Le médecin Jean Taxil et la comète de 1607

Posté par nofim le 23 janvier 2014

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Le médecin Jean Taxil
et la polémique autour de la comète de 1607

par Jacques Halbronn

    Les cas où un astrologue est pris à partie par un “anti-astrologue” et prend la peine de lui répondre sont assez rares tout comme d’ailleurs ceux où un anti-astrologue réplique aux arguments qu’un astrologue a développés en réponse à ses attaques. On pourrait citer Pic de la Mirandole s’en prenant aux travaux astro-historiques d’un Pierre d’Ailly, lorsque ceux-ci firent l’objet d’une impression à la fin du XVe siècle.1 On pourrait également citer, à la fin du XVIe siècle, l’astrologue toulousain Auger Ferrier face à un Jean Bodin, qui l’avait interpellé dans sa République, et qui répondra au dit Ferrier, l’ayant mis en cause à son tour, dans un Advertissement à M. Jean Bodin sur le quatrième livre de sa République, Toulouse, 15802 sous le nom de René Herpin, à savoir dans une Apologie ou réponse pour la République de Bodin, Paris, 1581, texte qui sera désormais adjoint aux multiples éditions tant françaises qu’étrangères des Six Livres de la République.

Avertissement à M. Jean Bodin       République de Jean Bodin

 

    Au début du siècle suivant, nous rencontrons le cas du médecin astrologue Jean Taxil, natif des Sainctes Maries, médecin en Arles – auquel les Cahiers Astrologiquesd’A. Volguine consacrèrent une étude rédigée par Suzanne Nelli, “Jean Taxil, un médecin astrologue du début du XVIIe siècle”, Septembre 1958, n° 76, mais sans prendre en compte la polémique dont il s’agit ici – dont le Discours des comètes, Lyon, C. Morillon, 1608, avait suscité une critique en règle de la part d’un auteur qui préféra garder l’anonymat, c’est le Discours en général contre les Pronostics des Comettes et particulièrement de celle de l’année mil six cents & sept, s. l. n. d. Taxil y répliqua au sein de son Astrologie et Physiognomie en leur splendeur, Tournon, 1614, par un “Fléau de l’anonyme présomptueux contenant la défence du traicté des Comètes & de l’honneur & dignité de l’astrologie”. Taxil, médecin et astrologue3, comme le furent au XVIe siècle, un Michel de Nostredame de Salon de Provence, un Auger Ferrier de Toulouse, un Claude Dariot de Beaune4, un Antoine Mizauld, de Montluçon. Signalons aussi l’échange entre le Père Jésuite Nicolas Caussin, avec saLettre à une personne illustre sur la curiosité des Horoscopes, Paris5 et la Responce en faveur de l’astrologie à la lettre du R P. Nicolas Caussin, Paris.6 Il faudrait ajouter à un tel corpus ces Epîtres dédicatoires supposées répondre à la requête de quelque correspondant sur la question de l’astrologie.

Lettre à une personne illustre       Réponse en faveur de l'Astrologie

    Parfois, ce type de querelle est mis en scène dans le cadre d’entretiens où se trouvent campés un astrologue et un anti-astrologue. C’est le cas du Mantice de Pontus de Tyard7 c’est celui de Théophraste Orthodoxe, à l’occasion de l’Eclipse de 1654, Entretiens curieux sur l’éclipse solaire du 12 aoust 16548, c’est aussi celui de Pierre Bayle, dans sa série sur les Comètes, répondant aux objections réelles ou supposées de ses correspondants et de l’abbé Laurent Bordelon, avec son De l’astrologie judiciaire. Entretien curieux etc, Paris, 1689.

Mantice       Entretiens curieux sur l'Eclipse

De l'Astrologie - Entretiens curieux

    Une des polémiques les plus retentissantes entre un astrologue et un anti-astrologue, si on en reste à la France – à l’étranger, il faudrait citer les démêlés d’un Kepler – reste celle qui opposa, au milieu du XVIIe siècle, un Jean-Baptiste Morin dit de Villefranche et un Pierre Gassendi, de Digne, tous deux titulaires de chaires au Collège Royal, l’actuel Collège de France. On sait aussi que le Père Jésuite Jean François constitua sa critique de l’astrologie9 à la lecture du Traité des Jugements Généthliaques, dont la traduction française venait de paraître, du danois H. Rantzau mais Rantzau n’était plus là pour lui répondre.

Quant aux polémiques entre astrologues, elles ne furent pas si fréquemment publiées et là encore Jean-Baptiste Morin se doit d’être cité pour sa publication – lesRemarques Astrologiques sur le Commentaire du Centiloque de Bourdin parues en 165410 - à l’encontre de Nicolas Bourdin, marquis de Vilennes. Encore ne faudrait-il pas oublier de citer les attaques que dut subir un Michel de Nostredame, de la part notamment d’un Laurent Videl ou d’un Antoine Couillard, réagissant à ses prédictions / prophéties astrologiques, et auxquelles il prit d’ailleurs la peine de répliquer assez vertement.11

Le recours à l’anonymat ou au pseudonyme, dans la production astrologique ou anti-astrologique du XVIIe siècle est assez marqué, notamment dans les milieux religieux : rappelons le cas de l’Eclaircissement des véritables quatrains de Nostradamus (1656), qu’il faut attribuer au dominicain Giffré de Rechac et qui comporte une apologie de Nostradamus ainsi que celui d’un Yves de Paris, Capucin, défendant, devant le Parlement de Rennes, son Fatum Universi (1654) paru sous le nom de Petrus Allaeus. (Ad illustrissimos viros amplissimi Senatus Armorici In librum de Fato Universi nuper editum, dissertatio). Dans ce dernier cas, l’ironie tient au fait que l’avocat était aussi l’auteur de l’oeuvre condamnée, sans qu’apparemment les juges en aient eu conscience.

Le passage d’une comète nous apparaît, au demeurant, tel un théâtre privilégié, propice aux confrontations, encore que l’annonce d’une éclipse ou d’une grande conjonction aient également défrayé la chronique.12

Le réformé Pierre Bayle publiera anonymement ses Pensées sur la comète de 1680 en se présentant comme catholique et s’adressant à quelque Docteur en Sorbonne (alors Faculté de Théologie). Pourquoi tant de dissimulation, le recours fréquent à des initiales, chez les uns et les autres, notamment lors de l’annonce de l’éclipse de 1654 ?13 Il semble qu’il faille distinguer les brefs pamphlets – souvent anonymes en effet – des oeuvres plus importantes, comme les massifs traités des Jésuites, notamment Jacques de Billy14 et Jean François, parus sous leur nom.. C’est apparemment lorsque le texte est directement en prise sur l’actualité que certaines précautions sont prises.

Reconstitution d’une polémique

   Nous avons donc pu reconstituer les différentes étapes de cette polémique laquelle s’inscrivait au départ dans le cadre d’une recension de la littérature sur les comètes.15D’une part, nous disposions, à la BNF du gros livre de Taxil intitulé Astrologie et Physiognomie en leur splendeur, dont on connaît deux éditions, l’une non datée, l’autre de 1614, chez le même libraire de Tournon, qui faisait écho aux attaques de ce que l’auteur appelait “l’anticométiste”.16 Puis ce fut le tour du Discours des Comètes du même Taxil qui était conservé à la Bibliothèque de Lyon La Part Dieu (cote 373231), ouvrage qui avait déclenché précisément l’ire de l’anticométiste. Et enfin, nous retrouvâmes à la Bibliothèque Ceccano d’Avignon (cote 8° 7056) le travail anonyme de l’anticométiste, le Discours en général contre les Pronostics des Comètes et particulièrement de celle de l’année mil six cents & sept (s. L. N. d.). C’est dire que la recherche bibliographique exige une certaine persévérance et une approche systématique et extensive des collections existantes, surtout quand on ignore si nom de l’auteur il y a ou non. Entendons par là que c’est en conduisant une recherche au champ sensiblement plus large que l’on peut se permettre d’écumer les bibliothèques, parce qu’on y trouve toujours quelque perle. En revanche, avec une perspective trop étroite, on risque de se décourager beaucoup plus vite, en raison du faible retour sur investissement. En outre, l’apologie du traité de Taxil sur son Discours des Comètesfigure au sein d’un ouvrage qui ne le mentionne pas en son titre, ce qui signifie que l’on ne peut se contenter de se fonder sur les titres des ouvrages pour rédiger une monographie, que ce soit sur les Comètes ou sur Nostradamus.

Discours des comètes

    H. Drévillon, dans son mémoire de DEA17Les traités des comètes de 1577 à 1683 : les révolutions d’un signe, sous la direction de Roger Chartier, semble tout ignorer de cette polémique, pourtant au coeur de la période qu’il prétend étudier, n’ayant apparemment pas pris connaissance de notre communication au Colloque de Bayeux de 1986, laquelle, il est vrai, ne parut, avec quelque retard, qu’en 1991 : “Les variations d’impact des “comètes” en France. Etude bibliographique (fin XVe- fin XVIIIe siècles), La comète de Halley et l’influence sociale et politique des astres”, Bayeux, 1991 (pp. 74 – 75) C’est ainsi (p. 89) qu’il ne signale même pas Taxil parmi les médecins s’étant occupé des comètes. En revanche, Taxil sera bien présent, en 1996, dans sa thèse parue sous le titre Lire et écrire l’avenir. L’astrologie dans la France du Grand Siècle (1610 – 1715), Seyssel, Ed. Champ Vallon (p. 42) quand il parle “de la réponse de Jean Taxil à un détracteur”. Il est vrai que la controverse en question se situe à l’échelle régionale. Si le Discours des Comètes parait à Lyon, en 1608, chez Claude Morillon lequel en 1610 publiera un Commentaire d’Henri de Linthaut (Lindhout) sur le Trésor des Trésors de Claude Gamon, en revanche, la suite de l’affaire se déroulera dans des villes de moindre importance, comme Arles. La formule “à Tournon pour R. Reynaud libraire à Arles”, signifie vraisemblablement que l’ouvrage fut imprimé à Tournon mais écoulé à Arles (cf. infra). Cette comète de 1607 est au demeurant célèbre en ce qu’il ne s’agit ni plus ni moins de la comète de Halley, lors de son passage qui précéda celui de 1682 et de 1759 – c’est alors qu’on attendit son retour – et dont les dernières occurrences survinrent en 1910 et 1986. A partir de Halley, les comètes allaient perdre leur aura de signes venant du ciel, au gré de Dieu pour ne plus être qu’un corps céleste parmi d’autres, c’est-à-dire parfaitement prévisible.

On notera, en passant, que ce qui distingue la littérature consacrée aux comètes de celle visant les éclipses, est que la première traite du phénomène céleste après coup alors que la seconde l’anticipe, souvent, de plusieurs années.18

Nous ignorons qui est l’auteur de ce Discours en général contre les pronostics des Comètes et particulièrement ceux de l’année mil six cents & sept (s.l.), mais il y a de fortes chances que ce soit un collaborateur de l’archevêque d’Arles, dont le nom n’est pas fourni, auquel l’ouvrage est dédié :

“Qu’il vous plaise cependant me départir cette faveur que je taise mon nom aux fins que chacun sache que seulement pour obeyr à vostre Seigneurie & non par vanité j’ay produit ce libelle (…) Il n’y a remède, Messieurs les astrologues & naturalistes il faut que j’esvente & publie librement les secrets de votre art pour donner le retour à ce maistre faiseir d’invectives.“

 

Discopurs contre les pronostics des Comètes

    Ce sera l’occasion pour Taxil de se moquer de cet adversaire qui s’avance masqué comme l’avait fait Auger Ferrier19, dans un Advertissement à M. Jean Bodin sur le IVe Livre de sa République, Toulouse, Colomiez, 158020, face à ce René Herpin derrière lequel se dissimulait un Jean Bodin21, texte qui accompagnera désormais les éditions de la République. Par la suite, un Jean-Baptiste Morin, dans ses Remarques Astrologiques, s’interrogera sur l’identité des auteurs d’attaques contre les pronostics relatifs à l’Eclipse d’août 1654, y pressentant la marque d’un Gassendi.22 A l’origine, donc, de l’affaire qui se prolongera jusqu’en 1614 – il y a une édition non datée23 - la parution en 1608 du Discours des Comètes contenant plusieurs belles & curieuses questions sur ce subject & particulièrement de celles qu’on a veu au mois de septembre dernier 1607. Avec la prognostication & presages d’icelles, dédié à Jaques (sic) de Boche, gentilhomme de la Chambre du Roy. L’astrologue y est contraint de présenter ses réflexions de type astronomique plus qu’astrologique sur la nature des comètes, il y est notamment discuté des thèses de l’italien Jérôme Cardan (pp. 42 et seq). L’astrologue est également amené à se situer sur le plan théologique avant même d’aborder l’aspect proprement astrologique : “Que ce n’est pas sans cause que les hommes craignent les impressions célestes, d’autant qu’elles ne sont pas seulement naturelles mais quelques fois miraculeuses ou prodigieuses” (ch. X, pp. 67 et seq.) Déjà alors, on signalait que le mexicain Montezuma avait été la victime de pronostiqueurs animés par le diable pour conduire à sa perte (p. 72).

Taxil s’appuie fortement sur les historiens car toutes les corrélations que l’astrologue peut établir ne dépendent-elles pas essentiellement des chroniques conservées et rapportées ? Bien plus, les historiens, ce faisant, sont amenés à fonder leur science, y compris dans le domaine climatique et agricole (ce qui semble annoncer un Braudel), sur certaines récurrences cosmiques, ce que nous avons appelé “astro-histoire”.24 Comme plus tard Bayle, le médecin d’Arles, esquisse une approche à caractère statistique : “Et je vous prie, n’a-t-on point vu mourir de Roys sans que de vingt ans après leur mort se soyent appareues des Comètes ? (…) Ces historiens ont confondu ainsi ce mot de Signe, les uns disant que les Comètes signifient la mort des Roys, les autres qu’elles les causent, entre lesquels est Cardan” (p. 102).

A la lecture de ce Discours d’environ 140 pages va donc répondre, en avril 160925, imprimé par un certain Estienne du Plessier, un autre Discours, anonyme celui là, dédié à l’Archevêque d’Arles, “libelle” de 150 pages environ et qui ne portera pas davantage sur l’aspect proprement astrologique. D’ailleurs, on peut se demander si un tel débat touche véritablement à l’astrologie stricto sensu, vu qu’il n’y est guère question de planètes, de signes zodiacaux et du fait du caractère non prévisible, alors, des comètes.. L’anonyme s’efforce de dissocier – ce que Taxil refusera (cf. infra) astrologie et astronomie : “nos astrologues (…) sous la faveur de l’astronomie (relèvent) leurs vanités.” (p. 31) Ce même auteur constate que la mort de ceux qui sont morts, après une comète était tout à fait naturelle et non point “violente”. (p. 143) Il faudrait selon lui que les comètes produisissent des effets qui leur seraient propres, en sus d’une éventuelle corrélation chronologique. Il est également reproché à Taxil d’associer des pronostics relatifs à des phénomènes sans rapport entre eux comme guerre et peste, ou contradictoires comme pluie et siccité, c’est-à-dire sécheresse (p. 156).

A la fin de l’ouvrage, on apprend que des prédictions circulaient alors sur la mort prochaine du pape, ce qui pourrait expliquer cette initiative dédiée à l’archevêque d’Arles, ville proche d’Avignon. En réalité, Paul V, élu en 1605 ne mourra qu’en 1621 !

Taxil répliquera à cette attaque selon une démarche à l’évidence apologétique et qui annonce l’Apologie qui paraîtra, dix ans plus tard, en 1624, en tête de l’Usage des Ephémérides d’Antoine de Villon.26 Dans le cas de Villon, on ignore à qui précisément il réplique ; cependant, le jésuite Jean François, dans son Traité des Influences célestes, bien plus tard, en 1657, évoque Villon : “Je fis cette offre d’une dispute publique à Antoine de Villon qui a imprimé deux tomes en leur faveur, lequel me dit par après en particulier qu’il n’estoit pas si fou de s’exposer de la sorte.” (p. 237)

“Mon dessein, déclare Taxil, n’ayant esté (entreprenant cest oeuvre) d’insèrer icy toute l’astrologie ains seulement de faire voir à tout le monde qu’il est permis au Chrestien & Médecin de se servir de l’astrologie, qui ne surpasse les vrayes bornes de la science naturelle.
Si les astrologues ne prévoyent toujours tous les accidens qui nous doivent arriver, il n’en faut pas pourtant blasmer l’art” (p. 64)

 

On s’arrêtera sur la seule référence de Taxil à Nostradamus :

“il n’est pas besoin que je face icy plus particulière mention du grand nostradamus puis que les merveilles qu’il a fait par la voye de l’astrologie sont encore toutes fraiches en la mémoire de ceux qui vivent27

 

Comment comprendre un tel propos ? Le médecin d’Arles, auteur, en 1602, d’un Traité de l’Epilepsie, à Lyon, pour Robert Renaud, libraire de la ville d’Arles en Provence28, le même libraire qui publiera l’Astrologie en sa splendeur, semble évoquer Nostradamus comme si son oeuvre appartenait au passé. Aurait-il pu s’exprimer ainsi, en 1614, si des éditions des centuries étaient reparues depuis peu ? Nous sommes en effet en 1614 : “et dieu veuille qu’au mois de septembre de l’année précédente mil six cens treize etc.” (p. 15)

Traité de l'Epilepsie

    Toujours sur un point qui intéresse la recherche nostradamologique, on signalera cet autre passage : “Le grand Henry, feu nostre bon Roy eut en sa nativité les deux luminaires aux signes violents (…) Et quant à la huictiesme (maison), en estant proche de moins de cinq degrez, où y avoit une des estoiles violentes; scavoir celle qu’on appelle caput Algol, comme j’ay veu par l’horoscope que j’en au autrefois dressé etc.”, ce qu’il résume en latin, en marge Henricus Magn. Rex noster habuit caput Algol in domo mortis & Lunam in conjiunctione cum ipso.“29

Ce passage est en effet à rapprocher de celui figurant dans les Significations de l’Eclipse de 1559 (…) par maistre Michel Nostradamus :

“Or, il faut entendre que voyant Mars principal dominateur de l’éclipse occupant la 8. Maison non esloignée d’Antare qui est une estoile fixe de la seconde grandeur la plupart de sa nature est martiale du tout, qui vient à menasser (…) la mort violente & subite ioint avec morts publiques etc.”30

 

Témoignage de l’importance accordée aux étoiles fixes – Algol et Antarés – dans la mort violente notamment des souverains et qui ici semble vouloir rendre compte de la mort d’Henri II, survenue en 1559.

Signalons que Taxil revient aussi sur la mort d’Henri II :

“Henry second, Roy de France, eut en sa nativité les deux luminaires aux signes violents & Saturne, estant disposé comme il estoit, signifioit selon Ptolomée, une offence mortelle à la teste ; la nativité duquel ayant esté dressée & supputée par Lucas Gauricus, grand Prélat & grand Astrologue luy prédit ce genre de mort dix ans auparavant qu’il luy arrivast.“31

La réplique à l’ “Anticométiste” dans l’Astrologie et Phsyiognomie

Astrologie et Physionomie

    Nous étudierons de quelle façon la polémique avec l’auteur du Discours en général aura envahi l’oeuvre de Taxil, laquelle couvre près de 400 pages et qui est introduite par une épître, non datée, dédiée à Guillaume du Vair, premier président au Parlement de Provence. Un tel ensemble peut d’une certaine façon constituer une réponse à l’ouvrage de Claude Duret, paru à la fin du seizième siècle, le Discours de la Vérité des causes et effects des décadences etc, Lyon, Benoist Rigaud, 1595.32

A peine Taxil a-t-il adressé quelques mots “au lecteur” qu’apparaît un “Recueil de partie des erreurs et contradictions de l’Anticométiste en son libelle” L’expression “anticométiste” est significative, un peu comme de nos jours celle d’ “anti-astrologue”, présentée comme une sorte de fixation quelque peu maladive contre les comètes ou contre l’astrologie, ce qui revient, en quelque sorte, à renverser les rôles. Cette réponse précède la “Table des Chapitres de l’Astrologie en sa splendeur”, on dirait de nos jours la table des matières. Mais même dans le corps de l’ouvrage, Taxil relance la polémique avec le dit Anticométiste, qui tourne autour d’une comète apparue sept ans plus tôt : “Ce que toutesfois notre Anticométiste maintenant va niant” (p. 34) et cela continue (pp. 36 et 60) avec chaque fois une indication en marge et la mention de la pagination du Discours en général On a vraiment affaire à des commentaires croisés. A la page 170, Taxil l’interpelle à nouveau : “Que dira le Critique de cecy : croira-t-il toujours que les astrologues sont les plus grands gueux du monde puisqu’on lui fait voir que tant de Seigneurs, de Rois & de monarques par tiltre d’honneur se sont qualifiez du nom d’Astrologues.”

Taxil achève son volet sur l’Astrologie – le second étant sur la Physiognomie- par un vibrant hommage à Galilée, “la perle des astrologues de ce siècle” (pp. 173 et seq) et à son Nonce Céleste. Taxil mentionne les “quatre nouvelles planètes lesquelles suivent de fort près Iupiter” – Galilée recourut à la lunette à partir de 1609 – et l’on comprend que pour Taxil, sous le terme Astrologie, il implique également ce que nous appelons astronomie. Et de revenir à l’Anticométiste inconnu : “Ne vous étonnez donc plus Anticométiste si l’Astrologie n’est abolie (…) Que dis-tu adversaire ? Dis le vray, tu aimerais mieux courir après quelque Empirique enfumé ou après quelque endiablé Zoroastres qu’après un Clavius, qu’après tant de Ptolomée, des Alphonses (Alphonse de Castille), des Tychons (Tycho Brahé) & tels autres illustres Astrologues ? C’est le propre de l’ignorance que de voler bas etc.” (p. 180, 181 – 184)

On voit donc à quel point en 1614, un Taxil peut encore se permettre de faire l’amalgame entre astrologie et astronomie mais il est vrai que l’astronomie, elle aussi, est vouée aux attaques comme le montrera, quelques années plus tard, le procès de son cher Galilée (1633).

On croit alors que Jean Taxil en a fini avec son Anticométiste dès lors que l’on aborde le volet de “La Physiognomie en sa splendeur”, avec une nouvelle pagination. Mais dès la page 20, Taxil en revient à son adversaire lequel aurait mis astrologie et physiognomie dans le même sac et voudrait qu’on les chassât des Républiques l’une et l’autre. Sous le terme de Physiognomie, Taxil entend notamment la Métoposcopie, chère à Cardan, divination par les lignes du front. Et d’évoquer le visage d’Henri IV en rapport avec son théme natal (pp. 49 – 50). On trouve d’ailleurs, dans ce second traité, un visage avec les légendes, p. 80. Mais la Physiognomie comporte aussi la Chiromantie, troisiéme partiede la Physiognomie (ch. VII, pp. 112 et seq) alors que la deuxième partie concerne la “Physiognomique” (ch. V, p. 81) qui concerne l’ensemble du corps.

Et ne voilà-t-il pas qu’à la page 129, Taxil nous présente un “Fléau de l’Anonyme présomptueux contenant la Défense du traicté des Comètes & de l’honneur & dignité de l’Astrologie”, sur 18 pages comme si cela n’avait pas suffit !

Il semble même que ce soit là sa première réaction :

“C’est trop fait, je perds patience. Il faut que j’abatte la voix & le souffle à cet insolent. Blasmer l’astrologie, déchirer par injures ceux qui la traitent ? C’est trop faict, il faut qu’il le sente. Il serait donc loisible , sous le couvert d’un masque, de medire à plaisir sans crainte du retour ? Donc il seroit permis de semer des erreurs & les mettre en crédit, abusant du nom de nos Archevêques ? Il n’y a point de loy qui le veuille, c’est trop là d’irreligion & d’impiété.” (p. 129)

 

Ainsi le Recueil placé en tête nous semble être une annexe du Fléau, en ce qu’il décortique le Discours de son adversaire en signalant les pages, ce qui n’est pas le cas du dit Fléau, situé in fine.

Le ton scandalisé voire étonné de Taxil montre à quel point l’astrologie au début du XVIIe siècle est encore “droite dans ses bottes”, qu’elle ne craint pas les découvertes d’un Galilée, mais force est de constater qu’elle sera bientôt plus sur la défensive. Toujours est-il que cet Anticométiste, relève Taxil, entend “chasser de la Bergerie Chrestienne tous astrologues, physiognomes, sorciers et telle racaille de gens qui se meslent de prédire par l’inspection des astres ou plutost par la suggestion pure des esprits noirs.” (p. 143)

Dans le “Fléau de l’Anonyme”, Taxil refuse ainsi de disjoindre astronomie et astrologie : “Ces sciences (astronomie et astrologie) sont trop unies pour les pouvoir séparer sans corruption (…) Qu’est-ce autre chose l’Astrologie qu’une Astronomie parlante (…) Que serait-ce autre chose l’astronomie restreinte dans les bornes que vous luy voudriez imposer qu’une beauté muette, un soleil en éclipse, un trésor caché, une science morte qui ne servirait de rien à personne.” (p. 148)

Taxil tire parti de l’anonymat de son adversaire : “Est-ce pour cela que vous supprimez vostre nom pour n’estre chastié de vos menteries. Qui faict mal, il hait la lumière: les faiseurs de Paquils en usent ainsi” (p. 153) comme il l’avait déjà fait dans le Recueil introductif : “Ho que vous avez bien fait , mon grand amy, de demeurer derrière le rideau (…) Car vous la pouvez maintenant désavouer comme un part abortif, pour l’attribuer à quelque autre etc.”

Il reproche à cet inconnu d’écrire sous la protection de l’archevêque d’Arles : “Cet illustre Prélat lequel vous avez donné pour vostre Parrain à vostre Avorton & le nom duquel vous posez au plus haut du frontispice de votre livre, pour luy donner entrée & servir de miel à vos amertumes, vous désavouera, je n’en doute point, mal aisément pourra il souffrir de voir son autorité ainsi profanée & que vous lui fassiez porter la bannière à vos médisances (…) Si mon livre eut contenu en soi quelque chose d’erroné ou de scandaleux il n’eut pas emprunté une plume aussi vile que la vostre pour m’en reprendre, il l’eust faict luy mesme en Pasteur.”

Enfin, cet ensemle s’achève par un traité en latin (pp. 162 et seq) : Iudicium Ioannis Taxilli D. Medici De nova illa stella quae colluxit en Sagittario (…) anno sexcentesimo quinto supra millesimum, soit la nouvelle étoile de 1605, texte dédié à Peiresc. Il s’agit probablement d’un texte paru séparément en 1608 et repris au sein de cet ensemble.

Un des aspects de la polémique qui nous semble le plus intéressant concerne la question des historiens, lesquels seront sur la sellette tout au long du siècle et constituent, avec les astronomes l’autre pilier sur lequel s’appuie l’astrologie. L’anonyme semble avoir compris qu’il y avait là un enjeu d’importance, d’ailleurs n’est-ce pas au nom de l’Histoire telle que narrée dans l’Ancien Testament que l’on rejeta l’héliocentrisme, à Rome ? Dans le “Recueil de partie des erreurs” Taxil voit bien le coup venir : “Que pensiez vous en tançant tous les historiens d’ignorance, en la page 71, de votre libelle où vous dites qu’il faut avoir recours aux principes de la Philosophie (…) C’est chose asseurée et véritable que tous les Historiens disent que l’expérience (est) mère de toutes les vérités (…) Comment, pauvre ignorant, vous moquez-vous ainsi des Historiens, des observations & des expériences qu’on a faict ? Ne savez-vous pas que l’expérience a plus de force à conclure que toute sorte d’argumentation ? Cela fait penser à la formule de Jean Rostand : “si les statistiques prouvent l’astrologie alors je ne crois plus aux statistiques”, de même si les astrologues peuvent s’appuyer sur l’histoire, alors faut-il encore se fier à celle-ci ?

En cette même année 161433 paraissait, de la plume de François de Cauvigny (Colomby), à Paris, chez Toussaint du Bray, une Réfutation de l’astrologie judiciaire (…) contre les astrologues de ce temps. Dédié à la Reyne Régente, c’est-à-dire à Marie de Médicis34 ; il y est demandé, également, dans l’épître à la Reine, veuve d’Henri IV, de bannir les pratiques astrologiques. Intervention sans grand effet, il est vrai quand on sait ce que Pierre Bayle écrira encore au début du XVIIIe siècle, dans laContinuation de ses Pensées sur la Comète, quant au crédit maintenu des astrologues qu’il déplore.35

Réfutation de l'Astrologie judiciaire

    L’ouvrage de Cauvigny, constitué de trois traités aux paginations séparées pourrait bien avoir inspiré les travaux du Jésuite Jean François, parus en 1660 sous le titre deTraité des Influences Célestes, à Rennes, puis, sous le nom de R. Descartes (sic) en 1667.36 C’est notamment la question de l’expérience qui est mise en avant par ces auteurs et qui rejoint la mise en question de l’autorité de l’Histoire. Sans l’appui de textes plus ou moins douteux relatant tel ou tel succès de l’astrologie, que vaudrait, demande-t-on le crédit de l’astrologie ? C’est d’ailleurs en particulier à Nostradamus, héraut par excellence de l’astrologie semble-t-il, notamment à la suite des événements d’Angleterre, que le Père Jésuite s’en prenait.

“On les raconte autrement qu’elles n’ont esté ou prédites ou faites, bien peu ont esté composées devant l’effet, presque toutes sont racontées après et de celles-cy plusieurs ont esté composées & inventées après les accidents arrivez. C’est ainsi qu’on adjuste des quadrains à toutes les impressions de Nostradamus. Les autres qui restent sont rapportés avec tant d’amplification et de changements qu’ils sont méconnaissables (…) On attribue des prédictions aux astrologues qui ne peuvent leur convenir, toutes les prophéties de Nostradamus ont été faites sans aucun horoscope, comme il déclare au commencement d’un livre en une épître dédiée à son fils (…) On a partout en bouche ce vers de Nostradamus Sénat de Londres mettra à mort son roy, on oublie les autres.“

 

Traité des influences célestes

    Il ne faudrait pas en effet s’imaginer que les anti-astrologues ne se recopient pas : même un Calvin semble avoir puisé, pour composer son Avertissement contre l’astrologie qu’on appelle judiciaire, Geneva, 1549, dans l’oeuvre d’un David de Finarensis (alias de Finale), à savoir l’Epitome de la vraye astrologie et de la réprouvée etc, Paris, Estienne Groulleau, 154737, le chef réformé s’en prenant, quant à lui, à l’Avertisssement sur les jugements d’astrologie à une studieuse damoiselle, anonyme (en fait de Mellin de St Gelais), Lyon, Jean de Tournes, 1546.38 Ces polémiques et ces entretiens, ces apologies, sont en tout état de cause, la marque d’un certain intérêt pour les problèmes posés par la question astrologique, aux XVIe et XVIIe siècles.

Avertissemnt contre l'Astrologie       Epitome de la vraie astrologie

    Il semble bien que l’anti-astrologie du XVIIe siècle ait touché le talon d’Achille de l’astrologie, à savoir que ses fondements n’étaient pas tant astronomiques qu’historiques, que son crédit était avant tout lié à l’idée d’une transmission ininterrompue, à celle de prédictions confirmées sans que l’on soit certain du moment véritable où celles-ci furent formulées. Qu’est-ce qui alimente la foi, la confiance, en l’astrologie sinon l’idée d’une double transmission: diachronique, sur la base d’un savoir ancien qui se perpétue et synchronique, sur la base d’une influence d’astres lointains qui continue à s’exercer et à laquelle les hommes restent sensibles ? Tout cela ne renvoie-t-il pas à un passé plus ou moins immémorial ? Or, le temps des représentations mythiques des origines, et notamment, au travers des Ecritures Saintes, était alors en passe d’être révolu, la critique biblique se mettait en place notamment avec Richard Simon., auteur d’une Histoire critique du Vieux Testament (1678), tant et si bien que les idées d’alliance originelle entre hommes et astres qui sous-tendaient le statut intellectuel de l’astrologie étaient battues en brèche. En ce sens, l’astrologie allait subir le même sort que les (autres) religions, Nostradamus apparaissant comme son dernier prophète.

Jacques Halbronn
Paris, le 26 septembre 2003

Notes

Cf. notre étude “De l’astrologie à l’astro-histoire”, Site du Cura.free.fr. Retour

Cf. BNF *E 2063. Retour

Cf. E. Fassin, “Un oublié Jean Taxil”, Bulletin de la Société des amis du vieux Arles, janvier 1940. Retour

Cf. notre étude sur le Site du Cura. Retour

Cf. BNF D 6869. Retour

Cf. Bibliothèque Ste Geneviève, V 4° 68 Inv 544, pièce 19. Retour

Cf. l’édition de S. Bokdam, Genève, Droz, 1990. Retour

Cf. BNF V 12198. Retour

Cf. Traité des Influences Célestes, Rennes, 1660. Retour

10 Cf. notre édition, Paris, Retz, 1975. Retour

11 Cf. O. Millet, “Feux croisés sur Nostradamus au XVIe siècle”, in Divination et controverse religieuse en France au XVIe siècle, Cahiers V. Saulnier, 1987. Retour

12 Cf. notre étude sur les comètes, op. cit. Retour

13 Cf. E. Labrousse, Entrée de Saturne, op. cit. Retour

14 Cf. Tombeau de l’astrologie judiciaire, Paris,1657. Retour

15 Cf. notre étude Bayeux. Retour

16 A Tournon R. Reynaud, BNF V 29301, autre édition : BNF V 21816. Retour

17 Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, 1989 – 1990. Retour

18 Cf. E. Labrousse, L’entrée de Saturne au Lion. L’éclipse du 16 août 1654, La Haye, Nijhoff, 1974. Retour

19 Cf notre étude sur le Site du CURA. Retour

20 Cf. BNF *E 2063. Retour

21 Cf. Apologie ou Réponse pour la République de Jea,n Bodin, Paris, Du Puiys 1581. Retour

22 Cf. notre étude “Pierre Gassendi et l’astrologie judiciaire. Approche bibliograpohique”, Annales de Haute Provence, 2 – 3e trimestres 1993. Retour

23 Cf. BNF Resaq V 21816. Retour

24 Cf. “De l’astrologie à l’astro-histoire”, Site CURA. Retour

25 Cf. le colophon p. 160. Retour

26 Cf. notre postface au reprint du Commentaire du Centiloque par Nicolas Bourdin, Paris, Trédaniel, 1993. Retour

27 Cf. l’Astrologie et physiognomie en leur splendeur, op. cit., p. 92. Retour

28 Cf. S. Nelli, “Jean Taxil”, op. cit., p. 236. Retour

29 Cf. l’Astrologie et Physiognomie, op. cit., p. 116. Retour

30 Cf. B. Chevignard, Présages de Nostradamus, Paris, Seuil, 1999, p. 451. Retour

31 Cf. Astrologie et Physiognomie, op. cit., p. 114. Retour

32 Cf. notre étude sur le CURA. Retour

33 Cf. sur cette période nos développements consacrés aux malheurs de l’astrologue Morgard in Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ed. Ramkat, 2002, pp 145 et seq.Retour

34 Cf. BNF V 21807. Retour

35 Cf. “The importance of comets for the cause of Astrology; the case of Pierre Bayle in the years 1680 – 1705”, Colloque Astrology and the Academy, Bath, 2003, et “Astrologie et Histoire au XVIIe siècle”, Colloque Astrologie et pouvoir, Actes in Politica Hermetica, 2003. Retour

36 Cf. notre étude sur G. Bachelard et l’oeuvre de cet auteur, CURA. Retour

37 Cf. Bibl. Ste Geneviève, Paris, V 8° 635 Inv 2679 Réserve. Retour

38 Cf. O. Millet, édition de l’Avertissement de Calvin, Genéve, Droz, 1985. Retour

 

Publié dans ASTROLOGIE, HISTOIRE, Médecine | Pas de Commentaire »

Claude Duret et l’astro-histoire à la fin du XVIe siècle

Posté par nofim le 23 janvier 2014

Claude Duret et le “Livre Blanc” de l’astro-histoire,
à la fin du XVIe siècle

par Jacques Halbronn 

    Quels furent les vrais enjeux de l’anti-astrologie aux XVIe et XVIIe siècles ? Il conviendrait de ne pas considérer que tous les discours astrologiques soient concernés au même titre, ne serait-ce que parce qu’ils ne se situent pas nécessairement au même niveau épistémologique. Parler donc d’une seule astrologie ou d’une seule anti-astrologie ne serait pas de bon aloi.

   Il nous semble qu’il y a en fait deux combats, un qui serait d’arrière-garde et un autre d’avant-garde.

   Le combat d’arrière-garde concernerait l’astrologie individuelle. Disons que depuis longtemps son affaire est entendue et qu’elle constitue un ensemble si enchevêtré, si touffu, que l’on ne veut plus guère s’y aventurer pour savoir ce qu’il en est. Certes, on lui lance encore quelques piques, on se gausse de ses naïvetés mais la chose est jugée; non pas qu’on lui conteste son emprise sur le public voire même une certaine efficace, mais cela se situe en dehors du champ proprement scientifique.

   Le combat d’avant-garde concerne, quant à lui, ce que nous appelons l’astro-histoire, ce que l’on appellera par la suite l’astrologie mondiale (mundane Astrology). Un Pic de la Mirandole, à la fin du XVe siècle, quand il s’en prend, dans ses Disputationes adversus astrologiam divinatricem, à l’Astrologie, au singulier, vise en réalité plus spécifiquement certaines percées de la dite astro-histoire1 et notamment les publications qui viennent de reparaître en imprimés du cardinal français Pierre d’Ailly, consacrées aux concordances entre Astronomie et Histoire, notamment. Cette question est beaucoup plus intéressante que d’autres aspects portant également le nom d’astrologie car elle est en prise, en phase, avec les perspectives scientifiques de l’époque, ce qui n’est pas le cas d’une astrologie traditionnelle et individuelle dont le corpus appartient à d’autres temps et n’a, pour l’essentiel, fait que tenter de se perpétuer. Certes, les adversaires de l’astrologie ne se font pas faute de mélanger, dans leurs attaques, les deux astrologies mais c’est surtout aux fins de discréditer l’une par l’autre, en recourant à l’amalgame, ce qui est, au fond, de bonne guerre.

   D’un côté, donc, une tradition qui ne sait plus très bien sur quoi elle repose, véritable entrelacs de recettes, c’est-à-dire de choses reçues, qui n’est en fait qu’un savoir de seconde main, dont personne n’a plus la maîtrise, ni les clefs, de l’autre, des hypothèses à la formulation relativement simple et qui sont avancées par certains chercheurs s’inscrivant dans une dynamique épistémologique jugée pertinente pour l’époque mais qui n’en doit pas moins faire ses preuves.

   Rétrospectivement, l’échec de ces deux courants ne saurait donc être apprécié pareillement, les enjeux différant sensiblement. D’une part, un discours décalé, décadent, et n’ayant plus aucune chance de s’imposer même si l’on tentera de le réhabiliter ultérieurement, notamment au XXe siècle, et d’autre part, un projet qui a ses chances, du moins sur le papier et qui ne parviendra finalement pas, à se faire reconnaître une place dans le concert scientifique du temps.

   C’est l’aventure malheureuse, du moins à terme, du dit projet qui nous semble devoir intéresser l’historien de l’astrologie du XVIIe siècle beaucoup plus que celle des horoscopes, auxquels un R. G. F. Guérin consacra, en 1997, une thèse, à l’EPHE, L’astrologie au XVIIe siècle. Etude sur la pratique des horoscopes notamment à travers ceux du Roi-Soleil. Dans un cas, nous sommes dans le domaine de l’Histoire des Sciences, dans l’autre, dans celui de l’Histoire des Mentalités.

   L’ouvrage de Claude Duret qui est au coeur de la présente étude, paru un siècle après la somme de Pic de la Mirandole, ne fait que confirmer cette bipolarisation., dans la mesure où il n’aborde même pas la question des horoscopes et s’en prend exclusivement aux rapports entre astronomie et Histoire. Nous disons astronomie plutôt qu’astrologie, dans la mesure où l’astrologie désignerait en fait un certain corpus traditionnel qui n’est pas engagé ici. Le seul rapprochement entre astronomie et histoire n’est-il pas d’ailleurs déjà tout un programme ?

   Le Discours des changements divers des Royaumes & Provinces - pour adopter non pas le titre de la page de couverture mais celui qui revient en haut de chacune des 500 pages et plus d’un ouvrage qui parut, pour la première fois, à Lyon, en 1594, chez Benoist Rigaud – nous apparaît avant tout comme une réflexion épistémologique sur l’Histoire et c’est à ce titre que l’on y passe en revue nombre de modèles astro-historiques.2 Toutefois, le titre même complet de l’ouvrage, rédigé en un style ampoulé, ne met qu’accessoirement l’accent sur les astrologues : Discours de la vérité des causes et effects des décadences, mutations, changements, conversions & ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Republiques selon l’opinion & doctrine des anciens & modernes mathematiciens, astrologues, mages, philosophes, historiens, politiques & théologiens, d’autant que le terme “astrologues” peut aussi bien renvoyer aux astronomes. Ceci explique probablement pourquoi un tel traité a longtemps échappé à l’attention des historiens modernes de l’astrologie de la même façon que, un siècle plus tard, ce sera le cas des Tableaux des Philosophes d’Eustache Lenoble, au titre assez peu explicite. Le chercheur israélien Alexandre Haran ne cite Duret que pour son Thrésor de l’histoire des langues de 1613.3

Discours de la vérité       Tableaux des philosophes

 

    On peut, au demeurant, considérer ce Discours de plus de 500 pages comme un anti-Janus Gallicus; un tel texte, du au jeune avocat, aux allures de procureur, Claude Duret, bourbonnais (1570 ? – 1611), homme déjà fort érudit, qui publiera dix ans plus tard, une autre somme le Thrésor de l’Histoire des Langues de cest univers, présente une sorte de bilan des recherches astro-historiques de son temps, c’est plus du point de vue de l’Histoire que de celle de l’Astrologie. En 1594, on sort d’une période singulièrement agitée tant sur le plan politique qu’astrologique : d’une part, on est, en France, au lendemain de la conversion d’Henri IV, concluant une pénible guerre civile à caractère dynastique, de l’autre, on se souvient des prédictions astrologiques pour les années 1580 mais aussi de l’excitation née du passage de la nova de 1572 et de la comète de 1577. Duret n’est nullement le premier en France à avoir réfléchi sur les thèses proposant des corrélations entre les astres et l’Histoire – thème déjà cher à Pierre d’Ailly au début du XIVe siècle – on citera dans les décennies qui précédent le Discours de Duret les travaux de Loys Le Roy (alias Regius) et de l’angevin Jean Bodin en France.

Les juristes à l’attaque

   A la même époque, un autre juriste s’en prendra également avec vigueur aux astrologues, il s’agit du président Delalouette, conseiller du Roi & Maistre des Requestes, auteur, en 1600, des Impostures d’impiété des fausses puissances et dominations attribuées à la Lune & Planètes. Sur la naissance, vie, meurs, Etas, volonté & condition des hommes & choses inférieures du Ciel, ouvrage paru à Sedan, centre protestant, chez Jacob Salesse.4 On y retrouve peu ou prou le contenu de l’ouvrage de Duret qui paraît en cette même année 1600, à savoir son second discours, le Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre, Paris, Jacques Réze. La publication des Impostures à Sedan dit assez cependant que l’auteur en est un réformé.

Impostures d'impiété

    Comment expliquer qu’en la même année paraissent de la plume de deux juristes, l’un catholique, l’autre réformé, une attaque qui vise notamment l’influence de la Lune non pas tant sur les personnes que sur l’environnement de l’Homme ? Pour Regius, les marées constituent le modèle même des transformations affectant l’Histoire des Etats, dès lors, s’en prendre aux marées, c’était tenter de briser un tel modèle lié à la Lune et donc de dénoncer un discours présentant les révolutions comme une nécessaire fatalité.

Le contexte du prophétisme lyonnais

   Ce qui retient notre attention, de surcroît, c’est le fait que le Discours de Duret paraît dans un contexte qui n’est peut être pas sans signification: pourquoi en effet est-il publié à une date et en un lieu qui sont déterminants pour l’historien du nostradamisme ?

   C’est en effet en 1594 que parut chez Benoît Rigaud, libraire lyonnais bien connu des bibliographes de Nostradamus, et qui parvenait alors au terme de ses activités, ceDiscours de la vérité des causes et des effects des décadences, mutations, changements, conversions, ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques selon l’opinion & doctrine des anciens & modernes Mathématiciens, Astrologues etc, ouvrage portant sur sa page de titre “Au Roy” et de fait introduit par une épître de Moulins, datée du Ier mai 1594, dédiée “au tres-chrestien, tres grand et très invincible Roy de France et de Navarre Henry IIII de ce nom”, précédant celle du Janus Gallicus, du Ier juillet 1594, à Lyon, dédiée, quant à elle, “A très heureux, tres victorieux et tres Chrestien Henry IIII Roy de France et de Navarre”. On connaît deux tirages de la première édition chez Benoist Rigaud, un daté de 1594, l’autre de l’année suivante (BNF) mais la date de l’impression est la même : 1595. Cependant, leJanus Gallicus - en fait le titre français Janus François conviendrait mieux quand on cite les texte en français mais c’est le titre latin qui fera fortune au siècle suivant – comporte une pièce plus ancienne probablement d’abord parue séparément, en date du 19 février 1594, donc antérieure à l’Epître de Duret. Il s’agit de l’ “Advénenement à la Couronne de France du Roy de Navarre” (pp. 283 et seq) – en latin Henr. IIII Christ. Fran. Et Nav. Regis Benigna Fata, dédié à Alphonse Dornano. On notera que le titre français ne figure que sur les hauts de pages.

   On trouve, sur la page de titre du Discours, les armes jointes de la France et de la Navarre comme ce sera le cas au siècle suivant sur la page de titre de certains spécimens de la littérature prophétique.5 Le Discours sera réédité en 1595 et en 1598, par les Héritiers de Benoist Rigaud, suivant en cela le sort des Centuries. La famille Rigaud sera ensuite représentée par Pierre Rigaud dont la fortune nostradamique tient au fait qu’on lui attribua des éditions contrefaites, fabriquées au XVIIIe siècle et datées de 1566, année de la mort de Michel de Nostredame, et qui serviront de référence, sous le Second Empire, à Torné Chavigny et à Anatole Le Pelletier. Il reste que Pierre Rigaud publia bel et bien, à son tour, des éditions des Centuries, au lendemain de l’Edit de Nantes.

   Il semble bien, en tout cas, que ce ne soit pas par hasard que le Janus Gallicus soit sorti, à Lyon, en même temps que les éditions des Centuries de Benoist Rigaud dont ce libraire lyonnais semble, à l’époque, avoir le monopole. Sortie ô combien opportune puisque le dit Janus Gallicus se présente comme un commentaire des quatrains, une sorte de mode d’emploi, en quelque sorte. On peut d’ailleurs se demander si le dit Benoist Rigaud – qui, il est vrai, est à la fin d’une longue carrière de libraire – avait publié les Centuries antérieurement. Si on peut lui accorder une édition antérieure à 1585, au témoignage d’Antoine du Verdier, dans sa Bibliothèque parue en cette année là, et qui aurait été datée de 1568 et à mille quatrains, il est en revanche fort peu probable que Benoist Rigaud ait commencé à publier les Centuries dès 1568, quand bien même son nom figurerait sur nombre d’éditions conservées datées de cette année là. En tout état de cause, les Rigaud ne verront pas d’obstacle à publier le Discours de Duret.

   Il est d’ailleurs probable que cela ait été par le biais de la poésie que Duret aurait été publié par Rigaud. Duret en effet s’était d’abord fait connaître par des commentaires sur les textes du poète réformé languedocien et donc bien vu, au moment où la cause d’Henri de Navarre triomphe, Guillaume de Salluste Du Bartas (1544 – 1590), consacrés au récit de la Création et, les Centuries ne sont-elles pas également, du moins sous la forme des quatrains qui est la leur, de la poésie, également vouée au commentaire ? C’est chez Pierre Roussin que dès 1591, chez qui paraîtra le Janus Gallicus, que Duret avait fait publier un premier commentaire de Du Bartas, au demeurant proche de cet Auger Gaillard, dont le portrait ornera dans les années 1640 – 1660 les éditions lyonnaises des Centuries.6

   Dans les chapitres non astrologiques de son Discours, Duret aborde également la question des prophéties. Au chapitre XX, il évoque, pour les rejeter en bloc, “infinies predictions ou propheties des estats des monarchies, empires, royaumes & republiques qui sont de présent & seront à l’advenement, en cest univers lesquelles apres Methodius sont escrittes dans les oeuvres de sainct Hippolyte, Evesque de Rome & martyr, d’Ambroise Merlin, de saincte Brigide de nation Escossoise, de l’Abbé Ioachim Calabrois, d’Anselme Eveque Marsican, de Telesphorus ou Therlespherus Calabrois Hermite, de Leolhardus Allemand aussi hermite, Michel de nostradame (sic) & de plusieurs autres Astrologues Allemands modernes en leurs Ephémerides & prédictions.”7

   On aura observé que Nostradamus est ici réduit à la portion congrue (le Discours, malgré ses diverses éditions, n’est pas signalé dans les bibliographies relatives aux Centuries, pourtant friandes de la moindre mention nostradamique). L’astrologie tient encore le haut du pavé ; c’est au cours du XVIIe siècle que le phénomène Nostradamus prendra toute son ampleur. Le Discours de Duret, exact contemporain du Janus Gallicus, n’avait pas encore pu prendre la mesure du nostradamisme.

Le propos du Discours de Duret

   L’ “adresse” due à l’Imprimeur (Pierre Chastain dit Dauphin, peut-on lire à la fin de l’ouvrage) – qui précède la Préface de Duret – fournit en fait les chapitres traités dans le Discours, chacun était dédié à un aspect de l’astro-histoire :

   “Plusieurs doctes et scavants personnages aux siecles passez & présent siècle (XIVe et et XVIe siècle), se sont voulu mesler de rendre raison des Causes & Effects des decadences, mutations, changements, conversions & ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques, qui les uns d’iceux par la doctrine & science des Horoscopes ou astres ascendants des villes premières & principales (…) qui les Autres par le cours & mouvement de l’Eccentrique du petit cercle. Aucuns autres par la radiation & constellation de la dernière estoille de la Queue de la grande Ourse du pol (sic) arctique; Autres par les horoscopes ou astres ascendants des monarques, empereurs, roys & princes d’icelles. Autres par les cours & mouvements du huictiesme ou neufiesme Cieux (…) Autres par les Eclypses de Soleil & de Lune. Autres par les cours & mouvements des grands orbes célestes, ou revolutions du (sic) Planette Saturne, ou bien par les conjonctions des Planetes hautes ou basses ou inférieures, faisants mesme les religions les sectes & les Loix (sic) de cest Univers dependre de ces cours & mouvements ou revolutions ou conionctions (…) sans que iceux personnages ayent touché la vraye & certaine Cause & Effect desdictes decadences, mutations, changements, conversions & ruines à scavoir la sagesse, providence & Justice du Dieu vivant, courroucé & irrité par nos vices & pechez.”

