Jacques Halbronn Fortune du prophétisme d’Antoine Crespin Archidamus (artice Espace Nostradamus 2003)

Posté par nofim le 21 juin 2021

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ANALYSE

137

Fortune du prophétisme d’Antoine Crespin Archidamus

par Jacques Halbronn

    Force est de constater que le texte centurique est doué d’une certaine force d’évocation et ce n’est pas sans raison qu’il a suscité autant d’intérêt au cours des siècles. La question qui se pose est la suivante : qui est l’auteur de ce texte ou en tout cas d’une partie significative de celui-ci ? La plupart des nostradamologues répondent : Michel de Nostredame. Qu’on nous permette d’en douter ! Nous exposerons ici la thèse Crespin. En effet, la meilleure façon pour déterminer qui est l’auteur d’un texte, c’est encore de rapprocher le dit texte de l’ensemble des oeuvres de tel ou tel auteur et il nous semble que Crespin donne, de ce point de vue, plus satisfaction que Michel de Nostredame, quand bien même viendrait-il après lui chronologiquement. En ce sens, le disciple, plus ou moins patenté, aurait dépassé le maître.

   La thèse la plus souvent admise est que Crespin aurait intégré dans ses oeuvres des quatrains ou des versets des Centuries, c’est implicitement celle qui est soutenue par Pierre Brind’amour dans son édition des Premières Centuries (Genève, Droz, 1996, p. XXVI). Toutefois, cette thèse fait problème et il nous semble, désormais, nécessaire de l’inverser, c’est-à-dire de considérer que ce sont les Centuries qui ont emprunté à Crespin, avec ou sans la complicité du dit Crespin. Si Crespin est un faussaire, il l’est aussi par son rôle dans la fabrication des Centuries comme étant l’oeuvre de Michel de Nostredame. Décidément, Crespin est une pièce maîtresse pour resituer la genèse du phénomène centurique et nous mêmes n’avons pas su en prendre immédiatement toute la mesure, comme il ressort de la lecture de nos Documents Inexploités sur le phénomène Nostradamus (Feyzin, Ed. Ramkat, 2002) qui n’étaient pas encore tout à fait parvenus à se dégager d’un certain schéma préexistant.

Le cas de l’Epître à Henri II

    En vérité, nos positions telles qu’exprimées, il y a maintenant trois ans, n’étaient pas excessives mais bien au contraire bien timorées. Nous signalions alors (pp. 52-53) le témoignage de Crespin concernant la parution de l’Epître de juin 1558 au Roi. Or, à y regarder de plus près, il n’est pas question dans les passages que nous reproduisions de divers textes de Crespin (notamment dans son Epître à Catherine de Médicis (“la royne mère”) d’une quelconque Préface placée en tête de Centuries :

“& si tu ne veux croire à la dicte conjonction de Saturne à Jupiter, que sera au dict an 1583. Regarde à une Prophétie qui est faicte le XXVII. Jour de Iuin, 1558.à Lyon, dédiée au feu Henry grand Roy & Empereur de France, l’Autheur de laquelle Prophetie est mort & décédé.”

 

D’abord, l’Epître centurique à Henri II – que nous connaissons – n’est pas située à Lyon mais à Salon de Provence. Ensuite, elle ne comporte pas de référence explicite à la grande conjonction Jupiter-Saturne attendue pour 1583. Il n’est pas ici question d’une Préface mais d’une Prophétie à part entière qui semble avoir été publiée pour elle-même et sans addition. Comme quoi, l’on se précipite un peu vite et on ne retient que le passage qui nous convient, ce qui vaut aussi bien entendu pour l’interprétation des quatrains où un mot est sorti de son contexte. En ce début des années 1570, Antoine Crespin, par ailleurs, ne cite pas ici le nom de Nostradamus mais se contente de préciser que l’auteur de la dite Prophétie est mort.

Indiscutablement, cette Prophétie va par la suite inspirer l’Epître à Henri II en tant que présentation d’un lot de Centuries – et encore pas forcément dans les conditions qui prévaudront par la suite – la date du 27 juin 1558 sera maintenue mais pas le lieu. Quant au contenu, il sera probablement maintenu partiellement tant il est vrai que cette Epître offre un caractère composite qui trahit le fait qu’elle n’a pas été conçue d’un seul tenant. Rappelons qu’une autre Epître datant, elle aussi, de 1558 (14 Août), et une fois de plus se présentant comme faite à Salon, et attribuée à Nostradamus constitue, avec un autre dédicataire (le vice-légat d’Avignon), les Significations de l’Eclipse de 1559.

Selon nous, en ce tout début de la décennie 70 du XVIe siècle, le corpus centurique n’a pas encore été établi même si certaines pièces sont déjà en place, mais sous des formes sensiblement différentes de ce qu’elles deviendront quelque temps plus tard, dans le courant de la dite décennie.

C’est bien entendu le cas de la matière même des quatrains dont une partie se trouve déjà chez Crespin et dont nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’une compilation d’une quelconque édition des Centuries et certainement pas, comme le soutiennent Patrice Guinard et Robert Benazra, d’une combinaison bien improbable de l’édition à 4 Centuries Macé Bonhomme 1555 et du second volet de l’édition Benoist Rigaud 1568, ce qui permettrait d’expliquer l’absence de versets issus des Centuries V-VII chez Crespin. Cela ne signifie pas pour autant que Crespin n’ait pas compilé quelque texte pour produire cette matière mais il ne l’a pas fait à partir de Nostradamus mais de quelque autre document, vraisemblablement même pas prophétique, peut-être quelque livre d’Emblèmes, que notre ami Patrice Guinard nous déclare avoir retrouvé.

   Cette analyse ne remet pas pour autant en question la thèse d’une édition posthume comportant une Epître de Nostradamus à Henri II et introduisant les Centuries mais nous apporte des éléments nouveaux sur la genèse de la dite Epître.

Le matériau centurique pris à Crespin

    On commencera par ce passage de l’Epître que Crespin adresse à Charles IX dont on connaît deux éditions, l’une à Paris chez Martin le Jeune et l’autre à Lyon chez le libraire Benoist Rigaud en personne, lequel est censé avoir publié en 1568 une fort improbable édition à dix centuries qui serait due à Michel de Nostredame. Ce même Benoist Rigaud avait déjà publié, du vivant même de Michel de Nostredame la Prognostication ou révolution avec les Présages pour l’an mil cinq cens soixante cinq de Mi. de Nostradamus.C’est peut-être pour cela qu’on lui assigna la publication de l’édition de 1568. Toujours est-il que le frontispice de l’ouvrage en question comporte le même personnage mesurant le globe terrestre avec un compas que celui qui figure sur la page de garde des Prophéties par l’astrologue du très Chrestien Roy de France (Antoine Crespin) Lyon, François Arnoullet.1 Entre les divers disciples, pour le moins, des codes communs.

Epître à Charles IX   Extrait de l’Epître

    Epistre dédiée à Charles IX avec sixain en page de titre :

“O Roy très invincible & la Majesté de Messeigneurs les Ducs d’Anjou, & d’Alançon, voz frères & le Pape de Rome, ensemble tous ses adherans & Messieurs de la Justice; & en general tout vostre peuple & tous les Princes & peuples de l’Europe, Soyez avertis que nous avons contemplé les neuf Climats de la terre, par les mouvements agilles du Firmament, que pour la negligence des Europiens, sera passage à Mahommet ouvert, la terre sera de sang trempée, les ports de Mer seront de voilles & Nefs couverts, l’ennemy, l’ennemy, foy promise ne se tiendra, les captifs retournez : soubz edifice Saturnin, trouve urne d’or, Capion ravi & puis renduClasse adriatique, citez vers la Tamise le quart bruit, blesse de nuict les reposans. Venus Neptune poursuivra l’entreprise, seres pensifz, trop les opposansVienne le temps que la vertu & regne florissant, tout par tout oste le vice: banny les moeurs, amendant les humains & inhumains faux & desbordez.

 

Quels recoupements et ceux-ci se situent-ils toujours hors des Centuries V-VII ?

I, 18
Par la discorde negligence Gauloise
Sera passaige à Mahommet ouvert
De sang trempé la terre & mer Senoise
Le port Phocen de voiles & nefz couvert

 

Un quatrain centurique, certes, mais avec des variantes importantes.

Prognostications pour 1571

    On retrouve une partie de ce texte en exergue des Prognostications avec ses présages pour MDLXXI, Paris, Robert Colombel :

L’ennemy, l’ennemy, foy promise
Ne se tiendra le captif retourne
Soubz edifice Saturnin trouvé urne
D’or Capion ravy & puis rendu

X, 1
L’ennemy l’ennemy foy promise
Ne se tiendra les captifs retenus

VIII, 29
Soubz l’edifice Saturnin trouvee urne
D’or Capion ravy & puis rendu

 

Voilà qui montre que cette prose pouvait fort bien se présenter sous forme de quatrain mais on notera l’absence de rime entre promise et rendu.

Mais le passage en question se termine sur un quatrain dûment rimé – ce qui nous permet d’en affirmer l’existence – et qui correspond au quatrain d’almanach pour octobre 15552, en fait dans la Prognostication pour 1555 – puisqu’il semble qu’initialement les quatrains mensuels aient figuré dans une Pronostication et non dans un Almanach, et ce probablement à la rubrique des Lunes qui fait suite à l’étude des saisons – mais avec des versets autrement disposés :

Venus Neptune poursuivra l’entreprinse
Serrez pensifs, troublez les opposans
Classe en Adrie, citez vers la Tamise
Le quart bruit blesse de nuit les reposans

 

Au lieu, chez Crespin, de :

Classe adriatique, citez vers la Tamise
Le quart bruit, blesse de nuict les reposans
Venus Neptune poursuivra l’entreprise
Seres pensifz, trop les opposans.

 

Mais ce même quatrain se trouve également dans le faux almanach Barbe Regnault pour 1563 (Bibl. Municipale de Lille) et cette fois avec le même agencement :

Clase en Adrie, citez vers la taminse
Le quart bruict blesse de nuict les repossant
Venus Neptune poursuivra l’entreprinse
Serrez, pensifs trouble les opposans

 

On relèvera simplement la variante : Classe adriatique pour classe en Adrie.

Ce quatrain est toutefois attesté en anglais dans un almanack pour 1563 :

Navy in Adrye toward the tamyse
The fourth brut hurteth them & rest in the night
Venus Neptune shall poursue entrepryse
Harde/ the pensyfe shall trouble the contrary

 

Il s’agirait donc de la traduction anglaise du faux almanach pour 1563, constitué de quatrains issus de divers almanachs et qu’il conviendrait évidemment de dater différemment. Ce sont en effet tous les quatrains du dit almanach qui sont ainsi traduits ainsi que tous les commentaires journaliers du calendrier.

Mais pourquoi Crespin reprend-il le quatrain “Tamise” sous la forme de l’almanach 1563 Barbe Regnault ? A n’en pas douter, la prose de Crespin dissimule des quatrains mais cela ne relève pas nécessairement d’un emprunt aux Centuries mais bien plutôt, selon nous, cela nous révèle une production versifiée propre au dit Crespin et dans laquelle les Centuries puisèrent. Avec le cas du quatrain “Tamise”, on est en face d’un autre cas de figure, un mélange de quatrains des almanachs avec d’autres quatrains qui ne sont pas encore centuriques, mélange que l’on retrouvera dans le Janus Gallicus. Il semble bien qu’en 1571, date de la rédaction de l’Epistre de Crespin à Charles IX, le faux Almanach pour 1563 ait été publié. Il a été signalé que l’Epître à François de Lorraine, mort en 1563, l’année prétendue de la publication du dit almanach, qui s’y trouve est proche de celle de Nostradamus à Henri II.3 Or, Crespin atteste en 1573, dans son Epître à la Reine mère, Catherine de Médicis, de la parution d’une Epître à Henri II en date de juin 1558. Nous avions contesté la date de 1563 qui aurait laissé entendre que la dite Epître à Henri II serait parue avant 1566 mais cela ne nous fait pas problème de la situer au tout début des années 1570, en tant qu’oeuvre présentée comme posthume. Il n’y aurait donc rien de très surprenant à ce que l’on ait imité, peu après sa parution, cette Epître au défunt Roi comme le montre ce passage de l’Epître non datée au défunt duc de Guise : “m’a faict prendre l’audace vous vouloir consacrer ce mien petit Ephemeris” etc. Il est d’ailleurs bien possible que Crespin ait joué un certain rôle dans la fabrication du dit Almanach, ce qui expliquerait qu’il en reprendrait des quatrains remaniés à sa façon. En fait, on ne connaît la première mouture de l’Epître de juin 1558 à Henri II, laquelle n’introduisait pas encore, selon nous, de centuries, que par la dite Epître au duc de Guise tout comme on ne connaît le texte de la première Epître à César – non centurique selon nous au départ – que par les éléments que nous en transmet Antoine Couillard, dans ses Prophéties (1556). Il ne suffit pas de ne garder que ce qui se retrouve dans les moutures suivantes car il peut y avoir des passages qui n’ont pas été conservés par la suite.

Passons à un sixain figurant chez Crespin, en exergue de cette même Epître dédiée à Charles IX :

Le neuf Empire en desolation
Sera changé du Pole aquilonaire
De la Sicile viendra l’emotion
Troubler l’emprinse à Philip tributaire
Le successeur vengera son beau-frère
Occuper regne soubz umbre de vengeance.

 

Là encore, pas de rimes, cette fois, entre “beau-frère” et “vengeance”.

Ce beau-frère, qui est ici invité à prendre le parti de la France, cela pourrait bien être l’époux de la duchesse de Savoie, soeur d’Henri II et dont Crespin se dit l’astrologue, et quant à Philip, il semble bien qu’il s’agisse là de Philippe II, vainqueur à Saint Quentin du roi de France en 1557.

Quels recoupements, cette fois, avec les Centuries ?

VIII, 81
Le neuf Empire en desolation
Sera changé du pole aquilonaire
De la Sicile viendra l’esmotion
Troubler l’emprise à Philip tributaire

 

Tout un quatrain à l’identique !

X, 26
Le successeur vengera son beau-frère
Occuper regne souz umbre de vengeance

 

Signalons, par ailleurs, un passage de la Prognostication generale pour l’année MDLXXV, parue à Lyon chez Jean Huguetan ainsi qu’à Rouen, adressée conjointement à Henri III et à son “dauphin” François d’Alençon, après la mort de Charles IX :

“Le Roy Gaulois par la Celique dextre, voyant en discord la grande hierarchie sur les trois parts fera florir son sceptre. Contre la cape de la grand monarchie montera contre un griffon Viendra le Roy d’Europe accompagné de ceux de l’Aquilon. De rouge & blanc courra grand trouble, troupe allant contre le Roy de Babilon. Le vieux monarque dechassé de son règne. A l’Orient son secours ira querre, par peu de croix payera son enseigne (…) Le grand Scirin (sic) saizie d’Avignon (…) Car siecle approche de renouvellation”

 

III, 47
Le vieux monarque dechassé de son regne
Aux Orients son secours ira querre
Pour peur des croix ploiera son enseigne
En Mityléne ira par port & par terre

 

Le dernier verset ne figure pas chez Crespin.

X, 86
Comme un gryphon viendra le roy d’Europe
Accompagné de ceux d’Aquilon
De rouges & blancz conduira grand trouppe
Et yront contre le roy de Babilon

 

Il s’agit probablement de la vision de Crespin prophétisant l’alliance de la France et de l’Allemagne contre les Turcs. Crespin fut frappé par le mariage de Charles IX avec la fille de l’Empereur, Elisabeth d’Autriche à laquelle il consacre, en 1571, une Epître demonstrative, Paris, Nicolas du Mont. Dans l’Epître au Roi, Crespin du fait que “Le lys (est) avec la confederation de l’aigle” – Aigle, en latin, aquila (aquilon) – annonce la prise de Constantinople, ce qui conférera l’Empire au roi de France. Mais Charles IX décédé en 1574.

IX, 41
Le grand Chyren soy saisir d’Avignon

I, 16
Le siecle approche de renovation.

 

On notera la forme “renouvellation” chez Crespin. Par siècle, il faut entendre ici le grand cycle (800 ans) de la grande conjonction Jupiter-Saturne, attendu pour les années 1580, en signe de feu. Cette configuration attendue dans le signe du bélier se manifesta en fait, à quelques degrés près du zodiaque, dans le signe des Poissons, le signe d’avant, mettant en cause la validité même de ce vénérable système.

II, 69
Le Roy Gaulois par la Celtique dextre
Voiant discorde de la grand Monarchie
Sur les trois parts fera florir son sceptre
Contre la cappe de la grand Hierarchie

 

Inversion : “Monarchie” et “Hierarchie”.

   On a là un matériau qu’on ne retrouve pas toujours dans les Centuries qui aurait fort bien pu s’y trouver car il est de la même veine.

