étude des sources astrologiques historiques.
 

Le quatrain I 84 : la découverte de Pluton ?

Lune obscurcie aux profondes tenebres,
Son frere passe de couleur ferrugine:
Le grand caché long temps sous les latebres,
Tiedera fer dans la playe sanguine

Le quatrain VIII 69 : la découverte d’Uranus ?

Aupres du jeune le vieux ange baisser,
Et le viendra surmonter à la fin:
Dix ans esgaux aux plus vieux rabaisser,
De trois deux l’un l’huitiesme seraphin.

Pour faire le lexique de Nostradamus, on doit réunir le corpus nostradamien dans son ensemble, et s’aider parfois de l’apport d’autres sources. Considérant la Lune, on pourra faire appel tantôt à Roussat, citant lui-même Saint Augustin : «  au premier de fon onzieme de la Cité de Dieu, dit en cefte forte : Omniù gétiù literas, omniù fibi genera in geniorù nostrum omnium creatoré: & Luna Ecclefiam fignificat. [Iupiter fignifie & denote noftre Dieu, createur de toutes choses,& la Lune l’Eglise]  » (Le Livre des Mutations, p. 54), «  La Lune (comme dit Iean de Liftember) nous denote & fignifie l’Empire Romain.  » (op. cit., p. 97), tantôt Nostredame lui-même en IV-31 invoquant La Lune au plain de nuit fus le haut mont, celle de Platon dans la République (VII, 516) éclairant le philosophe au sortir de sa caverne, ou celle de Moïse au sommet d’un haut mont (Exode, 34, 1-28) appelé Sinaï – de Sîn, nom du dieu-lune chez les Sumériens (Cherpillod, 1991 ; Stol, 1993, pp. 131-132).

Pour Nostradamus, comme pour beaucoup d’autres souffrant d’épilepsie psychique à l’image de Dostoiëvski, il n’y avait rien de plus grand que Dieu lui-même. Rien que dans les Centuries, le mot « grand » et ses synonymes est représenté plus de 600 fois, et pour qui connaît déjà un peu les principales caractéristiques cliniques du syndrome religieux des épilepsies temporo-psychiques (les redondances, la verbiosité), l’usage répété de cet adjectif devient à la fois un des éléments du diagnostic et une clef du lexique : Dieu est sur tout, répètait inlassablement l’auteur des Almanachs à la fin de chaque paragraphe (Dieu seul est grand, le reste est petit).

Pour être grand, Dieu n’en est pas moins vieux non plus : vieil ange ici, vieillart taciturne dans la Paraphrase de Galien (vieux car aussi ancien que l’humanité, taciturne parce qu’il ne parle pas). Ce qui permettrait de démontrer qu’en I-35 (Le Lyon ieune le vieux furmontera) le Lyon nostradamien n’est probablement pas celui auquel on a généralement pensé jusqu’à présent, et que dans les Prophéties il n’a jamais été question de politique, mais de religion.

Concernant le fer et la playe, une analyse philologique montrerait qu’ils appartiennent tout deux à l’espace céleste (cf. mon corrigenda § 7), le fer parce qu’il est sidéral (du grec sideros, le fer), et la plaie lorsqu’elle antique en II-50, i.e. latine (de plaga, plaine céleste) ou ici, sanguine, c’est à dire sacrée comme la blessure du phénix, lequel renaissait au ciel après avoir fait couler son sang (cf. corrigenda § 5).

Dix ans egaux pourraient s’écrire XX : vingt en notation romaine (vingt trois les fix en II-51), mais mil mille en notation grecque (mil mille trembleront en VIII-21), voire Aleph & Aleph en X-96.

De trois deux l’un est mis pour décrire un triumvir à deux teftes - un Janus rené comme Verbius lui-même dans l’Eneide (VII, v. 774-777) – valant un huitiefme feraphin, et dont on a déjà vu la description de l’habit feraphicque en VI-27 et X-94 (Six efchappez fardeaux de lyn), et sa lumineuse exposition en IV-31 (les Yeux au midy. En feins mains, corps au feu) ou dans le Discours sur la dignité de l’homme de Pic de la Mirandole. Dans l’organisation chrétienne des anges, les séraphins sont au nombre de Sept, et non pas au nombre des Six efchappés.

Mais le huitiefme feraphin de VIII-69, nécéssairement aussi nouveau qu’inconnu, pourrait être conforme à l’arithmétique néo-pythagoricienne de Plutarque : «  en effet, on honore Poséidon le huit de chaque mois ; c’est que le nombre huit, étant le premier cube du premier nombre pair et le double du premier carré, représente de la manière la plus adéquate la stabilité et la solidité de la puissance de ce dieu que nous appelons Asphalion (stable) et Gaïeochon (qui tient la terre).  » (ViesThésée, 36, 6).

Sans nier que Nostredame se soit interessé de près à l’astrologie, on est très loin de l’astronomie proprement dite, et encore plus loin d’une prétendue imitation de faussaires en mal de propagande politique.
 

Le quatrain IV 33 : la découverte de Neptune ?
 

Iuppiter ioint plus Venus qu’à la Lune
Apparoiffant de plenitude blanche:
Venus cachée foubs la blancheur Neptune,
De Mars frappé par la granée branche.(1557 : Iupiter ioinct/ foubz la blãcheur/ De Mars frappée).

J’ai déjà proposé dans mon livre, pour ce quatrain IV-33, une analyse non astrologique que je résumerai ici avec quelques compléments.

Si trois astres (Jupiter, Vénus et Lune) paraissent cités, la conjonction paraîtrait toutefois désigner Jupiter plus [à] Vénus qu’à la Lune [2]. Cependant il nous est apparu rarissime, sinon impossible, que Jupiter et Vénus soient conjoints un jour de pleine Lune, apparaissant ici de plenitude blanche. Cette conjonction se produit habituellement en Nouvelle Lune, comme entre le 9 et le 11 Janvier 1606, date à laquelle beaucoup de chrétiens redoutaient la survenue de leur Antéchrist, comme on le lit dans le Livre des Mutations de Roussat : «  Si Iupiter,& Venus s’affemblent auec permutation de triplicité, fignifient l’infidele fecte pleine de volupté & puante luxure: afcauoir celle que les Agariens, Turcs, Mores, Barbares, Sarrazins,& aultres femblables tiennent:laquelle, cõbien que Magmed, ou Mahommet, en fon Alcoran l’ayt declairee, toutes foys, longtemps deuant, eftoit trouuee & excogitee par vn faulx heretique, nommé Meui.  » (Roussat, p. 102) ; «  quand Iupiter & la Lune feront meflez & ioinctz, auec mutation de triplicité, fera la derniere fecte,& mauldicte, qu’on attribuera à l’Antechrift: laquelle fera de petite duree, & tres fort inftable,& variable.  » (Roussat, p. 103). L’improbable conjonction de Jupiter à Vénus en Pleine Lune, savamment distillée par une expression alambiquée, nous paraît donc encore devoir inviter à une lecture non astrologique des Prophéties.

Dans le second vers, la Lune apparaîtrait, autant que la blancheur des flots de Neptune, de plenitude blanche, comme en IV-31 au plain pour le nouueau fophe d’vn feul cerueau. Et en accordant à Venus la valeur latine de venufte en VI-92, l’élégance, la grâce, Iupiter deviendrait l’équivalent du grand Endymion de II-73, un berger amoureux de la Lune, un lunatique quasi séléniaque [3]. Pour finir de critiquer l’apparente connotation astrologique de ce quatrain, Iuppiter est dit ioinct, bien accompagné, assemblé (comitatus, du latin committo, committere, quasi comitialis ; Gaffiot, 1936), comme le nouueau Roy ioinct en I-52, par le mal trouvé au ioinct de fonne et Rofne en IX-68, conioint au Lyon en VIII-2.

Le dernier vers semblerait exprimer une action martiale, quasi réciproque, punitive, contenue dans Mars frappé, alors que granée (de graine, grain, l’écarlate, l’orage ; Greimas & Keane, 1992) serait plutôt un terme de la botanique cryptogamique de Nostredame. La granée branche serait la branche écarlate, de couleur rouge cochenille, la branche qui porte les pêches ou les grenades [4] (cf. au royaume de Grenade en III-20, conquefter la Grenade en V-55), ces fruits rouges à gros grains, la branche du grenadier dont le nom latin accuse une variété de Punica, une branche à prendre de la graine [5].

Pour être un peu plus clair, le médecin de Salon décrirait donc moins cette action martiale et punitive qu’on croit lire, mais davantage une allégorie mythologique, une union quasi consanguine (comme Mars-Arès à Vénus-Aphrodite dans l’Odyssée, conjonction clandestine), nécessaire à la résurrection parthénogénétique d’une graine punique, le phénix. Et à défaut d’être clair, mais pour être précis, c’est bien le phénix qui renaît après une courte éclipse, c’est bien un phénix hermaphrodite qui renaît de son sang, une graine punique auto-féconde, et c’est bien le comitial qui – lunatique souffrant de pœna, de tourment et de souffrance (Gaffiot, 1936), ou lépreux souffrant d’éléphantiasis [6] – renaît avoir été frappé d’une attaque.

Le nom de Neptune, alias Poseïdon chez les Grecs, est probablement mis moins pour le nom d’une planète (encore inconnue jusqu’au XVIIIème siècle) que pour celui d’un dieu, comme Mars, Vénus ou Jupiter. En effet, dans les Centuries, on ne retrouve l’évocation du dieu que dans ses fonctions mythologiques, sans aucune connotation astrale : Le fien Neptune pliera voyle noire en I-77, Le grand Neptune du profond de la mer en II-78, Le grand Neptune à fon plus haut beffroy en III-1, Qu’a paix Neptune ne fera incité en VI-90, et parfois décoré de son attribut le plus évident : Du grand Neptune, & fes tridents fouldars en II-59, Tridental en V-62, Trinacrie en VIII-84, voire le plus savant : Ennofigée en I-87 (pour l’épithète grec de Poséidon : ennosigaios, ébranleur du sol et de la terre).

On remarquera encore que pour Nostredame, le chiffre trois est un symbole de puissance insurmontable (triumuir en V-7, trois grans princes en II-43, trois bras en II-73, V-86, trois freres en VIII-16-46, IX-36, etc…), que le choix de Neptune explique aussi la locution de X-98 « religion du nom des mers« , et que dans le préambule de sa Paraphrase de Galien, feignant de s’adresser emphatiquement au Baron de la Garde, il prie Dieu lui-même avec « la plus que obeiffante feruitude que continuellement vous porte, & portera à voftre tremebonde trident, le plus humble & obeiffant de voz feruiteurs, toute fa vie« .
 

Ma conclusion

On voit qu’une lecture allégorique et clinique des Prophéties est possible, sinon nécessaire, pour entendre dans le charabia nostradamien la prière d’un élève de Galien. Une telle lecture permet d’éviter maintenant certaines erreurs aussi grossières que regrettables, qu’elles soient recopiées sur celles de certains Hypernephelistes Ombrophores, ou d’autres Amaurotes Picrocholins, aucun n’ayant atteint cette substantifique moelle logée à plus haut sens.

De plus, cette lecture clinique s’applique, avec un succès régulier dans l’entreprise, à la totalité de l’oeuvre nostradamienne, qu’elle soit prophétique ou non, ce qui n’est pas le cas de tous les éxégètes précédents – outre Guinard et Halbronn, dernières victimes de tous ceux-là – qu’ils soient crédules, se hasardant à justifier des issues historiques par d’incroyables relations astrologiques, ou qu’ils soient sceptiques, croyant à une hasardeuse et impérative liberté. Car si le médecin de Salon s’intéressait autant aux mouvements des planètes qu’à ceux des hommes, il affirmait aussi que toutes et tous étaient, non pas libres, mais soumis à un seul maître : celui qui – dans la Génèse - « créa, au commencement, les cieux et la terre » avant même les premiers hommes.
 

Notes

[1] Cités dans le Répertoire Chronologique Nostradamique (Benazra, 1990, Ed. La Maisnie p. 26) :  » … je ne vis dans cette traduction souvent presque inintelligible, même avec le secours du latin, qu’une suite d’offenses à la grammaire et au sens commun, de contresens faits à plaisir, et d’omissions qui brisent le fil de la pensée, dans le but évident de révolter le lecteur et de se faire passer pour un fou « . (F. Buget, Bulletin du bibliophile, 1861, pp. 395-412).  » Le style du traducteur est absurde, et n’offense pas moins le sens commun que la grammaire.  » (J.-Ch. Brunet, Manuel du Libraire, t. IV, col. 106).

[2] Cf. Plutarque :  » Ce que nous voions aduenir à l’air mefme, lequel fe fondant aux pleines Lunes plus qu’en autre temps rend auffi lors plus grande quantité de rofee. Ce que le poëte Lyricque nous donne couuertement à entendre quand il dit, De Iupiter & de la Lune fille, Dame rofee. Ainfi il eft tefmoigné de tous coftez, que la lumière de la Lune a ie ne fçay quoy d’humide, & propriété de lafcher & d’humecter…  » (Propos de tables, III, 10 – Amyot, 1572, p. 387 ; Cf. Stol, 1993 – p.126).

[3] « The star of Marduk for bennu ; Spawn of Šulpae (is) bennu« . This « star », also named Šulpaea, is the planet Jupiter and « Spawn of Šulpaea » is a severe form of epilepsy. (…) The chapter on astrology in the early Assyrian handbook of astronomy Mul-apin, when discussing the ominous position of Jupiter, gives this omen : « If Marduk (= the plane Jupiter) is seeing the body (pagru) of a man, bennu will seize him ». (Stol, 1993, p. 116-117).

[4] Grenade, Granatum malum, a granorum multidine. t mutatur in d. Malum punicum. (R. Estienne, 1549).
Du latin Poeni (les Phéniciens, les Puniques) peuvent être facilement dérivés puniopoenio, punir, et punicanspuniceus, rouge, pourpre, et Punica arbos, le grenadier, l’arbre granité, ainsi que Punica malum, la grenade.

[5] GrainEft ce qui vient en l’efpi, contenant farine. Granum fromentum, hordei, filiginis, avenæ (…). Teint en graine, Coccineus, Coccinus. (Nicot, 1606).

[6] foinike, phoenicia, Syria, & morbus in ea regione, aliisquam orientalibus frequens, quidam pro elephantiafi, quam nos lepram dicimus, accipunt. (C. Gesner, 1537, 1543, Basle, Lexicon graecolatinum).

Lucien de Luca, le 23 juillet 2002
 
 


Patrice Guinard: Réponse à Lucien de Luca

Si la Lune des quatrains n’était autre que l’Église Romaine, et le Jupiter que Dieu lui-même, aussi désigné selon Lucien de Luca par ‘le vieux’, ‘le taciturne’ et d’abord par ‘le Grand’, alors l’exégèse des Prophéties s’en trouverait singulièrement simplifiée, ce qui ne semble pas être le cas, à lire les commentaires étymologiques ébauchés. ‘Le grand’‘les grands’ sont des appellations communes au XVIe siècle pour désigner les rois, princes de sang, protagonistes et chefs politiques majeurs. En outre Dieu, ou plutôt le grand Dieu, pour reprendre avec Nostradamus l’expression de Roussat, rappelle la manière de Spinoza, ou encore des Hindous quand ils invoquent Krishna, plus que celle des théologiens ou des croyants de l’époque. Richard Roussat est le maillon visible d’une lignée de penseurs, et d’astrologues!, qui apparente l’auteur des Almanachs et Prophéties à Ibn Ezra et Albumasar, maintes fois mentionnés dans le texte, en passant par Pierre Turrel, le modèle de Roussat, accusé, peut-être à tort, d’impiété et d’athéisme. Et Jacques Halbronn nous a récemment remis en mémoire, dans ses Documents inexploités consacrés au plagiaire Crespin dit Nostradamus, que les premiers almanachs, et à l’évidence celui de 1555, avaient suivi l’iconographie du frontispice de l’ouvrage de Turrel (1531).

Les premiers adversaires de Nostradamus, sous leurs pseudonymes Hercules Le François, Jean de La Daguenière et Laurent Videl, des calvinistes ayant maquillé leur identité selon la thèse de François Buget (1860), avaient en tout cas assez de flair, ainsi d’ailleurs qu’Antoine Couillard, pour comprendre que la ‘religion’ de Nostradamus recelait quelque chose de peu orthodoxe, pour le moins – puisque tel est le terrain sur lequel se laisse porter De Luca, rejetant le politique et l’astrologique comme indignes de l’attention du prophète. « Il nous forge un autre Dieu » s’exclame Le François. Et Pierre Brind’Amour, ici éclairé, dans son ouvrage de 1993, porte ses soupçons sur un Nostradamus « grand prêtre de cette vague païenne ». Quoi qu’il en soit, les quatrains prophétiques n’ont rien d’un recueil théologique, et quand de Dieu il est question, et visiblement ailleurs qu’aux quatrains relatifs aux planètes trans-saturniennes, c’est du dieu Romain, protecteur des oracles et des devins, ou encore, à la Paraphrase, de Mercure, celui des médecins.

Alors Nostradamus, s’il n’a pas ‘découvert’ les planètes trans-saturniennes, a pu voir et entendre les lieux et moments où elles le furent, car qu’est-ce que ‘découvrir’ quand un recueil prophétique ne peut être un manuel scientifique ou technique? Que l’interprétation que je propose, en appoint à celle de Vlaicu Ionescu, décédé le 22 février 2002, ne puisse susciter l’assentiment des « esprits forts », je le conçois aisément. Elle a le mérite d’exister, par deux fois, en attente d’une meilleure, médicale et neuropsychiatrique pourquoi pas, qui n’évacue ni la cohérence ni la portée poétique de l’oeuvre, qui sache, par delà la boulimie et hors la logorrhée référentielles, déboucher sur une voie d’exégèse qui ne soit pas pavée d’aridité seule, et laisse à son sort la ‘bête brute’, non seulement l’ignorant, le profane et l’astrologue commun du vers latin de Crinitus, mais aussi l’esprit qui ne raisonne qu’en surface des choses, comme l’a montré Buget.

La fameuse « comitiale agitation Hiraclienne » de l’épître à César, du latin comitialis, « épileptique », mentionnée par Luca à l’appui de sa thèse, comme le signe d’un aveu de Nostradamus concernant la maladie dont il serait affecté, semble plus proche d’une métaphore historico-philosophique, resituant l’histoire du monde, à l’événementiel apparemment désordonné et aléatoire, dans un schème d’ensemble piloté par les révolutions des cycles planétaires: « Mais moiennant quelque indivisible eternité par comitiale agitation Hiraclienne, les causes par le celeste mouvement sont congnuës. » Ainsi l’agitation « Hiraclienne », de l’ ira latine, qui souligne et la « fureur » du cours de l’histoire, et celle, « poétique », du prophète qui la traduit, est dite « Hiraclienne », à la fois en référence — à condition d’accepter de respecter la polysémie des termes employés par le prophète — : à Hercule (heracleus), par lequel Nostradamus jure à plusieurs reprises dans sa correspondance, marquant ainsi la nature herculéenne de l’oeuvre entreprise, mais surtout au philosophe Héraclite (heraclitus) qui le premier a souligné la mouvance anarchique et éternelle, on dira aujourd’hui « brownienne », du cours des choses. La polysémie de l’oeuvre de Nostradamus autorise de multiples exégèses: la question est de ne pas se leurrer sur la logique du discours prophétique. Souhaitons que l’élucidation lexicographique puisse informer sur les intentions prophétiques du poeta mathematicus.

Patrice Guinard, le 24 juillet 2002
 
 


Robert Amadou: Communiqué au Directeur du C.U.R.A.

Votre aimable précision me concernant nommément, à propos d’un Almanach de Nostradamus, réclame d’être affinée. En effet, la pièce nostradamique que j’ai «  découverte  », au sens strict, à la bibliothèque Sainte-Geneviève, est un apocryphe imprimé, intitulé La Pierre philosophale et publié par mes soins dans le Chant de la Licorne (n° 33, p. 13-16). Quant aux morceaux épars de l’Almanach pour l’an 1561, ils me furent soumis aux fins d’expertise par M. Nicolas Petit, après qu’il les eut recueillis, c’est-à-dire «  découverts  », au sens strict, lors du démontage d’une reliure (et non point d’un déballage !). Catherine Amadou m’assista dans l’identification, ajusta les fragments à grand’peine et put ainsi restituer cet almanach dans le dossier L’Astrologie de Nostradamus (1992), avec un remerciement à M. Nicolas Petit. La confusion bibliographique, ou sémantique, que vous avez relevée à juste titre mais un peu vite, est donc bien pardonnable. La voilà cependant dissipée tout à fait.

R.A. , Paris, le 29 août 2002
 
 


Patrice Guinard: Réponse à Robert Amadou

Robert Amadou a insisté pour que paraisse au CURA un communiqué qui met en avant sa découverte d’un texte tardif, La pierre philosophale contenant plusieurs quatrains…, étranger au présent débat et d’importance relative quant aux recherches sur l’oeuvre authentique du prophète de Salon, vraisemblablement un texte du milieu du XVIIe siècle, ou même postérieur selon Jacques Halbronn. Ce communiqué mentionne une « confusion bibliographique, ou [sic] sémantique » qui reste pour moi une énigme. Je rappelle la phrase de Robert Benazra, à l’origine de ma précédente mise au point: « Grâce à Nicolas Petit, conservateur à la Réserve de la Bibliothèque Sainte Généviève [sic] (Paris), Robert Amadou a retrouvé des fragments de l’Almanach pour l’an 1561, dont aucun exemplaire ne subsiste complet aujourd’hui. » (Répertoire chronologique nostradamique, p.631-632).