 

   Cette accumulation de formules dont chacune fera, au demeurant, l’objet d’un chapitre dénote bien une certaine effervescence au niveau de l’astro-histoire, une sorte de printemps où toutes sortes d’entreprises sont engagées, chacune selon un modèle différent, mais toujours avec le même objet. Ce n’est plus l’astrologie, stricto sensu, qui est ici en ligne de mire mais bien plutôt une para-astrologie, en partie née de la nouvelle astronomie et qui, d’une certaine façon, relève aussi d’une forme d’anti-astrologie s’ajoutant à l’anti-astrologie traditionnelle. Les coups de butoir des uns et des autres, pour des raisons fort distinctes, auront raison, en définitive, au cours du XVIIe siècle, du reste de crédit de l’astrologie judiciaire traditionnelle. Le fait que dès 1595 une telle attaque contre divers procédés astro-historiques – dont certains remontent à l’astrologie arabe avec les Grandes Conjonctions (Jupiter rejoignant Saturne tous les 20 ans environ) montre bien que Kepler, par ses tentatives de réforme de l’astrologie, autour de 1600, avait bien des précurseurs dont Gérard Simon, dans son ouvrage Kepler astrologue-astronome n’a guère fait mention.

   La formule finale de l’Avis de l’imprimeur résume bien en outre le souci que ces recherches historiques provoquent dans les milieux religieux. Une Histoire qui découvrirait ses propres lois s’émanciperait, en quelque sorte, de la croyance en la Providence divine et abolirait ainsi un argument essentiel en faveur du religieux, à savoir – comme il apparaît dans notamment dans l’Ancien Testament – que l’Histoire serait d’abord l’expression même de la volonté divine.

   Le Discours de Duret est ainsi organisé autour du traitement de chacun des modèles élaborés comme cela ressort de la table des matières. On ne signalera ici que les chapitres traitant de l’astro-histoire.

   Ch. V Scavoir si les sources et origines ensemble les décadences (…) proviennent des horoscopes des villes premières et principalement d’icelles.
Ch.. VI Scavoir si les décadences, mutations (…) procèdent du cours et mouvement de l’eccentricité du petit cercle.
Ch. VII Scavoir si les sources et origines des monarchies (…). procèdent de la radiation des constellations, de la dernière estoille, de la Queue de la Grande Ourse du Pol arctique ou septentrion.
Ch. VIII Si les décadences, changemens, conversions et ruines des monarchies proviennent et procèdent des horoscopes des monarchies, empereurs, roys et chefs des républiques.
Ch. IX Si les décadences, mutations, changemens, conversions et ruines des monarchies (…) dépendent des cours et mouvemens du huitième ou neuvième ciel, c’est-à-dire de la huitième ou neuvième sphère céleste.
Ch. X Scavoir si les religions, les sectes et les Loix (…) proviennent et procèdent des cours et mouvemens des grands orbes célestes ou révolutions du planète Saturne ou bien des conjonctions des planètes hautes ou basses et intérieures.
Ch. XII Scavoir s’il n’y a eu et n’y aura jamais en ce monde que six religions comme aucuns astrologues l’ont osé écrire et assurent en leurs œuvres.
Ch. XIII Si les décadences, mutations, changemens (…) proviennent et procèdent des Comètes ou duplication de Soleils & de Lunes.

   Précisons cependant qu’avant d’aborder la question des astres, Duret, notamment en son Ier chapitre, nous semble adopter un point de vue anthropologique, c’est-à-dire qu’il s’efforce de décrire le fonctionnement des premières sociétés, comme en témoigne le titre du dit chapitre : “Des premières et plus anciennes sources et origines des premières et plus antiques societez & assemblées humaines, lesquelles (…) ont produit & engendré les premières & plus anciennes Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques de l’Univers.”

Les arguments de Duret

   Au chapitre V, consacré aux Horoscopes des villes, Duret met en avant la diversité des solutions proposées par les uns et par les autres, ce qui conduit à penser que l’astro-histoire présentait une image assez déconcertante alors que finalement la tradition astrologique, figée, pouvait sembler mieux établie. Sa description nous semble toujours d’actualité même s’il nous semble que le débat était plus ouvert au XVIe siècle qu’en ce début de XXIe siècle : “La plus grande partie des aucteurs qui ont escrit de cette matière sont du tout contraires & dissemblables en leurs regles & fondements, aucuns d’eux disants qu’il faut principalement en calculant & dressant les horoscopes des villes qu’on bastit & édifie avoir esgard aux estoilles fixe, les autres aux planètes, les autres aux estoiles fixes, planettes & signes.” (p. 101) Autrement dit, Duret semble laisser entendre que le problème tient au fait que chaque chercheur a son idée de ce qu’est le ciel utile en astrologie.

   Au chapitre VI, Duret attribue à Copernic ou plutôt à ses disciples, à la suite de Bodin, au IVe Livre (chapitre II) de sa République, la thèse selon laquelle “les décadence, mutations, changements (doivent) dépendre & provenir de l’eccentrique du petit cercle & de son tour & mouvement”, ce qui montre bien les liens qui avaient pu être envisagés à l’époque entre la nouvelle astronomie et ce que l’on pourrait appeler une nouvelle Histoire qui fit long feu.

   On signalera tout particulièrement le recours à l’argument précessionnel au chapitre IX : (pp. 141 et seq) : “Si les décadences, mutations, changements et ruines des Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques proviennent des cours & mouvements du huictieme ou neufième Ciel, c’est-à-dire, de la huitième ou neufième Sphère celeste.” Duret se fait l’écho de théories qui considèrent que le mouvement précessionnel serait une clef de l”Histoire. Or, les auteurs cités divergent quant à l’année où le décalage était nul. Pour Duret, pourrait-on dire en termes plus modernes, l’incapacité des astrologues à se mettre d’accord est le signe d’un dysfonctionnement de leur Cité scientifique.

   Au chapitre X, on relèvera un argument d’une certaine habileté: à propos de la question des éclipses de soleil et de lune :

   “Si cela estoit vray, depuis que l’univers est cree, il n’y aurait à présent aucunes Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques, veu qu’il ne s’est passé guere année qu’il ne se soit trouvé & rencontré en icelle quelque Eclypse de Soleil & de Lune assez bastante & suffisante selon le dire des Astrologues pour apporter & entraisner avec soy des decadences, mutations etc.” (p. 165)

 

   Sur la question des grandes conjonctions (chapitre XI), sujet qui avait défrayé la chronique, dans les années 1580, Duret s’exprime ainsi, notamment sur la base des écrits de Pierre d’Ailly (ou d’Assiac) signale que bien des astrologues reconnaissent ne pas pouvoir déterminer à quel moment Jupiter se conjoint à Saturne. Duret nous rappelle (p. 205) que les triplicités associées aux grandes conjonctions ont vocation chorographique, permettant de localiser géographiquement les événements. “Nous devons scavoir & apprendre, objecte-t-il, qu’il est presque impossible, en si peu de temps qu’il y a que le monde a eu son prince & commencement & en si peu d’observations & remarques que nous avons des Anciens, que nous puissions avoir une certaine & infaillible doctrine de ces choses etc.”

La production de Duret

   Duret est aux antipodes d’un auteur qui ne se serait consacré qu’à l’astrologie, il l’aborde plutôt en “honnête homme”, parmi bien d’autres sujets et d’ailleurs c’est moins à l’astrologie judiciaire qu’il en a qu’à diverses conceptions, plutôt extérieures à la tradition astrologique stricto sensu.

   Claude Duret, disposant en tout cas d’une fort riche bibliothèque, se fit d’abord connaître, on l’a dit, sur le plan littéraire par des commentaires de l’oeuvre du protestant Du Bartas, la Semaine où l’on note déjà son intérêt pour le ciel Son étude de 1594 sur l’Eden de la Seconde Semaine est également dédié à Henri IV auquel Duret, dit-on, “plaisait”. Toutefois, nous n’avons pas affaire un réformé, il s’inscrit bel et bien dans un milieu catholique ; c’est ainsi que Claude Feydeau, docteur en théologie en droit canon, doyen de l’Eglise Collégiale Notre Dame de Moulins sera en 1612, à la mort de Duret, le préfacier du Thrésor de l’histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc.

   En 1600, Duret publie le second volet de ses Vérités des Causes et effects à savoir le Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre.

   En 1613, Duret, devenu Président, à Moulins, publie un ouvrage de linguistique de plus de mille pages dont le titre évoque étrangement celui du Discours puisqu’il y est question des décadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues, comme il était question, vingt ans plus tôt, des Causes et effects des decadences, mutations & ruines, changements, conversions & ruines des Monarchies.

Chronologie des oeuvres de Claude Duret

      1591 – Commentaire La Seconde Semaine de Du Bartas, Nevers P. Roussin, BNF Res Ye 541.

      1594 - L’Eden ou le Paradis Terrestre de la Seconde Semaine de Du Bartas etc. Au Tres chrestien Roy de France; Henry IIII de ce nom (épître de janvier 1594), Lyon, Benoit Rigaud, Mazarine 10857.

      1594 Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, changemens, conversions et ruines des Monarchies, Empires, Royaumes et Républiques selon l’opinion et doctrine des Anciens et Modernes. Au Tres Chrestien, Très grand et très invincible Roy de France et de Navarre Henri IIII de ce nom, Lyon, Benoist Rigaud (Impr. Pierre Chastain), Mazarine 28131.

      1595 - Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, changements, conversions et ruines des monarchies, empires, royaumes et républiques selon l’opinion et doctrine des anciens et modernes mathématiciens, mages, philosophes, historiens politiques & théologiens. astrologues. Epître au Roy, Lyon, Benoist Rigaud (Impr. P. Chastain), BNF *E 3575.
Note : le nom de Lyon est rayé sur l’exemplaire de la BNF.

      1598 - Discours de la vérité des causes et effets des décadences, mutations, etc …, Lyon, Héritiers Benoist Rigaud, BNF R 12969.

      1600 - Discours de la vérité des causes et effets, des diverses cours, mouvemens, flux & reflux & saleure de la mer Océane, mer Méditerranée et autres mers de la terre, Paris, Jacques Rèze, BNF R 12970, Mazarine 28639.

      1605 - Histoire admirable des Plantes et herbes esmerveillables, par C.D.B. Dédié à Maximilien de Béthune (Sully), Paris, Nicolas Buon, Mazarine 56074.

      1613 - Thrésor de l’histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc, Cologne, M. Berion (pour la société caldorienne), Reprint Slatkine, 1972.

      1619 - Thrésor de l’histoire des langues de cest univers. Contenant les origines, beautés, perfections, decadences, mutations, changemens, conversions & ruines des langues hébraïque etc, Seconde édition, Yverdon, Sté Caldoresque, BNF X 1512 et Mazarine 1000 Q bis.

La postérité de Duret

   On peut comparer avec profit le Discours de Duret et les attaques qui se produiront soixante ans plus tard de la part des Jésuites, Jacques de Billy et Jean François. Au vrai, stricto sensu, Duret ne s’en prenait pas directement à l’astrologie judiciaire tandis que les deux Jésuites, également auteurs de travaux assez considérables, par leur volume, visent probablement plus une pratique qu’une science. C’est en fait plutôt au réformé Pierre Bayle des Pensées sur la Comète (1682) que nous songeons en lisant le Discours de Duret, paru un siècle plus tôt. Toutefois, le travail de Bayle se limite aux comètes et aux éclipses. On pourrait comparer utilement le chapitre XIII duDiscours avec les arguments statistiques de Bayle au sujet des comètes (cf. infra).

Portrait de Pierre Bayle

Pierre Bayle, pourfendeur de l’astro-histoire

    Mais on peut aussi voir en Duret un précurseur de Jacques Gaffarel, auteur en 1629, des Curiosités Inouïes, qui d’ailleurs cite son Histoire des langues. Les connaissances de Duret en matière de littérature et de langue judaïque n’ont en effet rien à envier à celles dont dispose un Gaffarel lequel traite longuement de l’astrologie chez les Hébreux. On ne peut exclure que Gaffarel ait puisé une partie de son érudition chez Duret qui nous apparaît comme une sorte de Pic de la Mirandole, si souvent cité par lui.

   Duret, en dépit de ses doutes sur les solutions proposées par les uns et les autres, n’en est pas moins, à l’instar d’un Bodin, en quête de quelque loi sous-jacente qui rendrait compte du cycle constaté déjà par Aristote8 qui conduit d’un régime à un autre. Le Discours truffé de références montre à quel point un tel sujet est d’importance pour la culture ambiante et la présence de chapitres ne traitant pas des astres souligne le fait que le problème posé dépasse cette seule affaire. Somme toute, on est en droit de se demander si Duret n’a a pas conscience d’un certain échec collectif qui n’incombe pas aux seuls astrologues; le fait est qu’ aucun progrès ne semble alors avoir été accompli depuis les Grecs au niveau de la science politique.

   A l’issue du XXVe et dernier chapitre, Duret annonce (pp. 539 – 540) une suite qui ne semble pas avoir été publiée si tant est qu’elle ait été rédigée et qui comprendrait notamment les “moyens & aides pour garder & conserver longuement & heureusement les Estats d’icelles Monarchies, Empires, Royaumes & Républiques.”

   Claude Duret, en s’adressant ainsi au Roi de France et de Navarre, nous fait penser à Nicolas Oresme (1325 – 1382), évêque de Lisieux, conseillant Charles V et l’engageant déjà, deux siècles plus tôt, à se méfier de l’astrologie. Mais, en 1682, Pierre Bayle fera-t-il autre chose à l’endroit de Louis XIV ?9

   En effet, la Lettre - anonyme – sur la comète, adressée par un Catholique prétendu – étrange subterfuge – à un Docteur de Sorbonne, qui changera son nom, quand l’ouvrage paraîtra sous le nom du réformé Pierre Bayle, en Pensées Diverses sur la comète, s’achève sur une mise en garde au roi, l’engageant à ne pas se lancer dans une nouvelle guerre, en ne tentant pas la fortune, toujours incertaine. Situation paradoxale que celle de Bayle qui n’aura cessé, tout au long de son “traité des comètes” comme il le désigne, de montrer comment les hommes politiques se servent des astrologues pour manipuler les esprits et leur faire annoncer, au nom des astres, ce qu’eux-mêmes ont planifié et qui descend, lui-même, dans l’arène pour peser sur la politique de la France, au nom de l’incertitude de toute prévision, quel qu’en soit le fondement, astrologique ou non.

   “La prévision de l’avenir, conclue Bayle, n’est pas plus facile à l’astrologue qui observe les prétendues règles de l’art qu’à celui qui ne les observe pas (…) En conséquence de la mauvaise qualité des règles de l’astrologie, l’on vous soutiendra que si un astrologue prédit quelquefois la vérité, c’est ou par hasard ou par le moyen de quelque passion qu’il inspire ou parce qu’il a suivi des conjectures indépendantes de ses règles & fondées sur la condition et sur la profession du sujet dont il dressait l’horoscope.”

 

Lettre à un docteur de Sorbonne

L’enseignement de la “Continuation aux Pensées Diverses” (1705)

Continuation des pensés diverses

   Vingt ans après les Pensées Diverses, l’on bascule vers le XVIIIe siècle, ce qui est l’occasion pour Bayle de faire, dans des Continuations, le bilan du siècle qui s’est achevé, comme c’est souvent le cas. Et Bayle, de faire dire à son interlocuteur imaginaire, que l’astrologie n’a pas été “ruinée” par les attaques qu’elle eut à subir tout au long du siècle écoulé. Bayle fait même demander par son interlocuteur si entre temps son attitude à l’égard de l’astrologie n’a pas évolué favorablement, ce qui est assez significatif d’un sentiment des contemporains selon lequel l’astrologie aurait été peu ou prou réhabilitée et remonterait la pente.

   “S’il était facile, dites-vous, de faire voir la vanité & l’absurdité de l’astrologie judiciaire, le monde en serait pleinement désabusé depuis que les philosophes du XVIIe siècle ont combattu les vieilles erreurs, avec un succès admirable. Mais tout le mal qu’ils ont pu faire à l’astrologie (est) une diminution de son crédit, elle se maintient encore, elle a des sectateurs considérables.”

 

   Le nouveau siècle ne commence nullement dans l’idée que l’astrologie a fini par être éradiquée. Et Bayle de citer notamment le cas d’Eustache Lenoble et c’est d’ailleurs grâce aux Continuations de 1704, peu avant sa mort en 1706, que nous avons exhumé son oeuvre astrologique, les Tableaux des Philosophes ou l’Uranie10

   “On sait, déclare Bayle, que Mr Lenoble n’est point bigot ou superstitieux ou engagé dans les erreurs populaires, qu’il a infiniment de l’esprit, beaucoup de lecture, qu’il sait traiter une matière (…) qu’il connaît l’ancienne et la nouvelle philosophie. Cependant, il a bien voulu faire savoir au public, non pas qu’il a adopté toutes les chimères des astrologues mais qu’il croit qu’ils peuvent prédire les événements contingents. Il se vante d’avoir fait beaucoup d’horoscopes qui ont réussi & il s’attache avec soin à maintenir le crédit de l’Astrologie judiciaire. Son ouvrage fut imprimé à Paris, l’an 1697.”

 

   Et de Bayle de noter aussi avec une certaine pointe d’amertume :

   “Personne n’ignore combien les sciences & notamment la philosophie fleurissent en Angleterre, néanmoins l’astrologie n’y manque pas de sectateurs & de protecteurs. Témoin le livre imprimé à Londres l’an 1690 sous le titre de Astrometeorologia sana.”

 

   Comme quoi, en cette fin du XVIIe siècle et en ce début du XVIIIe siècle, l’astrologie n’est pas (encore) exclue de sociétés et de cultures par ailleurs réputées pour leur avancement intellectuel. Mais force est de constater que des travaux d’envergure et dus à des auteurs réputés, visant directement et exclusivement, l’astrologie, sur un mode critique, ne verront plus guère le jour après cette Continuation de 1705.

   En fait, il faut comprendre la stratégie de Bayle, à la lumière de nos propos introductifs : d’une part, il y a le dossier de l’astrologie traditionnelle, qui fait partie du paysage culturel populaire et qu’il faut appréhender comme on le fait de croyances, de superstitions, dont le succès tient à l’entregent, au savoir-faire, de l’astrologue plus qu’à la validité de la science dont il prétend se revendiquer. Bayle juge bon de ne pas s’attaquer de front à cette astrologie là dont il convient qu’elle persiste dans un certain crédit qu’on veut bien lui accorder et puis, d’autre part, il y a , reprenant le dossier constitué, un siècle plus tôt, par Duret, ces lois, qui ont le mérite de la clarté, quant à leur formulation et qui peuvent donc être infirmées, qui méritent qu’on les examine avec quelque attention, ce qui ne saurait être le cas de cette Tradition à laquelle un Gassendi a bien voulu s’atteler.

   Bayle, faisant, en 1705, le bilan de la nouvelle astronomie – celle d’un Edmund Halley – pressent la fin de l’astrologie cométique dès lors que la course des comètes aura été décryptée et qu’elle n’appartiendra plus au registre des miracles.

   “Apparemment, (les comètes) ont une durée constante & peut-être aussi un cours régulier”. Voilà, constate Bayle, un argument dont son maître Calvin, dans sonDiscours sur l’astrologie Judiciaire (1549), ne disposait pas encore au milieu du XVIe siècle.

   Coup fatal porté contre les comètes comme expression de la divine providence et qui allait entraîner l’astrologie dans sa chute, ce qui tend à montrer que la science en banalisant le phénomène des comètes tranchait le lien qui unissait encore la religion et les corps célestes. Mais c’est aussi le lien entre Histoire et corps célestes que la nouvelle science des comètes va définitivement ébranler car ne peut-on penser que les historiens n’ont pas longtemps fait preuve d’une certaine indulgence envers une astrologie, une astro-histoire, dont on pouvait à terme espérer qu’elle viendrait leur apporter une certaine assise astronomique sinon astrologique ? Par ailleurs, quand Bayle traite de la proportion de malheurs correspondant ou non au passage d’une comète, est-ce qu’il ne met pas aussi le doigt sur le caractère terriblement schématique servant à ses contemporains – qui ne disposent guère d’un meilleur modèle fourni par les historiens – pour qualifier les événements ? Et quand Bayle écrit que bien des événements étaient prévisibles, comme pour cette année 1618, qui serait le début d’une “Guerre de Trente Ans”, est-ce qu’il ne souligne pas, ipso facto, le fait que l’on n’a pas besoin d’être un grand astrologue ni d’ailleurs un grand historien pour l’avoir prévu ? Est-ce qu’en définitive, semble demander Bayle, dans l’introduction de ses Pensées Diverses, donnant le coup de pied de l’âne, l’historien ne véhicule pas aussi les erreurs populaires avec quelque complaisance / complicité, toujours désespérément en quête d’une rationalité qui aura trop longtemps fait le jeu de l’astrologie, sous ses différentes facettes ? Double procès donc contre l’Histoire : elle véhicule et perpétue des savoirs révolus et, par ailleurs, elle justifie leur permanence par ses prétentions explicatives qui l’exposent aux solutions les plus chimériques. Et dans les deux cas, l’astrologie profite de tels errements.

Jacques Halbronn
Paris, le 26 septembre 2003

Bibliographie

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Notes

Cf. notre étude “De l’astrologie à l’astro-histoire”, Site du Cura.free.fr. Retour

Sur le concept d’astro-histoire, voire notre étude sur le Site du Cura.free.fr, “De l’astrologie à l’astro-histoire”. Retour

Cf. Le lys et le globe. Messianisme dynastique et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, Seyssel, Champ Vallon, 2000, pp. 287 – 288. Retour

Cf. BNF, R 24399. Retour

Cf. M. Chomarat, Bibliographie Nostradamus, Baden Baden, 1989, pp. 95 – 97. Retour

Cf. notre étude sur “le caractère et la carrière posthumes des Centuries”, Site Ramkat.free.fr. Retour

Cf. pp. 395-396. Sur ces auteurs, voir notre Texte prophétique en France, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du septentrion, 2002. Retour

Cf. Discours, chapitre IV, p. 69. Retour

Sur le rapport de Bayle au prophétisme, voir notre étude in Le texte prophétique en France, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2002. Retour

10 Cf. l’étude de P. Guinard, sur le Site du Cura.free.fr. Retour

 


 

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Les Vaticinations perpétuelles. De l’agricole au politique

Posté par nofim le 23 janvier 2014

Les Vaticinations Perpétuelles: De l’agricole au politique
par Jacques Halbronn

« J’ay composé livres de prophéties contenant chascun cent quatrains astronomiques de prophéties, lesquelles j’ay voulu raboter obscurément & sont perpétuelles vaticinations, pour d’icy a l’an 3797. » (Préface de M. Michel Nostradamus à ses Prophéties. Ad Caesarem Nostradamum filium, Salon, le Ier mars 1555)
Moult et l’astrologie au XVIIIe siècle

L’astrologie française, à partir de 1740, est marquée par la diffusion de Prophéties Perpétuelles dont l’auteur serait un italien, Thomas Joseph Moult. En fait, on n’a pas retrouvé la trace d’un astrologue italien du nom de Moult et d’un nom approchant comme Molto. Nous verrons que ce nom est en fait le résultat d’une erreur de lecture comme l’avait d’ailleurs pressenti Alexandre Volguine. En revanche, un tel système ne naît nullement au XVIIIe siècle et il occupe une place non négligeable au sein de la production astrologique du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle pour réapparaître, après une certaine éclipse, une centaine d’années plus tard pour des raisons qui restent à expliciter.

A la lecture de « Moult », on comprend immédiatement qu’il ne faut plus être grand clerc pour jouer à l’astrologue: pas besoin de calculer les positions planétaires, pas besoin d’ailleurs de connaître les planètes et cependant on pourra ainsi se donner les sensations de la prédiction. Il suffit, en effet, de savoir en quelle année on se trouve et de lire ce qui est indiqué. Il ne s’agit pas d’une astrologie psychologique, concernant l’individu, mais d’une astrologie prétendant traiter des évolutions agricoles et politiques générales, bref de la vie de la Cité et ce avec une grande économie de moyens.

« Prophéties perpétuelles » car le système peut se répéter à l’infini: une fois le cycle de 28 ans épuisé, on recommence. Il y aurait donc en gros 28 cas de figure dont on ignore ce qui a permis de les définir et quel en est le point de départ initial, dans la nuit des temps. Ce nombre 28 n’est évidemment pas étranger au savoir astronomico-astrologique: Saturne traverse grosso modo le zodiaque en 28 ans, c’est à dire qu’il revient alors au même point du ciel. Mais par ailleurs, ce nombre a une dimension lunaire en ce que la Lune met 28 jours environ entre deux conjonctions avec le soleil. Il reste que l’on a du mal à comprendre pourquoi ce cycle de 28 ans est désigné comme « solaire » dans toute cette littérature, comme le montrent les intitulés des traités parus à la Renaissance, sinon qu’il se subdivise en années solaires, outre le fait que par son caractère agricole, on y suit le rythme des saisons.

Pour clarifier, ponctuellement, l’exposé, on proposera d’ arrondir 28 à 30, ce qui fait que nous avons deux systèmes qui cohabitent en astrologie:

  • 12 x 30 = 360, ce qui donne les signes du zodiaque de 30°
  • 30 x 12 = 360, ce qui donne les demeures ou mansions, chacune étant, si on arrondit, de 12°, ce qui correspond approximativement au nombre de degrés parcourus par la Lune en 24 heures.

Si nous revenons aux 28 jours d’un cycle lunaire, chaque jour, la Lune franchit un peu plus de 12° sur les 360° qu’elle parcourt en un mois. A partir de là, il est possible de faire circuler d’autres astres plus lents sur la base d’un tel découpage, on dira ainsi que Jupiter, à tel moment, est dans la Ixe maison lunaire. De la même façon, à partir du découpage du zodiaque en douze, sur la base d’ailleurs, à l’origine, des rencontres luni-solaires, on peut dire que Mars traverse tel signe zodiacal, de telle date à telle date. Il s’agit là bien entendu de transpositions voire de projections d’une structure réelle, astronomiquement parlant, vers une structure virtuelle, symbolique.

Mais une telle division du zodiaque en 28 secteurs convient particulièrement à Saturne avec son cycle de 28 ans environ et l’on peut penser que l’axe Lune-Saturne fonde un tel système tout comme l’axe Soleil-Jupiter – Jupiter ayant une révolution de 12 ans environ- justifie le passage des douze mois aux douze ans. A noter que l’astrologie chinoise populaire – telle qu’elle s’est vulgarisée en Occident, depuis une trentaine d’années (notamment à la suite du livre de Paula Delsol), avec ses douze animaux – utilise un système qui fonctionne selon un cycle de 12 ans, sur la base de l’année chinoise.
Le cycle de 28 ans au XVIe siècle

Le basculement de l’agricole vers le politique est au coeur de la démarche nostradamienne: les almanachs que publie l’astrologue provençal ne sont-ils pas au départ essentiellement liés aux travaux champêtres – ce qu’illustre magnifiquement le Livre des Heures du Duc de Berry? Que des quatrains qui, au départ, décrivaient le propre de chaque mois aient évolué (cf notre étude sur le Kalendrier des Bergers, sur ce site), chez Nostradamus, pour devenir des pronostics à caractère politique, est finalement plus frappant que le fait pour un astrologue de produire des livres de quatrains « astronomiques », selon l’expression de notre exergue. Dans la foulée, la question qui se pose concerne un autre corpus que celui des almanachs avec lequel toutefois il entretient des relations évidentes, à savoir celui des « perpétuelles vaticinations », dont il est encore question dans notre exergue et auquel Nostradamus ne semble pas avoir été étranger, même si l’on n’a pas conservé, sous son nom, d’ouvrage de ce type, à moins de prendre en compte un Antoine Crespin, qui, à sa suite, se voulut Nostradamus puis Archidamus (cf le CATAF, sur ce site).

Or, si le Kalendrier et Compost des Bergers tend à évacuer le savant, en revanche, les Prophéties Perpétuelles- et notamment le personnage de Thomas Joseph Moult dont le nom leur est associé au XVIIIe siècle – en dépit de leur dimension agricole – insistent sur le personnage du « philosophe ».

On s’intéressera ici aux prophéties qui ne sont pas axées sur une seule année mais sur une suite d’années voire sur des types d’années récurrentes; ce procédé a pour avantage de permettre à un texte de se perpétuer, en passant d’une échéance à l’autre.

Les prédictions agricoles s’articulent autour de périodes assez longues, de 28 ans notamment. Nous verrons comment les prédictions politiques se grefferont sur ce système. Il importe que celles-ci concernent des événements relativement fréquents, toute eschatologie en la matière risquant de perturber la cyclicité.

En 1866, le libraire parisien Delarue publie un triptyque comprenant les Centuries, dans une impression troyenne, le Recueil des Prophéties et Révélations, daté de 1611, ainsi que lesProphéties Perpétuelles de Moult, Paris, Prault Père avec une « Approbation » in fine en date du 30 novembre 1740 [1] . Les deux premières pièces correspondent à des éditions du XVIIe siècle la troisième que nous allons étudier nous pose quelques problèmes de datation. Ces  » perpétuelles vaticinations », pour reprendre une expression de la Préface à César, sont le prolongement d’une tradition de prédictions agricoles, selon des cycles de 27 ans, issus des 27 jours lunaires. En réalité, cette expression employée par Nostradamus n’est guère explicitée par ses soins et il semble qu’il ait transformé par la suite ce projet en un autre qui en dérivait, celui de quatrains à caractère historique, à savoir les premières Centuries.(cf nos travaux à paraître début 2002). En revanche, lorsque l’on examine les quatrains des almanachs le rapprochement est plus aisé. En tout cas, de ce point de vue, la Préface correspond assez mal aux vers qui lui font suite. En fait, il ne s’agirait pas d’une « préface » mais d’une « épître » exposant non pas ce qui lui faisait suite hic et nunc mais ce qui était en préparation et qui était prévu pour « faire suite » un jour.

Tout au plus observe-t-on à la lecture du Recueil des Présages prosaïques (BM Lyon, MS) qui rassemble la plus grande partie de sa production annuelle entre 1550 et 1566 qu’il tend à relier une année avec une autre, comme s’il disposait d’une sorte de typologie propre précisément aux Prophéties Perpétuelles [2] , ce qui expliquerait en fait les références à une histoire souvent ancienne, mises en évidence par P. Brindamour, susceptibles d’éclairer l’avenir.

Il nous semble vraisemblable que l’Epître à César ait pu servir initialement non point à introduire des Centuries mais un système de prophéties perpétuelles tel qu’il se répandra dans les années soixante-dix du siècle. Ce n’est pas peut être pas sans raison, au demeurant, que le nom de Nostradamus ait été associé fréquemment avec celui de Thomas Joseph Moult au XIXe siècle [3] . Le texte de la Préface semble en tout cas relier quatrains et perpétuelles vaticinations:

« J’ai composé livres de prophéties contenant chacun cent quatrains astronomiques de prophéties, lesquelles j’ai un peu voulu raboter obscurément & sont perpétuelles vaticinations pour d’ici à l’an 3797… » [4] . On peut éventuellement supposer que cette préface introduisait à la fois des quatrains et un système vaticinatoire, année par année.
Sur le nombre 28

Rappelons que, grosso modo, la lune a un cycle de 28 jours et Saturne de 28 ans. Or, le cycle proposé dans le système des Prophéties Perpétuelles est de 28 ans et chaque année – comptée à partir du Ier Janvier ou à partir du début du printemps – correspond à une catégorie différente de pronostic qui pourrait, éventuellement, être rapprochée des 28 demeures lunaires. Dans ce rapport un jour/un an, on retrouve la base des directions dites secondaires, dont le principe se retrouve dans la Bible (notamment dans le Livre d’Ezéchiel) On peut en effet diviser l’année en 28 secteurs de 2 jours et demi, dans la mesure où la lune change de signe selon ce rythme, avançant en 24h de 12°. Chaque signe se trouve divisé en deux ou trois secteurs, ce qui a peut – être été à l’origine des décans divisant chaque signe en trois. (cf A. Volguine, Astrologie Lunaire, essai de reconstitution du système astrologique ancien Paris, Dervy, 1972, cf aussi Ch. Fr. Dupuis, Mémoire explicatif du zodiaque chronologique et mythologique, ouvrage contenant le tableau comparatif des maisons de la Lune, chez les différents peuples de l’Orient etc, Paris, 1806).

Le point de départ du découpage en 28 « mansions » ou nakshatras, en astrologie hindoue, est le même que pour le zodiaque, à savoir actuellement le 0° Bélier, selon le système sidéral, avec la première mansion, Aswini. Mais on notera que la quatrième « mansion », donc en taureau, porte, chez les astrologues arabes le nom d’Aldébaran, c’est à dire d’une étoile fixe dite royale constituant un axe « naturel » avec Antarés, le  » Coeur du Scorpion », en face dans la constellation du Scorpion, et chez les Hindous de Rohini qui à un certain moment fut le point de départ du système et non pas Aswini. Mais dans le système pratiqué en France, avec les Prophéties Perpétuelles relève d’une astronomie fictive étant donné qu’ on n’a aucunement besoin de tenir compte d’une quelconque réalité céleste, ce qui importe étant le passage d’une année à la suivante, ce qui entraîne un changement de pronostic. (voir l’abbé Guérin, Astronomie Indienne, Paris, 1847, B. V. Raman, Manuel d’astrologie hindoue, Paris, Chacornac, 1940 et notre étude in Ayanamsa, 2001, sur l’astrologie indienne)
A. Les Prophéties perpétuelles de Moult

A partir des années 1570, le genre des prophéties cycliques, essentiellement agricoles, se développe, c’est à dire peu de temps après la mort de Michel de Nostredame. Ce genre est caractérisé par l’absence de recours à une astronomie planétaire et doit donc être nettement distingué des publications de Leovitius.

Un nom revient, celui de George Guirini ou.Quirini; allemand [5] . A partir de cette époque il est courant de se procurer des ouvrages pouvant servir sur de longues années plutôt que d’acheter chaque année un almanach astrologique. Toutefois, il est clair que ces textes s’appuient sur une tradition plus ancienne dont il n’est pas exclus que Nostradamus ait pris connaissance vingt ans plus tôt et à laquelle il fait référence dans son Epître à César de 1555.

Très vite, le nom de Quirini ne va plus figurer: c’est le nom de Jean Ongoys Jean (d’); de Thérouanne [6] , qui apparaît dès 1572 comme auteur de l’ouvrage, ce qui pourrait d’ailleurs être légitime [7]  ! Ce Quirini est l’auteur de l’Epître à Isabelle d’Autriche, Reine de France et un partisan, dix ans avant l’heure, d’une réforme du calendrier qui satisferait les agriculteurs: « Toutefois plusieurs ont aperçu qu’à nombre environ la centième partie d’un jour défaut ». C’est pourquoi dans l’édition de 1573, le calendrier n’est pas employé. En revanche, dans les éditions ultérieures, l’on en revient à des définitions très figées du début des saisons.’

1572 – Jean d’Ongoys: Pronostication générale dite Circle Solaire extraite des anciens Philosophes, fort utile et nécessaire pour tous les marchands pour les régler et à l’achat & vente de leurs marchandises (Rouen, Robert Follye, BNF, 8°Pièce V 13081)

Très vite également, Antoine Crespin « Archidamus » va proposer une version révisée et d’ailleurs sans lendemain mais dans laquelle il rend à Guirini, « Allemand », ce qui lui revient (cfAvertissement in fine daté de juin 1572). Or, si l’on considère que Crespin est un imitateur de Nostradamus, son intérêt pour ce genre constitue un indice sur l’oeuvre de son modèle.

1572 – Crespin: Pronostication générale du circle solaire qui se fait en 28 ans et dure perpétuellement, extraite de plusieurs Anciens philosophes et de toutes les langues (Lyon, Jean Patrasson, BNF, V 21366)

1573 - Pronostication générale du circle solaire pour 28 ans, extraite des anciens philosophes (..) Inconnue jusques à aujourd’hui & mise en lumière par I (ean) D (ongoys) & depuis revue, corrigée & augmentée par George Quirini, Paris, Antoine Houic, B. Univ. Gand [8] .

Durant la plus grande partie du XVIIe siècle, l’on ne trouvera pas ces Prophéties Perpétuelles fondées sur une cyclicité rudimentaire. Ce processus réapparaîtra à la fin du dit siècle, vers 1693.

L’on peut d’ailleurs penser que leur caractère astrologique était initialement plus marqué. Entendons par là que – comme l’attestent certaines éditions – chaque année se trouvait sous la domination d’une certaine planète (cf. Michel de Nostradamus Le Jeune, BNF, Res), en respectant un certain ordre de succession. L’évacuation de la dimension planétaire en faveur d’une simple cyclicité correspond à une tendance générale de la « prophétie » à rejeter ou à neutraliser le substrat astrologique.

En fait, les Prédictions couvrant plusieurs années se fondent sur un système rudimentaire, sans lien avec une astronomie de position. et dont la systématique sera exposée à la fin du XVIIe siècle dans les Prophéties Perpétuelles.

On trouve des applications qui ne fournissent pas de référence aux noms des années mais se contentent d’indiquer la planète dominant l’année: Présages pour 13 ans… selon le seigneur et dominateur de l’année… (1571 Lune, 1572 Mars, 1573 Jupiter, etc.) [9] .

D’ailleurs le libraire Nicolas Du Mont Nicolas contestera ces attributions: « les dominations des années sur lesquelles il assied ses jugements sont faux ».
Le titre des Prophéties moultiennes

En 1740, si l’on en croit les éditions dont nous disposons, le texte parut sous le titre de « Prophéties de Thomas- Joseph Moult, traduit de l’italien en françois, qui avaient cours pour l’an 1269 & qui dureront jusqu’à la fin des siècles ». Par la suite, au XIXe siècle, la référence à 1269 ne figurera plus au titre. Il est précisé dans cette édition que l’ouvrage fut achevé en 1268 [10]  à Saint Denis, en la 42e année du règne de Saint Louis, soit peu avant sa mort, son avènement datant en effet de 1226 [11] .

Classement des éditions (XVIe-XIXe siècles)

L’on rencontre sept cas de figures:

1/ les éditions qui font référence à la réforme grégorienne de 1582 et celles qui n’y font pas.

2/ les éditions qui se contentent de fournir une liste de 28 années et celles qui fournissent le système complet à partir du XIIIe siècle (1269).

3/ Les éditions comportant les trois volets et débutant du temps de Fréderic II, sous lequel Moult est réputé avoir vécu.

4/ les éditions qui ne remontent qu’au XVIe siècle (en 1521 ne conservant que les deuxième et troisième volets)

5/ les éditions ne conservant que le troisième volet

6/ les éditions qui commencent avec l’année 1560.

7/ les éditions se référant à des planètes et celles ne le faisant pas [12] .
A la base de ce système sur 28 ans, on trouve un système sur 28 jours. Oronce Finé nous en fournit un tableau au vingt-troisième canon de son « usage des éphémérides » [13] .

Cette liste intitulée « Les 28 mansions de la Lune » fournit une devise par jour selon le passage de la lune à travers les douze signes et tous les douze degrés environ. Les quelques échantillons que nous en donnerons sont à rapprocher de ceux fournis pour telle ou telle année ci dessus: Mansion 8: « Il fait bon prendre médecine, coupper (sic) & vestir robes neufves & cheminer par eau seulement. » Souvent le lecteur reçoit un conseil quant à ce qu’il faut faire et un autre à ce qu’il est préférable d’éviter: Mansion 19: « Il fait bon plaidoyer, assieger villes, soy mettre en chemin & maulvais entrer navires »
Le nom des années

Si l’on étudie le nom attribué aux 28 années, l’on observe que les initiales se situent nécessairement selon les sept premières lettres. Cela ressort par exemple lorsque l’on considère la série figurant dans l’édition de 1740:

Fer, Quar, Jur, Corte, Amat, Genus, Fenor, Gemini, Constitutio, Bise, Aries[14] , Genor, Est-est, D’Est, Corde, Bour, Gener, Fenus, Grossus, Dicat, Vav, Aqua, Goner, Fenel, Caritier, Actor.

En ce qui concerne le « contenu » des mots, on remarque également des récurrences suffixales: Amat-dicat; Actor- genor-fenor; Genus-grossus-fenus.

Les noms des années sont censés commencer par une des sept premières lettres de l’alphabet, soit de A à G. Les lettres se suivent selon l’ordre habituel mais à l’envers: G – F – E – D – C – B – A. Comme pour l’alphabet hébraïque, chaque lettre est liée à un mot dont elle est l’initiale. Dans le domaine hippique, on continue à attribuer une initiale pour chaque année et les chevaux nés la même année, doivent avoir un nom débutant par la même initiale. Force est de constater que les textes qui nous sont parvenus ne respectent pas exactement ce principe mais que celui-ci semble bien en constituer la trame originelle. On devrait ainsi avoir quatre séries de G à A et la première année du cycle devrait commencer par un G et non par un F. En revanche, la 28e année se termine bien par un A. Mais en cours de route, des erreurs se sont compensées. Etant donné qu’il y a 28 années et 7 lettres, chaque lettre est censée correspondre à quatre mots latins.

Initialement, le système comporte une correspondance avec les planètes qui sera totalement évacuée au XVIIIe siècle (Almanach de LangresProphéties de Moult).

L’on notera les points communs entre les listes 1 et 2, non pas pour ce qui est des noms, mais pour les planètes dominantes, il y a une grande similitude. Entre les listes 1 et 3, il existe un certain nombre de rapprochements plus ou moins nets.

Fert et Fer, Cor et Cort, Amat et Amat, Gens et Genus, Fervor et Fenor, Enim et Gemini, Bis et Bise, Ars et Aries, Genus et Genor, De et d’Est, Corde et Corde, Ferus et Fenus, Dicas et Dicat, Aqua et Aqua, Actor et Actor. Ces variantes font songer, toutes proportions gardées, à celles que l’on peut observer entre les éditions des Prophéties de Nostradamus.

Quelle est la raison d’être de ces formes, qui sont un mélange de latin et de français et dont aucune édition en une autre langue que le français, ne nous est connue. Un manuscrit des Archives Nationales [15]  nous apporte quelque lumière: « Si est ordonné que la première lettre de ces noms ». Or, si l’on étudie les initiales de ces noms, l’on découvre effectivement que certaines lettres sont récurrentes: en fait toutes les initiales de ces 28 « mots » se situent entre les sept premières lettres A et G.

En ce qui concerne l’ordre des planètes, il est assez aisé de déceler le modèle sous jacent, c’est celui de l’ordre des jours de la semaine [16] : Lune (Lundi), Mars (Mardi), Mercure (Mercredi), Jupiter (Jeudi), Vénus (Vendredi), Saturne (Samedi) Soleil (Dimanche/ Sunday) soit 4 séries successives: Années 1 à 7, Années 8 à 14, Années 15 à 21, Années 22 à 28.

Quelle est la cause de certains écarts par rapport à cet ordre ? On notera d’emblée que la première année correspond à Fer et à Mars et non au Soleil, et qu’il existe cinq séries au lieu de quatre, dont une incomplète, ce qui amène à placer deux planètes pour une même catégorie ou ailleurs à sauter une planète. Même un système aussi simple peut se déstructurer en cherchant à subdiviser les 28 années en 5 au lieu de 4.

Il est probable que Fer ne fut pas toujours la première année mais qu’elle fut placée en avant par un auteur qui avait commencé son étude par une année de type Fer. Crespin, d’ailleurs, affirme l’incohérence du système de Quirini et lui substitue une suite débutant à juste titre par la Lune et se terminant par le Soleil.

L’on retrouve le même ordre – mais inversé – des planètes dans la Préface de Nostradamus à ses Prophéties:
« Car encore que la planète de Mars parachève son siècle … Et maintenant que sommes conduits par la Lune … le Soleil viendra et puis Saturne …
« soit Mars (Mardi) – Lune (Lundi) – Soleil (Dimanche) – Saturne (Samedi) »

Il semble qu’à diverses occasions, le système cyclique que nous avons analysé ait marqué certaines oeuvres.

La Pronosticatio de Lichtenberger et le circle solaire [17]

Mais ne conviendrait-il pas de regarder plutôt vers l’Allemagne que vers l’Italie en matière de prophéties perpétuelles? Est ce que l’Italie ne sert pas d’intermédiaire entre l’Allemagne et la France tout comme la France entre l’Allemagne et l’Angleterre ?

La Pronosticatione italienne, dans ses dernières pages, est au demeurant le seul texte que nous connaissions comportant des prophéties agricoles sur un mode perpétuel mais elle est bien entendu d’origine allemande.

Toujours est-il que l’édition lyonnaise de 1515 de la Pronosticatio sera une des premières attestations de ce procédé. Le Mirabilis Liber en intégrant celle ci la diffusera un temps avant que dès la fin des années Vingt une édition en langue française ne paraisse à partir de l’édition lyonnaise. Tout le chapitre XIV de la dernière partie en est plein sous le titre « Qu’aucuns climatz seront vexez de diverses infortunes ». Mais le procédé est quelque peu différent de celui qui nous est familier dans la littérature moultienne habituelle, l’on y aborde les années, deux par deux.

On y lit « L’an mil quatre cens nonante deux & nonante trois sera bon pris de vin & de bled en haulte Allemagne, en France, en Angleterre & en Gaule belgique. (…). L’an mil quatre cens nonante quatre et nonante cinq viendra cherté de bledz & de poissons. (…). L’an mil quatre cens nonante six & nonante sept (…) la laine sera chère, les Ouailles, les boeufz & les porcs mourront, les métaux seront chers…. »

Puis l’on passe à une étude pour trois années à la fois:

« L’an mil quatre cens nonante huict, nonante neuf & cinq cens » (…) pour revenir aussitôt après à la formule antérieure: L’an mil cinq cens & un, cinq cens & deux (…). L’an mil cinq cens & trois et cinq cens & quatre « . Puis l’on repasse à un groupe de trois années: « L’an mil cinq cens & cinq, cinq cens & six & cinq cens & sept ». Puis l’on repasse à deux ans « L’an mil cinq cens huict, neuf & dix. (..). L’an mil cinq cens unze & douze etc »

Systèmes donc différents au niveau numérique mais similitude au niveau du contenu des prévisions qui, notons le, sont à la fois agricoles et politiques comme le seront les Prophéties de Moult.

Citons le passage concernant les années 1496-1497 du même chapitre:

« L’an mil quatre cens nonante six & nonante sept Saturne l’infortuné vexera les royaumes de Pologne, de Bohème & de Hongrie. La laine sera chère, les ouailles, les boeufz & les Porcs mourront, les métaux seront chers. Toute malice de guerre s’esmouvera & trouveront les hommes divers instruments de guerre & harnois & se feront ioustes & tournois. Les loups feront plusieurs dommages, tant aux gens qu’aux bestes. En Orient, seront plusieurs brigans & homicides qui feront effusion de sang & sera diminuée la foy. Les chevaux seront chers à cause de la guerre. Les Ecclésiastiques réformés iront de costé & d’autre; & les layz s’esiouiront ». (p.89, Paris, Le Mangnier, 1561). On voit que le politique fait bon ménage avec le champêtre et que l’on ne peut guère dissocier l’un de l’autre à commencer par les prophéties sur le Déluge.

Nous pensons, comme nous l’indiquions plus haut, qu’avant l’arrivée des écrits de Quirini, Georges en 1571, l’on avait déjà un avant-goût du système d’origine allemande grâce à l’ultime chapitre de la Grosse Practica Wahraftig. En fait, ne serait-ce pas cette prédiction perpétuelle qui expliquerait la fixation de la date relativement lointaine figurant précisément à la fin de l’ouvrage et reprise dans le titre de celui-ci ? Date qui varie au demeurant et qui ne correspond pas nécessairement. C’est ainsi que dans l’édition de 1611, au début l’on nous annonce que l’ouvrage couvre une période s’étendant de 1584 à 1682, alors qu’à la fin de l’ouvrage l’on annonce comme date terminale 1572… De même, dans l’édition de 1515, si 1567 figure sur la première page, c’est 1576 qui apparaît à la fin [18] .

En revanche, la Grosse Practica Wahaftig comporte les mêmes dates au commencement et à la fin, 1581, date qui apparaît dans les Auszüge.

On comprend mal comment dans les éditions tardives, le lecteur pouvait trouver intérêt à des pronostics concernant la fin du XVe et une partie du XVIe siècle, s’il n’était pas en mesure d’introduire une cyclicité s’ajustant sur les années suivantes…

L’on comprendrait ainsi pourquoi en 1866, les Prophéties Perpétuelles de Moult furent placées à la suite du Recueil des Prophéties et Révélations. En effet, il est clair que nous sommes en présence d’un système cyclique. Au demeurant, la Pronostication des Laboureurs (dont Tabourot fournit des extraits dans son Almanach et Pronostication des Laboureurs, Paris, 1588) dériverait de la Bauern Practica allemande [19] .

Par ailleurs, dans les additions au Livre Merveilleux, pour l’an 1566, il est indiqué que l’on se trouve alors dans la quatrième année d’un nouveau cycle de 28 ans (cf notre thèse d’Etat, Le texte prophétique en France, Paris X, Nanterre, 1999, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq (59), 2001).
L’origine napolitaine de Moult

L’ouvrage se présente d’emblée comme étant l’oeuvre d’un auteur italien. Le nom de l’auteur Moult – curieux nom pour un Napolitain mais à l’époque la francisation des noms jouait à plein (Molto- moult) – intriguera et suscitera diverses explications [20] .

L’on notera bien entendu que « moult » est un adverbe et qu’il peut être extrait du titre d’un ouvrage tel un opuscule « moult utile ». Voici ce que suggère Charles Nisard, [21]  à partir d’un article de 1848 paru dans le Journal de l’Amateur de Livres:

« Or il paraîtra que ce nom n’est que le vieil adverbe français (moult) passé à l’état de nom propre. Pour comprendre ceci, il faut se rappeler qu’il parut au XVIe siècle une Prophétie de Thomas Illyric traduite de l’italien. Le titre aura pu s’altérer dans les réimpressions successives et entre les mains d’un éditeur peu versé dans la langue du XVIe siècle les Prophéties de Thomas J. (Illyric) Moult utiles… ont bien pu devenir les Prophéties de Thomas Joseph Moult » (p.33)

Nous avons trouvé un texte intitulé Copie de la Prophétie faite par le pauvre Frère Thomas, c’est à dire Tommaso Illirico, (BNF, Res, B.M. Lyon) parue au début du XVIe siècle, mais sans la formule « moult utiles » [22]  qui figure peut-être dans une autre version. La référence à « Illiric » n’apparaît que dans le titre intérieur. Ce texte est de toute façon sans aucun lien avec le processus des Prophéties Perpétuelles.

