33 articles de Jacques Halbronn sur Judaica ramkat.free.fr

Posté par nofim le 26 janvier 2014

Textes de Jacques  Halbronn,  Centre d’Etude et de Recherche sur l’identité Juive (CERIJ)

1 - Le Juif comme étranger structurel, par J. Halbronn
2 - Les Juifs et le refus de la contingence, par J. Halbronn
3 - Mission et transmission dévolues aux juifs, par J. Halbronn
4 - Typologie planétaire et judéité, par J. Halbronn
5 - De l’idée de séparation entre hommes et femmes dans le judaïsme orthodoxe, par J. Halbronn
6 - Judéité et Culture environnante : la question du non juif, par J. Halbronn
7 - Le juif et la femme, êtres de résistance, par J. Halbronn
8 - Le juif, au service et au nom des nations, par J. Halbronn
9 - Les juifs et la nouvelle dimension de l’intégration, par J. Halbronn
10 - La véritable émancipation du Juif : manifeste pour un judaïsme conscientiel, par J. Halbronn
11 - La vraie question juive, par J. Halbronn
12 - Les juifs et l’alphabet conscientiel, par J. Halbronn
13 - Les juifs comme signifiants de la conscience humaine, par J. Halbronn
14 - Les études astrologiques et nostradamiques en manque de chercheurs juifs, par J. Halbronn
15 - Du signifiant au signifié juif : les limites du mimétisme, par J. Halbronn
16 - (Saint) Paul : entre conversion et filiation, par J. Halbronn
17 - La question juive au regard de Dieu et de l’Etat, par J. Halbronn
18 - Les juifs entre francisation et francité, par J. Halbronn
19 - Israël, du retour à la réinsertion, par J. Halbronn
20 - Des juifs en quête de repères, par J. Halbronn
21 - La question du dieu des juifs, par J. Halbronn
22 - Instrumentalisation identitaire des Juifs et formation des peuples, par J. Halbronn
23 - L’Elément juif comme classe sociale, par J. Halbronn
24 - Les Juifs, individus au coeur des nations, par J. Halbronn
25 - Juifs et musulmans en France : l’affrontement, par J. Halbronn
26 - Juifs et Chrétiens et le rapport masculin / féminin, par J. Halbronn
27 - Juifs et Maghrébins en France : Communautés citoyenne et migrante, par J. Halbronn
28 - Les Juifs comme mémoire de l’Humanité, par J. Halbronn
29 - Des enjeux juifs de l’Europe, par J. Halbronn
30 - Vraies et fausses clefs pour la question juive, par J. Halbronn
31 - Repenser la conversion au judaïsme, par J. Halbronn
32 - Judaïsme et Judaïsation, par J. Halbronn
33 - Image de la femme juive et exogamie, par J. Halbronn

 

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Rapport à l’image, rapport à l’astrologie

Posté par nofim le 24 janvier 2014

 

 

Le rapport à l’image comme révélateur de notre rapport à l’astrologie.

Par  Jacques  Halbronn

 

Les trois plus puissantes formations astrologiques francophones, si l’on en croit les moteurs de recherche, à partir du mot « astrologues » (au pluriel) sont la FDAF (à partir de Nantes), le RAO (à partir de(Lyon)  et le  MAU  (à partir de Paris), chacune avec la culture et l’histoire qui lui sont propres.  Chacune accorde une grande importance à Internet et dans le cas de la FDAF, on peut même dire qu’elle n’existerait pas ou plus sans Internet (et le responsable du site Marc Brun).

Le cas de la FDAF (Fédération des Astrologues Francophones) est assez remarquable. Elle nait comme le RAO (Rassemblement des Astrologues Occidentaux) il y a une vingtaine d’années (en fait c’est au départ une scission au sein du RAO (R comme Robert Jourda, son président fondateur)  naissant, comme deux jumeaux).Tout va commencer par la tenue d’un Congrès qui se tient à Nantes, Fn avril  1995, où vit Alain de Chivré son président fondateur (et qui est resté en exercice jusqu’à ce jour). Ce sera le seul congrès jamais organisé en 20 ans par la FDAF avec une journée parisienne en janvier 97 sur l’enseignement  de l’astrologie (cf. Guide Astrologique, Ed Laurens 97  p. 343). En 98, on a l’opération Astroculture avec une série de réunions dans différentes villes de France autour des rapports entre Astrologie et Art. La FDAF publie aussi un bel ouvrage consacré à Placide de Titis. Elle organise à cette époque une  journée à Paris (à la Maison des Mines) avec Michel Cazenave. Et depuis le début du XXIe siècle, la FDAF a vu ses activités se limiter à alimenter son site Internet de ce que font les  diverses entreprises astrologiques. (MAU excepté), ce qui lui confère en quelque sorte une dimension fédérale à bon compte.

Un trait remarquable du phénomène FDAF est le recours systématique aux photos d’identité.  Sur l’ensemble du site de la FDAF, pas une seule photo de groupe mais des  centaines de photos type photomaton, où l’on ne voit que la tête des intéressés. Etrangement, on n’y trouve aucune photo(ne parlons pas de vidéo) des événements organisés lors de ses premières années par la FDAF (c’est qui nous avons mis en ligne sur teleprovidence une photo de groupe  à la sortie d’une réunion de la FDAF).  Quand on compare avec le site du MAU –Téléprovidence- cet album de photos, sans aucun son, fait ringard. Mais force est de constater que la FDAF est arrivée à « vendre »,littéralement, son »label » et que l’onne compte plus le nombre d’astrologues qui le mentionnent dans leur publicité, en concurrence avec l’INAD, l’Institut National des Arts Divinatoires). On demande simplement aux astrologues d’approuver un code de déontologie qui ne touche guère à l’astrologie mais qui vaut pour toute forme d’activité de conseil.

En ce qui concerne le RAO, il nous semble être, à l’instar du CEDRA, autre association lyonnaise, l’héritier spirituel (sinon juridique) du GERASH fondé par Patrice Louaisel en 1974, à Puteaux (92). Si le CEDRA a hérité de l’impulsion informatique de Maurice Charvet, lequel créera en 86 le CEDRA (Centre d’Etude, de Documentation et de Recherche en Astrologie, un titre qui ne désigne nullement au départ une quelconque ambition de rassemblement, ce n’est même pas un « groupe » à la différence du GERAS), le RAO, quant à lui, reprend la tradition des groupes régionaux qui marqua le GERASH (Groupe d’Etude de Recherche en Astrologie), à dès sa création, avec des GRAOLs, en différentes villes de l’hexagone.  Etrangement, c’est lorsque le RAO va organiser à partir de 2001 (dans la foulée notamment de son partenariat dans le Colloque MAU-CURA de décembre 2000) régulièrement des congrès annuels (après un premier essai en 1998), que la FDAF se retirera de ce créneau. (Rappelons qu’auparavant Gilles Verneret organisa sur Lyon des congrès (Accrux) d’une certaine ampleur, en dehors du RAO dont il existerait un  film,  cf. fiche  Verneret, in Guide Astrologique  p. 209) C’est un peu entre la FDAF et le RAO les vases communicants en une sorte de symbiose.

Une caractéristique du RAO tient au fait qu’il renouvelle régulièrement ses instances dirigeantes et aura connu une succession de présidents après Robert Jourda, comme Yves Christiaen (décédé), Michelle Raulin,  Yvette Mollier -Giroud (décédée) et Franck Nguyen, à deux reprises) ? Le changement de président a pu  influer sur les destinées du RAO.

. On trouve sur le site de nombreuses photos de réunions et de colloques. Mais le RAO ne fournir que très peu d’adresses sur son site. Ce n’’est pas pour lui une option à la différence du MAU qui a une tradition de Guide depuis 1984 (Guide de la Vie Astrologique) voire depuis 1981 (Bottin Astrologique), ce qui est l’occasion de rappeler que le MAU a été fondé vingt ans avant le RAO et la FDAF. Diverses synergies ont existé entre ces trois associations. Ainsi, teleprovidence, à partir de 2008, a largement profité de l’annuaire de la FDAF pour  tourner ses vidéos auprès de personnes totalement inconnues et quant au RAO, il a accueilli à plusieurs reprises à Lyon des réunions filmées par teleprovidence, tant avec Yvette Mollier Giroud qu’avec Franck Nguyen.

Liste des Colloques RAO depuis 1998

 

 

En comparaison, le bilan de la FDAF est bien maigre en termes de  dynamique de groupe, du moins depuis le début du XXIe siècle lorsque la dynamique de la FDAF s’est essoufflée en se maintenant artificiellement par le truchement d’Internet.

Mais cette politique des photos d’identité pratiquée par la FDAF ne laisse de nous interpeller car elle est emblématique d’une vision très cloisonnée de la vie astrologique, où chaque astrologue est dans son coin tout en ayant l’illusion de participer d’une entreprise collective mais qui n’exigerait aucune rencontre directe. On est dans le lien virtuel  avec figure de proue l’homme tronc (celui de la photo) Même l’existence de Teleprovidence depuis 2007-2008 ne sera parvenue en six ans, à modifier les mentalités des dirigeants de la FDAF..

Mais le parallèle prend encore une autre dimension sur le fond même de l’astrologie. Opposition entre une astrologie individuelle et une astrologie mondiale, entre une astrologie des dates (de naissance) et une astrologie des cycles collectifs. Aligner 30 photos d’identité (cf l’album Premium de la FDAF)  ce n’est quand même pas la même chose que de présenter des astrologues en réunion, en groupe ! On aurait pu d’ailleurs placer toutes ces photos  sur une fausse photo de groupe comme cela se pratique dans la presse. C’est le trombinoscope !

La politique d’images de la FDAF représente pour nous une  astrologie individuelle, où chacun vivrait dans son coin avec ses propres astralités qui ne coïncident pas avec celle du voisin. C’est une société où  les membres ne se rencontrent jamais si ce n’est sur Internet ou dans les pages d’une revue.

La FDAF  n’est nullement sélective  en dépit des apparences. Ce qui n’est pas un mince paradoxe car le code de déontologie qui est mis en avant, on l’a dit, ne se réfère aucunement à l’astrologie qui est pratiquée et en dépôt des débats sur la prévision qui eurent lieu à la FDAF, l’on a pu constater que chaque membre n’en faisait qu’à sa tête, au vu des nombreux entretiens que nous avons réalisés avec des membres de la FDAF comme Hubert Brégent avec qui nous avons tenu à Toulon un petit colloque en 2008.

Mais cet article vise avant tout à nous intéresser à ce que révèle l’usage des images. Ce recours de la FDAF aux photos d’identité nous semble singulièrement emblématique. Il renvoie à un monde de cloisonnements individuels, dans ce refus même de montrer la moindre vie de groupe. Facteur aggravant, le fait que l’astrologie individuelle est déjà sérieusement marquée par une représentation hyper cloisonnée du monde, avec des destins décalés les uns par rapports aux autres, les planées n’étant censées agir, en transit, que selon la disposition de chaque thème/ Opposition avec une astrologie mondiale qui s’intéresse au destin collectif.  On a là le prolongement avec la FDAF d’une sociabilité virtuelle qui nous renvoie au temps des Cahiers Astrologiques et de l’Astrologue, deux revues (des  deux André, Volguine et Barbault) qui ont organisé ces solitudes parallèles, dans les années cinquante et soixante avant que n’advienne l’ère des congrès, avec des auteurs envoyant leurs articles mais ne se rencontrant pas. Avec la FDAF, c’est en plus l’auberge espagnole, chacun plaçant, mettant en ligne son monologue individuel pour sa fiche agrémentée de sa photo d’identité, sans aucune rencontre préalable entre la direction et les membres…. En  pratique, les choses sont plus complexes car Google  dépasse les clivages et crée des synergies. On peut visionner les rencontres du RAO, par le biais de Teleprovidence et bien des membres de la FDAF ont été interviewas par notre « station ». Il serait bin de saluer  aussi le travail de l’AAA (l’Atelier d’Astrologique d’Aquitaine de Joelle Bétaiolle) qui a engagé dès 2008 un partenariat avec Teleprovidence, c’est les seules associations qui accepte que l’on filme ses rencontres. Que penser enfin de l’ARRC (Association pour la Recherche des Rythme Cosmiques) d’Yves Le noble (par la suite en partenariat avec l’association Source de Catherine Gestas) qui préféra convertir ses congrès en actes de colloques et qui ne fit l’effort d’un suivi vidéo que très sporadiquement –(un DVD fut réalisé en 1991 pour le Congrès sur Vénus, par Colette Vlérick, puis quelques séquences mises sur le site de Source vingt ans plus tard). C’est tout !

Rappel  des premiers Congrès de l’ARRC:

Astrologie et communication (Mercure) ARRC (1e journées) 1990

Vénus et la vie affective ARRC (2e journées) 1991

Mars et la vie professionnelle ARRC (3e journées) 1992

Jupiter et l’interprétation ARRC (5e journées) 1994

Saturne et son symbolisme ARRC (Journées Saturne) 1996

On aura donc compris une certaine difficulté du rapport à l’image dans le milieu astrologique, et à quel point la création de Teléprovidence se situe dans une toute autre dynamique qui, comme par hasard, correspond à une approche totalement différente de l’astrologie chez son instigateur (JHB). Dis-moi quel est ton rapport à l’image et je te dirai quelle est ton astrologie. Quel fossé entre la photo d’identité figée et la photo de groupe (de classe), entre la photo de groupe muette et le film muet (comme ceux que nous avons tourné en 1978 et 1979 (cf. sur You Tube Jacques Halbronn) et entre le film muet et la vidéo individuelle et entre la vidéo individuelle et la vidéo en « live » des colloques !  Ce qui est à noter c’est qu’en dépit, depuis 30 ans,  de l’émergence de nouveaux appareils de plus en plus  propices au filmage (même à partir des mobiles), sans parler des sites Internet, l’image animée  soit aussi maltraitée par les astrologues. En 2014, la FDAF en est encore à sortir de ses tiroirs des photos d’identité. ..On en est resté à avant l’invention du cinéma  à la fin   du XIXe siècle !

Si l’informatique (avec ses thèmes) et le power point (pour les conférences avec ses dessins, ses images, ses photos) ont été accueillis à bras ouverts par les astrologues, cela  n’aura pas eu d’effets au niveau de la représentation de la vie sociale. D’ailleurs, dis-moi ton rapport à l’image et je te dirai quel genre de colloque tu organises et de fait les Colloques organisés par les différentes associations  sont fondés sur des espaces de parole répartis entre les intervenants figurant au programme mais on n’assiste pas à des discussions entre eux. Le mot « figé » revient en rapport avec ce syndrome de la photo d’identité, tout comme le thème, à la différence du cycle, fige artificiellement le mouvement cosmique.

 

 

 

 

 

 

 

JHB

24 01 14

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Sociologie de la communauté astrologique au XXe siècle

Posté par nofim le 24 janvier 2014

 

Le milieu astrologique en France au XXs.

Jacques Halbronn, docteur ès Lettres

 

 

 

Jacques Halbronn est en outre Docteur en Études Orientales sous la direction de Georges Vajda. Sa thèse est parue en 1985 sous le titre « Le monde juif et l’astrologie ». Il a tenté une expérience d’émigration en Israël au lendemain de la Guerre des Six Jours. Par ailleurs, il s’est spécialisé ces dernières années dans l’œuvre de Théodore Herzl et dans la genèse des Protocoles des Sages de Sion, qui constituent une partie de sa thèse d’État « Le texte prophétique en France ». Cette thèse est diffusée dans les bibliothèques universitaires, sur tout le territoire national, sur microfiche, sous la référence ANRT 34216.

Lors du dernier Congrès organisé, les 29-30 mars 2003, au Palais des Congrès (Paris, Porte Maillot) par Yves Lenoble et Sep Hermés, un événement porteur sur le plan épistémologique eut lieu dont il convient de mesurer l’importance  : le dernier exposé fut consacré par Lenoble à “L’arbre généalogique du milieu astrologique”, dans le cadre, il est vrai de journées consacrées aux “Filiations et transmissions familiales en astrologie et en psychologie”, thème qui se prêtait, sans doute, à une telle mise en perspective. Sa communication paraîtra en 2004 dans les Actes.

Tout se passe comme si Lenoble (né en 1947) avait éprouvé le besoin de se situer dans une certaine lignée, dans une continuité, en tout cas dans une certaine Histoire. Au fond, rien que de très banal, en d’autres domaines, mais qu’il convenait, dans ce milieu astrologique précisément, de verbaliser, d’assumer, plutôt que de refouler. On sait d’ailleurs ce qu’il en coûte de vouloir se situer hors du temps et de ne pas reconnaître les filiations. Les astrologues ont au vrai si peu écrit sur leur généalogie collective et chaque groupe avait pris l’habitude d’occulter sa genèse, ses racines, mettant à mal la cohérence diachronique au seul bénéfice de l’approche synchronique.

Il est probable, au demeurant, qu’avec le recul, il est plus facile de traiter de ce qui eut lieu il y a près d’une trentaine d’années, comme si un cycle saturnien complet s’étant écoulé, on parvenait à exorciser le temps. À cela il faut ajouter l’effet “XXIe siècle”, qui permet de faire le bilan du siècle révolu. Toujours est-il qu’en effet, en ce mois de mars 2003, (Saturne étant à 23° des Gémeaux) Lenoble évoquerait – enfin ! – le congrès historique de l’Hôtel Méridien, qui avait eu lieu en septembre 1974 (Saturne étant à 17° Cancer) également à la Porte Maillot, Saturne se rapprochant donc de sa position de 74.

C’est ainsi que Lenoble évoqua 1974 comme étant, effectivement, le début de l’ère des congrès astrologiques en France, insistant sur le rôle de Jacques Halbronn (né comme lui en 1947) fait que depuis lors il ne se passa plus une année sans qu’un Congrès astrologique ait été organisé par telle ou telle association astrologique, en tel ou tel endroit de l’hexagone, ces congrès constituant, à n’en point douter, pour le milieu astrologique, une nouvelle sociabilité.

Lenoble rappela un grand nombre de sigles d’associations astrologiques s’étant succédé tout au long du XXe siècle ; on entendit donc toute une litanie d’initiales quelque peu hermétiques, ne faisant sens évidemment que pour les initiés, comme c’est le cas pour chaque milieu, tout comme c’est le cas pour les photos de personnages. Une telle galerie de sociétés astrologiques est le pendant de ce savoir astrologique, fait de noms de signes et de planètes et qui souvent intéresse exclusivement les élèves en astrologie. Curieusement, au cours de 2002, la revue L’astrologue (n°s 139–140, parution en novembre)dirigée par André Barbault, avait publié de Pierre Delmas “110 thèmes d’astrologues” – dont nombreux sont encore en vie – ce qui révélait l’émergence d’une certaine réflexivité, c’est à dire d’un regard sur soi-même et non plus seulement sur les autres, comme si quelque part le milieu astrologique avait eu honte de parler de lui-même et des principaux acteurs l’ayant modelé. En réalité, nous avions, pour notre part, notamment à partir de 1984, publié moult travaux dans ce sens mais nous fîmes longtemps plutôt cavalier seul (cf. bibliographie in fine).

Il convient à présent d’apprécier la qualité du travail entrepris par Yves Lenoble en précisant que ce domaine comme tout autre est voué à la recherche et que des divergences, sur tel ou tel point, peuvent exister qu’il conviendra, éventuellement, de résoudre, documents à l’appui.

Lenoble découpe ainsi le XXe siècle astrologique français :

– I jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale,

– II du milieu des années 1940 jusqu’en 1974 et

– III, depuis 1974 jusqu’à nos jours.

On a signalé que 1974 correspondait à l’an 1 de l’ère des congrès.

Si l’on remonte, on trouve, toujours selon Lenoble, l’alliance entre les Cahiers Astrologiques et le CIA (Centre International d’Astrologie), qui dura une dizaine d’années, jusqu’à la fondation, en 1968, de l’Astrologue, dans le cadre du CIA.. Lenoble y voit un âge d’or de l’astrologie que cette synergie entre les mercredis du CIA, à Paris, tous les quinze jours, et la revue niçoise de Volguine, fondée en 1938. André Barbault (né en 1921) est une figure dominante de cette période marquée, selon Lenoble, par le courant astropsychologique…

Quant à la première période découpée par Lenoble, qui voit l’émergence d’une astrologie dite scientifique, surtout en ce qu’elle renoue avec des données astronomiques réelles, il est signalé que nombre d’astrologues préfèrent alors utiliser des pseudonymes et autres anagrammes (Selva, Hiéroz, Barlet, Fomalhaut, Flambart etc.), ce qui dénoterait quelque marginalisation ;. ce trait ne sera plus guère de mise après guerre à quelques exceptions près (Hadés, notamment, né en 1931). On peut considérer cette première période comme celle du renouveau en France de l’astrologie pratiquée au XVIIe siècle, non sans une certaine marque anglo-saxonne, tout comme en 1974, ce fut l’implantation en France des congrès astrologiques en vigueur notamment Outre Manche.

L’association principale dans les années 1930 est la Société Astrologique de France (SAF), celle-ci – pour la “petite histoire” , après avoir été éclipsée par le CIA après la guerre, réapparaîtra dans les années Soixante-dix, du moins son sigle recyclé, pour désigner le “nouveau” CIA, sans qu’il y ait eu dissolution. À la suite de quelques péripéties, c’est l’anagramme “SFA” qui fut le choix final en la circonstance et désormais la revue Trigone serait celle de la SFA.

Mais, en règle générale, Lenoble n’a pas vraiment cherché ici à signaler l’évolution des pratiques et des doctrines astrologiques mais a souhaité ne se consacrer qu’au monde associatif et à un certain processus de séparation ou de rapprochement. En effet, nombre d’associations dérivent d’autres associations qui les ont précédé et qui, le cas échéant, leur auront servi de tremplin, ce qui permettait effectivement de parler d’un “arbre généalogique du milieu astrologique”

On relèvera certains chaînons ou certaines flèches faisant défaut dans l’organigramme de Lenoble. C’est ainsi qu’il ne rappelle pas que le MAU, fondé en 1975, est lié au CIA, que son président fondateur, Jacques Halbronn, en fut le vice-président, en 1973, ainsi que le rédacteur en chef de la revue du CIA, Trigone, fondée en remplacement de l’Astrologue qui n’était plus contrôlé par le CIA. Observation qui facilite le parallèle avec la fondation du GERAS de Patrice Louaisel (né en 1949), ayant également fait ses classes au CIA. Lenoble aurait pu insister sur la jeunesse de ces deux leaders, de formation universitaire, qui allaient mener la vie dure à des hommes, formés sur le tas, nés dans les années vingt, soit avec un bon quart de siècle d’écart.

Dans la genèse de la fondation de l’ARRC de Lenoble, en 1977, on pourrait éventuellement se demander s’il ne s’agirait pas d’une scission par rapport au MAU.. En effet, Lenoble, après avoir rompu avec le CEFA de Jean-Pierre Nicola, participa activement aux activités du MAU ; il organisera, d’ailleurs, avec son association, au cours du premier semestre 1978 deux congrès avec le MAU.

On est quelque peu surpris quand on arrive aux années 1980 de devoir noter que Lenoble ne mentionne pas, dans son tableau, les deux Fédérations : la FFA (Fédération française d’astrologie) de Danièle Rousseau (née en 1944) et la FEA (Fédération des Enseignants en Astrologie) de Denise Daprey (née en 1925), présente d’ailleurs au Congrès de mars 2003, qui furent au cœur de la vie astrologique pendant quelque temps. Ce fut au demeurant un temps fort pour le leadership féminin en milieu astrologique. Une telle omission est d’autant plus surprenante que Lenoble avait été un membre de l’exécutif de la FFA. Quelque part, ces deux Fédérations expliquent ce qui va se passer ensuite, dans l’histoire notamment de l’ARRC de Lenoble, du CEDRA de Maurice Charvet, dans les années qui suivront.

C’est en effet, avec une partie de l’équipe de la FFA que l’ARRC connaîtra un second souffle qui se manifestera notamment à partir de 1990 par l’organisation des congrès annuels d’Yves Lenoble. Peu importe ici qu’au lieu de fonder une nouvelle association, Lenoble ait jugé bon de relancer une ancienne association qu’il avait fondée en 1977, il n’en reste pas moins que l’ARRC bis ne se conçoit pas sans référence avec la FFA. Pas plus d’ailleurs que le CEDRA ne se conçoit sans référence au GERASH dont il récupéra notamment la revue Astralis, étant précisé que si le GERASH fut dissous, ce fut notamment en raison de la mise en place de la FEA, à partir de certains de ses éléments, la FEA étant selon nous dérivée du GERASH, comme l’illustre le fait que Jacques Halbronn, qui avait suscité la formation de la FEA, en 1985, dirigea le GERASH, lors du départ, en 1986, de Patrice Louaisel, qui était lui-même membre de la FEA. Il conviendrait donc selon nous d’indiquer comme date importante après 1974 et le renouveau des congrès astrologiques, celle de 1984 qui enclencha un processus fédératif lequel modifiera à terme profondément le paysage astrologique français.

 

En ce qui concerne les structures de l’enseignement astrologique, le tableau d’Y. Lenoble – qui sera d’ailleurs probablement modifié d’ici parution dans les Actes – mentionne le CEFA et l’AGAPE (Association générale des astrologues psycho-professionnels  européens) mais omet  de signaler la FLAP. Or, il semble bien qu’il y ait là aussi un phénoméne de relais. Le CEFA fut constitué au sein du CIA, au tout début des années Soixante-dix puis évolua, dès 1974,  pour devenir une structure vouée à la seule Astrologie Conditionnelle/Conditionnaliste de  J.P. Nicola, changeant finalement son sigle en COMAC.  A sa création, le CEFA rassemblait une équipe très diverse d’enseignants (Jacques Berthon (né en 1926), Paul Colombet, Régine Ruet, J. P. Nicola (né en 1929). Dans le genre, on ne verra plus avant le début des années 1990, avec la création du GAPP, devenu ensuite AGAPE, autour de Solange de Mailly Nesle (née en 1949), d’Yves Lenoble, de Joëlle de Gravelaine et de quelques autres, que celle de la FLAP, qui dura de 1975 à 1994.

La FLAP (Faculté Libre d’Astrologie de Paris) était une émanation du MAU tout comme le CEFA le fut du CIA. Mais la FLAP ne s’émancipa jamais du MAU, ce qui ne signifie pas qu’il ne faille pas en parler. En effet, son créneau était bien distinct des activités de congrès du MAU (cf. notre étude sur les trois niveaux de sociabilité en milieu astrologique, in bibliographie). Elle recourut, au fil des années, à un grand nombre d’enseignants en astrologie dont certains furent d’ailleurs récupérés  par le GAPP, tels Catherine Aubier et Marielle Clavel. La FLAP fut donc un lieu de collégialité didactique assez unique en son genre pendant une quinzaine d’années.(cf. notre préface à l’ouvrage de Fouzy Hamici, un des enseignants à la FLAP,  Le premier horoscope du Troisième Millénaire, Paris, Ed. France V. 1999).  On voit donc que les structures  d’organisation de congrès et de cours constituent, à juste titre,  la base du tableau de Lenoble et on ne saurait au demeurant sous-estimer les interactions entre les unes et les autres et ce d’autant que l’AGAPE organise des colloques et que les congrès de l’ARRC/Sep Hermés ont souvent eu vocation pédagogique.

