Jacques Halbronn Journal de bord d’un astrologue

Posté par nofim le 20 février 2014

JOURNAL DE BORD D’UN ASTROLOGUE

JOURNAL DE BORD D'UN ASTROLOGUE

Jacques Halbronn   Journal de bord d'un astrologue dans ASTROLOGIE icon18_wrench_allbkg

NOUVEAU LE JOURNAL DE BORD EN PDF À TÉLÉCHARGER :

LE JBA est un ensemble unique par son ampleur et sa qualité de travaux consacrés aux fondements de l’Astrologie mais aussi à d’autres domaines, notamment le dossier Nostradamus, la question juive, la question du féminin, la question de la francophonie. Pour les textes plus tardifs, se rendre sur le blog Nofim. Pour les textes plus anciens, se rendre sur:

grande-conjonction.org
ramkat.free.fr
hommes-et-faits.com

Publié dans ASTROLOGIE, DIETETIQUE, divination, ECONOMIE, FEMMES, HISTOIRE, judaîsme, LINGUISTIQUE, machine, Médecine, MUSIQUE, NOSTRADAMUS, POLITIQUE, PSYCHOLOGIE, RELIGION, SOCIETE | Pas de Commentaire »

Le Kalendrier des Bergers et son empreinte sur l’iconographie nostradamique

Posté par nofim le 5 février 2014

L’iconographie nostradamique
et le Kalendrier des Bergers

par Jacques Halbronn

    Quelles sont les sources de la représentation iconographique de Nostradamus ? A entendre les auteurs de bibliographie nostradamique, il s’agirait d’une production ex nihilo. Il nous semble; au contraire, essentiel d’étudier les origines de ces représentations, ce qui exige bien entendu de sortir du cadre des publications nostradamiques et de remonter quelque peu en amont. Nous verrons quels éclairages une telle investigation peut apporter du point de vue de la datation de certaines éditions des Centuries et des Prognostications.

Dans une étude consacrée au Kalendrier des Bergers1 largement de notre thèse d’Etat2, nous avions étudié les origines du dit Kalendrier et montré l’existence d’un subterfuge. En effet, à l’origine, il semble bien qu’il se soit agi d’ouvrages en langue allemande consacrés aux grands sages du Moyen Age et de l’Antiquité et nullement à des pasteurs gardant leurs troupeaux. On imagine le changement iconographique qu’un tel renversement a pu susciter quant à l’habillement des personnages mais comme c’est le cas le plus souvent, on n’a pas réussi à effacer totalement les traces de la présentation antérieure tant et si bien que subsistera un personnage à sa table de travail, ne correspondant guère à l’image d’un berger.

Or, ce personnage est certainement à rapprocher de l’iconographie nostradamique, à savoir de vignettes représentant, le plus souvent au titre, un cabinet de travail, non sans d’ailleurs que par la fenêtre on n’observe les luminaires et quelques étoiles. Or, cette représentation du ciel n’est pas sans évoquer les pages de titre de plusieurs éditions du Kalendrier, représentant des bergers jouant ou écoutant de la musique sous un ciel étoilé et donc probablement durant la nuit. On notera à ce propos que les vignettes représentant soleil, lune et étoiles ensemble ne respectent guère la vérité astronomique surtout si la scène est censée se situer en plein jour, soit que le fonds de la vignette est blanc, soit que l’on ne distingue aucune bougie dans le dit cabinet.

La représentation des astres dans les vignettes nostradamiques telles qu’on peut les examiner sur les éditions Macé Bonhomme 1555 et Antoine du Rosne 1557 ainsi que sur diverses Prognostications et enfin sur certains almanachs, nous apparaît comme très proche de celle des frontispices des éditions du Kalendrier des Bergers, notamment en ce qui concerne la Lune. Dans les deux cas, le ciel, à l’arrière-plan comporte un soleil, une lune et quelques étoiles entre les deux luminaires. On trouve également une telle iconographie céleste dans The Compost of Ptholomeus, Prince of Astronomers, translated out of french for every person that will have knowledge of the Compost. Le titre même montre bien l’origine (pseudo) savante du corpus considéré.

Compost of Ptholomeus

Frontispice du Compost of Ptholomeus

    Or, sur certaines vignettes nostradamiques, le soleil est à droite et la Lune à gauche et sur d’autres, on observe l’inverse.

   On signalera également la présence dans un cas de deux rangées de livres, constituant une bibliothèque, dans l’autre de quelques livres posés sur une table.

Soleil en premier à partir de la droite

    Paraphrase de C. Galen sur l’exortation de Menodote, Lyon, Antoine du Rosne, 1557 et 1558. Vignette sans frise zodiacale et sans bibliothèque.

Les Prophéties de M. Michel Nostradamus, Lyon, Macé Bonhomme, 1555 (Bibl. Albi et Vienne). Vignette sans frise zodiacale, sans bibliothèque.

Edition des Prophéties (1555)    Paraphrase de Galien (1557)

Frontispices de l’édition des “Prophéties” (1555) et de la Paraphrase de Galien (1557)

    Pronostication Nouvelle pour l’an mil cinq cens soixante deux, Veuve Barbe Regnault (Bib Munich). Vignette sans frise zodiacale et sans bibliothèque.

Almanach pour 1563, Paris, Barbe Regnault. Vignette sans frise zodiacale et sans bibliothèque (Bibl. Municipale de Lille).

Almanach pour l’an 1565, Paris, Thibaut Bessaut (catalogue de vente), sans frise zodiacale et sans bibliothèque.

Pronostication pour 1562 (Barbe Regnault)    Almanach pour 1563 (Barbe Regnault)    Almanach pour 1565 (Thibault Bessault)

Frontispices des éditions parisiennes Barbe Regnault et Thibault Bessault

    Les Prophéties de M. Michel Nostradamus, Lyon, Antoine du Rosne, 1557, Bibl. Univ. Utrecht. Vignette sans frise zodiacale et sans bibliothèque.

Edition Antoine du Rosne (1557)

Frontispice de l’édition Antoine du Rosne (1557)

Lune en premier à partir de la droite

    Prognostication nouvelle & prédiction portenteuse, pour Lan 1555, Lyon, Jean Brotot et A. Volant. Vignette encadrée d’une frise, avec bibliothèque.

Les Significations de l’Eclipse qui sera le 16 septembre 1559, Paris, Guillaume le Noir. Vignette encadrée d’une frise, avec bibliothèque.

Pronostication pour 1555    Significations pour Septembre 1559

Frontispices de la pronostication pour 1555 et des Significations de l’Eclipse (1559)

    La Grand Pronostication nouvelle avec portenteuse prédiction pour 1557, Paris, Jacques Kerver. Vignette encadrée d’une frise, avec bibliothèque.

Pronostication nouvelle pour l’an mil cinq cens cinquante & huict, Paris, Guillaume Le Noir. Vignette encadrée d’une frise, avec bibliothèque.

Grand Pronostication pour 1557    Pronostication pour 1558

Frontispices des Pronostications pour 1557 et 1558

    Les Prophéties de M. Michel Nostradamus, Paris, Veuve Nicolas Roffet, 1588. La vignette semble reprise de l’almanach pour 1578 de J. M. Coloni.

Pronostication composée par M. Marc Coloni fils de feu M. Iean Maria Coloni (…) demeurant à Grenoble, Paris, Claude de Montr’oeil. 1582.

Almanach et amples prédictions pour l’an de Iesus Christ 1582, composé par maistre Marc Coloni, docteur Medecin demeurant à Lyon, Paris, Claude de Montroeuil. (British Library, Londres). Vignette sans frise zodiacale, sans bibliothèque ; le personnage se tient devant un bureau beaucoup plus massif, assis sur un siège plus majestueux, et désigne la sphère placée devant lui. On peut dater l’apparition de cette vignette autour de 1580, dès lors qu’en 1578 la vignette était plus proche de celle de la Paraphrase, dans l’almanach de Jean Maria Coloni, le “père” de Marc.

Pronostication Marc Coloni 1582    Almanach Marc Coloni pour 1582

Frontispices des éditions 1582 de Marc Coloni

    Les Prophéties de M. Michel Nostradamus, Paris, Pierre Ménier, 1589 (BNF) et c1598 (Bibl. Mazarine). Même présentation que l’Almanach de Marc Coloni, pour 1582, mais la vignette figure aussi à la fin.

Edition Nicolas Roffet (1588)    Edition Pierre Ménier (1589)

Frontispices des édition Nicolas Roffet (1588) et Pierre Ménier (1589)

Soleil seul

    Almanach de Jean Maria Coloni pour 1578, Lyon, Nicolas de la Roue (Bibl. Mun. Lyon La Part Dieu). Epître à Henri III.3

Les Prophéties de M. Michel Nostradamus, Lyon, Antoine du Rosne, 1557, Bibl. Budapest. La vignette est inversée par rapport à celle de l’Almanach de J. M. Coloni pour 1578. L’autre édition Antoine du Rosne 1557 (Bibl. Utrecht) dérive directement de la Paraphrase, pour ce qui est de la vignette, tout comme l’édition Macé Bonhomme 1555.

Edition Antoine du Rosne (1557)    Almanach Jean-Marie Coloni pour 1578

Frontispices des éditions Antoine du Rosne (1557) et Jean-Marie Coloni (1578)

    On peut donc dire que l’on a quatre types de vignettes : le type Paraphrase de Galien 1557, le type Jean Maria Coloni 1578; le type Pronostication 1557 et le type Marc Coloni 1582.

On trouve dans nombre d’éditions françaises du Kalendrier des Bergers un personnage avec bibliothèque et avec la Lune en premier, à droite de la fenêtre (Paris, Nicolas Bonfons), avec diverses variantes.

Kalendrier des Bergers (Nicolas Bonfons)    vignette Bibliothèque

Frontispice du Kalendrier des Bergers (Nicolas Bonfons) et vignette “Bibliothèque”

Kalendrier des Bergers (Jehan Bonfons)    vignette Bibliothèque

Frontispice du Kalendrier des Bergers (Jehan Bonfons) et vignette “Bibliothèque”

Kalendrier des Bergers    vignette Bibliothèque

Autre édition du Kalendrier des Bergers et vignette “Bibliothèque”

Calendayr of the Shyppars    vignette Bibliothèque

Autre édition (anglaise) du Calendayr of the Shyppars et vignette “Bibliothèque”

    Parfois le personnage n’est pas seul dans la pièce et est en train de recevoir de la visite et nous tendons à penser que la vignette avec le personnage isolé est tronquée.4 Il semble que cette version de la vignette à plusieurs personnages – sans représentation des astres – n’ait été conservée qu’en Angleterre mais à partir d’éditions françaises, ce qui est vrai aussi pour le Compost of Ptolomeus.5

Application de notre classification

   On notera qu’en ce qui concerne les Prognostications, celle pour 1562, conservée à Munich, est atypique, elle est la seule qui commence avec le soleil alors que les autres commencent avec la Lune. La dite Prognostication se retrouve ainsi dans le groupe Paraphrase de Galien, Editions 1555 et 1557 des Prophéties.6 Mais elle est surtout la seule des Prognostications à ne pas comporter ni frise zodiacale ni rangées de livres. En cela, elle est semblable à une autre édition de Barbe Regnault, l’almanach pour 1563. Voilà qui vient confirmer nos soupçons concernant la dite Prognostication pour 1562 à propos de l’Epître introductive.7 Un autre cas suspect (cf. infra) est celui de la Prognostication (sic) pour 1555, laquelle a une vignette pourtant conforme à celle des Prognostications pour 1557 et 1558, ce qui n’est pas pour autant un critère d’authenticité, la preuve étant que les Significations de l’Eclipse, dont divers études sur le Site Espace Nostradamus ont démontré l’inspiration hybride, sont également conformes en ce sens. Notons toutefois qu’alors que pour 1557 et 1558, on a “Pronostication”, en revanche pour 1555 on a “Prognostication”. On peut certes y voir dans “prognostication” un archaïsme mais nous ne pensons pas qu’en l’espace de deux ans il y ait eu une telle évolution chez un même auteur.8

La vignette de la Paraphrase de Galien

   On peut s’étonner qu’une vignette nostradamique puisse figurer à la page de titre d’une traduction de latin en français par Michel de Nostredame d’un texte grec de Galien. Mais nous pensons qu’en réalité, ce n’est pas Nostradamus qui est ici représenté mais bel et bien Galien. Or, Galien figure dans la liste des grands savants sélectionnés dans les almanachs allemands, il correspond au mois de mars Cf. Das ist der teutsch kalender mit den figuren. On retrouve “maister Galienus”, toujours pour le même mois, dans le Schapherderskalender, dans les années 1520, à Rostock, où une vignette – portrait – probablement assez fantaisiste – lui est attribuée, dont il semble que l’on ait pu s’inspirer pour illustrer la Paraphrase de Galien, tout en empruntant à l’iconographie du Kalendrier et Compost des Bergiers. C’est dire en tout cas que Nostradamus n’avait nullement le privilège d’une telle vignette et qu’il convient de dénostradamiser celle-ci (cf. infra).

Or, cette Paraphrase de Galien, traduite par Nostradamus, et parue à Lyon, en 1557 et 1558, par les soins d’Antoine du Rosne, semble bien avoir inspiré par sa vignette au moins une partie de la production nostradamique, par assimilation du traducteur à la vignette. En fait, ce serait selon nous, à partir de l’édition 1557.9

Nous pensons que la vignette des Prognostications pour 1557 et 1558 s’inspira de celle de la Paraphrase, ce qui laisserait entendre qu’elle n’aurait pu être utilisée auparavant pour le corpus nostradamique. La Pronostication pour 1557 aurait été la première de la série. En revanche, un tel constat nous autorise à mettre en cause des éditions antérieures à 1557 portant ce type de vignette à l’endroit de Nostradamus et cela concerne tant la Prognostication pour 1555 probablement imitée des Significations de l’éclipse, autre faux, et comportant des quatrains français alors que seuls les almanachs de Nostradamus en sont pourvus, que l’édition Macé Bonhomme 1555, laquelle comporte une telle vignette.

Faut-il rappeler que c’est chez ce même Antoine du Rosne que sont supposées être parues en 1557 deux éditions des Centuries ? Mais dans ce cas, nous ne pensons nullement que les dites éditons parurent à l’époque. D’ailleurs, toutes les éditions appartenant au groupe “Galien”, sans bibliothèque derrière le personnage, hormis laParaphrase, sont, selon nous des faux.

Dans ce même groupe, on a aussi les éditions parisiennes de la Ligue (Veuve Nicolas Roffet de 1588) avec une vignette tronquée mais qui montre bien l’absence de bibliothèque, et Pierre Ménier de 1589 (plus une autre édition non datée) et nous pensons que les éditions 1555 et 1557 datent également de la fin des années 1580 ou du début de la décennie suivante. Mais c’est aussi le cas, pensons-nous, de la pronostication pour 1562 et de l’almanach pour 1563, tous deux supposés parus chez Barbe Regnault. Toutefois, les éditions parisiennes sont atypiques de ce groupe “Paraphrase” sur un point, à savoir qu’il s’y trouve une permutation des luminaires.

Si les vignettes des Prognostications se servent d’une vignette qui n’était nullement conçue à l’intention de Michel de Nostredame, celles-ci n’ont pas influencé directement les éditions des Centuries comportant ces vignettes. La Prognostication pour 1555 est un cas particulier: à la différence de celle pour 1562 qui est semblable à celle figurant sur les éditions des Centuries de 1555 et 1557, celle de la dite Prognostication a en tout cas eu pour modèle les vraies Prognostications de Nostradamus, elle ne saurait donc avoir été réalisée par le même “atelier” de faussaires, cela exigeait une documentation plus complète sur la production nostradamique, comme c’est le cas pour lesSignifications de l’Eclipse qui sera le 16 septembre laquelle fera sa maligne extension inclusivement iusques à l’an 1560 etc, faux patenté, et qui adopte une vignette normalement réservée aux seules Pronostications annuelles. Ces Significations reprennent habilement une formule figurant sur la Prognostication pour 1557 mais abandonnée sur celle pour 1558 :

“Contre ceux qui tant de fois m’ont faict mort”.

 

Et qui devient dans la contrefaçon pourtant postérieure à la Prognostication pour 1558 :

“Avec une sommaire responce à ses détracteurs”.

 

Ajoutons que pour ce qui est de la Prognostication pour 1555, on trouve un recours inhabituel aux chiffres romains (MDLV) pour indiquer l’année visée par le texte et qu’on y mentionne au titre de façon tout à fait inhabituelle le nom du dédicataire de l’Epître introductive, Joseph des Panisses alors que le nom du dédicataire ne figure pas pour des personnages autrement éminents, comme pour l’Almanach pour 1557, dédié à Catherine de Médicis ou pour la Grand Pronostication nouvelle pour 1557 dédiée à Antoine de Vendôme, roi de Navarre.

Rappelons que la vignette de la Paraphrase de Galien n’est pas nostradamique. C’est une vignette sensiblement remaniée qui sera adopté par et pour Nostradamus : ajout d’une frise zodiacale, d’une bibliothèque à gauche de la vignette au lieu de quelques livres placés sur une table à droite de celle-ci. Est-ce à dire que les contrefaçons furent directement inspirées de la vignette de la Paraphrase de Galien ? On pourrait le penser dans la mesure même où si deux éditions des Centuries furent indiquées comme parues chez le dit Antoine du Rosne et comportent les mêmes vignettes que celle de la Paraphrase, cela ne saurait être évidemment l’objet du hasard. Mais il est remarquable qu’à deux époques distantes d’une trentaine d’années, la vignette de la Paraphrase ait ainsi servi. Or, il semble exclus que l’autre groupe “frise zodiacale – bibliothèque” ait été alors utilisé, tant les différences avec le groupe “Paraphrase” sont marquées.

Nous pensons qu’en fait la Paraphrase n’aura servi que dans le second cas de figure, celui qui vit paraître des éditions chez le même libraire Antoine du Rosne. Dans le premier cas de figure, il semblerait que la source ait été autre, à savoir la Pronostication perpétuelle composée & pratiquée par les expers Anciens & modernes astrologues & Medecins comme Pithagoras en ses circules & Anglets, Joseph Le Juste, Daniel le Prophète, M. Estienne de Prato, Serapino Calabarsi (anagramme de Rabelais) & Guido en leurs almanachs & plusieurs autres, Paris, Jean Bassaut (BNF). Vignette sans frise zodiacale. Cette vignette, on le voit aura servi à désigner divers auteurs.

Certes, on ne peut affirmer que la vignette en question ne circulait pas avant 1555 mais il reste que la publication simultanée des deux moutures de la dite vignette dans des oeuvres de Michel de Nostredame nous apparaît comme extrêmement improbable. Comment concevoir que dans les années 1555 – 1558 aient cohabité les vignettes desPronostications pour 1557 et 1558 avec celles des Prophéties supposées parues chez Macé Bonhomme et Antoine du Rosne ? Certes, la vignette de la Paraphrase de Galien accrédite l’idée que les vignettes des Prophéties existaient déjà mais cela ne concernait pas alors le personnage de Nostradamus mais celui de l’auteur grec qu’il avait traduit du latin, Claude Galien, l’homme des humeurs, contemporain de Claude Ptolémée. Quant à voir dans la “bibliothèque” figurant sur les vignettes des Pronostications les livres que Nostradamus collectionnait et annotait, c’est de la pure fantaisie ! Quant à vouloir se servir du faux almanach pour 1565, comportant une vignette identique à celle de la Pronostication pour 1562 et du faux almanach pour 1563 – Thibaut Bessaut étant le gendre de Barbe Regnault – pour “prouver”, à partir des quatrains pour les mois d’octobre et de décembre, que l’on connaissait déjà à cette date les centuries V et VI10, il y a là un manque d’expérience en Histoire des textes assez ahurissant. Qui ne voit qu’il s’agit d’un procédé conçu précisément pour légitimer les centuries additionnelles mais surtout pour diffuser quelques quatrains au lieu que le lecteur se perde dans la jungle de centaines de quatrains ? N’oublions pas, en effet, que le seul fait de sélectionner des quatrains est en soi un commentaire qui se suffit à lui-même. Il nous semble en effet que ce sont plutôt les quatrains qui constituent un commentaire des événements ; dès lors l’exégèse de type centurique consiste à proposer tel ou tel quatrain en telle ou telle circonstance, un peu à la façon du Yi King; en pratique, il ne s’agit pas tant de commenter des quatrains – lesquels ? – mais de commenter le monde au moyen de tel ou tel quatrain. Qu’apporte dans ce cas le commentaire centurique ? Le sentiment que ce qui se passe avait été annoncé, que ce n’est pas n’importe quoi.

Gruber ne relève pas le fait qu’on ne trouve repris dans ce faux almanach pour 1565 aucun quatrain des Centuries VIII-X, ce qui, bien que l’échantillonnage soit quelque peu restreint, pourrait indiquer une contrefaçon datant de la période de la Ligue où les dites dernières centuries n’avaient pas droit de cité. Quant au texte des quatrains en question, il ne comporte pas de variante par rapport à une édition comme celle d’Anvers 1590 et n’offre aucun caractère d’ancienneté particulière.

On voit donc que parmi la production à vignette nostradamique des années 1550 – 1560, le type de vignette est déterminant pour isoler le groupe Barbe Regnault-Thibaut Bessaut – Ed. 1555 – 1557 qui date de la période de la Ligue – et qui reprend la vignette de la Paraphrase de Galien ; associée par erreur à Nostradamus – du groupe constitué par les Pronostications pour 1557 et 1558 lesquelles sont d’époque. Un troisième groupe comportant les mêmes vignettes que le groupe d’époque est lui, en revanche, contrefait, il s’agit de la Prognostication (sic) pour MDLV et des Significations de l’Eclipse de 1559 et qui, elles dérivent directement des Pronostications pour 1557 et 1558, et dont on peut penser que sa réalisation serait proche des pratiques chavigniennes, mieux documentées. La production liée aux deux Coloni est également tout à fait intéressante : elle atteste que dès 1578, on disposait de la vignette qui servira à produire la vignette Antoine du Rosne 1557 Budapest mais pas encore probablement celle qui servira pour la fabrication de l’édition Antoine du Rosne 1557 Utrecht, au demeurant plus tardive, du point de vue de son contenu11 ou pour les faux Regnault-Bessaut et Macé Bonhomme 1555. Dès 1582, en revanche, on dispose de la vignette dont se servira Pierre Ménier en 1589 pour ses éditions des Prophéties. En fait, tout semble indiquer que la vignette copie conforme de celle de la Paraphrase ne soit pas attestée avant 1588, avec l’édition Veuve Nicolas Roffet.

On notera que le phénoméne Coloni a complètement échappé aux recherches de Chomarat et de Benazra. Pourtant Crespin dans Au Roy Epistre et aux autheurs de disputation sophistique de ce siecle sur la déclaration de la comette qui a été commencée d’estre veue etc, Paris, Gilles de St Gilles12, n’écrivit-il pas en 1577 :

“Aux bénévoles Lecteur (sic) Advertissement que Archidamus Astrologue de France. Il y a trois ans que il n’a composé Almanachz n’y a intention pour l’advenir d’en faire pour l’occasion de la faulseté que y commettent en son nom au mépris des Princes & republiques, qu’on voit ordinairement en presence de tout le monde, aucuns (certains) faulx libraires ce (sic) disant imprimeurs de ce Royaume disant avoir mandement de luy. Laquelle chose journellement avec leurs faulsetes impriment au nom dudit (…) pour endormir le peuple mettent avec privilège du Roy & si controuvent plusieurs noms comme Nostradamus le ieune & Florent de Crolz & autres faux noms inventez & mettent en lumière un Almanach de iean Maria Colony qui a un an qu’il est décédé.”

 

Mais si Florent de Crox a bien été recensé, c’est qu’il était présenté comme “disciple de deffunct M. Michel Nostradamus”, alors que les Colony ne mentionnent même pas le nom de Nostradamus tout en utilisant une vignette qui lui est couramment associée ainsi, du moins pour ce qui est de Marc Colony, que des quatrains empruntés aux centuries ou aux almanachs. Mais l’absence du nom de Nostradamus aura suffi à faire échapper ces publications aux investigations des nostradamologues, lesquels laissent de côté a priori tout ce qui ne se présente pas explicitement comme relevant de leur domaine ou si l’on préfère, puisque les dits nostradamologues s’appuient sur un réseau de conservateurs de bibliothèques, qui ne leur fut pas signalé par ces derniers. Quant à cet avertissement de Crespin, pourquoi échappa-t-il, lui aussi, aux recherches ? En fait, il est largement reproduit, avec le nom de Colony ! – dans le RCN (p. 114), du fait d’une autre édition du même ouvrage de 1578, parue chez Benoist Rigaud13 mais sans que l’on ait été voir qui pouvait être ce personnage voué aux gémonies par Crespin. Benazra commente ainsi ce passage : “Après cet exposé, nous nous devons de décerner la palme de l’escroquerie à Antoine Crespin Nostradamus dit Archidamus”. Certes, on peut ironiser sur le sort de cet arroseur arrosé, de cet imposteur qui lui-même se voit en butte à des faussaires et qui d’ailleurs s’est fait composé une vignette dans le style nostradamique, probablement dérivée de celle des Prognostications, si l’on se fonde sur le fait que le nom figure à l’intérieur de la vignette. Mais nous pensons que Crespin avait bel et bien acquis une certaine légitimité et un certain statut auprès des Valois et que le titre Nostradamus était devenu en quelque sorte, dans les années 1570, la marque d’une fonction plutôt que l’apanage d’un seul homme. On aura en angleterre, au XIXe siècle, un phénomène assez semblable avec la dynastie astrologique des Raphaels. Et d’ailleurs, les rois eux-mêmes ne donnaient-ils pas l’exemple d’une institution dépassant les personnes ? Le roi est mort, vive le Roi !

Michel Chomarat, pour sa part, signale bien l’édition de 157714 mais il n’en a pas, visiblement, exploité le contenu. Pourtant, la Bibliothèque de Lyon La Part Dieu conserve bel et bien un exemplaire de l’almanach du dit Iehan Maria Colony qui n’a pas été signalé par et à ces deux chercheurs lyonnais, ce qui évidemment ne les a pas mis sur la piste de la production Colony, notamment pour ce qui est conservé à Londres et probablement ailleurs. Il nous apparaît que les almanachs ont perpétué dans les années 1570 – où ne parut, semble-t-il, aucune édition des Centuries – et au début de la décennie suivante, l’héritage nostradamique et que c’est en fait à partir des vignettes des almanachs d’imitateurs de Nostradamus que l’on aurait élaboré les éditions tronquées – par rapport à l’édition de “Dix Centuries de quatrains” selon la description de Du Verdier (1585) – des Centuries de la fin des années 1580, celle de Jean Maria Colony servant à la fausse édition à sept centuries des Prophéties Antoine du Rosne (Bibl. Budapest), celle de Marc Colony servant à celles à huit centuries de Pierre Ménier (1589 et non datée).

On remarquera que certaines éditions des Centuries comportent des vignettes dites nostradamiques et d’autres noms. Il semble assez évident que les éditions Macé Bonhomme 1555 et Antoine du Rosne 1557 (exemplaire d’Utrecht) dérivent de l’édition de 1588 réalisée par la veuve de Nicolas Roffet. En fait, la page de titre étant tronquée, on ne sait pas à quoi se réfère la formule “jouxte la copie imprimée l’an”. Nous ne pensons pas que l’on puisse compléter, comme l’ont fait Chomarat et Benazra, par “l’an 1561”, référence figurant déjà au titre ; nous pensons plutôt que cela renvoie à une autre édition parue peu de tant avant, à Paris ou ailleurs. Cela dit, il nous apparaît que les éditions datées des années 1550 susmentionnées, du fait du recours à la même vignette que celle de l’édition Roffet, trahissent ainsi leur origine parisienne et le fait qu’elles sont postérieures vraisemblablement à 1588. On peut aussi se demander pourquoi on aurait renoncé à la vignette en question en 1568 dans l’édition Benoist Rigaud et l’absence de la vignette nostradamique dans cette édition milite en faveur d’une datation bien plus tardive. En fait, tout se passe comme si l’on avait conformé les deux volets de l’édition 1568 au couple almanach / pronostication, la vignette représentant un personnage étant réservée au second volet, vignette, représentant Atlas portant le monde sur sa tête, au demeurant sans aucun rapport avec celle figurant sur les éditions des années 1550. Aucune édition des XVIIe et XVIIIe siècles ne réutilisera la vignette nostradamique et on peut même penser que les faussaires du XVIIIe siècle n’en avaient pas connaissance. On rappellera enfin qu’un Macé Bonhomme avait l’habitude de toujours placer sur ses productions sa propre vignette d’inspiration mythologique de libraire plutôt que de recourir à des motifs différents d’un ouvrage à l’autre, ce qui est un trait qui à l’époque devait être réservé à certaines productions comme les publications annuelles, à la littérature de colportage, dont il ne semble pas que ce libraire lyonnais ait été un adepte, et ce à la différence des pratiques actuelles de l’édition.

Il conviendrait cependant de mettre en garde contre certains rapprochements trop rapides entre documents. Le fait que certaines similitudes existent ne signifie pas que le passage s’est opéré directement ; il existe souvent des chaînons intermédiaires; c’est ainsi que la vignette figurant sur l’édition de la traduction de la Paraphrase de Galien n’a pas nécessairement été utilisée par les éditeurs parisiens des Centuries ; ils ont pu se servir d’un document nostradamique qui y aurait recouru, à une époque également intermédiaire, ce qui évite d’avoir à supposer la conservation sur des décennies de tel ouvrage.

