jacques Halbronn Le Shabbat, le Shéma Israel au prisme de la Nouvelle Alliance.

Posté par nofim le 7 décembre 2021

jacques  Halbronn    Le Shabbat, le Shéma Israel  au prisme de la Nouvelle Alliance.

 

 

 

 

La thèse  que nous exposons ici vise à rechercher les traces de ce que Jérémie (XXXI, 31) appelle « Nouvelle Alliance », ce qui sera repris dans l’Epitre aux Hébreux (Nouveau Testament). Au chapitre II du Livre de la Genése, on trouve un appendice au récit de la Création du chapitre I. Il y est question d’un septiéme jour qui sera associé au Shabbat, septième jour de la semaine. Quant à l’Ecoute Israel, on  y retrouve l’idée de lois inscrites dans le coeur (Lev), comme dans le passage du livre du prophéte Jérémie.  Cela s’oppose aux tables de la Loi gravées dans la pierre, au Mont SinaÏ et délivrées par Moise (Livre de l’Exode).. 

 

Dans le  Ecoute Israel;

Que les commandements que je te prescris aujourd’hui
soient gravés dans ton cœur
Vehayou hadevarim ha’èlè
acher Anokhi metsavekha hayom al levavekha
וְהָיוּ הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה,
אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם–עַל-לְבָבֶךָ ּ

 

 

    Le texte de Jérémie  ci dessous concerne la « maison d’Israel »   

לב כִּי זֹאת הַבְּרִית אֲשֶׁר אֶכְרֹת אֶת-בֵּית יִשְׂרָאֵל אַחֲרֵי הַיָּמִים הָהֵם, נְאֻם-יְהוָה, נָתַתִּי אֶת-תּוֹרָתִי בְּקִרְבָּם, וְעַל-לִבָּם אֶכְתְּבֶנָּה; וְהָיִיתִי לָהֶם לֵאלֹהִים, וְהֵמָּה יִהְיוּ-לִי לְעָם.  32 Mais voici quelle alliance je conclurai avec la maison d’Israël, au terme de cette époque, dit l’Eternel: Je ferai pénétrer ma loi en eux, c’est dans leur coeur que je l’inscrirai; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple.

           

 

 

Or,  selon nous,  le texte figurant chez Jérémie serait probablement une  reprise d’une occurrence bien plus ancienne., ce qui est courant dans la lifférature du prophétisme (cf  notre  Texte prophétique en France, formation et fortune, 1999). Le futur y est volontiers repoussé afin de maintenir, d’entretenir une certaine tension.  Pour nous, la Maison de Judée reléve de l’Ancienne Alliance tandis que celle d’Israel est tributaire de la Nouvelle Alliance. Mais il faut comprendre que la Nouvelle Alliance est présentée dans Jérémie XXXI  comme une sanction visant à punir la désobéissance de la dite Maison d’Israel. Or, les Chrétiens ont tendance à présenter la Nouvelle Alliance comme un « progrès » comme si le fait d’être emprisonné psychiquement était une récompense, présentant l’Ancienne Alliance comme « obsoléte ». 

 

Voyons, à présent, ce texte du Livre d’Ezéchiel. Ch. XXXVI. On  note qu’Ezéchiel tout comme Jérémie s’adresse à la « maison d’Israël » si bien que tant le Pentateuque que les Prophétes se référent constamment à la dite maison! Les versets 26 et 27  retiennent toute notre attention. On y trouve la référence au « coeur » (Lev) avec  une contrainte imparable à suivre les préceptes, non plus comme dans l’Ancienne alliance, en se fiant à votre « bonne volonté » mais en vous programmant en conséquence:

 

 

 

כב לָכֵן אֱמֹר לְבֵית-יִשְׂרָאֵל, כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה, לֹא לְמַעַנְכֶם אֲנִי עֹשֶׂה, בֵּית יִשְׂרָאֵל:  כִּי אִם-לְשֵׁם-קָדְשִׁי אֲשֶׁר חִלַּלְתֶּם, בַּגּוֹיִם אֲשֶׁר-בָּאתֶם שָׁם.  22 Aussi, dis à la maison d’Israël: Ainsi parle le Seigneur Dieu: Ce n’est pas à cause de vous que j’agis, maison d’Israël, mais bien pour mon saint nom, que vous avez déconsidéré parmi les nations où vous êtes venus.
כג וְקִדַּשְׁתִּי אֶת-שְׁמִי הַגָּדוֹל, הַמְחֻלָּל בַּגּוֹיִם, אֲשֶׁר חִלַּלְתֶּם, בְּתוֹכָם; וְיָדְעוּ הַגּוֹיִם כִּי-אֲנִי יְהוָה, נְאֻם אֲדֹנָי יְהוִה, בְּהִקָּדְשִׁי בָכֶם, לְעֵינֵיהֶם.  23 Je sanctifierai mon grand nom qui a été outragé parmi les nations, que vous-mêmes avez outragé parmi elles, et les nations sauront que je suis l’Eternel, dit le Seigneur Dieu, quand je me sanctifierai par vous à leurs yeux.
כד וְלָקַחְתִּי אֶתְכֶם מִן-הַגּוֹיִם, וְקִבַּצְתִּי אֶתְכֶם מִכָּל-הָאֲרָצוֹת; וְהֵבֵאתִי אֶתְכֶם, אֶל-אַדְמַתְכֶם.  24 Et je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays et vous ramènerai sur votre sol.
כה וְזָרַקְתִּי עֲלֵיכֶם מַיִם טְהוֹרִים, וּטְהַרְתֶּם:  מִכֹּל טֻמְאוֹתֵיכֶם וּמִכָּל-גִּלּוּלֵיכֶם, אֲטַהֵר אֶתְכֶם.  25 Et j’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs; de toutes vos souillures et de toutes vos abominations, je vous purifierai.
כו וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב חָדָשׁ, וְרוּחַ חֲדָשָׁה אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וַהֲסִרֹתִי אֶת-לֵב הָאֶבֶן, מִבְּשַׂרְכֶם, וְנָתַתִּי לָכֶם, לֵב בָּשָׂר.  26 Je vous donnerai un coeur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau; j’enlèverai le coeur de pierre de votre sein et je vous donnerai un coeur de chair.
כז וְאֶת-רוּחִי, אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם; וְעָשִׂיתִי, אֵת אֲשֶׁר-בְּחֻקַּי תֵּלֵכוּ, וּמִשְׁפָּטַי תִּשְׁמְרוּ, וַעֲשִׂיתֶם.  27 Je mettrai en vous mon esprit et je ferai en sorte que vous suiviez mes statuts et que vous observiez et pratiquiez mes lois.

 

 

 

 

 

On nous objectera que les passages en question liés aux deux premiers livres du Pentateuque constituent le corpus par excellence de la maison de Judah! Mais comment expliquer dans ce cas que le Livre de l’Exode soit centré sur les « fils d’Israel » (Beney Israel), la formule  y étant continuellement reprise  et ce, dès le premier verset du premier chapitre?

 

א וְאֵלֶּה, שְׁמוֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, הַבָּאִים, מִצְרָיְמָה:  אֵת יַעֲקֹב, אִישׁ וּבֵיתוֹ בָּאוּ.  1 Voici les noms des fils d’Israël, venus en Égypte; ils y accompagnèrent Jacob, chacun avec sa famille:

 

Dès lors, il nous faut suspecter tout ce qui figure dans le Pentateuque comme pouvant être un « apport » israélite, y compris le commandement du Shabbat lequel pourrait bien marquer le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance. Il convient de bien traduire le texte  ci-dessous et de bien comprendre que le septiéme jour ne fait pas partie du processus de Création. Or, le régime de la Nouvelle Alliance ouvre une ère  où les hommes ne pourront plus désobéir, ce qui est reposant pour Dieu, où il y a comme une automatisation à l’oeuvre.

 

א וַיְכֻלּוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, וְכָל-צְבָאָם.  1 Ainsi furent terminés les cieux et la terre, avec tout ce qu’ils renferment.
ב וַיְכַל אֱלֹהִים בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה; וַיִּשְׁבֹּת בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה.  2 Dieu mit fin, le septième jour, à l’œuvre faite par lui; et il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.
ג וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת-יוֹם הַשְּׁבִיעִי, וַיְקַדֵּשׁ אֹתוֹ:  כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ, אֲשֶׁר-בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת.  {פ} 3 Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu’en ce jour il se reposa de l’œuvre entière qu’il avait produite et organisée.

 

 Si les Chrétiens ont pu intégrer le Pentateuque dans leur Bible, aux côté du « Nouveau Testament », c’est que le dit Pentateuque était porteur d’une idéologie  qui avait été reprise dans les Evangiles, d’où l’importance qui y est accordée à l’idée de ‘Nouvelle Alliance ». On peut meme penser que le Livre de Jérémie est marqué par les tenants du Royaume d’Israel et notamment son chapitre XXXI. Rappelons que Jésus déclara être venu pour « les brebis perdues de la Maison d’Israel ».

 

 

 Cela renvoie à des contraintes subconscientes et non plus surconscientes.   Il y a là comme un marché de dupes car la liberté accordée en principe au niveau des contraintes externes  sera mise en échec par le manque de liberté  quant aux contraintes internes.  Quand Jésus annonce une Nouvelle Alliance, il annonce une soumission encore plus contrainte aux « Mitswoth » puisqu’il ne sera même plus possible de s’y soustraire; C’est probablement le rêve des politiques actuels que d’agir sur le subconscient des populations  en ce qui concerne les mesures sanitaires à renforcer.  L’astrologie  nous semble bien correspondre à la mise en place d’un nouveau  carcan, dont elle nous livre la  connaissance de la  clef, laquelle était probablement réservée à la caste des dirigeants.

 Il faut ajouter que le texte parle, dans le passage en question, des gens de la maison d’Israel et non de ceux de la maison de Judée lesquels restent sous le régime plus libre de l’Ancienne Alliance;

Comme Jésus est venu pour les « brebis perdues d’Israel », cette Nouvelle Alliance vaut pour cette population à laquelle le texte ici s’adresse. Comme on a dit, on les l ibère de certaines régles mais  ils passent de Charybde en Scylla, sous le régime de la Nouvelle Alliance . Il est donc très important de savoir qui s’adresse à qui, ce qui n’est pas toujours analyse correctement.  Le Ecoute Israel s’adresse comme son nom l’indique aux gens de la Maison d’IsraeL et  doit être lu au prisme de Jérémie XXXI 31.

Dans le Talmud, au traité Shabbat, il y a un débat (cf notre ouvrage Le Monde juif  et l’astrologie, Milan, 1985) pour savoir si Israel a  ou n’a pas de mazal mais l’on ne sait plus à l’époque ce que le nom d’Israel recouvrait, le terme « mazal » désignant l’influx astral (nozel, ce qui coule). Quelque part, la Loi propre à la Nouvelle Alliance est gravée dans le coeur, on ne peut y échapper, ce qui n’est pas sans faire songer à quelque  dystopie,  relevant d’une biotechnologie avancée que notre XXIe siècle est en mesure d’envisager à terme/ Ceux qui s’y opposent reléveraient alors de la Première Alliance, préférant obéir à un chef  du fait de son charisme plutôt que de n’être que des marionnettes  propres à la Nouvelle Alliance.  L’enjeu de la recherche astrologique actuelle  vise à faire le constat d’une telle programmation des esprits.

 

On nous objectera, peut être, qu’il semble assez invraisemblable que les gens de la maison de Judah aient accepté une telle situation à savoir une telle polarisation sur la maison d’Israel, au point de reprendre à leur compte comme injonction sacrée le « Ecoute Israel », issue des Livres des Prophétes, repris semaine après semaine,à la synagogue, lors du Shabbat ou encore l’on s’interrogera sur le nom d’Israel conféré au nouvel Etat hébreu.  Tout se passe comme si la maison d’Israel  se retrouvait de facto dans les synagogues et en Israel  et que la maison de Judah était surtout présente dans la diaspora et parmi les « juifs » dits laïcs.

 

 

 

JHB 07 12 21

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Jacques Halbronn Théologie. Jésus et la « construction » de son Eglise.

Posté par nofim le 5 décembre 2021

 

Jacques  Halbronn  Théologie.  Jésus  et la « construction » de son Eglise. 

 

 

 La   formule qui se trouve dans l’Evangile de Jésus selon Mathieu doit, selon nous, être comprise dans le fil d’une théologie volontariste qui n’est guère compatible, selon nous, avec la théologie juive telle que nous la concevons aujourd’hui:

 

Matthieu 16: 18  « Et moi, je te dis que tu es Pierre  et que sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise »

 

Latin: Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam

 Selon  nous, il convient de commenter ce propos de la façon suivante  à savoir qu’il ne suffit pas de louer ce qui a déjà été « créé » mais bien de « bâtir » par dessus. Ce qui renvoie à ce que nous qualifions de « surnature », de « surdieu »  voire de ‘surhomme », au sens de l’homme d’après, « en sus ». On notera un possible jeu de mots du fait d’un rapprochement entre le mot hébreu pour pierre (le nom propre et le nom commun) « Even » et le verbe pour construire « boné »(futur Evné)  Il  y a dans la formule prétée à Jésus une aporie théologique qui doit nous interpeller quant à la véritable teneur du message et de la mission de Jésus.

 

 

Cette idée de construction n’est pas sans faire probléme et l’on pense à l’édification du Veau d’Or, narrée dans le Livre de l’Exode au chapitre XXXII: c’est le verbe « Ossé » qui revient qui signifie « faire » וַיַּעֲשֵׂהוּ     עֲשֵׂה-לָנוּ.On sait que le royaume  septentrional d’Israel  marquera son territoire par des statues de taureaux.

 

 

א וַיַּרְא הָעָם, כִּי-בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה לָרֶדֶת מִן-הָהָר; וַיִּקָּהֵל הָעָם עַל-אַהֲרֹן, וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו קוּם עֲשֵׂה-לָנוּ אֱלֹהִים אֲשֶׁר יֵלְכוּ לְפָנֵינוּ–כִּי-זֶה מֹשֶׁה הָאִישׁ אֲשֶׁר הֶעֱלָנוּ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, לֹא יָדַעְנוּ מֶה-הָיָה לוֹ. 1 Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’attroupa autour d’Aaron et lui dit: « Allons! fais-nous un dieu qui marche à notre tête, puisque celui-ci, Moïse, l’homme qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu. »
ב וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם, אַהֲרֹן, פָּרְקוּ נִזְמֵי הַזָּהָב, אֲשֶׁר בְּאָזְנֵי נְשֵׁיכֶם בְּנֵיכֶם וּבְנֹתֵיכֶם; וְהָבִיאוּ, אֵלָי. 2 Aaron leur répondit: « Détachez les pendants d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles et me les apportez. »
ג וַיִּתְפָּרְקוּ, כָּל-הָעָם, אֶת-נִזְמֵי הַזָּהָב, אֲשֶׁר בְּאָזְנֵיהֶם; וַיָּבִיאוּ, אֶל-אַהֲרֹן. 3 Tous se dépouillèrent des pendants d’or qui étaient à leurs oreilles et les apportèrent à Aaron.
ד וַיִּקַּח מִיָּדָם, וַיָּצַר אֹתוֹ בַּחֶרֶט, וַיַּעֲשֵׂהוּ, עֵגֶל מַסֵּכָה; וַיֹּאמְרוּ–אֵלֶּה אֱלֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל, אֲשֶׁר הֶעֱלוּךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. 4 Ayant reçu cet or de leurs mains, il le jeta en moule et en fit un veau de métal; et ils dirent: « Voilà tes dieux, ô Israël, qui t’ont fait sortir du pays d’Égypte! »

 

On trouve des rejets de ce qui est « fait de   main d’homme »

Actes 7:48 Mais le Très-Haut n’habite pas dans ce qui est fait de main d’homme, … Mais le Souverain n’habite point dans des temples faits de main d’hommee, . Voir aussi .. Osée 7:16   Certes, l’on peut objecter que l’Eglise n’est pas une construction au même sens qu’une statue Mais il est tout de même question de « pierre » (petram)  dans Mathieu XVI.18

 

 

 

 

On  est donc  quand même  surpris par une telle formulation, un tel projet de construction  de la part de Jésus ou du moins du personnage qu’il est censé incarner en ce que cela ne »colle » pas avec ce qui est mis en avant par  ailleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jacques Halbronn Des 4 semaines lunaires aux 4 semaines de Saturne

Posté par nofim le 5 décembre 2021

Jacques  Halbronn  Des 4 semaines lunaires aux 4 semaines de Saturne 

 

  Le rapport numérique entre le cycle de la Lune et celui de Saturne a déjà été signalé mais il importe de l’approfondir dans le sens d’une astrologie « selon Saturne » et plus largement dans l’idée d’un systéme solaire  relevant d’un  »dessein intelligent’ lequel aura reformaté  le matériau  premier.

En effet, les « analogies » entre la Révolution de la planéte Saturne et notre satellite n’indiquent elles pas un arrangement particulier , « sur-naturel », c’est à dire ne relevant pas directement d’un processus « naturel »? 

Pour nous, la Lune tout comme Saturne ne doivent pas être mis sur le même plan que les planétes  gravitant autour du Soleil: Mercure, Vénus, Mars,  Jupiter, ces astres n’étant pas censés concerner l’astrologie qui nous intéresse et qui n’est pas celle de Michel Gauquelin lequel a retenu Mars, Jupiter et Saturne, du moins dans un premier temps. Par ailleurs, les planétes au delà de Saturne ne feraient pas partie du « ciel »  astrologique (Uranus, Neptune, Pluton, le groupe « T » chez Jean-Pierre Nicola). 