Prognostication pour 1575

Extrait de l’Epître 1   Extrait de l’Epître 2

Les Prophéties dédiées à la Nation Françoise etc

Epître 1574   Extrait de l’Epître

    Il pourrait s’agir d’un faux Crespin, le privilège citant Crespin accordé à François Arnoullet étant de 1569 alors que les éditions qui nous sont parvenues sont datées de 1572. En effet, on trouve une telle série d’adresses mais avec un contenu non nostradamique également dans l’Epistre de Profetie (sic) de paix qui doit venir au Royaume de France sans dissimulation, qui régnera plus de trois cens ans, Lyon, Jean Patrasson (BNF) :

A la Royne mère du Roy (Catherine de Médicis)
A la Royne de France
A Messieurs les Frères du Roy
A ma Dame de Savoye
A ma Dame de Lorraine
A monsieur l’Amiral
A Mons. le Maréchal d’Anville
A M. le Cardinal d’Armagnac
A Monsieur l’Evesque de Grenoble
A. M. de Mandelot
A M. De Gorde
A M. Le Comte de Tournon
A M. De Montbrun
A tous les Princes & Princesses de la Chrestienté
Au Grand Turc
“Aux Juifs exécrables & à tous ceux qui donnent conseil injustement de ruiner le peuple. Par l’astrologue du Roy Archidamus. Il vous annonce votre ruine & deshonneur car le siècle approche de renouvellation”.

 

Cette formule se trouve également dans les Prophéties à la Puissance Divine, suivie d’un texte du même acabit mais sensiblement plus long puisqu’il couvre à lui seul une page entière.4 En fait, c’est ce texte sur les Juifs qui constituerait la seule raison d’être de toute cette publication, hormis peut-être telle ou telle adresse allant dans le même sens.

PPD, Crespin 1572   Extrait des PPD

    Il n’est pas impossible que les dites Prophéties à la Puissance Divine, portant la date de 1572, du moins sous la forme qui nous est parvenue, soient une contrefaçon de l’Epître de Profétie de Paix, faite à Grenoble le 24 décembre 1573. En effet, le contenu des adresses est très différent et dans ce dernier cas, ne comporte aucun élément centurique. En revanche, les Prophéties à la Puissance Divine débutent par ce qui sera connu comme le premier quatrain de la première Centurie, quatrain récurrent dans la littérature “pré-centurique”. Il faudrait dès lors dater les Prophéties à la Puissance Divine de 1574 au plus tôt. La question qui se pose est la suivante : les passages figurant dans les dites Prophéties sont-ils extraits des Centuries ? Le hic, c’est que les adresses sont constituées de quatrains issus en partie de Centuries exclues des éditions de la Ligue. Or, il existe un faux indubitable, la Prophétie Merveilleuse de 1590, parue chez Pierre Ménier, un des libraires s’étant le plus soucié de faire paraître les Centuries sous la Ligue – on a deux éditions, une datée, une non datée. On y voit Crespin faire allégeance à celui que l’on appelait Charles X, un oncle cardinal d’Henri de Navarre. Les positions planétaires des années 1580, si chères à Crespin, y sont tout simplement transposées pour la décennie suivante, ce qui leur ôte toute assise astronomique.

L’identité de Crespin

    Que savons-nous au demeurant de Crespin sinon qu’il emprunta d’abord le “titre” Nostradamus pour lui préférer celui d’Archidamus ? Dans sa Prognostication avec ses présages pour l’An MDLXXI, Paris, Robert Colombel (BNF), Crespin se présente comme étant “de Marseille en Provence” et pas encore au service de la soeur d’Henri II, la duchesse de Savoie, son mariage ayant été une des conséquences du Traité du Cateau Cambrésis de 1559. Il est médecin ordinaire de Monseigneur le Comte de Tande, Admiral du Levant, personnage auquel avait eu affaire Michel de Nostredame, provençal comme Crespin. Ces origines provençales sont d’ailleurs contestées en 1571, par le libraire parisien Nicolas du Mont, dans un Avertissement au Lecteur (p. 23) qui semble le viser, même s’il n’est pas explicitement cité : “Celuy-là natif de Paris renie sa patrie & se dit Provençal”.5 Notons que le libraire affirme avoir “esté requis & quasi importuné de mettre sur la presse ces présens Présages”.

Il serait trop simple, sous prétexte que ces disciples seraient discutables de croire qu’ils n’ont fait que plagier ou compiler les Centuries. La réalité est plus complexe et il nous apparaît qu’en tout état de cause, ils auront joué un rôle essentiel, parfois à leur insu, dans la réalisation des dites Centuries lesquelles sont non point la matrice mais bel et bien la résultante de leurs productions pseudo ou néonostradamiques, si tant est qu’il s’agisse de plusieurs personnages ou d’un même usant successivement ou simultanément de plusieurs appellations. On ne saurait en tout cas ignorer à quel point cette mouvance nostradamisante est engagée politiquement dans le camp du dernier fils de Catherine de Médicis, devenu à partir de 1574, à la mort de Charles IX, l’héritier (dauphin) du trône occupé par Henri III, jusqu’à sa mort survenue dix ans plus tard et qui ouvrira une crise dynastique en faisant du prétendant Henri de Navarre, le futur Henri IV, revenu, après la Saint Barthélémy, à la religion réformée.

Reconnaissons toutefois qu’on ne sait pas grand chose de ce Crespin, sinon qu’il date ses Epîtres, un genre qu’il affectionne et que l’on retrouve dans les Significations pour 1559, qui, selon nous sont antidatées et dans l’Epître prophétique “lyonnaise” à Henri II. Crespin écrit souvent d’Italie : Turin, Messine, Venise mais aussi de La Rochelle, de Grenoble, capitale du Dauphiné, souvent de Paris. C’est un prophète itinérant, fortement marqué par l’Italie et cela pourrait expliquer en partie la vogue de Nostradamus dans cette région. Mais quelle autorité dans ses propos qui éclipse selon nous quelque peu un Michel de Nostredame. Quelle imagination politique ! On rappellera les deux quatrains de la Centurie VIII avec leurs versets répétitifs et le fait qu’un des quatrains est incomplet sous sa forme centurique : “Le Roy de Bloys dans Avignon regner” (VIII, 38 et VIII, 52), formule que l’on trouve également dans un texte de Crespin Démonstration de l’éclipce (sic) lamentable du soleil que dura le long du jour de la Seint Michel dernier passé (…) par M. Anthoine Crespin, Paris, N. Dumont, 1571. Il semble bien que les quatrains centuriques reflètent les idées politiques de Crespin, et ce quand bien même ne serait-il pas le compilateur des Centuries mais seulement leur inspirateur. On voit à quel point Antoine Crespin et Michel de Nostredame se complètent : l’un par son oeuvre, l’autre par sa vie. L’addition des deux aura donné le phénomène Nostradamus.

Demonstracion, 1571    Le Roy de Bloys dans Avignon

Crespin et le quatrain “Avignon”

   C’est l’occasion de rappeler que l’antijudaïsme de Crespin qui transparaît dans certains quatrains des Centuries et qui constitue un arrière-plan de son oeuvre rend d’autant plus scandaleuse l’attribution des dites Centuries à Michel de Nostredame, dont on connaît les origines juives, lesquelles d’ailleurs étaient rappelées par certains de ses adversaires et ce d’autant plus que la famille (convertie) de Nostradamus appartenait, comme l’ont montré les biographes, à cette même communauté provençale à laquelle Crespin s’en prend.6

Crespin, s’il abuse certes de son statut plus ou moins autoproclamé, de prophète, pratique une poésie politique – comme il existe, au XVIe siècle, une poésie scientifique – n’hésitant pas à placer dans ses Epîtres des développements versifiés, ce que ne faisait pas son prédécesseur, si tant est que l’on sache exactement ce que ce dernier a véritablement produit. Que l’on lise notamment l’Epître de Crespin à Charles IX, ouverte par près d’une centaine de vers.

Il importe de ne pas diaboliser Crespin ou les Nostradamus le Jeune et Mi. De Nostradamus car leur rôle dans la formation des Centuries ne fut certainement pas négligeable dès lors que l’on ne situe la parution de celles-ci dans les années 1550 mais plutôt dans les années 1570. Un Benoist Rigaud, on l’a vu, avait, avant même la mort de Michel de Nostradame, publié du Mi. De Nostradamus. En 1574, le même Rigaud publie cette fois un recueil de M. Michel de Nostradamus le Jeune, Prédictions des choses plus mémorables qui sont à advenir etc, ouvrage qui paraît également à Troyes, chez l’imprimeur Claude Garnier. Benoit Rigaud publiera encore sous la Ligue l’Almanach pour 1587 d’Himbert de Billy lequel almanach comporte des quatrains pour chaque mois, conjointement avec le libraire parisien Jean Cavelat. Encore en 1594, alors qu’il fait paraître le premier volet des Centuries, Benoist Rigaud publie l’Almanach des almanachs le plus certain de Cormopéde, qui truffe également son calendrier de quatrains. Il est bien possible que pour Rigaud, toute cette littérature, Centuries comprises, soit considérée comme étant du même ordre.

Prédictions des choses mémorables

   Nous conclurons que l’on trouve chez Crespin, ailleurs que dans les Prophéties à la Puissance Divine, un matériau très proche de celui des Centuries mais qui ne coïncide pas totalement. On peut certes penser que Crespin a mal recopié ou qu’il a eu accès à une édition perdue des Centuries mais nous avons la faiblesse de croire que ce n’est pas Crespin qui a emprunté mais qu’on lui a emprunté à moins qu’il n’y ait contribué délibérément, mettant ainsi son travail au service de la cause des Centuries et du culte de Michel de Nostredame. Certes, Crespin a pu brodé et ajouter à ses emprunts des éléments de son cru mais on peut tout aussi bien admettre que l’on n’a repris qu’une partie de son oeuvre comme c’est le plus souvent la règle en cas d’emprunt ou de plagiat. Dans le domaine iconographique7, la démonstration de l’existence d’un emprunt serait probablement plus aisée, dès lors que le motif emprunté appartient à un ensemble plus vaste, on pense au signe du verseau qui serait extrait d’une scène de banquet telle qu’on en organisait au mois de janvier. Dans le domaine littéraire, la notion d’ensemble de référence est peut-être plus floue mais en tout état de cause, Crespin serait une source des Centuries bien plus que leur compilateur et il convenait bel et bien de le réhabiliter. C’est dire que la genèse des Centuries se révèle autrement plus complexe que ce qu’affirment certains qui voudraient que tout soit sorti de la tête du seul Michel de Nostredame; non seulement on a identifié un certain nombre de sources des quatrains mais même les quatrains en question semblent ne pas avoir été l’oeuvre du dit Michel de Nostredame. Il faudrait en finir – on ne cessera de le répéter- avec des formules paresseuses du style “Nostradamus a dit ceci ou cela” en parlant des quatrains voire des épîtres centuriques. La vie des textes est souvent plus fascinante que celle de tel ou tel auteur et surtout elle se situe dans une autre échelle de durée surtout si l’on prend en compte et leur formation et leur fortune.

Appendice

I – La vignette du disciple

Nostradamus le Jeune

Portrait de Nostradamus le Jeune

   On a le portrait de Nostradamus le Jeune, il figure, dans les années 1560, muni d’un chapeau et d’une barbe sur certains frontispices, ou en page de garde, au dessus du premier quatrain de la première Centurie. Un des cas les plus remarquables est le frontispice des Prédictions pour vint (sic) ans (…) Mises en lumière par Mi. De Nostradamus le Ieune, Rouen, P. Brenouzer : “Estant assis de nuit secret estude/ Seul reposé sus la selle d’aerain/ Flambe exigue sortant de solitude/ Fait proférer qui n’est à croire vain.”8

Prédictions pour vingt ans

Fontispice des “Prédictions pour vingt ans”, par Mi. de Nostradamus le Jeune

Edition 1605    Edition 1649

Edition datée de 1568

Portrait de Nostradamus le Jeune
dans des éditions des Prophéties

   Mais comment se fait-il qu’on le retrouve en frontispice de toute une série d’éditions des Prophéties de M. Michel Nostradamus ?9 Certaines avec l’année 1568, d’autres 1605 voire 1649. Signalons encore la présence de la dite vignette au frontispice d’un Almanach pour l’année 1651, (…) Composé par Antoine Chevillot, Troyes, I. Blanchard, ou encore, au XVIIIe siècle, sur des Prophéties générales nouvelles et curieuses (…) Depuis l’an 1760 jusqu’en l’an 1767. Tirées des anciens Manuscrits de Mre Michel Nostradamus, Troyes, Jean Garnier.

Almanach pour l’an 1651

Fontispice de l’“Almanach pour l’an 1651”, par Antoine Chevillot

   Deux hypothèses s’offrent à nous : soit certains libraires se sont trompé et ont confondu Michel de Nostradamus avec un de ses disciples, soit au départ les Centuries se présentèrent comme étant l’oeuvre d’un de ses disciples ou en tout cas mises en lumière par lui.

II – La vignette d’Auger Gaillard

   Dans l’historique des vignettes, nous signalerons le cas d’un poète du Sud Ouest Auger Gaillard10 dont la vignette figurant sur certaines des oeuvres parues au XVIe siècle va se retrouver sur nombre d’éditions des Centuries, au siècle suivant11 sans que l’on sache très bien pourquoi.

Auger Gaillard    Edition 1644

Origine d’une vignette nostradamique du XVIIe siècle

III – Le quatrain “Secret Estude”

   Ce quatrain est récurrent dans la littérature néonostradamique, c’est-à-dire celle des disciples et autres succeseurs. De deux choses l’une, ou bien il s’agit d’un emprunt au premier quatrain de la première Centurie ou bien il s’agit d’un emprunt de la dite Centurie à la dite littérature.

Or, le quatrain en question se présente parfois avec des variantes : “Que moy estant ravy en mon secret estude/ Et reposant tout seul sur la selle d’aerain/ Un exigu flambeau sortant de solitude/ Me faict dire cecy que ne croyrez en vain.”12

Quelle audace vraiment que de trafiquer un quatrain aussi célébre ! Certes Crespin, à d’autres endroits, est plus proche de la version canonique.13 Mais la variante ci-dessus nous paraît tout aussi pertinente : “ravy” étant plus “noble” que assis et aussi cette forme “dire cecy” ne convient-elle à merveille pour un quatrain introductif alors qu’il s’adresse directement à son lecteur ? Comment d’ailleurs si les Centuries étaient alors déjà parues pourrait-on se permettre de telles fantaisies de la part d’un Archidamus ? En outre, comment Crespin pourrait-il se permettre de reprendre tant de versets des Centuries sans citer ses sources ? En 1577, Crespin Archidamus connaissait-il les Centuries telles que nous les connaissons ? Il ne nous semble pas. Rappelons que nous n’avons pas d’assurance de leur existence avant 1584 et leur mention dans la Bibliothèque de Du Verdier comme l’a rappelé, en son temps, Patrice Guinard. On notera que Du Verdier désigne l’ouvrage sous le titre “Dix Centuries de prophéties par quatrains” et non par le titre que nous connaissons. On peut se demander si 1578 ne serait pas justement la “bonne” date pour situer la première parution de Centuries, attribuées à Michel de Nostredame. Entre 1578 et 1584, on sera passé à dix Centuries. On notera qu’après 1577, nous n’avons plus rien de très significatif de la part de Crespin. Le terme même de “Centurie”, comme synonyme de prédiction introduite par un quatrain, suivie d’un commentaire, ne figure chez Crespin qu’en 1586, dans la Pronostication astronomique pour six années (s.l.n.d., Bibl. Lyon La Part Dieu, cote 315920) et encore cela concerne-t-il en fait les années 1593 à 1598. En ce qui concerne l’Epître de Jean de Chevigny en tête de L’Androgyn de Dorat, Lyon, Michel Jove, 1570 et qui comporte une référence – la première du genre avec numéro canonique du quatrain et de la centurie – au quatrain correspondant au “monstre”, nous avons montré (dans une étude sur Espace Nostradamus) que nous avions affaire à un faux datant de la fin des années 1580, réalisé à partir du Tractatus de Monstris d’Arnaud Sorbin datant de 1570.

IV – Les deux éditions des Prophéties dédiées à la Puissance Divine (1572)

PPD Crespin 1    PPD Crespin 2

Les deux éditions Crespin des “Prophéties dédiées à la Puissance divine”

   Les bibliographies nostradamiques n’ont pas su distinguer les deux éditions, parues chez le même libraire lyonnais, François Arnoullet, en la même année 1572 alors que la disposition de la page de titre est différente, la seconde édition (conservée à la British Library) mettant en majuscules plus de mots que la première. Mais même le titre n’est pas exactement le même :

A. Prophéties par l’astrologue du treschrestien Roy de France etc.
B. Prophéties par l’astrologue du Roy de France etc.

Privilèges Crespin

Les Privilèges des “Prophéties dédiées à la Puissance divine”

   Le privilège, également, diffère : celui de la première édition14 comporte deux dates (24 mars 1572 et l’an 1569), celui de la seconde aucune. Il n’est nullement certain que ces deux éditions soient l’une et l’autre parues en 1572, année de la Saint Barthélémy. Certains traits de la seconde la rendent, en tout cas, pour le moins suspecte.15 Malgré l’addition de nouveaux versets de quatrains, ceux-ci n’appartiennent jamais aux Centuries V-VII.