Quant à parler de la thèse du complot (en anglais “plot”) – formule reprise par R. Benazra, dans un récent article, pour désigner notre point de vue, nous pensons en effet qu’il a existé et quelque part qu’il existe toujours des gens désireux de consolider, à n’importe quel prix, le corpus centurique en en minimisant les fractures et les solutions de continuité, et ce en toute impunité, sous prétexte que le passé, de toute façon, nous échappe et qu’il constitue un espace de liberté, une sorte d’auberge espagnole, considérant que tant qu’à faire autant se fabriquer un passé gratifiant et sur mesure. C’est en fait bel et bien sur le statut épistémologique du passé et de l’Histoire et non du futur et du prophétique que se situe l’enjeu.

Jacques Halbronn
Paris, le 1er février 2004

Notes

Cf. Cura.free.fr. Retour

Cf. Le texte prophétique en France, formation et fortune, Paris X, Nanterre, 1999. Retour

Cf. nos “Réflexions sur les méthodes de travail des nostradamologues”, sur Cura. free.fr. Retour

Cf. The Kalendayr of Shyppars, A Vérard, 1503, repris in The Shepheards Kalender Here Beginneth The Kalender of Shepheards, Londres, Thomas Adams, 1618. Retour

Cf. nos “Etudes autour des éditions ptolémaiques de Nicolas de Bourdin” in postface du reprint du Commentaire de Nicolas Bourdin sur le Centiloque, Paris, Trédaniel, 1993. Retour

Cf. “Michel de Nostredame face à la critique nostradamique”, Cura. free.fr. Retour

Cf. notre réponse à E. Gruber, dans notre réponse au dossier CURA n° 26, sur Espace Nostradamus. Retour

Cf. “un faux almanach de Nostradamus paru sous la Ligue”. Réponse aux observations parues dans le n° 26 du CURA consacré à Nostradamus, Espace Nostradamus. Retour

Cf. sur la parution de la Paraphrase la lettre d’Olrias de Cadenet à Nostradamus, Lettres Inédites, trad. Du latin J. Dupébe, Genève, Droz, 1983, pp. 51 et seq. Retour

10 Cf. E. Gruber, Reconsidering the “Nostradamus plot”, Cura.free.fr. Retour

11 Cf. “La question des deux éditions Antoine du Rosne 1557”, “Caractère et carrière posthumes des Centuries”, “Du traitement raisonné de l’iconographie nostradamique” in “Réponse aux observations parues dans le n° 26 du CURA consacré à Nostradamus”, “Contribution aux méthodes des description du corpus centurique”, “Le problème des éditions datées du vivant de Michel de Nostredame”, “Le Janus Gallicus et les mots rendus en majuscules ou initiales”, sur Espace Nostradamus. Retour

12 Cf. British Library 1192 e 15, BNF fonds Rotschild 2565 et Bib. Berlin. Retour

13 Cf. BNF Res pV 201. Retour

14 Cf. Bibliographie Nostradamus, n° 135. Retour

 

Publié dans ASTROLOGIE, HISTOIRE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

articles sur Nostradamus parus sur propheties.it Halbronn’s Researches

Posté par nofim le 23 janvier 2014

logo1 articles sur Nostradamus parus sur propheties.it   Halbronn's Researches dans HISTOIRE logo_shim1
content_space1_2 dans NOSTRADAMUS

P r o p h e t i e s   O n   L i n e   

logo2 logo_shim2
content_space2_2

The largest library about Nostradamus for free !

logo3

Halbronn’s Library - 1st Part
Halbronn’s Library - 2nd Part
Halbronn’s Library - 3rd Part
Introduction
Researches 01-10
Researches 11-20
Researches 21-30
Researches 31-40
Researches 41-50
Researches 51-60
Researches 61-70
Researches 71-80
Researches 81-90
Researches 91-100
Researches 101-110
Researches 111-120
Researches 121-130
Researches 131-140
Researches 141-150
Researches 151-160
Researches 161-170
Researches 171-180
Researches 181-190
Researches 191-200
 

 

 

 

 

 

 

 

logo_shim3
content_space3

  

 

Jacques Halbronn’s Researches

 

 

Publié dans HISTOIRE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

Liste d’articles sur Nostradamus parus dans Estudes nostradamiennes, Grande-conjonction.org

Posté par nofim le 23 janvier 2014

 ESTUDES NOSTRADAMIENNES

 

Articles en français :

1.  Claude Fabri, collaborateur de  Michel  de Nostredame            par Jacques Halbronn

2. Nostradamus et le syncrétisme chronologique                             par Jacques Halbronn

3. La désaffection des libraires parisiens
    pour les productions de Nostradamus après 1561                       par Jacques Halbronn

4. Les pseudo-contrefaçons des nostradamologues                       par Jacques Halbronn

5. L’Epître de l’Almanach de Nostradamus pour 1560                      par Jacques Halbronn 

6. Iconographie nostradamique : de Galien à Epicure                      par Jacques Halbronn

7. Les risques d’anachronisme                                                                par Jacques Halbronn

    dans le travail des nostradamologues;                        avec la réaction de Peter Lemesurier

 

8. Versification et exégèse 

     comme causes de corruption du matériau centurique                 par Jacques Halbronn

 

9. Nostradamus et ses « haineux ».                                                           par Jacques Halbronn

 

10. Benoist Rigaud et la production pseudo-nostradamique

      du début des années 1580                                                                   par Jacques Halbronn

 

11. Vers une modélisation

      de la succession des éditions centuriques                                     par Jacques Halbronn

 

12Contrefaçons et imitations

      parues ou censées parues du vivant de Nostradamus                par Jacques Halbronn

 

13Nouvelles recherches sur l’affaire Chevigny/Chavigny                par Jacques Halbronn

 

14. La prise en compte des lacunes 
du corpus centurique.
                                                                            par Jacques Halbronn

 

15. Les deux épîtres du mois d’août 1558                                               par Jacques Halbronn


16. La Préface à César et la Réforme Grégorienne                               par Jacques Halbronn

 

17. Jean-Maria Colony
et les contrefaçons Antoine du Rosne.                                              
par Jacques Halbronn

18. Le libraire Pierre Chevillot, de Paris à Troyes                                  par Jacques Halbronn


19. Nouvelles propositions sur l’historique 
                                           par Jacques Halbronn
des éditions centuriques

20. Nouvelles recherches sur le Recueil de Présages                         par Jacques Halbronn
Prosaïques

21. A propos de l’échéance nostradamique                                            par Jacques Halbronn
de la fin du XVIIIe siècle.

22. Un nouveau point sur les éditions Benoist Rigaud 1568               par Jacques Halbronn

23. A la recherche des premiers intitulés des éditions centuriques   par Jacques Halbronn

24. La remise en place d’ éditions à dix centuries                                   par Jacques Halbronn
      au cours des années 1590.

25. Les Centuries et le débat sur la loi salique, sous Henri III.             par Jacques Halbronn

26. Antoine Couillard et la reconstitution de l’Epître à César               par Jacques Halbronn

27. De l’almanach annuel à l’horoscope perpétuel                                 par Jacques Halbronn

28. Evolution du statut du quatrain dans les almanachs de Nostradamus par J.Halbronn

29. Le projet de la « Bibliothèque Nostradamus »                                     par Mario Gregorio

 

30. La Collection nostradamique Ruzo                                                      par Jacques Halbronn

31. La question des sources du corpus Nostradamus                          par Jacques Halbronn

32. Evolution du texte paracenturique : de l’addition à l’explication  par Jacques Halbronn

33. L’instrumentalisation du voyage de Nostradamus à la Cour         par Jacques Halbronn

34. Le nominalisme prophétique dans le discours centurique par Jacques Halbronn

 

Publié dans HISTOIRE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

Articles sur Espace Nostradamus (ramkat.free.fr)

Posté par nofim le 23 janvier 2014

1 - Avertissement à la critique nostradamique de J. Halbronn, par P. Guinard
2 - Jean Dorat et la « miliade », par J. Halbronn
3 - Le débat J. Halbronn versus P. Guinard, par L. de Luca
4 - Réponse à J. Halbronn, par « Connetable »
5 - Réponse à « Connetable » par J. Halbronn
6 - La question des Centuries incomplètes, par J. Halbronn
7 - L’Epître à César et la prétendue humilité de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
8 - Le Janus Gallicus et les mots rendus en majuscules ou initiales, par J. Halbronn
9 - Procédés compilatoires dans la littérature pseudo-nostradamique, par J. Halbronn
10 - Du caractère partisan des Centuries, par J. Halbronn
11 - Le système centurique en tant que mode de régulation sociale, par J. Halbronn
12 - Le nostradamisme, du mimétisme du passé à celui du futur, par J. Halbronn
13 - Réflexions sur quelques pseudonymes dans l’oeuvre de Nostredame, par L. de Luca
14 - Lucien de Luca ou la stratégie de la terre brûlée, par J. Halbronn
15 - Les échéances nostradamiques et le recoupement par les traductions, par J. Halbronn
16 - Contribution aux recherches biographiques sur Michel de Nostredame, par J. Halbronn
17 - L’Epître à Henri II et les commentaires et paraphrases des Ecritures Saintes, par J. Halbronn
18 - A time schedule of the prophecies, by T. W. M. van Berkel
19 - Le cinquième centenaire de la naissance de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
20 - Les contrefaçons centuriques et l’Edit de Nantes (1598), par J. Halbronn
21 - Les escrocs du nostradamisme, par J. Halbronn
22 - Caractère et carrière posthumes des Centuries, par J. Halbronn
23 - The French original of the Horoscope for Prince Rudolph, by Elmar R. Gruber
24 - The 1941-Vreede-translation and the 1558-Lyon-Edition, by T. W. M. van Berkel
25 - A rejoinder to Halbronn’s review of my book on Nostradamus, by Elmar R. Gruber
26 - Le problème des éditions datées du vivant de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
27 - A supposed correspondence between a présage and a quatrain, by T. W. M. van Berkel
28 - L’image oubliée d’un Michel de Nostredame, premier exégète des Centuries, par J. Halbronn
29 - Le témoignage de Videl pour la recherche nostradamologique, par J. Halbronn
30 - An astrological structure in the Centuries, by T. W. M. van Berkel
31 - Pour une relecture du Recueil des Présages Prosaïques, par J. Halbronn
32 - Les Centuries comme commentaire des textes en prose, par J. Halbronn
33 - The Millennium model versus the Trithemian cycle, by T. W. M. van Berkel
34 - Les premiers garants de la publication des Centuries de Nostradamus, par R. Benazra
35 - Des prophéties perpétuelles aux centuries tronquées, par J. Halbronn
36 - Contribution aux méthodes de description du corpus centurique, par J. Halbronn
37 - The second biblical chronology in the Epistle to Henry II, by T. W. M. van Berkel
38 - Les emprunts à Leovitius dans les deux épîtres nostradamiques de 1558, par J. Halbronn
39 - Les années 1580 : d’une ère centurique à l’autre, par J. Halbronn
40 - Réponse aux observations du n° 26 du CURA consacré à Nostradamus, par J. Halbronn
41 - Les femmes dans les Prophéties de Nostradamus, par L. de Luca
42 - Letter on Nostradamus to Théo Van Berkel, by J. Halbronn
43 - Epîtres et épitaphes lors de la phase génétique du canon nostradamique, par J. Halbronn
44 - Astrological traces of forgery in Les significations de l’éclipse, by T. W. M. van Berkel
45 - La centurie VI et l’an cinq cens octante plus & moins, par J. Halbronn
46 - La production nostradamique et le seuil de 1559, par J. Halbronn
47 - Les cadavres exquis des almanachs de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
48 - Le rôle des vraies Epîtres dans la datation du faux centurique, par J. Halbronn
49 - Indices de contrefaçon de la Préface à César, par J. Halbronn
50 - Les trois canons centuriques et leur couplage exégétique, par J. Halbronn
51 - De la date du “Brief Discours sur la vie de Michel de Nostredame”, par J. Halbronn
52 - L’importance des leitmotive pour l’herméneutique nostradamologique, par J. Halbronn
53 - La carence nécrologique des éditions des Centuries datées de 1568, par J. Halbronn
54 - Le labyrinthe des éditions centuriques “Rigaud”, par J. Halbronn
55 - Les Significations de L’Eclipse 1559 : Its origin, its disqualification, by T. W. M. van Berkel
56 - Le principe trinitaire (300) des Centuries, par J. Halbronn
57 - L’hypertexte centurique des années 1590, par J. Halbronn
58 - Le vrai pedigree de l’édition Benoist Rigaud 1568, par J. Halbronn
59 - Les paradoxes du prophétisme centurique, par J. Halbronn
60 - La question des deux éditions Antoine du Rosne 1557, par J. Halbronn
61 - Le Janus Gallicus comme base d’une édition critique des Centuries, par J. Halbronn
62 - La question des éditions pseudo-rigaldiennes et l’édition de Cahors, par J. Halbronn
63 - The prognostication for 1559 and the Recueil des présages prosaïques, by T. W. M. van Berkel
64 - Forgery and fallacy in Nostradamus : A reply to Jacques Halbronn, by Elmar R. Gruber
65 - Les Significations : Authentic nostradamian text or fake ?, by Elmar R. Gruber
66 - Le corpus nostradamique comme création collective, par J. Halbronn
67 - The theft of sacred objects from the cathedral of orange, by T. W. M. van Berkel
68 - The september 1559 lunar Eclipse and the Prognostication for 1559, by T. W. M. van Berkel
69 - Fausse Lettre à Henry, Roy de France second ou fausse alerte ?, par M. Barrois
70 - Questions autour du troisième volet du canon nostradamique, par J. Halbronn
71 - Pour une histoire de l’érudition nostradamologique, par J. Halbronn
72 - Nostradamus, Dante & Mahomet : une parabole d’Enfer, par L. de Luca
73 - La chronicité des événements dans la Lettre à Henry, par M. Barrois
74 - Un Nostradamus schizophrène, par J. Halbronn
75 - An Almanach ende Pronosticatie vanden Iare M.D.LXVI (1566), by T. W. M. van Berkel
76 - Les différentes versions de la Centurie VII, par J. Halbronn
77 - La thèse du complot des Centuries à l’épreuve de la critique, par R. Benazra
78 - Le rôle des variantes pour l’éxégèse nostradamique, par J. Halbronn
79 - Importance de l’an 1568 pour l’histoire des éditions centuriques, par J. Halbronn
80 - Sur les éditions du XVIe siècle connues et inconnues des Centuries, par J. Halbronn
81 - Signification du nombre de quatrains des trois centuries “incomplètes”, par J. Halbronn
82 - Le mémoire à César de Nostredame et le premier quatrain centurique, par J. Halbronn
83 - Le décalage entre bibliographes et exégètes des Centuries, par J. Halbronn
84 - Les chronologies officielles des quatre premières éditions des Centuries, par J. Halbronn
85 - L’iconographie nostradamique et le Kalendrier des Bergers, par J. Halbronn
86 - Une réflexion sur la Lettre à César, par R. Benazra
87 - Les éditions à sept centuries prolongées, par J. Halbronn
88 - Du rôle méconnu des exégètes des centuries au XVIIe siècle, par J. Halbronn
89 - Les éditions des Centuries à une, deux, trois épîtres, par J. Halbronn
90 - Les Centuries et les années 1570, par J. Halbronn
91 - Plutarque et la Lettre à Henri II, par R. Benazra
92 - Vers une nouvelle approche de la bibliographie nostradamique, par J. Halbronn
93 - Genèse et fortune du “Brief Discours sur la vie de Michel Nostradamus”, par J. Halbronn
94 - The 1941-Vreede-Translation and the Epistle to Henry II, by T. W. M. van Berkel
95 - Discours sur la méthode de J. Halbronn, par M. Barrois
96 - Les avatars des quatrains centuriques aux XVIe et XVIIe siècles, par J. Halbronn
97 - Remontrances à un ami nostradamologue à ses heures, par J. Halbronn
98 - La théorie des Grandes Conjonctions au prisme du canon nostradamique, par J. Halbronn
99 - Un homme de la Renaissance face aux tragédies du XXe siècle, par M. Barrois
100 - Vocation première et usage des Centuries, par J. Halbronn
101 - La critique des méthodes dites rationalistes, par P. Guinard
102 - Nostradamus, Duns Scot et Zénon l’Isaurien, par A. Delcour
103 - Nostradamus, entre géographie et histoire, par J. Halbronn
104 - Nostradamus et l’Archit(h)renius, par A. Delcour
105 - Orientations et limites de la nostradamologie, par J. Halbronn
106 - Nostradamus, the Netherlands and the Second World War, by T. W. M. van Berkel
107 - L’émergence du néonostradamisme dans le dernier tiers du XVIe siècle, par J. Halbronn
108 - Grogne, grecque ou grègue ?, par A. Delcour
109 - L’utilisation de quatrains des Prophéties hors du contexte centurique, par R. Benazra
110 - Production néonostradamique et sources précenturiques, par J. Halbronn
111 - Le ranc lorrain fera place à Vendosme… quinze ans avant la Ligue, par A. Delcour
112 - Avatars du centurocentrisme et du nostradamocentrisme, par J. Halbronn
113 - A la recherche du manuscrit idéal des Centuries, par J. Halbronn
114 - Qu’attendre du deuxième Colloque Nostradamus de Paris ?, par J. Halbronn
115 - Nostradamus lecteur d’Apianus, par L. de Luca
116 - Les Centuries comme pseudo-recueil de prophéties, par J. Halbronn
117 - Astrological anomalies in texts of Nostradamus, by T. W. M. van Berkel
118 - Les deux facettes de la nostradamologie : sources et faux, par J. Halbronn
119 - Nostradamus comme archétype du savant juif moderne, par J. Halbronn
120 - L’Epitre à Henri II et la mort du Roi, par J. Halbronn
121 - Panorama de la recherche nostradamologique au XXe siècle en France, par J. Halbronn
122 - Des fluctuations de la masse centurique, par J. Halbronn
123 - The prophecies during the Second World War : “brochure 18”, by T. W. M. van Berkel
124 - Le vieillissement du nostradamisme anglo-saxon, par J. Halbronn
125 - Petite contre encyclopédie nostradamus, par J. Halbronn
126 - Nostradamisme et astrologisme devant la critique, par J. Halbronn
127 - Nostradamus et la mort de l’astrologie, par J. Halbronn
128 - Epistémologie comparée des recherches nostradamiques et astrologiques, par J. Halbronn
129 - The 1941-Vreede-translation of the Prophecies, by T. W. M. van Berkel
130 - Nostradamus et l’éclipse du 11 aout 1999, par Y. Lenoble
131 - Les Centuries vues par l’astrologie et la numérologie, par J. Halbronn
132 - Nostradamus, ni historien, ni prophète, par J. Halbronn
133 - La présence lyonnaise de Nostradamus, par J. Allemand
134 - Valeur du découpage “1600” pour le corpus nostradamique, par J. Halbronn
135 - L’appareil iconographique des éditions Macé Bonhomme, par P. Guinard
136 - La dimension janussienne des Centuries, par J. Halbronn
137 - Fortune du prophétisme d’Antoine Crespin Archidamus, par J. Halbronn
138 - Enquête sur les deux plus célèbres vignettes nostradamiques, par J. Halbronn
139 - Le protonostradamisme de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
140 - Catalogue du fonds Nostradamus de la Bibliotheca Astrologica, par J. Halbronn
141 - Le rapport texte/prétexte autour des contrefaçons nostradamiques, par J. Halbronn
142 - Observations sur la Correspondance Nostradamus, par J. Halbronn
143 - Les Centuries et l’Angleterre. La question des sources, par J. Halbronn
144 - Evaluation de la clef géographique des Centuries, par J. Halbronn
145 - Les épîtres nostradamiques, leur fortune, en France et en Italie, par J. Halbronn
146 - Le système de codage de l’Orus Apollo (1541), par P. Guinard
147 - L’Epître à César au hasard des attaques et des rééditions, par J. Halbronn
148 - Du nombre initial de quatrains des Centuries V, VI et VII, par J. Halbronn
149 - Nostradamus : the Halbronn hypotheses, par P. Lemesurier
150 - L’iconographie nostradamique et le Kalendrier des Bergiers (II), par J. Halbronn
151 - Nostradamus et la versification des Hieroglyphica d’Horapollon, par J. Halbronn
152 - Comments to Lemesurier’s Nostradamus : the halbronn hypotheses, by T. W. M. van Berkel
153 - Méthodes et hypothèses de la recherche nostradamologique, par J. Halbronn
154 - Décryptage de la pseudo genèse du processus centurique, par J. Halbronn
155 - The first biblical chronology, by T. W. M. van Berkel
156 - The second biblical chronology, by T. W. M. van Berkel
157 - Des Vaticinations Perpétuelles aux Quatrains astronomiques, par J. Halbronn
158 - La forêt du Touphon & le duc d’Etampes, par L. de Luca
159 - The ´Janus hypothesis´, by P. Lemesurier
160 - Le quatrain du siège de Ravenne, par A. Delcour
161 - The printing of the Propheties: the evidence to date, by P. Lemesurier
162 - Questionnements autour de la septième centurie, par J. Halbronn
163 - Some remarks to the printing of books and to Peter Lemesurier’s last two articles, by W. Zannoth

 

Publié dans HISTOIRE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

Réflexions sur les méthodes de travail des nostradamologues

Posté par nofim le 22 janvier 2014



Réflexions sur les méthodes de travail des nostradamologues 
par Jacques Halbronn




« Plusieurs esprits libertins font des vers semblables à ceux de Nostradamus & y prédisent des choses qui sont déjà arrivées & puis les font ajouter à ses Centuries lorsqu’on les imprime de nouveau. » (David Derodon, Discours contre l’astrologie judiciaire, Genève, 1663)

Si l’on examine les bibliographies autour du corpus nostradamique parues dans les années 1989-1990, voilà déjà une douzaine d’années (parmi les tentatives les plus récentes, en dehors des ouvrages à vocation uniquement bibliographique, signalons celles de D. Ruzo (« Fiches bibliographiques des vers prophétiques de Nostradamus 1554-1668, in Le Testament de Nostradamus, Ed du Rocher, 1982, pp. 339 et seq), de P. Brind’amour (Nostradamus astrophile, Presses de l’Université d’Ottawa, 1993, pp. 473 et seq), de R. Amadou (« Eléments de bibliographie », in l’astrologie de Nostradamus, dossier, Ed. ARRC, 1992; pp. 39 et seq), l’on ne peut que relever un certain nombre de carences trahissant une certaine incurie de la recherche nostradamologique depuis la fin du XIXe siècle (Bareste, avec son Nostradamus, 1840, peut être considéré comme le père de la bibliographie nostradamique française (cf Buget, « Etudes sur Nostradamus », Bulletin du bibliophhile, 1863, pp.. 583 et seq), son travail sera repris, ( in Oracles, 1867, Reprint 1976), par Anatole Le Pelletier dans ses « Dissertations bibliographiques sur les éditions les plus connues des Centuries », pp; 37 et seq).

Il est vrai qu’elle ne disposait pas encore de l’outil informatique encore très mal installé au niveau des bibliothèques, dans les années Quatre-Vingts. Depuis on a pu faire certaines trouvailles, notamment grâce à la recherche par « mots du titre » comme cette critique que nous avons récemment exhumée d’un certain Just Théodat, auteur d’un Nostradamus démasqué, le sous-titre « Prédiction de l’avènement de Gambetta » étant purement d’ordre satirique (BNF Lb57 3587), paru au début des années 1880, .et qui intéresse autant la critique de l’astrologie judiciaire que celle des Centuries dans la France de la fin du XIXe siècle. Curieusement, ce titre « Nostradamus démasqué » sera repris, plus d’un siècle après, pour un ouvrage de James Randi, traduit de l’anglais. En tout état de cause, les rencontres que nous avons faites en 1991-1992 avec le québécois Pierre Brind’amour, tant à Paris qu’à Ottawa, a modifié le cours des choses, qui aboutirent notamment au Colloque d’Histoire de l’astrologie de 1991 (Crypte de l’Eglise Sainte Anne, Paris), faisant pendant à celui du Warburg Institute (Londres 1984), édité par P. Curry, en 1987, sous le titre Astrology, Science and Society.. 
Le nom, le lieu et la date

La règle du jeu de la bibliographie nostradamique est simple: on rassemble tout ce qui porte le nom de Nostradamus et on le classe chronologiquement d’après la date qui figure, en principe, sur chaque ouvrage. Pour faire cela, il ne faut pas être grand clerc mais du moins faire preuve d’une certaine persévérance en interrogeant au moyen de circulaires toutes les bibliothèques existantes, privées ou publiques concernant tout ce qui touche formellement à Nostradamus.

Comment, dans ces conditions, un document nostradamique de quelque importance aurait-il pu passer entre les mailles des filets? On pouvait certes tout au plus imaginer que telle mention de Nostradamus dans un ouvrage qui ne lui est pas consacré, en son titre, pourrait encore faire surface.

L’avantage de cette approche, au demeurant, était de mettre, indifféremment, dans le même sac l’authentique et le contrefait, le vrai et le pseudo, d’où le terme « nostradamique » de l’ouvrage de Robert Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique (RCN), que nous lui avions proposé, en tant qu’éditeur.

Or, une telle procédure ne résolvait pour autant les problèmes de datation ni ne garantissait une certaine exhaustivité. C’est ce que nous allons expliquer.

Pour ce qui est de la datation, les bibliographes du corpus nostradamique jusqu’à la publication du RCN comprise, n’étaient pas en quête de témoignages. Entendons par là qu’il n’était pas question d’articuler les documents les uns par rapport aux autres mais tout au plus de numéroter, et ce de façon ô combien aléatoire et ingénue, les éditions successives des Centuries.

Autrement dit, pour ces bibliographes lyonnais – Michel Chomarat et Robert Benazra qui publièrent presque simultanément leurs travaux – la question de l’authenticité des éditions des Centuries se posait peu et la date figurant sur l’emballage était une référence qui se suffisait à elle-même. Quelques exceptions toutefois étaient généralement admises concernant certaines éditions datées de 1568 et qui incluaient une épître datée de 1605: encore une fois, le culte de la date inscrite dans le document prévalait.

Nos entretiens avec le regretté chercheur québécois Brind’amour le conduisirent à se préoccuper un peu plus sérieusement des recoupements et, au demeurant, ceux-ci n’avaient-ils pas été réunis par les bibliographes sans en connaître toujours la portée? C’était notamment le cas de Crespin dont le recours systématique et répété au nom de Nostradamus l’avait fait entrer d’office et de plein droit dans le « club » Nostradamus.

Car si Crespin était recensé, on ne s’était pas intéressé à ce qu’il avait publié puisque le critère de sélection était l’usage du nom Nostradamus (puis Archidamus), compte non tenu du contenu. Tout se passait comme s’il y avait d’un côté les éditions des Centuries, les commentaires des quatrains, parfaitement repérables et dûment désignés et numérotés et de l’autre un fatras de textes que l’on ne se hâtait guère d’investiguer. D’ailleurs, la priorité était aux quatrains, sagement disposés en quatre versets alors que les textes en prose indifféraient, ce qui tenait au fait que l’exégèse nostradamique, hormis les Pléiades de Chavigny et les récentes publications de B. Chevignard, concernait les seuls textes rimés, comme si les nostradamologues avaient décidé de se contenter de ce qui avait fait la fortune du nom Nostradamus, sa « poésie ».

Brind’amour, aiguillonné sinon aiguillé par nos soins, avait ainsi commencé à regarder le corpus nostradamique d’un autre oeil, ce qui explique que son édition des Centuries (sises chez Macé Bonhomme), chez Droz, fait la part assez belle à certains textes en prose de Crespin qui ne sont en fait qu’une compilation de quatrains. C’est ainsi que l’on pouvait avoir la conviction qu’en 1572 les Centuries étaient connues, ce qui pour beaucoup consistait à enfoncer des portes ouvertes tout comme d’autres considèrent les recherches de Gauquelin comme ne nous apprenant rien sur la nature du savoir astrologique.

