L’astrologie comme langage et comme science
par Jacques Halbronn
L’astrologie nous interpelle quant à ce qui distingue science et langage et l’on a comme l’impression que les deux notions tendent à
se confondre dans l’esprit de beaucoup de gens. Ce qui nous conduit à devoir repenser l’une et l’autre de ces notions et en quoi elles
convergent et/ou divergent.
Nous avons déjà insisté sur le fait que la richesse du langage astrologique, de ses combinatoires possibles était contre-productive quant
à son possible statut de science. Tout se passe en effet comme si la Science avait vocation à ne disposer que d’une palette très limitée
de mots, ce qui a du être lot de l’Humanité à l’origine même du langage. On peut imaginer qu’au départ quelques mots suffisaient pour
désigner notre rapport au monde. Selon nous, initialement le langage ne désignait pas des objets lesquels pouvaient être désignés
par un geste mais notre rapport, positif ou négatif, aux dits objets, leur appartenance au monde du masculin ou au monde du
féminin et quelques autres précisions et indications du même ordre, ce qui, au total, ne devait pas être énorme.
Nous pensons que l’Humanité reste de nos jours encore très fortement marquée par cette période fort éloignée de notre Histoire et
qu’une langue trop riche, trop diverse n’est pas assimilable par notre cerveau tout comme certains produits ne sont pas
reconnues par notre systéme digestif, parce que advenus relativement tardivement, et en quelque sorte trop tard.
La Science, avec ses formulations simples qui exigent une approche réductrice du monde serait ainsi le domaine que nous
contrôlons le mieux. A contrario, nos langues actuelles, avec leur « diversité » extréme, tant par leur nombre que par le foisonnement de mots et de sens au sein de chacune, ne nous « parlent » que superficiellement.
Pour en venir à l’astrologie et aux astrologues, on est en droit de s’intérroger sur le regard que portent les astrologues sur
l’astrologie. Est-ce un langage, pour eux ou une « science » ? Sont-ils conscients des problémes épsitémologiques posés par
la complexité de leur « modéle », c’est à dire l’ensemble des dispositifs mis à leur service?
A n’en pas douter, ils doivent bien se rendre compte, en leur âme et conscience, que leur modéle offre une faculté d’adaptation
de par sa souplesse, sa flexibilité qui en font une sorte de kaléidoscope. Pour étudier une série de cas, d’événements,
n’échaffaudent-ils point toutes sortes de combinaisons pouvant varier indéfiniment?
Evidemment, ils nous répondront que tout ce qu’ils disent appartient au corpus de l’Astrologie et ce depuis belle lurette, qu’ils n’ont
donc rien inventé, improvisé et que l’astrologie est un tout indivisible (position qui semble avoir été celle de Suzel Fuzeau Braesch,
docteur es sciences). Le statisticien Michel Gauquelin(1928-1991) a contrario nous parait avoir réduit le modéle astrologique à une
représentation extrémement simple, ce qui correspond à un contexte plus vraisemblable d »un état originel de ce savoir.
Autrement dit, plus un modéle se compliquerait et plus il s’éloignerait de sa conception première et plus il serait chargé de toutes sortes
de tentatives d’ajustement venant se surimposer, s’agglutiner.
Autrement dit, retrouver, restituer et reconstituer une astrologie originelle, c’est la rendre à un certain état de scientificité et de simplicité, donc de falsifiabilité.
Or, force est de constater, au vu des vidéos que nous avons tournées, notamment lors des Dimanche Liberté de Didier Geslain (année
2013-2014 sur You Tube, au Café Le Falstaff, Paris-Bastille), que les astrologues en groupe n’ont aucun scrupule, aucun état d’âme à faire appel, collectivement, à toutes les ressources du « langage » astrologique quand ils veulent expliquer quelque chose à tout prix, une carrière, un caractère, un événement avec une grande diversité de moyens qui peuvent varier d’un cas à un autre, d’un astrologue à un autre si ce n’est que cela fait toujours appel à un seul et même corpus, à la même accumulation de dispositifs, de régles qui se sont
juxtaposés et superposés au fil des siècles. On peut et doit ici parler de syncrétisme, c’est à dire d’une collection de méthodes initialement
en concurrence et qui ont fini par être jugées tout à fait compatibles entre elles et finalement indispensables à une « bonne » pratique de
l’astrologie.
En comparaison, l’on notera que ce qui caractèrise la démarche scientifique c’est sa faculté à éliminer les « ‘solutions » qui ont été
remplacées par d’autres et qui ne doivent plus, au bout du compte, n’intéresser que les historiens des sciences. Que l’historien de
l’astrologie trouve un certain intérêt à explorer un tel corpus de techniques, de méthodes, est une chose, que l’astrologue de base
ait à porter le poids de tout un passé de « recherches » en est une autre. Cela dit, si l’on en revient à la question du langage, force est
de constater que le langage est le fruit de telles accumulations de données et se prête mal au réformes, y compris celles relatives à
l’orthographe. Le langage se trouverait donc en porte à faux avec la Science et sert d’alibi à l’astrologie, disons même d’échappatoire
d’autant que c’est au travers du langage que l’astrologue va vouloir valider son travail, son savoir et qu’il considérera que si les mots
qu’il extrait de l’astrologie recoupent ceux en usage pour désigner ceci ou cela, il aura rempli son contrat.