Jacques Halbronn
Paris, le 15 janvier 2005

Notes

Cf. Documents inexploités, op. cit., p. 205. Retour

Cf. RCN, p. 8. Retour

Cf. P. Guinard sur ce sujet, sur le Site CURA.free.fr. Retour

Cf. Documents Inexploités, op. cit., p. 226. Retour

Cf. Présages pour Treize ans, réalisés par M. de Nostradamus le Jeune, dédiés au Duc d’Alençon, dédicataire de nombreux textes dus à des disciples plus ou moins douteux de Michel de Nostredame. Voir Bibl. Lyon La Part Dieu, cote 315921. Retour

Cf. notre article sur ce sujet, sur le Site du CURA.free.fr. Retour

Cf. notre article paru à la rubrique Tarotica, sur Encyclopaedia Hermetica. Retour

Cf. RCN, pp. 90-91. Retour

Cf. RCN, A 25 et A 26, p. 639. Retour

10 Cf. notre étude parue sur Espace Nostradamus. Retour

11 Cf. RCN, A 15 et A 16, p.637. Retour

12 In Au Roy Episre et aux autheurs de disputation sophistique, Paris, Gilles de S. Gilles, 1577. Retour

13 Cf. “Au Roy par son Astrologue”, in Prophéties dédiées à la Puissance Divine. Voir Documents Inexploités, op. cit., p. 210. Retour

14 Cf. Documents Inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed . Ramkat, 2002, p. 206. Voir aussi sur Gallica, pour une version numérisée. Retour

15 Cf. notre étude de cette édition, Documents inexploités, op.cit., pp.77-80. Retour

 

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jacques halbronn Le milieu astrologique et ses crises de rejet, de Patrice Guinard à André Barbault

Posté par nofim le 17 juin 2021

 

 

Bulletin  de la BURA (Bibliothèque  Universitaire de Recherche Astrologique)

 

 

Le milieu astrologique et ses crises de rejet  de  patrice Guinard à André Barbault

 

 

 

 

Par  Jacques  Halbronn

 

 

En notre qualité d’observateur du milieu astrologique depuis un demi-siècle, nous y avons noté des symptômes, des  comportements de rejet de l’Astrologie, de saturation. Nous aborderons successivement  la tentation  poétique et la tentation astronomique.

 

I La tentation de la poésie

Nous-mêmes, nous avons consacré beaucoup de temps à des domaines qui tendent à s’éloigner sinon à se démarquer de l’astrologie, d’où nos thèses de doctorat de 1999 et de 2007 qui se situent à la marge du champ proprement astrologique. Cela se comprend en raison d’une certaine aridité de la littérature astrologique.

Un cas particulièrement caractéristique est celui de Patrice Guinard qui fond à la fin des années 90 le CURA, le Centre Universitaire de Recherche Astrologique, après avoir soutenu une thèse, en 1993, sur les fondements de l’astrologie. Or, dans le cours de la première décennie du XXIe siècle, le gros des parutions sur son site, en tout cas celles qui sont de cru, vont toucher au « Corpus Nostradamus » et notamment à un Nostradamus prophéte et poéte, auteur supposé de centaines, d’une « milliade » de quatrains au point de s’en prendre vivement  à ceux qui,  comme nous, entendent dégager le « vrai » Nostradamus de telles dérives prophétiques.

Selon nous, un tel glissement est le signe d’un malaise ou d’un mal être par rapport à l’astrologie que l’on retrouve d’ailleurs chez Serge Bret Morel, passé par la Fédération des Astrologues Francophones avant de s’illustrer, avec d’ailleurs un certain succès, dans le camp des astrosceptiques.

Pour Guinard,  il est scandaleux de vouloir contester le volet poético-prophétique de l’œuvre de Michel de Nostredame, le réduisant ainsi à un faiseur d’almanachs annuels besogneux. Ce serait trahir la mémoire de Nostradamus que de contester que celui-ci pourrait ne pas être le génial prophéte dont il ne s’agit plus de chercher à comprendre comment il a été inspiré, puisque le lien entre la plupart des quatrains, y compris ceux des almanachs, n’ont pas de substrat  astrologico-astronomique identifiable.  (cf Pierre Brind’amour  , Nostradamus astrophile, Ottawa 1993) En revanche, sa correspondance  manuscrite  (étudiée par Jean Dupébe) et ses  études annuelles regroupées sou le titre de Recueil des présages prosaïques (étudiés par Bernard Chevignard, Seuil, 1999)  sont truffées de données Astronomico-astrologiques. Selon nous , même les quatrains des almanachs de Nostradamus ne seraient pas de sa plume mais reléveraient du zéle de quelque versificateur de ses prédictions annuelles en prose. Autrement dit,  Guinard, par ses positions, effectue un virage, une déviation grâce à l’œuvre ambivalente d’un Nostradamus revue et corrigé  vingt ans après sa mort survenue en 1566.

Il convient d’ailleurs de resituer la production centurique du dernier quart du XVIe siècle au prisme d’un certain déclin de l’astrologie, étant entendu qu’un nouvel élan astrologique se manifestera dans les années 1640-1650 autour de Nicolas  Bourdin  et de Jean-Baptiste Morin (dit de Villefranche) si bien que la fin du XVIIe siècle sera nettement plus féconde pour la production astrologique que la fin du XVIe siècle, contrairement aux représentations courantes. Trente ans après sa première parution, le manuel de Ferrier sera réédité, à Rouen, en 1583 et ce jusqu’au début du siècle suivante, ce qui dénote une forme de déclin.(cf  notre DEA  sur Auger Ferrier, Lille III,  1981, sur SCRIBD) Du temps de Nostradamus, l’astrologie française était florissante (cf le traité  de Claude Dariot, 1558, réédité chez Pardés en 1990) mais dans les années 1580, la roue a tourné.  Ce glissement de l’astrologie vers le prophétisme est périodique, c’est le cas de la Pronosticatio de Lichtenberger qui se retrouvera dans le Mirabilis Liber, recueil de prophéties (cf notre étude dans la Revue Française d’Histoire du Livre, 2015 et notre catalogue d’exposition à la BNF, en 1994, Astrologie et prophétie. Merveilles sans images)

 

 

 

 

II la tentation de l’astronomie

Abordons à présent le cas d’André Barbault lequel aura, selon nous, traversé une crise par rapport à la doxa astrologique, à la fin des années Soixante,  qui se manifestera  avec son « Indice Cyclique ». Nous avons montré par ailleurs que celui-ci prolonge  une approche déjà marquante dans les années trente, celle de la « répartition des planètes », pour reprendre une entrée du Dictionnaire Astrologique d’Henri Gouchon, réédité  régulièrement jusqu’à nos jours. Le nom de Caslant est mis en avant dans cet  article et le dit Gouchon appliquera, à la fin des années 40, à l’astrologie mondiale ce qui avait été avancé initialement pour l’interprétation du thème natal. Barbault  reprendra en 1967  cette méthode  dans les Astres et l’Histoire (Pauvert) sans faire référence à l’article de Gouchon dans son célébre Dictionnaire  mais en signalant une brochure introuvable du dit Gouchon/

Or, que nous raconte ce glissement survenu entre la crise mondiale parue, quelques années plus tôt dans cette même décennie, chez Albin Michel ? Que Barbault ne veut plus entendre parler de la tradition astrologique et préfére tout reconstruire à partir de données astronomiques  pures et dures. Qu’on en juge : plus question de distinguer les planétes entre elles par leur nom, plus question de noter dans quel signe les rencontres planétaires ont lieu-Albumasar quant à lui, quand même, notait dans lequel des Quatre Eléments, les conjonctions Jupiter Saturne se tenaient/ Seule va importer désormais la ‘répartition » des planétes « lentes, de Jupiter à Pluton, sur l’écliptique. Non pas que cela fasse sens pour les astronomes en termes d’équilibre et de déséquilibre, mais au moins ce sont là, n’est ce pas, des données objectives  qui ne doivent rien à la question du cycle des saisons, notamment. Autrement dit, une approche  qui refuse de s’appuyer sur une quelconque tradition astrologique ou même sur quelque forme de météorologie. On fait table rase et l’on attend que la concentration de planétes se resserra pour annoncer une  grave tension au niveau mondiale  comme dans le cas des deux guerres mondiales, dans l’attente d’une troisième échéance, pour le début des années 80.  N’est ce point -là un symptome de rejet, de crise de confiance vis-à-vis d’un savoir proprement  astrologique souvent d’ailleurs calqué sur le métalangage astronomique, à commencer par le nom des nouvelles planétes ? A ce stade, les significations accordées par les astrologues à telle ou telle planéte n’ont plus cours, Uranus et Neptune sont mis dans le même sac ! Plus la peine de chercher à les différencier !

Voilà donc quelques cas d’astrologues  qui ont pris leurs distances, du moins à un certain moment de leur carrière avec ce qu’on avait pu leur transmettre en astrologie. Et force est de constater que ces glissements se produisent  à des points de contact :la prose de Nostradamus rendue en vers,  les bases astronomiques de l’astrologie  prenant le dessus.

 

 

 

 

 

 

JHB

17. 06 21

 

 

 

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jacques Halbronn Le couple Jupiter-Saturne d’André Barbault à Denis Labouré

Posté par nofim le 12 juin 2021

Le couple Jupiter Saturne, d’André Barbault à Denis Labouré

Par Jacques Halbronn

 

L’histoire de la dialectique Jupiter-Saturne est au cœur de notre approche de la pensée astrologique. Nous avons voulu ici aborder cette question par le biais d’ observations autour de deux ouvrages, Jupiter & Saturne, un collectif sous la direction d’André Barbault ( Ed du CIA, 1951, réédition 1980 avec une nouvelle présentation par André Barbault, Editions Traditionnelles) et Astrologie & Religion au Moyen Age de Denis Labouré Suivi de la traduction en langue française par le Dr Giuseppe Nastri de la Concordantia astronomie cum hystorica narratione du cardinal Pierre d’Ailly, Domuni Press 2019)

 

I Jupiter & Saturne

La page de couverture présente deux visages, l’un dilaté (de Jupiter), l’autre contracté (de Saturne), ce qui résume bien l’orientation général de ce collectif

Guy Fradin avertit « La découverte d’Uranus et Neptune, celle de Pluton, ont fait perdre aux conjonctions de Jupiter et de Saturne leur ancienne prépondérance (p. 39)

Maurice Munzinger, à qui l’on doit les dessins,note » C’est l’étude sur l’opposition des deux types Jupiter et Saturne qui a amené le Dr Louis Corman à édifier tout son système de morpho-psychologie. C’est ainsi qu’il déclare dans son Manuel de Morpho-psychologie (1948) » L’opposition de Jupiter et de Saturne

(..) Par exemple, la bonne humeur habituelle, la bienveillance, l’esprit de société, le sens pratique, l’attachement aux choses du monde s’expliquent aisément chez le Dilaté Jupiter par son excellente adaptation au milieu. Inversement, l’humeur inquiète , la misanthropie, l’indépendance, le goût des spéculations théoriques se rattachaient chez le Rétracté Saturne aux difficultés d’adaptation »

Jean Carteret Mythologie : « L’histoire de ce dieu est qu’il n’a pas été avalé par son père (…) Le Jupiter mythologique déborde singulièrement le Jupiter astrologique » (p. 54)

Brahy : Les tendances sociales « Dans le jeu des influences planétaires, Jupiter et Saturne forment ce que l’on peut appeler « un couple » de forces inversement polarisées ou encore les deux pôles d’expression d’une même force. Il n’y qu’à considérer les hiéroglyphes (sic) de ces deux planètes pour s’en rendre compte » (pp. 181 et seq)

 

Notre commentaire : il nous semble que les propos ici tenus en 1950 se fondent sur une représentation faussée du processus social. On voudrait croire que la vie en société est épanouissante alors que l’individu isolé serait en souffrance. Or, nous pensons que rien n’est plus contraignant que l’intégration sociale que l’on nous présente comme une « adaptation » mais à quel prix ? L’on sait d’ailleurs à quel point les exigences d’intégration, d’assimilation font désormais probléme. La « socialisation » passe par l’apprentissage d’une langue, d’une, d’une discipline ; d’une culture commune, le terme assimilation renvoyant à la similitude, au conformisme. Cela ne signifie pas que les gens ne soient « heureux » de leur sort…

C’est pourquoi, nous pensons que Saturne est lié au processus de socialisation en ce qu’il a de plus pesant. A l’inverse, nous pensons que le chercheur, le créateur, dans leur « tour d’ivoire » sont bien plus libres que l’homme moyen, prisonnier de toutes sortes de conventions, de préjugés dont, éventuellement, l’homme « libre » saura le libérer en lui ouvrant sa cage. Autrement dit, la survalorisation de l’adaptation conduit à une inversion : l’assimilation est saturnienne avec ce qu’elle peut avoir de tatillon, de mesquin mais c’est bien le Saturnien qui est « sociable » si l’on ne prend pas cette expression comme une valeur d’épanouissement du moi. Celui qui a un Moi puissant n’est pas « sociable », il faut une certaine faiblesse de caractère pour l’être ! L’on assiste donc ici à une certaine projection idéologique sur l’astrologie dont il faut absolument s’émanciper et purger l’astrologie/ Les ouvrages comme Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley ou 1984 de Horwell nous dressent le portrait d’une société lobotomisée.

On notera qu’en 1945, Barbault dans son Astrologie agricole (.) classe Saturne avec Uranus et Jupiter avec Neptune. Il est vrai que l’un des domiciles de Saturne, le Verseau a été attribué à Uranus et que l’un des domiciles de Jupiter , les Poissons, a été attribué à Neptune mais il reste que le couple Saturne-Neptune et le couple Jupiter Uranus sont plus pertinents !

Cela dit, il nous semble bien que le binome Uranus Neptune élaboré par les astrologues au milieu du XIXe siècle, à la suite des découvertes de 1781 et 1846 doive avant tout être considéré comme une projection des valeurs Jupiter-Saturne, à partir de l’Inconscient Collectif. Il ne faudrait donc pas considérer les significations comme visant les « nouvelles planétes » mais au contraire comme l’émergence d’archétypes genérée par ces découvertes. D’ailleurs, on ne saisit pas le lien qui peut exister entre le dieu Ouranos et ce qui est dit par les astrologues sur cette planéte. En fait, Uranus est associé à l’époque avec l’idée de révolution à commencer celle de 1789 alors que Neptune correspondrait au phénoméne communiste qui prend forme au moment de la découverte de cette planéte. Or, il y a bien là une polarité : Jupiter, pour nous, est une énergie de transformation dans le temps alors que Saturnne s’inscrit dans une spatialité, dans une uniformité sociale. Et selon nous, cette dualité résume bien la combinatoire des enjeux dont traite l’Astrologie.

 

 

II La conjonction Jupiter-Saturne en astrologie mondiale

 

Il est question du De magnis coniunctionibus d’Albumasar (pp. 117 et seq) – les « grandes conjonctions »

Labouré en rappelle les régles bien connues ; « Les conjonctions de Jupiter avec Saturne se produisent tous les 20 ans mais elles se produisent pendant deux siècles dans les signes de même élément « ‘(p. 136) Ce qui donne un cycle global de 960 ans (4×240 ans) Le changement de « triplicité » (cf les 4 Eléments) désigne une conjonction majeure, tous les 240 ans.

A propos de la « fortune » des spéculations de Pierre d’Ailly en rapport avec la venue de l’Antéchrist – Bulletin de la Société Historique de Compiégne, 1993 (Colloque européen 16-17 mai 1992 de Pierre d’Ailly à Christophe Colomb) « Pierre d’Ailly et l’Antéchrist » (pp. 49-78)/ En 1994, Laura Ackerman Smoller fit paraitre à l’Université de Princeton « History, prophecy and the stars. The Christian Astrology of Pierre d’Ailly 1350-1420 » Notre étude ignorée de Labouré, et d’ailleurs plus fouillée que son propre travail , précéde donc celle de Smoller. Dans le même domaine de l’Antéchrist, signalons en 1998, pour le XVIIe siècle, notre communication « Accomplissement des prophéties / Pierre DuMoulin » in Colloque Formes du millénarisme en Europe à l’aube des temps modernes. Année: 2001, Pages: 233-245, on ne peut s’empêcher de décéler une influence « alliacienne » dans la refonte centurique de l’Epître contrefaite de Nostradamus à Henri II, datée de 1558 (et qui se calque sur celle de 1556), vraisemblablement parue, en fait, dans le cours de la décennie 1590. On y trouve la « persécution de l’Eglise » et l’année 1789 rendue comme 1792. Antoine Couillard en 1556 ironisera sur cette date avancée de 1789 reprise en 1550 par Richard Roussat dans son Livre de l’Estat et Mutation des temps. Signalons aussi que Nostradamus s’était bel et bien intéressé à l’arrivée de l’Antéchrist dans son Epitre au Pape Pie IV dans ses publications pour 1562 (cf la réédition au début du XXe siècle bet notre article en 1991 dans la revue Réforme Humanisme Renaissance) ce qui ressort de l’un de ses quatrains autour de « Macelin » (déformation de Marcellin), naissance qu’il situait autour de 1566-67, ce qui correspondra surtout à la date de sa propre mort. Autrement dit, les contre façons de la production de Nostradamus reprennent toujours peu ou prou des textes authentiques. On regrettera que cette Epitre au pape ait été éclipsée au moins nominalement par celles à César et à Henri II .

