jacques Halbronn Théologie. Les Chrétiens « brebis perdues de la maison d’Israel ».

Posté par nofim le 2 mai 2021

 

Théologie. Les Chrétiens, « brebis perdues de la maison d’Israël »

par Jacques Halbronn

 

Rapport adressé à Elzbiéta Amsler, Directrice : Amitié judéo-chrétienne de France

 

 

 

Dans l’optique d’un dialogue entre Juifs et Chrétiens, nous proposons de reconnaître dans le Christianisme la continuation de la maison d’Israel à condition, bien entendu, de rappeler que la « maison d’Israel » n’est pas la « maison de Judah » (cf notre précédent texte à ce sujet) Selon nous, le projet initial de Jésus était la reconstitution, la restauration de la dite « maison d’Israel ».

Cela fait d’autant plus sens que les populations constituant, à la mort de Salomon, le royaume d’Israel n’étaient probablement pas « juives » mais vassalisées par la dynastie davidienne, pratique courante à l’époque. D’ailleurs, comment comprendre autrement cette révolte, cette revendication face à la dite dynastie ? Le clivage enre les deux royaumes avait certainement des racines profondes et d’ailleurs l’Epitre aux Hébreux souligne l’existence d’un tel décalage, dénote le ressentiment d’une population colonisée. L’on sait par ailleurs que l’action de Jésus fut largement centrée sur la Galilée, donc sur le Royaume du Nord, détruit par les Assyriens au VIIIe siècle. Les Prophétes n’auront eu de cesse d’interpeller les gens d’Israêl sur leurs mœurs, leur culte, d’où le fameux « Ecoute Israel » que l’on considère bien à tort comme un marqueur identitaire pour les Juifs ! Qu’en outre, le nouvel Etat Juif (  Judendestaat)

ait adopté le nom d’Israel ne fait qu’ajouter à la confusion puisque ses citoyens se nomment des « Israéliens »  sans parler du fait que les Juifs se firent longtemps appeler « Israélites », notamment au XIXe siècle.

Il serait donc souhaitable que l’on mit fin à des appellations trompeuses. Mais par ailleurs, nous ne voyons pas d’inconvénient à ce que les Chrétiens se référent à Israel:ils ont d’ailleurs employé l’expression « verus Israel ». pour se désigner.

Par ailleurs,le livre de l’Exode est marquée de bout en bout par la formule « fils d’Israel » (beney Israel). Cela tient au fait que ce Livre aura en fait été rédigé par des ressortissants, des tenants de la « maison d’Israel ».L’on comprend d’ailleurs ainsi pourquoi les Chrétiens ont intégré le Pentateuque dans leur «  Bible »

Jésus est l’interface entre les deux « maisons » d’Israel et de Juda, puisque lui-même était Judéen ,né à Betléhem, mais aurait vécu à Nazareth et préché près du Lac de Tibériade.

Parler du monde judéo-chrétien fait sens si l’on renvoie aux relations israélo-judéenne du temps de David et de Salomon.

Ajoutons que cette dualité, nous la trouvons mise en scène dans le Livre de la Genése avec les jumeaux Esau et Jacob., fils d’Isaac, petits fils d’Abraham. On sait que Jacob sera nommé Israel. Mais quant à Esau, il est absurde d’en faire le père d’une lignée étrangère, il est associé à Edom, qui est assimilable à Adam : ce sont les mêmes consonnes. Pour nous les Judéens sont des « fils d’Adam » et les Chrétiens les fils d’Israel. Il importe donc que les Juifs récupèrent le personnage d’Esaü-Edom et s’attribuent la lignée de Jacob-Israel. La notion même de « Fils de l’homme » est un contre-sens, il faut comprendre « fils d’Adam », donc Juif et c’est ainsi que les prophétes furent souvent interpellés par « Dieu ». : Ben Adam. Les traductions « fils de l’homme » prétent à confusion. Mais, répetons-le, le Livre de l’Exode est l’affaire des Israélites et il est étrange que les Juifs aient adopté un tel ouvrage. Ils sont les dindons de la farce. Selon nous, il devrait être exclus de la pratique juive synagogale hebdomadaire- au profit des Livres des Prophétes (Neviim), qui fait suite (dans le « tanakh », Torah, Neviim, Ketouvim) au Pentateuque, lequel est si fortement marqué par l’entre-soi des Israélites.. Rappelons aussi que la condamnation pat les Prophétes d’Israel ne vise aucunement les Judéens mais bien la maison d’Israel. Que par la suite, les Juifs aient adopté une telle appellation, notamment dans le Talmud, ne change strictement rien à l’affaire. Il faut absolument cesser de qualifier les Juifs d’Israel et accorder cette filiation, au moins sur le plan spirituel, aux Chrétiens. D’ailleurs, encore de nos jours, l’on voit bien ce qui distingue le culte chrétien du culte juif avec notamment la question des représentations, des images, des idoles ce qui était déjà une pomme de discorde à l’époque biblique.

Quant à la question proprement théologique,nous dirons que notre humanité a besoin de personnages qui soient l’interface entre Dieu et les hommes mais ces personnages qui sont des « Justes » et Jésus sera appelé Juste- doivent être présents en tout temps et en tous lieux, comme le montre le dialogue d’Abraham et de Dieu à propos du sort de Sodome. Combien de Justes, de Tsadikim ? Et l’on sait que le terme de Tsadiq aura été notamment développé en milieu hassidique.

 

 

 

 

 

JHB

02 05 21

 

Publié dans judaîsme, Juifs, prophétisme, RELIGION, théologie | Pas de Commentaire »

Les légendes dorées du prophétisme, de Nostradamus à André Barbault

Posté par nofim le 29 avril 2021

 

Jacques Halbronn

 

Les légendes dorées du prophétisme, de Nostradamus à André Barbault

La Grande Conjonction 2020

 

 

 

https://fr.scribd.com/document/505436781/Jacques-HALBRONN-Les-Legendes-Dorees-De-Nostradamus-a-Andre-Barbault

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une légende dorée reléve de la construction d’un mythe autour d’un personnage emblématique et sacralisé, ce qui génère des enjeux qui font que la fin justifie les moyens et l’on a vite fait de reprocher aux critiques de « cracher dans la soupe ». On ne sait plus très bien, au final, si l’apologie qui se brode autour de ces vies jugées exemplaires n’a que faire de la véracité historique, d’autant que ces légendes dorées peuvent s’entretenir de siècle en siècle pour Nostradamus ou de décennie en décennie, pour André Barbault.

Approche comparative : l’une se perdant dans les brumes du second XVIe siècle, l’autre, au contraire, se situant dans notre contemporanéité puisque André Barbault est décédé en 2019 – mais toujours en France. Malgré les décalages de temps, la question de la légende dorée se pose avec la même acuité comme elle se pose pour des périodes encore plus reculées comme dans le cas de la critique biblique, dont nous traitons dans d’autres cadres. Mais la méthodologie liée à la contrefaçon, à l’antidatation reste la même, toutes périodes confondues.

Précisons que le texte que nous publions s’arrête à la fin de 2020- sauf pour la conclusion – alors que notre recherche, dans les deux cas, ne s’est pas pour autant interrompue entre temps et qu’on peut la suivre et la poursuivre dans son cours actuel sur différents supports.

 

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS, prophétisme | Pas de Commentaire »

Jacques Halbronn Les légendes dorées du prophétisme, de Nostradamus à André Barbault

Posté par nofim le 29 avril 2021

 

Jacques Halbronn

 

Les légendes dorées du prophétisme, de Nostradamus à André Barbault

La Grande Conjonction 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une légende dorée relève de la construction d’un mythe autour d’un personnage emblématique et sacralisé, ce qui génère des enjeux qui font que la fin justifie les moyens et l’on a vite fait de reprocher aux critiques de « cracher dans la soupe ». On ne sait plus très bien, au final, si l’apologie qui se brode autour de ces vies jugées exemplaires n’a que faire de la véracité historique, d’autant que ces légendes dorées peuvent s’entretenir de siècle en siècle pour Nostradamus ou de décennie en décennie, pour André Barbault.

Approche comparative : l’une se perdant dans les brumes du second XVIe siècle, l’autre, au contraire, se situant dans notre contemporanéité puisque André Barbault est décédé en 2019 – mais toujours en France. Malgré les décalages de temps, la question de la légende dorée se pose avec la même acuité comme elle se pose pour des périodes encore plus reculées comme dans le cas de la critique biblique, dont nous traitons dans d’autres cadres. Mais la méthodologie liée à la contrefaçon, à l’antidatation reste la même, toutes périodes confondues.

Précisons que le texte que nous publions s’arrête à la fin de 2020- sauf pour la conclusion – alors que notre recherche, dans les deux cas, ne s’est pas pour autant interrompue entre temps et qu’on peut la suivre et la poursuivre dans son cours actuel sur différents supports.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREMIERE PARTIE MICHEL DE NOSTREDAME (1503-1566)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quel mode d’emploi ?

 

 

Nous verrons qu’avec les Centuries, le consultant sera amené – du fait de l’évolution du «  mode d’emploi » à choisir lui-même sa réponse au sein du dit corpus, ce qui modifie radicalement le processus de départ. Or, force est de constater qu’aucune édition des Centuries ne fournit explicitement un quelconque mode d’emploi et ce n’est qu’à la lecture de certains commentateurs, comme le Janus Gallicus de 1594, que l’on trouve l’illustration et l’application d’une certaine méthodologie consistant à associer tel verset de tel quatrain de telle centurie avec un événement donné. Vu que les quatrains des Centuries sont dûment numérotés, l’on peut raisonnablement penser qu’il s’agissait bien à l’origine d’une forme de bibliomancie, activée selon tel ou tel procédé numérique. Le corpus centurique exploitait indifféremment les matériaux les plus divers aux fins de générer du texte pour remplir toutes ces centuries  : cela allait du guide de voyage aux pamphlets d’actualité en passant par d’anciennes chroniques ainsi recyclées.(cf. Pierre Brind’amour Nostradamus astrophile : les astres et l’astrologie dans la vie et l’œuvre de Nostradamus, opus cité) Il nous semble très improbable que Nostradamus se soit plié à une telle besogne aléatoire de versification –si différente du travail qu’il accomplissait dans ses almanachs basés sur une astronomie très précise et datée et ce d’autant qu’une partie du dit matériau centurique correspond au contexte de la Ligue, dans les années 1580-90 (voir en réaction à nos travaux, cf Robert Benazra Analyse nostradamienne : La thèse du complot des Centuries nostredame.perso.infonie.fr › nrbz2 et Patrice Guinard, CORPUS NOSTRADAMUS 30 Controverses autour de Nostradamus )

Ajoutons que selon nous Nostradamus recouvre un processus collectif et d’ailleurs d’aucuns ont revendiqué sa succession en se présentant comme « Nostradamus le Jeune  » ou «  Archidamus  », ce qui est le cas d’un Albert (le Grand suivi du Petit) ou d’un Merlin. Or, dans le cas de Nostradamus, tout se passe comme si à un certain stade l’on avait voulu, dans les années 80 et suivantes, rassembler tour ce qui s’apparentait de près ou de loin avec le nostradamisme comme relevant d’une seule et même personne. Or, l’effet aura été inverse de celui désiré car l’on aura pu ainsi découvrir la part des contrefaçons du vivant même de  Michel de Nostredame. Sous la Ligue, ces contrefaçons auront conduit à utiliser les faussaires – ayant puisé dans un corpus nostradamique dûment conservé- des éléments, notamment au niveau iconographique, figurant en cette première production pseudo-nostradamique ! Le rôle de l’historien des textes est de signaler de tels usages ne serait-ce que pour mettre en évidence l’ingéniosité d’un tel projet instrumentalisant  ! L’historien est confronté à l’erreur, à la corruption, à l’aléa, il guette les dysfonctionnements, ce qui lui permet de réparer, de restaurer, préparant ainsi le terrain au sociologue.

Notons que l’instrumentalisation vise à conférer des vertus inexistantes chez l’objet concerné, donc un certain pouvoir qui ne lui est pas inhérent. C’est ainsi que l’on peut confier à quelqu’un un rôle pour lequel il n’était pas préparé, prédisposé. Dans bien des cas, la personne instrumentalisée se voit ainsi dotée d’un statut ne correspondant aucunement à sa réalité intrinsèque et il est donc étrange que l’on ne comprenne pas qu’il puisse en être de même pour des astres, lorsque l’on s’en prend à l’astrologie instrumentalisant l’astronomie en lui conférant une dimension supplémentaire. Toute la question est de savoir si cette instrumentalisation offre ou non une certaine pérennité au regard de quelque forme de programmation génétique.

On constate le rôle du métalangage à la fois en astronomie lorsqu’il y a récupération des représentations populaires du cycle saisonnier en rapport avec les 12 mois (servant notamment pour la décoration des portails des cathédrales) tout comme pour la fabrication des Centuries, à partir d’un matériau hétéroclite. Mais selon nous, ce métalangage, ce jeu des dénominations, se retrouve dans les deux premiers chapitres du Pentateuque : dans le Livre de la Genèse il est question des 12 fils de Jacob et dans celui de l’Exode de 12 tribus s’y référant, ce qui nous apparait comme un expédient pour conférer un semblant d’unité à des populations diverses plus ou moins vassalisées, d’où le Schisme (-928) qui se produira à la mort du roi Salomon, à savoir une révolte contre le pouvoir royal de la dynastie davidienne, judéenne .(cf. tome Ier)

On reconnaît d’ailleurs le processus du métalangage en ce qu’il n’emprunte que de façon partielle –en vrac- approximative voire fautive. Cela vaut aussi pour le cas des 22 arcanes majeurs du Tarot. Autre exemple de remplissage dans la confection des quatrains centuriques à partir d’un Guide des Chemins de France de Charles Estienne (cf: Chantal Liaroutzos  : «  Les prophéties de Nostradamus : suivez la guide  »,  Réforme, Humanisme, Renaissance 1986. Quant à Rudy Cambier

(cf L’œuvre du Vieux Moine T1 – Le dernier chemin des Templiers, 2010), il propose comme source du quatrain interprété pour désigner Napoléon qu’il s’agirait en réalité d’une ode à Frédéric II de Hohenstaufen.

Centurie I, quatrain 60

 

Un Empereur naistra pres d’Italie,

Qui à l’Empire sera vendu bien cher,

Diront avec quels gens il se rallie

Qu’on trouvera moins prince que boucher.

 

 

. Le prophétisme ne serait-il pas l’interface entre théologie et astrologie ? Nous serons confrontés à la question des contrefaçons qui sont l’expédient privilégié du prophétisme avec le procédé de l’antidatation des éditions visant à légitimer, entériner, valider le « post eventum », d’où l’importance de l’expertise bibliographique.

 

Il faut parler de néo-prophétisme pour désigner le phénomène qui émerge à partir du XVe siècle et coïncide peu ou prou avec l’invention de l’imprimerie. Or, le succès le plus évident dans ce domaine semble bien avoir été le «  centurisme  » français, entreprise dont nous verrons qu’elle ne saurait se réduire à un seul homme. Paradoxalement, il semble bien que ce qui a rendu célèbre la «  poésie  » de Nostradamus ne puisse lui être attribué au mieux qu’indirectement alors que ce dont il serait réellement l’auteur n’intéresse plus grand monde.

Le prophétisme centurique fournit une textualité, c’est à dire une certaine masse de matériaux, vouée à s’épuiser au bout d’un certain temps lorsque tout ce qui s’y trouvait aura été décodé par l’évenementialité de l’Histoire. Chaque quatrain «  éclairci  » (pour reprendre le titre de l’ouvrage de Giffré de Réchac, l’Éclaircissement des véritables quatrains de Maistre Michel Nostradamus (1656) qui aura été déchiffré rapprocherait en quelque sorte de la fin des temps.

Dans le cas de ce que l’on appelle communément les Centuries, voilà plus de quatre siècles que ses «  décodeurs » se penchent sur ce corpus, ce qui en fait une grille de lecture des siècles (en anglais centuries, à partir du français cent (ans) qui se succèdent.

Le cas de la prophétie des papes – dont la diffusion date de la fin du XVIe siècle et serait donc contemporaine de l’émergence du prophétisme centurique- est emblématique de notre définition du prophétisme (qui ne saurait se confondre avec le personnage du prophète) en ce que les devises pontificales qui défilent au fur et à mesure des morts des pontifes et des élections, sont censées, quand la liste sera achevée, annoncer une fin des temps ou en tout cas la fin de la papauté, si l’on admet qu’une telle pseudo-prophétie attribuée à un évêque irlandais du XIIIe siècle est en fait une machine de guerre contre la hiérarchie catholique romaine.

Mais l’on pourrait citer également la théorie dite des ère précessionnelles, qui s’est mise en place à la fin du XVIIIe siècle., soit deux siècles plus tard.

Notre approche critique déconstruira une telle entreprise forcément collective mais elle explicitera par là même sa genèse.

Dans le cas de Nostradamus, il ne faut certes remonter qu’au XVIe siècle mais c’est plutôt le trop-plein qui alors menace et il importe de savoir distinguer le bon grain de l’ivraie, les textes authentiques et les contrefaçons que l’imprimerie n’aura fait que multiplier. Croire que la proximité relative dans le temps serait le garant d’une fiabilité des « sources » serait l’expression d’une certaine naïveté En revanche, les procédés du XVIe siècle peuvent nous mettre sur la piste de ceux utilisés bien des siècles plus en amont.. Peut-on mettre en parallèle la transfiguration du personnage de Jésus et celle de Michel de Nostradame (de préférence à de Nostredame), notamment au lendemain de leur mort  puisque selon nous c’est au lendemain de la mort du «  Mage de Salon  » que le phénomène centurique se met en place- au regard de la postérité en vue de fabriquer le personnage du prophète français, tous les procédés étant admis pour la « bonne cause » – encore que l’on n’en connaisse guère de commentaire avant 1594, ce qui vient confirmer notre thèse d’une production démarrant réellement au milieu des années 1580. On dispose d’un seul exemple d’un quatrain dûment cité (cf Brind’amour, Introduction Les Premières Centuries ou prophéties, Droz, 1996, p. LII) avec sa signalisation officielle en centurie et en quatrain (II, 45) en dehors des éditions elles-mêmes, relatif à la naissance d’un androgyne et cela date de 1570 mais nous exprimons les plus vifs doutes sur l’authenticité de cette pièce manifestement antidatée, ce qui nous conduit à penser -si on associe cela au cas Crespin (cf J. Halbronn ‘Fortune du prophétisme d’Antoine Crespin Nostradamus / Analyse 137) avec ses éditions datées de 1572 qu’il y eut une tentative pour créer un pôle d’éditions autour de 1568 avant d’en créer un autre, par la suite, carrément du vivant de Nostradamus, autour de 1555.-1558, dates des deux épîtres introductives aux centuries. La rédaction d’une biographie de Nostradamus s’avère un exercice bien périlleux car elle est indissociable de la question bibliographique particulièrement épineuse et on a vite fait de prendre des vessies pour des lanternes (cf Mireille Huchon, Nostradamus, Paris, Gallimard, 2021)

A partir de 1990, nous commençâmes à demander à Brind’amour et à Benazra de nous faire part d’éléments attestant de la circulation des centuries en dehors du corpus des dites éditions. C’est ainsi que jusqu’alors la mention du dit quatrain II, 45 ne figure pas dans les bibliographies alors même que celles-ci signalent l’œuvre! (cf Benazra, RCN pp. 95-96). La mention de ce quatrain figure dans «  L’androgyne né à Paris le 21 juillet 1570 illustré des vers latins de Jean Dorat, contenant l’interprétation de ce monstre avec la traduction d’iceux en françois par Chevigny,  » Lyon, Michel Jove, 1570 et nous pensons qu’il s  »’agit là d’une contrefaçon, fabriquée par Jean,-Aimé de Chavigny, lors de la parution d’un recueil d’œuvres jusque là restées en partie manuscrites, en 1586  , le dit Chavigny se prétendant le même personnage que le Jean de Chevigny, qui fut secrétaire de Nostradamus et se substituant à lui dans certains cas comme pour l’épître de 1570 adressée au président Larcher.

D’aucuns croient faire œuvre de science en s’en tenant aux documents existants alors que la Science exige de formuler des hypothèses plus ou moins probables mais rien ne se fait sans une certaine qualité de la Cité scientifique propre à chaque domaine et laquelle Cité dans le domaine de l’histoire des textes et des langues nous semble être singulièrement médiocre et frileuse, préférant la synchronie à la diachronie. Celui qui tente de se contenter des pièces existantes sera condamné à construire un véritable roman alors que la prise de conscience de certains éléments manquants permet seule de rester dans le vraisemblable. Jusque dans les années 90, les nostradamologues ne se souciaient guère de relever ce qui pouvait attester de la circulation des centuries en dehors des éditions elles-mêmes. Ce n’est que depuis que nous avons interpellé ce milieu de chercheurs que l’on a commencé à recueillir les éléments de recoupement avec des résultats bien médiocres et même lorsque, comme dans le cas signalé plus haut, on obtenait des «  preuves  », il apparaissait qu’elles avaient été contrefaites  ! Certes, dans tel ou tel cas, l’on pouvait découvrir un «  emprunt  » mais dans quel sens s’était-il opéré, à partir des centuries ou bien plutôt au profit des centuries  , c’est à dire récupéré dans le but de nourrir cette «  Tour de Babel  » que constituent la «  miliade  » de quatrains, selon la formule utilisée dans la fausse épître à Henri II  en tête des centuries VIII. IX et X.

C’est probablement là l’effet d’une certaine mode structuraliste qui a suscité des générations de chercheurs qui étaient plus doués pour montrer que tout se tenait et faisait sens plutôt que pour saisir les perturbations et les interpolations que les textes et les langues ont pu subir au cours de leur « formation », terme qu’il convient au demeurant d’utiliser avec précaution quand il laisse entendre que l’important est ce que le texte est devenu et présenter celui-ci comme un phénomène en constant progrès ». Il y a là une forme d’anthropomorphisme qui s’apparenterait à la croyance selon laquelle une machine pourrait se réparer sans intervention à l’instar du corps humain. Selon nous, un texte, une langue sont au départ des systèmes, des systématisations d’un matériau antérieur brut et la cohérence n’est pas en ce qui le concerne à rechercher dans le futur mais bien dans le passé. Les incohérences de ce que nous observons actuellement sont là pour nous permettre de remonter le temps, de restituer une genèse. Encore faudrait-il que les chercheurs fussent formés à une telle discipline.

Pour notre part, nous avons constamment oscillé entre l’étude des textes au premier et au second degré, le premier degré étant de restituer le cours de la production littéraire de tel auteur (exemple Nostradamus) ou de tel courant (exemple Le prophétisme) alors que le second degré consistant à déterminer ce que les textes les plus anciens révèlent de notre Subconscience en action ici et maintenant. Ce qui nous interpelle à propos de Nostradamus concerne ce que l’on peut appeler son élection. Force, en effet, de constater que cette polarisation des commentaires autour d’un corpus qui lui est attribué nous semble relever d’une mise en scène. Entendons par là que nous nous trouvons confrontés au mystère du choix. Pourquoi une telle convergence, persistante, autour de ce personnage et d’une œuvre qui lui est attribuée au prix de contrefaçons antidatées ? Cela ne s’explique, selon nous, que par une nécessité sociale, que l’on peut associer à la Subconscience, en sa dimension cyclique, et qui ordonne une telle polarisation autour d’un personnage.

 

Le néo-prophétisme des Centuries

La France a été marquée par une certaine renaissance du prophétisme et Nostradamus (1503-1566) semble bien être une des figures de proue d’un tel mouvement . Toutefois, le terme même de prophétie est marqué par une certaine ambiguïté sémantique. La lecture du premier grand commentaire, connu notamment sous le nom de « Janus François », dont l’auteur se présente sous le nom de Jean-Aimé de Chavigny (ne fait-il qu’un, comme il le prétend avec un Jean de Chevigny, proche de Nostradamus?) met en évidence, en tout cas, que vers 1594, le terme de prophète pour désigner un contemporain rencontrait la suspicion de la censure, à moins que l’on ne précisât aussitôt que cela ne visait que les pronostications astrologiques. De fait, Nostradamus fut de son vivant un astrologue mais à sa mort, il sera connu essentiellement connu, à partir des années 80, que par des « centuries » qui lui seront attribuées, dont le contenu proprement astrologique du moins sous leur forme explicite est assez peu marqué et c’est bien, au final, à une résurgence du prophétisme que l’on assiste, les Centuries circulant le plus souvent sous le nom de Prophéties.

 

 

La métamorphose d’un médecin astrologue

Il y a le Nostradamus de la légende dorée et le Michel de Nostradame historique, comme on pourrait probablement le dire en ce qui concerne le personnage de Jésus si ce n’est qu’il s’agit là d’une période, le XVIe siècle, sensiblement plus proche de nous et d’un pays qui est censé nous être également plus familier, la France. Cela dit, force est de constater que la dimension mythique résiste singulièrement en ce qui concerne cet homme , d’ascendance juive, dont la famille s’était convertie au catholicisme, né à St Rémy de Provence en 1503 et mort à Salon de Provence en 1566. Cela tient notamment à la question du livre imprimé et à la relative facilité à fabriquer des contrefaçons et de les répandre. La constitution de bibliothèques aura permis aux faussaires de gagner en vraisemblance en se servant de documents d’époque, tant et si bien que les chercheurs actuels n’y voient souvent que du feu et se laissent berner par les procédés et les expédients des éditeurs d’il y a 400 ans.. En tout cas, notre passage par ce domaine nous aura préparé pour contribuer à la critique biblique (cf supra)

Les ouvrages signés Nostradamus qui seraient les moins suspects de contrefaçons sont ceux constitués par sa production annuelle, faite de deux types de publications, d’une part les almanachs et de l’autre, les pronostications . Les uns sont structurés sur une base mensuelle en partant de janvier, les autres sur une base saisonnière en partant du printemps. Les almanachs comportent des quatrains, un par mois, voire un pour l’année et les pronostications sont agrémentées d’une vignette en leur page de titre, ce qui n’est pas le cas des almanachs, du moins chez Nostradamus si ce n’est que de son vivant de faux almanachs circuleront sous son nom, portant une vignette calquée sur celle de ses pronostications mais tout de même assez différente quant à certains détails. Par ailleurs, Antoine du Rosne, que l’on présente comme un des premiers éditeurs des centuries (1558) se serait servi de la même vignette pour son édition de la Paraphrase de Gallien sur une exhortation de Ménodote, le nom de Nostradamus figure au titre en qualité de traducteur de latin en français.(cf Benazra, RCN, p. 25, P. Guinard  Nostradamus traducteur . Horapollon et Galien  février 2015  Books on Demands ). Nous pensons que ce texte fait partie des matériaux utilisés pour composer les quatrains et que les éditions que l’on en connaît datent de la période de production centurique donc pas avant la fin du XVIe siècle. D’ailleurs, Robert Benazra relève (RCN, op. Cit p. 26 , note 1) un tel emprunt à propos du quatrain 51 de la Ve Centurie

«  la prophétie de l’escrit de la Sibylle qui n’a guières a esté trouvé en plus profonds abismes de l’Occident, proche des Colonnes d’Hercule  »»

V, 51 «  *Pour passer oultre d’Hercules la colonne  »

On rappellera qu’avec les Centuries, on a l’exemple remarquable de signifiants dotés de nouveaux signifiés et donc il importe peu que la Paraphrase n’ait pas un contenu intéressant au regard du signifié prophétique pourvu qu’elle serve à produire , in finé, du Nostradamus en recyclant son propre langage. La Paraphrase aurait, en quelque sorte, servi de manuel pour former des rédacteurs de quatrains  .

D’ailleurs, les quatrains des almanachs (appelés traditionnellement présages) sont issus de la prose des prédictions de Nostradamus résultat d’ un travail consciencieux sinon besogneux, articulée sur le thème astral de chaque rencontre entre la Lune et le Soleil pour ce qui est des almanachs et selon les équinoxes et les solstices dans le cas des pronostications. On n’y trouve vraiment aucune verve prophétique ou poétique. On nous objectera que les almanachs comportent des quatrains mais il nous apparaît que Michel de Nostradame n’en était probablement pas l’auteur. Ce ne sont d’ailleurs que des versifications assez fantaisistes de ses prédictions en prose dont furent probablement chargés des assistants de l’auteur ou de l’éditeur, constituant ainsi une sorte d’atelier nostradamique. Or, l’on peut prendre connaissance du manuscrit que Nostradamus livrait à ses collaborateurs, grâce à un volume de ses différents travaux qui fut conservé dans sa bibliothèque et dont la publication avait été envisagée à l’époque sous le titre de Recueil de Présages prosaïques et on relèvera le terme «  prosaïque » qui montre bien qu’il n’est pas question ici de versification. La comparaison entre le manuscrit et les publications imprimées qui nous sont parvenues montre que Nostradamus laissait une certaine marge à son « atelier  ».. On pourrait parler d’une alchimie poétique  : tout se passe en effet comme si la transmutation de la prose en vers correspondait au passage du plomb en or.

Les «  Praedictions  » de Nostradamus

Certains textes imprimés de Nostradamus ne nous sont parvenus qu’en manuscrit, c’est le cas de celui intitulé Les Praedictions de l’almanach de l’an 1562, 1563 et 1564 par M. Michel de nostre dame, qui astreint été publiés par Nostradamus lui-même, à Salon le 20 avril 1561  ! Il en aurait donc été l’auteur mais aussi l’éditeur, et ces «  Prédictions  » viendraient ainsi compléter sa production d’almanachs et de pronostications  laquelle passait par des éditeurs ayant pignon sur rue  :. «  Faciebat M. Nimbostratus, Salonae Petrae Provinciae, XX Aprilis 1561  ».. Et dans cet ouvrage, Nostradamus montre un autre visage, sensiblement plus prophétique et somme toute plus en phase avec la production centurique qui lui sera attribuée. On retrouve la mention «  faciebat M. (ou Michael) Nostradamus Salonae etc à la fin de l’épître à Antoine de Bourbon (le père d’Henri IV) ouvrant la Grande Pronostication pour l’an 1557 bien que le nom d’un libraire y soit mentionné au titre, à savoir Jacques Kerver, à Paris. En revanche , une telle mention ne figure pas à la fin de la vraie Épître à Henri II de 1556 alors qu’on la trouve à la fin de la fausse Épître à Henri II, datée de 1558 mais sous une forme tronquée «  Faciebat Michael Nostradamus Salonae Petrae Provinciae, sans mention de date, ce qui montre bien que le modèle est une publication dont Nostradamus était l’agent, l’opérateur et pas seulement l’auteur.. En revanche, on trouve une pitre datée de 1558 comme la seconde épître à Henri II, elle est adressée à Jacob Marrasala et se termine ainsi : « De Salon ce 14. d’Aoust 1558. Faciebat Michaël Nostradamus Salonae petreae provinciae, 1558 pro anno 1559. & 1560. » introduisant les Significations de l’Eclipse qui sera le 16 septembre 1559 etc (Paris chez Guillaume Le Noir). On voit que le faciebat tronqué de la fausse épître à Henri II datée du 27 juin 1558 est inspiré de la dite épître du mois d’août de cette même année 1558. Encore un exemple, probablement, d’un ouvrage d’abord produit par les soins de Nostradamus et reprise par un libraire parisien comme c’est aussi le cas de l’almanach pour 1563, Avignon, Pierre Roux (cf Benazra, Répertoire chronologique nostradamique, op. Cit, p. 58), il comporte également une telle mention «  Faciebat M  . Nostradamus, Salonae Petrae Provinciae, die 7 Maii 1562, pro anno 1563  Impressum Avenioni cum licentia magnificorum dominorum superiorum  » Nous pensons donc que là encore, on aurait affaire à une formule de coédition, Nostradamus fournissant à un libraire un ouvrage déjà imprimé, à l’instar d’un producteur livrant à une chaîne de télévision un «objet  » prêt à la diffusion. La formule «  faciebat  » ne vise pas Nostradamus en tant qu’auteur mais en tant qu’éditeur en liaison avec un imprimeur à l’instar de ces cinéastes qui produisent également leurs films.

Rappelons que les premières éditions des centuries semblent avoir eu pour titre «  Les Grandes et merveilleuses Prédictions de M. Michel Nostradamus  » (cf .Benazra, RCN pp. 122 et seq) avant de prendre le titre de Prophéties, nom qui sera utilisée pour les éditions antidatées aux années 1560-1570. D’ailleurs, dans la fausse Préface à César, s’il est fait référence plus ou moins directement à des «  sentences obscures  » que sont les quatrains, on fait dire à Nostradamus qu’il n’est pas prophète  : -” Encores mon filz, que i’aye inséré le nom de prophète, ie ne me veulx attribuer tiltre de si haute sublimité pour le temps présent : car qui Propheta dicitur hodie, olim vocabatur videns; car prophète proprement, mon filz, est celuy qui voit choses loingtaines de la cognoissance naturelle de toute créature. Et cas advenant que le prophète moyennant la parfaite lumière de la prophétie lui apaitre manifestement des choses divines, comme humaines que ne ce peult fayre, vu les effects de la future prédiction s’estendant au loing. “ Il nous semble donc assez improbable qu’un tel texte ait pu ouvrir un ouvrage intitulé “Prophéties” comme le laisseraient croire les éditions antidatées 1555 et 1557. On s »en tiendra plutôt à Grandes et Merveilleuses Prédictions comme intitulé de la première mouture de la présentation de ce faux et ce pas avant le milieu des années 1580., soit une quinzaine d’années après la mort de l’auteur. Il reste que l’absence de mention de la mort de Nostradamus dans ces diverses éditions des dites années 1580 plaide en faveur d’éditions censées parues de son vivant dont elles ne sauraient que la reproduction – ce qui ne signifie pas que l’on ait immédiatement pris la peine d’en fabriquer d’époque. Rappelons que l’édition d’Anvers 1590 mentionne en son colophon une édition de 1555, soit l’année même de la prétendue Préface à César.

Or, il est admis qu’une partie de la Préface comporte un plagiat assez grossier du Compendium de Savonarole. Guinard écrit à ce sujet (Nostradamus occultiste, op. Cit., p 248) ; »l’hostilité  de Savonarole   envers l’astrologie (…) dans son Compendium n’empêche pas Nostradamus de  continuer à suivre son discours, moyennant quelques aménagements;  Il suffit de rectifier les affirmations erronées du florentin tout en reprenant ses termes ». Il nous semble que de tels procédés sont le propre de faussaires, à l’instar de la fabrication des Protocoles des Sages de Sion (cf le sionisme et ses avatars, op. Cit.)

Nostradamus et l’Antéchrist

Nostradamus s’était fait connaître,, on a vu, de son vivant pour ses Prédictions, parues séparément et qu’il commercialisait lui-même, ce point semble avoir échappé jusque- là aux chercheurs, d’où le hiatus entre un Nostradamus besogneux commentateur de thèmes soli-lunaires et les «  centuries. » Le chaînon manquant, ce sont les Praedictions, lesquelles d’ailleurs seront reprises, dans certains quatrains comme on peut l’observer ci- après :

. «  Et ne veux rien en mettre de l’an 1567 que dans le mois d’Avril naistra un (sic) de quelque grand Roy et monarque, qui fera sa fin cruelle et sanguinolente mais la ruine de son règne oncques ne fut pire ne plus sanguinaire. On le nommera MARCELLINUS mais on lui ostera de son nom l’R.’ »

Si on enlève, le R de Marcellinus, on arrive à macellinus, ce qui nous renvoie à « macelin », boucher, Ce qui est à rapprocher du quatrain VIII 76 : En latin, le macellum est le « marché aux viandes » Le quatrain ne restitue pas le jeu de mots et ne fait sens que par référence au texte en prose.

 

« Plus macelin que roi en Angleterre

Lieu obscur nay par force aura l’empire

Lasche sans foy, sans loy saignera terre

Son temps s’approche si pres que je

Selon nous, Nostradamus s’intéressait à l’Antéchrist et le voyait naître en 1567. Or, dans la seconde Épître à Henri II, il est fortement question de l’Antéchrist tant et si bien que même si c’est un faux,(daté de 1558) cela peut parfaitement, néanmoins, avoir repris des éléments dont Nostradamus serait l’auteur, notamment au sein de ce genre méconnu de la production nostradamique que sont les Prédictions.

«  Puis le grand empire de l’Antéchrist etc  »

Ce thème était cher aux Protestants qui voyaient l’Antéchrist dans le pape de Rome et on ne sera donc pas surpris de le voir figurer dans l’épite ouvrant le second volet des Centuries dont nous avons dit qu’il avait été instrumentalisé par les dits Protestants.

On notera que le «  charme  » des quatrains, c’est qu’ils évacuent dans bien des cas les données chronologiques rapidement devenues obsolètes, ce qui permet de relier ceux-ci à d’autres échéances, au choix de l’interprète.

L’on soulignera le fait que le phénomène centurique est collectif et transgénérationnel. La fortune mondiale des Centuries nous semble en effet pouvoir remarquablement illustrer le rayonnement de la culture française en ce que leurs quatrains très largement traduits – mais le français était connu de beaucoup – sont très nettement inspirés par l’Histoire de France. Ajoutons que Nostradamus aura fini par acquérir une stature prophétique et c’est d’ailleurs sous le nom de « prophéties » que les « Centuries » sont d’abord parues au milieu des années 1580 mais le terme pouvait être utilisé de façon tout à fait banale comme synonyme de prédictions, ce qui sera d’ailleurs le cas sous la Ligue où certaines éditions des « prophéties » porteront le titre de « Grandes et merveilleuses prédictions » . En 1672, la première traduction anglaise s’intitulera The true prophecies or Prognostications ». Or, de son vivant, Nostradamus publiait annuellement des prognostications.

Les Centuries se révèlent bel et bien telle une œuvre collective, si l’on y intègre d’une part la rédaction des textes et de l’autre leur interprétation. Notons que le texte bilingue de Jean Aimé de Chavigny autorise des traductions très discutables, comme Bloys ou encore Loi ou Loin, rendus le plus souvent par Lodoicus, ce qui est censé renvoyer au Roi de France.(Janus François (rendu en latin Janus Gallicus) pp. 68-69, 98-99, 118-119, 122-123 etc)

En ce sens, tout comme la langue française, on assiste à là à l’émergence d’une véritable « ressource » culturelle, d’un tout autre ordre que les richesses du sous-sol dont bénéficient diverses régions dans le monde et qui ne doivent rien aux États qui les exploitent pas plus d’ailleurs que les États qui bénéficient, pour leur tourisme, des restes de civilisations qui leur sont antérieures, à l’instar du cas égyptien.

Nostradamus est un fort bon exemple de la condition de l’astrologue au milieu du XVIe siècle et ce statut est souvent négligé au vu des Centuries qui ne furent aucunement le cœur de son travail mais un produit dérivé.

Nous disposons de centaines de pages (imprimées et manuscrites) que Nostradamus consacra à la rédaction de ses almanachs, de ses pronostications, travail assez fastidieux au demeurant quand on songe que pour ses almanachs annuels, Nostradamus devait interpréter, traduire, une cinquantaine de « cartes du ciel, semaine après semaine. Il s’agissait donc de partir des configurations astrales, dans leur ensemble, lesquelles constituent des signifiants auxquels associer un premier niveau de signifiés. Bien évidemment, le lecteur de ces textes sera conduit à associer à ce premier niveau un deuxième niveau lié à son ressenti, à son expériences propres du moment.

Mais parallèlement, les almanachs de Nostradamus, parus dans les années 1550 -1560 comportent aussi des quatrains, un par mois, qui reprennent un certain nombre de signifiés du premier niveau mais en les traitant comme signifiants, eux-mêmes voués à être interprétés par le lecteur. En fait, il apparaît que Nostradamus ne serait très probablement pas l’auteur de ces quatrains, en tant que tels même si le matériau des dits quatrains est issu de la prose de ses prédictions. Intervient ici quelque « versificateur » dont on ignore l’identité, tel assistant ou collaborateur de Michel de nostradame ou plutôt un employé du libraire (éditeur) car ces quatrains ne figurent pas dans le manuscrit conservé regroupant les brouillons de Nostradamus ayant servi pour ses almanachs, lesquels étaient parachevés en aval. par son « atelier ». Sans ces premiers quatrains, il n’y aurait pas eu ceux des centuries. Au fond Nostradamus aura ainsi trouvé son Jean de La Fontaine, comme cela se produisit pour Esope. Et d’ailleurs, les Fables de La Fontaine – élaborées un siècle plus tard – constituent certainement un autre monument de la littérature française, on pourrait dire une sorte de bagage identitaire largement partagé..

A l’imitation de ces quatrains d »almanachs, vont naître d’autres quatrains, cette fois reprenant des documents épars –d’origines diverses allant du traité d’astrologie de Richard Roussat à la Guide des Chemins de France de Charles Estienne, conservés dans la bibliothèque de Nostradamus (mort en 1566), constituant un ramassis assez hétéroclite et aléatoire désigné sous le nom de centuries, terme qui ne veut rien dire d’autres que série de cent. En fait on est là face à un processus de remplissage, les quatrains constituant autant de vases à remplir, sur la base de séries de cent. Le format est ainsi fixé, il n’y a plus qu’à y verser du texte que l’on ira prendre un peu n’importe où, à commencer par les papiers en vrac laissés par Michel de nostradame dans sa bibliothèque.

Mais le format du quatrain confère son unité à l’ensemble. Les centuries constituent un moule qu’il s’agissait de remplir- on parlera de remplissage – et l’on aura fait flèche de tout bois. On connaît ce cas de figure quand il s’est agi par exemple de trouver des motifs religieux pour une série de vitraux dont le nombre est fixé par avance.

Par ailleurs, une partie des quatrains des centuries est reprise du travail d’imitateurs de Nostradamus, en tant qu’auteur présumé des quatrains de ses almanachs.

Durant la vingtaine d’années qui suivit la parution des derniers almanachs de Nostradamus, toute une série d’almanachs signés de noms divers paraîtront agrémentés de quatrains, de présages en vers dont certains se retrouveront dans certains quatrains de centuries, à partir du milieu des années 1580. On pense notamment à Antoine Crespin alias Archidamus dont l’antijudaïsme est patent et dont certains quatrains centuriques seront par voie de conséquence imprégnés.(cf notre étude « Roy de Bloys en Avignon regner » The Centuries and the Avignon context of the years 1560-1570 «  )

Cas remarquable de l’imitateur imité que l’on retrouve dans le rapport de l’anglais au français quand le français adopte des formes anglaises issues du français, notamment dans le domaine de l’informatique. (cf. supra)

Nostradamus incarne toute l’ambiguïté du personnage de l’astrologue : Nostradamus est un astrologue dont on a fait un voyant en transposant son œuvre en prose en quatrains complètement déconnectés du cadre chronologique initial. En ce sens, le prophétisme aura été en concurrence avec l’astrologie et c’est pourquoi ayant commencé nos recherches dans le champ de l’astrologie nous avons obliqué, sur le plan universitaire, vers le prophétisme moderne.

Les Centuries sont une des œuvres de langue française – et qui plus est pleinement imprégnée de l’Histoire de France –à l’instar de l’Ancien Testament imprégné de l’ Histoire des Hébreux- qui aura connu la plus grande fortune depuis le milieu du XVIe siècle, du fait du nombre d’éditions et de traductions. Il s’agit d’une des œuvres rédigées en français qui auront connu la fortune la plus remarquable mais cela ne s’est produit que dans la mesure où le signifiant aura repris ses droits sur les signifiés.

Nous avons ainsi montré que la prose astrologique de Michel de Nostradame s’était transmutée en une série d’oracles qui avaient repris, recyclé, les mots de la prose mais qui s’ouvraient à des lectures nullement envisagées par le « Mage de Salon », titre qui se substitua à celui plus juste au départ d’astrologue ou d’astrophile. Les centuries montrent à quel point le récepteur prévaut sur l’émetteur en instrumentalisant à sa guise le matériau initial et plus ce matériau est confus, plus il sera malléable.

Mais le cas Nostradamus est d’abord celui d’une extraordinaire supercherie littéraire qui n’a toujours pas été reconnue comme telle par la plupart des spécialistes de cette période. On a là un déni d’imposture.

L’historien devrait être formé aux techniques de la contrefaçon, à la détection du plagiat, à l’emprunt non avoué, méthodes qui sont souvent marquées par un déni de dette. Notre étude sur les origines du Tarot (cf. la Revue Française d’Histoire du Livre, 2015-2016) a montré que la source d’un tel ensemble de «lames » était à rechercher dans l’appareil iconographique d’un recueil français célèbre, à savoir le Calendrier et Compost des Bergers (fin XVe siècle). On a longtemps cru que le Tarot avait réuni diverses images alors qu’en réalité, il a repris une série déjà constituée, quitte à réinterpréter les dites images voire à les dénaturer.-cf J. Halbronn

71 – Nostradamus et la versification des Hieroglyphica d’Horapollon

site propheties.it)

Les deux ensembles datent d’ailleurs de la même fin de siècle et la rencontre se sera opérée lors des guerres d’Italie qui mirent les deux sociétés, les deux langues en contact tout comme le lien entre le français et l’anglo-saxon germanique avait eu lieu quatre siècles plus tôt dans le cours du XIe siècle lors de la Conquête normande. Les vignettes du Kalendrier des Bergers furent ainsi réinterprétées dans le contexte italien et furent éventuellement redessinées en n’en retenant que certains motifs et en en transposant d’autres. Dans le cas de Nostradamus, les quatrains jouent le rôle d’images qui sont décryptées à la lumière du contexte de telle ou telle époque.

Avec les Centuries, on observe que les quatrains qui sont inspirés de certaines chroniques anciennes peuvent être lues comme visant notre époque. Là encore le passé resurgit et tend à relativiser l’apport du présent en devenant en quelque sorte intemporel.

Le phénomène des Centuries est remarquable en ce qu’il est l’Histoire d’un signifiant mais chaque quatrain peut être –le cas échéant- être considéré isolément voire chaque vers, en tant que tel. Cela pose plus largement le statut du poème lequel bascule vers le signifiant en ce que le choix des mots est avant tout fonction de leur forme et de leur rapport tout aussi formel avec d’autres mots, avec notamment la règle, le principe de la rime, quand cela est respecté.