Langage contre Science, tel est bien notre constat, le langage se présentant en vérité comme une contre-culture.
De quoi s’agit-il? On pourrait parler d’une religion, d’une croyance dans les langues perçues comme des savoirs à part entière.
L’astrologue se trouverait aux confins de ces deux empires que sont la Science et la Langue et ne cesserait en fait de « passer » d’un côté et
de l’autre de la frontière, d’autant que la Science passe par le langage et le langage par la Science, du moins jusqu’à un certain seuil.
On peut se demander lequel de ces deux empires l’emportera sur l’autre mais selon nous, l’avenir du langage « sauvage » est fortement
menacé.
Au cours du xXIe siècle, nous nous attendons en effet à une désacralisation du langage courant et ce pour deux raisons: l’une qui
veut que le langage apparaisse toujours plus comme un outil qui doit être jugé en tant que tel, donc susceptible d’évolution,
d’amélioration, de correction et l’autre qui tient, selon nous, à l’emprise accrue de l’économique sur le « commerce » -(Mercure) des mots.
Il n’est pas loin le temps où les mots seront perçus comme une ressource culturelle propre à un pays donné et qui doit entrer en ligne
de compte dans la balance de ses comptes. Nous pensons ainsi à la suite de’ l’affaire de la BNP du fait du recours de cette banque aux
dollars dans ses transactions, qu’il sera mis sur le tapis le droit de regard de la France sur l’usage de ses mots.
Sur le premier point, nous dirons que l’on devrait commencer à exiger d’une langue qu’elle comportât une structure rigoureuse qui le
cas échéant devra être rétable quand elle s’est corrompue. La langue cesserait d’être un espace de liberté qui se développerait
n’importe comment, et de façon imprévisible ce qui parfois nous semble être le propos des évolutionnistes post-darwiniens soit dit en
passant. Sur le second point, toutes les langues ne sont pas « égales » et certaines ont joué un rôle majeur et unificateur, constituant ainsi
des empires avec tout ce que cela comporte d’hétérogénéité mais aussi de convergences structurelles. Le français en ce sens – ce qui n’est
pas assez reconnu par les historiens, rayonne sur un empire considérable (qui englobe notamment l’anglais) et à l’échelle du deuxiéme millénaire aura été la langue dominante, non pas tant par le nombre ou la qualité de ses locuteurs mais par la dette qu’ont contracté diverses langues lors des emprunts de mots. La chose est parfaitement quantifiable et observable, notamment du fait de la numérisation et d’Internet. On est là en face d’une nouvelle économie qui concerne des objets duplicables. C’est toute la question du piratage qui se pose
pour la science économique. L’économie ne peut plus se limiter au modéle pétrolier. Celui qui consomme du pétrole doit repayer pour
en avoir davantage alors que celui qui consomme des mots peut en faire un usage gratuit et ce indéfiniment. Tout comme il y eut il y a 40 ans un choc pétrolier, il faut se préparer à un choc linguistique. Ce sera là l’objet d’une guerre entre linguistes, les linguistes
anglophones étant payés pour déclarer que les mots français sont d’origine latine et autres billevesées de mauvaise foi du même acabit
qui ne sont au bout du compte que des refus de payer ce que l’on doit et devra. Le fait que l’Angleterre sorte de l’Europe permettra à
l’Union Européenne, prenant en charge les intérêts de la France, de mener une telle campagne dont les enjeux économiques sont
colossaux car une des ressources majeures de l’Europe, c’est bel et bien la langue française, à l’horizon des prochaines décennies..
Pour en revenir aux astrologues, nous dirons que leur rapport à la langue est lié à de fausses représentations. La langue reléve bel
et bien du domaine technologique et se doit d’avoir un mode structurel rigoureux sans doubles emplois, sans redondance. .C’est une
chose trop sérieuse pour être laissée aux « locuteurs ».
En tant qu’historien de l’astrologie, on peut d’ailleurs se demander si le XVIIe siècle n’a pas joué un rôle majeur dans notre rapport tant aux langues qu’aux textes – qui ont les mots en commun comme chacun sait. C’est en ce siècle que se développe la critique biblique qui
décompose et déconstruit les Ecritures (cf notre post-doctorat sur Giffré de Réchac, EPHE Sciences Religieuses, 2007) mais c’est aussi en
ce siècle que parait la Logique de Port Royal, qui comporte en son prologue une vigoureuse attaque contre l’astrologie, autrement dit
la naissance de la linguistique moderne. Or, l’on sait que le déclin de l’astrologie date de cette époque avec notamment cette date
emblématique de 1666 – qui ne correspond certes pas à quelque Edit de Colbert- mais qui avec la fondation de l’Observatoire et de l
Académie Royale des Sciences, met en cause le statut de l’astrologie et contribue à sa « dégradation ».
JHB
10. 07 14
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