jacques Halbronn Prophétisme et propagande. Discours de la méthode (bis)

Posté par nofim le 9 juillet 2021

Prophétisme et propagande. Discours de la méthode.(bis)

Par Jacques  Halbronn

Nous avons participé en 2000 au Colloque  intitulé

 

La prophétie comme arme de guerre des pouvoirs, 15e-17e siècles
Édité par Augustin Redondo, Presses Sorbonne Nouvelle

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Dont  le résumé était le suivant :
 

La prophétie relève du religieux et du divin puisque le prophète exprime, déchiffre et transmet le message que Dieu lui a délivré. L’ouvrage aborde ici les nombreuses autres manifestations prophétiques mais cette fois dans le domaine du politique, en Espagne, au Portugal et en Italie, tout au long de l’époque moderne. Vacitinations laïques en somme qui ont permis des manipulations du pouvoir royal (légitimation de lignées, par exemple la Maison d’Anquera en Espagne) et militaire (impérialisme et conquête messianique), en utilisant des supports aussi différents que variés : biographies des régnants, traités politiques (traités de Machiavel) mais encore recueils de miracles ou légendes (par exemple en Espagne la légende de Merlin).

 

Il est bon de ne pas oublier que le prophétisme est lié au politique et qu’il est en prise sur les enjeux du moment. Ce qui importe, c’est la date de publication réelle et non prétendue et c’est en recoupant les textes avec  telle ou telle actualité brulante que l’historien pourra se donner les moyens de la datation sans tomber dans un certain nombre de pièges dont le prophétisme est friand. Il y a  là en effet quelque paradoxe : à savoir faire sens pour le moment de parution tout en laissant entendre que le texte ne saurait avoir été rédigé la veille car dans ce cas, le textes prophétique se réduirait à une sorte de journalisme, se faisant l’écho des attentes et impressions du moment, ce qu’il est au demeurant mais qu’il ne saurait être question de reconnaitre, selon les lois du  genre.

En ce sens, deux voies seront à éviter : l’une  considérant qu’il est traité d’événements à venir hors de portée de l’époque de la parution et l’autre  considérant qu’il est question d’événements ayant déjà eu lieu. Seule l’astrologie  est en mesure de survoler ainsi les époques de par son lien avec l’astronomie et il importe de ne pas mélanger les genres. S’il est fait référence à des situations antérieures, cela ne saurait être que pour servir dans l’immédiat et c’est cet immédiat qu’il importe de circonscrire.(cf Le texte prophétique en France. Presses Universitaires du Septentrion, 1999  et  « Le texte prophétique  . Discours de la méthode ». In revue Babel, 4 | 2000)

Si l’on s’éloigne de la méthodologie que nous formulons ici,  l’on risque fort  de se priver de toute capacité de datation.

Il sera  donc vain de se contenter d’identifier l’ancienneté des textes instrumentalisés pour la circonstance tout comme de se situer très en aval de la période de parution du dit texte.

La prophétie est par vocation auto-réalisatrice et vise à produire un effet  comme dans le cas de Jonas censé prévenir Ninive de ce qui l’attend, ce qui montre que l’on peut annoncer le pire pour empêcher tel processus de se poursuivre. En ce sens, l’échec de la prophétie peut tout à fait être l’effet recherché !

Cet échec peut également donner une nouvelle vie à un texte prophétique en le reconfigurant en vue d’une nouvelle échéance, d’un nouvel enjeu mais là encore, le discours  est en prise avec une attente bien définie, bien précise qu’il importe à l’historien de déterminer, son travail visant à rétablir la véritable chronologie des publications.

Il revient à l’historien de débrouiller l’échevau et de repérer les chronémes et les chorémes, c’est-à-dire ce qui permet de situer le textes dans le temps et l’espace politique, à savoir quel est le camp visé par un texte et/ou de quel camp il émane. Dans le cas des Centuries comme dans celui du Livre des Prophétes (Ancien Testament), il convient d’identifier les adversaires. C’est ainsi que le « Ecoute Israel » ne peut émaner de la maison d’Israel mais bien de celle qui s’y oppose de même que dans IV 46, si le texte s’en prend à la ville de Tours, (Garde toi Tours de ta proche ruine » c’est qu’il n’émane pas de cette ville mais qu’il émane de ses ennemis. (cf notre communication Les Prophéties et la Ligue, in Colloque Prophétes et prophéties, 1997, Presses de l’Ecole Normale Supérieure) Ce sont là des « chorémes ». Quant aux chronémes,  il importe de noter que le second volet des Centuries émane du camp d’Henri de Navarre et que celui-ci envisage d’être sacré roi. Et l’on sait que cela eut bel et bien lieu à la

Cathédrale de Chartres au début de 1594, ce qui permet de fixer un « terminus » quant à la composition du quatrain comportant la mention de Chartres.  On aura compris que le texte prophétique n’est pas « hors sol », qu’il   est un outil de propagande pour obtenir quelque effet et c’est bien lors de conflits entre parties qu’il trouve sa place.

 

 

 

 

 

 

 

JHB

08 07 21

 

 

 

 

 

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS, POLITIQUE, prophétisme | Pas de Commentaire »

jacques Halbronn Quelques observations sur les travaux de Patrice Guinard concernant le Corpus Nostradamus

Posté par nofim le 7 juillet 2021

 

 

 

Quelques observations sur les travaux de Patrice Guinard  concernant le Corpus Nostradamus

Par Jacques  Halbronn

 

Nous étudierons l’ouvrage intitulé  Nostradamus occultiste : Codes et procédés de déchiffrement dans l’œuvre de Nostradamus (Books on Demand, 2015)

 

Guinard  parle dans sa présentation  de « scénarios   salissant la mémoire du prophéte » (p. 5),il  condamne au pilori  tout « dépréciateur », « dénigreur » et se déclare « nostradamiste », c’est-à-dire gardien de l’image de Michel de Nostredame. Il faut de la « sympathie » pour le sujet que l’on aborde. Guinard se veut le défenseur de la « doxa » nostradamiste et il la récite comme on le fait à l’église pour le « credo »  avec la succession des événements :

« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ; et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit-Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen. »

Crédo de Guinard : « Nostradamus divise ses Prophéties en deux livres : chacun précédé  d’une préface. Le premier livre  est publié en deux éditions successive en 1555 chez Macé Bonhomme avec un privilége pour deux ans puis en 1557 dans deux versions différentes chez l’imprimeur lyonnais  Antoine du Rosne Le second livre est publié l’année suivante en 1558 comme l’atteste  la préface etc « 

(p. 7) La messe est dite !

 

Un bon nostradamiste, qui se respecte, doit impérativement  croire  un tel narratif  des éditions successives et cite à l’appui de son propos la Préface datée de 1555 à César, le fils de Nostradamus  et (p. 75) la mention d’une milliade dans l’Epitre à Henri II datée de 1558  Un tel discours serait excusable s’il datait d’avant les années 1989-90 mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis 30 ans. Guinard  reconnait  qu’il a commencé à publier « depuis 2000 », certainement influencé par notre exemple. Il accorde une place centrale au « cycle saturnien »  (p. 39) important chez Pierre d’Ailly (cf Astrologie et Religion au Moyen Age, de Denis Labouré)

La question  que nous posons est la suivante : à partir de quel seuil de précision doit-on commencer à considérer que l’on a affaire à un faux ? Pour Guinard, plus c’est précis, plus cela vient valider  un texte alors que pour nous cela le rend suspect. Le rôle du critique est de signaler des précisions invraisemblables. Arrêtons- nous sur la mort en tournoi d’Henri II en 1559 dont  on voudrait nous faire croire qu’elle aurait été annoncée.  Si l’on ne note pas l’anagramme  du quatrain  I,  35

« Dans caige d’or les yeux lui crévera »  (cf Guinard,  pp. 149 et seq), on  ne prend pas la mesure de la surenchère prophétique  qui discréditera d’ailleurs les Sixains dont la précision est bien trop grossière pour être crédible comme le note l’auteur anonyme, en 1656,  de l’Eclaircissement des véritables quatrains  (cf  Le Dominicain Jean Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique. Post Doctorat, 2007). Pourtant  Guinard  avait disposé des données nécessaires pour déceler les ficelles de ce verset puisqu’il  nous rappelle que « Gabriel de Montgomery ( 1530-1574) (est le) fils ainé de Jacques, sieur de Lorges » et il y a là un clin d’œil qui n’aura pas échappé  aux  initiés de l’époque, même si ce point n’a pas été relevé. Comme dirait Guinard,  il importe de se mettre à la place des personnes que l’on étudie. Cela lui aurait permis de s’apercevoir que  « caige d’or » est l’anagramme  de « Lorges » On lira en fait qu’un certain  « Lorges » (ge d’or) les yeux lui (le roi) crévera »

Guinard revient sur ce quatrain  ( pp. 173  et seq) L’argument qu’il développe est le suivant  à savoir qu’un quatrain doit être expliqué dans son intégralité et non par fragments. Or, dans le Janus Gallicus, Chavigny ne se prive nullement de relier des éléments d’un même quatrain à  une diversité d’événements, chaque verset étant nettement désigné par une lettre de A  à D pour les besoins de la cause.

La question des noms propres se révéle en fait souvent la faille des faussaires, justement parce que cela impressionne plus que tout les esprits. On sait que Dumézil se sera  arrété sur le quatrain  comportant le nom de Varennes  dont Chantal Liaroutzos nous a montré que ce nom figurait dans la Guide des Chemins de France de Charles Estienne (cf son étude dans Réforme Humanisme Renaissance), ce qui d’ailleurs aura conduit, dans un souci de « précision », à changer Chastres, dans le texte  en Chartres pour que cela corresponde  au lieu prévu pour le couronnement d’Henri IV, précision invraisemblable tant la coutume désignait  Reims, ce à quoi même un Charles VII n’aura pas dérogé  au début du XVe siècle malgré une situation aussi chaotique que sous la Ligue, à la fin du XVIe siècle… Dans notre étude « Les prophéties et la Ligue » (Actes du Colloque de 1997 Prophétes et prophéties), nous avons montré que la mention de la ville de Tours en IV, 46, donc censé avoir figuré  dans l’édition Macé Bonhomme 1555, était lié à la situation politique des années 1588-89, date à laquelle le quatrain en question était apparu alors qu’il ne figurait pas dans les éditions précédentes de ces années (cf Robert Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique, 1990). Cette question de la succession des éditions ligueuses est soigneusement occultée par Guinard car cela mettrait à mal tout son échafaudage. En effet, le scénario selon lequel  les quatrains qui s’ajoutent entre deux éditions dans ces années 1588-1589  ne faisait que restaurer  les éditions des années 1550 alors que l’on a affaire tout simplement à un chantier  « in progress « , quitte à antidater pour donner plus de force au texte – ne peut que séduire que les nostradamistes les plus acharnés. Car contrairement au cas de Guinard, les auteurs auxquels il se rallie n’avait pas connaissance des arguments avancés, ils n’étaient donc pas dans la même situation et auraient su reconnaitre honnétement ce qu’il en était.  Mais Guinard lui est dans la « persévérance » dans l’erreur. « Errare humanum est, perseverare diabolicum »

La question des anagrammes est la marque des Sixains, dont nous avons montré (cf Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, 2002) qu’ils étaient dus à Morgard avant d’être récupéré pour le « troisiéme volet » (daté de 1605), sort qui sera aussi celui d’un Antoine Crespin, reprenant d’ailleurs parfois tel texte en prose de Nostradamus comme dans le cas de « macelin » (jeu de mots  à partir de Marcelin)  Le cas de Robin  renvoyant à Biron  dans une affaire datant de 1602 (sixain 6)  aura  marqué les esprits (L’Avenir dévoilé, ou Concordance des prophéties de Nostradamus, avec les événemens passés, présens et à venir de la Révolution, Hambourg1800. Mais cette fois, personne n’aura pris la peine de fabriquer une édition antidatée, ce qui aura refroidi les enthousiasmes.

Guinard  a certainement raison de conseiller aux chercheurs d’éprouver quelque empathie pour leur « corpus » mais il y a des limites à la crédulité à ne pas dépasser  même si c’est pour la « bonne cause » !  On peut cependant se demander si Guinard prend la peine de lire  ce qui parait sur le sujet. C’est ainsi qu’en 2015, il continuait, comme si de rien, n’ était à associer les Eclaircissements de 1656 à Etienne Jaubert alors que nous avons clairement montré dans notre post doctorat de 2007 que le dominicain Jean de Réchac en était l’auteur. C’est pratiquer la politique de l’autruche !

Il convient enfin d’évoquer l’échec prévisionnel patent de Nostradamus lorsqu’il annonçait vainement la naissance d’un certain Marcellin, personnage  effrayant, pour l’an 1566 dans son  épitre au pape Pie IV

 

Quelques observations sur les travaux de Patrice Guinard  concernant le Corpus Nostradamus

Par Jacques  Halbronn

 

Nous étudierons l’ouvrage intitulé  Nostradamus occultiste : Codes et procédés de déchiffrement dans l’œuvre de Nostradamus (Books on Demand, 2015)

 

Guinard  parle dans sa présentation  de « scénarios   salissant la mémoire du prophéte » (p. 5),il  condamne au pilori  tout « dépréciateur », « dénigreur » et se déclare « nostradamiste », c’est-à-dire gardien de l’image de Michel de Nostredame. Il faut de la « sympathie » pour le sujet que l’on aborde. Guinard se veut le défenseur de la « doxa » nostradamiste et il la récite comme on le fait à l’église pour le « credo »  avec la succession des événements :

« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ; et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit-Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen. »

Crédo de Guinard : « Nostradamus divise ses Prophéties en deux livres : chacun précédé  d’une préface. Le premier livre  est publié en deux éditions successive en 1555 chez Macé Bonhomme avec un privilége pour deux ans puis en 1557 dans deux versions différentes chez l’imprimeur lyonnais  Antoine du Rosne Le second livre est publié l’année suivante en 1558 comme l’atteste  la préface etc « 

(p. 7) La messe est dite !

 

Un bon nostradamiste, qui se respecte, doit impérativement  croire  un tel narratif  des éditions successives et cite à l’appui de son propos la Préface datée de 1555 à César, le fils de Nostradamus  et (p. 75) la mention d’une milliade dans l’Epitre à Henri II datée de 1558  Un tel discours serait excusable s’il datait d’avant les années 1989-90 mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis 30 ans. Guinard  reconnait  qu’il a commencé à publier « depuis 2000 », certainement influencé par notre exemple. Il accorde une place centrale au « cycle saturnien »  (p. 39) important chez Pierre d’Ailly (cf Astrologie et Religion au Moyen Age, de Denis Labouré)

La question  que nous posons est la suivante : à partir de quel seuil de précision doit-on commencer à considérer que l’on a affaire à un faux ? Pour Guinard, plus c’est précis, plus cela vient valider  un texte alors que pour nous cela le rend suspect. Le rôle du critique est de signaler des précisions invraisemblables. Arrêtons- nous sur la mort en tournoi d’Henri II en 1559 dont  on voudrait nous faire croire qu’elle aurait été annoncée.  Si l’on ne note pas l’anagramme  du quatrain  I,  35

« Dans caige d’or les yeux lui crévera »  (cf Guinard,  pp. 149 et seq), on  ne prend pas la mesure de la surenchère prophétique  qui discréditera d’ailleurs les Sixains dont la précision est bien trop grossière pour être crédible comme le note l’auteur anonyme, en 1656,  de l’Eclaircissement des véritables quatrains  (cf  Le Dominicain Jean Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique. Post Doctorat, 2007). Pourtant  Guinard  avait disposé des données nécessaires pour déceler les ficelles de ce verset puisqu’il  nous rappelle que « Gabriel de Montgomery ( 1530-1574) (est le) fils ainé de Jacques, sieur de Lorges » et il y a là un clin d’œil qui n’aura pas échappé  aux  initiés de l’époque, même si ce point n’a pas été relevé. Comme dirait Guinard,  il importe de se mettre à la place des personnes que l’on étudie. Cela lui aurait permis de s’apercevoir que  « caige d’or » est l’anagramme  de « Lorges » On lira en fait qu’un certain  « Lorges » (ge d’or) les yeux lui (le roi) crévera »

Guinard revient sur ce quatrain  ( pp. 173  et seq) L’argument qu’il développe est le suivant  à savoir qu’un quatrain doit être expliqué dans son intégralité et non par fragments. Or, dans le Janus Gallicus, Chavigny ne se prive nullement de relier des éléments d’un même quatrain à  une diversité d’événements, chaque verset étant nettement désigné par une lettre de A  à D pour les besoins de la cause.

La question des noms propres se révéle en fait souvent la faille des faussaires, justement parce que cela impressionne plus que tout les esprits. On sait que Dumézil se sera  arrété sur le quatrain  comportant le nom de Varennes  dont Chantal Liaroutzos nous a montré que ce nom figurait dans la Guide des Chemins de France de Charles Estienne (cf son étude dans Réforme Humanisme Renaissance), ce qui d’ailleurs aura conduit, dans un souci de « précision », à changer Chastres, dans le texte  en Chartres pour que cela corresponde  au lieu prévu pour le couronnement d’Henri IV, précision invraisemblable tant la coutume désignait  Reims, ce à quoi même un Charles VII n’aura pas dérogé  au début du XVe siècle malgré une situation aussi chaotique que sous la Ligue, à la fin du XVIe siècle… Dans notre étude « Les prophéties et la Ligue » (Actes du Colloque de 1997 Prophétes et prophéties), nous avons montré que la mention de la ville de Tours en IV, 46, donc censé avoir figuré  dans l’édition Macé Bonhomme 1555, était lié à la situation politique des années 1588-89, date à laquelle le quatrain en question était apparu alors qu’il ne figurait pas dans les éditions précédentes de ces années (cf Robert Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique, 1990). Cette question de la succession des éditions ligueuses est soigneusement occultée par Guinard car cela mettrait à mal tout son échafaudage. En effet, le scénario selon lequel  les quatrains qui s’ajoutent entre deux éditions dans ces années 1588-1589  ne faisait que restaurer  les éditions des années 1550 alors que l’on a affaire tout simplement à un chantier  « in progress « , quitte à antidater pour donner plus de force au texte – ne peut que séduire que les nostradamistes les plus acharnés. Car contrairement au cas de Guinard, les auteurs auxquels il se rallie n’avait pas connaissance des arguments avancés, ils n’étaient donc pas dans la même situation et auraient su reconnaitre honnétement ce qu’il en était.  Mais Guinard lui est dans la « persévérance » dans l’erreur. « Errare humanum est, perseverare diabolicum »

La question des anagrammes est la marque des Sixains, dont nous avons montré (cf Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, 2002) qu’ils étaient dus à Morgard avant d’être récupéré pour le « troisiéme volet » (daté de 1605), sort qui sera aussi celui d’un Antoine Crespin, reprenant d’ailleurs parfois tel texte en prose de Nostradamus comme dans le cas de « macelin » (jeu de mots  à partir de Marcelin)  Le cas de Robin  renvoyant à Biron  dans une affaire datant de 1602 (sixain 6)  aura  marqué les esprits (L’Avenir dévoilé, ou Concordance des prophéties de Nostradamus, avec les événemens passés, présens et à venir de la Révolution, Hambourg1800. Mais cette fois, personne n’aura pris la peine de fabriquer une édition antidatée, ce qui aura refroidi les enthousiasmes.

Guinard  a certainement raison de conseiller aux chercheurs d’éprouver quelque empathie pour leur « corpus » mais il y a des limites à la crédulité à ne pas dépasser  même si c’est pour la « bonne cause » !  On peut cependant se demander si Guinard prend la peine de lire  ce qui parait sur le sujet. C’est ainsi qu’en 2015, il continuait, comme si de rien, n’ était à associer les Eclaircissements de 1656 à Etienne Jaubert alors que nous avons clairement montré dans notre post doctorat de 2007 que le dominicain Jean de Réchac en était l’auteur. C’est pratiquer la politique de l’autruche !

Il convient enfin d’évoquer l’échec prévisionnel patent de Nostradamus lorsqu’il annonçait vainement la naissance d’un certain Marcellin, personnage  effrayant, pour l’an 1566 dans son  épitre au pape Pie IV. (réédition  1906, Mariebourg)

Par ailleurs, on ne voit pas ce qui est de si flatteur quand on observe comment certains quatrains centuriques sont tirés de guides touristiques. Il est au contraire heureux que  Nostradamus ne puisse être accusé de tels procédés !

 

 

JHB

07 07 21

 

121 – Antoine Crespin et le quatrain VIII, 76 Plus Macelin que roy en Angleterre
Par Jacques Halbronn

On sait que l’une des questions lancinantes concernant la genèse des quatrains centuriques tient au fait qu’Antoine Crespin, dans les deux éditions de ses Prophéties dédiées à la nation française et à la puissance divine, y a inscrit un grand nombre d’éléments qui recoupent des quatrains centuriques. Est-ce le signe que Crespin avait, au début des années 1570, eu sous les yeux une édition à 10 centuries, puisque les quatrains ainsi concernés se répartissent entre les deux premiers volets de l’ensemble centurique ou bien est ce l’indication que l’on aurait récupéré des textes de Crespin pour confectionner une partie des quatrains répartis entre les dix centuries ?
Il apparait au réexamen d’un manuscrit insuffisamment exploité, dont le collectionneur de nostradamica Daniel Ruzo avait une copie, à savoir Les praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 (sic), daté du 20 avril 1561 repris dans une Reproduction très fidèle d’un manuscrit inédit (sic) de M. de Nostredame, dédié à S. S. le Pape Pie IV, Marienbourg, 1906. Robert Amadou s’est fortement intéressé au document dont il s’agit ici[10] dans une annexe de son « dossier » L’astrologie de Nostradamus’, Poissy, ARRC, 1992 (pp. 402-413) sous le titre « Nostradamus au Pape Pie IV. Lettre ouverte (1561) »
Pour Robert Amadou, cette épitre-préface au Pape, en italien, est apocryphe : « Nous tenons pour apocryphe le texte, différent des deux précédents, d’une prétendue lettre de Nostradamus à Pie IV qui n’existe plus qu’en traduction italienne » . Amadou n’a pas vu qu’il ne s’agissait pas de l’épitre mais de la Préface, tronquée, qui lui fait suite…
Quant à Robert Benazra il passe à côté de la « Préface », coincée entre l’épitre au pape et les prédictions pour 1562 (Les pronostications et almanachs de Michel Nostradamus, site CURA) :
« Le XVIe siècle nous a transmis un manuscrit en français comportant plusieurs passages autographes de Nostradamus Les Praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 par M. Michel de Nostre dame Docteur en medicine. Faciebat M. Nostradamus. Salonae petreae provinciae. XX Aprilis 1561. Cette copie manuscrite de 222 pages est restée inédite. Les Prédictions sont dédiées au Pape Pie IV dans une épître, datée de « Salon de Craux en Prouence, ce XX avril 1561″. Malgré son titre, l’ouvrage porte essentiellement sur l’année 1562, avec quelques anticipations pour les années suivantes. Il ne semble pas que ce manuscrit destiné au pape lui fut envoyé, car on remarque dans le texte de nombreux espaces blancs, prouvant que Nostradamus n’avait pas entièrement revu son texte. On sait effectivement que le secrétaire de Nostradamus laissait des espaces blancs, à remplir plus tard, quand il n’arrivait pas à lire le texte original. Les troubles du printemps 1561 à Salon et la fuite de Nostradamus à Avignon expliquent sans doute ces particularités. » Or, la fortune de l’ouvrage en Italie précisément pour des années ultérieures prouve qu’il n’en est rien.