Car force était de constater que les preuves de la publication et de la diffusion des Centuries étaient bien rares, elles se trouvaient chez les adversaires de Nostradamus mais, malheureusement, ceux-ci ne citaient jamais de quatrains centuriques et se référaient surtout aux almanachs et prognostications annuelles. Il fallait se rendre à l’évidence: rien ne prouvait que les Centuries étaient parues du vivant de Nostradamus et même avant le début des années 1570 sinon les éditions des Centuries elles-mêmes, ce qui était un peu léger. Car dix éditions dûment datées des Centuries ne remplacent pas un témoignage extérieur encore que parfois, comme nous l’avons montré dans Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Ramkat, 2002, on puisse fabriquer un faux à partir d’un témoignage (cf les Prophéties d’Antoine Couillard, 1556)

Récemment, Patrice Guinard a rappelé, sur la base de publications des années 1580, que certains documents connus certes des nostradamologues se référaient à des éditions de 1556 et de 1568. Jusqu’alors, une telle information avait laissé chacun indifférent puisque l’on ne mettait pas en cause tout un lot d’éditions des Centuries (1555, 1557, 1568). Or, ces documents, eux-mêmes – les Bibliothèques de La Croix du Maine et de Du Verdier – ne dataient que de 1584-1585, ce qui n’excluait nullement des contrefaçons entreprises au début des années 1570 et antidatées. Les partisans d’éditions antérieures à 1570 se retrouvaient gros jean comme devant. 
L’emprunt à Charles Estienne

On sait que les noms propres sont probablement ce qui impressionne le plus l’interprète des Centuries et Dumézil a consacré une Sotie (Le moyne noir en gris dedans Varennes. Sotie nostradamique, Paris, Gallimard, 1985) au quatrain comportant le nom de Varennes. Chantal Liaroutzos ( « Les prophéties de Nostradamus: suivez la Guide », Lyon, Réforme Humanisme et Renaissance, 23, 1986) eut le grand mérite de signaler l’emprunt à la (sic) Guide des Chemins de France, Signalons la recension – sans les quatrains des almanachs – de Palle Spore, « Les noms géographiques dans Nostradamus », in R. Amadou, l’astrologie de Nostradamus, Ed. ARRC, 1992 pp. 457 et seq) qui ne prend toujours pas en compte cette grille de lecture fondamentale. En réalité, nous montrerons que l’ouvrage utilisé n’est pas celui là, qu’il existe un ouvrage encore plus proche des Centuries, c’est le Livre des Saints Voyages.(sur certaines localisations, cf Le Texte prophétique en France, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2002). Décidément, le corpus nostradamique est bel et bien centré sur la France: de par sa langue mais aussi son contexte politique et par ses références toponymiques.

L’intérêt de retrouver des sources est bien entendu de faire ressortir certaines corruptions mais aussi de déterminer si elles couvrent également les dix centuries ou seulement certaines d’entre elles. Ce qui frappe, c’est que cette source n’est nullement liée à la littérature prophétique.

Dans le cadre de la présente étude, nous voudrions poursuivre les recherches de Chantal Liaroutzos et montrer qu’elles n’ont pas été menées jusqu’à leur terme en fait de sources immédiates. Pour justifier notre préférence pour le Livre des Saints Voyages, nous montrerons que dans certains cas cet ouvrage se rapproche davantage du texte des quatrains.

On signalera, en effet, des variantes orthographiques entre la Guide et les Voyages comme au quatrain 37 de la centurie X: « Chambry Moriane combat sainct Iulian » Guide p.163 :  » A sainct Iean de Morienne », Voyages; p.31 : Moriane.

Mais parfois l’orthographe varie d’une page à l’autre. Néanmoins, de tels détails pourraient nous aider à déterminer à quelle édition Nostradamus fit appel. Il est remarquable par ailleurs que les Voyages s’ouvrent sur une liste de lieux figurant dans les quatrains, ce qui n’est pas le cas de laGuide.

Les Centuries nous proposent -informations qui restent toujours d’actualité- deux issues pour quitter la capitale : par le Pont de Saint-Cloud en direction de Dreux (Eure et Loir) et le Pont Antony vers Orléans (Loiret) Direction Dreux . Nous avons affaire à une assez longue série de quatrains touchant à la même région, dans la centurie IX de puis le quatrain 56 jusqu’au quatrain 59.

Camp près de Noudam passera Goussan ville Et à Malotes laissera son enseigne Au lieu de Drux un Roy reposera Et cherchant loy changeant d’Anathème

Au costé gauche à l’endroit de Vitry Seront guettez les trois rouges de France

A la Ferté prendra la Vidame Nicol tenu rouge qu’avoit produit la vie La grand Loyle naistra que fera clame Donnant Bourgogne à Bretons par ennuie.

On trouve dans l’ouvrage de Charles Estienne, qui est à la fois, précisons-le, l’éditeur et le compilateur de La Guide, la série: Houdan, Goussainville, Marolles, Dreux, Vitry (il ne s’agit pas de la ville de la banlieue parisienne, Vitry/Seine 28), Rouges Maisons, La Ferté au Vidame.

On pourrait voir dans Bourgongne une corruption de Notre Dame de Bolongne qui se trouve en tête de la série de la page 113 et dans Loyle, le Loir (Loyr), rivière qui arrose Vendôme, et qui donnera d’ailleurs son nom au département où se trouve La Ferté Vidame, chef lieu de canton: l’Eure et Loir. Direction Orléans (Voyages: A Notre Dame de Cléry (p.5) Le bourg La Reine Le pont Antony Longjumeau Linaz ou Montlehery Chastres (Chastres sous Montlhéry et non Chartres) Torfou Estrechy le larron L’hermitage Estampes etc

Cette liste figure également dans la Guide et est largement reprise dans les quatrains, comme l’a bien signalé C. Liaroutzos. Ainsi, celui qui ouvrirait les Voyages et qui connaîtrait les Centuries aurait d’emblée un sentiment de déjà-vu. IX 86 Du bourg Lareyne, parviendront droit à Chartres Et seront pres du pont Anthoni pause Sept pour la paix cauteleux comme martres 30 Feront entrée d’armée à Paris clause IX 87 Par la forest du Touphon (Torfou) essartée Par hermitage31 sera posé le temple le duc d’Estempes (Etampes) par sa ruse inventée Du mont Lehori (Montlhèry) prélat donra exemple L’exemple de quatrains consécutifs correspondant à une même région suffit, selon nous, à supposer une première rédaction des quatrains, non publiée, dans laquelle un ordre géographique aurait été respecté de bout en bout puis brouillé délibérément mais non systématiquement. De même, chaque quatrain, en principe, ne doit comporter que des lieux proches les uns des autres. En réalité, dans lesVoyages, les banlieues ne sont mentionnées que comme la première étape d’un long voyage vers l’Italie, l’Espagne ou la Bretagne. Dans la Guide des Chemins de France, les horizons sont plus limités. Les itinéraires Les quatrains toponymiques couvrent certains itinéraires de façon privilégiée sinon exhaustive: voyage de Paris à Rome (le plus simple), voyage à N.D. de Montserrat par Perpignan, voyage de Saint-Jacques de Compostelle à partir d’Orléans, voyage de St Main, au départ de Paris, par Orléans, en prenant la route de N. D. de Cléry; Voyage de St Julien de Vouvantes par Varennes au départ d’Orléans 

Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge

Quatrains espagnols

Deux voies: l’une par la côte méditerranéenne vers Notre Dame de Montserrat, l’autre par la façade atlantique, vers Saint-Jacques de Compostelle. Pèlerinage de N.D. de Monserrat (Catalogne)

Centurie VIII, Quatrain 22

Gorsan, Narbonne par le sel advertir Tucham la grace Parpignan trahie. La ville rouge n’y voudra consentir Par haute vol. drap gris vie faillie qui est à rapprocher des Voyages, p.20. :

Corsal (Coursan), Narbonne, Tuchiam (Tuchan 40), La Grasse, Ville Rouge, Perpignan, Vaulx.

A noter qu’avant Corsal, il est fait mention, dans les Voyages, d’un Nisse qui n’est pas celui de la Côte d’Azur (Nice). Rappelons que Perpignan et le Roussillon étaient alors sous domination espagnole. La destination finale figure au quatrain 26 de la centurie VIII:

« De Caton es trouvez en Barcelonne Mys descouvers lieu terrovers & ruyne Le grand qui tient ne tient voudra Pamplonne Par l’abbage (sic) de Monserrat bruyne » La mention de la destination finale de l’Abbaye de Monserrat telle qu’elle figure dans les Voyages nous conforte dans le rapprochement proposé, même si Pampelune, en haute Navarre, un peu trop à l’Ouest, ne se trouve pas tout à fait sur la route42. Chemin de Compostelle. Signalons ce quatrain assez général mais qui n’en renvoie pas moins à l’Espagne:

VI, 88 Un regne grand demourra desolé Auprès de l’Hebro se seront assemblés Mont Pyrénées le rendront consolé etc  » Il s’agit bien de l’Ebre, fleuve qui passe à Pampelune.

VIII, 85 Entre Bayonne & à St Jean de Lux (Luz) Sera posé de Mars le promontoire Aux Hanix d’Aquilon Nanar hostera lux Puis suffoqué au lict sans adiutoire

VIII, 86 Par Arnani Tholoser Ville Franque Bande infinie par le mont Adrian Passe rivière, Hutin : par pont la planque Bayonne entrer tous Bichoro criant

Voyages: Fin du Royaume de France, rivière de Hurin Arnany, Villeneufve, Toulouzette (à ne pas confondre avec Toulouse), Ville Franque, Segove, Mont Saint-Adrian (p.64).

X, 47 De Bourze ville à la Dame Guyrlande L’on mettra sus par la trahison faicte Le grand Prelat de Leon par Formande Faux pellerins & ravisseurs deffaicte

Voyages A St Salvateur, p.65-67. « En cette ville est l’église de St Salvateur, il y a de la couronne d’espines, du laict Nostre Dame etc » Cette phrase concernant Oviedo pourrait être à l’origine de la formule « Dame Guyrlande », la guirlande étant ici la couronne et rime ainsi avec Formande, villes d’Espagne avec Leon et Burgos (Bourze, Burges) mentionnées dans les Voyages. Si notre hypothèse est juste, l’auteur des Centuries concernées aurait utilisé un commentaire d’Estienne dépassant nettement le cadre élémentaire de la géographie.

X, 48 Du plus profond de l’Espaigne enseigne Sortant du bout & des fins de l’Europe Troubles passant auprès du pont de Laigne Sera deffaicte par bande sa grand troupe

X, 25 Voyages: pont de Laigue, Finiterre que l’on dit estre la fin de l’Europe (p.66). Là encore, le commentaire « fin de l’Europe » repris dans le quatrain ne figure probablement pas sur une carte.

Par Nebro ouvrir de Brisanne passage Bien eloignez el rago fara muestra Dans Peligouxe sera commis l’outrage De la grand dame assise sur l’orchestra

On retrouve l’Ebre avec Nebro (Hebro), Peligoux figure dans le pèlerinage à Compostelle. 
Quelques arbitrages

La toponymie permet d’arbitrer entre les variantes:

1. Sardon Nemans si hault déborderont X 6 (éditions Troyes) ou Gardon Nismes si hault déborderont (Vrayes Centuries et Prophéties). Or, dans la Guide, on peut lire (p.181) Route de Montélimar à Nymes: A costé de Nymes à trois lieues (..) voy le pont du Gard sous lequel passe la rivière de Gardon

2.Freins: Fréjus Freins, Antibor, villes autour de Nice, III, 82 46.

3 Brabant et Flandres, Gand, Bruges et Bologne, V, 94. Il faut lire Boulogne plutôt que la ville italienne.

4 Tours, Orléans, Blois, Angers, Reims & Nantes/ Citez vexees par subit changement/ Par langues estranges seront tendues tentes/ Feuves, dars, Renes, terre & mer tremblement (I 20)

Il est hors de question désormais d’accepter la lecture « Reims » comme le propose Benazra (« Répertoires des lieux géographiques dans les Centuries de Nostradamus », Cahiers Michel Nostradamus, 4; juillet 1986) lequel, décidément, privilégie avec Varennes, la Champagne. On préfèrera évidemment Rennes bien que cette ville soit mentionnée au quatrième verset. mais y était-elle initialement? N’aurait on pas introduit Rennes au quatrième verset au lieu d’un autre mot figurant au sein d’une série de noms communs ( sur le Varennes breton, cf J. P. Clébert,Nostradamus, op. Cit. pp. 131-133)?

Utilisation on le voit systématique de certains itinéraires, sorte de paraphrase allant au gré des rimes (c’est ainsi qu’au quatrain X, 20, Varennes va rimer avec Reines, au risque de bousculer quelque peu la succession géographique logique) et utilisant également les observations introduisant les lieux. Cela dit, nous verrons que la mention de Toulouse, placée seule, dans deux quatrains, revêt une autre signification, dans un contexte bien postérieur au temps de Nostradamus, celui de la Ligue. Les Fleuves du Royaume Le texte ainsi nommé a d’abord paru avec les Voyages avant d’être joint à la Guide en 1553. Les Voyages ne prévoient qu’un itinéraire vers Amiens. En revanche, l’appendice consacré aux fleuves traite de la Meuse, de l’Escaut etc, citant au passage un certain nombre de villes ainsi traversées. Clébert, J. P ( Nostradamus, mode d’emploi, La clef des prophéties, Paris, Lattés, 1981) propose Sologne: Salonne pourrait renvoyer ici à la Sologne. Il suffit pour cela de comparer les deux premiers versets du quatrain 21 de la centurie IX, avec le passage suivant des Voyages (voir la Guide d’Estienne, p.106):

« Au temple hault de Bloys sacre Salonne Nuict pont de Loyre, Prélat, Roy pernicant » « La conté de Blois tient de cette Beausse & comprend ce qui est vers la Sologne deca la rivière de Loire. La centurie X fait un usage assez flagrant des Fleuves.

X 50 La Meuse au jour terre de Luxembourg C’est le premier fleuve mentionné: « La Meuse (…) le long de la Duché de Luxembourg (Fleuves,1553, pp 218-219)

X, 52 Au lieu où Laye & Scelde se marient (…)Au lieu d’Anvers où la crappe charient » Fleuves: Laye (..) entre dans Gand (..) se retire à Anvers, & à Bruges (…) Schelde (…) Le Liz » (1553, p. 220)

Dans la mesure où le Livre des Saints Voyages couvre la très grande majorité des lieux mentionnés dans les Centuries, à la différence de laGuide, une fois de plus, il s’avère extrêmement périlleux de passer du niveau bibliographique à celui de la biographie. Il ne suffit pas qu’un texte puisse être rapproché d’un autre pour que l’on soit à même d’ affirmer qu’il s’agit bien du texte qui a servi à réalisé ce dernier, du livre que Michel de Nostredame avait sur son bureau quand il rédigeait ses quatrains. Certes, le constat de convergences pouvait s’avérer convainquant mais il importait de vérifier si d’autres éditions ou d’autres développements du même auteur n’offraient pas des identités encore plus frappantes, sans parler d’une vérification plus aléatoire quant à la possibilité d’un imitateur d’Estienne, ce que la proximité des dates avec le début de la première édition des Prophéties ne rendait d’ailleurs guère envisageable.

Or l’existence du travail de Bonnerot en 1936 (Intr. La Guide des Chemins de France de 1553 de Charles Estienne, Paris, Champion) comportant un reprint de la Guide puis le reprint du travail de 1936 par Slatkine-Champion en 1978, avec la mention (p.10) du second volet – lesVoyages - et des localisations en bibliothèque (p.22) tant à Paris qu’en province, rendait cette tâche aisée. Bonnerot écrivait:  » Le succès qui accueillit cette guide fut si vif que, avant la fin de l’année 1552, Charles Estienne publia, toujours sans nom d’auteur, le second petit recueil qu’il avait préparé simultanément et qui était le complément et la suite logique du premier. Le titre (…) disait clairement qu’il s’adressait aux pèlerins et leur indiquait les chemins à suivre pour aller aux divers lieux de pèlerinages etc « . Mais pouvait-on imaginer que, sous cette nouvelle présentation, le lecteur se verrait proposer peu ou prou le même texte mais avec quelques nuances qui le rapprocheraient encore plus de celui des Centuries? On a là en effet un saisissant exemple d’économie de moyens de la part d’un auteur qui est à la fois libraire et qui présente la même marchandise ou peu s’en faut sous deux étiquettes différentes pour deux publics, l’un laïc (voyages), l’autre religieux (pèlerinages). Il eut suffi que C. Liaroutzos s’intéressât un tant soit peu à la toponymie étrangère des quatrains et qu’elle suivît à nouveau la piste Estienne pour découvrir le véritable intertexte, probablement le principal de la littérature nostradamique. Bonnerot rappelle d’ailleurs que ces Guides utilisent sinon recopient des documents antérieurs.

L’importance, l’enjeu, de la mise en évidence de sources appartenant massivement à un seul et même ouvrage tient au fait que cela permet d’analyser dans quelle mesure les différentes centuries y ont puisé également. Car s’il y a eu des imitations, on peut certes s’attendre à y trouver des éléments géographiques mais qui ne s’inscriraient pas pour autant dans le corpus spécifique à la production d’Estienne, à moins que les faussaires aient eu connaissance d’un tel lien, ce qui, a priori, semblerait assez improbable.

Or, il semble bien que le lot de centuries qui ait été le plus marqué par la dite production de guides soit celui comprenant VIII, IX et X, à commencer par le quatrain « Varennes », vingtième de la Ixe centurie et les quelques cas n’appartenant pas à ce lot relèveraient d’une même inspiration générale puisant dans un savoir géographique trouvé ailleurs que dans le corpus Estienne. N’oublions pas, tout de même, que le savoir géographique est un des mieux répandus et des plus codifiés. Par ailleurs, dans certains cas, on ne peut exclure l’éventualité de la circulation de certains quatrains d’une centurie vers une autre, lors de la mise en place des éditions. Reste qu’il ne faudrait pas inverser les rôles: dès lors que les Centuries VIII-X ne sont probablement les premières en date, elles sont elles-mêmes un pastiche des centuries I-IV et on peut raisonnablement supposer que c’est précisément parce que ces « premières » centuries comportaient des éléments géographiques que le compilateur des Centuries VIII-X eut l’idée de faire appel à un Guide, en systématisant le recours à des emprunts géographiques qui étaient restés jusque là sporadiques..

Le cas de l’Italie nous semble déterminant dans la mesure où les premières Centuries comportent une certain accumulation de noms, ce qui a pu donner l’idée aux imitateurs de recourir aux itinéraires d’Etienne. D’ailleurs, d’’une façon générale, le déchiffrage des toponymes italiens a été mieux mené que pour l’Espagne pour des raisons culturelles. C’est ainsi qu’à ce propos Anatole Le Pelletier (Oracles de Michel de Nostredame dit Nostradamus, 1867), sous le Second Empire, fournit des commentaires pertinents:

I 58 Fossen, Turin, chef Ferrare suivra

III 56 Chef de Fossan aura gorge coupée Fossano: ville des Etats Sardes (pp 206 et 256)

IV 73 Ferrare et Ast. Le Duc esprouvera Apocope: Asti, ville des Etats Sardes

On en trouvera la contre partie dans les centuries VIII-X..

VIII, 3 Au fort chasteau de Vigilanne & Resviers Sera le puisnay de Nancy Dedans Turin seront ards les premiers Lors que du dueil Lyon sera transy (Voyages p.48):

A Rome le plus court (chemin) A main droite, fort chasteau, Viglanne, Resmiers, Rivole Turin. En revanche, Nancy apparaît ici comme un intrus mais cela est peut-être délibéré: Nancy évoque la Lorraine et les Guise

… IX, 3 La magna vaqua à Ravenne grand trouble Conduits par quinze enserrez à Fornase (Fornoue)37 A Rome naistra deux monstres à teste double Sang, feu, déluge, les plus grand à l’espace Voyages, p.53

IX, 4 L’an ensuyvant descouverts par deluge Deux chefs esleuz,le premier ne tiendra Note: un lieu situé non loin de Magna Vaqua est ainsi nommé  » Premier » et a pu marquer le quatrain suivant.

VIII, 12 Apparoistra auprès de Buffalore L’haut & procere entré dedans Milan

Voyages: Entre au pays de Milannois. Buffalore, Milan

IX, 54 Arrivera au port de Corsibonne/ Près de Ravenne qui pillera la dame/ En mer profonde légat de la Vlisbonne/ Sous roc cachez raviront septante armes

Corsibonne est bien une ville signalée dans les Voyages de Charles Estienne, non loin de Ravenne IX, 16

CastelFranco-Robiera-Plaisance-Cosme sont les éléments constitutifs du quatrain suivant: De castel Franco sortira l’assemblee L’ambassadeur non plaisant sera scisme Ceux de Ribière seront en la meslee Et au grand goulfre desnieront l’entree

Il s’agit là, probablement, avec le quatrain sur Varennes, d’un des plus célèbres et en tout cas des plus frappants du point de vue de l’exégèse nostradamique moderne qui y voit l’annonce de la guerre civile espagnole opposant le général Franco et Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange, mort en 1936 . Serge Hutin(Les prophéties de Nostradamus, texte intrégral et authentique des Centuries expliquées et commentées jusqu’en l’an 1999, Paris P. Belfond, 1972) commente ainsi: « Franco bafoue le régime républicain. Les partisans de Primo de Rivera se rallient à ses troupes » Il est intéressant de noter que l’auteur des dits quatrains n’hésite pas à convertir des noms de lieux en noms communs: Plaisance devient « plaisant » et Cosme « schisme ».

On nous signalera également des cas déjà abordés plus haut:

 » Freins (sic), Antibor, villes autour de Nice », III, 82 46.

« Brabant et Flandres, Gand, Bruges et Bologne (sic) », V, 94.

Il s’agit là effectivement d’une série de villes de la même aire géographique: la Côte d’Azur (Fréjus, Antibes, Nice) et la Mer du Nord.(Brabant, Flandres, Gand, Bruges, Boulogne) mais il ne semble pas que cette succession renvoie spécialement au corpus Estienne. Ce sont des « lieux communs » dont Estienne ne saurait, à l’évidence, avoir le monopole. Il est important en effet de montrer que l’ordre des lieux est ou non celui choisi par Estienne encore qu’il y ait une logique géographique à laquelle il n’est guère facile de déroger. Cependant, certains détails, on l’a vu pour les lieux-dits, ne s’inventent pas.

Si le caractère géographique des Centuries I- début IV a été amplifié avec les Centuries VIII-X, en revanche, les centuries fin IV à VII ne comportent guère ce type de caractéristique, comme si cet aspect avait échappé aux faussaires ou qu’ils n’avaient pas jugé bon de le développer, préoccupés davantage qu’ils étaient à faire passer un message politique qu’à multiplier à l’envi des noms ne faisant pas sens à l’époque.

Ainsi, tant Chantal Liaroutzos que Pierre Brind’amour ( Les premières centuries ou prophéties, (édition Macé Bonhomme de 1555) Edition et commentaire de l’Epitre à César et des 353 premiers quatrains, Genéve, Droz, 1996 ), face à des corpus qui leur auraient permis de mieux cerner les strates centuriques, auront-ils préféré considérer les Centuries comme d’un seul tenant, sans se poser la question de savoir, si tout au contraire, leurs observations ne permettaient pas justement de mener à bien une certaine archéologie des textes centuriques, le pluriel s’imposant au bout du compte.

Est-ce que les quatrains des almanachs puisent également dans de tels itinéraires? Si l’on considére la série restituée par B. Chevignard (Présages en vers 1555-1567, Paris, Seuil, 1999), trrouve-t-on cette même accumulation de villes que dans certaines Centuries? Il semble bien que ces quatrains mensuels aient tout à fait pu inspirer, de ce point de vue, ceux des Centuries, comme le montre cette sélection de versets s’étalant de l’almanach (et non de la Prognostication qui n’en comporte jamais, contrairement à ce que laisse entendre R. Benazra dans son article sur ce site, qui parle également à tort des « présages en vers » de la Prognostication pour 1556 alors qu’il est fait référence, très vraisemblablement, aux quatrains de l’almanach, perdu, pour cette année là!) pour 1555 à celui de l’almanach pour 1558. Pour les almanachs des années suivantes, le procédé nous semble avoir été sensiblement moins fréquent et par conséquent moins frappant.

On peut donc raisonnablement supposer que les quatrains centuriques ont pris modéle, sont un pastriche des quatrains des premiers almanachs oonservés dans les recueils ad hoc. Faut-il rappeler, en outre, que la grande différence entre les deux catégories de quatrains est que les uns sont datés, associés à un mois d’une certaine année et que les autres ne le sont pas, il y a là comme une coupure épistémologique, au niveau de la précision chronologique, de l’absence de mode d’emploi, entre ces deux présentations qui confirme notre idée que MDN ne serait pas l’auteur des seconds., tant le contraste est grand entre les deux agencements, l’un bien repertorié, l’autre présentant tout en vrac. Ajoutons que si les almanachs comme le reconnaît Benazra ont pu donner naissance aux almanachs, on peut raisonnablement supposer que cela n’a pu se faire que lorsque MDN parvint de par les dits almanachs à une certaine célébrité. Or, en 1554, lorsque MDN aurait donné ses quatrains centuriques à Macé Bonhomme, en était-il déjà ainsi? Il semble bien, tout au contraire, qu’une telle idée n’aurait pu émerger que lorsque ces quatrains des almanachs seraient devenus une sorte d’institution, sauf à supposer qu’en 1554, de tels quatrains, non conservés, auraient été produits depuis des années puisque les premiers quatrains qui nous sont connus appartiennent à l’almanach pour 1555, composé en 1554, et que la production de MDN en quatrains d’almanachs va se maintenir pendant encore une douzaine d’années, jusqu’à sa mort. Il semble bien qu’en 1554, le quatrain nostradamique n’a pas encore acquis ses lettres de noblesse et pouvait difficilement donner lieu à une telle amplification centurique: il y a là de la part des faussaires anachronisme. 
Sondage

Epistre liminaire sur l’an 1555: « Provence seure par la main du grand Tende » 
Février 1555: Près du Leman la frayeur sera grande 
Janvier 1557: Grand bas du monde,l’Itale non à l’aise/ Bar, Hister, Malte & le buy ne retourne 
Avril 1557 L’embuche à Sienne & aux Isles Stecades 
Juin 1557 Sardaigne bois, Malte, Palerme, Corse 
Février 1558 Gennes a faim, Ligurs mal accoustrez/Trembler l’insubre, Nice & la demi-laine 
Octobre 1558 Pluye, vent, classe Barbare, Ister, Tyrrhene/../Reduits bienfaits par Flor, franchie Siene 
Le cas Coloni

Dans les bibliographies nostradamiques, la partie consacrée à l’iconographie n’est pas négligeable, ce qui permet d’ailleurs d’expliquer comment on a pu utiliser une vignette de la traduction de la Paraphrase de Galien, par Nostradamus, pour fabriquer des fausses éditions des Centuries pour 1557 avec la mention du même libraire et le recours aux mêmes vignettes. Toutefois, nous avons récemment montré que les nostradamologues n’avaient pas recensé systématiquement les vignettes nostradamiques et que celles-ci ne figuraient dans leur corpus qu’à condition que le nom de Nostradamus s’y trouve. Autrement dit, ces chercheurs, ce faisant, s’interdisaient de se servir de l’élément iconographique pour leur investigation, ce qui aurait permis de suppléer à l’absence, pour quelque raison, de mention du dit nom.. Mais il fallait les comprendre: on ne pouvait demander aux bibliothèques d’aller chercher au delà de ce qu’indiquaient leurs fichiers alphabétiques. Si un texte n’était pas classé sous le nom de Nostradamus, il était, ipso facto, perdu pour la bibliographie nostradamique.

Ce qui explique que le nom de Coloni ne figure dans aucune bibliographie nostradamique alors que sur la page de titre de plusieurs des publications parues sous son nom on trouve les mêmes vignettes, grosso modo, que celles qui figurent sur les prognostications de Nostradamus et accessoirement sur les éditions des Centuries, datées des années 1550.

Encore aurait-on pu excuser ces chercheurs si l’ouvrage n’avait pas appartenu à la catégorie des almanachs et prognostications. Mais Coloni se présente bel et bien comme astrologue lyonnais, officiant dans les années 1580. Quand on sait qu’un de ces exemplaires de Coloni à la vignette se trouve à la Bibliothèque Municipale de Lyon La Part Dieu, au sein de recueils factices de prédictions – les fameux recueils verts désormais microfilmés- dont certaines figurent dans les bibliographies nostradamiques, on prend conscience d’une certaine forme de cécité. Quand on sait – et cela n’est peut-être pas étranger à leur vocation – que Michel Chomarat est lyonnais tout comme Robert Benazra, cela semble assez surréaliste et cela l’est plus encore quand on apprend que Chomarat et Jean Paul Laroche travaillent dans cette même bibliothèque et qu’ils ignoraient l’existence d’une telle vignette Nostradamus dans le fonds de prognostications.

Signalons un autre astrologue qui figure avec une vignette nostradamique, il s’agit d’Edmond Le Maistre, provençal, avec, en 1578, sonAdvertissement et présage fatidique pour six ans, Paris, Jean de Lastre, BNF, Res pV 289. Or, en 1618, paraîtront des Prédictions des signes et prodiges, descrites par le M. Provençal, Lyon, Pierre Roussin. Benazra signale (p. 181) que cet ouvrage est parfois attribué à Jean de Nostredame, mort en 1577 mais ne pourrait-il s’agir d’une référence à cet Edmond le Maistre, provençal? Baudrier (Bibliographie lyonnaise,III) signale d’ailleurs un Vray Pronostic par le maistre, disciple de Nostradamus., qui serait paru chez Benoist Rigaud, en 1567..