J’ai signalé que ces fragments de l’almanach n’ont pas été retrouvés par R. A., ni après de longues investigations facilitées par un conservateur comme pourrait le laisser entendre la phrase de Benazra, mais par hasard. Il n’y a donc d’autre confusion que celle introduite ici-même par R. A. qui mêle deux textes dont l’un n’avait pas été mentionné ici jusqu’alors, et le devient donc par la présente si cela peut satisfaire l’amour-propre de son « découvreur ».

Je prends note du fait que R. Amadou reconnaît la découverte de l’almanach pour 1561 dans les rogatons d’une reliure, ainsi que son identification par M. Nicolas Petit, et profite de son intervention pour éclaircir mon précédent exposé, assez elliptique dans sa formulation. La reliure était celle d’un sacramentaire pour le diocèse de Sens, daté de 1576, qui avait été confié aux services de restauration de la Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu, et c’est en fait à M. Albert Labarre, alors directeur de l’atelier de restauration de la B.N., pour avoir renvoyé à Sainte-Geneviève plusieurs boîtes de défets dont l’une contenait une trentaine de fragments issus de trois exemplaires du fameux almanach, qu’en revient la « découverte » matérielle.

A la même époque, en l’occurence en 1984, Nicolas Petit, qui donne un bref aperçu sur les conditions de la découverte de cet almanach dans son ouvrage, L’éphémère, l’occasionnel et le non-livre à la bibliothèque Sainte-Geneviève (XVe-XVIIIe siècles), paru chez Klincksieck en 1997 (notice 21, pages 98-99), présente les fragments à Robert Amadou, « aux fins d’expertise », somme toute triviale dans le cas présent, puisque le titre et l’auteur de l’almanach sont explicitement mentionnés dans les fragments. Il revient aux Amadou d’avoir signalé cette découverte et tenté, « à grand’peine », en 1992, une mise en ordre des fragments, par ailleurs discutable et questionnée par Halbronn sur ce site.

Patrice Guinard, le 30 août 2002
 
 


Jacques Halbronn: Réponse aux observations de Lucien de Luca

Il est de bonne guerre, chez les nostradamologues – dont nous sommes au demeurant – de tenter de montrer que les adeptes de certaines thèses – notamment celle de Centuries comme appartenant à plusieurs époques et oeuvre syncrétique de plusieurs auteurs – se permettraient autant de libertés que les partisans de Centuries limitées à un seul homme, et à une seule époque mais prophète, donc capable de rayonner sur une période qui lui fait suite: débat méthodologique qui au demeurant recoupe celui de la critique biblique.(cf notre « Réponse aux observations de Patrice Guinard », sur ce site)

Lucien de Luca s’efforce donc de montrer que notre interprétation -ou plutôt notre lecture – des quatrains est aussi gratuite que celle des exégèses ordinaires. « il n’est pas prouvé que l’Avignon nostradamien soit une ville, une enclave juive ou pontificale. Une fois de plus, alors qu’il déclarait que l’interprétation positive était impossible, Halbronn fait lui même une (telle) interprétation ».

Il semble bien pourtant qu’en montrant que Crespin traite d’Avignon et conseille l’intervention du Roi en cette ville, l’on puisse considérer que certaines centuries se soient fait l’écho d’une telle exigence par une formule plusieurs fois répétée et qui se retrouve précisément dans un texte que Crespin adresse au Pape, dont Avignon dépend et que nous avons reproduite en fac simile dans notre étude sur les « Centuries face à la critique » (sur ce site). Précisons tout de même que personne avant nous n’avait été voir si les idées de Crespin Nostradamus/Archidamus, pourtant largement cité dans les bibliographies, convergeaient avec certains quatrains. Le rapprochement avignonnais ici est légitimé par le fait que Crespin évolue lui-même dans la sphère nostradamique, il n’y a pas là de solution de continuité.

A notre connaissance, ce qui distingue les exégètes des deux camps, ceux du camp critique comme ceux du camp apologétique, c’est probablement le niveau de culture historique. Disons, grosso modo, que les connaissances historiques des seconds se limitent à la période post-révolutionnaire et que tout ce qui précède est pour le moins impressionniste. Si certains insistent lourdement sur Varennes, c’est que cela rentre dans le cadre du bagage scolaire moyen alors que des événements antérieurs de même ampleur leur sont indifférents parce qu’ils ne sont pas à même de les situer. Il y a là un certain paradoxe dans la mesure où nos apologétes connaissent généralement fort mal le XVIe siècle qui est celui de Michel de Nostredame et de ses successeurs si bien qu’ils sont insensiblement conduits à penser que notre prophète a du fortement s’intéresser à notre temps et au pays auquel ils appartiennent, ce qui les arrangerait bien parce qu’ils sauraient alors de quoi il retourne, puisque leur culture est celle de la Presse de leur temps. Or, il est infiniment probable que les Centuries, quels qu’en soient les auteurs, soient plus en prise avec la fin du XVIe et le début du XVIIe qu’avec la fin du XXe et le début du XXIe siècle par exemple, c’est à dire exactement l’inverse de la situation culturelle de nos apologétes!

Certes, on nous objectera que les prophéties, c’est fait pour parler du futur mais il s’agit en réalité, en dépit de certaines apparences, d’un futur à très court terme. S’il fallait mettre en quatrains les quelques connaissances historiques de la plupart des nostradamologues, gageons que cela tiendrait largement dans une seule et unique centurie! Et s’il fallait considérer des exégètes non français, alors leur savoir concernant la France de la Renaissance tiendrait dans quelques quatrains! [jh1].

Une collaboration entre nostradamologues et spécialistes de la Renaissance s’impose.. On conçoit en tout cas, dès lors, la tentation d’assigner aux quatrains un champ chronologique très vaste et de supposer que nombre d’entre eux traitent d’événements à venir c’est à dire concernant notre présent ou notre proche avenir comme on l’a vu encore récemment à propos de l’éclipse de 1999.

Il importe de distinguer les bibliographes et les interprètes: les premiers ont généralement des connaissances historiques plus médiocres que les interprètes; un Jean-Charles de Fontbrune (Nostradamus, historien et prophète, Monaco, Le Rocher, 1980) a des connaissances historiques au niveau événementiel, plus solides, probablement, que tel ou tel spécialiste en chronologie nostradamique. Or, il nous semble qu’une telle spécialisation est fâcheuse: on s’en aperçoit dans les débats autour de la datation des éditions. Ceux qui débattent ont une vision tellement virtuelle de l’Histoire que tout argument concernant le fait que des quatrains ont pu être composés après les événements les laisse de marbre tant les événements en question leur sont étrangers et écrasés, télescopés, par le poids de leur ignorance et tant les représentations du passé et du futur qui pouvaient exister à un moment donné leur sont étrangères voire exotiques. Gageons qu’ils tiqueraient davantage face à un Nostradamus contemporain dont on prétendrait qu’il a annoncé les aléas de la Ve République! Ou alors, nous avons le cas de chercheurs, notamment parmi les biographes, qui n’ont étudié que l’époque, stricto sensu, où vécut MDN et fait l’impasse sur les décennies qui ont suivi. Le temps de MDN n’est guère, pour eux, qu’une oasis de savoir au milieu du désert. On ne peut donc que leur conseiller de prendre exemple sur Fontbrune et de se plonger dans le bain de la culture de la Renaissance en sorte de se mettre dans la peau des gens de l’époque.

Il nous semble en tout cas raisonnable de supposer qu’il doit exister une ligne de démarcation entre les quatrains rétrospectifs et ceux qui ne le sont pas comme il existe une frontière entre les devises malachiques des papes antérieurs et postérieurs à cette prophétie des papes (cf Le texte prophétique en France). En d’autres termes, est-on en mesure de dire quelle est la période la mieux couverte par les quatrains et à partir de quand les correspondances deviennent-elles plus aléatoires? Selon notre thèse, la période qui s’étend jusque dans les années 1630 serait mieux balisée que les trois siècles et demi qui suivront. Et cela tombe assez sous le sens! Même les prophètes bibliques parlaient au départ d’un avenir proche mais pas toujours facile à restituer. Il y aurait donc plusieurs catégories de quatrains: ceux qui relatent un événement antérieur au temps de MDN, ceux qui relatent un événement antérieur à 1630, ceux qui ne relatent aucun événement précis, et ceux enfin qui revêtent un caractère prévisionnel à très court terme, qui n’est pas nécessairement corroboré par les faits, comme les quatrains des almanachs.

Certains exégètes pensent que l’hypothèse d’additions, d’interpolations, est inutile dans la mesure où, laissent-ils entendre avec un certain cynisme, on peut faire dire aux quatrains ce que l’on veut. Ce point de vue est anachronique et vaut pour une époque plus tardive où, de toute façon, le texte nostradamique ne peut plus être modifié d’un iota. C’est ainsi que Lucien de Luca affirme: « on admet sans aucune réserve qu’il y a eu des imitateurs, mais un des tous premiers interprètes est Chavigny ». Apparemment l’entendre, les trente ans qui séparent le Janus Gallicus de la mort de Michel de Nostredame n’auraient pas compté alors que c’est durant cet intervalle que tout s’est joué! Précisément, le Janus Gallicus est de 1594 et à cette date on bascule vers l’interprétation, le texte des Centuries, hors sixains, s’étant cristallisé au cours des années 1570-1580 (cf notre réponse à P. Guinard, sur ce site)

Une comparaison très pointue entre quatrains des almanachs des années 1550/1560 et quatrains centuriques serait certainement édifiante et nous entendons nous y consacrer dans la mesure même où les quatrains des almanachs (désignés généralement sous le nom de Présages) sont, diachroniquement et synchroniquement, une source indiscutable des quatrains centuriques (cf notre étude sur les éléments géographiques dans les quatrains des almanachs, dans notre étude sur les nostradamologues) Un Le Roux, en 1710, a apporté, dans sa Clef de Nostradamus, des éléments dans ce sens: curieusement, alors que de nos jours, les quatrains des almanachs nous apparaissent comme la partie la moins controversée de la production de MDN, cet ecclésiastique cherchait alors à montrer que les 141 « Présages » étaient bien du dit MDN, en dépit de certains doutes. Il releva donc un certain nombre de convergences textuelles, grammaticales, entre quatrains des almanachs avec ceux des Centuries qui permettent de commencer à comprendre comment les premiers purent donner naissance aux seconds.

Lucien De Luca cherche, en outre, à montrer qu’il y a une constante dans la trame des Centuries, liée à quelque bizarrerie de style qu’aucun imitateur n’aurait repérée. Le problème, c’est que ce ne sont pas les quatrains des Centuries qui ont été imités mais ceux des almanachs et que nous n’attribuons la paternité d’aucun quatrain centurique à Michel de Nostredame. Il faudrait donc que de Luca commençât par appliquer son systéme aux quatarins des almanachs sinon s’il y a dyslexie, selon ses dires, ce serait plutôt celle des faussaires! En effet, rien n’empêche de rechercher le recours à quelque codage chez les faussaires qui ne sont pas forcément des ignares – comme si toute évidence d’érudition dans les Centuries était la preuve qu’ils étaient bien du dit MDN. Le problème, pour ceux qui parlent des « faussaires » avec condescendance, est qu’ avec un Crespin, par delà ses rapports avec le corpus nostradamique, on soit en face d’ une oeuvre spécifique dont certains quatrains centuriques ont pu émaner.. Le plus curieux dans cette affaire, c’est que nombre de nostradamologues, de Benazra à de Luca, contribuent à la connaissance du travail des faussaires plutôt que de MDN. Et cela reste tout à fait estimable: il est bon que l’on ait retrouvé la fausse édition de 1555 censée parue chez Macé Bonhomme, il est bon que l’on comprenne certaines particularités des Centuries, quand bien même ne seraient-elles pas attribuables à MDN et quand bien même découvrirait-on quelque chiffrage, quelque codage des Centuries, comme s’y efforce P. Guinard, cela ne renverrait pas ipso facto à la plume de MDN à moins de laisser entendre qu’une telle structure sous-jacente ainsi révélée, de par sa sophistication incomparable, ne pourrait sérieusement être que l’oeuvre du dit MDN.

De Luca s’efforce donc de montrer que ceux, comme un Pierre Brind’amour ou un Roger Prévost (et avant eux l’auteur de la Lettre au Mercure de 1724, cf notre étude sur ce site consacrée aux « nostradamologues ») qu’il ne cite pas, qui cherchent à étudier les références historiques de Nostradamus ne sont pas plus rigoureux que ceux qui veulent démontrer que MDN a avant tout parlé du futur, ce « futur » débutant dès les années 1550 quand il aurait annoncé la mort (1559) en tournoi d’Henri II. De Luca après nous avoir cité – « En fait, la contrefaçon traite surtout du futur immédiat plutôt que du présent ou du passé ») commente ainsi: « cela contredit la démonstration de Brind’Amour ».

Or, les deux approches, celle de Brind’amour/Prévost et la nôtre sont tout à fait complémentaires: d’une part les faussaires ont puisé dans l’Histoire -et dans la géographie (cf notre étude sur Estienne, in « Les nostradamologues », op. cit) – pour « fabriquer » du « centurique – car produire autant de quatrains est astreignant! – et de l’autre, ce qui était quand même leur finalité car on ne commet pas des faux pour le plaisir- ils ont articulé certains quatrains sur leur propre époque, à savoir celle du dernier tiers du XVIe siècle, MDN étant mort en 1566. Il est vrai que la tendance la plus répandue [jh2] est d’insister sur ce que MDN de son vivant a pu connaître alors que nous prenons en compte également l’actualité du temps de ses imitateurs. On nous a objecté que tous les quatrains devaient présenter un tel caractère d’actualité. C’est là commettre un contresens qui trahit un manque d’expérience dans la pratique des textes prophétiques au cours des âges dont un des principes (que l’on songe à la prophétie des Papes de Malachie ou encore à la Prophétie d’Orval) est de combiner le passé et le futur, tout en situant le passé dans le futur – c’est alors un pseudo-futur – par rapport à un texte antidaté.. Disons donc plutôt que Brind’amour et nous-mêmes nous sommes réparti la tâche, ce qui place les nostradamologues partisans d’un MDN prophète sous des feux croisés, pour reprendre une expression d’Olivier Millet concernant les adversaires de Nostradamus, lesquels d’ailleurs s’en prenaient à ses almanachs et non à ses Centuries. Et pour cause!

Reconnaissons qu’un Fontbrune est un peu ridicule quand il déclare que MDN a annoncé certains événements des années ayant suivi sa mort, alors que certains quatrains n’avaient pas encore été composés! E. Parker résumait bien la situation, il y a déjà 80 ans: « Afin de se faire passer pour prophète, il faut annoncer des événements possibles. Or, il n’y a rien de possible que ce qui s’est déjà passé et Nostradamus savait bien que l’Histoire se répète. Aussi, pour se donner de bons sujets de prophétie, a-t-il eu recours à l’histoire passée, d’où il a extrait des événements frappants en les déguisant si habilement qu’ils ne se laissent pas facilement reconnaître » (« La légende de Nostradamus etc «  Revue du XVIe siècle, 1923)

Enfin, est-il si difficile d’accepter que si les interprètes des Centuries à partir du XVIIe siècle ont cherché à actualiser les quatrains par rapport à leur époque, il en fut de même au XVIe siècle, à cette différence majeure près que leurs textes furent intégrés dans le canon nostradamique et finalement confondus syncrétiquement, du fait même de leur similitude mimétique, avec lui? Il faut attendre le milieu du XVIIe siècle pour que cessent à peu près les tentatives d’intervenir sur le texte centurique proprement dit. C’est encore ce que cherchera à faire l’auteur de l’ Eclaircissement des véritables quatrains de 1656, avec ses « corrections » dont les anglo-saxons ont tenu compte (cf la traduction de Théophile de Garencières, 1672, voir Buget, « Etudes sur Nostradamus », Bulletin du bibliophile, 1862, pp. 513-514) Encore, faudrait-il faire la part d’un aspect qui n’est pas familier aux chercheurs francophones, à savoir le problème des traductions des quatrains qui autorisent bien des libertés par rapport à la lettre du texte. Ce qui est singulièrement frappant, c’est le fait que l’on ne connaisse guère de commentaires des Centuries avant 1620, hormis celui du Janus Gallicus (1594) à moins d’inclure le commentaire d’un seul quatrain, celui de l’Androgyn (1570) que nous avons découvert. Benazra consacre (RCN, p. 96) une page entière à ce texte sans signaler le dit commentaire tandis que Chomarat ne signale même pas l’ouvrage qui, il est vrai, ne porte pas en son titre le nom de Nostradamus.(cf P. Brind’amour, Introduction aux premières centuries ou prophéties, op. Cit., p. LII) Faut-il ajouter que cette référence à un androgyne n’est pas fortuite et qu’elle est censée symboliser le climat politique de l’époque des guerres de religion qui déchirent la France à la veille de la Saint Barthélémy (1572)

Cette apparente carence exégétique face au corpus centurique – propre au XVIe siècle – trahit selon nous le fait que ce « commentaire » – cette commentarité- se faisaient autrement, sous la forme d’interpolations, de suppressions ou d’additions de quatrains. Il est remarquable notamment que sous la Ligue, on ait une forte production d’éditions des Centuries- comme le montra M. Chomarat dans l’exposition qu’il organisa à la Bibliothèque Municipale de Lyon, il y a quelques années – et aucune exégèse stricto sensu. Est-ce que cela signifiait que le lecteur était laissé à lui-même et s’y retrouvait dans ce labyrinthe des Centuries ou bien est-ce que l’on orientait sa lecture d’une autre façon?

La grande époque du nostradamisme ne fut pas celle, chaotique, du règne des derniers Valois mais du plus grand des Bourbons, Louis XIV. (cf Alexandre Y. Haran, Le lys et le globe. Messianisme dynastique et rêve impérial en France, aux XVIe et XVIIe siècles, Seyssel, Ed Champvallon, 2000) . C’est, selon nous, parce que le nostradamisme s’ acoquina avec le « ludovicisme » qu’il a connu l’impact qui fut le sien. Car le règne (siècle) de Louis XIV, il semble bien, est l’apogée du nostradamisme (cf « les nostradamologues », op. cit.). C’est au demeurant sous ce monarque, né en 1638, orphelin à cinq ans, la régence étant assurée par sa mère, Anne d’Autriche et le gouvernement par Mazarin, que paraissent les premières éditions à dix Centuries hors de France et notamment en Hollande, pays auquel au demeurant Louis XIV s’affrontera durement. L’hagiographie nostradamique, au nom de la raison d’Etat, se focalisera sur le Roi Soleil, durant son long règne (à savoir jusqu’en 1715). Sous les Valois et durant la Ligue, l’exégèse nostradamique est faite de quatrains plus ou moins déchiffrables que les contemporains doivent décrypter. Ce n’est qu’à partir de 1594, c’est à dire en fait lorsque Henri IV, le premier de la dynastie Bourbon, est couronné roi, que commence véritablement, avec le Janus Gallicus, le temps du nostradamisme. Après la mort de Louis XIV (cf F. Buget, « Etudes sur les prophéties de Nostradamus », pp;1709 et seq), c’est le déclin, on ne trouve plus de grand commentaire des Centuries, comparable à ceux de Guynaud (1693) ou de Le Roux (1710)

Il faudra probablement attendre la période révolutionnaire et l’avènement d’ un Bonaparte pour qu’à nouveau un processus d’une certaine ampleur se manifeste, notamment sous l’Empire, autour de 1806. Ensuite, un autre moment fort, sous la Monarchie de Juillet, autour de 1840. (cf notre thèse d’Etat, Le texte prophétique en France, op. Cit.) Quant au règne des Valois, il n’est nostradamique que par la grâce des faussaires et pour ce qui est des publications « sèches » des Centuries, c’est à dire sans commentaire écrit d’accompagnement, elles s’accompagnaient probablement d’une certaine tradition orale, ce qui évitait que les ouvrages fussent saisis.

La tendance est actuellement, chez les nostradamologues férus d’apologétique (cf notre article sur « E. Teissier et la tentation du compromis », sur ce site), à mettre en évidence un élément récurrent ou un codage d’ensemble permettant de consolider la thèse d’une oeuvre d’un seul tenant et émanant d’un seul et même cerveau. Une telle entreprise n’est pas sans embûche. En effet, il faudrait faire la part du mimétisme, qui consiste à faire du Nostradamus, ce qui est le b-a ba des faussaires. Certes, un auteur peut-il lui-même s’auto-imiter voire s’auto-plagier, rester en tout cas fidèle à un certain style. C’est ainsi que MDN se serait autoplagié en rédigeant l’Epître à Henri II en tête des Centuries VIII-X, à partir de l’Epitre au dit roi en tête des Présages Merveilleux pour 1557… Il nous semble pouvoir distinguer l’autoplagiat du plagiat: le plagiat reste plus superficiel, plus répétitif tandis que l’autoplagiat relève du recyclage et change de contexte.

Les chercheurs contemporains sont-ils, comme le propose au demeurant, avec la thèse de la dyslexie, un Lucien de Luca, en mesure de faire ressortir des traits qui auraient échappé aux faussaires? Le paradoxe est que cette thèse ne vaut que si précisément elle est falsifiable, c’est à dire si dans certains cas, les éléments récurrents ne figurent pas. Un auteur qui ne met pas en évidence une contrefaçon ne peut valider une telle thèse puisque l’on reste alors avec l’alternative de l’auto-mimétisme ou du mimétisme d’un autre auteur à l’endroit de MDN. Mais ce n’est pas tout: encore faudrait-il montrer – on ne saurait trop le répéter – que les textes ainsi triés sont inspirés d’un document de départ qui soit de MDN lui-même et un des seuls textes qui correspondent à une telle exigence, ce sont les quatrains des almanachs et non tel ou tel pan des centuries. Au vrai, sur ce point, tout le monde, pour des raisons diamétralement opposées, se retrouve au pied du mur: car aussi bien les partisans des imitations que de ceux qui s’efforcent de rattacher, de façon indiscutable, les Centuries au personnage de MDN, auront à établir une telle filiation! Quant à la piste du codage sous-tendant l’ensemble de l’oeuvre, comme le propose P. Guinard, notamment dans son article paru dans Atlantis et repris sur le site du CURA, auquel s’en prend De Luca, il faut savoir – mais évidemment pas dans le cas des transsaturniennes!- qu’il a pu s’effectuer après coup en vue précisément de conférer une unité d’ensemble à des éléments épars. (cf notre étude sur ce site « les nostradamologues »)

Au bout du compte, on risque en désespoir de cause de basculer dans une forme de surenchère, de fuite en avant, consistant à tenter de démontrer que ce qui a été prévu était tellement incroyable – par exemple la date de la découverte d’une planète – que cela ne peut que relever d’un vrai prophète, titre que l’on ne serait disposé d’attribuer qu’au légendaire Michel de Nostredame. Ce qui pose la question du caractère proprement prophétique des Centuries et de la possibilité d’évaluer la force intrinsèquement prophétique d’un texte. Vaste sujet!