Il nous faut ajouter un troisiéme vecteur, à savoir le cycle des 4 saisons, lequel a vocation à baliser le cycle de Saturne, alors que ce sont les rencontres de la Lune avec le Soleil  qui structurent son cycle (Nouvelle Lune, Pleine Lune plus les deux « demi-lunes »).  Etrangement, bien des astrologues  s’intéressent plus aux 12 signes qu’aux axes équinoxiaux et solstociaux qui en constituent l’armature. Ils semblent plus à leur aise face aux  signes couverts par les triplicités et quadruplicités sans parler de leur symbolisme (cf notre étude dans le Grand Livre du Sagittaire, Ed Sand & Tchou 1980).

Rappelons que le 7 se retrouve dans les cycles de la Lune et de Saturne, si l’on divise 28 par 4, ce qui donne respectivement 7 jours et 7 années, analogie que l’on retrouve dans la Bible: un jour pour un an ainsi qu’en astrologie avec les directions dites « secondaires », la position des astres tant de jours après la naissance permettant de décrire le climat dans lequel la personne concernée se trouvera  tant d’années après la naissance.

L’on sait le rôle attribué à la Lune pour ce qui est du calendrier et notamment des 12 mois, ce qui aura impacté la division en 12 de l’écliptique, donnant naissance au Zodiaque et aux constellations. L’on rappellera aussi l’interprétation par Joseph du songe de pharaon à propose des 7 vaches maigres dévorant 7 vaches grasses, que l’on traduit, dans le Livre de l’Exode,  comme signifiant autant d’années.

L’idée selon laquelle,le cycle d’une planéte devait être divisé par 4 sur la base de ses « transits » sur les axes équinoxiaux et solsticiaux n’aura guère intéressé le milieu astrologique, depuis que nous l’avions exposée dès  1976 dans Clefs pour l’astrologie, voilà plus de 45 ans.  On lui aura préféré,jusqu’à présent,  les conjonctions de planéte à planéte.Quant à l’idée selon laquelle, seule Saturne serait opérationnelle en astrologie(cf L’astrologie selon Saturne, 1994), elle n’aura pas non plus retenu l’attention, depuis près de 30 ans parmi les chercheurs en astrologie tant en France qu’ailleurs. Il est vrai qu’avec la découverte de transsaturniennes,  l’attention vouée à Saturne devait décliner,détroné qu’il était par Uranus en 1781.   C’est ainsi que les périodes de 7 ans en 7 ans ne se seront pas non plus imposées. En fait, il n’est plus possible de parler de l’astrologie au singulier dans le genre « l’astrologie est ou n’est pas une science » car de quelle astrologie est-il question? Pour nous, il ne s’agit pas de moderniser l’astrologie par des apports techniques ou astronomiques mais bien dans une démarche critique au regard de l’Histoire des textes:quels emprunts, quelles additions?

Nous avons montré que le dispositif exposé dans la Tétrabible de Ptolémée (IIe siècle de l’ère chrétienne), avait été perturbé par l’insertion de Saturne au sein de la série planétaire. Or,  Saturne doit être mis à part en ce qu’il doit jouer  un rôle central, qui aura généralement été dévolu au Soleil passant d’un signe à l’autre.

L’approche critique que nous pronons consiste à comprendre le bon mode d’emploi du systéme solaire, en séparant en quelque sorte le bon grain(Saturne) de l’ivraie(les autres planétes) comme on sépare un fruit de sa « peau », qui n’est pas comestible.  Il ne s’agit donc pas d’ajouter mais de soustraire, d’élaguer, de délester,de réduire en suivant le principe de parcimonie et d’économie (de moyens)  d’Occam.  L’observation quotidienne du ciel nous enseigne l’importanced du 4 avec les 4 temps de la Lune et en ce sens, le passage de la Lune vers Saturne est tout tracé avec la présence du 4 et du 7. Contrairement à ce que l’on a eu l’occasion d’entendre, c’estle passage du 6  au 7  qui est dépassement de la Nature et non celui du 7 au 8. De même, la Création ne s’est pas faite en 7 jours mais en 6,le septiéme jour ayant une autre dimension, d’où le Shabbat(en lien  avec Saturne) et étant traité à part, au début du chapitre II du Livre de la Genése.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB  05 12 21

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jacques Halbronn La théologie plus : Le 7 prolonge le 6

Posté par nofim le 24 novembre 2021

jacques  HAlBRONN  La théologie plus: le 7 prolonge le 6 La théologie « plus » est celle qui vient s’ajouter à la théologie première, celle des philosophes et des astrophysiciens. Le chapitre II du Livre de la Genése est le manifeste de la théologie plus. S’ajoute aux Six Jours de la Création du premier chapitre un septiéme jour, le Shabbat célébré par les Juifs en accord avec la théologie « plus ». DE même, Saturne, la septième planéte, vient s’ajouter aux six premières (Soleil Lune, mercure, Vénus, Mars et Jupiter. Saturne est la planéte de l’astrologie laquelle est le fer de lance de la théologie plus..Les astrologues qui se servent des six premières planétes sont dans l’erreur. Seule la planéte appelée Saturne fait sens au regard de la théologie plus. Le nom de Saturne dans le Sefer Yetsira est Shabtay, ce qui renvoie évidemment au Shabbat/ Saturne est lié à la Nouvelle Alliance.(cf Jérémie XXXI).

Le même chapitre II  de la Genése traite de la « création » de la femme. On y dit qu’elle sera une aide (Ezer), donc une addition. La femme n’est pas réduite à la procréation comme chez les animaux où c’est l’homme, le mâle, qui permet à la femme d’enfanter. La femme aide l’homme à se réaliser en tant que créateur. Echange de bons procédés.

 

 

 

Genèse – Chapitre 2 - בְּרֵאשִׁית

 

א וַיְכֻלּוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, וְכָל-צְבָאָם.  1 Ainsi furent terminés les cieux et la terre, avec tout ce qu’ils renferment.
ב וַיְכַל אֱלֹהִים בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה; וַיִּשְׁבֹּת בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי, מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה.  2 Dieu mit fin, le septième jour, à l’œuvre faite par lui; et il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.
ג וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת-יוֹם הַשְּׁבִיעִי, וַיְקַדֵּשׁ אֹתוֹ:  כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ, אֲשֶׁר-בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת.  {פ} 3 Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu’en ce jour il se reposa de l’œuvre entière qu’il avait produite et organisée.
ד אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם:  בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים–אֶרֶץ וְשָׁמָיִ
יח וַיֹּאמֶר יְהוָה אֱלֹהִים, לֹא-טוֹב הֱיוֹת הָאָדָם לְבַדּוֹ; אֶעֱשֶׂה-לּוֹ עֵזֶר, כְּנֶגְדּוֹ.  18 L’Éternel-Dieu dit: « Il n’est pas bon que l’homme soit isolé; je lui ferai une aide digne de lui. »

  On nous dit parfois que l’astrologie est condamnée par la Bible. C’est la pire des contre vérités et nous renvoyons au Livre de l’Exode où l’on parle de deux périodes de 7 ans, l’une avec les vaches grasses, l’autre avec les vaches maigres (Songe de Pharaon interprété par Joseph), ce qui correspond à un demi-cycle de la planéte Saturne soit 28/2. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les premiers versets du Livre de la Genése: Dieu créa le Ciel et la Terre, en fait « ‘avec la Terre, car cela forme un binome. La théologie plus implique que le Ciel gouverna la Terre, par l’intermédiaire de Saturne, considérée traditionnellement comme la planète des Juifs. Et les Juifs sont le vecteur principal de l’ordre selon la théologie « plus ».

L’astrologie restituée comporte deux temps comme dans le Songe de Pharaon. Le temps de la solsticialité, celui des vaches grasses et le temps de l’équinoxialité,celui des  vaches maigres. C’est sur de telles bases que doit s’organiser notre monde terrestre. Le passage de Saturne déclenche les deux phases alternativement!  L’axe équinoxial  est célébré dans le  judaisme par les fêtes de pessah (pâques) et du Jour de l’An (Rosh Hashana  suivi du Jour du Pardon (Yom Kipour et de la Fête de Souccoth), respectivemen  au printemps et à l’automne. L’axe solsticial se retrouve avec la fête chrétienne de Noel avec le début de l’Hiver. 

 

 

JHB 24 11 21

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Filip Karfik Que fait et qui est le démiurge dans le Timée?

Posté par nofim le 23 novembre 2021

Que fait et qui est le démiurge dans le Timée  ?

Filip Karfík
p. 129-150
Plan | Texte | Notes | Citation | Cité par | Auteur

Texte intégral

  • 1 Cf. Plotin, Enn. II, 9 [33], 8, 20-21  : ek dianoias kai epikheirêseôs. Voir toute la suite des tra (…)
  • 2 Platon, Timée 28c3-4  : poiêtên kai patera toude tou pantos.
  • 3 Cf. Platon, Timée 34a8-b3.
  • 4 L. Brisson, Le Même et l’Autre dans la structure ontologique du Timée, 2e édition, Sankt Augustin 1 (…)

1En critiquant les gnostiques, Plotin s’est indigné de l’idée que l’univers sensible puisse être un produit issu d’une délibération et d’une action artisanale1. C’est un fait pourtant que Platon, dans le Timée, présente le démiurge – «  fabriquant et père de cet univers2» – comme un dieu qui délibère et qui procède à la formation de son œuvre en véritable artisan. Un acte de raisonnement précède constamment son activité de fabrication. Dans une formulation remarquable, Timée dit que c’est le raisonnement – le logismos – du démiurge qui, une fois accompli, se met à façonner le corps du monde3. Les procédés de fabrication dont use le démiurge sont décrits en termes désignant des activités artisanales qui relèvent surtout de la construction et de la métallurgie4. En un mot, il ne peut y avoir de doute que le démiurge du Timée porte les traits d’un artisan dont la capacité de fabriquer repose sur l’acte de raisonner.

2Comment interpréter cet anthropomorphisme du récit de Platon  ? Pourquoi Timée présente-t-il le dieu créateur de l’univers comme un artisan qui agit après avoir réfléchi  ? En quoi consiste le raisonnement de celui-ci et en quoi consiste son action  ? Que fait et, en dernière analyse, qui est cet artisan divin  ?

I

  • 5 Cf. Platon, Cratyle 389a-c.
  • 6 Cf. Platon, Gorgias 503d-504a.
  • 7 Cf. Platon, République, 596a-b.
  • 8 Cf. Platon, Phédon 100b5.

3Pour saisir le sens de cette figure il faut d’abord prendre en considération la manière dont Platon conçoit l’œuvre d’un dêmiourgos, d’un artisan ou fabricant au sens du producteur d’œuvres artificielles. Celui-ci est une personne qui est en possession d’un art au sens d’une technique basée sur la connaissance de la nature (phusis) de la chose qu’il produit. Dans ce sens-là le fabricant est un ouvrier qui est en même temps un savant. C’est que sa capacité de produire des œuvres artificielles, sa tekhnê, implique une sorte de savoir. Il dispose d’une connaisance préalable à la fabrication de son produit. Un menuisier, explique Socrate dans le Cratyle5, en fabriquant une navette, a en vue la forme (eidos) de ce qu’est la navette en soi qui rassemble d’une manière optimale les qualités que chaque navette particulière doit présenter. En travaillant un matériau, il s’appuie ainsi sur une saisie cognitive des caractères essentiels de l’objet artificiel à produire. Dans le Gorgias6, Socrate précise qu’un fabricant est une personne qui produit son œuvre non pas au hasard (eikêi), mais en poursuivant méthodiquement un objectif qui consiste à imposer aux matériaux qu’il travaille une forme bien définie (eidos ti). Pour ce faire il agence ces matériaux en les forçant de s’adapter les uns aux autres pour les organiser en un produit bien ordonné. C’est dire qu’il les travaille en rapprochant leurs qualités des caractères de la forme qu’ils ont à recevoir, forme qu’il saisit par une sorte de vue intellectuelle. Dans la République7, Socrate pousse cette conception plus loin en identifiant expressément la forme saisie par le fabricant – la forme du lit et de la table en l’occurence – à la forme intelligible aux caractéristiques ontologiques bien connues qu’il vient de développer dans les livres précédents de ce même dialogue et qui correspondent aux «  poluthrulêta » du Phédon8.

4On voit donc que l’activité de fabriquer a, chez Platon, deux côtés dont l’un est lié à la saisie de la forme et l’autre à l’arrangement du matériau. L’appréhension de la forme de la chose à produire suppose, outre la forme elle-même, une faculté cognitive, tandis que le traitement du matériau suppose, outre le matériau lui-même, une capacité d’agir sur quelque chose.

  • 9 Cf. Platon, Cratyle 389a-390e.
  • 10 Cf. Platon, Gorgias 503a-508b.
  • 11 Cf. Platon, République, X, 596a-597d.
  • 12 Sur les problèmes d’interprétation que présente ce passage voir H. Cherniss, On Plato’s Republic X (…)

5Le contexte des trois passages mentionnés ci-dessus montre en plus que Platon réfléchit sur les moments constitutifs de l’activité de fabriquer non pas en vue d’expliquer le pouvoir qu’a l’homme de produire des objets artificiels, mais en vue d’expliquer la structure ontologique des réalités qui ne relèvent pas de l’ordre de la production artificielle humaine ordinaire. Ainsi, dans le Cratyle, l’analyse de l’activité d’un menuisier fabriquant des navettes sert de modèle pour expliquer, à titre d’hypothèse, comment un nomothète, en contemplant les noms en soi, produit, avec le matériau des sons et des syllabes, des noms des langues naturelles9. Dans le Gorgias, l’exemple de l’activité des artisans sert à expliquer comment l’âme, à l’instar d’un produit artificiel bien agencé par son fabricant, acquiert les vertus, avec cet ajout significatif que, au dire des sages, un agencement de la même sorte tient ensemble l’univers tout entier10. Le plus intéressant de ce point de vue est sans doute le passage du livre X de la République11 mentionné ci-dessus. Ici Platon conçoit l’idée d’un dêmiourgos qui serait fabricant non seulement de choses artificielles, mais aussi de tous les végétaux de la terre et de tous les êtres vivants, y compris lui-même (  ! ), de la terre, du ciel, des dieux et de tout ce qui se trouve au ciel et aux enfers. Ce démiurge, explique Platon par la bouche de Socrate, fabriquerait toutes les choses de ce monde-ci à la manière d’un imitateur qui, en se servant d’un miroir, produit les apparences des réalités vraies. Or, ces réalités imitées par le fabricant universel sont les formes intelligibles. Le raisonnement que Socrate développe ici se complique pourtant quand il précise que les formes intelligibles ont, à leur tour, pour producteur (poiêtês) un dieu qu’il appelle «  planteur » (phutourgos). Quoi qu’il en soit de l’identité de ce divin planteur – je ne pense pas qu’il est forcément à identifier avec la figure du divin fabricant des choses particulières de ce monde-ci – le fait est que Platon, dans la République, conçoit l’idée d’un démiurge fabriquant les réalités qu’on tient d’ordinaire pour les produits de la nature12. On voit donc l’étendue du champ d’application de la figure du dêmiourgos chez Platon. Les noms des langues naturelles, les vertus de l’âme, l’univers lui-même avec tout ce qui relève du domaine de la végétation, des animaux, des dieux, peut-être même les formes intelligibles, voilà ce que Platon cherche à expliquer à l’aide de l’analyse de l’activité d’un fabricant de navettes, de peintures, de maisons, de navires, de lits ou de tables.

6On se pose inévitablement la question de savoir sur quoi s’appuie la tentative d’expliquer le statut ontologique des réalités naturelles à l’aide d’une analogie avec les produits artificiels. Certes, la base en est la théorie des formes intelligibles. De même que les réalités naturelles d’une même espèce ont toutes une seule forme commune, de même toutes les navettes que fabrique un menuisier l’ont aussi. Dans les deux cas, il y a un rapport entre une seule forme et ses différentes réalisations particulières. Mais tandis que dans le cas des choses naturelles on ne voit pas précisément quelle est la vraie nature de ce rapport, dans le cas des choses artificielles c’est évidemment l’activité du fabricant qui tient lieu du moyen terme entre la forme commune et sa réalisation particulière. D’où la tentative d’analyser l’activité du fabricant et d’appliquer les éléments constitutifs de celle-ci à l’explication du rapport entre la forme intelligible et ses réalisations particulières dans le domaine des choses naturelles. Comme cette activité comporte un côté cognitif – l’artisan saisit, par sa pensée, la forme de la navette ou du lit à produire – et un côté pratique – il travaille les pièces de bois afin qu’elles acquièrent cette forme –, le rapport entre les réalisations particulières des choses naturelles et leurs formes respectives doit comporter ces mêmes aspects.

  • 13 Cf. Platon, Charmide, 173a7-174c3  ; Euthydème, 278e3-281e5  ; Gorgias, 500a7-501c6  ; Phédon, 97c6 (…)
  • 14 Cf. Platon, République, VI 504a-525c.
  • 15 Cf. Platon, République, VI 508c1, 551d4.
  • 16 Cf. Platon, République, VI 511b3-c2 et 534b8-d1.