Tout se passe comme si une frontière étanche, un cordon sanitaire, avaient été mis en place entre almanachs et prognostications portant le nom de Nostradamus, que cela soit ou non de son temps et « autres » almanachs et prognostications qui relèveraient d’une astrologie ordinaire. Coloni était du mauvais côté de la barrière, donc out. Mais en même temps, quel manque de rigueur terminologique chez ces nostradamologues qui ne font guère la différence entre almanachs, présages, prognostications, prophéties, en tant que genres spécifiques! C’est ainsi que la première publication annuelle conservée (cf Cahiers Astrologiques, mars-avril 1962, p. 64), à savoir la Prognostication pour 1555, est traitée d’almanach comportant des quatrains par M. Chomarat; dans Nostradamus, entre Saône et Rhone, 1971(p.26) et par la suite, tout comme par R. Benazra, alors qu’elle comporte une vignette nostradamique systématiquement absente des almanachs. Et tout est à l’avenant. Nous étudierons notamment la différence de statut des épîtres dans l’almanach et la prognostication.(cf infra)

Mais le cas Coloni ne fait que souligner un autre défaut de méthode des nostradamologues, qui consiste à ne pas examiner systématiquement tout ce qui dans la littérature astrologique comporte des présages sous forme de quatrains. Il s’agirait alors de recenser tous ces quatrains et examiner lesquels recoupent les quatrains nostradamiques.. Il semble bien, en effet, que l’on obtiendrait ainsi de précieux témoignages chez les imitateurs de Nostradamus qui, à la différence de Crespin, ne souhaitèrent pas rappeler leur dette au Mage de Salon. On aura cru, en effet, un peu vite, que chaque astrologue s’était empressé de se référer à Nostradamus en faisant du faux Nostradamus mais le cas inverse existait également: emprunter à Nostradamus ou à du pseudo-Nostradamus mais en s’appropriant les textes concernés. Ce qui semble bien avoir été le cas de ce Coloni ou de celui qui inventa un tel nom à consonance italienne, pour débiter des présages annuels.

Et c’est ainsi que grâce au témoignage bien involontaire – ce qui fait tout son intérêt – de Coloni, nous avons retrouvé la trace de Centuries ne figurant pas encore en 1572 chez Crespin, de ces quatrains qui durent figurer, vers 1580, dans une édition à dix Centuries, signalée par Du Verdier en 1585, et antidatée, selon nous, à 1568. On ne sera pas étonné que c’est un historien de l’astrologie, concerné par un corpus plus large, en vue d’élaborer le CATAF, et pas seulement du corpus nostradamique qui a fait cette découverte. 
Les almanachs nostradamiques

Les almanachs à quatrains de MDN sont la cible d’imitateurs et ce non seulement sous la forme de centuries d’almanachs mais également, et plus simplement, sous celle d’almanachs comportant des quatrains dans le style Nostradamus. Curieusement, ce dernier type de production ne se réfère pas nommément à MDN, comme si le succès de l’oeuvre ne dépendait pas nécessairement de la mention du nom MDN mais bel et bien de la nature même de l’oeuvre. Ce sont les quatrains qui compteraient plus que le nom même de MDN.

C’est le cas de l’almanach pour 1578 de Jehan Maria Colony, Lyon, Nicolas de la Roue (BM Lyon Part Dieu) et qui comporte en son frontispice, au dessous d’une vignette appartenant à une Prognostication du même MDN, dans le style de celle de 1562- on observe là une confusion entre les deux genres – un quatrain à l’instar de ce qui se pratiqua pour certains almanachs de MDN, notamment pour les années 1561, 1562, 1563. Un tel almanach comporte une épître à Henri III. Suivi des « Présages astronomiques pour l’an 1578″ et l’on notera que le terme Présages finira par ne désigner, dans nombre d’ éditions des Centuries parues au XVIIe siècle, que les quatrains mensuels alors qu’initialement les dits quatrains n’étaient qu’une entrée en matière d’un texte en prose. 

Jehan Maria Colony, Almanach pour l'an de salut 1578: click to enlarge Jehan Maria Colony, Almanach pour l'an de salut 1578, Préface à Henry III: click to enlarge Jehan Maria Colony, Almanach pour l'an de salut 1578, Préface à Henry III: click to enlarge Jehan Maria Colony, Almanach pour l'an de salut 1578, Présage de Janvier: click to enlarge

Un autre exemple d’almanach nostradamique concerne Himbert de Billy et l’on observera que l’éditeur n’en est autre que Benoist Rigaud (à Paris, il se vend chez Jean Calvelat) : Almanach pour l’an 1587. On y trouve d’ailleurs au frontispice un quatrain faisant la promotion du dit Billy. Dans l’exemplaire de la Bibliothèque de Lyon La Part Dieu, on relèvera une mention manuscrite à propos du mois de décembre 1587: « Nostradamus, I, 67″, ce qui montre que le rapprochement entre certains quatrains de Billy et les Centuries avait été effectué, ce qui n’a pas pour autant permis aux nostradamologues d’inclure cet ouvrage dans leurs répertoires. Idem pour le quatrain de septembre, rapproché par ce lecteur anonyme et méconnu de III, 20. Idem pour le quatrain de février qui comporte la mention manuscrite « Altéré de Nostradamus IV, 18) et de fait le dit quatrain diffère:

« Des plus lettrez dessus les faictz célestes

Seront par le grand Pontife reprouvez (au lieu de « Seront par princes ignorants reprouvés »)

Punis d’edict chassez comme célestes (« scelestes » (sic) dans les Centuries)

Et empoignez là ou seront trouvez » (« Et mis à mort là où seront trouvés »)

C’est ainsi que, dans les années 1580, le libraire lyonnais Benoist Rigaud s’adonnait à la publication d’une telle littérature cryptonostradamiqueplutôt que pseudo-nostradamique. On peut même supposer que des ateliers existaient capables de composer des quatrains selon un certain style « à la Nostradamus », mêlant habilement le vrai et le faux. 

Himbert de Billy, Almanach pour l'an 1587: click to enlarge Himbert de Billy, Almanach pour l'an 1587, Janvier: click to enlarge Himbert de Billy, Almanach pour l'an 1587, Février: click to enlarge Himbert de Billy, Almanach pour l'an 1587, Décembre: click to enlarge

Le cas de la famille Rigaud

Un autre repère qu’apprécient les nostradamologues consiste à vérifier si le libraire chez qui les Centuries sont parues officiait bien à la date indiquée. Ce qui aura permis de dénoncer des fausses éditions de Pierre Rigaud à une époque où il n’avait pas encore succédé à Benoît Rigaud. Mais inversement, dès lors que le libraire a exercé à la date indiquée, on ne va pas chercher plus loin, cette marque d’authenticité suffisant. De fait, certains chercheurs ont encore du mal à accepter l’idée que l’on puisse réaliser des contrefaçons sous le nom d’un libraire ayant eu à la date inscrite pignon sur rue. Pour les dits chercheurs, les faussaires n’auraient pu pousser le vice aussi loin! On ne ferait pas du pseudo Macé Bonhomme, du pseudo Antoine du Rosne, du pseudo Benoît Rigaud, du pseudo Sixte Denyse, de la pseudo Barbe Regnault! Ce qui ne signifie nullement que ces libraires n’ont pas existé mais qu’on leur attribue des travaux qui ne leur incombent pas.

C’est oublier que ces faussaires sont bien équipés, bien documentés, qu’ils disposent de bibliothèques, d’ouvrages d’époque et d’ailleurs certains ne se vantent-ils pas d’avoir rassemblé tout ce qui concerne Nostradamus. Et il est vrai que l’on a parfois du mal à imaginer qu’un tel culte de Nostradamus aurait servi à une mystification. Mais nous ne sommes pas entre enfants de choeur.

Il ne semble pas que les bibliographes en question aient pris la peine de recenser la production des libraires dont le nom figure sur les éditions des Centuries. Le cas Rigaud aurait notamment mérité plus d’attention car si l’on doit suspecter, a priori, les éditions des Centuries, en revanche, on peut davantage tabler sur des publications annuelles, type almanach/prognostication lesquelles, notamment, nous indiquent à quelle époque le libraire lyonnais se consacra à la production astrologico-prophétique. Or, cette production ne se situe pas en 1568 mais sensiblement plus tard comme en témoignent les exemples suivants: ( sur la carrière et la production de B. Rigaud, cf Baudrier, Bibliothèque Lyonnaise, Recherches sur les imprimeurs, libraires etc, au XVIe siècle, vol. III, Reed. Paris, 1964, pp. 175 et seq) 
1577, Présage général et sommaire discours prognostic sur l’année 1578, Lyon, Benoist Rigaud, 1578, BNF Res pV 1083 (5)

1578, Crespin Archidamus, Au Roy epistre et aux autheurs de disputation sophistique de ce siècle sur la déclaration du présage & effets de la Cométe qui a été commencée d’estre veue dans l’Europe 10 de novembre à cinq heures du soir 1577. (BNF, Res pV 201)

1581, Claude Morel, Diaire ou journal pour 1582, par Claude Morel , Lyon, Benoist Rigaud (BNF, Res pV 386)

Almanach pour 1582, par Himbert de Billy, Lyon, Benoist Rigaud, BNF, Res pV 385 
On y trouve 24 quatrains mensuels, dans le genre nostradamique.

Almanach ou diaire pour 1582 , par Anthoine Fabry, Lyon, Benoist Rigaud, BNF Res pV 387

1586, Almanach pour l’an 1587, par Himbert de Billy, Lyon, Benoist Rigaud et Paris, Jean Cavelat (BM Lyon) et qui comporte pour chaque mois des quatrains dans le genre nostradamique.(cf iconographie)

On peut donc raisonnablement conclure que Benoît Rigaud ne fut concerné par les quatrains que dans une fourchette allant d’environ 1577 à environ 1586, même si l’on doit admettre que l’on n’a pas encore recensé toute sa production en ce domaine. En conséquence, nous pensons que la probabilité pour que Benoît Rigaud se soit consacré à cette littérature vers 1567/1568 est assez faible. En fait, on peut même supposer que c’est Benoît Rigaud, lui-même, qui aura fabriqué les fausses éditions de 1568, une dizaine d’années plus tard. Rappelons un argument exposé dans nos Documents Inexploités à savoir que le choix aurait porté sur Rigaud du fait qu’il était un des éditeurs de Crespin. 

Benoist Rigaud, Histoire merveilleuse, 1569: click to enlarge Benoist Rigaud, Histoire du tout prodigieuse, 1570: click to enlarge Benoist Rigaud, Prodige de deux armees, 1587: click to enlarge Benoist Rigaud, Lettres a Francois de Vergy, 1587: click to enlarge

Passons au cas des éditions de Pierre Rigaud, datée de 1566, année de la mort de MDN, tout comme l’Epître centurique à Henri II est datée de 1558, année qui précède la mort du roi. Les nostradamologues, à la suite d’E. Leroy ( Nostradamus, ses origines, sa vie, son oeuvre, Bergerac, 1972, Laffitte reprints, 1993; pp. 153-156) et Ruzo, s’accordent à considérer que ce sont des faux du XVIIIe siècle et soulignent le fait que le fils Rigaud n’exerçait pas en 1566. Chomarat (Bibliographie Nostradamus, p. 52, cf aussi R. Benazra, RCN, pp. 295 et seq) situe ces éditions à partir de 1716, au début de la période d’activité de l’imprimeur avignonnais, F. J.. Domergue. Or, nous avons un témoignage qui nous conduit à avancer ces dates et donc à supposer que ce type d’édition 1566 parut plutôt, dans un autre cadre. En effet, dès 1711, Pierre Joseph de Haitze, sous le nom de Pierre Joseph, dans sa Vie de Nostradamus, parue à Aix (BNF, 16° Ln27 87147) écrit (p. 57): « ainsi qu’il se voit dans les éditions originales de ces mêmes Centuries par Pierre Rigaud ». Or, a priori, il ne peut s’agir que des éditions « 1566″, dont la publication est attestée peu après.

On peut regretter que R. Benazra, dans son étude sur la vie de Nostradamus par Tronc du Condoulet (Ed Ramkat, 2001) n’ait pas pris la peine de relire la Vie de Nostradamus de 1711. Rien d’étonnant, au demeurant, à ce que cette période marquée par plusieurs biographies de MDN se soit accompagnée d’éditions des Prophéties. On peut d’ailleurs penser que c’est le rappel par les dites biographies de la date de la mort de MDN en 1566 qui aura inspiré les faussaires. C’est ainsi qu’en 1701, l’Abrégé de la Vie de Michel Nostradamus , paru à Aix, chez Jean Adibert, non loin d’Avignon ( Bib. Méjanes, Aix, reprint, Ed Ramkat, 2001) rappelle que MDN « mourut le 2 juillet 1566 (qu’) il se fit enterrer dans l’Eglise des RR. PP. Cordeliers (de Salon)  » ce qui a pu inspirer le titre de ces nouvelles éditions des Prophéties « imprimées par les soins du Fr. Jean Vallier, du Convent de Salon des Mineurs Conventuels de Saint François, Lyon, Par Pierre Rigaud, (…)1566″.

Rappelons que les Cordeliers sont des Franciscains (ordre fondé par François d’Assise) On pourrait donc situer la première édition « 1566″ entre 1701 et 1711, soit à la fin du règne de Louis XIV et non après la mort du roi, ce qui serait le cas s’il fallait retenir comme terminus a quo 1716. En tout état de cause, nous avons avec le témoignage de Pierre Joseph de Haitze (Hache) un témoignage extérieur aux centuries « 1566″ elles-mêmes de leur diffusion au début du XVIIIe siècle, ce qui est l’occasion de rappeler que de tels témoignages n’existèrent pas avant 1570, avec un quatrain cité dans une épître de Jean de Chevigny – mais sans mention de libraire, de date, ni de nombre de centuries – en tête de l’Androgyn de Dorat, dans laquelle il reconnaît disposer d’une collection de la production nostradamique dont l’inventaire ne semble pas englober les dites Centuries (cf nos Documents Inexploités, op. Cit.).

Quant à l’édition datée de 1568, censée parue chez Benoît Rigaud, le père, nous savons qu’elle n’est pas attestée nommément avant 1585 – soit 17 ans plus tard! – sans qu’on nous fournisse d’idée de son contenu sinon qu’il devait comporter 1000 quatrains, ce qui n’est pas le cas des éditions « 1568″ connues; 17 ans, voilà qui laissait une assez bonne marge aux faussaires. Rappelons qu’au XIXe siècle, l’édition « 1566″ faisait référence chez un Torné Chavigny comme chez un Anatole Le Pelletier tout comme au Xxe siècle, on aura révéré, tout aussi imprudemment, les éditions de 1555 et de 1568. On notera par ailleurs que l’épitaphe de l’Eglise de Salon ne se réfère pas aux Centuries et présente MDN avant tout comme un astrologue, « celui de tous les hommes estimé digne de décrire les événements qui arriveront à l’avenir dans tout l’univers, selon les influences des Astres ». Or, il semble bien difficile de qualifier les Centuries d’oeuvre astrologique, elles relèvent plus du genre prophétique et si l’astrologie débouche aisément sur le prophétique, le prophétique n’est pas nécessairement astrologique.. 
Le cas des Présages Merveilleux pour 1557

L’apport du péruvien Daniel Ruzo aux études nostradamiques a été considérable. Il a conservé des documents qui depuis ont disparu lors de la Seconde Guerre Mondiale, notamment à la Bayerische Bibliothek de Munich. Malheureusement, il ne jugea pas nécessaire de faire des fac simile des dits documents, ce qui retarda sensiblement la recherche, c’est notamment le cas des Présages Merveilleux qui ne furent communiqués à des tiers qu’à sa mort. C’est sa veuve qui nous en transmit une copie que nous avons reproduite dans les Documents Inexploités. Certes, les deux premières pages de cet ouvrage avaient-ils été reproduits dans le Testament de Nostradamus (1982), d’abord paru en espagnol vers 1975 ( selon le copyright) mais cela passa plus ou moins inaperçu et le fait que MDN ait pu rédiger deux Epîtres à Henri II est rarement rappelé, comme si devait exister une cloison étanche entre les publications annuelles et les Centuries. Même B. Chevignard, dans son édition des Présages (1999), n’est pas parvenu à disposer de ce document, n’a su retrouver leur trace. Ajoutons l’importance d’un autre document dont on n’avait pas su davantage tirer un juste parti, ce sont les éditions rouennaises de 1588. Leur présentation en fac simile serait certainement des plus salutaires, même si on en a la description chez Ruzo et ceux qui ont repris ses notes (cf RCN p. 122). Il est assez évident, notamment, que l’édition Macé Bonhomme (1555, sic) est postérieure à celle parue chez Raphaël du Petit Val, avec un nombre inférieur de quatrains à la Ive Centurie.: lesGrandes et Merveilleuses prédictions de M. Michel Nostradamus divisées en quatre Centuries. 
Le cas de la Contreprognostication à celle de Nostradamus.

Le dossier des relations entre MDN et la papauté et plus généralement de la place de MDN au sein du conflit opposant catholiques et réformés, serait incomplet sans le document que nous avons fait reproduire dans la revue Réforme Humanisme Renaissance (RHR) n°33, décembre 1991.: « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561) », travail que M. Chomarat a inclus dans ses collections.

Ce texte fait partie du corpus des pamphlets antinostradamiques contemporains de Michel de Nostredame, il est ignoré d’Olivier Millet, spécialiste de la Réforme, qui lui consacra, en 1986, une communication (« Feux croisés sur Nostradamus au XVIe siècle », Divination et controverse religieuse en France au XVIe siècle, Cahiers V. L. Saulnier, V, 1987) et qui s’appuyait sur les bibliographies existantes, sans d’ailleurs étudier ce que Nostradamus mentionnait de telles attaques dans ses almanachs et prognostications et notamment dans les Présages Merveilleux pour 1557 (cf nos Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, op. Cit.). Il est vrai que cet imprimé, assez exceptionnellement, est conservé au Cabinet des Manuscrits Occidentaux (resté sur le site Richelieu) et non avec les collections d’imprimés (passées sur le site F. Mitterrand) A ce propos, notons que la BNF n’a pas fait l’effort de rassembler la production authentique de MDN à partir des fonds d’autres bibliothèques françaises et étrangères – alors que selon nous c’est bien là sa mission que de reconstituer un tel patrimoine – et la BM de Lyon ne dispose pas davantage d’une telle collection ne serait-ce que sur microformes ou de façon numérisée.

De fait, bien que portant le nom de Nostradamus, en son titre, il échappa aux investigations. Si la Bibliothèque Nationale avait eu à l’époque un catalogue informatisé, nos chercheurs auraient été mis sur la piste de ce pamphlet qui y figure désormais si l’on demande les textes portant le nom de Nostradamus en leur titre.. Mais ce n’était pas encore le cas dans les années 1980.. Le dit ouvrage se trouvait classé parmi les ouvrages anonymes et ne figurait même pas au catalogue des Imprimés. Or, la BNF ne disposait pas d’un catalogue Matières qui aurait permis néanmoins de placer ce texte au nom de Nostradamus. Si le texte avait appartenu à une bibliothèque de province, cela eût probablement été le cas. Encore que la dite pièce anti-nostradamique se place en annexe d’un ouvrage intitulé Cantique spirituel & consolatif à Monseigneur le Prince de Condé, avec l’écho sur l’adieu du Cardinal de Lorraine.

Cette attaque réformée de 1561 qui dénonce un penchant de MDN envers le pape, ne fait, précisons-le en passant, aucune référence à des centuries mais au fait que MDN s’adresse au Pape dans son almanach pour 1562, paru à la fin de 1561.( sur les dédicaces à Pie IV, cf l’état de la question à la veille de nos recherches, in R. Amadou, « Nostradamus et le pape Pie IV. Lettre ouverte », Autre Monde, n° 103, février 1986, p. 26, repris in R. Amadou, l’astrologie de Nostradamus, op. cit.)

Là encore, c’est du fait d’une recherche extensive, dépassant largement le cas Nostradamus, que nous avons exhumé ce document. En effet, plus on travaille sur un corpus large, plus un tel investissement peut se justifier car les retombées positives en sont fonction.

Il apparaît ainsi que des contributions significatives aux études nostradamiques auront été le fait d’un historien de l’astrologie alors que jusqu’à présent, les dites études tendaient, en partie par un certain snobisme, à se situer à la marge du champ astrologique proprement dit. 
Le rapprochement des Epîtres

On est même en droit de se demander si une frontière n’avait pas été placée, au sein même de la production nostradamique, entre Centuries d’une part et Almanachs et prognostications de l’autre. Car comment expliquer autrement que les nostradamologues n’aient point rapproché l’Epître à Henri II en tête des Centuries VIII à X de l’Epître au même roi placée en tête des Présages Merveilleux pour 1557? On notera d’ailleurs que la date du 14 mars 1557 de la fausse épître au roi est à rapprocher de celle du 21 mars 1556 adressée à Antoine de Navarre (une des trois épîtres ayant servi à la contrefaçon, cf Documents Inexploités, op. Cit.) , si l’on tient compte du changement opéré en 1564 plaçant le début de l’année au Ier janvier et qui a pu influer sur les faussaires; un mois de mars décidément très présent, puisque la Préface à César est datée du Ier mars 1555. On nous répondra peut être que l’on ne disposait pas du dit texte, pourtant reproduit partiellement par le péruvien Daniel Ruzo dans sonTestament de Nostradamus ( traduction française: 1982), ouvrage par ailleurs largement utilisé, sinon pillé, par les bibliographes signalés.

Or, il va de soi que les faussaires, voulant faire du faux avec du vrai, ont été tentés de récupérer des éléments des publications annuelles aux fins de fabriquer des éditions antidatées des Centuries, un peu à la façon dont on réalise un greffe en chirurgie.. Le fait de rapprocher les Epîtres entre elles – à savoir toutes celles signées Nostradamus, d’où qu’elles viennent – aurait été de bon aloi. Et c’est ainsi d’ailleurs que l’on aurait pu également comparer l’Epître centurique à Henri II de l’épître au Prince de Condé, figurant en tête du faux Almanach pour 1563 .

On voit que nos exigences restent raisonnables: on ne demande pas aux nostradamologues bibliographes de se montrer au fait de l’Histoire événementielle, ce qui eût permis des recoupements mais simplement d’établir certains rapprochements « raisonnés » entre les pièces ainsi engrangées et d’englober dans leur corpus tout ce qui pouvait ressembler à des quatrains nostradamiques et à des vignettes nostradamiques, que le nom de Nostradamus y ait ou non figuré.

C’est notamment le cas d’Himbert de Billy, astrologue du Lyonnais, qui recourt fréquemment, on l’a vu, à des quatrains. Benazra le cite dans un seul cas, dans une édition tardive de 1602, Prédictions pour cinq années, Paris, N. Rousset, (BNF, pV 217) pour avoir cité, dans une préface, le fameux quatrain 16 de la centurie I, « Faulx à l’estang etc  » mais néglige ses autres publications plus anciennes, contemporaines des éditions des Centuries recensées, comme cet Almanach pour l’an 1587, conservé à la Bibliothèque Municipale de Lyon, et paru chez Benoist Rigaud, détail qui, on le verra, n’est pas négligeable.

Le nom d’Himbert de Billy est également associé à celui d’un certain Conrad Leovitius, auteur d’une Première Centurie des choses plus mémorables qui sont à advenir depuis l’an 1588 etc, Paris, Veuve de Laurent du Coudret, BNF Res pV 227., ouvrage qui comporte cinq quatrains dont un en couverture.. Le nom de Conrad Leovitius dérive de celui de Cyprien Leovitius que B. Rigaud publia dans une période où, selon nous, ce libraire ne s’intéressait pas encore aux quatrains..(sur la production attribuée à ce Himbert de Billy, voir sur ce site le Catalogue Alphabétique des Textes Astrologiques Français CATAF)

Citons également un certain Cormopéde, qui dans son Almanach des almanachs, pour 1593, trad. B. Van Schore, Lyon, J. Pillehotte (BNF, Res. PV 284) se voit, en latin, comparé à Nostradamus ou encore un Corneille de Montfort dit Blockland, en Hollande (cf Baudrier,Bibliographie Lyonnaise, III; op. cit.)..

Bien entendu, une fois un corpus considérable de quatrains parus dans les dix ans qui précédèrent les éditions conservées, il reste à faire le tri et notamment, comme nous l’avons montré dans une autre étude sur ce site, concernant Coloni, à identifier ceux qui relèvent d’une des dix Centuries et notamment des centuries IV-V-VI et VII. Tout semble indiquer que ce groupe de Centuries, inconnu d’un Crespin, autour de 1572, soit apparu quelques années plus tard, comme l’indique notre inventaire de la production de Benoist Rigaud.

C’est ainsi qu’en négligeant de mener à bien un tel recensement, la période des années 1578-1587 est sous représentée dans les bibliographies nostradamiques.

Chomarat (Bibliographie nostradamique, 1989, pp. 74-77): de 1577 à 1587: uniquement des textes signés Crespin, un en 1577, un en 1578, un en 1585, un en 1586.

Benazra (RCN, 1990, p; 116): de 1577 à 1587: que du Crespin! Benazra s’arrête sur la Prognostication astronomique pour six années, sans indication de libraire (BM Lyon Res 315 920) dont il cite deux quatrains pour 1593 et 1596, partiellement empruntés aux almanachs de Nostradamus: mars 1555 et Juin 1558. Or, ces mêmes quatrains et encore trois autres figurent sous le nom d’un autre astrologue, Conrad Leovitius, dans un texte déjà signalé plus haut, Première Centurie etc Paris, Veuve de Laurent du Coudret (BNF Res pV 227 , autre édition, BNF Rz 3411). Ainsi, nous aurions des quatrains issus d’anciens almanachs de Nostradamus parus, à la fin des années 1580, soit à trente ans d’écart pour certains, sous des noms divers.

On rappellera enfin que notre découverte d’une édition non nostradamique des Sixains, signée Morgard et ignorée des chercheurs, relève également de la même méthode extensive qui nous est propre, nous situant tant dans l’Histoire de l’Astrologie que dans celle du prophétisme. Une approche bibliographique trop étroite du domaine étudié a, on le voit, des effets pervers, appauvrit la documentation et de ce fait même hypothèque le travail en aval des historiens des textes.. C ‘est d’ailleurs, pour cette raison, que nous n’avons pas voulu dépendre du travail des bibliographes et des bibliothécaires et que nous avons intégré ce niveau de recherche basique dans notre travail d’historien et ce d’autant plus que la critique interne des textes est également un excellent moyen de dater les documents et de repérer les contrefaçons.. 
L’affaire des sixains

Il ne semble pas que l’on ait accordé toute leur importance aux sixains dans la compréhension de l’édifice nostradamique. Il importe de rapprocher les 58 sixains de la centurie VII dans sa mouture à 42 quatrains, car ainsi on « parachève la miliade », bien mieux qu’en prenant en compte les quatrains des almanachs. Initialement, c’est à ce titre de complément et à ce seul titre que, nous semble-t-il, on aura intégré ces textes, en dépit du fait qu’il ne s’agissait pas.de….quatrains. (cf notre ouvrage, Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, op. Cit.). Si l’on s’était servi d’une édition ne comportant que 40 quatrains la centurie VII, on aurait introduit non plus 58 sixains mais 60. Au XVIIe siècle, si les Sixains sont contestés par l’auteur de l’Eclaircissement (1656), en revanche, un Le Roux, encore en 1710, se mettra en tête de démontrer qu’ils sont écrits de la même plume que le reste des Centuries, ce qui vient confirmer notre thèse, à savoir qu’ils ont fort bien pu être considérés, un temps, comme complétant la miliade, même si Le Roux ne recourt pas à cet argument et n’associe pas les 58 sixains aux 42 quatrains de la VIIe Centurie.

On notera qu‘un Le Roux et cela reste vrai pour les critiques du XVIIIe siècle, connaît fort mal – ce qui n’est pas le cas des nostradamologues actuels qui n’ont pas cette excuse- la production centurique de la fin du XVIe siècle: il aurait ainsi pu remarquer que les éditions parisiennes de 1588/1589, émanant de la Ligue, ignorent totalement les Centuries VIII à X ainsi que l’Epître à Henri II, phénomène que nous expliquons par le fait d’ailleurs signalé par Le Roux – qui explique cependant ainsi le retard mis à la publication de cet ensemble – que certains de leurs quatrains annoncent, en clair ou sous forme d’anagrammes, le triomphe des Bourbons (Mendosus, pour Vendôme) sur les Guise (Norlaris, pour Lorrains), c’est à dire du réformé Henri de Navarre sur ses adversaires catholiques.

Pour prolonger la thèse que nous avons développés dans notre réponse à P. Guinard, il y aurait eu deux éditions à mille quatrains en dix centuries, toutes deux faussement datées de 1568: une première, perdue, dont il nous reste des bribes dans les éditions de 1588 -1589, introduite par une fausse Epître à Henri II et mentionnant la miliade et une seconde, comportant les sixains qui permettent à nouveau de parvenir à un total de mille strophes. C’est dire que cette nouvelle édition à 1000 strophes est tardive, et appartient au XVIIe siècle.

Bien entendu, il existe aussi des éditions datées de 1568 mais ne comportant pas mille strophes et qui sont des faux antérieurs mais qui restaient insatisfaisants par ce fait même qu’ils ne correspondaient pas avec ce qui était annoncé dans la fausse Epître à Henri II. Au demeurant, l’opération  » retour à la miliade » fut assez mal conduite, ayant été quelque peu bâclée et la greffe des sixains rejetée dans la mesure où ils constituèrent une….onziéme centurie au lieu de s’agréger à la VIIe Centurie, ce qui était pourtant leur première raison d’être. Mais leur existence n’en montre pas moins qu’il y eut après un mouvement de déconstruction de l’édition à 1000 quatrains datant vraisemblablement du tout début des années 1580, aboutissant aux éditions défectueuses – phénomène du à l’instrumentalisation (suppression, addition) de certains quatrains durant cette période agitée- de la fin de cette même décennies, un mouvement en sens inverse de reconstruction aux fins d’atteindre à nouveau les 1000 unités.