L’interprète- le commentateur- choisit parmi des centaines de quatrains, un certain quatrain voire un certain verset (car pour Chavigny, un même quatrain peut référer à plusieurs événements, et c’est pour cela, qu’il les signale les versets par les lettres a, b, c et d) expliquer un certain signifié. Il sera attiré par tel quatrain ou partie de quatrain et va rechercher dans sa propre mémoire ce qui justifierait son adoption. C’est probablement ainsi qu’ont procédé les grands interprètes comme le Beaunois Jean Aimé de Chavigny(dans son Janus François, 1594) ou le dominicain Jean Giffré de Réchac (dans son Éclaircissement de 1656) mais l’on peut envisager un processus inverse qui consisterait à partir du besoin d’’expliquer un événement et de chercher un quatrain qui lui ferait en quelque sorte écho. Le Janus François mélange indifféremment les quatrains des dix centuries, comme s’il s’agissait en effet d’un corpus d’un seul tenant et ce dès l’année 1594 qui est celle d’une sorte de réconciliation nationale. A cette date, Chavigny souligne le fait que ce corpus est déjà vieux de 40 (XL) années, ce qui nous renvoie à 1554, référence probable à la date de 1555 qui est celle de la fausse édition Macé Bonhomme à moins qu’il ne s’agisse de la mention à cette date à la fin de l’édition d’Anvers 1590. Il est important de situer les centuries dans un passé aussi éloigné que possible comme dans le cas de la prophétie des papes (cf Papes et prophéties, op. Cit) car une prophétie qui daterait de la veille ne jouirait pas la même aura.

.. Le Janus François revisité est dédié à nul autre qu’à Henri IV auquel toute une épître liminaire est consacrée comme il est indiqué en sa page de titre « dédié au Roy »…

On y trouve également, par- dessus le marché, des quatrains des almanachs dont on se demande s’ils avaient fait l’objet d’une publication dès 1589 par le même Chavigny, comme semble en témoigner un manuscrit (utilisé par Chevignard, mentionnant Grenoble comme lieu d’édition.. sous le titre Recueil des Présages Prosaïques de M. Michel de nostradame, lorsqu’il vivoit, conseiller du Roy Tres Chrestien Charles IX. Du nom (..) extrait des Commentaires d’iceluy & réduict en XII livres par Jean Aimé de Chavigny Beaunois  ». Ce volume (qui classe dans des tables les versets de façon à ce que son lecteur trouve celui qui lui convient) comporte également les quatrains des almanachs que Chavigny commente également du moins pour certains.. Ce manuscrit a pu être publié en cette même années 1589 qui correspond à l’échéance annoncée dans le Janus François (mais on n’a pas l’édition du Janus de 1589), ouvrage qui commente indistinctement les 10 centuries mais aussi les quatrains-présages des almanachs.(figurant dans le dit Recueil). En vérité, l’événement lui-même est censé avoir été annoncé, signalé au moyen de mots spécifiques et il est tentant de rechercher ces mêmes mots dans la longue série d’un millier de quatrains- il existe d’ailleurs des index voire des dictionnaires du Corpus Nostradamus pour faciliter une telle démarche. Autrement dit, le signifié est porteur de mots et en cela il devient signifiant auquel il importera de donner du sens (cf tome II). On retrouve le même cas de figure dans l’interprétation astrologique – on associe telle personne, à tel trait de caractère donc bel et bien un mot et on va chercher dans son thème astral un synonyme qui lui fasse écho de sorte que l’on reste ainsi dans le champ du signifiant d’un bout à l’autre. On peut regretter que l’on n’ait pas retrouvé un volume des textes centuriques comme on l’a fait pour les almanachs et pronostications avec le Recueil des Présages Prosaiques… Mais est-ce que cela n’est pas la preuve qu’un tel document n’existait pas à l’époque ? En revanche, on a retrouvé certaines sources exploitées par les faussaires comme la Guide des Chemins de France. Croire que Nostradamus aurait lui-meme fabriqué de tels quatrains en empruntant ici et là est bien plus insultant pour sa mémoire que de nier qu’il en puisse en avoir été lui même l’artisan.

Autrement dit, contrairement à ce que l’on pourrait laisser croire, il n’est nullement nécessaire de passer par les signifiés mais l’on peut rester dans une relation entre des signifiants que l’on n’a pas à prendre la peine de définir –sinon par le biais des mots qui sont ici encore des signifiants- d’où les discours souvent tautologiques où le féminin par exemple se définit par ce que le langage associe à ce terme, d’autant que le langage est souvent le seul bagage commun à tout un groupe et donc son ciment identitaire.

Chronologie et contrefaçon

L’historien devrait être formé aux techniques de la contrefaçon, à la détection du plagiat, à l’emprunt non avoué, méthodes qui sont souvent marquées par un déni de dette. Notre étude sur les origines du Tarot (cf. la Revue Française d’Histoire du Livre, 2015-2016) a montré que la source iconographique d’un tel ensemble de «lames » était à rechercher dans l’appareil iconographique d’un recueil français célèbre, à savoir le Calendrier et Compost des Bergers (fin XVe siècle). On a longtemps cru que le Tarot avait réuni diverses images alors qu’en réalité, il a repris une série déjà constituée, quitte à réinterpréter les dites images voire à les dénaturer.

Les deux ensembles datent d’ailleurs de la même fin de siècle et la rencontre se sera opérée lors des guerres d’Italie qui mirent les deux sociétés, les deux langues en contact tout comme le lien entre le français et l’anglo-saxon germanique avait eu lieu quatre siècles plus tôt dans le cours du XIe siècle lors de la Conquête normande. Les vignettes du Kalendrier des Bergers furent ainsi réinterprétées dans le contexte italien et furent éventuellement redessinées en n’en retenant que certains motifs et en en transposant d’autres. Dans le cas de Nostradamus, les quatrains jouent le rôle d’images qui sont décryptées à la lumière du contexte de telle ou telle époque.

Avec les Centuries, on observe que les quatrains qui sont inspirés de certaines chroniques anciennes peuvent être lus comme visant notre époque. Là encore le passé resurgit et tend à relativiser l’apport du présent en devenant en quelque sorte intemporel.

Le phénomène des Centuries est remarquable en ce qu’il est l’Histoire d’un signifiant mais chaque quatrain peut être –le cas échéant- être considéré isolément voire chaque vers, en tant que tel. Cela pose plus largement le statut du poème lequel bascule vers le signifiant en ce que le choix des mots est avant tout fonction de leur forme et de leur rapport tout aussi formel avec d’autres mots, avec notamment la règle, le principe de la rime, quand cela est respecté.

L’interprète- le commentateur- choisit parmi des centaines de quatrains voire des milliers de versets, un certain quatrain pour expliquer un certain signifié. Il sera attiré par un certain quatrain ou partie de quatrain et va rechercher dans sa propre mémoire ce qui justifierait son adoption. C’est probablement ainsi qu’ont procédé les grands interprètes comme le Beaunois Jean Aimé de Chavigny (dans son Janus François 1594) ou le dominicain Jean Giffré de Réchac (dans son Éclaircissement de 1656) mais l’on peut envisager un processus inverse qui consisterait à partir du besoin d’’expliquer un événement et de chercher un quatrain qui lui ferait en quelque sorte écho. (cf. infra, notre volet sur Nostradamus)

En vérité, l’événement lui-même est censé avoir été annoncé, signalé au moyen de mots spécifiques et il est tentant de rechercher ces mêmes mots dans la longue série d’un millier de quatrains- il existe d’ailleurs des index voire des dictionnaires du Corpus Nostradamus pour faciliter une telle démarche. Autrement dit, le signifié est porteur de mots et en cela il devient signifiant auquel il importera de donner du sens. On retrouve le même cas de figure dans l’interprétation astrologique – on associe telle personne, tel trait de caractère donc bel et bien un mot et on va chercher dans son thème astral un synonyme qui lui fasse écho de sorte que l’on reste ainsi dans le champ du signifiant d’un bout à l’autre.

Autrement dit, contrairement à ce que l’on pourrait laisser croire, il n’est nullement nécessaire de passer par les signifiés mais l’on peut rester dans une relation entre des signifiants que l’on n’a pas à prendre la peine de définir –sinon par le biais des mots qui sont ici encore des signifiants- d’où les discours souvent tautologiques où le féminin par exemple se définit par ce que le langage associe à ce terme, d’autant que le langage est souvent le seul bagage commun à tout un groupe et donc son ciment identitaire.

Nous avons pu remarquer la difficulté de certains chercheurs à éviter les pièges, leur tendance à suivre des leurres, ce qui pose le problème des contrefaçons auquel tout historien est tôt ou tard confronté. C’est ainsi que certains textes ont été antidatés de façon à donner l’illusion que leur forme tardive était identique à leur forme initiale. Cela va de la lente formation du Coran aux prétendues premières éditions des Centuries de Nostradamus. On reconnaît désormais le rôle des «  farceurs  » dans toutes sortes de prétendus phénomènes extraordinaires comme certains dessins tracés dans les champs.

Le problème quant à la fabrication de faux, c’est qu’ils prennent la place de vraies éditions disparues, manquantes. C’est exactement ce qui s’est passé pour la « critique nostradamique » (sur le modèle de la critique biblique), à savoir que l’on dispose actuellement de toute une série de fausses éditions antidatées pour les années 1550-1560 et qu’il nous manque en revanche les vraies premières éditions parues dans les années 1580. . Une telle observation vaut sur les plans les plus divers : une solution de rechange fait obstacle à la recherche et à la réforme

Le problème se pose pour d’autres corpus comme celui des Centuries de Nostradamus au sein duquel cohabitent des points de vue antagonistes. Dans le cas des Prophéties de Michel de Nostradame, il est clair que les textes de départ auront été largement remaniés et retouchés par des rédacteurs au service de camps opposés, lors notamment du conflit entre la Ligue et les tenants du réformé Henri de Navarre, le futur Henri IV, couronné à Chartres en janvier 1594, ce pourquoi un quatrain aura été retouché pour faire apparaître le nom de Chartres, alors que c’est Reims qui est le lieu traditionnel du couronnement des rois de France. Bien plus, des faussaires ont antidaté les éditions pour faire croire que l’état ainsi modifié des textes était déjà établi du vivant de Nostradamus ou juste au lendemain de sa mort (éditions datées de 1568), survenue en 1566. Tout se passe comme si l’édit de Nantes de 1598 établissant une cohabitation entre catholiques et protestants avait présidé à des éditions des Centuries englobant les différents courants et il est vrai que par la suite, un tel procédé lequel n’avait certainement pas échappé aux contemporains, ne sera pas signalé par les spécialistes, au cours des siècles suivants.

Le parallèle entre nos travaux sur les Prophéties de Nostradamus et sur le Pentateuque, montre qu’au sein d’un ensemble considéré comme étant d’un seul tenant, on aura rassemblé, après coup, des textes relevant de camps opposés. Dans les Prophéties (centuries), les sept premières centuries sont introduites par une Préface à son fils César laquelle   puise largement, comme l’a noté Pierre Brind’amour, dans le Compendium du Dominicain Savonarole. alors que les trois dernières le sont par une épître adressée au roi Henri II. (mais qui renvoie nommément à l’Épître à César) «  dedans l’épître que ses ans passez ay dédiée à mon fils César Nostradamus  »), ce qui confère un air d’authenticité à cette fausse épître au Roi, calquée sur une précédente authentique. Cette Préface à César semble également avoir recyclé un texte de Nostradamus  ; Patrice Guinard (in RFHL) signale qu’un de ses ‘haineux  » cite un passage que l’on retrouve dans ce texte, dans sa Déclaration ds abus, ignorances et séditions de Michel Nostradamus de Salon de Craux en Provence, Avignon,Pierre Roux, 1558. D’ailleurs, certaines éditions (1588) des Centuries donnent pour date de la pseudo Préface à César le Ier mars 1557 et non 1555 (cf Benazra, RCN,pp  . 32 et 118)

La thèse que nous soutenons est la suivante  : le premier groupe est marqué par la Ligue, le second par les partisans du futur Henri IV , ce qui la situe dans le contexte des années 1588-1594. Les faussaires n’ont pas pris garde de supprimer dans leurs éditions antidatées les éléments par trop criants. D’ailleurs, par la suite, de tels enjeux ne viendront plus à l’esprit des commentateurs, instrumentalisant les textes plutôt que cherchant à en saisir le véritable contenu.. De même, selon nous, le livre de la Genèse est du moins à partir du chapitre XI au service du royaume de Juda alors que le Livre de l’Exode sert les intérêts du royaume d’Israël, et l’on assiste là à un processus de substitution qui précède celui qui caractérisera la démarche chrétienne face à la confession mosaïque, avec le thème du «  Nouvel Israël  ». On peut d’ailleurs considérer que les autres livres du Pentateuque sont également marqués par la référence aux «  Fils d’Israël  » comme dans le Lévitique qui adopte également cette terminologie. Cela dit, les trois occurrences figurant dans la Genèse concernant Israël (une à propos de la lutte avec l’ange et les autres ( seulement à partir du chapitre 48 ) tout à la fin en rapport avec les Fils de Joseph et ceux de Jacob , faisant ainsi la connexion avec le début du Livre de l’Exode) sont certainement une retouche de circonstance au sein d’un ensemble qui reste marqué par la référence à la domination de Juda, si ce n’est le rêve de Joseph, un de ses frères, qui se voit, ses songes à l’appui, le maître de la famille, selon des termes très proches de ceux accordés par Jacob à son fils Juda (Genèse, Ch. 49). Ce sont là des pratiques de contrefaçon et de substitution auxquelles un historien des textes est accoutumé.

Les deux volets : Bible et Centuries

Il y a un parallèle qui vient à l’esprit quand on compare les deux corpus que sont d’une part l’Ancien et le Nouveau Testament et de l’autre le premier et le second volet des Centuries. A l’évidence, le second volet vient s’ajouter chronologiquement, au premier avec une tonalité catholique pour le premier et une tonalité réformée pour le second. Il reste que pour nombre de « nostradamologues », les centuries seraient un bloc d’un seul tenant, composé-sinon publié- par le seul Nostradamus. Nous verrons que la genèse du premier volet de centuries, du fait de sa complexité, nous occupera davantage que celle du second.

Autrement dit, les Centuries consacrent la dualité au cœur de l’Europe entre la catholicisme romain et le luthéranisme, qui se manifeste et émerge notamment à partir de 1517. Le christianisme, en son temps, ne fut-il pas lui aussi un processus de réforme du judaïsme  et ce d’abord au sein même du monde juif  ? Les Centuries -formant un véritable canon avec les problèmes que cela implique- nous évoquent donc la dualité des deux Testaments, rassemblés sous le nom générique de Bible. Il est vrai que la Bible n’est appréhendée comme ne faisant qu’un que par les seuls Chrétiens alors que pour les Juifs, il n’est à retenir que l’Ancien Testament. En ce qui concerne Nostradamus, force est de constater que la conscience d’un quelconque conflit politico-religieux se sera totalement estompée du fait des commentateurs. Quant aux historiens du nostradamisme, ils semblent pour la plupart marqués par un souci apologétique plus que critique.

Il reste que le maintien de deux volets, introduits chacun par des épîtres portant des dates différentes, se sera longtemps maintenu- au point de disposer de deux pages de titre- sans que l’on soit le plus souvent en mesure de s’en expliquer. Un tel raccordement des deux volets paraissant sous un seul volume ne s’explique , au vrai, que du fait de la réconciliation nationale qui s’opère avec le couronnement d’Henri IV- lequel avait abjuré le protestantisme (« Paris vaut bien une messe ») à la veille de son couronnement à la cathédrale de Chartres (janvier 1594), faisant suite à sa conversion, survenue l’année précédente, ce qui conduirait en 1598 à l’édit de Nantes. Pendant un peu moins d’un siècle, celui des premiers Bourbons, d’Henri IV à Louis XIV, le Royaume de France fit cohabiter les deux confessions.. Mais même après la Révocation de 1685, les Centuries continuèrent à paraître , toujours avec leurs deux volets, introduits respectivement par deux textes en prose, tant et si bien qu’en 1656, le dominicain Jean, Giffré de Réchac, suivant en cela l’exemple de Chavigny dans son Janus François (dont le titre même implique d’ailleurs une dualité, tout comme son bilinguisme français-latin), paru l’année du couronnement d’Henri de Navarre, englobera indifféremment dans son commentaire les deux volets.(cf -Halbronn, J. (1998.1), “Les prophéties et la Ligue”, Colloque Prophètes et prophéties … siècle, Cahiers V. L. Saulnier, 15, Paris, Presses de l’École Normale Supérieure. Actes du Colloques Prophètes et prophéties au XVIe siècle, Cahiers Verdun Saulnier, 15, 1998.)

L’épître à Henri II – laquelle ouvre le second volet- est cependant nettement marquée par son origine réformée et quand il y est question de l’ »Église Chrétienne, » c’est bel et bien à la Religion de Calvin et de Luther qu’il est fait référence, ce que les exégètes se sont bien gardés de signaler. Cela vaut aussi en fait pour la formule «  vrai catholicisme  ». On notera que tout au long du XVIIe siècle, une partie importante des éditions des Centuries paraîtra en Hollande, «  refuge  » de bien des Huguenots français, exilés du fait de la Révocation de l’Édit de Nantes.(cf le Répertoire Chronologique de Robert Benazra, Paris, Trédaniel, 1990)

L’annonce d’un changement majeur pour 1792, (repris notamment du Livre de l’Estat et Mutation des Temps de Richard Roussat, Lyon, Guillaume Rouillé, 1550, citant la prophétie de Pierre d’Ailly pour la fin du XVIIIe siècle ) qui figure dans cette même Épître, concerne là encore un prophétisme d’inspiration protestante, visant la ruine de l’Église Romaine, le triomphe- par opposition- de l’Église «  chrestienne  » ce qui correspond assez bien à la période révolutionnaire, on l’avouera. Et d’ailleurs, c’est également sous la Révolution que les travaux en histoire des religions d’un Volney et d’un Dupuis, concluent à un prochain changement d’ère.(ce qui aboutira au mythe d’un Age du Verseau (Aquarius Age), attente qui marquera le «  New Age  », au Xxe siècle, à l’approche de l’An 2000, nouveau millénarisme. Dupuis résume ainsi cette théorie «La précession des équinoxes fait correspondre successivement le Soleil aux divers signes du Zodiaque, à l »époque de l’équinoxe du Printemps. Il y a environ 4000 ans  que le Soleil ouvrit l’année astronomique placé, dans le Taureau (…) Le soleil n’ouvrait plus l’année monté sur le Taureau mais placé sur le Bélier ou l’Agneau Céleste. De nouvelles religions se fondèrent et  s’emparèrent de ce nouveau symbole » D’ailleurs, Dupuis se situe, explicitement, au prisme de l’Histoire des Religions dans son rapport avec le cosmos, dans le prolongement de la théorie des grandes conjonctions d’Albumasar et qui mettait notamment en avant la durée des religions, tel Élément (Feu, terre, air, eau) étant par exemple plus favorable à l’Islam. Mais l’on ne saurait oublier la Grande Année de Platon ou l’idée d’Age d’or, suivi de métaux de plus en plus vils. Toute chronologie risque de déboucher sur une forme de prophétisme C’est ainsi que selon enseignement moonien, «  l’histoire mondiale peut être divisée essentiellement en trois périodes: d’Adam à Abraham, une période de ténèbres ; d’Abraham à Jésus, une période de formation; de Jésus à Moon, une période de croissance. Moon, avec la pensée de l’Unification (des Christianismes) introduit l’ère de la perfection. il est l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu.”

.En tout cas, l’annonce «  protestante  » figurant dans l’Épître à Henri I n’aura guère empêché la circulation des Centuries dans le Royaume, bien après la révocation de l’Édit de Nantes, en 1685, même si bien des éditons ne furent pas produites en France et d’ailleurs ne se privèrent pas dès les années 1660 (1667-1668, puis la traduction anglaise de 1672),- lors des affrontements avec Louis XIV, d’annoncer la chute de l’Église Rome, identifiée à l’Antéchrist, au prisme de la fausse Épître à Henri II, laquelle faisait dire à Nostradamus ce qu’il n’avait jamais proféré. On donnera pour exemple l’œuvre de Jacques Massard, Harmonie et Accomplissement des prophéties sur la durée de l’Antéchrist & des souffrances de l »Église, Cologne, chez Pierre Marteau , 1686, 1687-1688.(cf après 1685, R. Benazra, RCN, pp. 256 et seq). Cela dit, il semble bien que très vite la conscience de la polémique religieuse traversant les centuries et les épîtres ne fera que décliner pour ne reprendre forme, un siècle plus tard, que sous la Révolution.. D’ailleurs, l’on pourrait en dire autant de la circulation de la prophétie des papes (cf notre ouvrage Papes et prophéties, op. Cit) en milieu catholique alors même que celle-ci était porteuse de l’annonce, à terme, de la fin de la papauté. Il est vrai que la conscience des enjeux religieux dans cette littérature «  prophétique  » semble bien s’être assoupie sous le poids de l’exégèse qui finit par se substituer au texte de base instrumentalisé, tant et si bien que la grille religieuse pour rendre compte des deux volets et des deux épîtres des éditions des Centuries semble bien ne plus orienter les nostradamologues.

Le corpus centurique, pris dans son ensemble, nous apparaît comme un monument majeur de la civilisation européenne, lequel monument est bel et bien rédigé en français et largement nourri de sources relatives à la France, ce qui débouchera sur une pléthore de traductions et de commentaires en toutes sortes de langues à l’instar de celle que publiera en 1672 un Théophile de Garencières, en anglais. Quand on examine la première édition anglaise des Centuries, l’on relevé d’abord le titre «  The true Prophecies or Prognostications of Michael Nostradamus (…) translated and Commented etc  ». On a bien affaire à une traduction du français vers l’anglais mais précisons aussitôt que les quatrains y sont donnés d’abord en français et sont suivis de leur traduction en italique. Il serait intéressant d’étudier de quelle façon les mots français se retrouvent en anglais. Il reste que, toutes proportions gardées, il est conseillé généralement aux nostradamologuques anglais de comparer les traductions comme on le ferait pour celles du texte biblique. Il est de bon ton de connaître le français pour lire Nostradamus tout comme il l’est de connaître l’hébreu pour aborder l’Ancien Testament  .

De fait, à cette époque, une grande partie des lettrés européens avaient directement accès à l’original français, le français étant alors, par excellence, la langue du monde civilisé ou du moins reconnaissaient, lors de la lecture des quatrains, nombre de mots français repris dans leurs langues respectives (d’Ouest en Est de l’Europe septentrionale) ou qui avaient un air familier, par rapport aux autres langues latines. En tout état de cause, le français fut reconnu dès le Moyen Age comme le fer de lance de la latinité au-delà des limites (Limes) de l’empire romain tant et si bien qu’il importe de relativiser la portée des traductions du latin vers diverses langues européennes (on pense à la version King James de la Bible, au début du XVIIe siècle)étant donné que celles-ci étaient marquées par la langue française, donc par une langue latine. En ce sens la France méritera ce titre qui lui sera dévolu au XIX siècle de Fille Aînée de l’Église. Le français se présente ainsi comme un compromis heureux entre l’Antiquité représentée par le latin et la Modernité incarnée par la France du Roi Soleil et du Siècle des Lumières cf. (La Grande Encyclopédie, autre monument majeur en langue française)

Au vrai il semble bien à ce propos, que les centuries aient connu un usage plutôt lié à l’apprentissage de la langue  (cf Stéphane Gerson  , Nostradamus, op. Cit,   p; 147) signale que « Des documents attestent que, dans certains territoires des écoliers apprenaient à lire en  récitant ses quatrains ‘(ce fut le cas  jusqu’en 1881 au moins) ce que vient corroborer Théophile de Garencières le premier (il est lui-même français) traducteur de français en anglais des Centuries (1672) The Preface to the reader

« The Reputation that this Book hath amongst all the Europeans since its first coming  out which was in the year 1555 (…) is a  sufficient warrant for my undertaking. (…) This Book was the first after my Primmer wherein  I did learn to read it being the custom in France about the year 1618 to initiate  Children by that Book (…) so  this Book in those days was printed every year like an Almanack or a Primer for  Children”;

Notre traduction: la réputation de ce livre (..) est une caution suffisante pour mon entreprise; (..) Ce livre fut le premier; après mon abécédaire, dans lequel j’appris à lire, comme c’était la coutume en France vers l’an 1618 que d’instruire les enfants en passant par ce livre (..) A l’époque, on l’imprimait tous les ans à l’instar d’un almanach ou d’un livre pour les enfants”.

Garencières déconseille même de trop s’intéresser au sens du texte: “In vain or at least without great profit thou shalt bestow thy time, care and study upon it. fior which I will give you the chief reasons that have dissuaded me from it »

La structure des Centuries-formant canon- serait comparable à celle qui instaura, sous le nom de Bible, un ‘Ancien Testament  » face à un «  Nouveau Testament  ». L’avènement d’Henri IV – le mot Advenement est employé lors de son couronnement de janvier 1594,, ce qui nous fait songer à celui du Christ- conduit à constituer un second volet de 4 centuries, faisant suite à un premier, plus long, de 7 centuries de quatrains. Or, les nostradamologues, dans leur grande majorité, n’acceptent toujours pas un tel scénario que nous avons proposé depuis une vingtaine d’années.(cf notre conférence de 1997. Les prophéties et la Ligue », Colloque Prophètes et prophéties au XVIe, Journées Verdun Saulnier, à la Sorbonne). Par ailleurs, le corpus centurique sous la forme de centaines de quatrains ne s’est pas constitué selon nous avant le milieu des années 1580, soit une trentaine d’années après les dates figurant sur certaines éditions qui sont toutes pour nous antidatées et ce pour le seul premier volet qui n’était évidemment pas censé au départ être «  complété  » par un second pas plus que l’Ancien Testament n’était censé l’être par l’addition d’un  »Nouveau  ». Tels sont les enjeu d’une critique nostradamique faisant pendant à une critique biblique, les deux démarches ayant pris l’une comme l’autre naissance au cours du XVIIe siècle (cf notre post-doctorat, Le dominiciain Jean Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique, EPHE Ve section, 2007)

C’est à cette démonstration vouée à la mise en évidence de deux volets, l’un catholique et ligueur et l’autre prenant le parti de la nouvelle dynastie des Bourbons et scellant la fin de la maison des Valois, que nous invitons à présent notre lecteur, ce e qui exigera un sérieux débroussaillage.

On s’attaquera donc pour commencer à la genèse du premier volet des Centuries. Comment procéder ? Nous avons opté pour le critère des pages de titre et de la comparaison d’une part entre celles-ci et de l’autre entre la page de titre et son contenu, ce qui revient, quelque part, au rapport entre signifiant (l’étiquette) et signifié (le produit réellement présenté)

Toutes proportions gardées, l’on peut ainsi se demander si le corpus, le canon constituant les Centuries ne serait pas un équivalent pour les Français de ce qu’est l’Ancien Testament pour les Juifs. Ce qui est incontestable, c’est la fortune tout à fait extraordinaire de ce monument versifié sous forme de quatrains (et accessoirement de sixains) que sont les Centuries de par le monde, depuis plus de 4 siècles. Un tel ouvrage a été traduit et commenté dans un très grand nombre de langues, même s’il est recommandé d’avoir accès à l’original français. En raison de la proximité relative, dans le temps, des Centuries, nous devrions, en principe, mieux en appréhender la genèse que pour la “Bible” et notamment les sources. Il n’en reste pas moins que l’exercice est loin d’être aisé, ce qui fait que la critique “nostradamique” n’a rien à envier à la critique “biblique” quant à la difficulté de sa mise en œuvre.

Il convient résolument d’abandonner la thèse selon laquelle Michel de Nostradame serait le seul et unique artisan des Centuries, tout en rappelant que le corpus nostradamique ne se limite nullement aux dites Centuries. En fait, ce qui serait vraiment de Nostradamus, stricto sensu, ne serait que très peu représenté dans les dites Centuries et ne relèverait pas d’un ensemble versifié mais bien de publications en prose. Tout comme la Bible, les Centuries sont assurément une œuvre collective, s’étalant dans le temps, bien après la mort de Michel de nostradame. La comparaison entre le corpus biblique et le corpus nostradamique nous semble heureuse épistémologiquement en ce que des problématiques assez proches peuvent ainsi apparaître, venant ce faisan valider une certaine méthodologie. On est ainsi dans le champ d’une exégétique comparée. A terme, le calcul des faussaires de la fin du XVIe siècle aura probablement tablé sur la disparition des documents permettant des recoupements mais cela n’aura pas été le cas du fait même de l’engouement pour les Centuries, lequel aura suscité des vocations de conservation pour tout ce qui touchait de près ou de loin à Nostradamus, fournissant ainsi, involontairement, le matériau permettant de dénoncer les contrefaçons  !

Donc, à un certain stade, il fut décidé de produire des éditions qui ne seraient pas des faux posthumes, comme pour la première vague de contrefaçons (1568-1572) mais carrément datées du vivant de Nostradamus, ce qui aboutirait inévitablement à la coexistence entre ces deux productions. Au final, l’effet sera positif, puisque l’on disposera ainsi à la fois d’éditions du vivant et d’éditions posthumes  ! Comment argueront les avocats de ces faussaires, aurait-on pu produire autant de faux  ? Tout se passe comme si les libraires avaient pris un malin plaisir à reconstituer le passé, avec le plus de vraisemblance dans les détails, à la façon dont on le fait au théâtre et au cinéma. Bien entendu, ces faux seraient calqués sur les éditions parues sous la Ligue et au-delà et dans certains cas, on ne dispose pas des «  originaux  » mais seulement des «  copies  » tant et si bien qu’il convient de regrouper l’ensemble des vraies et des fausses éditions pour reconstituer la production de la fin du XVIe siècle.

Vu que Nostradamus avait publié de son vivant divers ouvrages dont certains avec quatrains (pas ceux des Centuries!)  ;l’entreprise a pu paraître jouable si ce n’est que l’on prit pour modèle de faux almanachs comme cet Almanach pour 1563 « composé par M. Michel Nostradamus,docteur en Médecine de Salon de Craux en Provence » , Paris, Barbe Regnault, .(cf Benazra RCN pp. 58-59) en reprenant leurs vignettes pour illustrer les fausses éditions des Centuries datées de 1555 et 1557  . Le dit almanach semble avoir été calqué dans sa présentation (pas dans son contenu) sur l’almanach nouveau pour l’an 1562 «  composé par Maistre Michel Nostradamus, Docteur en médecine de Salon de Craux en Provence  » (Paris, Guillaume Le Noir) Dans les deux cas, un quatrain est placé en exergue sur la page de titre.

L ‘état de la question centurique

Nous aborderons à présent un développement qui pourra sembler assez ardu à suivre – et que l’on pourra éventuellement sauter, du moins dans un premier temps- bien qu’il soit l’illustration la plus marquante de notre méthodologie telle qu’elle a pu se manifester dans ce qui a précédé, au prisme de nos « mémoires » successifs. Précisons que nous ne reprenons pas ici des travaux déjà publiés mais reprenons le dossier à frais nouveaux.

Quand apparaissent ce qu’on appelle habituellement les Centuries, terme qui est purement technique (groupe de cent, comme le mot Bible, d’ailleurs, qui ne signifie que livre)  et sous quel titre  ? Deux pistes  : Grandes et Merveilleuses Prédictions ou bien Prophéties, si l’on s’en tient à l’étude des éditions parues à la fin des années 1580 et qui ont été conservées ou dont on a une reproduction en fac simile (cf le Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra, Paris, préface J. Céard, La Maisnie- Grande Conjonction, 1990). Un autre corpus existe, celui d’éditions imprimées datées des années 1555, 1557, 1568 et dont nous pensons qu’il s’agit ni plus ni moins que de contrefaçons calquées sur les éditions des années 1580 et suivantes. La grande astuce des faussaires aura été de produire une succession d’éditions, à quatre, puis à sept puis à dix centuries pour faire plus vrai  , sur le modèle de la succession d’éditions des dites années 1580 au lieu de se contenter de produire une seule et unique édition «  complète  » sur la base de l’édition la plus «  complète  » ou «  complétée  ». Il aura suffi pour y parvenir de se servir de la production de certains libraires lyonnais tels que Macé Bonhomme ou Antoine du Rosne dont on disposait de certains ouvrages, créant ainsi de toute pièces un ensemble lyonnais parfaitement fictif puisque les premières éditions des années 1588-90 siècle ne concerneront jamais Lyon mais Rouen et Paris ou encore Anvers et Cahors. Il faut attendre 1594 pour que la production centurique lyonnaise soit attestée et c’est probablement justement dans le milieu lyonnais et à cette époque que les contrefaçons s’élaboreront.

L’étude des éditions successives des Centuries entre 1588 et 1594 est passionnante en ce que l’on voit l’œuvre se constituer sous nos yeux, par étapes successives, les faussaires n’ayant conservé qu’une partie de ce processus éditorial, ce qui se conçoit, produisant ainsi une cote mal taillée mais suffisamment impressionnante pour des esprits point trop exigeants.

Nous procéderons par étapes et approches successives en commençant par cette première description «  classique  » s’offrant au vu des bibliographies sous la forme de 3 stades successifs  et que nous réfuterons par la suite de fond en comble.

Les deux familles de titres centuriques

Notre propos s’articulera autour de la dualité des titres. D’une part les Grandes et merveilleuses prédictions de M. Michel Nostradamus et de l’autre les Prophéties de M. Michel Nostradamus. (cf  R. Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamus, Paris, Trédaniel- Grande Conjonction, 1990 et Ruzo  Testament de Nostradamus, Ed du Rocher, 1982)

Selon nous, le premier titre est «  ligueur  » et le second «  protestant  », puisque selon nous le premier volet est  d’inspiration Catholique  et le second (centuries VIII-X) au service d’Henri de Navarre

Si l’on applique une telle grille, toutes les éditions portant en leur titre principal le mot «  Prophéties  » seraient le fait d’une production réformée. Or, l’examen des diverses éditions (cf RCN, op. cit. pp; 118 et seq) fait apparaître deux séries d’éditions ’1555-1568  et 1588-89 que l’on n’attribue pas spécialement au camp du futur Henri IV. Le cas le plus remarquable est l ’ »édition Lyon 1568 qui est la seule avant les années 1590 à comporter les 10 centuries et donc le second volet avec la fausse épître à Henri II  (cf nos Documents Inexploités sur le phénomène Nostradamus,  Ed Ramkat 2002) et c’est en fait cette édition «  complète  »  posthume (tout en ne signalant pas le récent décès de l’auteur comme cela est attesté pour d’autres textes de cette même année) qui est au cœur de notre étude.

I Les Grandes et Merveilleuses Prédictions

Il s’agit probablement du premier intitulé utilisé, celui de Prophéties étant plus tardif, si l’on fait la part évidemment des éditions antidatées 1555-1568 (cf. RCN, pp. 8 et seq) On connaît, grâce à Daniel Ruzo, grand collectionneur de nostradamica, une édition sous ce titre parue à Rouen en 1588 chez le libraire Raphaël du Petit Val.  Cet exemplaire a disparu et nous devons nous reposer sur la description qu’en donne Ruzo qui l’avait dans sa collection, depuis dispersée. En dépit du titre, le contenu ne comporte aucune division en centuries mais une suite de 349 quatrains dont nous ne savons pas s’ils étaient ou non numérotés.

L’édition suivante chez le même libraire normand comporte six centuries et donc des quatrains absents de la précédente édition, notamment le quatrain IV, 47 selon la numérotation en vigueur. Or, ce quatrain s’en prend explicitement à la ville de Tours «  garde-toi Tours de ta proche ruine  », En 1589, Henri III s’était établi dans cette ville fuyant Paris, contrôlée par les «  ligueurs  ». Selon nous, ce quatrain aura donc été ajouté au vu des circonstances politiques. (cf. notre étude Les centuries et la Ligue  Colloque de 1997, publié par l’École Normale Supérieure) Ce  quatrain figure dans les éditons antidatées parues sous le titre de Prophéties  Lyon 1555-1557 (cf. infra) Cette édition tronquée en ses dernières pages  ne comportait  pas selon nous  la VIIe centurie et selon nous cela correspond à une édition à six centuries s’achevant par un quatrain latin marquant la fin de l’ensemble.

En 1590, sous le même titre, parait à Anvers une édition comportant 35 quatrains à la VIIe Centuries (et non 40 ou 42 comme dans les éditions parues sous le titre de Prophéties antidatées  de 1557 et 1568(cf. infra)

Ces éditions se référent à une édition d’Avignon, 1555  (cf. colophon de l’édition Anvers 1590), mais ne la produisent pas.

Cette série ne comporte pas les Centuries VIII-X, mais est toujours introduite par une «  préface  » à César, datée  du 22  juin 1555 (alors que celle de Macé Bonhomme 1555 est datée du Ier mars)

Selon nous, cette série ne  génère pas de fausses éditions si ce n’est que leur contenu est en partie faussement attribué à Nostradamus. On peut s’interroger sur l’authenticité de la Préface à César dès lors que l’on considère que Nostradamus n’a jamais voulu faire paraître de telles «  centuries de quatrains  ». Une partie du texte est reprise, comme l’a noté Pierre Brind’amour ‘Nostradamus astrophile), du Compendium de Savonarole. Rappelons que le dit César naquit fin 1553 et qu’Henri II mourut eb 1559, ce qui délimite une certaine fenêtre de tir, un terminus.

 

II Les Prophéties

Les Protestants disposaient des 7 premières centuries produites par les tenants de la Ligue et ils décidèrent de leur ajouter 3 centuries numérotées VIII, IX  et X. Ce seraient donc eux qui auraient géré l’ensemble sous le titre de Prophéties, à commencer comme on l’a dit par l’édition antidatée de 1568, qui sera «  authentifiée  » par les Prophéties de Crespin à la puissance divine et à la nation française (censés parues en 1572 mais c’est selon nous une édition antidatée pour la circonstance. Même observation concernant le quatrain reproduit en 1570 dans le livre consacré à un Androgyne, et comportant notamment un texte de J. de Chevigny (cf Benazra, RCN, op; cit; pp. 96-97) Dans la foulée, les mêmes faussaires (ou d’autres?) se décidèrent à produire une édition datée de 1555 puisque cette date figurait dans les Grandes et Merveilleuses Prédictions (cf Benazra, RCN,op. cit p. 127), édition à 353 quatrains et donc avec plus de quatrains que l’édition signalée plus haut (Rouen Du Petit Val, 1588,  cf RCN, op. cit  pp. 122-123)/

En ce qui concerne les éditions Antoine Du Rosne, 1557, dont on dispose de deux versions (celle d’Utrecht non signalée dans le RCN). elles comportent respectivement 40 et 42 quatrains à la VIIe centuries donc davantage que l’édition Anvers 1590 qui n’en compte que 35.  Rappelons en passant l’argument très souvent utilisé par Benazra, Ruzo ou Guinard et al tous refusant la thèse d’éditions 1555-1557-1568  antidatées . selon lequel ce sont les éditions des années 1580-90 qui ne comporteraient pas certains quatrains qualifiés de «  manquants  »! Rappelons aussi en passant que les vignettes utilisées pour les éditions 1555-1557 sont prises d’un faux almanach parisien pour 1563 (cf RCN, op. cit. pp. 58-59) et que le second volet des centuries comporte un quatrain annonçant ou célébrant le couronnement d’Henri IV à Chartres en janvier  1594, lequel quatrain figure dans toutes les éditions du second volet, ce qui nous conduit à penser que la fausse édition Lyon, Benoist Rigaud 1568 date au plus tôt de 1593. Et enfin, rappelons que Chavigny semble avoir été marqué par l’année 1589 (date du manuscrit du Recueil des Présages .(cf RCN, op. cit. pp. 142-143 mais aussi de l’adresse du Libraire au Lecteur.. Selon nous, le titre de l’édition uniquement en français, dont on ne dispose que de celle parue en 1596, correspondrait à celui de la première édition datant de 1589, à savoir les Commentaires du Sieur de Chavigny sur les Centuries et Prognostications de feu M . Michel de Nostradamus et le. cadre chronologique ne pointe pas encore 1589 et se contente d’un « jusques à présent . Le titre en aurait été remanié pour devenir La Première face du Janus François (..) extraite et colligée des Centuries et autres commentaires de M. Michel de Nostredame »(1594)

Abordons à présent la délicate question des éditions parisiennes parues en 1588-1589 sous le même titre de Prophéties. On serait évidemment enclin de les situer dans le champ ligueur, vu l’origine parisienne affichée. Mais selon nous, ce n’est là qu’un stratagème et le titre de Prophéties et non de grandes et merveilleuses prédictions va dans ce sens. Si l’on a produire de fausses éditions lyonnaises  pour 1555-1568, pourquoi pas, en effet, de fausses éditions parisiennes pour une période sensiblement plus récente et donc dont la production locale était bien plus accessible.

Au demeurant, ces éditions   » parisiennes  », censées être contemporaines des Grandes et Merveilleuses Prédictions (RCN, op. cit. pp. 118 et seq), qu’elles émanent de la Veuve de Nicolas Roffet, de Pierre Ménier, ou de Charles Roger, s’inscrivent difficilement dans la chronologie des autres éditions. Étrangement, la préface à César y est cette fois datée non pas du Ier mars 1555 mais du Ier mars 1557 et la date avancée ailleurs 3767 et non 3797, comme le note Benazra.

L’intérêt de ces éditions n’est pas négligeable. On y trouve  des formules qui manquent ailleurs:

Prophéties de M. Nostradamus adioustées outre les précédentes éditions. Centurie IV après le quatrain conclusif 353 de l’édition Macé Bonhomme 1555.

et puis

«  Prophéties de M. Nostradamus. Adioustées nouvellement. Centurie septième. (cf Benazra, RCN, pp. 118 et seq)  mais on n’y trouve pas les quatrains de la VIIe centurie tels qu’on les connaît notamment d’après l’édition Anvers 1590 ni comme ils se placent dans les éditions 15557 et 1568.  Les bibliographes parlent alors comme on l’a dit d’éditions corrompues, eux qui s’en tiennent à la chronologie résultant d’une lecture au premier degré des dates d’édition successives.

Ajoutons un point très important, toutes ces éditions parisiennes, largement identiques, se référent en leur titre à l’année 1561: «  dont il y en a 300 qui n’ont encores esté imprimées lesquels sont en ceste présente édition. Revues & corrigées par l’auteur pour l’an 1561 de 39 articles à la dernière Centurie  ».

On nous propose donc le scénario suivant:  une première édition à 3 centuries (avec un appendice), suivie d’une seconde comportant 3 centuries supplémentaires (l’appendice étant intégré dans la centurie IV), ce qui donne six centuries, et enfin d’une troisième édition à 39 quatrains à la centurie VII

Ajoutons immédiatement que le contenu de ces éditions diffère singulièrement de leur titre et ce qui nous intéresse ici, ce sont les intitulés qui nous semblent correspondre à une certaine réalité, qui est celles des Grandes et Merveilleuses Prédictions, avec l’augmentation entre 1588 à 1590 du nombre de centuries, étant entendu que la dite série rouennaise telle qu’elle nous est parvenue est très vraisemblablement incomplète puisque l’on ne trouve pas d’édition à seulement 6 centuries, ce qui constitue un chaînon manquant.

Mais revenons sur la référence à 1561 qui peut laisser perplexe plus d’un chercheur. Il faudrait donc entendre, si l’on s’en tient au dit scénario, que la septième centurie à 39 quatrains (mais à 35 seulement dans l’édition Anvers 1590) ne serait parue  qu’en 1561 alors que l’édition de Lyon Antoine du Rosne datée de 1558 comporte déjà la dite centurie VIIe!  il y a là quelque dissonance bibliographique  ! Les éditions 1557 auraient dû porter la date de 1561 pour correspondre à cette chronologie assez concevable du moins dans l’esprit des faussaires puisque rappelons-le toutes ces éditons sont antidatées, ce qui n’empêche pas qu’il puisse exister une chronologie «  virtuelle  », aussi fictive serait-elle. On aura noté que la préface à César des éditions parisiennes est datée de cette même année 1557, mais dans les éditions 1555 et 1557, elles portent bien l’année 1555! On rappellera que le titre de l’édition 1588 Rouen Petit Val ne correspond pas non plus à son contenu puisqu’on y annonce une division en 4 centuries alors que d’après Ruzo,, l’ensemble n’était même pas encore divisé en centuries. Si l’état de cette première édition des GPM  est concevable, cela signifierait qu’il a existé une toute première édition qui n’était pas encore structurée en centuries, à 349 quatrains. D’ailleurs, Ruzo (Testament de Nostradamus) précise que le texte débute, à l’intérieur, par la  formule «  Prophétie de Nostradamus  ».

On terminera avec l’édition Cahors Jaques Rousseau, 1590 (cf Benazra, RCN, pp . 126 et seq) laquelle comporte deux volets, c’est la première du genre si l’on excepte l’édition 1568. La date de la préface est du 22  juin 1555, date qui  figure dans la série Grandes et Merveilleuses Prédictions (GMP), ce qui montre bien que les auteurs de ces éditions «  Prophéties  »,  disposaient de la dite série GMP. En 1594, Benoist Rigaud publie les deux volets. (cf Benazra, RCN, op. cit. pp 140 et seq). Cette édition Cahors a pu servir de modèle pour confectionner l’édition Lyon, Benoist Rigaud, 1568; Benazra affirme évidemment l’inverse  à savoir que c’est l’édition de Cahors qui reprend celle de 1568!

Ce que nous retiendrons de plus remarquable à l’examen du corpus centurique du second seizième siècle, marqué notamment par le passage des Valois aux Bourbons, c’est le cas de ces éditions dont le titre ne correspond pas au contenu. Cela trahit selon nous le caractère tardif des élections parisiennes, à savoir que l’on aurait dans certains cas, disposé d’un catalogue des publications nostradamiques mais sans les ouvrages eux-mêmes. Dès lors, certains éditeurs inventeront des contenus sans prendre garde que cela ne correspondait pas aux titres. Autrement dit, les dits éditeurs nous auront ainsi restitué de vrais titres d’ouvrages disparus mais transmis de faux contenus. Cela vient encore plus embrouiller le paysage centurique : centuries faussement attribués à Nostradamus, éditions antidatées et pages de titre ne correspondant pas au contenu ainsi déclaré. Sur ce dernier point, on comprend mieux le sentiment de dégradation des centuries exprimé par nombre de nostradamologues à l’encontre des éditions parisiennes, d’autant que le contenu des dites éditions ne correspond pas vraiment à celui des éditons antidatées, lesquelles certes sont antidatées mais comportent un contenu qui correspond mieux aux titres des éditions parisiennes que celle-ci. Autrement dit, on ne connaîtrait le vrai contenu de telles éditions que par le biais des éditions antidatées restituant le dit contenu. D’un côté fausses pages de titres mais contenus fidèles à la production centurique initiale et de l’autre, les bonnes pages de titres mais avec des contenus fantaisistes comme d’intégrer dans telle édition les quatrains (présages) de l’almanach pour 1561.(il existe un vrai et un faux almanach pour cette année cf Benazra , RCN, op. Cit pp/ 42 et seq)) C’est en combinant ces deux catégories que l’on peut avoir quelque chance de restituer la dite production dans son intégrité.