Terminons par une comparaison édifiante : imagine-ton un tintinologue -historien actuel des Aventures de Tintin - et il en est de très savants (cf P. Assouline, Hergé, Paris, Plon, 1996) – ne pas relier chaque volume de bandes dessinées avec le contexte politique dans lequel le dessinateur belge les fit paraître ou ne pas signaler les retouches subies ultérieurement? Est-ce que nos nostradamologues, pour leur part, sont capables – même dans l’hypothèse, si improbable, d’une parution de la totalité du vivant de MDN – de tenter de nous expliquer l’évolution diachronique entre les différentes strates centuriques (s’échelonnant selon certains sur un laps de temps singulièrement/ridiculement restreint de moins de trois ans, de 1555 (date de la préface à César) à 1558, date de la rédaction de l’épître à Henri II)? On a vraiment l’impression, chez certains, d’une approche totalement intemporelle de la production nostradamique, tant, n’est-il pas vrai, MDN était-il un homme vivant dans et pour le futur, enfermé dans sa tour d’ivoire, indifférent à toute influence propre à son temps alors que, par ailleurs, les quatrains de ses almanachs sont, eux, bel et bien en prise avec l’actualité… Si ses contemporains- dit-on- l’appréciaient était-ce par son aptitude à parler de ce que personne ne connaissait, à savoir le futur lointain, ou parce qu’il savait appréhender leur présent en devenir immédiat?

L’astrologie est-elle une bonne formation pour approcher le corpus centurique? Il est clair, en tout cas, que l’évolution du corpus astrologique n’obéit pas aux mêmes règles que celle du corpus nostradamique, en ce qu’il ne semble pas que l’astrologie soit en rapport de dépendance par rapport aux contextes auxquels elle est confrontée, sauf dans le cas extrême de la découverte de nouveaux astres (cf sur ce point notre étude à paraître « les astrologues saisis par le politique », sur ce site). L’astrologie a-t-elle une tradition exégétique? Probablement dans la façon d’interpréter le thème de personnages célèbres ou de rendre compte d’événements marquants – notamment chez les disciples d’André Barbault, de la collection Zodiaque, au Seuil, aux ouvrages consacrés à certains cycles – c’est là un legs de l’astrologie du XXe siècle mais guère des périodes antérieures. Il en est tout autrement pour le nostradamisme qui s’est constitué une telle tradition sur plusieurs siècles. Encore faudrait-il en tirer les conséquences, pour l’historien du nostradamisme, et retrouver les incidences événementielles qui ont amené à réaliser certaines éditions, comportant certains quatrains. L’avantage de l’astrologie, en l’occurrence, tient au fait que les données astronomiques ne sont pas manipulables alors qu’il en est tout autrement pour les quatrains nostradamiques qu’on ne connaît qu’au travers des données historiques. Mais, revers de la médaille, l’astronomie génère un syncrétisme astrologique en ce que tout ce qui touche aux astres est considéré comme constituant ipso facto un tout à l’instar de tout ce qui se présente comme un quatrain, voir un sixain, prophétique serait à attribuer à MDN. Or, dès lors que l’on attribue à MDN une qualité prophétique, l’Histoire, elle même, cesse d’être un repère fiable. Il ne resterait plus dès lors que les éditions des Centuries lesquelles ne peuvent être datées qu’au moyen des recoupements historiques: cercle vicieux!

Une nouvelle méthodologie s’impose dès lors qui consiste à relever un maximum de données liées à un temps (c’est le principe du terminus) et à un lieu précis, ce qui permet de faire ressortir les processus de syncrétisme (confusion dans la spatialité) et d’anachronisme.(confusion dans la temporalité). Dans chaque cas, il s’agit de montrer que l’on aura mis ensemble des documents qui ont des origines fort différentes et qui ne sont liés que par des convergences de surface. (cf notre étude sur Trois Sept Onze « Penser l’histoire de l’astrologie », septembre 2002). Cela vaut d’ailleurs aussi bien pour les études nostradamiques qu’astrologiques.
 

Notes JH

[jh1] Nous ne visons évidemment pas là des spécialistes du XVIe siècle comme Jean Céard, préfacier du RCN de Benazra – R. Amadou avait été pressenti un moment et avait rédigé à cette intention un texte intitulé Nuées et intelligences, préface en forme d’excursion, au titre inspiré par un passage de la Préface à Césarqui paraîtra séparément en 1992, chez l’auteur – mais qui a été retiré du dépôt légal – ou Jean Dupèbe, éditeur, en 1983, de la Correspondance latine de Michel de Nostredame (que nous désignerons désormais par le sigle MDN) ou encore un Claude-Gilbert Dubois (Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3) auteur d’une étude intitulée « Nostradamus et ses visions d’un futur catastrophique », numéro consacré à Littératures et prophéties, revue Babel, n°4, 2000), d’un Pierre Béhar (Les langues occultes de la Renaissance, Paris, Dejonquéres, 1996) encore que leur contribution à le redatation, sur la base de la contextualité, de la littérature nostradamique ne soit pas marquante, ce qui tient au clivage entre littéraires et historiens.

[jh2] de E. Parker (« La légende de Nostradamus et sa vie réelle », Revue du XVIe siècle, X, 1923) à G. Polizzi (« Lac Trasménien portera tesmoignage ou de l’usage de l’antiquité romaine dans les Centuries », in Nostradamus ou le savoir transmis, dir. M. Chomarat, Actes du Colloque de Salon, La transmission du savoir au XVIe siècle, novembre 1994. Quant à L. Schlosser, il n’hésite pas à qualifier les Centuries de « chronique du passé », La vie de Nostradamus, op. cit., pp. 229-231.

JH (18 septembre 2002)
 
 


Patrice Guinard: Nouvelle réponse aux allégations de Jacques Halbronn

La recherche de Jacques Halbronn est sans doute la première, en quatre siècles, à avoir tenté d’établir une remise en cause radicale de l’authenticité des textes attribués, légitimement selon moi, à Nostradamus, et notamment de ses préfaces aux Centuries et de ses quatrains en vers. On se perd dans la littérature halbronnienne, à l’argumentation acharnée, mais truffée de références partiellement exploitées et au raisonnement étonnamment ancré dans un dessein non dissimulé de dénégation.

Aucun des quatrains centuriques n’aurait été écrit par Nostradamus! Est-il vraiment utile d’élaborer une telle sociologie des faussaires de prophéties, avant d’avoir donné la preuve de leur existence? J. H. soutient l’existence d’ateliers de faussaires, assez habiles pour être passés inaperçus au regard de tous leurs contemporains (et l’on ne retrouve aucune trace, témoignage, allusion ou soupçon de l’existence de ces supposés faussaires dans la littérature afférente), des poètes capables d’imiter les vers aussi bien que la prose d’un érudit aussi distingué que Michel de Nostredame, doués même d’éventuelle qualité de voyance, et ayant organisé le corpus en concertation d’après un canevas arrêté, bien qu’ils eussent laissé ici ou là, malgré leur brio, quelques incompréhensibles marques de faiblesse, comme des vers incomplets, des éditions parachevées paraissant avant des éditions moins complètes, comme celles d’Antoine du Rosne, des vers redoublés, etc … Il s’agit là d’une théorie hallucinée.

Malgré la mise en évidence de certains recoupements et « anomalies » qui questionnent le corpus centurique et dont le futur exégète devra tenir compte, en dépit de la découverte de quelques textes essentiels au débat, produits par des imitateurs, comme un Colony ou un Himbert de Billy, ou par de tardifs et jaloux candidats au rôle prophétique, il ne résulte des analyses de J. H. aucune démonstration probante du caractère apocryphe de l’oeuvre de Nostradamus, et la constatation de l’anti-judaïsme d’un Crespin ne justifie pas cet agencement d’un anti-nostradamisme à vocation « crespinienne ». Il y a une logique du sens, pour le dire avec Deleuze, et pour certains, nul corpus littéraire au sens large, précisément, ne fait sens plus que celui attribué à Nostradamus. C’est parce que Nostradamus a osé commettre « le livre » — mais d’autres l’ont tenté peu avant ou après lui, qu’on pense à François Rabelais ou à Michel de Montaigne — que concurrents, adversaires, représentants cléricaux puis institutionnels, ont voulu, le mettre en lambeaux, et faire de cette ivraie de copies piratées et falsifiées, un instrument à brouiller les pistes dans lesquelles s’engage, pour l’heure seul, notre chercheur téméraire.

Jeter le nourrisson avec l’eau sale du bain versée par des esprits jaloux me semble être une option à ne pas tenter de suivre, et si l’ensemble de l’oeuvre du salonnais est enveloppée d’un cryptage arithmologique, désormais accessible à l’exégèse, comme j’ai commencé à le montrer dans mes précédents textes (voir en particulier, « Les Nombres du Testament comme fils d’Ariane au Corpus nostradamique », CURA, http://cura.free.fr/22mntes2.html) et n’aurais désormais de cesse d’en apporter la démonstration, alors l’enjeu d’un corpus supposé fabriqué au petit bonheur me paraît être une chimère, et quand même il aurait fallu, dans un premier temps, avec prudence, s’en tenir à un simple mais déjà considérable « souffle » poétique, en ne considérant que la capacité d’inspiration du salonnais, si ce n’est de divination, à rencontrer l’histoire.

Car Halbronn n’a pas fait la démonstration de la portée politiquement significative des rares quatrains qu’il a mis en avant, qu’ils soient supposés avoir été composés par des faussaires Ligueurs ou Huguenots. Les quelques vers isolés de leur contexte, en particulier le redoublé VIII.38.1 (« Le Roy de Bloys dans Avignon régner ») et le fameux IV.46.2 (« Garde toy Tours de ta proche ruine »), peuvent être interprétés tout autrement, et surtout devraient l’être en tenant compte de l’ensemble des quatrains auxquels ils appartiennent. Ainsi J. H. ne nous apprend rien du « peuple emonopolle » ou de la cité de Nolle des vers 2 et 4 du quatrain VIII.38, ni des autres vers du quatrain IV.46, supposé apocryphe au prétexte de son exclusion dans une édition tardive (1588) et rouennaise (Raphael du Petit Val).

J. H. nous conte (d’abord dans « Les Prophéties et la Ligue », in Cahiers Saulnier, 15, Paris, 1998) que le vers sur Tours aurait été composé dans le courant de l’année 1588 par des partisans de la Ligue contre les Réformés, et en appelle au siège du gouvernement de Henri IV (encore qu’Henri ait beaucoup bougé pendant les premières années de son règne et lors de ses tentatives successives d’encerclement de la capitale) ; mais ce vers pourrait tout aussi bien se référer à d’autres événements du XVIe siècle (Halbronn le sait, qui s’autorise ici à donner des leçons d’histoire !), comme les guerres incessantes qui ont fait de Tours une ville sinistrée au milieu des années 70 (selon le rapport de l’ambassadeur vénitien Girolamo Lippomano) ou encore l’adhésion avancée de la ville à la cause réformée dès la fin des années 50.

Selon Bossuet, toujours zélé à faire montre d’anti-astrologisme, en 1560, « le roi [François II] résolut de passer à Tours, pour rassurer cette ville, suspecte par le grand nombre d’hérétiques qui y étoient. Ce fut là, et environ dans le même temps, qu’on leur donna le nom de Huguenots. » (Bossuet, Abrégé de l’histoire de France, in Oeuvres complètes, Tome XXIV, Paris, Louis Vivès, 1857, p.566).

Si le prophétique est « à la solde du politique, autrement dit de la raison d’Etat » comme l’affirme Halbronn à la première page de l’introduction de son ouvrage paru aux éditions Ramkat, s’il relève d’enjeux « d’ordre politique, justifiant des manipulations visant à agir sur le cours des choses, généralement à court terme » (p.11 du même ouvrage), il faut en faire la démontration, qui, si elle s’avère toujours aussi délicate aujourd’hui qu’elle peut être supposée l’avoir été au XVIe siècle, et si les intentions supposées des faussaires ne peuvent être rendues plus manifestes, c’est qu’elles sont un simple produit de l’imaginaire de l’exégète.

Autrement dit, la thèse des faussaires n’est aucunement étayée par une analyse sémantique du contenu des quatrains et aucune concordance entre cette supposée « raison d’Etat » et le texte prophétique, quatrains ou préfaces, n’est consolidée. Les présomptions fondées sur quelques vers isolés sont un bien maigre indice, sans l’appui de recoupements annexes.

Or de deux choses l’une : soit l’on admet que le texte de Nostradamus est tellement obscur et indéchiffrable qu’il peut se prêter à n’importe quelle interprétation, soit l’on pose qu’il a un sens et l’on s’attèle à en démontrer les conséquences. Mais supposer d’une part la plurivocité aléatoire du sens comme le fait J. H., et affirmer simultanément que le texte est organisé en vue d’une prétendue manipulation politique, ne semble pas logiquement cohérent. Je le répète : les marques de manipulation politique dans l’ensemble des textes connus de Nostradamus sont inexistants, et au cas contraire il faut en faire la preuve.

En outre il faudrait entrer plus avant dans l’historique de la politique française de l’époque et dans les projets de ses protagonistes majeurs, pour tenter d’illustrer ce qui ne reste qu’une simple présomption. On sait que l’époque la plus déterminante de la Ligue, et notamment les dernières années du règne de Henri III, ont été marquées par une crise sans précédent de la légitimité du pouvoir royal, qui a touché l’autorité du roi d’abord, mais aussi tous ses partisans légitimistes, à commencer par Catherine.

C’est au cours de cette période, dans les années 85-90, soit vingt ans après la mort du prophète de Salon, qu’ont pu se mettre en place des projets de détournement et de falsification du texte salonnais, à un moment où le contrôle admininistratif de l’édition, de l’enregistrement et du stockage de la production littéraire a pu connaître de sérieuses déficiences. C’est à cette époque probablement qu’un Crespin, un parent (?) d’un éditeur genevois du même nom, aura pu produire sa littérature antidatée au service des noyaux activistes huguenots présents dans les grandes métropoles suisses. On notera que cet auteur n’est pas attesté par les compilateurs La Croix du Maine et Du Verdier.

J. H. n’en finit pas de revoir sa copie, et de reformuler la chronologie des parutions successives des Centuries, sans interroger cependant les lignes directrices de sa spéculation :

« Selon nous, les Centuries auront connu au XVIe siècle l’histoire suivante:
1. la période de la production de Michel de Nostredame avec trois temps :
-vers 1555-1556 un premier train de 300 quatrains
-vers 1560-1561 une addition d’une quarantaine de quatrains
-vers 1568-1570, la publication posthume de 3 centuries supplémentaires.
L’on parvenait ainsi à un ensemble de 6 centuries et demie.
2. La période de la Ligue, avec des contributions tant ligueuses que réformées. »
(in Le texte prophétique en France, Thèse Université Paris X, 1999)

Dans sa communication au congrès du CURA (Décembre 2000), Halbronn propose les dates approximatives de 1559 pour les 353 premiers quatrains, de 1568 pour les centuries VIII à X, et de 1588-1590 pour les autres ainsi que pour la préface à Henri II (cf. les « Actes du Colloque C.U.R.A./M.A.U. de Paris », CURA , édition 10, Février 2001).

Dans son ouvrage paru aux éditions Ramkat (début 2002), Halbronn n’attribue plus à Nostradamus que 339 quatrains :
- c. 1555, épître à César
- c. 1570, première édition, perdue, des Centuries (à 300 quatrains)
- c. 1571, seconde édition , perdue, des Centuries (39 quatrains supplémentaires)
- c. 1571, centuries VIII à X et épître à Henry (non due à Nostradamus) etc…

Dans son texte « Jean Dorat et la « miliade » de quatrains » (CURA , édition 19, Juin 2002, repris ici dans « Nostradamus: La controverse Halbronn, Guinard, et ceteri ») Halbronn admet finalement l’existence d’une édition à 1000 quatrains, dès 1568.

Enfin, dans son nouveau texte, « Réflexions sur les méthodes de travail des nostradamologues » (CURA , édition 22, Septembre 2002), Halbronn transforme totalement son dispositif, en réponse aux critiques que nous avions formulées, ce qui donne :
« 1. Sixte Denyse: Edition à 3 centuries pleines (non retrouvée) vers 1569.
2. Barbe Regnault. Edition à 39 quatrains à la IVe Centurie (non retrouvée) vers 1570.
3. Benoist Rigaud. Edition à 1000 quatrains (non retrouvée) vers 1580.
4 Macé Bonhomme. Edition à 53 quatrains à la IVe Centurie. Addition à l’édition de Barbe Regnault vers 1588. Datée de 1555. » etc…

Sans entrer dans le détail, il semble évident que les errements successifs de la reconstitution proposée par Halbronn reposent essentiellement sur la prise en compte de l’édition 19 du Répertoire de Benazra (Paris, Veuve Nicolas Roffet, 1588), édition tronquée aux « trente neuf articles à la dernière Centurie », oeuvre de diversion, et reproduction supposée d’une édition introuvable qui aurait paru en 1561 chez Barbe Regnault, l’éditeur du calviniste Jean de La Daguenière et d’un faux almanach pour l’an 1563.

Dans sa réponse à Lucien De Luca, J. H. qui signale mon article paru dans Atlantis en Mars 2001 et qui aurait été « repris sur le site du CURA », commet une curieuse et inquiétante inversion chronologique : espérons qu’elle n’autorise pas à préjuger de sa reconstitution des parutions du XVIe siècle.

Patrice Guinard
Carcassonne, le 22 Septembre 2002
 
 


Patrice Guinard : Remarques additives sur l’authenticité des premières éditions
 

Note PG (04-11-2007) : Le texte qui suit est paru à la fin de mon « Iconographie commentée des Prophéties de Nostradamus », un article illustré, rédigé le 2 juillet et mis en ligne le 16 juillet 2003 au CURA, mais actuellement soustrait à la consultation en raison des récentes avancées et découvertes depuis la création du CORPUS NOSTRADAMUS début 2006. J’en ai conservé l’essentiel et l’organisation, et me suis contenté d’en écarter quelques passages, désormais incompatibles avec les résultats de mes recherches actuelles. On comprendra les raisons de son rattachement à cette page.
 

Il est vraisemblable que les éditions successives des Prophéties, à 353 quatrains pour la première, 639 et 642 quatrains pour les deuxièmes (ou respectivement 286 et 289 nouveaux quatrains), et 300 pour la troisième, s’inscrivent dans un schéma cryptographique qui a sans doute été partiellement découvert par certains contemporains de Nostradamus (cf. mes textes sur les « Les Nombres du Testament« , CURA, 2002-2003). Les hommes de la Renaissance étaient plus familiarisés avec ces techniques d’organisation et de mise en perspective du texte que nous ne le sommes aujourd’hui. Nul doute par exemple qu’un Jean de La Daguenière, lequel ne serait autre que le fidèle calviniste Théodore de Bèze selon Buget (1861), et qui en 1558 affuble le prophète des qualificatifs de « Triboulet à triple marotte » et de « fol à double rebras », n’ait percé certaines de ses intentions.

L’hypothèse la plus plausible est proche de celle qui a été formulée par Daniel Ruzo en 1975 à partir de l’étude des éditions ultérieures et de certains témoignages, à savoir l’existence de trois éditions lyonnaises, d’une première édition en 1555 (retrouvée à Albi et en Autriche), d’une seconde en 1557, et d’une troisième en 1558, introuvable. Les quatrains des premières éditions (1555-1557) ont été assemblés en une numérotation et en une pagination continues ; la troisième a été agrégée aux deux autres avec une pagination distincte, comme en témoignent la réédition et les retirages de Benoist Rigaud en 1568 et dans les années ultérieures. La preuve de l’existence de ce dispositif en apparence « incomplet », à 942 quatrains précisément, nous est donnée par l’adjonction tardive dans les éditions troyennes de 1605, par des amateurs « perfectionnistes », d’un supplément de 58 sizains qui ont longtemps passé pour avoir été écrits par l’astrologue provençal et que Ionescu utilise encore dans son ouvrage de 1976… Et le titre pompeux, et peut-être ironique, donné aux Prophéties dans les éditions d’Avignon, à savoir « Les Grandes et Merveilleuses Prédictions », ainsi que leur éditeur, Pierre Roux, plaident en faveur d’éditions piratées et peut-être plus tardives que les dates annoncées.

J’ai récemment retrouvé, dans deux catalogues de bibliothèques privées, des mentions de l’existence d’éditions inconnues de Benazra comme de Chomarat, l’une datée de 1557 et donnant Paris, et non Lyon, comme lieu d’édition (Catalogue des livres de la bibliothèque de feu monseigneur le Marechal Duc d’Estrées, Paris, Jacques Guerin, 1740), l’autre datée de 1605 et sans nom de ville, probablement une édition troyenne similaire à l’édition 38 du Répertoire de Benazra, dont le sous-titre se rapporte à une édition de 1558, et non plus de 1568: « Les Prophéties de Michel Nostradamus, revues et corrigées sur la coppie imprimée à Lyon par Benoist Rigaud, 1558, in-8″ (Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. Le Bon Dacier, Paris, Leblanc, 1833).