En conclusion de ce bref aperçu/rappel concernant la sociabilité  des astrologues – nous renvoyons à notre bibliographie (infra) sur papier et sur le web –  rappelons que l’idée de Lenoble était d’aider à mieux comprendre les clivages, les querelles persistantes, les anathèmes toujours en vigueur,  qui parcourent actuellement le milieu astrologique en  remontant le temps; il y a à l’évidence une interdépendance entre aujourd’hui et hier. Derrière les sigles, il y a à l’évidence des hommes, au demeurant peu nombreux, qui auront façonné le milieu astrologique et qui se seront passé le relais. Par delà les tensions qui ont pu être générées, il serait malsain, comme d’aucuns semblent encore tentés de le faire, de ne pas respecter ses adversaires au point de nier  ou de minimiser, en tout cas, leur influence, tant, d’ailleurs,  en ce qui concerne ceux qui  ont précédé que ceux qui ont suivi. Ce qui vient compliquer le jeu des filiations, c’est que parfois – si on examine les dates de naissance – les pionniers – notamment Patrice Louaisel et Jacques Halbronn –  sont plus jeunes ou du moins de la même génération que leurs successeurs – Maurice Charvet, Yves Lenoble, Danièle Rousseau et qu’ils n’ont pas nécessairement atteint un âge vénérable comme c’est le cas d’un André Barbault, octogénaire…

 

JH, le 31. 03. 03

 

Bibliographie

J. Halbronn et al. La vie astrologique il y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992

J. Halbronn La vie astrologique, années trente-cinquante, Paris, Trédaniel, 1995

J. Halbronn, Le guide de la vie astrologique, Préface R. Changeux, Paris, Trédaniel, 1984

Le Guide astrologique, Paris, O. Laurens, 1997

J. Halbronn, dir. Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, Paris, Albatros, 1979

J. Halbronn :” Le milieu astrologique, ses structures et ses membres”, site du CURA.free.fr

J. Halbronn, “Les trois strates de la sociabilité en milieu astrologique”, revue en ligne Etoile & Planète, (par site Pagesjaunes.fr, puis mouvement astrologique, 75)

J. Halbronn et al., Sur la piste du Zodiaque. articles parus dans la Revue Grande Conjonction, n°s 3 (“Méthodes de l’astrologie”), 4 (“Le milieu des astrologues”), 5 (“Arcanes du savoir astrologique”), 1977-1978.

J. Halbronn et al. “Astrologie, pathologie d’une épistémé”, Hommes & Faits, même rubrique sur ce site

Anne Rose et Agnès Delagnolo-Fiquet : “Les femmes et l’astrologie : un récent mariage ?”, Hommes et Faits, même rubrique sur ce site

Herbais de Thun, Encyclopédie du Mouvement astrologique de Langue Française, Bruxelles, Ed . Revue Demain, 1944

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articles sur Nostradamus parus sur propheties.it Halbronn’s Researches

Posté par nofim le 23 janvier 2014

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Jacques Halbronn’s Researches

 

 

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Liste d’articles sur Nostradamus parus dans Estudes nostradamiennes, Grande-conjonction.org

Posté par nofim le 23 janvier 2014

 ESTUDES NOSTRADAMIENNES

 

Articles en français :

1.  Claude Fabri, collaborateur de  Michel  de Nostredame            par Jacques Halbronn

2. Nostradamus et le syncrétisme chronologique                             par Jacques Halbronn

3. La désaffection des libraires parisiens
    pour les productions de Nostradamus après 1561                       par Jacques Halbronn

4. Les pseudo-contrefaçons des nostradamologues                       par Jacques Halbronn

5. L’Epître de l’Almanach de Nostradamus pour 1560                      par Jacques Halbronn 

6. Iconographie nostradamique : de Galien à Epicure                      par Jacques Halbronn

7. Les risques d’anachronisme                                                                par Jacques Halbronn

    dans le travail des nostradamologues;                        avec la réaction de Peter Lemesurier

 

8. Versification et exégèse 

     comme causes de corruption du matériau centurique                 par Jacques Halbronn

 

9. Nostradamus et ses « haineux ».                                                           par Jacques Halbronn

 

10. Benoist Rigaud et la production pseudo-nostradamique

      du début des années 1580                                                                   par Jacques Halbronn

 

11. Vers une modélisation

      de la succession des éditions centuriques                                     par Jacques Halbronn

 

12Contrefaçons et imitations

      parues ou censées parues du vivant de Nostradamus                par Jacques Halbronn

 

13Nouvelles recherches sur l’affaire Chevigny/Chavigny                par Jacques Halbronn

 

14. La prise en compte des lacunes 
du corpus centurique.
                                                                            par Jacques Halbronn

 

15. Les deux épîtres du mois d’août 1558                                               par Jacques Halbronn


16. La Préface à César et la Réforme Grégorienne                               par Jacques Halbronn

 

17. Jean-Maria Colony
et les contrefaçons Antoine du Rosne.                                              
par Jacques Halbronn

18. Le libraire Pierre Chevillot, de Paris à Troyes                                  par Jacques Halbronn


19. Nouvelles propositions sur l’historique 
                                           par Jacques Halbronn
des éditions centuriques

20. Nouvelles recherches sur le Recueil de Présages                         par Jacques Halbronn
Prosaïques

21. A propos de l’échéance nostradamique                                            par Jacques Halbronn
de la fin du XVIIIe siècle.

22. Un nouveau point sur les éditions Benoist Rigaud 1568               par Jacques Halbronn

23. A la recherche des premiers intitulés des éditions centuriques   par Jacques Halbronn

24. La remise en place d’ éditions à dix centuries                                   par Jacques Halbronn
      au cours des années 1590.

25. Les Centuries et le débat sur la loi salique, sous Henri III.             par Jacques Halbronn

26. Antoine Couillard et la reconstitution de l’Epître à César               par Jacques Halbronn

27. De l’almanach annuel à l’horoscope perpétuel                                 par Jacques Halbronn

28. Evolution du statut du quatrain dans les almanachs de Nostradamus par J.Halbronn

29. Le projet de la « Bibliothèque Nostradamus »                                     par Mario Gregorio

 

30. La Collection nostradamique Ruzo                                                      par Jacques Halbronn

31. La question des sources du corpus Nostradamus                          par Jacques Halbronn

32. Evolution du texte paracenturique : de l’addition à l’explication  par Jacques Halbronn

33. L’instrumentalisation du voyage de Nostradamus à la Cour         par Jacques Halbronn

34. Le nominalisme prophétique dans le discours centurique par Jacques Halbronn

 

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Articles sur Espace Nostradamus (ramkat.free.fr)

Posté par nofim le 23 janvier 2014

1 - Avertissement à la critique nostradamique de J. Halbronn, par P. Guinard
2 - Jean Dorat et la « miliade », par J. Halbronn
3 - Le débat J. Halbronn versus P. Guinard, par L. de Luca
4 - Réponse à J. Halbronn, par « Connetable »
5 - Réponse à « Connetable » par J. Halbronn
6 - La question des Centuries incomplètes, par J. Halbronn
7 - L’Epître à César et la prétendue humilité de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
8 - Le Janus Gallicus et les mots rendus en majuscules ou initiales, par J. Halbronn
9 - Procédés compilatoires dans la littérature pseudo-nostradamique, par J. Halbronn
10 - Du caractère partisan des Centuries, par J. Halbronn
11 - Le système centurique en tant que mode de régulation sociale, par J. Halbronn
12 - Le nostradamisme, du mimétisme du passé à celui du futur, par J. Halbronn
13 - Réflexions sur quelques pseudonymes dans l’oeuvre de Nostredame, par L. de Luca
14 - Lucien de Luca ou la stratégie de la terre brûlée, par J. Halbronn
15 - Les échéances nostradamiques et le recoupement par les traductions, par J. Halbronn
16 - Contribution aux recherches biographiques sur Michel de Nostredame, par J. Halbronn
17 - L’Epître à Henri II et les commentaires et paraphrases des Ecritures Saintes, par J. Halbronn
18 - A time schedule of the prophecies, by T. W. M. van Berkel
19 - Le cinquième centenaire de la naissance de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
20 - Les contrefaçons centuriques et l’Edit de Nantes (1598), par J. Halbronn
21 - Les escrocs du nostradamisme, par J. Halbronn
22 - Caractère et carrière posthumes des Centuries, par J. Halbronn
23 - The French original of the Horoscope for Prince Rudolph, by Elmar R. Gruber
24 - The 1941-Vreede-translation and the 1558-Lyon-Edition, by T. W. M. van Berkel
25 - A rejoinder to Halbronn’s review of my book on Nostradamus, by Elmar R. Gruber
26 - Le problème des éditions datées du vivant de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
27 - A supposed correspondence between a présage and a quatrain, by T. W. M. van Berkel
28 - L’image oubliée d’un Michel de Nostredame, premier exégète des Centuries, par J. Halbronn
29 - Le témoignage de Videl pour la recherche nostradamologique, par J. Halbronn
30 - An astrological structure in the Centuries, by T. W. M. van Berkel
31 - Pour une relecture du Recueil des Présages Prosaïques, par J. Halbronn
32 - Les Centuries comme commentaire des textes en prose, par J. Halbronn
33 - The Millennium model versus the Trithemian cycle, by T. W. M. van Berkel
34 - Les premiers garants de la publication des Centuries de Nostradamus, par R. Benazra
35 - Des prophéties perpétuelles aux centuries tronquées, par J. Halbronn
36 - Contribution aux méthodes de description du corpus centurique, par J. Halbronn
37 - The second biblical chronology in the Epistle to Henry II, by T. W. M. van Berkel
38 - Les emprunts à Leovitius dans les deux épîtres nostradamiques de 1558, par J. Halbronn
39 - Les années 1580 : d’une ère centurique à l’autre, par J. Halbronn
40 - Réponse aux observations du n° 26 du CURA consacré à Nostradamus, par J. Halbronn
41 - Les femmes dans les Prophéties de Nostradamus, par L. de Luca
42 - Letter on Nostradamus to Théo Van Berkel, by J. Halbronn
43 - Epîtres et épitaphes lors de la phase génétique du canon nostradamique, par J. Halbronn
44 - Astrological traces of forgery in Les significations de l’éclipse, by T. W. M. van Berkel
45 - La centurie VI et l’an cinq cens octante plus & moins, par J. Halbronn
46 - La production nostradamique et le seuil de 1559, par J. Halbronn
47 - Les cadavres exquis des almanachs de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
48 - Le rôle des vraies Epîtres dans la datation du faux centurique, par J. Halbronn
49 - Indices de contrefaçon de la Préface à César, par J. Halbronn
50 - Les trois canons centuriques et leur couplage exégétique, par J. Halbronn
51 - De la date du “Brief Discours sur la vie de Michel de Nostredame”, par J. Halbronn
52 - L’importance des leitmotive pour l’herméneutique nostradamologique, par J. Halbronn
53 - La carence nécrologique des éditions des Centuries datées de 1568, par J. Halbronn
54 - Le labyrinthe des éditions centuriques “Rigaud”, par J. Halbronn
55 - Les Significations de L’Eclipse 1559 : Its origin, its disqualification, by T. W. M. van Berkel
56 - Le principe trinitaire (300) des Centuries, par J. Halbronn
57 - L’hypertexte centurique des années 1590, par J. Halbronn
58 - Le vrai pedigree de l’édition Benoist Rigaud 1568, par J. Halbronn
59 - Les paradoxes du prophétisme centurique, par J. Halbronn
60 - La question des deux éditions Antoine du Rosne 1557, par J. Halbronn
61 - Le Janus Gallicus comme base d’une édition critique des Centuries, par J. Halbronn
62 - La question des éditions pseudo-rigaldiennes et l’édition de Cahors, par J. Halbronn
63 - The prognostication for 1559 and the Recueil des présages prosaïques, by T. W. M. van Berkel
64 - Forgery and fallacy in Nostradamus : A reply to Jacques Halbronn, by Elmar R. Gruber
65 - Les Significations : Authentic nostradamian text or fake ?, by Elmar R. Gruber
66 - Le corpus nostradamique comme création collective, par J. Halbronn
67 - The theft of sacred objects from the cathedral of orange, by T. W. M. van Berkel
68 - The september 1559 lunar Eclipse and the Prognostication for 1559, by T. W. M. van Berkel
69 - Fausse Lettre à Henry, Roy de France second ou fausse alerte ?, par M. Barrois
70 - Questions autour du troisième volet du canon nostradamique, par J. Halbronn
71 - Pour une histoire de l’érudition nostradamologique, par J. Halbronn
72 - Nostradamus, Dante & Mahomet : une parabole d’Enfer, par L. de Luca
73 - La chronicité des événements dans la Lettre à Henry, par M. Barrois
74 - Un Nostradamus schizophrène, par J. Halbronn
75 - An Almanach ende Pronosticatie vanden Iare M.D.LXVI (1566), by T. W. M. van Berkel
76 - Les différentes versions de la Centurie VII, par J. Halbronn
77 - La thèse du complot des Centuries à l’épreuve de la critique, par R. Benazra
78 - Le rôle des variantes pour l’éxégèse nostradamique, par J. Halbronn
79 - Importance de l’an 1568 pour l’histoire des éditions centuriques, par J. Halbronn
80 - Sur les éditions du XVIe siècle connues et inconnues des Centuries, par J. Halbronn
81 - Signification du nombre de quatrains des trois centuries “incomplètes”, par J. Halbronn
82 - Le mémoire à César de Nostredame et le premier quatrain centurique, par J. Halbronn
83 - Le décalage entre bibliographes et exégètes des Centuries, par J. Halbronn
84 - Les chronologies officielles des quatre premières éditions des Centuries, par J. Halbronn
85 - L’iconographie nostradamique et le Kalendrier des Bergers, par J. Halbronn
86 - Une réflexion sur la Lettre à César, par R. Benazra
87 - Les éditions à sept centuries prolongées, par J. Halbronn
88 - Du rôle méconnu des exégètes des centuries au XVIIe siècle, par J. Halbronn
89 - Les éditions des Centuries à une, deux, trois épîtres, par J. Halbronn
90 - Les Centuries et les années 1570, par J. Halbronn
91 - Plutarque et la Lettre à Henri II, par R. Benazra
92 - Vers une nouvelle approche de la bibliographie nostradamique, par J. Halbronn
93 - Genèse et fortune du “Brief Discours sur la vie de Michel Nostradamus”, par J. Halbronn
94 - The 1941-Vreede-Translation and the Epistle to Henry II, by T. W. M. van Berkel
95 - Discours sur la méthode de J. Halbronn, par M. Barrois
96 - Les avatars des quatrains centuriques aux XVIe et XVIIe siècles, par J. Halbronn
97 - Remontrances à un ami nostradamologue à ses heures, par J. Halbronn
98 - La théorie des Grandes Conjonctions au prisme du canon nostradamique, par J. Halbronn
99 - Un homme de la Renaissance face aux tragédies du XXe siècle, par M. Barrois
100 - Vocation première et usage des Centuries, par J. Halbronn
101 - La critique des méthodes dites rationalistes, par P. Guinard
102 - Nostradamus, Duns Scot et Zénon l’Isaurien, par A. Delcour
103 - Nostradamus, entre géographie et histoire, par J. Halbronn
104 - Nostradamus et l’Archit(h)renius, par A. Delcour
105 - Orientations et limites de la nostradamologie, par J. Halbronn
106 - Nostradamus, the Netherlands and the Second World War, by T. W. M. van Berkel
107 - L’émergence du néonostradamisme dans le dernier tiers du XVIe siècle, par J. Halbronn
108 - Grogne, grecque ou grègue ?, par A. Delcour
109 - L’utilisation de quatrains des Prophéties hors du contexte centurique, par R. Benazra
110 - Production néonostradamique et sources précenturiques, par J. Halbronn
111 - Le ranc lorrain fera place à Vendosme… quinze ans avant la Ligue, par A. Delcour
112 - Avatars du centurocentrisme et du nostradamocentrisme, par J. Halbronn
113 - A la recherche du manuscrit idéal des Centuries, par J. Halbronn
114 - Qu’attendre du deuxième Colloque Nostradamus de Paris ?, par J. Halbronn
115 - Nostradamus lecteur d’Apianus, par L. de Luca
116 - Les Centuries comme pseudo-recueil de prophéties, par J. Halbronn
117 - Astrological anomalies in texts of Nostradamus, by T. W. M. van Berkel
118 - Les deux facettes de la nostradamologie : sources et faux, par J. Halbronn
119 - Nostradamus comme archétype du savant juif moderne, par J. Halbronn
120 - L’Epitre à Henri II et la mort du Roi, par J. Halbronn
121 - Panorama de la recherche nostradamologique au XXe siècle en France, par J. Halbronn
122 - Des fluctuations de la masse centurique, par J. Halbronn
123 - The prophecies during the Second World War : “brochure 18”, by T. W. M. van Berkel
124 - Le vieillissement du nostradamisme anglo-saxon, par J. Halbronn
125 - Petite contre encyclopédie nostradamus, par J. Halbronn
126 - Nostradamisme et astrologisme devant la critique, par J. Halbronn
127 - Nostradamus et la mort de l’astrologie, par J. Halbronn
128 - Epistémologie comparée des recherches nostradamiques et astrologiques, par J. Halbronn
129 - The 1941-Vreede-translation of the Prophecies, by T. W. M. van Berkel
130 - Nostradamus et l’éclipse du 11 aout 1999, par Y. Lenoble
131 - Les Centuries vues par l’astrologie et la numérologie, par J. Halbronn
132 - Nostradamus, ni historien, ni prophète, par J. Halbronn
133 - La présence lyonnaise de Nostradamus, par J. Allemand
134 - Valeur du découpage “1600” pour le corpus nostradamique, par J. Halbronn
135 - L’appareil iconographique des éditions Macé Bonhomme, par P. Guinard
136 - La dimension janussienne des Centuries, par J. Halbronn
137 - Fortune du prophétisme d’Antoine Crespin Archidamus, par J. Halbronn
138 - Enquête sur les deux plus célèbres vignettes nostradamiques, par J. Halbronn
139 - Le protonostradamisme de Michel de Nostredame, par J. Halbronn
140 - Catalogue du fonds Nostradamus de la Bibliotheca Astrologica, par J. Halbronn
141 - Le rapport texte/prétexte autour des contrefaçons nostradamiques, par J. Halbronn
142 - Observations sur la Correspondance Nostradamus, par J. Halbronn
143 - Les Centuries et l’Angleterre. La question des sources, par J. Halbronn
144 - Evaluation de la clef géographique des Centuries, par J. Halbronn
145 - Les épîtres nostradamiques, leur fortune, en France et en Italie, par J. Halbronn
146 - Le système de codage de l’Orus Apollo (1541), par P. Guinard
147 - L’Epître à César au hasard des attaques et des rééditions, par J. Halbronn
148 - Du nombre initial de quatrains des Centuries V, VI et VII, par J. Halbronn
149 - Nostradamus : the Halbronn hypotheses, par P. Lemesurier
150 - L’iconographie nostradamique et le Kalendrier des Bergiers (II), par J. Halbronn
151 - Nostradamus et la versification des Hieroglyphica d’Horapollon, par J. Halbronn
152 - Comments to Lemesurier’s Nostradamus : the halbronn hypotheses, by T. W. M. van Berkel
153 - Méthodes et hypothèses de la recherche nostradamologique, par J. Halbronn
154 - Décryptage de la pseudo genèse du processus centurique, par J. Halbronn
155 - The first biblical chronology, by T. W. M. van Berkel
156 - The second biblical chronology, by T. W. M. van Berkel
157 - Des Vaticinations Perpétuelles aux Quatrains astronomiques, par J. Halbronn
158 - La forêt du Touphon & le duc d’Etampes, par L. de Luca
159 - The ´Janus hypothesis´, by P. Lemesurier
160 - Le quatrain du siège de Ravenne, par A. Delcour
161 - The printing of the Propheties: the evidence to date, by P. Lemesurier
162 - Questionnements autour de la septième centurie, par J. Halbronn
163 - Some remarks to the printing of books and to Peter Lemesurier’s last two articles, by W. Zannoth

 

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Etudes autour de l’Origine de tous les cultes de Charles-François Dupuis

Posté par nofim le 23 janvier 2014

 

Etudes en l’honneur du 25e anniversaire
d’Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau

par Jacques Halbronn

     Est-ce qu’en ce début de XXIe siècle, on parle encore beaucoup de l’Ere du Verseau ? Certains indices conduisent à penser que l’attente du Verseau était peu ou prou liée au millénarisme de l’An 2000 voire avec l’An 1999 figurant dans les Centuries ou encore, ce qui ne saurait maintenant trop tarder, avec l’avènement d’un nouveau pape, étape importante pour ceux qui s’intéressent à la prophétie attribuée à Saint Malachie. Quelle est la genèse du mythe aquarien ? Les aquarologues ne sont pas plus d’accord entre eux que les nostradamologues. Si les Centuries nous renvoient au XVIe siècle, l’Ere du Verseau nous ramène au XVIIIe siècle mais, dans un cas comme dans l’autre, le processus d’origine est bien différent de celui auquel il va donner naissance.

Sommaire :

1 - L’Origine de tous les Cultes de Charles-François Dupuis et l’Ere du Verseau
2 - Critique de la théorie des domiciles de Dupuis

 

1

L’Origine de tous les Cultes de Charles-François Dupuis
et l’Ere du Verseau

    Charles-François Dupuis, l’auteur de l’Origine de tous les Cultes (An III, 1795) n’a pas les honneurs du petit Larousse. En 1979, quand parut le collectif Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, son nom ne fut jamais cité. Vingt ans plus tard, il est considéré, à tort ou à raison, comme le grand ancêtre de l’Ere du Verseau. Nous examinerons si l’affirmation de cette filiation est légitime ou si elle ne constitue pas plutôt une trahison des perspectives de Dupuis.

Il y a 25 ans paraissait donc un ouvrage d’un genre assez inhabituel appartenant au genre des ouvrages collectifs. Il y avait eu quelques précédents : outre les Actes du Congrès de la SAF tenu 1937 et de celui du CIA tenu en 19531, il conviendrait de mentionner, avec une équipe réunie par André Barbault, la série Zodiaque aux éditions du Seuil, parue dans les années Cinquante ainsi que celle des couples planétaires2 sans oublier évidemment les numéros spéciaux de la revue des Cahiers Astrologiques. En 1979, les Actes du Congrès MAU de 1977 furent publiés aux Editions de l’Albatros, dirigées par Bertrand Sorlot, un des fils du directeur des Editions Latines, Fernand Sorlot, sous un titre que nous avions choisi: Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau avec sur la couverture l’image d’un sphinx. En choisissant d’appeler cet ouvrageAquarius et en lui conférant une représentation, nous tendions quelque peu à personnifier la “nouvelle ère” à la façon dont Jésus incarnait, en sa personne, l’ “ancienne ère des Poissons” – on verra là un parallèle avec Ancien et Nouveau Testaments, à ce détail près que désormais l’ “ancienne” ère était celle du Nouveau Testament. Cette formule a ainsi été reprise par R. Amadou qui parle de l’arrivée d’Aquarius.3 En vérité, Paul Le Cour avait, 40 ans exactement avant le congrès de 1977 – qui célébrait donc le 40e anniversaire de sa parution – recouru au même procédé en utilisant le nom de Ganymède, l’échanson des dieux : L’Ere du Verseau ou l’Avènement de Ganyméde, surtout si l’on sait qu’Aquarius, en français, se traduit par échanson.4 Signalons un autre collectif dérivé d’Aquarius, Le Grand Livre des Prédictions. L’avenir de notre planète, Paris, Balland, 1981, réalisé à l’initiative de Krista Leuck. Et dont la deuxième partie (pp. 141 et seq) reprend certains textes d’Aquarius, et en inclut d’autres sous le titre “L’Age d’or ou la fin des temps. Enquête parmi les chercheurs français dirigée par Jacques Halbronn, président du Mouvement Astrologique Unifié”.

On peut considérer cet ensemble de contributions comme ayant lancé en France les études aquariennes, c’est-à-dire éveillé des vocations dans le sens d’une étude historique de l’Ere du Verseau, comme l’avenir allait le montrer. Signalons un jeu de mots dans le titre : la Nouvelle Ere du Verseau pouvant désigner aussi bien l’avènement d’une nouvelle ère qu’un nouvel ouvrage, une nouvelle approche du sujet. On ne reviendra pas5 sur le contexte de cette parution mais sur les travaux qui lui firent suite de la part de celle de Robert Amadou, de Christian Lazarides – qui devrait sortir prochainement un gros ouvrage sur ce sujet – d’Evelyne Latour, de Claude Rétat, de Patrice Guinard et de la nôtre, aux résultats si marquants que l’ouvrage de 1979 semble à 25 ans de distance singulièrement dépassé et notamment chez certains contributeurs d’Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, qui poursuivirent leurs recherches dans la foulée, à savoir d’un côté Robert Amadou (né en 1924) et de l’autre le responsable du collectif, le signataire de ces lignes (né en 1947). On pourrait d’ailleurs faire la même observation, peu ou prou, en ce qui concerne le Colloque Nostradamus qui se tint à Salon de Provence en 1985 et dont les actes parurent sous la direction de Robert Amadou, sous le titre L’Astrologie de Nostradamus (Ed ARRC 1992), premier colloque du genre en France et qui près de 20 ans plus tard semble quelque peu décalé par rapport aux recherches actuelles, telles qu’on peut notamment les aborder sur Espace Nostradamus. Robert Amadou réalisa sa Petite Encyclopédie de l’Ere du Verseau dans le contexte très particulier des années 1999-2001 – ce qui le conduit à quelques développements sur Nostradamus et l’éclipse de l’Eté 1999.6 On observera que R. A. parle de Nostradamus comme de l’auteur de tous les quatrains des Centuries alors que c’est un point qui est devenu très discuté7 ; il ne semble envisager la possibilité d’ aucune addition, d’aucune interférence et ne percevoir aucune différence d’inspiration au sein du canon. On peut d’ailleurs se demander si le mythe d’Aquarius ne va pas se dégonfler après le passage de ce cap du changement de millénaire, lui-même fondé sur une sorte de point vernal qui serait la naissance de Jésus, à partir duquel on diviserait le temps en ères de 2000 ans.

Tout en ayant fourni une contribution significative à Aquarius, R. A. continua à explorer, au cours des années Quatre Vingt, le domaine et publia des suppléments dansL’Autre Monde, la revue qui précisément avait co-organisé le Congrès de 1977 et co-édité Aquarius mais qui, entre temps, avait changé de responsable et qui donc n’était plus animée par Roger Faloci. Son oeuvre principale allait être publiée sur Internet dans les toutes dernières années du XXe siècle, dans les Cahiers d’Univers-Site, sous le titre de Petite Encyclopédie de l’Ere du Verseau. Amadou ne cite le plus souvent que son étude dans Aquarius, dont il avait obtenu de l’éditeur une publication à part, parallèlement à sa présence au sein du collectif : La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique. A une seule occasion, en note8, trouve-t-on mention du titre complet mais sans citer notre nom en tant que responsable tant du Congrès que du collectif). Quant à notre diptyque La vie astrologique9, il ne le cite10 que de façon allusive à propos d’une de nos notes de bas de page11 mais sans mentionner ni notre nom ni celui de l’ouvrage, mais uniquement sa date de parution. Il ne semble pas que R. Amadou, pour son Encyclopédie, ait pris connaissance des passages sur l’Ere du Verseau, se trouvant dans notre thèse d’Etat, soutenue en janvier 1999, à Paris X Nanterre, Le texte prophétique en France, formation et fortune, chapitre XII, “L’attente de l’âge du Verseau” (pp. 436-462) mais aussi dans Clefs pour l’Astrologie.12Quant à nous, notre soutenance de thèse ayant eu lieu en janvier 1999, le dépôt des exemplaires ayant bien entendu eu lieu à la fin de 1998, fut antérieure à la mise en ligne, en feuilleton ou chronique, à partir du mois d’août 1999 de la dite Petite Encyclopédie de l’ère du Verseau mais nous avions cité ses articles parus à partir de 1986 dans L’Autre Monde. En revanche, notre article figurant sur le Site du CURA en 2003 ne tenait pas compte de la Petite Encyclopédie, dont l’accès est réservé – Amadou y confirme que Paul Le Cour ne saurait en aucune façon être présenté comme l’initiateur de l’Ere du Verseau en France et encore moins dans le monde anglo-saxon – ni d’ailleurs de la communication donnée par R. Amadou sous le titre “Histoire du mythe de l’Ere du Verseau”, Congrès dirigé en 1997 par Yves Lenoble, consacré à Uranus, planète associée au signe du Verseau par les astrologues modernes, dont les actes parurent en 1998. On ne reviendra pas ici sur l’antériorité de certaines découvertes bibliographiques par R. Amadou ou par nous-même, en ce qui concerne les frontispices et le rôle d’Alexandre Lenoir13 ou sur le rôle de Maurice Privat dans le lancement de l’idée dans les années Trente, entre autres. Ce qui nous intéressera ici, c’est le fait que ces recherches bibliographiques furent menées par des personnes qui par ailleurs étaient impliqués dans la réflexion astrologique. Or, si Amadou est resté fidèle au tropicalisme, nous sommes, pour notre part, passé au sidéralisme et plus spécifiquement au stellarisme.14 Autre différence, nous ne nous servons pas d’Uranus alors qu’on l’a vu R. Amadou accepte de relier le signe du verseau avec cet astre découvert en 1781. Il y a là deux points de divergence de la plus haute importance au sein de la doctrine astrologique, si bien que la question d’Aquarius nous apparaît comme une pomme de discorde au sein du milieu astrologique.