 

A la même époque où paraissait la mouture contrefaite de la première épitre à Henri II (cf Prophética aleph Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat 2002) le juriste angevin Jean Bodin reprendra le terme « mutation » dans les Livres de sa République en rapport avec les conjonctions Jupiter-Saturne. Bodin polémiquera avec Auger Ferrier sur ce sujet (cf notre DEA 1981 Lille III, en ligne sur la plateforme SCRIBD)

Il est clair que Pierre d’Ailly entendait au moyen de l’astrologie refondre la science historique. On sait que ces deux domaines seront in fine recalés, à la fin du XVIIe siècle, par l’Académie Royale des Science, ce qui ne se serait pas produit si la connexion avait vraiment pu être établie. ¨Parmi les précureurs de Pierre d’Ailly, signalons le Meguilat Hamegalé d’Abraham Bar Hiyya au XIIe siècle ( cf Le monde juif et l’astrologie, Milan, Arché 1985)

Pour notre part nous avions émise l’hypothèse selon laquelle Pierre d’Ailly, en 1414, avait surtout voulu repousser les échéances prophétiques de son temps.

 

Pour conclure sur la dualité Jupiter Saturne, il semble bien qu’elle doive occuper une place centrale pour l’astrologie du XXIe siècle (cf notre brochure l’Astrologie selon Saturne, 1994-1995) On notera que la théorie des grandes conjonctions n’aborde pas la signification spécifique de Jupiter d’une part et de Saturne de l’autre mais se fixe sur la combinatoire des deux.

 

 

 

JHB

12  05  21

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jacques Halbronn L’apport de Mireille Huchon à la recherche nostradamologique.

Posté par nofim le 11 juin 2021

 

L’apport de Mireille Huchon à la recherche nostradamologique

Par Jacques Halbronn

 

Début 2021 parut chez Gallimard , dans la collection Biographies, un ouvrage ambitieux, à savoir le « Nostradamus » de Mireille Huchon, spécialiste de Rabelais. Embrassant un grand nombre de publications, on se demandera si la montagne n’a pas accouché d’une souris. A la différence d’Hervé Drévillon et Jean-Paul Lagrange, auteurs en 2003 d’un précédent opus chez le même éditeur, Mireille Huchon nous offre une quantité de notes de bas de pages mais sans index des travaux de recherche sur le sujet et sans bibliographie si ce n’est une dizaine de titres dans une rubrique intitulé « Nostradamiens » (p. 349). On est donc condamné à dépouiller l’entrelacs des notes non pas placées en bas de page mais en vrac pp. 311- 349)

Dans la quatriéme de couverture, on insiste sur le caractère ‘biographique » plutôt que « bibliographique » du travail entrepris.

« à la faveur de documents récemment exhumés » (cf pp. 292 et seq). De quels documents s’agit-il du Recueil des Présages Prosaïques, édité en partie dès 1999 aux éditions du Seuil par Bernard Chevignard et de la correspondance, éditée par Jean Dupèbe (Lettres inédites, (Travaux d’Humanisme et de Renaissance, n° CXCVI). Genève, Librairie Droz, 1983), donc des éléments connus déjà depuis un certain temps, vingt ans et quarante ans environ respectivement.

Mais peut-on séparer biographie et bibliographie dans le cas de Nostradamus ? Un tel exercice apparait vite comme acrobatique. Cela contraint l’auteur à admettre d’office que le domaine bibliographique ne fait plus problème, surtout depuis les publications de Chomarat, Benazra et Brind’amour – entre 1989 et 1993- âge d’or en quelque sorte de la recherche en ce domaine -et qu’il est enfin temps de passer au stade biographique.

Exemple :’ De son vivant, ses livres de prophéties n’avaient pas remporté un succès comparable à celui de ses productions annuelles » (p. 263) Dont acte. L’affaire est entendue. Le lecteur est fixé : Nostradamus a bien publié « de son vivant » ses « prophéties ». On nous explique qu’en « 1588, 1589 et 1590 les éditions des Prophéties de Nostradamus (…) sont publiées sans les trois dernières centuries »(p.272) Mireille Huchon se contente donc de constater qu’aucune « réédition » à 10 centuries n’aurait eu lieu entre 1568 et 1590 sans se demander si l’édition de 1568 a jamais existé, ce qui permettrait de comprendre pourquoi il n’en fut pas question dans les années citées. On voit là à quel point la biographie est tributaire de la bibliographie puisque la biographie est contrainte de conférer une réalité existentielle à toute la chronologie des œuvres, ce qui est là franchir un seuil redoutable ! Mireille Huchon ne peut éviter l’ecueil bibliographique quand elle évoque «  l’existence d’une édition en 155_ aujourd’hui perdue »(p 264) Quant à l’argument selon lequel certains quatrains traitent de telle époque du vivant de Nostradamus, c’est bien léger. Ce qui est plus grave, c’est quand certains quatrains traitent de la période de la Ligue (cf notre communication in Prophétes et Prophéties 1997) mais on peut alors mettre cela sur le compte de la vertu prophétique !D’ailleurs, Mireille Huchon s’interroge : » Préscience réelle s’il existe bien une édition publiée en 1558, ou prescience forgée par quelque faussaire qui a pu vouloir, après coup, donner l’illusion de la capacité de prophétie de Nostradamus » (pp 264-265)

Mireille Huchon est tout à fait avertie de l’usage de la Guide des Chemins de France (1552) et elle ne s’étonne pas plus que cela que Nostradamus se soit amusé à compiler cet ouvrage truffé de noms de lieux.(pp. 265 et seq) tout comme elle ne s’étonne pas que ‘Nostradamus se (soit) fait chroniqueur de la royauté française ». Il ne lui vient pas à l’esprit que de tels procédés seraient précisément ceux de tacherons payés par des libraires faussaires pour faire du quatrain à la chaîne ! Mais revenons sur le propos de Mireille Huchon (p. 266) à propos des quatrains géographiques (signalés par Chantal Liaroutzos) Elle mentionne la « correction « de Chastres en Chartres sans se demander ce que vient faire Chartres dans ce quatrain ; Or, la « correction » n’est nullement innocente, elle fait référence, selon nous, à l’annonce du couronnement d’un Henri IV, converti, dans la cathédrale de Chartres au lieu et place de celle de Reims qui lui est inaccessible dans les années 1593-94, ce qui, dans ce cas, permettrait de dater le quatrain pour ce moment qui fait suite à la fameuse formule «  Paris vaut bien une messe ».Il semble donc que Mireille Huchon ait pu croire que la forme « Chastres » était une erreur de la Guide des Chemins de France que l’on aurait corrigée dans le quatrain en question, alors que Chastres était tout à fait correct et n’a été changé en Chartres que pour les besoins de la cause ! Chastres alias Arpajon correspond bien géographiquement aux autres communes citées, ce qui n’est pas vraiment le cas de Chartres !

Mais venons-en à l’usage que tire Mireille Huchon du Recueil des Présages Prosaïques qui devait lui permettre, selon ses dires, de faire avancer le shmiblic. Elle nous parle d’extraits alors qu’il s’agit carrément de la reproduction intégrale de publications annuelles comme l’exposait Bernard Chevignard, en 1999, selon nos conseils. Mireille Huchon s’est probablement arrétée, par mégarde, dans ses notes en ce qu’en disait Pierre Brind’amour (décédé en 1995) en 1993 (Nostradamus astrophile) qui ne disposait pas d’assez d’exemplaires des imprimés de l’époque pour porter un jugement tout à fait pertinent. En fait, l’intérêt du dit Recueil, comme nous l’avons montré, est de nous permettre de retracer la genése de la préface à César dont Antoine Couillard se -fait l’écho en 1556 dans ses Prophéties sur lesquelles elle s’étend quelque peu (pp ; 166 et seq). Au premier abord, un tel témoignage semble attester de la parution de l’édition 1555 de Macé Bonhomme, qui s’ouvre par la dite Préface. Mais, justement il convenait de comparer le texte de Couillard avec la production de Nostradamus à ce moment -là, ce que permet justement le dit Recueil des Présages Prosaïques. L’on observe alors que certains passages des Prophéties de Couillard reprennent des éléments de la production de Nostradamus d’alors alors qu’on ne les retrouve pas dans la Préface à César en tête de la dite édition 1555. Inversement, à la lecture de la correspondance éditée par Dupébe, il n’est nullement question des Centuries mais –selon le texte latin d’une des lettres, d’ »éphémérides », c’est-à-dire d’almanachs (cf notre post doctorat Le dominicain Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique. EPHE 2007) dont il ne semble pas que Mireille Huchon ait pris connaissance 12 ans plus tard. Quant à Ronsard (cf pp. 213 et seq), dans son Elégie (dont Hervé Drévillon et J. P. Lagrange avaient traité avec une certaine désinvolture en 2003 dans son Nostradamus. L’éternel retour, chez le même éditeur, il n’attribue nullement la mort du Roi à une prophétie de Nostradamus –il s’agit d’une cométe qui avait laissé pressentir un drame notamment chez Junctin de Florence (cf Isabelle Pantin La poésie du ciel en France dans la seconde moitié du seizième siècle. Droz, 1995 , p. 477). Ronsard fait référence explicitement aux prédictions annuelles qui ont fait sa réputation et rappelons que ses almanachs comportaient des quatrains tirés de ses textes en prose – et dont il ne fut probablement même pas l’auteur- lesquels inspirèrent les faussaires dans leur projet « centurique » Mireille Huchon a

connaissance de la première Epitre à Henri II (p. 147 cf notre fac simile in Documents

inexploités sur le phénoméne Noastradamus, 2002)  sans même voir le lien existant avec

celle figurant en tête de l’édition contrefaite Benoist Rigaud 1568 ; » Dans sa

dédicace des présages merveilleux  à Henri II  etc », laquelle précéde de deux ans

celle en date de 1558. Nous avons montré qu’il s’agit là du passage d’un

Nostradamus « premier » à un Nostradamus  « bis ».  Mireille Huchon signale (p.305)

les sites  de Benazra et de Mario Gregorio  où figure un grand nombre de nos études

mais ne semble n’en avoir  rien tiré  de significatif  tout comme elle ne mentionne

ni notre thèse d’Etat de 1999  Le texte prophétique en France  dont un tiers

environ  traite de Nostradamus  ni notre post doctorat  sur la naissance  de la critique nostradamique au XVIIe siècle (2007) ni notre  exposé en 2011  dans la Revue Française d’Histoire du Livre  se

contentant de signaler la contribution  de Patrice Guinard à cette revue en 2008. « Nouvelle approche de la bibliographie centurique »

Un signe marquant  de « black out ‘ sur nos thèses concernant Nostradamus est le rejet de notre article « Nostradamus » lors de la publication en 2005  du Dictionary Of Gnosis and Western Esotericism  Édition en Anglais sous  la  direction    de Wouter J. Hanegraaff  et d’ Antoine Faivre.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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JHB

13.05. 21

 

 

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS, prophétisme | Pas de Commentaire »

L’inversion de la controverse et l’Entre soi apologétique autour des Centuries « nostradamiques « 

Posté par nofim le 9 juin 2021

L’inversion de la controverse et l’Entre soi apologétique autour des Centuries « nostradamiques »

par Jacques Halbronn

 

Nous assistons à un renversement des situations : celui qui crée la controverse deviendrait celui qui est controversé. On pense à un commentaire d’Hervé Drévillon, co auteur avec Pierre Lagrange en 2003 chez Gallimard— d’un Nostradamus, L’éternel retour. à propos de notre ouvrage paru l’année précédente sur Nostradamus (ed. Ramkat), Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamu. Il signale que notre travail est « controversé ». Or, comment une controverse pourrait-elle ne pas l’être du point de vue de ceux dont les positions font l’objet d’une critique ?

On assiste donc à une stratégie consistant à présenter les thèses critiques comme celles qui feraient l’objet de ….critiques ! Or, selon nous, c’est la défense du statu quo qui serait en principe vouée à la critique, en ce qu’elle est le fait du plus grand nombre qui se trouve ainsi déstabilisé et dont le consensus serait menacé. Comment en est-on arrivé à inverser ainsi les rôles ? Celui qui attaque ne défend pas un certain ordre social, il est forcément isolé, en tout cas minoritaire, marginal, du moins dans un premier temps ; Comment ne serait-il pas ipso facto « controversé » par les tenants d’une certaine doxa ? C’est donc bien le qualificatif de «controversé » qui nous apparaît comme impropre dans le propos de Drévillon et Lagrange.. Mais quelle jubilation dans une telle posture de leur part !

On rencontre ce même exercice rhétorique chez un Patrice Guinard 1 qui n’hésite pas à traiter notre approche de « canular » ou de « travaux iconoclastes et facétieux ». et de parler de « misère » et de « chagrin » à propos de la démarche critique d ’un certain nombre d’auteurs qu’il entend clouer au pilori. C’est la paille et la poutre quand on sait les gesticulations obligées pour déclarer qu’il n’y a rien à signaler (RAS), pas de quoi s’inquiéter, que tout est sous contrôle que tout va très bien, Madame La Marquise. Politique de l’autruche qui se satisfait du qualificatif de « controversé » face à un certain questionnement. En fait, on assiste à une forme d’inertie, de résistance jusqu’à « nouvel ordre  «  comme s’il fallait tenir la position « intenable » le plus longtemps possible.

Ecoutons Patrice Guinard :

« Chagrin de la Recherche Académique et Universitaire sur Nostradamus de Salon de CRAU : hormis les études du CURA, il faut chercher péniblement dans les revues, comptes-rendus et actes de colloques spécialisés, ou douteusement prétendus tels pour les études nostradamiennes, de rarissimes articles susceptibles de contenir quelque information substantielle concernant Nostradamus. Quatre siècles après les ouvrages de Chavigny, secrétaire de Nostradamus entre 1561 et 1566 sous le nom de Jean de Chevigny, la situation n’a guère évolué. Mis à part les essais de Pierre Brind’Amour, décédé en janvier 1995, et qui a obtenu une aide au Canada pour entreprendre son ouvrage de 1993, la recherche vivante se développe principalement chez des passionnés, à l’écart des institutions culturelles. Force est de constater qu’elle continue de proliférer en dehors des cercles académiques, dans l’édition dite populaire et maintenant sur internet. De pseudo-spécialistes et des fonctionnaires patentés et rétribués par les institutions culturelles étatiques, que ce soit en France ou à l’étranger, sont parfois commandités par des éditeurs et responsables de collection pour couvrir un sujet pour lequel ils n’ont pas la connaissance requise. C’est ainsi qu’on découvre avec une certaine stupéfaction des erreurs, des contre-vérités, des problématiques et des propos désuets dans les articles les plus récents. J’en étudierai quelques uns pour la période 2001-2006 (plus un article de 2012 rajouté et analysé le 29 Septembre 2013). 2

Comment y voir clair dans une telle polémique ? Nous dirons que certains milieux sont particulièrement frappés par un tel « renversement » alors que ce n’est guère le cas dans d’autres. Dans notre jargon, nous dirons que dans un cas, c’est la domination des Saturniens et dans l’autre, celle des Jupitériens. Quand les Saturniens l’emportent, le critique est celui qui est « controversé » alors que quand les Jupitériens l’emportent, ce sont les tenants du statu quo qui sont mis collectivement sur la sellette. On se rend bien compte que dans le domaine du religieux, des traditions (dont l’astrologie), de la pratique de la langue, Saturne aura l’avantage mais que dans le champ proprement « scientifique », un chercheur pourra l’emporter « contre tous » et imposer à terme sa « solution ».