La recherche sur les catalogues de vente de collections privées anciennes est un travail à accomplir de toute urgence, et la recherche de Brunet sur environ 350 catalogues de ventes aux enchères de bibliothèques privées, soit sur à peine un tiers des catalogues édités, doit être impérativement recommencée, d’autant plus que Brunet s’intéressait assez peu au prophète de Salon.

Depuis la soutenance de sa thèse, Jacques Halbronn spécule sur l’existence d’un gang organisé de faussaires (voir la critique de ses travaux par le Dr. Elmar Gruber). Les éditions tronquées parues sous la Ligue sont hautement suspectes, à commencer par l’édition de la veuve Roffet, Jeanne Le Roy, qui s’appuierait sur une édition Barbe Regnault de 1561. Il est vraisemblable que les contrefacteurs et éditeurs plagiaires parisiens aient couvert leurs activités en se servant de femmes complaisantes, les veuves d’André Berthelin et de Nicolas Roffet. [Sur la dynastie des Roffet, et non « Rosset » comme le croit Halbronn, cf. Philippe Renouard, Imprimeurs parisiens, Paris, A. Claudin, 1898, p.326-328.]

Il est vrai que le sous-titre donné aux éditions Antoine du Rhône de 1557, « dont il en y à [sic] trois cents qui n’ont jamais esté imprimées », reste problématique. Benazra note que « l’éditeur a simplement utilisé une formule lapidaire. » (Répertoire, p.24). Cependant, la différence de 14 ou de 11 quatrains, par rapport aux 300 quatrains inédits annoncés, pourrait trouver son explication dans la décryptage numérologique des éditions successives (voir CN 177).

Terminons par quelques questions de bon sens, auxquelles Halbronn, j’en suis certain, aura la tentation de vouloir répondre.

Dans quel but Nostradamus aurait-il publié une première préface, adressée en apparence à son fils César, séparée, sans quatrains prophétiques mais y faisant référence?

Pourquoi les supposés faussaires auraient-ils fait paraître une édition supposée antidatée pour 1555, à 353 quatrains, si les véritables premières éditions n’eussent contenu que 39 quatrains à la quatrième centurie, d’après les éditions parisiennes tronquées, parues à la fin des années 80?

Pourquoi, comme le remarque Gruber dans son texte paru au CURA, le pauvre Chavigny, présumé auteur ou organisateur complaisant des quatrains, aurait-il remplacé par un astérisque l’expression « Peste à l’eglise » du vers I 52 C (à la page 254 de son Janus), si l’opportunité lui avait été donnée de les falsifier, ou même de les construire lui-même?

Comment les prétendus faussaires s’y seraient-ils pris pour produire un millier de « faux » quatrains, en parfaite maîtrise et imitation de la poétique du prophète, si ce dernier lui-même n’en a produit aucun, hormis ceux apparus dans ses divers Almanachs?

Pourquoi enfin la production d’un tel travail par une supposée alliance insoupçonnée de faussaires ligueurs et réformés, alors que n’apparaissent de manière évidente dans les Centuries que quelques rares vers se rapportant à cette période de l’histoire politique française (Henri III-Henri IV), pourtant proche et particulièrement riche en événements dramatiques relatifs à l’autorité royale?

Tolosa, 2 Juillet 2003
 
 
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28-09-2002, last updated : 06-12-2018
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Jacques Halbronn. La dérive des astrologues vers Pierre d’Ailly et Nostradamus: Denis Labouré, Yves Lenoble, Patrice Guinard

Posté par nofim le 2 décembre 2021

La dérive des astrologues  vers Pierre d’Ailly  et Nostradamus:  Denis Labouré, Yves Lenoble, Patrice Guinard    par  Jacques  Halbronn   

 

 

 

 

On s’efforcera ici de comprendre ce qui aura conduit certains chercheurs en astrologie à se référer à des oeuvres assez hybrides telles que celles associées à Pierre d’Ailly (XVe siècle) et à Nostradamus(XVIe siècle)   Nous sommes d’autant plus à traiter de ce phénoméne que nos travaux universitaires (thèse d’Etat 1999 et post-doctorat, 2007) traitent du prophétisme alors que notre première thèse (1979) parut (en 1985) sous le titre « Le monde juif  et l’astrologie »‘. Comment comprendre, interpréter un tel glissement?  Dès 1994, nous avions publié un catalogue ‘Astrologie et Prophétie », dans le cadre d’une exposition dont noué étions le commissaire à la Bibliothèque Naionale.

Denis Labouré a publié récemment  « Astrologie a Religion au Moyen Age » tout en s’y consacrant essebntiellement au cardinal Pierre d’Ailly comme indiqué sur la 4e de couvertur e qui ne mentionne que ce seul  « rédigea au XIIIe siècle  » alors qu’il appartient à la fin du XIVe siècle et au début du XVe! (1351-1420), ses textes principaux datant du XVe siècle et notamment ceux qui traitent de la fameuse année 1789 et qui datent de 1414!

Or l’astrologie de Pierre d’ailly n’est pas du meilleur aloi en ce qu’elle combine allégrement données astronomiques et computations numériques habillées allégrement d’astronomie.  En effet, la série 889-1189-1489-1789 ne comporte aucun support astronomique valable car le fait d’observer que les 300 ans qui séparent ces différentes dates renverrait à Saturne est « tiré par les cheveux », si ce n’est que cela témoigne sociologiquement  d’un certain intérêt pour cet astre dans la tradition astrologique avec ses environ 30 ans de cyclicité. C’est un peu prendre des vessies pour des lanternes.  Yves Lenoble - pas trop  regardant – met pour sa part en avant la « réussite » prévisionnelle de Pierre D’Ailly à mettre au crédit de l’Astrologie. » L’astrologie s’est en effet toujours voulu annonciatrice des grands événements de l’Histoire. Ainsi, le cardinal d’Ailly et Nostradamus avaient prévu très longtemps à l’avance la révolution de 1789. Et d’ores et déjà, les prochains rendez-vous planétaires du XXIè siècle sont annoncés » (Le Voyage etc) On instrumentalise donc Ailly au service de la cause astrologique. Il eut convenu, plus prudemment, de saluer la tentative assez vaine de la part du cardinal  en faveur de l’astrologie, ce qui lui permettait de reporter les échéances prophétiques vers un futur lointain, en ces temps agités du début du XVe siècle. Au XVIe siècle,  ces spéculations se retrouveront chez Richard Roussat mais aussi dans la pseudo épitre de Nostradamus adressée au Roi de France Valois Henri II , datée de 1558. »icelle année  sera faicte  plus  grande persécution   de l »église  chrestienne que n’a esté faicte en Afrique  & durera cette cy  iusques l’an mil sept cens  nonante deux que l’on  cuydera  estre  renovation de siecle  Après commencera  le peuple  Romain  de se  redresser  & déchasser  quelques obscures  ténébres  recevant quelque peu   de leur pristine clarté non  sans  grande division   et continuel  changement »

Or selon nous, ce texte qui ouvre le second volet des Centuries est en phase avec l’inspiration réformée des trois dernières centuries, où l’on annonce la victoire contre les Lorrains, c’est à dire la maison de Guise, au coeur du camp ligueur.  Autrement dit, il s’agit de l’annonce d’une victoire de l’Eglise Chrétienne, ce qui désigne ici les Protestants, les Catholiques devant à terme  se « redresser » et renoncer à leurs errances.  Patrice Guinard aura beaucoup investi, dans les 20 dernières années de sa vie, sur Nostradamus mais ce ne fut pas spécialement sur la partie proprement astrologique de l’oeuvre authéntique de cet auteur mais bien autour des Centuries dont le contenu astrologique se limite aux textes en prose -dédiés à César et à Henri II, pour l’essentiel; outre le fait que la mention de 1792, on l’a montré plus haut, ne comporte qu’artificiellement un contenu proprement astrologique.  Mais qu’était allé faire le fondateur du CURA dans cette galère, comme si une fois soutenue sa thèse de doctorat sur l’astrologie, en 1993, il avait voulu passer à autre chose, ce qui peut se comprendre, d’un point de vue cyclique? Voilà donc Yves Lenoble se référant-on l’ a vu- à Pierre d’Ailly et à Nostradamus pour des textes qui n’ont d’astrologique que le nom..Notons que Lenoble s’est lui aussi beaucoup intéressé à Nostradamus, comme l’atteste en  novembre 2004, sa participation active à la session Nostradamus que nous avions organisée et filmée. De même Guinard, en décembre 2000 avait il débattu sur le sujet lors d’un colloque co organisé MAU-CURA (également filmé).. On est donc là dans les marges de l’astrologie, de l’instrumentalisation de celle-ci à des fins politiques.  Demandons-nous donc, à présent, quelles ont pu être les causes d’un tel  glissement vers des formes douteuses de la production  » astrologique » au cours des dernières décennies. 

On notera que Lenoble et Guinard, nés à 10 ans d’intervalle (1947 et 1957), ont en commun d’avoir été marqués dans leur formation par l’enseignement de Jean-Pierre Nicola ‘(né en 1929) et de nous avoir fréquenté l’un et l’autre, l’un dans les années 70, l’autre dans les années 80 et au delà. Pourtant Guinard avait trouvé quelque intérêt dans l’Histoire de l’astrologie  à la  fin du XVIIe siècle, (et notamment de l’oeuvre d’Eustache Le Noble, 1697) du fait de la fréquentation assidue de notre Bibliotheca Astrologica,  ce qui fut d’ailleurs aussi le cas de Denis Labouré, d’où la publication, chez Pardés, du traité d’astrologie horaire de Claude Dariot, contemporaine de Nostradamus, en 1990. A vrai dire, nous nous souvenons assez mal de ce qui a pu entrainer Patrice Guinard dans le champ nostradamique mais nous tendons à penser que ce fut peu ou prou à notre exemple. Il est vrai que l’HIstoire de l’astrologie  a pu sembler moins excitante pour l’esprit  que celle du prophétisme et singulièrement du personnage de Michel de Nostredame.(1503-1566) et Guinard ne se sera d’ailleurs pas privé de se lancer dans l’interprétation de certains quatrains centuriques, et dans une démarche hagiographique que nous avons pour notre part, entendu démystifier, ce qui nous aura souvent opposés, notre approche étant sensiblement plus critique. Cela nous fait penser à ces étudiants en médecine trouvant la matière par trop aride et obliquant vers la psychiatrie, voire vers la psychanalyse. Il est possible également que le débat autour de Nostradamus entre spécialistes avait une autre tenue que celui entre astrologues. Guinard a pu penser qu’il saurait mieux faire la preuve de ses talents  parmi les uns que parmi les autres mais  il dut se heurter à nos propres positions qui ne l auront pas toujours épargné et l’on est en droit de penser que cela aura pu le miner.  Le probléme de Guinard aura tenu au fait qu’il se focalisait exclusivement sur le dossier Nostradamus  et qu’il n’abordait pas le champ du prophétisme dont le dit dossier n’était qu’une manifestation parmi d’autres, trop centré sur la période d’activité de Nostradamus dans le temps comme dans l’espace, ce qui l’empecha  probablement d’opérer certains recoupements intertextuels et de faire la part de l’imposture et de l’antidatation qui sont au coeur de tout le corpus prophétique et astrologique.

Pour en revenir à Yves Lenoble, lequel  place André Barbault au même niveau que Nostradamus !

 

  »Il y a trente ans André Barbault annonçait une pandémie mondiale pour 2020 après avoir prédit, entre autres, dès 1955 la chute de l’Empire soviétique en 1989! L’astrologie s’est en effet toujours voulu annonciatrice des grands événements de l’Histoire. Ainsi, le cardinal d’Ailly et Nostradamus avaient prévu très longtemps à l’avance la révolution de 1789. Et d’ores et déjà, les prochains rendez-vous planétaires du XIè siècle sont annoncés » (Le Voyage etc). Etrange erreur que de situer le texte de Barbault sur la pandémie « 30 ans en arrière alors qu’il parut en 2011:  Mais que dire de l’annonce de la « chute de l’empire soviétique » mis sur le même pied que celle de la Révolution Française de 1789? Dans les deux cas, il  y a abus:  Barbault aura point certes 1989 mais aucunement dans le sens que décrit Lenoble. Tout prouve au contraire que Barbault voyait -du moins jusque ans le cours des  années soixante,  en 1989  la victoire finale de l’URSS.  Quant à 1789, le contexte de l ‘EPitre à Henri II ne permet nullement d’affirmer  que ce qui était annoncé aura en quoi que ce soit correspondu aux événements de la fin du XVIIIe siècle, comme nous l’avons montré plus haut. Saluons tout de même ce paralléle mis en exergue  entre 1789 et 1989. 

 .

 

 

 

 

 

 

JHB  02 12 21

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jacques Halbronn: 1991-2021 A trente ans d’intervalle: décés de Michel Gauquelin et Hervé Patrice Guinard,nés à 29 ans d’écart: 1928 et 1957

Posté par nofim le 18 novembre 2021

Jacques  Halbronn:  1991-2021   A trente ans d’intervalle: décés de Michel Gauquelin et Hervé Patrice Guinard,nés à  29 ans d’écart: 1928 et 1957 . Leurs deux noms commencent par la lettre G. Jolie synchronie!

 

 

Deux annonces surprenantes  à quasiment 30 ans d’intervalle, l’une survenue le 29 mai 1921 et l’autre le 9 septembre 2021 avec des naissances quasiment, elles aussi, à 30 ans d’intervalle,  respectivement le  13 novembre 1928  et le 4 novembre 1957, donc avec des soleils presque conjoints en scorpion.

Nous avons bien connu l’un et l’autre lesquels ont participé à nos colloques. Pour Michel Gauquelin, ce fut d’abord en 1978, lors d’une journée qui lui avait ét consacrée, en Mai, dans le cadre d’un Colloque Astrologie et Science, animée par guy Leclercq la seconde journée, le lendemain étant vouée à Jean Pierre Nicola, animée par Yves Lenoble. Puis, Gauquelin interviendra successivemen dans nos Colloques parisiennes de 1987  et 1988, Pour Hervé (plus tard Patrice) Guinard, dès 1983, à Nantes, puis à  Montluçon (1991)Angouléme  (1992) et à Dijon (1993), sans parler de Paris (1995 et 2011) et Toulouse. Dans les deux cas,  on trouvera des vidéos sur notre chaîne de la Subconscience-Téléprovidence.  En décembre 2000 un important congrès CURA-MAU s’était tenu à Paris: Frontières de l’astrologie. Nous avions assisté à sa soutenance de doctorat en 1993, à la Sorbonne. Guinard avait beaucoup fréquenté notre bibliothèque de la rue de la Providence dans les années qui précédèrent la dite soutenance et nous avons le reléve de sa main des ouvrages empruntés. Guinard avait notamment exploité nos recherches concernant Eustache Lenoble, dont l’Uranie était parue en 1697 (cf un premier article dès 1987, dans la revue Astralis reprise par Maurice Charvet dans les conditions que l’on connait.

Cela dit, par la suite, Guinard se consacrera essentiellement au « Corpus Nostradamus », domaine où nous l’avions précédé sinon initié et il aura publié surtout dans ce domaine. Au niveau astrologique, il était passé par l’Astrologie Conditionaliste de Jean-Pierre Nicola dont il entendait prolonger la recherche et la réflexion (cf son « Manifeste »)

 

I Michel Gauquelin Lorsque Gauquelin décéde,  au printemps 1991, un de ses livres  doit être publié par nos soins, ce sera en 1992  les Personnalités planétaires.  On lira son compte rendud(dans « Aspects de l’Astrologie »)de notre essai « La pensée astrologique » (in  Histoire de l’Astrologie de Serge Hutin, Artefact  1986) où Gauquelin reconnait notre travail d’explication de ses résultats statistiques. D’où une publication posthume qui nous valut des déboires avec son fils Daniel et sa famille (dont nous avons traité ailleurs)

 

II   Patrice   Guinard décéde au même âge que Gauquelin, à peu de choses près, dans des conditions que nous ignorons encore à l’heure où nous écrivons. Nous avons été le premier en France à signaler sa mort (laquelle fut d »abord signalée en anglais:

 

Jacques  Halbronn:  1991-2021   A trente ans d'intervalle: décés de Michel Gauquelin et Hervé Patrice Guinard,nés à  29 ans d'écart: 1928 et 1957 dans ASTROLOGIE _oLkrFtz_normal

Chris Brennan
 
@chrisbrennan7
·

4 nov.

 
I just learned that the French astrologer Patrice Guinard passed away in September, and his ashes were laid at the cemetery today on his birthday. His CURA website has been an important archive and international resource for astrologers for years: http://cura.free.fr 
Curieusement, à la date où nous écrivons, son décés n’est pas encore signalé sur son site cura.free.fr. Ce décés pose le probléme des archives qui avaient été confiées à Guinard en 2010, à savoir la collection de documents photocopiés de la Bibliotheca Astrologica et nous ignorons ce qu’il va  en advenir, ce qui risque de poser probléme avec les héritiers. Il serait en tout cas facheux que ces milliers de pages soient perdues, égarées ou détruites et pour notre part, nous considérons qu’il serait bon que nous les récupérions dans les meilleurs délais ou que ce fonds « Halbronn » soit pris en charge  par une structure compétente, en mesure de les mettre à la disposition des chercheurs.  Guinard avait notamment mis en ligne en 1999 lors de la création du CURA  notre CATAF, Catalogue Alphabétique des Textes Astrologiques Français. Notons à propos du CATAF le propos de Guinard (dans son compte rendu  de Astrologia. Opere a stampa (1472–1900) parLeandro Cantamessa, Biblioteca di bibliografia italiana 187. Florence: Leo S. Olschki, 2007).
 
« L’auteur écrit  Guinard,  qui s’est servi du CATAF (Catalogue Alphabétique des Textes Astrologiques Français) que j’ai édité en février 2001(…) plus de la moitié des textes français qui ont été retenus, n’a pas éprouvé le besoin de mentionner l’adresse internet internet adéquate, ni même le nom du CURA. » On aurait tout de même pu préciser que nous en étions l’auteur d’autant que le mot « éditeur » n’a pas tout à fait le même sens en anglais et en français….
Dans le cas de Guinard comme d’Alain de Chivré dont nous avons étudié la carrière dans de récentes mises en ligne, force est de constater qu’ils n’ont pas été en mesure de réunir autour d’eux une élite, sinon de façon très ponctuelle, dans notre cadre. Quant à leur aptitude à mener à bien des recherches en profondeur, cela nous semble avoir plafonné  et dans le cas de Guinard, cela vaut aussi pour ses travaux sur le Corpus Nostradamus. En ce qui concerne les résultats Gauquelin,  nous pensons que le pluriplanétarsme qui les caractérisent n’est pas du meilleur aloi. Certes, l’on peut concevoir que certaines sociétés aient voulu se conformer à un certain ordre cosmique et par voie de conséquence à une certaine pluralité de facteurs, puisque le Ciel était constitué de plusieurs astres, ces pratiques ont elles pu perdurer, restant elles inscrites dans un certain tissu culturel inventé et calqué par les hommes? ,En tout état de cause,  la vraie astrologie n’est pas celle qu’  exposée Gauquelin car elle serait l’oeuvre des hommes. Guinard, lui aussi, a cru que l’astrologie devait englober un ensemble de planétes allant jusqu’à Pluton, alors que Gauquelin s’arretait à Saturne, ce qui était plus vraisemblable et moins anachronique. Avec le recul, notre scepticisme à propos des résultats Gauquelin n’aura fait que croitre en ce sens que l’on peut se demander quelle instance humaine ou « divine » (cf l’intelligent design) aurait pu mettre en place un dispositif aussi peu ergonomique dépendant de l’heure de naissance alors même qu’il s’agit d’une répartition des professions au sein  de la Cité. D’ailleurs, la date de naissance nous apparait comme une donnée aléatoire à laquelle les astrologues actuels ont bien tort de s’attacher, à moins de se situer dans une démarche divinatoire individuelle. 
En effet , pour nous, l’astrologie est liée au rôle d’un nombre limité d’agents exerçant autour d’eux un certain pouvoir, seuls ces agents relévent directement de la dynamique céleste. Certes, il existe un systéme de castes qui correspond assez bien au schéma présenté par Michel Gauquelin. Est-ce à dire que Gauquelin aura voulu conférer au dit systéme un substrat  astrologique qui aurait d’ailleurs pu être établi par le passé? Mais de là à supposer que l’heure de naissance aurait pu être le facteur clef d’un tel dispositif, il y a un pas que l’on hésite à franchir (cf ce que Geoffrey Dean écrit à ce sujet) ne serait ce que du fait même de la précision technique exigée par une telle méthodologie.  Pour notre part, nous proposons un modéle bien plus concevable, puisque les périodes y sont de sept ans et relévent de phénoménes célestes que l’on a tout loisir d’observer dans la durée. Quel contraste entre deux astrologies fondées sur des temporalités et des astralités  si opposées dans leur principe! 
Toute la question est de déterminer comment Gauquelin a pu en arriver là (cf notre postface aux Personnalités planétaires, 1992). L’on note que pour quelqu’un ayant baigné dans une certaine culture astrologique, l’heure de naissance est une donnée essentielle et Gauquelin était familier de la dite culture quand il engagea ses recherches : il savait ce qu’était un thème de naissance, un ascendant et les maisons qui en dérivaient tout comme il était au fait de la symbolique planétaire  et du métalangage astronomique,   dont ses résultats statistiques  ne s’éloignent guère au final.
Signalons le propos de Patrice Guinard sur l’influence de Léon Lasson sur Gauquelin:
L’erreur des astrologues
par Léon Lasson

Note P.G.: L’ouvrage de Léon Lasson (1901-1989), Ceux qui nous guident (Paris, René Debresse, 1946) a été le livre de chevet de Michel Gauquelin. L’allure des célèbres courbes Gauquelin peut être repérée en pages 45 (Mars chez les militaires) et 73 (Lune chez les hommes politiques): voir nos reproductions et comparer par exemple avec Michel Gauquelin, Les hommes et les astres, Paris, Denoël, 1960, pp. 99 et 151. En raison des résultats statistiques obtenus, Lasson prône dans le document choisi, « L’erreur des astrologues » (pp.139-148), l’inversion du sens des maisons astrologiques, aussi défendue par Françoise Gauquelin (voir sur ce site, The Greek Error or Return to Babylon).