7Mais il faut prendre en considération aussi un autre élément spécifique de la pensée de Platon pour comprendre le concept de démiurge-fabricant de l’univers. C’est sa conception du savoir. La vraie connaissance qui est celle des formes intelligibles et qu’un être humain n’acquiert qu’au bout d’un laborieux examen dialectique est, au vu de Platon, foncièrement axiologique. Connaître quelque chose c’est saisir par la connaissance une norme d’excellence qui détermine ce qui est bon et, par là même, ce qui ne l’est pas. Platon ne cesse pas d’insister sur ce caractère de la vraie connaissance. Un savoir qui n’est pas en même temps un savoir du bon et du mauvais n’est pas pour lui un véritable savoir13. La faculté de connaissance au sens de l’epistêmê est donc essentiellement liée à la connaissance du bien lequel, comme le montrent les livres VI et VII de la République, est en dernière analyse cela même qui la rend possible14. C’est dire que l’organe de la connaissance des formes intelligibles qu’est l’intellect (nous)15 appréhende celles-ci en fonction de son rapport au bien16.

8Cette conception axiologique de la connaissance a un important corollaire. Si l’on conçoit la pensée comme principe de l’action et si c’est cette pensée même qui appréhende les formes intelligibles à la lumière du bien, elle ne pourra déclencher et diriger qu’une action bonne. En effet, il est impossible à l’organe de la connaissance qui, en discernant les formes intelligibles, se rapporte au bien de ne pas faire valoir ce rapport lorsque’il dirige une action. C’est pourquoi, selon la doctrine intellectualiste de Platon, l’homme qui véritablement connaît la vertu ne peut, une fois qu’il agit, que l’exercer  ; si quelqu’un ne l’exerce pas c’est qu’il ne la connaît pas. Or, si l’on applique cette conception du savoir à la figure du démiurge-fabricant – ce qui implique qu’on conçoit sa connaissace de la forme à imposer aux matériaux comme une connaissance vraie des formes intelligibles – son action ne pourra être qu’une action bonne et ses produits que des œuvres belles dont les seuls défauts seront dûs aux limites imposées à l’action du fabricant par les matériaux avec lesquels il travaille.

  • 17 Cf. Platon, Phédon, 97c-99c.
  • 18 Cf. Platon, Phédon, 99a7-b1.
  • 19 Cf. Platon, Phédon, 99c1-6. Sur le sens du terme deon voir M. Dixsaut dans Platon, Phédon, Traducti (…)

9Or, ce n’est pas seulement au livre X de la République que Platon fait affleurer une conception d’un démiurge universel. On en trouve une très importante préfiguration dans le fameux passage du Phédon17 dans lequel Socrate expose la théorie anaxagoréenne d’un intellect cosmique ordonnateur et cause de toutes les choses (nous ho diakosmôn te kai pantôn aitios). Dans ce passage, il n’est question ni des formes intelligibles ni de l’action d’un fabricant, mais on y trouve, formulée d’une manière très nette, une conception de l’intellect en tant que principe de l’action tant sur le plan anthropologique que sur le plan cosmologique. C’est l’intellect (nous), dit Socrate, qui dirige une action (poieinprattein) en tant que sa vraie cause (tôi onti aition) en déterminant, par un choix délibéré (hairesei), ce qui est le meilleur (to beltiston)18. De cette cause, souligne-t-il, il faut distinguer les conditions matérielles sur lesquelles elle agit et sans lesquelles, il est vrai, elle ne saurait être cause d’une action. Bref, l’intellect dont parle Socrate dans le Phédon est une faculté cognitive qui opère par le choix du meilleur et qui a le pouvoir d’exercer une action sur les choses matérielles en tant que cause de leur arrangement. C’est ainsi que, chez l’homme, l’intellect est la cause de son agir sur son corps. De manière analogue, raisonne Socrate, il devrait y avoir, à titre d’hypothèse, un intellect cosmique qui est la cause de l’arrangement de toutes les choses dans l’univers, une sorte de force divine (daimonia iskhus) qui tient toutes les choses ensemble en les liant par le pouvoir du bien et de la norme (to agathon kai deon)19. Cette conception d’un intellect universel, inspirée par celle d’Anaxagore, est en profond accord et avec la conception de l’intellect comme organe de la connaissance des formes intelligibles et avec l’idée d’un fabricant universel, exprimées en toutes lettres dans la République.

II

  • 20 Cf. Platon, par exemple Timée 30a1. Pour une interprétation systématique de la figure du dieu en ta (…)
  • 21 Platon, Timée, 28a1 et 28a6-7. Cf. 39e7-9.
  • 22 Cf. Platon, Timée, 28a5, 28c2, 29a6, 29d6.
  • 23 Cf. Platon, Timée, 30a3-5, 35a1-6, 53b1-5, 68e1-6, 69b2-c3.
  • 24 Cf. Platon, Timée, 28a6-b2, 29a2-3, 29e1-3, 30a6-7.
  • 25 Cf. Platon, Timée, 29e3, 30d1-31a1, 41a7-b6.

10On comprend donc comment, à partir de tous ces éléments, dispersés ça et là dans les dialogues antérieurs au Timée, mais trahissant déjà une conception assez réfléchie, peut émerger la figure marquée du démiurge fabricant et père de l’univers telle que Platon la met en scène dans ce récit cosmogonique. Le démiurge du Timée est un dieu20 qui a la capacité de saisir par un acte intellectif accompagné de raisonnement (noêsei meta logou) les formes intelligibles21. Ayant cette capacité cognitive il est en même temps une cause (aitios, aitia), voire la meilleure des causes, de la naissance, c’est-à-dire de la formation de l’univers22. En tant qu’il est une telle cause, il agit sur certains matériaux23. En contemplant les formes intelligibles il est lui-même bon et ne produit que des choses belles24. C’est dire qu’il est rempli d’une volonté d’agir en vue du bien et que toute action mauvaise lui est étrangère25.

  • 26 Cf. Platon, République, 511d7-e2.
  • 27 Cf. Platon, Timée, 39e7.
  • 28 Cf. Platon, Timée, 34b10-35a1.
  • 29 Cf. Platon, Timée, 30b1-3  ; cf. Philèbe, 30c9-10.
  • 30 Cf. H. Cherniss, Aristotle’s Criticism of Plato and the Academy, John Hopkins Press 1944, p. 607  ; (…)
  • 31 Cf. E. Zeller, Die Philosophie der Griechen in ihrer geschichtlichen Entwicklung, II,1, 5e édition, (…)

11Cependant, l’intellect saisissant les formes intelligibles tel qu’il est présenté dans la République est une faculté de l’âme, de même que les autres facultés cognitives – la dianoia, la pistis et l’eikasia – qui se rapportent aux niveaux inférieurs de la réalité26. Or, le démiurge du Timée dispose bien de la faculté de l’intellect27 mais il ne paraît pas avoir une âme, de même d’ailleurs qu’il n’a pas non plus de corps. Sa première œuvre28 est précisément de fabriquer une âme afin que l’univers puisse, grâce à elle, acquérir l’intellect qui, au dire de Timée, ne peut être acquis que par un être doté de l’âme29. On a beaucoup insisté sur cette remarque de Timée pour soutenir la thèse que le démiurge qui a cette faculté doit nécessairement lui aussi avoir une âme  : point d’intellect sans une âme30. Mais, comme on a fait remarquer, Timée ne dit pas qu’il ne peut y avoir d’intellect sans une âme  ; replacée dans le contexte qui est le sien cette phrase dit que, pour pouvoir prendre part à la faculté de l’intellect, une chose visible, c’est-à-dire corporelle, doit nécessairement être dotée d’une âme. La remarque de Timée ne contredit donc pas sa présentation du démiurge en tant qu’intellect qui n’est lui-même pas une faculté de l’âme, mais bien un acte de pensée indépendant de l’âme laquelle n’est que l’un de ses produits31.

  • 32 Cf. Platon, Timée, 36e6-37a2.
  • 33 Cf. F. Karfik, Die Beseelung des Kosmos, p. 120-122.
  • 34 Cf. Platon, Timée, 36e6-37a2 avec 27d5-27a1.
  • 35 Cf. Platon, Timée, 34b10-35a1, 36e4-37a2, 41a7-b6. Voir là-dessus T. K. Johansen, Plato’s Natural P (…)
  • 36 Cf. Platon, Timée, 30c2-31b3 et 39e6-9.

12Ce caractère de la figure du démiurge dans le Timée semble être corroboré par une autre formulation selon laquelle le démiurge est le meilleur parmi les êtres intelligibles et qui sont toujours32. Bien que la construction de cette phrase soit, depuis l’antiquité, controversée à cause précisément de ses conséquences pour l’interprétation de la figure du démiurge, il semble bien que c’est là son sens le plus plausible du point de vue grammatical33. Si c’est le cas, il semble qu’elle souligne le caractère séparé du démiurge, car c’est dire que celui-ci partage le statut séparé qui oppose tous les êtres intelligibles (ta noêta aei te onta) aux êtres qui relèvent du domaine du devenir (ta gennêthenta)34 au nombre desquels Timée compte aussi les âmes immortelles35. Le démiurge ferait de la sorte partie intégrale du domaine de l’intelligible. Cette idée peut paraître surprennante à première vue. Platon compte-t-il l’acte de pensée saisissant la forme intelligible au nombre des êtres éternels  ? Pour audacieuse qu’une telle idée puisse paraître aussi longtemps que nous concevons l’intellect comme une des facultés cognitives de l’âme humaine, elle ne l’est plus du moment où nous postulons un intellect divin contemplant la totalité des formes intelligibles comme le fait le démiurge de Timée36. Un tel acte ne pourrait-il être en quelque sorte congénère à l’objet connu  ?

  • 37 Cf. Proclus, In Tim., II, 294,9-16.
  • 38 Cf. Platon, République, 506e-509b.
  • 39 Cf. Platon, République, 597d.
  • 40 Voir supra les notes 24-25.
  • 41 Cf. Platon, Timée, 29a5-6.

13Ce n’est pourtant pas la seule conséquence qui découle de la déclaration selon laquelle le démiurge est le meilleur parmi les êtres intelligibles. Plus inquiétante encore que l’idée qu’il fait partie du royaume de ceux-ci est celle qu’il en est le meilleur. C’est précisément cette idée dont Proclus s’indigna à tel point qu’il proposa de construire la phrase en question de manière à éviter une telle pensée37. En effet, qu’est-ce qu’une telle affirmation voudrait dire  ? Que l’intellect démiurgique n’est pas seulement un acte de pensée subordonné ou coordonné à ses objets, mais qu’il leur est bel et bien supérieur. Or, essayant de déterminer quel est le meilleur des êtres intelligibles, on ne peut s’empêcher de penser aux passages de la République qui parlent, d’une part, du statut suréminent de la forme du bien38 et, d’autre part, du dieu-planteur des formes intelligibles elles-mêmes39. Le démiurge du Timée n’est-il pas à identifier soit avec l’Idée du bien, soit avec le dieu-planteur, soit avec les deux  ? Or, rien dans le Timée, sauf ces quelques mots de la ligne 37a1, ne nous invite vraiment à le faire. Certes, Timée répète à plusieurs reprises que le démiurge est bon40, mais cela ne signifie pas forcément qu’il est le bien. Il dit même que le démiurge est la meilleure des causes41, mais cela veut-il dire vraiment que les formes intelligibles sont des causes dans le même sens que le démiurge  ? Si tel était le cas, à quoi bon un démiurge façonnant l’univers sensible d’après un modèle intelligible  ? Les formes intelligibles le feraient sans lui. Il semble plutôt que par les «  causes » dont le démiurge est la meilleure Timée entend ces causes «  primaires » dont il parlera en 46c7-e6 où il dit que se sont là des âmes douées de l’intellect et où il les appelle kalôn kai agathôn dêmiourgoi. Pour ce qui est de l’idée que le démiurge serait le meilleur des êtres intelligibles en les produisant, étant, de ce fait, à identifier soit avec l’Idée du bien, soit avec le divin planteur de la République, soit avec les deux, force nous est de constater que Timée ne mentionne jamais que le démiurge soit le fabricant des êtres intelligibles. En revanche il répète à plusieurs reprises que le démiurge fabrique l’univers sensible en prennant ceux-ci pour modèle. Ce n’est qu’en ceci que consiste sa démiurgie.

  • 42 Sur les interprétations anciennes cf. L. Brisson, Le Même et l’Autre, p. 55-71  ; H. Dörrie † – M. (…)
  • 43 Cf. H. Cherniss, A.-J. Festugière, L. Tarán cités dans la note 30 supra.
  • 44 Cf. J. Halfwassen, Der Demiurg : seine Stellung in der Philosophie Platons und seine Deutung im ant (…)
  • 45 Cf. E. Zeller, Die Philosophie der Griechen, II,1, p. 694-695 et 707-718  ; U. von Wilamowitz-Moell (…)
  • 46 Cf. A. Diès, Autour de Platon, 2e édition, Paris 1972, p. 548-555.

14Il reste cependant que les interprètes modernes ne sont pas d’accord sur la question du statut de la figure du démiurge dans le Timée, comme ne l’étaient d’ailleurs pas non plus les anciens42. J’ai déjà mentionné l’interprétation selon laquelle il ne peut y avoir de l’intellect démiurgique que dans une âme. Ceux qui la soutiennent identifient le démiurge à l’intellect de l’âme du monde. Cependant, comme l’âme du monde est, selon Timée, un produit du démiurge, ces interprètes pensent que la description de la fabrication de l’âme ne fait que traduire en forme d’un récit mythique la structure ontologique de l’univers non créé laquelle ne comporte que, d’une part, le modèle intelligible et, d’autre part, l’univers sensible, celui-ci étant doté d’une âme universelle dirigée par son propre intellect. Bref, dans cette interprétation, le démiurge n’est qu’une allégorie de l’âme du monde43. Une interprétation opposée, s’appuyant sur la caractéristique du démiurge comme le meilleur des êtres intelligibles, l’identifie soit à la totalité soit à une partie de l’être intelligible. Ainsi on peut l’identifier au «  vivant intelligible » du Timée prenant le tout pour mieux que ses parties44  ; ou bien on peut l’identifier à l’Idée du bien de la République s’appuyant sur le statut suréminent de celle-ci45  ; ou bien encore on peut l’identifier à la pensée divine qui fait partie du royaume des formes intelligibles46. Cependant, comme le démiurge est un acte de pensée, ces interprétations partagent toutes, implicitement ou explicitement, la conception selon laquelle l’être intelligible comporte non seulement le caractère de l’objet de la pensée mais en même temps celui de son acte. L’intellect étant ainsi intégré au modèle intelligible, sa fonction démiurgique l’est aussi. Ce sont alors les formes intelligibles qui, revêtant un aspect productif, fonctionnent comme causes de la formation de l’univers sensible. Comme on voit, dans cette interprétation aussi, le démiurge en tant que fabricant de l’univers sensible devient une allégorie, cette fois-ci une allégorie de la fonction causale des formes intelligibles.

  • 47 Cf. Platon, Timée, 34b10-35a1, 36d7-e1, 37c6-d1, 39e3-7, 41d4, 42e5-6.
  • 48 Cf. Platon, Timée, 37d5-7, 38b6.
  • 49 Pour une tentative de l’expliquer par le caractère récursif de l’action ordonnatrice du démiurge cf (…)
  • 50 Voir sur ces questions M. Baltes, Γέγονενpassim. Sur les positions des interprètes anciens voir (…)

15L’interprétation allégorique de la figure du démiurge dans le Timée reçoit un appui dans le fait que son action est décrite comme ayant un commencement, certaines étapes et une fin47, bien que ce soit le démiurge qui, par cette action même, crée le temps48. En effet, comment expliquer cette incongruité49  ? Ne s’agit-il pas en fait d’une action qui n’a point lieu dans le temps  ? Mais si tel est le cas, le récit décrivant les étapes de la formation de l’univers comme celles d’une procédure de fabrication n’est-il pas de bout en bout une allégorie et, par conséquent, la figure de l’artisan divin n’est-elle pas une métaphore de l’action qui, en fait, a un tout autre caractère50  ? En fin de compte, le démiurge peut-il exister en tant que réalité distincte du modèle intelligible d’une part et de l’univers animé et pensant de l’autre  ?

16En cherchant une réponse à ces questions il faut regarder de plus près en quoi précisément consiste l’activité du démiurge telle que Timée la décrit.

III

  • 51 Cf. Platon, Timée, 27c6, 28a6-7.
  • 52 Cf. Platon, Timée, 28c6-29a1. Cf. aussi 48e5-6.
  • 53 Cf. Platon, Timée, 28a1-2.
  • 54 Cf. Platon, Timée, 30d1-2.
  • 55 Cf. Platon, Timéee, 30c7-8 et 39e4-5. Cf. aussi 52a4.
  • 56 Cf. Platon, Timée, 30c6.
  • 57 Cf. Platon, Timée, 31b1.
  • 58 Cf. Platon, Timée, 37d1.
  • 59 Cf. Platon, Timée, 39e8  : enousai ideai tôi ho estin zôion. Cf. aussi 52a1  : to kata tauta ekhon (…)
  • 60 Cf. Platon, Timée, 35a1-5.
  • 61 Cf. Platon, Timée, 51b6-c5 et dans toute la section 48e2-52d1.