Comme l’a noté P. Guinard, dans son Manifeste (à lire sur Cura.free.fr) et, précédemment, dans sa thèse de 1993 (soutenue dans le cadre du département. de Philosophie, Université Paris I), il est étrange que des astrologues tropicalistes accordent une quelconque importance aux ères précessionnelles. R. Amadou cite (Cahier 21, septembre 2000) les propos de Max Duval, décédé en 2000, que nous avions fréquenté trente ans plus tôt. R. Amadou résume ainsi la pensée de Duval : “L’arbitraire des essais de délimiter les constellations zodiacales rend “inconcevable” tel était son mot, d’y recourir pour la chronologie des ères historico-astrologiques. La seule solution est dans le choix d’une “étoile-repère” dont on observe le mouvement dans les signes tropiques égaux de 30°.”

Avec l’intégration de la théorie des Eres, probablement sous l’influence de l’astrologie de l’Inde15 au sein du canon astrologique, on est en effet en plein syncrétisme, c’est-à-dire que tout ce qui touche de près ou de loin à une idée astrologique est accepté et assemblé ; on a d’ailleurs là, de par un tel brassage, une clef de l’histoire du texte astrologique à travers les âges.

La théorie des ères, telle qu’elle se formula à la fin du XVIIIe siècle, appartient davantage au plan de l’Histoire – de celle des religions en particulier – qu’à celui de l’astrologie. Un Charles-François Dupuis16 ne croit pas en l’astrologie mais il reconnaît que la croyance astrologique doit être étudiée et qu’elle peut notamment servir à la datation de certains monuments (Zodiaque de Dendérah). De la même façon qu’ à partir du XVIIe siècle – et notamment de Galilée qui nomma Ganymède un des satellites de Jupiter; comme le rappelle R. A. – le milieu astronomique ne fait pas, pour autant, de l’astrologie en nommant les nouvelles planètes – satellites et astéroïdes compris- en recourant à la mythologie gréco-latine. Quand la première planète transsaturnienne est découverte par Herschel en 1781 et finit, après quelque tâtonnement, par être baptisée Uranus, on n’est pas dans un discours astrologique. Cela dit, ces nouvelles extensions et applications de l’astronomie vont finir par interpeller les astrologues et conférer à l’astrologie moderne – “nouvelle” – une physionomie particulière qui rendra obsolètes aux yeux des nouvelles générations la littérature astrologique ancienne.17Tout se passa, en fait, comme si, lors de l’éclipse, de la vacance, de l’astrologie, un discours de substitution s’était mis en place, comme si avec le déclin de l’astrologie, l’astronomie avait voulu occuper un espace plus vaste, comme si, au fond, les astronomes avaient joué à être, à leur façon, des astrologues, en cherchant à montrer que l’astronomie pouvait servir l’historien et qu’elle savait conférer aux astres une certaine identité. Ce sont de tels égarements de la part des astronomes qui allaient par la suite être récupérés sans scrupule notable – on le voit bien chez R. A. – par les astrologues et parvenir à un nouveau consensus entre eux, au cours du XXe siècle, dont le couple Uranus/Ere du Verseau est un des fleurons les plus remarquables en dépit de la solution de continuité que de telles additions à la Tradition provoquèrent.

En ce qui nous concerne, la théorie des ères dégage un tout autre enseignement, en mettant l’accent sur la dimension sociale du rapport des hommes au cosmos et surtout sur l’existence d’un acte délibéré, conscient, d’instrumentalisation du ciel et ce de façon tout à fait sélective, c’est-à-dire non pas dans la globalité du dit ciel mais bien selon certains angles particuliers, au regard des besoins organisationnels. Nulle question ici d’un ciel qui s’imposerait aux hommes à leur insu !

En adoptant ce système, les astrologues, à la suite d’ailleurs des adeptes des prophéties et de la fin des Temps, allaient en donner une toute autre lecture, à savoir celle d’un ciel dictant aux hommes des symboles zodiacaux voire imprimant ceux-ci dans leur psychisme et ce au fur et à mesure et en fonction du processus précessionnel. Une telle approche ne pouvait d’ailleurs qu’être renforcée par la prétendue influence de planètes invisibles à l’oeil nu et donc ne pouvant, à la différence des étoiles, avoir été encodées par les sociétés antiques. Deux conceptions antagonistes étaient ainsi en présence : celle d’une astrologie humaniste, anthropocentrique, créant un cosmos à sa mesure et celle d’une astrologie transcendantale, où l’homme se mettait au diapason du cosmos. Il semble bien que la première soit la nôtre et la seconde celle d’un Robert Amadou.

Mais non seulement nous allions défendre dès 198618 la thèse d’une astrologie élaborée au sein d’une certaine société, sur la base de certaines connaissances et de certains usages, mais encore allions-nous, par la suite, basculer vers une astrologie stellariste, abandonnant totalement, dans les dernières années du XXe siècle, le zodiaque des signes non point, comme les sidéralistes, pour un zodiaque des constellations mais pour un repérage à base de points stellaires, à savoir un nombre restreint d’étoile fixes en aspect avec Saturne, la plus lointaine des planètes connues de l’Antiquité19, c’est-à-dire un processus tout à fait à la portée des hommes d’il y a plusieurs millénaires. Quant à la théorie précessionnelle, elle disparut très vite de notre horizon sinon en tant qu’artefact n’ayant même pas la vertu à la différence de la combinatoire Saturne/étoiles de s’être progressivement imposée à l’Inconscient Collectif.

Pourquoi, nous demandera-t-on, avoir accepté le pôle planète/étoile et non pas le pôle point vernal/constellation ? Il convient de réfléchir sur la formation du zodiaque qui est la base du discours précessionnel. L’astrologie que nous reconnaissons n’est pas zodiacale ; le zodiaque nous apparaît comme une projection sur le plan stellaire d’un système saisonnier, météorologique, agricole, tel que d’ailleurs il sera défini au XVIIIe siècle par l’abbé Pluche et par d’autres, dans ce qu’on appelle alors l’origine des fables. Deux astrologies en fait étaient ainsi en présence qui allaient finir par se mélanger : l’une annuelle, axée sur les luminaires – le soleil et la lune – et s’intéressant au passage d’une saison à l’autre – ce qui est le propre du point vernal, qui détermine, comme son nom l’indique, le début du printemps et l’autre planétaire – et s’intéressant notamment à Jupiter et à Saturne dont les cycles apportaient une dimension de temps sensiblement au delà du mois et de l’année – et donc plus tardive, plus sophistiquée sur le plan de la connaissance astronomique – puisque impliquant d’avoir discerné au firmament entre planètes et étoiles.

A l’évidence, la théorie précessionnelle appartient à ce stade syncrétique où l’astrologie saisonnière a été projetée sur le parcours des planètes et où le point vernal est associé avec une certaine étoile avec laquelle le soleil se conjoint une fois par an, laquelle étoile, au bout d’un certain temps, ne fait plus l’affaire et ne correspond plus au changement saisonnier (équinoxes et solstices), et cela tient précisément à ce que l’on nomme précession des équinoxes (à savoir l’axe printemps-automne). Or, une telle théorie nous semble parfaitement inintéressante au regard des sociétés traditionnelles, sous l’angle de l’anthropologie sociale qui est le nôtre. Soulignons le fait que cette théorie implique un changement de point vernal tous les 2000 ans et plus, ce qui est une période de temps considérable de nos jours et probablement plus encore jadis. En réalité, le point vernal aurait du être changé beaucoup plus souvent, 2000 ans et plus ne correspondant qu’au passage d’un secteur au suivant, selon un découpage en douze, cela dit pour simplifier et sans entrer dans le détail. De quelle utilité aurait pu être un tel dispositif ? Rien à voir, en tout cas, avec les périodes de sept, de quinze ou de trente ans propres aux aspects entre Saturne et les étoiles fixes et qui s’inscrivent infiniment mieux dans le temps de la Cité !

Bien entendu, pour l’autre école astrologique, que nous avons appelée transcendentaliste, nos considérations sont de peu de poids puisqu’il ne s’agit pas pour les membres de cette mouvance d’un ciel à la portée des hommes mais d’un système cosmique s’imposant à eux et qu’ils auraient eu non pas à élaborer mais à découvrir au fur et à mesure des progrès scientifiques et techniques, construction de télescopes, par exemple pour Neptune (1846) et Pluton (1930). De nos jours, cette école est largement dominante et elle regroupe aussi bien un André Barbault qu’un Jean-Pierre Nicola et leurs épigones, opposés par ailleurs sur de nombreux points.

Certes, nous sommes tous à peu près d’accord sur le fait que les astres agissent sur les hommes d’aujourd’hui de façon inconsciente mais pour les uns, cette inconscience est au commencement du rapport entre l’homme et les astres alors que pour les autres, et notamment pour nous, il y a eu d’abord arrangement conscient de ce que nous devons décoder dans le ciel puis inconscientisation – ce que nous appelons hypnologisation - puis narcosisation, c’est-à-dire retour à la conscience (par une narcoanalyse), retour du refoulé, anamnèse. Dans notre représentation des choses, les hommes n’ont utilisé que certaines configurations et en ont négligé d’autres alors que dans la représentation de l’autre camp, toutes les configurations font sens, du fait même qu’elles existent astronomiquement parlant, d’où une surproduction inflationniste de signes supposés, censés, signifier, l’astrologie malade d’une indigestion d’astronomie, en raison d’un ciel surdimensionné.

Nous parlions de syncrétisme à propos de l’intégration de la théorie des Eres au sein du corpus astrologique mais nous avons montré à quel point le phénomène était général et qu’on avait ainsi regroupé au fil des siècles tous les systèmes de représentation ayant trait d’une façon ou d’une autre avec les astres, avec le ciel, au sein d’un seul et même ensemble. En réalité, on a aussi pas mal supprimé à commencer par le rôle accordé aux étoiles, tant d’ailleurs chez les tropicalistes que chez les sidéralistes. Certes, les étoiles fixes n’ont-elles pas totalement disparu de la pratique astrologique – et R. A. fait partie de ceux qui leur attachent encore quelque importance – mais elles ne jouent plus de rôle en ce qui concerne la cyclicité en astrologie mondiale, on leur préfère largement les nouvelles planètes, dont la lenteur relative leur permet de jouer le rôle des dites étoiles, comme on le voit avec le cycle Saturne-Neptune cher à André Barbault.20

En fait l’école précessionnaliste s’intéresse aux étoiles mais seulement si elles servent à découper le zodiaque et sans rapport avec les planètes alors que selon nous les étoiles doivent être activées par les planètes. Pour les sidéralistes, ce ne sont d’ailleurs pas tant les constellations qui comptent que le point à partir duquel on divisera l’écliptique en 12 secteurs égaux et qu’ils ont fixé une fois pour toutes à une certaine étoile de la constellation du Bélier, sans tenir compte de la précession des équinoxes. La position des sidéralistes n’est d’ailleurs peut-être pas aussi étrange que semblent le laisser entendre R. A. ou André Barbault cité par R. A. à ce propos; en effet, il ne faut pas systématiquement chercher à corriger ou à compléter les erreurs et les insuffisances des hommes de l’Antiquité.21 Si à une époque donnée, on a privilégié, à tort ou à raison, une certaine étoile, il se pourrait que les homme soient devenus sensibles à ce qui touche à la dite étoile, combien même n’apparaîtrait-elle plus que comme un facteur arbitraire et aléatoire. Encore faudrait-il que la dite étoile fût soumise à une certaine cyclicité, c’est-à-dire aux aspects d’un astre relativement rapide (luminaire, planète) mais il ne semble pas que les astrologues sidéralistes aillent dans ce sens et à partir de cette étoile bien réelle – encore qu’il resterait à déterminer si l’on ne s’est pas trompé d’étoile, depuis le temps – ils déterminent d’autres points dans le ciel, pour passer d’un signe à l’autre, qui ne correspondent cette fois nullement à d’autres étoiles, ou en tout cas pas toujours, et sont parfaitement fictifs.

Non seulement, les astrologues ont-ils fini par récupérer les ères précessionnelles en reprenant à leur compte les travaux d’un Paul Le Cour, par ailleurs peu enclin, comme le rappelle R. Amadou, à la pratique de l’astrologie, mais ils ont “enrichi” l’ère du Verseau en la reliant à Uranus, lequel ne figure pas – on s’en doute – dans le dispositif ptoléméen du Tétrabible. Pour notre part, il est tout à fait exclus de se référer à la planète découverte par William Herschel. Il y a là d’ailleurs, convenons-en, une coïncidence qui a pu marquer les esprits puisqu’au moment même où l’idée d’une nouvelle ère prend forme que les astrologues s’interrogent sur le signe à attribuer à la nouvelle planète Uranus.22 et qu’ils s’accordent pour la situer dans le signe du Verseau ! Nouvelle planète pour une nouvelle ère, annonçant en quelque sorte la nouvelle ère. Il y a là de quoi frapper les esprits, n’est-il pas vrai ?

L’attribution d’Uranus au Verseau fut-elle influencée par l’annonce de l’ère du verseau et ce d’autant que Sepp, largement cité par Amadou23, parlait, dans l’original allemand de son livre, de la nouvelle ère des Poissons et non point de celle du Verseau, comme l’a montré Christian Lazarides ? Toujours est-il que c’est le Verseau qui l’a doublement emporté en se faisant attribuer et le lien avec la nouvelle planète Uranus et la paternité de la nouvelle ère précessionnelle. R. Amadou signale24 le cas intéressant de l’astrologue britannique Alfred John Pearce, auteur de The Text-Book of Astrology : “Au temps du Textbook (sic) of Astrology de A. J. Pearce, en 1879, pour qui l’ère du Verseau va de soi, toute l’astrologie britannique ou presque porte l’empreinte de la Société théosophique fondée en 1875. Or la fondatrice, Mme Blavatsky – HPB – n’écrit pas sur l’ère du Verseau avant 1887, mais elle en parlait d’abondance et l’enseignait depuis longtemps auparavant” Signalons que Christian Lazaridés a étudié de près la place des ères chez la fondatrice de la Théosophie.

Au chapitre XVII du Livre I, consacré à The planet Uranus25, Pearce écrit : “The existence of Uranus having been unknown to the ancient accounts for most of the errors of the old writers on nativities”, propos typique d’un certain état d’esprit évoquant la querelle des Anciens et des Modernes. Il note : “Some modern authors have assigned Aquarius to Uranus thus either robbing Saturn of his day-house or forcing upon him a partner. However, until experience teaches us in what signs Uranus and Neptune are most powerful, I must decline to endorse so hasty an attempt to provide for one of the houseless wanderers” (p. 63). En ce qui concerne les ères, nous n’avons trouvé chez Pearce que ces deux passages : “After 2160 years from the first period of Buddha or the Sun in Gemini, the precession of the equinoxes brought the vernal into the sign Taurus (…) After another period of 2160 years the vernal equinox fell in the sign Aries, the ram.” (p. 10) Et : “It is a remarkable fact that the Christian era is connected with the epoch of the vernal equinox in Aries – the sacrificial ram or lamb26, ce qui semble se rapprocher plutôt de la position de Sepp en faveur d’une nouvelle ère en Poissons et non pas, comme l’affirme R. Amadou, en Verseau, puisque si l’ère chrétienne correspond au Bélier (Aries), l’ère suivante est nécessairement associée aux Poissons.

D’ailleurs, on ne trouve pas autre chose chez Dupuis dans son “Examen d’un ouvrage phrygien contenant la doctrine apocalyptique des initiés aux mystères de la Lumière et du Soleil Equinoxial de Printemps, sous le symbole de l’Agneau ou d’Aries, premier des douze signes”27 quand il conclut (Ch. XX, p. 293) : “Substituez l’Agneau qui remplace le Taureau dans la suite à l’Equinoxe et vous aurez la doctrine de l’Apocalypse mot pour mot.” Pour Dupuis, on est entré, écrivait-il à la fin du XVIIIe siècle, dans l’ “ère” du Taureau, pour employer un terme qui n’appartient pas à son vocabulaire, il n’y a que 4000 ans. “Plus de mille ans avant le règne d’Auguste, ou l’ère vulgaire le Soleil n’ouvrait plus l’année, monté sur le Taureau mais placé sur le Bélier ou l’Agneau céleste. De nouvelles religions se formèrent et s’emparèrent de ce nouveau symbole.”28 Ainsi, pour Dupuis, l’apparition du christianisme correspond au milieu de l’ère du Bélier, à son apogée et non pas au début d’une nouvelle ère. Christian Lazarides, à qui nous avons signalé ce passage, nous fait cependant remarquer qu’ailleurs Dupuis et Delaulnaye présentent les mêmes données, à savoir une ère du bélier commençant beaucoup plus tôt vers -2500 ans avant JC et donc une ère des poissons précédant l’apparition du christianisme. Pour notre part, nous pensons que la thèse défendue par Dupuis, du moins dans l’Origine de tous les Cultes, correspond bien à une ère des Poissons nettement postérieure et non pas antérieure à l’ère chrétienne, étant entendu que nous n’entrerons pas ici dans le débat quant au positionnement réel du point vernal mais à la façon dont Dupuis l’a perçu lorsqu’il a développé ses thèses sur la symbolique bélier de la religion chrétienne, ce qui n’exclue pas qu’ailleurs, pour telle ou telle raison, il ait adopté un autre parti, plus favorable à un changement cosmique en rapport avec le christianisme. En effet, la thèse de l’Origine ne pouvait qu’être fort mal reçue par les milieux chrétiens puisque Dupuis ne faisait du culte de Jésus qu’une resucée de celui du dieu Amon – bélier portant le soleil entre ses cornes, comme on peut le voir sur le frontispice Dupuis mais non chez Delaulnaye – autrement dit une sorte de culte d’origine égyptienne. Deux thèses s’opposent bel et bien : celle d’un Dupuis qui ne veut nullement présenter le christianisme comme une religion radicalement nouvelle suivant en cela l’exemple des libertins érudits29 et celle – que nous contestons – d’un Dupuis qui reconnaîtrait, du moins implicitement, que le christianisme correspond bien à un nouvel état religieux, n’obéissant plus à la symbolique bélier que de façon résiduelle ; en d’autres termes, pour le Dupuis de l’Origine - car il semble qu’il y ait eu successivement plusieurs Dupuis – le christianisme ne serait pas en rupture avec le judaïsme, ce seraient deux avatars, deux manifestations du Bélier/Agneau. Il ne semble pas, au demeurant, que dans l’Origine, Dupuis ait envisagé d’aucune manière un quelconque avenir religieux, que l’on pourrait ou devrait déterminer d’après le processus précessionnel et encore moins qu’un tel processus symbolique puisse se produire sans la complicité des sociétés et de leurs dirigeants politiques ou/et religieux, donc dans une optique aucunement d’ordre astrologique, au sens influentiel du terme, où le verdict cosmique transcenderait la volonté humaine, position qui semble être celle de Sepp, sur la base de données astronomiques faisant démarrer l’ère du Bélier quelques siècles après la date signalée par Dupuis dans son commentaire du Frontispice de l’Origine. Comme l’a montré le recueil Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, on peut approcher le problème des ères soit par la grille de l’Histoire des Religions, soit par celle de la dynamique céleste; la diversité des dates avancées pour déterminer le début de l’ère du Verseau en disant long sur l’importance considérable à accorder à l’analyse proprement historique aujourd’hui comme hier. Ce qui d’ailleurs nous conduit à penser que le ciel est souvent vécu comme une auberge espagnole.

Nous n’entrerons donc pas dans le débat quant à déterminer si Dupuis avait raison de placer le changement d’ère environ vers l’An Mille alors que d’autres plaçaient ce changement mille ans plus tôt. Décalage énorme donc d’approche entre Dupuis et Delaulnaye, par delà même leurs interprétations des données astronomiques, puisque pour ce dernier, selon son tableau récapitulatif de 179130 le monde serait entré dans le Bélier en – 2504, soit environ 1500 ans avant la date adoptée par Dupuis, vers – 1000! On comprend mieux pourquoi Sepp parlait de l’avènement de l’ère des Poissons et non de celle du Verseau – comme le laisse entendre R. Amadou, sur la base d’une traduction française biaisée – et on notera que le lien entre la constellation des Poissons et le christianisme, cher à un Paul Le Cour (1937), n’était nullement à l’ordre du jour chez Charles-François Dupuis lequel cherchait avant tout à situer le christianisme parmi d’autres cultes du Bélier et non pas à en faire la religion d’une nouvelle ère. Sepp voulait aller plus loin que Dupuis en extrapolant vers une nouvelle échéance mais il n’en restait pas moins fidèle à son découpage chronologique, l’ère des Poissons ayant commencé en l’An 1000 – ce qui correspond assez bien au début du joachimisme – 1000 ans avant JC plus 2160 donnent le XIIe siècle de notre ère – et devant culminer au XXe siècle et se maintenir jusqu’à l’An 3000, qui verrait alors l’avènement d’une ère du Verseau et non en l’An 2000 comme un Paul Le Cour l’annonçait, avec d’ailleurs l’idée d’un Second Avènement du Christ. C’est dire que tout le monde n’est pas sur la même longueur d’onde ni sur le modèle chronologique, ni sur son interprétation.

   En tout cas, on ne voit pas où R. Amadou a pu lire que Pearce acceptait l’idée d’ère du Verseau, lequel Pearce n’était pas par ailleurs pour accorder le signe du Verseau à Uranus. On voit donc qu’il reste matière à préciser un certain nombre de points relatifs à l’astrologie du XXe siècle et à sa “protohistoire”, comme aime à dire R. Amadou31, tant en ce qui concerne la question des ères que celle des domiciles telle qu’elle a fini par se cristalliser. On notera d’ailleurs que Pearce passe indifféremment des signes aux constellations dans son Text-Book, en recourant aux mêmes dénominations zodiacales, d’autant qu’en anglais les signes et les constellations sont désignés par le même terme latin alors qu’en français, le latin est réservé aux seules constellations. Il semblerait d’ailleurs que Dupuis n’ait pas lui-même été à l’abri d’un tel flottement (cf. infra). Il reste qu’il faudrait examiner de plus près si l’attribution du signe du verseau à Uranus, planète découverte, du moins selon les calculs de Delaulnaye, au tout début du passage du point vernal dans la constellation dite du Verseau, est ou non le fruit du hasard. Certes, il existe des raisons structurelles pour placer Uranus dans un signe attribué à Saturne, domicilié tant en capricorne qu’en verseau, dans la mesure où Uranus succède à cette planète en tant que “dernière” planète, la plus éloignée – poste qu’il occupera jusqu’en 1846, avec la découverte de Neptune. Ajoutons que pour l’exaltation d’Uranus, le Scorpion sera adopté, signe qui fait suite à la Balance, signe où Saturne est exalté, suivant là un raisonnement quelque peu différent. Mais le dispositif des exaltations comportait des vides – dont justement le Scorpion32 - alors que, comme on peut le voir dans le Tétrabible, les domiciles sont tous attribués. Il faut probablement parler ici d’une coïncidence focalisant sur le Verseau, signe et constellation, mais celle-ci a pu frapper les esprits.

Dupuis et l’horloge arrêtée

   Cela dit, à y regarder de plus près, Dupuis semble bien associer le Bélier au christianisme mais pas à lui seul, en fait, il en fait une religion du Bélier parmi d’autres et l’on peut penser que d’autres chercheurs aient voulu faire en sorte que le christianisme se différencie des autres religions et coïncide avec un changement d’ère, et c’est ce parti qui finira par l’emporter mais apparemment le débat ne fut tranché qu’au début du XXe siècle.

Que dit Dupuis sur le lien Christianisme-zodiaque et est-ce si différent de ce qu’en dit Sepp ? Prenons son Abrégé de l’Origine de tous les culte, Paris, 1836, Reed Rennes, Awac, 1978 : “Ignorez-vous que deux mille ans avant l’ère chrétienne, époque à laquelle remonte la religion des Perses et le culte mithriaque ou du taureau de Mithra, le Soleil franchissait le passage équinoxial sous le signe du Taureau et que ce n’est que par l’effet de la précession des équinoxes qu’il le franchit de vos jours sous le signe de l’Agneau ? Qu’il n’y a de changé que les formes célestes et le nom, que le culte est absolument le même ?” (p. 292)

“Les mystères de Christ sont donc tout simplement les mystères du dieu Soleil dans son triomphe équinoxial où il emprunte les formes du premier signe ou celles de l’Agneau céleste.“ (p. 298)

“Le nom d’agneau n’a été donné à Christ et on ne l’a anciennement représenté sous cet emblème que parce que le Christ est le Soleil sous cet emblème que parce que le Christ est le Soleil et que le triomphe du Soleil arrive tous les ans sous le signe céleste de l’Agneau ou sous le signe qui était alors le premier des douze et dans lequel l’équinoxe de printemps avait lieu. Les Troyens avaient consacré pour victime au soleil l’agneau blanc et leur pays était célèbre par les mystères d’Atys, dans lesquels l’Agneau équinoxial jouait un grand rôle.” (p. 301)

 

La thèse de Dupuis, on le voit, ne consiste nullement à démontrer que le christianisme est une nouvelle religion mais à souligner ce qui le relie à d’autres religions également marquées par le Bélier. Il veut aussi montrer, en une sorte de panthéisme, que les religions du Bélier ne sont de toute façon pas vraiment différentes de celles du Taureau : “que le culte est absolument le même”, écrit-il dans son étude sur Firmicus Maternus.

Il semble que pour contrer Dupuis, on ait détourné son discours et soutenu que le Christianisme constituait une révolution, un nouvel âge et l’on insistera dès lors sur le lien Christianisme/Poissons. Mais c’est alors qu’aux yeux d’autres chercheurs, anti-chrétiens, il fallait montrer que l’ère chrétienne était parvenue à son terme et que l’on passait à un nouvel âge zodiacal, celui du Verseau, selon la précession qui fait défiler les signes en sens inverse, d’où le nom même de précession et non de succession. Ainsi, nous serions en présence de trois écoles : celle qui voudrait situer le christianisme dans une continuité avec d’autres religions du Bélier, celle qui voudrait insister sur le fait que l’on vit désormais sous les Poissons, signe du christianisme qui le démarque des autres cultes et enfin celle qui annonce la fin du christianisme et l’avènement d’une ère du Verseau qui verra se développer encore autre chose, c’est la position du traducteur français de Sepp, dans les années 1850, qui finira par s’imposer et qui sera reprise notamment par Paul Le Cour.