Léon Lasson, Ceux qui nous guident, 1946: click to enlarge Léon Lasson, Ceux qui nous guident, p.45: click to enlarge Léon Lasson, Ceux qui nous guident, p.73: click to enlarge
Léon Lasson, Ceux qui nous guident, p.139: click to enlarge Léon Lasson, Ceux qui nous guident, pp.140-141: click to enlarge Léon Lasson, Ceux qui nous guident, pp.142-143: click to enlarge
Léon Lasson, Ceux qui nous guident, p.144-145: click to enlarge Léon Lasson, Ceux qui nous guident, pp.146-147: click to enlarge Léon Lasson, Ceux qui nous guident, p.148: click to enlarge
 JH 21 11  21

 

 

 

 

 

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Jacques Halbronn L’Encyclopaedia Hermetica, un ensemble alimenté à 90 % par lui. (2002-2006) et autres sites.

Posté par nofim le 12 novembre 2021

ENCYCLOPAEDIA HERMETICA

Accueil ASTROLOGICA NOSTRADAMICA PROPHETICA

 

PALESTINICA JUDAICA ANTISEMITICA KABBALAH

 

AQUARICA HYPNOLOGICA GALLICA

 

SYMBOLICA Editions RAMKAT

 

Thèse de Jacques Halbronn

 


 

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Animateur

Robert BENAZRA,
directeur-fondateur des anciens Cahiers Kabbalah
(Revue d’études sur la Mystique juive),
rédacteur du Répertoire Chronologique Nostradamique


L’Encyclopaedia Hermetica vise à baliser un terrain très vaste
qui est celui des structures cachées, inconscientes, occultées
qui sous-tendent l’Histoire des sociétés humaines.
Il ne s’agit donc nullement d’un hermétisme en chambre,
mais d’une réflexion anthropologique sur notre monde et sur ses mécanismes, sa logique profonde,
que l’on cherchera à mieux expliciter en fournissant des outils conceptuels nouveaux,
en vue notamment de repenser la question juive,
la question de la femme ou le problème de l’astrologie.


Mais pour aborder l’essence des choses,
encore faut-il se familiariser avec les dysfonctionnements, les supercheries, les contrefaçons,
les fausses représentations, les effets du mimétisme et du syncrétisme,
ce qui implique d’examiner, de façon critique,
un certain nombre de textes, devenus plus ou moins mythiques,
qui vont des Centuries aux Protocoles des Sages de Sion,
de telle résolution de l’ONU concernant Israël
à telle biographie de personnage célèbre, souffrant de télescopages.


Il conviendra d’aborder la lecture de l’E. H. de façon dynamique, en passant d’un texte à l’autre,
les articles étant disposés non point par ordre alphabétique (synchronique)
mais chronologique (diachronique), selon la date de leur rédaction,
une encyclopédie n’étant pas un dictionnaire
mais, comme son nom l’indique, induisant une circulation d’un texte à l’autre.
L’E. H. n’est pas un ensemble clos mais continuera sans cesse -
ce qui est le privilège d’une encyclopédie en ligne,
à s’enrichir de nouveaux apports, sans cependant évacuer les étapes antérieures.


Les sociétés construites par l’homme passent par des phases
qui nous relient de manière symptomatique
aux arts hermétiques de la Tradition initiatique,
aux manifestations d’un savoir ésotérique.
De l’astrologie au prophétisme, nous voulons re-penser la sociologie du processus divinatoire.
De ce point de vue, le phénomène Nostradamus constitue un terrain d’étude des plus enrichissants.


Dans quelle mesure la perception de l’autre peut-elle engendrer des conflits au sein d’une altérité collective ?
Nous voulons également réfléchir au rôle du Judaïsme dans la civilisation dite judéo-chrétienne
et examiner l’apport des Juifs dans l’histoire de l’humanité.
Nous avons aujourd’hui suffisamment de recul pour aborder, en dehors de toute passion,
notamment les sources de l’antisémitisme
dont le conflit israélo-palestinien n’est que la partie immergé de l’iceberg.


Par Hermetica, nous entendons, ici, ce qui est subconscient,
ce dont on ne se doute pas, ne soupçonne pas,
ce qui existe mais dont on ne cerne pas nécessairement la raison d’être,
ou dont on apprécie mal l’ampleur, le rayonnement,
ce sur quoi on risque de perdre le contrôle,
les automatismes de toutes sortes, qui libèrent l’Homme de certaines charges,
les cycles qui sous-tendent l’Histoire, à son insu,
mais également ce qui est occulté par les comportements mimétiques et syncrétiques,
lesquels tendent à brouiller les pistes.


Hermetica, c’est la reconstitution de la genèse des traditions,
c’est ce qui a été refoulé de la conscience mais n’en est pas moins à l’oeuvre
et sans quoi l’Humanité ne serait pas ce qu’elle est.
Le XXIe siècle sera marqué par un ajustement indispensable
entre anciennes et nouvelles (bio) technologies.

 


Les articles sont classés en plusieurs rubriques
pour ceux qui souhaitent certaines orientations initiales.
En outre, l’E. H. se veut interactive,
le lecteur étant invité à intervenir,
à réagir par rapport à tel ou tel texte ;
son propos sera mis en ligne,
sous réserve d’une certaine qualité de forme et de contenu,
et il lui sera éventuellement répondu.




LES CONTRIBUTEURS

 

Jacques HALBRONN

Jacques HALBRONN

    Jacques Halbronn est né le 1er décembre 1947, à Paris. Ses origines juives ont marqué son itinéraire et sa production. En 1978, il a fondé le Centre d’étude et de Recherche sur l’Identité Juive (voir le Site CERIJ.org). En 1979, il soutient une thèse de 3e cycle en études Orientales, sous la direction de Georges Vajda, qui paraîtra en 1985 sous le titre Le monde juif et l’astrologie (Milan, Archè). Parallèlement, il développe un autre pôle d’activités, consacré justement à l’astrologie. En 1975, il fonde le Mouvement Astrologique Universitaire (MAU) et a organisé plus de cinquante colloques en trente ans, et ce tant en France qu’à l’étranger. Spécialisé dans l’observation du milieu astrologique (DESS, Paris VIII, 1995), Jacques Halbronn a publié des Guides des astrologues en 1981, 1984, 1995 et 1997. Un prochain guide devrait sortir au début de l’année universitaire 2005-2006. Jacques Halbronn a fondé en 1972 la Bibliotheca Astrologica, Paris, et a constitué le CATAF, Catalogue alphabétique des Textes Astrologiques Français (en ligne sur le Site CURA.free.fr). Il a publié aux éditions Ramkat, à Feyzin, en 2002 deux ouvrages, Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus et Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, en prolongement de sa thèse d’état, Le texte prophétique en France, soutenu en 1999 à Paris X (Nanterre). Cette thèse est notamment diffusée dans les bibliothèques universitaires, sur microfiche, sous la référence ANRT 34216. Elle est également en partie mise en ligne, sous sa forme d’origine, pour son volet Nostradamus, sur ce Site dans une rubrique spéciale intitulée Thèse de Jacques Halbronn On notera que J. Halbronn est également l’auteur de l’article “Astrologie” sur le Site Encyclopaedia Universalis en ligne/on line, son texte ayant été réédité en 2005 dans les Essentiels de la dite Encyclopédie. Il dirige actuellement le magazine en ligne Grande Conjonction (grande-conjonction.org). Il a collaboré au Site de la Faculté Libre d’Anthropologie de Paris, Hommes et Faits.com. Son dernier livre en date : Papes et prophéties. Décodages et influence, aux Editions Axiome, 2005, qui reprend, pour l’essentiel, des chapitres de sa thèse d’Etat. Vous pouvez contacter directement Jacques Halbronn : <mailto:halbronn@yahoo.fr>Halbronn@yahoo.fr

T. W. M. van BERKEL

Théo van BERKEL

   Theo van Berkel est né le 10 juillet 1956, à Utrecht (Hollande). Au quotidien, il est infirmier en dialyse au Centre médical de l’Université d’Utrecht. De 1980 à 1994, il a pratiqué l’astrologie, et pendant quelques années il fut un correspondant régulier du magazine hollandais “Sagittarius”. La participation à cette revue astrologique lui a permis de se familiariser non seulement avec les fondements de l’astrologie judiciaire mais également avec les diverses techniques de prédiction. Il a écrit de nombreux articles, analysé divers horoscopes, donné des cours sur la manière de monter des thèmes horoscopiques et a étudié les éléments caractéristiques d’un certain nombre de systèmes de prédiction. En matière d’astrologie, Van Berkel définit une vraie prévision si deux paramètres seulement se réalisent : premièrement, la prédiction doit être accomplie à la date donnée, avec une écart tout au plus de deux jours, et en second lieu, les événements qui se produisent doivent correspondre au contenu de ladite prédiction.
L’intérêt de Van Berkel pour les Propheties de Nostradamus survient en 1980, après la lecture d’une série d’articles biographiques, écrits par un de ses collègues de “Sagittarius”. Van Berkel a commencé par examiner les quatrains et les Lettres, afin d’y découvrir les traces d’une technique de prédiction. Quelques données préliminaires de cette recherche ont été publiées dans “Sagittarius” en 1986 – 1988. En 2002, il décide de publier les résultats de ses investigations à la fois dans un livre, Nostradamus, Astrologie en de Bijbel – een lezing over zijn profetieën en brieven, et sur son Site Nostradamus, astrology and the Bible, ce qui représente une nouvelle étape dans son projet de recherche, basé sur l’astrologie et les correspondances avec la Bible. Ses publications sur Ramkat datent de 2003.

Lucien de LUCA

Lucien de LUCA

   Lucien de Luca est né en 1951, à Paris. Il est médecin généraliste et diplômé de Neurophysiologie clinique. Après plusieurs lectures sur le syndrome religieux de certaines épilepsies temporo-limbiques ou psychiques, il s’intéresse en 1993 aux Prophéties de Michel de Nostredame où il remarque notamment cette expression de “comitiale agitation Hiraclienne” insérée dans la Préface à César comme la signature d’une observation clinique et autobiographique d’un médecin de la Renaissance, quand brûlaient hérétiques et pestiférés. Auteur d’un ouvrage documenté (430 pages au format 21 × 29,7 mm et plus de 300 références bibliographiques), intitulé Logodaedalia (paru en septembre 2001), “instruisant l’observation neuro-psychologique” dans l’oeuvre du médecin provençal, Lucien de Luca en a présenté quelques extraits choisis sur son Site Logodaedalia, qui présente ses travaux sur Nostradamus, et leur mise à jour régulière. A une argumentation pertinente portant sur l’analyse syntaxique des mots contenus dans le texte nostradamien, l’auteur ouvre de nouvelles perspectives quand à la compréhension de l’oeuvre du médecin de Salon-de-Provence.
Signalons également son autre Site Bibliothèque d’Asklépios, portant sur l’Histoire de la Médecine et consacré plus particulièrement à l’épilepsie, de l’Antiquité jusqu’au XIX siècle.

Elmar R. GRUBER

Elmar R. GRUBER

   Elmar R. Gruber est né en 1955, à Vienne (Autriche). Il a étudié la psychologie, la philosophie et l’éthnologie à Vienne, Fribourg (Allemagne) et aux USA. Il est Docteur en psychologie et était chercheur associé à l’Institut für Grenzgebiete der Psychologie und Psychohygiene (Institute for Border Areas of Psychology and Mental Hygiene) du professeur Hans Bender à Fribourg, où il a été engagé pour étudier le paranormal et faire de la recherche expérimentale. Il a effectué des travaux sur le terrain en étudiant le Chamanisme et les rituels magiques au Mexique, aux Philippines et en Inde. Depuis 1984, c’est un auteur indépendant et il est conseiller scientifique pour la radio et la TV pour les questions traitant de la parapsychologie et de la psychologie “transpersonnelle”. Son travail actuel porte sur l’histoire culturelle des phénomènes mentaux anormaux. Elmar R. Gruber a publié de nombreux articles dans des revues scientifiques et il est l’auteur de 14 ouvrages, traduits en plusieurs langues. Par ailleurs, il est également l’auteur des célèbres CD-ROMs Mysterium (Munich, USM, 1996) et Enigma (Munich, Navigo, 2002).
Depuis plusieurs années, Elmar R. Gruber se documente sur la vie et l’œuvre de Nostradamus, un travail facilité par sa propre bibliothèque de livres anciens et rares sur l’Occultisme et l’Hermétisme, ainsi que sa collection spéciale d’ouvrages sur Nostradamus, avec notamment de nombreuses éditions des Prophéties.
Pour plus d’information, vous pouvez consulter son Website (en allemand) : Dr. Elmar R. Gruber.

Mathieu BARROIS

Mathieu BARROIS

   Mathieu Barrois est né en 1948 à Saint-Pacôme de Kamouraska, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, à 150 km à l’est de Québec. Après des études classiques dans sa région natale, il a étudié à l’Université Laval, à Québec, où il a obtenu une licence en Sciences de l’Administration. Il est aujourd’hui analyste en système et conseiller en gestion dans l’Administration publique. C’est au début des années 1980 que se manifeste son intérêt pour Nostradamus, avec la médiatisation du best-seller de Jean-Charles de Fontbrune. Cependant, son travail d’interprétation des textes de Nostradamus n’a commencé que plusieurs années plus tard. En 1990, il publie un livre dans lequel il tente d’associer certains quatrains autant à des événements historiques touchant le Québec qu’à des phénomènes climatiques et des catastrophes naturelles provoquées par le réchauffement climatique de la planète. Son ouvrage de 1991 a porté sur la traduction de la Lettre à Henry, roy de France second. En 2000, il ouvre un Site Internet MORIBIOS pour présenter notamment la traduction des rares quatrains datés et les quelques passages de la Lettre à Henry Second qui contenaient des dates. Par la suite, le Site sera étoffé et comportera de larges extraits de la dite Lettre.

Robert BENAZRA

Robert BENAZRA

   Ci-après une brève présentation de mes recherches sur Michel Nostradamus.
Je suis est né à Lyon en 1953. Sur le Site Espace Nostradamus, dont le contenu est repris sur Encyclopaedia Hermetica, on trouvera des informations claires, précises et sérieuses sur cet auteur médiatiquement célèbre, mais dont la personnalité et les œuvres sont largement méconnues du grand public. C’est autour des années Soixante-dix que j’ai entendu parler pour la première fois des “Prophéties de Nostradamus”. A cette époque, ma connaissance du sujet était alors celle de la majorité des gens, autant dire que je ne possédais quasiment aucune information véritablement sérieuse tant sur l’homme que sur ses écrits, puisque l’essentiel de la production nostradamique était axé – depuis plus de quatre siècles – sur l’interprétation et le commentaire de textes dont on ignorait d’ailleurs la réelle provenance. Pour couronner cette ignorance, on peut dire que le monde universitaire était totalement hermétique à la seule évocation du nom “Nostradamus”, malencontreusement récupéré par l’ésotérisme le moins honorable. J’ai donc décidé de me documenter sur le sujet, de remonter aux sources en effectuant des recherches systématiques dans toutes les bibliothèques tant en France qu’à l’étranger, puis en classant et recoupant toute la documentation que j’avais ainsi amassé pendant plus d’une dizaine d’années. Au début de mes investigations, je voulais seulement trouver des réponses aux deux questions essentielles qui agitaient mon esprit : qui était réellement Nostradamus ? et quels furent ses écrits ?
Afin de trouver un début d’explication à ma première interrogation, j’ai cherché à me documenter sur les véritables origines de Michel de Nostredame, afin de connaître plus précisément le milieu et l’environnement social d’où il venait, puis celui dans lequel il a vécu. Une rubrique de Nostradamica, intitulée Ascendance contient l’essentiel de nos connaissances actuelles sur les origines familiales de Michel, de son trisaïeul paternel, Vital de Carcassonne à son père, Jaume de Nostredame. Dans la section Biographie, j’ai essayé de poser des jalons sûrs sur le parcours emprunté par cette personnalité complexe que fut Michel de Nostredame, avant de devenir Nostradamus.
Parallèlement, afin de pouvoir répondre à ma seconde interrogation, celle où d’ailleurs l’incurie sur le plan bibliographique était la plus totale, je me suis mis à la recherche des publications originales de Nostradamus et des manuscrits non publiés consacrés au médecin de Salon-de-Provence. J’ai pu notamment retrouver les traces de deux exemplaires de la première édition des “Prophéties de Nostradamus”, publiée en 1555 par Macé Bonhomme, ainsi qu’un exemplaire de la seconde édition, datée de 1557 et éditée par Antoine du Rosne. Ces deux éditions ont été rééditées en fac-similé, respectivement en 1984 et 1993 par l’association Les Amis de Nostradamus (Lyon). Dans la section Bibliographie, j’ai résumé l’essentiel de mon enquête bibliographique, publiée en 1990 et intitulée : Répertoire Chronologique Nostradamique (RCN). Depuis cette période, on peut se réjouir que nombreux universitaires se soient penchés avec bonheur sur Nostradamus et son œuvre.
Aujourd’hui, dans la rubrique Analyse, j’ai souhaité insérer des études inédites et pertinentes, souvent contradictoires et dont je ne partage pas toujours les conclusions. En ouvrant notre tribune à la Critique nostradamique, nous voulons susciter de nouvelles réflexions et études, afin de faire avancer les recherches sur des pans encore méconnus de sa vie et de son œuvre. Notre but étant la mise à disposition d’un corpus le plus exhaustif possible “pour le commun profit des humains”, pour employer une expression de Michel Nostradamus dans sa Lettre à César.

 


Autres sites  « nourris » par Jacques Halbronn :    propheties.it,   hommes et faits.com,  Journal d’un astrologue,  NOFIM. unblog.fr, CURA.free.fr

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Jacques Halbronn Une étude sur les Cahiers Michel Nostradamus (1983-1988) Importance négligée de l’almanach pour 1566

Posté par nofim le 8 novembre 2021

Jacques  Halbronn   Une étude sur les Cahiers Michel Nostradamus (1983-1988). Importance négligée de l’almanach pour 1566

 

Le numéro 1  comporte le fac simile d’une Lettre critique sur la personne et les écrits de Nostradamus (Mercure de France Aout 1724) mais aussi une étude sur l’ouvrage de Jean Charles de Fontbrune, Nostradamus, historien et prophéte »

Le numéro 2 signale  le Colloque MAU de Lyon; « Au mois de mars (1984) nous participons à Lyon au « Congrès International du Mouvement Astrologique Unifié (23-25 mars) dont le thème est ‘A quoi sert l’astrologie? » Michel Chomarat interviendra le 23 avec un exposé avec diapositives sur « Nostradamus imprimé à Lyon » suivi d’un débat avec la participation de Vincent Guillou, Jacques Halbronn  et Juliette Du Rouchet. La semaine suivante,  nous serons à Londres au Congrès sur l’Histoire de l’astrologie au Moyen Age et à la Renaissance qui doit rassembler des spécialistes du monde entier. Michel Chomarat interviendra à nouveau  avec une communication sur la « bibliographie astrologique de Nostradamus ». Ce Congrès se tiendra au Warburg Institute » (p. 18)  Il s’agissait là de deux événements initiés à une semaine d’intervalle par Jacques Halbronn mais Chomarat ne se déplaça pas à Londres  (cf Astrology, Science & Society, Actes parus en 1987, sous la direction de Patrick Curry)

 

Le numéro 3  Un article de Robert Amadou  et  Albi  On y parle des » Journées Nostradamus » organisées par la municipalité de Salon de Provence et les Amis de Michel Nostradamus 30 mai-Ier Juin 1985. « De nombreux intervenants:  Robert Amadou, Michel Chomarat, Michel Simonin,  Jean François  Erba, Robert Benazra, Michel  Fauvel,  Yves Lignon, Jacques Halbronn,  Michel Morin, Serge Hutin,  René Chapus, Michel Leclercq,  René Fédéli, Jean Deweer, Daniel Ruzo nous a confirmé sa participation!, et un hommage lui sera rendu tout spécialement. Robert Amadou,  Michel Chomarat,  Jean Dupébe, Michel Simonin,  E.P. E. Lhez,  Daniel  Ruzo organiseront le 30 mai au Chateau de l’Empéri, sous la présidence de Jean Céard,  Professeur à Paris XII Créteil  un colloque ayant pour  thème  » Pour une éditions critique des Centuries » Un second Colloque « Nostradamus astrologue » sera organisé avec le concours de la Société Française d’astrologie avec comme participans  Colette Cholet, Yves Christiaen,  Jean Dupébe, Yves Lenoble, Daniele Rousseau,  Catherine Pellegrini, et Robert Amadou »

 

Le numéro 4  juillet 86 On y trouve un répertoire des villes citées dans les Centuries dont Varennes (IX, 20) commenté par Georges Dumézil Le moyne noir en gris dedans Varennes ». Sotie nostradamique suivie d’un Divertissement sur les dernières paroles de Socrate, 1984  Mais sur la carte de France, c’est le Varennes de l’Est, celui de l’arrestation de Louis XVI  qui est indiqué alors qu’en cette année 1986 parait l’étude de Chantal Liaroutzos « Suivez la Guide » (in Réforme Humanisme Renaissance, où il est montré que le Varennes dont il s’agit est à l’Ouest. 