L’éditeur du manuscrit qui, lui, a compris, le lien entre le texte français et le texte italien, écrit en marge « Macelin Boucher, v . Barozzi 1566, fol.. 9 verso », ce qui est pertinent puisque le manuscrit en question a été traduit, du moins partiellement, en italien, en ce qui concerne la fin de la « Préface », et que Francesco Barozzi en a fait un commentaire dans ses Annotationi au chapitre V de son Pronostico Universale, Bologne, 1566.(BNF V 1193) « Delli horibili specttacoli & avenimenti dell’anno 1567.
On prendra pour exemple le cas du quatrain VIII 76 dont certains éléments se trouvent dans les Prophéties du dit Crespin. On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement entre ce quatrain et un passage, situé à la fin de la « Préface » que Nostradamus consacre à la période allant jusqu’à l’an 1570, et qui fait suite à son épitre à Pie IV. En fait, l’ensemble ne va guère au-delà de 1567, comme d’ailleurs son almanach. Il faudrait vérifier si le dit almanach fait écho à de telles prédictions apocalyptiques.
« Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’Avril naistra un (sic) de quelque grand Roy et monarque, qui fera sa fin cruelle et sanguinolente mais la ruine de son régne oncques ne fut pire ne plus sanguinaire. On le nommera MARCELLINUS mais on lui ostera de son nom l’R.’ »
Si on enlève, le R de Marcellinus, on arrive à macellinus, ce qui nous renvoie à « macelin », boucher, Ce qui est à rapprocher du quatrain VIII 76 : En latin, le macellum est le « marché aux viandes » Le quatrain ne restitue pas le jeu de mots et ne fait sens que par référence au texte en prose.

« Plus macelin que roi en Angleterre
Lieu obscur nay par force aura l’empire
Lasche sans foy, sans loy saignera terre
Son temps s’approche si pres que je souspire »

Ce quatrain est souvent utilisé pour qualifier Cromwell (Garencières, 1672) et plus tard Napoléon..

On trouve le premier vers chez Crespin :
« A la maison de monsieur de Cursol
Plus macelin que roy en Angleterre, lieu obscur nay par force aura l’empire, froid, siccite, danger vers les frontières, mesmes où l’oracle a pris commencement »
On trouve le mot « boucherie » dans l’almanach de Nostradamus pour 1565 :
« L’oracle qui est en apres présage de merveilleux ?????as par la mort de plusieurs par la inenarrable cruauté d’un qui sera cause d’une grande boucherie »

Nous pensons que Nostradamus a fait un jeu de mot, il est passé de boucher, macelin, à Marcellinus.
Dans les années 1560, un ouvrage joue un rôle important, sous le nom de
Livre merveilleux contenant en brief la fleur et substance de plusieurs traictiez tant des Propheties et revelations qu’anciennes Chroniques, ouvrage lié au nom de Telesphore de Cosenze.[11]. et qui porte un nom très proche de celui qui sera associé au Mirabilis Liber, alors qu’il ne faut pas confondre les deux recueils de « prophéties et révélations »
On y parle de Satan « mis hors de prison ». et qui va régner un temps mais « en l’an 1569, la terre changera de seigneur » (In Prophétie de l’abbé de Cambrézy, trouvée en un vieil exeplaire,laquelle commence au regne du Roy François, à la fin du recueil, Fol 52 verso). Certaines éditions portent l’année 1566 en page de titre. Par la suite, l’ouvrage sera doté d’une annexe lui permettant d’être en prise sur les années 1580.
- Barozzi cite littéralement et mot à mot le passage de Nostradamus concernant un avenir très proche, puisque son texte parait en 1566, en le reprenant d’une traduction italienne parue depuis peu et dont a conservé plusieurs éditions :
« L’anno 1567 nel mese d’April nascera un di cualche gran Re & Monarcha (..) & si chiamera Marcellino ma sara levato dal suo nome la R. »
Barozzi pense qu’il doit s’agir d’un Antéchrist « tutto contrario » au Christ
Il est étonnant que l’on n’ait pas fait le rapprochement avec le quatrain VIII 76, du fait de ce mot Macelin si particulier en français. Il est clair que Barozzi n’a pas connaissance, à l’époque, des Centuries et pour cause.
Epilogue
On nous dit que l’almanach de Nostradamus pour 1567 est introuvable bien qu’il ait été réédité – on en connait actuellement la seule page de titre, au début du XXe siècle. Heureusement, nous disposons de sa traduction imprimée en italien
Almanach per l’anno DMLXVII composto per M. Michele Nostradamo Monte Regale; conservé à Cracovie (Pologne), daté du 15 juin 1566.
C’est la continuation du programme de 1563 qui devait couvrir jusqu’en 1570- en fait il n’était pas allé plus loin que 1567. Cette fois, Nostradamus a en vue les années 1567, 1568 & 1569/1570/.

On aura compris que selon nous, un certain nombre de quatrains des centuries sont composés à partir de prédictions en prose de Nostradamus et que cela ne se limite pas aux seuls quatrains des almanachs. En ce sens, Nostradamus serait bien l’auteur de quatrains centuriques mais de façon indirecte, c’est à dire que sa terminologie se serait maintenue mais non l’agencement de son discours.
En ce qui concerne les épitres en prose figurant en tête des deux premiers « livrets », nous relèverons deux points.
En ce qui concerne la Préface à César, le mot Préface pourrait se référer à l’almanach pour 1562, où ce mot figure à deux reprises. Que penser, par ailleurs, de ce passage (p. 138) « J’ai réservé à cette calculation et autres présages pour un petit opuscule apart où plus amplement j’ay mis par escrit ses significations « ? Ailleurs : « comme plus à plein je déclareray à la préface du présent présage »
On rapprochera ces extraits de la fin de la Préface à César qui pourrait en dériver : « comme plus à plein i’ay rédigé par escrit aux miennes autres prophéties » et « espérant toy déclarer une chacune prophétie des quatrains ici mis ». Il est peu probable que les explications annoncées de Nostradamus se limitaient à des séries de quatrains. A l’évidence, Nostradamus, comme le montre l’almanach, dans sa version complète, pour 1562, nous montre au contraire un homme qui entend se faire comprendre sans détour.
En ce qui concerne l’Epitre à Henri II, nous noterons que dans l’épitre au Pape, ce n’est pas au roi (mort en 1559) mais à la reine mère que Nostradamus déclare transmettre ses recherches : « laquelle préface au commencement de ma calculation je communiquay à la Sérénissime Maiesté de la Royne, Régente du Royaume, monarque d’incomparable débonnairité «
Entendez par « préface » non pas l’épitre qui justement la précède et l’annonce mais une présentation d’ensemble. Nous découvrons un autre visage de Nostradamus, qui n’est celui du poéte qui se cache derrière un certain hermétisme se prétant à toutes les lectures, ni celui de l’astrologue ne considérant que l’année qui vient. A partir des années 1560, c’est un Nostradamus qui n’hésite pas à embrasser plusieurs années à la fois- ce qu’il faisait d’ailleurs dans ses consultations (cf Lettres Inédites, intr. J. Dupébe,Droz, 1983) – et à dire les choses de façon assez forte pour que tout le monde comprenne et se prépare. La connaissance des textes en prose est d’autant plus importante qu’elle sous-tend littéralement les quatrains qui en sont issus/
Quant à Crespin, peut-être a-t-il eu accès aux traductions italiennes du manuscrit, lui qui semble assez fortement marqué par l’Italie. Ainsi sa Pronostication générale est située en la cité de Messsine, Sicile , au 17 juin 1572. Mais quand il emprunte aux Prédictions pour 1562, cela ne peut se faire qu’en ayant eu accés au dit manuscrit, ce qui suppose bel et bien une proximité avec le cercle restreint familial et les documents dont le testament de 1566 leur a confié la garde.

JHB
22. 09. 12

 

 

 

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jacques Halbronn Les Centuries et le prophétisme du court terme

Posté par nofim le 6 juillet 2021

 

 

Les Centuries  et le prophétisme du court terme

par  Jacques  Halbronn

 

Il nous apparaît que le prophétisme du second XVIe siècle œuvre sur des échéances brèves et qu’il est/serait donc illusoire d’y chercher des dates plus ou moins lointaines. Lorsque Michel de Nostredame se lancer dans des spéculations autour de l’Antéchrist (voir notre récente étude sous ce titre), il  s’inscrit, à n’en pas douter, dans un futur immédiat d’à peine quelques années tout au plus, autour de 1566 (année de sa mort par ailleurs). D’une façon générale, ses publications annuelles se limitent à l’année en cours ou à venir. D’où des formules telles que « Présages Merveilleux pour  1557 »

Mais cette analyse vaut pour l’usage des quatrains sous le Ligue et au début du régne d’Henri IV  comme nous l’avons montré pour le quatrain ‘Tours »  et le quatrain ‘Chartres en prise directe, selon nous, avec l’actualité et les enjeux du moment . On peut dès lors parler d’un prophétisme de circonstance.

D’ailleurs, cela ne vas pas sans embûche dans la mesure où  le texte entend influer sur ce qui est en train de se passer, c’est la forme progressive comme disent les grammaires de l’anglais (en « ing »), on est dans le « participe présent ».

Comprenons que le discours prophétique ne trouve vraiment sa raison d’être que dans le court terme, lorsque les dés ne sont pas encore jetés, ce qui permet encore d’espérer agir sur les événements  « en cours ». Inversement, quel intérêt  y aurait-il  à annoncer  des temps hors de portée ne relevant pas d’une certaine urgence?Autrement dit, l’événement concerné restera très proche dans son occurrence de la date de son annonce, ce qui permet à l’historien des textes de ne pas beaucoup risquer de se tromper sur la fourchette, le terminus de la publication. C’est ainsi que si tel quatrain annonce le couronnement d’Henri de Navarre, son, avénement à la Couronne de France, l’on peut être assuré que la rédaction ou la retouche du dit quatrain aura précédé de fort peu le dit avénement attendu. Et de même (cf notre texte « Les prophéties et la Ligue, 1997), la mise en garde à l’encontre des gens qui se réunissent près de Tours en 1588, à la suite de la Journée des Barricades qui force Henri III à s’enfuir.de  Paris. Et d ailleurs,  ce n’est qu’ainsi qu’un texte pourra être entendu de façon pertinente avec une certaine assurance par le lecteur. D’où l’importance de restituer le contexte auquel il est fait allusion, référence. Si ce contexte est lointain, c’est que la date de rédaction du texte devra être repoussée en conséquence. Parfois, il peut s’agir d’un texte relativement ancien qui aura été réactualisé au prix d’une retouche comme dans le cas de Chastres  dans la Guide des Chemins de France des années 1550 qui devient à la fin des années 1580 « Chartres » pour viser la cathédrale du Couronnement d’Henri IV. Dans certains cas, un texte pourra être antidaté pour faire croire qu’il avait été prévu à la veille de tel événement.

Autrement dit – et cela vaut plus globalement pour l’astrologie- la prédiction ne ferait sens que très peu de temps avant l’échéance prévue. On pense d’ailleurs au prophéte Jonas qui doit compter avec une catastrophe annoncée qui ne doit être ni trop lointaine ni déjà advenue.  Il y  a là un juste dosage à mettre en œuvre !

 

Il serait donc anachronique de s’intéresser à des échéances lointaines qui n’intéressent personne si ce n’est que lorsque tel intérprète les instrumentalise, il enclenche une mise à jour, un aggiornamento ! C’est alors la date de cette mise à  jour qui  fera foi et relancera les délais.

D’ailleurs,  une prévision à long terme sera condamnée à rester dans le vague, incapable de s’inscrire dans un contexte bien circonscrit. D’aucuns, certes, vont s’extasier face à un pronostic à échéance de plusieurs décennies, ce qui peut tenter l’astrologue se fondant sur des retours cycliques de plusieurs décennies. Certains interprétes des Centuries, comme Patrice Guinard  se seront ainsi laissé entrainer par le mirage de prédictions au lointain et l’on pense à Denis Labouré, dans le même cas, s’intéressant à un Pierre d’Ailly ayant pointé en1414 l’an 1789 !

Ce qui au contraire  doit intéresser l’historien des textes prophétiques, c’est le contexte socio-historique  et non les seuls computations astronomiques. Il y aurait là  facheux mélange des genres. Quand nous étudions les astrologues à l’oeuvre comme un André Barbault, censé avoir annoncé un événement 36 ans à l’avance (cycle Saturne- Neptune), l’on se rend compte que cet éloignement évite à l’astrologue de s’inscrire dans un contexte par ailleurs bien défini et donc l’autorise à rester dans le vague « hors contexte » , « hors sol ».

Comme le formulait un Colloque  en 2000, la prophétie est une arme de guerre  faisant partie d’une stratégie de combat, de propagande. Si l’historien de l’astrologie n’a pas besoin de déterminer une époque, ce n’est nullement le cas pour l’historien du prophétisme lequel doit impérativement repérer à quel moment le texte est voué à impacter une situation selon le principe de la prophétie auto réalisatrice. Dans le cas de notre travail sur Nostradamus, il était essentiel de localiser l’époque de l’impact, ce qui nous a permis de déplacer la date de rédaction des Centuries de plus de 20 ans  en montrant notamment que tel ajout de tel quatrain était lié à tel événement politique directement visé par le dit quatrain, ce que ne pouvaient faire ceux qui entendaient se limiter soit  au vivant de Nostradamus soit au contraire à l’époque actuelle qui leur était familière  alors qu’il suffisait d’étudier les dates  rapprochées de publication sous la Ligue ; avec chaque fois des éléments nouveaux  ajoutés au gré des circonstances entre 1588  et 1594.,..Pour  défendre l’idée d’une prophétie  non antidatée, on est alors obligé de croire à une prophétie  de longue date.

Examinons  l’ouvrage de  Stéphane Gerson au prisme de notre propos méthodologique : » Nostradamus. Le prophéte de nos malheurs XVIe-XXIe siècles », Paris, Tallandier,  2016 (édition anglaise 2012, Ed. St Martin’s Press).

Nous  y trouvons  un « descriptif » – un « narratif »  serait plus juste- que l’on retrouve à peu de choses près  chez tant de nostradamistes (pp. 66-67)

« Edité pour la première fois en 1555, l’ouvrage (les Prophéties)  permit à Nostredame de rejoindre  la lignée  des figures prophétiques (..) Le livre  se présente  sous la  forme  d’une  collection de quatrains  réunis par groupes  de cent  appelés Centuries (..) La première édition comprenait    353  quatrains ainsi  qu’une Préface adressée à César (..) Deux  ans plus tard une deuxième  édition  comprenait sept  centuries dont deux  incomplètes. En 1568, deux  ans après  sa mort, une dernière édition  en proposait trois  supplémentaires (pour atteindre le nombre  fatidique  de dix)

Et une lettre  au roi  Henri II. (..) L’hypothèse  que les trois  dernières  centuries  et la lettre  soient  apocryphes et posthumes  a  été  défendue elle aussi ».

Mais par ailleurs,  Gerson n’hésite pas à signaler des additions Gerson  signale des additions : certes, divers quatrains auront été ajoutés, comme dans le cas des sixains (1605) – ce qui aura suscité des réactions de la part de l’auteur (le dit Dominicain)  de l’Eclaircissement des véritables quatrains (1656) –absent de sa Bibliographie- ou  des mazarinades sous la Fronde (  pp.  114-115 , 135) mais il ne semble pas avoir pris la mesure de ces ajouts sous la Ligue, ce qui aura été la période la plus fortement marquée par la succession des ajouts et des contrefaçons. Toutefois,  Gerson cite notre communication de 1997 « Les prophéties et la Ligue » ainsi que notre thèse d’Etat (1999), le Texte prophétique en France dont une partie traite du phénoméne Nostradamus. En revanche, il semble tout ignorer de nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Collection Prophetica  Judaica, Ed. Ramkat 2002) pas plus de notre dossier dans la Revue Française d’Histoire du Livre paru juste avant son ouvrage en anglais mais l’édition française de 2016 aurait pu compléter.  Il ressort de la posture de Gerson  qu’il établit une sorte de frontière entre le temps des éditions  « certaines »  et celui des éditions « douteuses » ou du moins sur lesquelles il est concevable de douter.  En résumé,  la production  1555-1557 aboutissant à 7 centuries  ferait partie du premier groupe, à coup sûr.   Pourtant il suffit de parcourir les bibliographies de Chomarat et de Benazra (1989-90) pour la période 1588-1590  pour noter que l’on assiste à la formation de cet ensemble de 7 centuries. Pourquoi Gerson  fait-il l’impasse sur le temps de la Ligue alors qu’il mentionne notre étude de 1997 ? Pourquoi ne se rend -il pas compte que  le contexte de la Ligue éclaire la genése des éditions parues à cette époque, ce qui conduit à penser que les éditions reprenant peu ou prou leur contenu ont été antidatées ? On voit que ce cordon sanitaire – ce repli stratégique- ainsi constitué  autour des 7 premières centuries est décidément  bien fragile. On peut regretter que l’auteur n’ait pas pris connaissance de notre post doctorat pourtant disponible à la Bibliothèque du Warburg Institute  de  Londres comme une grande part de nos publications successives.

Le dominicain Giffré de Rechac (1604-1660) et la naissance de la critique nostradamique, au XVIIe siècle / Jacques Hallbron.
2006-2007.

en trois volume aux cotes  suivantes au Warburg  (cf catalogue en ligne).  FHI  285 v1, v 2, v3)

 

Mais on trouve ces volumes en ligne sur SCRIBD.

Gerson  signale certes  que divers quatrains ont été ajoutés, comme dans le cas des sixains (1605) – ce qui aura suscité des réactions de la part de l’auteur (le dit Dominicain)  de l’Eclaircissement des véritables quatrains (1656) –absent de sa Bibliographie- ou  des mazarinades sous la Fronde (  pp.  114-115 , 135) mais il ne semble pas avoir pris la mesure de ces ajouts sous la Ligue, ce qui aura été la période la plus fortement marquée par la succession des ajouts et des contrefaçons. Toutefois,  Gerson cite notre communication de 1997 « Les prophéties et la Ligue » ainsi que notre thèse d’Etat (1999), le Texte prophétique en France dont une partie traite du phénoméne Nostradamus. En revanche, il semble tout ignorer de nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Collection Prophetica  Judaica, Ed. Ramkat 2002) pas plus de notre dossier dans la Revue Française d’Histoire du Livre paru juste avant son ouvrage en anglais mais l’édition française de 2016 aurait pu compléter. ( cf  Jacques HALBRONN, « Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique » ) 2015);

Il est dommage par ailleurs que Gerson n’ait accordé aucune attention à ce que Nostradamus adressa au pape Pie IV –tant en français qu’en italien. (cf la réimpression de 1906, Mariebourg) . Il aurait compris que  dans les années soixante, les dernières de sa vie, Nostradamus ne semble nullement avoir privilégié  l’expression poétique des quatrains qui, d’ailleurs, ne sont jamais qu’une translation de sa prose. Bien au contraire,  Nostradamus avance des dates  précises  à propos de la naissance d’un certain Marcelin,  au profil  antéchristique. Ce Marcelin  qui apparaitra d’ailleurs dans un quatrain composé à partir de sa prose chez un Antoine Crespin.(1572)  Enfin, pour en revenir au second volet des Centuries, nous dirons qu’il est probablement une imitation du premier volet, au service cette fois non point de la Ligue mais du parti  d’Henri de Navarre et le dit volet se référe à Chartres, le lieu de couronnement de ce prince réformé converti.(Paris  vaut bien une messe)/ Ce second volet aura d’ailleurs été bâclé ,- c’est un plagiat – comme l’a montré Chantal Liaroutzos (1987)  en compilant sans état d’âme,  la Guide des Chemins de France de Charles Estienne. En ce sens, d’ailleurs, il vaut mieux que Nostradamus n’ait pas été impliqué dans une telle opération.

Que l’on ait recyclé les Centuries pour d’autres époques est une chose mais l’historien des textes se doit de déterminer la vraie chronologie d’un tel corpus. Il est clair que le second volet ne sera apparu qu’au début des années 1590, d’où son absence pour les années qui précédent : 1588 1589. Sa parution  aura d’ailleurs  précédé de peu le Janus Gallicus de Chavigny qui fait le commentaire (1594) de certaines de ses quatrains des Centuries VIII à X.

A l’évidence, Stéphane Gerson n’aura pas été formé pour traiter sérieusement de la chronologie centurique qu’il adopte pour argent comptant, en toute impuissance critique, victime qu’il est du mariage  périlleux entre biographie et bibliographie. Pourtant, Gerson avait pu prendre toute la mesure de la production annuelle de Nostradamus et l’on pouvait s’attendre  à ce qu’il approchât les « Centuries » avec autrement plus de prudence, d’autant que leur existence du temps de Nostradamus n’était nullement une condition nécessaire à sa réputation, comme il l’aura démontré. Quelle déception :  Gerson  eût certainement  rendu un service insigne aux études sur le « nostradamisme »  en se dispensant de reproduire servilement   un tel narratif, ce qui montre que les études ésotériques auront attiré  peu d’esprits  à la hauteur de l’enjeu scientifique  et le  Nostradamus  de Gerson ne détone pas par rapport  celui d’une Mireille Huchon chez Gallimard, maison qui avait publié la Sotie de Dumézil  et le Nostradamus de Lagrange et Drévillon.

 

 

 

 

 

 

 

JHB

10 07 21

 

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS, prophétisme | Pas de Commentaire »

jacques Halbronn La fabrication du « Nostradamus bis » au prisme des « Présages de Nostradamus » dans l’édition de B. Chevignard, Paris, Seuil, 1999

Posté par nofim le 3 juillet 2021

 

 

 

 

La  fabrication  du Nostradamus  bis au prisme  des ‘Présages  de Nostradamus’  dans l’ édition  de  B. Chevignard, Paris, Seuil, 1999

 

 

Par  Jacques  Halbronn

 

L’édition  de Bernard Chevignard  autour du Recueil des Présages Prosaïques nous inspire un certain nombre de réflexions  quant à la fabrication du corpus centurique telle qu’elle a  existé à partir de la fin des années 1580 à partir de pièces « non centuriques »- ce que nous appelons le Nostradamus premier- produites à partir des années 1550. Ce  travail  vient compléter notre récente étude autour de « Nostradamus et l’Antéchrist » (cf notre site  NOFIM  unblog.fr) et du rôle d’Antoine Crespin dans le processus d’élaboration du « Nostradamus  bis ».