La question n’est pas ici de savoir quel auteur avait raison d’un point de vue astronomique mais comment les choses se sont réellement passées, car on ne reconstruit pas l’Histoire avec sa seule logique mais en disposant de tous les éléments. On ajoutera qu’en l’occurrence, le domaine des constellations est extrêmement mal circonscrit. Nous avions en 1992 publié un tableau datant de 1791 et indiquant le passage du point vernal en Verseau, chez Delaulnaye pour 1726 : quelle précision sur un tel sujet !33On connaissait la durée d’une ère en découpant en 12 le cycle précessionnel mais on ne savait guère à quelle date chacune débutait.34

Il semble qu’il faille distinguer les thèses de Dupuis de celles de Volney et de Delaulnaye, quand bien même se référeraient-elles à Dupuis.35 ; ces deux auteurs militent en faveur d’une Ere des Poissons correspondant à l’avènement du Christianisme mais est-ce là véritablement la position de Dupuis ? Il semble que Dupuis et son Origine de tous les Cultes ou Religion Universelle, Paris, H. Agasse, An III de la République (1795) aient influencé les ésotéristes allemands alors que Volney, dont les Ruines furent notamment traduites en anglais influencèrent les ésotéristes Anglo-saxons et c’est cette représentation qui finira par l’emporter. Mais un Pearce, pour sa part, nous semble plutôt avoir pris connaissance des idées de Dupuis, directement ou indirectement. On ne saurait donc suivre R. Amadou quand il tend à dissimuler l’existence, à la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle, de deux courants s’opposant sur la lecture précessionnelle de l’Histoire des Religions, sujet au demeurant des plus sensibles et qui pouvait diviser les esprits. D’ailleurs R. Amadou ne manifeste-t-il pas quelque perplexité à propos du frontispice : “Si la présence du Verseau est ici implicite, son sens ne le serait qu’à un troisième degré ; ne sont présents ou interprétés non plus les Poissons, par exemple, qu’on croirait curieusement remplacés par le Bélier. Avec Dupuis, pourtant, de même qu’avec son contemporain L’Aulnaye, nous sommes bien dans les sujet, à savoir la théorie générale de l’EV (Ere du Verseau) et par conséquent, compte tenu du vague, la préhistoire du mythe.”36

Force, cependant, est de constater à quel point Delaulnaye et Volney sont bien plus explicites que Dupuis et se placent donc plus directement que lui dans la dite “préhistoire” de l’EV : déjà dans le frontispice, nous notions dans notre thèse d’Etat (p. 446) que chez Dupuis “le Zodiaque comporte le bélier suivi du taureau tandis que chez Delaulnaye, l’on découvre de gauche à droite taureau, bélier et poissons.” Si de plagiat il s’agit, il faudrait parler de la part de Delaulnaye, il serait accompagné d’une retouche de taille, ce qui ne saurait surprendre l’historien des textes et c’est ici le plagiaire qui dépasse littéralement les positions de son modèle et les détourne en marquant une rupture lors de l’avènement du Christianisme qui n’est nullement dans l’idée de Dupuis.37

En réalité, à propos d’influence, ne serait-ce pas bien plutôt Dupuis qui aurait emprunté le frontispice à Delaulnaye – dont l’Histoire particulière et générale des religions et du culte de Delaulnaye (1791) le comportant, paru d’ailleurs avant son Origine de tous les cultes, combien même le commentaire de Dupuis serait-il plus savant ? On notera que le nom de Bernard Picart, dont le frontispice figure dans les Cérémonies et coutumes religieuses (Amsterdam, 1727) figure non pas chez Dupuis mais bien, comme l’a observé R. Amadou38, dans le prospectus annonçant la parution du traité de 1791.39

Delaulnaye va beaucoup plus loin que ne le fera Dupuis, puisqu’il fixe le passage de la ligne équinoxiale sur l’axe des constellations Bélier/Balance à 2500 ans avant le règne d’Auguste mais nous verrons que pour Dupuis, le christianisme reste l’héritier, sans solution de continuité de cette ère du Bélier, dont il serait en fait un surgeon tardif et non pas une nouvelle et cruciale étape de l’Histoire des Cultes.

Ainsi, en fin de compte, n’adopterons-nous point la thèse du plagiat commis par Delaulnaye à l’encontre de Dupuis, il s’agirait plutôt d’influences croisées. Une comparaison des trois “frontispices” montre d’ailleurs que Delaulnaye n’aura finalement emprunté à Picard qu’une idée générale, celle de rassembler les représentants et les symboles des diverses religions en un seul et même tableau mais chez Picard, ne figure point au ciel les signes du bélier, du taureau et des poissons comme ce sera le cas chez Delaulnaye-Dupuis se refusant à placer les Poissons. Les points communs de Delaunaye avec Picart se réduisent en gros au personnage enturbanné de Mahomet lequel n’apparaît plus chez Dupuis et à celui, féminin, de la Vierge, laquelle figure dans les trois frontispices, avec son voile. Mais sur le frontispice de Picart, point de taureau, élément essentiel de la composition de la gravure figurant chez Delaulnaye, repris intégralement par Dupuis. En fait, les deux frontispices des années 1790 semblent essentiellement axés sur le Taureau alors que chez Picart, on a la représentation des religions du Livre, catholicisme, protestantisme, judaïsme, Islam40, tout au plus y évoque-t-on l’empire romain : aucune référence aux cultes d’animaux: en comparant le frontispice de Picart et celui de Delaulnaye/Dupuis – dont on a dit les variantes – seule la juxtaposition des divers cultes en un seul tableau est maintenue mais pour Picart, il s’agit de décrire les religions actuellement en vigueur bien plus que d’établir une quelconque filiation entre celles-ci et des cultes antérieurs. En ce sens Picart n’est pas en phase avec le libertinage érudit d’un La Mothe Le Vayer, qui tend à refuser une quelconque progression d’une religion à l’autre. Il y a là deux options sensiblement différentes mais tout aussi corrosives : l’une qui insiste sur le caractère secondaire des différences autour desquelles des guerres se font – plus ça change et plus c’est la même chose – et l’autre qui met l’accent sur la durée limitée de la vie des cultes, ce qui rejoint le point des astrologues, spéculant sur la fin de l’Islam, par exemple, au bout de 1000 ans, ce qui était très à la mode, au XVIIe siècle.

En fait, sur le frontispice, on trouve la vision d’Ezéchiel, reprise dans l’Apocalypse avec l’aigle, le taureau, le lion, l’homme étant ici représenté par la Vierge et Jésus, et donc en ce sens relié au Verseau, le signe opposé au Lion, mais le Lion a disparu dans la composition de Dupuis, ce qui, selon nous, confirme le plagiat, souvent trahi par sa maladresse ! Au centre de la vision du tétramorphe, l’agneau pascal sur l’autel. En revanche, chez Dupuis, se profile à l’arrière plan, à droite, le bélier d’Amon qu’on ne découvre pas chez Delaulnaye. On voit mal un plagiaire corriger un document défectueux mais bien ne pas en saisir pleinement la portée en perdant en route certains éléments propres au modèle.

Ajoutons que Picart ne se situe nullement dans une perspective astrologique mais son travail a pu être ésotérisé et d’abord articulé sur un plan astronomique, ce qui n’est d’ailleurs pas illégitime en soi, d’un point de vue interdisciplinaire, étant donné l’importance accordée de tout temps au cosmos et à son mouvement tel du moins qu’on était en mesure de l’appréhender mais de là à transformer une tentative de modélisation de l’Histoire des Religions en un système prophétique et prédictif, il y a là un joli saut épistémologique.

Mais, en tout état de cause, dira-t-on, une nouvelle ère ne se présentait-elle point, qu’elle fut celle des Poissons ou du Verseau, même s’il peut sembler incroyable que l’on puisse avoir un tel différend quand on sait que plus de 2000 ans séparent a priori les deux options ? Ce serait oublier que nous sommes ici en présence de deux paramètres, l’un astronomique, l’autre religieux. Si pour Dupuis, le christianisme reste symboliquement marqué par le Bélier, il en déduit que l’ère chrétienne relève toujours du Bélier et ce sans considération pour le prochain décalage. En fait, tout se passe comme si, pour Dupuis, l’horloge était arrêtée au Bélier et que le système n’était nullement conçu pour envisager une quelconque extrapolation. Pour Dupuis, l’important était de montrer que l’acte de naissance du christianisme était en Bélier, cela n’allait pas plus loin mais nous verrons qu’il existe une explication complémentaire ou alternative pour rendre compte de son attitude (cf. infra). En revanche, pour Delaulnaye et Volney, il était possible de lire l’Histoire autrement et de relier le christianisme non pas au Bélier mais aux Poissons, en s’en tenant au glissement précessionnel et donc en n’arrêtant par l’horloge, jouant ainsi aux apprentis sorciers puisque selon une telle logique on finirait, tôt ou tard, par s’acheminer vers l’annonce d’une nouvelle ère, post-chrétienne, ce dont ne se privera pas, on le sait, un Paul Le Cour. En fin de compte, on ne saurait dire que Sepp suivit Dupuis puisque lui aussi refuse d’arrêter l’horloge mais il commet un contresens à son égard en annonçant une nouvelle ère des Poissons, ne comprenant pas l’approche de Dupuis consistant à figer tout processus religieux à l’âge du Bélier, approche rétrospective et non pas prospective.

En un certain sens, cependant, le traducteur français de Sepp, Charles Sainte- Foi41 a raison de remplacer Poissons par Verseau, du moins d’un point de vue astronomique. En revanche, d’un point de vue anthropologique, on peut sérieusement se demander si Dupuis n’était pas dans le vrai en considérant que le processus religieux était désormais en roue libre, continuant sur sa lancée, et n’était pas voué à se renouveler du fait de nouvelles échéances astronomiques, assez vaines.

Comme nous l’exprimions, au début de la présente étude, il y a un clivage, parmi ceux qui s’intéressent aux liens entre les hommes et le cosmos : il y a ceux qui, comme nous, pensent que ces liens s’établissent à un moment donné et perdurent et ceux qui envisagent l’évolution de ces liens en tenant le raisonnement suivant : si les bases sur lesquelles on s’est appuyé se modifient, ne convient-il pas d’en tenir compte? Si le point vernal qui a présidé à la formation de tel culte se meut, ne convient-il pas, en effet, d’en tirer des conséquences ? Mais raisonner ainsi, c’est supposer que l’aptitude de nos sociétés à se reprogrammer pour être en phase avec de nouvelles données est restée intacte, ce qui est très discutable. C’est au demeurant ce que soutiennent les astrologues qui veulent intégrer Uranus, et d’autres planètes encore plus lointaines dans le rapport des hommes au cosmos alors que nous pensons que les “bureaux” sont fermés depuis belle lurette. On observe donc ici un clivage très marqué au sein des chercheurs en anthropologie cosmique.

Ajoutons, pour finir, un questionnement qui pourrait remettre en cause toute la théorie équinoxiale telle que l’a inaugurée Charles-François Dupuis. Car si ce dernier refuse, selon nous, de passer du Bélier aux Poissons, en revanche, son raisonnement implique que l’on soit passé du Taureau au Bélier. Selon Dupuis, les anciens auraient fondé une religion ou un ensemble de cultes autour du Taureau, quand le point vernal croisait la constellation du Taureau puis auraient réaménagé ceux-ci quand le point vernal était passé dans la constellation du Bélier. Dupuis avait besoin de mettre en évidence un tel passage pour conférer quelque dynamique à son modèle mais n’aurait pas souhaité qu’il s’emballât. Ce que Dupuis ne considère pas, c’est que dans le Taureau, il y a une étoile de première grandeur qui est Aldébaran, l’Oeil du Taureau et qui fait pourtant partie des quatre étoiles royales. Pourtant Dupuis n’écrit-il pas : “A la suite du système planétaire, le mystagogue nous présente le tableau du Ciel des fixes et les quatre figures célestes qui étaient placées aux quatre angles du Ciel, suivant le système astrologique. Ces quatre figures étaient le Lion, le Taureau, l’Homme du Verseau et l’Aigle, qui partageaient tout le zodiaque en quatre parties ou de trois signes en trois signes (…) Les étoiles qui y répondaient s’appelaient les quatre étoiles royales.”42 On a vu que sur son frontispice, le Lion est étrangement absent. Ailleurs, Dupuis rappelle par ailleurs : “Les Hébreux et les Chrétiens admettent quatre anges chargés de garder les quatre coins du Monde. L’astrologie avait accordé cette surveillance à quatre planètes; les Perses à quatre grandes étoiles placées aux quatre coins cardinaux du Ciel.”43

Or, si un tel dispositif axé sur les étoiles royales existe dans le ciel, quel sens y aurait-il à le modifier du fait de la précession des équinoxes ? Et retrouverait-on ailleurs des étoiles aussi puissantes ? Il semble bien, tout au contraire, que la constellation du bélier ne comporte pas une étoile comparable à l’étoile royale Aldébaran. Dupuis se rend-il compte que face à Aldébaran, il y a une autre étoile, également, fort visible, Antarés, Coeur du Scorpion ? Imagine-t-il retrouver un tel axe dans les constellations du Bélier et de la Balance (autrefois Chelles du Scorpion) ? Or, si l’on commence à raisonner ainsi, on doit se poser la question suivante : comment un tel axe aurait-il pu être choisi pour correspondre à un moment donné au point vernal et à la ligne des équinoxes ? Autrement dit, un tel axe stellaire a été d’abord choisi parce qu’il était un axe céleste visuellement remarquable et probablement sans le moindre rapport avec des considérations saisonnières ou équinoxiales, ne correspondant pas nécessairement à une représentation concrète au niveau cosmique. La date à laquelle le dit axe fut pris en considération est d’ailleurs probablement très antérieure à une telle configuration équinoxiale même si, à un certain moment – tout arrive – cela put se produire. Il est possible que lors de la superposition de l’axe stellaire sur le point vernal, c’est-à-dire lorsque le soleil fut conjoint à Aldébaran au moment même où le printemps débutait dans l’Hémisphère Nord, cela fut l’occasion de rapprocher l’astrologie stellaro-planétaire de l’astrologie saisonnière et que le syncrétisme et la projection que nous évoquions plus haut se produisirent. Mais là encore, si l’humanité était habituée à Aldébaran, dans la constellation du Taureau, depuis de très longs siècles, était-il concevable qu’elle put ensuite se programmer pour réagir à une autre étoile, fut-elle liée au cycle saisonnier ? Pour notre part, nous ne le pensons pas et ce, pour les mêmes raisons qui empêchèrent Dupuis, d’envisager une nouvelle mutation religieuse.

Il nous apparaît que Dupuis a fort bien pu être victime d’une certaine confusion et d’une certaine méconnaissance du rapport entre astrologie et astronomie, rapport, il est vrai, parfois assez déconcertant. Sachant en effet que, dans les traités d’astrologie et d’astronomie, le premier signe du Zodiaque était le Bélier et que le Bélier correspondait à l’équinoxe, il a probablement cru que le point vernal se trouvait ipso facto dans la constellation du Bélier. A plusieurs reprises, on trouve sous sa plume des expressions telles que “Agneau ou Bélier printanier”.44 Certes, Dupuis sait-il qu’il fut un temps où “le point équinoxial du printemps (était) occupé par l’image du fameux taureau”45, que “le Taureau équinoxial (…) précéda l’Agneau au point de départ des sphères et du printemps”46, mais ne dit-on pas que “le mouvement ou la révolution se compte du point d’Aries ou de l’Agneau équinoxial” ?47 Est-ce que Dupuis peut concevoir que l’astrologie ait conservé comme point de départ le Bélier alors que celui-ci, en tant que constellation, ne correspond plus au point vernal, à l’équinoxe ? Prit- il vraiment conscience du décalage entre le tropical et le sidéral ? Certes, Dupuis sait pertinemment qu’un glissement se produit du fait de la précession des équinoxes mais ne suppose-t-il point – à tort – que l’astrologie en a tenu compte, tout au long de son Histoire et qu’elle aurait placé son point de départ en Poissons s’il l’avait fallu ? On notera que l’évolution probable du dispositif des exaltations va aussi dans ce sens : le soleil exalté en Taureau et domicilié en Lion- soit deux signes de la croix des fixes (celle d’Ezéchiel et de l’arcane XXI, “Le Monde” dans le Tarot) ne l’a-t-il pas été ensuite en Bélier, suivant en cela la précession des équinoxes ? Il ne semble pas que Dupuis ait noté ce point qui allait dans le sens de ses thèses alors que par ailleurs il accordait la plus grande importance au dispositif des Dignités Planétaires et le considérait comme une clef majeure de son Origine de l’An III. Or, le fait est que le processus s’est enrayé : on en est resté au Bélier. Dupuis a pu penser, de par une érudition qui pouvait parfois être fragile, que le Bélier était toujours en vigueur sur le plan précessionnel et vernal. Il ne s’est donc pas inquiété et, sans se rendre compte du hiatus chronologique, il a placé sous le signe du Bélier – signe qu’au Iie siècle de notre ère, Ptolémée place toujours en tête- le christianisme, erreur que ne commettra pas Delaulnaye, qui, lui, sait pertinemment que le point vernal est en Poissons depuis fort longtemps et qu’il en est même récemment sorti pour entrer en Verseau et ce, en dépit, des conventions prévalant dans la pratique astronomico-astrologique encore en vigueur à la fin du XVIIIe siècle et qui le reste d’ailleurs encore deux siècles plus tard. Nous sommes là enclins à démystifier quelque peu, avouons-le, la “science” de Charles-François Dupuis, un des grands mythes de l’astrologie française à moins qu’il ne faille plutôt parler du prophétisme français avec Nostradamus et éventuellement avec André Barbault, en observant que parfois l’erreur est créatrice. Le cas Dupuis est remarquable en ce qu’il s’agit d’un mythe posthume, mais ne fut-ce pas déjà le cas de Nostradamus auquel on attribua ce qui ne lui revenait pas. On ne prête qu’aux riches: il pouvait être tentant de faire remonter la théorie des ères sous sa forme aquarienne - Aquarius Age dans l’opéra Hair - à Charles-François Dupuis – la candidature de Paul Le Cour ne tenant guère dès lors qu’il y a l’allemand Sepp qui le précède largement au siècle précédent – alors qu’elle est le fait de ses disciples et de ses imitateurs, Delaulnaye et Volney voire Alexandre Lenoir, mais là encore on songe au phénomène Nostradamus. Avec Barbault, sa longévité à être son propre thuriféraire mais nul doute qu’en tout état de cause, il se fut trouvé des bonnes volontés pour établir ce culte.48

On sait d’ailleurs que dans le domaine divinatoire, c’est parfois quand le praticien perd le contrôle de son savoir qu’il est le plus performant, comme l’avait noté un Eudes Picard (1867-1932), à propos des erreurs de calcul que l’on commet dans le montage d’un thème ou lorsque les données fournies sont fausses.49

Dupuis se trouvait ainsi confronté avec trois zodiaques : celui auquel se référait le tétramorphe et qui privilégie les signes fixes à commencer par le Lion, celui auquel se référent les notions d’équinoxes et de solstices et qui donne la priorité aux signes cardinaux, à commencer par le bélier et enfin celui qui s’appuie sur le nom des constellations selon une longue tradition. Rappelons que le zodiaque n’est en soi qu’une sorte d’agencement à douze facteurs qui peut se plaquer sur n’importe quel plan, en fait une espèce d’alphabet. En fait, un problème posé par les travaux de Dupuis et qui ne semble pas avoir été pris en considération pendant les deux siècles qui suivirent est le suivant: est-ce que le Bélier a toujours été le premier signe du Zodiaque ? Apparemment, à en croire Dupuis, ce fut d’abord le Taureau et donc le Bélier n’occupe la première place que temporairement dès lors que le processus qui a conduit à ce qu’il succède au Bélier se poursuit et dans ce cas pourquoi les astrologues continueraient-ils à placer le Bélier en tête, si ce n’est – raison insuffisante – parce que les astronomes s’en contentent par simple commodité ? Le choix du Bélier apparaît comme un bien médiocre statu quo : il n’a ni le prestige du Taureau, avec son rapport au sphinx, ni la scientificité de la constellation traversée par l’axe équinoxial, en l’occurrence le Verseau. Ajoutons que les astrologues sidéralistes actuels, eux, ne sont pas mieux lotis, puisqu’ils privilégient la constellation du Bélier comme point de départ de leur zodiaque alors que celle-ci ne correspond plus à rien de très significatif, ni au niveau saisonnier, ni à celui du tétramorphe si présent dans l’imagerie des cathédrales, constellation au demeurant sans grande force quant à la magnitude des étoiles qui s’y trouvent. Par ailleurs, le fait précessionnel fait se succéder les signes dans l’ordre inverse de celui des saisons : on passe ainsi du printemps (Taureau-Bélier) à l’hiver (Poissons-Verseau), ce qui risque fort de rendre la symbolique zodiacale encore plus floue : il y a là un paradoxe quand on sait qu’au XVIIIe siècle, justement, on insistait sur la dimension météorologique de la suite des signes.

C’est dire, en tout cas, que l’astrologie contemporaine comporte quelques zones d’ombre dans sa genèse alors que désormais on assimile, sans état d’âme, l’ “ancienne” et la “nouvelle” astrologie, avec l’idée que l’une était porteuse de l’autre, tout comme l’Ancien Testament préfigurerait le Nouveau. On nous parle au sujet des “nouvelles” planètes d’octaves supérieures des anciennes50, de planètes annonciatrices de temps nouveaux, comme s’il s’agissait de comètes. On voit les astrologues discourir sur les noms que les astronomes ont attribué aux nouvelles planètes et réduire leurs recherches à une exégèse mythologique. Alors que l’astrologie médiévale avait pris ses distances par rapport au Panthéon gréco-romain, on en arrive à nommer Uranus ainsi parce que c’est le père de Saturne, tout comme Saturne est le père de Jupiter mais sans que les astrologues aient eu droit à la parole, se contentant d’entériner les inventions, dans tous les sens du terme, des astronomes. Syncrétisme entre l’ancien ciel et le nouveau ciels qui se manifeste de façon éclatante dans le nouveau dispositif des domiciles, accueillant les transsaturniennes, syncrétisme entre tropicalisme et sidéralisme alors que le zodiaque qui est au coeur du problème est une structure incompatible avec la théorie des aspects qui implique la rencontre entre deux astres, planète ou étoile, syncrétisme entre astrologie individuelle, astrologie typologique (types planétaires de Gauquelin, horoscopes des journaux) et astrologie mondiale; syncrétisme, enfin, entre une tradition multiséculaire et un replâtrage modernisant. Robert Amadou a raison de s’interroger sur l’utilité d’intégrer Pluton dans le système astrologique.51 Pour notre part, nous pensons que l’astrologie a mal pris le tournant de la modernité et qu’elle y a perdu son âme. Mais déjà, comme on l’a dit, le syncrétisme entre une astrologie stellaro-planétaire et une astrologie zodiaco-saisonnière allait être des plus fâcheux, entériné au demeurant par le Tétrabible, au IIe siècle, où le soleil et la lune cohabitent, dans le tableau des domiciles, avec les cinq planètes. L’Astrologie aura connu, dans son Histoire, deux moments particulièrement néfastes, à 2000 ans environ d’intervalle, le premier dont la “bible” de Ptolémée se fait l’écho – et qui a été récemment retraduite et commentée par Pascal Charvet (Ed. Nil), avec une participation d’Yves Lenoble – et le second qui fut nôtre XXe siècle, avec de façon emblématique l’indice de concentration planétaire d’André Barbault qui additionne les planètes entre Jupiter et Pluton pour en extraire un coefficient. Entre ces deux extrêmes, on notera une période assez favorable, autour de l’an 1000, avec l’élaboration, en milieu arabo-judéo-islamique de la théorie des Grandes Conjonctions Jupiter-Saturne, dégagée de toute considération mythologique, qui était encore très marquante à la Renaissance. On peut espérer que le XXIe siècle amorcera un nouveau temps de décantation, en réaction à la phase baroque actuelle.

Le milieu astrologique a longtemps été réticent à l’égard du phénomène Nostradamus comme du phénomène Aquarius, tous deux se situant à ses marges. Aquarius et la Nouvelle Ere du Verseau - actes d’un colloque organisé par une association astrologique, le Mouvement Astrologique Unifié (MAU), célébra, il y a vingt cinq ans, un certain mariage (de raison ?). Et le récent ouvrage de Laura Winckler, L’Ere du verseau, défis pour les temps à venir (Paris, Ed. des trois monts, Auxerre, 1999) est caractéristique d’une telle fusion, d’autant que Fernand Schwarz, son époux, fut un des plus significatifs contributeurs d’<i<aquarius< i= »"> et du Congrès MAU sur le Verseau de 1977. On pourrait en dire de même pour le rapprochement de plus en plus net entre les études nostradamiques et les études astrologiques. Le colloque MAU-CURA, Frontières de l’Astrologie – qui se tint en décembre 2000, comprenait une section Nostradamus, avec la participation notamment de Roger Prevost, de Patrice Guinard et de nous-mêmes. A sa suite, le Site du Cura.free.fr (Centre Universitaire de Recherche Astrologique) allait largement s’ouvrir à ce domaine de recherche ; désormais, des auteurs allaient partager leurs travaux entre l’astrologie et Nostradamus.52 mais déjà en juin 1985, à Salon de Provence, au Château de l’Empéri, à l’initiative de Robert Amadou, avec le soutien de la Société Française d’Astrologie (SFA) et de la FFA, plusieurs astrologues français dont nous-même, avaient été conviés à s’investir dans le champ nostradamique sans cependant qu’il en fut résulté des effets significatifs comme c’est le cas en ce début de XXIe siècle (cf. supra). Mais la rencontre de Salon avait été féconde du fait de la rencontre que nous avions faite de Robert Benazra, ce qui allait déboucher sur la parution en 1990, du Répertoire Chronologique Nostradamique aux Editons du MAU, La Grande Conjonction, en association avec les Ed. Guy Trédaniel, avec une préface de notre directeur de thèse, le Professeur Jean Céard, dont nous avions fait la connaissance à Salon. C’est dire qu’il y a des moments où l’astrologie s’ouvre à de nouveaux champs (décloisonnement) et d’autres où, au contraire, elle se doit de se recentrer (cloisonnement).

Pour en revenir aux ères précessionnelles, on notera que très souvent on en trouve des exposés qui ne se référent à aucun auteur comme s’il s’agissait d’un bien commun que chacun peut s’approprier, un peu comme les significations des nouvelles planètes. Lors du congrès de Bâle, organisé par Claude Weiss (avril 2004), les astrologues jonglaient avec Uranus, avec l’ère du Verseau, comme s’il s’agissait de parties intégrantes de la tradition astrologique et n’avaient à être associées à aucun auteur en particulier. Hajo Banzhaf y présenta le système sans citer un seul nom et on se demande s’il ne faudrait pas ici parler de plagiat mais d’un plagiat qui se présente comme une évidence qui appartient à tout le monde alors que la théorie, sous sa forme actuelle a une histoire et des enjeux qu’il importerait de connaître, à condition, bien entendu, d’en restituer tous les enchaînements.

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Critique de la théorie des domiciles de Dupuis

    Dupuis, à la fin du XVIIIe siècle, allait remettre à l’honneur un dispositif qui avait connu une fortune appréciable mais qui, vu du XXIe siècle, avait encore de beaux jours devant lui, puisque la pratique astrologique actuelle lui confère une importance déterminante en astrologie individuelle, à tel point que l’on pourrait soutenir que nous sommes là en présence d’une pièce maîtresse de l’interprétation du thème astral. Certes, Dupuis, quand il expose ce qu’il appelle la “Théorie des Domiciles” fait avant tout oeuvre d’historien essayant de montrer le rôle de l’astrologie en général et du Zodiaque en particulier, dans la genèse de tous les cultes. Il reste que cette période généralement considérée comme le creux de la vague astrologique en France n’en transmet sinon sauvegarde pas moins un certain savoir d’autant que l’Origine de tous les cultes, d’abord parue en 1795, connaîtra de nombreuses rééditions au cours du XIXe siècle.53 Quand on sait que la “théorie des domiciles” aura fasciné nombre de chercheurs en astrologie dans les années Trente-Soixante-Dix du XXe siècle, de Néroman à Lisa Morpurgo, de Jean Carteret à Jacques Halbronn, il convient probablement d’accorder, un peu tardivement, il est vrai, toute sa place de précurseur à Charles-François Dupuis dans ce domaine – celui que l’on appelle aussi “Dignités”, “Maîtrises” – qu’il a su éclairer voire expliciter à sa façon, tout en soulignant le rôle que jouera en 1899 L’Astrologie Grecque de A. Bouché-Leclercq dans la réflexion structurale sur ce même sujet.