Le Saturnien se reconnaitra au fait que ses « critiques » visent… les critiques.Il est sur la défensive.(cf André Barbault et sa Défense et Illustration de l’Astrologie, Grasset, 1955) et ce n’est que par des nuances, des ravalements de façade, qu’il se distinguera des autres membres de la corporation, alors que dans l’ensemble, rien n’aura été ébranlé de fondamental, on reste dans le même moule et dans l’interchangeable. Dans le champ nostradamique qui nous sert ici d’exemple, l’on observera que le Saturnien aboutira, au bout du compte, à conserver et à préserver le corpus tel qu’il se présente, à savoir notamment les dates de publication qu’il prend pour argent comptant. Comme on dit, on ne va quand même pas réinventer la brouette. Les choses resteront, en gros, en l ’état quitte à greffer par dessus quelque commentaire pour donner le change et l’illusion du progrès…En vérité, le Saturnien n’a pas assez confiance en ses propres forces intellectuelles pour aller au delà d’un certain seuil, qui le mettrait en décalage avec les données généralement établies et véhiculées. Courageux mais pas téméraire. En ce sens, en effet, le Saturnien ne risquera pas d’être qualifié de « controversé », c’est à dire de non-consensuel. Evidemment, il en sera tout autrement avec le Jupitérien qui sera dans la déconstruction et conduira à un changement de paradigme.

Or, il nous apparaît que les domaines où Saturne occupe le haut du pavé ont tendance à se scléroser et finalement ne parviennent pas à attirer les éléments les plus doués. Tout se paie. Si l’on reprend le dialogue de Dieu avec Abraham au sujet de Sodome qui ne pourrait être sauvée de la rage divine que si l’on trouve en cette ville un minimum de « Justes », nous dirons qu’une société qui n’accepte pas en son soin la vraie « controverse » propre à une poignée de Jupitériens est vouée à dépérir et à se corrompre. En effet, les deux protagonistes ont besoin l’un de l’autre car le jupitérien n’est pas censé vivre avec des Jupitériens mais dans une « diaspora » en milieu saturnien.

Il y a là un dilemme : soit l’on va tenter de rendre compte de certaines bizarreries du corpus considéré, au prix d’une lecture qui n’a que le mérite de la préservation en l’état du dit corpus- on pense aux propos embarassés d’un Robert Benazra quant à la chronologie des éditions centuriques entre 1555 et 1594 (Répertoire Chronologique Nostradamque, Paris, Trédaniel La Grande Conjonction, préface de Jean Céard, 1990), soit l’on est contraint de faire le tri entre les vraies et les fausses éditions, en ne démarrant cette chronologie qu’au milieu des années 1580, ce qui précédé n’étant que des contrefaçons antidatées.. Et l’on en revient au débat sur qui fait l’objet de « controverses », celui qui défend une chronologie « factuelle », produite par les libraires de l’époque, ou celui qui dénonce et défait une production contrefaite. Contrefaçon ou Controverse, that is the question..

Mais venons -en à l’ouvrage co(écrit à 4 mains par Hervé Drévillon et Jean-Piere Lagrange, chez Gallimard et voyons si le dit ouvrage ne préte pas le flanc à la critique. Examinons pour commencer leur narratif des premières éditions (pp.18 et seq) : « En 1555, il ( Nostradamus) publie à Lyon, chez Macé Bonhomme, son premier recueil de « centuries » (..) Il contient trois centuries complètes et 53 quatrains de la quatrième. Progressivement, entre 1557 et 1558 de nouvelles éditions portent le nombre des centuries à dix (..) Le succès des Prophéties fut favorisé par l’interêt manifesté par le couple royal Henri II et Catherine de Médicis.Au cours de l’Eté 1555, peu de temps après la première édition de ses centuries. (…) Trois ans plus tard l’édition contenant l’ultime livraison des quatrains prophétiques et assortie d’une épitre dédiée à Henri II où Nostradamus évoque son voyage à la Cour, ce moment où, écrit-il « mes yeux furent si proches de votre « splendeur solaire »

On note pour commencer l’absence du moindre doute sur cette édition- « controversée » justement – alors qu’il eut fallu au minimum signaler les arguments à ce propos, quitte à les réfuter.Donc on voit que lorsque l’on conteste une certaine version, on catégorise l’objection comme « controversée » alors qu’elle serait « controversante ». Les auteurs nous fournissent un luxe de détails sur le nombre de la dite édition comme si cela pouvait renforcer son authénticité. Ils ne signalent pas l’édition critque (posthume) de 1996 par Pierre Brind’amour, chez Droz, de la dite édition !

Les auteurs nous racontent à leur manière la succession des éditions  « entre 1557 et 1558 » alors que l’on ne connait que celle de 1568 pour une édition (posthume) à 10 centuries, comprenant l’Epitre à Henri II, certes datée de 1558. Autrement dit, les auteurs ont supposé qu’il y avait eu une édition à cette date, ce qui n’est nullement attesté. Cela leur permettait d’associer l’Epitre au Roi avec sa mort, l’année suivante 1559 et il est vrai que si cette Epitre n’était parue qu’en 1568, cela aurait fait un peu désordre. Ils oublient, malgré leur référence, dans la bibliographie, à notre publication alors très récente de 2002 , qu’était parue une telle épitre adressé au dit souvertain en tête des Présages Merveilleux pour 1557(en partie reproduite en fac simile dans le Testament de Nostradamus, Ed du Rocher 1982, pourtant recensé dans leur bibliographie et intégralement dans notre publication de 2002 , celle dont on nous dit que ses thèses sont « controversées ». A ce propos, nos auteurs semblent ignorer l’existence de notre thèse d’Etat (Paris X, 1999 sous la direction de Jean Céard) qui comporte un important développement sur les Centuries. Ils ne signalent pas davantage notre communication aux Journées Verdun Saulnier de 1997 sur la parution d’éditions des Centuries sous la Ligue et l’influence des événements sur la rédaction de tel quatrain de la Ive centurie figurant étrangement dans la dite édition de 1555 !.), “Les prophéties et la Ligue”, Colloque Prophètes et prophéties au XVIe siècle, Cahiers V. L. Saulnier, 15, Paris, Presses de l’Ecole Normale Supérieure. En fait, toute la question tient au décalage entre le scénario d’éditions des dix centuries du vivant de Nostradamus,, celui d’une édition posthume au lendemain de sa mort en 1566 et celui de premières éditions dans le cours des années 1580. Nos auteurs imposent ipso facto le premier scénario, sans autre forme de procès qui n’est d’ailleurs défendu par à peu près personne de nos jours., le deuxiéme étant le plus souvent adopté.

Passons à présent à une autre particularité du travail de Drévillon et Lagrange, à savoir l’instrumentalisation de Ronsard comme témoin précieux de la production centurique.

Nous les citons :

En 1560 , dans l »élégie à Guillaume des Autelz, Ronsard témoigne de la renommée acquise par Nostradamus. « Comme un oracla antique, il a dès mainte année/Prédit la plus grande part de notre destinée  (…) Notre prince au milieu de ses plaisirs est mort «  Ronsard associe la renommée de Nostradamus à la mort d’Henri II survenue en 1559 à l’ occasion d’un tournoi  (..) La postérité a retenu un quatrain (I, 35) qui semble avoir prédit ce funeste événément dans la première centurie publiée en 1555 »

Toujours dans l’idée que Nostradamus avait prédit la mort d’Henri II, ce qui fait partie de sa légende dorée (cf notre récente étude sur SCRIBD sur ce thème). Le probléme, c’est que le texte de Ronsard présenté a été tronqué par les auteurs  et nous en restituons l’intégralité. On a carrément

supprimé la référence à une cométe !  Ce qui est paradocal de la part de

quelqu’un qui a  obtenu  un  DEA  sur ce sujet  en 1990, Les traités des comètes de 1577 à 1683 : les révolutions d’un signe, DEA. EHESS, Paris.

« D’un sceptre si gaillard, en a monstré le signe : 190Depuis un an entier n’a cessé de pleurer : On a veu la comette ardente demeurer Droict sur nostre pais : & du ciel descendante Tomber à Sainct Germain une collonne ardente : Nostre Prince au meillieu de ses plaisirs est mort «

Les auteurs semblent ignorer l’impact des cométes dans le champ prophétique bien que Drévillon, dans sa thèse (1993) se réfère aux Pensées sur la cométe de Pierre Bayle (cf notre bibliographie sur le sujet), “Les variations d’impact des “comètes” en France. Etude bibliographique (fin XVe – fin XVIIIe siècles)”, in Actes du Colloque La comète de Halley et l’influence sociale et politique des astres, Bayeux

Ce sujet des cométes au XVIe siècle a été documenté par Isabelle Pantin dans sa poésie du ciel en France dans la seconde moitié du seizième siècle.par Isabelle Pantin. Droz, 1995 (page 477)– et il est attesté que la mort d’Henri II s’expliquait par le passage d’ une cométe. Michel Plaisance ( La cométe de 1577 dans le ciel de la poésie burlesque/Un madrigal retrouvé d’Antonio Francesco Grazzini) revient sur une cométe de 1557 :

 

« À propos de la comète de 1557 qu’il rattache au signe du Scorpion, (Junctin) constate qu’elle annonçait la mort de Henri II, roi de France et époux de Catherine de Médicis, car «en sa nati-vité le signe du Scorpion se trouva en la huictième maison du ciel» (p. 10). Giuntini qui cherche toujours à concilier religion et astrologie  pré-cise que c’est Dieu qui nous avertit par l’intermédiaire des comètes »

Signalons que Benazra, dans son RCN (p. 47) fournit également un texte ctronqué de l’Elégie de Ronsard et arrrêtre sa citation avant le développement sur la cométe. Quant à Patrice Guinard dans son « Ronsard, lecteur de Nostradamus » -Corpus Nostradamus 96) ?????

En réalité, Ronsard se référe aux almanachs et pronostications de Nostradamus dans son texte et non aux Centuries et d’ailleurs, nos auteurs n’écrivent-ils pas que « les présages contenus dans les almanachs constituent la matrice à partir de laquelle Nostradamus a composé ses Prophéties » (p. 23) ?Comme un oracla antique, il a dès mainte année/Prédit la plus grande part de notre destinée « . En fait, la réputation de Nostradamus, du moins de son vivant, relevait de sa production astrologique annuelle et non de ses « centuries ». Cela vaut d’ailleurs pour la Préface à César dont la mouture en tête des premières centuries est probablement calquée sur une préface ayant réllement figuré en tête de l’un de ses almanachs -(cf nos travaix sur le passage d’un Nostradamus premier à un Nostradamus bis et l’édition de B  Chevignard, du Recueil des Présages Prosaiques sous le titre de « Présages de Nostradamus (en vers et en prose) Ed Seuil 1999 non signalée par nos auteurs). Ce processus de calque vaut pour les quatrains des centuries sur le modèle des « présages » ainsi que pour l’Epitre à Henri II datée de 1558 reprise d’une première épitre datée de 1556 (cf nos Documents inexploités, 2002) Nous reviendrons prochainement sur les méthodes de travail d’Hervé Drévillon qui ont abouti à son ouvrage paru chez Champvallon en 1996 Lire et écrire l’avenir au XVIIe siècle..

 

 

 

 

09 05 21

 

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

jacques Halbronn Sur l’obscurantisme face à la critique nostradamique

Posté par nofim le 7 juin 2021

L’obscurantisme  face à la critique nostradamique

L’inversion de la controverse et l’Entre soi apologétique au prisme de la dialectique Jupiter-Saturne

par Jacques Halbronn

 

Nous assistons à un renversement des situations : celui qui crée la controverse deviendrait celui qui est controversé. On pense à un commentaire d’Hervé Drévillon, co auteur avec Pierre Lagrange en 2003 chez Gallimard— d’un Nostradamus, L’éternel retour. à propos de notre ouvrage paru l’année précédente sur Nostradamus (ed. Ramkat), Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamu. Il signale que notre travail est « controversé ». Or, comment une controverse pourrait-elle ne pas l’être du point de vue de ceux dont les positions font l’objet d’une critique ?

On assiste donc à une stratégie consistant à présenter les thèses critiques comme celles qui feraient l’objet de ….critiques ! Or, selon nous, c’est la défense du statu quo qui serait en principe vouée à la critique, en ce qu’elle est le fait du plus grand nombre qui se trouve ainsi déstabilisé et dont le consensus serait menacé. Comment en est-on arrivé à inverser ainsi les rôles ? Celui qui attaque ne défend pas un certain ordre social, il est forcément isolé, en tout cas minoritaire, marginal, du moins dans un premier temps ; Comment ne serait-il pas ipso facto « controversé » par les tenants d’une certaine doxa ? C’est donc bien le qualificatif de «controversé » qui nous apparaît comme impropre dans le propos de Drévillon et Lagrange.. Mais quelle jubilation dans une telle posture de leur part !

On rencontre ce même exercice rhétorique chez un Patrice Guinard 1 qui n’hésite pas à traiter notre approche de « canular » ou de « travaux iconoclastes et facétieux ». et de parler de « misère » et de « chagrin » à propos de la démarche critique d ’un certain nombre d’auteurs qu’il entend clouer au pilori. C’est la paille et la poutre quand on sait les gesticulations obligées pour déclarer qu’il n’y a rien à signaler (RAS), pas de quoi s’inquiéter, que tout est sous contrôle que tout va très bien, Madame La Marquise. Politique de l’autruche qui se satisfait du qualificatif de « controversé » face à un certain questionnement. En fait, on assiste à une forme d’inertie, de résistance jusqu’à « nouvel ordre  «  comme s’il fallait tenir la position « intenable » le plus longtemps possible.

Ecoutons Patrice Guinard :

« Chagrin de la Recherche Académique et Universitaire sur Nostradamus de Salon de CRAU : hormis les études du CURA, il faut chercher péniblement dans les revues, comptes-rendus et actes de colloques spécialisés, ou douteusement prétendus tels pour les études nostradamiennes, de rarissimes articles susceptibles de contenir quelque information substantielle concernant Nostradamus. Quatre siècles après les ouvrages de Chavigny, secrétaire de Nostradamus entre 1561 et 1566 sous le nom de Jean de Chevigny, la situation n’a guère évolué. Mis à part les essais de Pierre Brind’Amour, décédé en janvier 1995, et qui a obtenu une aide au Canada pour entreprendre son ouvrage de 1993, la recherche vivante se développe principalement chez des passionnés, à l’écart des institutions culturelles. Force est de constater qu’elle continue de proliférer en dehors des cercles académiques, dans l’édition dite populaire et maintenant sur internet. De pseudo-spécialistes et des fonctionnaires patentés et rétribués par les institutions culturelles étatiques, que ce soit en France ou à l’étranger, sont parfois commandités par des éditeurs et responsables de collection pour couvrir un sujet pour lequel ils n’ont pas la connaissance requise. C’est ainsi qu’on découvre avec une certaine stupéfaction des erreurs, des contre-vérités, des problématiques et des propos désuets dans les articles les plus récents. J’en étudierai quelques uns pour la période 2001-2006 (plus un article de 2012 rajouté et analysé le 29 Septembre 2013). 2

Comment y voir clair dans une telle polémique ? Nous dirons que certains milieux sont particulièrement frappés par un tel « renversement » alors que ce n’est guère le cas dans d’autres. Dans notre jargon, nous dirons que dans un cas, c’est la domination des Saturniens et dans l’autre, celle des Jupitériens. Quand les Saturniens l’emportent, le critique est celui qui est « controversé » alors que quand les Jupitériens l’emportent, ce sont les tenants du statu quo qui sont mis collectivement sur la sellette. On se rend bien compte que dans le domaine du religieux, des traditions (dont l’astrologie), de la pratique de la langue, Saturne aura l’avantage mais que dans le champ proprement « scientifique », un chercheur pourra l’emporter « contre tous » et imposer à terme sa « solution ».

Le Saturnien se reconnaitra au fait que ses « critiques » visent… les critiques.Il est sur la défensive.(cf André Barbault et sa Défense et Illustration de l’Astrologie, Grasset, 1955) et ce n’est que par des nuances, des ravalements de façade, qu’il se distinguera des autres membres de la corporation, alors que dans l’ensemble, rien n’aura été ébranlé de fondamental, on reste dans le même moule et dans l’interchangeable. Dans le champ nostradamique qui nous sert ici d’exemple, l’on observera que le Saturnien aboutira, au bout du compte, à conserver et à préserver le corpus tel qu’il se présente, à savoir notamment les dates de publication qu’il prend pour argent comptant. Comme on dit, on ne va quand même pas réinventer la brouette. Les choses resteront, en gros, en l ’état quitte à greffer par dessus quelque commentaire pour donner le change et l’illusion du progrès…En vérité, le Saturnien n’a pas assez confiance en ses propres forces intellectuelles pour aller au delà d’un certain seuil, qui le mettrait en décalage avec les données généralement établies et véhiculées. Courageux mais pas téméraire. En ce sens, en effet, le Saturnien ne risquera pas d’être qualifié de « controversé », c’est à dire de non-consensuel. Evidemment, il en sera tout autrement avec le Jupitérien qui sera dans la déconstruction et conduira à un changement de paradigme.

Or, il nous apparaît que les domaines où Saturne occupe le haut du pavé ont tendance à se scléroser et finalement ne parviennent pas à attirer les éléments les plus doués. Tout se paie. Si l’on reprend le dialogue de Dieu avec Abraham au sujet de Sodome qui ne pourrait être sauvée de la rage divine que si l’on trouve en cette ville un minimum de « Justes », nous dirons qu’une société qui n’accepte pas en son soin la vraie « controverse » propre à une poignée de Jupitériens est vouée à dépérir et à se corrompre. En effet, les deux protagonistes ont besoin l’un de l’autre car le jupitérien n’est pas censé vivre avec des Jupitériens mais dans une « diaspora » en milieu saturnien.