I  Les épitres à Henri  II

Chevignard  commente ainsi  un texte du Reccueil  (p. 283)  ainsi  intitulé  «  D’un autre présage sur la mesme année  (1557)  qui ne se trouve point, dédié à Sa Magesté  du Roy Tres Chrestien. Passages sigillez: et calomniez  par un de des haineux  de l’auteur pour ne les avoir point entendus et retirez d’un sien livre imprimé à Paris 1558. » Chevignard identifie correctement l’ouvrage de Nostradamus dont il s’agit, à savoir les Présages Merveilleux pour 1557, dont Ruzo avait fourni des reproductions dans son Testament de Nostradamus (Ed du Rocher, 1982) que nous avons reproduit intégralement en 2002 dans nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus (Prophetica Judaica Aleph, Ed Ramkat) Chevignard explique que Chavigny s’est  servi d’une attaque contre Nostradamus , le Monstre d’Abus (noter l’anagramme approximatif par rapport à Nostradamus) de Jean de La Daguenière (cf Benazra, RCN , pp. 33  et seq) qui reprend des termes de la dite Epitre à Henri II de 1556. On peut penser que la dite Epitre aura servi à fabriquer une nouvelle Epitre à Henri  II cette fois datée de 1558. (cf notre étude sur la fabrication de la nouvelle Préface à César , dans le cadre de l’entreprise « Nostradamus bis », à partir des Prophéties d’Antoine Couillard, 1556)

 

 

II Les quatrains présages

 

Certaines  éditions  du « premier » volet des Centuries utilisent des quatrains des almanachs.(cf  Benazra, RCN, pp.  118  et seq) :  Les Prophéties de M. Michel  Nostradamus Dont il y en a trois cens qui n’ont encores  esté imprimées lesquelles sont en ceste présente édition..Reveues & additionnées pour l’Autheur pour l’an  mil cinq cens soixante & un de 39 articles à la dernière centurie »

« Prophéties de M. Nostradamus adioustées nouvellement . Centurie septiesme : 12 quatrains  n° 72 à 83. Benazra note « Dans cette centurie, on a inséré 12  quatrains qui n’en ont jamais fait partie (qui)  devaient être publiés  comme présages pour l’almanach pour 1561. Nous ignorons pourquoi ils furent supprimés de l’almanach imprimé par Barbe Regnault  et intégrés dans l’édition 1561 des Centuries »

Cette formule « dernière centurie » montre bien que le projet devait s’arrêter à six centuries, complétée par une annexe greffée sur la dite « dernière centurie ». et qui deviendra une « septième centurie »

Or,n’est ce pas dans le Recueil de Présages Prosaiques  édité par Jean Aimé  de Chavigny, que l’on aura puisé pour constituer  ce supplément  si ce n’est que cette solution sera par la suite repoussée et que l’on aura préféré fabriquer une série de faux nouveaux quatrains au lieu et place des dits « présages » authentiques.

 

 

 

III Les Significations de l’Eclipse pour 1559

Chevignard reproduit  en  annexe de son édition du Recueil les Significations de l’Eclipse  qui sera le 16. Septembre 1559  etc, Paris, Guillaume Le Noir.(cf dans le Recueil,  Chevignard, pp. 376 et seq).

Ces  Significations constituent une pièce majeure en faveur d’une édition des Centuries  ayant eu lieu dans la décennie 1550.  Elle appartient à une série de rééditions ayant eu lieu dans les années 1905- 1906.Voilà le passage « centurique » contenu dans  ces Significations  s’ouvrant par une  Epitre à Jacobo Marasalla, Evêque de Viviers  et vice légat d’Avignon, en date du Ier mai 1557, de Salon.

‘Comme plus amplement est déclaré à l’ interprétation de la seconde centurie de mes Prophéties » (Ed Chevignard, p ; 455)

Or, le test  de la vignette de couverture nous enseigne que la vignette ornant  les dites Significations était réservée  aux seules Pronostications   et d’ailleurs Chevignard reproduit la Pronostication pour 1558  avec cette même vignette.(p ; 419), [1].  Cette  errreur de  vignette  concerne notamment les fausses éditions  de 1555  et 1557 lesquels se servent d’une vignette propre aux éditions « pirates » des almanachs de Nostradamus (cf RCN pp ; 58-59. On la  trouve  en page de titre du RCN)  alors que seules les Pronostications  de Nostradamus bénéficient d’une telle vignette agrémentée d’un bandeau zodiacal avec le nom « M. De Nostradame »  en écusson.D’ailleurs, les deux ouvrages reproduits par Chevignard -Pronostication 1558  et Significations 1559) sont tous deux indiqués comme parus chez le même libraire parisien, Guillaume Le Noir et l’on peut penser que la fausse édition des Significations  aura  été réalisée à partir de la dite Pronostication de 1558, conservée à La Haye à moins que cela ne l’ait été à partir de la Grande Pronostication pour 1557 chez un autre libraire parisien  J. Kerver  également sis rue Saint Jacques.  Or,  nos reproductions ( in Documents Inexploités, 2002,  pp 189  et seq) montrent que  le dit Kerver réservait  la dite vignette à la seule Pronostication, celle ci ne servant ni pour l’almanach  ni pour les Présages Merveilleux pour l557

 

En fait, ces Significations visent l’année 1605, date qui figure juste avant la référence  centurique. Or, cette année 1605  est celle des Prédictions admirables, recueilles des Mémoires de feu M. Michel Nostradamus (..) par Vincent Séve de Beaucaire en Languedoc dès le 19 mars 1605 au Chateau de Chantilly (cf RCN, pp. 160  et  seq,) ce qui introduit un lot de 58 sixains, œuvre de Morgard  (cf nos Documents Inexploités), laquelle œuvre aura été intégrée dans le corpus centurique à l’instar de celle d’un Antoine Crespin.

JHB

03 07 21

Ci-dessous une étude de notre plume datant de  2003, donc juste après nos » Documents Inexploités « de 2002  sur Espace Nostradamus

 

 


 

ANALYSE

38

La fortune des emprunts à Leovitius
dans les deux épîtres nostradamiques datées de 1558

par Jacques Halbronn

 

Deux épîtres sont supposées avoir été rédigées en 1558, celle dédiée à Henri II, en date du 26 juin et figurant en tête des Centuries VIII – X de la plupart des éditions des Centuries et celle adressée à Jacob Marrasala, évêque de Viviers, vice légat d’Avignon, en date du 14 Août, qui parut sous le titre de Significations de l’éclipse qui sera le 16 septembre 1559 etc, Paris, Guillaume le Noir.1 Torné Chavigny a signalé, en son temps, dans une lettre manuscrite, parue ultérieurement dans une précédente édition en fac-similé des Signfications - et qu’utilise d’ailleurs B. Chevignard qui reproduit la dite lettre par la même occasion – l’emprunt à l’Eclipsium de Leovitius. Nous reprendrons pour ce faire un passage de notre TPF2, en y ajoutant d’autres éléments signalés par Théo Van Berkel.

I – L’Eclipsium et les Significations de l’éclipse

   Après avoir lu notre ouvrage, Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Théo Van Berkel3 nous manifestait ainsi sa surprise voire son embarras (nous avons parfois amendé son français) à propos de notre renvoi à l’Eclipsium omnium ab anno Domini 1554 usque in annum Domini 1606 accurata descriptio & pictura ad meridianum Augustanum ita supputata.4

“J’ai lu dans votre livre ce qui concerne les Significations de l’Eclipse 1559. A la page 29, il y a un renvoi à Mars à 7.32 Sagittaire. Si je comprends bien, c’est un renvoi a l’Eclipsium de Leovitius. Parce que dans les Significations, je ne peux pas trouver un tel renvoi.
J’ai fait le calcul du thème de l’Eclipse, c’est-à-dire le 16 septembre 1559, 17:01:08 GMT à Salon-de-Provence. Voici les longitudes zodiacales (système Regiomontanus) :
* Soleil : 2:42:03 Libra
* Lune : 2:42:03 Aries
* Mercure : 24:40:39 Libra
* Vénus : 18:30:38 Scorpio
* Mars : 5:25:48 Capricornus
* Jupiter : 10:31:00 Pisces rétrograde
* Saturne : 6:36:16 Gemini rétrograde
* Caput Draconis : 0:15:23 Aries
* MC : 25:25:46 Sagittarius
* XI : 12:18:45 Capricornus
* XII : 6:22:09 Aquarius
* Ascendant : 20:45:18 Pisces
* II : 10:07:14 Taurus
* III: 7:43:07 Gemini
Selon la publication du texte repris dans les Présages de Nostradamus par Chevignard, on trouve :
* Mars se trouve au milieu du ciel (p. 448) : cf. MC 25:25:46 Sagittarius, Mars 5:25:48 Capricornus
* Le carré avec la queue du Dragon (p. 448) : cf. Mars 5:25:48 Capricornus, Queue du Dragon (Cauda Draconis) 0:15:43 Libra
En conséquence, que Mars soit dominateur de l’Eclipse, dans la VIIIe maison, non loin d’Antarès (p. 451) n’est pas possible, c’est Vénus en Scorpio qui est dans la VIIIe maison, Antarès se trouve au 2:47:57 Sagittarius. Le Soleil se trouve en Libra, gouverné par Venus.
* Une opposition de Saturne (p. 452) : Saturne opposé à Antarès, cf. Saturne 6:36:16 Gemini rétrograde, Antarès 2:47:57 Sagittarius
*Un aspect de trigone de Jupiter à Vénus (p. 455) : cf. Jupiter 10:31:00 Pisces rétrograde, Vénus 18:30:38 Scorpio.
Je ne comprends donc pas qu’il puisse être question d’une longitude zodiacale de Mars en Sagittarius, ni le renvoi au 7:32 Sagittarius (sauf : environ 1840 la longitude zodiacale d’Antarès était environ 7:30 Sagittarius). Ensuite, je ne vois pas un Ascendant en Aries / Bélier (cf. votre livre, p. 29). Selon mes calculs, l’Ascendant de l’Eclipse se trouve en Pisces. Mais peut-être le moment de l’Eclipse était-il plus tard, vers 17:20 GMT.
Je suis bien curieux de connaître l’explication des mentions de Mars en Sagittaire et de l’Ascendant en Aries. Selon mes calculs, Mars se trouvait en Sagittarius entre le 12 février 1559 et le 9 septembre 1559 environ, sa longitude zodiacale à 7:32 Sagittarius autour du 4 mars 1559. En 1560, Mars ne se trouvait pas en Sagittarius.”

Nous signalâmes à M. Van Berkel que l’Eclipsium était calculé selon le méridien d’Augsbourg, en Bavière (Allemagne) et non celui de Salon de Provence. Théo Van Berkel poursuivait alors, cette fois en anglais, dans une autre correspondance :

“Since I did not have any knowledge about Leoviticus, I made a horoscope of this Eclipse for the Greenwich Mean Time of the Full Moon for Salon-de-Provence. Taking your remarks at heart, I made a new horoscope, this time for Augsburg, using the AstroScoop Plus software. In order to intercept a wrong date (Julian calendar vs. Gregorian calender).
I calculated a second horoscope, with the Tuckerman Ephemeris 2-1649 AD and the Regiomontanus tables of houses, compiled by André Barbault.
Here are the results :
* Sun : 2:42:03 Libra
* Moon : 2:42:03 Aries
* Mercury : 24:40:39 Libra
* Venus : 18:13:38 Scorpio
* Mars : 5:25:48 Capricornus
* Jupiter : 10:31:00 Pisces rétrograde
* Saturn : 6:36:16 Gemini rétrograde
* Caput Draconis : 0:15:23 Aries
* MC : 0:45:01 Capricornus
* 11 : 15:57:27 Capricornus
* 12 : 10:12:50 Aquarius
* Asc : 1:44:45 Aries
* 2 : 22:04:39 Taurus
* 3 : 15:40:44 Gemini
Mars is in Capricorn in 10, conjunct the MC, and not in 8 in Sagittarius conjunct Antares. In fact, there is not one planet in the 8th house ! Both Mercury and Venus are located in the 7th house. But if in the Eclipsium this chart was calculated with equal houses, then Venus would be in the 8th house, no matter counting from the Asc or from the MC. The matter seems a little bit more complicated when one wants to draw conclusions. In the publication by Chevignard, it reads on p. 448 : Mars se trouve au milieu du ciel. According to me, this means that Mars is in the midst of heaven, which can be translated as in the 10th house. This is according to present-day software. Next, on the same page, a square aspect between Mars and the Dragon’s tail is mentioned. This is also according to present-day software, since according to this software Mars is located on the 6th degree of Capricornus and the Dragon’s tail on the 1st degree of Libra. When Mars would be located on the 8th degree of Sagittarius (7:32), a square would simply be impossible !”

Grâce à M. Van Berkel, nous allons mieux comprendre la façon dont on a compilé – c’est le mot – les Significations de l’Eclipse attendue pour le 16 septembre 1559, selon le calendrier julien. Manifestement, l’Eclipsium de Leovitius comporte une erreur en ce qui concerne la position de Mars au début du Sagittaire et celui-ci ne sera donc pas conjoint avec l’étoile fixe Antarès. Dès lors, la prédiction de Leovitius ne se justifie plus, le maître de l’ascendant Bélier n’étant plus en VIII et plus à proximité d’Antarès.

Ci-dessous les positions fautives de la Constitutio syderum pour l’Eclipse du 16 septembre 1559, reprise de l’Eclipsium:
MC : 1.16 Capricorne
XI : 16.38 Capricorne
XII :11.16 Verseau
Asc : 2.59 Bélier
II : 22.38 Taureau
III : 16.8 Gémeaux
IV : 1.16 Cancer etc
Soleil : 1.36 Balance
Lune : 2.37 Bélier
Mercure : 21.4 Balance
Venus : 17.47 Scorpion
Mars : 7. 32 Sagittaire
Jupiter : 10.54 Poissons
Saturne : 9.15 Gémeaux
Tête du dragon (Caput Draconis) : 0.14 bélier
Le décalage avec les positions indiquées par Théo Van Berkel coïncident toutes, à peu de chose près, sauf en ce qui concerne Mars. Or, c’est justement sur la position de Mars que repose toute l’interprétation relative à la mort d’un roi. Les Grandes Ephémérides, (tome 1, Paris, Trédaniel, s. d.) de Gabriel donnent également Mars au début du Capricorne pour le 16 septembre 1559.

Mais de cela, ceux qui composèrent les Significations de l’Eclipse de 1559 ne s’en rendirent pas compte ! Il n’allèrent pas étudier la page fournissant les positions planétaires mais se contentèrent d’en recopier, à un autre endroit de l’Eclipsium, son interprétation qui ne précise pas la position de Mars dans le zodiaque et crurent que cette interprétation correspondait – ce que l’on pouvait, en effet, raisonnablement supposer, au thème de l’éclipse qu’ils dressèrent par ailleurs.

Ils citèrent donc, sans état d’âme, le passage concerné, que nous avons reproduit en fac-similé dans nos Documents Inexploités (p. 29) : “Mars principal dominateur de l’éclipse occupant la 8. Maison non esloignée d’Antare etc”, mais par ailleurs, ils calculèrent bel et bien les positions correspondant à l’éclipse et cette fois sans passer par l’Eclipsium de Leovitius, sans se rendre compte que ces différentes données n’étaient pas compatibles entre elles, ce qui nous conduit à penser que leurs connaissances astrologiques sinon astronomiques étaient assez médiocres et l’on peut se demander si Michel de Nostredame aurait pu commettre une pareille bévue, à savoir ne pas constater que le pronostic de Leovitius s’appuyait sur des données fausses. Le plus grave reste d’avoir écrit que Mars était maître de l’ascendant et de placer, ailleurs, celui-ci en Poissons alors que cela n’était possible que si l’ascendant était en Bélier. Or, pour Salon de Provence, al’scendant était en Poissons et pour Augsbourg, il était en Bélier, le signe suivant.

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Folios A2v et A4r des Significations de l’éclipse
Dans un cas, Mars est Maison VIII
et dans le second cas, il est au Milieu du Ciel, donc en Maison X !

   Van Berkel conclut – à la suite de notre mise au point – au sujet du rapport avec l’annonce de la mort du roi :

“As far as I have insight in this matter, I think that the horoscope was presented correctly on p. 448 of the reprint by Chevignard, and the remark about Mars and Antares is simply wrong. This does not change the impact it had in those days regarding astrological correspondences with the death of Henry II, but the fundaments don’t sustain such a prediction. On the contrary, they weaken it.”

En vérité, l’important était que le lecteur pensât que Michel de Nostredame avait pu annoncer en 1558 la mort du roi. Il se trouvait que, par hasard, l’Eclipsium, paru avant le décès, comportait bel et bien un tel pronostic, encore que fondé sur une erreur de lecture des éphémérides. Il était tentant d’en attribuer le mérite à Michel de Nostredame mais la confrontation même des différentes parties des Significations aurait pu conduire le lecteur attentif à une certaine perplexité. On notera que B. Chevignard ne signale pas cette incongruité astronomico-astrologique dans ses notes relatives aux Significations.

Nous ajouterons qu’il nous semble intéressant de souligner le rôle des étoiles fixes et notamment d’Antarès dans l’interprétation astrologique dans la seconde moitié du XVIe siècle.5

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L’Eclipsium de Leovitius

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On notera dans l’horoscope la position de Mars
à 7° 32 Sagittaire en Maison VIII

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II – L’Ephemeridum et l’Epître à Henri II

   Tant l’Eclipsium que l’Ephemeridum de Leovitius, tous deux parus dans les années 1550, s’arrêtent à 1606.6 Si l’on en croit sa correspondance latine, Michel de Nostredame se servit de l’Ephemeridum : “Je me réjouis que vous ayez pris connaissance des éphémérides de Cyprian Leowitz”.7

Pourtant, Tubbe, correspondant régulier de Nostradamus, dans sa lettre précédente du 20 septembre 1560 (Lettre XVI) qu’il avait adressée à ce dernier, n’avait point fait pas allusion à ces Ephémérides, à moins que ne manque une de ses lettres qui aurait été écrite en octobre ou novembre 1560.8 Or, c’est précisément cette année 1606 qui sera en ligne de mire de l’Epître à Henri II, dans la version “Cahors” parue au début des années 1590 et l’on conçoit que le début du siècle suivant ait été alors en ligne de mire.

En revanche, il ne semble pas que l’année où s’arrête l’ouvrage ait revêtu a priori une importance particulière pour Leovitius, dans les années 1560. Tout se passe comme si ce qui initialement était aléatoire – des calculs d’astrologue à des fins essentiellement techniques – avait revêtu une signification beaucoup plus concrète, quelques décennies plus tard.

Le ton de Leovitius peut induire en erreur car il réutilise grosso modo de vingt ans en vingt ans les mêmes formules. A propos d’une éclipse annoncée pour 1605 : “C’est chose toute certaine que plusieurs siècles auparavant n’en a esté une plus grande & n’en sera possible une telle pour l’advenir.“9

En fait, Leovitius reste extrêmement vague, après une échéance apparemment jugée grave, on passe à l’attente de la suivante comme si la vie allait se poursuivre normalement. La conclusion du recueil est révélatrice : “J’ay discouru cette présente prognostication jusqu’à l’an 1607 (…) Ce faisant attendront le second advenement du Fils de Dieu qui semble estre fort prochain”10 et d’entrer dans des considérations extra-astrologiques : fin du règne de Mahomet qui pourrait avoir lieu au bout de 1000 ans, donc dans le cours du XVIIe siècle, fin du monde au bout de 6000 ans mais qui peut être abrégée. Au fond à la façon d’un astronome conseillant d’observer telle éclipse puis telle autre, Leovitius signale des moments importants et si ce n’est pas l’un, ce sera le suivant de la série.11

La mention de l’an 1606 dans l’Epître à Henri II datée de 1558, doit être rapprochée des éphémérides de Stadius et de Leovitius qui toutes deux – sans parler de l’Eclipsium de ce dernier – aboutissent à l’an 1606. Il ne semble pas en effet qu’il s’agisse là de coïncidences : Leovitius, Eclipsium omnium ab anno domini 1554 usque in annum Domini 1606, et Ephemeridum novum…. ab anno Domini 1556 usque in 1606, Lauingen, 1557, BNF ; Stade, Ephemerides… .ab anno 1583 usque ad annum 1606, Lyon, S. Béraud et S. Michel, BNF, Res V 1138.

Dans le “Brief discours sur la vie de M. Michel de Nostre Dame” (in recueil Janus Gallicus), il est fait mention de l’ouvrage de Stadius comme livre de chevet :

“Me souvenant très bien, écrit le biographe, que sur la fin de Iuin ladite année (1566), il avoit escrit de sa main aux Ephémérides de Iean Stadius, ces mots latins, Hic prope mors est. C’est-à-dire, icy proche est ma mort.”

On connaît par ailleurs, en français, des Prognostications et Advertissemens laissés par défunt Jean Stadius (…) déclarant les admirables significations de la grande Conjonction des planètes, laquelle s’est faite l’année 1583 continuant ses effets d’an en an jusques en l’an 1606, Lyon, Jacques Pons, Bib. Méjanes, Aix, Res D 56. Mais l’on s’aperçoit que les dates abordées correspondent à celles des Ephémérides : 1583 – 1606.

L’on trouve dans l’Epître à Henri II une description complète de positions des diverses planètes dans le zodiaque, cette disposition s’avère justement être celle de 1606, absente de l’Epître de 1556.

Il est question de Saturne en Capricorne qui s’y trouvera du 7 avril au 25 août, ce qui signifie qu’il passera du signe du Sagittaire dans celui du Capricorne puis “rétrogradera” dans le Sagittaire. Quant à Jupiter, il passera du Capricorne au Verseau, signe dans lequel il restera du 14 juin au 7 octobre. Voilà pour les planètes “hautes”. Il convient probablement d’étudier Leovitius et ses tables pour comprendre les allusions de ce texte. La position des planètes ne correspond en tout cas pas à l’an 1585 selon les éphémérides actuelles.12

“Seront trois régions (…) c’est à savoir la Romanie, la Germanie, l’Espagne qui seront diverses sectes par main militaire délaissant le 50 et 52 degrés de hauteur et seront tous hommages des religions (sic) lointaines aux régions de l’Europe et de Septentrion de 48 degrés de hauteur (…) Et sera au mois d’Octobre que quelque grande translation sera faite (…) Saturne qui tournera entrer à 7 du mois d’Avril jusques au 25 d’Août, Jupiter à 14 de Juin jusques au 7 Octobre, Mars depuis le 17 Avril jusques au 22 de Juin. Saturne en Capricorne, Jupiter en Aquarius (Verseau), Mars en Scorpio, Vénus en Pisces (Poissons), Mercure dans un mois en Capricorne, Aquarius et Pisces, la Lune en Aquarius, la tête du Dragon en Libra (Balance), la queue à son signe opposite. Suivant13 une conjonction de Jupiter à Mercure, avec un quadrin aspect (carré) de Mars à Mercure et la tête du Dragon sera avec une conjonction du Soleil à Jupiter l’année (sic) sera pacifique sans éclipse et non du tout et sera le commencement comprenant se de ce que durera et commençant icelle année sera faite plus grande persécution à l’Eglise Chrétienne.”