Bien entendu, Dupuis n’a rien inventé, il se sert d’un dispositif omniprésent dans la littérature astrologique, qui attribue aux signes des planètes et vice versa - il se réfère lui-même au Tétrabible de Ptolémée et à la Mathesis de Firmicus Maternus54, mais il en tire des enseignements de son cru pour l’Histoire des religions, qu’il articule sur le problème qui lui est cher (cf. supra) de la précession des équinoxes. Notre approche se voudra critique: entendons par là que l’on ne se contentera pas de relater le propos de Dupuis mais de le confronter à nos propres travaux, avec un recul tout de même de plus de deux siècles alors que tant la “théorie des Eres” que celle des Domiciles apparaissent, de nos jours comme des pièces maîtresses de l’arsenal astrologique contemporain.

Ce qui fascine Dupuis, dans cette théorie (des domiciles et des exaltations), c’est le fait que le soleil et la lune sont associés respectivement en exaltation avec les signes du bélier et du taureau mais cela explique aussi pourquoi il a bien du mal à prendre de la distance par rapport à ces deux signes, en dépit de ce qu’il expose par ailleurs sur le passage vers les Poissons, lesquels ne relèvent plus, dans cette théorie, des luminaires ni d’ailleurs des animaux les plus marquants de l’Histoire des cultes que sont le bélier/mouton/agneau (pascal) et le taureau/boeuf/veau (d’or). Car Dupuis a beau parler du passage du point vernal, par précession, dans la constellation des Poissons, il n’est pas question pour lui de renoncer à l’Agnus Dei pour le christianisme.

La thèse de Dupuis, au vrai, repose sur un postulat contestable : parlant du monument de Mithra, conclut “on n’y aurait pas désigné l’équinoxe de printemps par l’effigie du Taureau si le colure équinoxial n’eût point passé par ce catastérisme car dans les siècles postérieurs où le colure rétrograda et passa par Aries on a substitué le Bélier au Taureau”.55 Or, Dupuis semble oublier un léger détail, à savoir que les raisons que les Anciens avaient de s’intéresser à la constellation du Taureau ne se réduisaient probablement pas à une affaire de point vernal ! En effet, l’axe Aldébaran-Antarès est assez unique en son genre et s’il a pu à un moment coïncider avec l’axe équinoxial, c’est en quelque sorte par hasard et parce que tout point du ciel, est voué, tôt ou tard, à se situer sur le dit axe, au plus en un demi-cycle précessionnel, soit environ 12000 ans. Rencontre donc entre un axe stellaire et un axe bien terrestre, vernal mais dont il convient d’apprécier plus prudemment que ne le fait le citoyen Dupuis toute la signification.

Certes, il est vrai que par la suite, l’axe traversant les constellations du Taureau et du Scorpion glissa vers les constellations, opposées, du Bélier et de la Balance mais ce serait aller trop vite en besogne que de conclure que la raison d’être initiale de l’axe Taureau-Scorpion était équinoxiale !

On aura remarqué que là où Dupuis parle de constellations, nous parlons d’étoiles, ce qui est autrement plus précis et si Aldébaran et Antarès appartiennent à des constellations, c’est là un point au départ complètement aléatoire car ces étoiles n’ont pas non plus été choisies en raison de leur appartenance à des constellations quelles qu’elles soient, et ce quand bien même les désignerait-on respectivement comme Oeil du Taureau et Coeur du Scorpion, appellations selon nous bien postérieures à l’époque où l’on s’intéressa à ces deux étoiles. Ainsi, soulignons-le, ce qui a été crucial, c’est le choix de deux étoiles fixes de première grandeur et non point une quelconque importance, du moins au départ, accordée aux constellations ou aux saisons.

Dupuis a certes raison d’apporter des éléments pour montrer l’importance accordée dans l’Antiquité au “signe” du Taureau considéré comme le tout premier signe du Zodiaque. On ne peut nullement exclure l’existence d’un zodiaque commençant non pas au point vernal mais à une étoile fixe, elle-même constituant un point et non un ensemble de points comme c’est le cas pour une con-stellation, comme son nom l’indique.

Par quelle extraordinaire coïncidence, aurait-on “choisi” l’axe Aldébaran-Antarès en raison du passage du point vernal comme si un tel axe était chose courante et comme si on pouvait trouver à volonté une étoile faisant l’affaire ? Cet axe Aldébaran-Antarès, assurément, aura su s’imposer par lui-même bien avant que l’on en vienne à se préoccuper d’un quelconque point vernal, terme au demeurant assez abstrait dès lors qu’il ne correspond à aucune étoile fixe. D’ailleurs, le terme point vernal ne nous semble guère pouvoir se situer au départ dans le cadre des constellations, en raison même de la lenteur de sa progression – à savoir plus de 2000 ans en moyenne, dans chaque constellation zodiacale ; en revanche, le point vernal correspondrait assez bien à une étoile, laquelle est également un point et non une surface, comme ce serait le cas pour une constellation. Il y a là déjà une certaine forme d’inadéquation. Nous avons montré dans d’autres études56 l’abandon par la tradition astrologique ou en tout cas une certaine mise à l’écart ou en marge des étoiles fixes au profit des planètes et des signes/constellations. Dupuis est victime de cette tendance à déstellariser l’astrologie, comme c’est déjà largement le cas dans le Tétrabible de Ptolémée (IIe siècle de notre ère), souvent cité par lui. Le terme même d’horoscope - scope implique une idée de visualisation de l’astre de l’heure de naissance ou de la question – devait à l’origine désigner une étoile se levant à l’horizon de la naissance ou éventuellement culminant, étant donné qu’il y a beaucoup plus d’étoiles que de planètes et que dans bien des cas aucune planète n’aurait pu jouer ce rôle de point natal. Par la suite le terme “Ascendant”, qui désigne le signe se levant à la naissance a totalement rompu avec toute idée de présence réelle d’un astre à ce moment là. Le terme scope nous rappelle, cependant, que même le point vernal devait également à l’origine être visualisable. Au vrai, l’astrologie est également passée par un processus de dévisualisation qui va conduire au XIXe siècle et au delà à intégrer dans son arsenal “moderne” des planètes invisibles à l’oeil nu ou inconnues des Anciens ainsi que des points fictifs comme Lilith/Lune Noire (second foyer de l’orbite lunaire). Aussi convient-il de rappeler le rôle majeur attribué par les Egyptiens à l’étoile fixe Sothis/Sirius par rapport au début de la crue du Nil, lors du solstice d’Eté.57 On comprend qu’une étoile ait pu constituer un référentiel beaucoup plus sûr qu’une planète en raison même de sa fixité qui lui permettait de s’aligner sur le rythme annuel solaire et saisonnier alors que les planètes “extérieures” échappent à ce cycle annuel terrestre et ne sont donc guère d’utilité au niveau des activités agraires. Il conviendrait également de rappeler les décalages existant entre les mois lunaires, liés aux nouvelles lunes (conjonction lune-soleil), les signes calculés à partir des équinoxes et des solstices et les constellations, en dépit du fait que ces trois plans sont susceptibles d’être marqués par le 12.

Selon nous, et contrairement à ce que laisse entendre Dupuis, l’importance accordée à la constellation du Taureau n’est pas liée à une histoire de point vernal mais à l’importance accordée à l’axe Aldébaran/Antarès. On nous demandera: à quoi servait donc un tel axe ? Il servait, selon nous, à marquer le temps social (cf. infra) mais pas forcément en tant que point vernal d’autant qu’il est très probable que lorsque l’on accorda quelque importance à cet axe, il ne correspondait pas encore à la ligne des équinoxes car nous pensons que cette assignation fut antérieure de plusieurs millénaires à l’époque où le soleil au printemps entrait dans la constellation du Taureau ou passait sur Aldébaran. En outre, si la notion de constellation est vague, celle d’étoile fixe l’est beaucoup moins, ce qui signifie qu’il n’aurait pas fallu beaucoup de temps pour observer que le point vernal ne correspondait pas/plus avec Aldébaran. Selon le modèle de ce que nous avons appelé l’astrologie axiale, l’axe Aldébaran/Antarès permettait de découper le cycle de Saturne en quatre phases égales d’environ 7 ans, du fait des aspects de conjonction (0°), quadrature(90°) et opposition (180°). On rappellera le songe de Pharaon sur les 7 vaches grasses suivies de 7 vaches maigres, interprété par Joseph (Pentateuque) comme deux suites de sept ans, l’une de fertilité, l’autre de stérilité. Le choix de Saturne peut avoir en partie été du à un certain parallèle pouvant impressionner les esprits avec le cycle lunaire d’environ 28 jours, soit un jour pour un an, notion que l’on retrouve dans la Bible : 40 jours pour 40 ans et qui est à la base des directions secondaires en astrologie: un jour de progression lunaire correspondant à un an de la vie du né, ce qui obéit à une logique “saturnienne”.

Il est possible et même probable, néanmoins, qu’à une époque tardive, on put croire que le choix d’une étoile du Taureau était lié au point vernal et que l’on crut devoir passer à une étoile du Bélier en raison de la précession des équinoxes, oubliant ainsi qu’Aldébaran avait joué un rôle pour de toutes autres raisons qui n’auraient pas du être tributaires des saisons. Le culte du taureau aurait pu ainsi laisser la place à celui du bélier à la suite de cette equinoxialisation de l’astrologie. Il est surprenant à ce propos que Dupuis n’ait pas compris que l’exaltation du Soleil en Bélier était, elle aussi, le fait d’un glissement précessionnel et qu’antérieurement le Soleil était exalté en Taureau, probablement du fait de la conjonction annuelle avec Aldébaran ou si l’on préfère le passage sur l’axe Aldébaran/Antarès, le Soleil étant par ailleurs domicilié en Lion, signe dit fixe, en quadrature avec le Taureau et le Scorpion, autres signes “fixes”. On peut d’ailleurs se demander si le terme “fixe” qui désigne les signes du Taureau, du Lion, du Scorpion et du Verseau ne serait pas du à l’importance du référentiel des étoiles dites fixes – on parle de la sphère des “fixes”, plutôt qu’à telle considération généralement avancée sur le fait que ces signes sont situés au milieu de saisons, ce qui n’est vrai que pour le zodiaque tropique et non pas/plus pour le zodiaque dit sidéral.

Nous pensons qu’au départ du dispositif des Dignités planétaires, le Soleil était exalté en Taureau et en trône en Lion. Le passage de l’exaltation solaire en Bélier alors qu’étrangement le domicile du soleil restait, quant à lui, au Lion, constitue une sévère perturbation du système.58 En effet, le soleil se trouvait ainsi dans les deux cas, bélier et lion, en signes de feu, placés en trigone et non plus en carré, cet aspect, quant à lui, étant celui qui existe entre équinoxes et solstices ; en fait, connaissant le point vernal (vernal, signifiant du printemps), on pouvait déterminer le solstice d’Eté par un intervalle de 90°.

Mais si Dupuis avait envisagé la thèse d’un tel glissement, cela aurait signifié, par la même occasion, que la Lune ne pouvait restée en exaltation dans le Taureau, restitué au Soleil et qu’elle aurait du être (ré)attribuée au Bélier, en carré avec le Cancer, son signe de domicile, alors qu’entre Taureau et Cancer, il y avait un aspect de sextile. (60°). Ainsi, cette permutation, selon nous, aurait complètement déconstruit le système : alors qu’au départ exaltation et domicile (trône) des luminaires étaient, dans chaque cas de figure, séparés respectivement, de 90°, aspect structurant par excellence et lié au 4, (4 x 90° = 360°, mais cela vaut aussi pour la division de l’année en 360+5 jours), on aboutissait chez Firmicus Maternus à un aspect de 120° entre les deux Dignités du Soleil et de 60° entre les deux Dignités de la Lune. Certes, l’on pouvait se réjouir du renforcement du caractère masculin du Soleil avec ses deux signes masculins (Bélier/Lion) et féminin de la Lune avec ses deux signes féminins (Taureau/Cancer) mais à quel prix un tel “avantage” était-il acquis, d’autant que Dupuis, lui-même reconnaissait que le Soleil avait d’abord été associé au Taureau et non pas au Bélier. On voit à quel point les bases de cette théorie des changements précessionnels sont fragiles, dès lors que l’on se risque à la moindre extrapolation, comme c’est le cas lorsque l’on annonce une Ere du Verseau. Nous avons déjà signalé le rôle pernicieux de certaines coïncidences dans la mise en place de certaines théories cycliques, on pense notamment à l’interprétation de certains résultats aléatoires (cycle Saturne-Neptune) présentés par André Barbault.59

On soulignera toute l’importance que Dupuis accorde aux exaltations et à leurs degrés. Selon lui, “on célébrait la fête de Saturne sous le 21e degré de la Balance parce que c’était le lieu d’exaltation de cette planète. Les anciens Romains à ce qu’il paraît avaient préféré le lieu des domiciles puisqu’ils célébraient leurs fêtes de Saturne en décembre sous le signe du Capricorne, signe où Saturne a son domicile (…) La substitution des exaltations aux domiciles est l’ouvrage des Chaldéens selon Firmicus Maternus”.60 On notera que le Tétrabible ne mentionne pas les degrés d’exaltation ; or, la mention des degrés présente un caractère stellaire qui disparaît lorsque l’on se contente de situer la planète en signe ou en constellation. Or, n’est-ce pas précisément du fait d’une pratique d’une astrologie stellaire que l’on put constater la précession des équinoxes ? On peut donc conclure que c’est la mise en évidence de la dite précession, par Hipparque ou par d’autres, qui a contribué à l’abandon des étoiles fixes en tant que marqueurs saisonniers mais cela ne signifie nullement que leur adoption était liée à un enjeu de ce type.

Revenons sur le caractère assez confus des explications precéssionnelles fournies par Dupuis. (cf. notre premier volet) A certains moments, Dupuis semble admettre que le point vernal serait entré dans la constellation des Poissons “l’équinoxe rétrograde (…) dans les étoiles du Bélier qu’il parcourt en 2151 ans (sic) par un mouvement lent et rétrograde jusqu’à ce qu’enfin il ait entamé les Poissons, ce qui arriva 300 ans environ avant l’ère chrétienne où le Dieu agneau succéda au Dieu Taureau”.61 Dupuis recoupe ici le tableau de Delaulnaye (1791) qui indique -389 pour le passage du Bélier aux Poissons.62

Or, si l’on suit Dupuis, l’entrée du point vernal en Poissons aurait conduit à l’adoption d’un Dieu représenté par un… agneau ! Dupuis insiste63 : “Les mystères de Christ sont les mystères de l’Agneau et les mystères de l’Agneau sont des mystères de même nature que ceux du Boeuf mithriaque auxquels ils succèdent par l’effet de la précession des équinoxes.” Dupuis, pourtant, associe l’adoption du culte du Taureau au passage du point vernal dans la constellation du même nom, soit “plus de 2400 ans avant l’ère chrétienne” quand “le Scorpion et le Taureau occupaient les deux équinoxes”.64 Or, si ces deux constellations correspondaient aux équinoxes 2400 ans avant J. C., comment aurait-on pu entrer dans la constellations des Poissons, 300 ans avant J. C : quid de la constellation du Bélier, qui s’intercale entre ces deux constellations ? Dupuis insiste pourtant lourdement sur le lien entre le Christ et l’Agneau.65 Dupuis semble bel et bien constater que l’entrée dans les Poissons est toute récente : “Ainsi aujourd’hui le Bélier ou les étoiles sur lesquelles est peint un Bélier sont éloignées de plus de 30 du colure (désormais.) ce sont les astérismes des Poissons” qui désormais correspondent au point vernal. Tout se passe comme si Dupuis situait l’entrée dans le Bélier de 300 ans avant l’ère chrétienne et non pas l’entrée dans les Poissons ! Ce qui pourrait d’ailleurs expliquer pourquoi avec la Révolution Française et le démarrage à partir de 1792 d’une nouvelle ère – l’Origine de tous les Cultes du député Dupuis paraît en l’An III – l’on pouvait envisager un nouveau culte, celui de l’Etre Suprême. “Dupuis fit hommage de son ouvrage à l’Assemblée”.66 Rappelons, pour ajouter encore à la confusion, ce passage déjà mentionné (au Ier volet) figurant au Volume IV et dernier de l’Origine : “Plus de mille ans avant le règne d’Auguste ou l’ère vulgaire, le Soleil n’ouvrait plus l’année monté sur le Taureau mais placé sur le Bélier ou l’Agneau céleste”. Plus rien à voir ici avec la chronologie du Tableau de Delaulnaye (cf. supra) alors que Dupuis reproduit, non d’ailleurs sans quelque variante (cf. notre Ier volet) le frontispice accompagnant le dit Tableau et qu’il s’agit précisément là d’un extrait de l’ “explication” par Dupuis du dit frontispice. D’ailleurs, Dupuis ne veut-il pas faire du Christ un mythe solaire, ce qui n’a de sens que s’il est associé au Bélier, signe où le Soleil se trouve exalté ? En effet, si le Christ était associé aux Poissons, il ne serait plus question du Soleil, qui ne s’y trouve ni domicilié, ni exalté. Ainsi ne peut-on comprendre le raisonnement de Dupuis sans se référer à la théorie des domiciles associant signes et astres; faut-il rappeler que cette théorie avait, selon nous, comme raison première, d’introduire une symbolique divine plus encore que planétaire, d’où chez Manilius la mention de maîtres de signes ne correspondant pas à des noms de planétes.67 On se perd en conjecture sur la démarche de Dupuis : n’aurait-il pas considéré que du fait de la précession des équinoxes qui prend le Zodiaque à rebours, l’entrée dans la constellation du Bélier ne correspondait pas plutôt au début de celle du Taureau et ainsi de suite ?

Toujours est-il que Dupuis semble avoir construit sa thèse sur l’observation d’un certain glissement d’une symbolique Taureau vers une symbolique Bélier dont il a tiré des enseignements visant à faire du christianisme une religion Bélier et non Poissons. Dupuis avait pour ambition de montrer que la théorie astrologique des domiciles planétaires était la clef de l’Histoire des Religions et c’est ce rapprochement entre d’une part l’attribution des luminaires au binome Bélier-Taureau et le fait, d’autre part, que les constellations du même nom accueillirent le point vernal lorsque les cultes de ces deux animaux étaient en vigueur qui avaient motivé tout le projet de l’Origine de tous les Cultes, que Dupuis , on le sait, avait failli abandonner et qui fut sauvé de la destruction, in extremis, par sa femme. L’affaire du Zodiaque de Dendérah vint en outre, du fait de l’Expédition d’Egypte, se greffer sur les conjectures dupuisiennes.68

Jacques Halbronn
Paris, le 10 avril 2004

Notes

Cf. La vie astrologique Années trente-cinquante. De Maurice Privat à Dom Néroman, Paris, Trédaniel-La Grande Conjonction, 1995. Retour

Notamment Soleil Lune et Jupiter Saturne, Ed. CIA, rééd. Ed. Traditionnelles. Retour

Cf. Site www.Univers-site, Cahier 17, mai 2000. Retour

Cf. La vie astrologique, années trente-cinquante, op. cit., pp. 68 et seq. Retour

Cf. notre étude in “Heurs et malheurs de l’astrologie mondiale française au XXe siècle”, Site Cura.free.fr, 2003. Retour

Cf. son “Prélude”, Univers-site, Cahier n°9, août 1999. Retour

Cf. les débats sur Espace Nostradamus et sur le Site Cura.free.fr. Retour

Cf. n° 12 du Cahier 10, septembre 1999. Retour

A Trédaniel-La Grande Conjonction, vol 1-1992, vol. 2-1995, il ne le cite Cf. Cahier 17, mai 2000, pp. 10-11. Retour

10 Cf. Cahier 17, mai 2000, pp. 10-11. Retour

11 Cf. La vie astrologique, il y a cent ans, p. 176, note 235. Retour

12 A Paris, Seghers, 1976, pp. 202 et seq. Retour

13 Cf. “Influence de Newton” et “Heurs et malheurs” Site du CURA. Retour

14 Cf. nos études en astrologie axiale, rubrique Astrologica, Encyclopaedia Hermetica, en ligne. Retour

15 Cf. notre étude Astrologie et Histoire des religions, sur Cura.free.fr. Retour

16 Cf. notre étude sur Newton et l’école précessionaliste française, sur Cura.free.fr. Retour

17 Cf. J. Halbronn, “L’évolution de la pensée astrologique face aux découvertes des nouvelles planètes du système solaire (1781-1930)”, Actes du 103e congrès national des sociétés savantes, Nancy 1978, Sciences, fasc. V, pp. 145-146, “La communication du savoir astrologique”, Actes du Colloque La magie et ses langages, dir. Margaret Jones-Davies, Lille, PUL, 1980. Retour

18 Cf. Préface à l’Histoire de l’Astrologie de S. Hutin, Paris, Artefact. Retour

19 Cf. nos études en astrologie “axiale”, rubrique Astrologica, Encyclopaedia HermeticaRetour

20 Cf. notre étude “L’Astrologie mondiale face à la mort des dirigeants et des Etats”, rubrique Astrologica, Encyclopaedia HermeticaRetour

21 Cf. notre essai “Créativité de l’erreur : pour une errologie”, in collectif Eloges, dir A. Kieser, Paris, Le Lierre & le coudrier, 1990. Retour

22 Cf. l’article de Suzanne Reiss, repris par R. Amadou, in Univers-site, cahier 10, septembre 1999. Retour

23 Cf. Univers-site, Cahier 10, septembre 99, p. 7 et Cahier 12, novembre 1999, p. 10. Retour

24 Cf. Univers-site, cahier n° 10, septembre 1999, p. 10. Retour

25 Cf. Reed. de la deuxième édition, American Federation of Astrologers, Washington, 1970, p. 100. Retour

26 Cf. Book II, “Mundane Astrology”, Ch. II, “On the equinoxes and solstices”, p. 279. Retour

27 ; In vol. III de l’Origine de tous les Cultes, op. cit. Retour

28 Cf. “Explication du frontispice”, vol. Planches de l’Origine de tous les Cultes avec leur explication, op. cit., pp. 5-6, reprint Ed. Awac, Rennes, 1978. Retour

29 Cf. F. Charles-Daubert, “La Bible des libertins”, Le Grand Siècle et la Bible, dir.J. R. Armogathe, Paris, Beauchesne, 1989. Retour

30 Reproduit in La vie astrologique il y a cent ans, op. cit., p. 89. Retour

31 Cf. Univers-site, Cahier 10, septembre 1999, p. 8. Retour

32 Cf. nos recherches in Clefs pour l’Astrologie, Paris, Seghers, 1976 et 1993. Retour

33 Cf. La vie astrologique, il y a cent ans, op. cit., p. 89. Retour

34 Cf. C. Harvey, N. Campion, M. Baigent, L’Astrologie Mondiale, trad., Paris, Ed. Le Rocher, 1995, p. 173. Retour

35 Cf. Le texte prophétique en France, op. cit., p.443. Retour

36 Cf. Univers-site, Cahier 15, mars 2000, p. 7. Retour

37 Cf. sur la question des rapports entre les deux auteurs, C. Rétat, La machine à poème. Charles François Dupuis, Alexandre Lenoir, Colloque “Deus ex machina”, Politica Hermetica, 2001, pp. 39-40.Retour

38 Cf. Univers-site, cahier 14, février 2000, p. 7. Retour

39 Sur le “plagiat” de Dupuis par rapport à Delaulnaye, voir Le texte prophétique en France, op. cit., pp. 446-447 et R. Amadou, Petite Encyclopédie de l’ère du Verseau, Cahier 15, mars 2000, p. 6 et Cahier 16, avril 2000, p. 7. Retour

40 Cf. ”Tableau des principales religions du monde”. Retour

41 Cf. La vie de N-S. Jésus-Christ par le docteur Sepp, Paris, Vve Poussielgue-Rusand, 1861. Retour

42 Cf. Abrégé de l’Origine de tous les Cultes, op. cit., p. 494. Retour

43 Cf. Abrégé, op. cit., p. 61. Retour

44 Cf. Abrégé, op. cit., p. 113. Retour

45 Cf. Abrégé, p. 135. Retour

46 Cf. Abrégé, p. 152. Retour

47 Cf. Abrégé, p. 299. Retour

48 Cf. “La mascarade astrologique”, in revue L’Astrologue, 145, Paris, Ed. Traditionnelles, Ier trimestre 2004. Retour

49 Cf. sur Picard, astrologue et tarologue, l’article de Nicolas Vosrin, in L’Astrologue, 145, Paris, Ed. Traditionnelles, Ier trimestre 2004. Retour

50 Cf. A. Barbault, Traité Pratique d’Astrologie, Paris, Le Seuil, 1961. Retour

51 Cf. Univers-site, cahier 9, août 1999, p. 13. Retour

52 Cf. également, bien entendu, le cas de l’Encyclopaedia Hermetica sur le Site Ramkat.free.fr, qui comporte notamment les rubriques Astrologica, Aquarica, Nostradamica. Retour

53 Cf. “Recherches sur l’histoire de l’astrologie et du Tarot” in Etteilla, L’Astrologie du Livre de Toth (1785), Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1993. Retour

54 Cf. “Comparaison du Tétrabible attribué à Ptolémée et de la Mathesis de Firmicus Maternus” Colloque Homo Mathematicus, Dir. A. Perez Jimenez & Raul Caballero, Malaga 2002; “Ptolomeo y las astrologias del Tetrabiblo”, revue Beroso, Barcelone, 2001. Retour

55 Cf. Mémoire explicatif du Zodiaque chronologique et mythologique, Paris, 1806, pp. 46-47. Retour

56 Sur Encyclopaedia Hermetica, rubrique Astrologica. Retour

57 Cf. D. Guedj, Les cheveux de Bérénice, Paris, Seuil, 2003. Retour

58 Cf. nos analyses in Clefs pour l’astrologie, Paris, Seghers, 1976 et 1993 et Mathématiques Divinatoires, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1983. Retour

59 Cf. notre étude “Heurs et malheurs de l’astrologie mondiale”, Cura.free.fr et d’autres études plus récentes en Astrologie Mondiale, sur Encyclopaedia HermeticaRetour

60 Cf. Origine de tous les cultes, op. cit., Ed. 1795, Vol. 1. p. 84. Retour

61 Cf. Origine, Vol. 2, p. 19. Retour

62 Cf. La vie astrologie il y a cent ans, Paris, La Grande Conjonction-Trédaniel, 1992, p. 89. Retour

63 Cf. Origine, Vol. 3, p. 60. Retour

64 Cf. Origine, Vol. 3, p. 66. Retour

65 Cf. Origine, Vol. 3, p. 143. Retour

66 Cf “Notice sur la vie et les ouvrages de Dupuis”, en tête de l’Abrégé de l’origine de tous les cultes, Paris, Lebigre, 1836, p. 7, reprint Ed. Awac, Rennes, 1978. Retour

67 Cf. “Les historiens de l’astrologie en quête de modèle”, Site Cura.free.fr. Retour

68 Cf. A. Slosman, Le Zodiaque de Dendérah, Paris, Ed. Du Rocher. Retour

 


 

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Le créateur et sa création: ce qui est à l’image de.

Posté par nofim le 23 janvier 2014

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La zone Tsélem ou la convergence des clivages

par Jacques Halbronn

 

 

   Jacques Halbronn étudie la représentativité des différents clivages, et défini ce qu’il nomme l’espace Tsélem, en référence au récit de la Genèse, lequel décrit le passage obligé du Créateur à la Créature, du Maître à l’Esclave, ou d’un monde de l’Emanation (continu) – la Source ou Maqor - à un monde de la Formation (discontinu), pour employer le langage de la Kabbalah, en d’autres termes, ce qui sépare le Qodech (Saint) du Khol (Humain), ce qui n’est pas sans nous rappeler la double nature (ondulatoire et corpusculaire) de la Lumière.