En dehors de l’intérêt de l’ouvrage et de son utilisation, c’est en effet l’origine du nom de Moult qui nous occupera car le récit de cette affaire est assez édifiant en matière de corruption de texte.

C’est en fait du côté de Langres que nos recherches ont abouti. Il semble qu’ait existé un Almanach de l’Hôtel de Ville de Langres dont les Prophéties de Moult se seraient inspirées.

C’est en effet dans cet Almanach que le nom de cet auteur serait apparu, si l’on peut dire. Faute de disposer de l’original imprimé, nous bénéficions de la reproduction imprimée de certains passages d’une copie manuscrite datant de 1693 sous le nom d’Almanach[23] . L’auteur de l’article omet de signaler que ce manuscrit était vraisemblablement une copie d’imprimé [24] .

L’on peut donc présumer qu’en 1693 parut une édition de cet Almanach. Ce qui retient notre attention est son auteur: Joseph de Naples dont on dit: « Si trouvons anciennement qu’il fut un philosophe, natif de la cité de Naples, nommé Joseph, moult renommé… » [25] .

Selon divers manuscrits du XVIIIe siècle, conservés à Chaumont et à Langres, ce « Joseph Napolitain » devint Joseph Moult de Naples [26] .

Mais il importe de mener plus avant notre recherche: pourquoi a-t-on utilisé cette formule ? En effet, la Grande Pronostication des Laboureurs qui connaît un grand nombre d’éditions au XVIe siècle se présente ainsi [27] : « Est à savoir qu’il a été un homme moult ancien appelé Heyne de Uré en fait de Uri (avec des corruptions comme « de Bré » _ BNF, Res, pV 151). N’aurait-on pas présenté ce Joseph de Naples, prétendu auteur d’une Pronostication agricole de la même façon que cela avait été pour cet astrologue allemand [28]  ?

L’édition de 1740 fait remonter ce Moult au XIIIe siècle sous le règne de Saint Louis. Nous disposerions ainsi d’un balisage annuel couvrant des siècles puisqu’il se poursuit au delà de l’An 2000, méritant ainsi assez justement son nom de « perpétuel » – et rien n’empêche évidemment de poursuivre à l’infini une telle cyclicité – et expliquant la durée de sa fortune qui ne s’est guère démentie.

Le texte est au demeurant est d’intérêt purement agricole et météorologique. Ce n’est que dans un deuxième temps que l’on ajoutera un texte plus politique qui retiendra davantage l’attention des exégètes modernes. Les Prédictions générales concerneront la météorologie et les prédictions particulières les pronostications politiques. On notera que si les prédictions générales sont identiques à travers les trois « livres » qui constituent les Prophéties perpétuelles, en revanche, les particulières sont différentes d’un Livre à l’autre, quand on compare les années portant le même vocable [29] . Dans l’introduction, il est précisé qu’il revient au lecteur « le soin d’observer les années que (les prédictions générales) doivent arriver & de faire ses remarques ».

L’on perçoit donc comment une prophétie au départ assez innocente a pu se muer en un propos plus exaltant. Il est à noter que sous cette forme, les Prophéties de Moult connurent, en plein XVIIIe siècle, un succès durable d’autant qu’elles compensaient certaines carences des almanachs de l’époque en matière prévisionnelle.

Alexandre Volguine a préféré se servir pour son étude sur Moult d’une édition certainement apocryphe, parue à Tours, au début du XIXe siècle. Cette édition comporte entre autres invraisemblances une interpolation de l’année 1608 au lieu d’une référence au XIIIe siècle (1268): « Fait à Saint-Denis, en France, l’an de notre Seigneur 1608 et du Règne de Louis IX (sic) notre très pacifique Roi (..) par moi Thomas Joseph Moult »; on serait alors à la fin du règne de Henri IV…

Volguine, Alexandre, connaît les deux versions mais il est impressionné par le fait que celle datée de 1608 serait forcément antérieure à celle datée de 1740: » L’édition de 1740 date directement ces Prophéties de l’an 1268 et (…) sa première partie englobe l’époque de 1269 à 1520, c’est à dire 9 périodes de 28 ans mais quelle foi accorder à cette date qui n’existe pas dans l’édition précédente? » (p. VIII)

Avec les Prophéties Perpétuelles de Moult, le cycle de 28 ans assume une dimension spécifiquement agricole en plein coeur de ce XVIIIe siècle que l’on dit allergique à l’astrologie. En 1866, paraissaient conjointement avec les Centuries et le Recueil lié au Mirabils Liber une réédition des Prophéties Perpétuelles de Moult, qui seraient parues pour la première fois en 1740.

Nous n’avons pas retrouvé en dehors de France de telles publications, malgré des origines déclarées italiennes, voire allemandes. Peu de travaux ont été consacrés à l’histoire de ce genre, en dehors de la notice d’Alexandre Volguine accompagnant une réédition tardive des dites Prophéties

Mais, en tout état de cause, ce type d’ouvrage n’était pas nouveau – sinon dans sa présentation globale – et est attesté dès la fin du XVIe siècle, sans que l’on puisse pour autant remonter jusqu’à Nostradamus auquel les dites Prophéties sont parfois attribuées. Il est vrai que Michel de Nostredame parle dans sa Préface de « vaticinations perpétuelles ».

Il s’agit, on l’a noté, d’une astrologie d’un genre particulier qui ne fonctionne pas sur la base des mouvements réels des astres, même si elle s’appuie en principe sur le nombre lunaire de 28 mois transposé en 28 ans. Chaque année lunaire porte un nom particulier et correspond à un certain nombre de particularités météorologiques et agricoles, appelées prédictions générales. A partir de 1740, elles seront complétées par des prédictions particulières d’ordre politique. Bien entendu, le processus est cyclique et chaque fois que l’on revient à la même position, à 28 ans d’intervalles, la situation est censée être la même. Tel est le principe des Prédictions perpétuelles.

Un tel dispositif entre donc à la fin du seizième siècle en compétition avec les pronostications annuelles, et plusieurs auteurs apparaissent comme produisant les deux formules, à commencer par ceux dont nous avons traité à propos du canon nostradamique, Antoine Crespin et Noël Morgard qui tous les deux empruntèrent l’un à Michel de Nostredame, l’autre à ses imitateurs (cfLe texte prophétique en France, opus cité)

La formule de la Prophétie dite Perpétuelle présente l’avantage de ne pas être limitée au cadre annuel et de pouvoir être utilisée sur une longue période et nous pensons que c’est un dispositif de ce genre qui aurait pu accompagner la première publication de la Préface à César, dans la mesure où celle-ci se réfère à des vaticinations perpétuelles. Ce genre l’emportera précisément au XVIIe siècle sans qu’il soit attesté à l’étranger, ce qui pourrait expliquer la différence de situation en France et en Angleterre. La formule perpétuelle pouvait en effet aboutir à la disparition pure et simple des publications annuelles alors qu’un tel dispositif n’existait pas Outre-Manche.

Si le nom de « Moult » n’apparaît pas sur des imprimés avant 1740, le concept de prophéties organisées autour d’un cycle de 28 années, se précise dans la seconde partie du XVIe siècle en rapport, on l’a noté, avec un certain Quirini. Il nous appartiendra, à présent, de préciser la genèse du nom même de Thomas Moult [30] .

Les Prophéties perpétuelles de Moult [31] , dans leur présentation intégrale, comportent trois volets, un certain nombre de variantes seront signalées par la suite. Chaque volet comporte 28 sections, portant un nom particulier. Si l’on considère l’une de ces sections, l’on trouve 9 années espacées de 28 ans. Le premier commence en 1269, à l’époque présumée de leur rédaction. Et ainsi de suite pour les deuxième (commençant en 1523) et troisième volets (commençant en 1773).

Quelles furent en effet les raisons qui amenèrent les auteurs de cette version à changer le point de départ de la computation? Il convient d’abord d’expliquer le succès d’un ouvrage offrant des prévisions sur des périodes de temps aussi longues. Cela donne certainement un crédit particulier au discours, qui se présente comme systématique et comme s’appuyant sur une longue série de recoupements. Il reste que lorsque l’on ouvre l’ouvrage, l’oeil est plus spécialement attiré par les premières et par les dernières lignes. En disposant comme ils l’ont fait les tableaux, ce sont les années de la période révolutionnaire qui ressortent, ce qui ne peut manquer de frapper le lecteur qui dispose ainsi d’un « guide » prédictif sur une trentaine d’années. Voilà qui valait bien un léger remaniement !

Il convient en effet de nous arrêter sur un tel procédé usant de la topographie du texte. Comment attirer l’attention du lecteur sur tel passage et lui éviter de se perdre dans les méandres d’un ensemble touffu? En disposant à des endroits stratégiques le propos à faire passer: c’est ainsi que la charnière entre deux chapitres (fin de chapitre, début de chapitre) est susceptible de retenir davantage l’attention. C’est un tel procédé que nous pensons avoir pu observer dans certaines éditions des Centuries nostradamiques. Une autre formule qui fut employée dans les Centuries consiste à créer des anomalies comme de présenter des centuries incomplètes dont le nombre de quatrains constitue une incitation à s’intéresser à certains d’entre eux portant tel numéro d’ordre.

Nous étudierons d’une part les variantes et les corruptions du texte d’origine puis la manière dont, en 1740, fut constitué tout à fait délibérément un Abrégé, typique d’une époque où la divination ne doit pas exiger de gros efforts de lecture et de calcul.

Un moyen simple de dater les textes astrologiques et notamment les calendriers consiste à noter s’ils ont été ou non marqués par la Réforme du Pape Grégoire XIII, consistant à passer du 10 au 20 énième du mois, du jour au lendemain, pour rattraper le retard pris sur le cycle saisonnier avec la correspondance des fêtes. On ne s’étonnera pas que les ouvrages immédiatement postérieurs, tel l’Almanach et Pronostication des Laboureurs de Jean Vostet Breton, précisent que l’on a tenu compte du « retranchement ». Il en sera également de même des éditions duKalendrier des Bergers.(cf notre étude sur le site du CURA)

Si le signe zodiacal est situé à la moitié du mois, c’est que l’on a affaire à un texte antérieur à 1582 ou qui a été élaboré alors, même si on le reproduit par inadvertance sans correction. Si le signe zodiacal est situé dans le dernier tiers du mois, c’est que la Réforme voulue par le pape a été suivie.

En ce qui concerne le texte des Prophéties Perpétuelles, il apparaît que certaines versions offrent des traits archaïques, marquent les signes zodiacaux à la « mi » du mois.

Un des traits de la modernisation des textes sera donc de faire disparaître la forme « mi Juin » ou « mi Septembre ». Dans les Prophéties « perpétuelles » c’est dans l’introduction que le texte devra être retouché: « Le Printemps qui se commence quand le Soleil entre au signe d’Ariès qui est le vingt mars (la mie mars) et finit le vint un Juin (la mie juin) »

Mais parfois l’ajustement ne se fait que partiellement et, au sein d’un même texte, certains passages sont corrigés, d’autres non.

Toujours dans l’Introduction, on peut lire un peu plus bas ( Joseph Le Juste 1807): « le printemps lequel entre quand le soleil entre en Aries qui est environ la mie Mars et trépassant Taurus et Gemini »

La Réforme voulue par Pape Grégoire XIII n’a pas été sans perturber l’activité astrologique. Ainsi, chaque mois se trouvait auparavant dépendre à part égale de deux signes, si bien qu’une iconographie les présentait de cette façon (cf. Kalendrier des Bergers). Avec la Réforme grégorienne, le mois se trouvait d’abord sous l’emprise d’un seul signe dominant.

Etudions les transformations subies par le texte initial restitué par Charles Bougouin sur un passage crucial, puisqu’il introduit l’auteur de ces Prophéties: « Si trouvons anciennement qu’il fut un philosophe, natif de la cité de Naples, nommé Joseph, moult renommé, grand clerc [32]  et subtil d’art d’astronomie »

Voilà ce que devint le texte dans l’édition de 1807 sous le nom de Joseph le Juste: la formule « moult renommé » y est notamment rendue « bien renommé » (p.10), « grand clerc » devenant « grand, clair« !.

« Premièrement, que tout firmament marche su hâtivement, qu’il parfait son tour selon l’ordre divin en l’espace d’un jour et d’une nuit, et la lune en un mois, et le soleil met à faire son tour un jour et une nuit sans nulle heure de faillir. Sy trouvons anciennement qu’il fut un philosophe natif de la cité de Naples, nommé Joseph Le Juste [33] , bien renommé, grand, clair et subtile d’astronomie, et soumis à faire son propre à ce qu’il voulait sçavoir et éprouver les muances des biens corporels de l’homme et de la femme, et dont sont substantées toutes choses faites des quatre élémens; et pour se perfectionner dans son dessein, il alla vers tous les clairs qu’il entendit parler, en quelque part qu’ils fusent, et s’informoit et demandoit conseil de ce qu’il avoit entrepris; et tout ce qu’il savoit et apprenoit, le mettoit en pratique et par écrit; qui soutient et détermine en son propre qu’ils en sçavoient la vérité, et fut bien long tems à souffrir de la peine, dont à la fin il sçut les mouvemens des quatre saisons qui sont établies en l’an, sçavoir:

LE PRINTEMPS qui se commence quand le soleil entre au signe d’Ariés, qui est le vingt-un mars, et finy le vingt-un juin.
L’ETE commence quand le soleil entre au signe du Cancer, le vingt-un juin, et finy le vingt septembre.
L’AUTOMNE qui se commence quand le soleil entre au signe du Libra, qui est le vingt septembre, et finy le vingt décembre.
L’HIVER qui se commence quand le soleil entre au signe du capricorne, qui est le vingt décembre, et finy le vingt mars.

Et doit-on sçavoir que les quatre saisons sont mutables l’une envers l’autre (…) car il arrive quelquefois que le printemps est sec et beau en aucune année; avient (advient) qu’il est humide et grenable à tous biens, et dit le Philosophe que le printemps et l’été sont les deux saisons qui peuvent nuire ou aider à tous les biens croissent, pour lesquels ont le pouvoir de faire et de grener; que nuls biens ne peuvent subsister largement; mêmement aussi il avient autre chose chacune en sa manière, selon ce qui est ordonné pour le comportement de chacune année avenante l’une après l’autre; sy comme nous deviserons cy-après, que le Philosophe approuva par son sens et sçavoir; et dit que la plante et deffaut de tous biens prennent accroissement en mûrissant selon l’ordonnance des quatre saisons, dont nous deviserons et derons mention de leurs comportemens, selon ce qu’elles peuvent avenir l’une après l’autre sans faillier, jusqu’à la fin du monde; car on doit sçavoir que quand le monde du nombre faudront, toutes choses faites des quatre élémens iront à néant.

Le Philosophe qui fit ce livre par son sens et sçavoir, étudia par plusieurs fois sur cette manière selon le cercle solaire, et son père de même, lesquel nombre solaire est bien certain, car il met à faire son tour un an entier parmi les douze signes suivans:
Sçavoir:
ARIES LEO SAGITTARIUS
TAURUS VIRGO CAPRICORNUS
GEMINI LIBRA AQUARIUS
CANCER SCORPIUS PISCES

Et sont les douze signes parmi lesquels le soleil fait son tour en l’espace de douze mois de l’année qui sont divisés et établis, qui se terminent en la datte du printemps, lequel entre quand le soleil entre en Ariés, qui est environ la mie mars et tres passant Taurus et Gemini.

L’ETE entre quand le soleil entre en Cancer, qui est la mie juin et tres passant Leo et Virgo.
L’AUTOMNE entre quand le soleil entre en Libra, qui est environ la mie septembre et tres passant Scorpius et Sagittarius.
L’HIVER entre quand le soleil entre en Capricornus, qui est environ la mie décembre et tres passant Aquarius et Pisces, et finy la mie mars; et quand le soleil a tres passé ces douze signes que nous avons divisés, alors il parfait son tour à l’entour de la terre. Sçachant que tous ceux qui voudront la subtilité et le droit entendement de notre livre et matière, sçavoir certainement comme le soleil a son tour sur les vingt-huit nombres solaires qui contiennent ces vingt-huit années, a mis en cette manière:

FER.. GAR .. DUX .. CORT.. AMAL .. GENEUS .. FENOR .. GEMINI .. CONTINE .. BIZE .. ARCE .. GENUS .. EST .. DE .. CORDE .. BOUR .. GENCE .. FENUS .. GROSUS .. DICAL .. VEAULT .. AQUA .. GEUNER .. FENEL .. PAR … CURITER .. BUNE .. ACTOR.

Et sy est ordonné que les premières lettres de ces noms qui sy sont divisés par les dimanches selon les siècles solaires, dont je vous les diviseray, et sur quoy notre matière est divisée, est arrivé en propre lieu dont elle est sortie en telle manière qu’elle sera divisée en ce livre, et en quel état bien des biens se comporteront de chereté, ou de vilité, ou de mortalité.

L’année commancera son tour quand le soleil entrera en Ariés, qui est environ la mie mars, et dont commencera le printemps, en laquelle saison pouvoir et vertu de touttes choses terriennes renouvellent de sa propre nature. »
Si l’on comprend à la rigueur la leçon « Moult », comment rendre compte de celle de « Joseph Le Juste » ? En réalité, le personnage de Joseph Le Juste était déjà présent dans une certaine littérature prophétique. Il s’agit du Joseph biblique – celui qui interprétait les songes – censé avoir reçu une révélation d’un Ange sur les bons et les mauvais jours. Dans nombre d’almanachs, une page lui était traditionnellement consacrée.

Or, la Prophétie Perpétuelle dut paraître, si l’on en croit les manuscrits, à la suite d’un Almanach comportant un tel document. Il est possible que l’on ait assimilé le Joseph de Naples au Joseph Le Juste. Mais, d’une façon générale, le texte de Moult de 1740 semble être un abrégé du document d’origine qui dut sembler trop pesant.
La date d’impression

Il semble bien que la première édition doive être datée de 1741 [34] . On connaît nombre d’éditions portant cette date sur la page de titre mais avec quelques variantes. La plus significative concerne la mention du libraire: tantôt Pierre Prault (BM Lyon, B508 865), tantôt Prault, père (BM Lyon, 808 552).

Le Privilège cite un certain Bellamy qui pourrait être l’auteur ou l’adaptateur de cet Abrégé. Il est intéressant de comparer le privilège accordé à Bellamy en 1740 avec celui qui le fut à Macé Bonhomme en 1555. Dans les deux cas, il est accordé de publier un ouvrage dont le titre comporte celui de l’auteur présumé: Abrégé. Il est intéressant de comparer le privilège accordé à Bellamy en 1740 avec celui qui le fut à Macé Bonhomme en 1555. Dans les deux cas, il est accordé de publier un ouvrage dont le titre comporte celui de l’auteur présumé:

- à J. F. Bellamy, « un manuscrit de sa composition Prophéties perpétuelles par Thomas Joseph Moult »
- à Macé Bonhomme, « certain livre intitulé LES PROPHETIES DE MICHEL NOSTRADAMUS »

En Angleterre, également, le temps est aux prophéties « à jamais » d’un Erra Pater (texte d’origine française d’ailleurs sous le nom d’Ezra), mais d’un genre moins sophistiqué. Tout se passe comme si, au coeur du XVIIIe siècle, l’Astrologie avait surtout connu une simplification extrême de ses techniques d’application, ce qui impliquait un plus médiocre investissement de la part de ses utilisateurs. Il est significatif que l’astrologie météorologique s’adresse prioritairement, par définition, aux campagnes.
Le procédé des Prophéties Perpétuelles [35] .

Sans parler de supercherie, que penser de ces textes tout prêts que l’on peut resservir périodiquement. C’est bien ce dont il s’agit avec les Prophéties du « cercle solaire du type Moult. L’on rédige 28 cas de figure distincts et en réalité moins car tel cas renvoie explicitement à tel autre et l’on relie ceux-ci à la suite infinie des années, la question étant de déterminer un point de départ. Ainsi, pour Moult, celui-ci est 1268 sans que l’on nous en donne la raison.

En fait, la seule originalité des éditions langroises est d’avoir fourni les tableaux dont se servaient les astrologues pour leurs prévisions au lieu de distiller des informations pour de courtes périodes dans le cadre de « prédictions » terme consacré pour désigner l’emploi de ces cycles par opposition à Pronostication qui implique une étude des mouvements planétaires réels. D’une certaine façon, ces tableaux constituaient un secret de fabrication des faiseurs d’almanachs comme, en son temps, celui du processus du calendrier soli-lunaire chez les rabbins.

Bien des pronostications ont été rédigées grâce à ces « banques de données ». C’est ainsi que certains passages de Lichtenberger ne sont pas sans évoquer le style des Prophéties moultiennes par ce mélange de considérations météorologiques et politiques.

On notera que l’an 1521 qui débute le volet central serait à rapprocher de la date de publication probable du Mirabilis Liber.

« FER, Est le premier nombre solaire qui aura cours pour les années 1521 1717 1913

Pour ..1549 1745 1941
Pour ..1577 1773 1969
Pour ..1605 1801 1997
Pour ..1633 1829 2025
Pour ..1661 1857 2053
Pour ..1689 1895 2081

Premièrement, le Philosophe qui a mis notre mathiere en authorité, nous témoigne qu’elle est une année qui arrive quand Fer fait son tour selon le siecle solaire, dont le printemps est assez profitable à beaucoup de biens terriens, sy feront les bleds bon commencement en fleurissant. Le printemps n’est ny sec ny beau, puisqu’il est humide jusqu’en été. L’été sera chaud et profitable à tout bled de la terre. L’automne sera laide et bien hivernage, et fera mauvais hanter la mer en cette année. L’hiver sera humide et bien hivernage, de grandes neiges qu’il fera cette année. Au commencement de cette année fera bon temps pour beaucoup de choses; les grains seront au plus bas, tant que le printemps durera; celui qui aura des bleds fera bon profit de les garder, jusqu’à ce que l’hermy soit dehors; les bleds seront abondans, et beaux et bien sains; les avoines se tiendront bien marchandes, et se tiendront à un prix, depuis le printemps jusqu’en nouvelles. Au commencement de l’été, il fera bon acheter du vin de Saint-Jean et de Champagne qui se puisse garder en leur bonté et en leur force jusqu’à la fin, car tous vins qui se pourront garder et se défendre de la chaleur de l’été monteront en grande cherté, sitôt que l’on verra la venue des vignes, puisqu’il greneront, viendront à basse preuve et seront mal profitables.

En cette année les seigles seront profitables à acheter en bien de pays, car on les vendra mieux dans l’année à venir. Toutes draperies seront chères et de requise. Les marchandises de laine ne porteront point de profit aux marchands qui les viendront vendre. En l’été ceux qui auront des cuirs, il leur sera profitable de les garder jusqu’en hiver, car à la fin de cette année ils seront de requise. En cette année seront profitables tous grains et seront bons pour la chaleur de l’été et les vignes seront belles et bonnes, car elles auront un bon labourage; les voides se vendront bien, et il y aura bonne récolte; les voides qu’on labourera en première branche, se porteront tres bien, et il y en aura bonne récolte; il fera bon acheter les premieres aussitôt qu’elles viendront au marché, et l’on fera bonne emplettes; les moyennes voides seront mauvaises et auront fausse récolte, et sera grande plante de petites voides, et le tiers de ces voides ne seront pas bonnes et ne pourront attendre d’être cueillyes de la première cotte, car il sera grande plante; et cette année le mois d’aoust sera chaud et bien profitable, et le bled sera assez en abondance; mais ils ne seront pas bien profitables, car ils s’avalleront et ne feront qu’abaisser à l’argent; et tous grains abaisseront à la fin de cette année. Les vendanges de cette année seront assez abondantes, et sera bien des petits vins de Beauvoisis et en France [36] , et auront mauvaise requeste, car ils seront verds et sans beaucoup de vin, et feront dommage à tous ceux qui en auront; les vins vieux d’Auxerre auront meilleure requeste que les vins françois, car ils seront plus grands; les vins de meilleure boisson seront chers et bien requis, et tous ceux qui en achetteront feront mauvaise emplette. Les vins de Poitou et de Champagne seront plus profitables que les vins de Saint-Jean qu’on achettera en vendange, car ils porteront bonne acquets à tous marchands qui les vendront en hiver et les pourront mener en la comté de Flandres et en la Normandie; ceux qui vendront hâtivement en hiver porteront peu d’acquets, qu’au change de printemps. Il y aura cette année des fourrages dont les siècles en vaudront mieux. En cette année les bestes seront constantes à hiverner, et il y aura de bons fourrages, et ils seront chers. En hiver aura beaucoup de neige et bien hivernages, et tous bestiaux auront peu d’acquets, il s’en faudra deffaire en automne ».
L’abrégé de Moult (Bellamy)

Prenons le cas des années de type FENOR. Nous avons placé le texte de l’édition de 1740 et entre parenthèses le texte dont il est issu:

« La présente année sera semblable à la première du nombre solaire encore plus mauvaise. (cette année est plus vilaine que n’est la première)
Au Printemps, il fera bon acheter avoine car la plus grande cherté y sera. (Au Printemps, il fera bon acheter de l’avoine à quelque prix qu’elle puisse être car la plus grande cherté des grains, ce sera des avoines) »

Autre exemple: CONTINUO

« En cette année, le Printemps sera froid et nuisible, aux biens de la terre. (En l’an du monde… le Printemps sera muable à bien des biens terriens
L’Eté sera venteux et pluvieux/ (L’Eté sera pluvieux et venteux)
L’Automne sera humide et peu stable pour les vents (L’automne sera humide et peu stable en beauté)
La saison de l’Hiver sera humide et froide et nuisible à la santé (la saison de l’hiver sera bien hivernache ».

L’abréviateur n’a conservé que les propos liminaires concernant les quatre saisons et évacué l’essentiel du corps des 28 textes. En réalité, le nombre de textes est moindre car il existe des relations entre les 28 années.

Dans notre étude de l’Extrait des Prophéties et Révélations des Saints Pères,- il a d’ailleurs été question d’un vieil Ephéméride du Grand Circle Solaire. Il s’agit, à notre avis, d’une utilisation de tableaux comme ceux qui figurent chez Moult. Il est dit dans ce passage que le dit Ephéméride compte pour année de douleur l’an 1617.

En fait, ces Prophéties Perpétuelles de Moult constituent un changement appréciable par rapport à une littérature constituée autour d’un cycle de 28 ans, en raison de l’adjonction de « prédictions particulières ». qui modifient le caractère agricole et commercial (« prédictions générales ») de cette littérature, au moyen d’une simple addition en bas de page de quelques formules oraculaires, un peu à la façon du calendrier des almanachs de Michel de Nostredame.
Les éditions postdatées des années 1740

Encore faut-il précisément s’interroger sur les notations qui figurent en bas de chaque tableau sous le nom de « prédictions politiques ». Comment a-t-on rédigé ces textes? On pourrait croire qu’il s’agit à l’instar de la partie agricole, d’une série de formules récurrentes et qui traitent de toutes sortes d’événements susceptibles de se produire dans tel ou tel coin de l’Europe, en telle ou telle Cour. En réalité, le texte est loin d’être aussi innocent qu’il y paraît au premier regard. Sa crédibilité se fonde en fait sur un certain nombre de corrélations délibérément introduites, en rapport avec l’histoire des siècles passés et dont il importe de déterminer le terminus ad quem.

      L’ouvrage se divise en trois parties et débute par le XIIIe siècle. Que sait le lecteur moyen sur ces années 1200? Que Saint Louis est mort en 1270. Or 1270 est une des premières années prises en compte, en haut de tableau, puisque la chronologie remonte à 1269. Que lit -on en bas de page? « Mort d’un Saint homme Roy ». Est-ce une coïncidence? Certes, 1270 est situé en haut d’une colonne de dates mais l’attention est évidemment captée par la première ligne.

« Plusieurs cantons s’uniront et formeront une République considérable ». La première année mentionnée est 1287. En 1291, ce sera le Pacte Perpétuel qui constituait plusieurs cantons en confédération helvétique.

Signalons encore pour le premier volet:

1491 « Découverte d’un beau pays ». Il pourrait s’agir de l’Amérique en 1492.
1498, « Un grand Prince montera sur le trône ». C’est le cas de Louis XII, à la mort de Charles VIII.
1515, même formule: avènement de François Ier, à la mort de Louis XII.

Passons à la deuxième partie, qui débute au XVIe siècle:

1525: « Un Roi fait prisonnier ». C’est François Ier à Pavie.
1572 « Grands troubles dans un grand Royaume ». La Saint Barthélemy.

Mais les correspondances valent aussi pour les siècles suivants:

1601 « La naissance d’un Prince dans une Grande Cour de l’Europe, y causant bien de la joie ». Naissance du futur Louis XIII.
1610 « Mort subite d’un grand Prince ». Peut être l’assassinat d’Henri IV.
1614. « Une statue équestre sera érigée à l’honneur d’un grand Roi dont la mémoire sera toujours précieuse à ses peuples ». Statue d’Henri IV sur le Pont Neuf.
1638: « Naissance d’un grand Prince ». Qui ne songe à celle du futur Louis XIV?
1672: « Fameux passage sur un grand fleuve » C’est le Passage du Rhin.
1715: « Mort d’un grand Roi ». Mort du Roi Soleil.
Il convient certes de faire la part des rencontres heureuses et de la répétition de certaines formules. Il n’empêche que lorsqu’il est question pour une série d’années comportant 1614 d’une « statue équestre », formule qui n’est pas reprise à une autre occasion, le propos devient univoque.

La troisième partie débute avec 1773. Echéance bien lointaine pour un ouvrage censé être paru en 1740. Cette partie devrait évidemment, en bonne logique, cesser de nous offrir de telles perles. Les corrélations suivantes pourront donc nous laisser quelque peu perplexes:

1754: « Naissance d’un grand Prince ». On pense au futur Louis XVI.
1770 « Mariage d’un Grand Prince de l’Europe qui fera la joie et le bonheur de son peuple ». On évoque le mariage du même Louis XVI avec Marie Antoinette….
1773 « Un Prince dont la valeur & le courage imitera les Alexandre et les César montera sur le thrône & son règne sera glorieux ». Annonce de l’avènement prochain de Louis XVI.

Voilà qui indique les espérances autour du dauphin.

1774 « Un grand prince montera sur le trône ». Avènement de Louis XVI.

Lors de l’avènement de Louis XVI, parut l’Horoscope de Louis Seize, tiré de l’instant précis de sa nativité (le 8 juin 1774) qui dénote les grandes espérances qui s’étaient greffées autour du nouveau roi:

« Depuis près de vingt ans je garde l’horoscope
Du plus grand Prince de l’Europe
Un moderne Nostradamus
L’an mil sept cens cinquante quatre
Sur le Duc de Berry
Dressa (..)
Son thème au jour natal ce futur Titus
Le thème est si bien fait qu’on n’en peut rien rabattre. » [37]

Il eut été probablement vain, pour l’auteur des « prédictions particulières » de relater par le menu les événements, année par année. Mais celui-ci semble avoir souhaité renforcer la corrélation pour l’an 1781. Qu’on en juge:

1781 « Naissance d’un grand Prince ». C’est la naissance du premier Dauphin, Louis-Joseph, qui décédera en 1789.
1781 « Changement de Ministre dans une Grande Cour » Démission de Necker au mois de Mai.
1781  » Emotion populaire dans une grande ville ». A Paris, le départ de Necker est ressenti comme la fin des réformes.
1781 « Grande Guerre entre les Princes de la Chrétienté ». La guerre d’Indépendance Américaine.
1781 « Bataille gagnée », nous pensons à Yorktown en Octobre. Les Anglais sont battus par les Franco- Américains.

On dirait des manchettes de journal.

On pourrait à la rigueur poursuivre jusqu’en 1783 avec « La paix générale dans toute la Chrétienté »: allusion possible au traité de Versailles.

Certes, les formules reviennent assez souvent mais il nous semble, à ce stade, qu’il s’agit plus que de coïncidences d’autant que celles-ci ne rendent plus compte des graves événements qui suivront, à commencer par la Révolution. Ce texte ne semble-t-il point se situer dans les années qui la précédèrent?.

1780-81 nous paraît une date assez vraisemblable: dans une édition de 1804, on peut lire en avant-propos (p. 17): « En 1780, le hasard me procura les prophéties de Joseph Moult » [38] . En 1781, parait un ouvrage ainsi intitulé [39] :

Les véritables Prophéties de Maitre Michel Nostradamus pour quatorze années, à commencer par cette année 1781 & finir en 1794. On y connaîtra les années fertiles ou stériles, la température de l’air, le prix des bleds, vins & cidres, & généralement tout ce qui est nécessaire à tous Marchands & Laboureurs », Rouen, Pierre Seyer, BM Lyon, B 509 831.

Ce type d’ouvrage correspond exactement aux prédictions générales de cette littérature de prophéties perpétuelles mais cette fois c’est le nom de Nostradamus qui lui est apposé.

Par ailleurs, lorsque l’on examine les privilèges des diverses éditions de 1741 conservées, on remarque des retouches assez grossières qui font apparaître sinon des contrefaçons du moins des éditions pirates.

Chacune des éditions de 1741 comporte une série de trois dates: la première (signée Simon) est celle de l’Approbation, la deuxième (signée Sainson) du privilège, la troisième (signée Saugrain) celle du registre de la Chambre Royale & Syndicale des Libraires & imprimeurs de Paris.

Pour la première et la troisième date, nous disposons de deux mentions différentes: dans un cas 30 novembre 1739 et…30 novembre 1740, dans l’autre 17 janvier 1740 et 17 janvier 1741. En revanche, la date du milieu reste inchangée, en toutes lettres: « treizième jour de janvier, l’an de grâce mil sept cent quarante ».

Nous disposons donc de deux séries:
30 novembre 1739 - 13 janvier 1740 – 17 janvier 1740
et 30 novembre 1740 - 13 janvier 1740 – 17 janvier 1741.

Il semble logique de préférer la première formulation qui regroupe sur deux mois les trois dates tandis que la seconde les regroupe sur …dix mois. Les éditions comportant l’année 1741 in fine et une approbation de janvier 1740 seraient des contrefaçons.

On ne comprend d’ailleurs pas a priori pourquoi l’éditeur aurait sollicité une seconde permission d’imprimer étant donnée que celle-ci lui avait été accordée pour six ans. Un troisième document est daté de la 26e année du règne de Louis XV, soit en effet 1740/41. Il est du 13 janvier 1740 et ne sera pas modifié. Or, cette formulation est très proche de celle de 1268, relative aux années du règne de Saint- Louis, cinq siècles plus tôt. On peut raisonnablement penser que nous avons là un faux réalisé sous le règne de Louis XVI.

Qu’en est-il en effet des adresses du libraire? La mention Pierre Prault n’est absolument pas recevable en 1741. A part les Prophéties Perpétuelles qui se partagent entre ces deux présentations, toutes les éditions Prault des années 1740 comportent la forme « Prault père » tandis que la forme « Pierre Prault » n’est attestée que dans les décennies antérieures. C’est ainsi qu’une prophétie adressée par Bélier de St Brisson à Louis XV parut en 1716 chez Pierre Prault (BNF, Lb38 72) et en 1744 chez Prault père (BN LB38 489). En conséquence les éditions des Prophéties Perpétuelles de 1741 avec la mention Pierre Prault sont des contrefaçons [40] , ce que vient corroborer l’affaire des dates des approbations et des registres de privilèges. Mais dès lors on ne peut évidemment exclure que les éditions « Pierre Prault » de 1741 soient également des contrefaçons mieux conçues.
L’édition de 1771

Pour mettre un terme à notre perplexité, il importait d’accéder à d’autres éditions que celles de 1741 et de la fin du XVIIIe siècle. La Bibliothèque Mazarine conserve une édition de 1771( Cote 55450). Elle serait parisienne sans que l’on nous précise le libraire et vendue à Liège – ville qui n’appartient pas aux Pays Bas autrichiens – par Clément Plomteux [41] .

Or cette édition de 1771 est absolument conforme aux éditions de 1741 et la thèse de la contrefaçon doit dès lors être strictement circonscrite: certes, il y a eu de fausses éditions de 1741 avec l’adresse de Pierre Prault, il y a eu des éditions comportant des erreurs dans la date de l’approbation et de l’inscription au registre. Mais les Prophéties Perpétuelles, malgré des corrélations frappantes, n’ont pas été réalisées dans les années 1780, sauf à imaginer une quantité ahurissante de contrefaçons.

En ce qui concerne le recueil de 1866, publiée par le libraire Delarue, comportant les Prophéties de Moult, l’exemplaire utilisé n’est probablement pas de 1740. Le fait que l’Approbation soit de janvier 1740 se retrouve dans l’édition de 1771, alors que les deux autres dates y ont disparu. Il semble qu’au delà d’une certaine date [42] , on n’ait conservé que les quelques lignes signées Simon.

On assisterait donc avec ces Prédictions particulières à une entreprise prédictive particulièrement efficace, apte à recouper régulièrement des événements à venir encore que l’année 1789 ne soit pas précisément signalée comme correspondant à de graves événements. Il eût été malheureux d’en conclure que ces corrélations avaient été mise en place après coup, d’où l’importance qu’il y a à pouvoir consulter un ensemble aussi riche que possible d’éditions. L’absence totale de noms propres, à la différence des Centuries, facilite singulièrement les rapprochements. Mais au lendemain de la Révolution, des remaniements du texte moultien eurent bel et bien lieu qui n’occasionnèrent pour autant que des tentatives très grossières de contrefaçons. En ce qui concerne les fausses éditions de 1741, il ne semble pas qu’il y ait eu d’autre enjeu que de rappeler que ces éditions étaient déjà parues en 1741, ce qui était exact. Mais en voulant trop bien faire et en se proposant de fabriquer des éditions anciennes, l’on risquait de faire mettre en cause l’authenticité de toutes les éditions de cette période.(signalons une « vérification de quelques prophéties » par D. Egleton, Prophéties Perpétuelles, op. cit., pp. 26-29)
Moult et la Révolution

Les Prophéties Perpétuelles de Moult sont apparues pour certains comme un système pouvant fonctionner sans l’aide des astrologues à l’instar des grandes conjonctions. Une fois les tables mises à la disposition du public, chacun était en mesure de juger par lui-même. Mais outre la publication de ces tables, certains commentaires sortent du rang. C’est ainsi qu’en 1804, paraîtront des Prédictions générales, particulières et climatériques pour l’an douze correspondant à l’an 1804 du calendrier grégorien à la suite des Prophéties curieuses et intéressantes de Thomas Joseph Moult (BNF, V 47283).

Voici le récit de la « révélation » de l’auteur:

     « En 1780, le hasard me procura les prophéties de Joseph Moult (…). Quelle fut, dis-je, ma surprise, en parcourant l’ouvrage (…) de trouver dans ces prédictions particulières qu’en 1791, sous Grossus, le dix-neuvième nombre solaire, il dit « Dans un grand royaume la roture sera anoblie. Plusieurs cantons s’uniront et formeront une république considérable ». Qu’en 1792, sous Dicat, le vingtième nombre solaire, il dit « Grands troubles dans une ville capitale d’un grand royaume. ». Qu’en 1798, sous Caritier, le vingt-sixième nombre solaire, il dit: République souveraine, reconnue par toutes les puissances de la terre. Qu’en 1801, sous Fer, premier nombre solaire, il dit (…): Un grand homme, dont la valeur et le courage imitera les Alexandre et les Césars, gouvernera une grande nation, son règne sera long et glorieux (…). Je puis assurer le lecteur que toute la Révolution y était annoncée entièrement. »
La version corrigée des Prophéties de Moult

En 1807 parait le texte de Joseph Le Juste Joseph. C’est la seule édition imprimée que nous connaissions de l’édition « longue », les autres versions ne nous sont parvenues que comme copies manuscrites [43] .

C’est vers cette époque qu’a du paraître l’édition dont Alexandre Volguine a donné la reproduction en 1941 [44] . Lors de la première guerre, étaient parus en 1917 les Très curieuses prophéties de Thomas Joseph Moult sur les événements contemporains. Réédition du livre imprimé (sic) en 1556 à Naples[45] .

Il s’agit d’une adaptation de l’édition de 1740 ayant pour but de mieux s’ajuster aux événements révolutionnaires [46] .

Contrairement à ce qu’affirme Volguine, cette version n’est pas antérieure à 1740, mais postérieure, celle de 1740 étant conforme aux modèles classiques. Les changements opérés ne visaient qu’à mettre en évidence les années de la période révolutionnaire et post-révolutionnaire. En effet, l’ouvrage comportant désormais deux volets et non plus trois puisque commençant au XVIe siècle au lieu du XIIIe siècle, l’oeil est attiré par la dernière ligne du premier volet (1784-1811) et par la première du second (1812-1839).

L’on peut même penser que cette nouvelle version serait postérieure à 1812 [47] . Voici le « véritable portrait de Thomas-Joseph Moult, auteur de ces prédictions (…). La première partie commençait en 1560, la seconde en 1812 et finit en 2063″. Cela a en outre l’avantage de placer la mise en place du texte du temps de Nostradamus, « vérificateur des prédictions de Thomas Joseph Moult ».

En débutant en 1560 – au lieu de 1521 – l’on perturbait le système tel qu’il avait été conçu et la correspondance des années. Geneviève. Bollème laisse entendre que cette édition de 1560 serait la première [48] .

A vrai dire, il n’est peut être pas si simple de trancher: certes, il est des maladresses dans cette édition « 1560″ mais elle se réfère à Frédéric II (de Hohenstaufen), formule absente de l’édition du XVIIIe siècle. Or cet empereur, roi de Sicile, vécut de 1194 à 1250, il serait donc mort peu de temps avant 1268 et Moult ou celui qui correspond à ce nom, aurait pu être actif à sa cour, ouverte aux occultistes [49] , le royaume de Naples ayant partie liée à celui de Sicile.

Ci-dessous les « prédictions particulières » pour le début de ces 56 années:

1784
La beauté du commerce et des arts fera briller tous les Etats.
Naissance d’un grand Prince.
Grand combat naval.
Grande trahison exécutée.

1785
Institution d’un grand Ordre de Chevalerie dans un grand Royaume.
Une tête couronnée cédera le pas à une autre Couronne.
La paix entre les Princes Chrétiens.

1786
Naissance illustre dans une grand Cour de la Catholicité.
La découverte d’une intrigue entraînera des suites fâcheuses après elle.
Bien des révolutions arriveront cette année dans un grand Royaume de la Chrétienté.

1787
Un grand Prince se séparera de l’Eglise Romaine.
Grande trahison exécutée dans une grande Cour de l’Europe.
Institution d’un grand Ordre de Chevalerie dans un beau Royaume.
Le papier en grand discrédit
Naissance d’un grand Prince dans une grande Cour.

1788
Changement de Ministre dans une grand Cour.
Naissance d’un Prince cher à la Patrie.
Grande révolution dans le Commerce.

1789
De grandes Révolutions arriveront cette année dans un des grands Etats de la Chrétienté [50] .
Emotion populaire dans un grand Royaume.
Grande conspiration découverte [51] .

1790
La mort d’un grand Prince causera bien des troubles dans ses Etats.
Grande trahison découverte.

1791
La noblesse dans un grand Royaume donnera des marques à son Souverain de son courage et de sa valeur pour le soutien de l’Etat.

1792
Fameux combats où les généraux de part et d’autre se distingueront par leur mérite et leur valeur.
Une grande Princesse montera sur le Trône.

1793
Un grand Prince montera sur le Trône.
Grande guerre entre les Princes Chrétiens.
Bataille gagnée.
Mort d’une grande Reine.

1794
Grande invention d’Art dans un grand et puissant Royaume.
Mariage d’un grand Prince.
L’Eglise, notre bonne Mère nous accordera de grandes indulgences.
Le faux est des plus maladroits. On trouve à la fin du Livre des Prophéties Perpétuelles la formule suivante: « Fait à Saint-Denis en France[52]  l’an de notre Seigneur 1608 et du règne de Louis IX, notre très pacifique Roi, le quarante deuxième par moi Thomas Joseph Moult ». Comment 1608 pourrait-il se trouver lié à Saint Louis, mort en 1270? En tout état de cause, le nom de Thomas Joseph Moult n’apparut pas avant le XVIIIe siècle.
Les recueils de Prophéties Perpétuelles

Outre ces textes qui associent Nostradamus et Moult l’on trouve des recueils qui évoquent ceux du seizième siècle: Prophéties ou Prédictions perpétuelles composées par Pytagoras, Joseph le Juste [53] , Daniel le Prophète, Michel Nostradamus et plusieurs autres philosophes; (1804, à Remiremont) dans lesquels les noms d’Etienne de Prato , Seraphino Calbarsi et Guido ont été remplacés par celui de Nostradamus qui n’y figurait pas initialement [54] . En fait, Scheler; signale au XVIIIe siècle, un Almanach pour l’an 1769 ou pronostication perpétuelle des Laboureurs. Avec les pronostications de Pitagoras en ses circules & angles, de Joseph le Juste, Daniel le Prophète & autres. Avec l’Almanach des Vignerons par Maître Antoine Maginu dit l’Hermite Solitaire; (Rouen, Pierre Seyer [55] ).
Le lien Moult-Nostradamus

Dans l’ouvrage paru à Tours (Impr. Mame et Peschard), l’on trouve un « Portrait du fameux Michel Nostradamus, vérificateur des prédictions de Thomas Joseph.Moult;  » qui figurait déjà au XVIe siècle dans un texte signé Lucas Tremblay (1577) et au siècle suivant chez Ligbéra de Vauréal anagramme du libraire Troyen Gabriel Landereau [56] .

Il semble qu’à la suite de Rabelais, Antoine Couillard du Pavillon ironise sur cette volonté d’avoir « réponse à tout » en se servant d’un nombre limité de formules. Débat sur l’économie de moyens que pose au demeurant le prophétisme:

« Or ce n’est que folie à moy de cuyder dire tout ce qui adviendra car il me seroit & à tous noz autres divinateurs du tout impossible. Je dirais bien en general que morts de Princes, changemens & mutations de regnes, pluyes, gresles, neiges, glaces, tonnerres, orages, ventz & tempestes, guerres, famines, maladies & pestilences, tant sur la mer que sur terre. Et par le contraire, continuation de règnes, santé, prospérité, joyes, liesses, richesses, amours & tous autres désirs & plaisirs mondains, ne cesseront tant que le monde durera, de convenir ensemble; sans ce qu’il en défaille un seul an, moys, semaine ne jour car toutes ces choses à scavoir bonnes & mauvaises seront toujours concurrentes & les uns & les autres régions de ce monde espandues »

Et Couillard d’évoquer « un millier de resveries escriptes par nos nouveaux prophètes », qui ne sont pas autant de quatrains mais plutôt des formules oraculaires [57] .

Pourquoi Couillard, ici encore, ne paraphraserait-il pas les termes mêmes de Nostradamus comme il le faisait plus haut pour la Préface? On en est à se demander si les Prophéties Perpétuelles de Moult que d’aucuns ont attribué à Nostradamus n’ont pas récupéré le texte des premières Prophéties de Nostradamus, tant les expressions se recoupent.

Signalons enfin un argument lié à la présence dans la Préface à César de la mention de l’an 3797 (  »perpétuelles vaticinations, pour d’icy a l’an 3797″. On a vu qu’avec les Prophéties Perpétuelles, on pouvait franchir allègrement les siècles…
Le recueil Delarue

En 1866, paraissait un recueil de trois pièces, bien que ne faisant figurer au titre que la première, Prophéties de Nostradamus. On y trouve, outre les quatrains, les sixains.

La deuxième pièce est le Recueil de prophéties et Révélations tant anciennes que modernes (voir notre article sur ce site sur Lichtenberger)

La troisième pièce est constituée par les Prophéties Perpétuelles de Moult, parues chez Prault..

Une seule de ces trois pièces est datée, la deuxième, elle porte la mention 1611. Nous avons montré qu’elle était liée aux débuts de la régence de Marie de Médicis, Henri IV étant décédé l’année d’avant.

Les deux premières pièces avaient déjà été associées dans le passé, au XVIIe siècle, chez un libraire de Troyes, en Champagne mais nous n’avons aucune certitude sur le fait que les Prophéties de Nostradamus soient également parues en 1611, contrairement à ce que laissent entendre M. Chomarat (Bibliographie Nostradamus, pp. 94 et seq) ou R. Benazra (RCN, pp. 412 et seq) à la suite de Delarue, lui-même.. En fait, le libraire parisien a truqué la présentation en mettant le même écusson sur les deux premières pièces alors que les écussons qui représentent la France et la Navarre, sont différents dans les éditions troyennes du XVIIe siècle des ensembles nostradamiens et lichtenbergiens.

Pourquoi avoir, en 1866, associé le texte « moultien » aux deux autres – ou l’inverse – au sein d’un triptyque? Ces trois textes relèvent, il est vrai, d’une astrologie prétendant discourir sur l’avenir du monde: le canon nostradamique comporte d’ailleurs dans la Préface à César -et dans certains quatrains des premières centuries – l’esquisse d’une théorie des âges planétaires, d’ailleurs axée sur l’année lunaire de 354 jours, ce qui permet de passer à 354 ans, inspirée de Roussat et de Trithème et qui n’a plus rien à voir, apparemment, avec la réalité astronomique. LeRecueil des Prophéties et Révélations est le plus classique au niveau astrologique, il y est question de conjonctions planétaires réelles mais comporte une dimension prophétique évidente, ne serait-ce que par son recours à Sainte Brigitte. Est-ce que la similitude des titres -Prophéties de Nostradamus, Prophéties Perpétuelles – aura suffi à justifier le rapprochement? Ou bien, peut-être, s’était-on aperçu que dans la Préface à César il était fait référence à de « perpétuelles vaticinations »?
Les prédictions de masse

Les deux systèmes évoqués, celui des 28 années et celui des 12 années, sont à rapprocher des horoscopes de presse des années 1930 (cf notre Vie astrologique, années trente-cinquante, Paris, Trédaniel, 1995). L’idée qu’une année puisse être, pour toute une société, marquée par un facteur spécifique n’est plus guère à la mode, de nos jours, où l’on est en quête, à tort ou à raison – on n’en débattra pas ici – de formulations plus sophistiquées, qui impliquent et le thème natal, au niveau psychologique, et les aspects entre planètes, au niveau de l’astrologie mondiale.

Dans les horoscopes de presse, au départ, il n’y avait pas de division entre signes du zodiaque: on annonçait un destin collectif, étant bien entendu que chacun vivrait ces tendances à sa manière. C’était une époque où l’astrologie ne voulait pas encore tout régir – de façon totalitaire, où elle ne prétendait pas tout modéliser jusqu’aux problèmes psychanalytiques de chacun et de chacune. Elle s’est largement rattrapé depuis!