17Nous avons déjà dit que l’activité du démiurge a, comme celle de chaque fabricant chez Platon, deux côtés dont l’un consiste dans la saisie cognitive d’un modèle et l’autre dans l’arrangement d’un matériau. Or le modèle que le démiurge du Timée appréhende par un acte de pensée est décrit sans équivoque comme une réalité intelligible  : comme «  ce qui est toujours » et «  dans les mêmes rapports51 », comme un «  modèle qui est toujours dans les mêmes rapports et de la même manière52 », comme «  ce qui peut être saisi par l’intellection accompagnée de raisonnement53 ». Ce modèle d’un univers vivant englobant tous les êtres vivants est ensuite caractérisé plus spécifiquement comme «  le plus beau et dans tous les aspects le plus parfait des vivants intelligibles54 », «  englobant tous les vivants intelligibles55 » qui en constituent «  les parties tant selon les individus que selon les espèces56 », comme un «  vivant parfait57 » et «  éternel58 » dont les parties sont expréssément nommées ideai, c’est-à-dire formes intelligibles59. Outre ces caractéristiques générales du modèle auquel se rapporte la pensée du démiurge, Timée parle aussi des formes intelligibles de l’être, de l’identité et de la différence60 qui jouent un rôle important dans la fabrication des âmes, ainsi que des formes intelligibles des quatre éléments61 – du feu, de l’eau, de la terre et de l’air – qui jouent un rôle capital dans la fabrication des corps.

  • 62 Cf. Platon, Timée, 30a3-5.
  • 63 Cf. Platon, Timée, 69b2-c3.
  • 64 Ibid.
  • 65 Cf. Platon, Timée, 48b3-5.

18Qu’en est-il du matériau que travaille le démiurge  ? Sa définition est moins claire. En effet, les matériaux dont usent les fabricants ordinaires sont tous déjà des produits de la fabrication de l’univers. Mais sur quoi travaille celui qui fabrique l’univers  ? Timée ne recule pas devant cette question embarassante. Dans une première approche il dit que le démiurge «  prit » (paralabôn) «  la totalité de ce qui était visible et ne se trouvait pas en repos mais se mouvait sans concert et sans ordre62 ».  Plus tard, quand il a déjà analysé à fond la constitution de tout ce qui est matériel, il revient sur cette première définition en la précisant63. Ce désordre, dit-il, que le démiurge ordonnait au commencement de son œuvre cosmogonique était dépourvu de toute proportion et de toute symmétrie et ne présentait pas de caractères qui auraient permit de lui appliquer des noms que nous appliquons aux matériaux connus de nous, comme celui de feu, d’eau etc.64 Par cette remarque, Timée se réfère à un exposé détaillé qu’il a fait précédemment de l’état dans lequel se trouvaient les quatre éléments avant la constitution de l’univers65.

  • 66 Cf. Platon, Timée, 27d5 sqq.
  • 67 Cf. Platon, Timée, 49a3-b7.
  • 68 Cf. Platon, Timée, 50d5-51a1, 51a7, 52b1-2.

19Or, cet exposé, on le sait, reprend à nouveau la description de la constitution de l’univers, pourtant déjà assez avancée, en y introduisant un complément qui, auparavant, lui faisait défaut. En effet, au commencement de cette première explication de la constitution de l’univers, Timée n’a distingué que deux sortes de réalités, à savoir le modèle intelligible qui est toujours dans les mêmes rapports et son image qui est soumise au devenir et qui est visible66. C’est à ces deux sortes de réalités qu’il ajoute maintenant – à partir de 48e2 – une «  troisième » dont la description est extrêmement difficile67, car cette réalité n’est ni perceptible par les sens ni susceptible d’être saisie par un procédé régulier du raisonnement, puisqu’elle n’a, à elle seule, absolument aucune forme68.

  • 69 Cf. Platon, Timée, 48b3-5 et 52d3-4.
  • 70 Cf. Platon, Timée, 27c1-d3.
  • 71 Cf. Platon, Timée, 48d4-6  : theon … sôtêra ex atopou kai aêthous diêgêseôs.
  • 72 Cf. Platon, Timée, 53b2-4.
  • 73 Il est vrai que le rappel du caractère «  insolite » du discours (aêthês logos) revient en 53c1 ann (…)
  • 74 Cf. Platon, Timée, 53b4-8. Cf. aussi 69b3-c1.

20L’interprétation de cette section qui s’étend de 48e2 à 53a8 est d’une importance capitale du point de vue de la question de savoir que fait et qui est le démiurge dans le Timée. Ce passage se distingue par trois traits significatifs qui correspondent l’un à l’autre. En premier lieu, Timée y décrit ce qui était avant la constitution du monde69. Deuxièmement, il y énumère trois «  sortes » (eidê) de réalités, à savoir le modèle intelligible, le domaine du devenir et le difficile «  troisième genre », celui du «  réceptacle », mais qu’il n’y parle pas de démiurge, comme il en a parlé dès le début de son premier exposé qui décrivait la fabrication de l’univers. Troisièmement, il fait précéder cette section par une prière, de même qu’il en a fait précéder son premier exposé70, adressée cette fois-ci à un «  dieu qui sauve de l’exposé étrange et insolite71 », invocation qui semble correspondre au fait que cet exposé décrit, au dire de Timée lui-même, un état dans lequel l’univers se trouverait sans l’intervention du dieu, son ordonnateur72. Or ce dieu sauveur apparaît effectivement à la fin de ce passage73 en ramenant, à l’aide des figures et des nombres, ce qui était sans proportion et sans mesure à l’ordre d’un arrangement le plus beau et le meilleur possible74.

  • 75 Cf. Platon, Timée, 50c7-d4.
  • 76 Cf. Platon, Timée, 28c3-4.
  • 77 Cf. Platon, Timée, 50d2  : kai dê kai proseikasai prepei k.t.l.
  • 78 Cf. Platon, Timée, 41a7-b6. Cf. aussi 41c2-3 et 43a2.
  • 79 Cf. Platon, Timée, 50c2-6  ; 51a1-2.
  • 80 Cf. Platon, Timée, 53a8  ; 49d7 et 50c2-4.
  • 81 Cf. Platon, Timée, 51b4-6, 52a4-7.
  • 82 Cf. Platon, Timée, 52d4-e1.
  • 83 Cf. Platon, Timée, 53b1-2.
  • 84 Cf. Platon, Timée, 41a7-b6 et 42e6-7. Sur l’identité de ces «  enfants », les «  jeunes dieux » (42 (…)
  • 85 Voir aussi les arguments de T. K. Johansen, Plato’s Natural Philosophy, p. 81-83, qui vont dans la (…)

21En prenant au sérieux ces indications je serais enclin à lire, à la différence des interprètes qui identifient le démiurge avec le modèle intelligible, tout le passage traitant du réceptacle et des apparences précosmiques des quatre éléments comme décrivant ce qu’il y aurait s’il n’y avait pas de démiurge. Vu l’impossibilité d’une interprétation temporelle d’un état précédant la création du temps, il faut, me semble-t-il, lire ce passage comme décrivant des composants constitutifs de l’univers abstraction faite de l’action du démiurge. Ces composants sont au nombre de trois  : les formes intelligibles, le réceptacle absolument dépourvu de toute forme, figure ou qualité, et le devenir qui apparaît au sein de celui-ci. Timée assimile ces trois composants au père, à la mère et à leur rejeton, respectivement. En termes philosophiques, l’enfant est «  ce qui vient à l’être » (to gignomenon), la mère est «  ce en quoi il vient à l’être » (to en hôi gignetai) et le père «  ce par rapport à quoi ce qui vient à l’être devient une copie » (to hothen aphomoioumenon phuetai to gignomenon)75. Certes, on pourrait rétorquer que le «  père » dont il est question ici est identique au «  fabricant et père de l’univers » dont Timée a parlé au commencement de son premier exposé76, donc que c’est là la preuve que le modèle intelligible et le démiurge sont le même. Je ne pense pourtant pas que tel soit le cas. En effet, dans le passage en question, il ne s’agit que d’une comparaison, relevée d’ailleurs comme telle par Timée lui-même77 et dont la portée reste, de ce fait, limitée. Plus important cependant est le fait que les rejetons qui viennent à l’être en tant que copies de ce «  père », et que Timée décrit aussi précisément que leur nature étrange le lui permet, ne peuvent guère être tenus pour des produits du démiurge, fabricant et père de l’univers. En effet, celui-ci dit dans le discours qu’il tient à ses propres enfants, que les œuvres qu’il a lui-même produites, étant issues d’un bel arrangement et se trouvant en bon état (kalôs harmosthen kai ekhon eu) ne connaîtront pas de dissolution78. Or les rejetons qui viennent à l’être dans le sein maternel du réceptacle et qui sont comme des «  copies » ou «  imitations » (mimêmata, aphomoiômata) prises sur le modèle paternel de l’être intelligible (ta onta aei)79– en l’occurence des imitations des formes intelligibles des quatre éléments – sont, à elles seules, sans proportion et sans mesure (eikhen alogôs kai ametrôs) et ne présentent aucune stabilité ou persistance (bebaiotêta)80. Apparaissant et disparaissant81, elles ne sont que des affections passagères du réceptacle82. Elles ne présentent même pas de caractères nets reflétant leurs modèles  : elles n’en portent que comme des «  traces » (ikhnê men ekhonta autôn atta)83. Elles sont donc loins d’être pareilles à ces enfants beaux et immortels dont le démiurge est le père84. Il ne semble donc pas que l’appelation πατήρ de 50d3 qui se rapporte au modèle intelligible ait forcément la même référence que celle de 23c3, 37c7, 41a6, 42e8 qui se rapporte au démiurge85.

  • 86 Cf. Platon, Timée, 50c3-4.
  • 87 Cf. Platon, Timée, 52d4-53b4.
  • 88 Cf. Platon, Timée, 50c1-7, 51b4-6, 52d4-53e4.
  • 89 Cf. Platon, Timée, 53b1-6.
  • 90 Cf. Platon, Timée, 69b5-c1.
  • 91 C’est-à-dire la section 47e3-68a7.
  • 92 Cf. Platon, Timée, 30a3-5.

22L’apparaître et le disparaître des «  traces » de formes intelligibles des quatre éléments, leurs changements locaux qui transforment sans cesse le visage du réceptacle86, constituent le devenir précosmique, la genesis, telle précisément qu’elle serait si le dieu ne l’ordonnait pas87. Ce devenir précosmique, qui résulte du fait que le réceptacle reçoit des empreintes imparfaites des formes intelligibles88, est le matériau primaire que travaille le démiurge. Timée le dit en toutes lettres à la fin de la section traitant du réceptacle89 et il le répète dans la récapitulation qui précède la reprise de l’exposé sur la formation de l’homme par les jeunes dieux90, interrompu par la longue section traitant de la nécéssité, du réceptacle, des quatre éléments, de leurs mélanges et des qualités sensibles91. Or c’est bien cette genesis précosmique que Timée visait aussi au commencement de son récit cosmogonique quant il disait que le démiurge «  prit la totalité de ce qui était visible et ne se trouvait pas en repos mais se mouvait sans concert et sans ordre » et qu’il «  le remena du désordre à l’ordre92 ».

IV

  • 93 Cf. Platon, Timée, 30a5, 53b8, 69c1  ; cf. Gorgias, 503e-504a.
  • 94 Cf. Platon, Timée, 53a8.
  • 95 Cf. Platon, Timée, 69b5.
  • 96 Cf. Platon, Timée, 53b5.
  • 97 La suite de l’exposé de Timée, à partir de 53c4, montre que par les eidê il faut bien entendre des (…)

23Mais Timée ne nous éclaire pas seulement sur la nature du matériau avec lequel le démiurge travaille. Il nous dit aussi ce qu’il en fait. Généralement parlant, il le traite comme le démiurge dont parlait le Gorgias  : il l’ordonne, l’arrange, l’agence  ; il lui impose une taxis, un kosmos93. Il parvient à ce résultat en imposant, à ce qui était sans proportion ni mesure94, des proportions et des symmétries95. Pour ce faire, il se sert des figures et des nombres96. En dernière analyse, c’est précisément à l’aide de ces derniers – des eidê te kai arithmoi97– qu’il arrange le matériau du devenir précosmique.

  • 98 Je tiens pour erronée la thèse soutenue jadis par L. Robin (Etudes sur la signification et la place (…)
  • 99 Cf. Platon, Timée, 30b4-32b8.
  • 100 Cf. Platon, Timée, 32b8-c4.

24Face au matériau dépourvu de toute stabilité et précision le démiurge prend donc l’aspect d’un ingénieur. Ce qu’il fait, en somme, c’est qu’il projette sur des «  traces » qualitatives apparaissant dans le réceptacle des caractères mathématiques propres aux figures et aux nombres. Il les mathématise. Il tâche pour ainsi dire d’introduire, dans le domaine des apparences changeantes, des caractères stables et précis qu’on peut saisir par la raison. C’est ainsi qu’il impose aux traces précosmiques des quatre éléments les formes des quatre solides réguliers, elles-mêmes composées de deux types de triangles98. C’est vrai qu’il ne produit pas par là des réalités exemptes de changement  : au contraire, les corpuscules mathématisés des quatre éléments se composent et se décomposent, c’est-à-dire naissent et disparaissent. Mais les triangles élémentaires qui en constituent la base persistent en assurant la persistance d’une structure mathématique de fond de la réalité sensible. Du reste, c’est à la formation du corps de l’univers dans sa totalité que le démiurge vise en établissant des relations de proportion entre les quatre éléments à l’échelle de l’univers tout entier99. Aussi le corps du monde en tant qu’il est un tout organisé mathématiquement est-il un produit indissoluble100.

  • 101 Cf. Platon, Timée, 69b8-c3.
  • 102 Cf. Platon, Timée, 68e4-5. Cf. 69c1  : ek toutôn.
  • 103 Cf. Platon, Timée, 68e6-7.
  • 104 Cf. Platon, Timée, 46d8 et 68e6.
  • 105 Cf. Platon, Timée, 68c7.
  • 106 Cf. Platon, Timée, 46e4.
  • 107 Cf. Platon, Timée, 47e3-48a7.
  • 108 Cf. Platon, Timée, 42e8-43a4.

25Cependant, entre ces deux activités du démiurge, celle de la mathématisation des apparences précosmiques dans le réceptacle et celle de la fabrication du corps du monde comme un tout (doté d’une âme), Timée distingue soigneusement comme si elles étaient – sous réserve concernant la temporalité de l’action du démiurge dont nous avons parlé plus haut – deux étapes successives de l’œuvre démiurgique101. En effet, en procédant à la fabrication de l’univers animé dans sa totalité le démiurge ne travaille plus avec le matériau du devenir précosmique mais il se sert de ses propres produits premiers que sont les éléments mathématisés. C’est à eux que Timée donne le nom de «  causes adjuvantes » (aitiai hupêretousai102) et ce sont ces causes adjuvantes qu’il classe sous la rubrique de ce qui relève de la nécessité (to anagkaion103) par opposition aux causes qu’il nomme «  premières104 » et qu’il classe sous la rubrique du divin (to theion105) car celles-ci opèrent en pensant (meta nou106). C’est bien là l’opposition de l’anagkê et du nous dont la coopération, au dire de Timée, fait naître le monde107. L’intellect du démiurge, en effet, se sert de ses propres produits pour en façonner le corps indissoluble du vivant immortel qu’est l’univers, de même que l’intellect de jeunes dieux se sert des mêmes produits pour en façonner les corps des vivants mortels108. Au-dessous de cette coopération entre le nous et l’anagkê il faut donc placer le niveau de la toute première mathématisation des apparences précosmiques par le démiurge.

  • 109 Cf. Platon, Timée, 35a1-7.
  • 110 C’est vrai que les corpuscules élémentaires eux-mêmes sont invisibles en raison de leur extrême pet (…)
  • 111 Pour un résumé des arguments à l’appui de cette interprétation cf. H. Cherniss, Aristotle’s Critici (…)
  • 112 Cf. Platon, Timée, 35a6-b3.
  • 113 Cf. Platon, Timée, 35b4-36b6.
  • 114 Cf. Platon, Timée, 36b6-c2.
  • 115 Cf. Platon, Timée, 36c2-d7.

26Cependant, le démiurge ne fabrique pas seulement la substructure mathématique de tout ce qui est corporel et le corps indissoluble de l’univers. Il fabrique aussi les âmes. Or, quel matériau utilise-t-il pour fabriquer les âmes et que fait-il en le travaillant  ? Il faut constater d’abord que ce matériau diffère du devenir précosmique auquel le démiurge impose la structure mathématique des quatre éléments. C’est un «  mélange » entre, d’un côté, l’être, l’identité et la différence indivisibles et qui sont toujours les mêmes, et, de l’autre côté, l’être, l’identité et la différence divisibles et qui viennent à l’être dans le domaine des corps (peri ta sômata)109. Si les trois premiers composants, indivisibles et qui sont toujours les mêmes, semblent bien être des formes intelligibles, on peut se demander ce que veut dire l’être, l’identité et la différence divisibles et qui viennent à l’être dans le domaine des corps  ? On n’en apprend de la bouche de Timée, hélas, rien de plus précis. Est-ce que ce sont des réalités corporelles consistant, comme toute réalité corporelle, en quatre éléments  ? C’est peu probable, car l’âme, à la différence des corps, est une réalité invisible110. Il semble plutôt qu’il faille interpréter ce passage à la lumière de l’exposé ultérieur sur le réceptacle et voir dans l’être, l’identité et la différence divisibles, qui viennent à l’être dans le domaine des corps, des images précosmiques de leurs homonymes intelligibles apparaissant dans le réceptacle111. Or, c’est à partir de ces deux variétés de l’être, de l’identité et de la différence que le démiurge prépare un seul mélange qui lui sert de matériau pour toutes ses opérations subséquentes112. Ces opérations ont, à leur tour, un caractère mathématique  : le mélange est divisé par des séries de segments qui entretiennent entre eux des relations strictement arithmétiques113  ; il reçoit ensuite une forme géométrique d’un système de cercles concentriques114  ; enfin, ce complexe est doté des mouvements réguliers à des vitesses commensurables115.

  • 116 Cf. Platon, Timée, 36e4-5.