   Si l’on considère l’ensemble des clivages à caractère social qui nous interpellent : entre l’homme et l’animal, l’homme et la machine, l’homme et la femme, la question des étrangers, des Juifs, des personnes âgées, des malades mentaux etc, existe-t-il un espace de convergence ? Il nous semble que oui et nous l’avons désigné sous le nom de zone Tsélem (dans l’Ancien Testament, il est dit que l’homme a été crée à l’image (tsélem) de Dieu). On usera de termes hébraïques : Tselem (copie (tsiloum), ombre (tsel) et son opposé Maqor (origine, source).

Tsélem serait un lieu accessible par toutes sortes de populations, mais c’est aussi un seuil au delà duquel on bascule vers ce que l’on pourrait appeler le domaine du “maître” et celui de l’ “esclave”, du Créateur et de la Créature.

D’une certaine façon, cette zone Tsélem pourrait correspondre à un élément intermédiaire entre le corps et l’esprit, c’est pourquoi c’est un lieu de jonction et de rapprochement.

Dans le rapport de l’homme et la machine, le Tsélem est l’espace de l’activité humaine qui s’offre à la machine, qui lui est, à terme, accessible. La zone Tsélem est marquée par la contingence en ce que la machine n’agit que sous l’action de stimulations ou d’impulsions qui lui sont extérieures. Elle est en quelque sorte “programmée” pour gérer la contingence : s’il ne se passe rien, elle ne fait rien, elle n’a rien à faire qu’à attendre. Au hasard des contingences, son animation est très variable. La seule machine qui échappe à ce sort est celle qui marque le temps. En revanche, ce n’est pas le cas du réveil-matin qui sonne ou ne sonne pas selon son réglage. Longtemps, il a fallu “remonter” les montres, lesquelles s’arrêtaient, autrement, au bout d’un certain temps. D’ailleurs, les sonneries, en général, avant de s’automatiser, étaient actionnées, à chaque reprise, par les hommes : sans l’homme, il n’y avait pas de sonnerie.

La femme évolue énormément dans le champ Tsélem. Elle est extrêmement réactive à certains événements ou plutôt types d’événements auxquels elle assiste et qu’elle ne prend pas la peine de contextualiser. S’il fallait replacer chaque signe dans son contexte, la femme devrait rester le plus souvent dans l’expectative, donc dans un certain chômage technique. C’est pourquoi elle est à l’affût de tout ce qui peut lui donner prétexte à intervenir et s’insurge contre ce qui pourrait reporter une telle occasion.

Le champ Tsélem est un monde intermédiaire entre l’humain et le non humain (ce qui ne l’est pas encore ou qui ne l’est plus). L’enfant qui commence à grandir investit avec enthousiasme le Tsélem tout comme la vieille dame qui veut montrer qu’elle est encore vive. L’étranger qui souhaite montrer qu’il est déjà dans le coup, dans sa culture d’accueil, s’essaiera au Tsélem tout comme le malade mental qui cherchera à donner le change en montant sa maîtrise tsélémique. L’animal ne sera vraiment intégré dans le monde humain que s’il se rend utile au niveau du Tsélem, sous la conduite de l’homme qui le domestiquera, le dressera.

Les éléments les plus marquants de l’état de Tsélem sont les suivants : l’aptitude à observer et à signaler ce qui se passe autour de soi, les changements qui se produisent, ce qui ne correspond pas à la norme, le fait d’assumer une fonction surmoïque en ce qui concerne des actes considérés comme répréhensibles chez autrui.

De nos jours, on n’a guère conscience, il nous semble, de la frontière qui sépare le champ du Tsélem de celui des activités spécifiquement humaines. Le Tsélem est en effet le lieu où l’Homme se décharge d’un certain nombre de corvées, à commencer par le fait de porter l’enfant des mois durant ou d’avoir précisément à l’initier auTsélem.

Or, cette frontière est essentielle dans la mesure où elle signale ce qui sépare l’homme de la machine. Tôt ou tard, en effet, la machine investira pleinement le domaine duTsélem.

Certes, la machine est la création de l’Homme encore que l’on puisse dire que l’Homme, tel que nous le connaissons, n’existe pas sans elle. Autrement dit, en créant la machine, l’Homme se serait ipso facto transformé en un Homo ex machina. La machine est aussi vieille que le monde, elle répond à un besoin d’organisation qui conduit l’Humanité à se structurer du fait même de la machine qu’il met en place.

Nous définirons l’idée de machine comme tout processus de fonctionalisation mettant fin à un état d’indifférenciation. La sexuation serait à ce titre déjà liée au phénomène machine et elle n’a pas commencé avec l’Homme, elle conduit à conférer à certains êtres des tâches spécifiques qui libèrent les autres d’avoir à les assumer. D’une certaine façon, le vivant a pris exemple sur la nature et ses rythmes, en particulier sur les astres. Mais cette mise en relation – corrélation – ne se réduit nullement à subir ou à décoder des “influences”, mais à conférer des significations à des configurations perceptibles, selon un encodage arbitraire, car toute émission fait l’objet d’une sélection du fait du récepteur. Il n’y a pas d’émission totale, intégrale ; toute influence est nécessairement instrumentalisée.

En même temps, on peut dire que la machine revêt un caractère mimétique, ce qui peut sembler paradoxal dans la mesure où c’est l’Homme qui la produit : disons que par la machine, l’Homme s’imite lui-même avec plus ou moins de succès et ce faisant il se découvre, se déconstruit.

Nous avons défini le Tsélem comme le monde de la contingence. Pour éviter tout malentendu, précisons ce point : quelqu’un est programmé pour capter ou réagir à certaines informations, mais cela n’empêche pas que son comportement n’impliquera pas pour autant de régularité puisqu’il dépendra de stimuli extérieurs dont l’occurrence est largement imprévisible.

A contrario, le monde au delà du Tsélem ne vivra pas au rythme des contingences et des accidents, nous entrons alors dans le monde de la nécessité. Non pas qu’à l’origine de la nécessité, il n’y ait du contingent mais par la suite celui-ci sera réduit à la portion congrue et on ne s’y laissera point distraire par des aléas.

Le monde du Maqor est celui de la contextualité, il vit donc à une cadence différente, aux réactions plus lentes, moins primaires et disons-le plutôt secondaires, selon la typologie de la caractérologie. Ceux qui quittent ce monde pour se réfugier dans celui du Tsélem y étaient mal à l’aise, on pourrait parler d’une tentation d’être plus en prise sur les choses plutôt que d’évoluer dans un monde parallèle.

Mais celui qui se plonge dans le monde du Tsélem ne sera pas seul, il y retrouvera toutes sortes de populations entraînées par les mêmes mirages d’une pseudo-vie, que nous qualifierons de condition d’esclave par opposition à celle du maître.

Dans le monde du Tsélem, si les contingences ne sont pas prévisibles, en revanche, ceux qui y interviennent le sont totalement car ils réagissent, selon des automatismes, à des signaux pour eux considérés comme bien spécifiques et sans prendre la peine de mener une enquête avant de passer à l’acte. On conçoit dès lors que cette “réalité” dont il est ici question est terriblement appauvrie et limitée dans la perception que l’on en a.

Le Maqor est plus fatiguant même si l’activité y est retardée par la qualité d’une enquête toujours en progrès et susceptible de ne jamais s’achever. Cela revient à quelqu’un qui ne pourrait jamais se reposer, avec des problèmes restant indéfiniment non résolus. En revanche, c’est un monde où il n’ y a pas de pause, celui de la nécessité. L’esclave a des moments de relâche quand la tâche qui lui a été demandée est accomplie alors que le maître doit veiller à ce que la vie ne cesse. C’est pour cette raison que nous disons que le monde du Tsélem n’est pas celui de la vie, il est une pseudo-vie, avec ce que cela peut avoir de diabolique.

Le Tsélem est en effet un monde artificiel, qui comporte des simulacres de vie et il est étonnant à quel point nos contemporains semblent incapables de le distinguer du monde de la vraie vie, eux qui sont capables de fabriquer des machines toujours plus perfectionnées ! Cela dit, ce n’est pas le vivant qui ressemble à la machine mais la machine qui imite le vivant.

Il faut apprendre à identifier les états de Tsélem quand on les rencontre et ne pas se laisser leurrer, en confondant la copie avec l’original, l’automate et son modèle. Combien d’entre nous ne sont plus que des automates tout juste capables d’enregistrer et de répéter à la demande. Coupez-les d’un environnement tonique et ils s’éteignent, dépérissent. L’olivier symbolise la sagesse parce qu’il se nourrit de peu et qu’il en tire le maximum. Dans le Tsélem, au contraire, il y a un énorme gaspillage et une dispersion d’énergie.

Dans notre monde, tant de morts vivants nous entourent dont l’activité est machinale, c’est-à-dire non pas continue mais discontinue quant à son contenu. Nous parlons souvent avec ces personnes qui fonctionnent à la fois comme des caméras et des disques, observant fidèlement et répétant les mêmes propos ou les mêmes gestes chaque fois que cela leur sera demandé.

Le monde du Maqor est-il menacé par celui du Tsélem ? Quantitativement, certainement. La logique de (pseudo) vie du Tsélem est largement majoritaire sur notre planète, au point de devenir la norme.

Rappelons que le Tsélem n’existe initialement que comme prolongement en vue de taches et de corvées dont le vivant veut se décharger, et la sexuation a produit duTsélem puisqu’il s’agit d’un clivage introduit par le vivant pour qu’une partie de lui-même fonctionne dans un autre registre, libérant ainsi du temps pour une activité spirituelle qui doit suivre son cours et qui ne peut s’arrêter un seul instant comme un coeur qui ne peut cesser de battre. Les animaux avec leur instinct ne sont-ils pas des êtres tombés dans le Tsélem ? Car le Tsélem n’est pas au commencement des choses, il n’existe que par rapport à la Vie dont il est l’imitation. Certains s’imaginent au contraire que l’on part du Tsélem pour essayer de passer à un autre niveau dont la réalité est discutable ! Pour eux, la vraie vie serait précisément celle du Tsélem !

La femme n’est pas étrangère à une telle croyance et d’une certaine façon, celui qui est prisonnier du Tsélem est castré. Peut-on imaginer un monde qui serait dominé par le Tsélem et d’où le Maqor serait évacué ou refoulé ? Serait-il viable ? Chacun y vaquerait à sa tâche spécialisée, indifférent à ce qui ne lui correspond pas. Personne ne serait responsable de la supervision des multiples activités plus ou moins mécaniques. Rappelons que le monde du Tsélem est hétéroclite, qu’il passe du coq à l’âne du fait que ce n’est pas l’objet qui compte mais le sujet qui perçoit et qui décrit ce qui défile devant son oeil (celui de la caméra) : qu’importe, ici, le contenu, l’important c’est que l’on contienne.

En fait, le comble du mimétisme, on l’a dit, c’est de nier l’existence même de celui que l’on imite et dont on ne sera jamais qu’un pâle reflet. En ce sens, le Tsélem désire consciemment ou non l’annihilation de ce qui lui a donné naissance et pour cela il doit prendre sa place, d’où le rêve d’un monde qui jubilerait de la mort du Père.

Le monde du Tsélem conduit à une canalisation d’énergies humaines et en ce sens il s’apparente, dans son principe, par son émergence à la canalisation d’énergies non humaines (ex. poudre, vapeur, énergie nucléaire) ou animales. Sa mise en place tend à mettre fin à un certain état de précarité et de contingence en en systématisant les manifestations.

Le monde du Tsélem est la création de l’Homme, il explique ce qu’est l’Homme mais il n’est pas l’Homme. Encore un paradoxe : ce que crée le Créateur n’est pas lui mais c’est ce qui le pose en tant que Créateur et c’est aussi ce qui lui permet de rester dans le monde du Maqor. Le Tsélem est l’émanation du Maqor et non une structure ayant une autre origine, encore que le modéle cosmique a probablement influé sur la formation du Tsélem.

Ajoutons qu’il est probable qu’il existe une cyclicité des clivages, liée à une instrumentalisation du Ciel, c’est-à-dire qu’à certains moments les frontières tendent à s’estomper entre ces deux plans et qu’à d’autres, celles-ci se renforcent.

Jacques Halbronn

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La question de la traduction dans la genèse des Protocoles des Sages de Sion

Posté par nofim le 23 janvier 2014

 

Aspects du processus de traduction des Protocoles

par Jacques Halbronn

   Extrait de la thèse d’Etat, Le texte prophétique en France. Formation et fortune, Paris X, 1999. Diffusion : Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2002.

Ce texte complète notre travail paru chez Ramkat, Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, en 2002.

   Nous nous sommes particulièrement intéressé aux enseignements liés au processus de traduction. Il convient de situer celui-ci dans le cadre de la dialectique chorématique / chronématique.

La traduction d’un texte paru en une langue étrangère apparaît comme l’expression de la part des représentants de la langue vers laquelle la traduction doit se faire, d’une volonté d’appropriation d’un nouveau document; “nouveau” ne signifiant pas ici que le texte soit récent mais que l’urgence de l’intégrer au sein de la dite langue est alors ressentie.

Si l’on assimile ce texte à un objet, on dira qu’il y a désir de celui-ci. Or, d’une part, il importe que cet objet soit perceptible comme tel, dans sa relative nouveauté et d’autre part, qu’il soit désormais accessible dans la langue dans le champ de laquelle il ne se trouve pas encore.

Il y a là une certaine contradiction à gérer qui expliquerait, selon nous, les traces qui subsistent de l’origine du dit objet. Dans le cas d’une traduction, celles-ci correspondent au maintien d’un certain nombre de signifiants d’origine1, soit que ceux-ci existent déjà dans la langue de la traduction, soit en faisant figurer dans le texte les termes étrangers, au prix d’une translittération, d’une intégration plus ou moins précaire, étant entendu que de toute façon le lecteur replacera spontanément les dits termes dans le contexte sémantique et phonologique de la dite langue. En tout état de cause, le “nouveau” texte (pour la langue considérée) se placera au sein de la littérature parue dans cette “nouvelle” langue (pour le texte considéré).

Une certaine ambigüité apparaît dans le cas de l’emprunt. Est-ce que c’est l’emprunteur qui s’approprie l’objet ou est-ce le “propriétaire” de l’objet qui mène une politique d’expansion ? Qui conquiert qui ? Il peut en effet fort bien y avoir emprunt à l’insu du dit propriétaire, dès lors que l’objet est reproductible. Si l’on prend le cas de la mode, une personne peut vouloir changer de coiffure et se conformer à un certain style ambiant. Cette coiffure doit être identifiable, au moins à ses yeux, sinon il ne vaudrait pas la peine de procéder à ce changement d’apparence (chronématique) mais elle s’intégrera peu ou prou dans la physionomie générale de la dite personne (chorématique). La personne montrera ainsi – pour elle comme pour les autres – qu’elle est bien “de son temps”, “dans le vent” (chronématique), qu’elle est membre d’un certain ensemble de gens marqués par une telle modernité.

Il sera plus ou moins aisé de retrouver le modèle de référence en vigueur à un moment donné. Il conviendra de démontrer que les changements intervenus dans toute une série de champs organisés selon diverses structures, sont contemporains d’un certain événement, d’une rencontre que l’on puisse dater. Si un des éléments de l’équation devait manquer, l’on pourrait néanmoins tenter de le reconstituer. Encore conviendrait-il de préciser que les nouveaux développements peuvent s’appuyer sur un certain passé mais il faudrait alors expliquer pourquoi celui-ci revient soudain à la surface.

Dans le cas de la traduction, le traducteur peut certes puiser dans le vivier de signifiants de la langue vers laquelle il opère, il sera alors loisible au chercheur de montrer que ce retour, cette réminiscence-ce choix de mots parmi tant d’autres possibles-interviennent précisément à un moment où un tel processus se situe dans une certaine mouvance.

Si nous avons accordé quelque importance au processus de traduction, c’est parce que celle-ci est au coeur de la problématique de transmission et d’intégration. Par le biais de la traduction, des mots nouveaux peuvent être mis en circulation, profilés en accord avec les règles grammaticales en vigueur. Sous prétexte du passage vers une autre langue ou de modernisation, le texte d’origine est susceptible d’être modifié et actualisé. On rappellera le cas du Janus Gallicus et des disparités entre textes français et latin. La traduction – trahison – permet au texte de circuler dans l’espace et dans le temps2, d’une langue ancienne vers une langue moderne (Bible), d’une langue vernaculaire vers une autre (Protocoles).

I – La question des Protocols (sic)

   Outre le fait que les Protocoles ne sont probablement pas nés en Russie et qu’il convient donc de parler de leur réception dans ce pays, nous avons montré que la première vague de traductions des Protocoles avait concerné le tchèque et l’allemand, dans la période séparant les révolutions de 1905 et 1917. Après la Révolution d’Octobre, les Protocoles, dont le public connaît l’origine russe coïncidant avec la révolution bolchevique, seront traduits en anglais. Logiquement, c’est la forme allemande qui est aussi celle du Congrès de Bâle qui aurait du l’emporter - Protokoll - mais c’est-nous sommes au lendemain de la défaite des empires centraux-la forme anglaise Protocols qui s’imposera. Très tôt, le plagiat issu de Joly est connu à telle enseigne que l’on peut se demander si telle promptitude ne s’explique par la parution de la version allemande dès 1909. La dénonciation ne va guère freiner la diffusion des Protocoles.

C’est ainsi qu’un texte d’origine française – pour la forme sinon pour le fond – mais l’antisémitisme absent chez Joly3 est très présent chez nombre d’auteurs français de la seconde partie du XIXe siècle – reviendra vers la France sous des habits russes et anglo-américains. La dimension prophétique des Protocoles est renforcée par l’ouvrage mystique de Nilous dans lequel ils ont été conservés.

Les traductions anglaise et française semblent toutefois s’être effectué à partir de la brochure séparée de 1911 (et non du recueil complet de 1905 ou de 19114), ce qui explique que l’on ignore alors à peu près tout du véritable contenu du Grand dans le Petit ou des trois préfaces dans lesquelles Nilous explique la genèse de son travail. Le paradoxe tient au fait que les diverses éditions de Nilous ne mettent jamais les Protocoles en valeur et que ceux-ci sont insérés dans un ensemble sensiblement plus vaste, notamment dans l’édition de 1917. On pense à la Prophétie des Papes du pseudo-Malachie, à un certain stade, insérée au sein de volumes touchant à bien d’autres sujets. Ce qui est également certain, c’est que ces Protocoles, chez Nilous, figurent au sein d’une littérature antéchristique, comme le montrent les tirages séparés de 1911 et de 1917. Cette dimension sera plus ou moins évacuée par la suite au niveau des traductions qui ne concernent que les Protocoles sans même les commentaires de Nilous qui ne fut ni leur auteur (cela revient en substance à Maurice Joly en grande partie) ni même leur traducteur, encore qu’il ait eu apparemment accès à des ouvrages dont il cite les titres en français5.

C’est en référence à l’édition anglaise de 1919 - The Jewish Peril6, que les Protocoles atteindront, sous leur forme intégrale, la France l’année suivante7, mais sans que cela signifie pour autant que l’on ait eu recours au texte russe. Le Times, dès 1921 (numéros des 16, 17, 18 août), sera le premier à signaler le “plagiat” à partir duDialogue de Maurice Joly8, mais il fut aussi, un an plus tôt (8 mai 1920), largement responsable de son impact hors de Russie en Europe et aux Etats Unis en conférant quelque publicité à une récente édition anglaise intitulée The Jewish Peril.

Le Times avait aussi contribué à faire connaître les Protocoles dans un large public, par un article de Wickam Steed9. On désigna alors le Dialogue entre Machiavel et Montesquieu de Joly, sous le nom de “Dialogues de Genève” (octobre 1864) du fait que l’avant propos de l’auteur portait cette mention10.

C’est d’ailleurs le fait que le Times s’y soit intéressé qui semble avoir été décisif en France. On lit en gros caractères dans la Vieille France n°205 du 30 décembre (BNF, 8° Lc2 6434) sous le titre de “La conspiration juive contre les peuples” : “Le Times, le plus grand journal du monde demande si la France, l’Angleterre, l’Amérique n’ont abattu la domination mondiale de l’Allemagne que pour faire place à la domination mondiale des Juifs. Et le Morning Post proclame, dans les 23 articles11 qui seront rassemblés sous le titre de “The World Unrest” ;, que la Bible bolcheviste, « ce sont les Protocoles ou les Directives de Sages d’Israël (Procès verbaux de leurs réunions dans les Sanctuaires occultes) ». La Vieille France se plaint (n°204) que la publicité pour les Protocoles n’est pas acceptée dans & “171; l’abjecte presse française docile à l’ennemi qui le paye (et) refuse de faire connaître au peuple les Protocoles révélateurs ». Il convient toutefois de 1r que la revue La Vieille France, dès le mois de février 1920, donc avant l’article du Times, avait fait référence aux Protocoles dans son numéro 160 comme le rappelle Urbain Gohier12, donc directement à partir de la publication de l’édition anglaise parue peu auparavant.

Mgr Maurice Landrieux, Maurice, évêque de Grenoble13, signale que dès le 25 mai 1920, Le Correspondant. se fait l’écho des Protocoles et les associent au nom de Nilous « russe attaché au département des religions étrangères à Moscou »14. En effet, un article, ou plutôt un compte rendu de lecture, signé François Lechannel François, et oublié des spécialistes, à la rubrique “à travers les livres étrangers” intitulé “Le péril juif”, titre calqué sur l’anglais (pp. 735 et seq.) comporte la traduction de larges extraits des Protocoles ou “conférences” – on n’insiste pas encore particulièrement sur ce titre – à partir de la traduction anglaise. Il s’agit là, pensons-nous, de la première apparition en France d’éléments de ce texte attribué à Nilous. On y note, pour notre sujet, une certaine terminologie significative : « une prédiction de la Russie des Soviets » (p. 739) ou encore, insistant sur la parution dès 1905 : « Ce n’est donc pas un ouvrage récent utilisant les événements actuels; bien au contraire, il les a annoncés et prévus il y a de longues années » (p. 736) La conclusion est typique : « Que sont ces “Protocoles15 ? Sont-ils authentiques ? En ce cas quelle assemblée malfaisante a machiné ces plans et s’est réjouie de les faire connaître ? S’agit-il d’un faux ? En ce cas, d’où vient cet étrange et inquiétant caractère de prophéties,prophéties en partie accomplies, en partie bien près de l’être ?“ (p. 740).

L’article français – qui emploie la formule sans guillemets “les Elders de Sion” (sic) – ne manque pas de paraphraser avec force le texte provenant de Russie, tel le dernier protocole : « Les Juifs, déclarés véritables auteurs dans la coulisse de la Révolution française. Lorsque le monde chrétien sera près de disparaître, dans cette anarchie générale, alors se lèvera le règne impitoyable, logique, sage, rigide du “Roi de la race de David ».

Cette influence anglaise est patente déjà par le titre que porteront au début les Protocols (sic)16 dans toutes les éditions en langue française du début des Années Vingt. Un mois plus tard, l’hebdomadaire L’Opinion publie (les 5, 12 et 19 du mois17) un article intitulé “Les origines du bolchevisme: procès-verbaux des Sages de Sion” et comportant des extraits des Protocoles jusqu’au n°15. Le dernier extrait publié s’achève par des propos méprisants de la part des auteurs des Protocoles pour ces goïmdont la nature est “animale”. C’est bien l’antigoyisme affiché dans les Protocoles qui va exacerber l’antisémitisme.

On ne mentionne, est-il précisé, qu’ « à titre de curiosité, ces documents qui font grand bruit en Angleterre »18. On lit cependant le chapeau suivant : « S’il s’agissait d’un ouvrage apocryphe, comment l’auteur aurait il pu avec une telle précision décrire les événements extraordinaires qui étaient survenus quinze ans après ». Mais le 19 juin, le journal annonce une protestation de Salomon Reinach Salomon de l’Institut laquelle paraîtra le 26 juin. En revanche, la publication des Protocoles ne se poursuivra pas19. L’historien juif signe un article intitulé “Les prétendus procès verbaux des doyens de Sion”. Il y cherche les sources des Protocoles, mais ne fait pas de rapprochement avec le Dialogue aux Enfers de Maurice Joly20.

On retrouve les Protocoles in extenso cette fois, sous forme de feuilleton, dans le journal fondé par E. Drumont21La Libre Parole durant l’Eté de la même année (27 juillet-21 août) sous le titre de “Le péril juif”22, traduction23 littérale du titre anglais – et sans numérotation des protocoles. En fait l’expression “péril juif“ n’est pas simplement une traduction de l’anglais. En 1891, étaient parus Les Rothschild et le péril juif de Jacques de Biez, J. de (BNF, Lb57 10790)24, puisque l’on aborde dès la fin du XIXe siècle la question du “péril protestant“25. Mais Drumont accueillera L’Etat Juif de Herzl en 1897, peut-être parce qu’il percevait tout ce qui dans cet ouvrage-dans son programme-pouvait se retourner contre les juifs, ce qui correspond aussi à la volonté de Herzl de prendre en compte le discours tenu sur les juifs, dans un certain espoir de dialogue. dans un certain espoir de dialogue.

Dans un premier temps, deux traductions vont être commercialisées, au cours de l’année 1920, chacune dans le cadre d’une revue, la Vielle France et la Revue Internationale des Sociétés Secrètes (RISS). L’une à partir du russe, l’autre à partir de l’anglais. Les Protocoles des éditions Grasset n’entrent en lice que dans un deuxième temps.

Pour commencer, Grasset publie un ouvrage de R. Lambelin, R intitulé Le Péril juif – Le règne d’Israël chez les anglo-saxons, ne comporte qu’un résumé des Protocoles. en son chapitre IV26. Nous sommes en juin 1921 et il n’est fait référence dans cet ouvrage (p. 86) en note qu’aux deux éditions françaises susmentionnées. Aucune allusion à cette date à un ouvrage paru ou à paraître sur les seuls Protocols chez cet éditeur. Un deuxième ouvrage paraîtra dans la série “Le péril juif” du même Lambelin : “L’impérialisme d’Israël”. Et voilà que vont paraître chez Grasset les “Protocols” des Sages de Sion avec une introduction de Roger Lambelin27. Apparemment, une nouvelle traduction du russe, non calquée sur celle de La Vieille France d’Urbain Gohier. On y trouve les chapeaux de la version des Protocoles de Nilous que laVieille France n’avait pas cru bon de conserver de Nilous. On notera28 que cette revue préférera parfois le terme de “directives“ à celui de protocoles29, celle de Mgr Jouin, E., sous le titre Le péril judéo-maçonnique (Vol 1)30, une autre prise du russe, en 1921 chez l’éditeur Bernard Grasset31, avec une introduction historique de Roger Lambelin32, laquelle fera fortune tout au long du siècle puisqu’on la retrouve en 1967 dans une édition française de Beyrouth, au lendemain de la Guerre des Six Jours33. Cette traduction est fidèle au texte russe de Nilous dont elle reproduit les “chapeaux“ en tête de chaque protocole, mais on n’y retrouve cependant pas les notes en marge figurant en russe.

Cette dernière traduction, parue chez Grasset, se distingue sur un point essentiel : on y rend le terme “goy” par “chrétien” alors que l’original russe comporte la forme “goy” qui correspondrait mieux à “Gentil” (comme le propose L’Opinion. Le terme “goy”, on le sait, vise toute personne non juive, par delà le critère religieux34. Or, précisément, l’antisémitisme, au XXe siècle, appréhendera la question juive bien au delà du plan religieux, ce qui est le corollaire de l’usage par les juifs du mot “goy”. Par ailleurs, les commentaires russes de Nilous en marge des Protocoles ne sont pas reproduits. Ainsi, l’édition Grasset transforme-t-elle les Protocoles en une affaire judéo-chrétienne.