Il conviendrait de réaliser une chronologie des fausses éditions, ce qui est évidemment un exercice assez délicat puisque l’on ne peut se fier aux dates indiquées. Ce qui a troublé certains, c’est le fait que certaines éditions des Centuries aient comporté moins de 100 quatrains, du moins à un certain stade, c’est notamment le cas pour ce qui relève de la centurie IV à 53 quatrains et de la centurie VII à 40/42 quatrains.. Pourquoi, nous fait-on remarquer, aurait-on publié des éditions ainsi tronquées? Toutefois, il semble bien qu’il ait existé une première pseudo-édition à 39 quatrains seulement, à la Centurie VII, qui serait parue en 1560, ce qui d’ailleurs signifierait que cette édition serait antérieure à l’édition d’Antoine du Rosne de 1557 comportant 40/42 quatrains à la dite Centurie, selon que l’on prend tel ou tel exemplaire! En fait, il est probable que ce soit l’édition à quatre centuries qui ait d’abord été désignée ainsi. La 4e centurie, initialement, ne devait comporter que 39 quatrains, pour passer ensuite à 53 et enfin devenir une centurie à part entière. Puis, le principe fut reporté sur la VIIe Centurie qui, elle sera complétée, à son tour, mais avec moins de réussite, par les sixains.

On nous objectera que de telles observations semblent incompatibles avec la thèse d’une édition à 10 centuries, comportant une miliade de quatrains et qui serait déjà attestée par Du Verdier en 1585. Mais si l’on lit par exemple le « Brief Discours sur la vie de M. Michel de Nostredame » au début du du Janus Gallicus (1594), n’est-il pas question de quatrains extraits de centuries? A propos des Centuries XI et XII, l’auteur écrit: « ces deux dernières ont long temps tenu prison & tiennent encore pour la malice du temps, en fin nous leur ouvrirons la porte » (pp. 6-7)

La différence entre vraies et fausses éditions des Centuries, c’est que les fausses ne sont pas contraintes de respecter un ordre chronologique logique dans la mesure où les faussaires ne s’entendent pas forcément entre eux, surtout quand ils vivent à des époques différentes. Cela explique des bizarreries comme dans le cas des deux éditions des Centuries de 1557, probablement produites à des époques différentes mais dont la plus longue (à la Centurie VII) serait parue avant la plus brève. Le Roux note d’ailleurs, en 1710, que les éditions les plus anciennes sont les moins « complètes » mais il n’avait vraisemblablement pas en mains les étranges éditions des années 1588/89. La matière nostradamique, en tout cas, nous apparaît comme singulièrement complexe à maîtriser, et ce d’autant qu’outre les contrefaçons conservées, il en est d’autres qui n’ont pas été localisées. Or, selon notre approche, une lacune dans le réseau des forgeries, selon l’expression anglaise qui indique bien l’idée de fabrication artisanale, risque de conduire à une théorisation erronée des structures du corpus nostradamique, quel qu’en soit l’auteur.

Il nous apparaît, en tout cas, assez patent que le découpage de la Centurie IV en deux segments de 53 quatrains et de 47 quatrains est le fait de cette déconstruction-reconstruction que nous décrivions plus haut, intervenue à la fin des années 1580 et d’ailleurs, comme le rappelle Benazra, à la suite de Ruzo, on connaît des éditions comportant une Centurie IV « incomplète », comportant un nombre de quatrains qui n’est pas de 53.

Mais pourquoi, nous objectera–t-on des faussaires auraient-ils pris la peine de publier une édition aussi « déconstruite » que celle attribuée à Macé Bonhomme, en date de 1555? Or, à partir du moment où l’on constate qu’il a bien existé des éditions comportant des centuries ne comportant pas 100 quatrains, pourquoi, dans la foulée, n’aurait-on pas, pour leur conférer davantage de légitimité, confectionné, à partir des dites éditions des éditions antidatées?

En vérité, une des failles du système des faussaires semble avoir été le manque de concertation qui conduit à des aberrations et à des invraisemblances: on se retrouve en effet avec en l’espace de trois ans la production de 10 centuries:

- 1555, 3 centuries et 53 quatrains (attesté par la Préface à César) 
- 1557 Edition augmentée de près de 300 quatrains 
- 1558. Edition augmentée d’encore 300 quatrains ( attestée par la date de l’Epître à Henri II)

Par la grâce des faussaires, voilà donc un ensemble de près de 1000 quatrains qui se manifeste en un laps de temps à la fois trop bref et trop long. Car de deux choses l’une, ou bien MDN aurait pu produire l’ensemble d’entrée de jeu (1555), ayant pris le temps de le composer au cours des années précédentes ou bien il lui aurait fallu raisonnablement davantage de temps. Il semble, selon nous, que l’explication est plus simple et qu’en gros, les faussaires ont eu de la chance: s’étant donné le mot pour que les Centuries se référent aux années 1550, ils ont fait un tir groupé. Gageons que si l’édition à 10 centuries avait précédé celle à 7 centuries voire à 4 centuries, on aurait trouvé une explication!

Il reste que la thèse d’une première édition à sept centuries précédée de la Préface à César aura longtemps prévalu chez les nostradamologues, s’appuyant sur le premier volet des éditions datées de 1568. Si en 1711, Joseph de Haitze ( La vie de Nostradamus, Aix, p. 50) date cette édition à 7 centuries de 1555, cela reste la présentation de Buget, en 1860-1861 (« Etude sur les prophéties de Nostradamus », Bulletin du bibliophile, p. 1699) c’est encore le point de vue de biographes de MDN, tels que J. Moura et P. Louvet (La vie de Nostradamus, Paris, Gallimard, 1930, p. 174) . Il semble en effet assez invraisemblable qu’une toute première édition ait pu se présenter comme le fait l’édition à 353 quatrains, visiblement « augmentée » et disons-le transitoire, et d’une certaine façon la découverte des éditions Macé Bonhomme, dans les années 1980, aura eu, à terme, un effet déstabilisateur: la seule période de centuries incomplètes attestées étant celle de la Ligue.

Toutefois, pour le bibliographe, même le plus indifférent au contexte politique, il y a quand même un détail qui gêne: ce sont toutes ces éditions comportant des centuries incomplètes sans explication. Ou plutôt, si on a une édition qui donne une explication mais elle porte une date plus tardive, 1560. (cf Benazra, RCN, pp. 51-52); c’est l’édition parisienne disparue de la libraire Barbe Regnault (cf infra) qui signale une addition de 39 articles (=quatrains). Fort bien! Mais comment se fait-il que les éditions lyonnaises de 1555 et 1557 comportent déjà, sans l’annoncer, cette addition? Tout se passe comme si ces dites éditions lyonnaises étaient donc postérieures à l’édition parisienne et ne prenaient plus la peine de signaler qu’il y avait eu addition.. Bien plus, le passage d’une édition comportant trois centuries et 53 quatrains (1555) à une édition comportant six centuries et 40/42 quatrains (1557) ne comporte aucune explication à l’intérieur de l’ouvrage alors que nous disposons d’éditions de 1588 qui portent la mention d’un ajout, à la quatrième centurie, après le quatrain 53 ( Paris, Veuve (de) Nicolas Rosset, British Library, 711 a 16 -cf RCN, p. 118) – on disait alors la Veuve Nicolas Rosset,

« Prophéties de M. Nostradamus adioustees outre les précédentes impressions; Centurie quatre ». Suivent les quatrains 54 à 100.

Faisons donc l’expérience: donnons à quelqu’un ces diverses éditions, en ne fournissant aucune date, demandons lui de les classer par ordre d’apparition logique. Le résultat probable sera le suivant:

[0. Edition à trois centuries] 
1 Barbe Regnault, Paris(d’après le titre, seul connu) 
2 Macé Bonhomme, Lyon 
3 Veuve Nicolas Rosset, Paris 
4 Antoine du Rosne, Lyon

Tout se passe, du moins en ce qui concerne les éditions augmentées, comme si l’original était paru à Paris puis avait connu, à Lyon, une réimpression peaufinée, où les marques d’additions auraient disparu tant au titre qu’à l’intérieur. Occasion d’ailleurs de rappeler une autre bizarrerie à savoir que les d’éditions des almanachs et prognostications, du moins celles qui nous sont conservées, du moins jusqu’à l’année 1562 incluse, sont parisiennes (c’est notamment le cas des éditions pour l’année 1557 reproduites partiellement dans Documents Inexploités) tout autant d’ailleurs que les attaques contre ces publications alors que les éditions des Centuries seraient, elles, lyonnaises!.. De telles maladresses de la part de faussaires nous conduisent à penser qu’il s’agit là, pour ces éditions datées des années 1555-1557, d’une seconde génération ayant travaillé à partir d’éditions tardives (éventuellement pas avant le début du XVIIe siècle) ne portant même plus l’indication d’ additions. Ces éditions antidatées ont d’ailleurs pour effet de fausser notre appréhension de la diffusion des centuries à certaines époques: supposons, en effet, qu’au cours de telle ou telle décennies, on n’ait produit que des éditions antidatées, on en arriverait à conclure qu’aucune édition ne parut à ce moment là:!

On peut se demander toutefois pourquoi avoir choisi l’année 1568 pour accueillir l’Epître datée de 1558 dédiée à un roi mort en 1559, encore que d’aucuns, au XVIIIe siècle (cf R. Benazra, RCN, pp. 295 et seq.) aient parfois préféré produire des éditions datées de 1566.. C’est probablement parce que les premières vraies fausses éditions sont datées de cette époque, laquelle fait suite immédiatement à la mort de MDN en 1566. On ne peut d’ailleurs totalement exclure une confusion entre 1566 et 1568….

A propos de faussaires, précisons, quand même, que soutenir que les/des centuries ne seraient pas l’oeuvre de Michel de Nostredame, ne signifie pas, ipso facto, qu’elles n’aient pas valeur prophétique ni qu’elles ne comportent pas quelque codage intéressant.. Donc, ce n’est pas en prouvant que tel ou tel quatrain « marche » ou que telle centurie comporte une structure sous-jacente, que l’on aura démontré son authenticité.

Signalons également, parmi les procédés d’authentification et de désauthentification, le fait de circonscrire un quatrain manifestement « faux » ou à l’inverse manifestement « juste ».. L’exemple d’un « faux » quatrain serait le IV/46 comportant le verset  » Garde toy Tours de ta proche ruine » et qui selon nous vise Henri IV, dont le gouvernement était installé en 1588 à Tours face à la Ligue (voir notre étude » Les Prophéties et la Ligue ») et dont la présence dans l’édition datée de 1555 serait disqualifiante. A l’inverse, tel quatrain cité par P. Guinard, dans son étude sur Nostradamus et les planètes transsaturniennes (récemment parue dans la revue Atlantis, dans la ligne du regretté V. Ionescu), serait qualifiant, en ce que l’ affirmation de l’annonce du jour de la découverte d’Uranus (1781) et de Neptune (1846) serait liée à une analyse particulière de la structure d’ensemble des Centuries. 
Le cas Jaubert

Un des cas les plus déconcertants de la recherche bibliographique nostradamique concerne les Eclaircissements des véritables quatrains, de 1656. Nul ne sait pourquoi cet ouvrage a été attribué à un certain Etienne Jaubert et pourtant cette mention figure tant au catalogue de la BNF que dans les bibliographies susnommées.

En réalité, l’étude de cet ouvrage fournit la réponse ou pour le moins une piste. A la fin de l’Apologie, l’éditeur, au sens anglais du terme, écrit: « Je ne ferai point tort à un savant religieux, lequel bien qu’il ne veuille prendre place dans le nombre des Auteurs, qui soient dignes de considération, néantmoins puisque Dieu lui a donné la grâce d’avoir mis à jour cinq volumes de la vie des Saints & saintes de son Ordre, deux semblables des solides pratiques & exercices de la vie spirituelle, dont les éditions sont finies et se réitèrent, six autres de moindre grosseur sur la dévotion etc » (p.66);

Or, ce « savant religieux » est en fait celui qui a rédigé les dits Eclaircissements. En effet, si l’on consulte les travaux consacrés au monde ecclésiastique et notamment aux Ordres prêcheurs, on tombe sur la notice d’ un Dominicain, Jean Giffré de Réchac, en religion Jean de Sainte Marie, auteur d’un travail sur Nostradamus et de fait nous avons fini par retrouver le dit travail, bien plus ample que ce qui en a été publié, la confrontation entre l’imprimé et le manuscrit ne laissant aucun doute. Néanmoins, le fait que seul le volume consacré aux événements survenus du vivant de MDN – règnes d’Henri II, François II et Charles Ix- n’est peut être pas du au hasard en ce que seule la dimension d’historien y est affirmée.. Cet ecclésiastique qui, dans les années Cinquante, publie divers ouvrages correspondant à ceux dont il était question, est à rapprocher du Capucin Yves de Paris, impliqué, à Rennes, dans un procès contre l’astrologie (1654-1655) auxquels nous avons consacré des études sur ce site ainsi qu’aux Pères Jésuites anti-astrologues Jacques de Billy et Jean François (1657-1660)

R. Benazra, cependant, nous fournit (p. 104) une piste, dans son édition des Abrégés – le pluriel est de rigueur – de Tronc de Coudoulet, mais apparemment sans y prêter garde: « Je ne laisserai pas de dire, lit-on dans le manuscrit de la Méjanes, Abrégé de l’histoire de M. Michel Nostradamus,, qu’il a eu de célèbres apologistes comme d’injustes critiques. Un Jaubert a fait à la louange dans le distique suivant, vera loquor ne falsa loquor etc. Le nom de Jaubert disparaît, note Benazra, dans la Vie et Testament de Nostradamus (1789, BNF Ln22 15273), repris du manuscrit.: il ne s’y trouve plus que l’initiale J. Ne serait-ce pas, en tout cas, la première mention de ce Jaubert auquel on attribue couramment la paternité de l’Eclaircissement de 1656 et qui pourrait être l’auteur de l’Apologie pour Michel Nostradamus avec l’Histoire de sa vie & les éloges que plusieurs auteurs luy ont donné » qui introduit le dit Eclaircissement? Au demeurant, le manuscrit de Giffré de Réchac que nous avons retrouvé aux Archives Nationales ne comporte pas un tel développement. On pourrait donc attribuer au dit Jaubert la partie biographique et apologétique de l’Eclaircissement (cf, sur ce site, dans ce type de compilation de plusieurs travaux, notre article sur Yves de Paris, à la même époque) Buget en 1860 nous parle d’un Etienne Jaubert (« Etude sur les Prophéties de Nostradamus »; p. 1709), médecin d’Amiens, auquel il attribué à tort la totalité de l’Eclaircissement. 
D’un Abrégé à l’autre (XVIe-XVIIIe siècles)

L’historien des textes doit certes être pleinement conscient du rôle du recyclage. La guide des Chemins de France aura été « ésotérisée » -selon un concept que nous avons développé dans notre article sur l’Esotérisme.(à lire sur ce site) tout comme les récits historiques mis en quatrains et prenant, ipso facto, une autre dimension. Mais il n’en existe pas moins des emprunts au sein même de la littérature nostradamique et qui ne sont pas davantage signalés, laissant ainsi croire à une série de recherches et non à un texte repris maintes et maintes fois et tout juste assez retouché ou remanié pour que cela passe inaperçu de la part d’historiens trop pressés.

Les deux textes présentés par R. Benazra entretiennent nombre de points communs qu’il eut convenu de mieux faire ressortir. Il semble bien que nous ayons affaire à un manuscrit, plus tardif, qui serait l’amplification de l’Abrégé, malgré son titre Abrégé de l’Histoire de Michel Nostradamus. La partie proprement biographique est relativement brève, dans les deux cas, en comparaison des commentaires de nombre de quatrains ainsi que de la Préface à César et de l’Epître à Henri II. qui lui font suite

L’éditeur de 1701 n’a pas pris la peine de retrouver le « Brief discours sur la vie de M. Michel de Nostredame, également intitulé « Vie Sommaire de l’auteur », au sein d’un Janus Gallicus, jamais réédité depuis la fin du XVIe siècle, il s’est contenté de résumer la « Vie et l’apologie de Nostradamus » figurant dans la Concordance de Guynaud (1693), un siècle plus tard. Il n’a pas du non plus été chercher la « Vie du Sieur Michel Nostradamus » de l’Eclaircissement d’un Anonyme, comme on le désigne parfois (1656). Il semble que l’on ait ainsi « bâclé » une Vie de Nostradamus, au risque de bien des incohérences..

On se contentera de compléter ici l’étude de R. Benazra concernant le texte qu’il fournit en fac simile. L’éditeur – et ce n’est pas nécessairement Tronc de Coudoulet – a « réduit », à sa manière le texte de Guynaud (dont nous avons retrouvé un manuscrit comportant de nombreuses variantes à la Bibliothèque de l’Institut, à Paris.) Il reprend littéralement certains passages, insistant sur le séjour à Aix, et en saute allègrement d’autres mais, au total, rien n’émane de sa plume et tout n’a qu’une seule origine: la mouture de la Concordance.. Si Guynaud, bien que n’en dépendant pas exclusivement, se réfère fréquemment au Janus Gallicus pour un travail nettement plus ambitieux que la plaquette de 1701, l’éditeur de l’Abrégésupprime volontiers cette mention sauf dans un cas où il la maintient, probablement par inadvertance car il n’a pas pris la peine de nous préciser de qui il s’agissait et en parle comme d’un auteur et non comme d’un ouvrage – il aurait alors écrit « le Janus Gallicus » – :  » il prédit sa mort (…) comme le rapporte (sic) Janus Gallicus ». On passe ainsi d’un texte de 27 pages à un texte de 3 pages! On conviendra que quand on nous parle d’Abrégé,on aimerait bien connaître le document ainsi abrégé!

Cela dit, il existe bel et bien un manuscrit que Benazra recopie et qui s’intitule Abrégé de l’histoire de M. Michel Nostradamus par M. Palaméde Tronc du Coudoulet (Bib. Méjanes) comportant un texte considérablement plus ample que cette médiocre resucée de laConcordance de Guynaud, parue en 1701. On pourrait penser que l’Abrégé de 1701 est un résumé du manuscrit mais il n’en est rien car il est directement démarqué de la seule Concordance c’est bien le manuscrit, plus tardif selon R. Benazra, qui intègre l’Abrégé. Cet Abrégé de 1701 n’est pas sans rappeler le « Brief Discours » du Janus Gallicus qui ne compte que 7 pages.. D’ailleurs, ce dernier texte se termine sur l’annonce d’ « un autre discours sur la vie de ce mesme Auteur qui bientost verra la lumière. Buget, utilisé par Benazra dans son étude sur Tronc du Coudoulet, signale notamment le lien entre l’Abrégé et la Concordance, « Etude sur les prophéties de Nostradamus », p. 1716-1717) 
Le cas Chevigny/Chavigny

Chavigny prendra d’ailleurs des libertés avec le texte des quatrains des almanachs et ses traductions latines sont adaptées à ses interprétations. . Il n’est pas vraiment respectueux de la lettre comme nous l’avons montré dans notre TPF (Le texte prophétique en France, volume 3 (Paris X, 1999)- disponible dans toutes les bibliothèques universitaires, sous forme de microfiches) et dans les Documents Inexploités. Disons que Chavigny est lui-même un Janus, à cheval entre l’interprétation et l’interpolation. La question du changement de date ne concerne pas seulement les frontispices des éditions mais aussi le contenu même des textes, ce qui est la règle dans la littérature néo-prophétique..

Ajoutons que l’auteur du Janus François qui se présente, peut-être abusivement, sous le nom de Chavigny avait d’abord conçu son travail au service de la Ligue avant de se rallier à Henri IV, c’est dire que la prise en compte des clivages religieux et politiques est déterminante. Quant au travail de B. Chevignard (Présages de Nostradamus, op. Cit.; p.20), il ne résout pas définitivement le problème Chevigny/Chavigny. J. Dupèbe (Lettres Inédites, op. Cit. Pp. 21-24), et P. Brind’amour, (Ed. Critique des Prophéties, Macé Bonhomme, op. Cit., p. LXII et seq) considèrent que Jean Aimé de Chavigny n’est pas la même personne que Jean de Chevigny) Est-ce la même personne qui traduit Dorat en 1570 -un Dorat dont le lien avec les Centuries reste, on l’a vu, au demeurant assez mystérieux (cf notre réponse à P. Guinard) – et qui vingt – cinq ans plus tard réalise le Janus Gallicus?

Il peut y avoir eu emprunt d’identité et récupération de documents dans la mesure où le J. G. s’appuie sur un corpus de documents (issu en partie du Recueil des Présages Prosaïques, en partie publié par B. Chevignard, aux Ed. Du Seuil) mais que Chevigny avait probablement constitué dès avant 1570, comme il s’en explique dans l’Epître figurant en tête de l’Androgyn. Un tel Recueil - qui ne les comporte pas – servit vraisemblablement à réaliser les quatrains des Centuries, en s’inspirant des quatrains des almanachs qui s’y trouvaient ainsi qu’à confectionner des éditions antidatées en conformité avec les productions de l’époque visée, ce qui expliquerait pourquoi la datation sur des critères purement matériels (papier, caractères, lettrines etc) n’a guère abouti. Or, l’auteur du J. G. semble tout ignorer de ce processus comme s’il n’avait pas été partie prenante, à moins qu’il ne cache vraiment bien son jeu. Si Jean de Chevigny, pensons-nous, appartient à la génération des faiseurs de quatrains, en revanche Jean Aimé de Chavigny, l’auteur du Janus Gallicus, appartient à celle des interprètes de quatrains, il y a là une ligne de clivage déterminante. Il se pourrait donc fort bien que ce Recueil ait circulé de main en main, qu’il ait notamment servi à un Coloni (cf notre réponse à P. Guinard) pour finir chez l’auteur du J.G. qui en fit l’usage exégétique que l’on sait. C’est probablement en manipulant le dit Recueilpréparé par Jean de Chevigny et qui comportait peut être une préface signée de ce dernier, que l’idée vint au pseudo Chavigny/Chevigny de s’approprier son nom. Au demeurant, l’habitude fut prise de désigner l’auteur sous le nom de Janus Gallicus. 
La piste César de Nostredame

En tout état de cause, si le Janus Gallicus est souvent cité, il ne constitue nullement la seule source d’information et il serait souhaitable d’identifier d’ autres sources complémentaires, éventuellement antérieures, ce que nous permet d’ailleurs Guynaud (pp. 5- 7 de la Concordance) qui curieusement désigne Janus Gallicus comme l’auteur d’une « Histoire des Guerres Civiles ». César de Nostredame est par ailleurs l’auteur d’uneHistoire de Provence (1629) qui est une des sources de l’Eclaircissement (1656) et de la Concordance (1693). Le témoignage de César est assez troublant, il faut le reconnaître: n’écrit-il pas dasn son Histoire que « Michel de Nostredame me dédie dans le (berceau) et met au jour les (sic) Centuries qui le rendront immortel ». Comment le propre fils de MDN pourrait-il être complice des faussaires et attribuer à son père un ouvrage qui ne serait pas de lui et comment pourrait-il en outre affirmer sans raison que les Centuries – il ne précise pas combien et emploie l’article défini – lui furent dédiées, quasiment à sa naissance survenue en 1553, il est vrai soixante ans avant la parution de la dite Histoire et Chronique de Provence, Lyon, chez Simon Rigaud? Il est possible que César qui n’avait qu’une douzaine d’années à la mort de son père se soit laissé abuser mais il nous semble plus probable que son rôle dans la mise en place du phénomène centurique soit à réévaluer.

On remarquera que César a deux qualités plus affirmées que chez son père, celle de poète et d’historien. Son Histoire de Provence, parue en 1614, à l’âge de cinquante ans, outre des développements historiques qui auraient pu se mette en quatrains, comporte notamment des poèmes en provençal (cf p. 312, 315). Or, l’on sait que les Centuries comportent des quatrains dans cette langue tels IV, 26. « Lou grand eysamme se levera d’abelhos etc’ et IV, 44 « Deux gros de Mende etc » par ailleurs très estiennien par l’accumulation des lieux géographiques.

César est l’auteur de L’Entrée de la Reine Marie de Médicis à Salon, Aix, 1602, (Bibl.. Arbaud, à Aix, R 733, reprint 1855, à Marseille, BNF Lk7 9163 Res.) Ouvrage qui célèbre l’arrivé de Marie en France, dont pour autant Benazra ne signale pas – Chomarat ne cite même pas ce document! – un passage hautement remarquable, à notre avis:

 » Au coste gauche (de l’arche) estoit le quatrain qui se trouve aux Centuries de feu mon père, desquelles Monsieur de Brémond, sieur de Pennefort, semble estre le vray génie et l’interprète fatal, obligeant ainsi en la cendre et la mémoire du Père, le service perpétuel et la résipiscence des enfans, le quatrain est tel etc » Mais qui est donc ce personnage dont il est fait la louange par César et qu’aucun nostradomologue ne mentionne? N’aurait-il pas un rapport avec l’auteur du Janus Gallicus? On voit mal, en fait, à quelle autre oeuvre que le Janus François César pourrait faire référence et dès lors nous pensons que la véritable identité de l’auteur du J.G est bien celle de ce Brémond, ainsi évoqué en 1602, quelques années seulement après les publications de 1594-1596 des commentaires des quatrains et dont apparemment aucun nostradamologue n’a eu oui dire. Ce Brémond -Chavigny aurait donc composé le J.G. en recourant au pseudonyme de Chavigny. Le fait que César fournisse son nom nous conduit à penser qu’il n’y a pas eu pour autant subterfuge de sa part et en tout état de cause, de même que le nom de Nostradamus a été repris plus ou moins légitimement par divers auteurs, de même semble-t-il en avoir été pour ce Chevigny dont on rappellera qu’au XIXe siècle un abbé Torné revendiquera à son tour le nom signant ainsi Torné- Chavigny.: Chavigny devient en quelque sorte un équivalent pour interprète. Au fond, il n’y a pas de Nostradamus sans son Chevigny/Chavigny.; au pseudo Nostradamus répond le pseudo Chevigny..

Signalons enfin que César, dans son Histoire de Provence, traite (p; 782) de la mort d’Henri II survenue en 1559 avec le célèbre quatrain « Le Lyon jeune le vieil surmontera etc » non sans ajouter « Prophétie à la vérité estrange où pour la cage d’or se void le timbre Royal dépeint au vif qui accordant merveilleusement bien avec ce qu’il en avoit dit en quelque autre endroit en ces termes courts & couverts, « L’Orge éstouffera le bon grain », jeu de mot sur l’un des titres de celui qui le blessa mortellement en tournoi, Gabriel de Montgomery (1530-1574), seigneur de Lorges (d’où le jeu de mot sur L’orge) Au demeurant, ce dernier verset contribuerait, par sa précision suspecte, à faire dater les éditions qui le comporteraient d’après la mort du roi. César semble avoir veillé tout spécialement à ce que l’on attribuât à son père la réussite d’un tel pronostic. (cf aussi notre étude sur les Significations de l’éclipse qui sera le 16 septembre 1559, in Documents Inexploités, op. Cit.. dont le texte est reproduit en annexe par B. Chevignard, dans son édition des Présages, op. cit.)

En vérité, il nous apparaît que César a considérablement oeuvré pour conférer à son père une dimension prophétique, il nous semble bien être l’artisan d’un mythe familial. Or, Edgar Leroy (Nostradamus, ses origines, sa vie, son oeuvre, Bergerac, 1972) révèle les procédés de mythomanes de Jean et de César de Nostredame:  » On n’a possédé longtemps sur les origines et la famille de Nostradamus que les récits essentiellement tendancieux de son frère Jean et de son fils César. Ce sont de véritables plaidoyers pro domo, ne visant qu’à nous faire croire à toute force, contre vents et marées, à l’ancienneté et surtout à la noblesse de la famille (…) Les Nostredame ont moins souci de nous éclairer que de nous éblouir » (pp. 7- 12)) 
La tradition biographique

Comparons les deux versions courtes, celle de 1594 et celle de 1701 pour montrer que la dernière n’est issue que partiellement et très indirectement de la première. La description généalogique y est largement identique. Puis commence le récit du périple d’Avignon à Agen. Le nom de la seconde femme de MDN, Anne Ponce Gemelle, ne figure pas dans le JG alors qu’on le trouve à deux reprises dans l’Abrégé, ce quel’Abrégé a récupéré de la Concordance. En revanche, le voyage à Paris est signalé dans les deux résumés mais le JG se contente d’indiquer l’an 1556 là où l’Abrégé précisera le 15 août (sic) 1556. (alors que l’Eclaircissement donne le 15 août 1555) Le JG est beaucoup plus concis que l’Abrégé quant aux détails de la rencontre de MDN avec Charles Ix et les détails viennent de la Concordance. Le JG, à la différence del’Abrégé, ne mentionne pas la rencontre avec le duc et la duchesse de Savoie. Puis on arrive au récit de la mort qui est, comme on l’a dit, référé dans l’Abrégé au JG, avec mention de l’Eglise et de l’inscription mais alors que l’Abrégé parle de la « veuve » qui plaça le portrait de son défunt époux, « tiré au naturel » – seul détail que l’on ne trouve pas dans la Concordance mais uniquement dans l’Abrégé – « de César son fils », pas un mot, à l’occasion du décès, de celle-ci ou de son fils dans le JG tant et si bien que le texte de l’épitaphe est tronqué dans le JG avec suppression de la formule « Anne Ponce Gemelle souhaite à son Mary la vraye félicité ».