 

 

 

Les  numéros 5-6   Numéro spécial 40 pages  Almanach  1566  (conservée à la Osler Library, Montréal) et Première Invective du Seigneur  Hercules le François contre Monstradamus. 1558(signé  LVCM) Cet almanach est d’un intérêt tout particulier en ce qu’il témoigne de l’attente de Nostradamus pour l’avénement d’un personnage déjà évoqué, ce dont témoigne le quatrain des Centuries à propos du « macelin » (cf les  publications italiennes  autour de Nostradamus, pour ces années, dont la BNF a la collection).

 

8:76

Plus Macelin que roy en Angleterre,

Lieu obscure nay par force aura l’empire:

Lasche sans foy sans loy saignera terre,

Son temps s’approche si presque je soupire.

 

Dans le dit « dernier » Almanach (Nostradamus décéde en 1566) on lit ;  « pour cause de  ce nouvel  ennemy qui longtemps à devoir venir & s’approche  qui ne  sera moins  à craindre que l’horreur d’une tempeste  par la frayeur  qu’il portera en soy » Dieu  veuille  par sa grâce  qu’il se puisse  tant escloigner de nous, que memoire de luy ne soit aucune »

Nous avons signalé  cette question dans une étude consacrée au « tournant prophétique » des années 1560 qui est aux antipodes de l’approche poético-prophétique des Centuries:

 » Abordons à présent la question de la fortune de l’interpellation du pape par Nostradamus, telle que nous la restitue l’édition de 1906 du manuscrit. Sur la forme, il est clair qu’on assiste à un changement de statut de Nostradamus lequel met en avant des échéances dépassant largement le cadre annuel auquel il s ‘était tenu jusque là. L’erreur des faussaires est de ne pas avoir pris la mesure du tournant des années 1560 en le plaquant dès les années 1550, logeant tout ce qui leur tombait de nostradamique sous la main à la même enseigne, sans considération d’espace ni de temps.. Le quatrain 76 de la centurie VIII du second volet, ne se comprend ainsi que sur la base du manuscrit en question: « Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’avril naistra un de quelque grand Roy et monarque qui fera sa fin cruelle et sanguinolente (…)On le nommera MARCELLINUS (en majuscules ndlr)mais on ostera de son nom l »R’ » Ce qui donne ‘Plus Macelin que Roy en Angleterre (…) son temps s’approche  » Marcelin sans R donne Macelin.rapproché de l’italien pour boucher. » Nostradamus est au moment de sa mort puissamment marqué par la théorie des conjonctions (cf édition 1906 p. 10) qui impressionnera dans les années 1580 jusqu’à un Jean Bodin dans un chapitre de sa République. Ce quatrain de la huitième centurie montre que le corpus prophétique de Nostradamus avait été exploité par ceux qui se chargèrent de la confection du second volet des Centuries – le camp favorable à l’avénement d’Henri de Navarre à la Couronne de France, selon la formule du Janus Gallicus (1594) » On  retrouve le mot « frayeur » à deux reprises dans Les Praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 ‘(Edité en 1906 sous le titre « Reproduction  très fidéle tirée d’un manuscrit inédit de M. de Nostredame Dédié à SS le Pape Pie IV’ Bib Lyon La Part Dieu  8252 )  à propos du mois d’avril  1567. (p. 31/18) On note cependant que les quatrains de l’almanach pour 1566 manquent à restituer ces passages essentiels.

 

 

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Jacques Halbronn Astrologie et Philosophie chez Patrice Guinard

Posté par nofim le 19 octobre 2021

Jacques  Halbronn    Astrologie et Philosophie chez Patrice Guinard à partir d’une interview de 2001

Entretien avec Patrice Guinard
par Angeles Rocamora Cortés

Note P.G.: Ce texte est l’original d’un entretien (Février 2002) qui est paru au 3e trimestre 2002 dans le numéro 37 de la revue barcelonaise Mercurio-3 (voir la version espagnole de l’entretien sur ce site).
A.R. : Quand et comment as-tu commencé à t’intéresser à l’astrologie?

P.G. : Tardivement, et par hasard. En décembre 1977 (j’avais 20 ans), j’étais invité par des amis à un week-end « à la campagne » au pays de Van Gogh, près d’Auvers-sur-Oise. On discutait beaucoup, passionnément: politique, métaphysique, société, liberté, écologie… On buvait, on fumait, tabac et herbe. C’est dans cette atmosphère agitée et dans cet état de « conscience accrue », pour reprendre l’expression de Castaneda, que j’ai découvert l’astrologie. Je ne savais rien de l’astrologie, et ignorais même, je crois, mon signe solaire. C’est une jeune fille qui m’a « initié » en me lisant les portraits zodiacaux d’un petit manuel en vogue. Je devais admettre, comparativement, des ressemblances plus marquées entre la représentation que je me faisais de moi-même et le portrait de mon signe solaire, qu’avec n’importe quel autre signe zodiacal. Puis je lisais des descriptifs planétaires, pendant qu’elle dressait mon thème natal. Là encore les deux ou trois planètes qui me semblaient plus proches de mes aspirations que les autres, étaient celles qui se retrouvaient sur les angles, après qu’elle eût dressé son curieux schéma. J’étais soudainement conquis et par l’astrologie et par la fille. [rires] Après ce saisissement, j’ai lu en quelques mois les principaux ouvrages d’astrologie disponibles en librairie (Santagostini, Verney, Rudhyar, Barbault, Gauquelin, Halbronn, Nicola, Vouga, etc, mais aussi Manilius, Selva et quelques autres), et en juillet 1980 je rédigeais mon premier article d’astrologie pour la revue des Cahiers Conditionalistes.
A.R. : Comment t’est venue l’idée d’entreprendre une thèse de doctorat consacrée à l’astrologie?

P.G. : J’avais déjà consacré en 1981 mon mémoire de Maîtrise à l’astrologie, certes sans m’y référer explicitement: intitulé « Mémoire et Extinction dans les Essais », c’était une analyse littéraire et un commentaire philosophique des idées et du style développés par Montaigne dans ses Essais, vu sous l’angle de son signe solaire, le Poissons. En 1983, de retour de coopération en Amérique du Sud, y ayant occupé le même poste que le romancier Jean-Marie Le Clézio une vingtaine d’années auparavant, je m’inscrivais à la Sorbonne pour préparer mon D.E.A. J’avais du mal à trouver un accord avec Jacques Bouveresse, depuis rattaché au Collège de France, sur le sujet à traiter: je voulais travailler sur les origines du discours métaphysique, sur les conceptualisations initiales mises en place au moment où surgit un nouvel épistèmè dans l’activité philosophique, conduisant les philosophes à inventer de nouveaux agencements conceptuels, chez les Présocratiques grecs par exemple ou chez Descartes. Ce projet était jugé trop vaste. Après de longues discussions, j’en suis venu à me dire: pourquoi ne pas travailler sur un sujet, certes peu orthodoxe dans l’université française, mais qui me tenait à coeur, à savoir l’astrologie? C’est ainsi que je présentais en juin 1984 mon mémoire sur « Le Temps cyclique astral », repris presque entièrement dans ma thèse de 1993.
 

A.R. : Quelles difficultés as-tu rencontrées dans les milieux académiques au moment d’élaborer ta thèse?

P.G. : Une thèse philosophique, consacrée à l’astrologie, était un sujet nouveau, impensable même, dans les universités occidentales, a fortiori françaises, de réputation « cartésiennes ». Hisser le discours astrologique au niveau des problématiques philosophiques, de manière à ce que les philosophes puissent éventuellement s’y référer, fut le véritable dessein de mon travail, partiellement atteint. J’ai dépensé presque autant d’énergie à la recherche d’enseignants qualifiés pour cette recherche, que pour ma thèse elle-même. Une boutade bien sûr, mais qui illustre assez bien la situation. Mon premier projet de thèse, déposé à l’université de Bordeaux en 1984, reprenait la problématique de mon DEA et s’intitulait « L’Etre et le Temps dans l’Astrologie (Fondements logiques et sémiologiques de l’astrologie contemporaine) ». J’étais en désaccord avec mon directeur de thèse sur l’orientation à donner à ma recherche, et j’ai coupé les ponts: c’était ma thèse et mes idées, non celles d’un autre ou d’une institution. Après l’épisode de Bordeaux (voir le prologue à mon Manifeste), je me retrouvais seul, et continuais à travailler cette thèse en dehors de tout cadre académique. C’est en 1990 seulement que ma thèse, à cette époque aux deux tiers rédigée, trouva l’agrément d’un professeur de la Sorbonne, et j’en remercie Antoine Faivre (alors directeur de recherches à la Ve section de l’École Pratique des Hautes Études, et y ayant occupé la seule chaire en France consacrée à l’étude des courants ésotériques et mystiques), dont l’aide décisive, à quatre reprises précisément, m’a permis de mener mon projet à terme.
 

A.R. : Qu’est-ce que cela a impliqué, d’une part personnellement, d’autre part pour ta carrière professionnelle, de dédier ton D.E.A. et ton Doctorat à l’astrologie? Ne t’importe-t-il pas d’être reconnu comme philosophe et comme astrologue en même temps? Le fait d’être astrologue a-t-il engendré un handicap pour ta profession et ta reconnaissance académique?

P.G. : Je n’ai aucune ambition carriériste, autrement je me serais contenté de travailler sur la pensée des autres, avec les idées des autres, plus ou moins réaménagées, comme c’est le cas de la plupart des thèses universitaires. Si un poste académique m’était proposé, comme certains semblent le souhaiter, je crois que je réagirais comme Spinoza. Il ne faut pas oublier que l’université a toujours été à la remorque des innovations, et que peu de philosophes, par le passé, y ont occupé les postes exagérément enviés aujourd’hui. On connaît le parcours philosophique et l’existence des quatre principaux penseurs français des siècles précédents, à savoir Montaigne, Descartes, Rousseau et Maine de Biran: tous étrangers à l’université. Je ne me considère absolument pas comme une victime de l’idéologie scientiste anti-astrologique, car finalement je suis parvenu à trouver un équilibre et une liberté que les contraintes académiques ne pourraient me procurer. De plus, depuis l’ouverture du CURA, j’entretiens des relations amicales avec un certain nombre de ces universitaires, originaires de divers continents, et quelque peu à l’étroit dans leur carcan académique. Quant aux astrologues, pourtant marginalisés et méprisés dans les milieux intellectuels, ils reproduisent généralement à leur niveau, à travers leurs clubs, associations et regroupements, les mécanismes d’exclusion que ces milieux mettent en place envers eux, ce qui constitue une terrible menace pour les jeunes astrologues.
 

A.R. : Comment te perçois-tu toi-même, comme astrologue ou comme philosophe?

P.G. : Les deux, à parts égales. Tout s’est joué au début des années 80. A cette époque je lisais beaucoup plus les philosophes et les poètes que les astrologues, auteurs généralement d’une littérature très pauvre. Il y avait dans mon organisation mentale deux pôles d’égale intensité que je ne parvenais pas à départager, avec tous les conflits de représentation que cela implique: d’une part la pensée de Nietzsche qui était véritablement le sommet de la pensée occidentale (et le XXe siècle a montré, à mes yeux, que ce sommet n’a pas été dépassé), d’autre part l’astrologie. Brusquement, à un moment décisif de l’agencement de mes connexions nerveuses [rires], le pôle nietzschéen s’est écroulé: j’ai vécu mon « effondrement de Nietzsche » et la « naissance de ma philosophie ».
 

A.R. : En quoi ta thèse se distingue-t-elle d’autres thèses également dédiées à l’astrologie?

P.G. : Les thèses dont j’ai pris connaissance (voir mon recensement sur le site du CURA: http://cura.free.fr/01authd.html) sont asservies à une méthologie extérieure à l’astrologie, issue de disciplines diverses: histoire, psycho-statistique, psychanalyse, sociologie, théologie, médecine, odontologie… J’ai essayé dans mes travaux de définir des concepts propres à l’univers astrologique et susceptibles d’en légitimer intellectuellement la démarche, tout comme, parallèlement, de reconstituer un corpus viable par sa cohérence et aussi par sa confrontation aux exigences de la raison moderne. Il reste une grande ambiguïté dans ce travail: ces concepts (matrice, raison matricielle, impressional, quadriversité…) paraissent justifier la plupart des pratiques astrologiques, mais elles subissent en revanche une critique radicale à travers l’argumentation qui justifie la mise en place d’un modèle astrologique passé au crible de la raison. Certes criticable dans ses aspects les plus restreints, la raison moderne implique pourtant certaines exigences au niveau du discours et des représentations mentales comme au niveau du réel physique, — des vraisemblances dont l’astrologue devrait tenir compte sous peine de retomber dans l’autisme social alimenté par les petites corporations astrologiques. Ma thèse a tenté d’établir cette passerelle.
 

A.R. : L’astrologie devrait-elle faire partie des cursus universitaires?

P.G. : Des cursus de recherche historique ont récemment été mis en place en Grande-Bretagne au Warburg Institute de Londres et dans les universités de Southampton, de Bath et de Kent, grâce au don d’un million de Livres Sterling, je crois, mis à la disposition de la recherche par une riche donatrice britannique. On connaît aussi l’habilitation assez récente obtenue par le Kepler College de Seattle aux Etats-Unis. L’astrologie, qui est un phénomène culturel universel, était présente dans la plupart des branches du savoir jusqu’au XVIIe siècle en Europe. Les études historiques ne pourront plus se passer d’elle dans les décennies à venir, et l’ouverture de chaires d’histoire de l’astrologie ancienne est tout-à-fait probable. Quant à savoir si l’astrologie peut revendiquer la fonction d’un enseignement à part entière, comme la psychanalyse, c’est une autre question, dont la réponse dépendra de l’évolution des mentalités dans les milieux académiques, comme de la capacité des astrologues à s’adapter.
 

A.R. : Quel est selon toi le pire ennemi de l’astrologie?

P.G. : Les scientistes sont des ennemis déclarés de l’astrologie, mais lui nuisent beaucoup moins que les astrologues qui en font commerce. L’astrologie, en son état présent, devrait être un sacerdoce, non un négoce. (voir mon texte entièrement consacré à cette question sur le site du CURA: http://cura.free.fr/16cura.html).
 

A.R. : Quelle formation selon toi devrait avoir un astrologue?

P.G. : L’astrologue de consultation est un praticien. Il fait de l’astrologie appliquée, non de l’astrologie. Quelle utilité à conseiller autrui, si l’on ne possède soi-même qu’une compétence à peine supérieure à celle de ses « clients »? Comme dans la métaphore de l’aveugle voulant guider des paralytiques, c’est à la fois une illusion et une supercherie. Les astrologues prestigieux du passé étaient des savants, des érudits. Sans cette recherche de la connaissance par l’astrologie, aussi chimérique puisse-t-elle paraître dans nos sociétés hyper-spécialisées, il n’est pas d’astrologie. L’astrologue doit d’abord se confronter aux exigences de la pensée moderne, et accomplir dans ce cadre une habilitation, quelle que soit la discipline qu’il choisisse. Ensuite ou en même temps, il doit étudier l’histoire des modèles astrologiques, la philosophie et l’épistémologie, l’astronomie, et enfin la psychologie. Ces quatre disciplines sont les piliers de son savoir. Il doit faire en sorte de se mettre à niveau autant que faire se peut.
 

A.R. : Dans ta thèse tu soutiens que l’astrologie est un savoir ayant survécu au temps, aux changements, aux transformations culturelles et aux attaques de toutes sortes. D’un autre côté, tu développes une forte critique des pratiques des astrologues. Les astrologues ont aussi survécu quoiqu’ils sont aujourd’hui proscrits et considérés comme des fous. Quelle devrait être l’attitude des astrologues pour évoluer dans le futur?

P.G. : L’astrologie a survécu à ses détracteurs, à l’inverse de multiples pratiques, religions et idéologies tombées en désuétude, parce qu’elle recèle une part de vérité sur la nature de l’homme et du monde. L’idéologie moderne ne pourra pas refuser encore longtemps ce simple constat. Les analyses sociologiques relatives à l’astrologie n’ont pour fonction que de donner le change, mais comme elles sont aussi pauvres intellectuellement que la plupart des discours astrologiques, elles finiront très vite dans les oubliettes. L’astrologue n’a pas à prendre de posture: il doit travailler, parfaire ses armes et ses outils, de manière à être en mesure d’affronter l’hostilité.
 

A.R. : La grande majorité des astrologues, surtout ceux de tendance traditionaliste, pensent qu’on ne peut séparer l’astrologie de la prédiction. Pourquoi t’opposes-tu de manière si radicale à la prédiction?

P.G. : On ne prédit que l’événementiel, et l’astrologie a trait au psychique, au monde intérieur. Ce penchant a la prédiction a toujours été le talon d’Achille de l’astrologie, et le restera tant qu’elle n’en sera pas libérée. Avec la prédiction, on entre dans un univers empirique, étranger à la nature de l’astrologie, et que les sceptiques de toutes tendances auront toujours beau jeu de fustiger. Il n’existe aucun corpus de prédictions vérifiées, et justifiées par une méthode astrologique contrôlable, pas plus hier qu’aujourd’hui. Les astrologues du passé avaient besoin de persuader les divers mécènes qui les entretenaient financièrement des possibilités prédictives de l’astrologie. Cette dernière a été entraînée dans ce jeu de dupes pendant des siècles, et les faiseurs contemporains qui reprennent cette « tradition » ne sont pas loin de l’escroquerie. Je ne crois pas que les astrologues du passé, parmi les plus compétents, aient été persuadés de l’efficacité de la prédiction astrologique. Voyez par exemple Johannes Stoeffler. Il y a d’ailleurs en la matière un étrange paradoxe: d’une part l’existence de nombreuses techniques astrologiques asservies à la prédiction, et dont certaines précisément ont été inventées à une époque ou une autre à cette fin, d’autre part l’affirmation omni-présente dans les traités du passé du dogme du libre-arbitre, c’est-à-dire de l’entière liberté du jugement humain: « Le sage domine les astres ». Il s’agit là d’une adaptation politique du discours astrologique à des impératifs idéologiques et théologiques. Je suis à l’opposé de ces vues: astrologiquement, la prédiction est impossible, philosophiquement c’est le libre-arbitre qui l’est. Voyez Descartes, Spinoza etc… et Paracelse! A supposer néanmoins qu’un esprit intuitif doté de talents d’une toute autre nature que ceux que la stricte astrologie puisse lui procurer, que cet esprit se mette dans l’idée de se lancer dans la prédiction, et qu’il sache faire la part des facteurs extra-astrologiques dans l’événementiel prospecté, alors il devrait s’en tenir à une règle d’or en usage chez les anciens astrologues indiens: à savoir, abandonner ses prétentions à la première erreur. Impératif auquel je me soumets moi-même, suite à la seule « prédiction », manquée, incidemment glissée dans une note de ma thèse de 1993: j’avais envisagé un effondrement économique et financier sans précédent pour l’année 1997. La « crise asiatique » n’a pas eu l’ampleur que j’avais imaginée. Aussi, cette activité-là est terminée pour moi! [rires]
 

A.R. : Ta position face à l’astrologue qui dresse des thèmes natals est très claire. Penses-tu que le profane ne doit pas accéder à l’astrologie natale?

P.G. : Paul Choisnard préconisait au début du siècle de suspendre la consultation. Certains de ceux qui s’en réclament aujourd’hui multiplient les indicateurs astronomiques qui surchargent la carte natale, ce qui m’apparaît comme une pratique aberrante et irresponsable. Dresser des cartes natales est une chose, les psychologiser et les vendre en est une autre. Vouloir « adapter » le client égaré et crédule à une société et une culture sur lesquelles aucune réflexion critique n’est jamais menée me semble plus grave encore. A ce compte, l’astrologue-consultant devient le jouet, non des astres, mais de l’industrie du spectacle, rien d’autre! Bien sûr l’astrologue doit dresser des cartes natales, d’abord à ses débuts, ne serait-ce pour se convaincre de la réalité du fait astrologique. S’il poursuit cette pratique, encore faut-il savoir quel en est l’enjeu. Je ne m’oppose pas à la pratique de la carte natale, mais à la surcharge de la carte natale par une multitude d’éléments qui n’ont jamais été interrogés, à la psychologisation de ces éléments, et à leur braderie dans la consultation. De plus il est évident que ces pratiques infantilisent le public profane, le maintiennent, comme dans le cas de la psychanalyse, dans un état de servitude et de manque tout à fait malsains, et surtout donnent de l’astrologie une image tout-à-fait déplorable. Il ne faut pas oublier que la carte natale n’est qu’une application relativement marginale de l’astrologie. En faire « toute l’astrologie » relève de l’outrecuidance. La médecine ne s’élabore pas dans les cabinets médicaux, mais dans les laboratoires. Par ailleurs les astrologues praticiens, contrairement aux médecins, n’ont généralement aucun respect pour la recherche, et sont à l’affût des quelques recettes qu’ils pourront aisément exploiter avec leur clientèle.
 

A.R. : Si l’astrologie ne relève ni de la prédiction, ni de l’interprétation de cartes natales, ni de la psycho-astrologie, alors à quelle finalité devrait-elle servir?

P.G. : C’est la question. Faire de l’astrologie c’est raisonner astrologiquement, c’est faire usage de ce que j’ai appelé la « raison matricielle ». L’astrologie est un mode de connaissance, non un outil de vente. En ce sens elle est assez proche de la philosophie et de la religion, une religion sans dogme ni rituel, une philosophie avec des contraintes et exigences d’ordre physique, et qui présuppose une autre manière de raisonner que le raisonnement analytique et dualistique en usage dans la pensée occidentale. Le cas du bouddhisme philosophique est assez proche de celui de l’astrologie: à quoi sert-il? L’astrologie permet d’accéder à une compréhension du réel qui résulte d’une perception « naturelle », inhérente à l’organisation temporelle et structurelle du psychisme humain. En ce sens, l’astrologie est une philosophie naturelle (si ce n’est une philosophie de la nature), trans-culturelle, méta-culturelle, et même en un certain sens a-culturelle, mais non sans passé culturel. L’astrologie est ce retour aux sources de la pensée humaine, par-delà les divers orientations et conditionnements culturels qui ont façonné les esprits et les mentalités depuis quelques millénaires. Je crois qu’elle sera le principal ferment de la philosophie des prochains siècles.
 