Mentionnons un extrait de la description que Benazra donne des éditons parisiennes des Centuries: (RCN, pp 118 et seq):

Centurie septième: “Dans cette centurie, on a inséré 12 quatrains qui n’en ont jamais fait partie. (..) ce sont ceux qui devaient être publiés comme présages pour l’almanach pour 1561”. Apparemment, voyant que le titre mentionnait l’année1561, les éditeurs, faute de mieux, ont repris des éléments associés effectivement à l’année en question, lesquels éléments sont d’ailleurs tout à fait authentiques. Mais cela ne correspond nullement- du point de vue du nombre, aux 39 articles ajoutés à la dernière centurie annoncés au titre. Cela suppose en tout cas, que l’on ait disposé soit des almanachs de Nostradamus, soit plus probablement du Recueil des présages prosaïques, paru en 1589 (Chavigny étant l’éditeur) si l’on en croit le manuscrit conservé (publié en partie par B. Chevignard, Présages de Nostradamus, Paris, Seuil, 1999, pp. 143 et seq), en rappelant que nombre de quatrains d’almanachs furent commentés dans le Janus Gallicus du dit Jean-Aimé de Chavigny, Beaunois, qu’il faut probablement considérer comme l’auteur de la fausse édition de l’Androgyn (antidaté à 1570), introduite par un certain Jean de Chevigny, un quasi homonyme, secrétaire de Nostradamus, le dit Jean Aimé se servant d’une édition dûment calibrée en centuries et en quatrains à l’instar de l’édition de Cahors (1590) par exemple.

Des titres sans contenu adéquat

Une des observations les plus stupéfiantes quand on examine les descriptions des éditions successives pour la période 1588-1590 telle que fournies par R. Benazra, (RCN op. Cit) ou M. Chomarat (Bibliographie Nostradamus, Baden Baden, Koerner, 1989), c’est bien le décalage entre les titres des ouvrages et leur contenu. Ce point- là semble avoir été jusqu’à présent négligé et peu exploité.

La question est de savoir si ce qui intéresse le plus l’historien des textes, c’est le titre ou le contenu. La tendance semble avoir été de s’en tenir au contenu plutôt qu’au titre mais cela n’allait pas sans déclencher quelque perplexité plus ou moins avouée.

Nous proposerons ici d’accorder toute son importance aux titres mais aussi tout de même à l’articulation interne.

En ce qui concerne le titre, l’on voit émerger, si l’on s’en tient au seul corpus des éditions parisiennes, l’année 1561. “Les ¨Prophéties de M. Michel Nostradamus. Dont il y en a qui n’ont encores esté imprimées. Additionnées par l’auteur pour l’an 1561 de 39 articles à la dernière centurie”

Il semble que dans les éditions de 1568, le titre ait été tronqué:

“Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Dont il y en a 300 qui n’ont encores jamais esté imprimées . Adioustées de nouveau par ledict Auteur”

La suite “pour l’an 1561 de 39 article à la dernière centurie” a disparu à moins évidemment que l’on soutienne que cet élément aurait été ajouté par rapport à l’édition de 1568. Il s’agit là de l’ajout à un ensemble de 6 centuries- la dernière centurie étant la sixième se terminant par un quatrain latin très net à ce sujet- d’un appendice de39 quatrains, lequel ne constitue pas stricto sensu une centurie à part entière et d’ailleurs cette “septième” centurie ne sera pas complétée sauf à considérer les 58 sixains (et non quatrains) qui figureront au siècle suivant. Or, les éditions datées de 1557 ne signalent même pas cette addition à la “dernière centurie” alors qu’elles comportent bel et bien 40 quatrains pour l’une et 42 quatrains pour l’autre, en la centurie septième, ce qui fait dire à tel commentateur que les éditions mentionnant l’addition de 39 articles pour l’an 1561 n’avaient pas connaissance des éditions 1557! Rappelons que les éditions 1568 ont supprimé, à moitié, la mention d’une telle addition ultime de 39 quatrains, ce qui est étonnant si elles font suite à une édition de 1557 qui n’en fait nulle part mention non certes pas e, son contenu – puisque la centurie VII s’y trouve bien- mais en son titre. Tout indique au contraire que l’on aura composé une édition ’1557” à partir d’une édition “1568′, en évacuant le morceau de phrase subsistant “ adioustées de nouveau par le dict auteur”. Rappelons que toutes ces éditions portent le même titre principal “Prophéties de M. Michel Nostradamus” à la différence des éditions de Rouen et d’Anvers, “Grandes et merveilleuses Prédictions de M. Michel Nostradamus” lesquelles ne fournissent pas la moindre explication quant à la moindre addition. En ce sens, notre inclinaison serait de considérer des titres ne comportant aucune mention de ce type comme plus tardives.

Passons à la structure interne de ce corpus des “Prophéties” qui nous éclaire encore un peu plus puisqu’au milieu de la Centurie IV nous trouvons ‘Prophéties de M. Nostradamus adioustées outre les précédentes impressions. Centurie quatre”. Il s’agit là d’un chaînon manquant puisque la première édition du groupe, Prophéties, Lyon, Macé Bonhomme, ne comporte que 53 quatrains à la centurie IV et que l’addition part du quatrain numéroté 54. Il est normal que l’édition Macé Bonhomme ne l’indique pas puisque l’addition n’a pas encore eu lieu mais il ne l’est guère que l’édition Antoine du Rosne 1557 qui comporte cette fois une centurie VII “complète” ne fasse pas figurer après le quatrain 53 qu’une addition a été opérée. Mais il est vrai qu’elle ne précise pas davantage l’addition qui ouvre sur la centurie VII; Or, pour en revenir aux éditions parisiennes de 1588-1589, à l’intérieur de l’ouvrage, on lit “ Prophéties de M. Nostradamus adioustées de nouveau par lecdict auteur. Centurie Septième.”, élément qui manquera à l’intérieur de l’édition 1568, dont on a vu que le titre annonçant cette dernière addition avait été tronquée par comparaison avec les dites éditions 1588-1589. Le fait d’indiquer “centurie septième” montre d’ailleurs que cet ‘appendice” (“39 articles à la dernière centurie” aura fini par constituer une septième centurie, d’où la numérotation du second voler mentionnant nommément “centuries VIII-IX-X” au tire dudit second volet, notamment dans l’édition Lyon 1568.

Le problème, c’est que lorsque l’on passe à la question du contenu en termes de quatrains, comme on en a averti le lecteur, plus haut, ces éditions parisiennes apparaissent comme fort défectueuses, et en tout cas sans grand rapport avec ce que l’on peut lire en leurs titres. Cela aura conduit probablement à considérer les dites éditions comme peu fiables alors qu’au contraire, celles-ci nous apparaissent, la question des quatrains mis à part, comme tout à fait utiles pour toute entreprise visant à établir la chronologie et la genèse du premier volet de 7 centuries.

Mais répétons -le, la série Grandes et Merveilleuses Prédictions ne s’embarrasse quant à elle d’aucune information concernant les étapes de formation de l’ensemble 7 centuries si ce n’est dans le cas de la première édition du dit groupe laquelle comporte en son titre (mais ce point ne sera pas repris dans les autres éditions du même groupe) “Les grandes et merveilleuses prédictions de M. Michel Nostradamus divisées en quatre centuries” (Rouen, Raphael du Petit Val 1588). Cela est à comparer avec le premier état de l’autre groupe

Macé Bonhomme 1555. Les Prophéties de M. Michel Nostradamus, sans autre précision. Cette fois, c’est le groupe Grandes et Merveilleuses Prédiction qui s’avère plus précis avec la mention de 4 centuries. L’absence de cette indication dans l’édition datée de 1555 nous apparaît comme sensiblement lapidaire en comparaison des éditions suivantes du dit groupe.

On aura compris que si l’on s’en tient au pages de titre des diverses éditions parues en 1588 et 1589, l’on est en mesure de restituer avec quelque vraisemblance la dit genèse éditoriale à savoir

I “divisées en 4 centuries” (dont la Ive à seulement 49 (Rouen 1588) ou 53 quatrains (Lyon 1555)

II Une addition de 3 centuries,, intégrant le premier groupe de quatrains de la Centurie IV ce qui donne une édition à 6 centuries (aucun exemplaire ne nous en est parvenu)

III Une addition de 39 quatrains à la sixième centurie (mais on n’en trouve que 35 dans l’édition Anvers des Grandes et Merveilleuses Prédictions) Notons toutefois que cette édition se réfère in fine à une première édition datée de 1555; à Avignon.

Ensuite, il revient de nous pencher sur l’historique du présent corpus d’ éditions au prisme de la question des éditions antidatées, en négligeant la question des contenus en termes de quatrains, dont on fera ici totalement abstraction jusqu’à nouvel ordre.

L’intitulé des éditons parisiennes de 1588-1589 nous semble correspondre à l’état final du premier volet avec mention des additions successives à la fin de la IIIe et de la Vie centuries. Cela suppose donc qu’il y eut des éditions à 4 centuries, à 6 centurie et à 7 centuries et qui sait à 3 centuries, puisque la Ive centurie semble additionnelle avec ses 49/53 quatrains avec le même profil que la VIIe. Mais on laissera ce point en suspens.

La seule donnée se référant à une production du vivant de Nostradamus concerne évidemment la mention de l’année 1561, où se met en place une addition à la dernière et Vie centurie. Autrement dit, cela signifierait que l’ensemble à six centuries aurait été achevé avant 1561. Dès lors, pourquoi ne pas dater de 1557 le passage de trois centuries plus une centurie IV à 53 quatrains à un ensemble à 6 centuries puisque cette date figure sur deux éditions du groupe des “Prophéties” lesquelles mentionnent justement une addition de 300 quatrains. Quant à l’édition “posthume” de 1568, elle aurait le statut d’une édition à 10 centuries avec ses deux volets,.

1555-1557-1561-1568, telles seraient les dates clef du “scénario” que nous considérons comme fictif des éditions centuriques des années 1555-1568. Rappelions que 1555 est une date qui figure dans l’édition Anvers 1590 des grandes et merveilleuses prédictions. (l’absence de cette mention dans l’édition Rouen 1589 tiendrait au fait que la fin de la dite édition ne nous est point parvenue.

Or, si l’on admet que les Protestants ont réalisé les centuries VIII à X, il leur revenait de présenter une édition complète à 10 centuries comme celle de 1568. Mais cela ne saurait dater d’avant le temps de la Ligue, c’est à dire le milieu des années 1580, avec la crise dynastique de 1584, due à la mort précoce du frère d’Henri IIII, le duc François d’Alençon. Il leur revenait de laisser entendre que Nostradamus avait publié de son vivant au moins les 7 premières centuries, suivies après sa mort en 1566 d’un supplément de 3 centuries d’où cet échelonnement 1555 -1557-1561. et seule l’édition antidatée de 1561 manque à l’appel. Benazra à juste titre date cette dernière de 1560, vu qu’il est indiqué “ajouté pour l’année 1561 (cf RCN, pp 51 et seq) et il situe cette édition chez Barbe Regnault, à Paris mais il s’agit de toute façon d’une chronologie fictive, ce qui ne signifie pas que les 7 sept premières centuries seraient parues d’emblée d’un seul tenant. Les faussaires ont fort bien pu procéder par étape, en une sorte de surenchère, mais on n’a pas gardé les dites éditions en tant que telles mais seulement leurs “traces” par le biais des titres. Il est possible que ces édition seraient parues dans les années 1588-1589 et que par la suite, des éditeurs aient souhaité produire de fausses éditions de ces éditions premières des centuries, mais sans en fournir le contenu complet. *En ce sens, les bibliographes qui décrivent ces éditions comme défectueuses n’auraient pas tort, si ce n’est qu’elles le sont non points par rapport aux éditions antidatées mais par rapport à des éditions disparues des mêmes années 1588-1589 dont seraient issues les éditions 1555-1557-1561 et 1568., lesquelles nous sont parvenues si ce n’est pour l’édition 1561, laquelle a probablement existé.

Autrement dit, les éditions 1588-1589 qui nous sont parvenues seraient antidatées tout comme les éditions 1555-1568. Ces dernières seraient parues au cours des dites années 1588-89 alors que les fausses éditions 1588-1589 auraient été confectionnées plus tardivement. Une édition Cahors 1590 est la seule qui nous soit parvenue d’une telle entreprise, elle a servi à l’édition de 1568 et comporte la même mention tronquée “ adioustées de nouveau par ledict Auteur” au titre du Premier volet et non l’inverse comme le propose Benazra qui dit que c’est l’édition de 1568 qui aurait été reprise par l’édition de Cahors Jaques Rousseau. On est donc en face d’un étrange phénomène de contrefaçons à plusieurs niveaux.

Quid dans ce cas de la date de parution des Grandes et Merveilleuses Prédictions (1588-1590? On a dit que ces éditions en dehors de la première qui mentionne une division en 4 centuries qui a du correspondre à la toute première édition des Centuries à 4 centuries, ne fournissent aucune donnée ni au titre ni à l’intérieur de la formation progressive du premier volet si ce n’est que la VIIe centuries de l’édition d’Anvers comporte 35 quatrains et non 39 comme annoncé dans la présentation de l’édition antidatée de 1560-61. A ce stade de la recherche, nous adopterons la position suivante à savoir que le titre de l’édition “divisée en 4 centuries” a bien dû exister en 1588 mais que les autres éditions ont repris un tel titre sans la dite mention et seraient en fait les éditions réellement parues dans les années 1588-89, mais sans considérer utile de signaler les étapes successives. Elles seraient calquées sur l’édition Cahors 1590 et d’ailleurs l’édition Anvers est également datée 1590.

Pour terminer sur le décalage entre le titre et le contenu, l’édition 1588 ‘divisée en 4 centuries”, telle que Ruzo qui est le seul à notre connaissance à l’avoir eu sous les yeux – n’est nullement divisée en centuries mais est constituée d’une suite de 349 quatrains. Autrement dit, si le titre de la dite édition est probablement authentique, l’édition en tant que telle ne l’est point. On reste perplexe face à une telle disparité sur laquelle nous ne sommes guère étendus. On relèvera néanmoins un cas extrême, à savoir le fait que dans les éditions portant référence à 1561 en leur titre, on ne trouve pas les quatrains de la centurie VII, mais, comme l’a noté Benazra, les 12 quatrains de l’almanach de Nostradamus pour 1561.On a là un exemple de bricolage qui est assez typique de la pratique des contrefaçons, lesquelles n’hésitent à pratiquer le plagiat ou l’emprunt. (comme dans le cas des Protocoles des Sages de Sion, cf notre édition, Ramkat 2002)

1589 est une année clef: c’est celle de la mort d’Henri III. C’est la date à laquelle se réfère le Janus Gallicus de Chavigny (en 1594) ainsi que celle d’une probable édition du Recueil des Présages Prosaïques par le même Chavigny (à Grenoble), comportant les quatrains des almanachs dont on a vu l’usage pour l’année 1561.. Dans le Janus Gallicus, on trouve des commentaires à la fois de certains quatrains issus des 10 centuries mais aussi de certains quatrains des almanachs parus, quant à eux, bel et bien du vivant de Nostradamus, ce qui justifiait l’entreprise visant à produire d’autres quatrains censés parus à la même époque. On notera ce passage de six à sept centuries qui n’est pas sans faire songer au septième jour de la Genèse, placé au début du deuxième chapitre.

Les additions successives du premier volet

Une des preuves du caractère antidaté des éditions 1557 et 1568 tient au fait que les marques d’addition n’y figurent pas. Certes, pour quelqu’un qui n’a pas pris connaissance des éditions ligueuses, cela ne pourra être relevé. Mais la thèse selon laquelle les éditions ligueuses seraient issues de l’édition 1557 Antoine du Rosne ne peut raisonnablement tenir car on voit mal pourquoi l’on aurait indiqué des additions qui n’auraient pas existé précédemment. Cette tendance à supprimer les marques additionnelles dans le corps de l’ouvrage vient compléter nos observations concernant les pages de titre.

Or, l’on observe que l’édition à 7 centuries parue à Anvers (celle de Rouen nous étant parvenue tronquée) se présente comme d’un seul tenant et renvoie à une prétendue édition d’Avignon 1555, laissant carrément entendre que dès 1555 les 7 centuries auraient déjà été publiées. «  imprimées premièrement en Avignon par Pierre Roux Imprimeur du Légat en l’an mil cinq cens cinquante cinq  ./ Avec privilège du dit Seigneur  »

Les éditions parisiennes de la même période ont donc précédé celles de Rouen, ce qui nous amène à penser que la série Rouen-Anvers ces Grandes et Merveilleuses prédictions serait antidatée. C’est en tout cas, cette série qui aura servi pour produire les éditions Du Rosne,d’autant que l’on y trouve la même formule «  dont il en y a  »

Robert Benazra a restitué le découpage des éditions parisiennes – sans en tirer d’ailleurs la moindre d’ordre chronologique RCN, pp. 118 et seq)

Prophéties de M  . Nostradamus adioustées outre les précédentes éditions . Centurie quatre suivent les quatrains 54 à 100

Prophéties de M. Nostradamus adioustées nouvellement. Centurie septième. Précisons que si le titre indique une addition à la «  dernière centurie  » de 39 «  articles », on ne retrouve pas un tel nombre au niveau du contenu, ce qui montre que l’on a raison de considérer les éditions parisiennes comme défectueuses, mais non pas au regard d’une édition 1557 retrouvée mais d’une édition perdue parue sous la Ligue. Les éditeurs modernes de l’édition Antoine du Rosne (Bibl Budapest) ne se sont pas encombré de tels «  détails  »., s’en tenant à une logique chronologique n’envisageant même pas la possibilité de l’anti-datation.

Ajoutons que tout se passe comme si l’édition 1557 comme celle de 1590 Anvers voulaient passer sous silence le premier jet de 4 centuries tout comme d’ailleurs, le stade à six centuries s’achevant par un avertissement en latin, disparu dans l’édition Anvers 1590  . On aurait ainsi voulu occulter la publication Rouen Du Petit Val de 1588 dont le titre signale bien «quatre centuries  ».. Ainsi, non seulement, l’on produit des éditions antidatées mais en outre, l’on tend à supprimer la trace d’éditions récemment parues. Et cependant, on n’en trouve pas moins une édition antidatée à 4 centuries Macé Bonhomme 1555 mais cette fois sans indication de contenu au titre  ?

Le titre des premières éditions

Il nous semble fort improbable que les toutes premières éditions des Centuries que nous datons de 1584-85 n’aient pas rappelé les titres d’un Nostradamus mort plus de 15 ans auparavant En, ce sens, nous nous fierons à ce qu’en dit en 1594 le Janus Gallicus de Chavigny:rappelant en son titre le nom des rois Valois sous lequel il aurait exercé, à savoir Henri II et ses deux fils François II et Charles IX. Or, ce n’est le cas d’aucun des éditions des années 1588-90 qui nous soient parvenues, ce qui nous incité à penser que ces éditions ne font que rebondir sur de précédentes éditions, parues lors des années précédentes.

Quand il s’est agi de fabriquer des éditions antidatées du vivant de Nostradamus ou au lendemain de sa mort, une telle mention eut été inutile. Toutefois, l’on connaît une édition à l’effigie de Nostradamus le Jeune qui rappelle qu’il fut médecin de Charles IX mais omettant de mentionner ses prédécesseurs, Henri II (dont il aurait annoncé la mort en tournoi) et le bref règne de son fils sous le nom de François II.

Mais ces faussaires ne parvinrent , apparemment pas , à rendre compte du vide béant existant entre les éditions du vivant de Nostradamus, dans les années 1550-1560 et les prétendues rééditions des années 1580, à savoir qu’aucune édition ne serait parue durant ce laps de temps, ce qui ne serait pas la marque d’une fortune remarquable. On peut supposer que les toutes premières rééditions perdues aient pu s’efforcer de s’en expliquer, ne serait-ce qu’en parlant de textes retrouvés, « recouvrés  », à la mort de l’auteur dans le style de l’épître à Henri IV, datée de 1605.

Les spécificités du second volet

Ce qui vient étayer la thèse que nous soutenons d’une instrumentalisation du second volet par les adversaires des Guises, d’origine lorraine, tient à la présence de divers quatrains, dont notamment ceux annonçant la victoire de la maison de Vendôme sur celle de Lorraine, avec des anagrammes comme respectivement Mendosus et Norlaris mais aussi en clair. Chacun savait à l’époque que le Roi de Navarre était aussi Duc de Vendôme et les Guises liés à la Maison de Lorraine. Or, de telles formules ne figurent qu’au second volet.

Grand Mendosus obtiendra son Empire IX 35

Mendosus tost viendra à son haut règne IX 50

Le ranc lorrain fera place à Vendosme X, 18 Par ailleurs, bien que Chavigny ne cite pas ce quatrain, le quatrain VIII, 86 visant expressément à la fois le couronnement de Chartres et l’entrée d’Henri de Navarre dans Paris.

De Bourg La Reine parviendront droit à Chartres(…) Feront entrée d’armée à Paris clause

De façon assez étonnante, le commentateur décidé à prouver que Nostradamus avait prévu ceci ou cela se voit pris à son propre piège face au critique qui retourne ses arguments pour prouver le caractère tardif, après coup, du passage concerné. Bien entendu, au delà de la clôture définitive du canon nostradamique dans le cours du XVIIe siècle, l’argument ne porte plus de la part du critique et cette fois, il lui faut se confronter avec le processus d’interprétation du nostradamiste, convaincu de la vertu prophétique de Nostradamus, en personne, à distinguer de la recherche du nostradamologue lequel s’intéresse à une travail collectif et transgénérationnel, se présentant d’une part sous la forme d’ajouts sur le texte et d’ajouts autour du texte. Paradoxalement, le “nostradamiste” va se trouver névrotiquement face à un dilemme du moins pour la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, quant aux éditions s’étalant entre 1555 et 1605 (avec les sixains et l’épître à Henri IV) sur un demi-siècle : plus il prouve que Nostradamus avait annoncé tel éventement et plus il apporte de l’eau au moulin du nostradamologue partisan d’éditions antidatées! De même, dans le domaine de l’exégèse biblique, plus l’on veut prouver que l’arrivée de Jésus correspond aux prophéties et plus le discours qu’on lui attribue est suspect d’une part de vouloir “coller” à la prophétie ou de référer à des textes retouchés antidatés. Et donc bien plus tardifs qu’on ne le prétend.

Un tel marquage n’aurait guère fait sens en 1568 (avec la prétendue première édition des centuries VIII-X) et encore moins en 1558 (selon certaines hypothèses), avant la mort d’Henri II sauf évidemment à se raccrocher, en désespoir de cause à l”idée que Nostradamus avait déjà prévu une telle situation, trente ans avant la crise dynastique ouverte en 1584 par la mort du dernier fils d’Henri II et de Catherine de Médicis! En revanche, nul ne conteste que de fausses éditions aient pu être datées de la sorte; Une chose est de rétablir la chronologie virtuelle et une autre la chronologie réelle mais pour certains esprits, il y aurait comme unie incapacité à faire le distinguo entre ces deux niveaux, laquelle incapacité est caractéristique d’une dimension androïdale, à savoir que ce qui est dit et écrit fait loi et que c’est le dernier “avis”,, “ordre”, qui fait autorité. De la même façon, dans le domaine religieux, la plupart des Juifs s’en tiennent au dernier statu quo, ce qui conduit à une démarche apologétique à l”’opposé d’une approche critique des textes. On touche là en quelque sorte à une programmation mentale qui conduit à valider d’office la dernière mouture chez l’esclave, le serviteur et l’on retrouve là la dialectique du maître et de l’esclave. Celui qui a une mentalité de maître n’est pas prisonnier d’une telle “loi” de robotique ,non signalée par Azimov. Le test du texte est probablement ce qui doit permettre de séparer le maître et l’esclave.. Pour le philosophe Alain,. penser, c’est d’abord se dire non à soi-même, sans avoir besoin d’autrui, pratiquer l’auto-critique. On retrouve là la dynamique interne de l’androgyne.

La dualité religieuse des Centuries, à travers leurs deux volets, à l’instar de la Bible, avec ses deux Testaments, se manifeste avec un quatrain annonçant la ‘ruine de Rome ‘ (X, 65) et qui fait pendant au quatrain IV 46, au premier volet, sur la ruine de Tours. “O vaste Rome, ta ruyne s’approche” H”Garde toy Tours de ta proche ruine”

En outre, les sources de ce second volet sont spécifiques puisque l’emprunt à la Guide des Chemins de France ne concerne que des quatrains du second volet avec notamment le quatrain Varennes ou le quatrain Chastres devenu Chartres et quelques autres(IX, 19 et 20, 86, 87, X, 18)

Mais l’on trouve aussi le quatrain “Macelin”, qui a sa source dans une publication de Nostradamus relative à l’Antéchrist censé naître à la Saint Marcelin?. Or l’on connaît l’intérêt des Réformés pour ce thème, le pape étant souvent assimilé à l’antéchrist..

On s’interrogera également sur le verset “Le Roy de Bloys dans Avignon régner” (VIII 38 et 52) qui pourrait être un emprunt à une brochure d’Antoine Crespin Archidamus, lequel s’en prenait aux “Juifs du pape”..(cf « The Centuries and the Avignon context of the years 1560-1570 «  Congrès mondial des Études Juives, Jérusalem. 2005) Étrangement, le quatrain VIII 52 est incomplet en son quatrième verset. Il est composé d’une série de villes  dont les noms ont parfois été corrompus. En tout cas, il y a là une forme d’incurie voire d’indifférence face au contenu des quatrains !

Le roy de Bloys dans Avignon regner

D’Amboise & seme (sic) viendront le long de Lyndre

Ongles à Poytiers sainctes (sic) a sles ruiner

Devant Boni (pour Bonneuil?) |[ à la fin un verbe devrait rimer avec Lyndre]

 

(cf Demonstracion de l’Éclipse lamentable du Souleil que dura le long du jour de la Saint Michel dernier passé 1571 etc , Paris, Nicolas Dumont)

 

Rappelons qu’à l’inverse, les premières centuries sont marquées par le camp de la Ligue, la seconde centurie se terminant par le quatrain cent dont le dernier verset est ainsi tourné “Qu’on se viendra ranger à la grand ligue” Patrice Guinard commente le quatrain VI, 23 comme annonçant la Journée des Barricades (Nostradamus occultiste op. Cit)

“Et seront peuples esmeus contre leur Roy (…) Rapis (anagramme de Paris) onc (jamais) en si tres dur arroy”. En voulant trop prouver, il ne fait qu’entériner la thèse d’une rédaction des Centuries à cette époque. Le 12 mai 1588, Paris -et les Guises jouent un rôle dans ce soulèvement – se révolte contre Henri III soupçonné d’accepter qu’un prince protestant, Henri de Navarre, puisse lui succéder. Ce mois de mai 1588 -s’il devait se refléter dans ce quatrain- fournirait un terminus pour la parution des éditions centuriques se référant à cet événement et de fait, on ne trouve pas dans les bibliographies d’édition centurique entre 1568 et 1588. Cela dit, la centurie VI correspond à un prolongement d’une édition à 4 centuries dont la Ive centurie à 49 quatrains laquelle peut avoir précédé cette date. C’est lors des additions à ce premier état que différents quatrains hostiles à Henri III et à Henri de Navarre seront ajoutés, à l’instar du quatrain IV, 46, Garde toi Tours de ta proche ruine. C’est aussi le moment où le duc de Guise – qui prétendait au trône de France- sera assassiné o la demande d’Henri III le 23 décembre de la même année, lors des États Généraux de Blois. Henri III et Henri de Navarre se rencontreront au Plessis-Lès-Tours  le 30 avril 1589….Henri III sera assassiné le 2 août de la même année. On voit que la période allant de la Journée des Barricades à l’assassinat d’Henri III se situe au cœur de l’histoire des Centuries, qu’elle ait été annoncée ou qu’elle y ait été répercutée. On notera que pendant une longue période, les bibliographes des centuries se contentèrent de recenser les diverses éditions en négligeant ce qui pouvait valider ou invalider telle ou telle édition au prisme de la littérature de l’époque alors même que les faussaires avaient constitué des “preuves” de leur authenticité, notamment par des publications datées des années 1570, on pense à l’Épître de Jean de Chevigny de 1570 comportant mention explicite d’un quatrain, ce qui d’ailleurs ne fait que souligner le fait que l’écho des centuries du vivant de Nostradamus et à sa mort, mis à part évidemment les éditons elles-mêmes, semble avoir été très faibles et pour cause, ce sont les faussaires s’étaient rendus compte. L’épître de Chevigny est d’ailleurs un cas unique en son genre, les autres recoupements posant le problème de la récupération de textes marqués par Nostradamus, imités de ses quatrains d’almanachs, par les faussaires pour remplir ces centuries, tâche assez colossale, ce qui montre bien que les noms de lieux peuvent renvoyer à ceux de la noblesse/ (cf. François Secret “De quelques courants prophétiques et religieux sous le règne de Henri III, in Revue de l’histoire des religions Année 1967 Volume 172 Numéro 1 pp. 1-32 cf.)

Nul doute que les faussaires s’étaient donné les moyens de valider leur entreprise, non seulement par la production d’éditions mais aussi par la quantité de quatrains ainsi constitués, ce qui explique des expédients comme le recyclage de la Guide des Chemins de France. Paradoxalement, c’est l’utilisation de textes sans caractère prophétique qui dans certains cas aura eu le plus d’impact, le meilleur exemple étant, sous la Révolution, le quatrain comportant le nom de Varennes qui aura frappé les imaginations!, La réputation des Centuries aura été singulièrement sous tendue par l’usage de noms propres, d’autant que bien des noms de personnages sont aussi des noms de lieux La présence d’un nom propre dans un quatrain (parfois sous forme d’anagramme) aura largement contribué à la réputation des Centuries et seul un Victor Hugo connaîtra une telle influence internationale parmi les écrivains d’expression française avec son œuvre majeure, les Misérables, à 300 ans d’intervalle, un Hugo qui avait un vrai don d’écriture à la différence de Nostradamus, sachant que les mille quatrains et plus qui lui furent attribués sont dus à des plumes anonymes.

 

 

 

Dans le débat sur l’authenticité des Centuries dans l’oeuvre de Michel de Nostredame, il conviendrait- ce qui ne semble pas encore avoit été le cas, de comparer les « vrais » quatrains parus dans les almanachs de Nostradamus -du moins ceux qui ne sont pas le fait de faussaires avérés comme ceux produits par Barbe Regnault – avec les quatrains centuriques. Dans son édition du Recueil des Présages Prosaiques, Bernard Chevignard ne nous paraît pas avoir abordé cette problématique (Bernard Chevignard Présages de Nostradamus. Présages en vers 1555-1567 Présages en prose 1550-1559 Paris, Seuil, 1999 (le second tome ne sortira pas) qui paraît en juin après notre soutenance de thèse d’Etat, en janvier 1999, sur le Texte Prophétique en France). On notera que Pierre Brind’amour dans son étude des sources des quatrains centuriques( Pierre Brind’amour Nostradamus astrophile. Presses Universitaires d’Ottawa . Ed. Klincksieck 1993) repère un certain nombre de sources, notamment à partir de Chroniques alors que Chevignard ne traite pas de l’origine des quatrains des almanachs, dont nous avons traité dans notre post-doctorat soutenu en 2007,(EPHE Ve section Le dominicain Jean de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle) qui comprenait un jury dont faisait partie Bernard Chevignard. En effet, nous y montrions que les dits quatrains (appelés présages dans les éditions « complètes » des Centuries) étaient issus de la prose de Nostradamus dans les almanachs correspondants, ce qu’indique d’ailleurs Brind’amour (p 248) à propos du quatrain pour Juillet 1557 : « Le quatrain trouve ces échos dans la pronostication de l’almanach pour 1557 On y retrouve les mêmes mots comme lion, chien,pucelle (pour Vénus), retourné (pour rétrogradation), ville. Nous donnons dans notre post doctorat bien d’autres exemples de recoupement avec des sources « internes » c’est à dire issues de la production même de Nostradamus.

. Chevignard, a contrario, ne soulevait pas cette question en 1999. Quant au Janus Gallicus, mis en œuvre par Chavigny, ouvrage bilingue français-latin(Janus François) de 1594 (à Lyon), il est flagrant qu’il s’efforce de mettre tous les quatrains, ceux des almanachs et ceux des centuries, sur le même pied et c’est peut être même l’enjeu principal de l’entreprise d’uniformisation et d’intégration. Chavigny avait projeté de publier le Recueil des Présages Prosaïques comportent les textes des publications annuelles de Nostradamus (cf la page de titre du manuscrit du dit Recueil) et devait disposer des diverses éditions des Centuries parues dans les années qui précédèrent (à partir de 1588

On aura compris que si l’on peut montrer que le mode de composition de ces deux « familles » de quatrains est sensiblement différent, cela laisserait aisément entendre que leur auteur n’en est pas le même. Or,ce point crucial, n’aura pas éte exploité et cela semble être un point aveugle.

Il importe de distinguer sources internes et sources externes en ce qui concerne les deux séries de quatrains, ceux des almanachs d’une part, ceux des centuries de l’autre. On a vu que pour les amanachs, il s’agissait surtout de sources internes, reprises de la prose de Nostradamus, lequel, par ailleurs,dans ses textes en prose, a pu puiser dans des sources externes. Mais avec les quatrains des centuries, nous ne disposons pas d’un original en prose « interne » comme pour ceux des almanachs. Or, Brind’amour a mis en évidence des sources « externes » des quatrains centuriques, à la suite de Chantal Liaroutzos avec l’emprunt à la Guide des Chemins de France (RHR) qu’étrangement Brind’amour ne signale pas dans sa bibliographie p. 545) Son article « Les prophéties de Nostradamus : suivez la guide » était paru en 1986 dans la même revue Réforme, Humanisme, Renaiisance, (pp. 35-40) où était paru notre étude en décembre 1991 que signale Brind’amour : « Une attaque réformé oubliée conre Nostradamus ? Cette étude de Liaroutzos fournit un excellent exemple des sources « externes » des quatrains centuriques. L’on y note que plusieurs quatrains sont repris d’un Guide de voyage de Charles Estienne, sans aucun rapport avec des considérations astronomiques ou historiques, et c’est d’ailleurs ainsi que le quatrain comportant le nom de Varennes sera construit, lequel quatrain inspira Georges Dumézil.

Cet oubli de la part de Pierre Brind’amour est facheux car la lecture de ce texte aurait pu conduite le chercheur canadien à mieux différencier les deux séries de quatrains. Cela dit, Brind’amour apporte sa contribution à la mise en évidence de sources « externes »[(pp ; 187 à 245)

 

Enumérons les chapitres concernés :

« les grandes conjonctions » « les périodes de Saturne », « les deux éclipses du printemps 1540 », « Tentative d’empoisonement en 1546 ? », «  Le tremblement de terre du 4 mai 1549 «  « Le dix kalende d’avril » « Cométes et météores »

Etrangement, Brind’amour va parler de « prédiction à rebours » (p. 227), ce qui montre l’incongruité du procédé de fabrication des quatrains centuriques  à propos du tremblement de terre en mai 1549 et il fournir toute une série de quatrains répartis dans diverses centuries, ayant puisé au même évenement.

Ainsi, Brind’amour avait il traité des deux séries sans mettre en évidence ce qui les distinguait, à savoir que l’une- celle des quatrains centuriques- était « à rebours » alors que l’autre traitait de configurations à venir dans l’année de parution de l’almanach concerné.Il passe ainsi d’une série à l’autre (entre la page 245 à 247 sans signale la différence du processus de fabrication ! Et apparemment, Chevignard n’avait même pas pris en compte les observations de Brind’amour sur les sources « internes » des quatrains -présages alors même qu’il présentait le corpus adéquat pour mener ce type de rapprochement entre les vers et la prose !

Malgré un développement sur les « présages en prose » (pp  106 et seq) D’ailleurs, le sous titre même de son ouvrage y aurait du conduire «  Présages en vers, présages en prose » si ce n’est que ce sont les présages en prose qui générent les présages en vers.

Pour notre part, nous avons montré que certains quatrains des Centuries, en tout cas celui comportant la mention « macelin » -VIII, 76) venait d’un ouvrage de Nostradamus assez peu connu, que l’on ne connaît qu’en manuscrit réédité au début du siècle dernier ; Des éléments de ce texte se retrouvent en italien (cf Benazra, RCN, pp ; 67-68)

Reproduction très fidéle d’un manuscrit inédit de M. de Nosredame dédié à SS ke pape Pie IV, Mariebourg 1906), dossier que nous avions déjà abordé dans notre étude déjà citée de 1991, parue dans RHR, cf Benazra Répertoire Chronologique nostradamique, pp. 52 et seq) Il semble bien que les faussaires ont pu avoir accès à sa bibliothèque, mettant ainsi en vers divers documents s’y trouvant comme des récits de voyage. Mais ce document est axé sur les annés 1566-1567 et donc décalé par rapport à la production centurique, plus tardive. On s’est souvent interrogé sur l’intérêt qu’il pouvait y avoir eu à se référer à des événements anciens dans la rédaction de prophéties. La thèse des faussaires nous semble la plus crédible, ceux-ci faisant flèche de tout bois pour remplir des pages et des pages, procédé qui ne nous semble pas vraisemblable appliqué à Michel de Nostredame. Il n’est d’ailleurs pas certain que les quatrains des almanachs ait été son œuvre. Il est probable d’ailleurs que ce travail besogneux ait été délégué à quelque versificateur calquant la production en prose de l’année et c’est d’ailleurs l’existence même des quatrains des almanachs qui aura été à l’origine de la production centurique pseudo nostradamique. Sans les dits quatrains, cela n’aurait pas eu lieu, ce qui montre que le succès, la fortune des almanachs aura dépendu des dits quatrains.

 

 

 

 

 

Le prophétisme antidaté

Le débat autour de la date des éditions centuriques touche bien entendu à la tentative de la part de certains de laisser croire qu’un texte avait annoncé un événement suffisamment longtemps à l’avance.(cf notre texte prophétique en France, op. Cit)

Il ne faut pas aller chercher plus loin pour comprendre la raison qui aura sous-tendu la fabrication datées de 1555 et/ou 1557. Un exemple célèbre est l’annonce prétendue de la mort en 1559 du roi Henri II, succédant à son père François Premier. Cette anecdote est reprise dans l’œuvre de Mme de Lafayette sur la Princesse de Clèves à la fin du siècle suivant. Si un quatrain est désigné pour avoir annoncé un tel drame, survenu lors d’un tournoi parisien, il fallait impérativement que Nostradamus l’ait annoncé auparavant . Il est d’ailleurs possible que cela ait été le cas non pas dans les Centuries mais dans quelque almanach ou prognostication.

Mais toujours est-il que tout indique qu’un quatrain 35 – figurant dans la toute première centurie, fut certainement conçu dans ce sens . (cf Brind’amour, Nostradamus  ; Les premières centuries ou prophéties, Droz, 1996, , pp.99 et seq). Parmi les commentateurs, intéressons-nous à la première édition anglaise (1672). Théophile de Garencières y atteste de la fortune du dit quatrain  :  » This is one of the Prophecies that hath put our Author in credit, as well for the clearness as for the true event of it  » ce que nous traduirons ainsi «  C’est l’une des prophéties qui aura fait le plus pour le crédit de notre auteur etc  ».Le même Garencières nous indique (p . 25) que César de Nostredame (auquel la fausse Préface datée de 1555 est adressée- et l’on peut penser que le dit César savait parfaitement à quoi s’en tenir – s’y réfère, en 1614 dans son Histoire de Provence;parue à Lyon chez Simon Rigaud, un descendant de Benoist Rigaud, l’éditeur de l’édition à 10 centuries antidatée 1568 (cf aussi RCN,  ; 177 et seq)

Nous ferons remarquer que ce n’est pas seulement la mention de l’œil qui aura marqué les esprits ou celle d’un duel mais un jeu de mots que ne restitue pas la traduction anglaise qui rend «  Dans cage d’or l’œil lui crevera  » par «  In a Golden cage  he shall put out his Eye  ». Selon nous, bien que cela n’ait pas été signalé à notre connaissance par les commentaires qui nous sont parvenus  ; Il faudrait, selon nous, lire danas «  Cage d’or  », «  de lorges  », sous forme d’anagramme  , vu que celui qui porta le coup fatal au souverain était Gabriel Iet de Montgomery, comte de Lorges. Ajoutons que l’on a cherché à faire ressortir le mot «  grain  » pour référer à l’orge, à partir du mot «  Grand  », ce qui montre bien que l’identité de Gabriel de Lorges était bien connue. César de Nostredame (Histoire, p  . 782) signale un autre texte “accordant merveilleusement bien avec ce qu’il en avoit dit en quelque autre endroit en ces termes courts & couverts, L’orge estouffera le bon grain, (comportant le) nom de celuy qui porta ce coup de lance tant malheureux etc”.

Pour nous, c’est la présence même de ce quatrain I, 35 qui vient confirmer la supercherie des éditions antidatées, censées parues dans les années qui précédèrent le tournoi mortel. Étrangement, plus l’on trouve de correspondances entre tel verset et tel événement des années 1550 à 1590, et plus on a la preuve que l’on est en présence non seulement d’éditions mais de textes antidatés. On peut certes affirmer que les centuries annoncent le temps de la Ligue mais il est bien plus probable qu’elles furent rédigées soit alors soit ultérieurement, a posteriori.

Critique et apologétique nostradamiques

Le milieu des historiens de la Renaissance est divisé, clivé, par le dossier Nostradamus. Dans les deux cas, force est de constater que l’affaire est complexe/ Les critiques se voient traiter de complotistes qui imaginent tout une «  mafia  » de libraires produisant toute une «  collection  » de faux pour brouiller les pistes / Quant aux avocats de la «  doxa  » nostradamique, ils sont obligés de supposer que les premières éditions se seraient terriblement dégradées et décomposées entre les années 1550-1560 et les années 1580-1590. ; ils nous parlent de «  quatrains manquants  » en se référant à un état initial dont on peut sérieusement douter de l’existence.

On a donc le choix, encore actuellement, entre deux thèses, celle d’un chantier qui s’ouvre au milieu des années 1580 , fortement marqué par la question de la succession dynastique qui se résout peu ou prou avec le couronnement d’Henri IV en la cathédrale de Chartres (et non comme la coutume l’aurait voulu celle de Reims, rituel auquel pourtant s’était plié un Charles VII, en pleine Guerre de Cent ans ou bien celle d’un âge d’or du centurisme dans les années 1550-1560 avec la parution de 10 centuries et qui aurait connu une crise sévère sous la Ligue. Ce qui est patent, c’est que l’on assiste à une surenchère de centuries et de quatrains, d’où une profusion d’éditions qui égare les bibliographes, écartelés entre fausses éditions et centuries faussement attribués à Nostradamus quand les deux phénomènes ne se présentent pas conjointement.

Il vaut la peine de mentionner un tel discours car il résonne quelque part avec le débat autour de la critique biblique.

Patrice Guinard écrit ainsi à propos d’une édition «  défectueuse  » daté de 1588 : «  il n’y a aucune raison de penser que cette édition ait pu censurer des quatrains ou des vers en apparence favorables aux ligueurs et hostiles à Henry IV dans le contexte politique des années 88-93 : « Par conflit roy, regne abandonera »  (IV-45a) ou « Garde toy Tours de ta proche ruine » (IV-46b). Les quatre quatrains manquants ont été écartés pour des raisons de mise en page (32 ff.), car il sont reproduits dans l’édition de 1589. Ce fait prouve qu’on n’attachait pas une si grande importance à ces vers, ni en particulier au quatrain IV 46, ou en tout cas qu’on était loin de les interpréter à la lumière du contexte politique de la fin des années 80, contrairement aux affirmations de certains spéculateurs, puisqu’un éditeur rouennais, en principe favorable à la Ligue, n’hésite pas à les supprimer de son édition, à moins d’admettre que l’édition rouennaise se soit appliquée à reproduire exactement le texte Roux de la fin des années 50. La suppression de quatre quatrains afin de respecter la mise en page, est une nouvelle preuve en faveur de l’authenticité de l’édition Bonhomme de 1555, comprenant 353 quatrains”

Pour nous, au contraire, le passage de 349 à 353 quatrains (attesté par les éditions plus «  complètes » comme celle à laquelle correspond l’édition antidatée Macé Bonhomme 1555 à 53 quatrains à la centurie IV, ferait donc suite à la parution de l’édition à 349 quatrains et correspondrait aux événements de la fin 1588. On voit donc que Macé Bonhomme 1555 ne saurait être considérée comme le premier état d’élaboration centurique pas plus d’ailleurs que les éditions Antoine du Rosne 1557 ne sauraient correspondre au premier état des éditions à 7 centuries puisque la centurie VII de l’édition Anvers 1590 n’est qu’à 35 quatrains et non à 40 et 42 comme dans les dites éditions de 1557. Nous ne suivrons donc pas Benazra (RCN, p.p 126 et seq) quand il écrit que l’édition de Cahors 1590 à 10 centuries «  reproduit les éditions de Benoist Rigaud  » (1568). Elle en serait bien plutôt le prototype  dont émaneraient les diverses éditions antidatées 1555, 1557, 1568, occultant l’élaboration des années précédentes lesquelles ne cachaient nullement la marque des additions successives, ce dont rendent d’ailleurs compte leurs intitulés..

On note d’ailleurs que le titre de l’édition 1590 est tronqué.