27Comme on voit, ici aussi le démiurge agit en ingénieur qui impose à son matériau des caractères mathématiques. Mais l’œuvre qu’il achève cette fois-ci accède à une dignitée plus haute que n’est celle dont jouissent les corpuscules mathématisés des quatre éléments. L’âme – et cela vaut pour toute âme, pour celle de l’univers aussi bien que pour celle d’un vivant mortel (à l’exception des parties «  mortelles » de cette dernière) – ne connaît pas de dissolution. Tout en étant une réalité qui se meut elle ne se décompose jamais116. Or, comment expliquer cette différence par rapport aux corpuscules dissolubles des éléments qui sont, eux aussi, des produits de l’action démiurgique  ? Il semble que le matériau à partir duquel le démiurge fabrique l’âme, ce mélange de l’indivisible et éternel avec du divisible et du changeant, y joue un rôle. En effet, le démiurge ne fabrique pas l’âme immédiatement à partir d’un devenir précosmique comme c’est le cas pour les éléments, mais à partir d’un matériau qui est déjà un mélange préparé par lui-même et qui est quelque chose d’intermédiaire entre l’intelligible et le devenir. Mais qu’est-ce que ce matériau intermédiaire  ? Une sorte d’être, d’identité et de différence, nous est-il dit, qui n’est ni purement intelligible mais ni non plus vraiment corporelle. Ce mélange énigmatique, à mi-chemin entre l’intelligible et le corporel, ne comportant que de l’être, de l’identité et de la différence, ne présente-t-il pas précisément ce genre de matériau à partir duquel le démiurge peut produire des réalités non pas seulement mathématisées, mais elles-mêmes mathématiques  ?

V

  • 117 Cf. Platon, Timée, 53b5.
  • 118 Cf. Platon, Timée, 35b4-36b5.
  • 119 Cf. Platon, Timée, 41d6.
  • 120 Cf. Platon, Timée, 36b5-d7.

28Cette suggestion soulève une importante question à laquelle il n’est pas facile de répondre. En effet, quel est le statut ontologique des réalités mathématiques dans le Timée  ? Curieusement, Timée qui en fait, dans son explication de ce monde-ci, un usage si large, ne nous dit pas où se trouvent ces «  figures et nombres117 » à l’aide desquels le démiurge façonne les quatre éléments. Encore moins nous renseigne-t-il sur le statut ontologique de ces nombres qui caractérisent les rapports entre les segments en lesquels il «  découpe » le mélange original dont il fabrique l’âme du monde118 (et toutes les autres âmes immortelles119), ni non plus sur celui de ces figures géometriques qui font de l’âme une construction sphérique120. Timée, nous l’avons vu, ne distingue que trois sortes de réalités  : le modèle intelligible, le réceptacle et le devenir. Or, où, dans cette hiérarchie tripartite, sont à situer les nombres et les figures  ?

29Ils ne sont certainement pas à chercher du côté du réceptacle étant donné que celui-ci ne porte point de traits déterminés.

  • 121 Cf. Platon, Timée, 56c2-3.
  • 122 Cf. Platon, République, 510d1-511a1  ; cf. aussi République, 525d5-526a7  ; Philèbe 56c10-e6.

30Sont-ils donc à chercher du côté du devenir  ? Ici, il faut établir une distinction entre, d’une part, des traits quasi mathématiques qui caractérisent les corpuscules des quatre éléments en tant que produits de l’activité du démiurge tirés des traces précosmiques dans le réceptacle et, d’autre part, les figures et les nombres à l’aide desquels le divin constructeur façonne ces traces. Les premiers, en effet, appartiennent à des entités particulières et passagères dont les masses sont perceptibles par les sens121. Leurs caractères quasi mathématiques ne peuvent donc être que des approximations, dans le domaine du devenir, de ce que sont les vrais caractères mathématiques correspondants. En ceci, nonobstant la petitesse des corpuscules élémentaires qui les rend, chacun pris à part, invisibles à nos yeux, ces caractères quasi mathématiques sont pareilles aux horômena eidê dont se servent, selon la République, les géomètres en se référant aux figures géométriques appréhendées par la dianoia122. Bref, les corpuscules des éléments ne sont pas des réalités mathématiques, mais seulement mathématiséesDans ce sens-là, semble-t-il, les figures et les nombres dont use le démiurge en fabriquant les corpuscules des éléments ne relèvent pas du domaine du devenir.

31Mais est-ce à dire que les objets mathématiques sont à situer du côté du modèle intelligible  ? Dans le texte du Timée, ce n’est pas dit, et ce n’est pas non plus nié.

  • 123 Cf. Aristote, notamment Métaphysique, I, 6, 987b14-18. Voir là-dessus en détail L. Robin, La théori (…)
  • 124 Outre la discussion classique sur ce sujet qui opposait H. Cherniss (Riddle of the Early Academy, p (…)
  • 125 Voir supra la note 123. Cf. là-dessus J. Annas, On the “Intermediates”, pp. 146-156, et M. F. Burny (…)

32Cette question, pourtant, évoque la distinction que, au dire d’Aristote, Platon faisait entre, d’une part, les formes intelligibles et, d’autre part, les réalités mathématiques dites «  intermédiaires » entre celles-ci et les choses sensibles123. On sait à quel point cette attribution d’une doctrine des réalités mathématiques intermédiaires à Platon est controversée124. Il est cependant difficile de ne pas prendre au sérieux la distinction entre les formes intelligibles et les réalités mathématiques «  intermédiaires » dont parle Aristote, à savoir que chaque forme intelligible n’est qu’une seule tandis que, de chaque caractère mathématique, on a une pluralité d’exemplaires pareils mais qui ne sont pas pour autant des réalités sensibles125. En effet, comment penser, en tant qu’objet purement mathématique, un tétraèdre composé de 24 triangles rectangles scalènes sans pouvoir multiplier 24 fois exactement le même triangle  ?

  • 126 Cf. Platon, République, 596a5-7, et Phédon, 104d5-7 et passim dans tout le passage 101b6-105c7 pour (…)

33Cette distinction, cependant, entraîne un corollaire non moins important, à savoir qu’il faut y avoir, outre des entités mathématiques «  intermédiaires », des formes intelligibles de celles-ci puisque chaque pluralité de choses identiques doit participer à une forme commune. Or il est vrai que nulle part dans les dialogues Platon ne traite ex professo de cette conséquence, mais celle-ci semble découler tout naturellement de sa conception de la forme intelligible126. Si nous prenons donc au sérieux la distinction entre les entités mathématiques «  intermédiaires » et leurs formes, nous aurons à nous demander si les nombres et les figures dont parle Timée en liaison avec la fabrication de l’âme et du corps du monde relèvent de celles-ci ou de celles-là.

  • 127 Cf. Platon, Timée, 53b5.

34Or, il n’est pas impossible de penser que les «  figures et nombres » au moyen desquels le démiurge ramena le désordre des traces précosmiques à l’ordre des corpuscules élémentaires127 sont les formes intelligibles des nombres et des figures, que le dieu ordonnateur voit dans le modèle intelligible. Je ne pense pourtant pas que cela soit probable. Dans ce cas-là, en effet, on aurait, d’un côté, les formes intelligibles des nombres et des figures et, de l’autre côté, les corpuscules élémentaires mathématisés, sans passer par des nombres et des figures mathématiques «  intermédiaires ». Pour sauver ces derniers on pourrait soutenir que c’est précisément le démiurge qui saisit les formes intelligibles en tant qu’objets mathématiques «  intermédiaires » dont il impose les caractères – dans la mesure du possible, c’est-à-dire d’une manière quasi mathématique – aux traces précosmiques des éléments, et que, partant, les nombres et les figures mathématiques «  intermédiaires » seraient à situer dans l’intellect démiurgique. Mais si tel était le cas, il conviendrait mieux de dire que c’est avec ces derniers que le divin ingénieur façonne les traces précosmiques.

  • 128 Cf. L. Robin, La théorie…, p. 585-595.
  • 129 Cf. K. Gaiser, Platons ungeschriebene Lehre, p. 115-125.
  • 130 Cf. E. Zeller, Die Philosophie der Griechen, II,1, p. 680-686.
  • 131 Cf. H. Cherniss, The Riddle, p. 33-34.
  • 132 Cf. M. Isnardi Parente, ΤΑ ΜΕΤΑ ΤΑΣ ΙΔΕΑΣ : Figures idéales ou premières figures  ?, dans A. Graese (…)

35Si nous reléguons les Idées des nombres dans le modèle intelligible, laissant de côté la question difficile et importante de savoir quel est leur statut là-bas (sont-elles une sorte de principes des formes intelligibles comme l’a pensé Léon Robin128  ? sont-elles identiques à ces dernières comme les a conçues Konrad Gaiser129  ? ne font-elles qu’un sous-ensemble de l’ensemble des formes intelligibles comme l’ont pensé Eduard Zeller130 et Harold Cherniss131  ? ) et qu’en est-il avec les figures (y a-t-il aussi des figures idéales ou non132), faut-il confiner les nombres et les figures mathématiques «  intermédiaires » dans l’intellect démiurgique  ?

  • 133 Pour une analyse mathématique de ce découpage voir L. Brisson, Le Même et l’Autre, p. 314-323  ; id (…)

36Cela nous ramène à la question de savoir ce qu’il en est des réalités mathématiques lors de la construction de l’âme du monde. Or, dans le passage consacré à la psychogonie, Timée ne mentionne pas de figures et des nombres qui seraient des instruments dont le démiurge use en façonnant un matériau. Il semble plutôt que, à partir d’un matériau très spécial, il produit des réalités qui ont précisément le caractère des réalités mathématiques «  intermédiaires ». En effet, l’action psychogonique du démiurge consiste, d’abord, dans la fabrication d’un mélange intermédiaire entre l’indivisible et le divisible dans la composition duquel n’entrent que des variétés intermédiaires de l’être, de l’identité et de la différence. Puis, le démiurge «  découpe » ce mélange en des segments dont les rapports font surgir une série de nombres cardinaux – 1, 2, 3, 4, 9, 8, 27 – qui est égale à deux progressions géométriques de raison 2 et 3  ; il «  découpe » ces segments à leur tour en faisant surgir, dans chaque intervalle, des médiétés harmoniques et arithmétiques qui correspondent aux fractions 2/1, 4/3, 3/2, 9/8 et 256/243, soit des rapports musicaux d’octave, de quarte, de quinte, de ton et de leimma133. Ensuite, à partir du mélange ainsi structuré en nombres, il fabrique des figures géométriques, d’abord planes, puis solides, qui donnent à l’âme du monde son aspect global d’un système de cercles concentriques. Enfin, le divin constructeur met ces figures en mouvement, selon des mouvements réguliers dont les vitesses sont commensurables. Or, il semble que ces nombres, ces figures et ces mouvements réglés sont réellement produits par le démiurge dans le matériau intermédiaire qu’il a lui-même préparé en «  mélangeant » les formes indivisibles et toujours les mêmes de l’être, de l’identité et de la différence avec leurs homologues divisibles apparaissant dans le réceptacle. Le caractère intermédiaire de ce mélange original ainsi que sa composition qui ne comprend que l’être, l’identité et la différence correspondent, semble-t-il, à la nature des entités mathématiques «  intermédiaires ».

37Si tel est le sens du passage traitant de la psychogonie dans le Timée, d’importantes conséquences en découlent. (1) La première en est que les entités mathématiques en tant que telles (c’est-à-dire «  intermédiaires » ) ne sont pas à situer dans l’intellect démiurgique  ; ce sont des produits fabriqués par celui-ci à partir d’une sorte de matériau préparé, lui aussi, par le démiurge. (2) La seconde en est que la nature des entités mathématiques et la nature de l’âme sont du même ordre. Cela veut dire que les entités mathématiques font partie du domaine du devenir dans le même sens que l’âme, c’est-à-dire que ce sont des produits issus de l’activité de l’intellect agissant sur un matériau  ; l’intellect du démiurge, tourné vers le modèle intelligible où il voit les formes indivisibles de l’être, de l’identité et de la différence, agit sur le matériau de l’être, l’identité et la différence divisibles, et il en fabrique le mélange intermédiaire qu’il organise ensuite en nombres et figures mathématiques dotés du mouvement, lui aussi mathématique. Les entités mathématiques partagent donc le statut «  engendré » de l’âme. (3) Enfin, d’une telle interprétation il découle aussi que les «  figures et nombres » dont se sert le démiurge en mathématisant les traces précosmiques des quatre éléments sont, eux aussi, des produits mathématiques «  intermédiaires », c’est-à-dire que la formation de la réalité sensible passe par le niveau de la réalité mathématique. C’est dire que le démiurge fabrique les éléments de la manière suivante  : il regarde le modèle intelligible où il voit les formes intelligibles des quatre éléments  ; en les contemplant il agit sur le matériau constitué par des traces précosmiques de ceux-ci dans le réceptacle  ; ce faisant il se sert des figures et des nombres qu’il a lui-même fabriqués en tant que réalités du même ordre que l’âme  ; par leur intermédiaire, il impose aux traces précosmiques les caractères quasi mathématiques. La formation de la structure quasi mathématique des corpuscules élémentaires passe ainsi par la formation de la structure mathématique «  intermédiaire » qui est celle de l’âme.

38Pour résumer cette interprétation du rôle des entités mathématiques dans la genèse de l’âme et dans celle du corps du monde, relevons les ressemblances et les différences entre ces deux genèses. L’intellect du démiurge agit, dans les deux cas, en contemplant le modèle intelligible. Le matériau qu’il travaille est, dans les deux cas, de l’ordre des images précosmiques de formes intelligibles dans le réceptacle  : de celles de l’être, de l’identité et de la différence pour la psychogenèse, de celles du feu, de l’air, de l’eau et de la terre pour la somatogenèse. Mais dans le cas de la psychogenèse le démiurge fabrique d’abord un mélange intermédiaire entre les formes intelligibles et leurs empreintes dans le réceptacle, et ce n’est que de ce mélange-ci qu’il tire des caractères proprement mathématiques ( «  intermédiaires » ) qui seront ceux de l’âme  : d’abord des nombres, ensuite des figures, enfin des mouvements réguliers. Dans le cas de la somatogenèse, en revanche, il agit au moyen des caractères mathématiques proprement dits ( «  intermédiaires » ) sur les empreintes précosmiques des éléments dans le réceptacle en imposant à ces derniers des caractères quasi mathématiques qui seront ceux des corpuscules élémentaires. Bref, l’intellect démiurgique en contemplant le modèle intelligible et en agissant sur le matériau précosmique forme d’abord, en fabriquant l’âme, des réalités mathématiques, plus proches du modèle intelligible, pour former ensuite, à travers celles-ci, des réalités corporelles, plus éloignées de lui.

VI

  • 134 Cf. Platon, Timée, 34b10-35a1.

39On pourrait soulever contre cette interprétation une objection suivante  : si c’est à travers des réalités mathématiques que le démiurge forme le corps du monde et si la production de ces réalités coïncide avec celle de l’âme du monde, n’est-ce pas en fin de compte cette dernière qui façonne le corps de l’univers  ? Le theos dont il est question en 53b et 55c ne désigne-t-il pas, par voie de conséquence, non pas le démiurge mais l’âme du monde  ? Et le fait que les corpuscules des éléments ne sont pas des structures indissolubles, mais qu’ils se décomposent et recomposent, n’indique-t-il pas lui aussi que ce n’est pas là une œuvre du démiurge-père mais une œuvre de son œuvre  ? Or, le résumé des activités du démiurge que l’on trouve en 69b2-c5 infirme cette objection. Ici, Timée dit en toutes lettres que c’est bien le démiurge-père qui, d’abord (prôton), imposa aux ébauches informes des éléments qui ne méritaient même pas d’être nommées par des noms de feu, d’eau etc., des symmétries et des analogies qui en firent des réalités bien ordonnées pour, ensuite (epeita), en construire l’univers. En plus, nous avons déjà dit plus haut que le corps de l’univers comme un tout est, en bonne œuvre du démiurge-père, indissoluble et que, si les corpuscules singuliers des éléments naissaient et disparaissent, leur substructure trigonométrique persiste. C’est bien cette substructure que produit le démiurge en vue, il est vrai, de la composition des quatre solides réguliers, de leurs transformations mutuelles et de leurs mélanges variés qui constitueront le corps de l’univers sensible. Le fait que le démiurge forme les corpuscules des éléments à l’aide des figures et des nombres dont il est, dans notre interprétation, lui-même auteur et dont le lieu est l’âme, confirme, en l’expliquant, la déclaration de Timée, placée en tête de son exposé sur la psychogonie, que la formation du corps du monde présuppose celle de l’âme du monde134. Cela ne change pourtant rien au fait que c’est le démiurge-père qui fabrique l’un et l’autre.

  • 135 Cf. par exemple L. Brisson, Le Même et l’Autre, p. 325.
  • 136 Voir là-dessus plus en détail F. Karfik, Die Beseelung des Kosmos, p. 149-220.
  • 137 Cf. Platon, République, 528d5-530c1, surtout 529d1-5  ; cf. aussi Aristote, Métaphysique, B, 2, 997 (…)

40Une autre objection qu’on pourrait soulever contre cette interprétation est la suivante  : l’âme ne peut être une réalité du même ordre que les entités mathématiques étant donné qu’elle est, à la différence de celles-ci, essentiellement en mouvement135. A cette objection on peut répondre que le mouvement qui est propre à l’âme est lui-même d’une nature mathématique, étant mathématiquement régulier, et différant en ceci du mouvement toujours plus ou moins désordonné des corps136. Le mouvement mathématique – celui même qui, d’après la République, fait l’objet de la science mathématique, c’est-à-dire non empirique, de l’astronomie137 – serait ainsi le dernier dans la série des «  produits » mathématiques fabriqués lors de la psychogonie et qui suppose les précédents, à savoir les nombres, naturels et rationnels, et les figures, planes et solides, en y ajoutant des déterminations temporelles  ; tous ensemble ces produits forment la nature mathématique de l’âme.