Avec quelle exactitude le pseudo-Nostradamus14 a-t-il recopié les données fournies dans les tables de Leovitius ? En fait, avec une minutie qui nous semble de peu d’intérêt a priori mais qui soulignerait l’attention extrême qu’il accordait à l’an 1606.15 Mais est-ce même certain ? Ne pourrait-il s’agir d’une précision factice, d’un remplissage astronomique ?

Toujours est-il que ce faisant, le pseudo-Nostradamus nous donne la clef de sa méthode, assez vainement semble-t-il, puisqu’il n’a pas été entendu. Screech, dans son édition critique16 de la Pantagruéline Pronostication de Rabelais a raison de souligner ce que ces textes annuels doivent à des recueils d’éphémérides comme celui de Johannes Stoeffler17 qui sont purement et simplement recopiés par les faiseurs d’almanachs.

Lorsque l’on considère l’Ephemeridum de Leovitius pour le mois de janvier 1606, le texte du pseudo-Nostradamus prend son sens. Celui-ci signale d’abord les signes dans lesquels se trouvent les planètes au 1er janvier 1606, puis les rétrogradations de ces planètes durant l’année 160618, puis les aspects qu’auront ces planètes dans les premières semaines de l’année 1606, ceux-ci étant indiqués sur des tableaux de Leowitz et n’exigeant aucun calcul. Les 3 – 4 janvier, la Lune rejoint la Queue du Dragon à 22 h 19, Mercure est conjoint à Jupiter à 21 h 40 et Mercure en carré avec Mars à 5 h 16. Les 7 – 8 janvier, Mars est carré à Jupiter à 16h 00. Les 17 – 18 janvier, la Lune rejoint la Tête du Dragon à 10 h 01 tandis que le Soleil est conjoint à Jupiter à 3 h 35.19

Par ailleurs, l’Eclipsium comporte un tableau de correspondances : De regionibus ac civitatibus duodecim Zodiaci subjectis20 et qui permettait au lecteur de déterminer dans quels pays une influence planétaire s’exercerait selon le signe zodiacal où l’astre se trouverait, à telle date.

Enfin, le ton de l’Epître à Henri II prend une tournure de pronostication annuelle juste à la suite de cet “horoscope” pour 1606 : “L’année sera pacifique sans éclipse et non du tout, et sera le commencement comprenant se(sic) de ce que durera et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne, que na esté faicte en Affrique et durera ceste ici iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation de siecle.”

L’annonce de l’an 1792 est précisément liée à cette description astronomique de 1606 qui apparaît comme le commencement d’une période amenée à durer, selon le rédacteur de cette addition, 186 ans, retrouvant, du moins sur le plan chronologique, le schéma alliacien, transmis par Turrel et Roussat. En réalité, 1792 n’apparaît plus ici que comme la fin d’une période qui commence dès le début du dix-septième siècle. Il semble que les commentateurs n’aient guère remarqué ce point.

Nous étudierons plus loin le climat de ce début du XVIIe siècle : dès 1607, Michel Losta rendait compte, dans un texte adressé au Roi, de la rumeur de la naissance de l’Antéchrist qui serait survenue en 1606, sur la base d’informations en provenance de Malte in L’Harmonie des accords du soldat françois & de ses contredisans.21 Notons par ailleurs, l’insistance sur l’Antéchrist dans l’Epître à Henri II. Quelques lignes en dessous de la mention de 1792, nous lisons : “Et dans iceluy temps (…) la puissance infernalle mettra à l’encontre de l’Eglise de Iesus la puissance des adversaires de sa loy, qui sera le second Antechrist lequel persecutera icelle Eglise et son vray Vicaire (…) Le susdict regne de l’Antechrist ne durera que iusques au definement de ce nay pres de l’aage etc.”

L’Epître centurique à Henri II, telle qu’elle nous est parvenue, nous semble donc nettement marquée par un climat assez caractéristique du début du XVIIe siècle. La mention de 1792 pourrait ne pas avoir figuré dans l’épître au roi, signalée par Crespin.

En fait, si Nostradamus avait mentionné à l’époque de la parution des Contredits de Couillard (1560) cette date de 1792 telle qu’elle figure dans l’Epître à Henri II, le sieur du Pavillon, qui lui avait déjà consacré un ouvrage parodique en 1556, n’aurait pas manqué, selon nous, de le signaler.22 On a vu en effet que Couillard avait mentionné les prophéties pour l’an 1789, qui circulaient à l’époque.

Une substitution de date

Nous ne connaissons, rappelons-le, que la première et la dernière version de l’Epître à Henri II. Nous ignorons ce que fut l’Epître à Henri II, signalée par Crespin et probablement placée en tête des centuries posthumes.

Epître à Henri II :

“depuis le temps que Saturne qui tournera entrer à sept du mois d’avril iusques au 25 d’aoust, Iupiter à 14 de juin iusques au 7 octobre, Mars depuis le 17 d’avril iusques au 22 de may, Mercure depuis le 3 de février iusques au 24 dudit etc.”

On peut raisonnablement penser que dans l’épître de 1568 – si l’on veut ainsi dater la première version de l’épître remaniée – il devait exister une telle description de positions planétaires mais pour une autre année, peut être 1570. Or, une telle pratique est attestée dans la Pronostication de Seraphino Calbarsy pour 1542, étudiée par Screech :

“Mil CCCCXLII en laquelle sera Saturne depuis le Ier de mars usques au XX de juillet parfera sa rétrogradation. Jupiter dès le VII mars iusques au VI juillet sera moleste de rétrogradation. Mars dès le XXII may iusques au XXVI juillet rétrogradera. Vénus, dès le commencement de l’année iusques au XIII de janvier sera rétrograde. Mercure du XXVI de mars iusques au XVII d’apvril & dès le XX juillet jusques au XII d’Aoust & oultre ce que depuis le XIIII novembre jusques au IIII décembre rétrocédera.”

Laissons à nouveau la parole à Théo Van Berkel :

“Selon mes calculs et ceux de Christian Wöllner (op. cit.), il s’agit de l’an 1606, les longitudes zodiacales du 1 janvier 1606. Je suis curieux parce que cette date est selon le calendrier Julien, comme les dates de commencement et finir des rétrogradations. Si je ne me trompe pas, le calendrier grégorien fut introduit en France le 10 décembre 1582, devenu le 20 décembre 1582. Donc, le 1 janvier 1606 (Julien) est le 11 janvier 1606 (grégorien). Dans l’Epître centurique, par exemple : le 7 avril (date de commencement de la rétrogradation de Saturne) est une date selon le calendrier julien. Selon le calendrier grégorien, il s’agit de 17 avril (en réalité : de 16 avril). Je crois que la source des longitudes zodiacales, rétrogradations et aspects dans l’Epître centurique doit être situé avant 1582, l’an d’introduction du calendrier grégorien. Selon M. Hofstede (un chercheur hollandais) la source est Leovitius, “parce que dans son oeuvre on peut trouver les dates des périodes de rétrogradation, les longitudes du soleil (sic !!!), de la lune et les planètes comme l’absence des Eclipses ; il renvoie au 28 janvier 1606, la date de la première Nouvelle Lune.” Malheureusement, Hofstede ne donne pas son texte de sa source ; il est probable qu’il a lu tous ça dans Nostradamus Astrophile de P. Brind’amour. Trois remarques :
- 1. Dans l’Epître centurique, la longitude zodiacale du soleil n’est pas mentionnée.
- 2. La date de la Nouvelle Lune est une date en calendrier julien ; selon le calendrier grégorien, il s’agit du 7 février 1606 (donc : la seconde (!) Nouvelle Lune selon le calendrier grégorien).
- 3. Chaque année, il y a des éclipses : deux éclipses solaires et deux ou trois éclipses lunaires. En 1606, la Tête du Dragon (Caput Draconis) se trouvait en Aries et Pisces (la Queue du Dragon (Cauda Draconis) est située en Libra et Virgo), donc il n’y a pas des Eclipses en Leo (laquelle signe gouverne la France), donc une année de paix pour la France.”

En effet, l’Ephemeridum qui paraît dans les années 1550 ne pouvait avoir prévu la réforme grégorienne et par conséquent ceux qui s’en servirent, après 1582, se devaient d’effectuer les corrections.

Une Epître datant du début du règne

Parmi les variantes que l’on peut observer entre les diverses éditions des Vrayes Centuries et Prophéties et ce depuis 1649, date à laquelle ce titre apparaît, la plus remarquable ne semble pas avoir été signalée, à savoir la mention, au sein de l’Epistre à Henri II, de l’année 1547 au lieu de 1557 dans un nombre important d’éditions des Centuries au point qu’au XIXe siècle, plusieurs éditions des Prophéties comportent l’Epistre à Henri II avec la mention de l’an 1547.23

Il pourrait certes s’agir de quelque coquille mais la date du 14 Mars 1547 n’est pas indifférente, c’est à quelques jours près celle à la quelle Henri II succède à son père François Ier (mort le 31 mars 1546, soit avant Pâques, ancien style). C’est en ce dernier jour de mars 1547 où son père est à l’agonie, à Rambouillet, et qu’il lui transmet ses derniers conseils, que pour la première fois le Dauphin portera ce nom d’Henri Second.

La formule employée, rappelons le, est la suivante : “accommençant depuis le temps présent qui est le 14 de Mars 1547”. Pourquoi au demeurant, si l’on conserve la date du 14 Mars 1557 ce décalage entre le “temps présent” et la date du 27 juin 1558 ?

Nous pensons que cette référence est propre à la première édition remaniée de l’Epître à Henri II. Elle se réfère au début du règne pour indiquer peut être que Nostradamus avait rédigé celle-ci dès 1547, ce qui ne pouvait que rendre rétrospectivement ses prophéties encore plus remarquables.

Toujours est-il que les éditions du milieu du XVIIe siècle que nous avons privilégiées, celles des Vrayes Centuries et Prophéties portent cette date de 1547, ce qui devient ainsi un trait distinctif.

Il convient en outre de prendre en compte cette double date de 1547 / 1557 et de 1558 car nous retrouvons cette présentation chez Richard Roussat, en 1550, au Livre de l’Estat et mutation des temps, prouvant par authoritez de l’Escripture Saincte & par raisons astrologales la fin du Monde estre prochaine, Lyon, G. Rouillé, ouvrage dont Nostradamus paraît s’être servi, notamment à propos du cycle de 354, ans mais aussi en ce qui concerne “aulcuns quatrains” (pp. 120 et seq).

Roussat :

“Maintenant donc je dis que nous sommes en l’instant & approchons de la future renovation du Monde, ou de grandes alterations ou d’iceluy l’anichilation, environ deux cens quarante troys ans selon la commune supputation des hystoriographes, en prenant la date de la compilation de ce présent traicté, laquelle date est posée & escrite à la fin d’iceluy.” (p. 86)

In fine :

“terminé & fini le quinzième jour de Febvrier, l’an de grâce mil cinq cens quarante huict” (p.180)

Il convient donc d’ajouter 1548 à 243, ce qui donne 1791.

Comparons avec le texte de la deuxième Epître à Henri II :

“toutefois, esperant de laisser par escrit les ans, villes, citez, regions où la plupart adviendra mesmes de l’année 1585 et de l’année 1606, accomençant depuis le temps présent qui est le 14 Mars 1547 / 57”

Mais Nostradamus ou tout autre rédacteur ne précise pas le nombre d’années à ajouter au “temps présent”, en revanche, il fournit un peu plus loin le total, sans que l’on comprenne très bien la coupure entre deux passages qui auraient normalement été consécutifs :

“et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne, que n’a esté faicte en Affrique, et durera ceste ici iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation du siècle”.

Le chiffre qui manque ici est 1792 – 1547 = 245 ans alors que celui qui manquait chez Roussat était 1548 + 243 = 1791.

Chiffres extrêmement proches, on en conviendra. On peut évidemment prendre 1557 et le soustraire de 1792, ce qui donnera 235 ans. Le parallèle est d’autant plus net que la date de départ, dans les deux cas, est fournie dans tous ses détails, à la différence des autres données : 14 mars 1547 et 15 février 1548.24

A la façon du Période de Turrel qui fournit la date finale, 1789, l’Epistre annonce également, à peu de choses près, une telle date, 1792, mais néanmoins en introduisant des calculs qui évoquent ceux de Roussat, sans pour autant indiquer le nombre d’années à ajouter à la date de départ.

Un commentaire sous la Fronde

Vers 1651, François Davenne enrichit la galerie des nostradamistes les plus échevelés, il lui fait annoncer le départ de Louis XIV remplacé par lui- même. Il imagine Nostradamus commentant son Epître à Henri II, qu’il rend par Henri III à la lumière des événements du XVIIe siècle : “Lisez mon Epistre escrite à Henry troisiesme (sic), lui adressant mes centuries, vous verrez que j’ay prophétisé la rénovation, la descente du Saint Esprit & son combat contre le Royal, l’antéchrist & le mauvais chef de l’Eglise, laquelle avec le tremblement de terre & l’éclypse du Soleil va s’accomplir maintenant par la réforme de toutes classes” et le pseudo-Nostradamus d’affirmer avoir annoncé la fin du roi d’Angleterre (1649) sans nous fournir le passage concerné.25

Le rôle de la chronologie et l’influence de Pierre d’Ailly

Quelle est la raison des deux développements consacrés à la chronologie du monde depuis sa Création, que l’on trouve dans l’Epître à Henri II26 ? Il nous semble qu’il s’agit d’une référence assez nette à Pierre d’Ailly, l’auteur de deux Concordances, l’une de l’Astronomie et de la Théologie, et l’autre de l’Astronomie et de l’Histoire qui comporte la date de 1789. On a l’impression que le pseudo-Nostradamus veut parvenir à un heureux dosage entre computations astronomiques et datations historiques à la façon du Cardinal de Cambrai.27

Ailly justifie historiquement les dates astronomiques qu’il met en avant à moins que parfois il ne soit tenté de faire le contraire.

Il est d’autres auteurs qui ne s’occupent pas de rétrospectives historiques et spéculent uniquement sur la fréquence de certaines situations cosmiques dont ils supposent que cela doit entraîner des effets en conséquence.

Il en est enfin qui ne recourent pas aux astres mais disposent d’une argumentation chronologique. C’est ainsi que l’an 1656 serait important parce que 1656 ans après la Création du Monde, il y eut le Déluge. L’on compare deux époques situées sur des paramètres différents.28 Il va de soi que tout repose ici sur une chronologie biblique. Dès lors que celle-ci sera mise en cause – on le verra avec le Zodiaque de Dendérah, au début du XIXe siècle29, ce type de démonstration perdra de sa crédibilité.

Revenons sur la question de l’agencement du texte de l’Epître à Henri II. Un premier passage traite de l’année 1585 et de l’année 1606. puis l’on se réfère au 14 Mars 1547 ou 1557 sans que l’on comprenne pourquoi :

“Et pour ce, ô très humanissime Roy, la plupart des quatrains prophétiques sont tellement scabreux que l’on n’y scauroit donner voye ny moins aucuns interpréter, toutesfois esperant de laisser par escrit les ans, villes, citez, régions où la plupart adviendra (…) depuis le temps présent qui est le 14 de mars 1557 et passant outre loing jusques à l’advenement qui sera après au commencement du 7. millénaire profondément supputé, tant que mon calcul astronomique et autre scavoir s’a peu estendre, où les adversaires de Jésus Christ et de son Eglise, commenceront plus fort de pulluler, le tout a esté composé et calculé en jours et heures d’ election et bien disposees et le plus justement qu’il m’a esté possible. Et le tout Minerva libera et non invita, supputant presque autant des adventures du temps advenir que des cages (sic, lire âges) passés etc.”

Nous avons supprimé ce qui semble être une interpolation propre au troisième état posthume : “mesmes de l’année 1585 et de l’année 1606”.

Passons à présent à un autre passage de la même Epître :

“Or de Iesus Christ en ça, par la diversité des sectes, je le laisse et ayant supputé et calculé les présentes Prophéties, le tout selon l’ordre de la chaisne qui contient sa revolution, le tout par doctrine Astronomique et selon mon naturel instinct et (…) sera le commencement comprenant se (sic) de ce que durera et commençant icelle année sera faicte plus grande persecution à l’Eglise Chrestienne, que n’a esté faicte en Affrique et durera ceste ici (sic) iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation du siecle: après commencera le peuple Romain de se redresser etc.“

Nous avons à nouveau supprimé un passage qui concerne une fois de plus l’année 1606 puisque les données qui s’y trouvent lui correspondent, si l’on ouvre les éphémérides, bien que l’année n’y figure pas nommément.

On a ainsi l’impression que le discours alliacien, relayé par Turrel et Roussat, se trouve ici interpolé par des préoccupations liées à l’an 1606 et ce à deux reprises au sein d’un bref texte.

La récupération protestante

Bien plus, nous pensons que les deux passages susmentionnés devraient logiquement être joints et se faire suite. Certes, on a du mal à admettre que l’auteur de l’Epître à Henri II imagine que la persécution de l’Eglise durera plus d’un siècle et demi, de 1606 à 1789 :

“l’année (1606) sera pacifique sans eclipse (…) et commençant icelle année sera faite plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne (…) et durera ceste ici (sic, lire ceste-ci) jusques à l’an mil sept cens nonante deux”

Tout se passe comme si l’on avait interpolé quelques passages de l’Eclipsium ou de l’Ephemeridum de Leovitius, avec les commentaires, au sein d’un texte à vocation antéchristique – un passage est consacré à l’Antéchrist – et de portée beaucoup plus générale.

Qu’écrit le chanoine Roussat à ce propos ? Il n’est nullement question d’une date intermédiaire :

“Maintenant donc je dy que nous sommes en l’instant & approchons de la future rénovation du Monde ou de grandes altèrations ou d’icelui l’anichilation environ deux cens quarante troys ans” (p.86)

Volonté de brouiller le discours alliacien en interpolant, par une sorte de collage, des éléments astronomiques ou hémérologiques qui ne peuvent qu’égarer le lecteur, telle cette liste de jours et de mois sans précision d’année qui coupe le second passage tout comme les éléments toponymiques intégrés en masse, puisés chez Estienne, viennent-ils “noyer” des développements proprement historiques.

En fait, nous assistons à un syncrétisme entre le discours alliacien axé sur 1789 et un autre discours qui nous semble devoir caractériser l’approche réformée.

Il importe de situer, avec davantage de rigueur, le propos eschatologique de l’Epître à Henri II, telle qu’elle est apparue dans les années 1590, et notamment les événements attendus pour 1792. Si pour Pierre d’Ailly, la fin du XVIIIe correspondait à l’avènement de l’Antéchrist, pour l’Epître centurique à Henri II, il convient de rappeler d’une part qu’elle ne nous est connue que dans le cadre d’une édition “réformée”, parue sous la Ligue et d’autre part qu’un tel pronostic ne saurait être attribuée à Michel de Nostredame, plus marqué par le début du XVIIIe siècle que par sa fin et par l’An 1999 – dates qui recoupent peu ou prou celles qu’adoptera au début du XVIIe siècle, dans son Accomplissement des Prophéties, un Pierre Du Moulin.

Or, de quelle “Eglise chrestienne” s’agit-il dans le passage suivant ?

“Et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Eglise Chrestienne, que n’a esté faicte en Affrique, et durera ceste ici iusques à l’an mil sept cens nonante deux que l’on cuidera estre une renovation du siècle.”

A notre connaissance, les catholiques n’ont pas spéculé – on ne parle pas ici de la situation avant la Réforme ni de la question de la fin de l’Islam – sur la durée de la persécution de la papauté, cela est surtout réservé aux protestants, aux XVIe – XVIIe siècles, qui se demandent précisément combien de temps ils seront persécutés par le pape antéchrist ou par le roi. Tout au plus, les catholiques envisagent-ils une brève période de 3 ans et demi durant laquelle l’Antéchrist sévira – on l’a vu pour la prophétie pseudo-malachienne qui s’achève sur une “persecutio extrema Sacrae Romanae Ecclesiae” – mais cela est sans commune mesure – la transposition joachimite 1260 jours / 1260 ans n’est plus ici de mise – avec une période de plusieurs siècle comme il ressort de ce texte, à savoir depuis “icelle année”, celle à laquelle l’Epître est censée avoir été rédigée (c1558) jusqu’en 1792, soit encore 200 ans après la parution de l’Epître autour précisément de 1592.

Quoi de plus normal, au vrai, qu’une épître placée en tête de centuries annonçant une victoire réformée, du moins aux yeux de ceux qui prirent l’initiative de leur publication, use de représentations qui sont celles de leur Eglise ? On pourrait certes objecter que les délais ainsi introduits perpétuent une situation d’attente bien au delà des enjeux des affrontements qui ont lieu sous la Ligue. Mais il ne s’agit plus ici seulement de la situation du parti d’Henri de Navarre mais de la lutte à plus long terme contre la papauté. Que sous la Révolution, alors que l’Eglise catholique est en difficulté, l’épître ait paru s’appliquer à elle, ne nous intéresse guère en la circonstance.

C’est en comparant avec le discours d’un Pierre Du Moulin, vers 1612, soit une vingtaine d’années après la parution de l’Epître à Henri II, que nous voyons notre lecture confirmée : un adversaire de Du Moulin ne résume-t-il pas sa position en indiquant que 1689 mettrait fin à la “persécution” de son Eglise30 ? Mais pourquoi 1689 dans un cas et 1792 dans l’autre ? Il semble qu’il y ait là quelque syncrétisme : tout se passe comme si la date alliacienne de 1789 avait été ramenée à 1689, constituant ainsi une échéance plus accessible.

Le lien entre l’Epître à Henri II et certains quatrains des trois dernières centuries est assez patent. ainsi pour IX, 44 :

“Migrez, migrez de Genève trestous
Saturne d’or en fer se changera”

qui fait écho, selon nous, au passage suivant de la fin du texte :

“Et après que tel temps aura duré longuement sera presque renouvelé un autre regne de Saturne et siècle d’or (…) et (Satan) demeurera lié environ l’espace de mille ans et tournera en sa plus grande force, la puissance Ecclesiastique et puis tourne deslié.”

Ce quatrain n’annonce pas des malheurs immédiats pour les réformés dont il prédit la prochaine victoire mais ne peut éviter, pour autant, de prophétiser un dernier avènement de l’Antéchrist qui verra à nouveau la persécution de l’Eglise Chrétienne. Antagonisme, en quelque sorte, entre une logique politique qui n’est pas censée laisser entendre que l’adversaire pourrait triompher et une logique eschatologique qui doit faire la part du diable.

Dès lors, les mentions de dates intermédiaires – qui ne correspondent en effet pas au texte alliacien – s’expliqueraient par une récupération réformée, ce qui finalement va de soi puisque la version connue de l’épître centurique à Henri II apparaît en milieu protestant, en tête de centuries anti Guise.

Le fait de délimiter un espace de temps allant de 1606 à 1792 s’apparente au discours d’un Pierre du Moulin, qui lui, rapprochera l’échéance alliacienne d’un siècle.