Il y a là un dilemme : soit l’on va tenter de rendre compte de certaines bizarreries du corpus considéré, au prix d’une lecture qui n’a que le mérite de la préservation en l’état du dit corpus- on pense aux propos embarassés d’un Robert Benazra quant à la chronologie des éditions centuriques entre 1555 et 1594 (Répertoire Chronologique Nostradamque, Paris, Trédaniel La Grande Conjonction, préface de Jean Céard, 1990), soit l’on est contraint de faire le tri entre les vraies et les fausses éditions, en ne démarrant cette chronologie qu’au milieu des années 1580, ce qui précédé n’étant que des contrefaçons antidatées.. Et l’on en revient au débat sur qui fait l’objet de « controverses », celui qui défend une chronologie « factuelle », produite par les libraires de l’époque, ou celui qui dénonce et défait une production contrefaite. Contrefaçon ou Controverse, that is the question..

 

 

JHB

08 05 21

 

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jacques Halbronn Bilan de son activité dans le champ de la biblographie astrologique et prophétique

Posté par nofim le 12 mai 2021

Bilan de son activité dans le champ de la bibliographie astrologique et prophétique, depuis 1986.

Dans les Actes du Colloque en Histoire de l’Astrologie (L’Astrologie en Terre de France, en ligne sur SCRIBD) que nous avions organisé il y a 30 ans, dans la crypte de l’Eglise Sainte Anne de la Butte aux Cailles -75013 Paris – en 1987, nous avions organisé un Colloque sur la Lune, au Couvent dominicain Saint Jacques – nous avions consacré notre communication à dresser une Bibliographie de la littérature anti-astrologique français d’Oresme à Voltaire. En1986, nous avions, lors d’un Colloque à Bayeux, (La Cométe de Halley et l’influence sociale et politique des astres,) dressé une bibliographie sur les comètes (Les variations d’impact des comètes en France. Etude bibliographique fin Xve -fin XVIIIe siècles). En 2007, notre post doctorat portait sur le dominicain Jean de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle (EPHE Histoire du Cathlocisme) A cette occasion, nous avions rédigé un mémoire sous la direction de Louis Le Chatelier : » Le recours du clergé catholique français à l’anonymat dans le débat autoir de l’astrologie ( 1618-1710). En 1987, nous avions rédigé dans le cadre de la préparation de notre thèse d’Etat, qui ne sera soutenue qu’en 1999 mais, entre temps, sur un autre sujet Le texte prophétique en France Formation et fortune) sous la direction de Jean Céard, un mémoire intitulé Introduction bibliographique à l’étude de l’Astrologie Française, le dit mémoire sera mentionné fautivement (Paris XII devient Paris IX, 1987 devient 1989) dans sa bibliographie par Hervé Drévillon dans sa thèse de doctorat (1994 EHESS) : Lire et écrire l’avenir . Astrologie, prophéties et prédictions dans la France du XVIIe siècle. Cette « Introduction » était annoncée dans une étude accessible uniquement en anglais .(p  217) in The revealing process of translation and criticism in the History of Astrology, Astrology, Science and Sociery ; dir . P. Curry, 1987)

Enfin, nous sommes l’auteur du CATAF, le Catalogue alphabétique des textes astrologiques français (cf site du CURA) 

Nous avons notamment mis en évidence le rôle des membres de la Compagnie de Jésus, notamment à propos du Père Jean François dont le Traité de 1660 reparaitra sous le nom de R. Decartes (cf l’article de G. Bachelard). Mais d’autres Jésuites français avaient retenu notre attention comme le Père Nicolas Caussin Lettre à une personne illustre sur la curiosité des horoscopes-1649 et le Père Jacques de Billy ( Le tombeau de l’Astrologie Judiciaire)1657) Nous signalions aussi la participation au débat autour de l’Eclipse de 1654 de François d’Aix alias Théophraste Orthodoxe (cf le travail d’Elisabeth Labrousse, La Haye, Nijhoff, 1974, cf Nos Questions autour du texte sur l’Eclipse de 1654 attribué à Gassendi, in Gassendi et la modernité, Dir Sylvie Taussig, Brepols, 2008)

Entretiens curieux sur l’eclipse solaire du 12. Aoust 1654.

Mais nous n’avions pas alors réalisé quelle était la véritable identité de ce François d’Aix qui écrivait sous ce pseudonyme dont on nous disait qu’il était Jésuite. (cf Bibliographie de la Compagnie de Jésus de Sommervogel, tome I p. 100). D’aucuns avaient précisé que ce François d’Aix appartenait à la famille de la Chaize mais l’on nous avertissait qu’il ne fallait pas confondre ce personnage avec le Père Lachaise, confesseur de Louis XIV, dont le nom a été immortalisé par le cimetière qui porte son nom, diversement orthographié.

jacques  Halbronn Bilan de son activité dans le champ de la biblographie astrologique et prophétique dans ASTROLOGIE

François d’Aix de La Chaize

Chez Guillaume Barbier Imprimeur ordinaire du Roy, en la place de Confort, 1654 -

 

 

 

Or, nous pensons que c’est bel et bien le futur confesseur qui à 30 ans avait produit sous le pseudonyme de Théophraste Orthodoxe le pamphlet en question. On nous signale qu’un oncle de François d’Aix portant le même nom se serait caché sous le pseudonyme en question. Certes, on apprend que ‘La grand-mère, née Coton, avait un frère jésuite, grand-oncle de notre François, qui était devenu le confesseur du bon roi Henri IV puis de son fils Louis XIII » Mais cet oncle- certes Jésuite- ne portait nullement le nom de La Chèze. « L’abbé Pierre Coton est né à Néronde en 1564. Il fait ses études à Paris, à l’âge de 25 ans il rentre chez les Jésuites «  En tout état de cause, il ne pouvait pas publier le texte de 1654 . à 90 ans. Or, dans certaines notices introduisant l’ouvrage en question on peut lire :

« Entretiens curieux sur l’eclipse solaire du 12. Aoust 1654. Par Theophraste Orthodoxe (i. e. François d’Aix de La Chaize, l’oncle(sic) »

Que vient faire ici cet « oncle » qui serait un autre François d’Aix de La Chaize ?

Nous pensons que l’auteur de ces Entretiens n’est autre que le futur confesseur de Louis XIV. Certes, il eut un (grand) oncle qui occupa ce poste par le passé auprès d’Henri iV puis de Louis XIII.

Le travail du bibliographe, tel que nous l’entendons englobe la question de la paternité des textes tout comme celle de leur datation puisque sur ces deux points, il peut y avoir débat. C’est ainsi que nous avons pu confirmé que Jean Giffré de Réchac était bien l’auteur de l’Eclaircissement des véritables quatrains de Nostradamus (1656), ouvrage souvent attribué à un certaine Etienne Jaubert tout comme nous avons pu montrer, ce qui avait échappé à Bachelard ( en 1937) que le traité paru sous le nom de Descartes était en réalité une réédition du Traité du Jésuite Jean François.(cf Jacques Halbronn, Gaston Bachelard et les Véritables Connoissances des Influences Célestes et sublunaires de R. Decartes  (site du CURA)

Le XVIIe siècle vit nombre d’auteurs prendre la peine d’écrire sur l’Astrologie de façon critique, ce qui témoignait de l’impact que celle-ci exerçait à l’époque. Le déclin de l’astrologie est marqué par l’absence des attaques.

En ce qui concerne notre œuvre de bibliographe, nous avons conscience qu’elle aura pu être d’une aide précieuse pour divers chercheurs qui n’auront pas eu à accomplir le travail en amont mais se seront contentés de « compléter » en aval.

12 05 21

 

 

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Jacques Halbronn De Nostradamus premier à Nostradamis Bis. Autour de l’édition Benoist Rigaud 1568

Posté par nofim le 3 mai 2021

 

De Nostradamus premier à Nostradamus bis . IIIe Partie Autour de ‘édition Benoist

Rigaud 1568

 

 

Dans la deuxième partie de notre enquête - »La fabrication des fausses rééditions nostradamiques. Du premier Nostrdamus au Nostradamus bis ; Iie Partie », nous avons approfondi la thèse selon laquelle les faussaires auraient tenu à être au plus près d’une certaine vraisemblance chronologique.C’est ainsi que nous avons relevé que l’année 1555 figurait dans la présentation des Présages, cette même année qui marquera l’édition Mace Bonhomme.Il ne semble pas que Robert Benazra ait remarqué la coincidence dans son édition de 1984 pas plus que Pierre Brind’amour dans la sienne en 1996.Ce point aura également échapppé à Patrice Guinard (CURA.free.fr) et à Bernard Chevignard (Présages de Nostradamus, Seuil, 1999) Ces quatrains présages seront joints en annexe au XVIIe siècle de la façon suivante et d’ailleurs on notera que les éditions centuriques ne mentionneront jamais les dates d’édition des « Centuries » de 1555 et 1557, la seule date d’édition indiquée étant celle de 1561 (cf RCN de Benazra pp. 51 et seq, pour la dite année 1561 et pp . 118 et seq pour les parutions de 1588-89).

« Présages tirez de ceux faits par Mr Nostradamus és années mil cinq cens cinquante cinq & suyvantes avec le nombre 1555 en tout début de la première série de quatrains !.

Au titre de ces édiions « 1561 » -aucune ne comportant les centuries VIII à X- on nous précise une addition de « 39 articles à la dernière centurie ».

Or, selon nous, comme nous nous en expliquions dans notre deuxième partie du « Nostradamus bis », l’enjeu aura d’abord été d’augmenter la première livraison à 4 centuries et ce fut en fait déjà la mise en place d’un second volet introduit par une épitre à Henri II, l’épitre de départ étant parue en tête des Présages Merveilleux pour 1557 (cf nos Documents iuexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat, 2002) et ce n’est donc pas par hasard que l’édition augmentée comportera la mention en sa page de titre de la même année 1557 tout comme la date de 1555 avec la Préface à César a du se servir d’une telle Préface en tête d’un almanach pour 1555 dont Antoine Couillard fera le pastiche dans ses Prophéties, 1556 (cf RCN, pp. 18-19)

Dans les deux cas, les textes en prose auront été remaniés sans bien entendu que l’on signale une mouture antérieure.

Le cas de l’épitre à Henri II est significatif puisqu’il y est question d’entrée de jeu du « restant »ces trois centuries du restant de mes Prophéties ». Nous avons en fait affaire à trois stades successifs dont le deuxième ne nous est point parvenu.

I celui que nous connaissons en tête des Présages Merveilleux, déjà reproduite par Daniel Ruzo dans le Testament de Nostrdamus, Le Rocher, 1982 avec la date du 13 janvier 1556 (1557) -ce qui correspond à 1557, puisque l’année changeait alors de millésime à Pâques-

II Celle introduisant les quatrains au delà du 53e de la Centurie IV et qui devait correspondre au texte de l’édition, Benoist Rigaud 1568 mais évidemment sans mention d’une « milliade », ce qui ne fera sens que dans le cas de figure de dix centuries mais très probablement avec mention au titre de l’Epitre à Henri II sur le modèle des Présages Merveilleux pour 1557.

III Celle qui figure non plus pour introduire le reste de la Centurie IV et la suite mais qui aura été déplacée pour apparaître en tête des Centuries VIII-X. en laissant entendre que le premier volet introduit par la Préface à César comportait 7 centuries , ce qui supposait la disparition de facto d’une première édition à 4 centuries, dont la Ive incomplère mais aussi la disparition des éditions augmentées à 7 centuries comportant l’epitre au Roi, puisque les éditions Antoine du Rosne ne la comportent pas. On dira donc qu’il nous manque une édition à 7 centuries avec la mouture II de l’Epitre à Henri II sans évidemment de référence à une quelconque miliade. Cependant, dans les éditions sans la dite Epitre et donc abec seulement la Préface à César de 1555, la page de titre est assez explicite : « dont il en y a (sic) trois cens qui n’ont encores iamais esté imprimées »- ce qui ne signifie pas qu’elles n’aient point déjà été composées car selon nous, dès le départ de l’entreprise, engagée dans les années 1580, tout avait déjà été prévu, du moins dans les grandes lignes, à savoir deux volets de 350 quatrains, l’un daté de 1555 et l’autre de 1557(l’épitre à Henri II de janvier 1556 valant pour 1557, cf supra)

Autrement dit, lorsqu’il s’agit d’ajouter encore 3 centuries, i fallut d’une part toiletter le « premier volet » désormais à 7 centuries, en supprimant carrément l’êpitre à Henri II, qui sera reprise dans une édition à la « miliade », à 10 centuries, correspondant à l’édition qui nous est parvenue Benoist Rigaud 1568. Or le sous titre de cette édition reprend celui des éditions à 7 centuries pour parachever l’opération d’enfumage ; « Dont il y en a trois cens qui n’ont encores iamais est imprimées » (RCN, p. 89) si ce n’est que la faute de français a été corrigée : pour l’édition 1557, dans les deux exemplaires conservés et d’ailleurs comportant des différences, on avait « dont il en y a ». On voit bien là qu’il y a eu tentative de substitution visant à faire oublier qu’il y aurait pu y avoir une première édition à 4 centuries.

En fait, l’histoire des Centuries est celle de contrefaçons de contrefaçons sans oublier celles qui seront produites du vivant même de Nostradamus par rapport à ses almanachs (cf Benazra, RCN, pp. 58-59, année 1562), point négligé par les faussaires des années 1590, ce qui les conduisit à emprunter pour les pages de titre des fausses rééditions 1555 et 1557 les vignettes des faux almanachs alors d’ailleurs que les vraies vignettes ne figuraient que sur les Pronostications. C’est l’arroseur arrosé, un faussaire victime de ses prédécesseurs  en la matière !

Venons en donc aux éditions Benoist Rigaud 1568, dont Patrice Guinard a fait son fer de lance. Outre le fait qu’il n’a aucunement reconstitué, comme nous l’avons fait, la « préhistoire » des dites éditions, puisqu’il est persuadé que l’epitre à Henri II telle qu’elle y figure n’avait pas été publiée auparavant, tout en sachant fort bien d’ailleurs qu’une première épitre à Henri II datait de Janvier 1556/1557,(cf Ruzo 1982, et Halbronn, 2002). Nous ignorons comment il explique les différences entre ces deux moutures de l’épitre au Roi, celle figurant dans l’édition 1569 étant elle datée du 27 juin 1558. Michel Chomarat dans son édition de l’an 2000 du reprint de la dite édition 1568 ne nous avance pas plus.

La date de 1558 se comprend puisque les éditions 1557 Antoine du Rosne ne comportent plus l’epitre au Roi, il fallait donc décaler tout en situant de préférence la date avant la mort du dit Roi en 1559. Nous ne pensons pas pour autant que l’on ait produit une édition à 10 centuries dès 1558 car l’on aurait pu la confronter avec les fausses éditions de 1557 comportant l’Epitre au Roi en date de janvier 1557, comme pour celle en tête des Présages Merveilleux pour 1557.

Le scénario qui aura été suivi, selon nous, est le suivant : production d’édition à 7 centuries sans l’epitre au Roi, ce sont les éditions qui nous sont parvenues et d’un second volet, probablement d’abord paru séparément ; introduit par l’Epitre à Henri II déplacée. En fait, on aurait pu parler d’un troisième volet mais l’on aura préféré de s’en tenir au schéma de la présentation initiale, d’où le maintien de la mention d’ajout de 300 quatrains. D’ailleurs, le titre figurant en tête de l’édition Benoist Rigaud ne concerne que le premier volet et non le second dont l’intitulé est autre »

« Centuries VIII. IX. X. qui n’ont encores iamais esté imprimées »On y retrouve certes la mention « encore iamais est imprimées » des éditions 1557 » et pour la première fois le terme « Centuries «  au titre, et qui plus est sans mention au titre d’une Epitre au Roi ! .

Les Prophé ties de M. Michel Nostradamus . Centuries VIII IX X etc A Lyon, par Benoist Rigaud, sans mention, cette fois, de date d’édition comme c’était le cas pour le « premier » volet..Cela a tout l’air d’une addition, d’une annexe assez mal constituée L’on peut même penser que Benoist Rigaud a pu se voir attribuer dans un premier temps par les faussaires une édition à peu près identique à celle des éditions Antoine du Rosne 1557 sans l’epitre à Henri II. Mais l’absence de la dite épitre suppose déjà que l’on ait programmé un second volet. Autrement dit, les éditions Antoine du Rosne 1557 sans l’Epitre à Henri II participent d’un projet à dix centuries et nous ne disposons pas- on l’a dit- des éditions 1557 avec les deux Epitres, à César et à Henri II. Un tel constat repousse d’autant la fabrication des exemplaires conservés dans les bibliothèques de Budapest (cf l’édition qu’en a faite Gérard Morisse) et d’Utrecht.On serait là face à une nouvelle génération de contrefaçons :

première génération : le faux Mace Bonhomme 1555 (avec Préface à César) et le faux Antoine du Rosne 1557 avec Epitre à Henri II) venant officielleement compléter l’édition 1555 pour former un diptyque. On a retrouvé le premier mais pas le second. Ces faux ont été conçus à partir des vraies parutions d’un almanch de Nostrdamus pour 1555 et des Présages Merveilleux pour 1557.