Toutefois, à la fin de la « Vie Sommaire de l’auteur » on trouve un hommage à César, fils aîné d’Anne Ponce Gemelle. L’Abrégé de 1701 ne comporte aucune référence bibliographique, en dehors de l’étude de quelques quatrains qui lui font suite, à la différence du texte situé dans le JG. Force est donc de constater que l’auteur du Janus Gallicus était, en 1594, pour quelque raison, en délicatesse avec la mère de César de Nostredame, dont le nom pourtant figurait sur l’épitaphe, ce qui a pu suffire aux autres biographes pour compléter. Déjà en 1656, l’Eclaircissement comporte les mentions complètes relatives à Anne Ponce Gemelle. Cela ne semble pas avoir gêné outre mesure notre auteur, celui que nous appellerons, malgré les explications de B. Chevignard, le pseudo Chavigny, que de risquer de se trouver défaut quant à sa retranscription du texte latin de l’épitaphe que chacun pouvait déchiffrer dans l’église de Salon. Faut-il voir dans cette attitude cavalière envers la veuve de MDN un signe d’authenticité? 
La réception de Nostradamus au XVIIIe siècle

S’il peut sembler quelque peu exorbitant d’attendre des bibliographes et bibliothécaires qu’ils datent ou identifient certains documents, en revanche, on aurait souhaité qu’ils recensent les premiers périodiques qui traitent de Nostradamus, et notamment ceux qui parurent dans les premières décennies du XVIIIe siècle. C’est ainsi qu’en septembre 1716, un article paraît dans le Journal de Trévoux (Mémoires pour l’Histoire des Sciences & des Beaux Arts), dirigé par des Jésuites, à propos de la Clef de Nostradamus de Jean Le Roux – première édition en 1710 et que l’abbé Gachet d’Artigny, a consacré plusieurs pages à Balthazar Guynaud, dans ses Nouveaux Mémoires d’Histoire, de Critique et de Littérature, tome II. (cf Buget, « Etudes sur Nostradamus, » Bulletin du bibliophile, 1862, pp. 521 et seq) Or, R. Benazra se contente (RCN, p. 310) de noter « ce sont des remarques sur les prédictions et critique d’un commentaire sur les Centuries de Nostradamus », ce qui n’est en fait que le titre de l’article (XLV, p. 285). Page 301 des Nouveaux Mémoires, il est en effet précisé: « Un écrivain moderne (le Sieur Guynaud, écuyer (sic), ci-devant Gouverneur des Pages de la Chambre du Roy) a cru rendre un service signalé au Public, de faire imprimer la concordance des Prophéties de Nostradamus, etc ».

Chomarat ne nous signale pas davantage ce commentaire de la Concordance de Guynaud, bien que mentionnant l’article signalé (n°341). L’ouvrage de Guynaud connut plusieurs éditions (1693, 1709, 1712, 1718). Il était donc intéressant de savoir ce que l’on pensait au milieu du XVIIIe siècle d’une telle entreprise car il ne s’agit plus là de s’assurer que tel livre est paru mais comment il a été reçu. R. Benazra, lors de son édition de l’Abrégé de la vie et de l’Histoire de Michel Nostradamus par Palaméde Tronc de Coudoulet, Feyzin, Ed. Ramkat, 2001, datant du début du XVIIIe siècle n’abordera pas davantage la façon dont Nostradamus est perçu à l’époque.

Examinons brièvement et chronologiquement trois documents critiques, parus au Siècle des Lumières, ce qui n’exclue pas que certains arguments aient pu être développés au cours des XVIe et XVIIe siècles. 
1716 Critique de la Clef de Nostradamus (Journal de Trévoux).

L’auteur de la critique reprend les passages où le Solitaire( Le Roux) reconnaît la défaveur dans laquelle se trouvent alors les études nostradamiques. Ce qui montre bien que la publication d’ouvrages n’est pas forcément empêchée par leur piètre réputation, comme on a pu l’écrire pour un Boulainvilliers et ses traités d’astrologie restés inédits, à la même époque. Le critique propose un classement: « Ces personnes (…)sont de deux espèces: les uns le rejettent avec indignation & ne scauraient en entendre parler; les autres se divertissent à voir des expressions vagues, embarrassées & jetées au hasard, s’appliquer à des faits particuliers »

Le Roux s’appuie sur les Eclaircissements de 1656 et sur Guynaud. Le critique relève que l’on essaie de faire passer l’Epître à Henri II pour une adresse à Louis XIV. Le temps des contrefaçons est révolu, lui succède celui des interprétations et de conclure avec justesse:

« Ce n’est pas toutefois que Nostradamus ait été plus éclairé sur notre siècle (le règne du Roi Soleil) que sur un autre: comme à chaque événement certains esprits ont recours à ses prédictions, des esprits du même tour y auront aussi recours dans la suite & trouveront les applications qu’ils en feront plus justes que les précédentes. »(pp. 1748-1749) A noter que l’ouvrage de Le Roux (1710) se présentait déjà comme une critique: « La clef de Nostradamus (…) avec la critique touchant les sentimens & interprétations de ceux qui ont ci-devant écrit sur cette matière’

En fait, l’ouvrage de Le Roux, en dépit de son volume – plus de 400 pages – n’est pas sans enjeu politique, puisqu’il débouche sur une analyse de la situation politique à la fin du règne de Louis XIV.(cf l’analyse de H.. Drévillon sur Le Roux, in Lire et écrire l’avenir. Astrologie, prophéties et prédictions dans la France du XVIIe siècle (1610-1715), Ed. Champ Vallon, 1996, pp. 199 et seq , cf Buget, « Etudes sur Nostradamus,Bulletin du bibliophile, 1862, p. 517 ) Le prêtre normand voit dans cette Europe désormais liguée contre la France une manifestation de l’Antéchrist et le ton de l’auteur est bien différent de celui d’un chevalier de Jant, au début des années 1670, quand tout semblait sourire à un roi âgé alors d’une trentaine d’années. On peut se demander si Le roux se serait engagé dans la rédaction d’un tel pavé hors d’un tel contexte de crise.

Nous en concluons qu’il faut savoir lire un texte de ce genre et en dégager la véritable raison d’être, par delà les digressions et les remplissages. R. Benazra qui consacre (RCN, pp.. 284 et seq) à Le Roux sept pages de description ne semble pas s’être arrêté sur le fait que la France est alors gravement menacée. Le roux espère avoir ainsi apporté « consolation et délivrance victorieuses de notre chère Patrie, attaquée de tous côtés par des bestes farouches etc « . Un Le roux qui voit dans le ‘commun advénement » dont il est question dans certains quatrains, l’annonce d’une issue fatale, qui marquera le temps où lui, l’interprète privilégié auquel Nostradamus s’adressa, selon lui, dans sa Préface à César, officie. Faut-il rappeler à quel point chaque lecteur des Centuries tend à relier tel ou tel verset à des événements dont il a connaissance. Quel exégète du Xxe siècle se hasardera, en dehors d’un historien patenté, à interpréter un quatrain en référence à un événement parfaitement inconnu du public? Telles sont bien là les limites de ce type d’entreprise: cette tension, que l’on retrouve dans la pratique de l’astrologie, entre un savoir qui se veut très étendu dans le temps et la focalisation sur les enjeux immédiats. 
1724.. « Lettre critique sur la personne & sur les écrits de Michel Nostradamus. » Mercure de France.

Ce texte a été reproduit en fac simile dans les Cahiers Nostradamus et étudié en 1926 par Christian Wöllner, in Das Mysterium des Nostradamus, p. 38 (repris en fac simile in R. Amadou, l’astrologie de Nostradamus, op cit. Wöllner fut probablement influencé par E. Parker. « La légende de Nostradamus », Revue du XVIe siècle, 1923, p. 57)

En fait, nous avons plusieurs Lettres;

Lettre I: On tente d’y répondre à deux questions: « Nostradamus est-il Prophète. S’il n’est pas prophète, qu’a-t-il voulu dire par ses Centuries? » L’auteur de cette Lettre cite Du Verdier (1585) qui, 19 ans après la mort de Nostradamus, signalait  » dix Centuries de Prophéties par quatrains qui n’ont sens, rime, ne langage qui vaille ». En fait, l’auteur de la Lettre défend, avant Brind’amour et Prévost, la thèse de l’ »Enigme historique », c’est à dire le déguisement « en style prophétique (des) faits arrivés (du) temps » de Nostradamus. Quand on pense qu’un quatrain ne traite que de l’avenir, c’est par ignorance de tel ou tel événement. On conçoit que pour accomplir un tel travail, il faut réaliser un travail d’information très poussé sur l’actualité de l’époque, d’autant qu’il peut fort bien s’agir d’événements jugés rétrospectivement peu mémorables. On va bien au delà en tout du bagage historique scolaire moyen de l’honnête homme du Xxe siècle!

Lettre II qui réplique à une lettre dont on ne connaît le contenu que par la réponse: « Je vois, Monsieur (…) que votre préjugé sur l’esprit prophétique de Nostradamus tient bon contre le système que je me suis proposé » L’auteur de la Lettre au Mercure a été de « relire un ouvrage » – il ne dit pas lequel mais les quatrains étudiés fournissent une piste. En tout cas, la thèse d’une lecture rétrospective est largement développée dès ce texte de 1724., pas en revanche l’idée que les centuries auraient pu être rédigées bien après les années 1550, ce qui indique que l’auteur de la Lettre n’aura pas pris la peine d’intégrer dans son travail l’étude d’événements plus tardifs, ce qui aurait pu laisser entendre que MDN les aurait annoncés. Notre position est intermédiaire: il ne faut pas réduire les quatrains aux événements antérieurs aux années 1550 mais le fait que certains quatrains puissent correspondre à certains événements ultérieurs tient uniquement au fait que lesdits quatrains appartiennent à la seconde partie du XVIe siècle. Pour la période suivante, c’est à dire à partir du milieu du XVIIe siècle jusqu’à nos jours, il revient aux interprètes d’établir des rapprochements, notamment en ce qui concerne le « siècle de Louis XIV ».. 
1749 Remarques sur les prétendues Prédictions etc

Avec ce texte, la thèse de Centuries controuvées apparaît:  » Mais rien n’a plus contribué à soutenir la réputation de l’astrologue provençal que la fourberie de quelques particuliers, qui ont forgé après coup des Prophéties & les ont donné sous son nom » (p. 301), ce qui n’empêche pas l’auteur de désigner MDN comme « centuriateur ». Gachet d’Artigny revient (p. 309) sur la Concordance de Guynaud et sur le Jésuite Ménestrier qui en avait fait, dans le Traité des Enigmes, la critique au lendemain de sa parution. On y cite la Bibliothèque de La Croix du Maine (1584) et ses références à Dorat ainsi que les Eclaircissements de 1656 : « L’anonyme (en fait Giffré de Réchac) n’a pas poussé ses recherches au delà du règne de Henri II. Il promettait encore vingt livres mais ils n’ont pas vu le jour; grande perte assurément pour la République des Lettres ».. En fait, nous avons retrouvé le manuscrit de ce dominicain qui comporte toute une partie inédite. Signalons ce passage sur Morgard qui, lui aussi, fait partie des grands oubliés de la bibliographie nostradamique (cf nos Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus) : « trois ans après la mort d’Henri IV (donc en 1613), le Parlement de Paris envoya aux galères Morgard, faiseur d’Almanachs, qui épouvantait toute la France par ses prédictions séditieuses » (p. 287) 
La grille du chevalier de Sade

Le chevalier Louis de Sade (1753-1832) – à ne pas confondre avec son cousin le Marquis de Sade (1740-1814) – est l’auteur d’ un Lexicon politique (1831, BNF Réserve, tiré à part, Lb51 884) On y trouve un article consacré aux « Centuries de Nostradamus », non signalé par R. Benazra.. Le chevalier suggère que chaque centurie correspond à un siècle (prenons le mot centurie au sens anglais, century) et chaque quatrain, dans l’ordre de son apparition, à une année. La quatrième centurie couvrirait donc le XIXe siècle et son quatrain 13 l’an 1813 et ainsi de suite. Le chevalier rapproche ainsi le quatrain IV 13 de la Campagne de Russie (« Double phalange grand abandonnera ») et le quatrain IV 14 de l’abdication de l’empereur, l’année suivante. Il semble bien que Sade ait donné son interprétation avant le retour de l’île d’Elbe en 1815.

En note, dans la version de 1831, on ajouté à propos des versets de IV, 14 « La mort subite du premier personnage/ Aura changé & mis un autre au règne » : »Bonaparte est bien politiquement mort en 1814″. Il semble que le dit Sade, en sa qualité d’émigré, ait bien écrit avant les événements puisqu’il ajoute « J’en accepte l’augure ». Déjà, en 1813, alors qu’il servait dans la marine anglaise, Sade avait exposé son mode de lecture des Centuries (De la tydologie (sic) ou de la science des marées (en anglais tide), Vol 2, Londres, p. 263, BNF V 23304)., mettant en avant l’année 1792(Epître à Henri II) tout en se référant – comme c’était alors de mode (cf « Exégèse prophétique de la Révolution Française » Colloque Prophétisme et politique, Politica Hermetica, L’Age d’Homme, 1994)- une pseudo-prophétie de Régiomontanus concernant l’an 1788. Mais en 1813, le chevalier de Sade n’avait pas encore interprété le quatrain pour l’an 1814…..

Voilà qui montre à quel point cela fait désordre des centaines de quatrains dont on ignore l’agencement et donc cependant on ne cesse d’affirmer la pertinence! 
Pourquoi des éditions antidatées?

En outre, ces nostradamologues ne veulent, apparemment, pas comprendre que la littérature prophétique est, de tout temps, construite sur le principe du post eventum. (cf Artigny) Il lui faut impérativement montrer qu’il y a eu anticipation et elle procède à cet exercice soit en faisant dire aux textes ce qu’ils ne disent pas explicitement mais qu’éventuellement ils auraient pu dire, soit en les retouchant et dans ce cas il faut bien recourir à une contrefaçon sauf à se contenter de dire que la nouvelle édition est identique à la précédente en espérant que cette précédente édition reste introuvable. Mais une autre formule consiste à inventer des éditions qui n’ont jamais existé et qui comportent des éléments censés avoir été annoncés avant les événements en cours. Mais pour mettre un tel phénomène en évidence, encore faudrait-il que l’historien du prophétisme en général et du corpus nostradamique en particulier, repérât de quel « pronostic » il s’agit, encore faut-il que le dit historien découvre à quelle époque la contrefaçon a été réalisée qui ne correspond évidemment pas à la date dont on l’a affublée mais qui lui est peu ou prou postérieure. Et cela, le bibliographe ordinaire de Nostradamus ne sait pas faire et par conséquent il est condamné à affirmer la bonne foi de tous les protagonistes – auteurs, éditeurs, interprètes – il faut qu’il leur fasse confiance – et ce sur un créneau aussi sensible – sinon il doit fermer boutique. (cf. notre étude « Les Prophéties et la Ligue », in collectif Prophètes et prophéties au XVIe siècle, Cahiers V L Saulnier, 15,; Paris, Presses de l’ ENS, 1997).

C’est pourquoi le dernier tiers du XVIe siècle, qui fait justement suite à la mort de Michel de Nostredame est si important à connaître, en détail, en ce qui concerne la vie politique en France car les Centuries sont, bel et bien, le miroir de ce temps là. Ce n’est pas tant avant ou pendant la période d’activité de M. D. N. qu’il faut chercher. L’horizon de la recherche nostradamique ne consistera plus à rechercher des sources en amont mais paradoxalement en aval. Il est plus que probable, en tout état de cause, que les années 1550 ne virent paraître aucune Centurie et ce en dépit des quatre éditions s’y référant (deux de Macé Bonhomme pour 1555 (Bibliothèques d’Albi (France) et de Vienne (Autriche) et deux d’Antoine du Rosne pour 1557 (Bibliothèques de Budapest (Hongrie) et d’ Utrecht (Pays Bas).

Certes, MDN fut-il très actif dans ces années là mais rien ne prouve qu’il se consacrait alors à rédiger d’autres quatrains que ceux de ses almanachs (appelés présages) et c’est précisément parce qu’il avait alors commencé à produire annuellement les dits quatrains – ce que nul ne conteste – qu’on lui en a attribué d’autres lesquels il aurait produit, cette fois, en masse, par lot de cent, atteignant ainsi la miliade…..Il reste; pour le moins, probable que les centuries, que MDN en ait été partiellement ou non l’auteur, furent une oeuvre posthume. C’est dire que les bibliographiques « chronologiques » existantes, souvent fort peu raisonnées - oeuvre d’un Tycho Brahé plutôt que d’un Kepler – sont à revoir.

La brève étude qui suit illustre, nous semble-t-il, le type de travail qui n’avait pas été mené jusqu’à présent, dans le domaine de l’iconographie des publications annuelles.

Dès 1556, Couillard désignait sous le terme de « prophéties après un an », la production annuelle de Michel de Nostredame, ce qui a selon nous, suscité, l’idée que l’on pourrait avoir donné l’idée de publier sous son nom des Prophéties qui n’ont plus rien d’annuel. (cf nos Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, opus cité). Encore en 1584, La Croix du Maine emploie cette expression sans lien nécessaire avec les Centuries.

Nous reproduisons les frontispices des éditions disponibles (cf aussi la rubrique DIAP sur ce site et l’article de R. Benazra reproduisant les documents de la Bibliotheca Astrologica), celles dont B. Chevignard s’est servi pour son édition des Présages en vers (Paris, Seuil, 1999) et nous contenterons de quelques tentatives de classement.

On notera que trois éditions appartiennent à un même modèle: les almanachs pour 1561, 1562 et 1563, lesquels comportent un quatrain (de l’an universel) au frontispice qui résume la tendance générale de l’année. Pour les années 1561 et 1562 ce sont des éditions parisiennes (chez Guillaume le Noir), pour l’année 1563, c’est une édition d’Avignon, dont l’épître est bilingue, en italien – Papauté oblige – et en français. Ces trois almanachs ne comportent aucune vignette nostradamique. Cela était déjà vrai pour l’almanach pour 1557 ..

Etant donné que l’almanach pour 1559 comporte aussi un quatrain annuel – on ne le sait que par l’édition anglaise, « foure lynes » (littéralement « quatre lignes », quatrain) in An Almanacke for the yeare of oure Lorde God 1559, on peut raisonnablement en inférer qu’il en fut de même pour l’almanach pour 1560, devenu introuvable.

Les vignettes semblent avoir été réservées aux seules prognostications annuelles et ce dès la Prognostication pour 1555 et cela restera vrai pour les Prognostications en prose pour 1557, 1558 et 1562. (pour les localisations en bibliothèque non fournies, cf le RCN de R. Benazra) Or, curieusement, ce sont ces vignettes des Prognostications, sans quatrains, qui serviront pour les fausses éditions des Centuries chez Macé Bonhomme et Antoine du Rosne.

Examinons la reconstitution que propose Catherine Amadou de l’almanach pour 1561, à partir d’un ensemble de « défets » (in R. Amadou,l’astrologie de Nostradamus, dossier, Ed ARRC). On observe, avec un certain étonnement, que C. Amadou n’a pas jugé bon de s’aider d’autres almanachs de MDN ( cf L. Schlosser, La vie de Nostradamus, Paris, Belfond, 1985, p. 175) pour mener à bien son travail et notamment qu’elle ne s’est pas servi de l’almanach « jumeau » pour 1562. (conservé aux Archives Royales de Bruxelles) Ce qui l’a conduit à commettre une erreur en ce qui concerne l’Epître. Dans le cas de l’almanach pour 1562, intégralement conservé, à la suite du calendrier, agrémenté de quatrains pour chaque mois, on passe ensuite au « Présage sommaire de l’année » puis aux « Prédictions de l’almanach pour 1562 contenant les déclarations d’un chascun moys de l’an. Consacrez à nostre sainct père le pape Pie quatriesme etc » Suit prédiction de janvier et ainsi de suite.

Or, dans la reconstitution de l’almanach pour 1561, on passe directement du « Discours (sic) sommaire de l’année », expression proposée (pièce 19) par C. Amadou alors que l’expression employée pour l’almanach de 1562, paru chez le même libraire, est « Présage sommaire pour l’année » à la prédiction de janvier en oubliant le sous-titre intermédiaire comportant l’adresse à savoir les « Prédictions de l’almanach pour 1561″, qui ne figure pas dans les défets et en omettant d’annoncer l’existence d’une épître, cette fois adressée à Marguerite de France, soeur d’Henri II, épouse du duc Emmanuel Philibert de Savoie (cf J. P. Clébert, Nostradamus, Aix en Provence, Edisud, 1993, p. 85) alors qu’un défet comporte la fin de la dite Epître  » Pour ne faire par trop longue narration de l’année calamiteuse qui s’apprête par (pour?) les plus petitz, je feray fin Madame, priant à Dieu l’Eternel qu’il vous doint santé, vie longue, parvenir en bonne convalescence & attaindre à ce que plus aspirez. De Salon etc » (pièce 25, dans l’édition de C. Amadou).

Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1562: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1562, Présage de l'année: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1562, Dédicace à Pie IV: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1562, Dédicace à Pie IV: click to enlarge
Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1561: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1561, Reconstitution: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1561, Reconstitution: click to enlarge

Un peu plus haut, dans la dite épître, il est question de « quelque grandissime Seigneur mourir ». . Un autre défet comporte la mention « A Madame la Duchesse de Savoye », suivie d’un développement en latin. Voilà donc une épître de MDN, certes seulement partiellement conservée, qui n’est pas signalée par C. Amadou et que nous reproduisons en fac simile en annexe iconographique.. D’une façon générale, chaque almanach de Nostradamus – en tout cas dans la série à laquelle appartient le dit almanach pour 1561 – comportait une Epître en son milieu et C. Amadou aurait du soit la retrouver, soit signaler son absence, si elle avait pensé que c’était le cas. On peut donc penser qu’il nous manque un certain nombre d’épîtres dédicatoires parues sous le titre de « Prédictions de l’almanach etc. On peut d’ailleurs penser que la préface à César comme c’est le cas de l’Epître à Henri II a d’abord figuré au sein d’une publication annuelle. Ce système, soulignons-le, n’était pas encore en place pour la production concernant l’année 1557.

Il est possible qu’il soit apparu à partir de l’almanach pour 1558, dont on a les quatrains (que Benazra attribue à tort (RCN, p. 19) à laPrognostication nouvelle pour l’an 1558! Idem quand il attribue (p. 27) les quatrains pour 1559 à la Grant prognostication nouvelle pour 1559). On sait cependant que l’almanach pour 1560, déjà paru chez le même libraire que pour 1561 et 1562, était, lui, dédié à Monseigneur Messire Claude Savoie, Comte de Tende » ( On n’en connaît pas le contenu car l’ouvrage appartient au Fonds Ruzo et copie ne nous en a pas été communiquée, cf RCN, p; 39). Chevignard ne semble pas davantage avoir abordé systématiquement la question des dédicataires des almanachs. L’épître de MDN à Marguerite de Savoie s’insère donc entre les épîtres au Comte de Tende et au Pape Pie IV. Curieusement, R. Benazra indique que « l’épître est dédicacée à Madame la Duchesse de Savoie » (RCN, p.. 42) sans que l’on sache, ce qui semble bien improbable, s’il en a déterminé le contenu.

Aucune de ces éditions parisiennes, on l’a dit, ne comporte de vignettes nostradamiques, ce qui n’est pas le cas des pièces suivantes:

- l’almanach pour 1563, paru à Paris (Bib. Municipale de Lille), chez Barbe Régnault -auquel on attribue dans les années 1588/89 également une édition d’ailleurs introuvable de 1560/1561 (cf Benazra, RCN, pp. 51-52) – et qui est réputé faux. Il comporte une vignette nostradamique à l’instar des Prognostications mais le faussaire n’a pas respecté le monopole des vignettes propre aux Prognostications. C’est cette même Barbe Regnault qui aurait fait paraître, peu auparavant, en 1560, une prétendue édition comportant « pour l »an mil cinq cens soyxante & un (..) trente neuf articles à la dernière centurie », qui devait viser une édition disparue à 39 quatrains à la centurie VII. On n’a retrouvé ni l’édition à 39 quatrains à la Centurie VII antidatée ni celle qui lui servit de modèle, vers 1588 mais certaines éditions de 1588, ne comportant plus un tel agencement, s’y référent dans leur titre même. Il est possible qu’un jour on retrouve cette fausse édition comme on a retrouvé- notamment R. Benazra pour l’exemplaire conservé à la Bibliothèque Municipale d’Albi – celles attribuées à Macé Bonhomme (1555) et à Antoine du Rosne (1557), sans aborder le cas plus complexe de Benoît Rigaud (1568). L’erreur des faussaires aura été d’utiliser la forme « Barbe Regnault » alors que cette libraire était apparue pour la Prognostication pour 1562 sous l’appelation »Veuve Barbe Regnault » qui restait probablement en vigueur l’année suivante. Ces faussaires pourraient être les mêmes, d’ailleurs, qui auraient confectionné l’édition des Prophéties (…) additionnées (…) pour l’an 1561 de trente neuf articles, censée parue en 1560, chez la même Barbe Regnault, fille de François Regnault, toujours sans mention de son veuvage. .(cf R. Amadou, l’astrologie de Nostradamus, op. Cit, p. 432)

- l’almanach pour 1565, paru à Lyon, chez Benoist Odo (Bib. Pérouse, Italie) qui comporte une vignette tout à fait atypique, sorte de mélange entre l’iconographie nostradamique et celle du Kalendrier des Bergers. On voit un personnage marchant dans la campagne alors que les vignettes nostradamiques des Prognostications représentent un personnage à sa table de travail.

- l’almanach pour 1566, Lyon. On trouve une vignette comportant une sphère armillaire et un compas mais sans le personnage à sa table de travail. Au XVIIe siècle, en revanche, la présentation des deux volumes de Centuries comportera un personnage pour le premier volume et des instruments pour le second..

Or, on notera que dans les fausses éditions des Centuries pour 1568, on retrouve cette vignette aux instruments, pour le volume I, introduit par la Préface à César tandis que le volume II, introduit par l’Epître à Henri II – dans l’exemplaire reproduit par Chomarat, en 2000, on trouve une sorte de géant Atlas portant le monde sur la tête, en scène d’extérieur. On ignore pourquoi pour les éditions de 1568, la vignette utilisée pour les éditions datées 1555 et de 1557 n’a pas été reprise.

En bref, il est assez évident que l’iconographie des « prophéties après un an » aura servi pour la fabrication des frontispices des pseudo éditions des Centuries, tant celles datées de 1555, de 1557 ou de 1568, du moins celles qui nous sont parvenues. On observera que dans le cas del’Almanach et amples prédictions pour 1582 de Coloni, on utilise également une vignette.

Revenons sur le cas de l’almanach contrefait pour 1563 (cf -cf l’étude qu’en fait R. Benazra, RCN, pp 58-59), il comporte une épître au duc de Guise que nous reproduisons en fac simile et qui semble calquée sur l’Epître à Henri II placée en tête des Présages Merveilleux pour 1557, que l’on trouvera reproduite dans le Testament de Nostradamus de Daniel Ruzo, Monaco, Le Rocher, 1982 (1975 pour l’édition espagnole)

Dans l’almanach pour 1563, on lit: 
« M’a faict prendre l’audace vous vouloir consacrer ce mien petit Ephemeris »

Dans l’adresse au roi de France, on lit: 
« Laquelle ma (sic) faict prendre ceste licencieuse audace vous consacrer les présages de l’an 1557″

On notera que l’Epître placée en tête des Centuries, dans les éditions tardives que nous connaissons, ne comporte pas une telle formule. 
« Tellement que j’ay esté en doute longuement que je viendrois consacrer ces trois Centuries du restant de mes Propheties, parachevant la miliade »

On n’y retrouve pas en effet la formule commune aux deux premier textes: « prendre l’audace »

Quant à l’énoncé même de l’Epître à François de Guise, il semble qu’en dehors de l’épithète « invincible » remplacé par « noble », on ait affaire à un calque: 
« A très noble et très puissant Seigneur (…) Michel Nostradamus son humble & très obeissant serviteur, désire ioye, salut & félicité »

alors que dans les Présages on a: 
Au tres invincible & très puissant Roy (…) Michel de Nostredame souhaite victoire & félicité. Avec in fine: « Par vostre tres humble, tres obeissant serviteur & subiect Michel de Nostradame »

Et dans l’Epître centurique: 
« A l »invictissime tres puissant & tres chrestien Henry Roy de France second, Michel Nostradamus son très humble, tres obeissant & subiect, victoire & félicité.

Le dédicataire est François Ier de Guise, mort précisément en 1563, assassiné par un Protestant Poltrot de Méré, le 18 février 1563, devant Orléans..