Or, pour en revenir au cycle de 28 ans, cet axe Lune-Saturne que nous avons évoqué nous semble être bien autre chose que l’expression d’une astrologie abâtardie – XVIIIe siècle oblige. Il se pourrait, au contraire, qu’en raison d’une certaine pénurie, d’une certaine purge, l’astrologie ait été contrainte d’abandonner, pour un temps, tout un apparat, faisant ainsi une cure la ramenant à ses racines antiques. .

Si nous décrivons le dit système ainsi pratiqué en parallèle avec d’autres formes d’astrologie puis se trouvant un temps en situation de quasi-monopole du moins au niveau des publications à caractère astrologique- on observe que Saturne est au coeur du système et qu’il traverse un zodiaque à 28 secteurs qui, en astrologie hindoue, est intimement lié avec les étoiles, on l’a vu pour la quatrième demeure appelée Aldébaran du nom de l’étoile fixe qui s’y trouve.

Que dans les systèmes tels qu’ils circulent à partir du XVIe siècle – pour ne pas remonter plus haut – toute référence aux étoiles fixes ait disparu est une chose. Mais ne peut-on penser que les descriptions proposées pour chaque année pourraient s’y référer, d’une façon ou d’une autre. Nous avons rappelé (cf notre exposé sur Les Historiens de l’astrologie en quête de modèle, sur ce site) l’importance du référentiel stellaire – le cas de Manilius est remarquable de ce point de vue – l’exposé de P.H. Abry dans les Actes du Colloque de Malaga « Homo Mathematicus » (octobre 2000), à paraître – en ce qui concerne les premières tentatives d’associer des dieux aux astres avant de se reporter sur les seules planètes (étoiles errantes). Le problème, c’est qu’évidemment ce système se sert d’une cyclicité saturnienne mais….sans Saturne. Saturne n’est pas présent dans la « maison » qui marque l’année concernée à moins que le point de départ du cycle corresponde avec celui de Saturne, ce que nous n’avons pas vérifié. Nous avons abordé ce problème du rôle central de Saturne, dans un article paru sur ce site, consacré aux rapports entre Astrologie et religion et à l’influence de l’astrologie indienne. En ce sens, le présent article apparaît comme un second volet de notre enquête.

Ainsi, selon un processus cyclique, l’astrologie aurait-elle renoué pour une courte période avec ce qui aurait pu être sa formulation primordiale pour repartir dans un nouveau cycle, nourri de l’apport de nouvelles planètes, Uranus (1781), Cérés (1801) etc. Sous cet angle, le XVIIIe siècle aurait été le retour involutif à une astrologie originelle et le XIXe le départ d’un nouveau processus qui nous en aurait progressivement éloigné, encore qu’en France, la résistance à ce nouveau cours des choses ait été longue, tout au long du XIXe siècle (cf notre Vie astrologique, il y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992).

Iconographie

Crespin Archidamus, Pronostication (1574) Figure pour connoistre la Roue des vingt huit mansions du Ciecle soleire (sic)
Crespin Archidamus, Pronostication générale du ciecle soleire (sic), Lyon, Jean Patrasson, 1574.
Les Prophéties perpétuelles ne sont nullement une invention du XVIIIe siècle. On peut penser que c’est à un tel système que Nostradamus faisait allusion dans sa Préface à César de 1555, au sujet de « perpétuelles vaticinations ». On peut en effet extrapoler indéfiniment les pronostics agricoles. Crespin, dans son Advertissement, in fine, daté de 1572, dit avoir reçu ce savoir d’un certain George Guiriny.
Pourquoi ce nom de « cycle solaire » alors que ce temps de 28 ans renverrait plutôt à Saturne. Le lecteur, pour se servir du tableau, doit savoir à quelle « mansion » correspond une année donnée et à partir de là, il n’y a plus qu’à suivre. Crespin indique qu’en 1574, on est dans la quinzième année, ce qui signifie que la première année précédente était en 1560 et que la suivante sera en 1588. Il faudra attendre le XVIIIe siècle pour qu’un libraire fournisse l’intégralité des tableaux sur plusieurs siècles. A noter que Crespin donne des noms aux mansions qui différent de ceux de « Moult » mais le principe reste le même.

 

N. L. Morgard, La Grande Prognostication T. J. Moult, Les 'Prophéties Perpétuelles' de 1741
N. L. Morgard. La Grande Prognostication générale du cicle solaire de 28 ans en 28 ans, réformée suivant la réformation gregorienne, Paris, P. Menier, 1609.
La réforme grégorienne de 1582 a posé problème aux faiseurs d’almanachs et autres calendriers comme le Kalendrier et Compost des Bergers.
Une des premières éditions comportant le nom de Moult, résultat d’une mauvaise leçon. Le texte est dit traduit de l’italien mais il s’agit bel et bien de la reprise de textes plus anciens, parus en français et si traduction il y a eu, elle n’est pas de cette époque. D’un maniement extrêmement simple, un tel ouvrage relève d’une astrologie populaire voire rurale, à une époque où l’astrologue ne recourt plus guère aux positions planétaires mais préfère se servir d’une géomancie, teintée d’astrologie. La nouveauté de cette édition est de comporter des pronostics politiques jusqu’en 2024 alors que ce genre était jusque là cantonné à des pronostics agricoles.. Cette édition, ou en tout cas une autre du même libraire, paraîtra donc encore, sans aucune mise à jour, en 1866, au sein du recueil Delarue.

 

Moult, Les 'Prophéties Perpétuelles depuis 1521', 1807 Le recueil Delarue, 1866
Édition parue sous le Premier Empire. On notera avec amusement la référence à l’Académie des Sciences qui aurait offert ce volume à Louvois, ministre de Louis XIV, laquelle assemblée en aurait fait l’expérience depuis 140 ans, ce qui renvoie à 1666, date de sa création par Colbert, faussement considéré par les historiographes de l’astrologie, comme ayant été le fossoyeur de l’astrologie française voire européenne. Sous le titre de Prophéties de Nostradamus paraît en 1866, à la fin du Second Empire, un recueil comprenant en réalité trois pièces: successivement, les Centuries, sans date, dans une édition troyenne qui date vraisemblablement de 1627/1628, le Recueil des Prophéties et Révélations, daté de 1611 (cf notre étude sur Lichtenberger, sur ce site), chez le même libraire de Troyes et les Prophéties Perpétuelles de Moult, dans un exemplaire non daté, paru, chez Prault – l’approbation » in fine est de 1740, – très proche de celui dont nous avons reproduit la page de titre. On a vu que sous le premier Empire des prophéties avaient continué à paraître sous le nom de Moult. Il semble que les deux premières pièces étaient déjà parues conjointement au XVIIe siècle. L’éditeur ne s’explique pas sur l’opportunité et les raisons de son choix, d’autant que le contenu de cet ensemble n’est pas annoncé dans le titre du volume: est-ce que Nostradamus aurait servi de « couverture », dans tous les sens du terme, pour les deux autres pièces, à une époque où s’exerçait une certaine surveillance politique?

 


[1]  Le Privilège de l’édition originale n’y est pas reproduit. « Text

[2]  En 1556, Antoine .Couillard dans sa parodie de la dite Préface, intitulée Prophéties, Paris, BNF, utilise à propos de Nostradamus une telle formule. « Text

[3]  Certains n’ont d’ailleurs pas hésité, tel A. Volguine 1941, a attribuer à Nostradamus la paternité des Prophéties Perpétuelles.« Text

[4]  La chronologie s’arrête, chez Moult ., dans le troisième et dernier volet, à 2024, soit grosso modo à 6000 ans depuis la Création. « Text

[5]  La BNF a conservé un exemplaire sinon de la première édition, du moins fort probablement identique à celle-ci. « Text

[6]  Est-ce une allusion à la dimension prophétique de cette ville, à la fin du XVe siècle? prophétique de cette ville, à la fin du XVe siècle? » « Text

[7]  Dans l’édition de 1573 d’Antoine Houic (qui a le privilège depuis 1571 pour la première édition de 1572) il est précisé toutefois « inconnue jusques aujourd’hui & mise en lumière par I (ean) D (Ongoys) & depuis revue, corrigée & augmentée par George Quirini » « Text

[8]  Pour une liste de ces textes, cf notre Texte Prophétique en France, opus cité. « Text

[9] Le principe d’un classement des années autour des sept planètes se retrouve en Allemagne dans le Hundertjähriger Kalender.« Text

[10]  Selon la règle des pronostications qui paraissent l’année qui précède la première année étudiée. « Text

[11]  Dans l’édition Delarue de 1866, la formule est tronquée: « faites à Saint- Denis en France, l’An de Notre Seigneur 1268 du règne de Louis IX ». France ici pour Ile de France. « Text

[12]  Visiblement Dominique Egleton ignore cette diversité de cas de figures: Etude, commentaire et texte original des Prophéties Perpétuelles de Th. J. Moult, St Genix (Savoie) 1946: « on ne sait pourquoi les ayant écrit en 1268, il ne les commence que pour l’an 1521″ « Text

[13]  Les canons & documents très amples touchant l’usage & practique des communs Almanachz que l’on nomme Ephemerides, Paris, R. Chaudière, 1551. « Text

[14]  Enfin, notons qu’il y a deux signes du Zodiaque: aries, gemini. « Text

[15]  Prophéties perpétuelles depuis 1521 jusqu’à la fin du monde expérimentées et jugées infaillibles par l’Académie Royale des Sciences de Paris (BNF, M 867 n?). A noter que le nom de Moult n’apparaît pas dans ce manuscrit dont on connaît une édition imprimée. « Text

[16]  Rappelons que les signes du Zodiaque voire les planètes (Sol, Luna) gardent souvent, même dans un texte rédigé en français, leur forme latine et que les ouvrages anglo-saxons ont conservé jusqu’à nos jours cette habitude pour ce qui est du Zodiaque. « Text

[17]  Voir G. Hellmann, op. cit. et notre étude sur ce site. « Text

[18]  Le fait que cette inversion 1576 au lieu de 1567 n’ait pas été corrigée d’une édition à l’autre est significatif. « Text

[19]  Cela n’autorise pas pour autant à considérer comme almanach le Recueil des prophéties et révélations, comme le propose G. Bollème », Les almanachs populaires, op. cit. p.31.; « Text

[20]  Voir Volguine, 1941. « Text

[21]  Charles Nisard 1854, Voir Journal de l’amateur de livres, tome I; Volguine . cite cette hypothèse sans la retenir. « Text

[22]  Paru avec un texte de Baptiste Mantuan. « Text

[23]  Voir Bougouin (1868) « Text

[24]  . Bougouin (1868) signale (p.4) comme source les archives du greffe de Langres Nous n’avons pu localiser le texte en question. « Text

[25]  Bougouin (1868) ne fait aucun rapprochement avec des textes imprimés tel celui de Moult. Benazra (1990) cite un Manuscript du Grand Almanach universel jusqu’à la fin du monde daté de 1759 (Bibliotheca Esoterica, p. 303, n° 2889) et fait un rapprochement avec les Prophéties Perpétuelles de Moult « Text

[26]  Langres apparaît à plusieurs reprises dans nos recherches: avec Richard Roussat,, avec la famille Tabourot et avec cet Almanach de l’hôtel de Ville de Langres. Turrel, lui, relève de Dijon et de la Bourgogne. « Text

[27]  Le manuscrit que nous n’avons pas localisé a été décrit au XIXe siècle et a fait l’objet d’une édition sans que l’on ait établi de lien avec les Prophéties Perpétuelles de Moult. « Text

[28]  Voir . Hellmann, 1896, qui ne fait pas de rapprochement entre la Pronostication française et Heyne von Uri dont il traite par ailleurs. La B.N.F dispose d’un grand nombre de ces éditions dont aucune n’a été attribuée à Heyne de Uri, ce qui explique qu’elle soient classées au fichier des Anonymes (BNF, Réserve pV 147-151). Etienne Tabourot s’est inspiré de cette oeuvre dans son Almanach et Pronostication des Laboureurs mais de façon très ponctuelle, à propos de certains dictons liés à certains jours consacrés à tel ou tel Saint (comme Sainte Gertrude pour la saignée) « Text

[29]  Il y en a 9 pour chacune des 28 divisions de chaque livre et donc 27 répartis entre les trois livres pour chacun des dits vocables. « Text

[30]  Voir Volguine, « La clef des prophéties de Nostradamus », in Prophéties Perpétuelles de Moult, Ed. Des Cahiers astrologiques, Nice, 1941. Reed, ibidem, 1977 « Text

[31]  On en trouve dès la fin du XVe siècle chez l’astrologue catalan Bernardo de Granollachs, Cf. BNF, lesquelles s’étendent jusqu’en 1550. Voir l’étude de Jordi Rubio . sur le Lunario de 1513 conservé à la Bibliothèque de Catalogne, et paru à Barcelone chez Joan Rosembach. Il en existe un fac-simile paru à Barcelone, en 1948. Granollachs est traduit en italien, en latin et en français. Voir aussi Antonio .Hurtado Torres, La Astrologia en la Literatura del siglo de oro (1984) op. cit. pp 147 et seq. Le fac-simile se trouve à la Bibl. de Catalogne, à Barcelone bien qu’Hurtado Torres se plaigne de ne pas l’avoir trouvé. « Text

[32]  Le terme « cler » figure chez Simon de Phares Iere p. « Des clers astrologiens » de son Elucidaire. (cf l’édition de J. P. Boudet, Le recueil des plus célèbres astrologues, 2 vol. Paris, Champion, 1999)« Text

[33]  Voir manuscrit de la B.M. de Chalons /Marne (Manuscrit du Fonds Garinet Inv 227) daté de 1680 et intitulé Prophesies (sic) Perpetuel (sic) depuis 1521 jusqu’à la fin du monde donné à Mgr le Marquis de Louvois Ministre et Secrétaire d’Etat par l’Académie Royale des Sciences qui en ont fait l’expérience pendant l’espace de 140 ans et qu’ils ont assuré infaillibles et véritables. En fait, la référence à 140 ans montre que ce manuscrit date du début du XVIIIe siècle, la date de 1680 correspondant au temps de Louvois. En outre, c’est plutôt Colbert qu’il aurait fallu ici mentionner, qui fonda la dite Académie. C’est de ce manuscrit que semble s’être plus directement inspirée l’édition imprimée. En effet, si l’on ajoute 1521 et 140, on obtient 1661, ce qui est proche de 1666, date de la fondation de l’Académie des Sciences mais précisément, la dite Académie qui venait alors d’être fondée ne pouvait en avoir fait l’expérience. Or Louvois (1641-1691) est bien contemporain des débuts de cet établissement. « Text

[34]  Voir Benazra, 1990, pp. 305-307. « Text

[35]  On trouvera un ensemble intéressant à la B. Municipale et Interuniversitaire de Clermont Ferrand, comportant une copie manuscrite (1771) des Prophéties de Moult et un imprimé intitulé Nouvelles et curieuses prédictions de Michel Nostradamus pour 7 ans de 1784 à 1790 (à Salon de Provence) et composé de diverses prédictions agricoles accompagnées de quatrains. « Text

[36]  Comprendre Ile de France. « Text

[37]  Bib. Sorbonne R 680 (31), in 8°. « Text

[38]  Prophéties curieuses et intéressantes de Thomas- Joseph Moult, An XII, BNF, V 47283. « Text

[39]  Voir Benazra, RCN, pp. 327 et seq. « Text

[40]  On connaîtra le même genre de problème avec Benoit Rigaud et Pierre Rigaud, son fils qui se voit attribuer, au XVIIIe siècle, une édition de 1566. Voir Benazra, 1990, pp. 295 et seq. « Text

[41]  Une autre édition liégeoise, chez E. Kints, en 1758 est conservée à la New York Public Library) L’édition de 1743: Prophéties Perpétuelles, Paris, Prault, 1743, BNF, Vz 1931. Le NUC signale en 1780 une édition de Paris, à la Bibl. de la Princeton University. « Text

[42]  En 1743, les trois dates figurent encore (BNF, Vz 1931) « Text

[43]  En 1807 paraissent également les Prophéties perpétuelles depuis 1521 jusqu’à la fin du monde données à Monseigneur le Marquis de Louvois (…) par l’Académie Royale des Sciences qui en a fait l’expérience pendant l’espace de 140 ans et qui les a assurés infaillibles et véritables (Versailles), Archives Nationales, M 867 n?. Cette récupération de l’Académie des Sciences fondée en 1666 est à mettre en rapport avec l’idée que cette même Académie aurait précisément exclu l’Astrologie de ses travaux… « Text

[44]  Bibliothèque de Liège. « Text

[45]  Non localisé, signalé par P. Gayot (avec J. Brunet), Intr. aux Prophéties Perpétuelles (de) Moult, Caen, 1967. « Text

[46]  Voir H. Forman, Les prophéties à travers les siècles, Paris, Payot, p. 215. « Text

[47]  Les premiers exemplaires de la BNF sont datées à la main de 1814 (V 47286-87, Paris, Montaudon, et Rouen, Lecrène-Labbey) « Text

[48]  Bollème, 1969, p. 18 (note 1). « Text

[49]  Voir J. Halbronn, 1985. « Text

[50]  On songe évidemment à la Révolution Française. « Text

[51]  A. Vol.guine, dans son édition de 1941, relève ce qu’indiquait l’édition de 1740: « elle change (sic) complètement ces prédictions en donnant: la perte d’un grand Prince Catholique, Naissance d’un grand Prince, Grande guerre entre les Princes Chrétiens, Mort subite d’un grand Prince ». .i.Soprani, A., 1987, p. 202, laisse entendre que Moult annonça la Révolution dès le XIIIe siècle. « Text

[52]  Comprendre Ile de France. « Text

[53]  A noter par ailleurs l’usage du nom de Joseph Le Juste comme auteur des prophéties moultiennes.: Prophéties ou Prédictions perpétuelles composées par Pytagoras, Joseph le Juste. « Text

[54]  B.M. Nancy. « Text

[55]  « F. Rabelais pronostiqueur et son succès jusqu’en 1769″ in Bibliothèque Humanisme Renaissanc, 1956. Scheler aurait pu remonter jusqu’au XIXe siècle, comme nous l’avons observé. Pronostication perpétuelle des Laboureurs. Avec les pronostications de Pitagoras en ses circules & angles, de Joseph le Juste, Daniel le Prophète & autres. Avec l’Almanach des Vignerons par Maître Antoine .i. Maginu; dit l’Hermite Solitaire; (Rouen, Pierre Seyer). « Text

[56]  On trouve parfois une vie de Moult calquée sur celle de Nostradamus, dans ses moindres détails. Ligbéra de Vauréal , anagramme du libraire Troyen Gabriel Landereau. On trouve parfois une vie de Moult calquée sur celle de Nostradamus, dans ses moindres détails. « Text

[57]  En ce qui concerne les échéances fixées par Nostradamus, E.Mozzani met en avant l’an 2026 pour la venue de l’Antéchrist. Or, les Prophéties moultiennes parviennent jusqu’en 2024 et s’achèvent sur la fin du monde.« Text

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Claude Dariot, astrologue paracelsien

Posté par nofim le 23 janvier 2014

 

 

 

Claude Dariot, astrologue paracelsien

par  Jacques  Halbronn

      Certes, nous avons déjà consacré une étude à Dariot mais il s’agissait de son oeuvre astrologique proprement dit et de ses rapports avec l’Angleterre. Dans le cadre de la présente étude, nous nous intéresserons à son activité plus spécialement médicale sinon alchimique à travers les recueils « trismosiniens » et à ses rapports avec l’Allemagne.

Nous nous intéresserons ici particulièrement à l’histoire des recueils de textes astrologiques, prophétiques et plus rarement alchimiques. Notre étude constitue une contribution au débat concernant les rapports entre Astrologie et Alchimie. [1]  Nombreuses sont les erreurs ou lacunes bibliographiques occasionnées par ces ensembles de textes, notamment quant à l’auteur auquel on attribue ceux-ci ou inversement lorsque l’identité de l’auteur est plus ou moins bien gommée. [2]

C’est ainsi qu’il ne nous semble pas sans intérêt de noter que le nom de Dariot ait été lié – et Sudhoff, dans sa Bibliographia Paracelsica [3]  n’omettra nullement Dariot – non seulement à Paracelse dont il traduisit la Chirurgie, mais à un autre auteur germanophone, Salomon Trismosin dont l’Aureum Velus attaché à son nom constitue un pôle essentiel de l’alchimie de la fin du XVIème siècle et du début du XVIIème. Même si ce rapport se révèle, au bout du compte, assez accessoire, il n’en est pas moins significatif pour celui qui étudie les influences de culture à culture. On ne saurait en tout cas réduire toute la série des textes qui se succèdent de 1598 à 1718 à de simples avatars de la première attestation comme semble l’admettre A. Faivre (opus cité p 36) : « recueil de textes devenu célèbre, plusieurs fois réédité »

La piste Dariot semble bien n’avoir pas été exploitée pleinement en la circonstance. Lynn Thorndike (History of Magic & experimental science Tome VI, pp 105-106), s’il s’arrête sur la traduction anglaise de l’Ad astrorum judicia facilis Introductio ne signale à aucun moment la fortune des Discours en Allemagne [4] . L’historien américain s’est bien davantage intéressé à Antoine Mizauld, de Montluçon  [5] .

Dans une précédente étude, nous avions montré quelle avait été la fortune de l’oeuvre astrologique de Dariot en Angleterre [6] . Dariot est en effet astrologue, médecin paracelsiste et éventuellement alchimiste. En tant qu’astrologue, il « introduit » les principes de l’Astrologie Horaire en France et en Angleterre, mais son traité d’astrologie horaire qui parut d’abord en latin, un an avant l’édition française, parait avoir circulé sur le continent, hors de France, si l’on en croit sa présence dans les bibliothèques continentales [7] . En tant que médecin, il diffuse les oeuvres de Paracelse et son nom circule en pays d’expression allemande dans le premier tiers du XVIIème siècle. Outre Dariot, nous aurons à préciser certains points de la bibliographie de figures plus connues, bien que parfois plus mythiques, de l’Histoire de l’Alchimie, tels Salomon Trismosin, Basile Valentin, D. Zacaire, Paracelse, Tancke etc.
I. Dariot médecin

Le cas de l’oeuvre médicale de Dariot est à ce propos assez exemplaire [8] . Nous voudrions en étudier la genèse encore que certains chaînons nous font peut être défaut.

En fait, après une période de jeunesse durant laquelle Claude Dariot qui n’a que 25 ans publie son Ad astrorum judicia facilis Introductio de 1557  [9] , il faut attendre les années Quatre Vingt du XVIème siècle pour voir un Dariot approchant de la cinquantaine amorcer une nouvelle phase de publication.

Cela commence en 1582 par le premier des Trois discours de la Préparation des Médicaments, dont l’Epître à Guillaume de Montmorency date du 26 Octobre 1581. L’ouvrage parait à Lyon chez Charles Pesnot [10] . Il semble qu’il y ait eu une édition latine, signalée par Ferguson [11] , De preparatione medicinorum (Lyon, 1582), mais que nous n’avons pas retrouvée.

Les deux autres Discours débutent par une Epître datée du 4 Octobre 1582 adressée à Maistre Jean Estienne et à Claude Pérard qu’il appelle « cousins » et qui sont « alliés » à sa famille [12] . Mais nous n’avons pas localisé d’édition antérieure à 1589 pour les deux derniers Discours.

C’est le même libraire lyonnais, Antoine de Harsy, qui publie la Grande Chirurgie (Avis au lecteur : 13 Août 1588) et les Trois Discours, mais en deux ensembles distincts. On n’oubliera pas un troisième volet qui s’intercale entre les deux autres, le Discours de la Goutte dont l’Avis au Lecteur est du 4 Décembre 1588, et qui parait donc en même temps que la version française de laGrande Chirurgie.

Donc en 1589, les Discours (BN 4° Te147 23) ne sont pas encore complètement intégrés dans l’édition de la Grande Chirurgie [13] . Il faudra attendre la veille de la mort de Dariot _ 1593 _ pour que la jonction se fasse [14] . La Grande Chirurgie comporte alors dans son titre la référence aux Trois Traités [15] . En réalité, cette édition de 1593  [16]  utilise, comme c’est la coutume, les volumes séparés parus en 1589 et qui continuent à porter cette date.

En 1603, chez le même libraire, paraît une édition posthume de la traduction de la Grande Chirurgie [17]  des Trois Discours, mais les Trois Discours bien qu’annoncés dans le titre général, constituent un volume à part avec sa propre couverture (BN Td73 58A). C’en est fini des éditions lyonnaises de Dariot.

Les éditions suivantes des Discours se déplacent vers l’Est : d’abord en français, à Montbéliard [18] , chez Jacques Foillet, en 1608 (Epître de Foillet à Frédéric, Duc de Wurtenberg, du 25 Septembre 1607) puis en allemand à Bâle en 1614, puis 1623 de l’autre côté du Rhin, à peu de distance au demeurant.
L’édition de Montbéliard

Cette dernière édition de langue française comporte certaines suppressions par rapport à l’édition de 1603. On n’y trouve plus l’adresse de Dariot à la Duchesse d’Elbeuf qui introduisait laGrande Chirurgie. On ne trouve pas davantage l’Epître à Guillaume de Montmorency de 1581 en tête du Premier des Trois Discours L’on y a en revanche ajouté une épître au Duc de Wurtenberg. D’autres modifications apparaîtront avec les deux éditions suivantes.
La traduction allemande des Trois Discours  [19]

Si Dariot traduit Paracelse en français, ses Discours seront, en contre partie, traduits en allemand. Nous en connaissons deux éditions. L’une en 1614 au sein de l’Aureum Vellus dans une édition de 1614 qui est attribuée dans sa totalité à Dariot [20] . Dans cette première édition, Discours est rendu par l’allemand « Gespräch«  [21] . L’autre, isolément mais sans référence directe à Dariot, en 1623 où l’on se contente de préciser qu’il s’agit d’une traduction du français . Ici l’on a conservé en allemand la forme française « Discours« . En fait, le nom de Dariot figure à l’intérieur de l’ouvrage [22] . Il semblerait donc que dans un cas, l’on ait utilisé abusivement le nom de Dariot et dans le second, qu’on ait tenté maladroitement de l’évacuer, sans pour autant chercher à dissimuler l’origine française du texte.

L’Epître au Second Discours est conservée ainsi que ses dédicataires, Jean Etienne dit Perruchot et Claude Pérard, mais elle est datée du 14 Avril 1614 et non plus du 4 Octobre 1582, soit postdatée de plus de trente ans et tout à fait anachronique…
Dariot et le recueil alchimique allemand de la Gulden Flies  [23]

Le recueil de 1614 comporte trois volumes, qui chacun disposent d’une nouvelle page de titre et de l’indication de lieu et d’année . Les formules latines ont complètement disparu, qui figuraient dans les recueils de 1598, 1599, 1600 et 1604  [24] .

D’emblée, nous observons que l’on a voulu modifier les dates des Discours (Gespräch) puisque les épîtres de Dariot sont datées de 1614 alors que Dariot est mort vingt ans plus tôt [25]  et que ses Epîtres datent de… 1581 ou de 1588. On peut inférer que 1614 serait donc l’année de ce subterfuge et que l’idée d’attribuer à Dariot la paternité du recueil tout entier a dû se développer à cette date et non à une date antérieure. Le succès de l’édition de Montbéliard (1608) dans une région limitrophe, quelques années plus tôt, a pu amener à attribuer à Dariot la paternité de ce qui n’est, en tout état de cause, qu’un recueil de pièces. On notera que ces régions étaient plus ou moins bilingues et pratiquaient le français et l’allemand. L’Epître de Foillet au Duc de Wurtenberg est significative, le Wurtenberg se trouvant au nord de Bâle.

En fait, l’on remarque que l’édition de 1614 parait à Bâle « chez l’auteur » (In Verlegung des Authorn). Cet « auteur » pourrait être désigné par les initiales I. A. M. D., qui sont celles du traducteur Or, c’est aussi, dix ans plus tôt, dans cette même ville qu’était parue une mouture comportant les mêmes textes à l’exception précisément de ceux de Dariot.

Pour quelles raisons a-t-on modifié les dates ? Pour donner le sentiment que le texte était récent, vraisemblablement. Pourquoi a-t-on attribué à Dariot l’ensemble du recueil ? Mais procéder ainsi ne laisse-t-il pas entendre que Dariot était plus ou moins un inconnu dont on pouvait corriger les dates ?

Il convient en effet de préciser que Dariot ne se voit attribuer en 1614 que le second volet du Guldin Arch/Schatz. Le traducteur allemand se présente sous le nom de I. A. M. D. . Faut-il penser que les Trois Discours n’avaient pas été traduits plus tôt en allemand ? Il semble en tout cas qu’ils aient pu circuler en latin.
L’édition de 1623

L’édition anonyme bâloise de 1623 ne conserve plus que les Trois Discours et porte un titre qui nous révèle l’intérêt qu’offrait alors Dariot, en tant que conciliateur des médecines de Galien et de Paracelse : Vereinigung der Galenischen und Paracelsischen Artznei Kunst. Ce n’est en réalité que la traduction de l’intitulé de son Premier Discours : « Plus y sont accordés les points principaux différents entre les Médecins Galénistes et Paracelsistes« .

Le titre complet de l’édition de 1623 est le suivant : Vereinigung der Galenischen und Paracelcischen Artznei Kunst darinn nicht allein von weiss und weg die Kranckheiten zu curieren und heilen sondern auch von wahrer Preparation und rechter zubereitung deren so wohl von den Vegetabilibus und Anima(bi)libus als auch Minera(bi)libus hergenommen Medicamenten, Grund und Ausfährlichen tractiert und gehandelt wird. Sampt ausgehenckten Bericht wann und zu was Zeiten, die Simplicien und Kraüter für allerlei gepressen Menschliches Leibs am nutz und bequemlichen einzusamblen, c’est-à-dire, en gros : Conjonction de la médecine de Galien et de Paracelse, par laquelle il est traité en profondeur non seulement de la façon de soigner et guérir complètement les maladies mais aussi de celle de préparer des médicaments à partir des végétaux, des animaux et des minéraux. Avec un jugement sur le temps le plus propice pour cueillir les simples et les herbes afin de soulager le corps humain.
Dariot et l’Alchimie  [26]

Le fait que les Trois Discours puissent figurer en tête d’un recueil de textes alchimiques, en 1614, implique que les dits Discours offrent quelque caractère lié à ce domaine et suffit, en quelque sorte, à les inscrire au sein de la littérature alchimique du début du XVIIème siècle.

Sans vouloir statuer sur le fond, on observera dans les préfaces de Dariot des références à des auteurs considérés comme faisant partie de l’histoire de l’Alchimie : c’est ainsi que dans l’Epître datée de 1614 (!), l’on peut lire _ en nous référant à l’original français de 1582 : « Je n’y ai pas écrit la façon des fourneaux tout au long, les degrés du feu ni les moyens de le faire & continuer parce que Geber l’a tant & si clairement écrit & après lui Rémond Lulle & autres qu’il n’est ia besoin d’en parler ni écrire d’avantage » (p. 60). Le fait que Dariot se soit intéressé à Paracelse constituait aussi une certaine présomption. Dans une des Préfaces du Premier Discours, l’on retrouve à peu près les mêmes références :

« Quoy cognoissant j’ay travaillé autant qu’il m’a été possible à découvrir les secrets, qui de toute ancienneté ont été cachés & seulement connus par ceux qu’on appelait alchimistes : entre lesquels Arnault de Villeuve, docte & expert Médecin a tenu rang honorable ayant vu & découvert les secrets de Hermès Trismégiste, de Geber & de tous les Anciens (… ) après lui Remond Lulle en paroles couvertes a vraiment écrit la préparation de plusieurs médicaments & montré la façon d’en tirer la propriété & vertu. Depuis & après eux notre Paracelse, grand Médecin & expert philosophe en a amplement & en divers lieux écrit ».

Au fond Dariot essaie de montrer que les liens entre médecine et alchimie sont assez puissants :

« Cette même science n’a été du tout inconnue à Jean Mesvé comme il appert en plusieurs endroits de ses écrits. Et récentement a été connue de ce grand personnage, Fernel, comme il est aisé de juger par la lecture de quelques lieux en son livre, De spiritu & calido innato ».

Et Dariot de citer d’autres médecins contemporains : Rondelet, Saporte, Schirron, Jean Guinter Andernac.

En fait, la philosophe médicale de Dariot engage le médecin à « mettre la main à la pâte » :

« Il serait très expédient », écrit-il dans la même Préface, « que le médecin ayant bien la connaissance de tous les médicaments simples, tant végétaux, animaux que minéraux, en sut aussi la préparation afin de se préparer des remèdes à l’imitation de nature, tel qu’il connaîtra être commodes & requis pour la cure & guérison du malade qui s’est adressé à lui pour recevoir & recouvrer santé » (p. 16).
La fortune allemande de D. Zachaire

Un autre auteur français se situe plus directement dans une perspective alchimique, il s’agit de Zacaire. En outre, son traité figure au sein des recueils trismosiniens, ce qui tend quelque peu à accréditer l’idée d’un recueil de textes d’origine française..

Tout comme l’oeuvre de Mizauld, l’Opuscule très excellent de la vraie philosophie naturelle des métaux (Anvers 1567), qui figure au sein d’un recueil de divers auteurs, dans une traduction latine de Gerard Dorn, à Bâle, est publié par la famille Perna (1583, Héritiers Peter Perna). Une autre édition latine parait dans la même ville, imprimée par Conrad Waldkirch (1600) [27] .

Il semble bien que l’édition du recueil trismosinien de 1604 soit la première attestation d’une traduction allemande de l’ouvrage de Zacaire (que l’on retrouve évidemment dans l’édition dariotienne de 1614) : Das Buch der natürlichen Philosophey der Metallen. En 1609, paraîtra à Halle une autre traduction allemande due à Georg Forberger du traité de D. Zacaire [28]  : Von der natürlichen Philosophia. und Verwandlung der Metallen in Gold und Silber.
II. Chronologie des recueils trismosiniens (1598-1718)

Pendant 120 ans, deux douzaines de traités paraîtront ou reparaîtront, liés les uns aux autres de diverses manières : nous nous sommes efforcé d’en reconstituer l’iconographie complète, en esquissant une méthodologie de ce type de dépouillement que nous avons surtout mise à l’épreuve pour les recueils prophétiques.

Notre recension des « recueils trismosiniens » s’établit comme suit :

Aureum Vellus oder Guldin schatz und Kunstkammer, Rohrschach 1598
Aurei Velleris Tractatus II, Rohrschach c 1598
Aurei Velleris Tractatus III, Rohrschach 1599
Aureum Vellus oder Guldin Schatz und Kunstkammer, s.l. 1599
Aurei Velleris Tractatus II s. l. c 1599
Aurei Velleris Tractatus III s. l. 1600
Aurei Velleris Tomi Secundi Tractatus I s. d c , 1600
Aurei Velleris Tractatus Quartus, 1604
Aurei Velleris Tractatus Quintus, 1604
10 Promptuarium alchemiae, Leipzig 1610
11 Appendix Primi Tomi Promptuarii Alchymiae 1610 s. l.
12 La Toyson d’Or ou la Fleur des Trésors [29]  , Paris 1612
13 La Toyson d’Or ou la Fleur des Trésors, Paris 1613
14 Promptuarium Alchemiae Ander Buch, Leipzig 1614
15 Die Gulden Arch/Schatz und Kunstkammer, Bâle L’auteur 1614
16 Der ander Theil der Guldin Arch /Schatz, Bâle Ibidem 1614
17 Der dritte und letzte Theil der Guldin Arch Bâle Ibidem 1614
18 Salomonis Trismosini Von Tincturen [30]  , Budissin & Leipzig 1677
19 Aureum Vellus oder Guldin Schatz Hambourg 1708
20 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz und Kunstkammer Tractatus II, Hambourg 1708
21 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz und Kunstkammer Tractatus III, Hambourg 1708
22 Aurei Velleris oder Der Guldin Schatz und Kunstkammer Tractatus Quartus, Hambourg, 1708
23 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz und Kunstkammer Tratatus Quintus et ultimus, Hambourg, 1708
24 Eröffnete Geheimnisse des Steins der Weisen oder Schatz-kammer der Alchymie, Hambourg, 1718
25 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz und Kunstkammer Tr II, 1708 (relié avec Eröffnete Geheimnisse, 1718)
26 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz, Tr III, 1708 (relié avec Eröffnete Geheimnisse 1718)
27 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz, Tr IV, 1708 (relié avec Eröffnete Geheimnisse)
28 Aurei Velleris oder der Guldin Schatz, Tr V, 1708 (relié avec Eröffnete Geheimnisse 1718)
La Première édition de 1598-1599

Comme le note Jacques Van Lennep [31] , l’édition de 1598 se situe 66 ans après le premier manuscrit de Trismosin connu lequel daterait de 1532. Cette édition intègre donc différents textes imprimés ou non. Nous avons ici affaire à un recueil imprimé en Suisse alémanique, près du Lac de Constance (Bodensee) à Rohrschach et Saint Gall  [32]  (Sankt Gallen), à l’Est de Zürich. Frick [33]  propose le nom de Georg Straub comme imprimeur de ces éditions. [34] .

Cette première édition parait pour les deux premiers volume en 1598 et pour le troisième en 1599 (comme il est indiqué in-fine). Seul le volume I comporte un titre se rapportant à Salomon Trismosin. Il est remarquable qu’il soit fait référence à un premier Tome (cf titre du volume III), ce qui ouvre évidemment la voie à un second Tome : « zu disem ersten tomo gericht ». Mais si la première édition, non datée, d’Exertier, se présente comme le premier traité d’un second tome, les éditions ultérieures et leurs tables des matières s’efforceront au contraire, dès 1604, de donner l’impression d’un ensemble continu de cinq traités. C’est pourquoi, nous préférerons parler de deux « volets » plutôt que de deux « tomes », tout en soulignant que dès 1599 il avait été question d’un « premier tome ».

En 1604 – mais la permission est d’Août 1603 – paraît à Anvers, présenté par Guillaume Mennens, un autre ouvrage commençant de la même façon que les recueils trismosiniens : Aurei Velleris sive sacrae philosophiae vatum selectae ac unicae mysteriorumque Dei, Naturae & Artis admirabilium Libri tres, [Vve et Hér. Iohann Beller (BN R 8007)] [35] . Cet ouvrage, à la différence des recueils trismosiniens, comporte quelques pages relatives à la Toison d’Or et au Bélier.

En 1612, comme le note Husson, paraîtra, suivie d’une autre édition l’année suivante, une traduction française partielle sous le titre de Toison d’Or ou Fleur des Trésors, à Paris, chez Charles Sevestre, dont le traducteur est désigné par les initiales L. I. Bien que ne comportant que le seul Splendor Solis, figurant au traité III des recueils trismosiniens, le titre français de l’ouvrage, comme le note Antoine Faivre (opus cité p. 48) reprend la structure de celui des éditions allemandes des dernières années du XVIème siècle.

Contrairement à ce que laisse entendre Husson (p. 13), la traduction française du titre allemand 3 n’est pas littérale : Kunstkammer désigne une chambre et non une fleur, ce serait donc plutôt la chambre des trésors [36] . L’expression Kunstkammer figure en 1595 dans un texte paracelsique: Kunstkammer darin man findet die Theophrastische Geheimniss der Gold schmiede [37] .

Charles Sevestre – qui succède à son père Pierre – publiera en cette même année Trois Traités (dont un d’Artephius) [38] . En 1613 Sevestre fait paraître le Miroir d’Alquimie de Iean de Mehun [39] … avec la Table d’Emeraude d’Hermès Trismégiste & le Commentaire de l’Ortulain sur la dite Table plus le Livre des Secrets d’Alchimie de Calib Juif ensemble De l’admirable puissance de l’Art & de Nature par Roger Bachon. Certains de ces textes étaient parus en 1557 à Lyon chez Macé Bonhomme.

Mais déjà en 1610, ce libraire avait publié (avec David Gilles) un recueil en latin de textes alchimiques comportant le Speculum de Camille de Leonardis et la Sympathia de Petrus Arlensis de Scudalupis (BN S 20386). Une autre édition serait parue en 1611 (cf Bibliotheca Esoterica) [40] .
La deuxième édition de 1599-1600  [41] .

Il existe une deuxième édition, faisant immédiatement suite à la première et s’y référant explicitement, mais tout à fait inconnue des rééditions du début du XVIIIème siècle qui ne citent que les éditions de 1598 et de 1604.

Le nom du compilateur de la première édition est donné comme étant celui de Salomon Trismosin, en 1598 (BN Res pR 1009, Bibliotheca Philosophica Hermetica). Une deuxième édition parait en 1599, signalée par Ferguson [42]  : « erstlich gedrückt zu Rorschach », c’est-à-dire « initialement parue à Rohrschach » (dont les volumes s’étalèrent sur 1598 et 1599). Nous ignorons le lieu d’édition de cette deuxième édition de 1599, probablement ailleurs qu’à Rohrschach .

Mais Ferguson ne disposait en fait que de deux des trois tomes de cette deuxième. Ou plus exactement, il décrit le troisième volume sous le titre de Schatzkammer, sans le rapprocher des deux premiers, en ce que le dernier volume, sous la forme qui est à sa disposition, est en mauvais état et ne comporte pas de page de titre, comme il le note (Tome II, p. 329).

Or ce troisième volume n’est pas une simple réédition – il ne fait d’ailleurs pas référence à une précédente édition – il comporte d’importants ajouts qui ne seront pas repris dans les éditions de 1604, 1614, 1708 et notamment deux oeuvres de Basile Valentin dont le nom figure dans le titre du dit volume : Von dem grosse Stein der Uhralten et Zwölf Schlüssel. Nous avons découvert une édition complète de cette édition augmentée de 1599-1600, à Amsterdam, à la Bibliotheca Philosophica Hermetica, laquelle édition était d’ailleurs signalée par Sudhoff [43] .

Mais les deux premières éditions se réfèrent explicitement à Salomon Trismosin, ce qui ne sera pas le cas des suivantes qui se content, par leur titre, d’affirmer une certaine continuité ou parenté. En fait, ce ne sera qu’en 1708 que les deux volets de 1598 et de 1604 seront regroupés.

On se permettra néanmoins de numéroter les éditions allemandes – laissant de côté les traductions françaises – indifféremment de leur contenu, ce qui fait de l’édition se référant à Dariot la cinquième. (cf notre dispositif iconographique).

Cette édition augmentée du volume III reprend les deux pièces parues l’année précédente à l’initiative de Johann Thöld [44] .

Il reste qu’il ne nous est pas pour autant permis d’attribuer à Dariot le « tome II » du recueil paru à Bâle en 1602-1604 (Bâle, Exertier, Bâle, BN, British Library) et qui sera rétroactivement attribué à Dariot dix ans plus tard, puis à nouveau Dariot disparaît des édition hambourgeoises de 1708 et 1718  [45] .

Bernard Husson [46]  ne dit mot de l’édition de 1604 qui comporte la « suite » de l’Aureum Velus de 1598, tandis que Ferguson pose le problème de la paternité de Dariot In ne semble pas cependant qu’en 1604 on ait laissé entendre que le recueil avait été traduit du français, comme cela sera affirmé dix ans plus tard… Ne peut-on penser qu’à la suite d’une confusion, l’on a appliqué à ces pièces le statut propre à la traduction des Trois Discours, qui sont bien de Dariot et bien traduits du français ? On a vu que D. Zacaire publié dans le cinquième traité apporte également une tonalité française. Husson ne signale pas davantage le flux en sens inverse, -autour de Dariot – obnubilé par la traduction française parue chez Sevestre en 1612 et 1613  [47]
Les troisième et quatrième éditions

Vers 1602 – la date n’étant pas indiquée – parut cette fois une nouvelle série de pièces, sous le titre de Tome second de l’Aureum Vellus, ce qui renvoyait directement au Tome I celui attribué à Salomon Trismosin : Tractatus Primus Tomi Secundi Aurei Veleris, sans que l’on nomme le compilateur. On notera que la forme nominative Aureum Vellus ne figure qu’au premier traité des deux premières éditions (1598-1599), ainsi qu’au premier traité de l’édition de 1708. Dans la grande majorité des cas, nous sommes en présence d’un génitif Aurei Velleris. Quant à l’édition de 1614, elle ne comporte dans son titre que la forme allemande.

En fait, le Tome II est annoncé par le libraire bâlois Exertier comme devant comporter deux volumes publiés par des éditeurs bâlois différents.

Il y eut en réalité deux éditions bâloises au nom d’Exertier. La première, non datée [48]  – que possède la BN (Cote R 6909) – serait sortie – vers 1602 (?) – sans le second volume.

L’édition de 1604 aurait en fait été l’oeuvre de Treuw, la seconde, datée, avec celui-ci par les soins de Treuw, qui aurait racheté les volumes de l’édition inachevée d’Exertier. En fait seule la page de couverture du Traité IV a été remaniée ainsi que les premières pages de présentation. La date de 1604 (La British Library possède les deux volumes de l’édition de 1604) figure sur cette seconde édition d’Exetier, qui ne porte plus la mention Tome I de la seconde Partie de l’Aureum Velus mais simplement Quatrième Tome [49] .

Dans ce second train de textes, qui parait en vers 1600 -1604, l’on trouve des pièces d’origine française, tel l’opuscule de Denis Zachaire, sans toutefois que l’on insiste dans le titre sur l’idée que les pièces, dans leur ensemble, auraient été traduites du français. Or dix ans plus tard, ce même ensemble, auquel viendront certes s’ajouter les Discours de Dariot, se présentera comme étant globalement d’origine française.
Cinquième édition allemande (1610-1614)

    Promptuarium Alchimiae de Joachim Tancke, Leipzig, Henning Grossen, 1610 et 1614. Il s’agit de la réédition augmentée du volume de 1600, mais cette fois en deux tomes.

Une partie du Traité III de 1600 paraîtra en 1610 dans l’Appendis du Promptuarium [50] , une autre en 1614, dans le tome II du Promptuarium, avec diverses interpolations. notamment de nouvelles pièces qui viennent s’intercaler entre Varia Philosophica qui concluent le premier tome de 1610 et le Tractatus de Quinta Essentia. Ce volume comporte in fine notamment comme celui de 1600 les traductions en allemand de Bernard de Trévisan qui sont attribuées par Ferguson à Tancke [51] .
Sixième édition allemande

En 1614, outre la réédition dans le Promptuarium de Tancke de l’édition de 1600 du Tractatus III de l’Aureum Velus, le Second Tome de l’Aureum Velus (avec les Traités IV et V) – on l’a vu – reparait, introduit par les Discours de Dariot [52] .

L’intitulé de l’édition de 1614 nous semble devoir être rapproché de l’édition de 1609 du texte de D. Zacaire, qui est au demeurant reproduit dans le volume III du recueil attribué à Dariot.

1609 : Drei Tractat erstlich in Französischer Sprach beschrieben Durch den Edlen… Herrn Dionysium Zacharium… jetzund aber (…) in Deutsche Sprach gebracht… durch M. Georgium Forbergern.

1614 : Alles durch… M. Claudium Dariotum… in französischer Sprach beschrieben Jetzund (…) ins Teutsch (…) übersetzt durch I. A. M. D.

En fait, le parallèle est parfaitement clair pour le premier volume du Gulden Arch/Schatz : d’un côté Zacaire, de l’autre Dariot qui sont bien les auteurs respectifs des oeuvres ainsi présentées. En revanche, les volumes II et III vont attribuer au même Dariot d’autres textes, selon la même formule. Le volume III insiste en tout cas sur le fait que les textes sont restés jusqu’à présent inaccessibles en allemand.
Huitième édition allemande

En 1677 (cf. British . Library. 1032.b.9) paraîtra une réédition du Tome I (de 1598-1599) à Helmstädt : Salomonis Trismosini, Paracelsi, Korndorffer und andere chymische Tractätlein. Il s’agit bien d’une réédition des trois premiers tomes, si l’on en croit et la table des matières et la référence à Korndorffer, lequel ne figure pas dans le seul volume publié ou conservé (British Library).

Il n’est pas exclu que le Tome II ait été alors publié, mais nous n’en avons pas localisé la trace. Il s’agirait donc d’une septième édition. C’est donc, jusqu’à nouvel ordre, en 1708, que paraîtra enfin, pour la première fois, d’un seul tenant – neuvième édition allemande – l’ensemble des traités sous le titre Aureum Vellus oder Guldin Schatz und Kunstkammer à Hambourg chez Christian Liebezeit (cf Bib Wolfenbüttel) qui se présente comme regroupant les éditions de 1598 et 1604, soit cinq parties [53] . Les « Gespräch » de Dariot sont absents de cette septième, qui figuraient dans l’édition de 1614 qui n’est pas mentionnée, tout comme les additions de 1600. En 1718 – en changeant la présentation du premier volume mais en conservant celles des volumes suivants – le même libraire hambourgeois republie – dixième édition – les deux volumes parus en 1708 sous un nouveau titre, et en association avec Theodor Christoph Feiginer (cf Bibl. Philosophica Hermetica Amsterdam) : Eröffnete Geheimnisse des Steins der Weisen oder Schatz Kammer der Alchymie. En 1976, un « reprint » de l’édition de 1718 paraîtra en Autriche, avec une introduction de Karl Frick (dixième édition).

On notera que Salomon Trismosin est présenté dans ces recueils comme lié à Paracelse dont il aurait été le percepteur, ce qui est un point commun avec Dariot. Si Salomon Trismosin est plus âgé que Paracelse, cela donne au recueil une certaine antiquité : est ce que les pièces qui y figurent ne sont pas, pour certaines, par trop récentes pour que Salomon Trismosin ait pu les connaître ?
La Toison d’Or

Les recueils trismosiniens appartiennent à cette littérature de la Toison d’Or à laquelle A. Faivre a consacré un ouvrage. L’Aureum Vellus trismosinien et ses avatars fait partie du groupe, pour reprendre la terminologie de cet historien, des « ouvrages dans lesquels le mythe apparait seulement dans la page de titre ». Le signifiant Aureum Vellus serait ici synonyme d’Alchimie?. Rappelons que la Toison d’Or est liée à la Bourgogne.de Claude Dariot.

Cette approche d’une oeuvre relève d’une certaine méthodologie. D’une part, il s’agissait de déterminer comment l’oeuvre _ c’est-à-dire les Trois Discours _ s’était constituée, malgré l’absence probable et peut être provisoire de certaines éditions et cela en s’appuyant sur les dates des Epît res ou des Préfaces. D’autre part, il convenait d’étudier si, au cours des éditions successives, certains éléments avaient été modifiés en raison précisément de leur caractère obsolète (cf. l’édition de Montbéliard) : changement de dédicataire, de date, etc., pouvant conduire à des invraisemblances comme cette épître signée Dariot et datée de 1614 (cf. les éditions bâloises).