A.R. : Jusqu’où penses-tu que l’astrologie va évoluer?

P.G. : Difficile à dire. L’astrologie se trouve à la croisée des chemins. Elle peut poursuivre la recherche à partir des orientations innovantes mises en place au cours du siècle précédent, ou alors adopter les consensus imposés par les divers groupes d’influence et sombrer dans le babillage commun en usage et en forte augmentation actuellement dans la plupart des revues astrologiques. Je répondrai encore autrement à ta question, Angeles: je suis persuadé que l’âge d’or de l’astrologie est devant elle, mais en raison de la nature de son savoir, qui relève essentiellement de l’équanimité, l’avènement de l’astrologie ne sera possible qu’avec la libération des consciences de leur asservissement aux représentations mentales et aux idéologies de quelque nature qu’elles soient. Ce n’est vraisemblablement pas pour demain, et il faudra sans doute passer par des temps de trouble et par la désaffection de ces représentations pour que cet avenir puisse se préciser. On a vécu il y a maintenant dix ans l’effondrement de l’idéologie soviétique, que nul n’attendait. D’autres, et de plus solides en apparence, sont en voie de déliquescence.
 

A.R. : Dans ta thèse, les positions académiques, scientifiques et astrologiques communes sont fortement critiquées. Comment et en quoi devraient-elles changer?

P.G. : Le monde académique devrait prendre conscience que la plupart des innovations réelles dans la connaissance se sont créées dans le passé en dehors de lui, et c’est une illusion de croire que la situation a changé. Le monde scientifique doit abandonner ses prérogatives sur la connaissance en général et admettre qu’il ne représente qu’un type de connaissance parmi d’autres, et qui ne s’applique, idéalement, qu’à certains types d’objets, qu’il crée d’ailleurs. La science expérimentale est finalement une invention récente, dont la conséquence directe est la transformation des quatre variables de notre environnement: Terre, Hommes, Objets et Images mentales. Qu’on en dresse le bilan, et qu’on en tire les conséquences.
 

A.R. : Que signifie: « Penser l’astrologie » ?

P.G. : Penser l’astrologie c’est s’interroger sur soi et sur le monde en même temps qu’on interroge les représentations astrologiques. C’est aussi interroger les modèles et les conceptions astrologiques. Les discours et pratiques astrologiques communes sont des bric-à-bracs absurdes d’idées et de théories diverses (les parts, les heures planétaires, les noeuds lunaires, les domifications Campanus, Placidus et autres, les quatre éléments, les progressions, les aspects mineurs, les astéroïdes…) mises en place à tel moment de son histoire, par tel astrologue ou par telle école. Ces idées et systèmes sont incompatibles entre eux et contradictoires. Ils ont été imaginés, souvent pour des raisons autres qu’astrologiques, généralement par assimilation culturelle ou simplement par des procédés numérologiques. On peut se faire une idée du chaos existant déjà dans l’univers astrologique grec en lisant l’ouvrage classique de Bouché-Leclercq (1899). Penser l’astrologie, c’est entreprendre une recherche d’ordre épistémologique, en interrogeant ces modèles et les divers éléments qui se sont incrustés dans le corpus astrologique au cours de son histoire, tout en les confrontant aux exigences de la pensée moderne. Autrement dit, c’est faire le ménage. La mathématique a trouvé son unité et sa logique. Je souhaite que l’astrologie fasse de même.
 

A.R. : En vérité tu penses que l’astrologie est rabaissée parce qu’elle fait peur?

P.G. : Bien sûr. Elle fait peur, et aussi elle a peur. L’astrologie a besoin de s’imposer par la pensée, mais aussi par la persuasion et par la force. N’étant ni jupitérien ni martien, je laisse ces voies à d’autres! [rires] Autrement dit, elle a besoin de diplomates, rompus aux conventions et juridictions sociales, de guerriers et -oui! – de missionnaires, non de vendeurs et de profiteurs.
 

A.R. : Dans ta thèse, tu abandonnes des méthodes et outils divers employés par les astrologues: points fictifs, astéroïdes, astrologie sidérale, systèmes de maisons, etc… Mais le plus innovant est l’usage d’un système de Maisons totalement différent et que tu as appelé le Dominion. Quels sont les avantages de ce système de domification? Et comment se fait-il que le système traditionnel fonctionne aussi?

P.G. : Ce qui marche ou fonctionne pour les astrologues, ce sont surtout leurs jeux de langage sur les symboles via des rapprochements analogiques unilatéraux, autrement dit « ça ne marche » qu’en raison de leur dextérité verbale, et dans leur imagination. Le Dominion est la refonte moderne de l’octotopos, c’est-à-dire d’un système des Maisons plus ancien que le système par 12, qui n’est que le décalque zodiacal sur la sphère locale, probablement imaginé pour satisfaire aux besoins de l’astrologie horaire. Le Dominion n’a rien à voir avec ce système divinatoire, abandonné d’ailleurs par un certain nombre d’astrologues au XXe siècle. Il représente les 8 directions spatiales naturelles, celles de la boussole ou celles des vents, et traduit ces différentes modalités de l’espace dans la conscience, comme modes d’intégration à l’environnement. La Maison est un opérateur extrêmement puissant et même déterminant dans l’économie psychique de la personne, puisqu’elle indique, de manière sûre, comment l’individu cherche à extérioriser ses aspirations. Savoir qu’une personne est Individuation ou Participation, Objectivation ou Allégation, est une information beaucoup plus importante, dans ma pratique, que de savoir si elle « est » Gémeaux ou Balance, ou même Vénus ou Saturne..
 

A.R. : Comment peut fonctionner l’astrologie, si ce n’est ni par la synchronicité, ni par des influences physiques décelables?

P.G. : La synchronicité jungienne est une idée totalement dénuée de sens pour comprendre le fait astrologique: je m’en suis expliqué à diverses reprises, et Jung lui-même a été assez clair sur ce point. Quant aux influences physiques, elles existent nécessairement, car autrement il n’y a pas d’incidence astrale possible. Entre le signal physique et les comportements observés, il existe un espace qui est à proprement parler celui dont doit s’occuper l’astrologie, l’espace psychique-astral, celui de l’anatomie et de la dynamique des processus psychiques tels qu’ils peuvent être appréhendés à la lumière de l’astrologie. Cet espace, l’astrologue le traduit généralement sous forme de symboles, mais son problème reste de faire la part entre ce psychique-astral et son imaginaire, entre ce qui peut être ressenti, indépendamment de toutes représentations mentales, et ce qui n’est que le fruit de son imagination et des jeux infinis qui se déroulent aux confins de ce qu’il sait ou croit savoir de l’astrologie.
 

A.R. : Que penses-tu du débat actuellement en cours en France au sujet de la thèse de Mme Teissier et de l’opposition radicale des sociologues français?

P.G. : La thèse d’Élizabeth Teissier n’est pas meilleure ni pire que la plupart des thèses soutenues en sociologie. Mais qu’est-ce qu’une bonne thèse de sociologie!? [rires] Seule une frange de la sociologie française, et non toute la sociologie française, a cherché à dénier le caractère sociologique du travail d’E.T. et s’est agitée autour de « l’affaire Teissier », qui a été le prétexte, semble-t-il, à des règlements de compte dans le milieu sociologique lui-même. Une pétition de principe a été signée avant même que les pétitionnaires n’aient pris connaissance du contenu de la thèse. Cette attitude « scientifique » rappelle celle des instigateurs du Manifeste américain de 1975 contre l’astrologie. Il faut savoir qu’en appui à Michel Maffesoli, le directeur de thèse, un autre représentant éminent de la sociologie française, Jean Baudrillard, peut-être le seul sociologue français qui passera à la postérité, a pris énergiquement parti pour la thèse et dénoncé les diktats inquisitoriaux des intrigants. Je crois qu’il s’agit essentiellement d’un problème idéologique: les sociologues français n’ont pas supporté qu’une thèse sur ce sujet ait pu être soutenue dans leur discipline par une astrologue, et de plus par une vedette médiatique. C’est pour eux toute la crédibilité de la sociologie qui est douloureusement remise en question, d’autant plus que la sociologie souffre déjà endémiquement d’un déficit de scientificité (sur ce sujet, voir mon article publié sur ce site, http://cura.free.fr/19afftei.html ).
 

A.R. : Beaucoup d’astrologues souhaiteraient que le fait astrologique puisse obtenir une reconnaissance scientifique. Mais ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que l’astrologie ne remplit pas les conditions scientifiques nécessaires. Les astrologues ne devraient-ils pas porter leurs efforts à situer l’astrologie du côté des connaissances herméneutiques plutôt que de vouloir la situer en vain dans le champ des sciences « dures »?

P.G. : Comment l’astrologie pourrait-elle avoir une place parmi les sciences physiques, alors qu’elle n’a pas d’objet physique? Quant à son inclusion au sein des connaissances herméneutiques, il faut s’interroger précisément sur les raisons qui font qu’elle ne satisfait pas plus aux exigences de la pensée herméneutique, sinon il n’y a aucune raison qui s’opposerait à ce qu’elle en fasse partie. Je crois que l’astrologie relève d’une tout autre épistémè que celui de l’herméneutique, et que j’ai tenté de définir par sa matricialité, et par la notion de raison matricielle. Je crois que c’est la seule hypothèse viable pour l’astrologie, mais je ne sais si l’université est prête à l’accepter, ni quand elle le sera. Ce n’est donc pas, en la matière, à l’astrologie de s’adapter, mais à l’université de se transformer. En l’état actuel, l’astrologie n’a pas sa place en tant que discipline autonome. Que ce soit regrettable ou non, et beaucoup d’astrologues ne s’en soucient guère contrairement à ce que tu dis, il est possible que l’astrologie, à plus ou moins court terme, puisse trouver sa place comme discipline auxiliaire, car la raison matricielle traverse tous les domaines de la pensée. C’est pourquoi je dis que faire de l’astrologie, c’est d’abord faire usage de la raison matricielle, c’est-à-dire mettre en place une logique plurielle, le plus souvent quadri-polaire, qui aboutisse à des « résultats » tangibles, en quelque domaine que ce soit. Et pour cela, il n’est pas même besoin de nommer explicitement les outils astrologiques (planètes, signes, etc.), mais de s’en servir. Ce n’est donc pas une lutte entre domaines de savoir dont il s’agit, mais entre les méthodes qui traversent ces domaines. A ce compte d’ailleurs, « l’astrologie » est déjà présente, peu ou prou, dans les enseignements académiques, et ce depuis longtemps.
 

A.R. : Comme la psychanalyse, l’astrologie affirme que l’homme est la maître de son existence. N’est-ce pas pour cette raison que l’astrologie reste proscrite depuis des siècles?

P.G. : Oui sans doute: l’astrologie a dû perpétuellement ménager le dogme du « libre arbitre » imposé par la théologie chrétienne, et aujourd’hui celui de la liberté de la conscience et de la responsabilité. La psychanalyse est en effet une concurrente directe de l’astrologie, mais plus jeune, plus adaptée à la modernité et à ses exigences, mais aussi vouée à ses idoles et à une certaine impuissance. Le fait est que de nombreux thérapeutes relativisent le contenu de l’enseignement psychanalytique et lui incorpore des données astrologiques, n’est pas de bon augure pour l’avenir de la psychanalyse, dont la scientificité est de plus en plus battue en brèche.
 

A.R. : Tu as défendu l’idée que les astrologues praticiens apportent une partie de leurs recettes à la création d’un fonds qui serait utilisé pour les activités de recherche, l’édition et la traduction d’ouvrages anciens, et pour la création d’une bibliothèque. N’est-ce pas contradictoire de vouloir taxer l’activité de gens que tu considères en partie comme nuisibles à la cause astrologique? Ne devrait-on pas plutôt essayer de combattre et d’éradiquer le mal à la racine?

P.G. : Cette proposition ne s’appliquerait dans un premier temps qu’aux horoscopes et prédictions des journaux, radio, web et autres médias, autrement dit aux pratiques les plus nocives selon l’avis de la majorité des astrologues « professionnels ». Cependant elle a peu de chances d’être retenue, car elle supposerait que les milieux astrologiques soient unis et aient une volonté commune, ce qui n’est pas le cas. Si toutefois ce projet pouvait se mettre en place, il permettrait le développement d’une astrologie sérieuse qui évacuerait à plus ou moins long terme ces pratiques lamentables.
 

A.R. : Qu’a signifié pour toi la remise du prix Gloria de Pubill au meilleur article en langue étrangère décerné par la revue Mercurio-3 ?

P.G. : J’ai été très touché de recevoir ce prix, qui signifie d’abord pour moi que les lecteurs attendent autre chose que les innombrables articles d’interprétation et de prédiction post factum, élaborés avec plus ou moins de dextérité et qui polluent la plupart des revues astrologiques. Ils se posent des questions, essayent de comprendre comment ça fonctionne, et ne se contentent pas toujours de croire que « ça fonctionne ».
 

A.R. : A partir de tes expériences et de tes rencontres au Ier Congrès d’Andorre, que penses-tu de l’état de l’astrologie espagnole comparativement à celui de l’astrologie française ?

P.G. : Pardonne-moi de le dire en quelques mots lapidaires: l’astrologie espagnole m’a semblé relativement jeune, et réceptive à la nouveauté; l’astrologie française est vieille et aigrie, minée depuis cinquante ans par des conflits de pouvoir entre clans rivaux et par des intérêts associatifs qui grèvent sa vitalité. Le congrès d’Andorre a été une grande réussite, et j’ai été séduit par son ambiance chaleureuse et conviviale, ainsi que par son excellente organisation. En plus du succès que connaît le CURA en Espagne et en Amérique latine, l’accueil qui m’a été réservé en Andorre et l’attention renouvelée de Jaume Martín pour mes recherches dans sa revue Mercurio-3, vont bientôt faire de moi … un auteur espagnol! [rires]
 

A.R. : Ta thèse a beaucoup apporté à l’astrologie. Quels projets as-tu pour l’avenir?

P.G. : Mon seul projet présent est la poursuite du travail de recherche et de diffusion, mis en place sur le site du CURA, et je te remercie Angeles, pour ta contribution inestimable au volet espagnol du site. »

 

 

 

 

Notre commentaire, aujourd’hui, à propos de cette interview de 2001, lors du congrès d’Andorre, où nous nous trouvions nous-même, en tant que représentant de la FDAF  (Fédération des Astrologues francophones) au lendemain de la création du CURA, il y a donc vingt ans et au lendemain du Colloque MAU-CURA  de décembre 2000. On notera que Guinard ne se référe pas à la théologie  ni à l’idée de Nature, lesquelles sont en dialectique. Or, pour nous, le grand obstacle pour l’astrologie est qu’elle oscille entre Nature et Culture, alors qu’il s’agit d’une troisiéme voie, qui est celle d’une Nature repensée, reformatée mais qui n’est pas pour autant l’oeuvre de notre Humanité mais celle de « dieux » chargés de réaménager notre planéte et son systéme solaire, ce que l’on retrouve dès le premier chapitre du Livre de la Genése. Lacune donc chez Guinard à l’aune de la théologie.  L’autre lacune concerne la pensée politique. Guinard ne comprend pas que l’astrologie a vocation à organiser notre Humanité et qu’en ce sens, c’est bien dans son rapport  à la Cité que se situe sa fonction et non point sur le plan individuel, d’où l’importance des cycles collectifs. (cf notre texte La Pensée Astrologique, in L’Etrange Histoire de l’Astrologie de Serge Hutin, Ed Artefact, 1986, donc antérieur à la thèse de Guinard 1993  dont nous avons suivi la soutenance) Guinard déclare (cf supra)!:

  » Savoir qu’une personne est Individuation ou Participation, Objectivation ou Allégation, est une information beaucoup plus importante, dans ma pratique, que de savoir si elle « est » Gémeaux ou Balance, ou même Vénus ou Saturne »..Le véritable clivage n’est pas dans l’horizontalité -appartenance à tel ou tel groupe culturel – mais dans la verticalité -compétences propres à tel ou tel groupe. La véritable dialectique  est justement celle des périodes qui favorisent l’affirmation individuelle et celles qui passent par une conscience de classe, ce qui implique  une cyclicité   au niveau social dont Guinard ne traite guère. Autrement dit, Guinard ne maitrise ni ce qui est en amont – les dieux-  ni ce qui est en aval- les classes, il se concentre sur la dimension individuelle qui dépend, en fait, de la cyclicité d’où son propos (cf supra):

« On ne prédit que l’événementiel, et l’astrologie a trait au psychique, au monde intérieur »

 

 

JHB

19. 10 21

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jacques Halbronn La question des ajouts : du Livre de la Création et de son traitement de l’alphabet hébraïque aux Centuries nostradamiques/ Les alphabets grec, phénicien, arabe

Posté par nofim le 15 octobre 2021

Jacques  Halbronn La question des ajouts : du Livre de la Création et de son traitement de l’alphabet  hébraïque aux Centuries nostradamiques. Les alphabets grec, phénicien, arabe.

 

Dans le cas des Centuries, l’on sait que la centurie VIéme se terminait par un Avertissement de cloture/

 LEGIS CAUTIO CONTRA INEPTOS CRITICOSQui legent hos versus, mature censunto;Prophanum vulgus & inscium ne attrectato.Omnesque Astrologi, Blenni, Barbari procul sunto,Qui aliter faxit, is rite sacer esto dont on connait une variante Cantio au lieu de Cautio (cf P. Brind’amour,  Nostradamùs astrophile, Klincksieck; 1993). Mais cela n’empêcha pas d’ajouter des quatrains qui donneront une « septiéme centurie » d’ailleurs restée incompléte avec une quarantaine de quatrains seulement.Il exitse d’ailleurs  une série de 58 sixains  qui permettent de compléter les 42 quatrains de la VIIe centurie. Mais   une telle addition s’accompagnera (cf édition Saint Jaure, Anvers 1590) de la suppression du dit Avertissement latin, ce qui permettait de laisser entendre que dès le départ, il était bel et bien prévu 7 centuries pour le premier volet (cf les tentatives de Patrice Guinard dans ce sens). Or l’on trouve un précédent remarquable mais à notre connaissance non signalé en ce qui concerne la genése de l’alphabet hébraïque lequel comporte 22 lettres (sans compter les 5 lettre finales qui permettent de compléter la troisiéme colonne des  centaines..(cf  http://andre.gagnoud.free.fr/HEBREU/andre.gagnoud.free.fr_-_Alphabet_Carre_et_Cursif_-_Consonnes.pdf) de façon à arriver  à 27 (22+ 5). 

 

Ce qui joue le rôle de marqueur conclusif  que joue dans les Centuries le sceau latin  à la fin de la VIe centurie, est la lettre Tsadé qui se trouve en 18e position dans l’alphabet hébraique leque s’organise en deux colonnes de neuf lettres, une pour les unités de Aleph à teith et une pour les dizaines de Iod à Tsadé. Et au delà nous avons 4 lettres pour la colonne des centaines, ce qui est insuffisant d’où l’expédient signalé des 5 lettres finales, permettant de dédoubler 5 lettres déjà présentes parmi les 18 lettres des deux colonnes. On nous objectera que « rien » ne prouve que le tsadé ait jamais joué un tel rôle.

Notre argumentation  est la suivante:

 

 

1: dans l’alphabet « latin » à 26 lettres  que nous utilisons, la dernière lettre n’est-elle pas le  « z » dont le nom se dit « Zéde », ce qui est extrémement proche du » tsadé » on en conviendra surtout dans la prononciation allemande du « z » en ‘ »ts » (Zwei: deux, Zeit: temps etc) qui s’est perdue en français.

 

2 le Tsadé est la seul lettre composée de deux sons : T et S, soit le teith et le samekh, ce qui en fait la lettre « ultime ».

 

3 Nous avons montré il y  a déjà 45  ans (Clefs pour l’astrologie, Seghers 1976, pp. 188 et seq) que la première lettre de l’alphabet de l’hébreu était non pas le Aleph mais le Qoph, au vu du Sefer Yetsira ou Livre de la Création (Yetsira comportant d’ailleurs le tsadé). Ce qui donne Qoph (une des 12 lettres simples)au début et Tsadé à la fin. Or, ces deux lettres forment « Qets » qui signifie « bout », ‘extrémité. (Qatsé, Qitsoni)

 

On aurait donc ajouté 4 lettres aux 18 du systéme initial tout comme on ajoutera une quarantaine de quatrains aux 6 centuries regroupant, comme leur nom l’indique, 600 quatrains Mais le tsadé sera resté en 18e position (en tant que l’une des 12 lettres simples, liées aux 12 signes du zodiaque, selon le Sefer Yetsira. Les six autres lettres , pour arriver à 18  étant associées aux planétes (Bagadkaphat: beith guimel, daleth, Kaph, Pé, Thav). On les appelle doubles parce qu’elles ont une double prononciation C’est ainsi que la lettre Péh donne soit le son « pé » soit le son « ef », dualité que l’on retrouve avec le p suivi ou non d’un h,  tout comme le T suivi ou non du h (en anglais)/  Mais comment se fait il alors que le Thav se retrouve en 22e position, donc dans le groupe additionnel alors qu’il devrait figurer parmi le groupe des 18? Et pourquoi le Qoph, signalé par le Sefer Yetsira comme une des lettres simples, se trouverait lui aussi dans ce groupe additionnel de 4? On ajoutera que dans le SY, la lettre Resh  est comptée comme une septiéme lettre double, probablement parce qu’il y a 7 planétes alors que grammaticalement elle n’a pas ce statut en hébreu.(cf  https://boowiki.info/art/juifs-textes-sacres/sefer-yetzirah.html)

 

Il apparait assez clairement que le Tsadé ou le Zéde est censé marquer la fin de l’alphabet et que dans le cas de l’hébreu,  l’on n’aura pas su changer la place du Tsadé après l’addition de 4 lettres supplémentaires, désignées par le Sefer Yetsira comme « lettres mères » : Aleph, Mem, Shin mises en  rapport avec les 4 Eléments -feu, terre, air, eau) On observe que le Mem est en fait une des 12 lettres simples au sein des 2 colonnes de 9 et qu’elle aura été placée cependant  parmi les lettres mères!