1590 «  dont il y en a trois cens qui n’ont encores jamais esté imprimées. Adioustées de nouveau par le dict Auteur…1589 (Paris, Charles Roger  : «  dont il y en a trois cens qui n’ont encores été imprimées lesquelles sont en cette présente édition  ; Revues & additionnées par l’Autheur pour l’an mil cinq cens soixante & un de trente neuf articles à la dernière centurie  »

Quid des éditions 1557 et 1568  ?

Antoine du Rosne 1557  : à 7 centuries  : «  Dont il en y a (sic) trois cens qui n’ont encores jamais esté imprimées  »

On notera que nous disposons de deux éditions datées de la même année et pourtant offrant de sensibles différences au titre. L’exemplaire de la bibliothèque de Budapest est plus récent que celui de la bibliothèque d’Utrecht, en ce qu’il comporte un millésime en chiffres arabes et non en chiffres romains. Or l’édition Macé Bonhomme 1555 est aussi avec un millésime en chiffres romains. Par ailleurs, la vignette de l’exemplaire de Budapest diffère en ce que le personnage assis est placé à droite dans l’exemplaire de Budapest (en fait en position inverse mais l’image est tronquée) et à gauche dans celui d’Utrecht, dont là encore la vignette est semblable à celle de Macé Bonhomme. Voilà qui montre, si c’était encore nécessaire le caractère fort aléatoire des mention des date édition  ! L’édition Utrecht comporte la même page de titre que le premier volet de Benoist Rigaud 1568 (cf infra) à 7 centuries alors que celle de Budapest a une page de titre d’une édition à seulement 6 centuries mais avec un contenu de 7 centuries.

Benoist Rigaud 1568  premier volet à 7 centuries  :  » Dont il y en a trois cens qui n’ont encores jamais esté imprimées. Adioustées de nouveau par le dict Autheur  ». Cette fois, le titre indique bien une nouvelle addition si ce n’est que la formule est tronquée car le titre original précise qu’on a ajouté 39 articles à la Vie centurie qui aurait du rester la dernière. On peut dire que Antoine du Rosne 1557 Utrecht a servi pour le premier volet Rigaud 1568 à moins que cela n’ait été l’inverse. On notera que l’édition la plus tardive (Budapest) comporte 40 quatrains à la septième centurie, soit deux de moins que la précédente (Utrecht).  ; ce qui montre que le processus n’est pas nécessairement additionnel mais que des quatrains peuvent être éliminés en cours de route. Or, les éditions 1568 sont à 42 quatrains à la VII.(cf Benazra, RCN, p. 85)

Force est de constater qu’il nous manque un certain nombre d’éditions  : on n’a pas conservé une seule édition à 6 centuries, ni au regard des contrefaçons ni à celui des éditions parues sous la Ligue. On ne dispose que de la page de titre de cette édition qui a été conservée par l ’édition antidatée conservée à la Bibliothèque de Budapest.(mais cela ne correspond pas à son contenu, lequel comporte une centurie VII!). Ces éditions 1557 correspondent par leur contenu mais non par leur titre lequel est tronqué aux intitulés des édifiions parisiennes qui elles ont le «  bon  » titre mais pas le «  bon  » contenu  ! Quant à la toute première édition des centuries, son titre devait être celui de l’édition rouennaise Petit Val et son contenu toutefois passé de 349 à 353 quatrains dans l’édition Macé Bonnhomme 1555 mais non en son titre lequel ne signale aucun contenu précis: Les Prophéties de M. Michel Nostradamus. Un point c’est tout !.

Le second volet se présente ainsi «Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Centuries VIII. IX. X (lire huitième, neuvième, dixième).  qui n’ont encores iamais esté imprimée  »,. Cette fois, on ne dispose d’aucun état intermédiaire permettant de suivre la genèse de cet ensemble, ce qui est assez surprenant au vu de ce que nous savons pour le premier volet  à moins de supposer que l’on ait préféré ouvrir un troisième volet que d’ ajouter une centuries. D’ailleurs, les sixains seront souvent qualifiés de Centurie XI.e., à partir de 1605., ce qui ne devait donc pas avoir plus de 10 ans de décalage avec la première édition des Centuries VIII-X. Notons que la Centurie XI ne relève pas d’un volet à part du deuxième en ce qu’elle ne dispose d’une page de titre distincte avec mention de libraire et de date  ; Elle n’est qu’un appendice de la centurie X.même pas mentionné au titre du second volet et ce même si elle dispose d’une épître introductive propre dédiée à Henri IV, le roi régnant.

.. . On notera qu’il n’existe pas chez Benoist Rigaud 1568 de titre englobant les deux volets, ce qui n’est pas non plus le cas de Cahors 1590 dont elle est issue. Il faudra attendre 1605 pour que se constitue une page de titre se limitant à dire «  Les Prophéties de M. Michel Nostradamus Revues & corrigées sur la copie imprimée à Lyon par Benoist Rigaud 1568. Mais on connaît des éditions datées de 1611 , troyennes, qui reprennent la présentation en 2 volumes sur le modèle Cahors 1590. Les éditions troyennes se distingueront ainsi pat leu r titre distinct de Cahors 1590 (cf Benazra, RCN, pp. 191 et seq) En fait, ce n’est qu’ à partir de la période de la Fronde que le schéma de Cahors 1590 sera en partie remplacé par un nouveau titre  : Les Vrayes Centuries de M° Michel Nostradamus (..) Revues & corrigées suyvant les premières éditions imprimées en Avignon en l’an 1556 (Sic) & à Lyon en l’an 1558 avec la vie de l’autheur  »  ; deux dates ne correspondant d’ailleurs à aucune édition conservée. En fait, on retrouvera l’intitulé Cahors au XVIIIe siècle avec les fausses éditions datées de 1566.(cf Benazra, RCN pp  ; 297 et seq., attribuées à Pierre Rigaud, fils de Benoist Rigaud  «’les prophéties de M. Michel Nostradamus dont il y en a trois cens qui n’ont jamais été imprimées. Ajoutées de nouveau par l’Auteur.   imprimées par les soins du Fr. Jean Vallier du Couvent de Salon des mineurs conventuels de Saint François  ». La dite édition est généralement considéré comme une édition antidatée, statut refusé pour les autres éditions des décennies 1550-1560. Cela tient notamment au fait que Pierre Rigaud n’exerçait pas encore en 1566. Mais en 1863, l’abbé Henti Torné-Chavigny s’appuiera sur la dite édition Pierre Rigaud 1566. (cf RCN pp 410 et seq), en réalité produite à Avignon durant le Siècle des Lumières. Malheureusement, le rejet de cette édition antidatée ne débouche toujours pas en ce début de XXIe siècle sur la disqualification des éditions 1555, 1557 1568 et plus largement sur l’idée que ces centuries ne sont pas dues à Nostradamus, du moins en tant qu’ensemble de quatrains. Pareillement, si les sixains sont rejetés du fait que ce sont des sixains et non des quatrains, en revanche, l  idée de quatrains centuriques qui ne seraient pas de Nostradamus reste insupportable aux yeux de la communauté des nostradamistes pour laquelle tous les expédients sont bons pour «  sauver  » la renommée du prophète. Or, pour nous, il s’agit bien là d’une bulle.

Il est clair que l’édition 1568 est moins tronquée en son titre que l’édition 1557, ce qui nous conduit à dire qu’elle est postérieure, en dépit des dates indiquées sur la page de titre puisqu’elle ne comporte même pas la mention «  Adioustées de nouveau par le dict Autheur  » alors même que cette addition s’y trouve bel et bien, à 40 et 42 quatrains à la VIIe centurie, ce qui fait écho aux 39 quatrains signalés comme une addition au titre des éditions parisiennes de 1588 et 1589., encore que le contenu des dites éditions ne corresponde pas à leur titre (cf infra), la «  dernière centurie  » (en l’occurrence la VIIe, avant que ne vienne s’adjoindre un nouveau volet) de trois centuries) ne disposant pas de 39 quatrains…

Le corpus des éditions ligueuses est en vérité doublement gênant pour les tenants d’éditions parues du vivant de Nostradamus  : d’une part en raison des recoupements entre quatrains et contexte ligueur et notamment du fait que le second volet semble bien fortement lié au camp d’Henri de Navarre face au camp de la Ligue parisienne et guisarde mais aussi parce que les éditions qui paraissent dans les années 1588-89 donnent le sentiment d’un travail en cours (work in progress)

Pour pallier l’argument selon lequel c’est bien sous la Ligue que les Centuries auraient peu à peu pris forme et généré dans la foulée, des éditions antidatées – c’est la thèse «  halbronienne  »-, un Patrice Guinard en arrivera à soutenir que Nostradamus avait dès le départ programmé une telle parution échelonnée des éditions de ses Prophéties avec notamment trois stades 1555, (à 4 centuries) 1557 (à 7 centuries) et 1558 (à 10 centuries), que rien de tout cela n’était donc du au hasard. des événements (cf Nostradamus occultiste, op. Cit). Il reste que pendant la période 1588-&589, on n’a pas trace d’une édition à 10 centuries alors même qu’existerait depuis 1568, une telle édition (Benoist Rigaud, Lyon.) ce que nous expliquons en disant que ces 3 dernières centuries ne furent composées que sous la Ligue,et plus précisément à la fin et au lendemain du règne d’Henri III, soit la période qui regroupe précisément un grand nombre d’éditions centuriques..

En ce qui concerne cette édition qui est la seule à mentionne le nombre de 4 centuries en son titre (ce qui ne sera pas le cas de Macé Bonhomme 1555) notre argument obéit à une autre logique: nous avons affaire avec la seule édition ligueuse connue à 4 centuries – toutes les autres étant à sept centuries- (avec un stade intermédiaire probable à six centuries) à un premier “jet” ne comportant que 349 quatrains à la Ive et dernière (à ce stade) centurie. Ensuite, d’autres quatrains sont ajoutés à la dite centurie dans les éditions à sept centuries qui produisent cette fois une centurie iV “complète”.à 100 quatrains. .

Daniel Ruzo qui est le seul à notre connaissance à avoir eu cette édition à 4 centuries sous les yeux et l’on se perd en conjectures quant à la disparition depuis sa mort de la dite édition (y compris en reproduction, hormis la page de titre déjà reproduite en 1975) présente les choses de façon quelque peu biaisée: (Testament de Nostradamus, p. 358) :”Il manque (sic) les quatrains 44,45, 46 et 47 de la Centurie iV qui se termine par le quatrain 53. Cette édition comporte seulement (sic) 349 quatrains”/ Le lecteur pourrait croire que le dernier quatrain est numéroté “53” alors que les 349 quatrains se succèdent d’un seul tenant, sans qu’il y ait trace d’un quatrain expressément qualifié de 353e.

Voyons comment Robert Benazra décrit, à sa façon, les éditons des années 1580 :( RCN pp 118 et seq): mais cette fois, on s’arrêtera sur le sort de la Centurie VII laquelle n’est pas sans offrir des similitudes avec celui de la Centurie iV, puisque la VIIe Centurie ne comportera pas plus d’une quarantaine de quatrains, mais selon un processus là encore progressif, d’aucuns diront régressif: Ainsi, les bibliographies nostradamiques de Chomarat, Ruzo ou Benazra sont-elles encombrées d’éditions supposées ou contrefaite pour les années 1550!

Ci –dessous un commentaire de Ruzo  repris par Benazra  :

Grandes et Merveilleuses Prédictions, Anvers1590  :

“VII 1-35 : il manque (sic) les quatrains 3, 4, 8, 20 et 22 de la centurie VII de sorte que le quatrain numéroté 35 correspond ainsi qu’ n°40 (qui est le nombre de l’édition de 1557

Quant à la sixième centurie, elle est peut être encore plus problématique puisque les éditions des années 1588-1589 ne fournissent que 74 quatrains alors que l’édition Anvers 1590 la donne “complète” (à un quatrain près), ce qui signifie pour les tenants des éditions centuriques des années 1550, qu’à la fin des années 80, on n’aura pas souhaité reproduite la totalité des quatrains de la dite Vie Centurie. Dans l’édition de Rouen 1589, on a 96 quatrains à la Vie Centurie et donc 99 dans l’édition d’Anvers. C’est le retour des quatrains disparus!

Pour le second volet des Centuries, nous ne disposons malheureusement pas d’un tel corpus et on ne les connaît en vérité que sous une seule et unique mouture si ce n’est que l’on dispose du modèle dont on s’est servi pour composer l’Épître à Henri II datée de 1558 et non plus de 1556. Signalons d’ailleurs que la date de rédaction de la Préface à César a changé en cours de route et là encore, l’on peut se demander dans quel sens cela s’est opéré:

1555: Ier mars 1555

1588 Paris, Ier mars 1557

1588 Rouen 4 Centuries, 22 juin 1555

1590 Anvers 7 centuries 22 juin 1555

C’est la forme «  1555  » qui l’aura emporté sur la forme «  1557’. Or, selon nous, les éditions parisiennes correspondent, du moins sur certains points, à un état antérieur.On serait donc passé de 1557 à 1555, date qui aurait été adoptée pour les contrefaçons antidatées.

Date des premières éditions des Centuries

Deux écoles s’affrontent, l’une qui s’en tient à la date indiquée sur certaines éditions censées parues en 1555, 1557 et 1568 et l’autre, que nous représentons, qui soutient que les dites éditions sont reprises d’éditions sensiblement plus tardives. La première école, constatant que sous la Ligue, on ne voit paraître que des éditions à 7 centuries alors que des éditions à 10 centuries seraient parues dès 1568 affirment que la période de la Ligue aura été marquée par une dégradation des éditions antérieures.

Paradoxalement, il semble bien que les fausses éditions antidatées aient été mieux conservées que les toutes premières éditions des Centuries probablement parues au milieu des années 80

On évitera toute fois de confondre le fait de se référer (comme on le trouve dans la série Grandes et Merveilleuses Prédictions) à une édition avignonnaise de 1555 et le fait de la produire véritablement, ce qui constitue une surenchère.

La «  première  » édition des Prophéties

On nous présente généralement la toute première édition des « centuries  » comme parue chez le libraire lyonnais Macé Bonhomme en 1555. Elle est introduite par une Préface à César, le fils de l’auteur présumé. Outre le fait qu’elle comporte une vignette qui n’est utilisée que dans les faux almanachs nostradamiques de l’époque, son titre fait problème quand on le compare à la série des éditions parues sous la Ligue, lesquelles sont pour nous les vraies premières éditions dont les fausses éditions seraient en réalité issues.

Si l’on fait l’historique des éditions ligueuses, et donc favorables au camp catholique, hostile à Henri de Navarre, qui a le tort d’appartenir à la «  religion prétendue réformée «  (RPR), l’on tombe sur un état apparemment le plus primitif, daté de 1588. Édition dont on ne connaît que la description et la reproduction de la page de titre (entre temps, on ne sait pas ce qu’elle est devenue, cf. le Testament de Nostradamus, de Daniel Ruzo, Paris, Ed du Rocher, 1982, trad. De l’espagnol,

On note qu’elle se réfère en son titre même à ‘quatre centuries  » alors que l’édition 1555 Macé Bonhomme ne comporte pas, en revanche, une telle description de son contenu, ce qui est tout de même assez fâcheux pour valider son authenticité  ! Par ailleurs, la description de cette édition de 1588, nous indique que les quatrains n’y étaient pas numérotés alors que l’édition de Lyon 1555 les numérote de 1 à 353. Ruzo fournit en effet les données suivantes (Testament de Nostradamus, op. Cit. p. 282)

«  Dans l’édition de Raphaël du Petit Val (Rouen 1588), les quatrains ne sont pas séparés en Centuries. Les 349 quatrains sont précédés non seulement de l’en-tête «  Prophéties de Maistre Michel Nostradamus  » mais encore par un autre titre antérieur «  La Prophétie de Nostradamus  » Et Ruzo d’ajouter «  l’édition comporte 349 quatrains. L’éditeur voulant finir son livre dans cette même page, supprima les quatrains 44, 45, 46 et 47 de la IVe Centurie  » Une telle explication ne nous semble guère recevable.

Toute recherche débouche à un certain stade sur des chaînons manquants car il est dans l’ordre des choses qu’il y ait de la perte mais aussi de l’ajout, lequel tend à compenser la perte. Les vraies privilèges pour les premières éditions des Centuries ne nous sont pas parvenus sous leur forme originale, première. On ne les connaît que par des biais, par des traces. On peut avant tout affirmer leur absence puisqu’il faut bien une source aux éléments dont nous disposons. Ces éditions «  X  » qu’il faut dater autour de 1588-1589-1590 auront généré d’abord ce qui ressort des éditions parisiennes portant ces mêmes dates puis, dans un deuxième temps les éditions de Rouen et d’Anvers, également porteuses des mêmes dates et dans un troisième temps le premier volet de l’édition de Cahors 1590. Quant aux éditions Benoit Rigaud 1568, en dehors de la division en 2 volets et en 2 épîtres, si le titre du second volet comporte bien l’annonce de deux additions l’une qui ne peut que concerner le passage de 4 à 6 centuries «  ‘dont il y en a 300 qui n’ont encores jamais esté imprimées  » ainsi qu’une addition correspondant à la centurie VI, ce qui donne la VIIe centurie «  Adioustées de nouveau par ledict Autheur  », titre au demeurant tronqué et que l’on peut restituer grâce aux éditions parisiennes  : «  Revues & additionnées par l’Autheur pour l’an 1561 de 39 articles à la dernière centurie  ». A ce propos, les éditions de Rouen, quant à elles si elles comportent au titre l’annonce de 300 quatrains supplémentaires (ce qui est d’ailleurs faux, puisque sur ces 300 quatrains, on doit compter les 53 quatrains de la Ive Centurie) ne font pas mention de l’annonce d’une septième centurie

Évidemment, la question qui se pose et que nous n’entendons pas résoudre ici est celle de la «  vraie  » chronologie de toutes ces éditions dérivées d’une édition inconnue  ! Est-ce que les dates affichées par les éditions de 1588-1590,tant de Paris que de Rouen sont fiables  ou bien ne font-elles que reprendre les pages de titre des «  vraies  » éditions  ? Mais il0 qui aura ses éditions antidatées -1557-1568. Évidemment, la question qui se pose et que nous n’entendons pas résoudre ici est celle de la «  vraie  » chronologie de toutes ces éditions dérivées d’une édition inconnue  ! Est-ce que les dates affichées par les éditions de 1588-1590,tant de Paris que de Rouen sont fiables  ou bien ne font-elles que reprendre les pages de titre des «  vraies  » éditions  ? Mais il nous semble légitime de penser que les premières vraies éditions pourraient être quelque peu antérieures aux dites années 1588aux quatrains des almanachs de Nostradamus. . C’est ainsi qu’en 1585, paraissaient des Pronostications astronomiques pour six années par /M. Anthoine Crespin Archidamus, astrologue ordinaire du Roy comportant deux quatrains présentés sous le nom de “troisième centurie de l’an 1584 et Quatrième centurie de l’an 1585, empruntés C’est dire que la seconde moitié de la décennie 1580 est marquée par le mot “centurie” entrant dans le champ du lexique prophétique. On soulignera le changement d’année de l’épître à César passant de 1557 à 1555, il semble donc que les toutes premières éditions centuriques devaient comporter l’année 1557 et non 1555, année 1557 qui est aussi celle de la fausse édition Antoine du Rosne 1557.

 

De la prose aux vers

Dans notre post doctorat (EPHE Ve section 2007), nous avons montré que la source de nombre de quatrains était à rechercher dans les textes en prose du dit Nostradamus, ce qui implique le retraitement de ces derniers et en quelque sorte leur transmutation de plomb en or, tant il apparaît avec le recul des siècles, que la dimension prophétique (les Centuries portèrent initialement le titre de Prophéties) ne s’est constituée qu’à partir des quatrains, classés en centuries (100 quatrains), publiés par Nostradamus de son vivant se retrouvaient dispersés, souvent en un seul exemplaire restant, dans une myriade de bibliothèques de par le monde, hormis le cas de deux épitres en prose, chacune placée en tête d’un “volet”, le premier volet regroupant 7 centuries (Préface à César, datée de 1555, le fils de Michel) et le second trois.(Épître à Henri II), datée de 1558)

Pour bien suivre notre “démonstration”, (cf. -Halbran, J. (1998.1), “Les prophéties et la Ligue”, Colloque Prophètes et prophéties … siècle, Cahiers V. L. Saulnier, 15, Paris, Presses de l’École Normale Supérieure. Actes du Colloques Prophètes et prophéties au XVIe siècle, Cahiers Verdun Saulnier, 15, 1998), il convient de distinguer deux types de quatrains, ceux des almanachs (dernière édition pour l’année 1567, Nostradamus étant mort l’année précédente) et ceux des centuries, même si les quatrains des almanachs ont pu être placés en annexe (sous le nom de présages) des quatrains des centuries. On dispose d’une série d’almanachs comportant un quatrain mensuel plus un quatrain annuel (cf. la collection publiée par B. Chevignard, Paris, Seuil 1999 à partir d’un recueil manuscrit intitulé Recueil de Présages Prosaïques). Selon nous, ces quatrains reprennent purement et simplement un certain nombre de termes du texte en prose, en une sorte de transposition poétique. Dans certains cas, les quatrains attestent de textes en prose disparus ou qui n’ont été conservés qu’en manuscrits ou encore traduits en italien à l’époque.

Qui donc composa ces quatrains des almanachs ? Il semble que cette tâche ait été dévolue à des assistants plus ou moins doués. Et c’est précisément parce que ces premiers quatrains avaient connu un certain succès que l’idée vint par la suite de produire les “Centuries”, les quatrains d’almanachs étant relégués. Comment composa-t-on cette seconde génération de quatrains?. Selon nous, on se sera servi de documents laissés par Michel de Nostradamus (plus correct, de son temps, que la forme Nostredame, utilisée généralement) à sa mort, en sa bibliothèque, qu’il s’agisse notes manuscrites ou de publications de divers auteurs dont notamment -de façon assez étonnante, la Guide des Chemins de France de Charles Estienne, qui comme son nom l’indique a une dimension géographique. En gros, toutes sortes de textes n’offrant au départ aucun caractère proprement prophétique, quand il ne s’agissait pas de chroniques des siècles passés…

 

Les centuries au service des partis

Les éditons parues sous la Ligue, à Paris, ne comportent que 7 centuries alors qu’au XVIIe siècle, on leur en connaîtra dix. L’ensemble se maintiendra jusqu’à nos jours sous une forme duelle, d’une part un volet de 7 centuries et de l’autre un volet de 3 centuries, avec chaque fois une épître en prose.

Selon nous, le volet de 3 centuries était au service du camp protestant et le volet de 7 à celui du camp catholique. Certains quatrains sont, à nos yeux, assez explicités tel le 46e de l’Ive Centurie, figurant donc dans le premier volet.

Garde-toi Tours de ta prochaine ruine !

Or, Tours était le lieu où était venu s’installer Henri III, sur la Loire, lequel fera assassiner le «  Duc de Guise  » à Blois, non loin.

On a vu que le second volet annonçait nettement la victoire des Vendôme sur les Lorrains. Il est donc assez remarquable que l’on continue à soutenir l’unité des 10 centuries, comme étant le fait d’un seul homme, mort en 1566, Michel de Nostredame.

Au lendemain de l’édit de Nantes, on aurait réuni en un seul volume ces deux volets ainsi qu’un troisième introduit par une épître à Henri IV et comportant cette fois une cinquantaine de sixains mais aussi la collection des quatrains des almanachs, pour faire bonne mesure, rassemblés sous le titre de « Présages »

La question des éditions «  ligueuses »

Il y a toute une polémique autour de cette série d’éditions à 7 centuries (sauf une à 4 centuries) et donc ne comportant pas les centuries VIII, IX et X.

Deux thèses en présence  , soit celle d’un chantier où le corpus aurait été en train de se constituer progressivement, soit des éditions en pleine décomposition par rapport aux premières éditions des années 1550-1560 dont on a retrouvé un certain nombre d’exemplaires. Il est donc intéressant de comparer ces deux corpus. Pour les uns, les deux corpus seraient authentiques tandis que pour les autres, dont nous faisons partie, seul le plus tardif le serait datant des débuts de la Ligue, lorsque la succession d’Henri III se posa, du fait du décès du duc François d’Alençon en 1584, dernier frère vivant du Roi. On assiste à la fin des Valois avec ces trois fils qui se succèdent sans héritier.

Ces Centuries, par la suite réunies sous un seul volume  , seraient donc fortement marquées par les Guerres de Religion qui précédèrent l’édit de Nantes de 1598 lequel tentait d’organiser une coexistence pacifique, moins d’un siècle avant sa «  révocation  » en 1685 par Louis XIV. Mais ce serait une erreur que de croire que l’animosité par rapport à la branche de Lorraine, les Guises ne date que des années 80 car elle remonte en fait à l’avènement de François II, à la mort de son père en 1559, le dit prince étant sous la coupe des Guises.

On ne saurait lire les Centuries sans une certaine connaissance de la culture française (tant la langue que l’histoire) pas plus que cela ne se concevrait pour l’Ancien Testament. Mais cela vaut aussi pour un considérable corpus de commentaires des Centuries reflétant ce qui s’est passé en France depuis le temps de Nostradamus.

La question des sixains

Un troisième volet (qui n’est en fait qu’un appendice au deuxième volet tout comme la VIIe centurie l’était pour le premier volet, apparaîtra au XVIIe siècle, comportant quant à lui une Épître à Henri IV, en date de 1695 introduisant cette fois 58 sixains, venant ainsi compléter une centurie VII resté à 42 quatrains, ce qui permettait d’atteindre

les 1000 quatrains. On les présente toutefois comme formant une Centurie XI. On y trouve notamment des anagrammes assez transparents comme Robin pour Biron.(sixain VI) mais aussi en clair (sixain 52)  : «  Encor un coup la sainct Berthelemy  », référence évidente au drame de 1572  ! Dans l’Épître, la thèse posthume est clairement exposée  : on retrouve avec la pratique des anagrammes, l’esprit du second volet dont il relève.

«  Sire, ayant (il y a quelques années) recouvert certaines Prophéties ou Pronostications faites par feu Michel Nostradamus  (…) par moy tenues en secret iusques à présent etc  ».

Il est évident que l’auteur ne se réfère pas à des éditions existantes sinon son apport ne ferait aucun sens.

En 1656, le dominicain Giffré de Réchac dans son Éclaircissement- paru anonymement- rejettera ces sixains amorçant ainsi ce que nous avons appelé un critique nostradamique (cf notre post-doctorat 2007) mais également les quatrains des almanachs pourtant bel et bien parus du vivant de Nostradamus.

 

Les éditions perdues

Une recherche bien conduite peut rarement éviter de détecter quelques chaînons manquants. Dans le cas du corpus nostradamique, nous en donnerons deux exemples  : celui des toute premières «  vraies  » éditions des «  fausses  » Centuries. Il apparaît qu’il faut aller en amont des éditions qui nous sont parvenues, non point par référence à de prétendues premières éditions des années 1550 mais quelques années avant 1588, tant il ressort que les éditions datées de 1588-1589 sont soit trop parfaites pour avoir été premières (Rouen et Anvers), soit trop décalées par rapport au titres censé décrire leur contenu. Il convient donc, à notre sens, de supposer l’existence d’un lot antérieur, à situer par exemple en 1587, soit trente ans après l’édition antidatée 1557

Un autre exemple sera pris du Janus Gallicus, le premier grand commentaire des Centuries. On n’en connaît que les éditions de 1594 et sous un titre diffèrent de 1596, (Commentaires du Sr de Chavigny sur les centuries et prognostications etc,( cf Benazra RCN, pp  ; 142 è-143) ), mais il est très improbable que nous soyons là ne face des premières moutures du fait d’une addition (datée du 19 février 1594, soit au lendemain du couronnement de Chartres) qui s’y trouve consacrée à l’Advénement d’Henri IV, ce qui puise dans les quatrains favorables au roi de Navarre, dont d’ailleurs une édition séparée datée de 1595 nous est parvenue sous le titre de Prognostication de l’advénement à la Couronne de France etc , Paris, Pierre Sevestre (cf Benazra, RC  N, p. 140) dont on nous dit que c’est une réédition d’un texte d’abord paru dans le Janus alors que cette pièce est certainement parue d’abord séparément (pas forcément l’édition conservée) d’ailleurs).

En fait, tout indique que la première version de ce grand commentaire signé Jean Aimé de Chavignyne se situe dans les années 1590 et suivantes. Le sous titre se réfère à des événements se succédant jusqu’en 1589, date de l’assassinat d’Henri III. On peut se demander d’ailleurs si cette première édition comportait un commentaire de certains quatrains du second volet comme c’est le cas de l’édition qui nous est parvenue. Il s’agit très vraisemblablement d’un ajout prenant en compte la parution en 1590, à Cahors, de la première édition conjointe des deux volets, qui a d’ailleurs du servir à produire l’édition antidatée 1568, alors que la plupart des nostradamologues soutiennent encore que c’est l’inverse qui s’est produit..

 

Genèse du corpus centurique

I stade à 4 centuries

Si l’on compare l’édition à 4 Centuries de 1588 et sa contrefaçon de 1555, l’on observe les points suivants  : le titre Grandes et Merveilleuses Prédictions en 4 centuries est devenu simplement Prophéties, sans indication de contenu, ce qui permettait d’utiliser la même présentation pour 7 centuries. Par ailleurs, l’édition de 1588 ne numérotait pas les quatrains à la différence de l’édition Macé Bonhomme 1555

II stade à 7 centuries

Ce stade est le plus complexe car il comporte lui-même plusieurs strates.

Le passage de 4 à 7 centuries impliquait de «  compléter  » la centurie IV qui ne comportait que 53 quatrains. D’une édition à l’autre, le nombre de quatrains augmentait. Il semble que l’on ait eu une édition à 6 centuries «  pleines  » puis des éditions comportant une septième centurie, avec un nombre de quatrains variable. D’où deux fausses éditions datées de 1557 à partir d’éditions différentes.

III stade à 10 centuries (contrefaçon 1568)

Ce stade ne se limite pas aux éditions ligueuses à 7 centuries des années 1580 mais englobe en un second volet des centuries numérotées de VIII à X, ce qui relève de la décennie 1590, lesquelles centuries semblent bien avoir été produites par le camp protestant. A partir de 1594 et du couronnement d’Henri IV, les deux registres purent paraître conjointement du fait de la fin des conflits et des zones d’influence respective mais la trace des origines différentes sera maintenue avec une division en deux volumes, le premier introduit par une Préface à César,, telle que figurant dans les éditions de la Ligue et le second par une Épître à Henri Second (IIe du nom) , recourant en fait à une vraie épître de Nostradamus en date de 1556 et non comme la «  nouvelle  »- c’est à dire la fausse- de 1558. Ces introductions, on l’aura compris, étaient cette fois en prose.

Les faussaires commirent une bévue avec ces éditions de 1568 en omettant de préciser qu’à cette date Nostradamus était décédé. Ils s’étaient vraisemblablement inspirés d’une certaine production posthume authentique laquelle soulignait pourtant bel et bien la mort de l’auteur. C’est parfois l’absence d’un élément qui trahit la contrefaçon.

Le fait que l’édition posthume soit à 10 centuries nous conduit à penser qu’elle fut produite par le parti protestant ou en tout cas à un stade assez tardif. Rappelons que sous la Ligue, seules parurent les sept premières centuries, ce qui conduit certains nostradamologues à affirmer que les Centuries VIII-X avaient été évacuées sous la Ligue, puisque parues dès 1568. Or, il s’agit en tout état de cause d’une édition antidatée de plus de plus de 20 ans.

Dans un premier temps, il semble donc que les faussaires aient voulu présenter les premiers lots de centuries comme étant parus au lendemain de la mort de Nostradamus, ce qui correspond bien à la date de 1568 utilisée pour les éditions à 10 centuries, à deux épîtres. Cela n’aurait été que par la suite, que l’idée de produire des éditions censées parues du vivant du dit Nostradamus aurait émergé, ce qui signifie que la première fausse édition serait celle datée de 1568. Cette édition posthume faisait sens puisqu’à la mort de Nostradamus, on avait pu récupérer divers manuscrits inédits, conservés dans la bibliothèque qu’il avait constituée et dont d’ailleurs il traite dans son Testament. (cf D. Ruzo, le Testament de Nostradamus, Ed du Rocher, Monaco, 1982 El testamento auténtico de Nostradamus, 1975)

On se mit donc à produire des éditions datées du vivant de Nostradamus, 1555 et 1557 et cette fois, on prenait des risques puisque Nostradamus ne fait aucunement référence à ces éditions dans son œuvre de l’époque. Il est clair que le recours à des quatrains, pour les centuries, s’inspirait du fait que les almanachs de Nostradamus en comportaient.

Ces quatrains mensuels seront d’ailleurs repris en appendice de certaines éditions à 10 centuries sous le nom de «  présages  », lesquels seront d’ailleurs englobés pour certains d’entre eux, dans le premier grand commentaire des centuries -avec traduction latine- dû à Jean Aimé de Chavigny, sous le nom de Janus Galicus, Lyon, 1594., lequel annonce la fin des Valois dans son titre intérieur se référant à 1589 (date de l’assassinat d’Henri III, et en son titre extérieur, correspondant, selon nous, à une nouvelle mouture, -laquelle en notre possession à l’avènement à la Couronne de France d’un Roy qui ne peut être ici qu’un ‘Henri IV fraîchement couronné. Étrangement, l’édition la plus ancienne qui nous ait été conservée du Janus s’ouvre par une épître datée de juillet 1594 adressée à Henri IV ! (cf Benazra, RCN, p. 132). Or, l’on voit bien, au vu des commentaires du corps de l’ouvrage (sans les annexes), que l’ouvrage s’arrête à 1589 avec la mort d’Henri III, à partir d’un quatrain du second volet, IX, 36.(p ; 276). D’ailleurs, dans une adresse du « Libraire au Lecteur », l’on note que celle-ci est datée du 14 mai 1589. Le roi est assassiné le 2 août de cette année, ce qui montre qu’il y a eu ajout pour une nouvelle édition. On ajoutera que le commentaire de Chavigny est clairement destiné, et ce en dépit des additions qui prêtent allégeance au nouveau monarque, à favoriser les Ligueurs On lit pour le mois de février 89, à propos d’un quatrain tiré de l’almanach pour 1560 : « Union jurée entre les villes catholique pour soy défendre contre les assaults & molestes des Protestants », annonçant la formation d’une nouvelle Ligue, à l’instar de celle formée en 1585. (p ; 266). Chavigny appelle de ses vœux l’élection d’un nouveau monarque (et il ne s’agit point ici du roi de Navarre!) ! « ceci est dit de celuy qui en après estre esleu, créé & receu pour défenseur du parti catholique » (sur VIII, 87)

Une question reste en suspens : comment Chavigny, dès 1589, aurait-il eu connaissance du contenu du second volet, puisqu’il en commente plusieurs quatrains  qu’il retourne selon nous  contre leur camp. Le cas de l’assassinat du duc de Guise en 1588, commandité par Henri III, permet à Chavigny de récupérer un quatrain rédigé contre les Lorrains : VIII, 60 « Violant, tenax, perdra le NORLARIS » alors même que dans le Discours sur l’Avénement d’Henri IV, daté du 19 février 1594,tout ce qui sen prend aux Lorrains est interprété en faveur du parti du Béarnais.Au vrai, Chavigny n’intitule-t-il pas son commentaire »Première Face du Janus François » ? Or quand il commente le quatrain IX, 45 (second volet) qui mentionne l’anagramme Mendosus, on lit que ces vers ‘ne sont pas de ce temps, ains (mais) appartiennent à la Seconde Face de nostre Janus » (p. 140). Est-ce à dire que le choix même du titre prenait déjà en compte ce qui est d’un autre temps à l’instar du mois de janvier, à la charnière entre l’année qui se termine et le « nouvel an » ? Or,il semble bien qu’il s’agisse là d’une ruse pour laisser entendre que le commentateur avait prédit l’avènement de la maison de Vendôme, c’est à dire du roi de Navarre ? Il est donc peu probable que le titre de Première Face ait été celui de la première édition!Il semble bien que Chavigny ait « bricolé » cette nouvelle édition, sans vouloir remanier l’ensemble si ce n’est à la marge et en intégrant quelques quatrains parus entre temps du second volet, lequel ne semble pas avoir été imprimé avant 1590..

 

Les sources des quatrains «  centuriques  »

D’où viennent donc les quatrains ? Il existe plusieurs « sources ». D’une part, le corpus des textes dont Nostradamus est l’auteur en prose et qui aura été transposé en vers/ D’autre part, des textes pseudo-nostradamiques récupérés au sein du canon centurique, ce qui n’est pas sans rappeler la question des apocryphe et des pseudépigraphes. Et enfin, des textes à caractère historique, événementiel, d’actualité reprise sous forme de quatrains. On ajoutera le cas de textes comme la guide des Chemins de France, qui aura quand même donné un des quatrains les plus célèbres sous la Révolution, à savoir celui qui comporte le nom « Varennes ». C’est ainsi que des chercheurs ont effectué toutes sortes de recoupements. On aurait recopié (cf. Brind’amour) des chroniques antérieures au temps de Nostradamus et l’on se demande en quoi de tels procédés faisaient sens pour des «  prophéties  ». La nécessité de « remplir », de combler ces centuries de quatrains apparaît comme une entreprise assez gigantesque- sans que l’on puisse la comparer à l’édification des pyramides ou des cathédrales, quoique. On aurait également confectionné certains quatrains en recopiant carrément des guides «  touristiques  », des itinéraires de pèlerinages extrêmement détaillés, généralement conçus pour un départ depuis Paris, tant et si bien que les communes de la banlieue francilienne y sont fort bien représentées, comme Antony ou Montléry, pour « sortir » de la capitale.

Mais il existerait d’autres sources encore, comme des carnets de voyages que l’on aura probablement retrouvés dans la bibliothèque du défunt médecin. A la limite, tout ouvrage figurant dans la dite bibliothèque, tout papier écrit de sa main ferait l’affaire.

Nostradamus semble en outre avoir voulu conserver les brouillons des «  manuscrits  » envoyés à ses éditeurs. Il en aura constitué des recueils. L’on observe, quand on compare avec les imprimés, que certains éléments avaient dû être ajoutés par des assistants (cf. l’édition Chevignard d’un recueil, Paris, Seuil, 1999). Pour notre part, nous attachons une grande importance à un document dont l’impression française semble avoir été censurée. Rappelons qu’en 1560, un édit pris lors des États Généraux réunis à Orléans, entendait contrôler le contenu de cette littérature prédictive. En revanche, ce texte fut traduit en italien et il nous a été conservé à la BNF.

En effet, il s’agit d’un texte particulièrement alarmant et fort peu étudié bien qu’il ait été édité au début du XXe siècle. Il nous montre un Nostradamus, pris par une certaine fièvre vaticinatrice et fixant une échéance cruciale pour 1567, alors que lui-même mourra en 1566.

Nostradamus pointe la date de la Saint Marcelin comme l’avènement de l’Antéchrist  ! Et il fait un jeu de mots sur ce prénom en le rapprochant de macelin, qui signifie boucher (en italien). Or, nous trouvons un quatrain centurique qui reprend cette expression, ce qui nous conduit à penser qu’on se trouve ici d’une recette que nous avons déjà signalée, consistant à convertir un texte en prose en quatrain.

VIII, 76 «  Plus Macelin que Roy  »

macellaio  : boucher, macel  ; boucherie, carnage

(cf p  ; 217 Dictionnaire Nostradamus. Michel Dufresne Ed JCL, Ottawa 1989,p. 217)

8:76

Plus Macelin que roy en Angleterre,

Lieu obscure nay par force aura l’empire:

Lasche sans foy sans loy saignera terre,

Son temps s’approche si presque je soupire.

Une des découvertes les plus remarquables quant aux sources des quatrains centuriques même si cela n’en concerne qu’une poignée -(cf article déjà cité de Chantal Liaroutsos) concerne les emprunts à la Guide des Chemins de France de Charles Estienne. Cela nous permet en effet d’observer que ces sources n’ont pas nécessairement été reprises telles quelles mais bel et bien retouchées pour les besoins de la cause.

Ainsi en est-il du quatrain relatif au couronnement d’Henri IV  où Chastres devient Chartres. Et c’est bien Chartres et non Chastres qui figure dans les éditions antidatées des années 1550-1560  !

De fait, on peut hésiter entre deux itinéraires, tous deux passant par Bourg La Reine et le «  Pont Anthony  » (ligne de Sceaux, RER B). Mais nous avons en fait affaire à un binôme de deux quatrains : on se situe au sein du second volet des Centuries

IX 86 et 87  :

Du Bourg La Reyne parviendront droit à Chartres (sic)

Et seront pres du pont Anthoni pause

Sept pour la paix cauteleux comme Martres

Feront entrée d’armée à Paris clause

Par la forêt du Touphon essartée

Par hermitage sera posé le temple

Le Duc d’Estempes par sa ruse inventées

Du mont Lehori prélat donra exemples

 

Source (Guide d’Estienne)  :

A (vers) Orléans

Le Bourg la Royne

Le pont Antony

Longiumeaux

Montlehery (mont Lehory)

Chastres

Torfou (=Touphon)

L’hermitage

Estampes

L’autre itinéraire est le suivant  :

A Nogent le Rotrou

Le bourg la Royne

Le pont Antony

Massy

Palaiseau

et arrive en effet à Chartres mais sans passer par les diverses communes mentionnées dans les deux quatrains. D’où nous en déduisons que Chastres a été commué en Chartres. Décidément, ce n’est pas la même  «direction  ». Ces exemples illustrent bien la méthode qui a servi à confectionner toute une série de quatrains. On notera que le quatrain IX, 86 non seulement comporte le nom de Chartres mais aussi celui de Paris, épisode majeur qui aura précédé le couronnement, ces deux événements se voyant ainsi annoncés par les centuries de longue date si l’on antidate les éditions aux années 1550-1560.

La première édition à 10 centuries dont on dispose se situe à Cahors et porte la date de 1590 (cf Benazra, RCN, op. Cit; pp. 126 et seq), chez Jaques Rousseau. Or, cette ville où vécut le futur Henri IV – on visite encore la maison de son séjour- se situait dans une zone contrôlée par son camp, ce qui n’était évidemment pas le cas de Paris. Cela vient confirmer noter thèse selon laquelle les centuries VIII-X auraient été un apport d’origine protestante qui se serait greffé, en tant que nouveau volet, aux sept centuries déjà parues. En tout état de cause, le fait d’opter pour la continuité de numérotation va dans ce sens comme ce sera le cas dans l’addition d’un troisième volet en 1605 avec une épître à Henri IV. Par ailleurs, le Janus Gallicus a du avoir une première édition sans référence à Henri IV et n’aura intégré en son sein une Pronostication de l’advenement (du) Prince Henry de Bourbon, Roy de Navarre, 1595, parue à Paris, au lendemain de la conversion du roi (“Pari vaut bien une messe” ) Or, on ne connaît de nos jours que des éditions augmentées, bien que datées de 1594 avec la mention au titre“ A la fin est adiousté un discours de l’advenement à la couronne de France du Roy Tres Chestien à présent regnant. Il est clair que l’intitulé de la Pronostication aura été modifié au vu de l’avènement. Rappelons que l’intitulé initial du Janus Gallicus s’arrêtait à 1589 mais que ne nous est parvenu que l’édition datée de 1594 comportant la dite addition. D’ailleurs, force est de constater que le Janus Gallicus, en dehors de ce supplément, était plutôt favorable à la Ligue au vu des commentaires que l’on y trouve. On y trouve cependant des quatrains issus des Centuries VIII-X, ce qui pourrait laisser penser que les éditions à 10 centuries qui nous sont parvenues pourraient comporter des retouches favorables aux Réformés, ce qui expliquerait leur contenu assez composite sur le plan politique. On voit bien à quelles gesticulations, cette période de la fin des années 1580 et de la décennie suivante a pu conduire, ce qui n’est pas sans rappeler ce qui s’est passé dans les années 40 du Xxe siècle en France et notamment dans le cadre de la littérature “prophétique” (cf notre Vie Astrologique, années 30-50 op. cit).

 

Une des sources non pas de Nostradamus mais plus vraisemblablement des «  éditeurs  » des Centuries du second volet (VIII-X) semble bien avoir été la Guide des Chemins de France (cf. Chantal Liaroutzos “Les prophéties de Nostradamus : suivez la guide “ (Bulletin de l’Association d’étude sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, 1986 Volume 23 Numéro 1 pp. 35-40 ) On y trouve notamment le nom de Varennes, lieu rendu célèbre en raison du passage qu’y fit dans des conditions dramatiques la famille royale en 1793.

 

Sous la Révolution, les esprits furent frappés par la présence du nom honni de Varennes dans le quatrain IX, 20/

Ce n’est pas ici une retouche mais est repris directement de la Guide, ce qui donne :

De nuit viendra par la foreſt de Reines, Deux pars vaultorte Herne la pierre blanche, Le moine noir en gris dedans Varennes Eſleu cap. cause tempeſte feu,  ſang tranche

 

IX, 20

De nuict viendra par la forêt de Reines

Deux parx vaulvorte Herne la pierre blanche

Le moine noir en gris dedans Varennes

Esleu, cap, cause tempeste, feu sang, tranche

 

 

 

A Rennes par Angers  :

On retrouve dans ce parcours  : « la pierre blanche  », Varennes, Vaultorte, Hervée, et la mention d’une forêt.

 

 

Georges Dumézil a écrit à ce sujet une «  Sotie  «  portant le titre d’un verset du dit quatrain. En réalité, comme il apparaît, le Varennes de la Guide n’est pas le Varennes en Argonne de Louis XVI  : C’est ce genre de quatrains qui aura façonné pour le XIXe siècle, la dimension prophétique de Nostradamus. Bien entendu, , il est ici hors de question de parler d’une quelconque retouche des quatrains, vu qu’à la fin du XVIIIe siècle, le canon centurique était définitivement clos. Mais l’on peut se faire une idée de la méthode suivie pour la confection de quatrains à partir d’un matériau en prose.

Une fois que certaines “sources” en prose ont été identifiées, l’on est ainsi en mesure de déterminer si des modifications ultérieures sont intervenues, ce qui permet in fine de dater les éditions qui comportent de telles retouches. Un des cas les plus remarquables concerne probablement un quatrain censé annoncer le couronnement d’Henri de Navarre – Henri Iv- à la Cathédrale de Chartres, en janvier 1594.