On notera d’ailleurs au début du XVIIe siècle une certaine effervescence dont Du Moulin est précisément une des expressions les plus frappantes. L’Eglise en question est bien ici celle des évangélistes et non celle de Rome. Inutile de préciser que de tels calculs diffèrent sensiblement de ceux établis par Michel de Nostredame.

Conclusion

Dans le cas des deux passages issus l’un d’un Eclipsium, l’autre d’un Ephemeridum, l’on peut raisonnablement supposer qu’il ait pu effectivement existé des Significations sur l’éclipse du 16 septembre 1559, parus à cette époque mais nous pensons que les exemplaires qui nous sont parvenus ont subi des modifications, notamment par l’interpolation maladroite d’un passage de l’Eclipsium de Leovitius relatif à une supposée conjonction Mars-Antarès en Sagittaire et en Maison VIII annonçant la mort violente d’un prince. On aura voulu créditer Michel de Nostredame d’un tel succès prévisionnel. En ce qui concerne le passage concernant 1606 au sein de l’Epître à Henri II, il s’agit, bien évidemment, aussi d’une interpolation, également assez maladroite. En effet, il est étonnant qu’une telle série de positions planétaires ne soit pas signalée en rapport avec l’année correspondante, à savoir 1606. Tout se passe comme si l’on avait récupéré une telle série en un lieu où l’année 1606 était nettement indiquée et que par inadvertance on ait oublié de le signaler. Il semble en effet exclu qu’une telle bévue ait pu se produire si l’Epître avait été d’un seul tenant. La présence de l’année 1606, rajoutée à l’année 1585, ne suffit guère à éclairer le lecteur sur la raison d’être des dites positions planétaires et on peut d’ailleurs supposer que cette addition date de l’époque où précisément 1606 a été juxtaposé à 1585, soit vraisemblablement au début des années 1590, après que l’excitation liée aux années 158031 soit retombée. Mais rappelons que le véritable enjeu concernant la thèse de la contrefaçon des Significations de l’Eclipse de septembre 1559 est d’un autre ordre : il s’agissait de disqualifier la seule et unique pièce, n’appartenant pas au corpus centurique proprement dit, pouvant témoigner de l’existence de centuries du vivant de Michel de Nostredame et qui plus est d’un texte qui aurait été rédigé par ce dernier ! Rappelons que MDN ne mentionne les Centuries ni dans sa correspondance, ni dans ses publications annuelles. Il est fort probable qu’outre l’interpolation-Antarès, il faille aussi prendre en compte l’interpolation-seconde centurie.

Jacques Halbronn
Paris, le 2 juillet 2003

Notes

Reproduite en fac-similé dans les Présages de Nostradamus, de B. Chevignard, Paris, Seuil, 1999. Voir nos observations in Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002, pp. 29 et seq. Retour

Diffusé par les Presses Universitaires du Septentrion, 2002, dont le IIIe volet, qui comprend l’essentiel de nos études consacrées au corpus nostradamique, dans notre thèse d’Etat, sera bientôt en ligne, sur le Site Nostredame.chez.tiscali.free.fr. Retour

Voir ses études sur le Site Nostredame.chez.tiscali.free.fr. Retour

Cf. BNF Reserve V 1820 Resaq. Retour

Cf. nos travaux sur Antarès, étoile fixe constituant avec Aldébaran un axe majeur, à la rubrique Astrologica in Encyclopaedia Hermetica et notamment “Epistémologie des aspects astrologiques”. Retour

Voir Lettre XVIII de Lorenz Tubbe à Nostradamus, J. Dupèbe, Intr. Et trad. Lettres Inédites de Nostradamus, Genève, Droz, 1983. Retour

Lettre de Bourges datée du 1er décembre 1560″ (Trad. Bernadette Lecureux, p. 91 in R. Amadou, dir. L’astrologie de Nostradamus, dossier, Poissy, ARRC, 1992. Retour

Voir sur 1606 dans les Ephémérides de Leovitius, Christian Wöllner Das Mysterium des Nostradamus, 1926, p. 29. Retour

Cf. Prédictions des choses mémorables, op. cit. Retour

10 Cf. Prédictions mémorables, op. cit. p. 70. Retour

11 Or, Nostradamus aurait avancé à plusieurs reprises la date de 1607 mais sur quelles bases ? Voir Chomarat, “De quelques dates dans les prophéties de Nostradamus”, in Prophètes et prophéties au XVIIe siècle, Paris, Cahiers V-L. Saulnier, 15, Presses de l’Ecole Normale Supérieure, 1998. Retour

12 En fait l’année 1547 conviendrait mieux à cette description, mais Nostradamus ne parle-t-il pas du futur ? Retour

13 Voir Prunier, “Nostradamus et l’année 1606”, Cahiers astrologiques, n° 202, Paris, 1980, p. 15, concernant la ponctuation de cette phrase et le statut de “suivant” qui devient pour lui “suivent” ; P. Brind’amour, Nostradamus astrophile, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 1992, aboutit aux mêmes conclusions. Retour

14 P. Brind’amour (op. cit.) attribue le mode de lecture des éphémérides à Michel de Nostredame en personne. Retour

15 Il semble en fait, comme l’a montré P. Brind’amour (op.cit.), que l’auteur n’a pas accompli toutes les interpolations nécessaires et se serait contenté de recopier telles quelles les données figurant dans les tables astronomiques, pour une heure arbitrairement choisie. Retour

16 Cf. M. Screech, Ed. de Rabelais, La Pantagruéline Pronostication, Genéve, Droz, 1980. Retour

17 “Ephemeridum a capite anni (…) DXXXII in alios XX proxime subsequentes” (sur vingt ans, à partir de 1532, Screech cite notamment une édition parisienne, chez Galiot Du Pré de 1533, Bodleian Library (Oxford), l’Ephemeridum de Leovitius fait en quelque sorte suite à celui de Stoeffler. Retour

18 Le fait de ne pas citer les luminaires qui, eux, n’ont pas de rétrogradation aurait pu mettre sur la voie. Retour

19 Voir Prunier, op. cit. pp. 14 – 15, qui signale quelques anomalies. Retour

20 Repris par E. Tabourot, en 1588. Voir sa notice dans notre CATAF, sur le Site Cura.free.fr. Retour

21 A Paris, F. Bourriquant, pp. 46 et seq, BNF, 8° Lb35 846. Retour

22 NDE : Les Contredits de Couillard, bien que publiées en 1560 avaient déjà été composés en 1555 (fol. 100r). Voir notre article dans cette même rubrique, “Les premiers garants de la publication des Centuries de Nostradamus ou la Lettre à César reconstituée”Retour

23 Cette différence de date – 1547 au lieu de 1557 – est considérée par Ruzo, Testament de Nostradamus, Monaco, Le Rocher, 1982, pp. 84 – 85, comme une marque des éditions d’Avignon. Il est possible que celles-ci aient en effet servi pour la confection d’éditions des années Quatre-Vingt et que l’Epître à Henri II ait été conservée telle quelle, tandis que les quatrains, quant à eux, étaient largement remplacés. Voir aussi J. Halbronn, “Récentes bibliographies autour de Nostradamus”, Politica Hermetica, 5, 1991. Retour

24 Il y a là un problème de calendrier pour des dates situées dans les mois de janvier, février et une partie de mars, en raison de la fixation du Ier de l’an en janvier dans la seconde partie du siècle, ce qui pourrait aboutir à l’ajout d’un an. Retour

25 Cf. La Hierusalem céleste, s. l. n. d., BNF. Retour

26 Cf. Théo Van Berkel “The second biblical chronology in the Epistle to Henry II”, Site Nostredame.chez.tiscali.free.fr. Retour

27 Voir Halbronn, “Pierre d’Ailly: des conjonctions planétaires à l’Antéchrist”, Bulletin de la Société Historique de Compiégne, 1993, et “Exégèse prophétique de la Révolution Française”, Politica Hermetica, 1994. Retour

28 Voir E. Labrousse, L’entrée de Saturne au Lion. L’Eclipse du 16 août 1654, La Haye, Nijhoff, 1974. Retour

29 Cf. “Newton et l’école précessionnelle française”, Site Cura.free.fr. Retour

30 Voir Halbronn, “Pierre du Moulin et le thème du pape Antéchrist”, Formes du millénarisme, à l’aube des temps modernes, Paris, Champion, 2001. P. Jurieu usera également de la formule dans le titre de l’Accomplissement des prophéties (…) ouvrage dans lequel il est prouvé (…) que la persécution présente peut finir dans trois ans & demi, Rotterdam, 1686, BNF, D2 3822 (1,1). Retour

31 Cf. “Exégèse prophétique de la Révolution Française”, Colloque Prophétisme et politique, Politica Hermetica, 1994. Retour

 


 

 

 

 


[1]exemplaire que nous avons été le premier à signaler à  la Bibliothèque Royale de La Haye, comme le note Pierre  Brind ‘amour.

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

Jacques Halbronn Nostradamus et l’Antéchrist

Posté par nofim le 2 juillet 2021

 

Nostradamus  et l’Antéchrist

par   Jacques  Halbronn

 

 

Nous  avons eu l’occasion  de traiter du thème de l’Antéchrist, notamment à propos de Pierre d’Ailly  et  de Pierre du Moulin :

Pierre d’Ailly  et l’Antéchrist. Colloque Européen 16-17 mai 1992 De Pierre d’Ailly à  Christophe Colomb, Bulletin de la Société Historique de Compiégne, 1993.Tome 33/  et Pierre du Moulin et le thème du pape Antéchrist, in Formes du millénarisme en Europe à l’aube des temps modernes. Actes du Colloque International de l’Association Renaissance, Humanisme, Réforme, Marseille 10-12 septembre 1998 édités par Jean Raymond Fanlo et André Tournon,  Paris, H. Champion, 2001./ Entre ces deux personnages des Xve  et XVIIe siècles, se situe Nostradamus, homme du XVIe siècle dont nous  traiterons ici de son intérêt pour une telle thématique, ce qui nous conduira à éclairer la source de certains quatrains des Centuries[1]

 

Notre corpus comportera deux documents édités  en 1905  et 1906 à Mariebourg Sub st Michaelis Invoc :

Reproduction   très lisible d’un manuscrit de M. de Nostredame dédicacé  à S. S. le Pape Pie IV. Les praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563,  et 1564, , daté de 1561.[2]

et

Michel de Nostredame  Almanach pour l’an de grâce 1563.

On peut penser que ces « praedictions », de par leur caractère pluri-annuel,  complétent un autre manuscrit à savoir le Recueil des présages prosaïques (cf l’édition  de B. Chevignard,  Paris,  Seuil, 1999) et nous montrent une  autre  facette de Nostradamus, justement plus intéressé par la question de l’Antéchrist qu’on ne le dit généralemen au vu de  ses almanachs et prognostications.

C’est ainsi, comme on le verra, que le quatrain  VIII, 76, dans le second volet, doit être appréhendé au prisme du recueil des « praedictions »

« Plus Macelin que Roy en Angleterre » et VIII, 77 « L’antechrist  trois bien tost annichilez ».

puisque le mot « macelin »  trouve son explication  dans les dites « praedictions ».

On note que dans l’almanach pour 1563, il est fait mention explicitement -p. 29  de l’édition 1905 des  dites « praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563,  et 1564 », : dans la « prédiction de février » : « en l’année  1562, 1563, 1564 & inclusivement iusques  en l’année 1567 »

 

D’ailleurs, le pape Pie IV  est mentionné dans le dit Almanach pour 1563   au sein de l’épitre datée du 20 juillet 1562 adressée à Fabrice de Serbelloni ; général pour Nostre Saint Père  aux choses de la guerre en la Comté du Venaissin (cf R. Benazra, RCN, op. Cit. Pp ; 55 et seq  Dans l’almanach pour 1563, Nostradamus reconnaît qu’il ne peut tout annoncer : (p. 20)  dans les prédictions  de janvier « combien (=bien que)  qu’il me soit  à demy défendu de ne  manifester ce que les astres démonstrent »

 

Nous reprendrons ici un texte mis en ligne en 2012 sur le site propheties.it de Mario Gregorio ;

 

121 – Antoine Crespin et le quatrain VIII, 76 Plus Macelin que roy en Angleterre
Par Jacques Halbronn

On sait que l’une des questions lancinantes concernant la genèse des quatrains centuriques tient au fait qu’Antoine Crespin, dans les deux éditions de ses Prophéties dédiées à la nation française et à la puissance divine, y a inscrit un grand nombre d’éléments qui recoupent des quatrains centuriques. Est-ce le signe que Crespin avait, au début des années 1570, eu sous les yeux une édition à 10 centuries, puisque les quatrains ainsi concernés se répartissent entre les deux premiers volets de l’ensemble centurique ou bien est ce l’indication que l’on aurait récupéré des textes de Crespin pour confectionner une partie des quatrains répartis entre les dix centuries ?
Il apparait au réexamen d’un manuscrit insuffisamment exploité, dont le collectionneur de nostradamica Daniel Ruzo avait une copie, à savoir Les praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 (sic), daté du 20 avril 1561 repris dans une Reproduction très fidèle d’un manuscrit inédit (sic) de M. de Nostredame, dédié à S. S. le Pape Pie IV, Marienbourg, 1906. Robert Amadou s’est fortement intéressé au document dont il s’agit ici[10] dans une annexe de son « dossier » L’astrologie de Nostradamus’, Poissy, ARRC, 1992 (pp. 402-413) sous le titre « Nostradamus au Pape Pie IV. Lettre ouverte (1561) »
Pour Robert Amadou, cette épitre-préface au Pape, en italien, est apocryphe : « Nous tenons pour apocryphe le texte, différent des deux précédents, d’une prétendue lettre de Nostradamus à Pie IV qui n’existe plus qu’en traduction italienne » . Amadou n’a pas vu qu’il ne s’agissait pas de l’épitre mais de la Préface, tronquée, qui lui fait suite…
Quant à Robert Benazra il passe à côté de la « Préface », coincée entre l’épitre au pape et les prédictions pour 1562 (Les pronostications et almanachs de Michel Nostradamus, site CURA) :
« Le XVIe siècle nous a transmis un manuscrit en français comportant plusieurs passages autographes de Nostradamus Les Praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 par M. Michel de Nostre dame Docteur en medicine. Faciebat M. Nostradamus. Salonae petreae provinciae. XX Aprilis 1561. Cette copie manuscrite de 222 pages est restée inédite. Les Prédictions sont dédiées au Pape Pie IV dans une épître, datée de « Salon de Craux en Prouence, ce XX avril 1561″. Malgré son titre, l’ouvrage porte essentiellement sur l’année 1562, avec quelques anticipations pour les années suivantes. Il ne semble pas que ce manuscrit destiné au pape lui fut envoyé, car on remarque dans le texte de nombreux espaces blancs, prouvant que Nostradamus n’avait pas entièrement revu son texte. On sait effectivement que le secrétaire de Nostradamus laissait des espaces blancs, à remplir plus tard, quand il n’arrivait pas à lire le texte original. Les troubles du printemps 1561 à Salon et la fuite de Nostradamus à Avignon expliquent sans doute ces particularités. » Or, la fortune de l’ouvrage en Italie précisément pour des années ultérieures prouve qu’il n’en est rien.

L’éditeur du manuscrit qui, lui, a compris, le lien entre le texte français et le texte italien, écrit en marge « Macelin Boucher, v . Barozzi 1566, fol.. 9 verso », ce qui est pertinent puisque le manuscrit en question a été traduit, du moins partiellement, en italien, en ce qui concerne la fin de la « Préface », et que Francesco Barozzi en a fait un commentaire dans ses Annotationi au chapitre V de son Pronostico Universale, Bologne, 1566.(BNF V 1193) « Delli horibili specttacoli & avenimenti dell’anno 1567.
On prendra pour exemple le cas du quatrain VIII 76 dont certains éléments se trouvent dans les Prophéties du dit Crespin. On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement entre ce quatrain et un passage, situé à la fin de la « Préface » que Nostradamus consacre à la période allant jusqu’à l’an 1570, et qui fait suite à son épitre à Pie IV. En fait, l’ensemble ne va guère au-delà de 1567, comme d’ailleurs son almanach. Il faudrait vérifier si le dit almanach fait écho à de telles prédictions apocalyptiques.
« Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’Avril naistra un (sic) de quelque grand Roy et monarque, qui fera sa fin cruelle et sanguinolente mais la ruine de son régne oncques ne fut pire ne plus sanguinaire. On le nommera MARCELLINUS mais on lui ostera de son nom l’R.’ »
Si on enlève, le R de Marcellinus, on arrive à macellinus, ce qui nous renvoie à « macelin », boucher, Ce qui est à rapprocher du quatrain VIII 76 : En latin, le macellum est le « marché aux viandes » Le quatrain ne restitue pas le jeu de mots et ne fait sens que par référence au texte en prose.

« Plus macelin que roi en Angleterre
Lieu obscur nay par force aura l’empire
Lasche sans foy, sans loy saignera terre
Son temps s’approche si pres que je souspire »

Ce quatrain est souvent utilisé pour qualifier Cromwell (Garencières, 1672) et plus tard Napoléon..

On trouve le premier vers chez Crespin :
« A la maison de monsieur de Cursol
Plus macelin que roy en Angleterre, lieu obscur nay par force aura l’empire, froid, siccite, danger vers les frontières, mesmes où l’oracle a pris commencement »
On trouve le mot « boucherie » dans l’almanach de Nostradamus pour 1565 :
« L’oracle qui est en apres présage de merveilleux ?????as par la mort de plusieurs par la inenarrable cruauté d’un qui sera cause d’une grande boucherie »

Nous pensons que Nostradamus a fait un jeu de mot, il est passé de boucher, macelin, à Marcellinus.
Dans les années 1560, un ouvrage joue un rôle important, sous le nom de
Livre merveilleux contenant en brief la fleur et substance de plusieurs traictiez tant des Propheties et revelations qu’anciennes Chroniques, ouvrage lié au nom de Telesphore de Cosenze.[11]. et qui porte un nom très proche de celui qui sera associé au Mirabilis Liber, alors qu’il ne faut pas confondre les deux recueils de « prophéties et révélations »
On y parle de Satan « mis hors de prison ». et qui va régner un temps mais « en l’an 1569, la terre changera de seigneur » (In Prophétie de l’abbé de Cambrézy, trouvée en un vieil exeplaire,laquelle commence au regne du Roy François, à la fin du recueil, Fol 52 verso). Certaines éditions portent l’année 1566 en page de titre. Par la suite, l’ouvrage sera doté d’une annexe lui permettant d’être en prise sur les années 1580.
– Barozzi cite littéralement et mot à mot le passage de Nostradamus concernant un avenir très proche, puisque son texte parait en 1566, en le reprenant d’une traduction italienne parue depuis peu et dont a conservé plusieurs éditions :
« L’anno 1567 nel mese d’April nascera un di cualche gran Re & Monarcha (..) & si chiamera Marcellino ma sara levato dal suo nome la R. »
Barozzi pense qu’il doit s’agir d’un Antéchrist « tutto contrario » au Christ
Il est étonnant que l’on n’ait pas fait le rapprochement avec le quatrain VIII 76, du fait de ce mot Macelin si particulier en français. Il est clair que Barozzi n’a pas connaissance, à l’époque, des Centuries et pour cause.
Epilogue
On nous dit que l’almanach de Nostradamus pour 1567 est introuvable bien qu’il ait été réédité – on en connait actuellement la seule page de titre, au début du XXe siècle. Heureusement, nous disposons de sa traduction imprimée en italien
Almanach per l’anno DMLXVII composto per M. Michele Nostradamo Monte Regale; conservé à Cracovie (Pologne), daté du 15 juin 1566.
C’est la continuation du programme de 1563 qui devait couvrir jusqu’en 1570- en fait il n’était pas allé plus loin que 1567. Cette fois, Nostradamus a en vue les années 1567, 1568 & 1569/1570/.

On aura compris que selon nous, un certain nombre de quatrains des centuries sont composés à partir de prédictions en prose de Nostradamus et que cela ne se limite pas aux seuls quatrains des almanachs. En ce sens, Nostradamus serait bien l’auteur de quatrains centuriques mais de façon indirecte, c’est à dire que sa terminologie se serait maintenue mais non l’agencement de son discours.
En ce qui concerne les épitres en prose figurant en tête des deux premiers « livrets », nous relèverons deux points.
En ce qui concerne la Préface à César, le mot Préface pourrait se référer à l’almanach pour 1562, où ce mot figure à deux reprises. Que penser, par ailleurs, de ce passage (p. 138) « J’ai réservé à cette calculation et autres présages pour un petit opuscule apart où plus amplement j’ay mis par escrit ses significations « ? Ailleurs : « comme plus à plein je déclareray à la préface du présent présage »
On rapprochera ces extraits de la fin de la Préface à César qui pourrait en dériver : « comme plus à plein i’ay rédigé par escrit aux miennes autres prophéties » et « espérant toy déclarer une chacune prophétie des quatrains ici mis ». Il est peu probable que les explications annoncées de Nostradamus se limitaient à des séries de quatrains. A l’évidence, Nostradamus, comme le montre l’almanach, dans sa version complète, pour 1562, nous montre au contraire un homme qui entend se faire comprendre sans détour.
En ce qui concerne l’Epitre à Henri II, nous noterons que dans l’épitre au Pape, ce n’est pas au roi (mort en 1559) mais à la reine mère que Nostradamus déclare transmettre ses recherches : « laquelle préface au commencement de ma calculation je communiquay à la Sérénissime Maiesté de la Royne, Régente du Royaume, monarque d’incomparable débonnairité «
Entendez par « préface » non pas l’épitre qui justement la précède et l’annonce mais une présentation d’ensemble. Nous découvrons un autre visage de Nostradamus, qui n’est celui du poéte qui se cache derrière un certain hermétisme se prétant à toutes les lectures, ni celui de l’astrologue ne considérant que l’année qui vient. A partir des années 1560, c’est un Nostradamus qui n’hésite pas à embrasser plusieurs années à la fois- ce qu’il faisait d’ailleurs dans ses consultations (cf Lettres Inédites, intr. J. Dupébe,Droz, 1983) – et à dire les choses de façon assez forte pour que tout le monde comprenne et se prépare. La connaissance des textes en prose est d’autant plus importante qu’elle sous-tend littéralement les quatrains qui en sont issus/
Quant à Crespin, peut-être a-t-il eu accès aux traductions italiennes du manuscrit, lui qui semble assez fortement marqué par l’Italie. Ainsi sa Pronostication générale est située en la cité de Messsine, Sicile , au 17 juin 1572. Mais quand il emprunte aux Prédictions pour 1562, cela ne peut se faire qu’en ayant eu accés au dit manuscrit, ce qui suppose bel et bien une proximité avec le cercle restreint familial et les documents dont le testament de 1566 leur a confié la garde »

 

On notera  que même si certains n’ont pas eu accés à l’édition « Mariebourg » du début du siècle dernier,  comme Benazra,  il leur restait la possibilité d’en prendre connaissance par le biais des traductions italiennes. Reprenons ce passage de notre étude de 2012 :

 

-« Barozzi cite littéralement et mot à mot le passage de Nostradamus concernant un avenir très proche, puisque son texte parait en 1566, en le reprenant d’une traduction italienne parue depuis peu et dont a conservé plusieurs éditions :
« L’anno 1567 nel mese d’April nascera un di cualche gran Re & Monarcha (..) & si chiamera Marcellino ma sara levato dal suo nome la R. »
Barozzi pense qu’il doit s’agir d’un Antéchrist « tutto contrario » au Christ
Il est étonnant que l’on n’ait pas fait le rapprochement avec le quatrain VIII 76, du fait de ce mot Macelin si particulier en français. Il est clair que Barozzi n’a pas connaissance, à l’époque, des Centuries et pour cause »Il ne connait la forme « macelin » ni par VIII 76 mais bien du fait de l’Epitre de Nostradamus au Pape.