  • 138 Th. H. Martin (Etudes sur le Timée, Paris 1841, t. II, p. 234-235) voyait dans ces principes plus h (…)

41On aura enfin raison de nous poser la question de savoir quel est le sens exact du passage 53d4-7 où Timée fait mention des principes plus hauts de la formation des corps que ne sont les deux triangles rectangles, isocèle et scalène, choisis pour en former les bases. «  Quant aux principes encore plus hauts que ne sont ceux-ci » dit la célèbre phrase «  c’est dieu qui les connaît et, parmi les hommes, celui qui lui est cher ». Qu’est-ce que sont ces arkhai plus hautes  ? On en a proposé des interprétations différentes dont la plupart ont recours aux indications d’Aristote sur les enseignements oraux du vieux maître138. Or, je pense qu’on peut soutenir que, dans le contexte du Timée, ces principes plus hauts que les triangles mathématiques sont des formes intelligibles sur lesquelles le démiurge fixe ses yeux.

  • 139 Cf. Platon, Timée, 53d5-6.
  • 140 Cf. l’usage de la première personne du pluriel en 53d5 sqq.
  • 141 Cf. Platon, Timée, 20a1-5.
  • 142 Cf. Platon, Timée, 54a4-5.
  • 143 Cf. Platon, Timée, 55d4-6.
  • 144 Cf. Platon, Timée, 51e5-6  ; à quoi cf. 44a7-c4.
  • 145 Cf. Platon, Timée, 37d6-7  ; 38a7-8.
  • 146 Cf. Platon, Timée, 47a1-c4  ; 90b6-d7.
  • 147 Outre le passage cité supra dans la note 144 cf. aussi 39c6.
  • 148 Cf. Platon, Timée, 27c1-d4  ; 48d4-e1  ; Critias, 106a1-b7.
  • 149 Cf. Platon, Timée, 68d1-7.
  • 150 Cette mention de la capacité du démiurge d’opérer un mélange entre hen et polla rappelle inévitable (…)
  • 151 Sur le statut relatif des arkhai cf. aussi le passage 48b6-c2 auquel les lignes 53d4-7 semblent fai (…)
  • 152 Cf. Platon, Critias, 106a3-4.

42En effet, ce n’est pas par hasard que Timée, en ce lieu, souligne le caractère d’eikôs logos de l’exposé qu’il est en train de donner sur la structure mathématique imposée par le démiurge à la réalité corporelle139. En fait, c’est Timée lui-même qui, dans ce passage, raisonne sur les structures mathématiques les plus aptes à servir de moyen pour ordonner le matériau de la réalité corporelle140. Ce faisant, le philosophe de Locres141 ne manque pas de relever que, lui, n’est pas le dieu et que même les explications proprement mathématiques qu’il donne de l’œuvre du démiurge sont sujettes à caution du fait qu’on en pourrait peut-être fournir de meilleures142 ou tout simplement d’autres143. Ailleurs, il dit que la connaissance humaine est très restreinte et ne s’élève à celle qui est propre aux dieux – à celle de l’intellect – que rarement144 et que c’est à partir de la connaissance du nombre et du temps (qui est un mouvement selon le nombre145), tirée de l’observation des changements réguliers du ciel, que l’homme accède, par le biais de la recherche sur l’univers, à la philosophie146. C’est dire qu’on passe nécessairement par la connaissance des réalités mathématiques pour arriver à celle qui appartient à l’intellect divin. Mais peu de monde, à vrai dire, prend part à cette dernière147. Timée lui-même ne la réclame pour sa propre personne que dans une mesure assez restreinte, invoquant pour son exposé le concours de la divinité148. En effet, même une explication mathématique de la structure de la réalité corporelle qu’il avance n’atteint pas forcément la structure organisée effectivement par l’intellect divin. Son explication reste de l’ordre d’une tentative, qui pourra être remplacée, le cas échéant, par une meilleure. Impossible même de vouloir la vérifier par la voie d’une expérimentation  : ce serait, dit Timée149 au sujet de l’explication des couleurs, méconnaître la différence entre la nature humaine et la nature divine. Seule la dernière, en effet, a une capacité de connaissance et une force d’agir suffisantes (hikanôs epistamenos hama kai dunatos) pour «  mêler ce qui est multiple dans l’un et, à l’envers, en partant de l’un, résoudre celui-ci dans ce qui est multiple150 ». Voilà l’attitude de Timée envers son propre exposé sur la nature des éléments corporels. C’est que cet exposé ne décrit pas les arkhai plus hautes, que saisit le démiurge, mais des arkhai dérivées de celles-ci151, et que ce n’est pas l’intellect de la divinité mais la capacité à connaître restreinte de l’homme qui en traite. Comme le dit Timée lui-même à propos de son récit cosmogonique en le concluant  : il ne fait que renaître en discours (logois) cet univers qui, jadis, vint au jour en réalité (ergôi)152.

VII

43Qui est donc et que fait le démiurge dans le Timée  ? C’est un intellect divin qui pense et qui agit. Il a pour objets de pensée des formes intelligibles et le matériau sur lequel il agit est fourni par leurs images dans le réceptacle. Pour ordonner ce matériau, il produit d’abord, à mi-chemin entre ce qui est purement intelligible et ce qui est sensible, des entités mathématiques  : des nombres arithmétiques, des figures géométriques et des mouvements réguliers  ; en les organisant en un tout harmonique il crée l’âme. Ce n’est que par l’intermédiaire de l’âme, c’est-à-dire des caractères mathématiques propres à celle-ci, que l’intellect divin peut communiquer aux corps ce que, lui, contemple en tant que formes intelligibles. Il ne faut l’identifier ni avec le modèle intelligible ni avec l’âme du monde. Le raisonnement démiurgique dont parle Timée traduit la contemplation des formes intelligibles en production des caractères mathématiques qui constituent l’âme. Au moyen de ces caractères le démiurge façonne le devenir précosmique en le mathématisant, c’est-à-dire en le rendant, dans la mesure du possible, saisissable par la raison. Dans ce sens on peut dire que le démiurge façonne le devenir desordonné apparaissant dans le réceptacle en essayant de le saisir au moyen d’une capacité cognitive qui serait à la fois la sienne et applicable au devenir  : au moyen d’un logismos qui a pour objets des caractères mathématiques, «  intermédiaires » entre l’intelligible et le devenir. C’est ainsi que l’action du démiurge prend l’allure d’une délibération semblable à celle que l’on pratique en mathématiques.

44Ce caractère discursif de l’agir démiurgique – si répréhensible aux yeux de Plotin – ressort d’une manière encore plus prononcée dans l’exposé qu’en donne le savant mathématicien de Locres. En effet, Timée doit refaire, par des forces cognitives incomparablement plus restreintes que celles du démiurge et, de ce fait, tâtonnantes, l’œuvre du divin artisan, comme s’il était lui-même le démiurge dont la tâche est de rendre le devenir accessible à la raison.

Cette étude est issue d’une conférence prononcée à l’Université de Paris-X Nanterre dans le cadre du séminaire «  Motivation et action de l’âme selon Platon et ses héritiers », organisé par Luc Brisson et Jean-François Pradeau, pendant la séance consacrée au thème «  Artisanat humain, artisanat divin  : délibération et action démiurgiques ». Je tiens à remercier les organisateurs de ce séminaire pour leur invitation ainsi qu’Alexandra Michalewski qui a contribué à la même séance et qui avait la gentillesse de relire et de corriger la version finale de cette étude. Mes remerciements vont aussi aux participants de ce séminaire pour leurs questions stimulantes ainsi qu’au rapporteur anonyme des Études platoniciennes pour ses remarques judicieuses. La rédaction de cette étude a été effectuée dans le cadre du programme de recherche N° MSM6198959202 du Ministère de l’Éducation de la République tchèque.

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Notes

1 Cf. Plotin, Enn. II, 9 [33], 8, 20-21  : ek dianoias kai epikheirêseôs. Voir toute la suite des traités 30-33.

2 Platon, Timée 28c3-4  : poiêtên kai patera toude tou pantos.

3 Cf. Platon, Timée 34a8-b3.

4 L. Brisson, Le Même et l’Autre dans la structure ontologique du Timée, 2e édition, Sankt Augustin 1994, pp. 35-50. Brisson relève encore d’autres activités artisanales  : poterie, modelage de la cire, tressage  ; celles-ci, cependant, ne sont associées par Timée qu’à l’activité des dieux mineurs, fils du démiurge le père, qui s’appellent, eux aussi, dêmiourgoi (sur leur identité et leur rôle voir F. Karfik, Die Beseelung des Kosmos, München – Leipzig 2004, p. 104-117).

5 Cf. Platon, Cratyle 389a-c.

6 Cf. Platon, Gorgias 503d-504a.

7 Cf. Platon, République, 596a-b.

8 Cf. Platon, Phédon 100b5.

9 Cf. Platon, Cratyle 389a-390e.

10 Cf. Platon, Gorgias 503a-508b.

11 Cf. Platon, République, X, 596a-597d.

12 Sur les problèmes d’interprétation que présente ce passage voir H. Cherniss, On Plato’s Republic X 597 B, dans American Journal of Philology 53, 1932, pp. 233-242, repris dans id.Selected Papers, Leiden 1977, pp. 271-280  ; L. Brisson, Le Même et l’Autre, p. 157-158. Pour une autre lecture de ce passage cf. G. Reale, Per una nuova interpretazione di Platone, 5e édition, Milan 1987, p. 439-453 et 466-468. Reale propose une interprétation systématique de ce passage dans laquelle le divin démiurge fabriquant des réalités naturelles et le divin planteur produisant les formes intelligibles des choses artificielles sont une seule et même entité, les formes intelligibles des choses artificielles n’étant cependant que des réalités intermédiaires du même type que l’âme et les objets mathématiques proprement dits (sur ce statut des Idées des choses artificielles cf. K. Gaiser, Platons ungeschriebene Lehre, Stuttgart 1963, p. 26 et 104-106). Voir sur ce passage plus récemment aussi L. Brisson, Le divin planteur (phutourgós), dans Kairos 19, 2002, p. 31-48  ; S. Rosen, La production platonicienne, Paris 2005, p. 25-49  ; J. Opsomer, Drittes Bett. Artefakt-Ideen und die Problematik, die Ideenlehre zu veranschaulichen, dans D. Fonfara (éd.), Metaphysik als Wissenschaft. Festschrift für Klaus Düsing zum 65. Geburtstag, München 2006, p. 73-88.

13 Cf. Platon, Charmide, 173a7-174c3  ; Euthydème, 278e3-281e5  ; Gorgias, 500a7-501c6  ; Phédon, 97c6-d5  ; République, livres VI et VII.

14 Cf. Platon, République, VI 504a-525c.

15 Cf. Platon, République, VI 508c1, 551d4.

16 Cf. Platon, République, VI 511b3-c2 et 534b8-d1.

17 Cf. Platon, Phédon, 97c-99c.

18 Cf. Platon, Phédon, 99a7-b1.

19 Cf. Platon, Phédon, 99c1-6. Sur le sens du terme deon voir M. Dixsaut dans Platon, Phédon, Traduction nouvelle, introduction et notes, Flammarion, Paris 1991, p. 370 sq. note 275.

20 Cf. Platon, par exemple Timée 30a1. Pour une interprétation systématique de la figure du dieu en tant que nous chez Platon cf. S. Mann, Plato on God as Nous, Carbondale – Edwardswille 1995.

21 Platon, Timée, 28a1 et 28a6-7. Cf. 39e7-9.

22 Cf. Platon, Timée, 28a5, 28c2, 29a6, 29d6.

23 Cf. Platon, Timée, 30a3-5, 35a1-6, 53b1-5, 68e1-6, 69b2-c3.

24 Cf. Platon, Timée, 28a6-b2, 29a2-3, 29e1-3, 30a6-7.

25 Cf. Platon, Timée, 29e3, 30d1-31a1, 41a7-b6.

26 Cf. Platon, République, 511d7-e2.

27 Cf. Platon, Timée, 39e7.

28 Cf. Platon, Timée, 34b10-35a1.

29 Cf. Platon, Timée, 30b1-3  ; cf. Philèbe, 30c9-10.

30 Cf. H. Cherniss, Aristotle’s Criticism of Plato and the Academy, John Hopkins Press 1944, p. 607  ; A.-J. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, vol. II  : Le Dieu cosmique, Paris 1949, pp. 104-105  ; L. Tarán, The Creation Myth in Plato’s Timaeus, dans P. J. Anton et G. L. Kustas (éds.), Essays in Ancient Greek Philosophy, Albany 19722, p. 376, note 34, repris dans L. Tarán, Collected Papers, Leiden – Boston – Köln 2001, p. 310, note 34.

31 Cf. E. Zeller, Die Philosophie der Griechen in ihrer geschichtlichen Entwicklung, II,1, 5e édition, Leipzig 1922, p. 714-715 avec la note 1 sur la p. 715  ; R. Hackforth, Plato’s Theism, dans Classical Quarterly 30, 1936, p. 4-9, repris dans R. E. Allen, Studies in Plato’s Metaphysics, London 1965, p. 439-447  ; L. Brisson, Le Même et l’Autre, p. 83-84  ; J. Mansfeld, le compte rendu du livre de W. Scheffel, Aspekte der platonischen Kosmologie, dans Menemosyne 35, 1982, p. 170  ; S. Menn, Plato on God as nous, Carbondale – Edwardsville 1995, pp.  19-20  ; F. Karfik, Die Beseelung des Kosmos, p. 199-200, note 79.

32 Cf. Platon, Timée, 36e6-37a2.

33 Cf. F. Karfik, Die Beseelung des Kosmos, p. 120-122.

34 Cf. Platon, Timée, 36e6-37a2 avec 27d5-27a1.

35 Cf. Platon, Timée, 34b10-35a1, 36e4-37a2, 41a7-b6. Voir là-dessus T. K. Johansen, Plato’s Natural Philosophy, Cambridge 2004, p. 79-81.

36 Cf. Platon, Timée, 30c2-31b3 et 39e6-9.

37 Cf. Proclus, In Tim., II, 294,9-16.

38 Cf. Platon, République, 506e-509b.

39 Cf. Platon, République, 597d.

40 Voir supra les notes 24-25.

41 Cf. Platon, Timée, 29a5-6.

42 Sur les interprétations anciennes cf. L. Brisson, Le Même et l’Autre, p. 55-71  ; H. Dörrie † – M. Baltes, Der Platonismus in der Antike, vol. 5, Stuttgart – Bad Cannstatt 1998, p. 312 sqq. Sur l’interprétation du Timée dans l’ancienne Académie voir plus récemment J. Dillon, The Timaeus in the Old Academy, dans G. J. Reydams-Schils, Plato’s Timaeus as Cultural Icon, Notre Dame, Indiana 2003, p. 80-94.

43 Cf. H. Cherniss, A.-J. Festugière, L. Tarán cités dans la note 30 supra.

44 Cf. J. Halfwassen, Der Demiurg : seine Stellung in der Philosophie Platons und seine Deutung im antiken Platonismus, dans A. B. Neschke-Hentschke (éd.), Le Timée de Platon. Contribution à l’histoire de sa réception, Louvain – Paris 2000, p. 51-54  ; pour la même position avec moins d’apparat cf. K. Gaiser, Platons ungeschriebene Lehre, p. 193-195.

45 Cf. E. Zeller, Die Philosophie der Griechen, II,1, p. 694-695 et 707-718  ; U. von Wilamowitz-Moellendorff, Platon, vol. I, Berlin 1919, p. 582 et 597-598  ; récemment J. Seifert, The Idea of the Good as the sum-total of pure perfections. A new personalistic reading of Republic VI and VII, dans G. Reale – S. Scolnicov, New Images of Plato, Sankt Augustin 2002, p. 413-418. Contre cette identification cf. notamment G. Reale, Per una nuova interpretazione, p. 464-465, et id.The One-Good as the load-bearing concept in Plato’s protology, dans G. Reale – S. Scolnicov, New Images of Plato, p. 44-45.

46 Cf. A. Diès, Autour de Platon, 2e édition, Paris 1972, p. 548-555.

47 Cf. Platon, Timée, 34b10-35a1, 36d7-e1, 37c6-d1, 39e3-7, 41d4, 42e5-6.

48 Cf. Platon, Timée, 37d5-7, 38b6.

49 Pour une tentative de l’expliquer par le caractère récursif de l’action ordonnatrice du démiurge cf. T. K. Johansen, Plato’s Natural Philosophy, p. 87-91.

50 Voir sur ces questions M. Baltes, Γέγονενpassim. Sur les positions des interprètes anciens voir id.Die Weltentstehung des platonischen Timaios nach den antiken Interpreten, vol. I-II, Leiden 1976-1978.