Un cas moins connu de nos jours mais qui dut certainement marquer les esprits en son temps, c’est-à-dire lors du Couronnement d’Henri de Navarre, concerne un quatrain comportant le nom de Chartres. Or, c’est bien dans cette ville –et non à Reims comme l’aurait voulu la tradition, qu’eut lieu le couronnement d’Henri IV.

Or, l’ensemble du quatrain se retrouve dans une rubrique de la Guide des Chemins de France mais avec une variante/ Bien évidemment, c’est le quatrain qui comporte la dite variante et non l’inverse. Le nom de Chastres (l’actuel Arpajon) aura été retouché en Chartres, soit après l’événement soit en vue du dit événement. On est au lendemain de la célèbre formule «Paris vaut bien une messe  !  »

Le recyclage de l’Épître à Henri II

L’Épître qui figure en tête du second volet des Prophéties de Nostradamus- le volet que le camp réformé s’appropria- est dédiée au roi de France, Henri II, fils de François Ier. Si les faussaires disposaient d’une riche documentation, c’est également le cas des historiens actuels qui disposent d’un grand nombre d’ouvrages en rapport avec le nostradamisme. rassemblés par des collectionneurs comme Daniel Ruzo, qu’il s’agisse d’originaux ou de films. C’est ainsi que l’on a connaissance d’une «  première  » Épîtres dédiée à ce roi, époux de Catherine de Médicis. Il s’agit d’un texte daté de 1556 alors que l’Épître figurant au sein des Centuries est datée de 1558 et ne mentionne pas la précédente Épître, tout en laissant entendre qu’elle est la première. Cette Épître de 1556 figure en tête des Présages Merveilleux pour 1557, qui sont en prose et non en vers, au demeurant.

Cette fausse épître de 1558 est célèbre en ce qu’elle met en avant la date de 1792, ce qui la fait prophétiser, diront les commentateurs, la Révolution Française, reprenant ainsi une tradition bien établie depuis le cardinal Pierre d’Ailly (1414)

Le dilemme des prophétologues

Les nostradamologues sont souvent confrontés à un dilemme, ce qui les empêche de prendre conscience de certains anachronismes, ce qui aura constitué un obstacle épistémologique pour la recherche en ce domaine. En effet, dès lors que l’on part du principe que Nostradamus pouvait explorer, en quelque sorte, le futur, il devient difficile d’affirmer que tel passage de son œuvre ou de l’œuvre qui lui est attribuée relèverait d’une interpolation tardive. On est dans le «  et pourquoi pas ? »  », le « sait-on jamais  ?  » La perception des invraisemblances devient plus difficile, ce qui nuit à terme à une démarche critique.

C’est ainsi qu’en ce qui concerne la période de la Ligue, lorsque nous soutenons que telle retouche a été effectuée du fait des enjeux politiques de l’époque (quatrains comportant le mot Tours ou le mot Chartres, par exemple), on nous répond le plus sérieusement du monde que Nostradamus l’avait prévu et donc que nos observations ne prouvent pas vraiment qu’il y aurait eu des additions de circonstance..-

Ajoutons la résistance de certains chercheurs qui nous reprocheront de vouloir «  déposséder  » Nostradamus de son principal «  trésor ». L’idée de disperser la patenté des quatrains entre plusieurs auteurs et plusieurs périodes irait ainsi à l’encontre de l’image d’un grand prophète français, d’où l’attachement de nombre d’entre eux à la thèse d’une parution des Centuries du vivant même de Nostradamus, du moins pour ce qui est des sept premières d’entre elles, étant entendu que le dit Nostradamus aurait composé l’ensemble des dites Centuries dès les années 1550, ce qui permettrait ainsi de lui attribuer la prédiction de la mort en tournoi d’Henri II, survenue en 1559. Cela apparaît dès la première centurie (parue selon nous au plus tôt vers 1585-, ce qui montre d’entrée de jeu l’intention apologétique des éditeurs :

I, 35

Le lyon jeune le vieux surmontera

En champ bellique par singulier duelle

Dans cage d’or les yeux luy crevera

Deux classes une puis mourir mort cruellement

Rappelons que le souverain fut blessé mortellement à l’œil par la lance de son adversaire,Gabriel de Lorges, comte de Montgommery ( 1530 – 1574,) , d’où des jeux de mots sur le « grain » (d’orge) à propos d’autres quatrains.. On peut voir éventuellement dans «  cage d’or  » un anagramme d’Orge.

La présence de noms propres, même sous forme d’anagrammes, aura fortement contribué à la réputation des Centuries bien plus, selon nous, que de simples allusions événementielles. Les sixains, lesquels, quant à eux, s’en tiennent bel et bien à la thèse posthume useront plusieurs fois d’un tel artifice, ce qui nous éloigne décidément de l’approche astrologique pour basculer vers la voyance. D’aucuns nous objecteront que le lecteur aurait eu du mérite à repérer un quatrain dans un ensemble aussi foisonnant mais ce serait oublier que l’on se passait le mot quand un quatrain était censé viser quelque événement en cours comme ce fut le cas du Mirabilis Liber sous la Révolution (cf Le texte prophétique en France) et quant au faussaire, il était bien placé pour connaître le dit quatrain puisque c’est lui qui l’y avait mis !

La plupart des chercheurs sont doublement gênés aux entournures, d’une part face à la question des éditions antidatées et de l’autre face à celle des éditions manquantes.

 

 

Le phénomène Crespin

Il faut nous arrêter sur le cas des Prophéties d’Antoine Crespin alias Archidamus. On y trouve un très grand nombre d’extraits des Centuries mais qui ne se présentent comme tels. On peut se demander si les faussaires n’auraient pas plutôt recyclé la production pseudo-nostradamique de Crespin d’autant que dans d’autres ouvrages de cet auteur, l’on trouve des quatrains qui s’en prennent à Avignon. .

Cet Antoine Crespin s’en était pris au pape en raison de sa politique dans les territoires de l’Église en Avignon. Roy de Bloys en Avignon régner. On trouve cette injonction dans le second volet, (VIII, 52)

De deux choses l’une, soit il aura repris à son compte un quatrain des Centuries, soit les éditeurs des Centuries auront récupéré certaines textes de sa plume.

Or, nous avions découvert, au début des années 90, dans le cadre d’une thèse d’État sur le prophétisme, que dans les Prophéties dédiées à la puissance divine, le dit Crespin avait introduit sans mentionner le nom de Nostradamus toute une série de quatrains, sous la forme d’adresses à de hauts personnages. (cf. Brind’amour, Ed Droz 1996 et notre édition de 2002, Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus) Qu’en conclure  ? Que Crespin avait recopié les Centuries ou que c’est lui qui avait été «  plagié  »  du fait même qu’il s’exprimait à la façon des quatrains des almanachs de Nostradamus, au point d’avoir adopté le surnom d’Archidamus  ! Sous prétexte que Crespin aurait usurpé, au lendemain de la mort de Nostradamus, une identité qui ne lui revenait pas – il y eut d’ailleurs toute une série de «  successeurs  » dont certains portaient le nom de Nostradamus le Jeune, entre autres (-, d’aucuns ont cru bon de décréter que le dit Crespin ne pouvait qu’avoir récupéré les quatrains à partir d’éditions déjà parue ou qui auraient circulé sous forme manuscrite, ce qui était assez fréquent à l’époque.)/ En tout état de cause, si ces éditions avaient déjà été imprimées en 1572, on ne voit pas quel aurait pu être l’intérêt de les reproduite de la façon dont s’y serait pris Crespin. En publiant ces textes, Crespin se serait évidemment exposé à ce qu’on s’aperçut et dénonçât l’emprunt . !

Ce serait là peut être aller un peu vite en besogne d’autant que nous avons montré par ailleurs que certaines attaques visaient les Juifs d’Avignon, communauté dont Nostradamus devait être assez proche, puisqu’il avait une ascendance israélite (d’origine pyrénéenne) et était né dans la région. En outre, l’on trouve certaines variantes entre le texte de Crespin et celui des Centuries, en précisant que le dit texte ne se présente pas formelles comme des quatrains.

On reprendra la présentation de Pierre Brind’amour sur Crespin (Droz 1996) p. XXVI

«  On peut se faire une idée de l’état des textes qui étaient à la disposition du public quelques années après la mort de Nostradamus en lisant la production des imitateurs et des plagiaires. Dans ses Prophéties parues en 1572 et dédiées à la duchesse de Savoie, l’imposteur Antoine Crespin aligne bout à bout des vers nostradamiens -vers piqués au petit bonheur à droite et à gauche, un ou deux à la fois- et forme ainsi des vers d’une prose maladroite qui constituent de petits paragraphes. Chaque paragraphe est dédié de manière ronflante à quelque grand seigneur du royaume et principalement de Provence (…)Or, ce texte , en ce qui concerne les 354 premiers quatrains n’est pas celui de l’édition Macé Bonhomme de 1555, c’est un texte qui s’en éloigne autant que les éditions des années 1580. De plus l’auteur pille abondamment les quatrains des centuries postérieures. Tout se passe comme si les éditions complètes des Prophéties reliées ensemble, circulaient dans les années qui suivirent la mort de Nostradamus et qu’elles étaient dans un état d’incurie typographique aussi grave, par rapport au texte original, issu de la plume du prophète, que celui des éditions publiées à la fin du siècle . Les centuries postérieures comme les premières étaient déjà connues et publiées en 1570  »

Pour notre part, nous ne pensons pas qu’il faille conclure du «  témoignage  » de Crespin à la préexistence des Centuries avant 1572 et en tout cas pas à l’existence d’éditions qui seraient parues du vivant de Nostradamus. (cf Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed Ramkat 2002) Bien plus, Crespin aurait également servi à authentifier l’Épître à Henri II datée de 1558, puisqu’elle figure à la même époque dans un autre texte portant le nom du dit Crespin (cg nos Documents Inexploités sur le phénomène Nostradamus, op. Cit), ce qui n’exclue pas pour autant que certains quatrains centuriques aient été empruntés à la production pseudo-nostradamique du dit Crespin et ce serait d’ailleurs pour cette raison que l’on aura instrumentalisé ce dernier.

A trop vouloir prouver, l’on met en évidence l’imposture. C’est ainsi que l’on trouve dans des textes de Crespin une référence précise à l’Epitre de 1558 à Henri II (cf nos Documents Inexploités sur le phénomène Nostradamus, op. Cit. Pp ; 57-58) « Regarde à une prophétie qui est faite le XXVII. Jour de juin 1558 à Lyon, dédiée au feu Roy Henry II grand Roy & Empereur de France, l’autheur de laquelle Prophétie est mort & décédé » (Epitre à la Reyne Mère, Lyon, Benoist Rigaud, 1573 (cf Benazra, RCN ; p.105). Cela vise directement l’épître située en tête du second volet des Centuries, laquelle comporte exactement la même date du 27 juin 1558, si ce n’est qu’elle n’est pas envoyée de Lyon mais de Salon (de Provence), et encore que le nom de Nostradamus (mort en 1566) ne soit pas mentionné..Or,il s’agit là de la fausse lettre à Henri II, la vraie datant de 1556 et figurant en tête des Présages Merveilleux pour 1557, cette seconde lettre qui ne mentionne pas la précédente car elle n’en est que la refonte n’est certainement pas parue avant la fin des années 1580. On notera d’ailleurs que cette Épître comportant une telle référence paraît chez Benoist Rigaud tout comme la fausse édition de 1568 des deux volets. On se fait ainsi une idée de la collusion des libraires dans une telle mise en scène !.

La thèse d’une édition posthume ne vaut selon nous qu’au regard du projet « virtuel » des faussaires (d’où la fausse édition de 1568 qui aura connu une vogue certaine,au vu du nombre d’exemplaires qui en ont été conservés) et on serait passé, dans un second temps, à préférer carrément produire des éditions du vivant de Nostradamus. De fait, on aura produit avec Crespin la « preuve » de l’existence au début des années 1570 de l’existence de telles éditions alors que rien de tel n’existe pour « valider » les éditions supposées parues entre 1555 et 1560/61, ce qui couvre l’ensemble du premier volet. D’aucuns ont d’ailleurs émis l’hypothèse assez vraisemblable, du moins au prisme du scénario des contrefaçons, d’un second volet qui aurait été posthume (cf Petey Girard). Autrement dit, les éditeurs du premier volet situèrent leurs « modèles » entre 1555 et 1560 et ceux du second volet en 1568, ce dernier volet ayant été retrouvé à la mort de Nostradamus. Autrement dit, les faux du premier volet s’inscriraient dans un autre cadre chronologique que ceux du second volet.

Le fait que les éditions «  complètes » datées de 1568 ne mentionnent pas la mort de Nostradamus confirme selon nous que même ces éditions posthumes seraient des faux et cela vaudrait tant pour le texte sur l’Androgyne (1570) que dans le cas de Crespin. Autrement dit, les Prophétie dédiées à la puissance de Dieu et à la nation française (on en connaît au moins deux éditions) seraient faux, incluant des quatrains issus des 10 centuries, ce qui recouvre en effet le contenu à deux volets des éditions datées de 1568, à Lyon.

Il serait donc vain de rechercher une quelconque unité de conception pour les deux volets, cela vaut pour la différences quant aux sources mais aussi quant à l’idéologie sous-jacente, mais cela vaut aussi pour le positionnement par rapport à la vie de Nostradamus. Il y a une logique propre au premier volet et une autre propre au second volet même si certains chercheurs tiennent à ce que le second volet soit paru avant la mort d’Henri II, puisqu’il est introduit par une Épître qui lui est destinée, datée de 1558 et dont nous avons vu qu’elle recycle une Épître au Roi, elle, authentique, datée de 1556. Les faussaires auront cru bien faire en ouvrant le second volet avec une épître à Henri II et de toute façon, si édition posthume, il y aurait eu, elle aurait nécessairement concerner des textes restés manuscrits mais rédigés du vivant de Nostradamus. On dispose certes, on l’a vu, du « témoignage » d’un autre Antoine, le sieur Couillard du Pavillon, s’en prenant en 1556 aux « prophéties » de Nostradamus, en les paraphrasant. Dans cet ouvrage, ne trouve-t-on pas justement des allusions à la Préface à César  de 1555  (cf P . Guinard, Les Prophéties d’Antoine Couillard (1556) : Une parodie des Prophéties de Nostradamus CORPUS NOSTRADAMUS 49)“. D’aucuns y voient quelque confirmation d’une première édition des Centuries alors que le texte ne concerne qu’un texte envoyé à César et qui peut parfaitement avoir introduit une autres pièce. Ne peut-on pas plutôt renverser l’analyse et considérer que Couillard pastiche une épître à César disparue, laquelle aura servi à composer une fausse épître-perdue- placée en tête du premier volet tout comme il existe une vraie Épître à Henri II qui aura servi à composer une fausse épître placée en tête du second volet. On fait du faux avec du vrai.(cf l’usage que fait P. Brind’amour de ces Prophéties de Couilllard dans son étude de la Préface à César, in Les premières centuries ou prophéties, op. Cit, pp. 25 et seq)

Préface à César

: “Que possible fera retirer le front à quelques uns en voyant si longue extension & par souz toute la concavité de la Lune”

Cette formule “faire retirer le front” est bien étrange-elle n’est cepenant pas relevée par Brind’amour dans son étude , et on lui préférera celle bien plus évidente de Du Pavilon: « & qui paradventure feront rougir le front à quelques uns, qui ne seront pas si melencolicques que moy. » (III, f.E1r) Je n’entendz aussi extendre mes revelations jusques soubz la concavité de la lune » (III, f.E1r)

On retrouvera cette expression imagée dans l’Athalie de Racine (Acte III, 3) : “Ces mots ont fait monter la , rougeur sur son front” Est-ce Couillard qui aura « corrigé » le texte de la Préface centurique ou bien ne serait-ce point bien plutôt le rédacteur de la fausse Préface qui aura mal recopié la vraie Préface ?

Guinard note que ‘Le privilège, signé Aubery et adressé à « Monsieur le Prévost de Paris, ou son Lieutenant Civil », est daté du 4 mai 1556, soit exactement un an jour pour jour après l’achevé d’imprimer de l’édition Bonhomme des Prophéties de Nostradamus”; Quelle étonnante coïncidence, vraiment! Selon nous, c’est parce que cette date figurait chez Couillard Du Pavillon que les rédacteurs de la fausse Préface à César ont repris les mêmes données mais pour l’année précédente. Autrement dit, il est possible que les faussaires n’aient pas eu accès au texte auquel se référé Couillard du Pavillon mais au seul texte du dit Couillard, puisque leur utilisation de la date du 4 mai ne fait sens que par rapport à ce dernier. C’est donc Du Pavilllon qui aurait été mal recopié par les faussaires d’une seconde Préface à César., la première ne nous étant connu que par le dit Du Pavillon, l’adversaire de Nostradamus, comme c’est d’ailleurs souvent le cas .

Quant au texte de Couillard, il correspond probablement d’assez près à la vraie Épître à César et les différences avec la fausse Épître ne seraient pas le fait de Couillard mais rendraient bel et bien le texte de la vraie Épître, laquelle aura également servi pour composer la fausse. On nous parle de parodie de la préface à César alors qu’il s’agirait plutôt d’une paraphrase.

Couillard fait mine de s’adresser à son fils Martial de la même façon que Nostradamus s’adressa à son fils César

“Non seulement pour servir à Martial mon filz, l’aage duquel ne te veux celer, comme nostre maistre Nostradamus grand philosophe et prophete, veult en son epistre tant espoventable taire les ans de Cesar son filz.”

D’ailleurs ce Couillard se réfère à ces Prophéties de 1556 au début de ses Contredicts, aux faulses & abbusifves propheties de Nostradamus, & autres astrologues. Adjousté quelques œuvres de Michel Marot, fils de feu Clément Marot, prince de poètes François. Paris, Charles L’Angelier,  en 1560 ? On notera qu’en 1560, il qualifie Nostradamus d’astrologue, ce qui ne convient guère pour l’auteur de centuries de quatrains. Couillard, d’ailleurs, en 1560, pas plus qu’en 1556, ne se réfère aucunement aux dites centuries dont il aurait eu connaissance en 1556  alors même qu’en 1560, à propos de la récente mort du roi, il fournit toute une série de quatrains, mais pas un seul de Nostradamus qu’il ne semble pas considérer comme un poète mais comme un astrologue et notamment pas le quatrain censé annoncer la blessure mortelle en tournoi ! Pour constituer les deux préfaces aux deux volets, l’on aura ainsi recyclé deux anciens textes de Nostradamus, ce qui implique d’avoir disposé d’une bibliothèque bien fournie en « nostradamica ». Rappelons que si l’épître à Henri II en tête des Présages Merveilleux pour 1557 n’avait pas été retrouvée, on se trouverait en face de deux épîtres dont on ne soupçonnerait point qu’elles fussent déjà parues en tête d’autres textes que les Centuries. L’existence avérée de la première Épître au Roi rend fort vraisemblable qu’il en ait été également ainsi pour la Préface centurique à César. D’ailleurs, nous disposons de réactions d’adversaires de Nostradamus au fait que ce dernier ait osé ainsi s’adresser au roi.

Mais revenons, in finé, sur la question de la chronologie des éditions en apportant un nouvel éclairage, au prisme des additions et des suppression, des ajouts et des titres tronqués. L’absence de mention d’un contenu de 4 centuries dans le titre de l’édition Bonhomme 1555 nous semble rédhibitoire. Rappelons que cette mention est attestée par une édition de Rouen, 1588, « divisée en quatre centuries ». En supprimant cette mention qui pourtant correspond au contenu, les faussaires rendent illisibles les titres des éditions suivantes quand il est question de « 300 qui n’ont encores jamais esté imprimées ». De même, dans les éditons 1568, la suppression de la formule complété « revues & additionnées par l’auteur pour l’an 1561 de 39 articles » pour ne garder que le début : « Adioustées de nouveau par le dict Autheur » sans autre précision quant au contenu, met bien en évidence une certaine incurie dans la fabrication de ces contrefaçons antidatées. Ce qui vient naturellement dans un bon ordre, quand il s’agit d’une réalité authentique risque fort de de fauter quand on cherche à imiter le réel et à s’y substituer. La surconscience s’essouffle assez vite quand elle prétend faire concurrence à l’ordre de la subconscience et finit par se trahir par le biais du décalage entre la présence et sa représentation. Dans le cas des femmes, quel fossé entre la perfection de la procréation qui échappe à leur contrôle et l’insuffisance de leurs productions mimétiques  qui ne tiennent guère face à l’épreuve du temps, vu que toute imposture se voit tôt ou tard dénoncée, au regard de quelque justice immanente dont la balance distingue le vrai du toc. …

 

Nostradamus . Le tournant prophétique  des années 1560

par  Jacques  Halbronn

A partir des années 1560,  le contexte nostradamique va changer sensiblement.  On voit apparaitre des fausses éditions des almanachs et pronostications de Michel de Nostredame, notamment du fait de libraires parisiens comme Barbe Regnault, ce qui a été signalé dans les bibliographies  de Chomarat et de Benazra  dans le Répertoiure Chronologique Nostradamisque que nous avons édité;  qui parlent d’éditions « pirates »..(cf RCN pp. 42  et seq) Nous avons signalé que le frontispice de ces contrefaçons n’était pas le même que celui des Pronostications authentiques. On notera  que  chez Nostradamus, seules   les pronostications comportent une  vignette représentant l’auteur alors que dans les éditions pirates, les vignettes figurent tant pour  les almanachs que pour les pronostications. et ces vignettes ne sont pas identiques chez le vrai et chez le faux Nostradamus, erreur qui aura été fatale pour les tenants des éditions antidatées des années 1555 -1557. C’est le détail qui tue. On ne saurait négliger la preuve iconographique!

Mais, par ailleurs, Nostradamus va se hasarder dans une veine prophétique. En 1991, nous publiame dans la revue  Réforme, humanisme, Renaissance -n°53  une étude intitulée  Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus dont nous reproduisons ci dessous le résumé paru :

« Les relations entre Nostradamus et Pie IV (1559-1565) n’ont pas fait l’objet d’une monographie, si bien que l’on a généralement privilégié ses Epîtres au pouvoir temporel. C’est ainsi qu’en 1556, Nostradamus s’adressa coup sur coup à Catherine de Médicis, à Henri II, et à Antoine de Navarre. La découverte de la Contrepronostication nous a amené à examiner la nature des relations entre Nostradamus et le Pape. Pourquoi y reprochait-on notamment à l’auteur des Prophéties d’être en quelque sorte à la solde du souverain pontife ? De fait, en cette année 1561, Nostradamus rédigea deux Epîtres au Pape et l’année précédente, il lui accorde un passage significatif de son Almanach pour ladite année 1561  Cet article a été reris  sur internet  sur différents supports.(https://cour-de-france.fr/histoire-et-fonction/histoire-et-fonctionnement/politique-et-religion/etudes-modern, et Persée) et signait notre entrée dans le domaine nostradamologique. Pie IV est le grand absent des éditions centuriques qui ne reproduisent pas  les textes de Nostrdamus adressés au pape. Ce qui est un signe de leur caractère décalé de deux décennies. L’imporrance de ces textes  avait été notamment signalée  en 1906 avec la « Reproduction  très fidèle d’un manuscrit inédit de M. de Nostredame dédié à SS le Pape Pie IV » Mariebourg (cf RCN, p. 449)  où l’on précise qu’il s’agit de l’almanach pour 1563. En  1905 était paru chez le même éditeur une « réimpression de l’almanavh de Michel de Nostredame pour l’année 1563 (Avignon, donc dans les territoires pontificaux français, Pierre Roux)dédié à Pie IV

Etrangement, Benazra ne fait pas le rapprochement -p. 52) avec les Praedictions  de l’almanach  de 1562, 1563 1564″ D’une certaine façon, ce volume manuscrit ferait pendant au Recueil  des Présages Prosaiques (dont une partie a été éditée par B. Chevignard en 1999; Ed. Seuil). Dans les deux cas, il s’agit de  volumes rassemblant des textes envoyés aux libraires. Mais l’on notera qu’il s’agit là de deux séries distinctes. Le Recueil des Présages Prosaiques concernant les almanachs et pronostications,  les « Praedictions » concernant un autre genre dont il va être question et la différence des intitulés n’est pas indifférente. On ne connait d’ailleurs une impression de ces Prédictions que dans leur version italienne mieux conservée , curieusement,  à la BNF  que la  série des  almanachs et -pronostications de Nostradamus, la BNF n’en possédant aucun en propre (cf RCN pp.  62-77) Signalons aussi l’article de Robert Amadou -(RCN, p. 618) paru dans la revue L’Autre Monde (février 1986)  « De Nostradamus au pape Pie IV.. Lettre ouverte ».

Abordons  la présentation de 1906 qui  met  exergue  des extraits  qui selon nous, sont d’un autre style que la production annuelle habituelle de Nostradamus. On sort de la triplicité aquatique pour entrer dans la triplicité de feu, ce qui réfère à la théorie des grandes conjonctions de Jupiter et de Saturne, notamment exposée par Leovitius comme on peut le voir dans ce  » Discours contre Cyprien Leovitius & autres modernes astrophiles, touchant la grande conjonction du monde, & des quatre Eclipses de Soleil »  de Francesco Liberatil, imprimé à Paris & au Mans par Hierosme Olivier l’an 1576. Nostradamus pointe le milieu des années 1560. Rappelons que lui même décédera en 1566 alors mêmes que se précisent certaines échéances. D’ailleurs, les Significations de l’écliose de 1559 seraient déjà marquées par cette influence ( CORPUS NOSTRADAMUS 133 — par Patrice Guinard

Prédictions des Choses mémorables et Pronostication du Cercle solaire), RCN p. 30. Réimpression 1904)

Se pose la question de l’édition datée de 1556  des Prophéties d’Antoine Couillard Du Pavllon Les Lorriz, lequel publia en 1561  des Contreditz aux faulses & abusifves  prophéties de Nostradamus & autres  astrologues, Paris,  Charles L’angelier. (RCN, p. 45) ouvrage où il est fait référence aux dires conjonctions. Selon nous,  le texte daté de 1556 pourrait avoir été antidaté en s’inspirant de du pamphlet de 1561, d’où certains anachronismes à commencer par l’usage du mot Prophéties dès 1556. On notera que le nom de Nostradamus ne figure pas dans ce texte, ce qui montre que l’on s’attaque à un auteur bien reconnaissable, ce qui selon nous n’était pas encore le cas alors.. Parmi les étrangetés, cette parodie de la Préface à César figurant dans l »édition antidatée de 1555 des « Prophéties » du dit Nostradamus. on retrouve le même procédé chez un Antoine Crespin (cf notre éditions Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus) dans ses Prophéties dédiées à la Puissance Divine (1572) que P. Brind’amour exploitera  dans son édition de 1996 du volet daté de 1555 (Droz), lesquelles reproduisent sans citer leur source un grand nombre de versets figurant dans les éditions contrefaites (cf notre post doctorat 2007 sur ce point, Giffré de Réchac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle); On  note l’instrumentalisatin d’imitateurs de Nostradamis mais  aussi d’adversaires (cf infra avec Videl)  en vue d’authentifier les fausses éditions et les Prophéties de Couillard datées de 1556  appartiennent au genre du pastiche. Ce qui vaut pour les Prophéties de Couillard de 1556 vaut  a fortiori pour Laurens Videl et là encore, c’est la référence à des passages de la Préface à César qui séduit un Patrice Guinard:   » Certains passages de sa Declaration des abus ignorances et seditions de Michel Nostradamus, parue en Avignon en 1558, semblent se référer explicitement à l’exemplaire de Budapest, répétant notamment l’une des fautes typographiques d’une sentence de la préface à César : « nous inspirant par baccante fureur, ne par l’imphatique [sic] monument, mais par astronomiques assertions » (1557, exemplaire de Budapest), mais dans l’édition Bonhomme de 1555, dans l’édition Du Rosne de 1557 (exemplaire d’Utrecht), et dans toutes les éditions ultérieures : « nous inspirant non par bacchante fureur, ne par lymphatique [ou limphatique] mouvement, mais par astronomiques assertions ». En effet Videl s’empare de l’occasion pour se gausser de l’alcoolisme « avoué » du salonais : il « nous veut inventer une nouvelle astrologie forgée en sa furye bacchanale, & non limphatique, (comme il dit) sur umbre de prophetie. » (f. D4r). Videl ne reprend que l’inversion de la négation (ce qui n’est ni suffisant ni significatif, surtout s’il a estimé que la « furye bacchanale » conviendrait assez bien à l’auteur des Prophéties, mais non la faute typographique « monument » pour « mouvement » qu’il aurait signalée dans ses persiflages s’il avait suivi l’édition datée de novembre 1557 !Ce dernier argument ne tient pas car la préface de l’ouvrage de Videl — prétendument traduit du latin! — est datée du 20 novembre 1557 et la conclusion du 21 novembre 1557 : rien n’aurait empêché Videl d’avoir rédigé son texte à l’emporte-pièce en quelques jours après la sortie de la seconde édition Du Rosne le 3 novembre 1557. » Guinard ne cite d’ailleurs pas les Prophéties de Couillard à l’appui de sa « démonstration » Il est vrai que le rapprochement des deux textes est assez édifiant  quant à l’usage d’un même procédé  et d’ailleurs  Du Pavillon cite carrément »nostre Maistre Nostradamus »et le nom de son fils César (p. 5)

Tout le monde se trouve piégé : aussi bien ceux qui veulent situer les premières éditions en 1555 que ceux qui parlent d’éditions posthumes comme celle, prétendue, de 1568. Dans le même genre, on citera  le texte de l’Androgyn  Lyon, Michel Jove, 1570 ‘cf RCN pp; 95-97)  attribué à Jean de Chevigny et qui renvoie à Dorat. Toute une production destinée à valider la thèse d’éditions du vivant de NOstradamus ou suivant de peu sa mort et qui égareront les chercheurs naifs.

On aura compris que pour nous,  au cours des années 1560 -et en fait un peu avant- Nostradamus fut happé par la théorie apocalyptique des grandes conjonctions (d’Albumasar), ce qui le conduisit à une forme de prophétisme qui ne s’était pas révélée auparavant, et c’est ce qui le conduira à s’adresser au pape Pie IV. Autrement dit, dans les années qui précédèrent cette décennie, nostradamus ne se voulait point prophète. Rappelons que la Préface à César fait partie de ce corpus de contrefaçons puisqu’elle ouvre l’édition des « Prophéties » Lyon, Macé Bonhomme 1555 et est reprise en 1557 chez Antoine du Rosne. Double bévue donc des faussaires, quant aux pages de titre tant en ce qui concerne les vignettes que les intitulés des oeuvres, laquelle bévue n’aura pas été décelée, malgré nos avertissements, depuis plus de 20 ans par les prétendus « spécialistes -cf « .CORPUS NOSTRADAMUS 49 — par Patrice Guinard  Les Prophéties d’Antoine Couillard (1556) : Une parodie des Prophéties de Nostradamus)

Revenons donc  sur le « pastiche » de 1556  (cf sa reproduction  http://www.propheties.it/1556-005%20Pavillon,%20Les%20Propheties/slides/1556-005-011.htm) avec au folio  B II  « un millier de ses autres folies » On retrouve la même formule au fol G II  «   un milier des resveries escriptes par nos nouveaux prophétes » (fin de la quarte partie du Livre des Prophéties  du Seigneur du Pavillon »

. C’est évidemment une référence aux dix centuries de cent quatrains qui constitueront in fine le canon centurique. Or, il est clair qu’en 1556 on en était encore très loin puisque la formule des 10 centuries ne saurait être antérieure à 1568 pour les tenants de cette édition et au début des années 1590 pour les plus sceptiques dont nous sommes. A vouloir trop prouver…. Abordons à présent la question de la fortune de l’interpellation du pape par Nostradamus, telle que nous la restitue l’édition de 1906 du manuscrit. Sur la forme, il est clair qu’on assiste à un changement de statut de Nostradamus lequel met en avant des échéances dépassant largement le cadre annuel auquel il s ‘était tenu jusque là. L’erreur des faussaires est de ne pas avoir pris la mesure du tournant des années 1560 en le plaquant dès les années 1550, logeant tout ce qui leur tombait de nostradamique sous la main à la même enseigne, sans considération d’espace ni de temps..

Le quatrain 76 de  la  centurie VIII  du second volet, ne se comprend ainsi que sur la base du manuscrit  en question: « Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’avril naistra un de quelque grand Roy et monarque qui fera sa fin cruelle et sanguinolente (…)On le nommera MARCELLINUS (en majuscules ndlr)mais on ostera de son nom l »R’ » Ce  qui donne  ‘Plus Macelin  que Roy en Angleterre (…) son temps s’approche  » Marcelin sans R  donne Macelin.rapproché de l’italien pour boucher. » Nostradamus  est au moment de sa mort puissamment marqué par la théorie des conjonctions (cf édition 1906 p. 10) qui impressionnera dans les années 1580 jusqu’à un Jean Bodin dans un chapitre de sa République. Ce quatrain de la huitième centurie montre que le corpus prophétique de Nostradamus aura été exploité par ceux qui se chargèrent de la confection du second volet des Centuries – le camp favorable à l’avénement d’Henri de Navarre à la Couronne de France, selon la formule du Janus Gallicus (1594) En ce sens, l’on ne saurait  affirmer  que les Centuries ne relévent pas formellement  d’une certaine façon de l’oeuvre de Nostradamus mais certainement pas de la période des années 1550. Tout comme les quatrains des almanachs,  la prose de Nostradamus aura servi à nourrir un certain nombre de quatrains  des Centuries.

 

 

 

Le champ des contrefaçons a l’insigne mérite de poser un probléme crucial pour notre travail, à savoir que l’on ne doit pas approcher de la même façon ce qui s’est constitué naturellement et ce qui a fait l’objet d’une construction. On en donnera un exemple à propos de la question de la chronolohgie des Centuries.

Nous commentons ci après certaines formules utilisées par Patrice Guinard pour valider sa chronologie des éditions centuriques au prisme de l’argument de la vraisemblance que celui-ci n’hésite d’ailleurs pas à manier.

Mais commençons par afficher d’entrée de jeu ses conclusions à l’aide de son «  Résumé des résultats et conjectures de cette recherche » :

- Les Prophéties sont originellement parues à Lyon en trois fois (1555, 1557, 1558).

- Elles ont été rééditées à Paris en 1556, en 1557, et probablement en 1558.

- Elles ont été réimprimées sous un autre titre et avec quelques modifications à Avignon vers 1559-1560.

- Deux contrefaçons parisiennes, parues vers 1561, attestent de l’existence des premières éditions.

- Une traduction anglaise de la contrefaçon parisienne est parue à Londres en 1563. Une traduction des Prophéties en hébreu est parue à Constantinople.

- Aucune édition complète ne serait parue du vivant de Nostradamus. Benoist Rigaud fait imprimer en 1568 la première édition complète en deux volets rassemblant le texte des éditions de 1557 et 1558 (cf. CN 38) ».

 

On commencera par la formule choisie par ce chercheur :

« Editions tronquées et éditions complètes » selon une chronologie inversée : d’abord complètes puis « tronquées » et l’on se demandera quelle est la thèse la plus « vraisemblable » :

« Les éditions des Prophéties dans la seconde moitié du XVIe siècle s’étagent sur trois périodes : celle des premières éditions (1555-1563), objet du présent article, la période Benoist Rigaud (c. 1568-1585), qui est aussi la période de diffusion des éditions « complètes » du texte, et la période ligueuse (c. 1588-1600), celle des éditions tronquées et atrophiées parues après les assassinats de Henry de Guise et de Henry III, et de la réaction des éditions Rigaud, de Benoist en fin de carrière puis de ses héritiers. «

Chacun a ses critères de vraisemblance. Ainsi, un événement très particulier peut-il être annoncé à l’avance comme le fait que la capitale de l’ennemi soit la ville de Tours ou que le roi de France soit couronné non à Reims mais à Chartres. Pour Guinard, il n’y a pas de probléme puisque Nostradamus est un prophéte. Ce n’est pas notre position !

Que dire de l’analyse qu’il propose pour les éditions de 1557  à propos du travail de Gérard Morisse ?

Patrice Guinard :

« Reste l’argument concernant le nombre de quatrains et les dates d’impression :

« Achevé d’imprimer le 6 du moys de Septembre. 1557. » (exemplaire d’Utrecht à 642 quatrains)

« Achevé d’imprimer le troisiesme de Novembre. » (exemplaire de Budapest à 639 quatrains)

D’abord on comprend mal, dans l’hypothèse Morisse, pourquoi une édition portant la date de 1557 au frontispice, aurait été imprimée une année avant, et j’ai signalé en septembre 2002 : « que les dates d’achevé d’imprimer des deux tirages de cette série, probablement contemporains, à savoir les 3 novembre et 6 septembre 1557, sont espacées de 58 jours, exactement égaux aux 58 quatrains prétendument « manquants » à la septième centurie. » (cf. « Les Nombres du Testament comme fils d’Ariane au Corpus nostradamique », Les Nombres du Testament). »

Il y a un point aveugle dans l’argument avancé par Patrice Guinard : il raisonne sur la base d’un auteur, le dit Michel de Nostredame » censé se comporter logiquement. « On comprend mal etc » Il oublie ou feint d’oublier que dans le domaine des contrefaçons, ce point ne pése pas lourd. Il révéle au contraire la disparité des entreprises, trente ans après la date en question, lesquelles ne s’ajustent pas entre elles. En ce sens, il est tout à fait vraisemblable que ces bizarreries montrent que ce n’est pas Nostradamus ni d’ailleurs son libraire qui sont les acteurs de l’affaire mais des faussaires d’une autre génération.

Une question se pose  aux tenants d’éditions centuriques qui seraient antérieures à 1588  est celle du « trou « béant dans leur chronologie  pendant une vingtaine d’années! Aucune explication ne nous est parvenue à ce sujet. Comment s’est opérée la transition entre l’édition « complète » à dix centuries  qui se présente comme parue en 1568, deux ans environ après la mort de Michel de Nostredame  et les premières éditions centuriques connues pour 1588. On peut toujours dire évidemment que des éditions auraient disparu mais le zéle des chercheurs et des collectionneurs, depuis ce temps, accorde peu de crédit à une telle supposition. Mais peut- on cependant  accorder un satisfecit aux bibliographies parues dans les années 1989-90 de Chomarat et de Benazra, cette dernière à notre initiative? Nous avons dans notre bibliothèque deux exemplaires dédicacés en date du 2 février  1984 de Chomarat  de sa Bibliographie Lyonnaise des Nostradamus et de son Supplément  (Centre Cultirel de Buenc 1973 et 1976 On notera le pluriel « des Nostradamus », ce qui englobe d’autres auteurs que le seul Michel de Nostredame  et notamment  Antoine Crespin et ses Prophéties  par l’astrologue du treschrestien Roy de France  (…)  dédiées   à la puissance divine  & à la nation française, Lyon 1572, auxquelles nous avons consacré un reprint en 2002. Chomarat cite également  pour 1574 , chez Benoist Rigaud, censé avoir publié les éditions de 1568,  des Prédictions  (…) mises en lumière  par .M. Michel  Nostradamus le Jeune. Etrangement,  Chomarat ne signalait à l’époque, aucune édition centurique parue avant 1594 chez le même Benoist Rigaud mais il est vrai que ses bibliographies s’en tenaient à la seule production lyonnaise. En 1984, nous avions invité Chomarat à intervenir dans le cadre d’un congrès astrologique que nous organisions sur Lyon. L’année suivante, nous le retrouverions à Salon de Provence, lors des premières journées Nostradamus, où nous  fimes un exposé sur les attaques contre Nostradamus  et rencontrames Robert Benazra dont nous publierons les travaux en 1990 chez Trédaniel. Nous lisions avec intérêt les Cahiers Michel  Nostradamus.  Signalons la brochure  de Robert Amadou au sujet de ces deux bibliographie sous le titre de ‘Nuées et intelligences » Pâques 1989 Amadou avait retrouvé à la Réserve de la Bibliothèque Sainte Geneviève à Paris un exemplaire de l’almanach de Nostradamus pour  l’an 1561. Rappelons que Paris, toutes bibliothèques réunies, est fort pauvre en éditions des almanachs et des pronostications de  Nostradamus  parus de son vivant. Nous mêmes avions publié dans Politica Hermetica un compte rendu des deux bibliographies sorties à peu de temps d’intervalle.

Revenons donc sur les lacunes de ces bibliogaphies. Il semble que leur principe aura été de ne retenir que les textes portant le nom de Nostradamus, puisque Crespin avait adopté ce pseudonyme et c’est en cette qualité qu »il avait été intégré dans ces volumes. On notera d’ailleirs que ni Chomarat ni Benazra n’avaient signalé la présence massive dans sa production de versets se trouvant dans les Centuries ce  qui n’échappera pas à Pierre Brind’amour dans son édition de 1996. alors qu’il ne l’avait pas signalé en 1993 dans son Nostradamus astrophile. Mais Brind’amour aura eu le mérite d’insister sur le rôle des imitateurs (pp. 54 et seq).  Cela dit, Brind’amour qui publié à la suite des dites bibliographies ne semble pas avoir été intrigué par ce « trou » de 20 ans dans la chronologie des éditions centuriques pas plus d’ailleurs que Daniel Ruzo (Le testament de Nostradamus,  Ed du Rocher, traduit de l’espagnol, 1982) Crespin  d’ailleurs mettra en exergue un quatrain que l’on retrouve dans les Centuries  (cf Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique, pp. 91 et seq). Il s’agit de l’Epitre  dédiée (…) à Charles IX (..) jusques en l’année 1584.  (Lyon, 1571) »Le neuf empire  en desolation Sera changé en pole aquilonaire etc », ce qui renvoie au quatrain VIII, 31. Benazra ne s’arrête pas sur ce point.(p. 100). Certes,  l’on note que le cours des éditions reprend à partir de 1588 mais cette fois en l’absence des centuries VIII -X. qui figuraient pourtant dans l’édition Benoist Rigaud de 1568, édition dont on dispose d’ailleurs de nombreux exemplaires dont Patrice Guinard listera plus tard les variantes.

Double phénoméne donc: reprise en 1588 après dix ans où n’apparaissent que des imitateurs qui entretiennent la mémoire de Nostradamus et absence cette fois des trois dernières Centuries et de l’Epitre à Henri II qui l’accompagne, ce second volet ne reparaissant qu’au début des années 1590,  le Janus Gallicus de 1594 les ayant intégré, pour une partie,  dans son commentaire. Etrangement, Chomarat se contentait en 1973 dans sa Bibliographie Lyonnaise de donner comme contenu à cet ouvrage: » ouvrage qui raconte la vie de Michel de Nostradamus »  alors que l’ouvrage  était  conservé à la bibliothèque Municipale de Lyon, laquelle bibliothèque comportait  toute une série de prédictions qui ne comportaient certes pas le nom de Nostradamus mais qui en étaient des imitations sur le plan iconographique comme dans le style. Cette série aura échappé à nos deux chercheurs Lyonnais, Chomarat et  Benazra en ce que le nom de Nostradamus en était absent! Mais pour nous qui travaillions sur un corpus plus large, le constat serait flagrant (cf notre post doctorat, EPHE 2007 sur Giffré de Réchac  et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle) A noter à ce sujet de la « critique nostradamique »  qu’était paru dans les Cahiers Nostradamus n° 1; 1083 un fac simile  une « Letttre critique sur la personne & sur les écrits de Michel Nostradamus, Mercure de France Aout 1724

La  question des imitateurs aura notamment été traitée par Patrice Guinard

CORPUS NOSTRADAMUS 92 – « Florent de Crox, le plus doué des imitateurs de Nostradamus ». On ne s’en tient plus désormais aux seules références explicites au nom de Nostradamus et la seule présence de vignettes dans le style Nostradamus suffit. Curieusement, ces imitateurs se feront plus rares la parution des éditions des Centuriques des années 80. Encore en 1582 signalons l’ Almanach et amples predictions pour l’an de Jesus Christ 1582, composé par maistre Marc Coloni, Paris, Claude Montroeil, 1582(cf   Catalogue par titres abrégés  du fonds Nostradamus de la Bibliotheca Astrologica).  Mais c’est justement dans ce jeu des  vignettes que les faussaires des éditions posthumes puis du vivant de Nostradamus se trahiront car certaines vignettes furent produites déjà dans les années 1560 dans des éditions pirates en se différenciant de celles relevant du vrai Nostradamus. Autrement dit, les faussaires furent victimes de la précédente génération de faussaires! Mais ce point semble avoir échappé à tous nos nostradamologues alors que la comparaison entre les deux séries de vignettes, celles des « vraies » pronostications et celle des  faux almanachs est flagrante. On notera d’ailleurs que les almanachs de Nostradamus ne comportaient pas de vignettes, réservées à ses pronostications alors que les faussaires pratiqueront le système des vignettes tant pour les almanachs que pour les pronostications. On notera d’ailleurs que la vignette qui orne la page de couverture du Répertoire Chronologique nostradamique de Benazra est le type même de la « fausse » vignette! Il suffit de la comparer avec celle des éditions 1555  et 1557!

Quant au « mystère » du « trou »,  c’est un faux mystère, si l’on admet qu’il n’a jamais existé d’éditions des Centuries avant 1588 et qu’à partir de cette date – on ne saurait exclure des éditions perdues pour les quelques années précédentes – on assiste à la formation progressive et collective du corpus centurique, avec des références factices à des éditions du vivant de Nostradamus ou parues juste après sa mort, comme cela fut selon nous la première option, d’où l’édition Benoist Rigaud de 1568 qui ne prend même pas la peine de mentionner en son titre l’Epitre à Henri II, père du souverain en place sur le modèle des Présages Merveilleux pour 1557( exemplaire que nous avait transmis Ruzo  « dédiés au Toy Tres Chrestien Henry deuxiesme de ce nom » comportant une épitre qui servira just  ement à la confection de celle figurant en têtre des centuries VIII-X. – (cf nos Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed Ramkat 2002) On se demande pourquoi les faussaires de l’édition 1568 n’ont pas repris la formule de 1556. Benazra ( RCN p. 21) signale ce texte qu’il n’a pas  alors en sa possession sans s’interroger sur l’existence de la dite épitre à Henri II bien antérieure à 1558, qui est la date de l’Epitre figurant dans le volume des Centuries.