Par ailleurs, il convenait d’étudier si l’ouvrage considéré _ les Trois Discours _ n’avait pas figuré au sein de recueils tant en français qu’en toute autre langue. L’on observait ainsi que les Trois Disc ours avaient eu partie liée avec la traduction française de Dariot de la Grande Chirurgie de Paracelse : dans un premier temps, ils furent publiés par le même libraire, puis annoncés en tant que complément de la Chirurgie L’on notait en outre un autre itinéraire pour cette oeuvre qui la conduisait à figurer au sein d’un recueil alchimique célèbre, l’Aureum Velus, en 1614, l’année de la malversation des dates [54] . Bien plus, par quelque concours de circonstances, Claude Dariot se voyait attribué en fait la paternité de tout le recueil amorcé par ses Trois Discours, recueil paru en 1604, à Bâle, constituant un second volet, le premier volet ayant paru en 1598 à Rohrschach. Précisons en effet que les Discours ne furent liés qu’à un « recueil bis » de Salomon Trismosin, paru en 1604, dont ce dernier ne fut probablement pas le compilateur. Il s’agirait en fait d’une « suite » reprenant un titre, Aureum Vellus, ayant connu un certain succès. Il y avait donc déjà là une certaine supercherie même si le nom de Salomon Trismosin n’y figure pas.

Ce n’est qu’en 1708 que l’amalgame sera complet et que les deux recueils seront attribués explicitement au même compilateur, Salomon Trismosin. Or, si l’on considère l’histoire de la formation des Centuries de Nostradamus, nous observons qu’à la suite d’éditions de parties successives fait suite une édition donnant l’impression d’être d’un seul tenant.

L’étude de la fortune des Trois Discours nous semble assez exemplaire des avatars que peut subir une oeuvre. Dans le cas de Dariot, le phénomène est d’autant plus remarquable que, dans le domaine astrologique, un autre de ses textes, l’Introductio [55] , connut un destin également assez complexe mais cette fois du côté de l’Angleterre et dès la fin du XVIe siècle.

D’ailleurs, dès l’Introductio de 1557, en latin, figurait un chapitre concernant l’Astrologie Médicale. (cf BN). Le commentateur anglais [56]  de1598 qui connaissait semble-t-il les Discoursde Dariot, promettait dans sa Préface que si l’Introductio remportait un certain succès en anglais, il serait prêt à publier d’autres textes du médecin beaunois. Le projet n’aboutit pas.

En tout état de cause, Dariot peut à juste titre être considéré comme ayant une stature européenne et dépasser le seul cadre du XVIème siècle et comme ne pouvant plus être cantonné dans le seul domaine de l’Astrologie.  [57]

Dans l’histoire des rapports entre Alchimie et Astrologie, le début du XVIIe siècle apparait comme un moment privilégié  [58]  , ce qui n’est pas forcément du meilleur augure pour l’état de cette dernière.

C’est ainsi qu’un recueil paraît comportant des oeuvres de Petrus de Scudalupis, Constantinus Albinus etc qui relève d’une astrologie métallique qui s’appuie notamment sur les rapports entre les sept planètes (luminaires compris) et les sept métaux.

Il convient probablement d’inclure dans la production de cette époque l’Astronomie Inférieure.dont on ne connait certes d’impression que dans les années Quarante mais qui pourrait fort bien devoir être attribuée à Jean Brouaut. [59]  avec une présentation de Jean de Bonneau

Rappelons que Christophe de Gamon, en 1600, publiait dans son Jardinet de Poésie un court texte intitulé « Discours de l’Astronomie Infèrieure » et qu’en 1610 paraissait le commentaire de Linthaut d’une version modifiée du Trésor des Trésors. Le titre de l’édition de 1645 -Abrégé de l’Astronomie Infèrieure des sept métaux expliquant exactement l’Harmonie de ces sept planètes  » évoque quant à lui le texte de Petrus Arlensis de Scudalupis, paru en 1610: Sympathia septem metallorum ac septem selectorum lapidum ad planetas et sa critique en 1611 par Albin de Villeneuve.

Jean Brouaut , sieur de Sainte Barbe, est un Calviniste et il aura maille à partir avec Feu-ardent. Le Traité de l’Eau de Vie de Brouaut comporte des développements astrologiques qui s’acco rdent assez bien avec le ton de l’Abrégé .Exemple au chapitre XIII Des astres du ciel philosophique, spécialement du Soleil qui est l’or.  [60]

Selon nous, nous avons affaire à une édition tardive réalisée par Jacques Senlecque d’une oeuvre conçue au début du siècle, quarante ou cinquante ans plus tôt. [61]  Jean de Bonneau est par ailleurs connu pour avoir fait connaitre un autre texte de Brouault. ,il rédigea une Epître à Jean Balesdens en introduction à cette édition posthume.  [62]
La fortune européenne des médecins astrologues français

Si au lieu de se placer dans le cadre de l’Histoire de l’Alchimie, nous nous situons dans celui de l’Histoire de la Médecine, nous devenons en mesure de situer Ferrier (cf. notre étude sur son traité, au C.U.R.A.) et Dariot dans une perspective plus féconde. Ainsi, Dariot n’est il pas le premier médecin astrologue français à paraître en allemand.Il convient de mentionner la présence d’un Nostradamus et d’un Mizauld. lesquels publieront également dans les deux grands centres français de l’édition de l’époque, Paris et Lyon.

Il convient de citer dans les années soixante dix la traduction allemande d’un recueil de deux textes de Michel de Nostredame – l’un sur les fardements et senteurs pour (…) embellir la face, l’autre sur les confitures, regroupés sous le titre d’Excellent & Moult utile Opuscule à tous nécessaire, dont l’Epître date de 1552 et qui parut peut-être dès cette année [63]  de Michel de Nostredame – qui sera réédité sous divers titres « Embelissement », « Bastiment » et attribué à divers auteurs [64] . Ce recueil paraîtra en allemand en 1572 à Augsbourg chez Michael Manger [65] , dans une traduction du médecin augsbourgeois Jeremias Mertz, toujours à Augsbourg, sous le titre Michaelis Nostradami (…), zwey Bücher, (…) Erstlich in frantzösischer sprach von ihme beschriben nun aber (…) in das gemain Teutsch (…) verdolmetscht. Il est à noter que la Préface de Nostradamus a été remplacée par celle du traducteur, adressée à la reine de Suède [66] . Une réédition paraîtra en 1589 chez le même libraire [67] . De fait, le Traité des fardements offre un certain caractère alchimique et l’expression « philosophie occulte » figure au chapitre XXI  [68] .

En ce qui concerne Antoine Mizauld [69] , trois textes sont à considérer. D’une part, l’Alexikepus seu auxiliaires et medicus hortus et la Artificiosa Methodus, de l’autre lesMemorabilium Centuriae novem. C’est à Bâle chez Peter Perna que parait en 1575 la traduction allemande des deux premiers textes (respectivement sous les titres d’Artztgarten et d’Artztbüchlein). Mais une édition latine de ces deux textes paraîtra l’année suivante à Cologne, chez Johannes Gymnicus (BN). L’on retrouve d’ailleurs ces deux textes également associés dans un même recueil en français, le Jardin Médicinal. (Paris 1578, BN) [70] . Pour ce qui est des Centuries de Mizauld, on les voit paraître en latin dès 1573, à Cologne, chez J. Brickmann.

Les traductions allemandes de Mizauld et Dariot vont d’ailleurs se retrouver, au XVIIème siècle, chez le même éditeur, le Bâlois Ludwig König. Ce libraire publiera en effet en 1623 laVereinigung de Dariot après avoir pris en charge en 1616 une nouvelle édition du Artztgarten de Mizauld mais aussi, en 1615 la traduction allemande des Centuriae sous le titre deNeunhundert Gedächtniswürdige Geheimnisse. Mizauld et Dariot [71]  se rejoignent aussi par le jeu des titres : en 1653 parait en Angleterre un Dariotus Redivivus [72] , alors que paraît à Nuremberg en 1681 un Mizaldus Redivivus (BNF S 31558), mais à cette époque les deux auteurs du siècle précédent sont quasiment oubliés en France [73]

 

NB Ce texte a inspiré notre article dans la Revue Française d’Histoire du Livre 2012  sur le Splendor Solis

Iconographie

Édition allemande (1614) du recueil de Salomon Trismosin Réédition anglaise (1653) du traité d'astrologie de Dariot
On a modifié les dates des trois Discours de la Préparation des Médicaments en les datant de 1614, année de la publication bâloise alors que les épîtres d’origine se succèdent entre 1581 et 1588. Il semble qu’en 1614 l’on ait voulu attribuer au médecin réformé Claude Dariot la paternité de l’ensemble du recueil allemand de Salomon Trismosin, l’Aureum Vellus (La toison d’or), dont ce serait la sixième édition en langue allemande. Le nom de Dariot est associé, dans ce recueil de pièces, à celui d’un autre français, connu pour ses écrits alchimiques, Denis Zacaire. Le recueil de Trismosin paraîtra en français, en 1612, mais sans les Discours de Dariot sous le titre de La Toison d’or ou la Fleur des trésors. Il a été réédité avec une présentation de Bernard Husson en 1975, dans la Bibliotheca Hermetica et la présente étude complète le travail de ce chercheur. Réédition anglaise tardive de 1653 du traité d’astrologie horaire de Dariot paru à Lyon, en latin puis en français en 1557-1558, l’Introduction au Jugement des astres, en plein milieu du XVIIe siècle. Le même phénomène s’est produit pour les Jugements Astrologiques (Lyon, 1550) d’Auger Ferrier (cf notre article sur ce site). La version française de ce traité, également paru en latin, a été réédité aux Ed. Pardés en 1990 avec notre postface dont le présent article est le prolongement. L’astrologie horaire anglaise d’un William Lilly, auteur de la Christian Astrology, doit probablement beaucoup à un tel traité. Le traité de Dariot était déjà paru en anglais en 1598.

 

Réédition (1623) de la traduction des Trois Discours de la préparation des médicaments Trois Discours de la préparation des médicaments (Lyon, 1603)
Ouvrage paru en 1623, à Bâle, et qui ne comporte pas le nom du médecin de Beaune, Claude Dariot, en page de titre. Il s’agit de la réédition tardive de la traduction des Trois Discours de la préparation des médicaments. Il s’agit avant tout d’un traité de pharmacologie. Trois Discours de la préparation des médicaments, réédités à Lyon en 1603. Cet ouvrage sera traduit en allemand et paraîtra à Bâle vingt ans plus tard (cf document précédent). Ont été rassemblés des Discours de Dariot parus en français à des dates successives.

 

Préface française de Dariot aux Trois Discours Traduction allemande de la préface de Dariot
Préface française de Dariot aux Trois Discours de la préparation des médicaments, adressée à Jean Estienne dit Parruchot et à l’apothicaire Claude Pérar. Traduction allemande de la préface de Dariot aux Trois Discours, dans l’édition de 1623. On retrouve le nom des mêmes destinataires français, dans un ouvrage qui ne porte plus au titre le nom de l’auteur. Cette édition allemande des Discours  paraît donc séparément alors qu’en 1614, elle figurait au sein d’un recueil allemand de pièces de divers auteurs avec le nom de Dariot, en page de titre.

Notes

[1]  Joachim Telle : « Astrologie et alchimie au XVIème siècle » in Revue Chrysopeia Tome III fasc 2 (Avril -Juin 1989) 1 J. Halbronn,  » Les résurgences du savoir astrologique au sein des textes alchimiques au XVIIe siècle »,Aspects de la tradition alchimique au XVIIe siècle, Actes du Colloque international de l’Université de Reims-Champagne Ardennes, dir F. Greiner, Milan, Arché, 1998 « Texte

[2]  Nous nous sommes notamment intéressés, dans d’autres recherches, à l’histoire des Centuries de Nostradamus ou à celle du Kalendrier des Bergers cf notre thèse d’Etat: le texte prophétique en France. Paris X, 1999« Texte

[3]  Besprechung der unter Theophtrast von Hohenheims’s Namen (1527-1893) erschienen Druckschriften, Berlin 1894 « Texte

[4]  Cf aussi Thorndike, History of Magic and experimental science, Vol VII ch VI Alchemy and Iatro-chemistry to 1650 « Texte

[5]  A. Faivre ne cite pas le nom de Dariot dans son index in Toison d’Or et Alchimie qui pourtant d’efforce de relever les ouvrages dont les titres comportent une référence à l’Aureum Velus « Texte

[6]  Il convient toutefois de préciser que la Ad astrorum judicia facilis introductio de 1557 comporte un appendice consacré à l’astrologie médicale, lequel, comme le note Thorndike, sera traduit en anglais. (1583). Cf notre article in Curry, « The revealing process of translation and criticism in the History of Astrology, » Astrology, science and society, et notre Postface à l’Introduction de Dariot. En 1598, l’année de la publication de la première impression trismosinienne, paraissent à Londres deux éditions de A Brief and most easie Introduction to the Astrologicall Iudgement of the Starrs qui se distinguent par une devise différente au titre (British Library et Folger Shakespeare Library) « Texte

[7]  Nous avons trouvé deux copies du traité astrologique de Dariot, dans sa version latine, à la Bibliothèque Nationale de Prague « Texte

[8]  Cf notre étude sur Dariot astrologue in Postface à l’Introduction, Pardès, 1990 « Texte

[9]  Sur Dariot cf la revue L’Horizon Esotèrique Art « Des 12 maisons » p 4 et seq Lyon Déc 1986 Cf Pardès, 1990, cf Lee Lehmann The book of Rulerships . Whitford / West Chester Pensylvania 1992 « Texte

[10]  B. Mazarine. Notons que l’Introduction au Jugement des Astres de 1557-1558 était parue chez Roy et Pesnot, BN, New York Medical Library, Bibl. Nat Prague « Texte

[11]  Qui confond Leyde et Lyon ! « Texte

[12]  Messieurs & Cousins, tant de notre alliance qu’amitié « Texte

[13]  Cf Sudhoff, Bibliotheca Paracelsica n? : BN Res 4° Td73 58c. « Texte

[14]  Cf B. Mazarine « Texte

[15]  BN 4°Td73 58, Lyon, A. de Harsy « Texte

[16]  Cf Sudhof Bibliotheca Paracelsica n? « Texte

[17]  Cf Sudhoff Bibliotheca Paracelsica n? « Texte

[18]  Bibliotheca Paracelsica de Sudhoff n° 279 « Texte

[19]  Cf Sudhoff, Bibliotheca Paracelsica qui ne cite pas la traduction allemande des Discours de Dariot ni en 1614, ni en 1627. « Texte

[20]  Frick (p. XI) qui fournit de très brefs éléments biographiques sur Dariot n’a pas signalé quelles étaient les oeuvres qui avaient été ainsi traduites. « Texte

[21]  Le titre de cet ouvrage manque actuellement dans notre iconographie (cf Wolfenbüttel et United States National Library of Medecine, Washington) « Texte

[22]  Nous trouvons un cas assez semblable avec le Mirabilis Liber dont le nom de l’auteur de la pièce principale , Lichtenberger (cf. notre étude au C.U.R.A. ), figure dans le cours du recueil. « Texte

[23]  En anglais Golden fleece « Texte

[24]  Die gulden Arch Schatz und Kunstkammer, au lieu de Guldin Schatz und Kunstkammer « Texte

[25]  Ferguson n’a pas noté cette supercherie « Texte

[26]  Non cité in Médecins alchimistes. Entretiens de Bichat La Salpétrière , Sept Oct 1964 « Texte

[27]  En 1613, les trois textes latins seront repris au sein du Theatrum Chemicum (Bibl. Ste Geneviève) et les deux premiers dans l’Elucidatio Secretorum de 1610 (BN R 12465 « Texte

[28]  Cf les études de Renan Crouvizier.Celui- ci conteste le prénom de Denis. « Texte

[29]  Nous ne tenons pas compte de l’éventuelle édition française de 1602 « Texte

[30]  L’édition de 1677 ne nous est connue que par le premier volume. Nous ignorons si la suite qui était prévue fut publiée « Texte

[31]  Alchimie, Contribution à l’Histoire de l’art alchimique, Bruxelles 1984 p. 163 « Texte

[32]  On trouvera une notice substantielle sur ce recueil in Verzeichnis der Manuscripten und Incunabeln der Vaduanischen Bibliothek in St Gallen, St Gall 1864. « Texte

[33]  Cf son Introduction au tome II p. XXI de son édition du Promptuarium Alchemiae « Texte

[34]  Il est question d’un imprimeur du nom de L. Straub dans le Verzeichnis der Manuscrite , op.cit., p. 340 n? b Aureum Vellus Oder Guldin Schatz und Kunstkammer, Rorschach, 1598 « Texte

[35]  Cf Faivre opus cité pp 36 et 114. Noter que le « ac » du titre est mal placé dans l’ouvrage de Faivre (p.36 et p. 114) Pourquoi ne donne-t-on pas le nom des libraires d’Anvers? « Texte

[36]  Cf Palma Cayet, Chronologie septénaire de l’histoire de la paix entre les rois de France et d’Espagne (1605) cité par Husson qui traduit par Thrésor doré en la chambre de la science « Texte

[37]  Francfort, Nicolaus Voltzen, exemplaire à l’Université d’Erlangen , n? de la Bibliotheca Paracelsica de Sudhoff « Texte

[38]  Joh. Friedrich Gmelin fait allusion à une édition de 1602 (non localisée) mais ignore celle de 1613 in Geschichte der Künste und Wissenschaften, Göttingen, Joh. Georg Rosenbusch 1797, p 500-501 note 31 . Signalons une autre édition de 1612 des Trois Traitez de la Philosophie Naturelle ,chez Guillaume Marette, à Paris.(Bibl. Mun. du Mans) « Texte

[39]  Ce miroir est à peu près identique avec l’ouvrage du même nom attribué à Roger Bacon « Texte

[40]  En 1717, ce recueil reparaîtra en Allemagne avec en supplément la Magia astrologica de Petrus Constantius Albinus « Texte

[41]  Cf Sudhoff, Bibliotheca Paracelsica, n? « Texte

[42]  Que nous avons retrouvée à la Bibl. de Wolfenbüttel et à la New York Academy of Medecine « Texte

[43]  « Die Schriften des sogenannten Basilius Valentinus. Ein Beitrag zur Bibliographie der Alchemie » p. 164-165 in Philobiblon 1933 n? qui n’indique pas de bibliothèque. « Texte

[44]  Le volume de Thöld de 1599 comprend non seulement le Von dem grossen Stein der Uralten mais aussi - ce qui n’a pas toujours été signalé dans les études consacrées à Basile Valentin (cf Matton 1977-78) les Zwölf Schlüssel « Texte

[45]  Nous ne compterons pas les rééditions du XXème siècle, notamment celle de Frick de l’édition de 1718 « Texte

[46]  La Toison d’Or ou la fleur des Trésors. Introd. B. Husson, Paris, Retz, 1975 « Texte

[47]  Cf Bibliotheca Paracelsica de Karl Sudhoff, Berlin, 1894 « Texte

[48]  A. Faivre note, peut être en pensant à cette édition non datée de la BN le tome II aurait été édité à Bâle en 1604 (Toison d’or et alchimie, Milan 1990 p. 36) « Texte

[49]  Frick signale que Johann Jakob Exertier (mort en 1609) était originaire d’Arby en Savoie, qu’il devint bourgeois de Bâle en 1579 et que son activité rayonna sur Montbéliard et Besançon. Jacob Tre(u)w (1559-1633) eut un atelier à Bâle de 1604 à sa mort. En 1604, donc, Treuw se lançait avec ce rachat du recueil Exertier dans l’édition « Texte

[50]  Karl Frick Bd 4 Promptuarium alchemiae, cite vaguement p. XXI du Tome II $l’Appendix lequel n’est pas reproduit dans son édition de 1976. « Texte

[51]  cf Bibliotheca Chemica p. 427 Tome II; cf Flick « Texte

[52]  cf Catalogue Ouvaroff n° 1066, repris par Cahier. Van Lennep (opus cité p. 164) signale la présence du Splendor Solis dans le Promptuarium de 1610 « Texte

[53]  Ferguson ne semble avoir connu l’édition de 1604 que par celle de 1718. Il n’en donne pas la description dans sa Bibliotheca Chemica sinon indirectement. « Texte

[54]  La Toison d’Or de Salomon Trismosin. Le recueil auquel les pièces de Dariot sont jointes est célèbre puisqu’il s’agit de celui attribué à Salomon Trismosin. Ouvrage qui curieusement paraîtra en français en 1612-1613, soit peu de temps avant l’édition allemande de 1614 signée Dariot. Bernard Husson ne mentionne pas ce second volet de l’Aureum Velus « Texte

[55]  Ferguson (Bibliotheca Chemica) ne signale pas le nom de ce traité d’astrologie sinon comme une étude consacrée aux degrés critiques « Texte

[56]  Abreefe and most easie introduction to the astrological judgement of the starres. Trad Fabian Wither… and lately renewed and in some places augmented and amended by G. C. also hereunto is added a breefe treatise of mathematicall phisicks, entreating very exactly and compendiously of the natures and qualities of all diesases incident to human bodies by the natural influences of the celestial motions, written by the said G. C. practicioner on Phisick, Londres (Thomas Purfoot), (cf icono), British Library 1141. a. 42 « Texte

[57]  Bibliographie des Discours de Dariot
1582 : Premier Discours, Lyon, Charles Pesnot, Mazarine Texte en latin Lyon
1589 : Discours de la goutte auquelles causes d’icelle sont amplement déclarées avec sa guérison et précaution (Privilège 1588) Lyon, BN 4°Td73 16
1589 : La Grand Chirurgie (avec les trois discours), Lyon, BN Res 4° Td73 58c
1589 : Trois discours de la préparation des médicaments contenant les raisons pour quoi et comment ils doivent être, Lyon, Antoine de Harsy, BN Microfiche m 21641 (Ils paraissent sans la Chirurgie : c’est alors qu’ils entament une carrière indépendante)
1593 : La Grand Chirurgie (… ) Plus un discours de la goutte et causes d’icelle avec sa guérison. Plus trois Traités de la préparation des médicaments avec une table pour l’intelligence… Le troisième discours enseigne le temps propre à cueillir les herbes pour toutes les parties du corps, Lyon, Antoine de Harsy, BN 4° Td73 58B et Lyon, Roville, Mazarine 15451
1603 : III Traités de la préparation des médicamens, Deuxième édition, Lyon, A. de Harsy, BN 4°Td73 58A, Maz 15451A
1608 : Trois discours, Troisième édition, Montbéliard, Jacques Foillet, BN 8° Td73 53B, BL Avec la Grande Chirurgie
1614 : Die gulden Arch Schatz und Kunstammer in drei Theil underscheiden. Im ersten werden aussführlich verhandelt drei Gespräch von Spargirischer preparation und zubereitung der Artzneien… durch M. Claudium Dariotum bestellten Stattarzt zu Beaulne in französischer Sprach beschrieben, Bâle, Chez l’auteur, Washington National Medical Library
1623 : Vereiningung der Galenischen und Paracelsischen Artznei Kunst, Bâle, Ludwig Königs, Bibl. Wolfenbüttel « Texte

[58]  Sur les rapports entre Astrologie et Alchimie au XVIIIe siècle cf notre postface à l’Astrologie du Livre de Toth d’Etteilla, Paris, Ed G.Trédaniel, 1993. « Texte

[59]  cf art de François Secret in Chrysopeia« Texte

[60]  François Secret (dans un art. ‘L’Ecusson des Senlecque ») envisage pour sa part l’hypothèse concernant un certain Bonai.Or il s’agit vraisemblablement de Millet de Bosnay, traducteur du Cosmopolite. « Texte

[61]  Pierre Borel ,dans sa Bibliotheca Chemica (1654) parle d’une édition de 1653 « Texte

[62]  cf J.P. Brach in Cahiers de l’Hermétisme, à propos de l’astrologie inférieure. « Texte

[63]  Lyon chez Antoine Volant 1555 Arsenal 8°S 12590. Autres éditions ibidem 1556 (British Library Londres) et à Paris, chez Olivier de Harsy (B. Arsenal 8°S 12592), 1557 à Anvers, chez Christophe Plantin (B. Arsenal 8°S 12593) sous le titre de Vray et Parfait Embellissement de la Face…, en 1560, chez Antoine Volant, 1567 à Poitiers (Marnef & Bouchet) B. Arsenal 8°S 12591). Cf Michel Chomarat Bibliographie Nostradamus, Baden-Baden, 1989 « Texte

[64]  Dans certains cas fardement est remplacé par lavement (1567 Bastiment). cf notre compte-rendu consacré au Répertoire Chronologique Nostradamique de Robert Benazra (1990) in revue Aries Paris 1991 « Texte

[65]  Bibl. Wolfenbüttel 60. 8 Astron « Texte

[66]  En 1572 paraissait, parallèlement à une nouvelle édition de l’Excellent et très utile Opuscule (Lyon, Benoît Rigaud, Mazarine 29247), le même texte, sous le titre d’Embellissement de la face recueilli(s) des oeuvres de M. Mi. de Nostradamus par messieurs les Docteurs en la faculté de médecine de la ville et cité de Bâle (Paris, Veuve de Jean Bonfons, B. Mazarine 29289), personnage différent de Michel Nostradamus. La Préface de Michel de Nostredame avait déjà été remplacée dans une édition de 1567 parue sous le titre de Bastiment de plusieurs receptes (Paris, B. Ste Geneviève Res T 8° 1545/2 Inv 4107), par un texte de Nostradamus le Jeune. Il ne semble pas que Chomarat (opus cité n° 91) établisse un lien entre cet ouvrage et l’opuscule de 1555. Pourtant Nostradamus Le Jeune, dans sa Préface à Renée D’Espinay, reconnait qu’il s’agit d’un texte de Michel Nostradamus. Chomarat ne relie pas davantage le dit texte avec sa traduction allemande qu’il signale par ailleurs (n? et 147) « Texte

[67]  B. Mazarine 29855 et British Library 717.e.37 « Texte

[68]  Cf Louis Schlosser, La Vie de Nostradamus p.182, Paris, Ed Belfond 1985 « Texte

[69]  Artztgarten. von Kreutern so in den Gärten gemeinlich wachsen (.. ) wie man durch dieselbigen allerhand Kranckheiten heilen soll Bâle, chez Peter Perna (Oesterreischische Nazional Bibliothek Vienne), texte qui reparaîtra en 1616, toujours à Bâle (B. N. Paris 8° Te142 56) cf sur Mizauld, la thèse d’Etat de Jean Dupèbe, Paris X Nanterre, 1999. . « Texte

[70]  Cf Thorndike, History of Magic and experimental science, VI p 216 qui ne signale pas de traductions allemandes de Mizauld. « Texte

[71]  Nous n’avons pas cru bon signaler dans le cadre de cet article les références aux auteurs français étudiés dans les ouvrages d’auteurs allemands de l’époque. « Texte

[72]  Qui traite d’abord de son oeuvre astrologique « Texte

[73]  Le libraire Pierre Ménard avait envisagé de rééditer au milieu du siècle l’oeuvre de Mizauld. Il semble que Naudé l’en ait dissuadé. « Texte

 

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Misère de l’Histoire de l’Astrologie Sur Bachelard

Posté par nofim le 22 janvier 2014

Misères de l’Histoire de l’Astrologie 
Gaston Bachelard et les Véritables Connoissances des Influences 
Célestes et sublunaires de R. Decartes (sic) 
par Jacques Halbronn

« Si d’aucuns invocateurs, nigromanciens, abuseurs ou divins, pour couvrir leur mauvais ars (sic), ont contrefait et contreffont (sic) les astrologiens et se aident d’aucune considération des corps célestes, il ne s’ensuit pas pour autant que la tres noble et excellante (sic) science de astrologie et les purs astrologiens en doyvent estre blasmés etc » 
(Symon de Phares, Recueil des plus célébres astrologues, 1494-1498) 
 

En 1937, paraissait dans la revue romaine Archeion (Vol. XIX (1937) fasc. 2-3) un article intitulé « Un livre d’un nommé R. Decartes », signé Gaston Bachelard (Université de Dijon). Nous nous proposons d’analyser l’article de celui qui, l’année suivante, allait publier la Formation de l’Esprit Scientifique. Né en 1884, Bachelard, qui décédera en 1962, a donc passé, en 1937, le cap du demi-siècle, on peut ainsi estimer que cet article, fort d’une dizaine de pages, n’est nullement une oeuvre de jeunesse. Il semble que son intérêt pour l’ouvrage ait d’abord tenu au fait que la Bibliothèque Municipale de Dijon -ville où Bachelard officiait alors – en possédait un exemplaire.

Le titre de l’article met d’emblée l’accent sur le nom de l’auteur  » un nommé R. Decartes » qui évidemment n’est pas sans évoquer celui de René Descartes tandis que le terme « livre » ne précise pas qu’en l’occurrence il s’agit d’un ouvrage consacré aux « Influences Célestes » en général et à l’astrologie en particulier.

La façon, plutôt cavalière, dont, il y a 65 ans, Bachelard esquissa une étude de cet ouvrage, paru, sans indication de libraire ni privilège, à Paris – si tant est que cette indication puisse être acceptée – en 1667, appartenant à la littérature astrologique, imposant volume de plus de 250 pages, nous permettra de réfléchir sur l’épistémologie de l’Histoire de l’Astrologie.

Nous étudierons notamment deux aspects : l’origine du texte paru en 1667 et la question de son auteur. 
  
 

Un traité des influences célestes de 1667

Bachelard ne semble pas connaître le corpus des textes astrologiques français du XVIIe siècle et cela ne semble pas trop le préoccuper. Comment procède-t-il pour situer ce texte? Or, ce texte, par son ampleur, appartient à une catégorie très limitée qui est celle des sommes astrologiques ou/et antiastrologiques de langue française de plus de deux cents pages.

Dans cette catégorie, pour se cantonner au XVIIe siècle, l’on connaît l’Usage des Ephémérides d’Antoine de Villon parue dans les années 1620 et qui dépasse largement ce nombre. On pourrait citer aussi le corpus lié à Nicolas Bourdin (Tétrabible (1640), le Commentaire sur le Centiloque(1652) et Remarques sur le dit Commentaire du Centiloque de Morin(1654 et 1657) ou encore l’Ast²rologie Naturelle du Comte de Pagan (1659). Chez les adversaires de l’astrologie, on citera le Préservatif de Claude Pythois (1641), le Tombeau de l’Astrologie Judiciaire du Jésuite Jacques de Billy (1657), cité par le dit Sieur Decartes (sic) et le Traité des Influences Célestes ou les Merveilles de Dieu dans les cieux(1660) d’un autre Jésuite, le Père Jean François ( Rennes, 1660). Cf la recension, faite en 1996, de H. Drévillon, in Lire et Ecrire l’Avenir.(op. Cit, pp. 253 et seq) Mais une telle recension ne semble pas avoir existé du temps de Bachelard, la bibliographie astrologique étant en retard sur celle consacrée à Nostradamus.

On pourrait regretter que Bachelard n’ait pas consulté à « Astrologie » le catalogue Matières de la Bibliothèque Nationale si …un tel catalogue avait alors existé! Bachelard, apprenant dans le Véritables Connoissances que le Père de Billy avait écrit un Tombeau de l’Astrologie Judiciaireaurait pu vouloir chercher à le consulter voire à étudier l’attitude des Jésuites à l’égard de la dite Astrologie, notamment en lisant Sommervogel qui leur a consacré un répertoire.

Malheureusement, le Tombeau n’est pas conservé à la Bibliothèque Nationale (Mazarine, cote 11895) et dès lors Bachelard n’avait probablement pas le temps de contacter toutes les bibliothèques de France, de Navarre et d’ailleurs.

Il eut convenu que Bachelard confrontât les Véritables Connoissances avec les autres textes de ce groupe restreint, ne serait-ce qu’aux fins de comparaison, d’emprunt. Bachelard a préféré décrire cet ouvrage en tant qu’entité isolée, ce qui peut sembler une gageure.

S’il avait procédé avec rigueur, Bachelard eut découvert un fait assez troublant, à savoir que les Véritables Connoissances de 1667 et le Traité des Influences Célestes (en abrégé TIC) de 1660 ne faisaient qu’un! Et d’ailleurs, le dit Traité figure dans les collections de la Bibliothèque Nationale. On peut noter que les deux pages de titre sont ornementées d’un bouquet de fleurs assez semblable. Il s’agit là d’une marque du libraire rennais Hallaudays que l’on retrouve encore en 1681, par exemple, dans une édition de l’Arithmétique ou l’art de compter du Père Jean François. Il se serait alors demandé pourquoi les deux ouvrages portant des titres, somme toute, assez proches – tous deux comportent au titre principal l’expression  » Influences célestes » étaient parus à sept ans d’intervalles sous des noms d’auteurs différents. 
 

Le pseudo distingo Decartes/Descartes

Bachelard se hâte un peu vite d’éliminer l’hypothèse Descartes, même en tant que contrefaçon, en notant qu’un faussaire n’aurait pas commis de si grossières bévues mais c’est oublier la possibilité d’un ouvrage déjà existant et dont il suffisait de changer le nom de l’auteur. Dans ce cas, l’argument tombe!

« Il ne faut pas non plus envisager, observe Bachelard, le cas d’un auteur qui écrirait sous le couvert d’un nom célèbre pour lancer son ouvrage. En effet, l’auteur ne fait rien pour tromper son lecteur. Il parle d’un malade qui vit encore en 1659, soit neuf ans après la mort de Descartes. Il relate une aventure arrivée en 1654, un rêve fait en 1657 etc » (p. 161)

Au bout du compte, Bachelard préfère parler d’homonymie, ne contestant pas l’authenticité de l’ouvrage dès lors qu’on ne l’attribuait pas au philosophe. Le nom de Decartes serait donc fortuit. Autrement dit, Bachelard ne semble pas habitué au monde des impostures en entrant dans un corpus astrologique voire prophétique qui ne peut être appréhendé par l’historien des sciences avec ingénuité.

Pourquoi a-t-on choisi pour ce faire le Traité du Père François? Peut être en raison même de son titre comportant le terme » Influences Célestes » de préférence à Astrologie, comme dans le cas de l’ouvrage du Père de Billy…Peut être aussi parce que les deux hommes – François, pédagogue dans la Compagnie de Jésus et Descartes, élève des Jésuites – s’étaient croisé..

Bachelard, au demeurant, en profite pour s’étonner du caractère non cartésien des Vrayes Connoissances chez l’auteur – ce Decartes qui n’est pas Descartes selon lui.. « Aucun des enseignements cartésiens n’est invoqué. Decartes ignore Descartes ». En fait, Bachelard considère que les arguments développés par le Père François manquent de pertinence du moins, trente ans après la parution du Discours de la Méthode.

Après avoir constaté une certaine incurie de la part de Bachelard en ce qui concerne les sources les plus immédiates de l’oeuvre, en l’occurrence la précédente « édition » de 1660, on observera comment il aborde la question du « nommé R. Decartes »

Selon le philosophe bourguignon, il n’y a aucune raison pour rapprocher Decartes de Descartes, il s’agit là d’une fausse alerte. Mais là encore, Bachelard se demande-t-il quelles relations Descartes entretint, favorables ou non, avec l’astrologie, ou plus généralement si le nom de Descartes fut à l’époque en quoi que ce soit mêlé au débat relatif à l’astrologie? Nenni, point! On a bien affaire à un « vrai faux »!

Certes, Bachelard note l’invraisemblance d’une attribution à Descartes en relevant, dans les Véritables Connnoissances des dates postérieures à la mort du philosophe en 1650. Personne, en effet, ne saurait raisonnablement attribuer l’ouvrage à Descartes mais est-ce à dire que l’intention de faire passer le texte pour celui de Descartes n’existait pas? Faut-il épiloguer sur le fait que c’est Decartes et non Descartes qui figure sur la page de couverture?

Il conviendrait notamment de signaler une autre faute d’orthographe dans le titre complet des V. C. « Avec la deciscion (sic) de quantité de belles Questions tant astrologique que astronomique, ensuite la demonstration (sic) de la vertu des Astres, & des planettes, du signe (sic) des douze maisons. Etc ». En effet, la forme « deciscion » est impropre, « demonstration » est écrit sans accent et l’expression « du signe des douze maisons » est pour le moins incongru. En fait, il semblerait qu’elle soit empruntée au titre de l’ouvrage de Rantzau et plus précisément à son appendice, lesAnnotation Universelles de Baulgite: « sur les douze signes par les douze maisons », (« signification des signes en la Ière maison » et ainsi de suite, par exemple le taureau tombant dans la maison VI dans le thème natal), le terme « maison » n’étant pas ici synonyme de signe comme c’est le cas dans le TIC. C’est dire que le nouveau titre du TIC n’est pas l’oeuvre d’une personne qui connaît le sujet, ce qu’aurait dû relever Bachelard. 
 

La coexistence de deux repérages zodiacaux

Dans tous le Traité de Rantzau, y compris dans ses additions, du fait de Baulgite, il n’est jamais question du signe solaire et l’on y trouve au contraire l’étude de l’horoscope dans les douze signes, sur la base de l’ascendant. Ce qui permet à certains (on pense à Yves Lenoble et à Denis Labouré au séminaire de l’AGAPE de décembre 2000 sur les Maîtrises ) d’affirmer qu’il aura fallu attendre le XIXe siècle pour que l’on accorde de l’importance au signe traversé par le soleil. Or, la réalité est plus complexe: c’est ainsi que dans le Kalendrier des Bergers, on pratiquait bel et bien, depuis la fin du Xve siècle, les signes solaires (cf notre étude sur ce texte à paraître sur le site du CURA). Par la suite, il faudra parler d’un syncrétisme interne qui combinera les deux repérages et qui fait que de nos jours on désigne volontiers une personne par la combinaison de son signe solaire et de son signe ascendant. (cf sur les signes zodiacaux en relation avec le calendrier révolutionnaire, nos études consacrées aux signes du lion, du capricorne et des poissons, in Collection Solar sur le Zodiaque, Paris 1981)

Les témoignages abondent – comme l’a montré une exposition qui s’est tenu en 2001 au Musée d’Israël, à Jérusalem – concernant les correspondances entre mois de l’année et signes zodiacaux notamment dans la tradition juive. (Written in the Stars. Art and Symbolism of the Zodiac, Dir. I. Fishof with contributions by Ariel Cohen and Moshé Idel, Jérusalem, 2001). Il est à noter que ces correspondances signe/mois n’ont plus rien à voir avec l’entrée du soleil dans un nouveau signe zodiacal.

A vrai dire, le retour vers le signe solaire qui allait marquer l’astrologie moderne n’était qu’un juste retour des choses puisque, au départ, le découpage zodiacal serait d’origine hémérologique, lié à un calendrier soli-lunaire – montage, bricolage, assez bâtard – solaire de par l’importance accordé aux équinoxes et aux solstices et lunaire du fait du nombre 12, lié aux rencontres de la lune avec le soleil, voué à surcharger par un symbolisme hétéroclite et aux origines préastrologiques, une astrologie à vocation d’abord planétaire. Faut-il, cependant, rappeler que c’est également un des traits de l’astrologie moderne, portant les stigmates d’une traversée du désert aux XVIIIe et XIXe siècles, qui la mit dans les mains d’un public qui n’en faisait qu’à sa guise, que d’accorder quelque importance au nom des signes qui n’étaient au départ que des repérages sans vocation divinatoire? 
 

L’engouement des Cartésistes

Revenons à Bachelard – auteur de la formule discutable « Le Zodiaque, test de Rohrschach de l’humanité-enfant  » – qui, en la circonstance, ne juge pas nécessaire de se faire l’écho de la mode cartésienne qui prend un nouvel essor précisément au cours des années 1660! S’il avait effectué le rapprochement entre les deux éditions, celle de 1660 et celle de 1667, il aurait pu noter que le remplacement du nom de Jean François par celui de R. Decartes coïncide assez bien avec la vogue autour de Descartes, tant pour ce qui est de sa correspondance que pour ses inédits. Justement à propos d’inédits, la tentation n’était-elle pas grande de faire passer les V. C. pour un inédit de plus? D’autant plus que les sujets se recoupent. On savait que Descartes, en 1633, à la suite de la condamnation de Galilée, avait renoncé à publier certains textes – dont quelques essais figureront avec le Discours de la Méthode de 1637 . On savait aussi que les dits textes ainsi gardés par devers soi touchaient en grande partie au cosmos. Quant aux Météores, qui relèvent peu ou prou du monde céleste, ils constituaient un des essais accompagnant et illustrant la Méthode.Qu’y avait-il, dans ces conditions, à ce que parût un ouvrage sur les « véritables connoissances des influences célestes » et qui au demeurant, à la différence de la première édition, ne se présente pas d’office comme une remise en cause de l’astrologie. Il y a là une nouvelle escroquerie en ce que l’on ne prévient pas le lecteur du véritable projet du livre qui est une critique virulente de l’astrologie judiciaire.

Entre 1660 et 1667, en effet, c’est à dire durant le laps de temps qui s’étend entre la première et la seconde édition du traité du Jésuite breton, le nom de Descartes est omniprésent et dès lors il ne semble pas qu’il s’agisse d’une coïncidence s’il figure sur un ouvrage relatif à un sujet qui, reconnaissons-le, ne lui est pas a priori, étranger. Tout se passe comme si, voulant profiter de la sortie de textes inédits de Descartes, on ait voulu en profiter pour faire croire qu’il ait pu écrire sur le sujet des Influences Célestes, à la façon du Père Jean François. Rappelons qu’en 1633, Descartes avait renoncé à publier son traité Du Monde, à la suite du procès de Galilée. Mais en 1637 dans le Discours de la Méthode il en avait intégré des parties, appelés « essais » dont un sur les Météores. En 1642, il avait envisagé, dans une lettre, mais cela était resté à l’état de projet; de traduire son manuscrit en latin sous le titre de Summa Philosophiae. En tout état de cause, il semble bien que le livre du Monde connaissait une certaine circulation manuscrite, puisque l’on s’y réfère dès 1657. ( Lettres de Mr Descartes, Paris, Ch. Angot): évoquant dans l’introduction » la constitution générale de son Monde ».

En 1662 paraît la première édition latine, par Schuyl, le De Homine.. En 1664 parait la première édition en français du Monde de Mr Descartes ou le Traité de la lumière etc, Paris, Theodore Girard (BNF R 33524 Resaq) par Le Roy. Une édition des Lettres de Mr Descartes est de 1663., la première datant de 1657.(Paris, Angot, BNF Res pZ 680) Toujours en 1664 parait l’Homme. D’ailleurs, en 1657, le préfacier de la correspondance mentionne le Monde qui ne paraîtra qu’en 1660. (cf Ch. Adam et P. Tannery, Oeuvres de Descartes, Paris, Vrin, 1974.)

A l’ère de l’informatisation des collections, Bachelard eut probablement découvert qui pouvait avoir écrit ce Traité de la Quantité revendiqué par l’auteur des Véritables Connoissances et qui n’est précisément autre que le Père Jean François et dont Bachelard se contente de dire qu’il n’est pas l’oeuvre de René Descartes! Il écrit « Je sais seulement qu’il est l’auteur d’un Traité de la quantité. Je n’ai pas retrouvé ce traité ». Dès lors, Bachelard ne pouvait-il envisager que le véritable auteur des Vrayes Connoissances ait été connu sous un autre nom que celui de R. Decartes?

Profitons-en pour signaler les ouvrages de notre Jésuite breton, sans que cette liste se veuille exhaustive:

1652 La science de Géographie, Rennes, J. Hardy 
1653 La science des eaux, Rennes, P. Hallaudays 
1653 L’arithmétique ou l’art de compter toute sorte de nombres 
1655 Traité de la Quantité considérée absolument et en elle mesme, Rennes, P. Hallaudays 
1655 La Chronologie, Rennes, P. Hallaudays 
1665 L’art des fontaines. Edition seconde, Rennes, P. Hallaudays (Cet ouvrage est le seul du Père Jean François à avoir été mentionné par L. Thorndike dans son History of magic and experimental science) 
1681 L’Arithmétique et la Géométrie pratique, Paris, Nicolas Langlois 
1681 L’arithmétique ou l’art de compter toute sorte de nombres avec la plume et les jettons. Quatriéme Edition

Ce Jésuite Breton, précisons-le, n’est pas sans quelque lien avec Descartes. Celui-ci avait tenu, dans son Discours de la Méthode des propos acerbes concernant l’astrologie et en note, l’auteur de l’édition de la Pléiade, renvoie à nul autre qu’au Père François qui aurait exercé une certaine influence sur le jeune Descartes, quand celui-ci était l’élève des Jésuites .  » Et enfin pour les mauvaises doctrines, soutient René Descartes, je pensais déjà connaître ainsi ce qu’elles valent pour n’estre plus sujet à estre trompé ny par les promesses d’un alchimiste, ni par les prédictions d’un astrologue, ni par les impostures d’un magicien ni par les artifices ou la vanterie d’aucuns de ceux qui font profession de savoir plus qu’ils ne savent » (p. 11). On ne saurait apparemment classer l’auteur de la Méthode parmi les sectateurs de l’astrologie…

Dans sa correspondance, Descartes s’adresse à un « Révérend Père Jésuite » auprès duquel il se plaint de certaines calomnies émanant de la Compagnie dont il rappelle les liens qui l’y rattachent de ses années de formation.: « L’obligation que j’ay à vos Pères de toute l’institution de ma jeunesse, l’inclination très particulière que j’ay toujours eu à les honorer ».(Lettres 113-116)

On peut donc regretter que Bachelard ait renoncé à l’hypothèse Descartes sur la seule base d’une variante orthographique. Moins un terrain est maîtrisé et plus il est à la merci de tels aléas. 
 

L’analyse de contenu par Bachelard

Mais Bachelard n’a-t-il pas raison de s’étonner de la pauvreté de l’argumentation du TIC? Il conclut « On ne sait pas contredire au niveau des principe. On ne contredit qu’au niveau de l’application des principes » (p. 168)

Il n’est pas exclu en tout cas que Bachelard ne trouve dans ce rejet de l’astrologie un exemple frappant de « coupure épistémologique »: « Une mentalité qui est en train de rompre avec un préjugé en plaisante de manière plus pesante. Elle a besoin d’un comique plus gros » (p. 171). On notera en tout cas la signification du nouveau titre du TIC à savoir l’idée de connaissance vraie par opposition à une fausse connaissance.

Bachelard note que le point faible du contradicteur tient à ce qu’il reconnaît a priori que, cite-t-il « ni les Planètes, ni les Etoiles du firmament n’ont point été mises dans le Ciel pour être oiseuses et pour servir de seul ornement comme les pierres précieuses dans les Bagues » (p; 165). D’où la conclusion de Bachelard: « Il ne pourra pas dévaloriser entièrement l’astrologie puisqu’il a donné aux astres une dignité éminente ».

Bachelard, qui ne tente même pas d’expliciter le titre complet de l’ouvrage, maîtrise-t-il, pour autant, le langage astrologique dont il est évidemment question dans les Vrayes Connoissances (VC)? Il ne semble pas. Sait-il ce qu’est un « aspect » ou une « maison » quand il emploie, à l’occasion, ces termes? C’est ainsi que « maison », ici, n’a pas de rapport avec les « maisons astrologiques » mais concerne les signes. « Il est bon, écrit Bachelard, qu’on saisisse tout de suite la segmentation de la critique qui se fera plus vive contre les maisons du Ciel que contre les Astres qui peuplent le firmament »(p. 163).

Il rappelle que, selon ce qu’il entend de la critique, « les maisons du Ciel; comme les balcons du Ciel, sont des constructions de la rêverie. Ces lieux tout imaginaires ne peuvent spécifier une action réelle ». Puis Bachelard de traiter d’un enfant né sous le signe du Bélier….Et de poursuivre, comme si l’on passait à un autre argument  » Mais le principe le plus ruineux de l’Astromancie consiste à donner une efficacité aux régions du Ciel, aux « Maisons » où viennent demeurer les astres errants » (p. 168). Or, Bachelard ne se rend pas compte de ce que le signe du Bélier est précisément, dans le contexte, une « maison »! Les maisons sont ici ce fameux Zodiaque dont il dira qu’il est « le test de Rohrschach de l’Humanité-enfant »! C’est précisément sur cette question de l’arbitraire des signes/maisons du zodiaque que la Logique de Port Royal s’en prendra, dans son introduction, à l’astrologie; Encore conviendrait-il de comprendre en quoi on peut accepter les planètes et non leurs « maisons ». C’est que, selon le principe du Prologue du Tetrabiblos, dont la traduction était parue en 1640, l’astrologie légitime était celle qui s’appliquait à donner du sens aux aspects entre les corps célestes et non celle qui glosait sur le nom accordé par la tradition et conservé par simple commodité par les astronomes, aux constellations qui balisaient leurs marches, ces constellations qui sont aussi ces « maisons » , terme qui vient probablement du fait que les planètes s’y sont vu répartir leurs « domiciles »…

Et quand Bachelard aborde la question de la fixité relative des étoiles – par opposition aux planètes – il s’arrête sur le fait que, selon Copernic, « les étoiles sont immobiles » sans prendre en considération la possibilité d’aspects – notion clef du Tétrabiblos – entre celles-ci et les planètes (p. 163), ne distinguant pas le caractère fictif des « maisons » et la réalité des étoiles qui les constituent, dans la mesure où si les « maisons « balisent la course des planètes, elles se superposent en fait au balisage stellaire proprement dit. 
 

Descartes et le monde astrologique au XVIIe siècle

En dépit de ces mises en garde contre l’astrologie judiciaire, Descartes n’en était pas moins en relation avec Jean-Baptiste Morin, certes Professeur au Collège Royal (l’ancêtre de notre Collège de France) mais surtout auteur, dès les années 1620, de textes astrologiques en latin et qui fait allusion, dans sa correspondance avec Descartes, en 1638, à son Astrologia Gallica qui ne paraîtra qu’après la mort de l’auteur en 1661, à La Haye.(cf notre édition des Remarques Astrologiques, Paris, Retz, 1976). Mais Morin en s’en prenant à Gassendi, qui sera par la suite considéré – à la fin du XVIIIe siècle – comme le grand fossoyeur de l’astrologie, eut le malheur d’annoncer sa mort prématurément et d’être ainsi tourné en ridicule.