Seconde génération : on met en œuvre un nouveau diptyque, en soudant le premier diptyque en un seul, ce qui donne les éditions Antoine du Rosne que nous connaissons cf le reprint 1993, introduit par R. Benazra, Ed M. Chomarat) et cette fois un nouveau volet parachevant le diptyque avec le recyclage de l’Epitre à Henri II avec l’interpolation « parachevant la miliade » qui ne figurait évidemment pas dans la production de la première génération à 7 centuries.

 

 

Reste la question des éditions à 7 centuries avec la seule préface à César, se référant en leur titre à l’année1561 et dont on ne connaitrait que les rééditions des années de la Ligue. Que dire de ces 39 « articles » ajoutées à la « dernière centurie », c’est à dire à la VIe ? On peut penser qu’il y ait eu un projet à six centuries pleines et les 39 articles correspondraient à la Centurie VII, dont l’édition Antoine du Rosme -Budapest- est à 40 quatrains, ce qui laisserait entendre que le projet initial des faussaires aurait visé 600 quatrains d’ailleurs à aucun moment il n’est annoncé sept centuries.. Cette centurie VII n’est pas complétée même dans les éditions 1568 Benoist Rigaud. C’est la seule dans ce cas à la différence de la centurie IV qui atteindra finalement les 100 quatrains. On peut se demander si l’on n’aurait pas eu plutôt affaire à un premier projet de 3 centuries, avec une addition de 53 quatrains puis un second projet de 3 centuries, avec une centurie IV intégrée dans le second projet comportant également 3 centuries avec une addition cette fois de 39/40 quatrains. Et enfin, une troisiéme projet de 3 centuries, d’où la formule « Centuries VIII, IX X » La mention de 1561 ferait alors sens pour justifier l’addition à la dernière centurie, en l’occurrence la sixième, au delà de l’année 1557.On peut donc concevoir une fausse édition à 7 centuries en date de 1561 mais en réalité datant de la Ligue, intermédiaire en quelque sorte entre des éditions à 6 centuries et des éditions à 10 centuries, le statut de la VIIe centurie étant resté en porte à faux. Cela aurait été une ruse éditoriale des libraires parisiens pour ajouter quelques dizaines de quatrains.Il nous faut donc abandonner l’hypothèse d’un projet initial à 7 centuries, le passage à 6 ayant été purement de circonstance. On aura voulu refaire le coup avec la Centurie VII avec 39 quatrains(puis 40, puis 42) de ce qui avait été obtenu avec la Centurie Iv et ses 53 quatrains

Si l’on s’en tient à une certaine fourchette : on n’a pas de nouvelles des Centuries VIII-X avant 1990 (ed Cahors, 1590 cf RCN p. 126) et en 1594, le Janus François de Jean Aimé de Chavigny en donne le commentaire de quelques quatrains.-cf RCN, pp. 140 et seq) à moins qu’il n’ait disposé de quelque manuscrit encore inédit des dites Centuries dont il aurait pu être l’auteur, puisqu’il disposait d’un recueil de quatrains-présages des vrais almanachs de Nostradamus(cf supra) qu’il aurait établi en 1589  sous le titre de Recueil des Présages Prosaïques) dont il commentera dans son Janus quelques quatrains (cf P. Brind’amour, Nostramus astrophile, Ottawa 1993).

Selon Patrice Guinard, l’édition Benoist Rigaud serait bien parue en 1568 et aurait été réédité pendant une vingtaine d’années sans mention de date d’édition, ce qui expliquerait le « trou » de 20 ans entre 1568 et 1588, année qui n ’aura d’ailleurs vu la parution que des sept premières centuries, sans qu’il soit en mesure de s’en expliquer convenablement. Pour notre part, le second volet était lié au camp d’Henri de Navarre dont il annonce le couronnement, au travers d’un quatrain comportant la mention « Chartres », lieu du dit couronnement du début de 1594 (cf .http://www.corpusetampois.com/cle-16-nostradamus.html et http://ramkat.free.fr/thalb1.html)

 

 

 

Arretons nous sur la Centurie IX, donc du « second volet » et qui est produit, comme l’a montré en 1987 Chantal Liaroutzos (RHR). On y trouve la mention Chartres, ce qui ne serait pas significatif si l’original utilisé ne comportait pas Chartres mais Chastres !

IX 86 et 87  :

Du Bourg La Reyne parviendront droit à Chartres (sic)

Et seront pres du pont Anthoni pause

Sept pour la paix cauteleux comme Martres

Feront entrée d’armée à Paris clause

Par la forêt du Touphon essartée

Par hermitage sera posé le temple

Le Duc d’Estempes par sa ruse inventées

Du mont Lehori prélat donra exemples

 

Or toutes les éditions Benoist Rigaud comportent « Chartres », correction qui ne fait sens qu’en 1593-94, date à laquelle paraît le Janus Gallicus. De même nous avons montré lors d’une communication en 1997 aux Journées Verdun Saulnier (Actes parus aux Editions de l’Ecole Normale Supérieure, Prophétes et prophéties) que le quatrain IV 46 comportait la mention « Tours ». se référait à la situation politique de 1588 quand Henri III avait rejoint Henri de Navarre près de Tours. Or, une édition centurique parue juste avant ne comportait pas encore le dit quatrain

(cf RCN pp. 122-123). Les tentatives de certains pour expliquer le « trou «  entre 1568 et 1588 sont confondantes. On voit bien, au regard de la chronologie des éditions centurique que l’on est en face d’un chantier avec des additions successives, le second volet dont on ne connait pas d’états intermédiaires, venant couronner le tout, in fine, après l’assassinat d’Henri III en 1589 . C’est alors que le prophétisme centurique se met au service de la cause du futur Henri IV, fabriquant tout un lot de quatrains en recourant aux expédients signalés par Chantal Liaroutzos, tout en intégrant les Centuries déjà en place au sein d’un seul et même corpus….(cf entre autres notre thèse d’Etat 1999 et notre post doctorat 2007)

 

 

 

 

JHB

03 05 21

 

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Le corpus astrologique français de la fin du Xve siècle à celle du Xxe siècle

Posté par nofim le 1 mai 2021

 

Le corpus astrologique français de la fin du Xve siècle à celle du Xxe siècle

par Jacques Halbronn

 

Extrait d’un mémoire inédit de près de 200 pages, datant de 1988 intitulé Introduction bibliographique à l’Etude de l’Astrologie française de la fin du Xve siècle à la fin du Xxe siècle, sous la direction de Jean Céard Paris XII)

 

 

Nous avons souhaité revenir sur cette époque vieille d’une trentaine d’années en extrayant de ce mémoire les idées, les pistes les plus intéressantes avec le recul. Nous avons déjà consacré une étude à tout ce qui se rapporte à Nostradamus dans la dite Introduction.

Avant-propos

 

Au début de notre période l’imprimerie accueille l’Astrologie comme elle le fait pour tant d’autres sujets médiévaux.

L’Astrologie française, en tout état de cause,jouit en cette seconde partie du Xve siècle d’un statut qui date de plusieurs siècles : elle tient sa place au sein des disciplines enseignées à l’Université, dans le Quadrivium.

Elle est lourde de toute une scolastique mais elle est servie par une langue qu’Oresme a affinée. C’est à la mise en question puis à la perte de ce statut que l’on assistera. Mais comment cette astrologie de langue française se comportera -t-elle dans le concert européen, quelles influences s’exerceront sur elle et quelles astrologies lui seront redevables ? Combien de temps lui faudra-t-il pour s’émanciper du latin ?

Nous avons voulu d’abord- d’où le titre de ce mémoire-reconstituer le tissu astrologique français des 500 dernières années.

 

Annonce du plan.

Pour ce faire, nous avons constitué trois corpus.

 

 

 

Première Partie Les textes recensés

Nous distinguerons un corpus « externe » constitué de titres de livres, de chapitres et un corpus ‘interne », constitué d’extraits qui nous ont semble significatifs d’un certain état d’esprit à l’égard de l’astrologie

Ce premier corpus est, évidemment, extrait de la masse de la production écrite qu’il convenait de parcourir pour cerner dans quelle mesure elle traitait, peu ou prou, la question astrologique. Il n’était en effet pas question de se contenter de compulser catalogues et bibliographies ; il convenait de prendre connaissance de la plupart des textes de façon à saisir certaines similitudes, certaines influences que des intitulés différents pouvaient ne pas laisser supposer .Ce travail n’avait pas été accompli ni pour l’astrologie française ni pour une autre astrologie. Ce premier corpus posait un certain nombre de problémes de datation et d’attribution(paternité non identifiée ou influence non reconue)

Nous avons voulu déterminer les facteurs externes, c’est à dire ne dépendant pas directement d’un processus interne à l’astrologie, agissant sur le développement de l’astrologie au cours des cinq derniers siècles en faisant apparaître un certain nombre de problématiques permanentes.

I Les échanges avec d’autres cultures dont bénéficie l’astrologie

II Les lieux et les agents de production

III Les stimuli astronomiques

IV Les stimuli politiques.

 

Deuxième Partie L’astrologie au combat

A partir d’un choix de passages significatifs , nous avons voulu montrer comment l’astrologie se nourrissait de son passé, jamais vraiment considéré comme obsoléte, comment elle s’en servait,comment elle savait récupérer et vivre avec les objections qui lui étaient apportées.

De fait , l’astrologie apparaît le plus souvent sur la défensive, est vécue comme un savoir contesté tout au long des cinq siècles , cherchant à se justifier

 

 

 

 

Troisième Partie Anthologie

Notre troisième corpus comprendra un ensemble de textes dont nous fournirons des extraits assez substantiels. Il importe, en effet, que notre recherche puisse être appréhenée directement. Nous renverrons à l’édition de 1866 qui comporte les trois textes de notre corpus à laquelle nous adjoindrons un certain nombre d’autres textes, notamment des extraits des Prophéties de Du Pavillon, des Prophéties de Joseph le Juste, du Mirabilis Lib

 

 

Quatrième Partie Conclusion : l’approche décennique

On s’est demandé si notre corpus faisait ou non apparaître dans sa globalité un certain nombre de phases. C’est ainsi que nous avons cru pouvoir dégager un certain nombre de décennies clef, ce qui

permettait d’embrasser l’ensemble de nos analyses précédentes.

Il importe que chaque texte relatif à l’astrologie soit resitué dans une dynamique historique. Car la recherche en astrologie doit s’appuyer sur une description des contextes successifs et non sur des études anecdotiques et ponctuelles.

 

 

On note dans ce texte un large développement sur Claude Dariot et l’astrologie horaire qui sera repris en 1990 dans l’édition de son traité, chez Pardés. Par ailleurs en 1987, était paru en anglais une importante étude en anglais de notre fait, reprenant plusieurs éléments dont il est question en 1988 (Astrology Science and Society : « the revealing process of translation and criticism in the History of Astrology » (pp. 197-218). Ce texte n’a pas été traduit en français mais a été bien signalé par un Nicholas Campion dans le Collectif History and Astrology, Clio and Urania confer ;1989(Dir A. Kitson) notamment à propos de Jean Bodin.

Enfin, en 1994 paraitra notre Catalogue de l’exposition Astrologie et Prophétie. Merveilles sans Images à la BNF  qui reprend certaines pistes exposées dans la dite Introduction

 

JHB

30. 04 21

 

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS | Pas de Commentaire »

Jacques Halbronn. A propos de son étude inédite de 1988 sur Nostradamus

Posté par nofim le 1 mai 2021

 

 

 

 

 

Jacques Halbronn. A propos  de son étude inédite de 1988 sur Nostradamus

 

 

Cette étude figure dans notre Introduction bibliographique à l’étude de l’Astrologie française, de la fin du Xve siècle à la fin du Xxe siècle

« L’oeuvre astrologique de Nostradamus.

« Nostradamus n’est pas l’homme d’une seule œuvre, les Centuries. Outre les textes non astrologiques, il publie une série d’almanachs ; de prognostications- largement étudiée par un Buget, un Chomarat, un Benazra etc qui firent sa réputation de son vivant plus encore que ses prophéties successives. Sa réputation, de son vivant, doit probablement plus à ses productions annuelles, à ses préface à César et à Henri Second (celle datée de janvier 1556) qu’aux fameuses et obscures Centuries qui ne trouveront de commentaire cohérent qu’en 1594 avec la Première Partie du Janus Gallicus de Chavigny qui d’ailleurs commençant en 1534

présente parfois Nostradamus comme décrivant des événements ayant de vingt ans précédé les premières Centuries.

Les adversaires de Nostradamus ne s’y trompent pas : ce sont les petits ‘paquets » annuels attendus impatiemment par le public que dénonce un La Daguenière, un Fulke ou, au contraire, que célébre un Ronsard (texte reproduit par Chavigny dans le Janus François) (…) D’ailleurs, les quatrains n’en sont pas absents et Chavigny (…) combinera, fixant ainsi une certaine méthode éxégétique relevant plus d’une tradition orale que d’indications écrites de Nostradamus les quatrains de toutes origines pour asseoir sa démonstration . Si Chavigny est , comme l’indique Jean Céard, le premier exégéte des quatrains nostradamiques, Antoine Couillard est certainement le premier commentateur, ironique certes, de la Préface à César. Oliviet Millet (cf Feux Croisés sur Nostradamus au XvIe siècle, in Divination et controverse religieuse en France, au xVIe siècle, Journées Verdun Saulnier, n°35, 1987) a justement rappelé que ces Prophéties n’en étaient pas »

 

 

« Le cas des Centuries – peu importe ici si elles constituent ou non un ensemble homogéne constitue un cas extreme et devrait permettre de mener une recherche statistique étant donné que la production nostradamique ne se répartit pas régulièrement sur quatre siècles.

On note d’abord entre 1568 et 1588 une période de vingt années durant laquelle les Prophéties ne sont pas rééditées (sic). Robert Benazra se demande à cet égard si Benoit Rigaud ne bénéficiait pas d’une sorte de monopole s’achevant en 1588. Mais pourquoi, dans ce cas, n’a-t-il pas réédité durant 20 ans à moins qu’il n’ait reproduit le nombre dde 1568 ce dont ne se sont pas privés les libraires du début du XVIIe siècle ? En revanche, l’on publie l’oeuvre du faux Nostradamus, Michel ou Mi.de Nostradamus (le Jeune) et Antoine Crespin dit Nostradamus qui imitent davantage les pronostications et Epîtres que les Centuries.

Puis, à partir de 1588 se produit comme un retour en arrière puisque l’on renonce peut être pour tourner un tel monopole, à publier la « milade » de quatrains de l’édition de 1568, ce qui permet aux historiens de tenter de reconstituer des éditions disparues parues du vivant de Nostradamus puisque l’on ne dispose , à proprement parler que de l’édition de Mai 1555 de Macé Bonhomme.(!)

Ces éditions de 1588-1589 offrent un certain caractère d’authenticité en ce qu’elles révélent clairement les raccords successifs intervenus depuis la première édition alors que l’édition Benoist Rigaud de 1568 -première édition posthume voulait présenter un ensemble bien poli de dix centuries.

Toutefois, dès la mort du libraire lyonnais , c’est bien l’édition de 1568 qui s’imposera et définitivement.

La vogue de Nostradamus ne se démentira guère entre 1568 et 1988 (date de notre rédaction). Toutefois, il semble que certaines périodes soient davantage marquées que d’autres . Nous voyons apparaître deux critères : la publication d ’une biographie de l’auteur et un processus de mise en concordance des quatrains avec les événements plutôt qu’une simple réédition.

Les charnières entre deux siècles nous semblent avoir constitué des temps favorables. A la fin du XVIe siècle, Chavigny publie une première Vie de Nostradamus ainsi que la Première Partie du Janus Gallicus mis en chantier dès 1589 »

« Sur les dates de rédaction et de publication de la Préface à César.