51 Cf. Platon, Timée, 27c6, 28a6-7.

52 Cf. Platon, Timée, 28c6-29a1. Cf. aussi 48e5-6.

53 Cf. Platon, Timée, 28a1-2.

54 Cf. Platon, Timée, 30d1-2.

55 Cf. Platon, Timéee, 30c7-8 et 39e4-5. Cf. aussi 52a4.

56 Cf. Platon, Timée, 30c6.

57 Cf. Platon, Timée, 31b1.

58 Cf. Platon, Timée, 37d1.

59 Cf. Platon, Timée, 39e8  : enousai ideai tôi ho estin zôion. Cf. aussi 52a1  : to kata tauta ekhon eidos.

60 Cf. Platon, Timée, 35a1-5.

61 Cf. Platon, Timée, 51b6-c5 et dans toute la section 48e2-52d1.

62 Cf. Platon, Timée, 30a3-5.

63 Cf. Platon, Timée, 69b2-c3.

64 Ibid.

65 Cf. Platon, Timée, 48b3-5.

66 Cf. Platon, Timée, 27d5 sqq.

67 Cf. Platon, Timée, 49a3-b7.

68 Cf. Platon, Timée, 50d5-51a1, 51a7, 52b1-2.

69 Cf. Platon, Timée, 48b3-5 et 52d3-4.

70 Cf. Platon, Timée, 27c1-d3.

71 Cf. Platon, Timée, 48d4-6  : theon … sôtêra ex atopou kai aêthous diêgêseôs.

72 Cf. Platon, Timée, 53b2-4.

73 Il est vrai que le rappel du caractère «  insolite » du discours (aêthês logos) revient en 53c1 annonçant, cette fois-ci, la description, en termes mathématiques, de la constitution des quatre éléments. Je pense néanmoins que les mots ex atopou kai aêthous diêgêseôs en 48d5-6 visent l’exposé concernant le réceptacle et le devenir précosmique qui a lieu en lui.

74 Cf. Platon, Timée, 53b4-8. Cf. aussi 69b3-c1.

75 Cf. Platon, Timée, 50c7-d4.

76 Cf. Platon, Timée, 28c3-4.

77 Cf. Platon, Timée, 50d2  : kai dê kai proseikasai prepei k.t.l.

78 Cf. Platon, Timée, 41a7-b6. Cf. aussi 41c2-3 et 43a2.

79 Cf. Platon, Timée, 50c2-6  ; 51a1-2.

80 Cf. Platon, Timée, 53a8  ; 49d7 et 50c2-4.

81 Cf. Platon, Timée, 51b4-6, 52a4-7.

82 Cf. Platon, Timée, 52d4-e1.

83 Cf. Platon, Timée, 53b1-2.

84 Cf. Platon, Timée, 41a7-b6 et 42e6-7. Sur l’identité de ces «  enfants », les «  jeunes dieux » (42d6) – il s’agit des dieux cosmiques, surtout des planètes qui sont, à leur tour, des fabricants des êtres mortels – voir F. Karfik, Die Beseelung des Kosmos, p. 104-117.

85 Voir aussi les arguments de T. K. Johansen, Plato’s Natural Philosophy, p. 81-83, qui vont dans la même direction.

86 Cf. Platon, Timée, 50c3-4.

87 Cf. Platon, Timée, 52d4-53b4.

88 Cf. Platon, Timée, 50c1-7, 51b4-6, 52d4-53e4.

89 Cf. Platon, Timée, 53b1-6.

90 Cf. Platon, Timée, 69b5-c1.

91 C’est-à-dire la section 47e3-68a7.

92 Cf. Platon, Timée, 30a3-5.

93 Cf. Platon, Timée, 30a5, 53b8, 69c1  ; cf. Gorgias, 503e-504a.

94 Cf. Platon, Timée, 53a8.

95 Cf. Platon, Timée, 69b5.

96 Cf. Platon, Timée, 53b5.

97 La suite de l’exposé de Timée, à partir de 53c4, montre que par les eidê il faut bien entendre des figures géométriques.

98 Je tiens pour erronée la thèse soutenue jadis par L. Robin (Etudes sur la signification et la place de la physique dans la philosophie de Platon, Paris 1919, repris dans id.La pensée hellénique des origines à Epicure, 2e édition, Paris 1967, p. 243-244 et 271-272) et plus tard par H.-G. Gadamer (Idee und Wirklichkeit in Platons ‹Timaios›, Heidelberg 1974 [Sitz. Ber. Heidelb. Ak., phil.-hist. Kl. 1974, 2] repris dans id.Gesammelte Werke, vol. 6 [Griechische Philosophie II], Tübingen 1985, p. 257-267) que la formation de la structure mathématique des quatre éléments se passe sans l’intervention du démiurge et se trouve être l’œuvre de la seule anagkê. Il suffit de renvoyer à 53b et 69a-c pour la réfuter  ; voir là-dessus plus en détail F. Karfik, Die Beseelung des Kosmos, p. 158 sq., note 13.

99 Cf. Platon, Timée, 30b4-32b8.

100 Cf. Platon, Timée, 32b8-c4.

101 Cf. Platon, Timée, 69b8-c3.

102 Cf. Platon, Timée, 68e4-5. Cf. 69c1  : ek toutôn.

103 Cf. Platon, Timée, 68e6-7.

104 Cf. Platon, Timée, 46d8 et 68e6.

105 Cf. Platon, Timée, 68c7.

106 Cf. Platon, Timée, 46e4.

107 Cf. Platon, Timée, 47e3-48a7.

108 Cf. Platon, Timée, 42e8-43a4.

109 Cf. Platon, Timée, 35a1-7.

110 C’est vrai que les corpuscules élémentaires eux-mêmes sont invisibles en raison de leur extrême petitesse  ; cependant leur masses sont visibles, cf. Timée 55c1-3. Or, l’âme du monde dont l’extension égale celle du corps du monde tout entier (34b3-4) est sans doute suffisamment grande pour que les masses de corpuscules élémentaires, si elles entraient dans sa constitution, la rendent visible  ; mais Timée nous dit expressément qu’elle est une réalité invisible (36e6).

111 Pour un résumé des arguments à l’appui de cette interprétation cf. H. Cherniss, Aristotle’s Criticism of Plato, p. 409, note 337  ; voir aussi M. von Perger, Die Allseele in Platons Timaios, Stuttgart – Leipzig 1997, p. 93-94 et 146-148.

112 Cf. Platon, Timée, 35a6-b3.

113 Cf. Platon, Timée, 35b4-36b6.

114 Cf. Platon, Timée, 36b6-c2.

115 Cf. Platon, Timée, 36c2-d7.

116 Cf. Platon, Timée, 36e4-5.

117 Cf. Platon, Timée, 53b5.

118 Cf. Platon, Timée, 35b4-36b5.

119 Cf. Platon, Timée, 41d6.

120 Cf. Platon, Timée, 36b5-d7.

121 Cf. Platon, Timée, 56c2-3.

122 Cf. Platon, République, 510d1-511a1  ; cf. aussi République, 525d5-526a7  ; Philèbe 56c10-e6.

123 Cf. Aristote, notamment Métaphysique, I, 6, 987b14-18. Voir là-dessus en détail L. Robin, La théorie platonicienne des Idées et des Nombres d’après Aristote, Paris 1908, p. 203-266  ; J. Annas, On the “Intermediates”, dans Archiv für Geschichte der Philosophie, 57, 1975, p. 146-166.

124 Outre la discussion classique sur ce sujet qui opposait H. Cherniss (Riddle of the Early Academy, p. 75-78) et D. Ross (Plato’s Theory, pp. 56-67 et 177-178), ou L. Brisson (Le Même et l’Autre, pp. 134-135 et 325) et K. Gaiser (Platons ungeschriebene Lehre, p. 91-95 avec les notes 69-72 sur les p. 356-358), je renvoie, pour ne donner que deux exemples plus récents de ce vaste débat, aux contributions de M. F. Burnyeat (Platonism and Mathematics. A Prelude to Discussion, dans A. Graeser [éd.], Mathematics and Metaphysics in Aristotle, Bern – Stuttgart 1987, p. 213-240) qui défend le bien-fondé de l’idée des substances mathématiques intermédiaires chez Platon et de P. Pritchard (Plato’s Philosophy of Mathematics, Sankt Augustin, Academia, 1995) qui le nie.

125 Voir supra la note 123. Cf. là-dessus J. Annas, On the “Intermediates”, pp. 146-156, et M. F. Burnyeat, Platonism and Mathematics, p. 229-232.

126 Cf. Platon, République, 596a5-7, et Phédon, 104d5-7 et passim dans tout le passage 101b6-105c7 pour les nombres en général. Voir là-dessus J. Cook Wilson, On the Platonist Doctrine of the ΑΣΥΜΒΛΗΤΟΙ ΑΡΙΘΜΟΙ, dans The Classical Review, no 160, 1904, vol. 18, p. 249-253   ; L. Robin, Platon, Paris 1953, nouvelle édition 1968, p. 104-105  ; H. Cherniss, Aristotle’s Criticism of Plato, p. 513-524  ; id., The Riddle, Berkeley – Los Angeles 1945, réimpression New York – London, 1980, p. 33-37  ; D. Ross, Plato’s Theory of Ideas, p. 178 et 180-181.

127 Cf. Platon, Timée, 53b5.

128 Cf. L. Robin, La théorie…, p. 585-595.

129 Cf. K. Gaiser, Platons ungeschriebene Lehre, p. 115-125.

130 Cf. E. Zeller, Die Philosophie der Griechen, II,1, p. 680-686.

131 Cf. H. Cherniss, The Riddle, p. 33-34.

132 Cf. M. Isnardi Parente, ΤΑ ΜΕΤΑ ΤΑΣ ΙΔΕΑΣ : Figures idéales ou premières figures  ?, dans A. Graeser (éd.), Mathemetics and Metaphysics in Aristotle, pp. 261-280, qui argumente contre l’interprétation attribuant à Xenocrate, et à plus forte raison à Platon, une théorie des figures idéales.

133 Pour une analyse mathématique de ce découpage voir L. Brisson, Le Même et l’Autre, p. 314-323  ; id., dans Platon, Timée / Critias, Paris 1992, p. 284-287  ; id.La misura nel Timeo di Platone, dans Atti dell’Academia di Scienze Morali e Politiche, vol. 105, 1994, p. 225-230. Voir aussi M. von Perger, Die Allseele, p. 101-112.

134 Cf. Platon, Timée, 34b10-35a1.

135 Cf. par exemple L. Brisson, Le Même et l’Autre, p. 325.

136 Voir là-dessus plus en détail F. Karfik, Die Beseelung des Kosmos, p. 149-220.

137 Cf. Platon, République, 528d5-530c1, surtout 529d1-5  ; cf. aussi Aristote, Métaphysique, B, 2, 997b34-998a6.

138 Th. H. Martin (Etudes sur le Timée, Paris 1841, t. II, p. 234-235) voyait dans ces principes plus hauts les nombres  ; F. M. Cornford (Plato’s Cosmology, p. 212) les lignes et les nombres mathématiques  ; L. Robin d’abord (La place de la physique, pp. 275-277) les principes idéaux des figures géométriques, à savoir les trois grandeurs idéales – ligne, surface, solide – qui dérivent, moyennant les nombres idéaux, de l’action de l’un sur la dyade de l’infini, plus tard (Les rapports de l’être et de la connaissance d’après Platon, Paris 1957, p. 72) ces mêmes principes et la matière indéterminée. H. J. Krämer (Arete bei Platon und Aristoteles, Heidelberg 1959, p. 248, la note 10) et K. Gaiser (Platons ungeschriebene Lehre, p. 148-163) ont mis les arkhai plus hautes du Timée en relation avec la doctrine des lignes indivisibles  ; pour H. Happ (Hyle, Berlin – New York 1971, p. 117-119) et G. Reale (Per une nuova interpretazione, p. 570-571), c’est en passant soit par les lignes indivisibles soit par les points sans dimension que l’on remonte aux nombres idéaux et, en fin de compte, à l’un en tant que principe déterminant le plus haut.

139 Cf. Platon, Timée, 53d5-6.

140 Cf. l’usage de la première personne du pluriel en 53d5 sqq.

141 Cf. Platon, Timée, 20a1-5.

142 Cf. Platon, Timée, 54a4-5.

143 Cf. Platon, Timée, 55d4-6.

144 Cf. Platon, Timée, 51e5-6  ; à quoi cf. 44a7-c4.

145 Cf. Platon, Timée, 37d6-7  ; 38a7-8.

146 Cf. Platon, Timée, 47a1-c4  ; 90b6-d7.

147 Outre le passage cité supra dans la note 144 cf. aussi 39c6.

148 Cf. Platon, Timée, 27c1-d4  ; 48d4-e1  ; Critias, 106a1-b7.

149 Cf. Platon, Timée, 68d1-7.

150 Cette mention de la capacité du démiurge d’opérer un mélange entre hen et polla rappelle inévitablement le passage du Philèbe 23c1-31a4 qui, en établissant dans la réalité de l’univers quatre genres, à savoir l’illimité, la limite, le mixte et la cause productrice de ce mixte à partir de la limite et de l’illimité, identifie cette cause avec un nous démiurgique.

151 Sur le statut relatif des arkhai cf. aussi le passage 48b6-c2 auquel les lignes 53d4-7 semblent faire écho.

152 Cf. Platon, Critias, 106a3-4.

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Pour citer cet article

Référence papier

Filip Karfík, « Que fait et qui est le démiurge dans le Timée  ? », Études platoniciennes, 4 | 2007, 129-150.

Référence électronique

Filip Karfík, « Que fait et qui est le démiurge dans le Timée  ? », Études platoniciennes [En ligne], 4 | 2007, mis en ligne le 01 septembre 2016, consulté le 23 novembre 2021. URL : http://journals.openedition.org/etudesplatoniciennes/907 ; DOI : https://doi.org/10.4000/etudesplatoniciennes.907

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Jacques Halbronn Le préfixe « sur » au regard de la théologie: de la Surnature au Surdieu.

Posté par nofim le 23 novembre 2021

Jacques Halbronn    Le préfixe « sur » au regard de la théologie:  de la Surnature  au Surdieu.

 

 

  Certes, le préfixe ou la préposition  « sur » indiquent-ils ce qui est « au dessus » mais ce terme recouvre un champ fort large comme dans surexploiter, surréagir (overreact), au sens d’exagèration, de dépasser les bornes. Mais ce qui nous intéresse ici renvoie d’abord à ce qui vient ‘après », au « meta » grec, au post latin. Et dans le champ théologique, la question de ce qui succéde, de ce qui va « au delà » (beyond) mérite toute notre attention comme dans le cas de Surnature ou de « métalangage. 

La philosophie quand elle se combine avec la théologie conduit parfois à des impasses en ce qu’elle a du mal à penser ce qui vient s’ajouter, l’addition. C’est ainsi que la théologie a pu faire appel à la philosophie et notamment, au moyen Age, à Aristote, ce qui, nous le craignons, l’aura dénaturée, dévoyée. Quand le philosophe « pense » l’idée de Dieu, il risque fort d’aboutir à une sorte d’absolu tant dans le temps que dans l’espace et en ce sens, la philosophie ne fait pas bon ménage avec l’Histoire èlaquelle assume pleinement les accidents, les intrusions, les subversions.

Dès lors,  Dieu se voit réduit à un principe, dans tous les sens du terme, à ce qui est « premier », au « premier mobile » et le théologien ainsi embarqué risque fort d’imposer une lecture aristotélicienne, thomiste, de la Bible et notamment du début du Livre de la Genése, en son premier verset. On débouche ainsi sur un dieu, maitre de l’Univers, ce que l’on retrouve dans une théologie judaïque: le « Melekh haOlam », que nous préferons, pour notre part, traduire par « roi de notre monde » car nous sommes en faveur d’une théologie à taille humaine; d’un dieu se chargeant de notre Humanité, ce qui est incompatible avec une énergie universelle et quelque part aveugle, sauvage.

Face à un tel discours universalisant,  la meilleure parade est celle de l’humilité. Le dieu qui nous intéresse n’est pas ce dieu « premier » mais un dieu qui en dérive, qui serait intervenu par la suite, après; dans un second temps et notre Humanité doit justement cesser de croire que le dieu premier s’intéresse à elle, ce serait là péché d’orgueil.. On pourrait parler d’une théologie « plus », du « en sus », ce que l’on retrouve au chapitre II de la Genése  avec le septiéme jour et la création de la femme en aide (ezer kenegdo) à l’homme, ce « plus » est symbolisé par le Shabbat, le « jour en plus », le Shabbat, et par la planéte Saturne, l’astre en plus, dont le nom hébraique est Shabtay.  On notera qu’en anglais, la forme »on » correspond au « sur » ou au « sus » du français en ce qu’elle en adopte la double signification:  ce qui est au dessus et ce qui va au delà. Go on signifie continuer comme en français, surlendemain signifie ce qui vient après le lendemain comme survivre, vivre après et non « par dessus ». La forme « en sus » renvoie bien à cette idée d’addition et l’on peut se demander si « on » ne vient pas de « en sus ».  On notera la forme « survivre » qui signifie bien vivre au delà, et que l’on retrouve dans « ‘survival. Le « on » anglais ne se comprend qu’en tant que calque du français, à l’instar des formes « some » et « all » qui peuvent s’entendre différemment selon qu’on les traite au singulier ou au pluriel, en ce que cela correspond respectivement à quelque et à tout en français. Ainsi, on dira à tout prix et tous les prix,  et en anglais at all time et all the times tout comme on dira: some day et some boys.

 

 

JHB  24. 11 21

 

 

 

 

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Jacques Halbronn Théologie: distinguer entre le « monde » et l’ »univers ».

Posté par nofim le 21 novembre 2021

Jacques  Halbronn     Théologie: distinguer entre  le « monde »  et l’ »univers ».   

 

 

Il  importe, selon nous, de relier le mot « monde » à une certaine théologie et le mot « univers » à une autre, sous peine de générer bien des confusions.  En hébreu, ‘Olam » signifie ‘monde mais il est souvent traduit, notamment dans la liturgie judaique par « univers », ce qui nous semble anachronique si on entend ce terme au prisme de note connaissance actuelle du « cosmos ». 