La dimension antéchristique, qui fut si présente dans la Prophétie du Frère Johannes, au début de la Grande Guerre sera par la suite évacuée comme d’ailleurs les références maçonniques pour ne plus laisser la place qu’au seul antisémitisme. Le titre de 1905 était parfaitement explicite Le Grand dans le Petit et l’Antéchrist comme possibilité politique immédiate (Notes d’un Orthodoxe, 2e édition corrigée et augmentée35). L’édition de 1911 sépare en revanche le titre en deux parties : Le Grand dans le Petit. L’Antéchrist qui approche et le royaume de Satan sur la Terre.

Le feuilleton de la Libre Parole (21 août 192036) se concluait encore ainsi avec les paroles de Nilous : «  Je sens en mon coeur que l’heure est venue de convoquer le huitième concile oecuménique où se réuniront, oubliant les querelles qui les ont séparés depuis des siècles, les pasteurs et les représentants de toute la Chrétienté pour faire face à la venue de l’Antéchrist. FIN  ».

Si c’est un faussaire, dit-on alors, c’est alors un prophète puisque tout était annoncé depuis 190537 ! Le succès des Protocoles serait ainsi dû à la rencontre entre un texte et un certain nombre d’événements qui semblent le confirmer. Est-ce par hasard si le terme Sion apparaît dans le titre même de ces Protocoles et vient recouper les espérances du mouvement sioniste ? Concours de circonstance qui fait de ces Protocoles vers 1920 la prophétie du sionisme38.

Il y aurait, en effet, dans l’antisémitisme, une sorte de prophétisme: annoncer que les juifs feront ou ce qu’on les soupçonne de vouloir faire, nous fait assez vite basculer dans le champ d’un prophétisme assez pervers du type « &nbp;on vous l’avait bien dit !  », comme si tout propos tenu sur le monde attendait sa confirmation.

Initialement, il n’était pas question, en France, de désigner les “Protokoli” par le terme “protocoles”. En tout cas pas dans la communauté des juifs de Russie résidant en France et dont l’organe se nommait “Tribune Juive, revue hebdomadaire consacrée aux intérêts des Juifs russes” (BNF, Jo 56366). Lorsque dans le numéro du 21 mai 1920, S. Poliakoff signe un article intitulé “Le Times et les procès verbaux sionistes”, il ne reprend pas l’expression “protocoles”. Encore en juillet 1920, dans la même publication, on trouve un article qui se nomme “Les prétendus procès verbaux des doyens de Sion” de S. Reinach Salomon (paru dans L’Opinion). C’est en fait sous l’influence anglo-saxonne que le terme de “protocoles” voire de “protocols” va s’imposer dans la Tribune Juive, au cours de l’année 1921. Le milieu juif russe a directement accès à l’original russe ou du moins à celui qui paraît dans la revue de langue russe, de Berlin, le rayon de soleil. En 1920, la revue La Vieille France choisit une formule intermédiaire : “Protocols (sic). Procès-verbaux de réunions secrètes des Sages d’Israël”39, pour devenir en 1924, aux mêmes éditions, sous la signature d’Urbain Gohier “Les Protocoles des Sages d’Israël”.

S. Poliakoff, dans son article susmentionné témoigne qu’« en 1918, certains de ces messieurs du G (rand) Q(uartier) G(énéral) de l’armée des volontaires distribuèrent ces procès verbaux aux officiers étrangers sous prétexte qu’ils contenaient l’expression du bolchevisme russe ».

Il n’en reste pas moins que la réception des Protocoles en France semble surtout liée à l’Angleterre et que les versions françaises seraient peu ou prou dépendantes des éditions anglaises tant il est vrai que les quatre traductions françaises de 1920-22 portent dans leur titre la forme anglo-saxonne Protocols. Nous nous arrêterons sur le travail de J. F. Moisan, J. F.: Contribution à l’étude des matériaux littéraires pro et antisémites en Grande Bretagne (1870 – 1983)40.

Nul ne conteste que les Britanniques aient précédé les Français dans la publication des Protocoles, optant pour le titre, au demeurant calqué sur le russe de “Protokoli”,Protocols of the Learned Elders of Zion, introduit une connotation particulière où le sage est aussi un savant, un ancien. Après un premier tirage réalisé par Eyre & Spottiswoode, en 1919, les droits de la première traduction, celle de Shanks41, sont cédés aux Editions The Britons de Londres (qui deviendra “The Britons Publishing Society”)42. Dès 1920, reparaît, dans ce nouveau cadre, le Jewish Peril. Protocols of the Learned Elders of Zion, se présentant comme une seconde édition43. Les nouveaux éditeurs veulent profiter de la publicité faite par le Times du mois de mai 1920 aux Protocoles44 : en 1921 la nouvelle traduction anglaise circule45.

Si le titre de la couverture est maintenu entre les diverses éditions et traductions, en revanche, le titre intérieur de la version Marsden Victorest Protocols of the Meetings of the Learned Elders of Zion, le terme protocole n’ayant pas semblé assez explicite par lui même. De même n’a-t-on pas conservé la formule “The Jewish Peril“46.

J. F. Moisan exprime le désir de comparer les deux traductions mais il reconnaît ne pas avoir accès au russe. Or ne risque-t-il pas d’attribuer à l’un des traducteurs ce qui relève de Nilous ou de telle ou telle édition ? C’est ainsi que ce chercheur commettra un certain nombre de bévues qu’il nous a semblé intéressant de relever. Evidemment, Moisan part de l’hypothèse que la première traduction, celle de George Shanks George, est parfaitement conforme au russe et que toute différence entre Shanks et Marsden relève de la fantaisie de ce dernier.

Moisan va donc attribuer à Marsden toutes sortes d’innovations à commencer par la numérotation des protocoles, sans savoir que Nilous lui même, à partir de 1911, a opté pour cette formule lancée par Boutmi47. La première traduction française, dans le journal L’Opinion, ne comporte pas une telle numérotation, fidèle en cela à son modèle anglais48.

J. F. Moisan a remarqué que Marsden ne mentionne pas la police tsariste, l’Okrana, dans les Protocoles alors que Shanks le fait49 (Protocole 18). Ne songeant pas à vérifier au moins au niveau des traductions françaises dont certaines se veulent tenir du russe, il nous explique le procédé de Marsden :

« Que Marsden ait recours aux termes plus généraux de secret defence au lieu d’okrana nous semble très révélateur. En mentionnant la police secrète tsariste, il aurait limité la portée du protocole 18 et des protocoles dans leur ensemble. Il aurait restreint le champ d’action des Sages à un pays particulier. Or le “complot” est censé être mondial et universel. De plus, la référence à l’Okrana aurait daté trop précisément la “conspiration” dont la réalisation était imminente au moment de la parution de la traduction de Marsden alors que l’Okrana avait disparu dans la tourmente révolutionnaire. Or, la traduction de Jouin, E., faite à partir de Shanks comporte la mentionOkrana, mais en 1 celui ci précise que ce passage ne figure pas dans d’autres versions. En effet, Nilous n’emploie pas ce terme. C’est en fait l’inverse qui s’est produit : Shanks a apporté une précision qui ne figurait pas dans l’original. Mais en 1 celui ci précise que ce passage ne figure pas dans d’autres versions. En effet, Nilous n’emploie pas ce terme. C’est en fait l’inverse qui s’est produit : Shanks a apporté une précision qui ne figurait pas dans l’original. »

Selon Moisan (p. 55), Marsden se permet d’introduire “une référence géographique inexistante” au protocole IX. Or, il n’en est rien, cette précision figure bel et bien chez Nilous et c’est Shanks qui a préféré l’évacuer. Marsden se voit reprocher des formules provocatrices comme de parler du génie du peuple juif (protocole 17) mais c’est Shanks qui, tout au contraire, a voulu atténuer le texte. Ce serait encore Marsden qui aurait préféré Goïm à Gentils alors que c’est le langage propre aux textes russes des Protocoles.

Et le verdict tombe sur Marsden : « Il s’est efforcé par divers artifices – choix lexicaux, ajouts, suppressions – de rendre le texte des Protocoles plus violent, plus horrible, plus insupportable au lecteur et donc plus antisémite. Cette constatation peut expliquer le fait que dès le début des années 20 les éditeurs des Protocoles aient préféré la traduction de Marsden à celle de Shanks » (p. 97)50.

En 192251, la première traduction avait été abandonnée par The Britons publishing Society et on présentait une nouvelle traduction52 à partir du russe de Nilous, due à Victor E. Marsden, ancien correspondant du Morning Post, le journal qui avait publié si largement sur le sujet en 1921. On y rappelle la familiarité du journaliste avec la Russie, lequel venait de décéder.

La lecture de cette nouvelle traduction fait irrésistiblement penser à l’édition de 1911 de Nilous : présence de chapeaux en tête de chaque protocole dûment numéroté, point non relevé par Moisan. Or, nulle part, il n’est question dans l’ouvrage anglais d’une édition russe, autre que celle de 1905 alors que nous sommes en 1925.

Par ailleurs, Marsden emprunte le développement de la Vieille France relatif à la Lettre de Constantinople aux Juifs d’Arles et ce sans citer ses sources. Sous le titre de “A Fifteenth Century “Protocol”, il traduit (p. 7) littéralement le texte de l’article du 20 juillet 1920 (p. 87 de l’édition française).

Marsden ne reconnaît pas davantage ses emprunts à la précédente édition de Shanks. Il reproduit littéralement le texte anglais de la Prophétie du Serpent, prenant simplement la peine de mettre “serpent”, là où l’on avait traduit du russe (zmia) par “snake”. Il ne corrige pas l’erreur qui confondait Louis XVI avec Louis XIV53 dans la version russe54.

On peut dire que Shanksa travaillé à partir de l’édition de Nilous de 1905 et Marsden à partir de l’édition du même Nilous de 1911, laquelle notamment comporte des chapeaux pour chaque protocole. Ce serait la véritable cause de la mise en oeuvre d’une nouvelle traduction.

Il convient de dater la traduction de Victor Marsden: si l’édition en brochure séparée semble être de 1922, en revanche, des extraits de la traduction sont parus d’abord dans les colonnes du Morning Post55 en mai 1920, puis au sein du recueil regroupant tous les articles traitant de la “question” juive la même année sous le titre The Cause of the World Unrest, avec une introduction de l’éditeur du56 Morning Post Londres, Ed. Grant Richards (BDIC, S 7218). Ces textes sont d’abord paru anonymement, Marsden n’étant que l’un des collaborateurs57, sa traduction figure aux chapitres V, VI58 et VII du volume. Victor Marsden connaît l’existence de la première traduction (p. 89) : « Une traduction de ces Protocoles vient de paraître. Cette traduction que nous avons comparée avec l’édition russe de 1905 au British Museum est correcte dans l’ensemble mais pour une oeuvre de cette importance, nous avons préféré recourir à notre propre traduction: Une traduction de ces Protocoles vient de paraître. Cette traduction que nous avons comparée avec l’édition russe de 1905 au British Museum est correcte dans l’ensemble, mais pour une oeuvre de cette importance, nous avons préféré recourir à notre propre traduction ».

Le titre anglais proposé par le Morning Post est celui que retiendra Marsden: Protocols of (the) Meetings of the Learned Elders of Zion59.

II – Influence des traductions françaises

   Mais sommes-nous à ce point certains que Marsden ne s’est pas servi de la traduction française figurant dans la Vieille France (que l’on désignera désormais par le sigle VF) ? Dans ce cas, il se serait contenté de traduire du russe les chapeaux négligés par la revue française et qui, on le sait, sont des apports tardifs de Nilous.

L’examen de la disposition en paragraphes préconisée par Moisan fait apparaître un fort parallélisme entre Marsden et Nilous que l’on ne retrouve pas dans les traductions françaises. Marsden préserve par exemple les points de suspension en tête du premier protocole ce que ne fait pas VF.

Toutefois, l’édition de la Vieille France ne comporte pas les particularités de la traduction Shanks, notamment en ce qui concerne la mention de l’Okhrana. Comme elle date de 1920, il semble exclus qu’elle ait pu s’inspirer du travail de Marsden. Le fait que Marsden ait mieux respecté certains dispositifs de Nilous suffit il à évacuer l’hypothèse selon laquelle il aurait pu s’inspirer de la traduction VF ?

Force en tout cas est de constater que Marsden a traduit du français les annexes de VF des pages 87 à 88 : “La Revue des Etudes Juives financée par James de Rothschild a publié en 1880 deux documents qui montrent etc.” devient “The Revue des Etudes Juives financed by James de Rothschild published in 1889 (sic) two documents which showed etc.”

On 1ra que le titre de Marsden reprend l’idée de “réunions” qui ne figurait pas dans la traduction de Shanks : “Protocols ”Procès verbaux de réunions secrètes des Sages d’Israël (VF), soit “Protocols of the meetings of the Learned Elders of Zion”.

Marsden a repris l’italique qui ne figure pas chez Nilous mais qui est employé dans VF :

« Dans cet ordre d’idée, je vais exposer notre système en me plaçant d’une part à notre point de vue et d’autre part au point de vue des goym. » (L’italique est dans le texte p.13, et ils seront mis en italique tout au long des 24 Protocoles dans les deux versions Marsden et VF)

« What I am about to set forth, then, is our system from the two points of view that of ourselves and that of the goyim (i.e. non Jews)  ». L’italique est dans le texte (p.11).

Que Marsden ait eu connaissance de VF semble à peu près acquis mais nous ne saurions contester qu’il ait eu accès à Nilous non seulement au niveau des chapeaux mais aussi parce que dans certains cas sa traduction est plus littérale que celle de VF.

Qu’on en juge d’après la fin du dernier protocole.

VF rend ainsi le russe :

« Le Roi d’Israël ne devra pas être influencé par ses passions »

Marsden donne la traduction suivante :

« The King of the Jews must not be at the mercy of his passions »

Or le texte de Nilous est plus proche de “King of the Jews” que de “Roi d’Israel”: Tsar Iudeiskiy, le “tsar” des Juifs et non le “tsar” d’Israël.

Il n’est pas cependant exclus que des parentés existent entre Marsden et “Grasset-Lambelin”. Ainsi le protocole III qui est celui du serpent symbolique60 recourt à l’image de l’étau pour indiquer à quel point les Juifs vont parvenir à contrôler les Etats d’Europe. VF ne reprend pas cette image qui se trouve dans le texte russe et recourt à la formule « Quand ce cercle sera fermé, tous les Etats Européens y seront enserrés comme entre de solides griffes » (p.21), alors que Marsden colle davantage au texte russe (tiski: étau) :

« When this ring closes all the States of Europe will be locked in its coil as in a powerful vice (anglais pour étau)  » (p.19).

Et l’édition Grasset reste également proche du russe : « Quand ce cercle sera fermé, tous les Etats d’Europe y seront enserrés comme dans un fort étau » (p.20).

Marsden a-t-il emprunté les chapeaux de Grasset ? La réponse est négative. Nous avons observé par exemple que pour le chapeau du Protocole XIII, Nilous avait mis des guillemets. On ne les retrouve pas dans l’édition Grasset et ils sont bel et bien placés chez Marsden qui n’aurait pu en introduire par hasard là où il le fallait si son modèle avait été français.

Ch. XIII, Sommaire : le besoin du pain quotidien. Les questions politiques. Les questions industrielles. Les divertissements. Les maisons du peuple. La Vérité est une. Les grands problèmes. (The need for daily bread. Questions of the political. questions of industry, Amusements. People’s palace. Truth is one. The great problems).

Mais l’inverse est-il possible ? Il apparaît en effet que la version de Marsden parut dans le Morning Post, du moins partiellement, dès 1920 donc avant la publication des Editions Grasset.

L’influence américaine

   En 1920, paraît à Boston une édition en langue anglaise, différente de celles que connaît l’Angleterre.

Or, dès le début du premier protocole, nous rencontrons une formule typique de deux éditions français, VF et Grasset, “Let us leave any phraseology”.

VF : « Laissons de côté toute phraséologie »

Grasset : «  Abandonnons toute phraséologie »

Or, VF de 1920 cite assez longuement la version américaine (pp. 7-10) et y puise en fait tout un historique de plusieurs pages qui reprend le titre complet: The Protocols and World Revolution including a translation and analysis of the Protocols of the Meetings of the Zionist men of wisdom“ (Small, Maynard et Cie, édit. Boston 1920)61, CDJC 14176.

En fait, les Protocoles de VF n’ont pas été réalisés à partir de l’édition de 1905 comme le montre la présence d’une numérotation des séances. Selon nous, ils ont été traduits à partir de l’édition de Boston et ont profité du travail de Boris Brasol62. Selon Cohn Norman, cette édition américaine serait due à l’initiative des Russes “Blancs”63, lesquels ont certainement joué un rôle clef dans la diffusion des Protocoles et ce, dès 1918. Les Protocoles apparaissent comme un élément essentiel de la propagande antibolshévique russe. La France a été particulièrement sensible au thème antéchristique niloussien, on se souvient alors du recours à une telle représentation autour de la Prophétie du Frère Johannès, chère au Sâr Péladan Joséphin au début de la Grande Guerre.

Il est vrai que le passage du français à l’anglais ou l’inverse est infiniment plus aisé qu’à partir du russe, en raison notamment du nombre de signifiants quasiment identiques encore qu’on trouve une proportion non négligeable de mots français en russe.

Si l’on prend les premières lignes du protocole 1 et les dernières lignes du protocole 24, la comparaison entre le texte américain et le texte de la Vieille France est flagrante: nous avons mis en italiques dans le texte français les termes semblables à l’anglais64.

Protocole 1 :

« Let us put aside phraseology and discuss the inner meaning of every thought; by comparisons and deductions, let us illuminate the situation. In this way, I will describe our system, both from our point of view and from that of the Goys »

N° 1, Vieille France :

« Laissons de côté toute phraséologie et discutons le sens intime de toute pensée; éclairons la situation par des comparaisons et des déductions. Dans cet ordre d’idées, je vais exposer notre système en me plaçant à notre point de vue et, d’autre part, au point de vue des Goym. »

Autre exemple :

« The King of Israel must not be influenced by his passions especially by sensuality. No particular element of his nature must have the upper hand and rule over his mind. Sensuality more than anything else upsets mental ability and clearness of vision by deflecting thought to the worst and more bestial side of human nature.

The Pillar of the Universe in the person of the World Ruler sprung from the sacred seed of David, must sacrifice all personal desires for the benefit of his people. Our sovereign must be irreproachable.  »

 

N° 24, Vieille France :

« Le Roi d’Israël ne devra pas être influencé par ses passions, surtout par la sensualité: aucun élément particulier de sa nature ne devra dominer chez lui et être maître de sa pensée ; or la sensualité, plus qu’aucune autre défaut, trouble les facultés mentales et la claire vision des choses en détournant la pensée vers les pires instincts et les plus vils de la nature humaine.

Le Pilier de l’Univers en la personne du Dominateur du monde, issu de la race sacrée de David devra sacrifier tous désirs personnels au bien de son peuple.

Notre souverain devra être irréprochable. »

On ajoutera que la disposition en paragraphes est identique et que la VF utilise tout au long des protocoles le terme “goym” pour “goys” de la traduction de Boris Brasol.

Dès lors que l’on sait que la Vieille France a fait paraître les Protocoles après l’édition de Boston qu’elle cite, il n’est pas question d’accepter l’hypothèse selon laquelle l’édition américaine aurait été calquée sur la française. Dans la mesure où Marsden, outre Manche, a pris connaissance de l’édition de la Vieille France, il aurait de ce fait, indirectement, eu accès à l’édition américaine. Selon un principe général d’économie, les relations entre ces six éditions, trois françaises et trois anglo-saxonnes, ont été assez fortes et il conviendrait presque de parler d’un ensemble anglo-français de traductions des Protocoles. La situation a sensiblement évolué depuis le début du XVIe siècle: alors, la traduction ne pouvait fonctionner que du français vers l’anglais et l’anglais a souvent eu accès à des textes européens (latin, italien, allemand) à travers les traductions françaises65. Au début du XXe siècle, nous sommes en pleine anglomanie d’où cet anglicisme “Protocols”.

La RISS66 et les traductions de l’anglais

   A titre de comparaison, étudions la traduction de la RISS en vis à vis de la première traduction anglaise. L’édition de la RISS est la seule des éditions françaises à ne pas comporter le terme “phraséologie” au début du premier protocole. On y trouve la même parenthèse pour définir le terme goyim alors que le texte de Nilous comporte un renvoi en bas de page. La seule originalité est, pour l’édition de la RISS, d’utiliser nombre de sous titres et de numéroter les Protocoles. Il n’en reste pas moins que Jouin du fait qu’il signale les variantes en 1s est un précurseur au même titre qu’un Anatole Lepelletier pour les éditions des Centurie, au siècle précédent.

Un moyen efficace de mettre en évidence une influence consiste à repérer une erreur commise dans le texte utilisé et de montrer que celle ci se retrouve chez l’emprunteur. Prenons le cas de la première traduction anglaise; dans le dernier protocole, l’on trouve la phrase :

« Sensuousness, more than any other passion, is certain to destroy all mental and foreseeing powers; it distracts men’s thoughts toward the worst side of human nature » (p.87)

Les versions françaises de 1920 ont traduit de façon plus complète le texte russe qui comporte deux épithètes et non pas un seul.

Vieille France :

« La sensualité, plus qu’aucun autre défaut, trouble les facultés mentales et la claire vision des choses en détournant la pensée vers les pires instincts et les plus vils de la nature humaine » (p. 81)

Grasset :

« La volupté agit d’une manière pernicieuse sur les facultés intellectuelles et sur la clarté des vues en détournant les pensées sur le côté le plus mauvais et le plus animalde l’activité humaine » (p.153)

Or le texte de la RISS comporte la même lacune que le texte anglais à savoir un seul épithète :

« La sensualité, plus que toute autre passion, détruit fatalement toutes les facultés de l’intelligence et de la prévoyance, elle dirige les pensées des hommes vers le plus mauvais côté de la nature humaine. »

L’affaire des traductions entre le français et l’anglais allait connaître un nouveau rebondissement dans les années Trente. A partir de 1931, la Revue Internationale des Sciences Secrètes publie sous le sigle “RISS” une série d’ouvrages en français et en anglais. (BNF). The Jewish Question (BNF, 8°G 3716) rassemble les textes antisémites d’Henry Ford H. C’est ainsi qu’un ouvrage de Lesley.i. Fry Lesley Waters flowing eastward (BNF, 8° G 3715) comporte le texte des Protocoles bien que ne l’annonçant pas dans le titre. L’ouvrage paraît simultanèment en français, la même année 1931, sous le nom de Retour des flots vers l’Orient. Le juif notre maître67.

L. Fry produit la traduction de Marsden dans l’édition anglaise mais, plutôt que de traduire Marsden en français, l’éditeur parisien préféra réutiliser la traduction que la RISS avait publiée en 1920 et qui, elle, était issue de la première traduction anglaise si bien que L. Fry annonce la traduction de Marsden et que dans l’édition française, pour des raisons d’économie, ce n’est pas cette version qui est donnée. Marsden en français, l’éditeur parisien préféra réutiliser la traduction que la RISS avait publiée en 1920 et qui, elle, était issue de la première traduction anglaise si bien que L. Fry annonce la traduction de Marsden et que dans l’édition française, pour des raisons d’économie, ce n’est pas cette version qui est donnée.

Mgr Jouin reprend d’ailleurs en tête de la traduction le titre complet de la première édition anglaise: Protocols of the Elders of Sion. Toutefois, les protocoles y sont numérotés à la différence de ce qui se pratique dans la première édition anglaise car Jouin tient compte de l’édition allemande de 1920 de Nilousqu’il cite.

En revanche, la RISS publia bien une traduction du russe des Protocoles dans la version Boutmi reproduisant deux pages en caractères cyrilliques. En 1934, cette version allait ressortir aux mêmes éditions (BNF, 4° G 5311). Ainsi la RISS fournissait-elle au lecteur français des années Trente, comme elle l’avait fait dans la décennie précédente, deux versions, et ce dans des traductions françaises présentant des différences rédactionnelles même pour les passages où le texte russe est absolument identique, ce qui ne permettrait pas au lecteur français d’en prendre conscience.

Un des apports les plus remarquables de la RISS – outre qu’elle signale nombre de variantes entre les diverses traductions – aura été d’introduire une carte illustrant laProphétie du Serpent dont nous avions signalé l’absence. Dans l’édition de 1922 figurait une carte de l’Europe sans lien avec le texte, en revanche pour l’édition de 1934, on a remplacé celle ci par une autre carte parcourue par un serpent, dans un esprit plus fidèle.

Qu’est-ce qui distingue les versions de Boutmi et de Nilous au point que Mgr Jouin ait décidé de les faire traduire en français coup sur coup en 1920 et 1922 et de les faire toutes deux rééditer dans les années trente? En fait, l’édition Boutmi comporte des sous titres empruntés à l’édition Nilous parue aux mêmes éditions « pour faciliter la lecture ». A ce propos, il convient de 1r que les Ed. Grasset n’ont pas jugé bon de reporter les sous titres, ce qui serait une initiative assez malheureuse s’il s’avérait, comme nous le supposons, que ceux ci faisaient, du moins dans certains cas, partie de la version manuscrite.