L’idée que Descartes ait pu écrire sur les Influences Célestes n’était, en tout état de cause, nullement ahurissante et en 1671, quatre ans donc après la sortie des Vraies Connoissances, Claude Gadroys – étudié assez sérieusement par Thorndike, publiera la première édition, d’abord anonymement; d’ un Discours sur les influences des astres selon les principes de M. Descartes, Paris, J. B. Coignard. Une nouvelle édition sortira en 1674, chez le même libraire, sous un titre légèrement différent mais tout en maintenant le nom de Descarte : le Discours Physique sur les influences des astres selon les principes de Monsieur Descartes où l’on fait voir qu’il sort continuellement une manière par le moien de laquelle on explique les choses que les anciens ont attribué aux influences occultes »

En 1677, paraît toujours du même auteur une  »Lettre de M. Gadroys à M. De la Grange Trianon pour servir de réponse à celle que M. De Castelet a écrit contre les raisons de Monsieur Descartes touchant le flux et reflux de la mer. Avec une lettre de M. De Cassigny« , Paris, Laurent Rouillart. C’est une réplique à La Lettre de Castelet à Monsieur l’Abbé Bourdelot dans laquelle il démontre que les raisons que M. Descartes a données du flux et reflux de la Mer sont fausses

En 1672, Jean-Baptiste Fayol s’en était pris à Descartes et aux Cartésiens, ce qui montre bien qu’à cette époque il en est beaucoup question des thèses « cartésistes ». Il s’agit de son Harmonie Celeste découvrant les diverses dispositions de la nature, ouvrage physique et mathématique, nécessaire à toutes sortes de gens pour discerner les erreurs de Mr Descartes etc », Paris, chez Jean d’Houry, Laurent Rondet, Thomas Moette. Fayol a les Cartésistes dans son collimateur comme en témoigne le Premier Livre, Des influences des astres. « Que le mouvement de la Terre et la matière première des Cartésistes sont des illusions ».). Une autre édition suivra en 1674, chez Louis Vendosme. Nous avons reproduit la page de titre de cet ouvrage dans l’article « Astrologie » de l’Encyclopaedia Universalis. Thorndike n’a pas identifié ce protagoniste du débat autour de Descartes et des Influences Célestes.

Son premier livre, déclare Fayol, « détruit les fondemens des cartésistes & enseigne à connaître les diverses qualités des airs en tous les endroits du monde & leurs divers objets en toute sorte de temps pour faire choix d’un lien propre à conserver ou rétablir la santé par le seul usage de l’air » . Fayol dénonce « la matière première cartésienne si contraire à la religion catholique et aux sciences naturelles ».

Il convient de réfléchir sur l’emploi de l’expression « influences célestes » en ce début de second XVIIe siècle. Visiblement, on veut ainsi y englober astronomie et astrologie et d’ailleurs, dans les deux titres, les deux termes figurent:

TIC: « Les inventions des astronomes (…) Les propositions des astrologues judiciaires »

VC: « la déciscion (sic) de quantité de belles questions tant astrologique que astronomique »

Curieusement, alors que l’on pouvait croire qu’astronomie et astrologie s’éloignaient l’une de l’autre, ne voilà-t-il pas qu’on les regroupe, quitte à mieux les distinguer! Au milieu du XVIIIe siècle, l’article de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert qui abordera le plus substantiellement le problème de l’astrologie aura pour titre « Influences ». 
 

Le Traité des Influences Célestes et le procés de Rennes

Il eut aussi convenu que Bachelard s’interrogeât sur les circonstances qui avaient conduit à la sortie d’un tel ouvrage. On notera, à titre anecdotique, qu’en 1666 Colbert avait fondé l’Académie Royale des Sciences et que nous sommes donc, en 1667, au lendemain d’un tel événement dont on sait qu’il a marqué profondément le discours des historiens de l’astrologie.

On ne reviendra pas sur cet indécrottable pont aux ânes (cf notre étude sur Bourdin) qui conduit encore de nos jours tant d’auteurs à affirmer qu’en cette même année 1666 Jean Baptiste Colbert avait passé un « Edit » contre l’astrologie. On peut regretter que, pour la circonstance, l’épistémologue dijonnais n’ait point consacré quelque attention à cette affaire.

Il reste qu’après 1666, l’anti-astrologie ne jugera plus nécessaire une attaque frontale de l’astrologie. C’est en tout cas ce qu’observe un Jacques Rohault, dans la deuxième partie, au chapitre XXVII, de son Traité de Physique paru en 1671 est voué à de nombreuses rééditions jusque dans les années 1720: « Cette matière qui ne mérite pas une plus longue discussion et qu’il serait indigne à un Philosophe de traiter plus sérieusement » (Iie Partie,Ch XXVII « Des influences des astres et de l’Astrologie Judiciaire », pp. 120-128). Quel décalage entre cette dizaine de pages de Rohault en 1671 et les 250 pages de Jean François en 1660! En ce sens, les Vrayes Connoissances, par leur masse, seraient déjà anachroniques. Ainsi, 1666 ne marquerait pas tant le déclin de la production astrologique que celui de la littérature anti-astrologique. En ce sens, l’astrologie n’aurait pas eu tant à souffrir des attaques qui lui étaient destinées que d’une marginalisation et d’une certaine mise en quarantaine. Un Gassendi, après 1666, n’accepterait plus des joutes avec des astrologues! Si en 1675, Bernier s’en prend encore aux astrologues, dans son Abrégé, ce n’est qu’une resucée de ce que Gassendi a développé dans les années 1630-1650.

L’affaire de Rennes des années 1650 correspond à une toute autre époque que celle des années 1660-1680. L’astrologie, comme dirait Rohault, y fut prise trop au sérieux. Il s’était passé à Rennes, à la fin des années 1650, en fait dans les années qui précédèrent immédiatement la parution duTraité des Influences Célestes, des choses assez remarquables avec l’affaire du Fatum Universi, événement auquel avait été mêlé un Père Capucin, du nom d’Yves de Paris (né Charles La Rueet on peut se demander s’il n’y eut pas là l’expression de quelque règlement de compte au sein du clergé.

Eymard d’Angers a consacré de l’attention à l’activité d’Yves de Paris mais sans signaler le Traité des Influences Célestes de 1660, pourtant paru à Rennes, dans la ville même où était paru, peu auparavant, le Fatum Universi, avec pour nom d’auteur Petrus Allaeus, arabe chrétien.

Yves de Paris fut désigné pour défendre le Fatum Universi devant le Parlement de Bretagne qui allait décider de la brûler sur la place de Nantes. Sa plaidoirie parut sous le nom de Ad Illustrissimos viros amplissimi Senatus Armorici in librum de Fato universi nuper editum. Mais note Eymard d’Angers, l’avocat ainsi désigné serait en fait le coauteur, avec le Marquis d’Asseyrac, du Fatum Universi! Que reprochait-on à cet ouvrage rédigé en latin? Ses pronostics visant des puissances étrangères. C’est dire que ce n’était pas encore le temps de l’indifférence à l’égard des spéculations astrologiques!

Dans son article sur Yves de Paris, Julien Eymard, (« Un livre curieux de la bibliothèque Municipale de Rennes », In Revue de Bretagne, tome XLIV, 1938, pp. 46-57, voir aussi Ch. Eymard d’Angers, Yves de Paris. Ed Bloud & Gay, 1964, pp. 54-56 ) nous fournit les éléments suivants: « les ambassadeurs d’Angleterre et d’Espagne s’alarmèrent de prophéties faites contre leurs patries respectives et portèrent plainte contre l’auteur (…) Deux autres éditions parurent, revues et corrigées et par le fait même, hélas, sans grande valeur » (p. 47) On notera le parallèle entre cette étude consacrée à un ouvrage astrologique conservé à Rennes (« Un livre curieux de la BM de Rennes ») et cette autre vouée à un ouvrage conservé à Dijon (« Un livre d’un nommé R. Decartes ») et ce à un an d’intervalle! Dans les deux cas, le mot astrologie ne figure pas dans le titre de l’article. On peut se demander d’ailleurs si Eymard d’Angers n’a pas pris modèle sur Bachelard, voulant ainsi tirer parti, lui aussi, des « curiosités » du fonds de la bibliothèque locale..

Yves de Paris croyait-il en l’astrologie? Eymard affirme: « Il est hors de doute , pour qui connaît les livres du P. Yves, que le bon capucin n’a voulu que s’amuser » (p. 52). On lui laisse la responsabilité d’un tel jugement! De fait, Yves de Paris était par ailleurs un auteur important et l’astrologie faisait partie de ses centres d’intérêt sans qu’il s’y soit exclusivement consacré.

Il est vrai que 1654 est aussi l’année de l’Eclipse, à laquelle Elisabeth Labrousse consacra un livre; l’Entrée de Saturne au Lion. Ce qui se passa alors ne fut pas mis au crédit de l’astrologie et contribua à la discréditer alors que sa cote était peut être un peu remontée et d’ailleurs le Père Jean François reviendra en 1660 sur cette déconfiture. On peut dire qu’à partir de 1654, on ne prendra plus guère au sérieux les annonces de l’astrologie, matinées d’ailleurs de prophétisme. Blaise Pascal, dans ses Pensées, évoquera brièvement l’attente de cette Eclipse.

Faudrait-il donc voir avec la publication de ce Traité des Influences Célestes un enjeu purement local? Il est en tout cas on ne peut plus improbable que le Père François ait pu ignorer l’affaire du Fatum Universi et disons même que son travail pourrait s’inscrire au niveau des séquelles de l’affaire.

Certes, Jean François ne s’est-il pas mis à écrire pour la circonstance. En 1660, il est déjà engagé depuis quelques années dans un projet assez ample de publication mais on ne peut prouver que l’idée de s’attaquer à l’astrologie ne lui ait pas été dictée en cours de route quand bien même le Jésuite Breton se réfère-t-il plutôt à la production parisienne qui met sur le marché le Traité de Rantzau..

Dans un Advis au Lecteur, en tête d’une Science de la Géographie, parue à Rennes, chez Jean Hardy, en 1652, le Jésuite breton s’explique sur son projet:

« Mon cher lecteur, je commence à imprimer à l’âge de 65 ans, lors que les autres ont déjà fini etc » D’ailleurs, dans le TIC, le Jésuite ne cesse de se référer à ses autres écrits.

Il reste que la présence d’un traité consacré à l’astrologie judiciaire au sein d’une production à caractère scientifique n’en montre pas moins quel est encore le statut de l’astrologie au début du règne personnel de Louis XIV. 
 

Les Jésuites et l’astrologie

Bachelard aurait, tout de même, pu être intrigué, tout de même, par la référence au Père de Billy – ce qui pouvait le mettre sur la voie et en tout cas consacrer au Tombeau quelques lignes, à titre comparatif, pour un ouvrage paru 13 ans plus tôt -compte tenu que Bachelard ignorait l’édition de 1660 du Traité du Père François.

Si Bachelard avait fait la relation avec la première édition rennaise de 1660, il aurait eu à s’interroger sur le contexte d’une telle parution, trois ans seulement après celle, apparemment comparable dans son esprit, de cet autre Jésuite français, Jacques de Billy.

On s’arrêtera pour commencer à un propos du Père de Billy dont . Thorndike signale le Tombeau de l’Astrologie Judiciaire mais sans préciser qu’il s’agit d’un Jésuite. Comme il ignore le TIC de Jean François – et sa réédition sous le nom de Decartes – il n’était pas en mesure d’apprécier la contribution des Jésuites français à l’antiastrologie du second XVIIe siècle. Il semblerait, à en croire le Père de Billy qu’en s’en prenant à l’astrologie, on atteindrait les fondements des positions jansénistes. Dans son Epitre à Charles de Bourlon, évêque de Soissons, en date du 2 janvier 1657, placée en tête du Tombeau de l’Astrologie Judiciaire, Jacques de Billy campe un parallèle: « Il est aisé de voir: la liaison qu’il y a entre les astrologues et les jansénistes car si la doctrine des uns renverse la liberté, celle des autres fait le (sic) mesme; il est vray qu’ils s’appuyent sur divers principes: les premiers s’affermissent sur les constellations du ciel et les secondes sur l’efficacité de la grâce. Mais il importe fort peu de la diversité des moyens, quand on parvient à la mesme fin. (…)D’où il se peut conclure que les Généthliaques & les sectateurs de Jansenius sont également dangereux puisqu’ils prédisent le mesme effet qui est de ruiner le franc-arbitre & d’introduire la nécessité des actions. Et partant, puisque vostre Grandeur a fait paraistre tant de zèle contre les nouvelles doctrines, il est à croire que l’astrologie ne trouvera point de faveur en son jugement & que personne ne me blâmera dans mon choix ».

Nous verrons que le Père François, pour sa part, pourrait avoir voulu viser un Capucin, le Père Yves de Paris. Les Jésuites, en s’en prenant à l’astrologie, semblent avoir ainsi voulu faire la preuve de leur modernité, ce qui les conduira au XVIIIe siècle à de graves déboires s’achevant sur leur interdiction. Eux qui voulaient exclure vont se retrouver bannis!.

Précédemment, en 1649, à l’époque de la Fronde, déjà un Jésuite français, le Père Nicolas Caussin s’était adressé à une Altesse non identifiée dans une brève attaque de l’astrologie à laquelle le marquis de Vilennes, alias Nicolas Bourdin, avait répliqué. Il s’agit de la Lettre à une personne illustre sur la curiosité des horoscopes, Paris, Denys Bechet et Jean du Bray qui provoquera une Responce en faveur de l’Astrologie à la lettre du R. P. Nicolas Caussin (22. 12 1649)./ Paris, chez l’auteur.

Ce n’est pas le lieu ici de s’interroger sur la part des Jésuites dans la croisade contre l’Astrologie judiciaire sinon en observant que ceux-ci, selon leur vocation pédagogique à la formation des esprits, se servirent d’elle comme un repoussoir leur permettant de préciser, a contrario, leur idée de la science. Il convient de préciser, toutefois, que la production d’un tel arsenal anti-astrologique ne ferait pas sens s’il n’y avait le sentiment que l’astrologie continuait à influer fortement, sinon plus que jamais, sur les esprits à moins que l’on n’ait avant tout visé une certaine vogue de l’astrologie au sein du clergé.. Un clergé qui, notamment, dans la seconde partie du XIXe siècle, montrera à quel point il est sensible aux spéculations prophético-politiques (voir notre thèse d’Etat, Le texte prophétique en France, op cit).. On signalera aussi le cas d’un Dominicain, le Père Jean de Réchac, auteur de l’Eclaircissement des véritables quatrains de Maistre Michel Nostradamus (..) grand astrologue de son temps & spécialement pour la connaissance des choses futures » dont seul un premier volet exégétique consacré à Henri II, parut en 1656 – ouvrage bizarrement attribué par les bibliographes à un certain Etienne Jaubert (cf R. Benazra, Répertoire chronologique nostradamique, Paris, 1990, pp. 231-232) et dont nous avons retrouvé le manuscrit dans les papiers du Père dominicain, conservés aux Archives Nationales. 
 

Le Traité des Influences Célestes et Rantzau

Dans un Avertissement, Jean François s’explique sur son projet, précisant qu’il prendra pour cible privilégiée, la traduction française parue en 1657 du Tractatus du Danois, Henrik Rantzau. Dans l’Avis au lecteur placé en tête du TIC, le P. J. François s’explique sur les motifs qu’il a d’entreprendre une telle oeuvre : »Je me suis servi particulièrement du livre de Henry de Rantzau sizième duc Cimbrique, soit parce qu’il est le plus récent de tous, imprimé à Paris l’an 1657, soit parce qu’il rapporte les sentimens des Anciens & des Modernes. Soit parce que j’apprends que ce Livre est en grande autorité & estime parmy eux »; le traité paraît chez le libraire Pierre Ménard, qui publie la même année la seconde édition desRemarques Astrologiques de Morin de Villefranche. Rappelons que Thorndike a consacré tout un chapitre (Livre VII, Ch. XVI) à Jean-Baptiste Morin

Le Traité est dithyrambique à l’ égard de cet homme qui n’était pas seulement astrologue, comme si on cherchait à fonder un véritable culte autour de ce noble danois, né en 1526 et dont le thème natal est étudié.. Le Tractatus était donc paru dès 1602, à Francfort et réédité en 1615 et 1633 dans cette même ville, Le latin de Rantzau est « fait français » par un certain Jacques Alleaume mais il est complété par des Annotations Universelles d’Alexandre Baulgite, qui sont encore une compilation de textes plus ou moins anciens..

En fait, Rantzau déclare articuler son ouvrage autour d’un  » ancien traité astrologique », qui ne serait donc pas de lui et constituant une troisième partie.

L’éditeur justifie son choix de Rantzau: « Personne que je sache ne l’a pas encore (l’astrologie) entièrement descrite »

Cet ouvrage intéressera les astrologues du Xxe siècle puisqu’en 1947, le Traité des jugements des thèmes généthliaques sera réédité, dans la Collection des Maîtres de l’Occultisme ( volume IX de la collection) par Alexandre Volguine, aux Editions des Cahiers Astrologiques, à Nice, avec une introduction de Jean Hiéroz, spécialiste de Jean Baptiste Morin de Villefranche, auteur placé ainsi en vis à vis de Rantzau, bien que Morin ait commencé à publier alors que Rantzau était déjà mort. (sur Rantzau, voir J. P. Boudet, Le recueil ds plus célébres astrologues de Simon de Pharés, tome II, Paris, H. Champion, 1999, p.305) En 1946, Hiéroz avait notamment, publié chez Leymarie sa traduction latine d’un « livre » de l’Astrologia Gallica, le vingt-cinquième, consacré à l’Astrologie Mondiale et Météorologique. En fait, dès 1941, Hiéroz avait publié, aux éditions des Cahiers Astrologiques, un court volume comportant deux études: Manilius et la tradition astrologique et la Doctrine des élections de Morin de Villefranche.

Cette réédition est tronquée et abrégée de façon à mieux convenir aux attentes et aux besoins des astrologues du Xxe siècle; c’est ainsi que la première partie, pourtant brève, de cette « somme » est purement et simplement supprimée: « L’auteur donne ici quelques indications assez vagues sur les procédés de domification de Mont-Royal, de Ptolémée revu par Cardan, de Campanus, d’Alcabitius et enfin de Gauric: ces renseignements ont actuellemen pour nous peu d’intérêt, comblés que nous sommes à ce sujet par les beaux travaux de H. Selva sur la question. Nous passerons donc de suite à la deuxième partie ». Or, ces pages supprimées débutaient ainsi dans l’édition de 1657: « La première sorte est d’Abraham Avenesra ou de Montroyal », Montroyal étant Regiomontanus et Avenesra, Ibn Ezra. On faisait ainsi disparaître, en 1947, au lendemain de la Shoah, une importante référence au rôle d’un auteur juif médiéval dans l’histoire de la domification, qui, selon Rantzau, serait le lointain précurseur de Regiomontanus…. Citons une fois encore Hiéroz: « En présentant cet ouvrage, une des sommes traditionnelles les plus célébres des XVIe-XVIIe siècles, je prendrai tout d’abord la liberté de faire connaître le fonds de ma pensée sur cette astrologie scientifique (en laquelle, dans mes débuts, j’ai cru, comme beaucoup) et que depuis Choisnard on a tant opposé à l’Ancienne Astrologie ». Il semble en effet que nombre de présentateurs de textes du XVIIe siècle n’aient pas hésité à aborder des problèmes contemporains, sans craindre l’anachronisme.

Hiéroz ne mentionne nullement à cette occasion les Remarques Astrologiques du dit Morin, parues en 1654 et 1657 et qui constituent un « précurseur » de l’Astrologia Gallican, ouvrage que nous avons redécouvert puis publié en 1975, chez Retz, dans la Bibliotheca Hermetica dirigée par René Alleau. En fait, Hiéroz pense salutaire la « comparaison de Rantzau et de Morin », mais ici Rantzau fait fonction de repoussoir pour ce morinien convaincu qui pense que la dite comparaison  » éclairera les astrologues modernes sur l’état de la science astrologique quand les matérialistes du XVIIIe siècle, faisant suite aux rationalistes cartésiens (sic) du XVIIe ont brusquement mis arrêt pendant deux siècles à son millénaire développement ». Si Hiéroz ne s’en prend pas à Colbert, ce dont on ne peut que le louer (ce n’est pas le cas cinquante ans plus tard de B. Baudouin, Dictionnaire, op. Cit.;, p. 54 avec cette variante par rapport au fameux « édit »: « Colbert en interdisant finalement l’étude aux académiciens en 1666″, voir aussi p. 163 à la notice « Graindorge » où il est indiqué que cet auteur présenta devant l’Académie un traité d’astrologie, avec la recommandation du dit Colbert, point que nous avions signalé dans notre étude sur Bourdin (op. Cit) !), on ne peut qu’apprécier le caractère insolite de ce « brusquement » associé à « deux siècles »!

Apparemment, Hiéroz attribue, par inadvertance, la traduction française du traité latin de Rantzau à Alexandre Baulgite et non à Jacques Alleaume – dont P.E.A. Gillet a modernisé la langue – alors que Baulgite s’est contenté de traduire ce qu’il utilise pour ses Annotations. Le lecteur est induit en erreur puisqu’au début de l’édition de 1947, on nous propose ce qui semble être la page de titre d’origine mais qui a été sensiblement retouchée! Le nom d’Alleaume n’y figure plus et des développements sont sautés. Notons enfin que le titre de l’édition moderne est « Traité des Jugements des thèmes généthliaques » au lieu de « Traité Astrologique des jugements des thèmes généthliaques »..Il faudrait probablement traduire du latin « Traité Astrologique. Des jugements des thèmes généthliaques ».

Or, le Privilège daté de 1653 précise bien que Jacques Alleaume « ingénieur du Roy » en sera le traducteur sans mentionner le nom de Baulgite. Il est d’ailleurs possible que l’initiative de la publication française ait incombé au dit Alleaume. Dès lors, dans l’édition de 1947, le lecteur est enclin à croire que les Annexes sont de Rantzau, Baulgite étant réduit au statut erroné de traducteur de l’auteur danois alors qu’il n’est le traducteur que de sa propre compilation additionnelle. A ce propos, notons que Rantzau n’est lui-même l’auteur que d’annexes du Tractatus….Dans son adresse au lecteur, reproduite dans l’édition des Cahiers Astrologiques mais apparemment non prise en compte par Hiéroz qui n’est pas l’auteur de l’adaptation, il est précisé « j’ai trouvé cet ancien traité astrologique en ma bibliothèque (..) Je ne suis pas toujours d’accord en toutes choses avec l’auteur ancien de ce traité ». La troisième partie qui couvre 150 pages (pp. 243- 393) reproduit ce manuscrit. On voit quelle construction complexe se met ainsi en place, avec ses strates successives

A cette occasion, on aurait pu parler du Père Jésuite Jean François qui s’était acharné sur le dit Traité. Mais la connaissance qu’un Hiéroz (de son vrai nom Jean Rozières), astrologue-historien, avait de la production anti-astrologique française était plutôt limitée. Et nous n’avons pas droit, dans cette édition émanant cette fois du milieu astrologique et non du milieu académique, à une étude de l’astrologie dans les années 1650. Point de référence, donc, en prenant le problème par un autre bout, aux Vrayes Connoissances!

En 1998, on a réédité un ouvrage latin paru également en 1657, cette fois à Padoue, à savoir le Primum Mobile du moine Placido Titi, dit Placidus (Ed. FDAF, 1997, traduction de l’anglais de Claudine Besset Lamoine, avec des contributions de G. Bezza et R. Amadou). Ce texte est d’un genre bien différent de celui des aphorismes chers au public français de l’époque: il propose un nouveau référentiel concernant la domification – le système « Placidus » – tout en conservant littéralement la tradition textuelle – et il s’efforce au moyen d’une trentaine d’exemples (dont la capture de François Ier à Pavie en 1525 ou l’assassinat d’Henri IV, en 1610) de montrer que le décalage ainsi proposé, pour le calcul des directions primaires, directement lié à celui des maisons, est viable. Mais, ce faisant, en découplant l’interprétation des facteurs du thème de leur mode de calcul ne favorisait-on pas le recours à des procédés de tirage les plus divers, empruntant notamment aux méthodes divinatoires? En tout état de cause, il semble en effet, pour l’historien de l’astrologie, qu’il soit utile de prendre en compte les changements de modèles astronomico-cosmographiques proposés successivement alors que parallèlement se maintient, contre vents et marées, un discours astro-symbolique, véhiculé par les supports les plus variés. 
 

L’aphorisisation de l’astrologie judiciaire

En dépit de ce qui se passa ou ne se passa pas en 1654, la production astrologique battait son plein en cette année 1657 qui vit la traduction française d’un Traité déjà bien ancien puisque datant de 1602 et en outre constituant une anthologie de textes… Ne faut-il pas d’ailleurs voir un signe de sclérose dans ce mouvement de traductions qui affecta également l’oeuvre de Ptolémée, avec en 1652 le Commentaire du Centiloque (le centiloque étant une série (centurie) de cent aphorismes) par Nicolas Bourdin? D’autant que toujours en 1657 paraissait un recueil d’ aphorismes astrologiques chez Pierre Ménard qui publiait également une nouvelle édition des Remarques Astrologiques, d’abord parues en 1654 chez l’auteur et qui, elles-mêmes, s’articulent autour du Centiloque. Or, avec les Aphorismes d’astrologie tirées de Ptolomée, Hermes, Cardan, Monfredus & plusieurs autres, traduits en français par I. N. Corve. Et augmenté d’une Préface de la vraye Astrologie par L. Meyssonnier. On en connaît deux éditions pour cette même année 1657, l’une à Paris, chez Jean Pocquet, l’autre à Lyon, chez Michel Duhan, le premier mot du titre annonce la couleur: Aphorismes! (Sur Ptolémée, J. B. Morin, H. Rantzau, L. Meyssonnier, A. Ferrier, Abraham Ibn Ezra etc, voir les notices de Bernard Baudouin, Dictionnaire de l’astrologie, op. cit.)

Comment expliquer un tel engouement pour ce genre particulier qu’est celui de l’aphorisme, dont le Centiloque est le prototype? Il y a nécessairement un public pour cela, faute de quoi les libraires ne s’y risqueraient point! Il y a bien une mode des aphorismes astrologiques tout comme il y a une mode des pamphlets anti-astrologiques et on se doute qu’il y ait là dialogue de sourds entre anathèmes et aphorismes, entre réquisitoires et recettes!

Il faut y voir, selon nous, justement un changement de public et peut être la faveur auprès des femmes qui deviendra un trait dominant de la divination aux XVIIIe et XIXe siècles. C’est ainsi que les « Aphorismes » de 1657 sont dédiés à Madame Souveraine de Dombes, duchesse de Montpensier. Qui dit aphorismes, en effet, dit peu ou prou livre de recettes. Deux cas de figures: soit on part d’une position qui fait sens au niveau de la technique astrologique, soit on part d’une situation qui fait partie du quotidien de la plupart des hommes mais dans les deux cas, des aphorismes sont fournis qui permettent un discours oraculaire à partir d’un déchiffrage du thème natal. Autrement dit, la vogue de l’aphorisme astrologique serait comparable, à trois siècles de distance, à celle de l’astrologie par ordinateur (type Astroflash) à partir de la fin des années 1960, l’interprétation se réduisant à une juxtaposition de formules qui ne permet guère de synthèse. Le livre de sentences est en fait l’inverse du manuel d’astrologie. La littérature astrologique didactique est censée enseigner comment on dresse un thème et exposer les principes généraux de l’astrologie tandis que le recueil d’aphorismes relève d’une astrologie prête à consommer, « surgelée » qui permet à un certain public d’y goûter, c’est donc une forme caractérisée de vulgarisation. Hiéroz définit fort bien dans son introduction au Traité édité- au sens anglais du terme, par Rantzau, ces « aphorismes si à la mode aujourd’hui et qui tendent à doter l’astrologie de procédés analytiques évidemment commodes mais contraires à l’esprit synthétique qui doit animer tout véritable astrologue ».

Mais il existe une autre explication qui tient à l’importance des aphorismes dans le domaine de la médecine et de l’alchimie (chymie). Le terme « aphorismes » évoque notamment Hippocrate. En 1661, reparaissent les Oeuvres du R. P. Gabriel de Castaigne tant médicinales que Chymiques (…) À quoy sont adioutez les aphorismes basiliens » (Paris, Laurent d’Hourry). Tout comme Alexandre Baulgite avait ajouté au Traité de Rantzau des Aphorismes et Annotations, de même, à la somme de l’évêque Gabriel de Castaigne, qui appartient comme le Danois au début du siècle sinon à la fin du précédent, J. B. de la Noue croit bon d’ajouter des sentences inspirées de Basile Valentin. Le champ ésotérique en ces années 1650/1660 est truffé d’ aphorismes dont on peut penser qu’ils dénotent une certaine sclérose, l’existence d’un savoir qui tend à se figer et à se répéter, faute de disposer de penseurs d’envergure capables de déstabiliser et de décrédibiliser le discours dominant. On peut même se demander si de tels recueils n’étaient pas ouverts au hasard pour produire des oracles! C’est justement pour démystifier de tels aphorismes que le Père de Billy se serait efforcé, dans son Tombeau, de révéler les principes qu’il jugeait absurdes qui les sous-tendaient, un peu comme fera, près de deux siècles et demi plus tard, en 1899 un Bouché Leclercq, dans son Astrologie Grecque.

Autrement dit, la critique pour être profitable doit venir de l’intérieur plutôt que de l’extérieur et celle que nous voyons se déployer, notamment en milieu jésuite, est bel et bien externe. Il semble bien que Kepler n’ait exercé qu’une influence marginale sur la pensée astrologique du XVIIe siècle et que l’astrologie a continué son chemin comme si de rien n’était. Voilà qui pose le problème de la dialectique entre l’avant-garde et la société dont elle a en quelque sorte la charge : face à Morin de Villefranche dont l’Astrologia Gallica paraît, à La Haye, en 1661, après sa mort, et qui, au demeurant, on l’a vu, affronte Bourdin, il y a un milieu astrologique quelque peu desséché et qui n’est pas irrigué par son élite. Or, si à un certain stade, il n’y a pas symbiose entre toutes les parties concernées, il y a péril en la demeure! 
 

L’ersatz géomantique

Bientôt, à ce jeu là, on n’aura même plus besoin d’astrologie pour servir un tel repas: on se contentera de géomancie à la façon d’un pseudo Gérard de Crémone, alias Gérard de Sabionetta, auteur d’une Géomance Astronomique, traduite par le sieur de Salerne (1661, Paris, J. Gandouyn, Reed. Cahiers Astrologiques, 1946).

Ainsi, après la guerre, Alexandre Volguine, par ailleurs directeur des très orthodoxes Cahiers Astrologiques, ne trouve rien de mieux que de publier, à Nice, ce texte en tête de sa collection « Les maîtres de l’occultisme », lui qui, en 1941, avait rééditer les Prophéties Perpétuelles de Thomas Joseph Moult (1608), autre ouvrage dont le caractère astronomique sinon astrologique est assez spécieux, que l’éditeur rapproche de Nostradamus. Il semble que Volguine soit alors passé par une période de scepticisme par rapport à l’astrologie.

On peut, d’ailleurs, se demander si un ouvrage comme la Géomance Astronomique ne relève pas d’une forme d’anti-astrologie, dont on n’a pas assez souligné l’impact, tout comme l’est, à un tout autre niveau le réformisme astrologique d’un Kepler. Dans son introduction, l’auteur ne reconnaît-il point – on citera dans l’adaptation tronquée de Volguine – que « l’astronomie est une science trop longue et trop difficile pour pouvoir en tirer un jugement convenable. Les yeux de l’Entendement ont de la peine d’en regarder seulement une partie et peu de personnes sont aujourd’hui capables d’en faire de vraies prédictions. Nous avons composé cet ouvrage et lui avons donné le nom de Géomancie astronomique pour enseigner avec moins de travail et de peine la manière de bien juger car dans cette science, il n’est pas nécessaire d’observer l’Ascendant, ni l’heure de naissance comme il se pratique dans l’Astrologie ». A noter que l’ouvrage, dans sa traduction française à partir de l’italien, connut deux préfaces, l’une datée de 1661, dédiée à Mazarin (cote BNF V 21847) et l’autre, parue, après la fameuse année 1666, en 1669, dédiée à Gaspard Marie Crollalanza de l’ordre des Révérends Pères Théatins (cote BNF V 21850). Entre temps, la géomance astronomique est devenue, on ne sait trop pourquoi, la géomancie astronomique! Ainsi, l’astrologie aurait-elle périclité en ce qu’elle était « trop longue » pour ses utilisateurs tout autant sinon plus qu’en raison de son discrédit scientifique! 
 

Conclusion

Il n’est pas sans intérêt de relever le fait qu’un traité hostile à l’astrologie ait pu faire une seconde carrière, sept ans plus tard, sous un autre nom, en tant, en quelque sorte, qu’exposé de la doctrine astrologique.

Entendait-on « piéger » le public en lui proposant une présentation circonstanciée de l’astrologie, avec le label Descartes, alors qu’il s’agissait d’une mise en cause de celle-ci conduite par un Père Jésuite? Il y a là pour le moins quelque duplicité et on ne peut exclure que les Jésuites eux-mêmes n’y aient prêté la main.

Le gros traité du Père Jean François, en ses deux éditions de 1660 et 1667, nous apparaît, on l’ a dit, comme l’ultime somme antiastrologique de langue française. Désormais, les attaques contre l’astrologie seront en effet réduites à quelques pages lorsqu’elles paraissent isolément et à un chapitre ou deux au sein d’un ensemble recouvrant un sujet plus vaste que la seule astrologie, comme la question des superstitions. On ne pourra plus apprendre l’astrologie en lisant un traité d’anti-astrologie!

Force est de constater que Lynn Thorndike ne lui a pas accordé, dans son History of Magic, la place qu’il méritait à divers titres. En fait, Thorndike n’a pas soupçonné que le Père Jean François avait consacré plus de 250 pages à pourfendre l’astrologie. Mais il est vrai qu’à lire Thorndike, on est conduit à tout ignorer d’un homme qui a laissé un traité d’astrologie – au sein des Tableaux des Philosophes, qui est probablement le dernier du genre à avoir été imprimé avant que l’astrologie française ne tombe dans les délices de la divination, à savoir le baron de Saint Georges, Eustache Lenoble, ce grand absent, qui eut convenu à cette « last decade » qui est l’intitulé du dernier chapitre (XI) de toute l’oeuvre de Thorndike. Entre un Père Jésuite Jean François et un Eustache Lenoble que nous avons tous deux exhumés (cf notre étude sur la réédition partielle du traité d’astrologie de Lenoble par les soins d’Etteilla, à la fin du XVIIIe siècle) se situent les limites du talent d’investigation de l’historien américain. Pourtant, Thorndike s’est intéressé à Pierre Bayle et à ses Pensées sur la Comète. Or, dans cette série de textes (Addition, Continuation) dont le prétexte était la comète de 1680, le penseur réformé évoque la réputation du baron du fait de son traité d’astrologie, ce qui lui faisait désespérer, à tort, de la voir jamais tomber en défaveur durable.

Bachelard n’en avait pas moins réfléchi par ailleurs, mais plus sur le plan anthropologique que philologique, à l’émergence de l’astrologie quand il écrivait -on l’a déjà rappelé – que le Zodiaque est le « test de Rohrschach de l’Humanité enfant ». Mais faut-il considérer cette formule comme concernant l’astrologie? Ce serait là comme un cadeau empoisonné! En effet, la question est de savoir si le symbolisme zodiacal relève ou non du champ de l’astrologie au niveau herméneutique. Il nous semble qu’il y a là une forme de décadence de l’astrologie savante du fait d’un syncrétisme avec une astrologie populaire. 

Iconographie 

 

1649. Lettre du R. P. N. Caussin<br /><br />
sur la curiosité des Horoscopes. 1649. Responce en faveur de l'astrologie à la lettre<br /><br />
du R. P. N. Caussin.
1649. Lettre du R. P. N. Caussin sur la curiosité des Horoscopes. Outre cette lettre pamphlétaire, ce Père Jésuite est l’auteur de plusieurs textes contre l’astrologie, mais qui traitent de bien d’autres questions, ils seront traduits en diverses langues (cf. le CATAF), notamment la Cour Sainte qui suivra de peu et qui est annoncée dans la Lettre. Caussin précéde, sur ce créneau, un autre Jésuite, le Père Jacques de Billy. 1649. Responce en faveur de l’astrologie à la lettre du R. P. N. Caussin. L’auteur pourrait en être Nicolas Bourdin, qui avait alors déjà publié sa traduction du Tétrabible de Ptolémée (1640) vu que la lettre est signée « De V. »; ce qui pourrait correspondre au fait qu’il était Marquis de Vilennes. Cette polémique annonce celle qui va opposer, dans les années 1650 Jean-Baptiste Morin dit de Villefranche à Pierre Gassendi.

 

1657. Traité astrologique des Jugements des<br /><br />
thèmes généthliaques de Rantzau. 1657. Aphorismes d'astrologie.
1657. Traité astrologique des Jugements des thèmes généthliaques de Rantzau. Pierre Ménard publie cette traduction française d’une compilation latine déjà ancienne par Jacques Aleaume, et essentiellement constituée d’aphorismes. On notera l’intitulé « jugemens des themes généthliaques pour tous les accidens qui arrivent à l’homme après sa naissance ». Ce type de traité permettait de lire un thème mais ne fournit pas de méthode pour les calculs. Il est possible que l’on se faisait dresser le thème- chose alors assez laborieuse – par un spécialiste… 1657. Aphorismes d’astrologie. Autre ouvrage traduit par A. C(orve) paru en 1657, avec une Préface de Lazare Meyssonier. Le titre même de l’ouvrage trahit le caractère compilatoire de l’oeuvre et le fait que figurent, sur la page de titre, les noms de Ptolémée et de Cardan est probablement un argument de vente.

 

1657. Remarques Astrologiques de Morin. 1657. Le tombeau de l'astrologie judiciaire de Billy.
1657. Remarques Astrologiques de Morin. Morin avait édité à ses frais une première édition en 1654 car il était aussi éditeur. La seconde édition paraît chez Pierre Ménard, en cette année 1657. Encore une fois, le nom de Ptolémée figure sur la page de titre. Dans cet ouvrage Morin, Professeur au Collége Royal (qui deviendra notre Collège de France) y polémique avec Gassendi mais surtout avec son confrère Nicolas Bourdin qui a sorti en 1652 un commentaire du Centiloque que Morin n’apprécie guère. D’ailleurs, Ptolémée est surtout connu alors à travers les aphorismes du Centiloque bien que sa paternité en soit contestée. Ces Remarques annoncent l’Astrologia Gallica, qui paraîtra en 1661, après la mort de l’auteur.  1657. Le tombeau de l’astrologie judiciaire de Billy. Toujours en 1657, faisant contrepoids à ces recueils d’aphorismes, un « pavé » de plus de 200 pages dirigé contre l’Astrologie Judiciaire par un Jésuite connu par ailleurs pour ses travaux scientifiques. Ce qui montre que la polémique bat son plein et que le public n’y est pas indifférent. En fait, on pourrait dire, sans trop d’exagération, que la lecture du Tombeau peut constituer une forme d’initiation à l’astrologie tant son auteur en fait une exposition circonstanciée, pensant que cela suffit à la ridiculiser.

 

1660. Traité des Influences Célestes. 1667. Les véritables connoissances des influences<br /><br />
célestes.
1660. Traité des Influences Célestes. Ce volumineux traité d’un troisiéme Jésuite, le Père Jean François paraît à Rennes, en Bretagne, dans une ville qui avait été depuis peu le lieu de publication du Fatum Universi d’un Capucin, le Père Yves de Paris, dont Henry de Boulainvilliers parlera, vers 1700, dans son oeuvre astrologique. Cet ouvrage avait déplu en haut lieu en raison de pronostics visant notamment l’Angleterre. On est alors sous Mazarine et Louis XIV est encore bien jeune, au sortir de la Fronde. Rappelons aussi qu’en 1654, on avait annoncé les terribles effets d’une Eclipse, ce qui avait d’ailleurs contribué au discrédit des astrologues. 1667. Les véritables connoissances des influences célestes. Le même traité va reparaître six ans plus tard, cette fois à Paris, sous un autre titre et attribué à un autre auteur, R. Decartes. Il nous semble à peu près certain que c’est bien René Descartes qui est ici visé avec ou sans la complicité des Jésuites dont il avait été l’éléve. En quelque sorte, cet ouvrage est à la fois un plagiat de la somme antiastrologique de Jean François et une contrefaçon du Monde de Descartes!

 

1664. Le Monde de Descartes. 1672. L'Harmonie Céleste de Fayol.
1664. Le Monde de Descartes. Entre 1660 et 1667 est en effet paru, le Monde de Descartes, donc après sa mort. Cela contribue à mettre celui-ci à la mode et explique que certains aient été tenté de laisser croire que Descartes avait pu laisser un tel ouvrage dans ses papiers… Rappelons, en effet, qu’à la suite de la condamnation de Galilée, en 1633, Descartes avait reporté la publication de son oeuvre relative aux choses célestes. Un Claude Gadroys publiera en 1672 un discours sur les influences célestes qui constitue une astrologie revue selon les principes cartésistes. 1672. L’Harmonie Céleste de Fayol. En 1672, alors que l’Académie Royale des Sciences a été fondé par Colbert en 1666 – sans que cela ait immédiatement provoqué le rejet de l’astrologie! – Fayol, prieur de Nostredame de Donges (non loin de Nantes), encore un écclésiastique, s’en prend à Descartes dont il prétend  » discerner les erreurs », ce qui montre bien à quel point le philosophe se trouve, post mortem, au coeur du problème astrologique. Fayol n’emploie pas dans son titre le mot « Astrologie » et lui préfére celui d’ »influence des astres ».

 

1661. Gabriel de Castaigne. 1661. Géomance astronomique.
1661. Gabriel de Castaigne. Jean d’Houry qui publiera en 1672 l’Harmonie Céleste de Fayol, fortement marquée par le médical, avait publié dès 1661 les oeuvres médicales et alchimiques d’un écclésiastique, le Révérend Père Gabriel de Castaigne. On notera surtout que l’ouvrage comporte des « aphorismes basiliens », à une époque où les compilations de sentences astrologiques, dans le style du Centiloque, se multiplient. La production ésotérique goûte alors le genre des recettes (étymologiquement: recevoir, donc transmission) de cuisine. 1661. Géomance astronomique. Décidément, l’astrologie axée sur l’astronomie n’est-elle pas trop compliquée, se demande le sieur de Salerne, dans son introduction. D’ailleurs, le corpus astrologique, avec ses aphorismes, ne pourrait-il s’adapter à des modes de tirage plus accessibles et n’exigeant pas le recours aux éphémérides? On bascule ainsi, vers une astronomie fictive mais qui n’en permettra pas moins une « parfaite intelligence des horoscopes » et qui l’emportera définitivement au siècle suivant, s’appuyant désormais sur la curiosité féminine…

 Bibliographie

  • Bachelard, G., « Un livre d’un nommé R. Decartes », Archéion, Vol. XIX, 1937
  • Baudouin, B. Dictionnaire de l’astrologie, Paris, Ed de Vecchi, 2000
  • Drévillon H. Lire et écrire l’avenir. L’astrologie dans la France du Grand Siècle (1610-1715), Champvallon, 1996.
  • Eymard, J. « Un Livre Curieux de la Bibliothèque Municipale de Rennes. L’Astrologiae Nova Methodus » du P. Yves de Paris (1503-1678) », Annales de Bretagne, XLIV, 1937
  • Grenet, M. La passion des astres au XVIIe siècle, Paris, Hachette, 1994
  • Guinard, P. Le Manifeste, http://cura.free.fr/01qqa1.html, CURA, 1999
  • Guinard, P. « Eustache Lenoble », http://cura.free.fr/docum/10lenob.html, CURA, 2001
  • Halbronn J. Etudes autour des éditions ptolémaïques de Nicolas de Bourdin (1640-1651), avec le Commentaire du Centiloque par Bourdin Paris, Editions Trédaniel, 1993.
  • Halbronn, J. Recherches sur l’Histoire de l’astrologie et du Tarot, avec l’Astrologie du Livre de Toth d’Etteilla, Paris, Trédaniel, 1993
  • Halbronn, J. Catalogue Alphabétique des Textes Astrologiques Français (CATAF), http://cura.free.fr/docum/10catAB.html, CURA, 2001
  • Halbronn, J. « L’Empire déchu ou l’Astrologie au XVIIe siècle » Politica Hermetica, n°11, 1997.
  • Halbronn J, Ed. De J. B. Morin, Remarques astrologiques sur le Commentaire du Centiloqude Nicolas Bourdin, Paris, Retz, 1976.
  • Halbronn J. « Pierre Gassendi et l’astrologie judiciaire. Approche bibliographique » in Pierre Gassendi (1592-1655), Actes du Colloque International, Digne, Annales de Haute Provence, n°s 323-324, 1995
  • Halbronn J. « La résurgence du savoir astrologique au sein des textes alchimiques dans la France du XVIIe siècle, Colloque Aspects de l’Alchimie au XVIIe siècle, Dir. F. Greiner, Université de Reims, 1998.
  • Halbronn J. « Le Manuscrit 7321A de la Bibliothèque Nationale de France et le texte de l’édition critique des textes pseudo-hippocratiques », Louvain La Neuve Bulletin de Philosophie Médiévale, n°38.
  • Halbronn, J., « The revealing process of translation and criticism in the History of Astrology », in Astrology, Science and Society, Historical essays, Dir. P. Curry, Woodbridge, Boydell Press, 1987
  • Haran A. Y. Le Lys et le globe. Messianisme dynastiques et rêve impérial en France aux XVIe et XVIIe siècles, Champvallon, 2000
  • Hiéroz, J. Ed. Traité des Jugements des thèmes Généthliaques de Rantzau, Nice, Editions des Cahiers Astrologiques, Nice, 1947
  • Labrousse E. L’Entrée de Saturne au Lion. L’Eclipse de Soleil du 12 Août 1654, La Haye, Nijhoff, 1974.
  • Thorndike, L. A History of Magic and Experimental Science, Vol. VII & VIII, The seventeenth Century; New York, Columbia University Press, 1958.
  • Withmore, M. P. J. S. A Seventeenth Century Exposure od Superstition, Selected texts of Claude Pithoys (1587-1676), La Haye, Nijhoff, 1972

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Astronomie et chronologie. Isaac newton et l’école précessionnelle française

Posté par nofim le 22 janvier 2014

Astronomie et chronologie: Isaac Newton et l’école précessionnelle française 
par Jacques Halbronn

Introduction

« En général, il parut à Newton que le monde était de cinq cents ans plus jeune que les Chronologies ne le disent; il fonde son idée sur le cours ordinaire de la nature et sur les observations astronomiques.(…) Les Anciens (..) composèrent leur grande année du monde, c’est à dire la révolution de tout le Ciel d’environ 36000 ans. Mais les Modernes savent que cette révolution imaginaire du Ciel des étoiles n’est autre chose que la révolution des pôles de la terre, qui se fait en 25900 années (…) Je ne sais si ce systéme ingénieux fera une grande fortune (…) Peut être les savants trouveraient-ils  que c’en serait trop d’accorder à un même homme l’honneur d’avoir perfectionné à la fois la Physique, la Géométrie et l’Histoire; ce serait une espèce de Monarchie Universelle dont l’amour-propre s’accommode malaisément. » (Voltaire,  XVIIe Lettre Philosophique, 1728) 
 

Quand on étudie les sources d’un texte ésotérique, il faut parfois aller chercher en dehors du champ ésotérique proprement dit (cf notre article sur l’Esotérisme, sur ce même site). Dans le cas de la précession des équinoxes, le concept d’ésotérisation que nous avons introduit semble bien opérer puisque la piste nous a conduit jusqu’à Newton (1642-1727), auteur notamment de travaux consacrés à la chronologie, sans rapport direct avec l’astrologie judiciaire. On avait déjà montré le rôle posthume d’une autre grande figure de la science occidentale, René Descartes (1596-1650), à la fin du XVIIe siècle (cf notre étude sur Bachelard, sur ce site) dans le débat sur l’influence des astres. En ce sens, ces deux études, qui impliquent Descartes et Newton, se complètent. Il semble bien que l’oeuvre de ces deux auteurs, après leur mort, ait influé, sur l’importance accordée aux phénomènes célestes et aient été ainsi récupérés par les partisans d’une relation plus affirmée entre le ciel et les hommes, par ce que nous avons appelé un processus d’ésotérisation de données « exotériques ».

En ne prenant pas en compte cette dimension, les précédents historiens de la précession des Equinoxes – comme Robert Amadou (voir son étude sur la Précession des équinoxes, in Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, cf infra)- n’ont pas su remonter jusqu’au physicien anglais pour expliquer l’origine, localiser la source, de la vogue du précessionalisme à l’époque contemporaine. Il s’avère que Dupuis, s’il est une source importante du précessionalisme contemporain eut lui-même des précurseurs que ne signale pas une M. F. James.(Les précuseurs de l’ère du Verseau) A la fin du XIXe siècle, un autre anglais, parfaitement inconnu des spécialistes, l’ingénieur Thomas Brunton, qui fut, comme Newton, largement publié en français, passionné de chronologie ancienne comme Newton, nous apparaît comme un chaînon important, quoique négligé, du précessionalisme français à la fin du XIXe siècle. Cela dit, il ne s’agit nullement de mésestimer l’apport d’un Charles-François Dupuis et de sonOrigine de tous les Cultes dans la mise en orbite de la question des ères zodiacales.

Précisons que les historiens patentés de l’astrologie ne couvrent généralement pas le cours du XIXe siècle et encore moins sa fin si bien que ce domaine reste finalement encore assez mal balisé, parfois moins bien que le sont les XVIe ou XVIIe siècles (cf nos études sur ce site), ce qui autorise à parler assez vaguement d’une « renaissance » de l’astrologie en France à la fin du XIXe siècle.

Dans le cas de la question des ères précessionnelles, on pensait jusqu’à présent que rien n’était paru en France pendant la seconde moitié du XIXe siècle, les travaux d’un Dupuis, pourtant constamment réédités, n’y auraient point eu de suite alors que le Zodiaque de Dendérah (longtemps conservé dans une salle de la Bibliothèque Royale, rue de Richelieu, avant d’être transféré définitivement au Louvre, à proximité) avait occupé les esprits pendant des décennies, avant et après l’Expédition d’Egypte et notamment pendant la Restauration. (cf S. Cauville, Le Zodiaque d’Osiris,Louvain Peeters, 1997; F. L. Lauth, Les Zodiaques de Dendérah, Munich, 1865, BNF, A. Slosman, Le Zodiaque de Dendérah, 150 ans avant J. C. Ou 120.000 ans?, Monaco, Le Rocher, 1980), question qui est; en effet, directement liée à la question de la précession.

Nous avions notamment publié le tableau chronologique du Français De L’Aulnaye (cf notre étude sur « Astrologie et Histoire des religions » sur ce site et La vie astrologique, il y a cent ans) qui pointait, sous la Révolution, le passage vers le Verseau au milieu du XVIIIe siècle (cf documents in fine). Et on passait ensuite….à 1937, avec l’Ere du Verseau de Paul Le Cour (cf notre étude sur ce site « les Astrologues saisis par le politique ») acclimatant les travaux anglo-saxons dans une France astrologique devenue tropicaliste depuis Choisnard et Fomalhaut (alias Nicoulaud), et qui antérieurement avait divorcé d’avec l’astronomie tout au long des XVIIIe et XIXe siècles.