 

Reste la question  du premier vers qui se retrouve chez Crespin (cf  nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat, 2002):
« A la maison de monsieur de Cursol
Plus macelin que roy en Angleterre, lieu obscur nay par force aura l’empire, froid, siccite, danger vers les frontières, mesmes où l’oracle a pris commencement » à rapprocher du quatrain centurique  en ce qui concerne les deux premiers versets.

 

« Plus macelin que roi en Angleterre
Lieu obscur nay par force aura l’empire
Lasche sans foy, sans loy saignera terre
Son temps s’approche si pres que je souspire »

 

On admettra  que le quatrain du moins en sa première moitié  aura été repris de Crespin  et non  point directement de l’Epitre à Pie IV. Quant à Crespin, il a bien fallu qu’il  se serve de la dite Epitre  de Nostradamus à Pie IV  que ce soit en français ou en italien, ce qui montre la complexité de la relation entre Crespin et Nostradamus. Certes,  on aura repris des éléments de Crespin pour fabriquer certains quatrains mais Crespin lui-même avait déjà emprunté à Nostradamus, non pas en ce qui concerne ses centuries mais pour ce qui est de son épitre au Pape. Nous avions rassemblé tous les éléments du puzzle mais n’étions pas encore parvenu à l’assembler correctement et une fois de plus, il nous est revenu de le faire puisque d’autres chercheurs n’ont pas su profiter en temps utile des pièces du dossier qui leur avait été fourni, il y aura 20 ans dans quelques mois.

Revenons à ce propos sur le premier élément fourni il y a 30 ans dans le Bulletin  Réforme Humanisme Renaissance  (n°33) : « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus(1561) » que ni Chomarat ni Benazra n’avaient répertoriées dans leurs bibliographies de 1989 et 1990, où nous reproduisons  en fac  simile des pages des traductions italiennes (tous conservés à la BNF) et pas moins de trois pages de titre en cette langue :

Li  Presagi  et  Pronostici di M. Michele Nostradamo quale principiando l’anno MLXV etc  (..) diligentemente estratti dall Originali francesi,  dont Nostradamus fut lui-même l’éditeur  et pas seulement l’auteur -comme l’indique la page de titre »  Michele Nostradamo Medico di Salon de Craux in provensa Alla Santita di Papa Pio IIII(..)Con privilegio del Re  & di S.S.

Ce document est probablement le plus remarquable puisqu’il atteste de l’initiative même de Nostradamus, peu avant sa mort,  pour rayonner hors de France  avec un privilége du pape.

 

Pronostico universale( …) raccolto dalli Presagi,  del Divino Michel  Nostradamo, Bologne 1566 de Francesco Barozzi,

 

Vero Pronostico calcolato dall Eccelentissimo astrologo (…) M. Michel Nostradamo Francese Il qual narra diligentemente le perverse calamita che deve incorrerera l’anno 1566, Bologne, Alessandro Benatio, 1566

Nous reproduisons à titre de curiosité  quatre notices de la BNF puisque la BNF a mieux conservé les éditions italiennes que françaises de la production de Nostradamus de son vivant. Force est de constater que la recherche aura subi  les conséquences de l’obstacle linguistique et que ces textes n’auront pas été sérieusement traités avant notre étude de 1991.

 

 

Auteur(s) : Nostradamus (1503-1566) Voir les notices liées en tant qu’auteur

Titre(s) : Il Vero Pronostico calcolato dall’ eccellmo astrologo et filosofo M. Michel Nostradamo Francese, il qual narra diligentemente tutte le perverse calamità, che deve incorrere l’anno 1566… [Texte imprimé]

Publication : In Bologna : per Alessandro Benatio, 1566

Description matérielle : In-4° , 4 ff., fig. au titre, notes mss.

Notice n° :  FRBNF31025934

 


Barozzi, Francesco (1537-1604)

Pronostico universale di tutto il mondo, il qual comincia dal principio dell’ anno 1565 e finisce al principio dell’anno 1570, raccolto dalli « Presagi » del divino Michiele Nostradamo et dalli pronostici di molti altri eccellentissimi autori… per M. Francesco Barozzi,…

libraria del « Mercurio »

 

Livres

Consultable sur Gallica

21564

 

Nostradamus (1503-1566)

Li Presagi et pronostici di M. Michele Nostradamo, quale principiando l’anno M.D.LXV. diligentemente discorrendo di anno in anno fino al 1570… Diligentemente estratti dalli originali francesi, nella nostra italica lingua…

 

Livres

31565

 

Nostradamus (1503-1566)

Li presagi et pronostici di M. Michele Nostradamo Francese , quale principiano l’anno M.D.LXV diligentemente discorendo di anno in anno fino al 1570… diligentemente estratti dalli originali francesi nella nostra italiana lingua…

 

Livres

Consultable sur Gallica

 

Notre article  de 1991 est accessible  sur :

https://www.persee.fr/doc/rhren_0181-6799_1991_num_33_1_1808

et  résumé  sur

https://cour-de-france.fr/histoire-et-fonction/histoire-et-fonctionnement/politique-et-religion/etudes-modernes/article/une-attaque-reformee-oubliee-contre-nostradamus-1561

 

JHB

02. 07 21

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1]on reprendra notamment  certains points exposés dans   Le dominicain Giffré de Réchac  et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle, post doctorat EPHE Ve section 2007)

[2](signalé par R . Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique, Paris, La Grande Conjonction,   Trédaniel, 1990, p. 52, qui semble ignorer l’existence de l’édition  de 1906.

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

Jacques Halbronn Trente ans après la publication de son « Attaque réformée contre Nostradamus »

Posté par nofim le 29 juin 2021

Trente ans après   « Une  attaque réformée oubliée contre Nostradamus »

Par  jacques  Halbronn

 

Il y a 30 ans paraissait  une étude consacrée à un texte non recensé dans les bibliographies de Chomarat et de  Benazra qui venaient de paraitre. La contrepronostication à celle de Nostradamus de ¨Pie  Quatriesme -Reims  1561, ouvrage que nous avions découvert dans les fichiers  non encore informatisés du site Richelieu de la BNF. Notre étude « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561) « Réforme, Humanisme, Renaissance  Année 1991  33  pp. 43-72 accordait la plus grande importance aux épitres que Michel de Nostredame adressa au début des années 1560 au pape Pie IV.

Or, dans une étude parue sur son site du CURA qui accorde au pape une certaine place : »

 « Les publications de l’année 1561 pour l’an 1562 »Transcription de la dédicace au pape Pie IV d’après l’imprimé :

LES PREDICTIONS DE L’ALMANACH DE L’ANNEE 1562
Contenant les declarations d’un chascun moys de l’an.
Consacrez à nostre sainct pere, le pape Pie quatriesme de ce nom,
composez & calculez par M. Michel Nostradamus,
docteur en Medecine, de Salon de Craux en Provence.

PIO IIII PONTIFICI MAX(IMO) [Au très grand pape Pie IV]

,Patrice Guinard ne mentionne (en 2014 ni en 2020, dans sa mise à jour) ni notre article ni le texte auquel il lui est consacré tout en reproduisant un ensemble de textes  et de pages de titre qui figuraient déjà dans le dit article de 1991 pourtant tout à fait accessible et signalé sur les moteurs de recherche  et l’on découvre que notre étude bien  signalée  sur « Persée » ; https://www.persee.fr/doc/rhren_0181-6799_1991_num_33_1_1808)  aura été largement recensée 

 

Bibliographie internationale de lH̀umanisme et de la Renaissance

https://books.google.fr › books

 

1996

2655 HALBRONN ( Jacques ) , Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus ( 1561 ) , in R.H.R. , XVjaII ( 1991 ) , n ° 33 , p.43-72 , fac – sim . , bibliogr .

 

 

Bibliographie Internationale de l »Humanisme et de la …

https://books.google.fr › books

 

1995

1448 HALBRONN ( Jacques ) , Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus ( 1561 ) , in RHR , 33 ( 1991 ) , p.43-72 . 1449 MANOLESCO ( Ionela ) …

 

Storie di libri e tradizioni manoscritte dall’Antichità …

https://books.google.fr › books

Cecilia Mussini, ‎Stefano Rocchi, ‎Giovanni Cascio · 2018 · ‎Books

114–132 Halbronn, Jacques (1991): “Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)”, in: Bulletin de l’Association d’étude sur l’humanisme, …

 

 

Bibliographie Nostradamus – Valorisation du patrimoine et …

https://blogs.univ-jfc.fr › vphn › bibliographie-nostrada…

 

  1.  

GERSON, S., Nostradamus, le prophète de nos malheurs XVI-XXI, Paris, Tallandier, 2012; HALBRONN, J., Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus …

 

 

Jacques Halbronn Les modes de validation des faussaires, Les faux …

https://www.youtube.com › watch

 

 

jacques halbronn Sur les derniers avis de Patrice Guinard quant au …

http://nofim.unblog.fr › 2021/02/24 › jacques-halbronn-s…

 

jacques halbronn Sur les derniers avis de Patrice Guinard quant au corpus … 1991 Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561 … in revue …

 

 

Analyse nostradamienne : Avatars du centurocentrisme et du …

http://nostredame.chez-alice.fr › nhalb74

 

  1.  

“Mr. Halbronn pense que le quatrain X, 18 des Prophéties, qui commence par ce vers … L’année suivante, une attaque contre Ronsard, devenu fervent partisan des … 6 Cf. “Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)”, Réforme​, …

 

 

Analyse nostradamienne : Les épîtres nostradamiques, leur …

http://nostredame.chez-alice.fr › nhalb100

 

  1.  

par Jacques Halbronn … En 1991, quand nous avons publié notre article, “Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)” dans Réforme …

 

 

Thèse de Jacques Halbronn : Bibliographie des études sur le …

http://ramkat.free.fr › thalbb

 

  1.  
  2.  

-Benazra, R. (1993), Intr. à la réédition des Prophéties de Nostradamus de 1557, … -Halbronn, J. (1991.3), “Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus …

 

 

Analyse nostradamienne : Réponse aux observations parues dans …

http://ramkat.free.fr › nhalb27

 

  1.  

1 – Un faux almanach de Nostradamus paru sous la Ligue … Notre recherche nostradamologique – collaboration Halbronn - Van Berkel – a conduit … période, notre étude “Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)”, Réforme, …

 

 

<b><font size= »6″>Researches 51-60</font></b> – Mario Freedom’s …

http://www.propheties.it › Researches51-60

 

  1.  

par Jacques Halbronn. A examiner le corpus centurique, on a parfois l’​impression que Nostradamus n’est jamais mort. … (cf. notre article dans la revue RHR, °33 « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus », datant de 1561​.). A la fin …

 

 

RI OPAC – Regesta Imperii

http://opac.regesta-imperii.de › lang_de › suche › ts=At…

 

  1.  

L’attaque des cháteaux de Thuin el de Mirwart par l’éveque de Liege Adolphe de … Une attaque réforme oublie contre Nostradamus · Halbronn, Jacques E..

Navigation par pages

 

 

Plus  étonnant, nous trouvons sur le site du CURA une étude de Robert Benazra qui mentionne notre étude sans que  Guinard en ait pour autant pris connaissance !

 

Les Pronostications et Almanachs de Michel Nostradamus  avec une note de Patrice Guinard :

 

Note P.G.: Ce texte de l’auteur du « Répertoire Chronologique Nostradamique » (Paris, Trédaniel et La Grande Conjonction, 1990) pourra être complété et au besoin corrigé par les études de la section « Almanachs & Pronostications » du Corpus Nostradamus, et comme la recherche avance, voir mon bilan d’octobre 2014..
 

 

On ne peut que s’interroger-au bout de trente ans sur l’absence de mention d’un texte que l’on peut juger  important, publié par une revue estimée, Réforme Humanisme et Renaissance qui avait publié en 1986 l’étude de Chantal Liaroutzos sur l’emprunt des Centuries  à la Guide des Chemins de France et largement signalé dans les travaux de Patrice Guinard d’autant que sa propre publication recoupe largement  notre étude évidemment signalée dans notre thèse d’Etat de 1999. On  comparera  notre étude de 1991 (sur Persée) avec celle de P.  Guinard que nous avons signalée pour déterminer sur la dite étude aura été utilisée- malgré son silence- par Guinard  ou bien si le fait de ne pas y recourir  a pu hypothéqué sa publication.

Trente ans après, il est clair que nous pourrions apporter des éclairages supplémentaires notamment sur l’usage de certains passages des épitres au Pape que l’on retrouve dans tel ou tel quatrain des éditions centuriques (cf  notre post doctorat soutenu en 2007, il y  aura donc bientôt 15 ans ; « Le dominicain Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au xVIIe siècle » on le trouve sur SCRIBD_ autour de l’ Eclaircissement des veritables Quatrains de Maistre Michel Nostradamus, Amsterdam(?), 1656,  édition  dont  Guinard ne dit mot dans sa série d’articles  du Corpus Nostradamus • Ce post doctorat est signalé dans Wikipedia dans l’article qui nous est consacré.

 

 

 

 

 Signalons notamment notre étude de 2012 sur le site propheties.it

 

Researches 121-130

121 – Antoine Crespin et le quatrain VIII, 76 Plus Macelin que roy en Angleterre
Par Jacques Halbronn On sait que l’une des questions lancinantes concernant la genèse des quatrains centuriques tient au fait qu’Antoine Crespin, dans les deux éditions de ses Prophéties dédiées à la nation française et à la puissance divine, y a inscrit un grand nombre d’éléments qui recoupent des quatrains centuriques. Est-ce le signe que Crespin avait, au début des années 1570, eu sous les yeux une édition à 10 centuries, puisque les quatrains ainsi concernés se répartissent entre les deux premiers volets de l’ensemble centurique ou bien est ce l’indication que l’on aurait récupéré des textes de Crespin pour confectionner une partie des quatrains répartis entre les dix centuries ?
Il apparait au réexamen d’un manuscrit insuffisamment exploité, dont le collectionneur de nostradamica Daniel Ruzo avait une copie, à savoir Les praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 (sic), daté du 20 avril 1561 repris dans une Reproduction très fidèle d’un manuscrit inédit (sic) de M. de Nostredame, dédié à S. S. le Pape Pie IV, Marienbourg, 1906. Robert Amadou s’est fortement intéressé au document dont il s’agit ici[10] dans une annexe de son « dossier » L’astrologie de Nostradamus’, Poissy, ARRC, 1992 (pp. 402-413) sous le titre « Nostradamus au Pape Pie IV. Lettre ouverte (1561) »
Pour Robert Amadou, cette épitre-préface au Pape, en italien, est apocryphe : « Nous tenons pour apocryphe le texte, différent des deux précédents, d’une prétendue lettre de Nostradamus à Pie IV qui n’existe plus qu’en traduction italienne » . Amadou n’a pas vu qu’il ne s’agissait pas de l’épitre mais de la Préface, tronquée, qui lui fait suite…
Quant à Robert Benazra il passe à côté de la « Préface », coincée entre l’épitre au pape et les prédictions pour 1562 (Les pronostications et almanachs de Michel Nostradamus, site CURA) :
« Le XVIe siècle nous a transmis un manuscrit en français comportant plusieurs passages autographes de Nostradamus Les Praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 par M. Michel de Nostre dame Docteur en medicine. Faciebat M. Nostradamus. Salonae petreae provinciae. XX Aprilis 1561. Cette copie manuscrite de 222 pages est restée inédite. Les Prédictions sont dédiées au Pape Pie IV dans une épître, datée de « Salon de Craux en Prouence, ce XX avril 1561″. Malgré son titre, l’ouvrage porte essentiellement sur l’année 1562, avec quelques anticipations pour les années suivantes. Il ne semble pas que ce manuscrit destiné au pape lui fut envoyé, car on remarque dans le texte de nombreux espaces blancs, prouvant que Nostradamus n’avait pas entièrement revu son texte. On sait effectivement que le secrétaire de Nostradamus laissait des espaces blancs, à remplir plus tard, quand il n’arrivait pas à lire le texte original. Les troubles du printemps 1561 à Salon et la fuite de Nostradamus à Avignon expliquent sans doute ces particularités. » Or, la fortune de l’ouvrage en Italie précisément pour des années ultérieures prouve qu’il n’en est rien.

L’éditeur du manuscrit qui, lui, a compris, le lien entre le texte français et le texte italien, écrit en marge « Macelin Boucher, v . Barozzi 1566, fol.. 9 verso », ce qui est pertinent puisque le manuscrit en question a été traduit, du moins partiellement, en italien, en ce qui concerne la fin de la « Préface », et que Francesco Barozzi en a fait un commentaire dans ses Annotationi au chapitre V de son Pronostico Universale, Bologne, 1566.(BNF V 1193) « Delli horibili specttacoli & avenimenti dell’anno 1567.
On prendra pour exemple le cas du quatrain VIII 76 dont certains éléments se trouvent dans les Prophéties du dit Crespin. On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement entre ce quatrain et un passage, situé à la fin de la « Préface » que Nostradamus consacre à la période allant jusqu’à l’an 1570, et qui fait suite à son épitre à Pie IV. En fait, l’ensemble ne va guère au-delà de 1567, comme d’ailleurs son almanach. Il faudrait vérifier si le dit almanach fait écho à de telles prédictions apocalyptiques.
« Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’Avril naistra un (sic) de quelque grand Roy et monarque, qui fera sa fin cruelle et sanguinolente mais la ruine de son régne oncques ne fut pire ne plus sanguinaire. On le nommera MARCELLINUS mais on lui ostera de son nom l’R.’ »
Si on enlève, le R de Marcellinus, on arrive à macellinus, ce qui nous renvoie à « macelin », boucher, Ce qui est à rapprocher du quatrain VIII 76 : En latin, le macellum est le « marché aux viandes » Le quatrain ne restitue pas le jeu de mots et ne fait sens que par référence au texte en prose.

« Plus macelin que roi en Angleterre
Lieu obscur nay par force aura l’empire
Lasche sans foy, sans loy saignera terre
Son temps s’approche si pres que je souspire »

Ce quatrain est souvent utilisé pour qualifier Cromwell (Garencières, 1672) et plus tard Napoléon..

On trouve le premier vers chez Crespin :
« A la maison de monsieur de Cursol
Plus macelin que roy en Angleterre, lieu obscur nay par force aura l’empire, froid, siccite, danger vers les frontières, mesmes où l’oracle a pris commencement »
On trouve le mot « boucherie » dans l’almanach de Nostradamus pour 1565 :
« L’oracle qui est en apres présage de merveilleux ?????as par la mort de plusieurs par la inenarrable cruauté d’un qui sera cause d’une grande boucherie »

Nous pensons que Nostradamus a fait un jeu de mot, il est passé de boucher, macelin, à Marcellinus.
Dans les années 1560, un ouvrage joue un rôle important, sous le nom de
Livre merveilleux contenant en brief la fleur et substance de plusieurs traictiez tant des Propheties et revelations qu’anciennes Chroniques, ouvrage lié au nom de Telesphore de Cosenze.[11]. et qui porte un nom très proche de celui qui sera associé au Mirabilis Liber, alors qu’il ne faut pas confondre les deux recueils de « prophéties et révélations »
On y parle de Satan « mis hors de prison ». et qui va régner un temps mais « en l’an 1569, la terre changera de seigneur » (In Prophétie de l’abbé de Cambrézy, trouvée en un vieil exeplaire,laquelle commence au regne du Roy François, à la fin du recueil, Fol 52 verso). Certaines éditions portent l’année 1566 en page de titre. Par la suite, l’ouvrage sera doté d’une annexe lui permettant d’être en prise sur les années 1580.
– Barozzi cite littéralement et mot à mot le passage de Nostradamus concernant un avenir très proche, puisque son texte parait en 1566, en le reprenant d’une traduction italienne parue depuis peu et dont a conservé plusieurs éditions :
« L’anno 1567 nel mese d’April nascera un di cualche gran Re & Monarcha (..) & si chiamera Marcellino ma sara levato dal suo nome la R. »
Barozzi pense qu’il doit s’agir d’un Antéchrist « tutto contrario » au Christ
Il est étonnant que l’on n’ait pas fait le rapprochement avec le quatrain VIII 76, du fait de ce mot Macelin si particulier en français. Il est clair que Barozzi n’a pas connaissance, à l’époque, des Centuries et pour cause.
Epilogue
On nous dit que l’almanach de Nostradamus pour 1567 est introuvable bien qu’il ait été réédité – on en connait actuellement la seule page de titre, au début du XXe siècle. Heureusement, nous disposons de sa traduction imprimée en italien
Almanach per l’anno DMLXVII composto per M. Michele Nostradamo Monte Regale; conservé à Cracovie (Pologne), daté du 15 juin 1566.
C’est la continuation du programme de 1563 qui devait couvrir jusqu’en 1570- en fait il n’était pas allé plus loin que 1567. Cette fois, Nostradamus a en vue les années 1567, 1568 & 1569/1570/.

On aura compris que selon nous, un certain nombre de quatrains des centuries sont composés à partir de prédictions en prose de Nostradamus et que cela ne se limite pas aux seuls quatrains des almanachs. En ce sens, Nostradamus serait bien l’auteur de quatrains centuriques mais de façon indirecte, c’est à dire que sa terminologie se serait maintenue mais non l’agencement de son discours.
En ce qui concerne les épitres en prose figurant en tête des deux premiers « livrets », nous relèverons deux points.
En ce qui concerne la Préface à César, le mot Préface pourrait se référer à l’almanach pour 1562, où ce mot figure à deux reprises. Que penser, par ailleurs, de ce passage (p. 138) « J’ai réservé à cette calculation et autres présages pour un petit opuscule apart où plus amplement j’ay mis par escrit ses significations « ? Ailleurs : « comme plus à plein je déclareray à la préface du présent présage »
On rapprochera ces extraits de la fin de la Préface à César qui pourrait en dériver : « comme plus à plein i’ay rédigé par escrit aux miennes autres prophéties » et « espérant toy déclarer une chacune prophétie des quatrains ici mis ». Il est peu probable que les explications annoncées de Nostradamus se limitaient à des séries de quatrains. A l’évidence, Nostradamus, comme le montre l’almanach, dans sa version complète, pour 1562, nous montre au contraire un homme qui entend se faire comprendre sans détour.
En ce qui concerne l’Epitre à Henri II, nous noterons que dans l’épitre au Pape, ce n’est pas au roi (mort en 1559) mais à la reine mère que Nostradamus déclare transmettre ses recherches : « laquelle préface au commencement de ma calculation je communiquay à la Sérénissime Maiesté de la Royne, Régente du Royaume, monarque d’incomparable débonnairité «
Entendez par « préface » non pas l’épitre qui justement la précède et l’annonce mais une présentation d’ensemble. Nous découvrons un autre visage de Nostradamus, qui n’est celui du poéte qui se cache derrière un certain hermétisme se prétant à toutes les lectures, ni celui de l’astrologue ne considérant que l’année qui vient. A partir des années 1560, c’est un Nostradamus qui n’hésite pas à embrasser plusieurs années à la fois- ce qu’il faisait d’ailleurs dans ses consultations (cf Lettres Inédites, intr. J. Dupébe,Droz, 1983) – et à dire les choses de façon assez forte pour que tout le monde comprenne et se prépare. La connaissance des textes en prose est d’autant plus importante qu’elle sous-tend littéralement les quatrains qui en sont issus/
Quant à Crespin, peut-être a-t-il eu accès aux traductions italiennes du manuscrit, lui qui semble assez fortement marqué par l’Italie. Ainsi sa Pronostication générale est située en la cité de Messsine, Sicile , au 17 juin 1572. Mais quand il emprunte aux Prédictions pour 1562, cela ne peut se faire qu’en ayant eu accés au dit manuscrit, ce qui suppose bel et bien une proximité avec le cercle restreint familial et les documents dont le testament de 1566 leur a confié la garde.