Il convient évidemment de distinguer les nostradamalogues écrivant avant et après la parution de nos travaux (cf Les prophéties et la Ligue, in Prophétes et prophéties 1997). Les premiers ont des excuses, pas les seconds. On aura compris que ces imitateurs n’imitent pas le Nostradamus des Centuries mais celui des Almanachs et Pronostications. Rappelons que des quatrains figuraient déjà dans les Almanachs et que c’est eux qui seront imités!

Reste la question du mode de fabrication de ces quatrains pseudo-nostradamiques des années 1580. Un des procédés, parmi d’autres, consistera à récupérer  la production des imitateurs pour les intégrer au sein de l’oeuvre dont ils s’étaient inspirés.  Le cas de Crespin est particulièrement caractéristique (cf notre communication au Congrès des Etudes Juives, Jérusalem, 2005 où nous montrons que certains quatrains hostiles aux Juifs  figurant chez Crespin réapparurent dans les Centuries. comme  le quatrain  VIII 96  La Synagogue stérile sans nul fruit » Erreur des faussaires qui ne réalisèrent pas que Nostradamus, d’ascendance juive, n’aurait pu tenir de tels propos.Le cas de Crespin mérite toute notre attention étant donné que ses Prédictions  à la Puissance de Dieu (reprises dans nos Documents inexploités) datées de 1572  comportent comme on l’a déjà noté plus haut un grand nombre de versets centuriques, ce qui pourrait apparaitre comme une confirmation de l’existence des Centuries à cette date de 1572 validant ainsi  notamment l »édition de 1568. Ces imitateurs auront pu ainsi servir pour valider les Centuries qu’ils étaient censés avoir voulu imiter! Dans le cas de Crespin, nous pensons que des faussaires auront fabriqué un faux Crespin dans ce sens!.. C’est l’arroseur arrosé, le faussaire est récupéré par l’original, intégré dans sa sphère, dans son corpus. Nous décrirons ce processus comme dialectique: le modèle (thèse) se préte à des imitations (antithèse) pour ensuite les récupérer (synthèse)  même post mortem. On aura compris que la meilleure façon de détecter les contrefaçons consiste à détecter leurs erreurs car aucune tentative de ce type n’est « parfaite », à l’abri des anachronismes ou des anachorismes, c’est à dire ce qui n’est pas compatible avec le modèle choisi. Dans le cas de l’édition 1568, le seul fait de ne pas avoir signalé au titre que cela s’adressait au toi est un faux pas irrémédiable surtout si l’on sait que le texte dont on s’est servi le mentionnait. Mais le texte même de la fausse Epitre de 1558 ne mentionnait même pas l’Epitre précédente comme alors qu’il eut fallu se référer à une précedénte visite au Roi deux ans plus tôt, la « vraie ».(Présages Merveilleux). Mais le plus étonnant, au bout du compte, tient au fait que toutes ces erreurs  réunies, qui plus est dument signalées,  n’auront pas encore suffi, de nos jours, pour créer un consensus chez les spécialistes quant au caractère antidaté des éditions de 1555 et 1557, entre autres. Question de bon sens, c’est à dire qu’il s’agit de comprendre comment les choses s’enchainent. Pour échapper aux ingénieux procédés des faussaires, la meilleure garantie reste de veiller à la cohérence diachronique: d’aucuns veulent ne voir que l’unicité d’un projet pensé dès son origine alors qu’en réalité, ce sont plusieurs projets qui se sont juxtaposés et qui ne sont pas ajustés les uns par rapport aux autres, ni dans le temps ni dans l’espace. On est là en plein syncrétisme et c’est le piége redoutable de tout historien des textes et des éditions de s’engluer dans une diversité qu’il voudrait légitimer au nom d’un structuralisme de mauvais aloi qui se résume dans le”Ehad” du “Shéma Israel” que les fidéles récitent comme étant l’expression la plus sacrée de leur culte : Écoute, Israël, lYahwé Elohénou (nos Elohim) est notre Dieu, le Seigneur est Un. » Chaque fois que l’on affirme l’unité, c’est pour sonner le change

Il est possible de reconstituer les scénarios successifs des faussaires! Dans un premier temps, on avait pas encore osé parler d’éditions du vivant de Nostradamus car  il n’en avait pas parlé dans ses almanachs et ses pronostications. La solution consistait à parler de textes retrouvés à sa mort dans sa bibliothèque, celle  » de nostre  défunt  dernier décédé Maistre Michel de Nostredame »(Rouen,  Brenouzet, 1568, cf RCN p. 90). Et puis, l’on sera passé à une démarche plus hardie en imaginant un processus se déployant par degré avec une première mouture à seulement 4 centuries (datée de 1555 Macé Bonhomme) suivie d’une autre à 7 centuries -datée de  1557 Antoine du Rosne) Mais ce faisant, l’on allait commettre l’erreur d’utiliser des vignettes ayant le double inconvient de venir d’éditions pirates et de n’être apparues que dans les années 1560  (cf RCN pp.  58-59) Par ailleurs,  la succession  des éditions parisiennes des années 1588-1589  -on n’est plus ici dans un cadre lyonnais et déjà les fausses éditions des années 1560 étaient parisiennes- pouvait difficilement entériner l’idée d’une réédition. Si encore l’on avait eu seulement le premier volet dans son intégralité dès 1588 mais on assiste à des additions successives (cf notre étude Les Prophéties et la Ligue) tenant compte des évenements en cours  dans les années 1588-1594  et ajoutant des quatrains pour la circonstance. Espérons qu’une nouvelle génération de chercheurs saura  être à la hauteur de la tâche!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SECONDE PARTIE André Barbault (1920-2019)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous ne reviendrons pas sur la “vie” d’André Barbault (https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Barbault), si ce n’est pour dire qu’il est marqué par la province, comme Nostradamus, étant né dans l’Yonne et ayant des liens avec l’Alsace- où il est décédé -avant de monter à Paris, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

 

D’Henri II à Staline

Certains astrologues comme nos deux personnages, Nostradamus et André Barbault, auront vu leur réputation associée, liée à une prévision sur la mort, à quasiment quatre cents ans d’intervalle : 1559 et 1953. Mort d’Henri II Valois, fils de François Ier, époux de Catherine de Médicis, père des derniers Valois et mort de Joseph Staline.

Madame de La Fayette, dans la Princesse de Clèves évoque la prophétie en questions.(https://books.google.fr/books?id=RihiAAAAcAAJ&pg=PA151&lpg=PA151&dq=princesse+de+clèves+nostradamus&s)

Ce quatrain des Centuries est censé avoir annoncé la mort du souverain en tournoi festif, du fait d’une blessure à l’oeil infligée par la lance de son adversaire.

 

 

Le lyon ieune le vieux surmontera,

En champ bellique par singulier duelle,

Dans cage d’or les yeux luy creuera,

Deux classes vne, puis mourir, mort cruelle.

:Selon nous, ce quatrain fut rédigé après coup. Il comporte en effet-au troisième verset, l’anagramme (cage d’or) du nom de l’adversaire du roi, Gabriel de Lorge , comte de Montgomery .

Cette mort accidentelle eut certes des effets considérables mais elle aurait très bien pu être évitée, la blessure rester superficielle. Se pose donc la question : petites causes grands effets.

En ce qui concerne la mort de Staline, même constat. Staline aurait pu ne pas décéder à ce moment là et donc les « effets ne pas se produire. (cf L’Astrologie: hier et aujourd’hui – Page 23 par Jean-Marc Pastré, ‎Charles Ridoux) Commme dans le cas de Nostradamus, il semble que l’on assiste à une surenchère. Au départ, les Centuries devaient se présenter comme une publication posthume (1568, deux ans après sa mort) puis l’on préféra qu’elles soient apparues de son vivant, de 1555 à 557 (pour le premier volet à 4 puis 7 centuries) à 1558 (pour le second volet, date de l’Epitre à Henri II). En réalité, les Centuries ne seraient point parues avant les années 1588 pour le premier volet, introduit par la Préface à César et le début des années 1590 pour le second volet adressé au roi, juste à la veille de sa mort, survenue en 1559, si l’on en croit la date de l’Epitre introductive. Il était plus marquant de disposer d’une prophétie sensiblement antérieure à ce qu’elle était censée annoncer..

.Or, pour André Barbault, il semble que l’on ait également voulu accroitre l’effet d’annonce. On aurait pu se contenter de noter qu’à la mort de Staline, Barbault aurait fait remarquer qu’elle avait eu lieu 36 ans après 1917, date de la « Révolution d’Octobre » . Mais on voulut faire mieux et signaler que dans le numéro du Ier janvier 1953 de l’Yonne Républicaine, André Barbault aurait déjà fait le rapprochement en question, dans la rubrique astrologique traditionnelle du Nouvel An. Cela aurait du frapper les esprits au vu de ce qui allait se passer dans les mois qui suivirent. Il fallait prendre le public à témoin et ne pas rester enfermé dans le seul cénacle astrologique, ce qui n’aurait pas eu le même impact, d’où cette parution dans une presse régionale généraliste. Mais comment se fait-il que Barbault n’ ait dit mot, après coup, de ce succés prévisionnel dans son propre bulletin » Astrologie Moderne » d’avril mai 1953.sous le titre « Mort de Staline». Tout se passe alors comme si l’on s’en tenait à l’explication après coup venant confirmer l’impact du cycle Saturne Neptune sur le destin de l’URSS. Bien pis, dans le numéro du premier janvier 1954, l’Yonne Républicaine ne revient pas sur le dit succès prévisionnel réalisé un an plus tôt dans le même journal.

D’ailleurs, Barbault lui même dans le magazine « Destins », à propos de l’année qui vient 1954, présente les choses de la façon suivante  sous le titre « 1954, crise du régime capitaliste » ; De même, écrit-il que l’année 1953 était caractérisée par une grande conjonction planétaire, celle de Saturne-Neptune qui est spécifique à l’évolution de la politique communiste (en fait il y eut la mort de Staline et la succession de Malenkov), l’année 1954 est marquée aussi par une grande conjonction Jupiter-Uranus qui inaugure un cycle de 14 ans. Tous les 14 ans se produit ce phénoméne et l’on a constaté qu’il correspondait à des événements touchant le capitalisme » Barbault expose sa démarche «  Mes fidéles lecteurs savent que je n’aime pas donner des pronostics annuels (comme on le fait en général) « qui tombent sur la tête » sans savoir d’où ils viennent et sans chercher un peu à comprendre le pourquoi des choses » Or, il ne semble pas que par la suite, Barbault ait évoqué le « doublet »des deux grandes conjonctions. Il ne précise pas dans ce texte du début 1954 que le cycle Saturne Neptune est de 36 ans alors qu’il a précisé la durée de l’autre cycle. Il semblerait que le cycle Uranus Jupiter n’ait pas tenu ses promesses. En fait la mention de l’article du ier janvier 1953 dans l’Yonne Républicaine ne figurera pas avant 1973 dans le Pronostic Expérimental pour contrebalancer (cf La crise mondiale 1965 chez Albin Michel) l’échec de Barbault avec l’opposition Saturne Neptune de 1971, 18 ans après 1953 – soit à mi-parcours-. On a l’impression qu’il sort cet article du ier janvier 1953 de son chapeau.

Mais revenons sur l’instrumentalisation de la Mort de Staline ;. Dès 1955 et sa Défense et Illustration de l’Asrologie (Grasset), Barbault entend bien exploiter le filon – ne s’agit-il pas d’une Défense et Illusration?- et cette fois, il pointe 1989, échéance tout de même assez lointaine mais en 1964, Barbault, on l’a dit, préférera viser plus près à savoir le début des années 70, l’opposition étant par excellence l’aspect qui fait pendant à la conjonction, au niveau cyclique. D’ailleurs, la situation politique le veut ainsi et tout semble indiquer que l’URSS est en train de décoler et il ne faudrait pas rater le coche.Début des années 60, l’URSS n’a t-elle pas dépassé les USA au niveau de la conquéte spatiale (Spoutnik, Gagarine). Mais en 1969, les Américains débarqueront sur la Lune ! Tout indique que Barbault avait décidé à l’époque de lier son destin d’astrologue à celui du communisme. En 1967, Barbault avait senti le vent tourner et ses Astres et l’Histoire(Pauvert) enterrent en beauté le cycle Saturne-Neptune et toute idée de localisation d’une configuration cyclique. L’indice cyclique est l’antidote au cycle en question. On arrête avec Saturne Neptune et Jupiter-Uranus et l’on opte pour les Guerres Mondiales, à la suite de Gouchon, au lendemain de la « seconde ». Mais on y reviendra évidemment en 1989. Or nous avons montré- (cf Jacques Halbronn : André Barbault. Le phoenix qui renaît de ses cendres. La prévision providentielle pour 1989 (http://maqor.unblog.fr/2017/10/10/jacques-halbronn-andre-barbault-le-phoenix-qui-renait-de-ses-cendres-) que Barbault n’avait nullement dans sa revue L’Astrologue, dans les numéros successifs de l’année 1989 évoqué cette conjonction Saturne-Neptune.Là encore, Barbault constate après coup et va se référer à des publications déjà anciennes (1955, au lendemain de la précédente conjonction) pour valider son image prévisionnelle. En fait, tant pour 1953 que pour 1989, Barbault ne se sera pas trop mouillé à l’avance et prend le train en marche. On appelle cela « voler au secours de la victoire ». Il est vrai que Barbault avait été échaudé par le fiasco de 1971 avec l’opposition Saturne-Neptune et il ne voulait pas courir de risque préférant garder profil bas un peu comme Saint Thomas.

Cela dit, il convient de réfléchir à présent sur la nouvelle stratégie adoptée à partir de 1989, année qui constitue une révolution épistémologique pour l’astrologie. La question de la mort de Staline nous interpelle ! Comment comparer 1953 à 1917 ? Le scénario en est totalement différent ! La Révolution d’Octobre est le fait d’un groupe organisé, mené par un chef charismatique. On dit que l’histoire bégaie ; en 1953, Staline rend l’âme dans son lit et Malenkov prend la relève. Rien en soi de très héroïque. En revanche, 1989 a plus d’allure et ressemble davantage à 1917. Autrement dit, 1953 est le parent pauvre du cycle Saturne-Neptune. Certes, les conséquences de la mort de Staline ne seront pas négligeable : c’est la souris qui accouche d’une montagne ! Mais au regard de l’épistémologie de l’astrologie, ce qui compte, ce n’est pas l’effet mais la cause : l’astrologie est la science des causes et la voyance celle des faits! Autrement dit, les beaux principes mis en avant par Barbault dans Destins 1954 ne sont plus qu’un vœu pieux. On va baisser la barre.On se contentera désormais de la portion congrue. C’est tout juste si d’aucuns n’iront pas dire que le cycle Saturne-Neptune explique la mort de Staline ! Relisons à ce propos le texte de Barbault, qu’il ne cite jamais dans sa bibliographie, t exte qui a le tort de ne pas se référer à l’article de l’Yonne Républicaine, entre autres :

Astrologie Moderne 8e année n°6 . La mort de Staline  (pp 8-9) : »Staline était LE chef du communisme qui prit le pouvoir à la conjonction Saturne Neptune de 1917 (…) « Que le vieil homme disparaisse pour laisser la place à une nouvelle génération, voilà qui est logique et analogique » On ne peut s’empêcher de pensée qu’une telle mort aura été tout à fait aléatoire et qu’elle aurait pu avoir lieu un an plus tôt ou un an plus tard. L’astrologie ne saurait dépendre de telles contingences ! Quant à l’année 1989, elle n’aura pas affecté l’URSS qui connaitra sa crise dans les années qui suivront, en fait deux ans plus tard et une telle dislocation n’était nullement certaine et aura dépendu des leaders en présence. Là encore, l’on bascule dans une approche a posteriori de l’Astrologie et Barbault avait bien raison de ne pas s’exciter prématurément à l’approche de 1989 – il se rattrapera ensuite – qui sera avant tout un événement pour l’ex Autriche Hongrie et la Pologne et donc le lien avec 1917 nous semble géographiquement et historiquement moyennement probant, d’autant que ces pays n’étaient pas inclus dans l’orbite de la Russie en 1917 mais le devinrent du fait de la Seconde Guerre Mondiale. (cf notre article sur Ramkat : »L’astrologie mondiale face à la mort des dirigeants et des Etats » ramkat.free.fr › ashalb60) Rappelons que c’est Barbault lui même qui associe une conjonction à une année donnée (cf Destin 1954), ce qui est quelque peu en contradiction avec la notion même de cyclicité surtout quand il s’agit d’un grand nombre d’années!Avec les aspects, il est possible de décliner le cycle.

Nous disions donc que l’astrologie aura sensiblement souffert de l’affaire Saturne-Neptune, ce qui l’aura contrainte à pas mal de gesticulations et de compromissions. A plus d’un titre, la théorie astrologique se sera soumise à la pratique au risque de perdre son âme (Faust).

Ayant consacré des années au dossier Nostradamus (cf entre deux thèses (1999  et 2007)  Documents inexploités sur le phénoméne  Nostradamus, en 2002  Ed Ramkat),  il nous a semblé que nous pouvions nous occuper du dossier André Barbault, récemment décédé., à  400 ans de distance environ, dans des conditions évidemment  fort différentes puisque nous avons eu affaire avec lui , à différents titres, entre 1967  et 2004, donc sur plus de 30 ans. La consultation des collections  de la Bibliotheca Astrologica nous aura permis d’apporter certains éclaircissements à propos du dossier Saturne-Neptune qui aura marqué Barbault depuis 1953.. Cette étude vient compléter et étayer une série de vidéos que nous avons consacré à cette question, depuis le début du présent siècle. Ajoutons que nous aborderons le dossier sous divers angles textologiques certes mais aussi celui de la théorie cyclique en général  et de l’epistémologie de l’Astrologie Mondiale.

Le titre de notre étude reprend celui de Barbault lequel a tenu à nous  fournir sa version de sa prévision pour 1989 dans le numéro 89 de sa revue L’Astrologue « Ier trimestre 1990   » Histoire d’une prévision; L’après communisme  » Or,  ce qui frappe, ce sont les lacunes du récit, ce qui ne peut  évidemment être relevé que si l’on dispose de sa propre documentation. Ironie du sort, nous nous servirons d’éléments que Barbault lui même nous avait communiqués au début des années 70:  à savoir  le bulletin du CIA intitulé  « L’Astrologie Moderne ». dont il avait  été le rédacteur dans les années cinquante. Or, dans le numéro de mars avril 1953, figure  dans la section « Chronique Mondiale »" une étude intitulée « La mort de Staline » et dont nous n’avions pas pris connaissance  quand nous rédigions l’analyse que fustigera Barbault dans le numéro 145de  sa revue sous le titre  » La mascarade astrologique »(4e trimestre 2004)

En effet, le texte paru en 1953 dans L’Astrologie Moderne n’est pas mentionné dans « Histoire d’une prévision » (1990) et probablement Barbault  a  t il pensé que le dit texte « La Mort de Staline »  paru (pp. 8-9) dans un fragile et précaire  bulletin associatif de quelques pages  avait été oublié et le resterait indéfiniment.

Il convenait  donc que nous reproduisions quelques lignes de l »‘Organe mensuel  du Centre International d’Astrologie » et que nous le replacions dans la chronologie proposée par André  Barbault dans son Histoire d’une prévision. On en notera le caractère rétrospectif

« Le chef du communisme qui prit le pouvoir  à la conjonction  Saturne-Neptune  de 1917, la nouvelle  conjonction de ces  astres  en 1953  était une fin de  cycle et un renouveau  historique pour le communisme, que le  vieil  homme  disparaisse pour laisser la place à une nouvelle  génération, voilà qui est logique et analogique » Notons que ce texte parait cinq ans avant le retour du général De Gaulle en 58. Si Barbault ne s’intéresse pas  au  thème natal de Staline, en revanche, il signale  des transits  sur celui de Malenkov, le successeur en place. On notera qu’il n’est nullement question dans cet article des échéances à venir du fait du cycle Saturne-Neptune et notamment de l’opposition qui se produira 18 ans plus tard, sur laquelle nous reviendrons car en astrologie cyclique, tout ne se limite pas à la conjonction  et même l’on peut se demander si la conjonction, marque bien le début d’un nouveau cycle.

Dans son Histoire d’une prévision,  Barbault ne signale donc pas, on l’a  dit, ce texte post mortem  (après coup) alors qu’il nous indique (p5)un article datant du Ier janvier 1953 paru dans l’Yonne Républicaine. « Du  fait que le parti communiste russe est né sous la conjonction de 1881 et qu’il  a pris le pouvoir à celle de 1917, on doit penser que l’année 1953 sera capitale pour l’URSS »; Signalons tout de même que Barbault  a parié pour la cause du communisme comme cela sera flagrant dans son ouvrage « 1965 La crise mondiale » (Albin Michel). Il s’en excusera d’ailleurs dans son « Histoire »:j’ai  trébuché sur l’opposition  (de Saturne à Neptune, ndlr) de 1971-72 estimée pouvoir correspondre à un dépassement de la puissance économique  américain » (p. 4

Donc, on repose la question;  pourquoi Barbault ne mentionne-t-il pas son texte d’Astrologie Moderne  et pourquoi Astrologie Moderne ne mentionne pas l’article de l’Yonne Républicaine, paru quelques mois plus tôt? Quelle discrétion de sa part: Quand nous avions pris connaissance de cet article de l’Yonne Républicaine, il y a une vingtaine d’années, nous n’avions pas spécialement tiqué car nous n’avions pas réalisé que Barbault était déjà dès le début des années cinquante, bien installé dans le cadre du CIA et de fait il en était  un des vice-présidents outre son rôle de rédacteur de l’organe de cette association.  Nous avions même imagine, par erreur, qu’il était encore dans sa province! Or, sachant ce que nous savons, un tel scénario nous semble guère recevable!Pourquoi donc Barbault n’aurait-il pas faite part de ses réflexions prévisionnelles  dans le dit bulletin parisien avant le  bouleversement qui serait observé à la mort de Staline? Au lieu d’un texte prévisionnel  de janvier 53, on trouve en Avril,  dans Astrologie Moderne une constat a posteriori dont Barbault nous épargne la mention  et  la lecture dans son Histoire d’une prévision! Il faut l’avouer, le spécialiste des contrefaçons antidatées est alerté,  même si cela ne retire rien quant au pronostic pour 1989,  attesté bien avant les événements, celui là et notamment dans Défense et Illustration de l’Astrologie (Grasset 1955) dument cité par Barbault  et surtout dans le Pronostic Expérimental en Astrologie,-Payot, 1973) lequel mentionne  et commente (p. 139) le texte de l’Yonne Républicaine pour la première fois. « Fort de cette  réussite, m »accordera t on plus de crédit si je prends au sérieux la prochaine conjonction Saturne-Neptune de 1989 comme l’annonce d’une nouvelle « grande première » pour le destin de l’Union Soviétique ou du communisme mondial »  (p; 139) Barbault reprend la formulation de son texte de l’Yonne Républicaine : »En tant que renouveau de cycle, il  faut prévoir  un rebondissement de la cause  communiste dans le monde (..)La politique soviétique  trouvera des échos dans des nations qui jusque là lui étaient hostiles ou indifférentes »

Or, le texte de 1973 du Pronostic doit être replacé dans l’aveu de Barbault  dans  Histoire d’une Prévision, puisqu’il  est rédigé au lendemain de l’échec de la prévision de Barbault quant aux effets de l’opposition de Saturne à Neptune (1971-1972) On  voit l »astologie ai service d’une idéologie selon une stratégie bien connue  de la prophétie autotréalisatrice! Il faut aller de l’avant. Ne nous décourageons pas. La prochaine sera la bonne!

Comment conclure? Plusieurs hypothèses se présentent  à l’historien du prophétisme que nous sommes:

soit Barbault n’avait pas jugé bon de mentionner son pronostic réussi paru dans l’Yonne Républicaine

soit, on l’aura dissuadé de le faire parce qu’à l’époque un tel pronostic n’était pas acceptable au CIA et cela expliquerait que Barbault n’ait pas jugé bon de signaler son texte d’Astrologie Moderne dans son Histoire d’un Prévision . Or, dans le numéro  de janvier 53, du même bulletin, on trouve un texte intitulé ‘Le  cycle Soleil Jupiter  et la chute de Pinay qui se termine par des prévisions pour un prochain ministère,la IVe République fournissant de nombreuses occasions pour les astrologues d’exercer leurs talents.

soit, il s’agit d’un faux   fabriqué après coup  « pour la bonne cause » et  signalé  seulement vingt ans plus tard en 1973, pour le 20 e anniversaire de la mort de Staline!.

Pourquoi Barbault n’a  t il pas cité en 1864  Dans la Crise Mondiale son article de l’Yonne Républicaine  et il n’ l’avait d’ailleurs pas mentionné en 1955 dans Défense et Illustration de l’Astrologie. Que de révélations dans ce Pronostic expérimental  de 1973 au lendemain de la déconvenue de l’opposition Sature -Neptune. Tout se passe comme si  la conjonction de 1953  bien interprétée quelques mois  avant la mort de Staline devait effacer l’échec de 1971-72. D’ailleurs c’est ce que Barbault reconnait comme cit plus haut:  » « Fort de cette  réussite (pour 1953  ndlr), m »accordera t on plus de crédit si je prends au sérieux la prochaine conjonction Saturne-Neptune de 1989 comme l’annonce d’une nouvelle « grande première » pour le destin de l’Union Soviétique ou du communisme mondial »  (p; 139). On saute de 18  ans en 18 ans, durée d’un demi cycle Saturne Neptune.

N’oublions pas en effet qu’une prophétie vaut à l’aune de celui  qui la produit  Comme reconnait André  Barbault, une prophétie réussie donne du « crédit » pour le prochain rendez-vous.  Cela dit, est ce que les événements de 89 correspondent réellement au ton des prédictions de notre astrologue, on peut en douter.

1989  :

 » En tant que renouveau de cycle, il  faut prévoir  un rebondissement de la cause  communiste dans le monde (..)La politique soviétique  trouvera des échos dans des nations qui jusque là lui étaient « hostiles ou indifférentes »?

« l’annonce d’une nouvelle « grande première » pour le destin de l’Union Soviétique ou du communisme mondial »

Pourquoi Barbault avant 1973 ne s’était-il pas vanté de la réussite de son pronostic de 1953 concernant la conjonction Saturne Neptune, se contentant comme dans son texte oublié  d’opérer un constat  après la bataille? Apparemment, c’est en 1973 qu’il lui fallait regagner un crédit perdu lors de l’opposition de ces mêmes planètes. Il est quand même rare qu’un astrologue se dispense de signaler ses réussites et que ses prévisions aient été réservées à un périodique nullement spécialisé  mais sollicitant souvent volontiers  les astrologues à l’occasion du Jour d l’An alors qu’il a lui même les moyens d’avertir ses pairs, surtout au lendemain de la mort de Staline!

Paradoxalement, on aura compris que la prophétie pour 1953 qui aurait annoncé  des faits avérés  nous aura plus occupé que celle pour 1989 laquelle selon nous n’annonçait nullement le démembrement de l’URSS.

Quand on consulte les éphémérides, l’on constate que la conjonction Saturne Neptune a lieu exactement sur les mois de décembre 52  et janvier  53  à 23° de la Balance. Quelle coincidence qu’André Barbault ait été interrogé par l’Yonne Républicaine à ce moment là et pourquoi ne s’est il pas manifesté plus tôt pour prendre date? Normalement, l’on prend plus de champ pour annoncer ce qui va se passer sous un aspect important et d’ailleurs Barbault ne s’en est à coup sûr pas privé puisqu’il se lança dans des prévisions à long terme: Tout se passe comme si le texte original avait été modifié en conséquence. En fait Barbnault ne pouvait mentionner un texte qui n’existait pas encore:; ce qui indiquerait que l’article de janvier 1953   serait postérieur.

L’ironie de l’Histoire tient à ce que le communisme va revenir en force avec 1989, opportunément pour effacer le « trébuchement » de Barbaukt  relatif  à ses prévisions décevantes liées à une  troisième guerre mondiale poir les années 80. Jamais deux sans trois. La montagne accouchera d’une souris. Etrangement dans ‘Histoire d’une Prévision’, Barbault ne fera, en 1989, aucune référence au non événement des années  1982 comme s’il y avait des cloisons étanches entre ces deux méthodes. Or, nous verrons que dès 1946, Barbault recourt à quatre planétes, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune et que le couple Saturne-Neptune ne pouvait être isolé dans son système et c’est d’ailleurs la même démarche qui se poursuivra à partir de 1967 avec l’indice cyclique engloban ces 4 astres, auxquels vient s’ajouter le dernier venu, Pluton. On voit ainsi un astrologue relisant sa propre production prévisionnelle de plus de 40 ans, à partir de l’événement de 1989 mais l’on peut imaginer que si Barbault était mort auparavant – il vivra encore 30 ans après- d’autres se seraient chargés de l’affaire. On notera d’ailleurs que son Histoire d’une Prévision sera traduite dans la foulée en anglais notamment : -History of a Prediction (site CURA), P. Guinard, Valeur des Jugements et Pronostics Astrologiques, 2003. André Barbault, à 83 ans, réplique aux critiques in “Une mascarade astrologique”, dans sa revue L’Astrlologue, n° 145, 2004. ‘Le meme quidam s’échine s’”échine stérilement à déconsidérer mon pronostic d’échéance capitale pour le communisme au tribunal du temps de la conjonction Saturne Neptune de 1989, prévision pourtant venue de loin et atteignant un cap historique grandiose”

Relisons  ce que Barbault écrit dans le Pronostic expérimental en Astrologie (1973) à propos de son astrologie conjonctionnelle  (pp. 126-128): plus il y a de conjonctions, plus c’est « critique » Mais en 73, tous les espoirs prévisionnels sont encore permis qui effaceront la désillusion de l’opposition Saturne Neptune.

« c « est  une  véritable   chute  (…) Pour la  troisième  fois comme en 1914-1918  et en 1940-1945 est un « trou » qui s’installe environ 2 années e 1982-1983 (…) « un point noir, un cap redoutable entre 1981 et 1984- surtout au coeur des années 1982  et 1983″Cet éechec n’empechera pas Barbault de conclure un texte intitulé L’astrologie aujourd’hui »  en  déplorant « le spectacle local (…)trop émaillé  de fiascos prévisionnels » ‘(p. 196) (cf Cahiers de l’Hermétisme, Albin Michel 1985  numéro sur l’Astrologie) La  paille et la poutre.!

En fait, dans son Histoire d’une prévision, André Barbault  se trompe – peut être délibérément – de référence. Il confond avec une étude de son frère Armand Barbault  paru dans un numéro spécial  des Cahiers Astrologiques de 1949 dont  André Barbault donne pourtant la référence précise  mais qui signe Rumelius  ‘La théorie des cycles planétaires et ses applications en Astrologie Mondiale » (pp. 66 et seq où il n’est même pas question du cycle Saturne Neptune et c’est Rumélius, le frère ainé, qui donne la bonne référence) et il s’agit d’un article de juillet Aout  1946 intitulé  « Les cycles planétaires  et leurs intérférences » Dans cet article de 1946, André Barbault, donc trois ans plus tôt, (p.173  et 176)  Or  il semble bien  que Barbault  étudie un trio  Saturne en relation  avec -Uranus-Neptune, graphiques à l’appui  A l’évidence, Barbault  étudie les rapports entre les rapides   Jupiter et Saturne  face au duo  lent des transsaturniennes, Uranus et Neptune:

« Un nouveau tournant  important  de l’histoire  se produit quand le cycle  Uranus -Neptune forme son premier aspect dissonnant: le semi-carré. A ce moment même  Saturne franchit le cycle  (-c’est à dire Uranus Neptune, ndlr): en fin 1846 il rencontre Neptune. Nous avons là  la tourmente  révolutionnaire de 1848   qui s’abat sur l’Europe, France, Italie, Allemagne, Hongrie. MAis une réaction se produit  contre ces mouvements nationaux  constitutionnels  au passade de Saturne sur Uranus  en 1851-52 et les révolutions échouent. En France nous assistons de la première conjonction à la seconde au passage de la IIe République au Second Empire  (….) Et tandis  qu’en 1952-53 Saturne rencontrera  Neptune, en 1954-55, Jupiter rencontrera Uranus. En sorte que nous aurons  une conjonction Saturne-Neptune au carré d’une conjonction Jupiter Uranus; deux conjonctions en carré. Une configuration aussi remarquable  laisse redouter  une ultime (sic) prise de force  entre les deux antagonismes de la politique, parvenus dans un murissement progressif à leur forme la plus achevée (stade du carré involutif) » D »ailleurs dans son article jamais cité par Barbault paru dans Astrologie Moderne  de mars avril 1956  « La mort de Staline », Barbault met (p 9) en parallèle Stalinne Neptune pour  Staline et Jupiter- Neptune pour  Mussolini et Roosevelt Apparemment, il n’avait rien trouvé de comparable pour Hitler! Décidément, Barbault semble avoir alors travaillé sur un quatuor  Jupiter-Saturne face à Uranus Neptune, ce qui expliquerait qu’il y soit revenu en quelque sorte en 1967 avec l’indice cyclique  incluant cette fois Pluton, découvert en 1930..

 

 

 

La procrastination, tentation des prophétes et astrologues.

 

Nous vivons actuellement un moment particulièrement intéressant pour l’historien du prophétisme  et qui n’est pas sans  rappeler ce qui se passa à la mort de Nostradamus en 1566. On est en train d’édifier la légende dorée d’un astrologue qui vient de décéder et on fixe une échéance, en son nom, pour 2026. (cf  Yves  Lenoble« La découverte de l’astrologie mondiale par les cycles »(2012)

sur son site). Les astrologues sont confrontés à la question des échéances, des rendez-vous. Plus ils divisent un cycle en plusieurs stades et plus leur nombre s’accroit avec en proportion l’éventualité d’échecs, d’où la tentation de réduire au maximum ce nombre, ce qui permet non seulement de limiter les risques pour le futur mais d’occulter les échecs du passé. On prendra l’exemple de l’aspect d’opposition ce qui correspond à la pleine Lune quand celle ci est confrontée au Soleil. Or, l’on a l’impression que l’on veut en minimiser l’importance de façon à espacer les rendez vous et de faire baisser la pression : on est dans la procrastination et il est bon pour le moral de reporter les échéances. C’est d’ailleurs ce qui poussa Pierre d’Ailly en 1414, en pleine crise prophétique, à se fixer prudemment sur 1789 de façon à détourner les esprits d’attentes plus proches.(cf Le texte prophétique en France) Procédé courant pour le spécialsite de l’histoire du prophétisme que nous sommes. Procrastination.

Pourtant Yves Lenoble signale :

« Son frère Armand a émis l’hypothèse que les événements survenus en 1936 (en France, le Front populaire, et au niveau mondial, le pacte entre l’Allemagne et le Japon, contre l’internationale communiste) sont en rapport avec l’opposition Saturne-Neptune.Mais l’ «opposition» impliquel a «conjonction». Celle-ci a eu lieu en 1917 » De fait, en 1964, Barbault parie sur la prochaine opposition Saturne-Neptune de 1971 qui devrait être cruciale pour l’URSS. Lenoble se dispense évidemment de mentionner cet échec cuisant dont pourtant Barbault s’expliquera dès 1973 dans le Pronostic Expérimental en Astrologie (Payot), ouvrage non signalé par Lenoble dans sa bibliographie alors même qu’il en extrait la citation de l’article de l’Yonne Républicaine qui s’y trouve, le dt article sur la prévision pour 1953 n’ayant jamais été évoqué par Barbault avant 1973. ni même dans Astrologie Moderne (Avril Mai) dans son texte sur la Mort de Staline

( Bibliographie ; Barbault A., La crise mondiale de 1965, Albin Michel, 1963../ Barbault A., Les Astres et l’Histoire, Pauvert, 1967/ Barbault A., L’avenir du monde, Ed. du Félin,1993/ Lenoble Y., Initiation à la pratique des cycles planétaires, ARRC, 1993). Lenoble ne mentionne pas non plus l’opposition Saturne Neptune 18 ans après 1989 et prend les paris pour 2026 , 36 ans après 1989, avec la prochaine conjonction.

«  La chute du mur de Berlin est une surprise pour tous. Cet événement ouvre effectivement une ère nouvelle en géopolitique. La réalisation de ces deux prévisions nous permet d’annoncer pour la Russie une échéance capitale en 2026. » Décidément, il faut passer sous silence l’opposition et batir une théorie disqualifiant l’opposition en astrologie mondiale ! Ce sera fait avec l’indice cyclique qui englobe l’opposition dans tout ce qui n’est pas la conjonction, pour en faire une configuration noyée dans le tas. Etrangement, le Pronostic Expérimental, bien que paru en 1973 ne nous parle pas de l’opposition de 1971 (p. 150) : « Opposition (1971-72…. (points de suspension) » alors que dans le même ouvrage il en traite. Cela signifie que le dit Pronostic Expérmental avait été réalisé avant la dite opposition puis remanié dans l’urgence et le désordre, à parution. Barbauilt en était resté au sesqui carré de 1968. Page 139 du dit Pronostic Expérimental, Barbault commente en une sorte de plaidoyer le texte de l’Yonne Républicaine – sorte de Deus ex Machina- qui confirme une première réussite pour 1953- pour la première fois. « Fort de cette  réussite (sic), m »accordera t on plus de crédit si je prends au sérieux la prochaine conjonction Saturne-Neptune de 1989 comme l’annonce d’une nouvelle « grande première » pour le destin de l’Union Soviétique ou du communisme mondial »  (p; 139) Il s’agit évidemment de faire oublier le fiasco de la Crise Mondiale. Entre la rédaction du Pronostic et sa parution, la mauvaise nouvelle était tombée sans que l’on puisse corriger le texte de la page 150  écrit avant le verdict.Il s’en excusera d’ailleurs dans son « Histoire d’une prévision »:j’ai  trébuché sur l’opposition  (de Saturne à Neptune, ndlr) de 1971-72 estimée pouvoir correspondre à un dépassement de la puissance économique  américain » (Revue L’Astrologue n°89, p. 4)

On a donc deux méthodes : celle d’un rendez vous tous les 36 ans et celle d’échéances successives avec carré, trigone, sextil. Au choix ! Apparemment, Lenoble aura préféré les rendez vous espacés ! En fait, Lenoble veut entrainer la communauté astrologique dans une sorte de quitte ou double comme cela avait été le cas au congrès de 1974 qu’il signale. L’échéance de 2026 remplace cette fois celle de 1982-83. Ce n’est plus l’indice cyclique que Lenoble a d’ailleurs désavoué mais le fameux cycle Sature Neptune validé une seule fois en 1989 et invalidé lors des oppositions à mi-parcours. On compte aussi sur l’effet d’annonce des prédictions autoréalisatrices et surtout sur la capacité des astrologues à interpréter les événements à leur guise après coup  comme l’a tenté laborieusement Barbault pour 1982-83. Quant à la prévision pour 1953, sur laquelle tout le discours repose, elle comporte ses zones d’ombre : pourquoi Barbaut n’en a t il pas fait mention dans son bulletin d’Avril 1953 Astrologie Moderne, s’adressant aux astrologues,  consacré à la Mort de Staline, puisqu’il aurait annoncé cette échéance dans un numéro de l’Yonne Républicaine, pour le grand public, quelques mois plus tôt ?.Il y a là anguille sous roche ! Cet article vise à éviter les errements de la communauté astrologique au début des années 80, qui est allée dans le mur comme un seul homme ! On ne nous refera pas le coup  ni l’après coup  pour 2026 !

 

CONCLUSION

Saturne- Neptune 1989, le chant du cygne de la cyclologie biplanétaire (édition augmentée)

 

Il faut se méfier des coincidences en astronomie. Quand un événement se produit, plusieurs facteurs célestes sont en présence, ou en aspect. C’est la mésaventure qu’aura connue André Barbault en 1953 et en 1989 en croyant que la cause en était la conjonction de Saturne avec la transsaturnienne Neptune, invisible à l’oeil nu et inconnue de l’Antquité au point que le dieu Poséidon– Neptune fut avalé par son père Kronos-Saturne et ne fut réintégré dans le clavier astronomico-astrologique qu’à partir de 1846. C’est ainsi que Barbault aura manqué Mai 68 (avec Saturne à proximité du point vernal, en bélier) qui pourtant correspondait à la même configuration que celle de 1953, à savoir Saturne sur l’axe équinoxial (bélier-balance), à 14-15 ans d’intervalle, demi-cycle de Saturne. En revanche, Barbault pariera sur l’opposition de Saturne à Neptune quand Saturne sera ….en Gémeaux, signe mutable. Or, il apparaît que Saturne est valorisé en signe cardinal ! Ce qui sera le cas en 1989 avec Saturne en capricorne et en 1995, Saturne à l’approche du bélier. Il se trouve que les conjonctions de Saturne et de Neptune se produisent actuellement en signe cardinal, ce qui fait que Neptune profite indument d’une situation tout à fait aléatoire.A d’autres époques, les conjonctions Saturne Neptune n’eurent pas lieu et n’auront mathématiquement pas toujours lieu, en signe cardinal. De même d’ailleurs, en ce qui concerne l’indice cyclique, la concentration planétaire ne coincide pas automatiquement avec une guerre mondiale. L’extrapolation à partir de deux cas n’est pas viable.

Dès 1976, nous avions présenté des courbes associant les planétes avec les axes équnoxiaux et solsticiaux (pp. 143 et seq). En 1993, nous écrivions dans la nouvelle édition de nos Clefs,cette fois centrée sur la seule planète Saturne(p; 134)

« Deux cas de figure: la phase  équinoxiale qui était déclenchée par le passage de Saturne sur l’un des deux points  équinoxiaux(0° bélier, 0°balance) faisait diminuer le nombre d’entités indépendantes tandis que la phase solsticiale (déclenchée par le passage de Saturne sur l’un  des points solsticiaux (0° cancer, 0° capricorne) provoquait leur  augmentation. Chaque phase correspondait à 7 années » suit une étude couvrant tout le XXe siècle. Contrairement à Barbault lequel se gardait bien de préciser dans les années 1953-1963 – qui furent celles qui le focaliseront sur le cycle Saturne-Neptune- sur lequel il ne reviendra qu’après la chute du Mur de Berlin  quinze ans plus tard- nous avions pris la peine de préciser de quoi il retournerait : éclatement des ensembles aux solstices et consolidation aux équinoxes, quel genre d’événement surviendrait en 1989. Or, en 1989, où se trouvait Saturne?

Réponse  en Capricorne, signe solsticial, guère favorable au renforcement d’un empire.

Pour notre part, à partir de 1993 et 1994 nous avions opté pour le cycle unique de Saturne (cf Clefs pour l’Astrologie, Seconde édition, p. 135 et L’astrologie selon Saturne où nous annoncions des mouvements sociaux comparables à Mai 68 pour 1995. On notera que Barbault n’aura pas salué notre performance alors qu’étrangement, elle venait compléter son travail sur Saturne de 1989, Saturne étant en carré avec la position qu’il occupait en 1989.

Autrement dit, la fausse piste Saturne Neptune n’aura pas permis à Barbault de baliser correctement le Xxe siècle et sa suite, sauf dans le cas des conjonctions. L’opposition Saturne Neptune pour 1971 (cf La crise mondiale de 1965, Paris, Albin Michel, 1964) sera vécue par Barbault comme un grave échec prévisionnel (comme il le reconnaît dans le Pronostic Expérimental en Astrologie, Paris, Payot 1973) ce qui le conduira à abandonner- car il voyait déjà que cela ne « marcherait » pas, dès 1967 (Les Astres et l’Histoire Pauvert)-du moins jusqu’au lendemain de la chute du mur de Berlin- le cycle Saturne Neptune en lui substituant l’indice cyclique avec 5 planètes lentes avec un nouvel échec pour les années 1982-83 en termes pour ce qui est d’une troisième guerre mondiale.

Mais le véritable enjeu de cette affaire est bien plus grave que cela puisque cela remet carrément en question la théorie des frères Barbault sur la définition du cycle en astrologie. Pour eux, dès les années 40, un cycle s’articule autour de deux planètes, sans prise en compte des positions dans le Zodiaque. Ce qui explique qu’André Barbault n’ait pas attaché d’importance au signe où la conjonction Saturne Neptune avait lieu. Même après notre réussite prévisionnelle pour 1995, où Saturne était au centre mais en rapport avec une zone du zodiaque proche du 0° bélier, il ne se sera pas ressaisi. Il est vrai que la réussite de sa prévision pour 1989 ne l’invitait pas à le faire, les apparences étant sauves pour le cycle Saturne- Neptune.Dans un milieu vraiment scientifique, pourtant, l’on se serait interroge et on aurait rectifié le tir parce que l’on ne se risque pas à ignorer ce que font les « collègues » et de toute façon Barbault et ses disciples n’avaient pas entériné la prévision »saturnienne » de 1995, laquelle ne respectait le cycle biplanétaire mais allait dans le sens du cycle planète-Zodiaque voire planète-étoile, facteur mobile combiné avec facteur fixe. Rappelons que dans la théorie de la précession des équinoxes, on associe le point vernal avec le plan stellaire des constellations (cf notre ouvrage collectif Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, Paris, Albatros, 1979), actes d’un Colloque que Barbault dans sa revue L’Astrologue saluera avec mépris. L’affaire Saturne-Neptune serait donc, pour l’historien de l’astrologie française du Xxe siècle, malgré le « succés » de 1989 (cf les textes de Barbault Histoire d’une prévision, et La Mascarade astrologique, dans l’Astrologue), le chant du cygne de la théorie du cycle biplanétaire.

En refusant toute prise en compte de la position zodiacale de  Saturne, Barbault de par son rapport à Neptune, est tombé de Charybde en Scylla. Mais rappelons que durant toute l’année 1989, il n’y a pas eu un mot  sur  sa prévision pour 1989!!!!!