Jacques Halbronn
Paris, le 10 août 2002

Notes

Par origine, on n’entend évidemment pas la langue première du texte, si tant est qu’on la connaisse, mais la langue à partir de laquelle s’effectue la traduction en question. Retour

Voir J. L. Cordonnier, Traduction et culture, Paris, Hatier-Didier, 1995, Traduction et traducteurs au Moyen Age, Dir. G. Contamine, Paris, CNRS, 1989, Traduire l’Europe, Dir. F. Barret-Ducrocq, Paris, Payot, 1992. Voir Halbronn, 1987. Retour

Il n’est toutefois pas exclus que Joly se soit inspiré pour sa thèse d’un modèle antijuif. L’ironie du sort aurait ainsi voulu que la dimension juive évacuée y soit replacée. Retour

En 1911 paraissent concuremment le recueil complet et le texte des Protocoles qui en est issu. Retour

Signalons que le Dialogue de Joly fut traduit très vite en allemand. Retour

C’est également de 1919 que date la publication de la traduction allemande (Charlottenbourg-Berlin). Retour

Voir bibliographie in Taguief, 1992, Vol. 1 in fine. Retour

Cf. Taguief, 1992. Dès septembre 1921 (n°7), Paix et Droit, l’organe de l’Alliance Israélite Universelle (BAIU, P 98 bis) présentera, en sa première année d’existence, un article, reprenant les textes de la presse anglaise, avec en parallèle les Protocoles et le Dialogue de Joly. On aurait fait un mélange avec Joly. Le livre de Joly aurait été trouvé dans la bibliothèque d’un ancien agent de l’Okhrana, la police secrète tsariste. L’article signale également Retcliff. Un autre article sur le sujet était paru dès mars 1921 dans la même revue. Voir aussi un dossier de coupures de presse (Bibl. AIU, J 9318 a A (20) notamment pour 1921 : Ere Nouvelle, 21 août 1921, “L’étrange aventure des protocoles de Sion” par Maurice Vernes. (Le Matin, 21 août 1921). Réaction de Léon Brunetaux “Faux ou mystification, l’étrange aventure des Protocoles des Sages de Sion” (25 août 1921, pas de référence de périodique pour ce texte dans le dossier). Le 4 septembre 1921 paraît dans Le Matin un article intitulé : “Les Protocoles des Sages de Sion sont l’oeuvre de faussaires”. Retour

Cf. “The Jewish peril. A disturbing pamphlet. A Call for Enquiry” (Un pamphlet dérangeant, demande d’enquête). Retour

10 Mais Victor .Marsden, dans le Morning Post, écrit dès 1920 : “These two opening protocols express a philosophy of government more cynical than Machiavelli’s”, article repris in The Cause of World Unrest, Londres, 1920, p.102. Retour

11 Voir Moisan, 1992, précise que six journalistes différents contribuèrent à cette série de 1920. Retour

12 Les Protocols, op. cit., p. 9. Dans la Revue Mondiale de mars 1921, la Princesse Catherine Radziwill, dans un article intitulé “Les Protocoles des Sages de Sion” (pp 151 et seq) ira jusqu’à mettre en doute l’existence de Nilous. La Princesse avait publié en Février de la même année, dans American Hebrew, une interview sur ce sujet. L’article français sera repris peu après dans un recueil de différents auteurs intitulé Les Sages de Sion et l’opinion mondiale. Pref. Maurice Vernes, Le Buisson Ardent, 1921-22, W.L. Retour

13 Cf. L’Histoire et les Histoires dans la Bible – Les Pharisiens d’autrefois et ceux d’aujourd’hui, Deuxième édition, Paris, P. Lethielleux, 1921, pp. 95-97, Bibl. Astrol, ouvrage qui nous a été communiqué par le regretté G. Teboul (Lyon). Landrieux; reproduit (pp. 92 – 94) la “Réponse” des Juifs de Constantinople. La première édition de 1907, sans la seconde partie du titre, ne comportait évidemment pas un tel développement sur les Protocoles. Notons que cet ouvrage avait vocation pédagogique. et s’adressait à des enfants (BNF). Retour

14 Landrieux, passé évêque de Dijon, publiera en 1926, Le Second Avénement du Christ, Paris, BNF, D 92381. Retour

15 L’article du Correspondant ne restitue pas la forme anglaise sans “e”. Retour

16 Protocols et non les ProtocolesRetour

17 BNF, Microfilm m 22842. Retour

18 Cf. Le Morning Post publie sous le titre “The cause of World Unrest”, 23 articles, en juillet 1920 (du 12 au 30). Ils seront rassemblés sous un seul volume avec ce même titre, cette même année. Voir N. Cohn, 1992, p.155. Retour

19 Voir aussi à cette époque : Les Sages de Sion et l’opinion mondiale, op. cit. Cet ouvrage non daté comporte la traduction de plusieurs articles dont un de la Princesse Catherine Radziwill. Retour

20 Lazare Wolf 1920, cite un article de Arthur Waite, bien connu pour ses travaux sur le Tarot, dans la revue The Occult Review de septembre, 1920 : “Occult Free Masonry and the Jewish Peril” où est désavoué le lien entre Franc Maçonnerie et Protocoles. Roger .Lambelin dans sa présentation des “Protocols” (op. cit. p. XXVI) répliquera à Reinach Salomon et à Wolf. Retour

21 Drumont, marqué par l’occultisme, s’intéressa au cas Louis XVII.cas. Retour

22 Le terme “peril” figure en anglais. Mgr Jouin transformera ce titre en “péril judéo-maçonnique”. Le péril “juif” laissera ensuite la place après la Seconde Guerre Mondiale au “péril jaune”. Retour

23 Traduction de Mme de Tannenberg, née Funk Brentano. Retour

24 Paul Kerlor, Le Péril juif, comment le conjurer ? , Paris, 1889, BNF, 8° Lb57 10007. eorges Keszler (G. Romain), Le péril franc maçon et le péril juif, 1895, BNF, 8° H pièce 605. Voir H. R. Lottman, La dynastie Rotschild, Paris, Seuil, 1994, p. 90. Retour

25 Se référant au péril juif, E. Renauld, publie un Péril protestant, essai d’histoire contemporaine, Paris, Tolra, 1899, BNF, 8° Ld175 330, chez l’éditeur de Mgr de Ségur. E. Peyre-Courant répliquera à cette attaque par une lettre ouverte adressée à Mgr Sermonnet, archevêque de Bourges, intitulée “Du péril protestant”, 1899, BNF 8° Ld176 1442. Retour

26 En 1928, Grasset publiera Le Péril Juif – Les victoires d’Israël du même Lambelin lequel mentionne C. de Saint-André (qu’il n’identifie pas comme étant, comme nous le signale Pierre Barrucand, Chabauty), cité par Mgr Delassus dans Le problème de l’heure présente, Paris, 1905, pp. 389 – 90. Ce pseudonyme tient au fait que Chabauty était curé de Saint André en Poitou. Retour

27 Voir R. Lambelin, “Maurice Joly et les Protocoles” (à propos des révélations du Times) in La Revue Hebdomadaire du 17 décembre 1921. L’auteur indique que Grasset l’aurait contacté au Printemps 1921, pour une préface. L’ouvrage n’était jusque là paru que chez des éditeurs marginaux. Retour

28 L’édition de 1920 de la Vieille France portera le titre de “Protocols. Procès verbaux de réunions secrètes des Sages d’Israël” alors que l’édition Grasset comporte la formule classique mais néanmoins elliptique “Protocols des Sages de Sion”. Retour

29 En revanche, les informations fournies dans la Vieille France dès 1920 sont plus fiables, il semble qu’elles soient reprises de l’édition américaine de Boston reprenant les propos de l’édition anglaise et non allemande. Voir la brochure, parue aux mêmes éditions pp. 8 – 9. Retour

30 Traduction d’abord parue dans la Revue Internationale des Sociétés Secrètes, numéro d’octobre 1920. Cette traduction recourt largement à une subdivision de chaque protocole – comportant une succession de sous titres, empruntée à l’édition allemande de 1919 de G. zur Beek mais en fait traduits de l’édition Nilous lequel a placé en marges divers résumés ainsi repris. De même .Jouin présente les protocoles comme des “séances”, à l’instar des Sitzungen de mise dans la même version d’abord parue dans la Revue Internationale des Sociétés Secrètes, numéro d’octobre 1920. Cette traduction recourt largement à une subdivision de chaque protocole – comportant une succession de sous titres, empruntée à l’édition allemande de 1919 de G. zur Beek mais en fait traduits de l’édition Nilous lequel a placé en marges divers résumés ainsi repris. Retour

31 Cf. “Protocols” des Sages de Sion traduits directement du russe (…) avec une reproduction de la couverture de l’édition russe de 1912. Voir Georges Elia Sarfati, 1992, Vol. 2, op. cit., pp. 41 et seq., qui compare deux éditions françaises des années Vingt. Retour

32 Voir aussi de Lambelin, Le règne d’Israël, chez les Anglo-Saxons, Paris, 1921 ; voir Cohn, 1992, pp. 164 – 165. Retour

33 Voir Mgr Jouin, Le Péril Judéo-maçonnique, 5 volumes, Paris, 1921 – 1925 ; P. Birnbaum, Un mythe politique la “République juive”, op. cit., pp. 158 – 159. Retour

34 Voir sur le sens du terme “goy” l’introduction à la traduction allemande du livre de Nilous in recueil russe, Berlin, 1920, pp 105 – 106. Retour

35 Cf. BL, C 37 e 31. Retour

36 Cf. BNF, Périodiques, Quot. Lc2 4947. Retour

37 Déjà en 1906, Diomtchenko répliquait à ceux qui soutenaient qu’il s’agissait d’un faux. Retour

38 Les articles de La Libre Parole trahissent l’agacement des Français par rapport à la politique britannique dans la région. Les Français se trouvent en Syrie dont précisément la Palestine a été ôtée. Des rivalités politiques entre les deux puissances pèsent sur l’analyse de la situation. Retour

39 Le nom Israël est plus familier du public que celui de Sion. La Vieille France n’utilise même pas la forme “Les protocols” mais simplement “Protocols”, sans article. Retour

40 Thèse, Paris Nord, Villeurbanne, 1986 – 87. et antisémites en Grande Bretagne (1870 – 1983) Thèse, Paris Nord, Villeurbanne, 1986 – 87. Retour

41 Les premiers éditeurs n’étaient pas de simples imprimeurs comme on l’a dit. Retour

42 Curieusement, le premier tirage, dans ce nouveau cadre, est effectué par l’imprimerie de la Judaic Publishing Company, voir Bib. AIU, 8° U Br 3044. Lambelin se trompe (The Protocols, p. XV) lorsqu’il affirme que les « Britons » ne publieront que la nouvelle traduction. Retour

43 Chez Brittons, signalons un autre texte : “Four Protocols of Zion not the protocols of Zion”, 1921, BL, C 37 e 56. Ces quatre “protocoles” seraient la correspondance de Constantinople, la déclaration d’Adolphe Crémieux, quant à l’Alliance Israélite Universelle, fondée en 1860, le texte du Cimetière de Prague et un texte de 1919 lié à un certain Zunder. Retour

44 Voir Prefatory Note to the second edition qui cite aussi le Morning Post. Retour

45 Selon N. Cohn, 1992, p. 290, la traduction Marsden serait parue dès 1921. Dans les années Vingt, alors qu’en France, les diverses traductions rivalisent entre elles, en Angleterre, une traduction chasse l’autre. Signalons en juillet 1921, dans une série intitulée “Aids to Prophetic to study” n° 21, The Jewish peril and World Unrest, deux textes par Bendor Samuel et A. Hiorth, consacrés aux Protocoles.Retour

46 Un troisième titre connaîtra par la suite une certaine fortune en Angleterre : World conquest through world government. Protocols of the learned Elders of ZionRetour

47 Nous ne comprenons pas la description de. Moisan lorsqu’il affirme que .Shanks a regroupé les protocoles 5 et 6, 8 et 9, 10 et 11,14 et 15 ou 22 et 23. La note de la p.95 de l’édition du Jewish Perildistingue bien les 24 protocoles même si ceux ci ne sont pas numérotés dans le cours du texte. Ceux-ci se répartiraient en trois séances : la première avec les protocoles 1 à 9, la deuxième 10 à 19 et la troisième 20 – 24 (cf. Les Protocoles des Sages de Sion, Ed CEA, c 1943, BNF 16 A 1299). Retour

48 L’édition des “Britons” propose néanmoins un tableau de correspondance in fine fournissant la page où débute chaque protocole. Retour

49 Une certaine Sonia Howe (Times, Londres, 11 mai 1920, p. 12) avait critiqué la traduction de Shanks et Moisan en avait conclu qu’il serait intéressant de vérifier le contenu des traductions. Apparemment, il a soupçonné le plus honnête. Retour

50 Moisan propose (p. 82), de façon ingénieuse, de compter le nombre de paragraphes au sein de chaque protocole et il attribue à Marsden le fait d’avoir restructuré le texte russe représenté à ses yeux par la première traduction anglaise (Shanks) : Protocole I Shanks (Sh) 18 paragraphes Marsden (Marsd) 27 paragraphes II Sh. 5 Marsd 5 III Sh. 13 Marsd. 20 IV Sh 4 Marsd. 5 V Sh. 17 Marsd. 11 VI Sh. 7 Marsd. 8 VII Sh. 6 42, XXI; Sh. 11 et Marsd. 11, XXII; Sh. 5 Marsd. 4, XXIII; Sh. 11 Marsd. 5, XXIV; Sh. 15, Marsd. 16. Or, la comparaison avec le texte russe montre que Marsden a été plus fidèle que Shanks. C’est donc, a contrario, Shanks qui aurait sensiblement remanié la présentation de Nilous. Retour

51 Nous n’avons pas d’édition de 1922. La première qui nous soit connue est de 1925, mais dans l’édition de 1936 (BCDJ), la date de 1922 apparait en tête de l’introduction. Retour

52 Bib. AIU, U 2066. Retour

53 Erreur signalée par Cohn, 1992, p. 284. Retour

54 Cohn signale la confusion (op. cit., p. 284) sans se rendre compte que l’erreur se situe dans la traduction anglaise et non dans l’original russe ! Retour

55 La traduction complète ne signale pas le précédent du Morning Post et il y est simplement précisé que Marsden fut correspondant en Russie pour ce journal. Retour

56 C’est-à-dire Gwynn. Retour

57 On y trouve un appendice de N. Webster, laquelle semble exercer une forte influence sur cette série d’articles qui ne traitent nullement uniquement des Protocoles. Retour

58 Le chapitre VII se nomme “Elders of Zion”, les Sages de Sion. Retour

59 La traduction du Morning Post est donc antérieure à la publication des Ed. Grasset datant de 1921. Il est possible que Marsden ait emprunté à l’édition française les chapeaux traduits de l’édition de 1911. En effet, Marsden ne signale pas l’édition de 1911 qui les comporte pour la première fois. Quant à la numérotation des protocoles, elle n’existe pas dans l’édition de 1905. Retour

60 Le serpent y est évoqué brièvement, mais justifie le commentaire plus ample placé hors protocoles. Retour

61 On ne peut donc dire que les Protocoles ont changé de nom, ils sont simplement présentés dans un cadre plus large tout en conservant leur intitulé. Retour

62 J. F. Moisan, 1992, n’aborde pas la question des interactions entre traductions anglo-saxonnes et françaises. Retour

63 Cf. Cohn, 1992, p. 290. Retour

64 Voir Halbronn, 1981.1. Retour

65 La comparaison avec les autres éditions françaises confirme qu’il s’agit bien là d’une sorte de “calque”. Retour

66 Cf. Revue Internationale des Sociétés Secrètes, RISS. Retour

67 Avant de le faire paraître à la RISS, dans le Retour des flot vers l’Orient, L. Fry avait publié dix ans plus tôt – ce que ne signale pas Taguieff dans sa bibliographie – aux Ed. de la Vieille France de Gohier, (WL, Z 172) un texte intitulé : L’auteur des Protocols est Achad ha Am et le Sionisme avec une préface de Gohier dont voici un extrait : « L’hypothèse du faussaire inspiré comme un prophète ne nous satisfait pas. Nous croyons qu’un homme peut voir l’avenir dans son ensemble, nous ne croyons pas qu’un homme puisse prédire jusqu’aux moindres détails d’un avenir assez éloigné. » Ce texte sera traduit de français en russe et publié dès 1922, à Berlin au sein d’un recueil intitulé Vsiémirniy taïniy zagovor,le complot secret mondial (BNF, 16° A 451). On annonce dans la deuxième de couverture de la brochure, un texte du romancier anglais H. G. Wells, H. G : “Pour rétablir l’ordre dans le monde”. Il pourrait s’agir d’une traduction française d’une série d’articles parus dans le Times et éditée en 1916 sous le titre “The elements of reconstruction” (BL, 9088 a 44) et parue anonymement sous les initiales D.P. Voir Herbert George Wells d’E. Guyot, Paris, Payot, 1920, p. 301. Mais nous n’avons pas eu l’occasion de le vérifier. Wells En 1921,dans la “Guerre qui tuera la Guerre” Trad. G. Bazile, Paris, BNF, 8° G 9613. Wells s’en prend à ce qu’il appelle le “kraftisme” (p. 52). Le texte français de L. Fry sera traduit en russe. On le trouve en 1922 à Berlin en introduction d’une édition russe des Protocoles (Vsiemirniy taïniy Zagovor, Le complot mondial secret, WL, Londres, 388/ Z 186), puis en 1923 en allemand à Munich “Achad Cham, der geheime Führer der Juden”. Toutefois, L. Fry écrivait en anglais et avait besoin d’un traducteur vers le français. Retour

 

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La gestion maladroite de l’hébreu en Israël

Posté par nofim le 23 janvier 2014

La question linguistique en Israël

par Jacques Halbronn

    La façon dont tant de juifs, de nos jours, traitent l’hébreu nous semble assez significative. Elle est au coeur du mythe d’une culture proprement juive et s’opposerait, en quelque sorte, au yiddish, un judéo-allemand qui symboliserait une errance diasporique. En ce qui nous concerne, le yiddish est plus caractéristique de la présence juive au monde que ne l’est l’hébreu, bien que nous parlions l’hébreu et pas le yiddish, ce qui nous confère un semblant d’objectivité. On pourrait probablement en dire de même pour le judéo-espagnol et le judéo-arabe.

Herzl (1860 – 1904) n’avait guère investi dans l’hébreu, à la différence de son adversaire dans le milieu sioniste, Achad Haham (1856 – 1927) et d’ailleurs pas davantage dans les judéo-langues : il est vrai que le yiddish, à son époque, se pratiquait surtout chez les juifs vivant dans le monde slave – et non à Vienne ni à Berlin – ce qui peut paraître paradoxal, tout comme d’ailleurs le judéo-espagnol se pratiquait surtout dans les pays sous domination turque.

Wladimir Jabotinsky (1880 – 1940), le père de ce qu’on appelle le sionisme révisionniste, était, dans les années 1920, en faveur d’une latinisation de l’hébreu, c’est-à-dire d’un changement d’alphabet1, ce qui aurait certainement facilité l’intégration linguistique des nouveaux émigrants, dans un pays dont la vocation affichée était l’accueil de ces étrangers les uns aux autres qu’étaient les juifs, issus de régions aussi diverses. Ce point de vue ne s’imposa pas, comme on le sait.

En ce début du XXIe siècle, quelle est donc la situation de l’hébreu parmi les Juifs et quel est son avenir ? En France, le niveau de connaissance de l’hébreu dans la population juive reste des plus médiocres, même si, du fait même de l’existence de l’Etat d’Israël, nombreux sont ceux qui l’ont appris sur place et ne se contentent pas de déchiffrer quelques lignes sans comprendre, y compris et surtout chez les juifs religieux. Mais une grande majorité des 500.000 juifs vivant en France seraient bien incapables de s’exprimer à peu près couramment en hébreu, ce en quoi ils se distinguent des immigrés maghrébins dans leur rapport à cette autre langue sémitique qu’est l’arabe. En fait, ce qui caractérise les langues sémitiques2, c’est qu’il vaut mieux d’abord les parler avant de les lire ou de les écrire et ce, en raison, de l’absence des voyelles, lesquelles ne sont indiquées – rajoutées – qu’exceptionnellement. Ce qui ne peut se produire que dans un milieu hébraïsant. Si l’hébreu avait été latinisé, il en serait autrement et l’obstacle de l’alphabet n’existant plus, on ne se contenterait pas de ce seul – bien piètre – bagage, qui plus est, insuffisant, pour déchiffrer la plupart des textes de la vie quotidienne, dans la rue israélienne.

En Israël, l’hébreu reste une langue mal parlée, si on compare son cas avec celui du français. Seule une élite la maîtrise parfaitement et a accès à sa littérature. Une grande partie de la population s’exprime régulièrement en une autre langue, qui lui est plus familière en ne recourt à l’hébreu qu’en cas de nécessité et comme un pis aller. C’est particulièrement frappant pour les russophones.

En réalité, l’arabe aurait pu aussi bien être la langue parlée par les Juifs en Israël. C’est la première et seule fois, dans leur Histoire, où les Juifs se sont mis à parler une langue qui n’était ni la langue de la population locale, ni celle qu’ils parlaient précédemment, à moins de jouer sur les mots.

Ce cas de figure s’est bel et bien présenté dans les premières années du Yishouv - terme sous lequel on désigne l’établissement des juifs en Palestine, avant la création de l’Etat d’Israël en 1947 / 1948. Les cultures vinicoles, chères au baron Edmond de Rotschild, exigeaient un main d’oeuvre importante et on fit largement appel aux arabes, avec lesquels il fallait bien entendu converser.3 Cela aurait donc pu conduire au schéma classique de l’installation des Juifs en quelque lieu que ce soit.

L’émergence de l’hébreu allait constituer une exception : langue qui n’était donc ni celle parlée par les juifs immigrés, souvent yidishisants quand ils venaient – comme c’était le cas pour la plupart pendant la première moitié du XXe siècle – d’Europe Orientale (Russie, Pologne) ni par les populations d’accueil arabophones. En revanche, lors de l’arrivée de Juifs d’Afrique du Nord, dans les années Cinquante / Soixante, il s’agissait bien de populations plus ou moins arabophones, même si le français leur était familier. Mais à cette époque, l’hébreu était perçu comme indétronable et même les arabes israéliens s’étaient mis à l’hébreu, bien que les deux langues, l’hébreu et l’arabe étaient considérées, officiellement, comme “nationales”, comme l’atteste encore de nos jours les panneaux des rues, rédigés dans les deux langues et dans les deux alphabets, avec souvent, en outre, le texte en caractères latins. Au lendemain de la Guerre des Six Jours (1967), Israël eut à gérer, à administrer, une nouvelle population arabophone, en Cisjordanie et à Gaza et les occasions de s’entretenir en arabe s’accrurent, notamment lors de pourparlers et de négociations, au cours des 35 années qui suivirent.

On pourrait certes considérer l’hébreu comme un dialecte arabe, parmi tant d’autres, comme de l’arabe judaïsé, mais les deux langues, au cours des siècles, ont tout de même singulièrement divergé, au moins autant qu’entre le français et l’italien (toscan). En revanche, il est vrai que l’apprentissage de l’arabe à partir de l’hébreu s’avère relativement aisé.

Le nombre d’israéliens, en ce début de XXIe siècle, qui actuellement peuvent communiquer en arabe est relativement faible et la formation scolaire en ce domaine laisse à désirer. Il est, probablement, aussi faible, proportionnellement, que le nombre de juifs, dans le monde, capables de s’exprimer normalement en hébreu. L’afflux massif de russophones, à partir des années Soixante-dix n’aura rien arrangé à cette faiblesse de l’arabophonie juive.

Il semble bien, rétrospectivement, que le sionisme se soit finalement construit, sur place, sur un refus de l’arabe et sur une priorité accordée à l’hébreu moderne, cher à Eliezer Ben Yehouda.(1858 – 1922), né Perelman. Hébreu moderne qui, de surcroît, était une langue en partie à inventer et qui, d’ailleurs, allait, au fil du temps, procéder à de nombreux emprunts à des langues européennes.

Actuellement, la situation est des plus confuses : l’hébreu est en perte de vitesse, il n’a plus qu’une fonction résiduelle et ne sert le plus souvent qu’à un niveau primaire, outre bien entendu son rôle sur le plan religieux, lequel n’implique guère qu’une minorité de la population juive en Israël. Nombre de religieux s’expriment d’ailleurs en yiddish, dans leurs activités séculières. De forts noyaux perdurent et notamment en ce qui concerne la population issue de l’ex URSS, laquelle a sa propre presse, ses media, son parti politique (Israel baAlya) et cela entraîne d’autres communautés à faire de même, d’où une assez faible mixité entre elles, en raison précisément du facteur linguistique.

Aussi étrange que cela puisse paraître, au premier chef, Israël se révèle comme un excellent terrain pour l’étude de l’immigration même si on lui préfère le terme d’Ascension (en hébreu Alya, en anglais Ascent).

Il est assez évident que toute personne préfère s’exprimer dans la langue dont elle a la meilleure maîtrise et qu’elle y revient à la première occasion, sous le moindre prétexte. C’est ce que l’on pourrait appeler, dans notre vocabulaire, une pulsion de mort4, c’est-à-dire un tropisme vers ce qui est automatique, ce qui est déjà bien assimilé, bref vers le passé. C’est là que nous avons la perception la plus aiguë, les repères les plus sûrs dans notre rapport à l’autre. Car, a priori, on ne parle pas une langue tout seul, ce sont des automatismes partagés à la différence de nombre d’entre eux qui peuvent se pratiquer sur un mode solitaire. Il faut donc une complicité. Car à quoi bon parler une langue qu’autrui ne comprend pas ou comprend mal et dans lequel il s’exprime péniblement ? C’est tout le problème de l’hébreu en Israël : ceux qui le parlent bien vont devoir également rechercher la compagnie de ceux qui ont le même niveau qu’eux.

Certes, quand la communication est médiocre quant à son contenu, purement factuel, quand on s’écoute d’une oreille distraite, quand le rythme est lent, on peut se débrouiller, dans un groupe, avec une langue comme l’hébreu, mais quand il y a une plus grande exigence, quand il faut vraiment communiquer, le besoin se fait sentir de se retrouver entre personnes s’entretenant, de préférence, dans leur langue maternelle. Ne parlons pas de communication écrite en hébreu car le fossé y est encore plus grand, étant donné que nombre d’assez bons hébréophones, à l’oral, ne sont pas en mesure de lire avec aisance des textes en hébreu, que cela leur prend trop de temps et que la langue écrite a un vocabulaire plus riche qui souvent leur échappe, ce qui est particulièrement ennuyeux dans les langues qui ne recourent pas, en principe, à la vocalisation (usage des voyelles). On pense en particulier au développement de l’Internet qui fait ressortir ce clivage, à l’écrit, entre hébréophones de niveaux différents et qui n’arrange pas les choses.

L’hébreu, en Israël, semble donc conduire à une impasse. Certes, fallait-il une langue commune à tous ces immigrés, aux origines si diverses. En France, où le phénomène est assez comparable, c’est bien entendu le français qui aura servi de ciment et c’est toujours ce qui s’est passé quand il y a eu des migrations juives, quand elles n’avaient pas une origine unique, comme ce fut le cas lors de l’Expulsion des Juifs d’Espagne qui emportèrent avec eux le judéo-espagnol (et son expression liturgique, le ladino). Autrement dit, les précédentes migrations avaient profité de la présence majoritaire de non juifs pour trouver à terme leur homogénéité. Or, en Israël, – fait tout à fait nouveau dans l’Histoire des Juifs – la population non juive et non hébréophone a un statut déprécié et ne peut apparemment pas jouer un tel rôle unificateur au profit de la population juive, tel n’est pas un des moindres paradoxes de la situation.

Si l’arabe jouait le rôle qu’il aurait pu / du jouer, la maîtrise de l’arabe se serait imposée plus vite que ce ne fut le cas pour l’hébreu. Car à quoi sert présentement l’hébreu ? Il ne sert pas à communiquer avec les populations non juives locales, encore que certaines le parlent. Il ne sert pas davantage à communiquer entre Juifs car chacun peut se débrouiller pour fréquenter essentiellement des personnes parlant le même “non-hébreu” que soi. L’hébreu est tout au plus la langue de l’Etat Hébreu, la langue de l’administration encore que l’on trouve fréquemment des traductions en russe, dans de nombreux établissements et nombreux sont ceux qui apprennent le russe pour mieux communiquer avec une population qui a constitué plus des trois quarts de la Alya, au cours des trente dernières années. Le russe est, en quelque sorte, devenu la langue du nouvel immigrant. Il y a une dizaine d’années, nous nous étions rendu à un week end organisé à l’intention de nouveaux immigrants et nous avions été frappés par le fait que nombreuses interventions avaient été données en russe et non en hébreu. L’hébreu aura été sacrifié, du moins pour certains de ses attributs, sur l’autel de l’Alya russophone, ce qui n’aurait pas été le cas si celle-ci avait été plus diversifiée et si donc l’hébreu avait été le commun dénominateur entre nouveaux immigrants. Mais tel ne fut pas le cas comme cela l’était encore au lendemain de la Guerre des Six Jours.

Depuis trente-cinq ans, Israël aura connu deux défis démographiques : d’une part l’annexion d’une population arabophone, de l’autre l’immigration d’une population russophone.

On nous dira que nous sommes pessimistes, que les juifs d’Afrique du Nord se sont intégrés alors qu’ils avaient constitué, en leur temps, eux aussi, une Alyarelativement massive. Le problème de l’Alya russophone est qu’elle se déroula en deux temps, sans parler bien entendu de la troisième Alya (1919 – 1923), bien avant la création de l’Etat d’Israël. Dans un premier temps, les juifs russes qui arrivèrent, dans les années Soixante-dix, au lendemain de la Guerre du Kippour, firent un certain effort pour s’hébraïser. Mais quand une nouvelle vague survint, dans les années Quatre Vingt Dix, à la suite de la dislocation de l’URSS, la première vague fit tampon et au lieu d’hébraïser la nouvelle, elle tendit plutôt à se re-russifier.

Jacques Halbronn
Paris, le 8 mars 2003

Notes

Cf. B. Avishai, The Tragedy of Zionism, New York, Helios, 2002, p. 127. Retour

Cf. nos travaux en linguistique, sur l’ergonomie des langues, sur le Site Faculte-anthropologie.fr. Retour

Cf. B. Avishai, The Tragedy of Zionism, opus cité, p. 31. Retour

Cf. nos travaux sur ce sujet. Retour

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