 

 

 

 

JHB

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jacques Halbronn Dix ans après « Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique »

Posté par nofim le 26 juin 2021

 

 

 

 

Dix ans après « Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique »

Par Jacques  Halbronn

 

 

En 2011, Gérard Morisse  avait  fait paraitre, à Bordeaux,  dans la Revue Française d’Histoire du Livre un ensemble d’études consacrées au corpus Nostradamus (n° 132) sur environ 150 pages. C’était 4 ans après notre soutenance de postdoctorat à l’Ecole Pratiques des Hautes Etudes intitulé « Le Dominicain Jean Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle ». Trois ans plus tôt, le même Gérard Morisse avait publié un travail de Patrice  Guinard sur le même corpus dont nous prenions le contre- pied à moins que cela n’ait été le contraire puisque Guinard défendait le dit corpus contre nos critiques.

C’est l’occasion,  avec dix années de recul, de faire le point sur l’avancée de nos travaux sur le sujet. Cela dit, en 2013, nous avons mis en ligne toute une série d’études sur le site de Mario Gregorio, Propheties.it. ce qui venait déjà prolonger le dossier de 2011. Encore plus récemment  nous avons mis en ligne sur SCRIBD un copieux dossier sur les légendes dorées prophétiques de Nostradamus à André Barbault/ Mais nombreux sont ceux qui  ne prennent pas la peine de lire  consciencieusement la littérature sur le sujet/

Notre principale contribution  concerne  la notion de « Nostradamus Bis », où nous montrons dans  une série de trois articles, mis en ligne notamment sur  Nofim.unblog  Halbronn, que les contrefaçons sont essentiellement des recyclages de textes parus dans un autre contexte que celui des éditions centuriques.  Le cas le plus intéressant est probablement celui de la Préface à César et de la parodie qu’en fit en 1556 Antoine Couillard Du Pavillon. Le probléme du Recueil des Présages  Prosaiques, édité en 1999 par  Bernard Chevignard (ed Seuil) tient au fait qu’il ne comporte ni les Préfaces, ni les développements techniques. Or, nous pensons que l’une des publications annuelles de 1555 devait comporter une Préface de Nostradamus à son fils, César, qui venait de naitre.  La même équivoque pour l’Epitre à Henri II  mais cette fois nous disposons de l’exemplaire concerné que nous avons reproduit en 2002 dans nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus » (Ed Ramkat). Il s’agit des Présages Merveilleux pour 1557  dont le titre même mentionne une Epitre au Roi mais celle-ci est datée de 1556 et non de 1558  Déjà en  1982, Daniel Ruzo, dans le Testament de Nostradamus, avait fourni la reproduction de certaines donnnées et d’ailleurs c’est de lui (ou de  sa veuve), envoyés depuis le Mexique,  que nous avions obtenu  les documents.reproduits en 2002. Mais apparemment, les chercheurs n’avaient pas daigné en tenir comote.

Un autre paramétre qui aura contribué à brouiller les pistes est le recyclage de quatrains  imités de ceux des almanachs de Nostradamus et notamment ceux que l’on trouve chez un autre Antoine,  Antoine Crespin. En 2002, nous en étions encore à penser que Crespin avait pillé les Centuries pour sa propre production. Mais, désormais, il est clair que c’est l’inverse qui s’est produit à savoir que les  faussaires auront récupéré les textes de Crespin pour fabriquer des Centuries de quatrains.

Enfin, il  apparait que ce n’est qu’au début des années 1590 que va émerger le second volet des Centuries,. Alors que pour le premier volet, nous disposons d’éditions successives entre 1588 et 1590,  en ce qui concerne le second volet, on ne dispose que d’une seule et unique mouture  de 300 quatrains.  La thèse selon laquelle le second volet serait déjà paru en  1568 est absolument indéfendable  malgré le zéle d’un Patrice Guinard..

Une pièce manque à notre documentation,  bien que décrite par Ruzo, c’est une édition de 1588 dont on ignore ce qu’elle a pu devenir ; Or, la question qui se pose à son sujet est celle de la numérotation  des quatrains de ce qui est probablement la toute première édition centurique authentique. Cela permettrait notamment de montrer que le texte de 1570 sur l’Androgyn  qui  a la particularité insigne de désigner le numéro du quatrain  signalé et bien entendu la Centurie, est un un faux antidaté tout à fait anachronique.

Insistons enfin , une fois de plus, sur les preuves iconographiques, à savoir que les vignettes utilisées pour fabriquer les éditions  lyonnaises  1555 (à 4 centuries) et 1557 (à 7 centuries) sont prises d’almanachs pirates parus du vivant de Nostradamus, au début des années 1560 (notamment chez Barbe Regnault) dont les vignettes différaient sensiblement de celles des almanachs officiels de Michel de Nostredame. Enfin, il importe d’accorder la plus grande attention à tout ce que Nostradamus a envoyé au pape Pie IV,  à partir de 1562 et dont on a notamment des traductions italiennes. Nous disposons d’une réédition du début du XXe siècle d’un tel corpus, conservé à la  Réserve Bibliothèque de Lyon La Part Dieu  et que nous mettrons prochainement en ligne. Dans ce dossier, Nostradamus  fait des prévisions pour 1566-67 autour d’un personnage qu’il appelle Marcelin et qui  a une dimension antéchristique. Ce Marcelin  se retrouve dans un quatrain des Cenruries en « Macelin ». Selon nous, ce manuscrit  est aussi important que le Recueil des Présages Prosaïques qu’il complète.( cf  notre étude vieille de 30 ans  Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561) Réforme, Humanisme, Renaissance  Année 1991  33  pp. 43-72qui aborde déjà  la correspondance de Nostradamus avec le Saint Père. https://www.persee.fr/doc/rhren_0181-6799_1991_num_33_1_1808. Cette attaque avait échappé à Chomarat et à  Benazra dans leurs

bibliographies respectives  qui venaient de paraitre alors.

  Mais étrangement Patrice Guinard ne mentionne pas notre publication de 1991  dans son dossier sur le site du CURA: CORPUS NOSTRADAMUS 181 — par Patrice Guinard
« Les publications de l’année 1561 pour l’an 1562é

 

 

 

JHB

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jacques Halbronn Benoist Rigaud et le second volet des Centuries, dans le camp d’Henri de Navarre

Posté par nofim le 25 juin 2021

 

 

Benoist Rigaud et le second volet des Centuries, dans le camp d’Henri de Navarre.

Par  Jacques  Halbronn

 

En 1997,  nous avions montré  (les prophétie et la Ligue, Colloque Prophétes et Prophéties, Ed de l’ENS) que le premier volet  des Centuries nostradamiques, était marqué par une hostilité  à l’encontre du camp d’Henri de Navarre, autour du quatrain IV, 46 , qui avait été rajouté en 1589,

« Garde-toi  Tours de ta proche ruine », Tours étant la capitale du camp en question qu’avait rejointe Henri III, peu avant son assassinat à Saint Cloud.

Le présent texte entend apporter cette fois un éclairage en ce qui concerne le second volet. On s’intéressera notamment  à la récupération de certaines formules d’Antoine Crespin, qui paraissent dans ses textes des années 1570 puis  aux emprunts à la Guide des Chemins de France de Charles Estienne qui sous tendront des quatrains du même second volet (introduit par l’Epitre à Henry Second)

Dés 1992, nous avions signalé l’intérêt que nous portions à l’œuvre d’Antoine Crespin , avant donc la parution l’année suivante de l’édition critique par Pierre Brind’amour des 453 premiers quatrains centuriques (Lyon, Macé Bonhomme, 1555) qui en fera un usage important notamment à partir de l’ouvrage du dit Crespin , » Prophéties dédiées à la puissance divine (1572) » que nous citons-«  que nous reproduirons en 2002  dans nos Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus ed Ramkat) Dans notre thèse d’Etat de 1999, nous lui avions déjà consacré une certaine place (Le texte prophétique en France,  Presses Universitaires du Septentrion). L’étude dont il s’agit  s’intitule « Pierre d’Ailly ; des conjonctions planétaires à l’Antéchrist » Colloque européen 16-17 mai 1992 De Pierre d’Ailly  à Christophe Colomb, Bulletin de la Société Historique de Compiégne (1992, pp. 68-70)

On y  trouve quelques pages relatives  à ce Crespin : « sous le titre  « Crespin, un « Nostradamus » hostile aux Juifs.

Nous débutons ainsi : » Sans vouloir ici donner la totalité du dossier,nous nous intéresserons à un certain Antoine Crespin Marseillais qui fait partie de ceux qui se servirent  du nom de Nostradamus pour faire carrière » Et nous nous référions à la Centurie VIII (dans le second volet des éditions à 10  centuries)  avec la mention « Roy de Bloys dans Avignon régner » que l’on trouve au quatrain 38 et au quatrain 52. Nous concluions  « Il ne semble pas que Crespin soit ici un imitateur de Michel de Nostredame : le contexte  nous semble au contraire indiquer que c’est une idée qui lui est chère et pour laquelle il milite » On trouve  un échantillon remarquable de la judéophobie de Crespin dans son Epitre à la Reyne mère du Roy. Nous signalions aussi – il y aura près de 30 ans – le quatrain  66 de la Centurie IX ; avec son verset « La Synagogue stérile sans nul fruit ». En 2005, nous ferons une communication au Congrès Mondial des Etudes Juives, Jérusalem, sur l’antijudaisme de Crespin : » Crespin and the French Avignon problem An important source of antisemitism . French Antijudaism and the Avignon problem on the Eve of Saint Barthelemy » … (cf aussi  sur  le site Hommes et faits,  Pour  une approche ésotérique de la question  juive,  1997 et Le Monde juif  et l’astrologie, Milan, 1985, pp. 131-134 et  « Vers une nouvelle approche de la bibliographie nostradamique » in Revue Française d’Histoire du Livre, n°132, 2011, pp. 161-164  et  Le dominicain Jean Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle,  post doctorat EPHE, 2007

Le second volet des Centuries semble avoir largement emprunté comme l’a montré Chantal Liaroutzos (1987, Suivez la guide, in RHR)/ Cela vaut notamment pour la Centurie IX.  Or, selon nous, le second volet  était une construction des partisans du futur Henri IV alors que le premier volet servait les intérêts du camp ligueur.(cf  aussi  Pseudo-Nostradamus: Quatrain IX,87 sur le Duc d’Etampes http://www.corpusetampois.com/

 

… A l’évidence,  le quatrain  « Chartres »  n’aura pu être rédigé qu’à l’approche du couronnement d’Henri de Navarre  en la cathédrale de Chartres, en janvier 1594, à la veille de la parution de l’éditions Benoist Rigaud qui paraitra alors (et qui donnera lieu à une édition antidatée pour 1568 chez les même  libraire, un quart de siècle plus tôt..

Signalons  que Benoist Rigaud  faisait imprimer certains textes à Chartres (cf  propheties.it), ce qui montre qu’il oeuvrait dans le camp d’Henri  de Navarre  comme c’est le cas pour cet ouvrage  politique ;

 Proposition des Princes, Prelats Officiers de la Couronne et principaux Seigneurs Catholiques, tant du Conseil du Roy, qu’autres estants pres sa Majesté, tendant afin de paruenir au repos tant necessaire à ce Royaume, pour la conseruation de la Religion Catholique et de l’Estat, faicte à Monsieur le Duc de Mayenne et autres Princes de sa maison, Prelats, Seigneurs et autres personnes enuoyees par aucunes villes et communautez, se trouuans à present assemblez dans la ville de Paris. (27 janvier.) [Texte imprimé],  Lyon : B. Rigaud, iouxte la copie imprimee à Chartres, 1594 (cote  BNF 8-LB35-444 (A)

 

 

C’est à cette même époque que parait le Janus François de Jean Aimé de Chavigny lequel comporte des extraits commentés  des centuries VIII –X. Or, le libraire qui publie le Janus  est dans la descendance (« héritiers ») de Pierre Roussin, un proche de Benoist Rigaud.

 

On aura compris qu’il s’agit là d’une série de « terminus » situant la confection des deux volets dans une fourchette embrassant  les années 1588 et 1594. D’aucuns ont soutenu que Nostradamus avait « prévu » de tels événements mais la mention de Tours (premier volet) et de Chartres (second  volet) est nettement liée au contexte politique de l’époque. Par ailleurs,  les textes de Crespin  repris dans certains quatrains du second volet sont révélateurs des méthodes des faussaires, n’hésitant pas à recycler des textes d’imitateurs de Nostradamus.  Faut-il conclure, pour autant, à l’antijudaisme  du camp d’Henri de Navarre, sur la base de textes  allant dans ce sens ? Il semble bien que le doute ne soit guère permis encore que l’on puisse penser que les faussaires aient récuperé en vrac toutes sortes de sources, sans y accorder trop d’importance comme c’est souvent le cas dans le domaine des contrefaçons.

 

JHB

26 06 21

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jacques halbronn Le XVIIe siècle astrologique 1580-1705 de Jean Bodin à Pierre Bayle

Posté par nofim le 21 juin 2021

 

Bulletin  de la BURA (Bibliothèque  Universitaire de Recherche Astrologique)

 

 

 

Le  XVIIe siècle  astrologique, 1580-1705, de Jean Bodin à Pierre Bayle

Par Jacques  Halbronn

 

 

Nous poserons comme limites au XVIIe siècle, à l’aune de la production astrologique et anti-astrologique  les dernières décennies du XVIe siècle et la première décennies du XVIIIe siècle. Notre critère  sera fonction d’une dynamique autour de l’astrologie, ce qui signifie que l’astrologie fait débat au cours de cette période, ce qui ne sera plus guère le cas par la suite, c’est pourquoi nous avons souhaité mettre en avant deux auteurs n’appartenant pas au « milieu » astrologique, pour déterminer  les bornes de la dite période, l’un pris à partie par le médecin astrologue Auger Ferrier (1513-1588) et l’autre  s’en prenant  à  un homme de lettres, Eustache Lenoble (1643-1711), entiché d’astrologie. Au milieu de cette période, une autre controverse opposera, dans les années 1650 à l’astrologue Jean Baptiste Morin de Villefranche (1583-1656) le philosophe Pierre Gassendi

 

I  Les années 1580

Si Auger  Ferrier s’en prend à l’auteur des Six Livres de la République (Paris, 1576) dans des  Advertissemens à M. Jean Bodin sur le quatriesme livre de sa République, par M. Augier Ferrier, Paris, P. Cavellat, 1580, cette fin du XVIe siècle  retient notre attention  en raison de la vogue d’un astrologue, Nostradamus (1503-1566) censé avoir produit des Prophéties, sous la forme de « centuries » de quatrains dont les premières éditions datent de 1588, coincidant avec la mort d’Henri III, ce qui ouvre la voie  à Henri de Navarre, lequel en 1594 sera sacré roi de France, ouvrant ainsi le régne des Bourbons.Quant à Ferrier, il est l’auteur en 1550 de Jugements astronomiques sur les Nativitez, qui reparaitront en 1583 et qui connaitront une dernière édition en 1625., chez Pierre Rigaud –(Bibliothèque  BIU Santé    cote 39729 (2), cette longévité est selon nous, le signe d’une certaine sclèrose, ce qui correspond aussi aux éditions des Centuries, attribuées à un médecin astrologue alors que l’ouvrage reléve surtout de la poésie. Bodin répondra à Ferrier en recourant au pseudonyme de René  Herpin. Sa République paraitra en 1583, chez J. Du Puys. avec en appendice une Apologie du dit Herpin concernant  Ferrier, Herpin étant le surnom  que s’est choisi Bodin

 C’est dire que la fin du xVIe siècle est le théatre d’un déclin en France alors qu’un siècle plus tard, l’astrologie, avec Lenoble, semble arriver à une certaine reconnaissance, dans la foulée de l’œuvre de Jean-Baptiste Morin (qui sera admis  au Collége Royal de France) dont la monumentale Astrologia Gallica parait après sa mort, en 1661, à La Haye. On notera que dans les premières années de la fondation de l’Académie Royale des Sciences, en 1666, par Colbert, l’astrologie fait l’objet de communication (cf notre article Astrologie (in Encyclopaedia Universalis) et notre  postface à l’édition du Commentaire du Centiloque par Nicolas Bourdin, Marquis de Villennes, traducteur de Ptolémée,  dont Morin fera la critique en 1654, ce qui est un signe de vitalité quand les astrologues se mesurent entre eux.)
Quant à Eustache Lenoble
 (cf Philippe   Hourcade « Eustache Le Noble (1643-1711). Au(x) hasard(s) de la polygraphie » Littératures classiques,  2003  ), il  ne publie pas un simple traité d’astrologie mais intègre celle-ci au sein d’un ensemble plus vaste.(« Uranie ou  les Tableaux des Philosophes »)

 Et en ce sens,  contrairement à une opinion assez répandue chez les historiens de l’astrologie de cette période, nous pensons  que l’astrologie n’était pas alors « à son déclin ». Cette Uranie reparaitra  jusqu’en 1726 au sein des œuvres complétes de l’auteur. C’est Pierre Bayle qui nous aura d’ailleurs mis sur la piste de Lenoble dont il mentionne la production astrologique, dans ses pensées sur la Cométe et notamment  dans sa  Continuation des Pensées diverses, écrites à un docteur de Sorbonne, à l’occasion de la comete qui parut au mois de decembre 1680 Ou Reponse à plusieurs dificultez  difficultés que Monsieur *** a proposées à l’auteur. Tome premier [-second] : A Rotterdam, chez Reinier Leers, MDCCV. Dès lors, comment  apprécier  le refus de la part des Académiciens, de la présence de l’astrologie, vers la toute fin du siècle alors que celle-ci semblait avoir acquis une certaine honorabilité/ Le choc  d’un tel refus  est le corollaire d’une telle honorabilité car si l’astrologie avait été alors  mise hors jeu, le probléme ne se serait même pas posé.

Notons que certaines attaques virulentes viendront de chez les Jésuites.  On pense à Jacques de Billy et son « Tombeau de l’Astrologie Judiciaire » (1657) ainsi qu’à Jean François. (1660) dont l’ouvrage reparaitra sous le nom de Decartes (cf l’étude de Gaston Bachelard) Notons aussi tout le bruit qui se fera en 1654 autour d’une certaine éclipse (cf l’étude d’Elisabeth Labrousse) Signalons que ce rejet de l’astrologie du cénacle académique pourrait être dans l’air du temps,  à savoir, en 1685,  la Révocation de l’édit de Nantes pris par Henri IV.

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jacques halbronn L’hypertexte centurique des années 1590

Posté par nofim le 21 juin 2021

ESPACE NOSTRADAMUS

NOSTRADAMICA
Lune Portrait de Nostradamus
Biographie
jacques  halbronn L'hypertexte centurique  des années 1590 dans NOSTRADAMUS v Ascendance
v dans NOSTRADAMUS Bibliographie
v Références
Frontispices
v Gravures v Analyse
v Contact
Lune

ANALYSE

57

L’hypertexte centurique des années 1590

par Jacques Halbronn

    Selon nous, c’est en se situant à la fin du règne d’Henri III et au début de celui d’Henri IV, qui débuta officiellement en 1589, à la mort du dernier roi Valois, que certains quatrains font sens. Considérons le quatrain 25 de la IIIe centurie :

Qui au royaume Navarrois parviendra
Quand de Secile & Naples seront ioints
Bigorre & Landes par Foyx, Loron tiendra
D’un qui d’Hespaigne (Espagne) sera par trop conjoint

 

P. Brind’amour l’explique ainsi :

“Celui qui parviendra au trône de Navarre, quand ceux de Sicile et de Naples seront unis, il tiendra le comté de Bigorre et des Landes depuis Foix et Oloron, lui qui sera par trop allié à l’Espagne.”1

 

Lisons aussi son commentaire :

“Le comté de Foix appartenait, au moment où Nostradamus écrit ces vers à Henri II de Navarre ; il pouvait donc servir de base à une invasion du comté de Bigorre et des Landes.”

 

En fait, Brind’amour s’interdit, par principe, de placer le contexte des quatrains au delà des années 1550 (“au moment où Nostradamus écrit ces vers”) et tout lui est bon pour proposer une référence. Or, il nous semble que le dit quatrain oppose avant tout la Navarre et l’Espagne – Espagne dont Brind’amour ne dit rien dans son “commentaire”.

Certes, on trouve chez Crespin (“A la maison de Monsieur de Tavannes”) la forme :

“Qui au Navarrois parviendra, quand de Sicile & Naples seront ioincts”2, mais on ignore si la suite du quatrain était déjà parue sous la forme susmentionnée. Dans ce cas, on aurait interpolé “royaume”.

Il pourrait s’agir, au prix d’un remaniement du quatrain d’origine d’une menace lancée au nom de Philippe II, l’homme de l’Invincible Armada (1588), roi de Naples et de Sicile, depuis 1580, contre les territoires contrôlés par Henri de Navarre (pas Henri II de Navarre mais le futur Henri IV, né en décembre 1553, presque jumeau de César de Nostredame) – qui était comte de Foix et de Béarn, auquel Bigorre est rattaché – et qui pourraient passer sous le pouvoir espagnol, de par leur situation géographique limitrophe. Elle se présente comme quelque chose qui n’a pas encore eu lieu, au futur, ce qui est le propre même d’une prophétie post eventum sauf bien entendu à attribuer à MDN des dons prophétiques extraordinaires, à ce détail près que cette prophétie ne s’est pas réalisée et qu’elle ne fut de circonstance que pendant une période relativement brève. On notera qu’en 1555, Charles Quint, était encore empereur d’Allemagne – il n’abdique qu’en 1556 – et que la description qui est ici donnée correspond mieux aux possessions de son fils. Ce texte semble difficilement, on l’avouera, pouvoir dater de 1555. Or, on l’y trouve bel et bien.