R. Benazra note que cet almanach pour 1563 comporte des quatrains issus des almanachs pour 1555, 1557 et 1562) mais aussi – ce qui est plus remarquable, sur la page de titre un quatrain issu de la centurie III, 34.:

Quand le deffault du Soleil lors sera 
Sur le plain iour le monstre sera veu 
Tout autrement on l’interprétera 
Cherté n’a garde, nul n’y aura pourveu

Or, ce monstre - on dirait de nos jours l’androgyne - n’est-ce pas l’Androgyn? Rappelons que dans l’Androgyn, paru en 1570, il est fait aussi mention, dans l’épître de Chevigny à Larcher, ce que n’a pas relevé Benazra, d’un quatrain, le 45e de la centurie II, consacré à ce « monstre » (cf J. Céard, La nature et ses prodiges. La nature au XVIe siècle, Genève, Droz, 1977, Reed. 1996) qui paraît incarner les guerres intestines de religion qui déchirèrent une France à deux têtes, la catholique et la réformée, dans un temps qui n’est pas celui des années 1550 et du règne d’Henri II,. il faut bien en convenir, mais bien celui de la régence prolongée d’une Catherine de Médicis culminant avec la Saint Barthélémy (1572) qui suivra, d’ailleurs, de peu la parution de l’Androgyn. Notons que l’insistance sur ce quatrain montre bien la nécessité d’une lecture focalisante des Centuries: il faut trouver le passage qui fait tilt.

Quand, en effet, fut publié cet almanach pour 1563? Il fait probablement partie d’un lot de contrefaçons élaborées à partir d’une collection d’almanachs. Le quatrain placé en exergue comme l’autre appartiennent aux trois premières centuries (parus dans une fausse édition perdue, probablement chez Sixte Denyse, à Lyon) et font donc partie de celles attestées par Crespin en 1572, dans les Prophéties dédiées à la Puissance Divine, à la différence des quatrains figurant chez Coloni, en 1581.

Dans son étude parue dans le n°20 du CURA sur la production annuelle de Nostradamus, R. Benazra laisse entendre, à juste titre, que ce faux almanach fut rédigé comme tout almanach qui se respecte en 1562. Mais si, comme il le souligne, il s’agit d’un faux, il a fort bien pu paraître beaucoup plus tard! Il ajoute: « Cette épître dédicatoire est un pastiche de la manière nostradamienne où se remarquent des emprunts à l’Excellent et Moult utile Opuscule, à l’Epître à César, voire même à l’Epître à Henri II, une preuve de plus de l’existence, avant 1568, de cette fameuse préface au roi de France, et ceci grâce… à notre faussaire ».

Certes, mais d’une part ce qui est commun avec l’Epître centurique à Henri II l’est aussi avec l’Epître à Henri II, en tête des Présages Merveilleux pour 1557 et d’autre part, on l’a dit, encore faudrait-il dater cette contrefaçon autrement que sur ce qu’elle prétend être! De même Benazra indique-t-il, dans cette même étude, que ces publications annuelles ont pu inspirer les Centuries mais toute la question est de savoir qui cela a inspiré: Michel de Nostredame lui-même ou d’autres et quand.. On peut, en outre regretter, que l’on ne prenne pas la peine de nous expliquer ce qui distingue un almanach d’une prognostication et ce qui caractérise la production nostradamique de celle des autres faiseurs d’almanachs, à la même époque ou de faire ressortir une évolution de la manière de MDN.

Signalons parmi les dédicataires les plus importants, le pape Pie IV, qui régna de 1559 à 1565, auquel Nostradamus adresse son Almanach pour 1562. J. Dupèbe situe à tort l’épître dans la Prognostication pour 1562, alors que le terme latin traduit est Ephemeridem (Lettre de Io. Rosenberger du 15 décembre 1561, in Lettres Inédites, pp. 112 – 115;, R. Amadou a publié des éléments négligés par Dupébe à commencer par un recueil d’ Horoscopes, Salon, 1987, ainsi que la traduction intégrale des Lettres latines que Dupébe n’avait fait que résumer). Chomarat prendra pour argent comptant cette mention de la Prognostication pour 1562 (Bibliographie Nostradamus, op. Cit., p. 36, cf aussi Buget, « Etudes sur Nostradamus » pp.. 657 et seq)

Quant à l’almanach pour 1563, qui offre la même présentation que les almanachs pour 1561 et 1562, avec quatrain en frontispice et épître après les quatrains, il paraîtra, à Avignon, territoire pontifical, avec une dédicace à un responsable local, en italien et en français. Notons que lePronostico dell’anno MDLXIII est également « dedicata al nostro Santissimo Padre Pio Quarto » (cf notre étude, « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561) » in Réforme, Humanisme, Renaissance, 33, décembre 1991). On sera probablement étonné de voir comment les Toscans se représentaient Nostradamus sous l’apparence d’un éphébe…

Nostradamus fut essentiellement connu par ses almanachs à quatrains qui inspirèrent les Centuries. D’ailleurs, ses adversaires (cf l’étude que leur consacre Buget, dans le Bulletin du Bibliophile, 1861, pp. 241 et seq) ne s’en prirent, de son vivant; qu’à ses publications annuelles, même si on les qualifiait alors parfois de prophéties. MDN devait gagner raisonnablement sa vie du fait d’une telle activité, à preuve son testament du 30 juin 1566 (cf Ruzo, Le testament de Nostradamus, p. 26), qui précise que ses héritiers bénéficieront des royalties pour son « livre » à paraître, en l’occurrence l’Almanach pour 1567, déjà composé alors, et paru, à Lyon, comme l’almanach pour 1565, chez Benoît Odo.(cf Benazra, RCN, p. 74) dont existe une copie typographique. Le dit almanach dut être publié en novembre 1566 et rapporter quelque finance aux ayant-droits. Voir dans une telle référence à un « livre » une allusion -comme le propose P. Guinard dans son étude sur ce site consacrée au dit Testament – aux Centuries, ne nous semble guère recevable dans le contexte, pas plus d’ailleurs que le terme fort banal d’ Epître – lettre, missive – ne vise celles-ci. 
Les Epîtres des Prognostications

Si les almanachs ont leur épître placée après les quatrains, insérés dans le calendrier, en revanche, les épîtres des Prognostications se placent en tête comme on peut le constater dans le cas de la Prognostication pour 1558, que nous avons été le premier à découvrir à la Bibliothèque de La Haye (reproduite dans l’ouvrage de B. Chevignard, pp. 419 et seq), ce qu’atteste P. Brind’amour dans Nostradamus, astrophile, p. 478, et qui, en date du Ier mai 1557, est adressée à Guillaume de Gadagne qu’il remercie de l’avoir accueilli à Lyon, alors que MDN se dirigeait vers Paris, « allant à la court ». Nous avons aussi l’Epître en tête de la Prognostication pour 1562, adressée au « Chevalier d’un vray zelle » ( allusion à Jean de Vauzelles); MDN rappelle « Et pour ce que je dédie mon Almanach à nostre Saint Père à présent nommé Pie quatriesme, j’ay bien voulu à vous qui estes Ecclésiastiques (sic), vous dédier cette mienne Prognostication ».. Epître énigmatique puisque MDN y reconnaît, publiquement (!), qu’il n’a ‘jamais sceu si bien déguiser mes Almanachs ou Prognostications souz motz couverts & obscurs que ne les ayez descouvers & entendus incontinent aussy bien que moy etc ». Benazra (RCN, p. 51) voit dans cette Prognostication un « apocryphe de l’almanach pour 1562″.

Comment un document ne comportant aucun quatrain, comme c’est le cas ici, pourrait-il être considéré a priori comme la contrefaçon d’un almanach de MDN? Là encore, cette façon de ne pas distinguer almanach et prognostication a des effets pervers. D’ailleurs, si l’on examine la bibliographie de Brind’amour (in Nostradamus astrophile), on note qu’à l’instar de Benazra, certains chercheurs sont mieux disposés à traiter des contrefaçons de publications annuelles que de Centuries. Cela tient évidemment au fait que le texte des Centuries est à peu près immuable tandis que celui des almanachs et prognostications est spécifique pour chaque année.. En tout état de cause, l’Epître non datée de laPrognostication pour 1562, parue chez la veuve Barbe Regnault, comporte des éléments qui ne sont pas sans évoquer la Préface à César et qui auraient pu en inspirer une version tardive, notamment l’aveu d’une volonté d’écrire en langage ‘obscur »

En fait, il semble bien, à lire leurs notices, que ni Chomarat, ni Benazra n’aient eu en mains, du moins lors de la rédaction de leurs bibliographies respectives, un quelconque exemplaire de la Prognostication pour 1562, que nous avons obtenue de la Bibliothèque de Munich.. Chomarat reproduit, d’après des sources secondaires, (Bibliographie Nostradamus, pp. 36-37) l’Epître à Jean de Vauzelles, dont le texte qui appartiendrait à une édition lyonnaise est strictement identique à l’édition parisienne Veuve Barbe Regnault. Or, il n’y a aucune invraisemblance à ce que paraissent simultanément du même ouvrage une édition parisienne et une édition lyonnaise. Ce n’est pas parce qu’un almanach pour 1563, paru chez Barbe Regnault, est un faux que la Prognostication pour 1562 paru chez Veuve Barbe Regnault l’est également, d’autant qu’une contrefaçon use volontiers du vrai pour faire du faux. La disparition de la mention « Veuve » est d’ailleurs une erreur des faussaires: du jour au lendemain une femme peut devenir veuve, elle ne peut cesser de l’être. On nous affirme donc que cette prognostication parisienne est un faux sans nous en apporter la moindre preuve!(RCN, p. 51). Au pire, on pourrait accepter qu’il s’agisse d’une édition pirate, non autorisée mais apparemment identique à l’édition originale. Or, pour nous, un faux serait plutôt la confection d’un texte qui n’est jamais paru à la date indiquée sous le nom de l’auteur mentionné. 
L’affaire du Recueil des Présages Prosaïques

On ne peut pas parler des almanachs de MDN sans évoquer le Recueil des Présages Prosaïques. Déjà en 1993, P. Brind’amour (Nostradamus, astrophile, lui consacrait une notice qui se concluait (p. 502) ainsi: « Ce document, avec ses milliers d’extraits (..)sera l’une de nos principales sources pour l’étude de Nostradamus ». En réalité, si Brind’amour avait eu accès aux publications annuelles de MDN, il n’aurait point parlé de « milliers d’extraits » mais de reproduction pure et simple de nombre d’entre elles. L’existence d’une numérotation dans le manuscrit avait pour seul but de faciliter le repérage des parties en prose. En 1999, B. Chevignard ne commet plus cette erreur dans son édition des Présages de Nostradamus mais il omet fâcheusement de signaler que nous lui avions montré la voie en confrontant en sa présence des passages en prose duRecueil des Présages Prosaïques avec des passages en prose des éditions en notre possession d’almanachs et de prognostications de MDN, ce que nous avons exposé dans notre thèse d’Etat, Le Texte prophétique en France, soutenue avant la parution de son livre.

Il est clair en tout cas que l’existence d’un tel ensemble manuscrit montre bien comment les faussaires ont pu procéder et de quelle façon un Coloni, par exemple, peut avoir cité tel quatrain de tel almanach, dans les années 1580. Signalons à ce propos deux types de faussaires, au XVIe siècle,: ceux qui attribuent à MDN ce qui n’est pas de lui (les auteurs des Centuries) et ceux qui s’attribuent des quatrains sans signaler leur origine (pseudo) nostradamique (Crespin, Coloni). 
De la chronologie des contrefaçons

Un exercice délicat, qu’il conviendra de pratiquer de plus en plus consiste à dater des contrefaçons par delà bien entendu la date affichée. Une tentative très provisoire de classement chronologique des éditions antidatées montre en tout cas que l’édition Macé Bonhomme à 53 quatrains à la Ive Centurie est postérieure à l’édition Barbe Regnault à 39 quatrains à la dite Centurie..

1. Sixte Denyse: Edition à 3 centuries pleines (non retrouvée) vers 1569. Datée de 1556. Attestée par La Croix du Maine, dans sa Bibliothèque(1584). La (pseudo) préface à César précise: « composé livres de prophéties contenant chacun cent quatrains astronomiques de prophéties », ce qui ne correspond pas à une édition comportant une Ive centurie avec seulement 53 quatrains. Cette préface – ce que ne relève pas Brind’amour dans son édition (chez Droz) des 353 quatrains – est d’ailleurs probablement à l’origine des premiers versets de la première Centurie:

Préface: » par continuelles vigilations nocturne (…) Rendant les estudes nocturnesde suave odeur » 
Centurie I, 1 « Estant assis de nuict secret estude »

et Préface: « & telle lumière & flamme exigue est de toute efficace (..) Car l’entendement crée intellectuellement ne peut voir occultement la exigue flamme «  
Centurie I, 1: « Flambe exigue sortant de solitude »

2. Benoist Rigaud. Edition à 1000 quatrains (non retrouvée) vers 1580. Datée de 1568. 
(attestée par Du Verdier, dans sa Bibliothèque, en 1585)

3. Barbe Regnault. Edition à 39 quatrains à la IVe Centurie (non retrouvée). Addition à l’édition de Sixte Denyse vers 1571. Datée de 1560. Des éditions de 1588 recourent à cet intitulé. Il ne fait pas de doute qu’ait existé une édition comportant des quatrains additionnels qui seront ensuite intégrées au sein d’une Centurie à part entière. Crespin semble avoir utilisé dans sa compilation de 1572 cette édition à 39 quatrains supplémentaires, parue vraisemblablement vers 1570, peu après la fausse édition Sixte Denyse, datée de 1556.

4 Macé Bonhomme. Edition à 53 quatrains à la Ive Centurie (Bibliothèques d’Albi et de Vienne) Addition à l’édition de Barbe Regnault vers 1588. (cf Editions de Raphaël du Petit Val, décrites par D. Ruzo (Testament de Nostradamus) qui en avait la collection) Datée de 1555

5 Antoine du Rosne. Edition à 40 quatrains à la VIIe Centurie (Bibl. de Budapest) vers 1588. Datée de 1557. Toujours sous la caution de Barbe Regnault.

6 Antoine du Rosne. Edition à 42 quatrains à la VIIe Centurie (Bibl. d’Utrecht) vers 1592. Datée de 1557. 
Pourquoi les faussaires auraient-ils choisi de telles datations? Elles sont contemporaines des premiers almanachs/prognostications de MDN. En ce qui concerne 1560/1561, cela fait suite à la mort coup sur coup d’ Henri II et de François II. Et pour 1568, on est au lendemain de la mort de MDN (1566). Rappelons qu’ont été conservées des contrefaçons en date de 1566.

Il semble que deux traditions aient interféré: l’une concernant une addition de tant d’articles (terme équivalent ici à strophe) et l’autre impliquant des Centuries pleines. En fait, au départ, les additions (« articles ») n’étaient pas considérées au départ comme des Centuries mais servirent par la suite à en constituer certaines. 
Les quatrains conclusifs

Si l’on considère la façon dont Michel Chomarat introduit le fac simile d’une édition Rigaud datée de 1568 (Ed M. Chomarat, 2000), on ne peut qu’observer que cela ne lui fait aucun problème qu’une édition ait 42 quatrains à la Centurie VII et la suivante n’en ait plus que 40 (pp. 12-15). S’est-il jamais demandé si ces quatrains additionnels correspondaient à une mise à jour tardive liée à des événements auxquels il aurait été fait allusion? Ne serait-ce pas un moyen rationnel, de bonne méthodologie, de procéder, généralement pratiqués en Histoire des textes? Il devrait en être de même pour cette centurie IV si malmenée, dont on connaît tant de versions différentes, en nombre de quatrains. C’est précisément en travaillant sur cette centurie que nous avons pu démontrer que tel quatrain additionnel correspondait à une certaine actualité politique.

S’imaginer que les rééditions, au prix de divers aménagements, sont déconnectées par rapport aux enjeux d’une époque à déterminer, dès lors que les dates fournies sont mises en doute – ce qui semble une approche somme toute raisonnable – c’est soit trahir une phobie de l’histoire événementielle, soit exprimer une vision totalement littéraire d’une oeuvre qui n’a cessé de s’inscrire dans l’histoire politique de la France et de l’Europe. C’est surtout confondre le travail systématique d’exégèse de certains auteurs (du Janus Gallicus à la Concordance de Guynaud) qui passent au crible l’ensemble des quatrains et la façon dont le public lisait les Centuries, sans aucun appareil exégétique autre que le fait qu’un texte signifiait quelque chose pour le temps où il paraissait. Dans un cas, il s’agit d’une présentation rétrospective, visant à nous démontrer que Nostradamus a traité du passé tel que nous le connaissons, dans l’autre, il s’agit d’une approche prospective et cela ne concerne que quelques versets, quelques « petites phrases » constituant une sorte de rumeur qui traverse le lectorat. La comparaison avec l’histoire du Mirabilis Liber,notamment dans ses rééditions sous la Révolution, est pleine d’enseignement (cf notre étude sur ce site).

Rappelons que nous avons mis en évidence l’existence de « clefs » pour la lecture des Sixains lesquelles clefs ont disparu des éditions canoniques des Centuries. Quand bien même, les quatrains ainsi visés seraient-ils en soi bien antérieurs aux événements considérés, le seul fait de les signaler dans le cadre de telle conjoncture, constitue une sorte de lecture forcée, comme pour une carte biseautée. Le problème, on l’a dit, c’est que les nostradamologues, pour une partie d’entre eux – et c’est probablement ce qui les attire – sont des historophobes, prompts à croire davantage au prophétisme nostradamique anhistorique qu’au verdict de la science historique. Or, c’est à partir du moment où l’on échappe à un tel cercle vicieux que le travail de recherche dans le champ nostradamique commence à faire sens.

Il conviendrait de s’interroger sur la possibilité de distinguer entre un texte qui relate des faits connus et un autre qui spécule sur l’avenir comme il serait utile de savoir faire la différence entre un texte original et son imitation. Question également des fausses prophéties et des fausses éditions. Autant de questions qui interpellent le linguiste: dans un cas le texte considéré se réfère à quelque chose d’existant (un événement ayant déjà eu lieu, un texte antérieur dont on s’inspire), dans l’autre, le texte traite de ce qui est inconnu, de ce qui n’est que virtuel. Peut-on ainsi distinguer entre un récit vécu et un récit imaginaire, entre la réalité et la fiction? Le paradoxe, dans le cas des Centuries, c’est que leur authenticité impliquerait que l’on démontrât leur dimension fictive, c’est à dire leur caractère de véritable prophétie traitant de ce qui n’est pas encore advenu alors que la thèse de la contrefaçon consiste à montrer que les Centuries sont l’expression d’une réalité qui n’a rien d’imaginaire.

Autrement dit, nous contestons aux Centuries leur caractère prophétique du fait qu’elles sont trop ancrées dans une certaine réalité. Ironie des choses: le vrai prophète serait un escroc qui parle de ce qu’il ne sait pas tandis que le faux prophète est quelqu’un qui sait trop bien de quoi il retourne et c’est précisément ce qu’on lui reproche. Sujet, certes, qui semble déborder largement le champ des études nostradamiques et que l’on pourrait tenter de cerner en opposant savoir « mort » et savoir « vivant », entre texte lu et texte improvisé, l’un pouvant être le fait d’une machine, l’autre exigeant la présence d’un être humain doué de parole. Parfois, on cherche à faire passer une machine pour un être humain et on peut se demander si les partisans du caractère prophétique des Centuries ne se situent pas dans un tel enjeu technologique, consistant à faire sauter, en un temps de rejet des clivages, la frontière entre ces deux registres. Car qu’on le veuille ou non, le prophétisme consiste à dire que ce que l’homme perçoit aujourd’hui était déjà prédit hier, ce qui revient à faire d’un texte, selon une expression de Jean-Charles Pichon, une « machine » pensante, étant entendu que tout livre prolonge son auteur dans la diachronie comme dans la synchronie, ce qui est précisément la définition d’une machine. 
Les Centuries crespiniennes

Il ne faudrait pas oublier les problèmes liés aux Centuries (VIII-X selon la numérotation tardive qui n’entrera pas en vigueur avant la parution de l’édition perdue à la miliade du début des années 1580) introduites par la fausse Epître à Henri II et dont Crespin témoigne de l’existence en 1572. L’Epître à Henri II qui les introduisait n’annonçait pas encore la miliade – rappelons que Crespin ne fait jamais écho aux quatrains des centuries V à VII , on n’en a pas le contenu précis pas plus qu’on ne sait chez qui parut cette première édition des Centuries dites VIII-X, qui pourrait émaner du camp protestant, tant l’annonce anagrammatique de la victoire des Vendômes sur les Guises y est récurrente (cf supra). Crespin en reproduisant ces quatrains de façon aussi désarticulée ne prenait guère de risque, et ce d’autant qu’il n’indiquait aucunement ses sources… 
Les Centuries comme mancie

Quand on réfléchit au mode d’emploi des Centuries, on peut au vrai se demander si l’on n’avait pas songé à mettre en place une sorte de bibliomancie dont le principe aurait été assez proche du tirage du Yi King ( I Ching). D’une part, on pouvait tirer un nombre entre 1 et 10, fixant la Centurie et de l’autre on devair « sortir » un nombre entre 1 et 100 déterminant le quatrain au sein de la dite Centurie. A partir de là émergeait un quatrain censé répondre à la question posée de même que dans le Yi King on aboutit à un hexagramme.

Pourquoi une telle méthode aurait-elle été négligée voire abandonnée au profit d’un systéme où l’on choisissait soi-même l’oracle correspondant à la situation? Car tel est bien le cas, n’est-il pas vrai: tout ne se passe-t-il pas comme si on refusait de prendre un oracle au hasard ou selon un procédé indépendant de la volonté de l’interpréte et comme si le rôle de l’interpréte se réduisait – ce qui n’est pas rien- à choisir entre 1000 quatrains (sur ce nombre, cf supra) celui qui se trouverait le mieux en adéquation avec la situation se présentant?. 
Esotérisation de l’Histoire

Qu’il s’agisse de la lecture des quatrains ou de leur fabrication, il existe une certaine continuité, à savoir que dans un cas comme dans l’autre on se sert d’événements ayant eu lieu ou en cours de préparation, en projet et qui, en soi, n’ont rien de prophétique ou d’astrologique mais qui sont instrumentalisés comme tels. Les interprètes des quatrains ne commentent point tant les Centuries qu’ils ne commentent l’Histoire voire l’actualité la plus immédiate et en ce sens, il y a ésotérisation d’un savoir non ésotérique en soi. Dans le Janus Gallicus, l’auteur se contente de lire l’Histoire de son temps et notamment des Guerres Civiles au travers du formalisme centurique. Le projet de l’Eclaircissement de 1656 n’est pas autre. En conséquence, laisser croire que ces auteurs interprètent les quatrains à la lumière des événements ne fait pas sens car à partir des quatrains, on peut dire tout et le contraire de tout, comme c’est le cas en astrologie et ce du fait d’un certain flou dans la méthodologie de ces savoirs.

En revanche, en inversant la démarche, en ésotérisant l’Histoire plutôt qu’en décryptant l’ésotérique, l’hermétique, l’astrologie fait épistémologiquement sens au regard d’une science historique en quête, jusqu’à nos jours y compris (cf « La Nouvelle Histoire » d’un Marc Bloch), de modèles qui lui soient extérieurs. Il semble qu’au XVIIe siècle, certains nostramistes aient cru pouvoir « sauver » la science historique au moyen d’une exégèse du canon centurique. Car, ne l’oublions pas, l’échec déclaré de l’Astrologie et du Prophétisme sera aussi, à terme, au XVIIIe siècle, celui de l’Histoire comme science – l’Histoire n’entrera pas à l’Académie Royale des Sciences ( fondée en 1666 par Colbert) – et l’on sait par ailleurs à quel point cet échec de l’Histoire à structurer chronologiquement, typologiquement, son champ, hypothèque le travail du chercheur en astrologie, notamment dans le domaine cyclique.

Encore fallait-il pour cela appliquer au texte centurique les méthodes d’une critique biblique en train de se forger dans la seconde moitié du XVIIe siècle, dans l’esprit du juif Spinoza et de l’Oratorien Richard Simon, c’est ce qu’entreprit le dominicain Giffré de Réchac, dans l’Eclaircissement des véritables quatrains, dans une entreprise dont la rédaction et la parution ne furent que partielles. Il semble que le Frère Jean de Sainte Marie, comme il s’appelait dans son Ordre, ait considéré – la religion venant ainsi sous-tendre la science – le texte centurique comme peu ou prou révélé, voulant faire des « Prophéties de Nostradamus » de nouvelles tables de la Loi, au sens scientifique du terme, et pouvant dès lors qu’on les restituait dans sa pureté, venir à la rescousse d’une science historique en crise, au regard des progrès des autres sciences de l’époque, et qu’ un Isaac Newton, dans les années 1720, ne parviendra pas à sauvegarder scientifiquement par ses recherhes astro-chronologiques (cf notre étude sur ce site), ce qui conduira à un « décrochage » épistémologique de tout le plan historique auquel sont reliés le prophétisme et l’astrologie, un peu comme l’aveugle au paralytique.. 
Le refus de la manipulation

Un historien des textes qui fait le bilan de ses travaux a toujours un regret: s’être laissé manipuler, que ce soit par l’auteur, l’éditeur, le biographe, le bibliographe, on n’est jamais trop prudent. Avec l’expérience, on devient plus vigilant et on sait mieux déjouer les piégés qui nous sont tendus par la malice ou la négligence et souvent par les deux à la fois.

Ne soyons pas naïf: écrire une biographie de Michel de Nostredame exige pour le moins la plus grande prudence: on n’écrit pas ingénument: il publia en telle année ceci et en telle année cela. Pour ceux qui voudraient jouer, à bon marché, au petit historien, en assénant quelques dates bien carrées, c’est raté car la question de la production nostradamique est une des plus délicates qui soit à traiter.

En vérité, nous n’avons rien contre Nostradamus mais contre ceux qui se sont servi de son nom et de ses textes pour lui en attribuer d’autres. C’est ainsi que dans les années 1550, se dire prophète a une signification bien plus modeste qui vaut pour toute personne qui s’occupe d’annoncer l’avenir: un astrologue peut alors être appelé prophète. Ce n’est que plus tard qu’astrologie et prophétie se sont séparées tout comme astrologie et astronomie. Si Nostradamus fut un astrologue-prophéte, avec ses quatrains d’almanachs, Kepler, quelques décennies plus tard, incarnera l’astronome-astrologue, avec son Tertius Interveniens. (cf notre article, « Les historiens des sciences face à l’activité astrologique de J. Kepler »,congrès des sociétés savantes, Bordeaux, 1979) Or, les Centuries n’appartiennent plus vraiment au registre astrologico-prophétique et c’est en ce sens aussi que nous ne les attribuons pas à l’astrophile Michel de Nostredame. Avec les Centuries, le prophétisme échappe à l’emprise de l’astrologie et se substitue à elle, son émergence est à terme une des causes de son déclin.

Déjà en 1694, réagissant à la parution de la Concordance (1693) de B. Guynaud, le Pére Jésuite Claude-François Ménestrier mettait en garde ses lecteurs (La Philosophie des Images énigmatiques, Lyon, BNF 8° R 10511):  » Nostradamus n’était ni un Saint, ni un Solitaire qui fit profession d’une vie contemplative, c’était un médecin, un (astrologue) judiciaire, un faiseur d’almanachs & si ces qualités lui peuvent donner le nom de prophéte, c’est le faire donner à La Rivey, à Questier, au Pescatore qui fait l’Almanach de Milan et à Lazare Meyssonier. Ainsi, le monde aurait plus de nouveaux prophètes qu’il n’y en eut autrefois dans la Judée »(p. 358) mais ce faisant il soulignait la confusion existante entre prophétisme biblique et néo-prophétisme lequel s’inscrit dans l’histoire du joachimisme. médiéval. En ce sens, le nostradamisme, prophétisme à la Renaissance, se voudrait renaissance du prophétisme. 
Du syncrétisme nostradamique

La recherche est fonction, peu ou prou, du milieu dans lequel elle se déploie. Le milieu nostradamique n’est généralement pas indifférent à la genèse de l’oeuvre alors que le milieu astrologique peut se décharger, le cas échéant, sur l’histoire de l’astronomie. On peut cependant parler d’un canon astrologique comme l’on parle d’un canon astrologique et le syncrétisme sévit dans un cas comme dans l’autre. Syncrétisme qui est toujours singulièrement réducteur et involutif, qui ne rapproche qu’au prix d’une généralisation abusive, selon des critères par trop vagues.

Il importe, pour l’Historien, de « penser » le syncrétisme, d’en repérer les manifestations récurrentes; il est vrai que le reproche de « réduire » l’astrologie à l’astronomie peut sembler une contradiction dans les termes puisque l’astronomie constitue un champ plus large et qui ne cesse d’ailleurs de s’élargir mais ne dira-t-on pas que c’est réduire l’homme que de l’assimiler purement et simplement au « vivant »? Dire que tous les hommes sont pareils parce qu’ils sont tous mortels relève d’une sorte de sophisme syncrétique. Là réside la rhétorique perverse du propos syncrétique. De la même façon, considérer que tout ce qui se présente sous forme de quatrains écrits dans un certain style et revendiquant une certaine paternité est ipso facto du Nostradamus et est l’oeuvre d’un seul homme Michel de Nostredame relève du syncrétisme, dont la dimension involutive de retour au point origine est caractéristique.. A contrario, l’anti-syncrétisme consiste à préserver les fragiles constructions humaines des modernités successives contre ce creuset (melting pot) syncrétique qui emporte, balaie, tout et qui épistémologiquement hypothèque tout travail historique. En ce sens, l’astrologie est une étape postérieure à celle de l’astronomie et pour se préserver, il est urgent qu’elle ne cède pas aux mirages du pan-astronomisme qui sévit depuis deux siècles et a caractérisé notamment son expression contemporaine au Xxe siècle. 
Le milieu nostradamique

Si les mêmes maux syncrétiques sévissent dans le milieu astrologique et dans le milieu nostradamique, on y observe un état d’esprit sensiblement différent. Le monde des nostradamisants est mieux en prise avec la démarche historique- à la fois chez les interprètes et chez les bibliographes – en ce qu’il ne se préoccupe pas, comme c’est le cas pour les astrologues, de la dimension individuelle, horoscopique, sinon de celle de cet individu remarquable qu’est Michel de Nostredame, lequel, au demeurant, était astrologue praticien comme l’atteste sa correspondance (cf l’article de P. Brind’amour, sur ce site) et ce qui explique que le phénomène Nostradamus interpelle aussi l’historien de l’astrologie lequel aurait en quelque sorte mission de sauvegarder la dimension astrologique de l’oeuvre, et notamment autour de la question des almanachs et des prognostications face à sa centurisation, noyant les quatrains mensuels dans un ensemble beaucoup plus vaste qu’il importe, selon nous, de ne pas lui attribuer.