 

/ On  a vu que le aleph à un certain stade aura été placé en tête de l’alphabet hébraique alors qu’il n’était qu’en tête du groupe des lettres mères. Autrement dit, le Aleph aura été perçu, à un certain stade, comme ouvrant l’alphabet. Ce qui obligeait à permuter avec le Qoph/ On a donc ici le probléme des deux marqueurs, le Aleph pour le début et le Tsadé pour la fin mais en réalité,  le Aleph aurait du rester en tête du groupe additionnel/ En effet, selon nous, le Sefer Yetsira nous fournit une description  symétrique en deux colonnes:

 

niveau 1   Qoph et Yod: deux lettres simples

niveaux 2, 3  et 4 : six lettres doubles

niveaux 5, 6, 7, 8 et 9  : dix lettres simples.

 

En quel honneur, ces déplacements du Qoph,lettre simple  permutée avec le Aleph , lettre mère, et du Mém,  lettre simple  permuté avec le Pé, lettre double et devenue lettre mère? La seule lettre mère qui n’aura pas bougé est le Shin. Mais là encore, pourquoi trois lettres mères pour un groupe de 4 dans la troisiéme colonne  incomplète? Parce que le Resh aura été ajouté au groupe des lettres  doubles pour arriver à 7 (planétes dont les luminaires, que l’on retrouve dans les jours de la semaine). Mais le Resh est en fait à sa place dans l’alphabet hébraique devant le Shin et est bien une des 4 et non des 3 lettres mères.

Quand on sait toute l’importance qu’a le classement des lettres de l’alphabet hébreu pour la pratique de la guématrie, laquelle permet de calculer la valeur numérique d’un mot et de rapprocher deux mots ayant même valeur numérique, on conçoit que notre recherche est susceptible de perturber quelque peu tout une sémantique.(J. P.Brach dans son Que Sais je sur la symbolique des nombres ne signale pas nos Mathématiques Divinatoires, Paris, 1983, parues dix ans plus tôt et qui posent notemment le rapport entre les chiffres et les lettres.

 

Référons nous à présent au tableau ci-dessous qui place en paralléle l’alphabet grec et le phénicien dont le nom des lettres est très proche de celui de l’hébreu/

 

 

 

 

 

 

Lettre
capitale
Lettre
minuscule
Nom Translittération Phonème principal Lettre
phénicienne
Grec
ancien
Grec
médiéval
(polytonique)
Grec
moderne
Français
(grec classique)
Français
(grec moderne)
Grec
ancien
Grec
moderne
1 Α α ἄλφα άλφα alpha alfa a [a] Aleph (ʾāleph)
2 Β β (var. ϐ) βῆτα βήτα bêta vita b (classique) ; v (moderne) [b] [v] Beth (bēth)
3 Γ γ γάμμα γάμμα
γάμα
gamma gama g [g] [ɣ], [ʝ] Gimel (gīmel)
4 Δ δ δέλτα δέλτα delta delta d ; parfois dh (moderne) [d] [ð] Daleth (dāleth)
5 Ε ε εἶ ἒ ψιλόν έψιλον epsilon epsilon e [e] [ɛ] He ()
6 Ζ ζ ζῆτα ζήτα zêta zita z [d͡z] [z] Zayin (zayin)
7 Η η ἦτα ήτα êta ita ê (classique) ; i (moderne) [ɛː] [i] Heth (ḥēth)
8 Θ θ θῆτα θήτα thêta thita th [] [θ] Teth (ṭēth)
9 Ι ι ἰῶτα ιώτα
γιώτα
iota iota i [i] Yodh (yōdh)
10 Κ κ κάππα κάππα
κάπα
kappa kapa k [k] Kaph (kaph)
11 Λ λ λάϐδα λάμϐδα λάμδα
λάμβδα
lambda lamda l [l] Lamedh (lāmedh)
12 Μ μ μῦ μι
μυ
mu mi m [m] Mem (mēm)
13 Ν ν νῦ νι
νυ
nu ni n [n] Nun (nun)
14 Ξ ξ ξεῖ ξῖ ξι ksi/xi xi ks, x [ks] Samekh (sāmekh)
15 Ο ο οὖ ὂ μικρόν όμικρον omicron omikron o [o] [ɔ] Ayin (ʿayin)
16 Π π πεῖ πῖ πι pi pi p [p] Pe ()
17 Ρ ρ ῥῶ ρω rhô ro r [r] [ɾ] Res (rēš)
18 Σ σ (var. ς) σῖγμα σίγμα sigma sigma s [s] Sin (šin)
19 Τ τ ταῦ ταυ tau taf t [t] Taw (tāw)
20 Υ υ ὒ ψιλόν ύψιλον upsilon ipsilon u (classique) ; y, v, f (moderne, selon contexte) [y] [i] Waw (wāw)
21 Φ φ/ϕ φεῖ φῖ φι phi fi ph (classique) ; f (moderne) [] [f] origine
discutée
22 Χ χ χεῖ χῖ χι khi/chi chi kh [] [x], [ç]
23 Ψ ψ ψεῖ ψῖ ψι psi psi ps [ps]
24 Ω ω ὦ μέγα ωμέγα oméga omega ô [ɔː] [ɔ] Ayin (ʿayin)

 

 

On y note l’absence du Vav avant le Zayin ou le Zéta grec, ce qui place le teith en huitiéme et non en neuvième position.  Quant au Tsadé de l’hébreu.Le  vav occupe une position dans ces alphabets correspondant à notre lettre « U » (upsilon) en 20e position. Ainsi, il ressort que le Vav de l’hébreu aura été placé  à cet endroit pour obtenir une série de 9 plaçant le Yod en tête de la seconde colonne, avec valeur 10 alors que sur le dit tableau, le iota est en neuviéme et non en dixiéme position.. Il y aura eu réaménagement. Quant au tsadé, il s’apparente à la lettre grec Psi (psyché) Or, dans l’alphabet phénicien tel ‘que il est présenté dans le dit tableau, on ne trouve rien qui ressemble de près ou de loin à Tsadé ou à Psi. On trouve également dans le dit alphaber grec le « Ksi » correspondant au Samekh de l’hébreu  puisque situé après le mem et le noun, le son du samekh renvoyant au « s » que l’on trouve dans le Psi comme dans le Ksi.. Nous en concluons que c’est bien l’alphabet hébreu qui aura impacté l’alphabet grec et non l’alphabet phénicien lequel n’aurait pu donner lieu à Psi ou à Ksi, ce qui correspond dans notre alphabet au X et au Z.

Examinons à présent l’alphabet arabe selon l’ordre de ses  « valeurs numériques. On note que c’est la lettre sad   qui correspond comme en hébreu à 90 mais plus généralement il y a un alignement parfait entre les deux séries alphabétiques et nous en concluons que l’alphabet hébreu aura servi de référence à l’agencement de l’alphabet arabe sous sa forme actuelle et non sous sa forme restituée que nous avons proposée. C’est ainsi que la série 100-200 300  400 est en tous points identique entre l’arabe et l’hébreu. Ce serait donc un emprunt relativement tardif.

 

Sād صـــــصـــــص

 

 

 

Isolée Nom Finale, médiane, initiale Valeur numérique DIN-31635 EI Phonème en arabe
ء (†) hamza أ, إ, ؤ, ئ - ʾ ʔ
ا Alif اـــــا (*) 1 ā / â (‡) ā / â (‡)  (‡)
ب بـــــبـــــب 2 b b b
ت تـــــتـــــت 400 t t t
ث Thā ثـــــثـــــث 500 th θ
ج Jīm جـــــجـــــج 3 ǧ dj d͡ʒ
ح Ḥā حـــــحـــــح 8 ħ
خ Khā خـــــخـــــخ 600 ḫ / ẖ kh x
د Dāl دـــــــد 4 d d d
ذ Dhāl ذـــــــذ 700 dh ð
ر رــــــر 200 r r r
ز Zāy زـــــــز 7 z z z
س Sīn ســـــســـــس 60 s s s
ش Shīn شـــــشـــــش 300 š sh ʃ
ص Sād صـــــصـــــص 90
ض Ḍād ضـــــضـــــض 800
ط Ṭā طـــــطـــــط 9
ظ Ẓā ظـــــظـــــظ 900 ðˁ
ع Ayn عـــــعـــــع 70 ʿ / ‘ ʿ / ‘ ʕ
غ Rhayn غـــــغـــــغ 1000 ġ gh ɣ
ف فـــــفـــــف 80 f f f
ق Qāf قـــــقـــــق 100 q q
ك Kāf كـــــكـــــك 20 k k k
ل Lâm لـــــلـــــل 30 l l l
م Mīm مـــــمـــــم 40 m m m
ن Nūn نـــــنـــــن 50 n n n
ه هـــــهـــــه 5 h h h
و Wāw وــــــو 6 w w w ou 
ي Yāʾ يـــــيـــــي 10 y y j ou 

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Jacques Halbronn Enquéte sur l’élection de Jean Pierre Brach à un Chaire de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, 2002

Posté par nofim le 4 octobre 2021

 

Jacques Halbronn Enquéte sur l »élection de Jean Pierre Brach à une Chaire de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en  2002

 

Lors de l’élection de Jean-Pierre Brach à la  chaire des Courants ésotériques au sein de l’EPHE  Ve section,  on a préféré la candidature de M. Brach à la notre et 20 ans plus tard, nous avons voulu mener une enquéte sur ce dossier.

Quel était donc le bagage de publications et de travaux universitaires de M. Brach à la date de la dite élection en comparaison  avec le notre. Tout semble s’être extraordinairement précipité et tourner autour  de Jean-Claude Margolin.(-décédé en 2013). – Directeur du Centre d’études supérieures de la Renaissance de l’Université de Tours (1978-1982). – Directeur de collection pour la librairie philosophique J. Vrin.

En effet, c’est dans ce Centre que Brach obtint quelques semaines avant la dite élection son Habilitation à diriger des recherches (HDR) nécessaire à la présentation de sa candidature à la dite chaire et c’est dans la collection chez Vrin qu’en  2001 Brach publié  son  Edition  des admirables  secrets des nombres platoniciens de  Guilllaume Postel  La publcation chez Vrin comporte un achevé d’imprimé en date de novembre 2001 ‘(quatrième  trimestre) soit fort peu de temps avant l’audition des candidatures et encore moins avant le dépot des dossiers de candidature.

. Par ailleurs,  Brach avait été . Maître de conférences à l’Université d’Etat d’Amsterdam (2000-fin 2002). On n’a pas trace avant 2002 d’un quelconque titre universitaire lié à un mémoire d’une certaine ampleur (maitrise, DEA, thèse de 3e cycle, thèse d’Université, thèse d’Etat, post-doctorat)  La chronologie des publications de  M. Brach dans les 20 années qui précédèrent sa candidature  se limite à la liste ci -dessous.

1981 une postface :  Ed du Livre de l’Estat et  Mutation  des temps de Richard Roussat

198 5 une   étude in L’Astrologie, in  Cahiers de l’Hermétisme; Ed Albin Michel

1994 La symbolique des nombres.  PUF

Dans les deux premiers ouvrages, Brach (né  en 1956) se référe d’ailleurs  abondamment à nos propres publications. En ce qui  concerne l’édition bilingue  de Postel, fin 2001 l’introduction rédactionnelle  comporte une vingtaine de pages, complétées par  des notes de bas de page tout au long de la traduction. Autrement dit,  lors d l’audition, le  rédactionnel  de Brach se réduisait à  moins de 300 pages étalées sur une vintraine d’années!

 

Le catalogue  général de la BNF nous renseigne et sa notice sur Wikipedia ne donne rien de plus avant la dite date de 2002 car il va de soi

qu’un candidat ne saurait être jugé sur des travaux qu’il n’a pas publiés, soutenus par la suite. Il suffit de comparer notre propre notice sur Wikipedia pour ce qui concerne la période allant jusqu’au début de 2002 pour apprécier la situation. Il est vrai que nous sommes né à la fin de l’année 1947.  Peut être notre tort aura-t-il été de fréquenter le milieu astrologique  et d’avoir publié certains ouvrages en dehors du champ universitaire. Mais dès 1979, nous avions soutenu sous la direction de Georges Vajda, dans la même section de l’EPHE une thèse qui paraitra en 1985 et le même  Vajda avait produit la préface de notre édition de deux traités  astrologiques d’Abraham Ibn Ezra. En 1999 , nous avions obtenu  le titre de docteur es lettres, nécessaire à la dite candidature pour Le Texte prophétique en France. sous la direction de Jean Céard  (parution aux Presses Universitaires du Septentrion) et nous préparions toujours à la dite section de l’EPHE un post doctorat (qui sera soutenu en 2007) sous la direction de Louis Le Chatelier. Par ailleurs, nous avions mis en ligne un Catalogue Alphabétiques des Textes Astrologiques Français (1999), été le commissaire de l’Exposition Astrologie et Prophétie/ Merveilles sans Images, à la Bibliothèque Nationale.en 1994 . Auteur de l’article Astrologie  de l’Encyclopaedia Universalis, à la recommandation de François Secret, qui avait précédé Antoine Faivre dans la dite chaire..  Nous avions publié en 1993 deux éditions critiques d’ouvrages  astrologiques  des XVIIe et XVIIIe siècles aux Ed. Guy Trédaniel/ La comparaison entre les deux dossiers était édifiante à plus d’un titre. Nous avions également publié en 1992-1995, chez le même éditeur un diptyque consacré à la Vie astrologique des XIXe et XXe siècles.

Il ressort qu’au prisme des publications vraiment significatives de Brach  dans les dix ans qui précédérent sa candidature et son élection, l’on ne trouve que le Que Sais Je sur la Symbolique  des Nombres  en 1994 – où il se présente comme «  »chargé de conférences » à l’EPHE,  (dans le cadre de la chaire d’Antoine Faivre auquel  il succédera en 2002)  et in  extremis son travail toujours sur la symbolique des nombres  à la veille de son élection, ce qui aura servi l’obtention de l’ HDR dans la foulée. On notera le champ relativement étroit du champ chronologique couvert par Brach et qui se limitait alors à la période de la Renaissance et à la production en latin alors qu’Antoine Faivre  avait traité notamment de la production de langue allemande et de périodes plus étendues dans le temps. On peut s’interroger sur le fait que Brach n’ait jamais  produit une thèse de doctorat stricto sensu et se soit cantonné dans un travail de traduction du moins  jusqu’à son accession à la Chaire des Courants Esotériques, ce qui ne nous semble pas justifier une habilitation à diriger des recherches.

Selon nous, une telle précipitation  signale que J. P. Brach  n’avait pas prévu de se présenter, qu’il aura été pris de court  et  qu’il sera en fait entré dans un plan qui n’était pas le sien et qui lui aura été soumis très tardivement.

 

JHB

04 10 21

 

 

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Jacques Halbronn Son parcours universitaire de 40 ans, de 1974 à 2014

Posté par nofim le 25 septembre 2021

Jacques Halbronn Son parcours universitaire de 40 ans, de 1974 à 2014

 

Nos relations avec nos directeurs de thèse successifs n’ont pas été simples et probablement les « torts » sont « partagés ». En fait, nous avons le plus souvent préparé plusieurs thèses en paralléle ou en alternance sans parler des diverses publications qui auront accompagné une période de plus de trente ans. Les thèmes principaux auront été la linguistique, l’astrologie, le prophétisme.

En 1973, Georges Vajda accepte de diriger une thèse de troiséme cycle (INALCO EPHE VE section Paris III) qui aura pour titre La problématique astrologique chez les principaux penseurs juifs du Moyen Age Espagnol. Ce n’est qu’en 1979 que nous serons invité à soutenir/ Entre temps, Vajda en 1977 nous avait accordé une préface pour notre édition de traités astrologiques d’Abraham Ibn Ezra.(Ed Retz) qui avait été précédée dans la même collection dirigée par René Alleau, de notre édtiion des Remarques Astrologiques de Jean Baptiste Morin, astrologue du XVIIe siècle. Mais il y avait eu aussi en 1976 la parution de nos Clefs pour l’Astrologie, chez Seghers dans la collection dirigée par Luc Decaunes. En 1976-1977, nous avions fait des séjours d’étude en Israël. Mais par ailleurs, depuis 1976, sous la direction de Jacques Merleau Ponty, nous préparions une thèse d’Etat en épistémologie à Paris X Nanterre. Notre soutenance avec Vajda fut suivie d’un contrat d’un au CNRS mais Vajda allait décédé peu après.

En 1980, nous nous inscrivimes à l’Université Lille III (Villeneuve d’Ascq) en Etudes anglophones avec André Joly et décrochions l’année suivante un DEA à propos de la traduction anglaise d’un traité astrologique du milieu du XVIe siècle d’Auger Ferrier. Nous primes ensuite comme directeur de thèse, à Paris V Louis Jean Calvet auquel nous présentames en 1987 un mémoire qui fut contesté par l’un des rapporteurs, ce qui nous conduisit à en présenter un nouveau en 1989 qui allait subir le même sort. C’est alors que nous allions nous inscrire à Paris VII avec Yves Lecerf en ethnométhodologie, qui avait été un des rapporteurs du mémoire de 1989.  Description du français à la lumière des relations interlinguistiques.

Mais ce n’est qu’en 1995, juste avant sa mort, que Lecerf nous accorda….. la soutenance d’un DESS (sur Paris VIII). Le milieu astrologique et ses membres. En 1986, nous avions publié dans les actes du Colloque de Bayeux, une bibliographie su les Cométes., grâce à Réné Pilllorget (192(-2015) - Professeur d’histoire contemporaine de l’Université de Lille III qui nous avait ouvert certaines portes

Mais dès 1985, nous avions obtenu que Jean Céard, spécialiste de la Renaissance et ayant écrit sur les prodiges, nous dirigeât pour thèse d’Etat à Paris XII Créteil. Ce n’est qu’à la fin de 1998 que Céard, à la veille de prendre sa retraite, nous invitera à soutenir. Mais entre temps, il était passé à Paris X Nanterre. Pendant toute cette période, on retiendra qu’en 1990, Céard fera une préface au Répertoire

Chronologique Nostradamus de Robert Benazra, paraissant dans une collection que nous dirigions (La Grande Conjonction, chez Trédaniel). En 1994, nous fumes chargés d’une exposition Astrologie et Prophéties. Merveilles sans images, à la Réserve de la Bibliothèque Nationale, peu avant son transfert sur le site Tollbiac. En 1993, nous avions publié deux éditions de textes astrologiques,avec Trédaniel, l’un sur Nicolas Bourdin (XVIIe siècle), l’autre sur Etteilla (XVIIIe siècle). Notre thèse d’Etat s’intitulera Le texte prophétique en France, Formation et fortune et couvrait une période allant de la fin du XVe siècle au début du XXe. Elle paraitra aux Presses Universitaires du Septentrion (Villeneuve d’Ascq). Nous passions beaucoup de temps à visiter des bibliohèques de par le monde; pour réaliser notre Catalogue Alphabétique des Textes Astrologiques Français. (mis en ligne sur le site du CURA de Patrice Guinard, en 1999.

Dans la foulée de notre thèse d’Etat, nous décidames de préparer à l’EPHE un post doctorat sous la direction de Louis Chatelier (Histoire du catholicisme) qui ne sera soutenu qu’en 2007 sous le titre Le dominicain Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique en France (XVIIe siècle). là encore, les choses trainèrent quelque peu. En 2002, nous avions fait acte, sans succés,  de candidature pour la succession d’Antoine Faivre, à la chaire des Courants Esotériques (EPHE VE section) et publions (Ed Ramkat) deux ouvrages, Prophetica Judaica Aleph et Beith, issus de notre thèse d’Etat, l’un sur Nostradamus et l’autre sur Theodore Herzl et son Etat Juif, ce qui comprenait un développement important sur les Protocoles des Sages de Sion. En 2005, à la mort de Jean Paul II, nous avions fait paraitre Papes et prophéties.(Ed Axiome)

En 2011, Gérardf Morisse,, historien  et  bibliographe, Bordeaux, - Société des bibliophiles de Guyenne , Revue française d’histoire du livre) nous donna l’occasion de publier une série de travaux, un par an pendant 4 ans, dans la Revue Française d’Histoire du livre, (Ed Droz), : dont notamment l’exposé de nos méthodes de travail  sur le corpus Nostradamus, le Tarot et le Kalendrier des Bergers, le Splendor Solis, Lichtenberger et le Mirabilis Liber. Voilà donc un parcours d’une quarantaine d’années, dans un cadre universitaire mais qui ne fut absolument pas couvert par une quelconque aide financière. Selon nous, la chaire d’Antoine Faivre aurait du nous revenir au vu de l’importance de nos travaux.

Nous avons à peine mentionné ici nos contributions sur Internet. : Hommes et sites, Bibliotheca Hermetica, Propheties.it, Arka. CURA, sans parler de nos propres sites.

Les difficultés que nous avons rencontré tiennent à notre méthodologie , à ce que nous avons appelé ailleurs une approche régénérative, visant à restituer un corpus par delà ses dérives et ses imitations.

 

 

 

JHB

25 09 21

Publié dans ASTROLOGIE, LINGUISTIQUE, NOSTRADAMUS, prophétisme | Pas de Commentaire »

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