Le terme « monde » nous semble plus raisonnable. Nous l’avions employé en 1985 : Le monde juif  et l’astrologie (Ed Arché, Milan). Ce terme peut aussi bien décrire un systéme fermé que renvoyer à la totalité du connu et de l’inconnu, ce que recouvre peu ou prou le mot « univers ». 

Or, il semble que la plupart des discours théologiques utilisent ces deux termes indifféremment, ce qui est tout à fait regrettable, à nos yeux. Pour nous, le monde renvoie à un ensemble  relativement limité et circonscrit. Nous pensons que c’est dans ce sens qu’il convient de comprendre le premier verset du Pentateuque (Torah)

Genése  I

א בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ.  1 Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.

 

IL  conviendrait,  pour bien faire, dire  « notre  ciel »  et « notre terre » plutôt que d’utiliser l’article défini et d’ailleurs ne parlait-on pas, avec Fontenelle, de « la pluralité des mondes ». Il nous semble bien plus raisonnable de considérer une « création » ayant une finalité dans le  temps et dans l’espace qu’une création qui reléverait de l’in-fini.

Cette « création » de notre monde implique une épistémologie distincte  de celle d’une cosmologie s’attachant à l’universel. Pour nous, le « dieu » qui nous intéresse est celui qui s’est occupé de « notre » monde, à l’instar d’un sculpteur oeuvrant à partir d’une matière première qui sera transfigurée. On évitera donc la surenchère visant à faire de « notre » dieu, le dieu de l’univers « tout entier » comme on l’entend si souvent de nos jours, dans la sphère « monothéiste », toutes obédiences confondues.

Ce dieu, architecte non pas de l’Univers -comme disent les francs maçons- mais de notre « monde », n’est en effet point réductible ni à une problématique d’un  « premier mobile » voire d’un big bang  ni aux diverses constructions humaines telles que les lois que nous édictons, que les monuments que nous édifions. Nous avons proposé de qualifier ce « monde » de ‘Surnature » car il s’agit d’un complément, d’un prolongement, d’un arrangement de la « Nature » et assimiler notre monde à l’univers, c’est nier l’apport du créateur de notre monde, c’est à dire de notre ciel et de notre terre. 

Le fait ,dans le premier verset du Pentateuque, de traiter de ce binome  Ciel-Terre, renvoie à l’astrologie, laquelle associe la Terre à un certain Ciel chargé d’organiser, de régir notre Temps. Vouloir parler d’un dieu de l’univers  s’occupant de notre Terre nous semble bien disproportionné alors que cela fait sens à une plus petite échelle. Nous sommes pour une astrologie à taille humaine et notamment avec des cycles planétaires pouvant s’inscrire dans une vie humaine, comme c’est le cas de Saturne si l’on découpe son cycle en segments de 15 ans. Au delà de Saturne, et cela vaut déjà pour Uranus, l’on n’est pas en mesure de baliser valablement une vie humaine.

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jacques Halbronn La SN (Surnature) et les Lois de la République

Posté par nofim le 6 novembre 2021

La SN (Surnature) et les Lois de la République

 

par  Jacques Halbronn

 

Dans le débat actuel autour des Lois de la République face à une religion comme l’Islam, il importe de distinguer ce qui est fait par les hommes et ce qui est fait pour les hommes.  Dans un cas, on est dans l’immanence, dans l’autre, dans la transcendance.

Force  est de constater que les sujets  qui sont  censurés  ou rejetés dans nos sociétés relévent  bel et bien du champ de la SurNature: race, sexe, astrologie, Dieu, astrologie, Juifs, génie etc. Cela ne serait pas validé par la Science et ce ne serait pas  une création faite par l’Homme, non plus. Or, entre ces deux instances se place la Question de la Surnature laquelle ne saurait se réduire à aucune de celles-ci. 

En 1966-67, nous abordions à peu près simultanément – à Paris  et à Jérusalem – d’une part le Droit, les institutions, les constitutions et de l’autre, l’astrologie et le judaisme avec notamment l’apprentissage de l’hébreu et un assez long séjour en Israël, au lendemain de la Guerre dite des Six Jours. 

La Notion de Surnature nous conduit à faire le tri en ce qui est le fait de notre Humanité  et ce qui lui a été révélé et instauré.  On retrouve cette dialectique dans la prophétie de Jérémie (Chapitre XXXI, 31) autour de la question de la « Nouvelle Alliance » avec le passage d’une première alliance vers une seconde, cette dernière s’imposant à l’esprit des Juifs de façon infuse sans passer par un quelconque apprentissage externe.  Spinoza est en porte à faux par rapport à l’idée de Surnature quand il associe « Dieu » à la ‘Nature » (Deus sive Natura) et l’on conçoit qu’il ait pu être excommunié à Amsterdam par le monde juif local. En effet, le dieu des Juifs ne saurait être assimilé à la Nature car il est  ‘Surnature » pas plus qu’il ne saurait être assimilé à un humain, aussi génial serait-il, comme Jésus.

Pour mieux  comprendre ce que nous entendons par Surnature, on insistera tout d’abord sur le fait qu’il s’agit en quelque sorte d’une Nature reformatée, repensée, retravaillée, non réductible, donc, à ce qui se trouve dans la Nature, même s’il y a ressemblance et de là le risque de confusion. Dans le cas du systéme solaire, il est certes tentant  de l’intégrer dans le champ de la Nature et les astrologues eux mêmes le font volontiers. Mais pour nous, l’agencement des planétes, leur durée de révolution ne serait pas de l’ordre de la Nature et cela tient notamment à l’articulation numérique et analogique. Est il ‘ »naturel » que Jupiter ait une révolution de 12 années  terrestres (de 365 jours terrestres) et que la lune rencontre le Soleil 12 fois en une année terrestre( ou solaire selon le point de vue d’où l’on se place)?

Est-il « naturel » que Saturne soit la septiéme planéte  (on parle du septénaire) et que sa révolution soit 7 x 4, 4 étant le nombre des saisons terrestres? Que dire d’Uranus dont la révolution est de 84 années terrestres, soit 12×7?

Mais revenons à la question posée en exergue à propos des « lois de la République »? Que penser de ces « lois » que les sociétés se donnent à elles-mêmes  et qu’elles sont en mesure de changer à loisir? Nous avons montré, en divers travaux (notamment sur nos vidéos de notre chaine Téléprovidence Subconscience) que les calendriers électoraux, la ficxation de la durée des mandats ne saurait coincider, sinon de façon exceptionnelle , avec le cycle saturnien de périodes de 7 ans, ce qui ne pouvait que générer des dysfonctionne -

-ments, des crises. D’où la nécessité d’un alignement des « lois de la République » – et non l’inverse, à l’évidence- sur les lois établies par la Surnature, c’est à dire par « Dieu », non pas au sens de Spinoza mais à une entité s’étant donné pour mission de s’occuper du sort de notre monde/ (cf le film de science-fiction les Eternels) Il y a la Nature; il y a l’Homme et il y a « Dieu » qui correspond à la Surnature. Et selon nous, les Juifs ont vocation à témoigner de la présence de cette Surnature et ils trahissent leur mission, leur fonction, en assimilant, comme ils le font trop souvent, ce « Dieu » de la Surnature au « Dieu » de la Nature, au dieu de l’Univers, tout comme ils ont le devoir de ne pas qualifier de « divin » ce qui est le fait de notre Humanité.

 

JHB   10 11 21

 

 

 

 

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jacques Halbronn La cyclicité comme alternance entre le haut et le bas de l’échelle .Le phoenix

Posté par nofim le 28 octobre 2021

jacques  Halbronn La cyclicité comme alternance entre le haut et le bas de l’échelle. Le phoenix.

 

 

Les hommes se répartissent en deux catégories, les équinoxiaux et les solsticiaux et il est important de savoir qui est qui car la cyclologie ne jouera pas de la même manière  pour les uns et pour les autres. Chaque groupe aura sa chance  car la roue  tourne. En fait, il suffit d’attendre pour que tout bascule. Encore faut-il disposer de la bonne grille, ce qu’offre notre astrologie EQSOLS.

Il faudra, à l’avenir, plaindre une société qui ne dispose pas de l’outil approprier pour s’organiser adéquatement et nous prophétisons un monde où d’un côté, on aura des sociétés qui y auront recours et de l’autre des sociétés qui croiront pouvoir s’en passer, Un tel clivage remplacera celui qui exista tout au long du siècle dernier entre pays socialistes et pays capitalistes. Enjeu qui est aussi d’ »ordre scientifique  mais aussi théologique.

Pour  nous, la question juive deviendra incontournable en ce qu’elle est en quelque sorte le moteur de notre astrologie  EQSOLS. En effet, les juifs sont l’enjeu par excellence de toute cyclologie selon que les périodes favorisent leur présence ou leur absence et il importe évidemment que les Juifs eux memes en prennent conscience et « jouent le jeu » en sachant qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre, qu’il faut accepter la médaille et son revers. Cela dit, une fois que le cycle en question aura été bien compris, l’on peut en optimaliser le processus et notamment les transitions entre une phase et une autre, en connaissance de cause. Le hic, c’est qu’actuellement, tant les juifs que les astrologues apparaissent comme des sujets mineurs, marginaux et il s’agit donc de leur conférer l’importance qu’ils méritent pour le monde de demain sachant que nu le monde juif, ni celui des astrologues d’aujourd’hui ne sont prêts à se repenser, à se reconfigurer tant et si bien que ce n’est peut être pas à eux qu’il convient de s’adresser pour mener à bien une telle entreprise.

On retrouve là le syndrome du rejet du trinitaire. Tout ce qui n’entre pas dans le binaire est refoulé.  On croit ou on ne croit pas en « Dieu ». Pas de demi-mesure! Un savoir est le fait de la Nature ou de l’Homme; Un dieu est universel ou il n’est pas; autant de postulats!

Il y a  un domaine particulièrement sensible à la cyclologie, c’est le juridique qui entend imposer à la réalité le pouvoir des humains, comme cela s’observe singulièrement dans la fixation des constitutions, des calendriers électoraux lesquels sont pourtant élaborés avec le plus grand arbitraire,  notamment en ce qui concerne  la fixation du début et de la durée des mandats. En ce sens, notre astrologie aurait tout à fait sa place au sein de la science politique, au regard du droit constitutionnel.

Pour bien nous faire comprendre, nous dirons que notre cyclologie n’est pas « naturelle » mais plus proche du monde  artificiel de la Technique. D’une seconde à l’autre, par le biais d’un interrupteur,  tout peut changer. En ce sens, nous serions depuis longtemps marqués par le transhumanisme et c’est en cela que l’astrologie est un »objet » du troisiéme type. Une société qui en ignore le mode de fonctionnement se condamne à errer,  à trébucher sans cesse, comme un monde d’aveugles; Il s’agit de sortir de la Caverne.

Nous opposions le Haut et le Bas  de la Société. Qu’est ce à dire? La phase équinoxiale fait tomber les gens d’en haut; cela a donné la Shoah et cela n’aura duré que le temps d’une phase à savoir 7 ans. Au bout de 7 ans,  arrive une phase solsticiale qui remet les montres à l’heure et met fin aux « saturnales » et à leur nivellement par le bas. Pour savoir à quelle catégorie, l’on appartient, celle de l’élite ou celle du « peuple », il suffit d’étudier quels sont les temps qui nous sont les plus propices pour l’emporter; Le faible ne gagnera contre le fort qu’en phase équinoxiale et que l’on n’accorde pas trop d’importance aux élections car elles ne sauraient protéger contre le changement de phase (de 7 ans) et une victoire peut se révéler sans lendemain; On à l’élection de Jacques Chirac en 1995 qui sera suivie dès 1997 d’une cohabitation de 5 ans dès lors que son étoile aura pâli.  1995 Saturne en fin de phase solsticiale en poissons (7-18°). 1997, Saturne passe en phase équinoxiale en bélier; Rien ne va plus! Il importe donc d’aligner les calendriers électoraux sur le cours des astres. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé pour les calendriers que l’on parviendra à ajuster sur tel ou tel phénoméne astronomique comme pour la fixation de la Fête de Pâques, en tenant compte de la position de la  lune et de l’équinoxe de printemps. Mais il faudra, cette fois, pousser plus loin dans ce sens et n’est ce pas là au fond d’une démarche écologique qu’il s’agit à laquelle peu songent de nos jours et d’une certaine façon, de telles mesures se révélent urgentes pour la sauvegarde de notre Humanité car le Droit, tel qu’il s’applique actuellement, ne rime à rien. Cela dit, on aura intérêt à s’adapter à l’esprit d’une nouvelle phase même si cela peut sonner faux. Il faut qu’un solsticial s’équinoxialise en phase équinoxiale et vice versa.  La phase équinoxiale est marquée par un certain esprit d’équipe, un partage, une délégation des tâches tandis que la phase solsticiale implique qu’une personne se comporte en « jupitérien » et se mette en avant.

 

JHB  29 10 21

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB 28 10 21

 

 

 

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jacques Halbronn Anthropocosmologie. Comprendre le sens de la phase équinoxiale de Saturne

Posté par nofim le 24 octobre 2021

jacques  Halbronn  Anthropocosmologie et théologie. Comprendre le sens de la phase équinoxiale de Saturne

 

Dans  notre récente  étude sur l’Astrologie et les Juifs, nous avons montré que la phase équinoxiale était dangereuse à traverser pour les Juifs comme s’ils n’étaient plus protégés, la moitié du temps.Et nous écrivions qu’il importait d’en prendre conscience et de fixer une sorte de modus vivendi pour gérer au mieux les incidences propres  à une telle cyclicité.  D’aucuns diront que « Dieu » ne saurait expliquer ‘Auschwitz ». Il y a donc bien là un enjeu théologique comme si Dieu jouait avec le feu, en laissant « son » peuple sans bouclier  pendant des périodes, des fenêtres de 7 ans, laissant aux ennemis du dit peuple le champ libre. 

L’Historien du  prophétisme que nous sommes pense au régne du diable que l’on désenchainait durant un certain laps de temps mais il suffit peut être de penser à l’alternance du jour et de la nuit, de l’Eté et de l’Hiver. NOus avons déjà mis en garde contre le surdéterminisme et c’est dans ce sens que nous considérons utile la phase équinoxiale. Cela pose la question de la question de la théorie du genre mais il ne faudrait pas aller d’une extréme à l’autre. Sous prétexte d’éviter un trop grand déterminisme social, on en arrive à nier l’existence de structures fondamentales. Comment résoudre un tel dilemme?

Nous pensons que l’on doit régulièrement tester, mettre à l’épreuve la validité des clivages en évitant de plaquer sur les gens des modéles préfabriqués , ne serait-ce que pour tout le monde prenne conscience de certaines réalités qui se feront jour naturellement, spontanément. C’est là le rôle de la phase équinoxiale, de laisser les choses prendre tournure d’elles-mêmes sans surdétermination de race, de sexe, de classe.  La phase équinoxiale est l’occasion d’échapper à certains conditionnements et durant cette période, il est préférable de renoncer aux signes ostensibles d’appartenance qui risquent de fausser le libre jeu des potentialités des uns et des autres. La phase équinoxiale est celle où chacun doit faire ses preuves.

Et puis,  vient, au bout de sept ans, le temps de la solsticialité qui fournit un certain nombre de repéres, de clefs. Mais ces « solutions », ne doivent pas être livrées trop tôt et il est bon que l’on ait laissé tatonner les uns et les autres sans trop bien savoir où l’on allait, sans que rien ne soit trop clairement défini et précisé. C’est ce que nous appelons la dialectique de la matière et de la forme. La matière est équinoxiale, c’est quelque chose d’indifférencié alors que la forme est solsticiale.  On aura compris qu’il n’est pas souhaitable d’agir à contre temps et faire de l’équinoxialité en phase de solsticialité ou l’inverse. Pas assez de signes ou trop de signes, tels sont les deux écueils. 

En outre, le doute reste toujours permis sur la filiation et l’on aura vite fait d’objecter qu’il y a eu des conversions (l’argument des Khazars pour nier l’hérédité judaique) et de fait, il est bon de séparer le vrai du faux; Inversement,  il y a des formes de déni qu’il faut combattre quand les gens nient qu’ils aiment se retrouver entre semblables. Il suffit de brouiller les cartes et d’observer comment les groupes se reforment d’eux mêmes, par affinités objectivement observables. Autrement dit, il est bon de disperser les groupes, de mélanger les populations pour pouvoir noter que certains tropismes resurgissent. Chassez le naturel, il revient au galop! 

Donc, pour en revenir à Auschwitz, en phase équinoxiale, nous pensons que des précautions sont à prendre, par avance et qu’il y a un temps pour l’individualisme, celui de l’équinoxialité et un temps  pour le communautarisme, celui de la solsticialité, ce qui correspond peu ou prou à l’alternance gauche.droite. En respectant cette cyclicité, l’on devrait etre en mesure d’éviter un certain nombre de drames sociaux. A un certain stade, il est bon de faire se confronter les groupes et d’essayer d’établir des modus vivendi entre eux par delà les questions de personnes et à un autre stade, l’on essaiera d’oublier les appartenances et l’on se focalisera sur les performances individuelles.

Au vrai, on serait tenté de centrer -voire réduire- l’astrologie autour des  variations de perception des Juifs, alternant fascination en phase solsticiale et rejet en phase équinoxiale et chaque fois de façon assez étonnante et inexplicable en dehors de notre grille de lecture.

 

 

 

 

 

JH B  24 10 21

 

 

 

 

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