Résumons- nous: ce qui importe c’est le passage de Saturne  à 0° capricorne, sur l’axe solsticial  alors qu’en 1953 Saturne passait  avait déjà sensiblement progressé  en balance  sur l’axe  équinoxial . On ne peut donc considérer que ces deux dates s’équivalent au regard du cycle saturnien même si pour Barbault elles se valent puisque dans les deux cas il y a conjonction Saturne-Neptune.La position de Saturne au solstice menaçait d’un démantèlement, pas celle du début des années cinquante et d’ailleurs la mort de Staline n’eut pas d’effet déterminant sur le maintien de l’URSS ni  quant à son contrôle sur ses « satellites » du Pacte de Varsovie.  En revanche, quand on étudie nos graphiques tels qu’on peut les trouver dans Clefs pour l’Astrologie de 1976, que trouve-t-on (pp. 147 et ses) pour la « grande courbe « de Saturne – donc bien avant 1989- .la date de 1988 car Saturne  était passé à 0° Capricorne  dans les derniers jours du mois de  novembre de cette année là avec une série de dates: 1914, 1929, 1944,1959, 1973, à 14/15ans d’intervalle, soit un demi cycle de Saturne. La lecture de notre courbe est nette: on ne met pas sur le même plan les passages équinoxiaux  et solsticiaux de Saturne. Dans l’édition de 1993 de nos Clefs, (p. 135)on  a la même série mais cette fois, nous nous étions centrés sur la seule courbe de Saturne.

Mais en 1976, Barbault n’était plus du tout  intéressé par le cycle Saturne Neptune et il attendait  sa troisième guerre mondiale pour les années 1982-83 sur la base de son « supercycle » , comme il le confirmait en 1973 dans le Pronostic Expérimental en Astrologie (courbe  p. 129). Ce n’est que lors de la chute du Mur de Berlin qu’il se décida à remettre sur le tapis ce cycle Saturne Neptune qui cette fois passait par un temps solsticial et non plus un temps équinoxial

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS, prophétisme | Pas de Commentaire »

Jacques Halbronn Histoire de la critique nostradamique

Posté par nofim le 19 avril 2021

Histoire de la critique nostradamique

par Jacques Halbronn

 

En 2007, il y a 14 ans, nous avons soutenu à la Sorbonne un post-doctorat de plus de 900 pages en 3 tomes (Histoire du Catholicisme, EPHE Ve section, dir. Louis Chatelier (Nancy) sous le titre « Le dominicain Jean Giffré de Réchac (1604-1660) et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle » et nous voudrions ici réfléchir sur la fortune de cette « critique » depuis cette époque, née en quelque sorte, en même temps que la « critique biblique »

En réalité, on aura surtout assisté à l’essor d’une apologétique

nostradamique. Cf nos « Réflexions sur les méthodes de travail des nostradamologues » (2014). Le dominicain avait publié anonymement un commentaire des Centuries en 1656 sous le titre

d’Eclaircissement des véritables quatrains de Maistre Michel Nostradamus etc (Amsterdam) cf le Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra (Trédaniel-La Grande Conjonction, 1990, pp 231 et seq) En 1663, sept ans plus tard, David Derodon dans son Discours contre l’Astrologie Judiciaire, à Genève), ouvrage non signalé par les bibliographes du corpus

Nostradamus qui ne retiennent que les ouvrages portant en leur titre le nom de Nostradamus, écrivait : « Plusieurs esprits libertins font des vers semblables à ceux de Nostradamus & y prédisent des choses qui sont déjà arrivées & puis les font ajouter à ses Centuries lorsqu’on les imprime de nouveau. » On atteignait alors

un sommet de la critique nostradamique. Témoignage d’autant plus intéressant qu’il était encore assez proche de la période de parution des Centuries, laquelle nous situons dans les années 1580 pour les premières (I-VII) et 1590 pour les centuries VII-X. Jean de Réchac, quant à lui, avait mis en cause les 58 sixains qui seraient ajoutés avec une troisième préface. Nous avons pu montrer que ces sixains étaient parus sous le nom de Morgard (cf nos Documents Inexploités sur le phénoméne Nostradamus, Ed

Ramkat, 2002) dans un ouvrage trouvé à la Bibliothèque Mazarine.(Paris) sans la moindre référence explicite à Nostradamus. Il s’agit d’auteurs qui écrivent dans le style de

Nostradamus et qui par la suite seront récupérés par les « éditeurs » des Centuries. C’est là un des acquis de la critique

nostradamique. Comme les « nostradamologues », on l’a dit, n’ont retenu que les ouvrages mentionnant en leur titre le mot « Nostradamus », ils n’auront pas identifié ce type de procédé pratiqué à la fois par les imitateurs et par les fabricants de faux

quatrains qu’ils attribueront bel et bien à Nostradamus.Des générations de faussaires se seront succédé depuis le temps de

Nostradamus et sur ce point il faut reconnaître un certain succès de la critique nostradamique du Xxe siècle à propos de faux almanachs de Nostradamus des années 1560, de son vivant. (cf Benazra, RCN, pp ; 58-59 qui parle d’une « édition apocryphe » à propos d’un Almanach pour l’an 1563 , Paris, pour Barbe Regnault)

Les modernes bibliographes du corpus disposaient au demeurant d’une chronologie très abondante dont probablement Réchac ne connaissait point avec notamment une interruption tout à fait étonnante d’une vingtaine d’années (1568-1588) assez peu explicable si ce n’est au moyen de la thèse de contrefaçons antidatées en ce qui concerne les éditions centuriques antérieures à 1588. Ils auraient pu également observer que les vignettes utilisées pour ces éditions supposées des années 1550 étaient prises -par erreur- des almanachs pirates des années 1560.

Par ailleurs, la critique nostradamique aurait du suspecter certains ouvrages censés avoir été publiés par des « témoins » de la parution des dites éditions des Centuries comme les deux Antoines, un Couillard Du Pavillon les Lorriz (Prophéties 1556)

et un Crespin-Archidamus (Prophéties 1572), auteurs ayant bien existé mais dont on utilisera les noms en vue d’attester de l’ancienneté des premières éditions. Ce sont de telles entreprises très poussées de validation qui auront convaincu, jusqu’à ce jour,

tant de nostradamologues dans une posture apologétique où tous les moyens étaient bons pour sauver la mise !

En 1986, Chantal Liaroutzos, historienne des guides, ouvrait la voie à un renouveau de la critique nostradamique, dans la revue Réforme Humanisme Renaissance dans un article intitulé « Les prophéties de Nostradamus : Suivez la guide » qui montrait que certains quatrains avaient été des mises en vers de certains itinéraires « touristiques » du milieu du XVIe siècle, dus à Charles Estienne. Cette étude ne fut pas signalée par Benazra dans le RCN . A la décennie suivante, le Québécois, Pierre Brind’amour

travaillera sur les sources de certains quatrains, notamment dans diverses Chroniques et se demandera pourquoi un ouvrage

prophétique reprendrait des récits du passé ! (Nostradamus, astrophile, Ottawa, 1993)

Ce qui vint apporter de l’eau au moulin du camp « apologétique » fut la localisation des éditions centuriques des année 1550. On retrouvera l’édition Macé Bonhomme, Lyon, 1555) et des éditions Antoine du Rosne, Lyon, 1557) En 1984, R. Benazra présente un

fac simile d’une édition découverte à la Bibliothèque Municipale d’Albi avec cette mention ‘La Ire édition enfin retrouvée’-Ed des Amis de Michel Nostradamus » En 1993, c’est le tour de l’édition de 1557 et en 2000 de l’édition 1568, Benoist Rigaud, à dix centuries (Lyon, Michel Chomarat). Quant à Brind’amour,(il décéde à ce moment là), en 1996, il publie chez Droz une édition critique : Nostradamus. Les ^premières cenruries ou prophéties(édition Macé Bonhomme 1555) qui s’appuie notamment sur les écrits d’Antoine Crespin reproduisant un grand nombre de versets issus des dix centuries.(ces Prophéties de Crespin seront reproduites en 2002 dans nos Documents inexploités sur le phénoméne Nostadamus, ibidem, cf aussi notre

thèse d’Etat, Le texte prophétique en France, Presses Universitaires du Septentrion, 1999)

Mais en1997, dans une communication dans le cadre des Journées Verdun Saulnier (Cahiers n°15) Prophétes et Prophéties au XVIe siècle,, Presses de l’Ecole Normale Supérieure, intitulée « Les prophéties et la Ligue »en nous appuyant sur un exposé figurant

dans le RCN de Benazra (pp 122-123) où il était indiqué à propos d’une édition des Grandes et Merveilleuses Prédictions de M. Michel Nostradamus, Rouen,Raphaël du Petit Val, 1588, selon une description de Daniel Ruzo d’un ouvrage actuellement non localisé

(Testament de Nostradamus, Ed du Rocher 1982) : »Il manque les quatrains 44, 45, 46, 47 de la Centurie IV (..) Cette édition comporte donc 349 quatrains pour se terminer typographiquement à la dernière page du dernier cahier », nous montrions que le quatrain46 se référait à la ville de Tours : « Garde toi Tours de ta proche ruine ». Or ce quatrain figure dans

l’édition Macé Bonhomme 1555  et apparaitra dans les éditions faisant suite à ces Grandes et Merveilleuses Prédictions ! On est tout à fait dans le scénario décrit par David Derodon en 1661 ! Or,

Tours est la capitale du camp opposé à la Ligue, et l’on est ici en

pleine actualité après la fuite d’Henri III.. Par la suite, nous montrerons (cf notre post doctorat en ligne sur SCRIBD)

) qu’un quatrain désignant la ville de Chartres comme celle du couronnement d’Henri IV au début de 1594, avait modifié un passage de la Guide des Chemins de France (cf article de Liaroutzos) qui comportait dans un de ses itinèraires le nom de Castres (Arpajon). Encore un quatrain de circonstance !

Force est de constater que les nostradamologues auront souvent

préféré échafauder les scénarios les plus alambiqués pour « sauver » les « premières » éditions des Centuries et notamment l’étrange succession des éditions sous la Ligue. (cf Patrice Guinard, Corpus Nostradamus, site du CURA) allant même jusqu’à qualifier de « canular » la thèse des contrefaçons antidatées.(cf encore il y a peu la biographie de Nostradamus, Gallimard, de Mireille Huchon) qui entérine la version d’une première parution en 1555 , préférant mettre sur le compte des facultés prophétiques de Nostradamus les quatrains suspects. Le paradoxe tient au fait que l’on a retrouvé

les fausses éditions mais en revanche, il manque les premières vraies éditions qui

sont d’ailleurs des contrefaçons elles aussi,  vu qu’elles sont apocryphes  et qui

présentaient comme posthumes avant que l’on ait décidé d’en produire censées

parues du vivant de Nostradamus.. Ajoutons  que si l’on a opté pour le genre des

quatrains pour le revival de Nostradamus, cela tient au fait que ses almanachs

annuels en comportaient déjà et d’ailleurs le premier commentateur des quatrains

jeanAimé de Chavigny avait inclus les quatrains des almanachs dans son corpus, pris

dans le Recueil des Présages Prosaiques dont le manuscrit le signale comme

éditeur. Mais le plus souvent, ces quatrains sont absents des éditions centuriques

ou figurent sous la rubrique « Présages ».. Mais ces premiers  quatrains  n’étaient

jamais qu’une versification de ses prédictions en prose comme nous l’avons

montré dans notre mémoire de post doctorat de 2007

 

 

JHB

19 04 21

Publié dans NOSTRADAMUS, prophétisme | Pas de Commentaire »

jacques Halbronnn Observations autour de ses 2 thèses de 1999 et 2007 sur le prophétisme .

Posté par nofim le 12 avril 2021

Observations autour de  ses deux thèses de 1999 et 2007 sur le prophétisme

par Jacques Halbronn

 

Les deux thèses couvrent respectivement 1200 pages et 950 pages environ.  Ce sont des « pavés » chacun en trois tomes. Le travail que nous nous proposons de produire ici en quelques pages vise à constituer notamment une introduction à leur lecture mais aussi à nous réapproprier une somme dont nous avons parfois tendance à vouloir nous délester, ce qui permet de se vider pour d’autres entreprises. Mais il vient un temps où, par une phase d’hypermnésie dont nous avons traité ailleurs, le besoin se fait sentir de faire le « tour du propriétaire ». En route, donc, pour la visite de ces deux « monuments ». qui font pendant à nos publications proprement astrologiques et à d’autres d’ordre linguistique (cf sur SCRIBD), constituant ainsi comme un triptyque sans parler du projet en cours qui dépasse nettement les 1000 pages

 

 

I la thèse d’Etat de 1999 Le texte prophétique en France . Formation et fortune (paru aux Presses Universitaires du Septentrion). Il recouvre une période de plusieurs siècles, soit de la fin du Xve siècle jusqu’au début du Xxe. On est donc dans la longue durée.. En quelque sorte, il atteste de la permanence et l’entretien d’une certaine fièvre prophétique tout au long en mettant notamment l’accent sur les modes de recyclage des textes de notre corpus. De cette thèse sortirent plusieurs publications  papier dont six en particulier :

Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus

Le sionisme et ses avatars au tournant du Xxe siècle

qui forment le diptyque intitulé : Prophetica judaica (ed Ramkat 2002) respectivement autour de Michel de Nostredame et de Theodor Herzl.

et Papes et prophéties. Décodages et Influence

(ed Axiome 2005) sur la prophétie de saint Malachie (ou des papes)

plus deux  études parues dans la Revue Française d’Histoire du Livre entre 2011 et 2015

« De la Pronosticatio de Lichtenberger au Mirabilis Liber parisien », Revue Française d’Histoire du Livre, n° 134 (2012)

.

« Histoire des Livres d’Heures. La fortune du Kalendrier et Compost des Bergers en Angleterre et en Italie autour de 1500; » Revue française d’histoire du livre, numéro 136 (2015)

 

L’accent était mis sur les contrefaçons antidatées qui sont un des traits les plus notables de la littérature prophétique.Quelque part, nous rejoignions ainsi notre thèse de troisième cycle de 1979 -soutenue 20 ans plus tôt parue en 1985 sous le titre « Le monde juif et l’astrologie. Histoire d’un vieux couple ». Au prophétisme biblique faisait ainsi pendant un néo-prophétisme.

Nous  avions  dans ce sens crée des outils, à savoir le chronème et le chorème.

L’un pour fixer les dates de publications dans une fourchette de temps (chronos)

et l’autre  en vue de déterminer  qui tenait tel discours et à qui cela s’adressait.

II Le post doctorat de 2007  Le dominicain Giffré de Rechac (1604-1660) et la naissance de la critique nostradamique au xVIIe siècle.

Ce travail se voulait en principe bien plus circonscrit, borné dans le temps et centré sur Nostradamus et non sur un corpus prophétique bien plus foisonnant même si le dossier Nostradamus figurait déjà dans la thèse d’Etat, notamment en son tome III.. A la différence de la Thèse d’Etat, les publications dérivant du post doctorat et le complétant sont sur Internet cf le site propheties.it.  sauf

« Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique », in Revue Française d’Histoire du Livre, 2011)

Le titre même de l’ouvrage paru anonymement de ce Dominicain était tout un programme : « Eclaircissement des véritables quatrains ». En pratique, on glissait du XVIe siècle vers le XVIIe et d’ailleurs, notre approche de Nostradamus était axée sur la fin du XVIe siècle -temps de la Ligue – bien plus que sur son milieu pour ceux qui s’en tiendraient aux dates indiquées sur les éditions (1555, 1557, 1568), un XVIIe siècle que nous avions déjà abordé autour de Jean-Baptiste Morin et de Nicolas de Bourdin à propos de la décennie 1650. (cf nos éditions de 1975 et 1993, à 18 ans d’intervalle), étant venu en quelque sorte du XVIIe vers le XVIe, étant au fond plus dix – septiémiste que seiziémiste.

Nous avions évidemment pour tâche de préciser l’identité de l’auteur de cet Eclaircissement de 1656. Il nous fallut retrouver la trace du manuscrit conservé aux Archives Nationales. En vérité, notre approche était marquée par un travail critique que nous avions nous mêmes engagé sur le sujet et le dominicain nous apparaissait comme une sorte de précurseur de la « critique nostradamique », comme l’indiquait l’intitulé même du post-doctorat ; Or, le XVIIe siècle était aussi celui de la naissance de la « critique biblique « .

Au bout du compte, ce post doctorat entendait exposer toute la problématique de la critique « nostradamique » telle qu’elle nous apparaissait au début du XXIe siècle en remontant jusqu’au XVIIe. Autant dire que quelque part, nous rejoignions ainsi l’esprit de notre thèse d’Etat sur la longue durée. Au demeurant, le titre de la thèse « naissance de la critique nostradamique » s’avèrait assez ambigu en ce qu’il entendait « remonter » jusqu’au dominicain pour y déceler des prémisses d’une critique qui se déploierait jusqu’à nos jours et non pas se cantonner à l’oeuvre de Giffré de Réchac..

Cela dit, nous nous sommes intéressés aux quatrains des almanachs qui précédèrent et

inspirèrent ceux des Centuries. Si les premiers n’avaient pas existé, nul doute

que l’on n’aurait point songer à en  fabriquer en masse d’où un projet de 1000

quatrains. Cela montre que Nostradamus était devenu célébre par le truchement

des quatrains des almanachs et non par ceux des Centuries qui n’avaient pas encore

vu le jour à sa mort.

L’ambiguité de notre post doctorat tenait, on l’ a dit, au fait que nous nous en étions pas tenus à l’oeuvre du seul dominicain. Dans d’autres domaines, notre démarche aurait pu sembler tout à fait banale dans la mesure où l’on était en mesure de signaler divers ouvrages s’étant succédé appartenant au courant étudié. Mais, ici, le cas de figure était différent dans la mesure où une grande partie du dit courant correspondait à nos propres recherches !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB

12.04 21

Publié dans ASTROLOGIE, NOSTRADAMUS, POLITIQUE, prophétisme | Pas de Commentaire »

jacques halbronn Sur les derniers avis de Patrice Guinard quant au corpus Nostradamus

Posté par nofim le 24 février 2021

Sur les derniers avis  de Patrice Guinard quant au corpus Nostradamus

Jacques Halbronn

 

Patrice  Guinard  « Aparté en guise d’épilogue »

« Il est devenu de bon ton depuis quelques années de fabriquer ce que j’appellerai de la contre-interprétation passéiste et rétrograde ou au contraire de l’analyse activiste et projective des quatrains de Nostradamus, soit pour tenter de montrer que les quatrains versifient des chroniques historiques que personne n’a pu retrouver, soit pour tenter de montrer que le texte des quatrains reflète des événements postérieurs et identifiables qui n’ont pu être prédits en raison des limites de l’esprit humain, et donc que les Prophéties seraient antidatées. Ainsi semblent s’affronter deux clans de sceptiques, qui à partir de leur assentiment commun aux idoles de la mentalité moderne, parviennent à des conclusions diamètralement opposées, tout en mettant en branle des méthodes de travail et des techniques d’interprétation tout aussi aléatoires que celles de leurs prédécesseurs « illuminés » qu’ils fustigent. Il n’est pas plus de connaissance historique, pas plus de rigueur méthodologique, chez ces anti- que chez les pro- d’autrefois et d’aujourd’hui. On observe même chez ces nouveaux sceptiques, comme on parle de « nouveaux philosophes », une plus fâcheuse tendance à biseauter le texte à l’aune de leurs traficotages (sur cette question, cf. « Le quatrain 23 de la centurie VI et la critique des méthodes dites rationalistes « , CN 64). Le plus souvent, ils se contentent de se polariser sur un vocable ou sur une expression, et interprètent un petit bout de vers, quitte à laisser le reste du quatrain dans l’ombre, ou au besoin à invoquer des fautes typographiques pour les morceaux non étudiés. En outre l’histoire du typographe qui fabrique le texte sous la dictée d’un lecteur, rapportée par Brind’Amour en 1993 (p.14), reste sujette à caution, et l’on peut penser que les divers imprimeurs des Prophéties restèrent très vigilants pour la fabrication d’un texte de cette nature.

Dans le camp des iconoclastes — et Shakespeare comme Rabelais auront aussi mérité les leurs –, le refus d’accorder à Nostradamus la paternité des quatrains des Prophéties en imaginant l’existence de clans organisés de faussaires, au besoin aux intérêts divergents, s’accompagne d’une systématique falsification des dates et des textes, et d’une surdité maladive aux témoignages les plus évidents. Le procédé le plus utilisé, en dépit des preuves matérielles, consiste à marteler le dogme futile selon lequel les premières éditions auraient été imprimées sur le modèle d’éditions beaucoup plus tardives. Un autre truc consiste à faire croire que des plagiaires des années 1570-80 dont on connaît par ailleurs les textes médiocres, auraient pu changer de style et d’envergure littéraire pour parvenir à rédiger des quatrains à l’aune de ceux de l’astrophile provençal. Ces procédés s’apparentent aux modèles révisionistes et mouvements de mystification, de falsification et de réécriture de l’histoire, très en vogue aujourd’hui, et notamment pour des sujets où la séduction iconoclaste s’accorde aisément avec une aversion atavique mêlée à une grande part d’ignorance. C’est le cas pour les études nostradamiennes, comme pour celles relatives à l’astrologie et à l’histoire de l’astrologie, matières trop longtemps délaissées par les recherches académiques (cf. Guinard, TH. D., 1993, et Astrologie : Le Manifeste 2/2, CURA, 1999).

Les témoignages et attestations externes de l’existence des Prophéties sont beaucoup plus nombreux que ne l’imaginent les apprentis exterminateurs. Le corpus des textes littéraires, latins, français, allemands, italiens, anglais, etc, restés manuscrits, ou publiés entre 1555 et 1575, ou même quelques années après, pourrait réserver encore de belles surprises. Les almanachs de Nostradamus, mais aussi ses Prophéties, malgré leur diffusion moins importante, ont été beaucoup plus diffusés et médiatisés qu’on ne l’a cru et dit, et je fournirai prochainement quelques témoignages que n’a pu retrouver Brind’Amour, lequel travaillait essentiellement au dépouillement d’éditions modernes accessibles dans les rayons de bibliothèques ou centres de recherche de type universitaire.

En outre, ces sceptiques et zététiques n’ont pas encore compris que Nostradamus a volontairement « tronqué » son texte (septième centurie incomplète, quelques vers inachevés, bribes des centuries dites 11 et 12 rapportées par Chavigny, etc), afin précisément de piéger les analyses des gobe-mouches, aussi nombreux dans ces milieux que chez leurs adversaires. [Il y a quelques années, sur un forum canadien de gogo-sceptiques, les adversaires de mon argumentation en faveur de nouvelles perspectives pour l'astrologie, faute de répondant, avaient fini par se persuader que ma thèse, soutenue en 1993 à la Sorbonne, n'aurait jamais existé !]

C’est une architectonique partielle, ouverte à toutes les dénégations hasardeuses, que le prophète salonais a décidé de construire, précisément en rempart contre ses détracteurs, et en prévention contre toute tentative de contrefaçon ultérieure. Car si l’on se met à fabriquer des quatrains, il n’y a aucune raison d’imaginer des centuries incomplètes, dont l’organisation serait précisément en contradiction avec les mentions apposées au texte : « dont il en y à trois cents qui n’ont encores jamais esté imprimées » (en 1557) alors qu’on ne compte que 286 ou 289 quatrains, et : « trois Centuries du restant de mes Propheties, parachevant la miliade » (préface à Henry II du 27 juin 1558) alors qu’il manque encore une vingtaine de quatrains, même en incluant ceux parus à cette date dans les almanachs.

Ce scénario me semble être l’éclaircissement majeur à l’aporie sur laquelle se sont échinés nombre de commentateurs : Nostradamus a initialement conçu sa fameuse septième centurie « inachevée » et « incomplète » en dépit des mentions qui semblent l’infirmer, afin de contrecarrer et démasquer toute velléité frauduleuse, et il a probablement imaginé que des zélateurs piégés s’autoriseront à la compléter ultérieurement par un appendice (les 58 sizains du supplément dit de Sève). Mais précisément, ce supplément apocryphe est la meilleure preuve de l’organisation initiale ! Et la probabilité est quasi nulle pour que de supposés faussaires imaginent une telle organisation (dont j’ai analysé les premières données dans de précédents articles : cf. « Les pièces de l’héritage », CN 177, puis Atlantis, 414, 2003), et surtout pour qu’ils puissent en reproduire les articulations d’une édition à l’autre. »

 

 

Nous énumérons brièvement le réquisitoire concernant les fausses éditions antidatées. Les personnes intéressées à approfondir le sujet trouveront aisément toutes les références que nous évoquons, en cherchant sur Internet ou en se reportant au Répertoire Chronologiuque Nostradamique de R. Benazra dans la plupart des cas.

 

Argument de la mauvaise iconographie

Les faussaires en puisant dans la bibliothèque nostradamique à leur disposition ont confondu vraies et fausses éditions des pronostications. La vignette de couverture du Répertoire Chronologique Nostradamique -que nous avions fournie – est issue d’une édition pirate par Barbe Regnault – Pronostication nouvelle pour l’an 1562-et elle ressemble comme une goutte d’eau à l’édition antidatée de 1555 (cf le fac simile des Amis de Michel Nostradamus 1984) Dans notre quatrième de couverture du RCN nous écrivions : »La littérature nostradamique comporte (..)aussi bien l’oeuvre proprement dite de Nostradamus que celle de ses adversaires , incluant les imitateurs et les commentateurs de telle ou telle partie du corpus recensé »

Argument du chantier centurique

Il est connu que certaines éditions de la Ligue ont comporté plus de quatrains que d’autres, ce qui montre que nous avons affaire à un chantier en progrès (cf communication Verdun Saulnier 1997) C’est ainsi que Benazra dans le RCN (p 123) note «  Il manque les quatrains 44, 45,46, 47 de la Centurie IV. Mais les éditions suivantes comporteront les dits textes y compris les éditions datées de 1555 et autres !!!!   Comme par hasard, un des quatrains additionnels (IV, 46) comportait une mise en garde contre ce qui se passait à Tours à cette époque.

Argument de la fabrication des quatrains

Il ne semble pas que Guinard ait daigné tenir compte du travail de Chantal Liaroutzos concernant l’emprunt à la Guide des Chemins de France ( cf Réforme et Humanisme). Nostradamus se serait il amusé à recopier des pages de cet ouvrage ? C’est bien plutôt l’oeuvre de faussaires besogneux plagiant un ouvrage extérieur au domaine pour étoffer leur contrefaçon . On connait le procédé pour les Protocoles des Sages de Sion avec la récupération de Maurice Joly

La source des « présages »

Nous avons montré que ces quatrains des almanachs étaient une versification de textes en prose y figurant.

La source du quatrain « macelin »

Elle est à chercher dans un ouvrage prophétique de Nostradamus que Guinard ne mentionne pas et qui ne nous est connu que par un manuscrit réédité au début du Xxe siècle. Il s’agit là d’une versification du texte. Là encore, on voit mal Nostradamus s’amuser à une telle besogne.

Prédictions de l’almanach pour 1562

« Et ne veux rien mettre de l’an 1567 que dans le mois d’Avril naistra un (sic) de quelque grand Roy et monarque, qui fera sa fin cruelle et sanguinolente mais la ruine de son régne oncques ne fut pire ne plus sanguinaire. On le nommera MARCELLINUS mais on lui ostera de son nom l’R.’ »

Si on enlève, le R de Marcellinus, on arrive à macellinus, ce qui nous renvoie à « macelin », boucher, Ce qui est à rapprocher du quatrain VIII 76 : En latin, le macellum est le « marché aux viandes » Le quatrain ne restitue pas le jeu de mots et ne fait sens que par référence au texte en prose.

 

« Plus macelin que roi en Angleterre

Lieu obscur nay par force aura l’empire

Lasche sans foy, sans loy saignera terre

Son temps s’approche si pres que je souspire » -cf nos études sur propheties.it.

 

Nostradamus aurait il apprécié de telles fabrications ?

Guinard part du principe que la « critique nostradamique », selon la formule de notre post doctorat) s’en prend à la mémoire et à l’image de Nostradamus. Bien au contraire, il s’agit de nettoyer cette image ! Il y a là un énorme contre sens !

La référence à la bibliothèque de Nostradamus

Certaines éditions attestent du caractère posthumes des contrefaçons. Même les faussaires au départ ne soutenaient pas que les premières éditions des Centuries seraient parues du vivant de Nostradamus. Ce n’est que dans un deuxième temps que l’on aura basculé, en une sorte de surenchère vers cette position. Les premières fausses éditions posthumes n’ont pas été conservées.

 

Le second volet des Centuries

A l’évidence, il n’était pas connu sous la Ligue et il n’y est pas fait référence avant 1590. Le seul exemple d’une édition à 10 centuries est l’édition posthume de 1568 qui aurait donc été inutilisée par les éditions suivantes des 1588-89. Ce second volet ouvert par l’Epitre à Henri II (calquée sur celle parue en tête des Présages pour 1557 mais ne s’y référant pas!) nous semble appartenir au camp adverse de celui de la Ligue, celui dont la capitale était autour de Tours (visée à la Centurie IV) Par la suite, l’on aura réuni ces deux volets sous un seul et même volume, lesquels seront commentés dans le Janus Gallicus comme s’il s’agissait d’un ensemble d’un seul tenant (1594)

 

Le quatrain du couronnement d’Henri IV 1594

Ce quatrain IX, 86 comporte le mot Chartres car c’est là que ce couronnement eu lieu mais il se sert d’un des passages de la Guide des Chemins de France qui comportait le nom de « Castres », opportunément rendu par Chartres dans les Centuries. Rappelons que les rois de France sont généralement couronnés à Reims,inaccessible à l’époque sous le contrôle de la Ligue. Ce quatrain IX, 86 figure dans le second volet qui est le support du camp d’Henri de Navarre. On dispose donc d’un terminus pour ce quatrain qui ne saurait être antérieur à 1593 alors qu’il figure dans la fausse édition de 1568.

 

LA récupération d’imitateurs

Pour mener à bien leur entreprise, les éditeurs des contrefaçons auront puisé dans le corpus de ses imitateurs des quatrains de ses almanachs des années 1570 sans parler du cas de Morgard et de ses sixains ! On pense au cas Crespin dont s’est servi Brind’amour.

 

 

Conclusion : on ne se laissera pas impressionner par l’accumulation de références qui masquent mal les lacunes de ses positions. Quant à réfuter certaines de nos analyses liées à des événements des années 1588-1594 par la thèse selon laquelle certains quatrains auraient bien été prophétiques, c’est là un argument spécieux qui interdit toute approche critique sérieuse. On en arrive ainsi d’ailleurs à un proces d’intention selon lequel ceux qui usent de tels arguments viseraient à refuser la dimension prophétique de Nostradamus ! Or, si Nostradamus a été tenté à la fin de sa vie par le prophétisme, comme on peut le voir dans son Almanach ???, il ne semble pas qu’il ait le moins du monde souhaité s’exprimer par le biais de quatrains ! Même les quatrains de ses almanachs n’ont même pas été son œuvre mais celle de quelque versificateur. Nostradamus, en effet, voulait en bon médecin astrologue, asseoir son discours sur des données astronomiques avérées et sur une certaine chronologies clairement exposée. En en faisant un vaticinateur inspiré (cf les premiers quatrains de la Centurie I) c’est bien là que l’on trahit sa mémoire !

 

 

 

Bibliographie

Jacques Halbronn, éditeur du Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra, 1990

Jacques Halbronn

1984  Compte-rendu de la Bibliographie Lyonnaise de Nostradamus de M. Chomarat in Revue Aurores, Avril n°22,

1985  Communication aux Premières Journées  Nostradamus de Salon de Provence sur  l’apport des critiques de Nostradamus

1991 Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561 … in revue Réforme et Humanisme

1991   Les bibliographies  autour de Nostradamus,  in revue Age d’Homme  n°5  Secret, Initiations  et Sociétés.

Astrologie et Prophétie. Merveilles sans images L’appareil iconographque dans la littérature divinatoire française au XVIe siècle. Ed. Bibliothèque Nationale 1993

Les Prophéties et la Ligue in Prophétes et prophéties, Journées Verdun Saulnier Presses de l’Ecole Normale Supérieure 1998

Le texte prophétique en France.Formation et fortune, 1999 (thèse d’Etat)

 2000 le texte prophétique. Discours  de la méthode  in Babel. Revue de littérature française, générale et comparée n°4

Le dominicain Giffré de Rechac et la naissance de la critique nostradamique au XVIIe siècle 2007 « post doctorat)

Documents inexploités sur le phénoméne Nostradamus. 2002

2003 Série  d »études sur le site Espace Nostradamus de R. Benazra

2005  Papes et prophéties,  Décodages et influence.  Ed Axiome .

2005 « French Antijudaism  and the Avignon problem  on the Eve  of Saint Barthelemy »  The fourteenth World Congress of Jewish Studies. Jerusalem (sur Antoine Crespin)

Vers une nouvelle approche de la bibliographie centurique Revue Française d’Histoire du livre 2011

2012 série d’études  sur le site propheties. it. de Mario Gregorio.

2017 Dernières avancées de la critique nostradamique sur le site editions grande conjonction blogspot. com

 

JHB

24. 02. 21

 

 

 

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Jacques Halbronn Les trois écueils de la méthode prévisionnelle en Astrologie. Le cas Barbault

Posté par nofim le 10 janvier 2021

Les  3 écueils de la méthode prévisionnelle  en  Astrologie. Le cas Barbault

par Jacques  Halbronn

 

Les  trois  écueils sont les suivants: ne pas  choisir la bonne configuration céleste, ne pas déterminer  le bon mode d’emploi; ne pas définir correctement les phases. Ensuite se pose le problème des explications alternatives permettant d’analyser autrement certains  faits, ce qui relève de l’interdisciplinarité..

 

I  La bonne configuration céleste

Quels sont les astres dont il convient de se servir  en Astrologie?  DE nos jours, la question semble reglée: tout ce qui appartient au système solaire ferait sens pour l’Astrologie,  y compris la transplutonienne  Eris,  chère à Yves Lenoble.(http://www.yveslenoble.com/2017/12/06/faut-il-utiliser-la-transplutonienne-eris/

Or, une astrologie qui s’intéresse aux planétes invisibles à l’oeil nu, ce qui est le cas à partir de Neptune (voire d’Uranus) et au delà , inconnues des anciens astronomes mais tout simplement de la perception sensorielle de notre Humanité, est une astrologie  hors sol, qui ne tient pas compte du rôle de l’Humanité dans l’activation du monde céleste.

On bascule alors dans une sorte de prophétisme astronomique qui ferait des astronomes les annonciateurs des temps nouveaux , chargés de baptiser les nouveaux venus.   L’on sait que le septénaire  aura laissé à l’écart nombre de divinités de l’Olympe lesquelles auront été repéchées à partir de la fin du XVIIIe siècle, ce qui vaut aussi pour les astéroides  entre Mars et Jupiter dont Cérés et ses soeurs. On connait le probléme qui s’est posée au sujet de Pluton et de son déclassement (2006).

Il faut interroger la mythologie pour y voir un peu plus clair:  Saturne avale ses enfants à l’exception de Jupiter, ce qui refléte exactement le cas des dieux exclus du septénaire. Autrement dit, le narratif  mythologique se calque sur l’histoire de l’astronomie et de l’astrologie. Le cas de Saturne est également remarquable, en ce qu’il est exclus de l’Olympe par Jupiter. Il ne reste donc plus que six astres,  Lune, Soleil, Mercure, Vénus, Mars et Jupiter, soit un « sénaire » dont nous avons  raconté les pérégrinations dans d’autres textes et vidéos  au sujet des maitrises planétaires.. Cela dit,  l’on mentionnera  pour mémoire les grandes conjonctions Jupiter -Saturne dont la formulation est l’oeuvre d’Albumasar au Xe siècle, fascinée par les perspectives séculaires.

Autrement dit, le cycle Saturne – Neptune  mis en avant par Barbault, notamment à propos de 1989, fait doublement problème, puisqu’il associe deux planètes extérieures au sénaire et qui ne devraient donc pas entrer en ligne de compte, introduisant d’ailleurs une cyclicité démesurée, ce qui aura conduit certains astrologues à couvrir des périodes de plusieurs siècles, par le biais des conjonctions.. Autrement dit, le débat autour de 1989 c’est aussi celui autour des planètes au delà de Jupiter  et en tout cas de Saturne?  Avec Jupiter comme astre le plus lointain à utiliser en astrologie, l’on est à l’abri de telles tentations vertigineuses  sur le long terme. Nous retrouvons alors une astrologie à dimension humaine avec un Jupiter maitre de l’Olympe avec son cycle de 12 ans,  soit deux fois six, en analogie avec les 12 mois de l’année et donc les 12 signes zodiacaux.

En fait, nous serions favorables à une astrologie cyclique  purement jupitérienne  dont le partenaire cyclique n’est pas à recherche dans le ciel mais sur terre, au niveau du ciel natal. On laissera ici de côté l’astropsychologie non prévisionnelle et non cyclique  validée par Gauquelin.

 

II  Le  bon mode  d’emploi

Barbault, -on le notera – ne s’intéresse pas au thème natal de Staline ni  dans son ensemble ni dans aucune de ses parties. Il se contente de noter  après coup que Staline meurt sous la conjonction Saturne Neptune, qui avait présidé à la révolution d’ »Octobre » 1917. On est donc ici dans un traitement des configurations célestes qui fait abstraction des astralités des leaders, ce qui signifie que les choses restent les mêmes quel que soit le profil du leader. Un tel postulat  mérite réflexion. et nous semble marqué par une certaine idéologie communiste  privilégiant le système sur la personne. On l’a encore observé récemment  avec les Gilets Jaunes très méfiants à l’égard de tout leader de leur propre mouvement. Avec l’astrologie version Barbault – du moins celui des années Cinquante, l’importance accordée aux transits sur le thème d’un personnage quel qu’il soit fait problème en Astrologie Mondiale. Il ne faudrait donc pas que l’astrologie encourage un quelconque culte de la personnalité.

En bref,  Barbault ne veut pas admettre qu’une configuration céleste ne peut être lue que par le biais du thème natal- analysé d’une manière ou d’une autre- des différents leaders en présence. Ce qui crée le lien entre le Ciel et la Terre. En fait, la position de Barbault  n’est pas aussi tranchée puisqu’il s’intéresse du moins  dans son texte d’avril 1953  « Mort de Staline », paru  dans  son bulletin Astrologie moderne, au thème de Malenkov,  tout en se plaignant de l’incertitude des données de naissance et c’est cette incertitude  qui aura pu motiver une approche ne prenant pas le – thème en considération. Or, si Barbault avait accepté cette inconnue (x) du thème natal, il ne se serait pas lancé dans une prévision à long terme laquelle ne pouvait qu’ignorer les données astrales des leaders à venir. C’est donc toute la question des prévisions à longue échéance qui est ici sur la sellette:

 

II  La définition des phases

Batbault affirme que la conjonction termine et commence un cycle. Cela se discute. En effet, l’analogie  avec les équinoxes et les solstices  s’impose tout comme avec le cycle soli-lunaire.  Or, la pleine lune correspond à l’axe   conjonction  Opposition et donc la demi lune au carré!  Le printemps préxcéde l’Eté   et la dualité  équinoxiale correspond justement à cette ambivalence fin de cycle début de cycle dont parle Barbault à propos de la conjonction!. Il y a donc déjà dans les qualifications des phases une erreur manifeste chez cet auteur!  C’est donc le carré Saturne-Neptune qui aurait du enclencher un nouveau cycle et non la conjonction. Le printemps   a d’ailleurs été choisi comme commencement de l’année jusqu’à la fin du XVIe siècle  et la ligne équinoxiale  est le  vecteur de la nouvelle  année dans le judaisme..  Il est clair que l’opposition Saturne- Neptune est prise au sérieux par les astrologues et que Barbault en minimise les effets, du fait de son échec à propos de la dite opposition de 1971 dont il traitait dans sa Crise Mondiale. C’est ainsi que Volguine relie la dite opposition à la guerre d’Espagne laquelle survient 18  ans après 1917 (cf  Les  événements mondiaux et le destin individuel) Notons que la description de Barbault des phases du dit cycle Saturne Neptune est des plus vagues et qu’il mise tout sur la seule conjonction. Il  semble, en outre, que Barbault n’ait pas saisi le processus de l’hémicyclicité selon lequel l’opposition  était équivalente à la conjonction -on appelle cela une syzygie – ce qui renvoie à l’astrologie d’un Reinhold  Ebertin.  L’opposition Saturne-Neptune serait donc assimilable à la conjonction Saturne Neptune et donc la prévision ratée de Barbault pour cette échéance 18 ans après 1953 (36 étant le temps nécessaire à un cycle complet de ce couple planétaire. Plus grave,  dans son indice de concentration planétaire (les astres  et l’Histoire Pauvert 1967, repris de Gouchon  comme il est noté par Barbault, le statut de l’opposition cyclique  ne semble pas avoir été correctement appréhendé puisqu’il n’est pas assimilé à la conjonction!

 

IV Les alternatives

L’astrologue  prisonnier d’un certain système ne  sera guère disposé à rechercher d’autres approches des « faits »  que celles qui lui sont familières. C’est ainsi que 1989  n’aurait pas d’autre lecture possible que celle susceptible de valider  un certain modèle car si cela devait valider  autre chose, cela ne l’intéresserait pas, cela  ne compterait pas.

Tout se passe comme si le monopole des événements de 1989  avait été accordé  à un certain  brevet, à titre exclusif.. C’est tout  ou rien. Depuis 30 ans, il aurait quand même valu la peine de confronter les modes d’explication à ce sujet, dans le cadre notamment d’une commission, d’un colloque, d’une Académie en se demandant en outre en quoi doit consister la validation d’un cycle, ce qui renvoie à notre point III supra.  A propos du cycle Saturne-Neptune,  il  a ainsi été signalé par André Barbault lui-même, que l’opposition à mi-parcours en 1971 n’avait pas été concluante en termes prévisionnels.  alors que c’est en analogie  avec la pleine lune !  C’est d(ailleurs à la suite de cet échec  qu’aura été mentionné pour la première fois  dans le Pronostic Expérimental en Astrologie (Payot) l’article de janvier 1953 dans l’Yonne  Républicaine, paru 20 ans plus tot!.

Pour notre part,  nous acons montré que le carré de Jupiter au Soleil de Gorbatckew, avec sa perestroika, sa Glasnost   était en mesure de rendre compte de ce qui s’est passé.  Petites causes grands effets..  Mais la mort de Staline n’était-elle pas  en soi un événement très  banal en soi  à savoir le décés d’un être  vivant? Et d’ailleurs,  Barbault n’a jamais prétendu avoir prédit cette mort  si ce n’est que cette mort  pouvait passer pour la cause du changement annoncé. C’est ici l’effet  qui détermine la cause!

Car il serait erroné de croire  que des effets considérables devraient dépendre de cycles de grande importance en termes de durée. Or, la pratique en vigueur des transits (cf Cahiers Astrologiques dans notre bibliographie) tend à se demander comment un événement mondial impactera une personne en particulier  alors que notre approche est inverse à savoir comment la cyclicité d’un leader peut impacter l’Histoire!

Comme le stipule l’Astrologie Conditonnelle./Conditionliste de Jean-Pierre Nicola, des facteurs extra-astrologiques peuvent jouer  et par conséquent  la prévision  des événements ne sauraient valider tout   un système astrologique  quel qu’il soit et certainement pas un rtésultat élecctoral.  Il est donc étrange qu’ Yves Lenoble se référe à Jean Pierre Nicola; dont le pronostic se trouve « justifié » (cf  son texte sur l’Astrologie groupale »:

 » Je  me suis rendu compte de l’intérêt de mettre en place une astrologie groupale lors du congrès astrologique international de Zurich de 1981. Nous étions  à quelques semaines de  l’élection présidentielle de Mai 1981. Mon maître Jean-Pierre Nicola me fit remarquer que, si l’on adoptait des orbes larges, on pouvait noter dans le ciel une conjonction Jupiter-Saturne au carré de Neptune. A cette simple constatation je me suis entendu lui dire : « François Mitterrand sera le prochain président  Pouequoi cette certitude (sic).  ? Et bien parce qu’une même configuration était récurrente dans le thème de François Mitterrand (astrologie généthliaque), dans le thème du printemps 1981, dans le thème des cinq républiques françaises (astrologie mondiale) et dans le thème du parti socialiste (astrologie groupale) dont François Mitterrand était à la fois le fondateur et l’actuel premier secrétaire. ».

Bibliographie

A. Volguine  Les événements mondiaux  et le destin individuel in Cahiers Astrologiques  Mai juin 1954 n°50

Numéro spécial  sur les transitn  Cahiers Astrologiques Mars Avril 1963   n°103

Jacques  Reverchon  VAleur  des jugements et pronostics astrologiques.  Chez l’auteur, Yerres (91)   1971  Value of the astrological  judgments and forecasts

JHB

10 01 21

 

Annexe

André Barbault et l’histoire du communisme

Jacques Halbronn, docteur ès Lettres

 

 

A la mémoire de Jacques Reverchon

 

 

 

Jacques Halbronn est en outre Docteur en Études Orientales sous la direction de Georges Vajda. Sa thèse est parue en 1985 sous le titre « Le monde juif et l’astrologie ». Il a tenté une expérience d’émigration en Israël au lendemain de la Guerre des Six Jours. Par ailleurs, il s’est spécialisé ces dernières années dans l’œuvre de Théodore Herzl et dans la genèse des Protocoles des Sages de Sion, qui constituent une partie de sa thèse d’État « Le texte prophétique en France ». Cette thèse est diffusée dans les bibliothèques universitaires, sur tout le territoire national, sur microfiche, sous la référence ANRT 34216.

Le communisme a joué un rôle important dans la recherche en astrologie mondiale d’André Barbault ; on peut même dire que c’est par cet angle là que l’on pénètre le mieux ses méthodes de travail, le traitement sémantique des textes qu’il produit, pour le pire et pour le meilleur. On peut d’ailleurs raisonnablement supposer que c’est sur ce sujet que Barbault aura connu ses plus grandes joies et ses plus grandes déconvenues…

On suivra donc Barbault, sur près de cinquante ans, depuis 1945, avec l’Astrologie Agricole, qui comporte un appendice sur les cycles et où il aborde le cycle Saturne-Neptune

jusqu’aux approches immédiates de l’An 2000. Il est rare, pour l’historien du texte prophétique que nous sommes, de pouvoir suivre un astrologue ou un prophète sur une aussi longue durée, commentant ainsi lui-même ses propres textes, reflétant inévitablement les enjeux idéologiques de son temps, en tout cas de sa génération.