Une telle représentation est irrecevable: on a vu que le Zodiaque de Dendérah et ses enjeux chronologiques avaient eu un certain impact, certes en dehors des milieux occultistes. Il semble bien que parallèlement à une école onomantico-cabalistique cherchant à s’émanciper du référentiel astronomique (cf notre travail sur Etteilla et l’Astrologie du Livre de Toth), et qui d’ailleurs influera sur l’émergence de l’art abstrait (cf notre étude « Esotérisme philosophique, ésotérisme sociétal », sur ce site), il ait existé quelques amateurs recourant aux tables planétaires publiées par les astronomes, sans que cela ait l’ampleur, bien entendu, de ce qui se passait alors Outre Manche. La pratique de ces documents astronomiques explique probablement en partie que le sidéralisme ait prévalu, un temps, sur le tropicalisme. 
 

Le systéme stellaro-planétaire ( SP)

La présente étude ne concerne pas au demeurant seulement certains aspects de la présence astrologique aux XVIIIe-XXe siècles, elle nous conduit à réfléchir sur l’astrologie antique, puisque, au demeurant, les auteurs étudiés se référent en permanence au Ciel des Anciens mais aussi, d’une certaine façon, aux perspectives de la recherche astrologique, tant au niveau historique qu’au niveau critique..

Il y a quelques années, nous avions signalé (La vie astrologique il y a cent ans, Paris; Trédaniel, 1992) le cas d’Henri Lizeray qui était l’expression d’une astrologie assez particulière à la fois du fait que son travail concernait un ensemble de poètes français, du XVIIe au XIXe siècle, et ce avant les travaux de Choisnard, et à la fois parce qu’il recourait à des éléments sidéralistes. On pouvait dès lors se demander si Henri Lizeray était le seul chercheur de la fin du XIXe siècle à s’intéresser aux étoiles alors que les spécialistes actuels du sidéralisme ne semblaient pas avoir conduit une telle investigation sur cette période, tant ceux prônant une approche sidéraliste du thème astral (J. Dorsan, Marie Delclos, Denis Labouré, etc) que ceux travaillant sur la question des ères précessionnelles au XXe siècle (Paul Le Cour, Robert Amadou, Evelyne Latour, etc) On nous objectera peut-être que ce sidéralisme français de la fin du XIXe siècle n’a pas eu grand impact. Or, si le précessionnalisme d’un Brunton annonce celui d’un Le Cour, le stellaro-planétarisme d’un Lizeray, pour sa part, a lui aussi un écho au XXe siècle et plus précisément en son extrême fin tout en n’ayant jamais cessé de sourdre, comme on essaiera de le montrer..

De fait, l’intérêt accordé aux ère précessionnelles par les astrologues tropicalistes, dans le cours du XIXe siècle – auparavant, cela n’intéressa, à la fin du XVIIIe siècle, que des historiens de religion qui ne sauraient être assimilés à des astrologues – introduit une dimension stellariste dans leurs représentations, d’autant qu’ils combinent, éventuellement, le thème natal avec l’arrière plan précessionnel, d’où une dualité, une dialectique, entre un plan jugé fixe -on sait que ces étoiles ne sont pas « vraiment » fixes – qui est celui des étoiles et un plan mobile qui est le mouvement précessionnel. On retrouve bel et bien ce faisant la structure d’une horloge et Le Cour, d’ailleurs, dans Atlantis, puis dans l’Ere du Verseau,recourt au dessin d’une horloge avec ses aiguilles pour s’expliquer.(cf notre étude sur ce site: « Les astrologue saisis par le politique »)

Notons que le débat quant au début d’une ère est lié au fait que la frontière entre constellations est arbitraire (cf le Manifeste de Patrice Guinard, sur ce site). D’un côté, on a affaire à une frontière virtuelle calculée, tant chez les tropicalistes que chez les sidéralistes, à partir d’un point alpha, de l’autre, il est question d’étoiles aspectées par des planètes ou par tel ou tel autre paramètre et l’on peut calculer le moment où l’aspect se forme avec précision.

L’astrologie stellaro-planétaire met en rapport deux astres réels, matériels, une planète et une étoile et non un élément fictif et un astre réel. Or, l’on peut penser que si les hommes se sont accoutumés à réagir, selon des automatismes, aux configurations stellaro-planétaires, c’est parce que cela concerne un monde visible à l’oeil nu et non une construction intellectuelle.

Il reste que nous avons là affaire, pour les spéculations sur le point vernal, à la mise en place de coordonnées spatio-temporelles: d’une part un découpage de l’espace en douze secteurs de trente degrés, à partir ou à proximité d’un certain point stellaire car même le tropicalisme se projette quelque part dans le ciel et de l’autre un découpage du temps s’articulant autour de la Grande Année précessionnnelle de 25920 ans, en 12 unités de 2160 ans. On arrive ainsi à un rapport approximatif de 1 à 7 (30° pour un peu plus de 2100 ans). Le zodiaque apparaît dès lors comme une sorte d’alphabet de douze signes qui permet de baliser le temps et l’espace à partir de tous les repères possibles, le problème étant le choix, plus ou moins arbitraire, de l’étoile ou de l’année de départ, les deux questions étant, d’ailleurs, en pratique, nécessairement liées. Le stellarisme, pour sa part, n’est pas en quête d’un tel dispositif ou du moins n’en tire aucune interprétation à caractère astrologique, que ce soit pour le diagnostic ou le pronostic. Les étoiles fixes n’ont, d’ailleurs, pas totalement disparu du thème natal (cf V. Robson, The fixed stars and constellations in astrology, 1923, Trad. française: Les étoiles fixes et les constellations en astrologie, intr. D. Labouré Ed. ¨Pardés, 1991), bien qu’on leur préfère notamment les degrés monomères dont l’origine est d’ailleurs probablement liée aux constellations. Mais dans la pratique contemporaine des étoiles fixes, celle-ci n’ont pas le monopole des aspects avec les planètes et on cela n’empêche pas d’étudier les aspects entre planètes, ce qui est contraire au principe stellaro-planétaire, selon lequel l’aspect est ce qui relie planète et étoile fixe.(cf P. Chacornac, étude, in revue Astrologie,Paris, Chacornac, 1935).

On pourrait parler d’un processus de zodiacalisation - si l’on entend par là un découpage en douze secteurs égaux qui absorberait, en quelque sorte, toute autre subdivision, depuis les étoiles fixes jusqu’aux décans et qui n’aurait somme toute préservé que les dipositifs traitant des rapports planètes/signes (domiciles, exaltations). Or, le zodiaque est au départ moins un contenu qu’un contenant, une enveloppe, un cadre. La division des ères selon les constellations est typique de la zodiacalisation. Privilégier le contenant sur le contenu reviendrait, au fond, à ne considérer que l’apparence des choses. En fait, quand on rapproche les théories de Dupuis de celles de Newton, sur les questions de chronologie et d’étoiles, on est frappé par leur caractère extraordinairement simpliste et réducteur.

Au Moyen Age, le stellarisme a droit de cité, comme le note Juliette Du Rouchet, ( « L’Ere du Verseau et la fin de l’âge de la Lune », dans l’ANEV), s’appuyant sur notre édition de 1977, parue dans la Bibliotheca Hermetica, chez Retz, du Commencement de la Sapience des signes, » Abraham Ibn Ezra indique clairement que l’astrologie utilisée alors était loin de se laisser enfermer dans le zodiaque et ses planètes ».

François Villée, hostile au sidéralisme, utilise également notre édition d’Ibn Ezra (Précession des équinoxes et pratique de l’astrologie, Paris, Ed. Traditionnelles, 1985, pp.. 37-43) tout en réussissant à ne pas citer notre nom, alors qu’il reproduit non seulement de larges pans de notre traduction mais aussi nos commentaires et notre introduction

Toutefois, au lieu d’étudier les aspects entre planètes et étoiles, l’astrologue juif espagnol, à l’instar du Tétrabible, décrit les étoiles en combinant des tonalités planétaires mais on peut raisonnablement supposer que si une planète aspecte une étoile d’une nature qui lui convient, cela est bénéfique et vice versa. Le chapitre I du Commencement de Sapience ainsi que le chapitre I du Livre des Fondements, qui en est le commentaire, mettent en évidence un certain stellaro-planétarisme. Il importe peu ici que les constellations soient de longueur inégales puisque ce qui compte ce sont les aspects aux étoiles, les constellations ne constituant qu’un repérage utile, étant entendu que les planètes sont situées en dessous des étoiles réputées immobiles.

Une des raisons de la désuétude des étoiles fixes tient au fait qu’elles n’appartiennent pas à notre système solaire. Or, l’astrologie contemporaine de la seconde moitié du XXe siècle, notamment avec J. P. Nicola, s’est construite autour de l’idée selon laquelle les étoiles ne constituaient pas un ensemble pertinent à la différence du système solaire. Pour Nicola, il faut chasser le sidéralisme pour fonder une « astrologie moderne ».(cf son essai de 1977, paru au Seuil)

Il est un fait que d’une part les constellations réunissant des étoiles relativement proches quand on observe le ciel depuis la Terre – et qui ne relèvent d’ailleurs pas du stellaro-planétarisme – sont des structures artificielles et que d’autre part, les étoiles fixes, en elles-mêmes, ne forment pas, entre elles, un champ d’un seul tenant, puisque émanant de divers espaces.

Or, le stellaro-planétarisme n’a nullement besoin d’affirmer que ces étoiles ont la moindre vocation en soi à concerner les terriens ou qu’elles constituent un ensemble pertinent avec le système solaire. Le critère de visibilité suffit dans la mesure où de toute façon on est un dans un cas d’instrumentalisation, c’est à dire que l’on utilise le ciel comme un code ou plutôt qu’on en fait un code, et ce tout à fait arbitrairement.(cf notre théorie dans Histoire de l’astrologie, Paris, Artefact, 1986)

Le stellaro-planétarisme ne saurait être assimilé au sidéralisme. En tout état de cause, il n’est pas concerné par le débat sur la précession des équinoxes puisqu’il ne s’intéresse pas au symbolisme zodiacal, ni de près, ni de loin.

On peut considérer que les sidéralistes, en accordant de l’importance à une certaine étoile d’une certaine constellation, à partir de laquelle ils découperont l’écliptique en douze, pratiquent une forme de stellarisme mais ils ne privilégient pas pour autant les aspects des planètes à ce point vernal; On ne peut donc dire qu’ils pratiquent le stellaro-planétarisme, même s’ils placent les planètes dans les secteurs ainsi découpés et dérivés de l’étoile matricielle. Curieusement, en effet, les sidéralistes ne s’intéressent pas spécialement aux étoiles fixes et ne privilégient aucunement les aspects entre planètes et étoiles.

En tout état de cause, les positions des astrologues sidéralistes sont le témoignage d’une certaine insatisfaction, l’intuition d’un manque, d’un décalage. La réponse qu’ils fournissent n’est probablement pas la bonne, mais elle « brûle », puisqu’elle n’en dirige pas moins notre attention vers les étoiles (cf Dorsan, Retour au zodiaque des étoiles, Paris, Dervy, 1980). Toutefois, en restant figés sur une étoile de la constellation du Bélier pour dresser leur zodiaque, ils se placent dans une situation assez inconfortable dans la mesure où le zodiaque indien était précédemment articulé sur une étoile de la constellation du Taureau (cf « Lettre de M. Dupuis à M. Le Rédacteur du Mercure de France », n° 24, 14 juin 1783, p. 86 et Dupuis, Mémoire explicatif du zodiaque etc, Paris, 1806, p. 48 , cf notre article sur l’astrologie indienne in Ayanamsa, décembre 2000) et que le point vernal actuel correspond, en gros, à une étoile relevant soit de la constellation des Poissons, soit de celle du Verseau. Les sidéralistes, dès lors, ne font que suivre une tradition indienne sclérosée. Le peu de relief stellaire de la constellation du bélier montre à quel point cette région n’eut d’importance que parce qu’elle correspondit au point vernal (axe des équinoxes) au moment où l’on plaqua le zodiaque des saisons sur l’écliptique. En elle-même elle ne revêt pas d’intérêt, alors que les étoiles fixes, elles, préexistent, astrologiquement parlant, à la zodiacalisation de l’écliptique, le stellarisme, quant à lui, n’ayant pas besoin de diviser l’écliptique en douze secteurs et n’étant concerné que par une succession d’étoiles aux abords du passage des planètes, le repérage en constellation n’étant plus que de commodité comme c’est le cas aux yeux des astronomes..

Parmi les traces du systéme SP (en anglais Stellar planetary astrological system, SPAS), signalons le cas de l’ascendant et notamment des aspects à l’ascendant, également appelé horoscope. Ce terme comporte un verbe grec signifiant observation visuelle (scope), ce qui laisserait entendre qu’au départ il s’agissait bel et bien de désigner une étoile fixe comme base du thème étant donné que les étoiles fixes, comme leur nom l’indique, sont là en permanence et que l’on en trouve toujours à une proximité relative, ce qui n’est pas le cas des quelques planètes qui circulent et qui sont absentes, lors de la naissance, de tel ou tel signe si bien qu’au cours de la même journée, certaines personnes naissent avec une planète au moins à l’ascendant et d’autres sans aucune planète à l’ascendant, expression d’ailleurs discutable car il faudrait plutôt dire astre ascendant, en l’occurrence étoile ascendante par rapport à laquelle des corrélations avec d’autres facteurs s’établiront, constituant ainsi la trame du thème natal ou du thème stellaro-planétaire, prenant en compte le mouvement des planètes au cours de la vie. Comme l’écrit Pluche ( Ed. 1826 de l’Histoire du Ciel, extraits choisis par Joseph Martin, BNF J 25657), l’astrologie antique prenait en compte le fait que tel enfant  » venait au monde, au moment précis où la première étoile du Bélier montait sur l’horizon » (p. 251) : l’ascendant était bel et bien stellaire à l’origine, on naissait « sous « une certaine étoile – et le terme doit être pris littéralement – et non sous un certain signe.

C’est en gros, le seul point du ciel qui soit précisé en longitude écliptique, sans qu’il corresponde pour autant à une position planétaire.

Le thème natal apparaît en quelque sorte comme un repère fixe (radix) face aux transits qui développent des aspects entre les planètes du radix et les planètes en transit. Dans ce cas, le thème natal joue le rôle d’un plan fixe et donc stellaire, notamment à partir de l’ascendant, dont le nom horoscope a fini par désigner le thème natal tout entier.

Si l’on y réfléchit, les étoiles fixes peuvent tout à fait jouer le rôle du thème natal puisqu’elles sont un élément constant, immuable de la naissance à la mort face à la course planétaire qui, quant à elle, introduit des modulations.

Virgile Zamboni (Précession des équinoxes expliquée, Paris, Ed. St Michel, 1972, p. 11) montre bien le rapport entre ascendant et étoile:  » Si nous observons par conséquent tous les matins les étoiles qui se trouvent plus ou moins au point précis où l’on voit paraître le soleil et on marque leurs emplacements sur une carte, ainsi le point où a paru l’astre du jour, on trace lentement de la sorte , jour après jour, au cours d’une année, une bande d’étoiles au milieu de laquelle par les points tracés journellement paraît une ligne circulaire régulière qui fait le tour du ciel ». Ajoutons qu’il serait plus heureux, à propos de la précession des équinoxes, de parler d’un changement d’étoile que d’un changement de constellation. D’ailleurs, Dupuis ne s’exprime pas autrement, en 1806: « L’égalité des jours et des nuits au printemps qui autrefois arrivait, par exemple, lorsque le Soleil était uni aux Pléiades vers la fin de la constellation du Bélier, arrive aujourd’hui près de deux mois avant qu’il ait atteint ces mêmes étoiles, c’est à dire lorsqu’il ne fait encore que répondre (sic) aux premières étoiles des Poissons » (Mémoire explicatif du Zodiaque chronologique et mythologique; Paris, p. 20) 
 

I. Le poids de Newton

Il revient à l’historien des idées de remonter suffisamment en amont pour découvrir la source d’un processus, l’élan novateur. Et Charles-François Dupuis n’est pas en haut de la chaîne, il ne fait, allons-nous montrer, que prolonger un débat déjà engagé cinquante avant lui autour de certaines travaux du physicien anglais Newton. Et c’est bel et bien parce que Newton était déjà célèbre par ses travaux sur la gravité que ses recherches concernant la datation chronologique à partir des étoiles eurent l’impact qui fut le leur.

L’auteur de l’Apologie (…) sur l’ancienne chronologie des Grecs (1757) en convient: « Cet ouvrage est une des dernières productions de son génie vaste et créateur, le fruit d’une longue étude et d’une profonde méditation sur l’ancienne Histoire. Il suffit de l’examiner pour s’apercevoir jusqu’où l’auteur avait porté ses connaissances & ses recherches sur cette matière ». Sans l’intérêt de Newton, sur la fin de sa vie, pour les étoiles et la chronologie, y aurait-il eu un Dupuis et parlerait-on de l’ère du Verseau?..

C’est le polytechnicien Charles Paravey un des auteurs les plus attentifs au Zodiaque de Dendérah – auteur au demeurant non retenu par Slosman dans son ouvrage sur le sujet -(cf infra) qui attira notre attention sur l’héritage de Newton:

« Non moins versé dans la science de l’Antiquité que dans les hautes spéculations des sciences physiques et mathématiques, Newton est le premier qui, se reposant ainsi de ses longues méditations, ait songé à appliquer aux événements historiques, le calcul de la Précession des Equinoxes qu’avait découvert Hipparque » (Aperçu des mémoires encore manuscrits sur l’origine de la sphère et sur l’âge des zodiaques, Paris, 1821, BNF 8° V pièce 11333. Paravey, lui-même ne semble connaître Newton que d’après Bailly, Histoire de l’astronomie ancienne, ouvrage paru au milieu des années 1770 (cf infra), c’est à dire à l’époque où Dupuis commence à formuler sa pensée précessionnelle..

Il est certain que si l’on y englobe tout ce qui s’écrit sur la genèse du symbolisme zodiacal et sur l’influence du dit symbolisme sur l’histoire des religions, les XVIIIe et XIXe siècles apparaissent autrement plus riches qu’on n’a bien voulu généralement le dire au regard de l’Histoire de l’astrologie et ce, précisément, en ce qui concerne l’intérêt des milieux académiques. Le débat autour du Zodiaque ne date nullement de Dupuis: les publications de l’abbé Pluche, seront ainsi l’occasion d’un débat, au cours des années 1740-1741, dans les colonnes du Journal de Trévoux, publication jésuite, avec notamment ce commentaire sur la « Lettre du Père Le Mire au Père Brumoy au sujet de l’invention du zodiaque, attribué par l’auteur du Spectacle de la Nature (de Pluche), aux premiers descendants de Noé « (article LI, juin 1740, pp. 298 et seq). De telles observations zodiaco-stellaro-chronologique prolongent celles de Newton. Noël Pluche, dont le rayonnement déborda largement la France et le XVIIIe siècle. Son Histoire du Ciel (1740) est traduite en anglais (History of the Heavens considered according to the notions of the poets and philosophers compared with the doctrines of Moses being an inquiry into the origine (sic) of idolatry and the mistakes of Philosophers upon the formation and influences of the celestial bodies, trad. J.B. de Freval, 3e Ed. 1752, BNF 16°V 3609 (2), voir aussi notre étude « The revealing process of translation and criticism in the History of Astrology » in Astrology, Science and Society, Dir. P. Curry, Boydell Press, 1987): Warburton s’y référe et après lui W. Drummond, auteur d’un Oedipus Aegyptiacus, en traitera dans son Mémoire sur l’antiquité du Zodiaque d’Esné et de Denderah, trad. de l’anglais, Paris, 1822, p. 89 ( BNF 8° 03a 552).

Mais c’est bien à Isaac Newton, à celui dont on rapporte volontiers un échange avec Edmund Halley, l’homme de la comète, sur l’astrologie, qu’il conviendrait d’attribuer, au début du XVIIIe siècle, l’idée d’une science historique s’appuyant sur la précession des équinoxes, remplaçant ainsi le modèle des grandes conjonctions Jupiter-Saturne cher à Jean Bodin (cf notre article sur Auger Ferrier et sur astronomie et religions, sur ce site).

Newton avait cherché, en effet, à ajuster la chronologie sur certains repères stellaires, ce qui avait alimenté une polémique (cf Bailly, « Supplément au Livre IX. Des critères par lesquels ont été désignés les signes du Zodiaque & le planisphère », Histoire de l’astronomie ancienne, op. Cit).Au lendemain de la mort de Newton parait sa Chronology of ancient Kingdoms amended, Londres, 1728, BNF G 3800, BL 685 i 20., trad. Italienne 1757, BL 9006 e 11) En cette même année, paraissait en français la Chronologie des anciens royaumes corrigée, dans une traduction de F. Granet (BL 580 h 8). Dès 1725, donc du vivant de Newton, était paru en français un Abrégé de la chronologie de M. Le Chevalier Isaac Newton, traduit et commenté par Fréret Paris, G. Cavelier, BNF G 33061, à partir d’unextrait inédit en anglais que Newton avait confié à quelques personnes avec la promesse de ne pas le divulguer, comme il s’en explique lui-même, dans un texte en français: Réponse aux observations sur la chronologie de Newton (BNF G 11535), dans laquelle d’ailleurs Newton nie, en 1726, avoir le projet de publier saChronologie:

Fréret - que Newton appelle l’Observateur puisqu’auteur d’Observations – « insinue qu’il doit paraître de moi un grand ouvrage sur cette matière mais je n’ay jamais rien dit dont on le dut inférer. Car quoi que pendant mon séjour à Cambridge je me sois quelquefois occupé agréablement de l’Histoire et de la Chronologie, cependant je n’ai jamais déclaré que j’eusse dessein de rien publier sur ce sujet » (p. 9)Cela n’empêchera pas le dit ouvrage de paraître tant en anglais qu’en français, juste après la mort de Newton, peut-être contre la volonté de l’auteur.

Le texte de la Réponse qu’on ne connaît qu’en français, n’est, à tort, point attribué à Newton dans le catalogue de la British Library. (580 e 3 (9). L’exemplaire de la BNF comporte une attribution manuscrite à Newton. Dans cette Réponse, Newton considère que la traduction française de son Abrégé, réalisée par Fréret n’est de toute façon pas fidèle à sa pensée et que la réfutation par le dit Fréret qui l’accompagne, par conséquent, n’est pas fondée. Ainsi, Newton réserve-t-il au public français sa Réponse à l’édition de son Abrégé qui ne paraîtra d’abord qu’en français encore qu’à l’époque, un texte rédigé en français pouvait largement circuler à travers toute l’Europe..

L’abbé Antonio Conti mis en cause par Newton lui répliquera dès 1726 dans une réédition de la Réponse accompagnée d’une Lettre. ( Paris, N. Pissot, BNF G 11535)En fait, la traduction française est dans l’ensemble assez fidèle au manuscrit anglais si l’on en juge par le texte figurant dans les Opera Omnia. (Londres, 1785 (BNF V 6604): A short Chronicle from the first Memory of things in Europe to the Conquest of Persia by Alexander the Great, rendu par Fréret par Chronique abrégée de l’Histoire la plus ancienne de l’Europe jussqu’à la conquête de la Perse par Alexandre. Toujours, en 1726 paraît à Paris, chez Rollin, un Recueil des dissertations du Père E. Souciet contenant (…) cinq Dissertations contre la Chronologie de M. Newton, in Recueil de Dissertations critiques sur des endroits difficiles de l’Ecriture et sur des matières qui ont rapport à l »Ecriture , tome 2 (BNF A 3460 (2) les thèses duquel Fréret dès 1725 avait pris connaissance puisqu’il s’y réfère. En réalité, Fréret avait pris connaissance de ces Dissertations de Souciet avant leur publication, lequel avait pris connaissance, six ou sept ans plus tôt, de l’Abrégé de Newton directement en anglais à partir d’une copie offerte par l’auteur à la Princesse de Galles. Ces dissertations sont dédiées à l’abbé Antonio Conti.

Au demeurant, la traduction de l’Abrégé de Newton, parue à Paris chez G. Cavelier, et à laquelle Newton auquel l’éditeur l’avait fait parvenir répliquerait, allait être dès 1726 vendue, en tant que tome VII l’Histoire des Juifset des peuples voisins de l’anglais Humphrey Prideaux, Amsterdam, H. Du Sauzet (BNF H 6984). En 1728, A. Bedford publie des Animadversions upon Sir Isaac Newton’s book entitled: The Chronology of Ancient Kingdoms amended (BL 580 e 25). Une autre traduction (par J. A. Butini) de l’Abrégé de la chronologie des anciens royaumes, paraîtra à Genève en 1743 (BNF Z Fontanieu 282 (4)/ à partir de l’ Abstract of Sir Isaac’s Newton’s Chronology of Ancient Kingdoms, dû à Reid (2e Ed. Londres, 1732, BL 117 m 17). En 1744, Arthur A. Sykes publie An examination of (…) Sir I. Newton’s Chronology (BNF D2 11649, BL 494 f 18. En 1757, paraît en faveur de Newton, due à James Stewart Denham, une Apologie du sentiment de M. Le Chevalier Newton sur l’ancienne chronologie des Grecs contenant des réponses à toutes les objections qui ont été faites jusqu’à présent, Francfort/Main, BNF G 6751. Un des adversaires des thèses de Newton est ce Nicolas Fréret, auquel Newton s’en était pris peu avant sa mort, et qui en 1758, publie une Défense de la Chronologie fondée sur les monumens anciens, contre le système chronologique de M. Newton, BNF G 3802. Une polémique d’une certaine ampleur, on en conviendra, étalée sur une trentaine d’années et qui touche largement la France.

La raison d’être des travaux de Newton consiste à dater les vies de certains personnages de l’Antiquité dont les oeuvres en rapport avec l’astronomie seraient susceptibles de déterminer à quelle époque ils ont vécu.

Le débat entre Newton et ses détracteurs, tels que le Jésuite Souciet, tourne en partie autour de la constellation du bélier et de sa « première » étoile. Il est essentiel de déterminer de quelle étoile il s’agissait: l’oreille, le pied de devant. L’Expédition des Argonautes aurait été l’occasion, pour faciliter leur orientation au cours de ce voyage, de mettre en place le zodiaque, cela aurait été l’invention du centaure Chiron et cela aurait eu lieu, selon Newton, vers 1467 avant notre ère, si l’on admet que Chiron ait pris en compte le point vernal pour caler son systéme, en le comparant avec sa progression jusqu’à son époque, selon le principe que l’invention du zodiaque stellaire est nécessairement associée avec le recours au point vernal alors en vigueur. Ce faisant, Newton réduit la chronologie classique d’environ 530 ans, ce qui affecte au premier chef la date de la Guerre de Troie (ou Ilion), racontée dans l’Iliade d’Homère.. Signalons qu’avec Dupuis, le probléme sera inverse puisque l’on bascule vers une chronologie beaucoup plus longue (cf infra)

Newton s’appuie, bien entendu, sur les étoiles fixes et non sur les constellations, référence par trop sommaire, ne permettant aucunement de datation fine. L’idée des chercheurs français sera d’aborder de montrer que le basculement d’une religion à une autre s’effectue lors du passage du point vernal d’une constellation dans une autre comme s’il était possible de dater avec une telle précision pareil changement au niveau des cultes. En fait, il s’agirait plutôt d’une approche du problème sur la longue durée et en cela, quelque part, on peut y voir les prémisses de la « Nouvelle Histoire » telle qu’elle sera formulée dans les années 1930

Certains chercheurs avaient certes signalé l’intérêt de Newton pour l’alchimie (cf J. P. Auffray, Newton ou le triomphe de l’alchimie, Ed. Le Pommier, 2000; B.J. T. Dobbs, The Janus faces of genius. The role of Alchemy in Newton’s thought, Cambridge University Press, 1991) ou pour le Livre de Daniel (cf J. Force et R. H. Popkin, Dir; Newton and Religion. Context, nature and influence, 1990) mais ce n’est pas en cela que le physicien anglais fit véritablement école mais dans ses tentatives pour articuler les étoiles fixes sur certains problèmes de chronologie. Pour quelles raisons Newton a-t-il été oublié par les historiens contemporains du précessionalisme? Qu’on nous entende bien, nous ne soutenons pas que Newton ait tenu les positions d’un Dupuis mais que c’est qui a mis à la mode ce type de recherche qui conduira, au XIXe siècle au débat autour du Zodiaque de Dendérah.

L’énorme prestige scientifique de l’homme des Principia (1687),explique probablement que la précession et dans la foulée le zodiaque ait pu pénétrer les cénacles de l’élite française. Il reste que Newton se passionna pour le prophétisme au travers de son interprétation du Livre de Daniel – il pensait être né pour cette mission et avait « démontré » que son année de naissance était annoncée (cf cf H. Stierlin, L’astrologie et le pouvoir. De Platon à Newton, Paris, Payot, 1986; F. E. Manuel, A portrait of Isaac Newton, New York, Da Capo Press, 1968; R. J. Westfall, Never at rest. A biography of Isaac Newton, Cambridge University Press, 1980; M. Kochavi, « One prophet interprets another. Sir Isaac Newton and Daniel », in The Books of Natural Scripture: Recent essays on Natural Philosophy, Theology and Biblical Criticism in (…) The British Isles of Newton’s time, Dordrecht, Kluwer, 1994) – ainsi que pour la chronologie articulée sur la précession des équinoxes, sans pour autant relier ces deux plans et déboucher sur le prophétisme précessionnel qui conduira à l’oeuvre d’un Paul Le Cour dans les années 1930. En 1733, paraîtront, à Londres, ses Observations upon the Prophecies of Daniel and the Apocalypse of St John (British Library C 46 i 2, Bibl. Nîmes, Carré d »art, fonds Valz 24912)), qui ne seront pas traduites en français mais en allemand, en 1765.(BL 2185 c 50). On signalera entre autres les réactions de William Whiston, dès 1734 (BL 225 a 8). Le lien entre astronomie et Ecriture constitue une voie de recherche reconnue comme l’atteste le mémoire, salué par l’Académie des Sciences, de J. Ph. De Chéseaux, intitulé Remarques astronomiques sur le Livre de Daniel (Lausanne, 1777, BNF V 8082); Signalons le rôle de l’économiste britannique Keynes dans la conservation, au Kings College de Cambridge, d’un certain nombre de manuscrits de Newton traitant de ces matières (cf L. Verlet, La malle de Newton, Paris, Gallimard, 1993; J. Harrison, The Libraryof Isaac Newton, Cambridge University Press, 1978). 
 

La Réponse de Newton

Revenons sur la réplique de Newton à Fréret, qui pourrait avoir été rédigée directement en français. En voici des extraits qui montrent à quel point le savant anglais s’intéressait aux rapports entre les équinoxes ( les colures) et les étoiles fixes:

« Ce que dit (Fréret) au sujet de l’époque des Argonautes est fondé sur ce qu’il s’imagine que je place l’équinoxe du Printemps tel qu’il était au temps de l’Expédition des Argonautes, à la distance de 15° de la première étoile du Bélier. Mais je ne le place point où il dit, je le place dans le milieu de la constellation et le milieu n’est pas éloigné de 15° de la première étoile du Bélier. (Fréret) avoue que les constellations ont été formées par Chiron et que les solstices et les équinoxes étaient alors dans le milieu des constellations & que Eudoxe, dans son Enoptron ou Miroir, cité par Hipparque, suivit cette opinion (et) place le colure de l’équinoxe environ à 7° 36’ de la première étoile du bélier; je sui (sic) Hipparque et Eudoxe mais (Fréret) représente que je place le colure à la distance de 15° de la première étoile du Bélier, d’où il conclut que je devrais avoir placé l’Expédition des Argonautes à un temps plus reculé de 532 ans que le temps où je la marque. S’il prend le temps de rectifier sa méprise il trouvera que l’Expédition des Argonautes s’est faite au temps où je l’ay fixée »’ (p. 5) 
 

II. Fortune de l’Origine de tous les cultes de Dupuis

L’Origine de tous les cultes ou Religion Universelle de Dupuis (deux versions, l’une en quatre, l’autre en douze volumes, parues simultanément à la fin de 1794, An III de la République, cf « Notice sur la vie et les ouvrages de Dupuis », in Abrégé de l’origine de tous les cultes, Paris, 1836, Reed. Ed Awac, 1978) appartient-il à la littérature astrologique? Nous avions déjà abordé cette question à propos d’Etteilla (cf L’Astrologie du Livre de Toth (1788) op. cit.), mettant en garde contre un certain purisme propre aux astrologues s’aventurant dans l’Histoire de l’astrologie, et ne percevant celle-ci que de leur point de vue de praticien. Or, indubitablement, Charles-François Dupuis a une culture astrologique, probablement une bibliothèque astrologique et la lecture de son oeuvre comporte même un caractère didactique, en particulier quant à l’exposé de la théorie des domiciles planétaires qu’il décrit par le menu, s’inspirant de la Mathesis de Firmicus Maternus(cf notre communication « Ptolémée et Firmicus Maternus », au Colloque de Malaga, 2001, L’Homo mathematicus) et d’autres auteurs: c’est ainsi qu’il reproduit les degrés monoméres. Au demeurant, le dispositif planètes/signes constitue pour Dupuis une clef pour le décryptage de certaines « fables », terme sous lequel, au XVIIIe siècle, on désigne les mythes et les légendes.

Le Zodiaque est à l’évidence, pour Dupuis, l’occasion d’étaler son érudition dans la mesure où cet ensemble se retrouve dans les civilisations les plus éloignées dans le temps et dans l’espace. On soulignera cependant l’influence probable de l’astrologie indienne, que Dupuis connait – il cite (p. 50), en 1781, dans son Mémoire sur l’origine des constellations , Paris,(BNF, V 8188) les Philosophical Transactions anglaises de 1772 qui comportent des éléments sur ce sujet- quant au développement de ses thèses consacrées à une périodicité longue.(cf notre article, « Astrologie et histoire des religions », op. cit.)

Cela n’empêche pas Dupuis, au demeurant, de prendre ses distances d’avec l’astrologie: « Rien de si universellement répandu et à quoi l’on ait cru plus longtemps que l’astrologie et rien qui n’ait une base plus fragile et des résultats plus faux. Elle a mis son sceau à presque tous les monumens de l’antiquité, rien n’a manqué à ses prédictions que la vérité et l’univers cependant y a cru et y croit encore » (Origine de tous les cultes). Mais il est désormais bien connu que l’anti-astrologie véhicule le savoir astrologique.

Quand Dupuis- qui fut par ailleurs député à la Convention – il fut même proposé un temps, par la suite, comme membre du Directoire et quelques autres ( tel que Constantin Chassebeouf dit Volney (1757-1820), pseudonyme constitué de Voltaire et de Ferney, également homme politique d’une certaine envergure, auteur des Ruines, ouvrage qui contribua à vulgariser le précsessionalisme religieux, cf infraabordent la question de ce qu’on n’appelle pas encore les « ères », la campagne d’Egypte n’a pas encore eu lieu d’où l’on ramènera le Zodiaque de Dendérah, d’abord en dessin, du vivant de Dupuis, puis, vingt ans plus tard (1822), après sa mort, sous sa forme d’origine, document que d’aucuns n’hésiteront pas à comparer, avec quelque excès, à la pierre de Rosette, elle, conservée à Londres, et sur laquelle s’exerça le génie de décrypteur de Champollion, quant à son importance scientifique. C’est que quelque temps l’on crut que le zodiaque de Dendérah révolutionnerait la chronologie et repousserait considérablement les limites déterminées par l’Ancien Testament.(cf Le Texte prophétique en France, op; cit.)

C’est ainsi que durant quelques décennies, et sous plusieurs régimes politiques, par le jeu des rééditions, des abrégés et des traductions, l’oeuvre de Charles-François Dupuis, de l’Institut (1742-1809) – qui n’a pas sa place dans le Larousse-actuel – propulsa les considérations astronomico-chronologico-religieuses au premier plan (cf M. P. R. Auguis, « Notice biographique sur la vie et les écrits de Dupuis », en tête de l’Origine de tous les Cultes ou Religion Universelle, Paris, 1822). Il semble que les premières « notices » à avoir circulé datent de 1812-1813: Dacier, secrétaire perpétuel de la classe d’histoire et de littérature ancienne de l’Institut Impérial, rédige une « notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Dupuis », lue en séance publique, qui parait dans le Moniteur (n° 216-217). La veuve Dupuis fera de même, pour signaler son dénuement. (BNF Ln27 6847), dans une Notice historique sur la vie littéraire et politique de M. Dupuis, elle grâce à qui le manuscrit de l’Origine de tous les Cultes (OTC) ne fut pas brûlé par son auteur.

Selon Dupuis – et c’est ce que lui reprocheront ses adversaires – tout ce qui dans la Bible ferait appel au douze serait à rattacher au zodiaque, relèverait d’un mythe solaire. Il y a là certes une ambition de fonder épistémologiquement les Sciences Religieuses sur un substrat astronomique. Pour se moquer de ses thèses, tel auteur écrira un livre, à la façon de Dupuis, démontrant que Napoléon n’est qu’un mythe et n’a jamais existé.. On lui reprochera également d’accorder trop d’importance au zodiaque qui ne serait qu’une invention tardive des astrologues, arbitrairement extraite de l’ensemble de la sphère céleste.( tel un certain C. G. S. , dans son. Mémoire explicatif sur la sphère caucasienne et spécialement sur le zodiaque où l’on prouve que ce dernier monument sous quelque forme qu’il puisse se présenter doit être jugé indigne de toute attention de la part des astronomes et des archéologues, n’ayant jamais été à l’origine qu’une pure rêverie astrologique, 1813, BNF)

Ce qui distingue Dupuis d’un astrologue, de l’avis de certains, tiendrait au fait que Dupuis se situe sur un plan culturel, il ne présume nullement que l’homme et les astres appartiendraient à une même structure symbolique. Dupuis se contente d’insister sur l’importance qu’a revêtu le ciel dans l’Histoire des sociétés humaines. Lui, qui était pourtant contemporain de Lamarck, (1744-1829), le fondateur du transformisme, précurseur de Darwin, ne songe pas à soutenir qu’une telle intégration -une instrumentalisation- des données célestes aurait pu déboucher, avec le temps, par la transmission de caractères acquis, sur le fait astrologique. Dupuis n’en est pas moins un précurseur du projectionnisme qui s’allie fort bien, de nos jours, avec le stellaro-planétarisme que nous prônons. Néanmoins, la lecture de l’OTLC (Origine de tous les cultes) est avant tout zodiaco-planétaire.(ZP) car si Dupuis signale notamment les quatre étoiles royales (Aldébaran, Régulus, Antarés, Fomalhaut), il ne s’intéresse pas aux relations planétes/étoiles fixes, ce qui tient tout simplement à ses lectures des textes astrologiques -selon nous tardifs – dont il est prisonnier. La précession des équinoxes est décrite dès lors de façon vague sans référence à telle ou telle étoile.

Dupuis souligne certes que l’axe Aldébaran/Antarés a correspondu à un certain moment avec les équinoxes, s’inscrivant alors dans les constellations du Taureau et du Scorpion, sans relever ce qu’une telle coïncidence peut avoir de suspect. Il nous semble, pour notre part, que l’intérêt pour cet axe date d’une période bien antérieure à la présence du point vernal en conjonction avec le dit axe, et probablement en dehors de toute référence à des constellations baptisées et constituées par la suite.

Il reste que la thèse principale de Dupuis – qui n’est d’ailleurs pas développée dans l’Abrégé de 1797- tient que « le changement d’animal symbolique était une suite nécessaire de la précession des équinoxes et du changement de signe céleste » (Origine de tous les cultes, tome I, p. 143, version en 4 vol.) . En fait, l’exposé principal de cette thèse dont on connaît la fortune, est repris dans le dernier volume, celui des annexes, sous le titre ‘Explication du frontispice » (cf notre article sur ce site consacré à Astrologie et religion)

« La précession des Equinoxes fait correspondre successivement le Soleil aux divers signes du Zodiaque, à l’époque de l’Equinoxe du Printemps. Il y a environ quatre mille ans que le Soleil ouvrit l’année astronomique, placé dans le Taureau. C’est au temps qui s’est écoulé pendant cette correspondance, c’est à dire à l’espace de 2151 (sic) années solaires que doivent se rapporter tous les cultes dont le Taureau fut l’objet symbolique etc « . Autrement dit, pour Dupuis, le culte du Taureau, s’originerait, devrait être rapporté à cette période. 
 

L’influence de Warburton sur Dupuis

Dupuis, en proposant une explication de l’origine des cultes liée au ciel, ne fait, au vrai, que reprendre un thème déjà abordé par l’anglais Warburton, évêque de Gloucester, dans son ouvrage majeur paru en 1738 (BL 494 f 5-7), Divine Legation of Moses demonstrated,partiellement (Livre IV, § 2-6) traduit en anglais par Des Malpeires – sous le titre d’ Essai sur les hiéroglyphes des Egyptiens où l’on voit (…) l’origine du culte des animaux« , tome I (Paris, 1744, BNF G 13324, BL 621 b 19) titre – en anglais le culte des animaux se dit Brute-worship - qui n’est pas sans annoncer celui là même adopté par le Français: Origine de tous les Cultes. Mais on peut se demande si Dupuis ne fut pas aussi lecteur de l’abbé Pluche lequel écrivait en 1740 dans sa Révision de l’Histoire du Ciel, (BNF V 220719) que les « signes du zodiaque (..) ne sont pas d’une institution aussi ancienne que la naissance de l’idolâtrie et qu’ils lui sont même postérieurs de beaucoup » (p. 59)

D’ailleurs, Warburton attribue à Lucien l’ »opinion (qui) consiste à dire que les Egyptiens qui ont imaginé les premiers de diviser le Ciel en astérismes ayant désigné chaque constellation par le nom d’un animal, cela a donné lieu d’adorer les animaux » (p. 51). Et Warburton d’objecter à cette thèse: « Le culte des animaux a produit les astérismes en Egypte et ce ne sont pas les astérismes qui ont donné naissance au culte des animaux (..)Cette multitude des étoiles n’a pu être partagée en astérismes avant que les prêtres égyptiens eussent fait un progrès raisonnable dans l’astronomie et nous avons vu que le culte des animaux était antérieur au temps de Moyse. » (p. 283) 
 

Le débat sur le Zodiaque et l’anti-astrologie

Derrière cet intérêt pour la genèse du zodiaque, l’astrologie reste en ligne de mire et contrairement à ce que l’on a pu écrire, ceux qui écrivent au milieu du XVIIIe siècle sur ces questions n’ont nullement le sentiment que la croyance en l’astrologie appartient au passé; dès lors, leurs travaux relèvent bel et bien de la littérature anti-astrologique:

« Un des fruits de cette recherche, écrit en 1739 l’abbé Pluche, est de nous apprendre que la même méprise qui a peuplé le ciel de divinités chimériques a donné naissance à une multitude de fausses prétentions sur les influences des cieux et à des erreurs qui tyrannisent encore la plupart des esprits ».Quand notre Histoire du Ciel ne nous procurerait d’autre bien que celui d’apercevoir la méprise qui a précipité le genre humain dans un égarement qui en est l’opprobre et dont les suites troublent encore (sic) le repos de la société, ce serait sans doute un profit assez satisfaisant » (p. XL)

Par la suite, lors du débat autour du Zodiaque de Dendérah, l’anti-astrologisme se manifestera comme en témoigne ce texte – « Des Zodiaques égyptiens » d’un certain Greppo (Annales de philosophie chrétienne, 1830, 2e Ed. 1833, BNF R 10293) considérant que le Zodiaque de Dendérah relève plus de l’astrologie que de l’astronomie: ces monuments, écrit-il, « n’appartiennent nullement à l’astronomie mais se rattachent aux vaines croyances de l’astrologie judiciaire et ne sont autre chose que ce que les adeptes de cette prétendue science sont convenus d’appeler des thèmes de nativité. (Ce) serait perdre son temps et se donner beaucoup de peine que de prétendre les soumettre à des calculs scientifiques auxquels (ils) se refuseront toujours (…) D’après un système tout à fait satisfaisant, les zodiaques (…) pourraient être regardés comme relatifs aux destinées des empereurs qui les ont fait élever »

Quant à Letronne, dans son Essai sur le système hiéroglyphique de M. Champillon le Jeune et sur les avantages qu’il offre à la critique sacrée » (Paris, 1821, BNF), il écrivait au sujet de ces zodiaques qu’ils sont « l’expression de rêves absurdes et la preuve encore vivante d’une des faiblesses qui ont le plus déshonoré l’esprit humain ». 
 

Les attaques anglaises

Signalons que les thèses de Dupuis connurent une diffusion en diverses langues et notamment en anglais, comme en témoigne, dès 1799, l’ouvrage du chimiste Joseph Priestley (1733-1804), « Remarks on Mr Dupuis’s Origin of all religions » à la suite de « A comparison of the Institutions of Moses with those of the Hindus etc, Northumberland, BNF A 14154) et l’on peut raisonnablement penser que c’est à partir des thèses de Dupuis que les anglo-saxons se familiarisèrent avec le système que Le Cour, après un long détour, adoptera..

Mais Priestley(cf E. Hiebert et al. Joseph Priestley, scientist, theologian and metaphysician, Lewisburg, 1974) s’en était déjà pris précédemment à Volney, disciple de Dupuis en matière précessionnelles: ce dernier lui avait répliqué, dès 1797, par un texte qui sera traduit en anglais sous le titre : Volney’s answer to Doctor Priestley entitled « Observations upon the increase of infidelity », Philadelphie, ( BNF, Rp 2796). L’original français paraîtra dans les éditions complètes de l’oeuvre de Volney (Vol. 1, Paris, 1821, BNF Z 30189) 
 

Dupuis et le Zodiaque de Dendérah

Nous avons en notre possession deux éditions de l’Abrégé de l’Origine de tous les Cultes, ouvrage paru dès 1797, soit trois ans après sa matrice. Rappelons que Newton avait également publié, dans les circonstances décrites plus haut, un Abrégé de sa Chronologie. Signalons que dès 1799, un autre « abrégé » paraîtra, oeuvre de Destut de Tracy, chez le libraire qui avait publié les éditions de 1794, l’Analyse de l’origine de tous les cultes et de l’abrégé qu’il a donné de cet ouvrage, Paris, H. Agasse, An VII ( BNF G 32823). En réalité, il s’agit d’une série d’articles qui avaient commencé à paraître dans le Mercure de France. Destut parle déjà à l’époque de « son immortel ouvrage ».

En ce qui concerne le rôle des périodiques, signalons que des parties reprises dans l’Origine de tous les cultes, étaient parues auparavant (en 1779-1780) dans le Journal des Savants, puis, en 1781, dans l’Astronomie de La Landesous le titre de « Mémoire sur l’origine des constellations et sur l’explication de la fable par l’astronomie », qui paraîtra ensuite séparément. L’Origine de tous les Cultes était, selon l’expression même de Dupuis,  » en attendant un ouvrage considérable que je prépare », écrivait-il en 1781.. On a l’impression d’entre Morin de Villefranche annoncer longtemps à l’avance l’Astrologia Gallica qui ne paraîtra qu’en 1661, après sa mort

Dès septembre 1795 – notons que l’année changeait alors à l’Automne – La Lande avait analysé l’Origine, dans le « supplément « de la Gazette Nationale ou le Moniteur Universel (30 Fructidor an III), dans un long texte intitulé « extrait ». Cet article est tout à fait remarquable par sa présence dans un périodique officiel de cette importance et il semble bien que les raisons politiques du temps se soient ajouté aux raisons scientifiques. Un La Lande qui apparaît séduit par le recours à la mythologie, ce qui nous permet de mieux comprendre pourquoi les nouvelles planètes, découvertes en 1781 et en 1801, vont porter des noms de divinités antiques dont les astrologues tireront un enseignement pour leur pratique. Dans ce texte, Jérôme de La Lande, directeur de l’Observatoire, revient sur la thèse précessionnelle de son disciple Charles-François Dupuis qui vise à relativiser la signification des cultes successifs, y compris celui de Jésus.

Citons ce passage du Moniteur: »Les (..) planètes associées comme divinités aux influences du Soleil et de la Lune, leurs domiciles dans les différents signes, les signes divisés en décans qui fournirent 36 génies, augmentent prodigieusement les richesses astrologiques et religieuses, les fables et les mystères auxquels les anciens attachaient beaucoup d’importance. ». Il est vrai que durant des siècles, l’astrologie et l’astronomie véhiculèrent une terminologie mythologique en pleine Chrétienté, sans que l’on y prit garde! Or, c’est cette dimension astro- mythologique qui est révélée en quelque sorte par Dupuis et qui, selon lui et son maître l’astronome La Lande, fait de l’astrologie une clef pour appréhender l’Histoire des Religions et ce sans que cela implique, aucunement, la moindre reconnaissance de sa valeur intrinsèque, vu qu’il s’agit là d’une influence voulue, élaborée par les hommes, même si son souvenir en fut estompé avec le temps, et non d’une empreinte cosmique que les hommes auraient subie et tenté de décrypter..

Mais c’est bien l’Abrégé, plus encore que les volumes de l’Origine - qui se vendra mal – qui diffusera les thèses de Dupuis. On notera la convergence entre les thèses de Dupuis sur le signe de la Balance, comme premier signe zodiacal, et le fait que le calendrier révolutionnaire débute sous ce signe (l’année juive également commence en septembre). Au demeurant, selon Paravey, ce serait bel et bien Dupuis et un autre député de la Convention, Romme, qui malgré son peu d’exactitude et l’opposition de La Lande, aurait obtenu cette mesure (Aperçu des Mémoires encore manuscrits sur l’origine de la sphère etc , Paris, 1821, Rééd. 1835, p. 13,, in Illustrations de l’astronomie hiéroglyphique et des planisphères et zodiaques retrouvés en Egypte, Chaldée, dans l’Inde et au Japon ou Réfutation des mémoires astronomiques de Dupuis, de Volney, de Fourier et de M. Biot, Paris, 1868, BNF V 48826).