« Cette préface a souvent induit en erreur à propos de la date de naissance de César Nostradamus, qui serait né en 1558 du fait que la Préface est datée de 1555. Il apparaît que César est né à la fin de l’année 1553, style de Pâques (probablement en décembre), le 18 selon son propre témoignage . César aurait donc été âgé de quinze mois lors de la rédaction de la Préface « ad Caesarem Nostradamum filium ». Nostradamus aurait préféré lui transmettre oralement son savoir mais « le tard advénement l’a fait référer par escript…au commun profit des humains du fait du risque de « corporelle extinction de ton progéniteur ». Nostradamus a franchi le cap des cinquante ans lorsque nait son fils qui ne sera pas le légataire de sa science et il craint, il s’en excuse de ne pas vivre assez vieux pour le former. Cette Préface serait donc une sorte de testament. Nostradamus croyait-il alors sa mort prochaine?Du Pavillon , dans ses Prophéties, rédige en 1556 une parodie de préface, en s’adressant à son propre fils Martial dont il donne l’âge avec une précision qui se veut comique (encore qu’il puisse y avoir un jeu sur le mot « martial » ; « tes moys martiaulx » écrit Nostradamus à son fils. (..) Mais pourquoi Nostradamus aurait-il attendu quinze mois donc plus d’un an pour s’adresser à son fils , le bien nommé ? (…) La lettre n’aurait-elle pas été écrite plus tôt ? On n’a pas, à notre connaissance, relevé l’anachronisme de l’intitulé de la date du Ier Mars 1555. A cette époque, régne en France le style de Pâques.

(…) Ne serait-il pas possible que la Préface à César ait paru dans une prophétie annuelle pour 1554 ? Selon la Chronique de la Ville de Salon de Louis Gimon (1682) il existe une procuration chez Maistre Antoine de Royer, dit Lizerot, imprimeur à Lyon,de retirer des mains de Bertot les textes que Nostradamus lui avait confiés, vu que le travail effectué par le premier imprimeur ne l’a pas satisfait(cf Benazra qui précise qu’un texte pour 1554 aurait disparu)

Il convient de préciser que le terme « Prophéties » n’est pas nouveau dans le domaine de la production astrologique française. En 1533, l’Allemand Joseph Grünpeck avait publié une prophétie (cf Fonds Rostchild BN) pour la période allant jusqu’à 1540. Le même texte était publié chez un autre libraire, sous le nom de Pronostication. Ce sont donc des termes plus ou moins synonymes. D’où l’expression de Couillard « prophéties après un an ». C’est probablement dans l’une d’elles qu’a pu figurer la lettre à César, datée du Ier mars »

 

 

 

 

« Le Janus François et les Centuries

Certains « éditeurs » ne craignent pas de nos jours de présenter les Centuries comme étant d’un seul tenant. Le lecteur moyen ignore qu’elles ne constituent pas un ensemble monolithique. La première édition de mai 1555 ne comportait que 353 quatrains soit un peu plus de trois centuries et demie sur les dix de l’édition censée être complète de 1568 par Benoist Rigaud. Quand en mai 1555 Michel de Nostradamus signe ce premier recueil a-t-il déjà le projet d’autres « livres de prophéties », titre qu’il utilise dans sa Préface à César et non celui de Centuries ? Nous ne le pensons pas . D’ailleurs, le concept de « Centurie » est trompeur puisque la quatrième Centurie est alors incomplète. Ce premier recueil est précédé d’une préface (plutôt que d’une épitre) à César. Le choix du nom de son fils n’est certes pas le témoignage d’un ami de la Couronne de France. César, c’est le nom de l’empereur, de Charles Quint en l’occurrence. A vrai dire, Trithème dans son De septem causis-ouvrage dont Nostradamus a pu s’inspirer s’adresse aussi à César comme le note Daniel Ruzo/ Il conviendrait ici de faire la part du particularisme provençal séduit un moment par les entreprises impériales.

En revanche, à partir du début de 1559, Nostradamus prend le parti du Roy de France et de la Reyne Catherine de Médicis, comme il apparaît dans la dédicace des textes parus chez Jacques Kerver , datés de janvier 1556(1557)

Ce paralléle entre les deux souverains, même s’il est quelque peu biaisé par l’anedote filiale correspond à un enjeu prophétique et politique important. A vrai dire, Nostradamus n’est guère heureux dans ses choix puisque Charles Quint « César » abdiquera peu après en 1555 et 1556 et qu’Henri II , qui connaitra des échecs militaires, notamment avec la perte de Saint Quentin en 1557 se tuera en tournois en 1559. En1560, les deux dédicataires sont morts.

 

« L’édition de Macé Bonhomme n’est pas la première.Elle a dû être réalisée par Macé Bonhomme en tant qu’imprimeur.Mais pas en tant que libraire. Il suffit pour cela d’étudier la production de Macé Bonhomme. Probablement, Nostradamus en fut lui même le premier éditeur si l’on prend en considération la vignette de frontispice. On note que l »édition comporte en sa page de titre « avec Privilège’ alors qu’il n’y en a pas. Elle porte aussi « la permission est à l’intérieur. Il y a, en effet, un document à l’intérieur qui date de 4 jours avant la parution de mai 1555 et qui autorise Macé Bonhomme à publier un livre qu’il a « recouvert  « Les prophéties de Michel Nostradamus «  sans préciser de nom de l’auteur. On aurait dû lire « Les Prophéties dues à Michel Nostradamus ou toute autre formule comparable » (…) Nous voyons d’ailleurs un lien possible entre l’année 1553 et le fait que la première série de quatrains soit au nombre de 353 » (..) On trouvera étrange que Du Pavillon ne fasse aucune allusion aux quatrains de Nostradamus dans ses « Prophéties » Certes, la formele « moyennant la flamme exigue » (..) se retrouve-t-elle dans le premier quatrain (..)Mais l’on trouve déjà la substance des versets 1 et 3 (..)dans la Préface à César »

Sur Guillaume de la Peyrière

« Cet auteur publie des Centuries chez Macé Bonhomme à la même époque où paraissent les Prophéties de Nostradamus. Ce sont des ouvrages plus richement présentés que les dites Proph éties »

«  C’est dans la Portenteuse pronostication pour 1557, parue chez Kerver, (cf musée Arbaud Aix en Pr.) que Nostradamus s’en prend à un certain « Pater Liber » qui n’est autre qu ’un des noms du dieu Dyonisos. (..)Or, un des libraires qui publient le Monstre d’abus se nomme Estienne Denise (..) On n’avait jusqu’à présent rencensé que l’édition de Barbe Regnault. Mais en 1987, a été présenté par Bruce Mc Kittrick de Philadelphie (cf Catalog X) à la Foire Internationale du Livre Ancien (Paris, La Conciergerie) l’édition de 1558 d’un autre libraire , Estienne Denise pour lequel Barbe Regnault imprimait des ouvrages (..) Dionysos serait donc ce Denise qui, aux yeux de Nostradamus, serait l’âme du complot contre lui. -(..) Barbe Regnault publiera plusieurs prophéties et pronostications de Nostradamus, dans des conditions -souligne Benazra- assez douteuses »

« Robert Benazra note à propos de l’édition de 1588 des Prophéties de Nostradamus qui font référence à 1561 « Nous pourrions nous interroger sur ces publications reproduisant l’édition hypothétique de 1561. Sans doute, la situation politique en France est elle responsable de ces diverses éditions. En effet le 5 décembre 1588 c’est l’assassinat du duc de Guise puis dans la nuit du Ier au 2 aout c’est au tour du roi Henri III, ce qui aurait pu provoquer une situation politique identique à celle de 1561 » (cf Bibliographie de Nostradamus de R.Benazraà paraître)

 

 

A propos de Chavigny, concernant les positions de Jean Dupèbe  qui mentionne «  Les larmes et soupirs de Jean Aimé de Chavigny Beaunois sur le trespas de M. Antoine Fiance Bizontin (Paris, 1582, Bib. Mazarine) 21684) l’auteur déclare qu’il avait le même âge que Fiancé qui venait de mourir en 1581, à vingt neuf ans. Dans ce cas, Chavigny n’aurait pu être le disciple de Nostradamus, ayant eu une quinzaine d’années à sa mort.Il ne serait pas le même Chavigny Beaunois dont il est notamment question dans la correspondance de Nostradamus, né en 1533. Mais ne peut-on renverser l’argument et considérer que ce Chevigny, né vers 1550, qui s’adresse à Fiancé n’est pas le même que celui qui rédige la Première Face du Janus Gallicus ? Nous trouvons, au demeurant étrange que cet « imposteur » signale dans le même ouvrage que Nostradamus est mort en 1566 (Vie de Nostradamus) et qu’il l’a connu « privément » autrefois (Epitre à Alphonse d’Ornano De l’avénement à la couronne de France). En effet, sachant que Chevigny aurait eu quinze ans à la mort de Nostradamus, qui n’aurait pas souri à l’entendre se targuer d’une telle familiarité ? En fait, Chavigny pourrait fort bien être né en 1533 , date à laquelle commence le Janus Gallicus) soit une différence d’une trentaine d’années avec Nostradamus. Il aurait eu 33 ans à la mort du » prophéte ».

Qu’il y ait eu deuxChavigny pourquoi pas ?Mais selon nous, c’est le même Chavigny qui vécut auprès de Nostradamus et qui publia l’Androgyn (1570),la Première Face du Janus Gallicus et les Pleiades »

 

 

Quelques commentaires à propos de nos textes remontant avant 1990 et la publication du Répertoire Chronologique Nostradamique (Ed Trédaniel-La Grande Conjonction, 1990 Préface de Jean Céard)). En 1988 nous avions eu entre les mains le manuscrit du Répertoire de Benazra, que nous ferions paraître en 1990.

A cette époque, nous n’évoquions pas encore la thèse d’éditions antidatées et considérions comme fiable le témoignage d’Antoine Couillard pastichant la Préface à César dans ses « Prophéties » de 1556, ce qui ne nous empêchait pas de nous interroger sur la chronologie des éditions centurique. Toutefois, en 1990, lors de la présentation du Répertoire de Benazra, nous insisterions pour l’usage de l’adjectif « nostradamique » pour signifier qu’il existait toute une littérature « paranostradamique »

Nous rappelions que dans les almanachs on trouvait déjà des quatrains que le Janus Gallicus avait d’ailleurs intégré dans son Commentaire et cela pouvait indique que les quatrains des Centuries imitaient ceux des almanachs.. Nous notions l’existence d’une première Epitre à Henri II, datée non pas de 1558 mais de 1556 (en tête des Présages Merveilleux pou 1557 (que nous reproduirons en 2002 dans nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus), dont Daniel Ruzo avait reproduit des passages dans son Testament de Nostradamus (Ed du Rocher, 1982) L’existence d’une première Epitre au Roi pouvait entretenir un certain doute sur l’authenticité de celle, daté de 1558,, figurant en tête de l’édition de 1568 et ne se référant pas à une première Epitre. Par ailleurs, l’édition Rigaud de 1568 ne mentionnait pas en son titre l’ Epitre au Roi, alors que la première épitre était indiqué au titre des dits Présages.

Lors de l’édition du RCN de Benazra, nous avions omis de lui signaler l’ouvrage de Pierre Petit dont nous avions pourtant traité peu auparavant. Nous n’avons pu vérifier si Chomarat l’indique mais comme sa Bibliographie Nostradamus était déjà parue, il est probable que Benazra en aurait tenu compte. Une traduction française de ces pages latines serait la bien venue..Enfin, force était de constater qu’il avait fallu attendre 1594 pour voir paraître un Commentaire des quatrains lesquels étaient déjà parus en 1568 pour ce qui était des quatrains des Centuries sans parler des quatrains parus successivement dans les almanachs. Un tel retard pouvait indiquer que les quatrains centuriques ne paraitraient que peu avant le Janus Gallicus.

Répétons-le, notre rédaction de 1988 envisageait clairement que les deux textes introductifs en prose parurent d’abord en tête d’autres productions que celles où on les trouvera par la suite. C’était évident pour l’Epitre à Henri II, sur la base des documents reproduits par Ruzo dans son Testament de Nostradamus (cf aussi notre reproduction dans Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, 2002 grâce à un envoi du dit Ruzo). En 1988, nous envisagions déjà l’éventualité selon laquelle la Préface à César des éditions centuriques aurait été reprise d’une Préface à une pronostication pour 1554.

Par ailleurs, la question des calendriers est abordée au sujet du style de Pâques qui ne sera abandonné qu’à partir de 1564. Nous pensions à l’époque qu’une rédaction tardive n’aurait pas tenu compte de ce probléme, d’autant que la date du ier Mars 1555 en base de la Préface à César aurait probablement du être indiquée 1554, puisque le changement de millésisme ne se produisait dans les années 1550 qu’à Pâques. On notera que la bataille de Pavie fatale pour François Ier, se déroula en 1524 selon le calendrier de l’époque alors qu’elle nous est présentée de nos jours, anachroniquement, comme datant de 1525. On notera aussi nos observations sur la signification du mot « Prophéties », lequel pouvait tout à fait concerner une production à caractère astrologique. Il est possible que par la suite, le terme ait vu son sens évoluer puisque dans les années 1580, le terme semble ne plus référer à des prévisions datées.. D’ailleurs, les Prophéties perpétuelles de Moult comportent avant tout des mentions de dates, selon un mode de calcul bien précis.

La remarque concernant les 53 quatrains de la Ive Centurie à propos d’une publication pour l’an 1553 est assez judicieuse, avouons-le.. On précisera que ce n’est qu’à partir de l’almanach pour 1555 que l’on voit apparaître des quatrains, ce qui n’était pas le cas pour l’an 1554 (cf Chevignard Présages de Nostradamus, Paris, Seuil, 1999, pp. 113 et seq) L’on conçoit donc que Du Pavillon n’ait point faite référence à des quatrains dans son pastiche si la Préface à César figurait en tête de l’almanach pour 1554.

On appréciera le rapprochement entre le « Pater Liber » et le libraire Estienne Denise (cf P. Guinard CORPUS NOSTRADAMUS 25 — Les premières éditions des Prophéties 1555-1563 (État actuel des recherches, repères bibliographiques, et conjectures) qui mentionne ce libraire (qu’il relie à Sixte Denyse) mais ne fait pas la relation avec la formule en question désignant les adversaires de Nostradamus. On sait que de faux almanachs de Nostradamus ont été produits de son vivant et qu’il ne faudrait pas confondre avec les éditions authentiques de ses productions annuelles. Que le terme Prophéties ait pu éventuellement avoir été utilisé à l’époque ne prouve nullement qu’il s’agissait des Centuries mais bien plutôt que les faussaires sous la Ligue auront ou reprendre une telle formule croyant que telle édition était bien de Nostradamus, erreur par ailleurs commise en ce qui concerne le choix de la vignette des faux almanachs de Barbe Regnault pour le frontispice des Centuries.

A propos du débat autour de la personne de Chavigny, notons en 1589 l’édition du Recueil des Présages Prosaiques de Nostradamus

qu’il devait avoir en sa posssession et qui rassemble les texes des almanachs et des pronostications annuels, avec les quatrains à partir de 1555 qui est précisément la date de la « première » éditon des Centuries (Macé Bonhomme). Selon nous ; la date de 1555 aurait été choisie du fait que le premier almanach de Nostradamus comportant des quatrains concerne cette année. cf B . Chevignard, Présages de Nostradamus, Paris, Ed Seuil 1998, p. 193) Notons que l’almanach pour 1556 ne comporte pas de quatrain dans le dit Recueil de présages prosaiques mais il y en aura chaque année par la suite.

Si l’on compare le Recueil à la publicaion des Présages dans les éditions du XVIIe siècle, on note « Présages tirez de ceux faitz par Mr Nostradamus es années mil cinq cens cinquante cinq & suivantes ». L’année 1555 est donc bien mise en évidence. On y trouve deux quatrains qui manquent à cet endroit dans le dit Recueil édité par Chavigny : le premier « D’un présage pour la dite année «  figure en tête du Recueil ( d’Esprit divin etc)

et il est suivi d’un autre quatrain « de l’Epistre liminaire sus la dicte année » « La mer Tyrrhenne etc) (cf reprint Nice 1981 Annexes p. XI) Benazra trouve des points communs entre ce quatrain et le 59e de la Iie Centurie, ce qui viendrait confirmer que les quatrains des almanachs ont pu servir de modèle pour ceux des Centuries. Mais Benazra se contente de soupçonner Chavigny d’avoir fabriqué le quatrain de l’almanach et non l’inverse !

 

 

 

On note aussi que l’année 1556 n’a pas de quatrain, ce qui expliquerait que les éditions antidatées sont de 1555 et 1557.(cf Benazra, RCN p. 6 lequel n’avait pas alors accès au manuscrit du Recueil des Présages Prosaiques pour l’étude des quatrains. Force est de constater que Chavigny ne commente aucun quatrain de l’année 1556 et pour cause

On trouvera l’intégralité de notre texte sur Nostradamus de 1988 lors d’une prochaine numérisation de la dite «I ntroduction Bibliographique. »

 

 

Entre 1988 et 1999, date de notre soutenance du Texte prophétique en France (Presses Universitaires du Septentrion)

, signalons deux parutions  en 1991 et 1997 sur Nostradamus, outre en 1990 le publication du Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra.

1991Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561) », dans Bulletin de l’Association d’études sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, année 1991, volume 33, numéro 33, pp. 43-72.

1997 Les prophéties et la Ligue . Journées Verdun Saulnier

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