1.      Une mort providentielle : 1953

Devant rédiger un article pour la fin de l’année 1952, dans le quotidien, l’Yonne Républicaine, le journal qu’A. B. lisait déjà avant guerre, celui-ci fait remarquer que la conjonction Saturne-Neptune va – formule qu’on appréciera plus loin – se reproduire. Or c’était, note A. B., cette même configuration qui s’était formée en 1917, année de la Révolution d’Octobre. Pourquoi, dès lors, ne pas annoncer un événement important pour la Russie, en 1953 ? Trois mois plus tard -puisque l’article considéré paraît pour le premier de l’an, Staline mourrait. C’est ce que l’on peut appeler une prévision à court terme avec des outils à long terme. Cela dut être pour Barbault, qui venait de franchir le cap de la trentaine, une grande satisfaction encore que nous n’avons pu vérifier s’il s’en était vanté dans les mois qui suivirent dans une revue.

Cependant, la lecture des journaux de l’époque permettait de se rendre compte que les choses bougeaient et pourraient aboutir à quelque changement en Russie, même sans la mort de Staline qui n’est même pas un assassinat et qui en soi échappe peu ou prou à l’astrologie. Car qu’est ce que cet astrologue « moderne » qui croit que la mort « naturelle » est inscrite dans les astres ? Il aurait été en réalité plus convaincant si Staline avait été déchu.

Toujours est-il que, dès lors, Barbault fera figurer la date de 1953 au même titre que celle de 1917 comme étant « la » date importante depuis la Révolution d’Octobre.

En réalité, la conjonction s’était d’abord déjà formée en 1952 et l’année suivante, elle se reforme du fait des rétrogradations. D’ailleurs quand AB publie en 1945 son Astrologie agricole, il avance la date de 1952 et non de 1953. Autrement dit, le pronostic pour 1953 sent déjà le réchauffé. Il concernait initialement l’année précédente. A aucun moment A. B. ne s’en est expliqué ! On peut d’ailleurs se demander pourquoi il n’a pas donné l’année 1952…Tout se passe comme si A. B. s’était aperçu, au vu des événements qui se préparaient alors à Moscou, qu’il serait judicieux de se brancher finalement sur la « queue » de cette conjonction. Peut-être – qui sait ? – A. B. n’avait-il pas eu l’opportunité de publier son travail plus tôt ?

Au demeurant, il faudra encore quelque temps, notamment le XXe congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS)de 1956 pour que l’on puisse vraiment parler d’un nouveau cycle. Quant au moment où ce cycle, historiquement sinon célestement, va s’achever, cela est largement sujet à débat. Mais reconnaissons que sur le moment et sans recul cette mort de Staline a pu frapper les lecteurs et plus encore l’astrologue A. B. qui en fait une affaire personnelle. De là à faire de cette mort l’événement principal entre 1917 et 1989, il n’y avait qu’un pas ! En effet, par la suite, on peut être surpris que cette date reste en évidence dans les travaux de Barbault non pas comme une fin de cycle, mais comme « la » fin du cycle engagé en 1917 – la maladie et la mort de Lénine ont eu un effet également marquant, qui aboutit précisément à l’avènement de Staline – d’autant que son système exige une certaine précision, en raison des subdivisions mises en oeuvre, sur la base des aspects. 1953 n’est pas 1956. L’histoire de l’Union Soviétique comporte d’autres échéances d’importance au moins égale. 1953 ne revêt cette importance que parce qu’elle fonde le cycle Saturne-Neptune ! et parce que A. B. s’est impliqué dans son processus.

En réalité, on a du mal à comprendre ce que peut vouloir signifier un pronostic de la fin décembre 1952 concernant un événement se produisant tous les 36 ans ! S’il s’agit d’une périodicité aussi longue, il va de soi qu’elle se sera probablement manifestée déjà en 1952 de la même façon que A. B. attribue les événements de 1848 à cette même conjonction survenue deux ans plus tôt ! Que signifie dès lors un pronostic aussi tardif alors que l’astrologue est censé déjà vivre en cette nouvelle période : qu’a-t-il à annoncer qu’il ne connaisse déjà ?

On le conçoit : s’il avait rappelé que cette date lui tenait particulièrement à cœur, on lui en aurait fait le reproche. En revanche, en présentant cette date « à froid » comme une évidence historique rétrospective, cela passait mieux. Après 1989, A. B. baisse la garde et reconnaît son investissement personnel de façon à constituer un « doublé ». A. B. aura donc annoncé et pas seulement expliqué après coup et 1953 et 1989. En réalité, ce pronostic de décembre 1952 corrige celui de 1945.

2.      La prophétie du plan septennal

En 1963, A. B. publie un petit livre, chez Albin Michel, qui annonce la prochaine suprématie de l’URSS ou plus exactement la confirmation d’un processus en cours, symbolisé par l’industrie spatiale soviétique. C’est « la Crise mondiale de 1965.Prévisions astrologiques » avec comme date de référence 1964.

C’est justement et cela n’est nullement un hasard-ce qu’affirme un Nikita Khrouchtchev dans son Rapport au XXIe congrès extraordinaire du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS) et notamment dans un texte intitulé « Les chiffres de contrôle du développement de l’économie nationale de l’URSS pour 1959-1965″. Texte prospectif dont A. B. fait son beurre.

Comment Barbault a-t-il pu croire que les dates avancées par Khrouctchev pouvaient être pertinentes sur le plan astrologique ? Car il ne saurait bien entendu s’agir d’une coïncidence, Barbault a bien calqué sa prophétie sur celle du plan septennal, qui ne fut décrété qu’en 1959. Un texte traduit en français paraissait dans la Collection « Etudes Soviétiques » : le Septennat soviétique (1959-1965) » et ce n’était point là un ouvrage rétrospectif.

Reverchon, dans son étude critique, Valeur des jugements et pronostics astrologiques, fascicule bilingue qui porte aussi un titre anglais, Value of the astrological judgements and forecasts (Département 91, Yerres) souligne, en 1971, ce rapprochement sans préciser que A. B. a purement et simplement emprunté à Mr K. Un assez mauvais calcul, au demeurant car soit le pronostic s’avérait juste et on aurait pu reprocher à A. B. d’avoir fondé sa prévision sur une autre prévision bien assurée, soit – comme ce fut le cas – le pronostic était démenti par les faits et l’astrologie n’en sortait pas grandie. En réalité, rien d’étonnant : pourquoi l’astrologue ne ferait-il pas alliance avec le politique ou l’économique pour étayer son propos prévisionnel, quitte à commettre un délit d’initié  ? Qu’est ce que ne seraient pas prêts à faire certains pour prouver qu’ils ont bien servi l’astrologie  ?

La décennie Soixante débute dans l’euphorie[1] dans le camp communiste et Barbault est emporté par cet enthousiasme aux relents prophétiques. Il reprend mot pour mot, date pour date, l’argumentation soviétique et communiste, pensant ainsi crédibiliser, avant et surtout après coup, son pronostic concernant le trigone Saturne-Neptune.

Il lui faudra assez vite déchanter et il passera sous silence ce grand rendez-vous de 1965 qui aurait du correspondre à un dépassement économique des USA par l’URSS, selon les termes mêmes de Khrouchtchev. On sait qu’il n’en fut rien et que ce sont les américains et non les russes qui débarquèrent les premiers en 1969 sur la Lune, malgré la prédiction de Barbault. Ce spectacle à la télévision a du sonner un temps le glas de ses vaticinations. Encore en 1967, dans Les Astres et l’Histoire (p. 309), il tient le pari de la victoire communiste. Pour cette étape d’antithèse – de 1965 à 1972 – « Mais ni le trigone Saturne-Neptune, ni l’opposition Saturne-Neptune ne parviendront à inverser les rapports de force entre les deux super puissances ».

En 1989, dans l’Astrologue, Barbault cite divers textes concernant sa prédiction. Or, curieusement, il omet de mentionner le texte suivant : pp. 308-30, (paru dans Les Astres et l’Histoire) :

« À la thèse, nous savons que les deux partants Américains et Russes posés, le premier avec une supériorité et une avance, le second une infériorité et un retard, dans la finalité d’une domination mondiale. A la synthèse nous avons vu se présenter la perspective de l’enfantement d’une société nouvelle, issue de cette double évolution mais où, en tant que tendance, le second partant aurait l’avantage sur le premier. »

Il lui en préfère un autre, figurant dans le même ouvrage :

« Ces deux partants sont en fin de course, l’un l’autre, pour la dernière destination de 1988-1989, à l’échéance de laquelle le monde tend à se renouveler pour enfanter une nouvelle société. »

Cette dernière formule est reprise après 1989  :

« Or, ces deux partants arrivent ici en fin de course au même point et au même moment, comme pour se fondre en un unique courant. Cette destination commune et unique de 1989, c’est l’échéance à laquelle le monde tend à se renouveler pour enfanter une nouvelle société. » (L’avenir du monde, p. 145)

Le choix par A. B. des textes qui attestent de sa prédiction n’est nullement innocent. Dans un cas, il s’agit bien de la victoire annoncée de l’Union Soviétique sur les USA en termes économiques et il est typique que A. B. ne cite aucun passage de sa Crise mondiale de 1965 :

« Tout donne finalement à penser qu’à l’arrivée de l’opposition de 1971-72, l’URSS vivra (…) un temps de dépassement en ayant « doublé » les USA. » (p. 98)

Dans l’autre cas, il est vaguement question d’une nouvelle société à l’échelle mondiale… Ce qui ne mange pas de pain. A. B. en évacuant ses propres formules malheureuses sur la prochaine victoire du communisme trahit ainsi son malaise.

Décidément, l’opposition Saturne-Neptune ne donne pas grand chose. Entre 1953 et 1989, on obtient 1971 et c’est alors que Reverchon, dans un texte bilingue, fait un constat d’échec… Certes, 1989 rachètera… 1971. Mais, il ne s’agit pas de jouer au casino, surtout si l’on se sert d’un même cycle : un succès ne saurait dans ce cas compenser un échec ! L’astrologie n’est pas le tir à l’arc !

En tout état de cause, dans quel état d’esprit se trouvait A. B. au lendemain de cette opposition Saturne-Neptune si décevante tant pour les communistes suivant la ligne de Khrouchtchev que pour les astrologues suivant la ligne de Barbault ?

Pudiquement, dans ses Entretiens (Pierre Horay) avec Michèle Reboul, A. B. note en 1978 :

« Une large confirmation de corrélations successives ayant été obtenue, nous nous sentons autorisés (sic) à pronostiquer une étape capitale pour le communisme et l’Union Soviétique à la nouvelle conjonction Saturne Neptune de 1989 et une crise préalable sous le carré de ces astres qui se produira en 1980. » (p. 86)

A cette date, il n’est pas disposé à reconnaître son échec. Il en sera différemment en 1989 dans l’Astrologue :

« Par contre, autant reconnaître que j’ai trébuché sur l’opposition de 1971-1972 (180°) estimée pouvoir correspondre à un dépassement de la puissance économique américaine (!) » (p. 4) Mais comment se fait-il qu’A.B. ne propose pas une autre lecture de cette opposition ? Il ne suffit pas de déclarer que l’on a trébuché, il eut convenu de corriger le tir ! Sinon, c’est réduire l’astrologie à une série de coups prévisionnels.

 

 

André Barbault est obsédé par l’idée que l’URSS et les USA fassent au moins jeu égal. Faute pour l’URSS de dépasser l’Amérique, il annonce encore en 1987 (L’Astrologue n°80) la confrontation entre les deux « empires » et ce précisément pour les années 1988-92, années de la conjonction Saturne Neptune mais aussi de celle de Saturne et d’Uranus et d’Uranus-Neptune mais là encore le déclin de l’URSS empêchera que cela se produise et d’ailleurs en 89, les Etats Unis ne joueront qu’un rôle assez secondaire. Et inversement quant à 1991, les russes ne seront eux-mêmes que des spectateurs forcés à la neutralité dans la Guerre du Golfe.

3.      L’ère Gorbatchev

Fin 1987, alors que Gorbatchev est déjà au pouvoir, A. B. publie un article dans sa revue. Il y est question pour 1989 des relations russo-américaines puisque en cette année là deux cycles se rejoignent. Or, le paradoxe, c’est que c’est précisément à partir de 1990 et de la Guerre du Golfe que l’on considère qu’il n’y a plus désormais qu’une seule super puissance ! Barbault lui aussi a complètement perdu son pari ! Dans son « Histoire d’une Prévision » (L’Astrologue, 4e trimestre 1989), A. B. ne sait pas encore que quelques mois plus tard, la marginalisation de l’URSS va se confirmer de façon éclatante sur la scène mondiale.

Certes, il se passe des choses importantes dans le bloc communiste autour de 1989 mais exactement en sens inverse de ce que Barbault avait annoncé. Pour donner l’impression qu’il a réussi, il est obligé de réduire son propre discours à un propos insignifiant : on passe d’un dépassement des USA par l’URSS à. une date importante dans l’histoire de l’URSS puis pour la paix du monde ! ! ! Mais alors, la question reste posée : est-ce que dans son ensemble le cycle Saturne-Neptune est ou non valable ? Car ce pronostic pour 1989 n’a de sens, du point de vue astrologique, que s’il s’inscrit dans une série passé et à venir satisfaisante.

Il y aurait donc réussite dans les dates et échec dans le pronostic de ce à quoi ces dates correspondraient. Mais si l’événement annoncé n’a pas eu lieu, quel sens pourrait avoir de dater un non événement ou un contre-événement ? Imaginons l’effet qu’un tel pronostic pourrait avoir à l’échelle individuelle.

Il n’y a même pas eu de guerre, avec un vainqueur et un vaincu, c’est le bloc communiste qui est tombé tout seule, de ses propres contradictions. Encore faudrait-il situer cela au sein d’un cycle des décolonisations et des indépendances. Au fond, A. B. aurait eu la chance que la date annoncée coincide avec un autre cycle qu’il n’a jamais étudié !

Bien plus, peut-on sérieusement, rétrospectivement, faire un lien entre 1989 et 1953 ? Est-ce que la mort de Staline mit fin alors à la domination de l’URSS sur l’Europe de l’Est ? Dès 1956, la répression soviétique en Hongrie démontrait le contraire et il faudra attendre précisément jusqu’en 1989 pour que les choses changent !

Prédiction ou prévision ? En ce qui concerne la date avancée de 1989 s’agit-il d’une prévision articulée sur un système cohérent ou bien d’une date obtenue par hasard voire par on ne sait quelle intuition ne relevant pas stricto sensu de l’astrologie ? On pense au Varennes de Nostradamus.

Dix ans après 1989, force est de constater que cette date n’a pas constitué le début d’un nouveau cycle pour la Russie. Il n’y a pas eu après la déstalinisation qui aurait débuté à la mort de Staline en 1953, un nouveau régime militaire, par exemple. 1989 n’a pas été marqué par une entente entre l’URSS et les USA pour le gouvernement du monde. Depuis l’époque de Gorbatchev, dans les années Quatre Vingt, la Russie n’a pas, avec Eltsine et Poutine, changé de régime quinze ans plus tard ! Le pouvoir n’est pas passé aux mains des généraux du type Lebed.

Il semble bien que les événements des années 88 – 89 appartiennent à un autre cycle que celui d’Uranus Neptune. Ceux-ci relèveraient, bien plus tôt, on l’a dit, de la décolonisation, ce qui n’est nullement propre aux dates de ce cycle, comme on l’a montré Ce processus frappe alternativement tel ou tel empire. Et d’ailleurs, la meilleure preuve que les événements ne sont pas propres à la Russie est qu’ils ont lieu ailleurs comme ce fut le cas en 1988 en Israël avec l’Intifada.(voir notre article in Ayanamsa 2000) Car le problème de cette affirmation d’un cycle réservé à un seul pays est que cela est falsifiable, cela exige que l’onde de choc s’arrête aux frontières.

4.      L’avenir du cycle Saturne-Neptune

En bonne logique, A. B. aurait du tout tabler sur ce cycle, le seul qui ait vraiment fait ses preuves et même consacrer un livre entier à ce seul cycle. Or, il n’en est rien. Bien au contraire, lorsque A. B. parle du début du XXIe siècle, il n’accorde au cycle Saturne-Neptune qu’une place bien modeste parmi d’autres cycles pourtant moins bien validés. Attitude somme toute surprenante comme si n’aurait pas suffi à sa gloire la mise en évidence de la réalité d’une influence planétaire sur l’Histoire des hommes. Mais peut-être pense-t-il que c’est tout ou rien et que si tel cycle « marche », il doit en être de même de tous les autres…

L’astrologue a besoin en outre d’un certain recul : en 1989, sous l’excitation de la réussite, A. B., dans le N° 89 de l’Astrologue (p. 19) n’hésite pas à baliser les vingt ans à venir sur la base du cycle Saturne-Neptune. Mais il ne semble pas qu’il ait eu le sentiment d’avoir réussi ses pronostics car il ne s’en fera pas l’écho dix ans plus tard, en 1998, dans ses « Prévisions astrologiques pour le nouveau millénaire » (p. 192) :

« Ce cycle (Saturne-Neptune) qui avait incarné l’idéal communiste d’une population laborieuse revient donc à la charge sous un jour nouveau de type coopératif ; là où le marxisme d’Etat a tragiquement échoué… »

Mais déjà en 1993, dans l’Avenir du Monde (Editions du Félin), le discours s’était édulcoré :

« La conjonction Saturne-Neptune est surtout (sic) expressive d’une promotion des couches inférieures de la population mondiale etc. »(p. 202)

On tombe dans l’insignifiance ! Exit la Russie, bonjour la générosité sociale : on est passé du communisme au socialisme bon teint ! Or la Russie existe toujours, on le sait avec le recul que n’avait pas encore A. B. qui réagit trop souvent à chaud, parfois plus en journaliste qu’en historien.

Parallèlement, A. B., à partir de Les Astres et l’Histoire, traite de l’indice de concentration planétaire et annonce une très grave conflagration pour la première moitié des Années 1980. Sur la quatrième de couverture de l’Astrologie Mondiale, en 1979, il est indiqué :

« Que nous réservent les années 1980 ? Une étape capitale pour le communisme et l’Union Soviétique à la nouvelle conjonction Saturne-Neptune de 1989. De 1981 à 1984, cinq conjonctions se renouvelleront entre les cinq planètes lentes qui, en 1982-1983, seront rassemblées en une zone d’exceptionnelle concentration  : celle-ci qui se reproduit tous les cinq siècles (…) annonce une phase particulièrement importante de l’histoire du monde. »

Or, que penser dès lors de la prévision pour 1989 qui fait suite à ces années annoncées comme catastrophiques et qui le seront beaucoup moins que Barbault a voulu le laisser entendre ? Est-ce que ces années de concentration planétaire n’étaient pas a priori susceptibles de marquer l’URSS plus encore que cette année 1989 ? C’est un peu comme ce prophète qui annonce la fin du monde et qui traite de l’avenir au delà de cette date comme si de rien n’était ! Barbault a-t-il annoncé que la troisième guerre mondiale du début des années 80 épargnerait l’URSS ? C’était hautement improbable. Si les choses s’étaient passé comme prévu par A. B. nul doute que l’URSS eut aussi traversé des heures graves. On voit donc là cohabiter plusieurs échéances liées à des systèmes prévisionnels distincts chez le même auteur. Mais, jusqu’à quel point, l’échec d’une prévision, chez celui-ci, peut-il compenser l’apparente réussite d’une autre ?

5.      Une révolution oubliée : 1905

Comment un historien du communisme réagit-il quand il voit l’historique proposé par Barbault concernant son étude du cycle Saturne-Neptune puisque c’est ce cycle que Barbault assigne au communisme et qui serait la clef de son devenir ?

Nous avons eu l’occasion d’étudier la question des deux révolutions à propos des Protocoles des Sages de Sion, dans notre thèse d’Etat, le Texte prophétique en France, (cf. article sur ce texte antisémite, en anglais, in Jewish studies, 2000). C’est en réalité autour de la Révolution de 1905 (F.X. Coquin. La révolution russe manquée, Paris, Ed. Complexe, 1985 et Colloque « 1905. La première révolution russe », Paris, 1986) qui aboutit notamment à la création d’une Douma que l’on considéra d’abord que ce texte antisémite revêtait un caractère prophétique. Par la suite, l’on se reporta sur celle d’Octobre 1917 qui en était la répétition à une autre échelle.

Donnons d’abord la parole à A. B. narrant les grandes étapes du communisme, et faisons abstraction des correspondances astronomiques qu’il place en vis à vis. A. B. décrète qu’un nouveau cycle pour la Russie commence en 1917. Mais il prend ses désirs pour des réalités, tout simplement en raison de la conjonction Saturne-Neptune, l’Histoire n’a qu’à suivre :

« 1882…. 1917….1952  » et il poursuit : « Donc 1917, c’est la conjonction et avec elle la prise de pouvoir »

En 1973, dans le Pronostic expérimental en astrologie (Payot), A. B. pariait encore sur les étapes successives – et pas seulement la conjonction et l’opposition – du cycle Saturne Neptune. Il ne s’y essaiera plus avant 1989.

Ce qui frappe le lecteur, c’est qu’à propos de ce cycle (pp. 149-150), A. B. ne dit rien pour 1971-1972 alors que l’ouvrage parait en 1973 et pour les années à venir, il se contente d’énumérer les aspects mais ne donne aucun pronostic. Bizarre ! On sent quand même une gêne dont il s’expliquera… en 1989 sur la déception de l’opposition pour 1971. En 1973, A . B. ne veut pas encore faire le bilan et constater l’échec alors il préfère ne rien inscrire. Quant à sa prévision du dépassement des USA par l’URSS, il ne reste plus qu’une modeste note : sextil (1959) : « période d’essor économique sans précédent et de supériorité technique et scientifique ». Mais cette période, combien de temps dure-t-elle ? Est-ce une « longue » ou une « courte » période ? A. B. navigue entre les phases de 36 ans et celles de 2/3 ans. C’est selon. Cela permet de limiter les dégâts des extrapolations : oui en 1959, il y avait un essor extraordinaire et c’est d’ailleurs pour cela qu’AB a fantasmé sur 1971. Il traite de l’économique comme du politique alors que l’économique est à long terme ! Mélange des genres ! Exit en fait l’économique qui est trop casse cou, bonjour le politique avec ses revirements constants, ce qui limite les dégâts. Quand on se trompe de tendance, c’est toujours par anticipation en politique alors qu’en économie, cela risque d’être rédhibitoire de façon définitive.

Tout se passe comme si, à lire Barbault, la Révolution de 1905 n’avait pas existé, comme si elle n’avait pas été une répétition générale. Comment A. B. peut-il faire abstraction dans son descriptif de cette date ? Comment, en fait, peut-il délimiter son étude à 1917 ? Comment une Michèle Reboul, en 1978, dans ses Entretiens, ne lui fait-elle pas remarquer une telle lacune ? Cette éclipse de la révolution de 1905 n’a jamais été signalée, à notre connaissance ni par Barbault, ni par ses lecteurs, ce qui en dit long sur l’esprit critique de ce public.

Comment ignorer que les deux révolutions sont couplées et que l’une prépare en quelque sorte la seconde ? Un Trotsky[2], notamment, a participé aux deux révolutions et la première fut, selon l’expression même de Lénine, une répétition générale de la seconde. L’affaire du Potemkine, reprise par Eisenstein, dans un film, est de 1905.

Plus grave, si 1917 est l’aboutissement de 1905, il n’y a pas à chercher d’aboutissement pour 1917 ! La boucle est bouclée et un nouveau cycle commence dont les enjeux seraient à définir. La mort de Lénine aurait assez bien convenu pour déterminer une nouvelle phase, qui pourrait être appelée stalinienne. Or, Yves Lenoble, dans son ouvrage sur les cycles (Ed. de l’ARRC), commentant Barbault, veut faire démarrer cette période stalinienne à 1917, ce qui permettrait de donner du sens à l’échéance de 1953.

Refuser la dualité 1905-1917, c’est ne pas comprendre que l’astrologie a pour vocation de situer une activité au sein d’un cycle, avec en effet une phase préparatoire, une phase de maturation et une phase de conclusion et de renouvellement.

Si l’astrologie a un discours à tenir sur l’Histoire, c’est bien celui de la répétition. (cf. P. L. Assoun, La répétition historique chez Marx, PUF, Reed 1999). D’autant que Barbault va retenir des événements infiniment moins importants pour correspondre aux aspects successifs qui rythment le cycle Saturne-Neptune. En dépit des publications successives que A. B. va consacrer à l’astrologie mondiale, il ne parviendra- ou ne tentera – jamais d’ insérer 1905 dans son tableau ! Ce qui montre le carcan du système utilisé (cf. notre article in La lettre des Astrologues, 2000)

Or, entre 1881 et 1917, s’il fut une date importante, c’est bien celle de 1905. Malheureusement, elle ne correspond pas à l’opposition intermédiaire qui a lieu en 1897….Notons d’ailleurs 1881- 36 ans avant 1917 qu’ A. B. aurait pu, au demeurant, citer l’assassinat du tsar Alexandre II. Il ne l’a pas fait.

6.      L’expansion soviétique en Europe

La Russie n’a nullement disparu en 1989 ! Et c’est l’URSS qui a éclaté et non la Russie qui en est de très loin la partie centrale et la plus massive, d’autant que les anciennes républiques de l’URSS en restent largement dépendantes., échappant pour l’heure à l’attraction de l’Union Européenne. Si les Etats d’Europe de l’Est ont retrouvé une indépendance perdue au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la Russie reste ce qu’elle est et son destin ne s’est pas arrêté. A ce propos, si 1989 a vu certains pays s’émanciper du joug soviétique, on aurait pu s’attendre à ce que le même cycle ait fixé le moment de leur asservissement et ce ne fut pas 1953 mais plutôt les années 1946-1948, en raison de l’occupation soviétique liée à la fin de la Seconde guerre mondiale. La domination soviétique en Europe de l’Est n’a pas commencé ni encore moins cessé en 1953 – les événements de Hongrie en 1956 et de Tchécoslovaquie en 1968 en témoignent – et par conséquent 1989 ne saurait faire pendant à cette date. Il faudrait la dater du reflux de l’armée allemande après Stalingrad, en 1942.

On aura probablement grossi l’importance pour l’avenir de 1989. Cela n’est pas plus important, en tout cas, que la perte par la France de ses colonies ! Or, voilà que Barbault décide que le communisme s’est effondré et qu’il n’y a donc plus de se servir du cycle Saturne Neptune à son endroit !

Logiquement, les astres se doivent de fixer le début et la fin d’un processus. A vrai dire, il nous semble que ces deux dates de 1917 et de 1953 sont des dates intermédiaires ou en tout pas des dates de commencement de cycle : 1917 vient à la suite de 1905 qui devrait donc être « conjonctionnel » et 1953 est bien moins pertinent par rapport à 1989 que les années 1940 (1942-1948) point de départ de la domination soviétique qui s’achève précisément en 1988-1989.

Avec un recul de dix ans, on est amené à relativiser l’importance de cette perte des pays satellites pour la Russie, et la révolution de 1917 – tout comme celle de 1905 – concernait la seule Russie. 1989 n’a pas sonné le glas de la Russie, n’a pas non plus placé la Russie sur le même plan que les Etats Unis, n’a pas davantage rapproché l’une de l’autre. Aucun des scénarios envisagés par Barbault ne s’est réalisé.

On ne peut mélanger Russie et bloc communiste et surtout il ne faut pas lier les événements du lendemain de la Seconde Guerre Mondiale avec ceux du début du XXe siècle. A vrai dire si l’on revient sur le pronostic de l’Yonne Républicaine, du Ier janvier 1953, que faut-il comprendre de la formule : « Du fait que le parti communiste russe est né sous la conjonction de 1881 et qu’il a pris le pouvoir à celle de 1917, on doit penser que l’année 1953 sera capitale pour l’URSS »

A la rigueur, on pourrait considérer l’expansion du communisme soviétique au delà des frontières de la Russie comme un étape essentielle mais… Elle n’eut pas lieu en 1953. Comment A. B. ne s’est-il pas rendu compte qu’il ne prenait pas en compte ce qui s’était passé sous ses yeux au cours des dernières années ? La réponse est simple : il ne voulait voir l’Histoire qu’au travers les lunettes d’une certaine astrologie.

Etrangement A. B. semble ne pas accorder toute son importance à l’expansionisme soviétique dès 1939 à moins qu’il ne souhaite pas signaler cette affaire délicate du rapprochement entre Hitler et Staline qui perturba les communistes français : pas un mot de l’invasion conjuguée de la Pologne, du fait du pacte germano-soviétique ni d’ailleurs des « révolutions » communistes en Europe de l’Est, à la fin des années 1940, qui sont l’expression d’une véritable conquête. (voir La crise mondiale, pp. 92-93). Or, c’est bien cela qui justement sera remis en jeu en 1989 ! On nous parle de la fin de quelque chose dont on n’a pas bien situé l’origine.

Certes, A. B. s’est également consacré à une typologie événementielle, avec l’indice de concentration. Mais est-ce que la dialectique guerre/paix est vraiment pertinente ? Ne vaut-il pas mieux classer les conflits en plusieurs catégories ? Cette polarisation sur la « paix » relève presque d’une vision mythique de l’Histoire et on rappellera que la propagande russe a très fortement investi le mot « paix », ses adversaires apparaissant toujours comme ceux qui menacent la paix du monde. Toujours la rhétorique communiste !

Il importe que le chercheur en astrologie mondiale commence par analyser le terrain avant de chercher une corrélation planétaire : tout se passe comme si A. B. avait défini d’une part une philosophie cyclique de l’Histoire, faite d’étapes successives et de l’autre un modèle planétaire, sans être parvenu à ajuster ces deux niveaux.

Barbault utilise une grille qui fait alterner les moments de crise et les moments de progression et ce un an sur deux environ, par le jeu des aspects. N’est-ce pas là un rythme trop rapide et qui reste à la surface des choses ?

Conclusion

Il semble bien que Barbault, dans les années Cinquante, de même qu’il a souhaité relier l’astrologie à la psychanalyse freudienne, a été tenté de se servir du marxisme pour refonder l’astrologie mondiale.

Il est assez remarquable de voir Barbault commenter son propre texte sur Saturne-Neptune et s’accorder un satisfecit. Apparemment, c’est « le » pronostic de sa carrière. Pour aucun autre, A. B. n’aura fait une telle rétrospective. Il lui aura fallu attendre l’âge de 70 ans ou presque pour enfin toucher dans le mille ! Il revient de loin, depuis la déconvenue de 1971 et plus généralement, par delà l’erreur de date, la croyance utopique du dépassement historique des USA par l’URSS vouée à ne jamais se réaliser ! Il y a ceux qui se trompent dans la date d’une guerre mais au moins la guerre existe mais A. B. lui annonce un non-événement ! Qu’est ce qui est pire : annoncer un événement qui n’aura pas lieu – comme Barbault pour la Troisième Guerre Mondiale – ou ne pas annoncer un événement qui aura lieu. Barbault s’est beaucoup moqué de ces astrologues d’avant guerre – pas la sienne, mais la vraie – qui ont manqué le conflit. Mais la question reste ouverte : cette guerre était-elle inévitable et définitivement écrite dans le ciel ? Comment peut-on reprocher quelque chose qui aurait pu être évité ? De même, d’ailleurs, que rien ne prouve que la première Guerre Mondiale était inévitable. C’est là une vision somme toute assez naïve de l’Histoire. C’est justement le syndrome de la recherche rétrospective qui conduit à rechercher une justification de ce qui s’est finalement passé Il importe que le chercheur connaisse de très près tous les tenants et aboutissants et pas seulement ce qui s’est produit au bout du compte.

Mais d’un autre côté, est-ce une si bonne chose de faire des prévisions en astrologie mondiale plutôt que de rendre compte de la succession des événements ? Il est à craindre que l’astrologue ne s’implique trop personnellement et cherche ensuite à n’importe quel prix à interpréter ce qui se produit dans le sens de sa prévision. Par ailleurs, encore faudrait-il user, pour qualifier les rendez-vous annoncés, d’un langage un peu moins simpliste que le terme « important » ; on préfèrerait une typologie un peu plus élaborée. Quant à l’attribution de tel cycle à tel pays, cela nous laisse perplexe : nous ne croyons pas à un tel compartimentage. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, un cycle concerne automatiquement deux camps adverses, il est nécessairement ambivalent, favorisant alternativement les camps en présence.

Dès 1976, dans Clefs pour l’astrologie, parues chez Seghers (pp.158-160), nous avions avancé la date de 1988 comme devant correspondre à une période de décolonisation, à la mise à mal des empires. A. B. ne mentionne pas notre travail bien qu’il en ait fait la critique dans l’Astrologue. Il ne s’en fait pas davantage l’écho à propos de la réédition de 1993, lorsque, nous commentons les événements récents (pp. 134-138). A lire A. B., on a l’impression qu’il est le seul à écrire sur ce sujet ou que son approche est la seule digne d’être commentée. Hors de l’astrologie selon A. B., point de salut !.

Donc, en 1976, dans Clefs, nous montrions que le passage de Saturne au début du Cancer et du Capricorne correspondait toujours à une phase de 7 ans environ de démembrement des empires, de par le monde. Or, en 1988, Saturne entrait en Capricorne ! Nous ne désignions certes pas l’URSS pour 1988 mais notre système « prévoyait » le type d’événements auxquels l’URSS fut confrontée.

On nous fera remarquer que peut-être l’astrologie ne peut pas aller au delà d’un certain seuil de précision et que le bilan barbaultien reste somme toute globalement positif… C’est oublier ou ne pas vouloir comprendre qu’en deçà d’un certain seuil, les résultats obtenus ne sont tout simplement pas significatifs et relèvent du hasard qui fait se rencontrer les mots et les choses…

Il était important de montrer de quelle façon l’astrologue était marqué par les idéologies régnantes.

 

J. H. Le 3 juillet 2001


[1] – Ph. Robrieux, Maurice Thorez, vie secrète et vie publique, Paris, Fayard, 1975, pp. 520-521.

[2] – P. Broué, Trotsky, Paris, Fayard, 1988, pp. 97 et seq.

 

 

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jacques halbronn ses textes sur le prophétisme

Posté par nofim le 18 décembre 2020

voir  sur  le site propheties.it   de Mario Gregorio

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jacques Halbronn L’astro-horoscopie, un nouvel acteur de la vie astrologique

Posté par nofim le 21 juillet 2020

L’astro-horoscopie    un nouvel  acteur/outil  de la vie  astrologique

par  Jacques  Halbronn

En 1965, nous avons rencontré le  Droit Constitutionnel – il y a  donc plus d’un demi-siècle-  et peu après nous découvrions l’astrologie. Or, un lien étraoit existe entre ces deux domaines en ce que tous deux s’occupent de l’élection des leaders – en tout cas il en  est ainsi pour l’astro-horoscopie- et également de la  fixation de la durée des mandats, ce qui s’apparente à des phases.

Décrivons briévement  notre  « application »  consacrée aux leaders

Trois particularités  méthodologiques

A    un seul curseur planétaire :  Jupiter

B  un seul facteur du thème natal : l’axe  ascendant descsendant  : conjonction  et  carré. L’Ascendant également appelé  « horoscope »

C  Un  seul  type de personne  ; le  leader   et non le tout venant

Exemple:   21 juillet 2020

L’Union Européenne  valide les propositions  Macron-Merkel  sur la mutualisation des dettes des Etats membres Cela est considéré comme une avancée  considérable dans l »‘histoire  du   processus fédéral

Or, Jupiter  transite l’axe  Ascendant  Descendant de Macron,

Jupiter  et  Ascendant Macron  conjoints  fin Capricorne, ce  qui n’a lieu  que tous les  6 ans, conjonction ou opposition

Remarques:  Jupiter ne concerne  que les super-leaders, ceux qui entrainent avec eux d’autres leaders et non des anonymes.

. Quand Jupiter s’aligne sur le degré horoscopique en conjonction ou en opposition, le leader s’efforce de se  diriger vers les hauteurs. Cela signifie a   contrario qu’au carré le leader descend vers le peuple des anonymes, des godillots, il s’encanaille, il déroge mais gagne en popularité alors qu’à la conjonction ou à l’opposition, il (re) prend de la hauteur, fait preuve d’une certaine distance avec les sans grades, ne voulant avoir affaire qu’aux « Grands » de ce monde, à l’élite, au gratin.

Début  2017n, Fillon  a  Jupiter conjoint à son asxendant  en balance, ce qui la fait respecter par la classe politique mais l’éloigne du peuple  alors que Macron un peu plus tard, a Jupiter carré à son ascendant en capricorne, ce qui lui permet de l’emporter au suffrage  universel. C’est dire que le systéme électoral doit être prise en considération selon qu’il reléve de la démocratie indirecte ou  de la directe.

Notre astrologie nous dit sur quelle catégorie sociologique un leader pourra compter en un instant T/ On dira qu’en carré, le leader passera par dessus la tête des états majors, des chefs de parti pour se concilier des personnalités de second ordre alors qu’en conjonction/opposition il nouera des alliances au sommet.

Dans le milieu  astrologique, on notera en 1978  le congrès de l’enseignement astrologique organisé par  Jacques  Halbronn  et six ans plus tard la création du Syndicat national de l’enseignement astrologique, à Lyon  en  1984  suivi de  celle  de la Fedération de l’Enseignement Astrologique avec Denise Daprey, à Orléans  en 1985; Jupiter  est en  78 sur le degré descendant  de Halbronn  puis sur le degré ascendant en 84, sachant qie chaque phase dure 3 ans .En1979, parait Aquarius ou la Nouvelle Ere du verseau  rassemblant une belle brochette d’astrologues, sous les mêmes aspects  Fin 1984  était paru  le  Guide   de la vie  astrologique. En 1986, Halbronn  devient vice président du GERASH puis président. . Trente ans plus tard,  c’est le lancement de la chaine teleprovidence par le même halbronn  dont on trouvera les astralités  comme celles de Macron sur Internet. Jupiter  est conjoint à son ascendant en Capricorne à 18°.  En 1996-97, sortie du Guide  astrologique rassemblant les notices de centaines d’astrologues. Jupiter  est sur l’ascendant  de l’auteur.

Par ailleurs,  en  1992, Jacques  Halbronn  réunit  Patrick  Curry  et Nicholas Campion,  des collégues historiens  dans La Vie Astrologique. il y  a  100  ans,  Paris, Trédaniel. En 1985, il avait fait appel à deux universitaires, Juan Vernet  et Paiul Fenton  dans le Monde  juif  et  l’astrologie,  Milan Arché,  1985?

Par ailleurs,  Halbronn,  pendant une vingtaine d’années, de 1974 à 1995, réunira, dans toute la France et dans les pays limitrophes une centaine de congrès (cf la liste dans le Guide Astrologique 1984 et 1995), sans faire appel aux éléves  en  astrologie.

En 2017  quand  Macron  est  élu, il  ne rassemble que très peu de personnalités de premier plan et  profite du suffrage universel pour  pallier ce handicap. Jupiter est alors en carré de son ascendant,  transitant en balance,  ce qui correspond à un mode mineur pour le leader. Trois ans plus tard, on l’a  vu, Macron  gagne une toute autre dimension.

 

 

 

 

 

 

 

 

COPYRIGHT    Editions  de la Grande Conjonction,  juillet  2020

 

 

 

 

 

 

JHB

22. juillet  2020

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jacques Halbronn Le Livre de l’Exode commence à Genése chapitre XI

Posté par nofim le 2 février 2017

Le  Livre de l’Exode commence à Genése Chapitre XI . Les deux fils de Dieu le Père,  Yahvé et Jésus

par  Jacques  Halbronn

 

Après les 10 premiers chapitres de la Genése,  à  partir du Chapitre XI de la Genése, commence  l’alliance avec Abram (plus tard Abraham) d’un certain Yahvé dont il n’avait pas été question jusque là si l’on excepte son apparition au chapitre IV lors du meurtre d’Abel par Caïn. On trouve aussi aux chapitres II et III  une forme hybride attestée nulle part ailleurs, Yahvé Elohim.  qui semble avoir été une mauvaise lecture du Yahvé Elohénou ou Elohekha ou Eloé Abraham dans le Livre de l’Exode., ce qui donne cet étrange Yahvé Elohim. Or, le fait de préciser que ce Yahvé est le dieu d’un certain peuple n’est nullement indifférent: Yahvé notre dieu, Yahvé ton dieu, Yahvé, le dieu d’Abraham et pas simplement un Yahvé Elohim qui ne veut rien dire tel quel.

Les dix  premiers chapitres de la Genése sont une série de « toldoth », c’est à dire de généalogiques, littéralement d’enfantements (Léda) et cela commence par le sefer toldoth Adam, le livre des enfantements d’Adam, suivi par d’autres listes. La dernière généalogie   fait la jonction avec le chapitre XII, en annonçant Abram et Saraï.

Mais le changement s’opère dès le chapitrre XI, quand Yahvé intervient en remplacement d’Elohim, à propos de la Tour de Babel car il refuse l’unité de l’Humanité face à Elohim qui ne pense qu’en termes d’unité, de totalité (d’où le pluriel Elohim) et au chapitrre XII,  Yahvé chosit Abraham, le père du peuple hébreu..

C’est pourquoi nous pensons qu’à partir du chapitre XI du Livre de la Genése, nous avons affaire au premier volet du Livre de l’Exode (terme qui est emprunté à la Septante et qui désigne un départ d’une part vers le pays de Canaan et de l’autre vers l’Egypte puis un retour vers Canaan))

Deux volets donc pour le Livre de l’Exode, dont le premier aurait été intégré dans le Livre de la Genése.  Le premier volet traite des trois patriarches, Abraham, Isaac et Jacob mais aussi des 12 fils de ce dernier.

Le second volet (qui correspond au début de ce que l’on appelle généralement l’Exode, commence avec Yahvé se référant à ces patriarches dont il se déclare à Moïse  être le dieu..Rappelons que c’est déjà ce Yahvé qui figure à partir du chapitre XII et jamais Elohim, également absent de l’Exode si ce n’est sous la forme possessive que nous avons signalée, à savoir que Yahvé est le dieu de ces hommes puis de ce peuple des Bnéi Israel, des  « fils d’Israel », c’est à dire de Jacob.

Mais selon nous on ne peut séparer les premiers chapitres de la Genése de l’Evangile selon Mathieu, la preuve en étant que ce texte commence par une généalogie à l’instar des dits chapitres (jusqu’au XIe)

La thèse que nous soutenons, c’est qu’il y a rivalité entre  deux fils de Dieu, du Père et que Jésus se veut être ( ou que l’on veut qu’il soit- le frère cadet de Yahvé, lequel souhaite lui aussi faire alliance avec un peuple. En effet, si le Père fait alliance avec toute l’Humanité,  ses fils en revanche se concentrent sur une certaine portion de la dite Humanité.

Autrement dit,  l’Evangile selon Mathieu tend à se substituer au Livre de l’Exode qui traite de ce frère ainé de Jésus, auprès du Père. Si Yahvé a choisi Abram et le peuple qui en découle, Jésus aurait choisi Pierre, pour qu’il soit le départ, le fondement, d’une Eglise qui est en fait l’émergence d’un « peuple ». Sur cette pierre, je bâtirai mon église, déclare-t-il à Simon qu’il surnomme Céphas, en grec pierre.. On parlera alors d’un nouvel Israêl.

Mais force est de constater que dans le premier volet de l’Exode, tel que nous l’avons précisé, il est question de rivalité entre  frères, ce qui montre bien que la question de la rivalité entre les fils du Père est déjà mise en scène, notamment entre Jacob et Esaü mais aussi  entre les fils de  Jacob, autour notamment de Joseph sans parler de celle entre Ismaël et Isaac, les deux fils d’Abraham, de mères différentes, comme d’ailleurs les fils de Jacob.

Il  importe de bien comprendre qu’il est rare qu’un père n’ait qu’un fils, cela n’est jamais attesté  dans la Bible, à commencer par les trois fils d’Adam ou les trois fils de Noé. On ne saurait donc dire que Jésus est « le » fils du  Père, il ne saurait être que l’un de ses fils tout comme les  Hébreux sont désignés comme les Bnei Israel, les fils d’Israel (ben, fils, correspondant à l’arabe Ibn). Il y a donc déjà dans le discours chrétien  en vigueur un abus de langage: il n’y a qu’un Père mais il y a plusieurs fils et tout le Livre de la Genése dans son acception habituelle en témoigne.

On ne saurait donc supprimer les possessifs, les génitifs:  fils de qui? Quel fils?  Répondre « Le fils » au sens de fils unique n’est guère acceptable! Un Père mais des fils. Et le Père peut préférer un de ses fils à un autre, ce qui relativise la perte de l’un d’entre eux.

Tout se passe donc comme si le Livre de l’Exode que nous faisons commencer au chapitre XII de la Genése avait été, à un certain stade, carrément, mis de côté et remplacé par l’Evangile de Mathieu (voire par d’autres Evangiles) On ne reviendra pas ici sur l’ambivalence de ce Jésus qui est présenté dans les Evangiles comme Messie, c’est à dire roi  d’une part et comme Fils de Dieu de l’autre. Le chapitre I de l’Evangile de Mathieu est marqué par une telle dualité avec d’une part une généalogie royale qui va jusqu’à Joseph et de l’autre la naissance de Jésus sans l’aide du dit Joseph!

En tout état de cause, il ressort que si Juifs et Chrétiens reconnaissent le mème Dieu en tant que Père, ils suivent des « fils » différents,  respectivement Yahvé et Jésus. Malheureusement, les théologiens juifs ne semblent pas disposés à qualifier Yahve de ‘fils de Dieu », ils veulent qu’il soit le Père alors qu’il n’est que l’un des fils.  On voit donc que des deux côtés, il y a des dérives. On peut penser que le dialogue judéo-chrétien serait clarifié et assaini si les Juifs reconnaissaient en Yahvé l’un des flls de Dieu et que les Chrétiens cessaient d’affirmer que Jésus est le seul fils de Dieu, ce qui va à l’encontre de toute la problématique des fratries récurrente tout au long du Live de la Genése, dans l’acception classique du terme!

 

 

 

 

 

 

JHB

15. 02 17

Publié dans judaîsme, Juifs, prophétisme, RELIGION | Pas de Commentaire »

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