Il y aurait là un avertissement à Henri de Navarre qui est du même type que celui que l’on trouve en IV, 46 : “Garde toi Tours de ta proche ruine”. Si l’on admet que des quatrains appartenant aux 53 premiers de la IV étaient déjà attestés en 1572, on conçoit que ces mêmes quatrains et même ceux de la IIIe centurie aient été depuis encore remaniés. En tout état de cause, un tel quatrain faisant sens dans le cas d’Henri IV.

A propos de remaniement, il ne s’agit parfois que de changer un verset voire un mot, en gardant le reste. Il ne faut donc pas chercher systématiquement d’unité dans un quatrain, quand celui-ci a pu subir une interpolation. C’est une affaire d’économie.

C’est ainsi3 que le 18e quatrain de cette même Centurie IV connaît une variante dans l’almanach de Marc Coloni pour 1582, où la formule “princes ignorants” est remplacée par “Grand pontife”, le reste étant inchangé. Or le terme édict ne convient pas pour le pape mais il eût été trop compliqué de remanier le verset, on l’aura donc laissé tel quel.

D’un côté, la version présentée de Marc Coloni :

Des plus lettrez dessus les faicts celestes
Seront par le grand Pontife reprouvez
Promis d’edict chassez comme celestes
Et empoignez là où seront trouvez

 

De l’autre celle figurant dans le canon nostradamique :

Des plus letrés dessus les faicts celestes
Seront par princes ignorants réprouvés
Punis d’Edit, chassés comme scelestes
Et mis à mort la où seront trouvés

 

Les versets 1 et 3 n’ont pas été retouchés.

Signalons aussi le cas de II, 14 :

A Tours, Gien, garde feront yeux pénétrants

 

Faut-il préférer la leçon “Jean” (Macé Bonhomme) ou la leçon “Gien” (dans l’exemplaire 1605, B. Rigaud, Utrecht, Budapest) ? Ou bien a-t-on par la suite changé “Jean” en “Gien”, sur la Loire, non loin de Tours, pour les besoins de la cause ? Il semble que l’édition dite Macé Bonhomme 1555 ait préservé une version plus ancienne, ce qui nous permet de prendre conscience de l’ampleur des retouches qui peuvent en fait n’affecter qu’un mot.

P. Brind’amour, qui répertorie les éditions comportant une variante ou l’autre4, nous restitue vraisemblablement la signification initiale de ce “Jean” :

“La tour Saint jean à l’entrée du port était l’un des points élevés de Marseille. Le quatrain s’inspire peut-être de la réception que reçut le pape Clément VII et sa nièce Catherine de Médicis dans cette ville en 1533.”

 

De fait, dans les premières centuries, Marseille est souvent mentionné directement ou sous la forme de Phocée. On serait donc passé de “La tour (saint) Jean” à “A Tours, Gien…. ”. On voit qu’il ne suffit pas de resituer l’origine du quatrain mais de saisir les retouches qu’on a pu lui faire subir par la suite.

En ce qui concerne les mots mis en majuscules, là encore, il faut bien comprendre que la marge de manoeuvre de ceux qui voulurent recourir à un tel procédé était sensiblement limitée. Ne pouvant ou ne voulant plus remanier le texte, une solution consistait à constituer un hypertexte. Cela signifie que l’on ne peut que souligner de la sorte des mots déjà présents, et sur la masse des quatrains la tâche peut certes être envisagée encore que l’on puisse ne pas trouver le mot adéquat et dans ce cas on se reporte sur un terme approchant, soit phoniquement, soit sémantiquement. Pourquoi, par exemple, avoir – mais cela ne concerne il est vrai que les Présages (septembre 1565), mis en majuscules5 - le mot TOLANDAD, anagramme de François d’Andelot (1521 – 1569), un réformé, frère de l’amiral de Cologny, tué lors de la Saint Barthélémy (1572). C’est certainement un pis aller qui ne concerne évidemment plus Dandelot.

Et pourquoi le mot BRANCHES (ANRECH) figure-t-il dans certaines éditions, sous la forme majuscule, et pas dans d’autres ? A ce propos, il semble bien que Branches ait été considéré comme un quasi-anagramme de Henri, à rapprocher d’un autre anagramme CHIREN, également souvent mis en majuscules mais existant déjà précédemment en minuscules. Mais de quel Henri s’agissait-il à l’origine à part Henri III, à partir de 1574 à moins qu’il ne s’agit du père de celui-ci, Henri II, mort en 1559 ? On trouve aussi, pour Henri, ANICR, dans le Janus Gallicus, en majuscules, déformation de aisné. Cette fois l’hypertexte va jusqu’à modifier le texte original mais c’est une exception.

Un tel hypertexte constitué de quelques dizaines de mots ainsi sortis du rang est censé plaquer un discours qui fait sens pour les lecteurs d’une certaine époque.6

Bien entendu, les éditions ne comportant pas de mots en majuscules peuvent être considérées comme antérieures à l’époque où cette pratique se développait. C’est ainsi que l’édition d’Anvers (1590) ne comporte encore aucune présentation de ce type. Un cas assez remarquable est celui de l’exemplaire de Budapest d’une édition Antoine du Rosne 1557 qui ne comporte en sept centuries qu’une seule occurrence de ce type en I, 16.

Faulx à l’estan ioinct vers le Sagittaire
Et son hault AUGE de l’exaltation.

 

Une autre bizarrerie tient au fait que certaines éditions ne comportent pas les premiers mots en majuscules, à la première centurie, comme ce BRANCHES et cet AUGE dont il a été question. C’est le cas notamment de l’édition datée de 1605 (type Modèle Du Ruau, MDR) et qui pour nous est la plus complète et la moins corrompue. On ne trouve d’ailleurs dans cette édition 1605 aucun mot mis en majuscules pour la première Centurie et c’est aussi le cas pour le Janus Gallicus. En revanche, on en trouve dans les Présages de cette même édition. Quant à l’édition Benoist Rigaud 1568, les majuscules de la Centurie I figurent bel et bien.

En tout état de cause, il nous semble bien que toute édition comportant ne serait-ce qu’un mot en majuscule, en dehors du premier mot de chaque Centurie, appartient à une période qui ne saurait être antérieure à 1590. Cela ne signifie pas que ces éditions ne sont pas conformes à des éditions antérieures mais elles ont été retouchées pour inclure un hypertexte ou du moins sont marquées, peu ou prou, par des éditions le comportant. A noter que l’édition de Cahors, datée de 1590, et la première à comporter deux volets, à cette époque, comporte des mots en majuscules (comme BRANCHES en I, 2). Ce procédé pourrait en fait caractériser la dernière décennie du XVIe siècle et le début du siècle suivant. On voit que la période qui marque les éditions antidatées (1555, 1557, 1568) se situe après 1590 et est contemporaine du Janus Gallicus (1594 et réédition parisienne, sous un autre titre, en 1596).

Quel est le message composé par ces mots ainsi soulignés par le procédé des majuscules ? Le fait que cet hypertexte figure également dans des éditions à 4, à 7, à 10 centuries voire dans les Présages, peut poser problème en ce qu’il risque d’être tronqué.

En fait il semble bien que ces mots en majuscules renvoient à des versets, à des quatrains : non pas à ceux où ils se trouvent mais à d’autres comportant les mêmes mots.

Prenons un cas qui semble avoir défié jusqu’à présent la sagacité tant des interprètes que des historiens du texte centurique, à savoir la forme CAR PAR NERSAF.

VIII, 67
PAR CAR NERSAF, à ruine grande discorde
Ne l’un ne l’autre n’aura élection.

 

Il faut lire “Cardinal de France (anagramme Nersaf) apparaîtra”, formule qui apparait en clair en VIII, 4.7

On pourrait d’ailleurs associer cette formule avec une autre qui revient aussi à plusieurs reprises : “Roy de Bloys en Avignon régner”, dans cette même centurie VIII (quatrains 38 et 52) d’autant qu’on a aussi “Le grand Chyren se saisir d’Avignon” (IX, 41). Or GRAND et CHIREN / CHYREN (anagramme d’Henri) figurent dans lot des mots mis en majuscules, encore qu’Avignon ne soit pas mis en majuscules mais est obtenu en recherchant un quatrain comportant certains mots sous cette forme. Certes la formule “Roy de Bloys en Avignon régner” est-elle déjà attestée par Crespin (cf. infra), lequel d’ailleurs au début des années 1570 avait encouragé Charles IX à intervenir à Avignon laquelle rivalisa avec Rome au XIVe siècle, en tant que siége de la papauté et fait partie des territoires pontificaux.

A noter que par “Roy de Bloys”, il faut entendre “roi natif de Blois” comme l’indique un autre quatrain X, 44 :

Par lors qu’un Roy sera contre les siens
Natif de Bloys subjuguera Ligures

 

Si en ce qui concerne les éditions à sept centuries, nous pouvons comparer avec les éditions parisiennes pour vérifier que tel quatrain existait bien avant 1590, en revanche, pour les centuries VIII-X, notre seul recours est Crespin, avec ses Prophéties dédiées à la Puissance Divine (Lyon, 1572), lesquelles ne comportent que quelques extraits des dites Centuries. Rien n’empêche de penser dans ce cas qu’une formule comme CAR PAR NERSAF n’ait pas existé avant les années 1590. On trouve certes chez Crespin “Le Roy de Bloys dans Avignon régner” (au Pontife romain) mais non le verset “Cardinal de France apparoistra”. Rappelons que selon nous Crespin pourrait avoir inspiré les Centuries VIII-X en les mettant sur le compte de MDN8 et les faisant précéder d’une nouvelle mouture de l’Epître à Henri II, postdatée de 1558.

Le fait d’avoir mis en lettres majuscules la forme CAR PAR NERSAF souligne qu’il existe alors un enjeu lié à l’élection d’un pape français. On brandit là la menace d’un nouveau schisme, lié, rappelons-le, à la présence simultanée de papes à Rome et à Avignon, avec éventuellement en perspective la présence française tant sur le siège pontifical qu’à l’Empire, d’où le terme de DUUMVIRAT, mis en majuscules. La période des années 1590 – 1591 est favorable à de telles spéculations : en 1590, le 27 août, Sixte Quint mourrait, remplacé par Urbain VII, qui meurt la même année, le 27 septembre, au bout de 12 jours de règne. On est dans une période où les papes règnent très peu de temps : Grégoire XIV du 8 décembre 1590 au 16 octobre 1591, Innocent IX, du 3 novembre 1591 au 30 décembre de la même année.

Autant, l’on peut toujours discuter de la date de tel ou tel quatrain, autant la mise en place d’un hypertexte est-elle un phénomène, qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas en place avant 1590. Au delà de la signification du dit hypertexte, on peut conclure que toute édition centurique datée d’un élément hypertextuel est postérieur à l’assassinat d’Henri III, en 1589 par un moine, devant Paris. En tout état de cause, nous avons là un document à analyser et à décrypter qui semble avoir échappé aux nostradamologues de tout poil. Et est-ce que cet hypertexte est déchiffrable sans les Présages et les centuries XI-XII ? Dans ce cas, il aurait été à l’origine associé à une édition de type Modèle Du Ruau, à laquelle appartient l’édition datée de 1605 – et dont le Janus Gallicus serait le commentaire – la seule à inclure ceux-ci et les autres éditions ne comporteraient, partiellement, cet hypertexte que parce qu’elles en dériveraient mais sans en assumer nécessairement la signification.

En pratique, il est peu d’éléments qui ne se retrouvent déjà dans les Centuries I-X : signalons cependant la mention de la Savoie, sous l’anagramme transparent EIOVAS, celle des Bourbons, à partir d’un quatrain qui probablement à l’origine concernait un certain Du Bourg, la mention de TOLANDAD qui pourrait désigner la Lorraine par son ancien nom de Lotharingie, Lot étant l’inversion de Tol (cf. nos annexes). Toute l’astuce consiste à pouvoir revenir vers le même signifié au travers de divers signifiants, de trouver des équivalences, des synonymies de façon précisément à pouvoir constituer un hypertexte avec une matière déjà existante. Mais c’est aussi une façon de procéder par allusion comme lorsque Venise est désignée par Hadrie. C’est d’ailleurs tout le travail du versificateur – et les dictionnaires de rimes sont là pour ça – que de concilier son propos avec l’exigence de la rime. C’est probablement ces contraintes qui confèrent au texte centurique son caractère quelque peu décalé.

On ne peut exclure que chaque édition ait remanié son hypertexte. Le cas de l’édition Macé Bonhomme 1555 (Bib. Albi) est significatif. Le quatrain 96 de la Centurie III y comporte deux voire trois mots mis en majuscules que l’on ne trouve pas dans d’autres éditions des Centuries :

Chef de FOUSSAN aura gorge couper
Par le ducteur du limier & levrier
Le faict patré par ceux du mont TARPEE
Saturne en Leo XIII de Février

 

Seuls les mots en majuscules comptent ici et en dehors du contexte originel du quatrain. FOUSSAN, ici, pourrait désigner Phocée, c’est-à-dire Marseille, même si au départ cela désignait une ville d’Italie.

On ne peut d’ailleurs exclure que ces hypertextes n’aient été ainsi mis au service de camps opposés. C’est ainsi que la seule édition de notre corpus qui mette MENDOSUS ou MENSODUS en majuscules est, en dehors du Janus Gallicus, celle datée de 1605, ce n’est même pas le cas de l’édition Chevillot.

MENDOSUS IX, 45
MENSODUS (sic) IX 50

 

Faute donc de pouvoir supprimer cette mention présente à quelques quatrains d’intervalle, se référant aux Bourbons, il semble que l’on ait préféré ne pas la souligner, ce qui est tout de même assez significatif, surtout. Ajoutons que les Présages qui ont été rejetés par toutes les éditions, en dehors de la même édition datée de 1605 comportaient un quatrain avec en majuscules d’hypertexte une autre référence bourbonienne : Bon Bourg pour Bourbon.

BON BOURG (almanach pour 1559, mois d’octobre) Présage 44. En revanche, les allusions à la Lorraine et donc aux Guises n’ont pas été semblablement gommées.

Le moins que l’on puisse dire, en tout cas, c’est que l’évolution de l’hypertexte d’une édition à l’autre n’est pas vraiment favorable aux Bourbons, ce qui pourrait nous rapprocher de l’esprit de la Fronde ou du moins du climat délétère de la fin des années 1620, symbolisé par le siége de La Rochelle, alors que l’on commence à s’inquiéter sur l’absence d’enfants du couple royal, Louis XIV ne devant naître qu’en 1638 et le remuant Gaston duc d’Orléans, frère cadet de Louis XIII – il sera exilé en 1652 – ayant été jusque là le successeur en titre. On notera curieusement que Orléans et Lorraine ont les mêmes consonnes et que Norlaris (VIII, 60), in fine, pouvait renvoyer au duc d’Orléans. Bien plus, le second volet ne commence-t-il pas par trois majuscules, PAU, NAY, LORON, le troisième terme étant fort proche de Lorraine mais aussi éventuellement d’Orléans (Orlon) ? Intéressante ambiguïté de l’hypertexte qui a pu faire la fortune des Centuries sous la Fronde. Il est remarquable, en effet, que les deux fauteurs de trouble du Royaume entre le temps de la Ligue et celui de la Fronde portent des noms qui soient les anagrammes l’un de l’autre. Sans un tel hasard, qui sait si les Centuries eussent poursuivi leur carrière de la même façon ? Mengau, sous la Fronde, dédiera son Sixiesme Advertissement, 1652, à Son Altesse le duc d’Orléans avant de se mettre au service de Mazarin.9

Cela dit, en ce qui concerne les éditions datées 1555 et 1557, nous pensons qu’elles sont marquées tout simplement par le climat anti-Bourbon qui était propre à l’époque de la Ligue. Quant à la circulation des éditions type Benoist Rigaud 1568, nous montrons dans une autre étude10, qu’elles appartiennent au XVIIIe siècle, à l’instar de l’édition Pierre Rigaud 1566. Il est possible, dans ce cas, que certaines éditions des Centuries du XVIIIe siècle aient pu canaliser / fixer une certaine hostilité à l’encontre de la dynastie régnante, ce qui devait conduire à la Révolution, et ce d’autant que l’Epître à Henri II comportait, comme chacun sait, la date de 1792.

   On retiendra en conclusion que l’existence d’un hypertexte à la fois dans les Centuries et les Présages semble indiquer que l’on ne puisse à ce stade dissocier ces deux ensembles. Peut-on imaginer l’addition d’un hypertexte, dans un deuxième temps, au niveau des Présages ? Cela nous semble, somme toute, fort improbable, ce qui revient à dire que les éditions des Centuries, dépourvues des Présages mais pourvues d’un hypertexte sont issues d’éditions à hypertexte comportant et les Centuries et les Présages. CQFD.

Jacques Halbronn
Paris, le 12 septembre 2003

Annexes

Majuscules Edition 1605 (Modèle Du Ruau) :

CHIREN (Henri) II, 79
GRAND II, 94
CHYREN (Henri) IV, 24
SELIN IV, 77
DUUMVIRAT V, 23
RAPIS (Paris) VI, 23
CHIREN (Henri) VI, 70
PLUS OULTRE VI, 70
LORON (Lorraine, Orléans) VIII, 1
HIESON VIII, 16
FLORE (Florence, Médicis) VIII, 18
NORLARIS VIII, 60
PAR CAR NERSAF (Cardinal de France apparaîtra) VIII, 67
LOIN (lorrain) VIII, 92
PUOLA IX, 30
CHYREN (Henri) IX, 41
RAYPOZ (PARY, Paris) IX, 44
MENDOSUS (Vendôme, Bourbon) IX, 45
MENSODUS (sic) (Vendôme) IX 50
DRUX (Duc ?) IX, 57
PHILIP (Philippe II) IX, 89
BARBARES IX, 89
MANSOL (Mandosus ?) X, 29
LONOLE (Londres, London ? Lorraine ? Lyon ?) X, 40
LAYE (Louis ?) X, 52

Hypertexte dans la centurie XII :

EIOVAS (Savoie) XII, 59

Hypertexte dans les Présages :

FLORA, (Florence) Présage 8
FLORE (Florence ?) Présage 32
HENRIPOLIS (Henri) Présage 34
BON-BOURG (Bourbon) Présage 44
LOIN (Lorrain ? Guise) Présage 52
LOIN, LOIN (Lorrain? Guise) Présage 59
LOIN (Lorrain ?) Présage 70
LORVARIN (Lorrain) Présage 76
TOLANDAD (Dandelot mais aussi Lotharingie (Lorraine) ?) Présage 114
DIEU Présage 141

Majuscules Janus Gallicus :

CHIREN (Henri) VI, 70
PLUS OULTRE VI, 70
HENRIPOLIS (Henri) Présage 34
LOIN (Lorrain) Présage 56
LORVARIN (lorrain) Présage 76
LOIN (Lorrain) Présage 70
LOIN, LOIN (Lorrain) Présage 69
BLOYS (Louis ?) III, 55
TOLANDAD (Dandelot, Lotharingie) Présage 114
FLORA (Florence, Médicis) Présage 8
LUIS Présage 88
LOIN (Lorrain) II, 28
LOIN (Lorrain) VI, 61
BON BOUR (Bourbon) Présage 44
LOIN (lorrain) IV, 22
LOIN (Lorrain) Présage 62
LOIN (Lorrain) Dec. 1567 (présage manquant dans l’édition 1605)
LOIN (Lorrain) Présage 78
PHILIP (Philippe II) IX, 89
ANICR, en réalité, à l’origine, Aisnier (anagramme Henri) II, 2
LOIN (Lorrain) VI, 61
LOIN (Lorrain) VIII, 92
MENDOSUS (Vendôme) IX, 45
RAPIS (Paris) VI, 23
NORLARIS (Lorraine, Guise) VIII, 60
FLORE (Florence, Médicis) VIII, 18
FLORE (Florence, Médicis) Présage 32
EIOVAS (anagramme de Savoie) XII, 69
LUIS (Louis) Présage 88

Majuscules Exemplaire Benoist Rigaud, Lyon 1568 :

BRANCHES I, 2
AUGE I, 16
CHIREN II, 79
GRAND II, 94
LAUDE (L’Aude ?) III, 85
SELIN IV, 77
DUUMVIRAT V, 23
SEXT V, 57
PAU, NAY, LORON (Lorraine, Orléans) VIII, 1
PAR CAR NERSAF (Cardinal de France apparaîtra) VIII, 67
HIERON VIII, 16
IURA VIII, 34
NORLARIS VIII, 60
VAR VIII 97
PUOLA IX, 30
DRUX IX, 57
POL MANSOL X, 29
OR X, 46
LAYE X, 52

Majuscules Exemplaire Chevillot (non daté) :

AUGE I, 39
CHIREN II, 79
GRAND II, 94
LAUDE III, 85
SELIN IV, 77
DUUMVIRAT V, 23
SEXT V, 57
HIERON VIII, 16
IURA VIII, 34
NORLARIS (Lorraine, Guise) VIII, 60
TAG VIII, 61
PAR CAR NERSAF (Cardinal de France apparaîtra) VIII, 67
VAR VIII, 97
PUOLA IX, 30
DRUX IX, 57
MANSOL X, 29
LAYE X, 52

Majuscules Antoine du Rosne, 1557, Bibliothèque Utrecht :

BRANCHES I, 2
AUGE I, 16
CHYREN (Henri) II, 79
GRAN (grand) II, 94
SEX IV, 27
CHYREN (Henri) IV, 34
SELIN IV, 76
DUUMVIRAT V, 23
SEXT V, 57

Majuscules Macé Bonhomme, Bibliothèque Albi :

BRANCHES I, 2
AUGE I,16
CHYREN (Henri) II, 79
GRAN (grand) II, 94
PARIS III, 51
SAUROME (Rome) III, 58
PAU (Pô, le fleuve italien qui se jette dans l’Adriatique) III, 75
FOUSSAN (Phocée, Marseille) III, 96
TARPEE (Roche tarpéienne, proche du Capitole) III, 96
ROUAN IV, 19
CHYREN (Henri) IV, 34

Notes

Cf. Premières Centuries, Droz, Genève, 1996, p. 370. Retour

Cf. Documents Inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002, p. 217. Retour

Cf. notre étude “Du traitement raisonné de l’iconographie nostradamique”, sur Encyclopaedia HermeticaRetour

Cf. Ed. Premières Centuries, Genève, Droz, 1996, pp. 212 – 221. Retour

Cf. B. Chevignard, Présages de nostradamus, Paris, Seuil, 1999, p. 173. Retour

Cf. notre étude sur le rôle des majuscule chez Chavigny, sur E. H.Retour

Cf. S. Hutin, Intr. Prophéties de Nostradamus, Paris, Ed. J’ai lu, 1982, p. 70. Retour

Cf. Documents Inexploités, op.cit, pp. 107 – 108. Retour

Cf. R. Benazra, RCN, p. 223. Retour

10 Cf. notre étude “Le vrai pedigree des éditions Benoist Rigaud”. Retour

 

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