. Or, l’astrologie a une face cachée qui est celle de la consultation individuelle, un champ qui échappe largement à l’investigation scientifique, du fait qu’il est peu propice aux recoupements avec une matière historique objective et accessible. En outre, le nostradamisme est bien daté dans un temps historique bien balisé quant à son apparition tandis que l’astrologisme remonte à la « nuit des temps », ce qui conduit à un tour de passe-passe consistant à voir dans l’astronomie la plus récente l’expression de l’univers le plus ancien : tout cela tend, bel et bien, en pratique, à court-circuiter l’approche proprement historique et à réduire l’Histoire de l’astrologie au seul problème de sa réception dans tel ou tel contexte.

Pour la petite histoire, c’est en 1985 que nous fîmes connaissance avec le milieu nostradamique, à l’occasion du Colloque de Salon, une première du genre. C’est là notamment que nous rencontrâmes le péruvien Daniel Ruzo. Une photo reproduite (p. 22) dans la revue L’autre Monde (n° 103, février 1986), illustre cette rencontre sur le thème « Pour une édition critique des Centuries » qui réunissait, au Château de l’Empéri, tant des universitaires (Michel Simonin, décédé depuis, Jean Dupébe, Jean Céard, qui sera notre directeur de thèse d’Etat) que des chercheurs relevant plus de la sphère privée ( Daniel Ruzo, Robert Amadou, Michel Chomarat, Robert Benazra (dont nous publierons le Répertoire Chronologique Nostradamique (1990) avec une préface de Jean Céard), Yves Lenoble). Le projet d’une édition critique alors en débat allait déboucher, dix ans plus tard, sur la publication du travail du québécois Pierre Brind’amour (1941-1995) s’appuyant malencontreusement sur l’édition Macé Bonhomme (chez Droz, une édition universitaire qui avait déjà publié le travail de J. Dupèbe sur la Correspondance de Nostradamus) mais le fait d’avoir choisi, pour référence, une contrefaçon tardive, est révélateur de l’état de la recherche nostradamique il y a encore six ans, où la mise en relation du textuel et de l’événementiel laissait à désirer. En cette année 1985, on se félicitait qu’ait été retrouvée et reprintée ( par les soins des « Amis de Nostradamus ») la dite édition lyonnaise (Bibliothèque Municipale d’Albi) sans envisager un seul instant, à notre souvenance, qu’il put s’agir d’une contrefaçon!

Curieusement, notre nom ne figure pas dans le compte-rendu des Actes, ni d’ailleurs dans les Actes, édités par R. Amadou avec le support logistique d’Y. Lenoble ( l’astrologie de Nostradamus. Dossier, Ed de l’ARRC, Poissy (78)- et ce en raison de conflits entre fédérations astrologiques – alors que nous y donnâmes, à l’invitation de Michel Chomarat, qui avait participé à Lyon, l’année précédente à l’un de nos congrès, un exposé consacré aux adversaires de Nostradamus, sujet que reprendra l’année suivante (1986) Olivier Millet, proche de Jean Céard, lors du colloque Divination et controverse religieuse en France au XVIe siècle, Cahiers V.L. Saulnier 4, Paris, 1987, non sans recourir à certaines informations que nous lui avions fournies, dans sa communication « Feux croisés sur Nostradamus au XVIe siècle »

Nous avions déjà, à l’époque, consacré à Nostradamus, d’origine juive, quelques lignes, moyennement pertinentes, dans notre thèse, Le Monde juif et l’astrologie, Milan, Arché, 1985 et inclus cette thématique dans le CATAF.(cf sur ce site) Il semble que ce qui caractérise notre approche – entre autres – c’est qu’elle n’ait été nullement cantonnée à Nostradamus, que le champ que nous couvrions était considérablement plus vaste comme en atteste notre thèse d’Etat.

En 1985, on ne se posait plus guère- ou pas encore – de vrai problème de datation, comme en témoignent, peu après, d’ailleurs les parutions des bibliographies de Chomarat et de Benazra. On ne cherchait pas alors les recoupements, les témoignages. De nos jours, les études nostradamiques ont pris un tour infiniment plus complexe, l’argumentation doit prendre en compte un grand nombre d’éléments et, disons-le, n’est plus à la portée que d’un très petit nombre de chercheurs. Il est probable que cette difficulté même suscite dans les prochaines années des vocations et détermine un recrutement plus élitique. Les études nostradamiques sont peut-être devenues une affaire trop sérieuse pour être laissées aux seuls nostradamologues de la vieille école. Il importe en tout cas de les resituer épistémologiqueent dans le cadre de la prophétologie, dont notre thèse d’Etat, Le Texte prophétique en France, se veut une utile Défense et Illustration.. Quant à la « légende dorée » que prétendent dénoncer certains spécialistes de Nostradamus, comme E. Parker en 1923, n’englobe-t-elle pas également un Nostradamus, auteur de Centuries…

 

Référence de la page :

Publié dans HISTOIRE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

La notion de commentaire astrologique

Posté par nofim le 11 décembre 2013

 

 

Astrologie et Linguistique : le modèle et son commentaire

Par Jacques  Halbronn

 

On a pu croire que nous méprisions le fait que l’on se serve de l’astrologie « après coup », post eventum.  En fait, il importe de nuancer une telle impression. Car ne pas admettre le commentaire signifierait que la prévision astrologique n’en aurait pas besoin du fait de la précision extrême de son propos. Ce qui est aux antipodes de notre épistémologie de l’astrologie.

Bien au contraire, le commentaire libère l’astrologie d’un excès, d’un impératif de précision. Au vrai, l’astrologue a parfaitement le droit de commenter son pronostic, de l’expliciter tant justement son modèle est général et même relativement abstrait.

En revanche, ce que nous réprouvons vivement, c’est le fait que le modèle lui-même soit élaboré après coup ! On aura compris, espérons-le, ce que nous voulons dire par là, à savoir la confusion entre le signifiant et le signifié. Le modèle est le signifiant et le commentaire est le signifié.

Prenons un thème natal (ou plus largement « astral », de RS, d’éclipse, d’ingrés etc.), est-ce du signifiant ou du signifié ? En fait, nous dirions que c’est un objet hybride, genre chauve-souris. Il     y a là comme  une sorte de tour de passe-passe, de bonneteau. Il court, il court, le furet !

En apparence, on pourrait croire que le thème est de l’ordre du signifiant et d’ailleurs ne dit-on pas que l’on « interprète » un thème. Les naïfs pourraient croire que le thème est un objet  bien défini alors qu’il n’en est strictement rien. Ce serait plutôt un objet non identifiable !

Le terme « interprétation » quand il s’agit du thème revêt un sens très particulier. Si l’on dit par exemple que l’on traduit un texte, l’on ne s’attend pas à ce que ce texte de départ change si ce n’est par le biais de l’acte même de traduction.  D’ailleurs un texte peut être diversement traduit mais sa matrice ne change pas.

Or,  il n’en est pas de même pour cet étrange et indéfinissable objet qu’est le « thème astral » !  Nous prendrons l’exemple du corpus Nostradamus quand il est traduit dans une autre langue – ce fut dès 1594 en latin (dans la Première Face du Janus François de J. A. de Chavigny/ Le commentateur  va gloser sur une traduction du français dont il est parfois l’auteur. Ce traducteur-commentateur est un personnage redoutable qui contrôle tout le processus. En effet, il va commenter un texte qu’il s’est déjà, peu ou prou, autorisé de rendre à sa façon et de préférence dans le sens de son commentaire, tant et si bien que la traduction elle-même est déjà un commentaire qui se suffit à lui-même. Eh bien nous dirons que l’astrologue ressemble comme deux gouttes d’eau à un tel personnage : il commente un texte- le thème est un texte- qu’il a lui-même refaçonné en vue de son interprétation ou si l’on préfère il a redisposé le « texte » qu’est le thème pour les besoins de sa cause, c’est-à-dire de ce qu’il entend faire passer. C’est comme s’il réorganisait le texte, lui-même, comme si ce texte était à géométrie variable, qu’il le tordait dans le sens qui lui seyait. Autrement dit, le thème est un objet instable qui est fortement à la merci du « sujet », c’est-à-dire de son lecteur.

En d’autres termes, l’enseignement de l’astrologie consiste à former des « tricheurs ».

Pour mettre fin à  de telles dérives, au nom d’une véritable déontologie de l’astrologie qui devrait commencer par dénoncer le procédé même du thème astral – au lieu d’en faire le fondement de l’honorabilité de l’astrologue ! –nous avons demandé à ce que l’objet astrologique soit fixé et figé  une fois pour toutes, en tant que signifiant à telle enseigne que cet objet ne change pas, en dehors de sa propre dynamique interne qui est, elle-même, mue par des changements récurrents. Rien de nouveau sous le Soleil, dit l’Ecclésiaste. Il n’  a donc aucun risque de manipulation du « signifiant’ astrologique, plus question d’une myriade de thèmes qui évoluent en permanence de surcroit en dehors même de la diversité même de leur structure  interne.

A partir de là, il est loisible de réfléchir sur l’interprétation de l’objet en question selon les divers contextes où l’on se trouve, c’est-à-dire sur la variété même des signifiés se référant à un signifiant unique et ne se prêtant à aucune manipulation et gesticulation.

Ce commentaire, on l’aura compris, permet d’ajuster le modèle unique à une situation x ou y mais au niveau du signifié, non du signifiant dont on a dit qu’il ne doit se prêter à aucune manœuvre. Le signifié est l’interface entre le signifiant et  un certain réel brut.

Si l’on considère le cas de l’Astrocyclon qui illustre notre propos en tant que modèle universel et invariable dans ses propres variations, c’est-à-dire le cycle de 7 ans,  lequel se reproduit plus de  douze fois par siècles, il est évident que ses effets varieront bel et bien d’une fois sur l’autre et on ne pourra  annoncer par avance qu’un certain nombre de généralités qui prendront tout leur sens après coup. Mais les centaines de « faits » qui seront ainsi rapprochés comme correspondant à une même phase, à un même stade de l’Astrocyclon,  devront entretenir entre eux des similitudes en profondeur, ce qui peut ainsi sous-tendre un traitement statistique de l’Astrocyclon lequel est rendu impossible par la production d’objets astrologiques variant à l’infini, en tant que signifiants, les combinatoire s au sein du thème composant autant de signifiants distincts..

On  résumera par cette formule : commenter le modèle, oui, l’augmenter, le triturer, le trafiquer pas question !

C’est dire que nous ne dénigrons nullement l’art du commentaire honnête qui prend la mesure de la diversité  inouïe des éventualités et qui ne vise nullement à les expliciter dans leurs particularités, en dressant le thème du lieu considéré, le système des maisons ayant pour principale utilité de générer des « thèmes différents » pour une seule et même heure, du moment que le lieu n’est pas le même. Les maisons démultiplient le thème, en introduisant la longitude et la latitude. Bien évidemment,  le dressage des maisons est un des vecteurs permettant de transformer ce signifiant qu’est le thème. Au vrai, d’aucuns diront même que le thème, ce sont d’abord les maisons et d’ailleurs le mot horoscope désigne les « maisons de l’horoscope », c’est-à-dire calculées ou dérivées de la position de l’ascendant –(ou horoscope) Comment donc pourrait-on dès lors attendre du thème qu’il soit « fixe » ? Mais même dans ce cas,  la tentation est grande de l’orienter à sa guise pour lui faire dire ce qu’on veut lui faire dire et non ce qu’il a réellement à nous dire, étant entendu que l’astrologue aurait toute légitimité à faire dire au thème ce que l’on sait ou croit savoir du réel, en un instant T…

Avec l’Astroclon, on passe bel et bien de l’infini au fini tout en admettant que ce qui est fini en tant que signifiant puisse correspondre à une infinité de signifiés.

 

.

 

JHB

11  12  13

 

Publié dans ASTROLOGIE, LINGUISTIQUE, NOSTRADAMUS, PSYCHOLOGIE | Pas de Commentaire »

La vocation médiumnique des astronomes et les nouvelles planétes

Posté par nofim le 27 octobre 2013

 

 

Nouveaux aperçus sur le calendrier de découverte des transsaturniennes (1781-1930) par les astronomes.

Par  Jacques Halbronn

 

A force d’entendre parler par les astrologues de la signification de la découverte des transsaturniennes, nous nous sommes demandés si les dates obéissaient  à un quelconque schéma qui laisserait penser qu’elles pourraient ne pas être dues au hasard. Nous avons mis en évidence certaines coïncidences assez remarquables qui pour nous ne  démontrent aucunement que l’astrologie aurait à intégrer ces planètes pour l’excellente raison qu’elle affiche « complet » et qu’elle fonctionne depuis des millénaires avec un certain appareillage qu’il n’est même pas envisageable de modifier.

En revanche,  on ne peut exclure quelque lien médiumnique qui concernerait les astronomes et qui aurait une portée qui ne relève pas de l’astrologie mais d’autres enjeux qui lui sont extérieurs.(cf. nos travaux sur la médiumnité sur le blog  futurvideo) Nous nous contenterons ici de soumettre nos curieuses observations d’ordre numérique et qui semblent ne pas avoir été signalées jusques alors, à notre connaissance.(cf. les travaux sur le thème de découverte des nouvelles planètes et sur leur mention dans les Centuries,  notamment article de Patrice Guinard dans la revue Atlantis)  On rappellera aussi les conditions assez étranges concernant le baptême de ces planètes (cf.  F. Brunhübner, La nouvelle planéte Pluton, trad. Française de l’allemand, dans les années trente et plus simplement le fait que les modernes astronomes ont tenu à recourir  à la mythologie pour nommer les nouvelles planètes. (Les astéroïdes semblant  ne pas appartenir à un tel schéma alors qu’ils s’inscrivent dans la loi de Bodel, chère à Jean-Pierre Nicola)

On note ainsi qu’entre 1846 (découverte de Neptune) et 1930  (découverte de Pluton) 84 ans se sont écoulés qui correspondent à la révolution d’Uranus. On notera aussi que cette découverte que nous avons faite a lieu 84 ans après la découverte de Pluton,  à quelques semaines de 2014.

On ajoutera qu’entre 1781 (découverte d’Uranus) et 1846 (découverte de Neptune),  il s’est écoulé 65 ans, ce qui serait à rapprocher des  165 ans de la révolution de Neptune

On complétera en ajoutant- mais d’autres l’avaient dit cette fois avant nous- que si l’on ajoute la révolution d’Uranus (84 ans) à celle de  Neptune (165  ans) on obtient approximativement celle de Pluton (autour de 248 ans)

Pour notre part, nous pensons que les Anciens ont certainement été frappés par le fait que la révolution de la planéte Saturne était de 28 ans ce qui faisait écho aux 28 jours de la Lune.  De telles observations ont probablement été fondatrices pour l’astrologie avec notamment l’importance du 7 (28/4).

Pour découvrir les chiffres que nous avons signalés, il fallait entrer pleinement dans une logique de communication et non dans une logique de simples distances astronomiques. C’est la combinatoire espace-temps qui est ici remarquable.  En effet, les vitesses de révolution sont ce qu’elles sont alors que les dates des découvertes relèvent d’une toute autre dimension qui n’est plus de l’ordre de la science mais si l’on veut de la conscience, d’une conscience qui dépasserait celui de notre Humanité.

En tant qu’historien du prophétisme, force est de constater que l’on a affaire à une sorte de « miracle » scientifique qui laisse entendre que les astronomes ont été instrumentalisés par des entités.  En ce sens, les astrologues ont raison d’accorder de l’importance à leurs découvertes et à leur rôle d’interface. Mais pour nous, la découverte de ces nouvelles planètes n’a aucune vocation à nous enseigner quoi que ce soit en matière d’astrologie pas plus d’ailleurs que les ères précessionnelles dont on ne peut exclure qu’elles correspondent à quelque gigantesque calendrier (comme le pensait un Paul Le Cour dans sa revue Atlantis, cf. notre vidéo sur Baglis Tv avec Jacques Grimaut, cf. La vie astrologique années trente-cinquante, Ed Trédaniel – La Grande conjonction. Le nom de Pluton circulait bien avant  1930). Mais là encore, il s’agit d’une dimension étrangère  à l’astrologie laquelle n’a que faire de telles considérations. La meilleure solution pour évacuer de l’astrologie ces nouvelles planètes c’est d’en trouver la véritable portée. C’est, croyons-nous, chose faite.  Ceux parmi les astrologues qui sont intéressés par l’apport des astronomes à la prise de conscience d’une certaine guidance d‘un ordre supérieur à celui de notre présente humanité sont invités à ne pas tout  mélanger et assumer pleinement leurs convictions sur une révélation passant par les astronomes, mais dont ces derniers visiblement n’avaient pas les clefs.  Rappelons le discours des astrologues actuels qui voient dans la découverte de ces trois planètes des marqueurs concernant l’évolution de l’Humanité (encore récemment Christian Moysan sur Aldébaran Face Book, cf. notre article à ce sujet sur le blog nofim)

Donc, comme on l’a dit, il aura fallu attendre la fin de 2013 pour découvrir le « pot aux roses » – 84 après la découverte de Pluton- et nous ne sommes pas mécontents d’avoir été impliqués dans ce dévoilement (cf. nos Mathématiques Divinatoires, Paris, Trédaniel-La Grande Conjonction 1983) Mais on ne prête qu’aux riches.

 

JHB

27. 10  13

 

 

Publié dans ASTROLOGIE, HISTOIRE, LINGUISTIQUE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

La divination et l’acte de deviner : la différence

Posté par nofim le 15 août 2013

On parle d’arts divinatoires mais est-ce que tous autant que nous sommes nous ne passons pas notre vie à deviner et peut-on vivre sans une telle faculté ? Parfois l’on sépare devinette, divination mais ne s’agit-il pas au bout du compte d’une seule et même fonction consistant à  se faire une idée de ce que l’on ne connait pas ou dont on sait très peu de choses ?
 
Allons plus loin et demandons-nous si les arts divinatoires ne viennent pas combler une carence de notre aptitude à deviner ce qui nous attend, ce qui se présente à nous ?
Depuis longtemps, nous soutenons la thèse selon laquelle  l’astrologie, la numérologie ou tout autre « tarot » s’adressaient à des personnes qui ne savent pas « deviner », traiter, interpréter les signes qui sont à observer si l’on sait les comprendre.
On  connait des gens qui font preuve d’une certaine cécité mentale, qui ne « voient » pas, que ce soit en bien ou mal, ce qui se passe sous leurs yeux, qui jaugent mal les situations, les personnes ou du moins qui prennent trop de temps pour y parvenir peu ou prou. Il leur manque des antennes et elles tirent souvent à côté de la plaque alors que d’autres atteignent  le mille, presque infailliblement. Ce sont ces « mal voyants » de la vie qui attendent le plus de l’astrologie et d’autres techniques permettant de « deviner » qui est qui, qui fait quoi, qui ont besoin de s’appareiller pour  compenser leur handicap réel ou supposé.
Dans les rapports à autrui, le temps est important. On doit trancher, choisir très vite et l’on ne nous  pardonne pas tellement les erreurs de jugement. Il peut donc y avoir une souffrance à ne pas savoir « deviner »  à temps, à ne pas savoir instinctivement à qui l’on a affaire. En fait dans la vie, on est constamment sollicité de deviner car on ne peut pas tout nous expliquer. Deviner est un gage d’autonomie. Celui qui ne sait pas deviner est dépendant d’autrui et c’est pourquoi il espéré, il veut croire  que grâce à l’apprentissage de telle ou telle technique divinatoire,  il augmentera sa maîtrise des choses.
Même l’apprentissage d’une langue exige de lire entre les lignes, de  deviner, c’est-à-dire de suivre une  certaine logique, une certaine probabilité.  Cela vaut aussi pour se servir d’un nouvel appareil.  On ne peut pas tout nous expliquer.   Quand on entend quelqu’un parler dans une langue étrangère que l’on connait médiocrement, il va bien falloir deviner.  Les enfants qui jouent aux devinettes sont entrainés à cet exercice  consistant à passer du connu vers l’inconnu.
 Quelque part, il faut savoir généraliser et rapprocher un cas d’un ensemble de cas. Si l’on ne parvient pas à relier un cas à d’autres, on ne peut pas deviner ce qu’il adviendra du dit cas.
Dans notre recherche sur la psychologie des hommes et des femmes, il nous est apparu que les femmes étaient moins douées pour deviner –et ce en dépit du fait qu’on leur attribue volontiers, dans la sagesse populaire, une certaine faculté d’intuition- et qu’elles agissaient ou parlaient « dans le vide »  sans prendre la mesure exacte de la situation, comme si cette information était de peu d’importance, d’incidence. Deviner, c’est en effet se connecter sur autrui et trouver très vite le ton juste, l’attitude appropriée, à partir d’un minimum de données et en un minimum de temps.
Ceux qui s’initient, s’appliquent studieusement et sérieusement aux arts divinatoires seraient donc ceux qui veulent être en mesure de mieux, de plus deviner. Le gain de temps est d’ailleurs souvent mis en avant par les praticiens et les pratiquants de la divination.  Mais pourront-ils jamais égaler  les gens « normaux » qui devinent  les choses et les gens –on parle de perspicacité, de tact-  sans aucune aide extérieure et sans avoir étudié dans les livres la divination tout comme il y a  ceux qui savent faire de la musique sans avoir appris à l’école. ?
 
 29. 07. 13
lien vers téléprovidence : http://www.teleprovidence.com/

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

Métamorphose de Nostradamus

Posté par nofim le 11 juillet 2013

Les centuries comme métamorphose du discours nostradamien
Par  Jacques  Halbronn
 
Nous avons montré dans de précédentes études que les quatrains étaient issus de textes en prose et ne reprenaient jamais des quatrains  déjà composés. Cela signifie que l’on peut dater un quatrain, ou du moins déterminer un « terminus » en deça duquel il ne saurait être situé, dès lors que l’on a identifié le texte en prose d’où il est issu.
Un cas remarquable est le texte en prose datant de 1561, ayant figuré au sein de l’Almanach Nouveau pour l’An 1562 (cf  Benazra, RCN, pp.  52 et seq). On y trouve une forme très particulière, à savoir le nom de Marcelin par lequel Nostradamus entend nommer un personnage qui naitrait  en 1567. (cf Reproduction très fidèle  d’un manuscrit de M. de Nostradamus dédié à S. S. le Pape  Pie IV. (1906).  Il  signale, au prix d’un jeu de mots,  que le caractère de ce Marcelin (un des saints du mois d’avril) ressortirait mieux si  l’on supprimait la lettre « R », ce qui donne « macelin », (en Italien, boucher) 
« Et ne vous veulx rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’Avril naistra un de quelque grand Roy et monarque qui fera sa fin cruelle et sanguinolente mais la ruine de son regne oncques ne fut pire ne plus sanguinaire. On le nommera MARCELLINUS mais on lui ostera de son nom l’R » (Ed 1906, et manuscrit  p. 31)
C’est ce texte qui sous tend l’occurrence de « Macelin » dans la centurie VIII.
VIII, 76
« Plus Macelin  que roy en Angleterre »  alors que VIII 77 commence par
« L’Antéchrist ».
Ces deux quatrains dériveraient selon nous des prédictions de Nostradamus pour 1567 qui figuraient dans l’almanach pour 1562.
On a un autre quatrain   VIII 54  avec « macelin », donc également  dans la première centurie du second volet. Il semble d’ailleurs que la forme « marcelin » ait été rétablie dans les éditions troyennes (1605, à en croire  leDictionnaire Nostradamus de  Michel Dufresne)
Ces observations nous conduisent à conclure que ces quatrains ne peuvent avoir  été composés avant 1561, ce  qui exclut toute parution datant de 1558  sur la base de la date de l’epitre à Henri II de cette même année. La dite épitre ne peut donc en 1558 introduire  le mot « macelin » dans un quatrain  de la VIIIe Centurie.
On notera le cas des éditions parisiennes  ligueuses des « Prophéties » qui traitent de l’an 1561 en leur sous-titre à propos d’une  « addition » de 39 articles (sic). Il est possible que l’on ait eu là  l’embryon du second volet des Centuries. Dans ce cas le second volet de  centuries serait extrait  du développement prophétique de 1561 mais à une période  bien plus tardive. Rappelons que nous tentons de rétablir la chronologie des faux et non celle d’éditions authentiques parues du vivant de Nostradamus..
Selon nous,  la septième centurie aurait été le premier  mouvement en direction de ce que l’on connait comme «second volet » ( VIII-X), la date de 1561 correspondant à la parution de  l’Almanach Nouveau pour 1562. Cette année 1561 est importante. Nous l’avions déjà rencontrée il y a 20 ans, avec la parution du Cantique  Spirituel et consolatif  (RHR, 1991). Il est probable que dans l’entreprise centurique, 1561 ait été initialement  le moment d’un nouveau développement, ce qui correspond au contenu du manuscrit de l’almanach pour 1562 largement rendu par des imprimés faisant connaitre  Nostradamus  en langue italienne. Pour nous  l’épitre à Pie IV (conservée dans l’imprimé français) et son appendice  correspond à un aboutissement de la démarche astroprophétique  de Nostradamus qui sera largement occulté et édulcoré par sa transposition en quatrains dans la VIIIe Centurie qui ouvre le second volet. Mais ce second volet est introduit par une épitre datée de 1558 qui vient en quelque sorte se substituer à l’épitre à Pie IV . Or, sous la Ligue, l’année qui est associée à une addition est celle de 1561 :
Les Prophéties de M. Michel Nostradamus (…) revues & additionnées par l’autheur pour l’an mil cinq cens soixante & un  de trente neuf articles à la dernière centurie .  (Paris, 1588/1589)
Cette fixation de Nostradamus sur l’an 1567 –à partir du début des années 1560 – aura  fait probléme à la fois parce qu’elle affole les esprits – ce qui trouble l’ordre public (cf. les ordonnances d’Orléans, 1560) et parce qu’elle échoue, au lendemain même de la mort de Nostradamus, au point que l’on peut se demander si les Centuries ne servent pas à  brouiller le discours nostradamien  et de ce fait à le désenclaver de cette année 1567 que Nostradamus avait imprudemment  désignée comme fatale  et à laquelle il se tiendra jusqu’à la fin de sa vie. On est avec ce texte dans un prophétisme à très court terme qui se limite aux années 1560 mais qui sera recyclé pour d’autres échéances par les interprètes  qui se succéderont. On voit les inconvénients d’un texte par trop précis et définitif  qui ne respecte pas le principe de cyclicité et d’éternel retour  qui est au cœur de la pensée astrologique. Nostradamus en s’engageant dans  cette prédiction pour 1567 se diminue. A contrario, les Centuries lui confèreront, bien malgré lui, une autre stature en éclipsant  ce délire antéchristique par trop  daté.
.On nous objectera que le projet additionnel après la Vie et « dernière » centurie (d’où l’avertissement latin  qui clôturé ce cycle de six centuries) se réduisit dans l’immédiat à une centurie VII de quelques dizaines de quatrains. Il faudra en effet attendre quelques années de plus – ce  qui est attesté par le Janus Gallicus  de 1594 qui comporte des quatrains issus des centuries VIII-X- pour  que le second volet se mette en place avec l’épitre à Henri II de 155 et la référence à l’an 1561 sera très largement  négligée et remplacée par une date antérieure celle de  1558, Henri II étant mort l’année suivante. C’est donc le choix même du dédicataire qui déterminait le terminus de la date de l’épître, le remplacement du roi de France par le pape.
Ce sur quoi nous avons voulu insister, par delà telle ou telle application parmi d’autres possibles, c’est la nécessité pour l’historien de respecter une certaine vraisemblance dans le déroulement des choses.  Le quatrain ne devient matriciel que dans un second temps,  il est d’abord issu d’un texte en prose. Par ailleurs,  le processus centurique de ce fait même correspond à un état tardif de la production nostradamique qu’il convient de qualifier de posthume. Le centurisme est une métamorphose post mortem que subit  ainsi Nostradamus sans laquelle  le dit Nostradamus serait tombé dans les oubliettes de l’Histoire..
 
 
 
JHB
01 07 13

Publié dans NOSTRADAMUS, POLITIQUE | 1 Commentaire »

123
 

Hertiuatipo |
L'actualité du droit d... |
Beats Pas Cher |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Lixueosche
| Kenpkcv
| Luivaterfoxs