Il existe, notamment, deux éditions de l’Abrégé datées l’une et l’autre de 1836 et cependant différent sensiblement sur deux points, la notice biographique et le traitement du Zodiaque de Dendérah. L’édition parue chez Lebigre a fait l’objet d’un reprint en 1978 (ed Awac), l’autre édition ( exemplaire de la Bibliotheca Astrologica), ornée d’un portrait, parue chez Renault, comporte en hors texte le zodiaque égyptien. Les titres des deux éditions sont les suivants:

Lebigre: Abrégé de l’origine de tous les cultes par Dupuis, augmentée d’une notice sur la vie et les ouvrages de Dupuis, d’une description du planisphère circulaire du zodiaque de Dendra (sic)

Renault: Abrégé de l’origine de tous les cultes par Dupuis. Nouvelle édition ornée du portrait de l’auteur et augmentée d’une notice sur sa vie et ses ouvrages. A la fin de cette édition, à partir de la page 469, on trouve des « Observations sur le Zodiaque de Dendra (sic) par M. Dupuis », sans que ce développement soit mentionné au titre général du volume.

Or, si l’on examine la notice de l’édition Lebigre, intitulée » Description du zodiaque de Dendra qui se trouve maintenant au musée de Paris », on remarque qu’elle est signée : T. L. et qu’elle n’est nullement le fait de Dupuis. En fait, dans les éditions du début des années 1830 (1831 (BNF G 32816 et 1833, BNF G 32810), les deux notices se suivaient, et dans l’une des éditions de 1836, on s’est contenté de faire disparaître celle de Dupuis sur Dendérah (1806) alors que dans l’autre édition de 1836, c’est celle de T. L. qui ne figure pas.

Slosman, dans son ouvrage ne relève pas de telles particularités (Le Zodiaque de Dendérah, op. Cit.).dans son chapitre consacré à Dupuis.

L’édition Renault est plus intéressante de par les Observations de Dupuis mais elle est d’un plus petit format, de poche, ce qui explique probablement pourquoi on lui aura préféré, pour le reprint, l’autre édition, plus présentable. Pourquoi avoir amputé l’Abrégé de son appendice dendérien, lequel il est vrai ne figurait évidemment pas dès 1797, dans la première édition de l’Abrégé, avant l’Expédition d’Egypte de 1799 et ne fut adjoint qu’en 1822, au lendemain de l’arrivée du Zodiaque à Paris? L’Abrégé et le mémoire sur le Zodiaque de Dendérah qui lui est adjoint, sera publié en espagnol, dès 1822: Compendio del origen de todos los cultos seguido de la descripcion del Zodiaco de Dendra, Madrid (BNF G 32869-70)

Il est vrai que Dupuis n’avait peut-être pas prévu cette addition, lui, qui avait publié son texte dans la Revue Philosophique (mai 1806), comme il est d’ailleurs indiqué dans les éditions de 1822, mais non dans celles de 1835-1836. Encore, en 1820, l’Abrégé était-il paru sans l’élément dendérien qui était pourtant disponible, ce qui tendrait à montrer que l’intérêt avait chuté entre les deux vagues (celle qui survint sous l’Empire, à partir de simples reproductions, et celle qui survint à la Restauration, à partir du monument rapporté en France)

Or, Slosman ne met pas en évidence le fait que le processus s’effectua en deux temps: Dupuis appartient au premier temps et dans son article, il cite d’ailleurs (dans une note en bas de page que ne reproduit pas Slosman) tous ceux qui ont écrit sur ce sujet depuis que Denon a rapporté ses dessins du Zodiaque de Dendérah, s’en prenant en particulier à son vieux maître de La Lande, auteur d’une étude dans la Connaissance des Temps pour l’An XIV). Cependant, la production française s’éparpille au sein de toutes sortes de publications (cf Le Texte prophétique en France, op. Cit.), autrement dit, à une exception près, aucun ouvrage ne sera consacré exclusivement à cette question. Seul Testa, qui publie en 1802, une étude en italien, sera l’auteur d’un texte séparé, qui ne paraîtra d’ailleurs, en français, qu’en 1807, au lendemain de la parution de l’article de Dupuis sur le même sujet. Testa est un secrétaire de la chancellerie romaine qui profite de ses réflexions sur le Zodiaque de Dendérah pour s’en prendre aux thèses de Dupuis… Signalons en 1828 la réaction d’un autre Italien, D. Giuseppe Baraldi dans un mémoire paru à Modéne: »Sopra un saggio di confutazione del Dupuis dell ‘opera intitolata Origine di tutti i Culti » (BNF G 7948)

Une erreur souvent commise consiste à négliger les périodiques, du moins à partir du XVIIe siècle, et de ne se concenter que sur les ouvrages, ce qui est évidemment plus simple. Mais c’est grâce aux périodiques généralistes que l’on prend la mesure de l’impact d’un phénomène de société, notamment dans les années 1820, et non pas par une brochure dont on ignore la diffusion. Paravey, cependant, a réuni (Jugemens principaux portés sur l’aperçu de nos mémoires (..) en divers journaux périodiques, dans son recueil de pièces paru en 1821 et 1835 et repris en 1868 sous le nom d’ Illustrations astronomiques, Paris, 1835) un certain nombre de ces articles parus notamment dans les années 1820, dans laQuotidienne, le Journal des Débats, l’Ami de la Religionla Revue Encyclopédique etc

Le travail de Slosman pèche par le fait qu’il n’a pas pris en considération le cas Paravey. Car il semble bien que le chevalier Paravey, alors très jeune, ait été, par ses contacts avec Louis XVIII, à l’origine de l’arrivée du planisphère en France, à la fin de l’année 1821 (« Historique rapide des travaux relatifs au planisphère de Dendérah et de sa translation (sic) à Paris » in Réfutation des anciens et des nouveaux mémoires de M. Biot sur le zodiaque égyptien et sur l’astronomie comparée de l’Egypte, de la Chaldée et de l’Asie (Paris, 1835) . Il aurait, à l’entendre, été victime de plagiat de la part de certains de ceux qui traitèrent vers 1822-1823 su Zodiaque de Dendérah, à commencer par Biot.. Paravey est notamment l’auteur de quatre mémoires lus devant l’Académie des Sciences et devant l’Académie des Inscriptions au cours de l’Eté 1820.

Slosman, bizarrement, date, dans sa bibliographie, in fine, le texte de Dupuis de….1822 alors qu’il est de 1806. Il le présente sous le titreObservations sur le Zodiaque de Dendra, titre qui, à notre connaissance, ne sera adopté qu’à partir de 1831, le titre de 1822 étant Dissertation sur le Zodiaque de Dendra. Slosman a eu probablement affaire – lui qui travailla essentiellement à partir d’ une collection des Jésuites anciennement conservée à Chantilly et qui se trouve désormais à la Bibliothèque Municipale de La Part Dieu, Lyon – à un tiré à part, daté de 1822 (BNF Réserve J 2529) et dont l’intitulé intérieur est « Observations sur le Zodiaque de Dendra. » Contrairement à ce que l’on aurait pu supposer, la nouvelle notice adoptée, dont on ne connaît pas la date de rédaction, reste proche des thèses controversées de Dupuis et qui n’avaient plus guère cours en 1836: « Nous ne hasarderons aucune opinion quant à l’époque chronologique à laquelle remonte ce monument: il a été émis bien des conjectures à cet égard; toutes (sic) donnent au zodiaque de Dendra une origine de plusieurs milliers d’années antérieures au commencement de la période adamite, telle que les prêtres l’ont établie, tout porte à croire que la moins probable de ces conjectures est plus rapprochée de la vérité que les calculs théologiques » (p. 517)

Examinons, à présent, le texte de 1806 de Dupuis sur la question et signalons d’emblée que notre auteur distingue l’âge du monument, qui pourrait être relativement récent, avec celui du document qui serait le reflet d’une configuration céleste beaucoup plus ancienne. La présence du signe de la Balance plaiderait certes en faveur du caractère tardif du Zodiaque de Dendérah mais Dupuis, lecteur de Manilius, soutient que le signe de la Balance a pu exister à une époque beaucoup plus ancienne, et que le fait que la constellation correspondante ait été appelée Chelles du Scorpion n’est pas déterminant, les deux formules ne s’excluant pas nécessairement.

En 1806, Dupuis publia donc, trois ans avant sa mort, deux textes qui ne laissèrent pas indifférents, consacrés au Zodiaque: l’article de la Revue Philosophique, consacré au Zodiaque de Dendérah et le Mémoire explicatif du Zodiaque chronologique et mythologique (cf Auguis, « Notice biographique sur la vie et les écrits de Dupuis », pp. XIV et XV, op. cit.). Une des réactions les plus intéressantes sera celle de Charles Gosselin,Antiquité dévoilée au moyen de la Genèse, source et origine de la mythologie et des cultes religieux dont la première édition de 1807 ne prenait pas encore en compte cette récente production (voir toutefois un « Quatrième Tableau mythologique contenant l’origine du Zodiaque et l’explication des différentes constellations de la Sphère Céleste d’après l’Histoire de la Genèse »(BNF G 18937). En 1808, une nouvelle édition augmentée (exemplaire non conservé à la BNF) comporte, en annexe, une « Chronologie de la Genèse confirmée par les monuments astronomique dont on s’est servi pour l’attaquer » (BNF G 5237).

Curieusement Gosselin – auteur inconnu de Slosman- y parle d’un « L. Dupuis ». Cette addition sera elle-même commentée par J. D. Lanjuinais (Magasin Encyclopédique, février 1810, p. 451), texte ajouté à l’édition de 1812 de l’ouvrage de Gosselin (BNF G 5237), ainsi que dans l’édition de 1817 (BNF A 8991). Le débat tourne autour de la date du Zodiaque : Dupuis, note Gosselin, se gausse de ceux qui veulent faire débuter le zodiaque par « une étoile imperceptible de la queue du Bélier » et il suggère, on l’a vu, pour vrai commencement une étoile de la constellation de la Balance, ce qui ferait, note Gosselin, « remonter le zodiaque de 15000 ans du temps présent ». On trouve en fait dans l’annexe de Gosselin une revue des différentes positions exprimées sur l’affaire Dendérah, de Testa au Mémoire explicatif sur la sphère caucasienne de M. C. G. S. (dont on ne connaissait qu’une édition de 1813)..

En bref, la datation du Zodiaque de Dendérah n’est pas résolue. Comme le rappelle encore en 1853, Brunet de Presles, de l’Institut, dans une note lue à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, reprise dans un article du Journal Général de l’Instruction publique et des cultes, « Sur le papyrus grec du Musée du Louvre contenant un traité de la sphère et sur le zodiaque de Denderah »:

Il est maintenant reconnu que les temples de Denderah et d’Esneh qui renfermaient chacun deux zodiaques, ont été, sinon entièrement construits, du moins en grande partie décorés sous les empereurs romains. Mais par là n’est pas résolue la question si controversée de la date astronomique de ces zodiaques. En effet, on sait , par les observations de Champollion et d’autres égyptologues, que les temples élevés sous les Lagides ou les empereurs sont presque toujours des agrandissements ou des réédifications de temples plus anciens et qu’ils ont été consacrés aux divinités locales précédemment adorés dans le même sanctuaire

En fait, Slosman n’a pas compris que l’arrivée du Zodiaque égyptien à Paris fut le résultat et non la cause de débats qui agitèrent les académies et les journaux. En outre, en ignorant le rôle considérable de Paravey, qui travaillait le sujet depuis 1816, en tant qu’ un des plus farouches adversaires d’une datation à la Dupuis du dit Zodiaque, il a privilégié des auteurs dont le rôle historique est bien moindre.

Le problème de la datation des documents nous apparaît, en tout cas, comme crucial pour l’épistémologie de l’Histoire de l’astrologie, et ce depuis Dendérah jusqu’à Nostradamus (cf sur ce site, » Nostradamus devant la critique »). Pour Dupuis, il était également essentiel de retrouver le contexte d’origine du zodiaque, qui était, selon lui, l’Egypte, pour des raisons d’adéquation météorologique entre le zodiaque et le calendrier des activités socio-économiques au bord du Nil. Selon Dupuis, reprenant une argumentation de Pluche (Histoire du Ciel où l’on recherche l’origine de l’idolâtrie et les méprises de la philosophie sur la formation & sur les influences des corps célestes, Paris, 1739) sur son climat jugé incompatible avec le zodiaque, seule l’Egypte aurait le bon profil pour rendre compte de la succession des symboles zodiacaux à condition toutefois de supposer que le point de départ du zodiaque – le point vernal – soit placé en Balance et non en Bélier ou en Taureau, repoussant ainsi d’un demi-cycle précessionnel de 25920 ans, le cadre chronologique biblique traditionnellement admis de son temps, ce qui ne fait que contribuer à sa déconstruction du christianisme.

Auguis, membre de la Société Royale des Antiquaires de France (« Notice biographique », op. cit.) note que  » ces zodiaques sculptés sur les plafonds ou sur les murs de quelques temples parurent à Dupuis fournir une preuve irrécusable d’une de ses premières hypothèses ». En tout cas, l’Expédition d’Egypte allait faire, pour un temps, du Zodiaque un sujet privilégié du débat académique. L’astrologie serait-elle une chose trop importante pour être laissée aux astrologues? Ajoutons que Dupuis, depuis 1787, était comme Jean-Baptiste Morin, professeur au Collège de France. 
 

L’Abrégé, ouvrage maudit?

Il ne faudrait pas croire que l’Abrégé de l’Origine de tous les Cultes put toujours être réédité sans problème de la part de la censure, alors que Bonaparte l’avait lu avec intérêt, à la Restauration, on considère la publication de cet ouvrage comme un scandale, ce dont témoigne le libraire A. Chassériau (A mes juges, et au public. Mémoire, Paris, 1823, BNF, Mfiche 8° Fm 568). Et ce malgré le fait qu’il ait adjoint au dit Abrégé le mémoire de Dupuis de 1806 consacré à ce zodiaque de Dendérah si à la mode, depuis son arrivée d’Egypte en 1822. D’ailleurs, en cette année 1822, on fait jouer au Théâtre du Gymnase une pièce d’un certain Langlois intitulée le Zodiaque de Paris. A propos du Zodiaque de Dendérah. Vaudeville-épisodique en un acte, BNF 8° Yth 19516.: « Paris possède le zodiaque de Dendérah, Dendérah doit posséder le Zodiaque de Paris ».

Le Mémoire de Chassériau est instructif. On y apprend que des notes furent cédées par les héritiers de Dupuis (p. 38), à ce libraire en vue d’une édition augmentée de l’Abrégé. Chassériau fit la sourde oreille pour éviter les ennuis qui viendraient de réflexions assez provocatrices, peut-être les retrouvera-t-on un jour? Chassériau confirme le succès de l’Abrégé de Dupuis, tirage après tirage, tombé dans le domaine public, et il n’était pas seul à exploiter un tel filon.

Chassériau, au demeurant, reconnaît bien volontiers que l’ouvrage n’est pas à mettre dans toutes les mains – en fait, l’Abrégé est la survivance de l’esprit de la Révolution sous la Restauration – de là à l’interdire, encore faudrait-il que les éditeurs soient mis au courant! Le procès de l’Abrégé à tonalité anti-chrétienne virulente- dont nous ignorons par ailleurs l’issue – annonce – toutes proportions gardées, celui qui, plus d’un siècle plus tard, concernera, dans les années 1934-1935, suivies, en 1937, de la parution de l’Ere du Verseau. Le retour de Ganiméde (sic) de Paul Le Cour, les Protocoles des Sages de Sion. (cf notre ouvrage, Le sionisme et ses avatars au tournant du siècle, Feyzin, 2002).

Dupuis mais aussi Volney seront encore pris à parti dans les années 1830 par Paravey: Illustrations de l’astronomie hiéroglyphique et des planisphères et zodiaques retrouvés en Egypte, Chaldée, dans l’Inde et au Japon ou Réfutation des mémoires astronomiques de Dupuis, de Volney, de Fourier et de M. Biot, Paris, Treuttel et Wurtz (BNF V 48826) 
 

Un processus de désésotérisation

Nous avons signalé l’intérêt, au cours des XVIIIe et XIXe siècles, des milieux académiques pour le zodiaque et pour le savoir astrologique en général. Un historien qui se respecte ne peut plus alors se permettre de ne pas disposer d’un certain bagage en ce domaine pour comprendre et situer les documents qui se présentent à lui. On pourrait dès lors parler d’une période de désésotérisation (cf sur ce concept notre étude « Esotérisme philosophique, ésotérisme sociétal ») qui intégrerait dans le champ des connaissances à maîtriser un domaine qui avait été relégué dans certains bas-fonds de la culture. Paradoxalement, l’émergence de l’occultisme, au milieu du XIXe siècle, notamment chez un Eliphas Lévi apparaîtrait comme une réaction contre une certaine forme de récupération, bref comme une entreprise de ré-ésotérisation.

Il faut en effet comprendre que la désésotérisation a pour contrepartie de démystifier certains clivages et donc est susceptible de compromettre un certain ordre social. Entendons par là qu’un clivage intellectuel en cache un autre de type socioculturel. Si un groupe, du fait de la désésotérisation, ne dispose plus, est dépossédé, de son savoir identitaire, il y a crise ne serait-ce qu’au niveau de la légitimité de l’autorité au sein du dit groupe. Autrement dit – et nous l’avons montré dans nos travaux sur la sociologie du judaïsme contemporain (voir sur le site faculte-anthtopologie.fr) chaque groupe tend à s’approprier un certain créneau, dans son processus de représentation. Le fait que le créneau perde de sa spécificité ne signifie pas pour autant que ce soit le cas du groupe lequel perd de sa visibilité du fait du nivellement, d’un processus de banalisation..

C’est en cela qu’un Dupuis, « membre de la classe d’Histoire et de Littérature ancienne de l’Institut », de par son accès et son recours à la littérature astrologique, fait scandale, et ce non point cette fois aux yeux de ses collègues mais pour ceux qui, socialement en décalage, avaient fait de ce savoir déchu un privilège, une compensation et qui se retrouvaient en quelque sorte comme envahis par des étrangers profanateurs. Il serait d’ailleurs intéressant de se demander si le développement de la franc maçonnerie au XVIIIe siècle ne relève pas également d’un projet de ré-ésotérisation face à des Lumières qui précisément ne veulent rien laisser dans l’obscurité: en quelque sorte, on aurait ainsi affaire à une manifestation d’obscurantisme en réaction aux coups de projecteur. Ainsi, expliquerait-on certaines contradictions fréquemment relevées pour les dites Lumières: plus la science historique, pour ne parler que d’elle, conquière le terrain du religieux, tous siècles confondus et plus se fait sentir, chez certains, le besoin, d’édifier de nouvelles barrières, de façon à créer des espaces de convivialité, de sociabilité, où se retrouver entre soi. 
 

Dupuis et Volney, du Second Empire à la Commune de Paris

En 1860, un certain Jacques Breton publia un Contrôle des Ruines de Volney (Clermont-Ferrand, (BNF *E 3942) qui part en guerre contre les « dieux zodiacaux ». Et se moque de méthodes qui pourraient faire accroire que ni Napoléon Ier ni Napoléon III ont jamais existé et ne sont que des héros solaires. Breton relève que « quand on a adoré les animaux, ce ne (furent) pas ceux des astres ». Il est vrai que le bélier et le taureau sont des animaux propices aux sacrifices et qui n’ont pas attendu d’être placés dans le zodiaque pour marquer l’environnement des hommes. Ce sont eux qui ont été projetés au ciel et non, comme semble le soutenir la théorie des ères, le ciel qui aurait été introjecté par les hommes.

Citons aussi un fascicule paru à Genève, vers 1870-1871, d’un certain Antoine Rocher: Plus de bon Dieu ni de mauvais diable mais l’instruction et l’Humanité (Origine de l’invention de Dieu et des cultes. Résumé de Dupuis et de Volney) par un libre penseur (BNF Lb57 1269 (15): « Le savant Volney fait remonter à plus de 15000 ans l’origine des cultes et de la croyance en Dieu et il a appelé à l’appui de son opinion les anciens monuments de la religion primitive des Egyptiens (…) Il évoque en outre la précession des équinoxes qui a causé, dit-il, un déplacement de sept signes; jadis la Balance était placée à l’équinoxe de Printemps et le Bélier à l’équinoxe d’Automne; ce sont là des calculs astronomiques faciles à établir » 
 

La revanche du procès de Galilée

En 1821, Newton était encore cité dans le débat sur chronologie et étoiles: Lanjuinais (Revue Encyclopédique,, Août 1821) opposait ainsi deux écoles: d’un côté, la Bible, Pline, Newton, Leibniz, Bossuet, Testa, Lalande, Larcher, Visconti, Cuvier , Delambre en faveur d’une chronologie bréve, de l’autre, Dupuis, Volney, Fourier, Grobert, Francoeur, Rémi-Raige, Jomard, en faveur d’une chronologie outrepassant les limites qui semblaient posées par l’Ancien Testament. L’affaire Dendérah fera triompher les premiers – mais ce fut une victoire à la Pyrrhus puisque cela n’empêcha pas les avocats d’une chronologie proto-biblique d’avoir eu raison in fine, mais ce ne fut pas sur la base du zodiaque que leur cause devait finir par l’emporter. L’intérêt pour le Zodiaque, de ce fait, fut dès lors, dans certains milieux, associé à une position anti-chrétienne et de fait nombre d’attitudes qui se présentaient comme scientifiques relevaient d’une certaine hostilité notamment au catholicisme, ce qui était notamment le cas de Newton. Le débat au sein des milieux académiques de la Restauration révéla en effet, comme le souligne Paravey, les interférences qui perduraient en leur sein entre science et religion. Le conflit entre Ancien Régime et Révolution, au sortir de la période impériale, trouva dans cette affaire un abcès de fixation. Il reste que Dupuis ne fut pas un nouveau Galilée, ce qu’il s’imaginait probablement être, on devrait plutôt parler, trois siècles après, pour le camp religieux, d’une revanche inespérée du procès concernant le mouvement de la terre (e pur si muove!) et l’argument d’un Josué arrêtant le Soleil. 
 

III. Le précesessionalisme de Thomas Brunton

On ne saurait, certes, davantage que pour Dupuis, classer Brunton – inconnu de la bibliographie de C. Lazarides ( Vivons-nous les commencements de l’Ere des Poissons?, Ed. Anthropologiques romandes, 1989) – parmi les astrologues, si l’on use d’une acception étroite mais à ce moment là Le Cour, non plus, ne le serait ni d’ailleurs ne le voudrait. Vieille querelle entre astrologie individuelle et astrologie mondiale et qui a été dépassée, dans la seconde moitié du XXe siècle, par un André Barbault, qui s’est illustré dans les deux registres sans parvenir sérieusement à les relier entre eux.

Comment Brunton a-t-il échappé aux précessionnalistes, lui qui est notamment, on le verra, l’auteur d’un magnifique tableau chronologique des ères précessionnelles? Cette question mérite que l’on s’y arrête car on pourrait aussi la poser en ce qui concerne un Eustache Lenoble échappant aux investigations d’un Selva ou d’un Hiéroz pourtant polarisés sur le XVIIe siècle astrologique français, autour du personnage emblématique de Morin de Villefranche.

C’est, en effet, se demander comment on découvre un texte astrologique ignoré.. Il y a certainement une part de chance, de hasard mais cela tient aussi à une recherche assez extensive, ce qui montre bien que les chercheurs trop spécialisés risquent fort de revenir bredouille. On l’a vu récemment à propos de Coloni, astrologue des années 1580, oublié des nostradamologues (cf notre étude sur ce site) parce que le nom de Nostradamus ne figurait pas au titre!.

En principe, les catalogues Matières des Bibliothèques facilitent ce genre de trouvaille en classant les fonds par sujets. Malheureusement, la Bibliothèque Nationale (Paris, s’y refusa, rendant infiniment plus ardue la tâche des chercheurs. Il faudra parfois attendre le catalogage informatique, au début des années 1990, pour que de nouveaux documents émergent, avec d’ailleurs parfois l’inconvénient, aux yeux de certains, d’être submergé par les données désormais fournies. Toujours est-il que c’est ainsi qu’un beau jour Brunton tomba dans nos filets et ce, parce qu’il avait publié à part un chapitre sur la précession des équinoxes, extrait d’un ouvrage dont le titre n’aurait a priori jamais attiré notre attention,Esquisses Morales et Littéraires. Au vrai, quelqu’un aurait peut être tôt ou tard découvert le précessionalisme de Brunton en étudiant systématiquement les travaux de chronologie, puisque cet auteur s’est illustré particulièrement dans ce domaine, et il n’est d’ailleurs pas impossible que Brunton soit connu de certains spécialistes de la chronologie biblique. Mais là, on se heurte au problème du cloisonnement des recherches. On se rend compte à quel point la recherche en histoire des textes est précaire.

Pourtant, il ne semble guère que Brunton ait été un inconnu, dans les années 1870, il est publié notamment chez Plon, un des grands éditeurs parisiens et c’est précisément chez Plon que paraissent ces Esquisses Morales et Littéraires, en 1874.. Il semble que l’ingénieur Thomas Brunton – on a de lui un document consacré au creusement d’un canal – ait été d’origine anglaise et qu’il soit donc venu s’installer en France. Cependant, la plupart de ses ouvrages, et notamment ses Esquisses dont on ne connaît pas d’édition anglaise, sont parus directement en français,

Si l’on examine les dates de publication des livres de Brunton, on note sa Chronologie Universelle, parue à Aix en Provence, date de 1872, que la Bible et l’astronomie date de 1875, chez Charles Maréchal, faisant suite aux Recherches et esquisses morales, Paris, Plon, 1874 dont un extrait – qui nous mit sur sa piste- parut par la suite, mais la même année, sous le titre ‘Recherches sur la relation de l’époque de la Création avec la Précession des Equinoxes et la fixation du point vernal (BNF V 13047). En fait, Brunton, dans la ligne de son compatriote Newton, est un chronologiste qui cherche à fonder son travail concernant l’Histoire de l’Humanité d’une part sur certaines références issues de l’Ancien Testament, de l’autre sur des repères astronomiques, chacun de ses livres étant axé sur l’un ou l’autre critère. Brunton nous rappelle ainsi les relations fécondes qui existèrent à travers les âges entre chronologistes et astrologues/prophétes.:

« Dans les différents travaux auxquels nous nous sommes livré relativement à la chronologie historique et biblique, il nous a semblé que l’astronomie anciennement étudiée au moyen de l’observation seulement et si développée de nos jours par la science et les instruments perfectionnés, pourrait nous offrir quelques éléments pour reconnaître et appuyer nos notions générales sur la marche des époques et des siècles » (p. 5) Ce que Brunton appelle « chronologie comparée ».

Brunton, à l’en croire, semble avoir élaboré ses réflexions autour de l’an 1868.: « Pour l’année 1868; de notre ère, (…)le point vernal se trouve dans les Poissons et devra passer dans le Verseau dans quelques années ».. (p.43, Esquisses morales et Littéraires). On voit donc que cet auteur cite bel et bien le seuil imminent du Verseau, comme le faisait d’ailleurs De L’Aulnaye, à la fin du XVIIIe siècle..

Abordons, donc, ces Recherches, dont la publication séparée est probablement significative en soi d’un certain intérêt du public pour ce genre de travail.

L’important pour Brunton est de déterminer « à quel point du zodiaque se trouvait l’équinoxe du printemps 4654 ans avant notre ère ».(p.12), cette année correspondant, selon la Bible, à l’apparition de l’homme.

Selon Brunton « à première vue, le problème paraît insoluble, par suite de l’inégalité de dimension des signes des constellations zodiacales et des nombreux remaniements que l’étendue de ces constellations a subis à travers les âges. Ces inégalités et ces remaniements ne permettent pas de dire d’une manière certaine que pour une année donnée, le point vernal coïncidait avec tel ou tel degré d’une constellation zodiacale ».

Mais Brunton a la solution: « De nos jours, l’observation constate (sic) que le point vernal se trouve sur la limite de deux constellations, dont l’une se nomme les Poissons et l’autre le Verseau; il y a bien quelque indécision sur l’endroit où ces deux constellations se séparent mais cette hésitation porte sur une très petite étendue et, d’après les meilleures autorités, on doit admettre que, pour l’année 1868 de notre ère, le point vernal se trouve dans les Poissons et devra passer dans le Verseau dans quelques années. »

N’est-il pas étonnant, remarquera-t-on, que le changement de constellation accueillant le point vernal coïncide grosso modo avec l’époque où Brunton publie ses travaux? Or, Brunton constate qu’entre ses calculs et la date de 4654 il n’y a qu’un minime écart de 42 ans..

En outre, Brunton rappelle que le changement d’équinoxe a des incidences religieuses, reprenant en cela une thèse qui circule déjà depuis la fin du XVIIIe siècle:

« Les monuments historiques et des observations certaines constatent que l’homme a vu de ses yeux l’équinoxe de printemps dans le signe du Taureau d’abord, puis dans celui du du Bélier au temps d’Hipparque et enfin dans le signe des Poissons, d’où il va sortir pour entrer dans le signe du Verseau » (pp; 17-18)

Et de conclure: « On ne saurait attribuer au hasard une si parfaite concordance entre les données de la Bible et celles de la science ». On se trouve là aux antipodes des conclusions de Dupuis, lequel, bien au contraire, avait voulu montrer à quel point la précession des équinoxes, notamment par rapport au zodiaque de Dendérah- remettait en question la chronologie biblique. 
 

Comparaison des schémas de Delaulnaye et de Brunton

Entre la fin du XVIIIe siècle et la fin du XIXe siècle parurent en français deux schémas concernant la succession des ères: l’un -que nous avons été le premier à reproduire dans La Vie Astrologique, il y a cent ans - et qui date des années 1790 – et l’autre que nous reproduisons ici, pour la première fois, et qui appartient aux Esquisses de Brunton – et qui date des années 1870. Il nous intéresse de les comparer:

Pour le début de l’ère du Taureau, les deux schémas sont quasiment superposables:

-4619 dans un cas, et – 4612 dans l’autre. Pour le début du Bélier, le décalage reste médiocre: -2504 et – 2452.

Mais pour le Verseau, Delaulnaye propose 1726 de notre ère alors que Brunton propose 1868-1874, soit un décalage d’un siècle et demi environ. Le calcul de Brunton s’appuie sur un texte d’Aristille, prédécesseur d’Hipparque: « Vers l’an 292 avant l’ère c’est à dire 130 ans avant Hipparque, l’astronome Aristille avait déterminé la position sur l’écliptique où se trouve l’endroit du ciel où se trouve maintenant le point vernal ». (p. 43). Si l’on soustrait 2160 de -292 (début ère des poissons), on obtient 4612; si l’on ajoute 2160 à -292, on obtient 1868. Delaulnaye semble, quant à lui, être parti d’une donnée de -389 pour le début des Poissons, avec des intervalles de 2115 et non de 2160 ans, soit un décalage par ère de 45 ans, et à partir de là il obtiendrait pour le Bélier, -2504 et pour le Verseau, 1726. On rappellera que sous la Révolution Française eut lieu une tentative de constituer une nouvelle ère, à partir de 1792 et qui se prolongea jusque dans les premières années de l’Empire comme en témoigne le franc germinal.(1803)

On s’aperçoit que ces deux auteurs ne sont pas spécialement intéressés par l’An 2000, ce n’est que chez ceux du XXe siècle que cette échéance va peu ou prou tendre à se confondre, syncrétiquement, avec celle propre à l’Ere du Verseau et Paul Le Cour cherche à faire coïncider la chronologie populaire – date de naissance du Christ et millénarisme – avec un système qui était avant tout à caractère astronomique.

On observera qu’à la différence de Brunton, Le Cour préfère s’appuyer sur la date de la naissance officielle de Jésus et le point de départ de ce que l’on appelle l’ère chrétienne pour fixer les autres dates, il ne se fie donc guère au repérage du point vernal comme prétendait y parvenir Brunton. . Le Cour ne cherche pas à recouper la chronologie de l’Ancien Testament. On ne saurait donc attribuer à Le Cour une fixation sur l’An 2000 et c’est bien l’an 2160 qui figure sur son schéma ( paru dans Atlantis de novembre-décembre 1933, n°50, p. 53). Le terme même d’ère du Verseau ne figure pas chez Brunton, il a une connotation bien précise, il annonce la fin de l’ère précédente, la chrétienne. -cf notre étude sur ce site « Les astrologues saisis par le politique, de Paul Le Cour à André Barbault »)

En comparaison avec Le Cour, Brunton ne se fonde pas sur le début de l’ère chrétienne, pas plus que n et religion alors que Le Cour place la religion en premier, en tant que manifestation, il adopte ce faisant, en quelque sorte, une approche plus expérimentale, d’où l’importance qu’il accorde aux signes « avant-coureurs » dont il donne, dans son Ere du verseau, un catalogue assez éclectique qui va de la Prophétie des Papes selon le pseudo Saint Malachie aux spéculations liées à la communauté religieuse de Paray Le Monial (Saône et Loire), dans les années 1880 (cf le numéro 12 de Politica Hermetica, 1998)

En 1814, Alexandre Lenoir reviendra sur les travaux précessionalistes de Delaulnaye, dans la Franche Maçonnerie (cf La vie astrologique, il y a cent ans, op. cit.)

C. Lazarides (Vivons-nous les commencements de l’Ere des Poissons) cite une autre fourchette 1830-1840, que l’on trouve chez Sepp, dont la version allemande -Das Leben Christi - parut en 1845 mais qui ne fut traduit en français qu’en 1854, sous le titre de Vie de Notre Seigneur Jésus Christ : « Trois cent vingt ans avant JC, le point de l’équinoxe de Printemps tombait entre le Bélier et les Poissons. Le quatrième signe où le Soleil est entré depuis la Création est donc celui des Poissons (…) C’est précisément de nos jours, de 1830 à 1840, que l’équinoxe s’est trouvé entre les Poissons et le Verseau. Une nouvelle époque a donc commencé de nos jours pour le monde chrétien sous le signe céleste de son Rédempteur et une nouvelle époque commencera avec un nouveau signe, l’an 4000 après JC (l’ère du capricorne). On observera donc qu’à chaque décennie ou presque, depuis le XVIIIe siècle, on décale inlassablement l’avènement de la nouvelle Ere. Lazarides relève que Rudolph Steiner a lu Dupuis. 
 

Précessionalisme non aquarien et aquarisme non précessionnel

E. Latour, signale (« L’ère du Verseau », Politica Hermetica, 12, 1998) qu’il est fort question de la précession des équinoxes dans un article de la revue Politicon (Huitième Protocole, 1902, BNF, 4° R 1842) de Francis-André (Mme Bessonnet-Favre), intitulé « Géodésie Politique. Les sept Eglises d’Asie ou révélations de la Mercaba des Chrétiens ». Il y est notamment question de « la période de rétrocession d’un signe du zodiaque en vertu de la précession des équinoxes » à propos de la rencontre de Saturne et de l’étoile gamma de la Vierge, le Ier mars 228 avant notre ère: « il y a par conséquent 2130 ans. Si le même phénomène se produisait dans une trentaine d’années( donc vers 1932), le passage de l’astre dont le nom est synonyme de temps (Kronos) marquerait juste les 2160 ans ». Ainsi alors que Brunton situe en -292 le passage dans la période des Poissons, Francis-André situe le changement précessionnel à -228, tant et si bien que Francis-André avance la date de 1932 environ alors que Brunton avait indiqué 1868/1874. Mais on conçoit mal comment en prenant une étoile de la constellation de la vierge pour référence, elle aurait pu parvenir au verseau, pour le XXe siècle, la démarche de Francis André consistant à découper le temps en périodes de 2160 ans à partir d’une certaine date liée à une certaine étoile. Il semble que par hasard – mais le choix de cette étoile lui incombe – la date dont elle part à savoir( -228) recoupegrosso modo les données des précessionalistes orthodoxes, ce qui aboutit à des spéculations chronologiques proches. Il semble même que Francis André aboutirait à la constellation opposée à celle du Verseau: le Lion, qui précède la Vierge dont elle part. On se retrouve sur le même axe.

A contrario, il ne suffit pas non plus de parler de l’âge du verseau pour qu’il s’agisse nécessairement de précession des équinoxes. L’historien du précessionalisme ne doit prendre des vessies pour des lanternes.

On donnera un autre exemple d’un risque de confusion: dans l’Enigme de Jésus Christ, Daniel Massé, parle en 1926 (pp. 69-70) d’une succession zodiacale aboutissant aux Poissons, mais il s’agit là de périodes de 1000 ans sans rapport avec les 2160 ans du cycle précessionnel.

Curieusement, Le Cour semble confondre tropicalisme et sidéralisme quand il accorde la plus grande importance à ce qui se passe, chaque année, dans le mois du Verseau, au sens de l’astrologie telle qu’on la pratiquait dans la Presse dans les années Trente. Il est intéressant de citer cette déclaration de PLK sur l’astrologie planétaire:

« L’astrologie religieuse (ramène) les planètes au rang de satellites de notre soleil au même titre que la terre, elle ne leur accorde aucune influence dans la conduite des affaires terrestres. La découverte d’autres planètes aurait dû d’ailleurs montrer l’inanité des anciens horoscopes qui n’en tenaient pas compte puisqu’ils les ignoraient » (Dieu et les dieux. Dieu existe-t-il?, Bordeaux, Ed. Bière, 1945, p. 153 (BNF 16° R 1976). Le Cour ne semble pas comprendre que ce qui caractérise une étoile c’est son caractère de fixité, au regard de l’observateur, et que dès lors qu’un astre se déplace à travers le zodiaque, il est assimilable, ipso facto, à une planète, comme c’est le cas pour le soleil. Que le soleil soit une étoile,ensoi, importe peu, ce qui joue, c’est son instrumentalisation. En tout état de cause, on ne peut se passer d’une dialectique entre le fixe et le mobile: l’image du train (mobile) passant d’une gare (fixe) à l’autre nous semble assez pertinente.

Inversement, contrairement à ce que note E. Latour, ce n’est pas parce que l’on s’intéresse au signe tropique du Verseau que l’on est concerné par l’Ere du Verseau et que l’on en maîtrise le fondement astronomique.. Il y a probablement un « aquarisme » non précessionnel et qui, dans certains cas, peut se syncrétiser, par analogie, avec l’aquarisme précessionnel, c’est d’ailleurs ce qui ressort de la lecture des textes de l’ANEV.

En ce qui concerne Brunton, il est clair que celui-ci n’avait pas de préoccupation eschatologique, il cherchait simplement à « vérifier » la chronologie biblique, en montrant qu’elle s’articulait sur une certaine logique religieuse, un choix totémique, relevant non pas de l’inconscient mais du conscient. Le Cour, en revanche, cinquante ans plus tard, veut voir dans le processus précessionnel une loi qui s’impose à l’Humanité et qui la dépasse, ce qui, dans ce cas, pourrait valoir rétrospectivement pour les ajustements antérieurs, notamment lors du passage du Taureau au Bélier, et dans ce cas cela ne présumerait pas de la connaissance consciente de la précession des équinoxes avant Hipparque (sur le XXe siècle, voir notre texte sur ce site, « Les astrologues saisis par le politique, de Paul Le Cour à André Barbault ») 
 

IV. Le stellaro-planétarisme d’Henri Lizeray

En 1892, paraissaient Horoscopes des poètes, d’Henri Lizeray. Cette brochure de 14 pages était la première du genre, en France, en tout cas depuis trois cents ans, à proposer l’étude d’un certain nombre de personnages, en l’occurrence des poètes, au regard des positions planétaires. Les travaux du polytechnicien Choisnard (alias Flambart) paraîtront dans les années qui suivront.

Lizeray a commis un certain nombre d’autres textes, notamment Les Eres de la civilisation, Paris, J. Baur, 1879 qui comporte une théorie des Ages, plus mythologique qu’astrologique, qu’il introduit ainsi:

« Tous les historiens de l’antiquité ainsi que ses poètes parlent des Quatre Ages de l’humanité: l’époque d’ Uranus ou du Ciel, pendant laquelle les hommes menaient une vie sauvage se nourrissaient des productions spontanées de la terre et voyaient leur existence dépendre des vicissitudes des saisons, l’époque de Saturne ou du SEMEUR, celle de Jupiter ou du DOMPTEUR, celle de Bacchus ou du CUEILLEUR DE BAIES »

Egalement auteur, en 1890, d’un texte sur la prévision du temps (au sens météorologique du terme) – en annexe de Le druidisme et le Christianisme - Lizeray développe, dans ses Horoscopes des Poètes, une méthode qui n’est pas, au demeurant, celle qu’illustrera le polytechnicien français et que nous appellerons le stellaro-planétarisme. Il s’agit de circonscrire un certain nombre d’étoiles, regroupées dans une région du ciel et de relever les aspects que les planètes entretiennent avec les dites étoiles (fixes)

« Cet essai, Lizeray s’en explique, est spécialement consacré aux naissances poétiques. Nous déterminerons les aptitudes du sujet d’après la constellation de Pégase en regard des principaux lieux de l’horoscope » (c’est à dire ici du thème natal). Signalons que J. Du Rouchet consacrera un développement de son texte de l’ANEV – « L’ère du Verseau et la fin de l’âge de la Lune « - à la constellation de Pégase: « A l’heure actuelle, l’influence de la constellation de Pégase semble déterminante à proximité de celle du Verseau » (p. 217)

Les étoiles, selon Lizeray, n’agiraient que par le truchement des planètes, c’est ce que nous appellerons la théorie de l’aspect stellaro-planétaire (SP). Contrairement à l’utilisation des étoiles fixes répartie dans tout le zodiaque, le système de Lizeray ne s’intéresse qu’aux étoile situées entre le « 323e et le 2e degré » dans leurs rapports avec la planète circulant tout le long de l’écliptique.

Ci-dessous l’exposé circonstancié de sa méthode par Lizeray: « Les principales étoiles sont Enif ou la Bouche hennissante du Cheval, qui préside la naissance des auteurs scéniques. La Tête indique la pensée et l’étoile luisante du Col annonce le souffle poétique. Markab à l’aile, Schéat à la sortie de la jambe, Algénib au bout de l’aile et Alphérat sur les organes forment le carré de Pégase. Quand Phébus s’en rapproche au moment d’une naissance le poète devient illustre. Telles sont les qualités que donnent les étoiles mais celles-ci ne peuvent les communiquer sur la terre qu’à l’aide des planètes, placées en aspect. Les aspects sont : 1° la conjonction , quand l’étoile, la planète et la terre sont placées en cet ordre sur la même ligne. La planète s’éloignant de la ligne de jonction est en sextile aspect (sic) à 60°, en quadrat (carré) à 90°, en trine (trigone) à 120°, en opposition à 180°. Les plus favorables influences sont, à leur rang, la conjonction, le trine et le sextile: les mauvaises sont l’opposition et le quadrat.(..) Les lieux principaux d’une naissance sont les longitudes des cinq planètes, du soleil, de la lune et de l’horoscope (ici l’ascendant) ou du point à l’orient. » (pp. 4-5)

On notera que Lizeray ne situe jamais les astres en recourant au découpage propre au zodiaque tropique, il se contente des coordonnées allant de 0° à 359°, telles qu’elles figurent alors dans les éphémérides astronomiques. Rappelons que dès les années 1840, était paru, à Paris, sous le patronage de Mademoiselle Le Normand, un manuel d’astrologie comportant en annexe les mêmes données astronomiques que celles qui figurent chez Lizeray. (cf La vie astrologique, il y a cent ans, pp. 49-50)

Comment Lizeray a-t-il déterminé une telle zone? Probablement empiriquement. On rappellera qu’au début du XXe siècle, l’Ecole de Hambourg de Witte supposera l’existence de planètes transneptuniennes, en précisant leur emplacement, sur la base d’observations qui auraient été faites à partir de thèmes de naissance. Notons que la théorie des mi-points, chère notamment à la Kosmobiologie allemande de Reinhold Ebertin, si elle n’offre aucun caractère stellaro-planétaire, n’en arrive pas moins à insister sur des zones vides de planètes et il semble bien que nombre de praticiens aient été confrontés à un sentiment de manque, comme si la dimension stellaire absente déséquilibrait leur appréhension du thème. 
 

Le texte intégral de l’Horoscope des poètes (1892)

L’intérêt de ce document, outre ses ambitions statistiques, tient à la succession de brèves notices, organisées selon l’ordre chronologique. Nous n’avons pas là une description abstraite à la manière des manuels, nous sommes en présence d’une volonté de rendre par les aspects stellaro-planétaires le profil d’un homme de lettres connu du lecteur. Par delà le caractère insolite du recours à des étoiles fixes, on retrouve là, chez ce pionnier qu’est Lizeray, une façon de travailler, un exercice de style, qui annonce un siècle riche en interprétations, après coup, de cartes du ciel. A noter que ces poètes étudiés et dont Lizeray, a rassemblé consciencieusement les coordonnées de naissance, il y a plus de cent ans nous restent familiers encore de nos jours, à l’exception peut être du parnassien Théodore de Banville, un peu oublié, qui venait juste de mourir, en 1891. Mais on sourit lorsque Lizeray qualifie, aspects à l’appui, Alfred de Musset de « poète de second ordre ». On touche là au talon d’Achille de cette astrologie des célébrités qui s’appuie sur des jugements de valeur voués à évoluer….Lizeray est très allusif du fait qu’il suppose que ses lecteurs savent de quoi il s’agit quant à la biographie des auteurs étudiés.

On a en tout cas du mal à croire que Lizeray soit un cas unique, il semble au contraire s’inscrire dans une tradition astro-biographique dont il ne serait que le sommet de l’iceberg. On est loin, en tout cas, dans la galerie de portraits de Lizeray, des thèmes onomantiques, déconnectés par rapport à la réalité astronomique, qu’à la même époque des auteurs comme Ely Star, préfacé tout de même par un Camille Flammarion, en 1888, continuent à diffuser et à enseigner. 
 

Horoscopes des Poètes (extraits)

NB: Lizeray se sert des symboles planétaires., figurant dans les éphémérides, en usage tant chez les astrologues que chez les astronomes: 
 

Corneille, né à Rouen le 6 juin 1606

Soleil 75, Mercure 91, Vénus 76, Mars 226 Jupiter 111, Saturne 281

« Mars en sextile aspect avec la Bouche et le Chef du Cheval annonce un auteur tragique; dans un genre noble (trine aspect de Jupiter dans le plein carré de Pégase). Les pièces auront pour intrigues les contrariétés de l’amour, dont toutefois on parlera peu (Vénus en quadrature, avec le bout de l’Aile, n’émerge pas des rayons du soleil). Le quadrat du Soleil avec la première étoile de l’Aile, celui de Mercure avec le bout de l’aile, s’accordent au génie du tragique et relèveront l’éclat et l’art d’oeuvres raisonnables et sérieuses (sextile de Saturne avec le Col) 
 

Lafontaine (sic) , né à Château-Thierry, le 8 juillet 1621

Soleil 106, Mercure 85, Vénus 68, Mars 234, Jupiter, 143, Saturne 25

« Le trine de Mercure avec la Bouche et la Tête annonce un poète ingénieux dans ses vers et dans ses pensées. Ce sera un conteur de fables telles que les vieillards aiment à en dire (sextile de Saturne avec la bouche) Il s’exprimera clairement et sans lourdeur (trine du Soleil avec la première de l’Aile »

D’autre part, l’opposition de Jupiter avec la Bouche interdira les sujets nobles ou grandioses, le quadrat de Mars avec la Tête déniera les pensées guerrières et les oeuvres tragiques, le quadrat de Vénus avec le Col inclinera aux propos grivois ». 
 

Molière, né à Päris, le 15 janvier 1622

Soleil 295, Mercure 313, Vénus 321, Mars 339, Jupiter, 117, Saturne, 109

La conjonction de Vénus avec la Bouche domine en cette nativité. Elle annonce des pièces agréables, des comédies avec intrigues amoureuses. La conjonction de Mars avec le Col armera le comique des traits de la satire. Le trine de Jupiter avec les Organes du Cheval donnera l’abondance et la noblesse des productions remplies de la clarté ajoutée par le Sextile du Soleil. Le faible quadrat de Saturne avec la première de l’Aile communiquera cependant aux oeuvres un caractère quelque peu prosaïque, raisonneur et de l’amertume. 
 

Racine, né à la Ferté Milon, le 20 décembre 1639

Soleil 267, Mercure 280, Vénus 245, Mars 201, Jupiter 22272, Saturne 323

Voici un tragique-né. La conjonction de Saturne et le trine de Mars avec la Bouche produira en scène des guerriers mêlés à des intrigues fatales. Le sextile de Mercure avec le Col ménage cependant l’exception de quelques pièces badines en octroyant aussi l’habileté de la versification. Le quadrat de Jupiter avec le bout de l’Aile dénie la majesté et l’élévation cornélienne. Le quadrat de Vénus avec le Col, c’est propos d’amour mais en méchantes occasions, telles qu’insultes et adultères. Le quadrat du Soleil avec le Chef indique la clarté des pensées. 
 

Boileau, né à Paris le Ier novembre 1636

Soleil 220, Mercure 243, Vénus 177, Jupiter 178, Saturne 284

La date de naissance est contestée: ce serait le Ier novembre 1637 selon Boileau et le Ier novembre suivant (donc 1638) selon Louis Racine. D’après l’horoscope, je me détermine en faveur de cette dernière époque. Voilà un poète dont les oeuvres ne seront pas destinées à la scène, car il n’y a aucun aspect des planètes avec la Bouche. A signaler la conjonction des trois planètes, Jupiter, Vénus et Mars et leur opposition avec les Organes.

Le mauvais effet de cette opposition sera combattu en partie par l’heureuse union de Jupiter et de Vénus. Mars conservera son influence et formera un satirique médisant des femmes, cependant que Jupiter assurera la noblesse du style. Le sextile de Saturne avec l’Aile inclinera au raisonnement dans des petits poèmes habilement rimés (trine de Mercure avec le bout de l’Aile) et d’un style clair (trine du Soleil avec le Col). 
 

Voltaire, né à Paris, le 20 février 1694

Soleil 333, Mercure 330, Vénus 13n Mars, 108, Jupiter 105, Saturne 272

La date du 20 Février est donnée par Voltaire. Les biographes indiquent celle du 21 novembre 1694. L’horoscope de la première époque s’accorde davantage avec le génie du poète. Le Soleil est entre le Chef et le Col du Cheval. Phébus est monté sur Pégase! De telles conditions présagent d’heureuses et universelles aptitudes. Cette rencontre est rare: pourchasseurs de rimes, je vous souhaite un pareil Pégase! Donc le Soleil sur le Col du Cheval annonce une nombreuse production de pièces dramatiques. Mercure en conjonction avec la Tête accordera en outre du talent pour les contes agréables et badins.

Ce génie bien doué ne manquera ni de noblesse et d’élévation dans les pensées (trine de Jupiter avec l’Aile) ni d’esprit satirique (trine de Mars avec l’Aile) mêle à une mordicante ironie (quadrat de Saturne avec le bout de l’aile). A cet esprit universel, Vénus seule a refusé ses dons. Aussi présentera-t-il la plus sainte des femmes comme un objet de risée. 
 

André Chénier, né le 20 octobre 1762, à Constantinople.

Soleil 207, Mercure 228, Vénus 252, Mars 268, Jupiter 37, Saturne 20

D’heureuses dispositions sans beaucoup d’éclat, à cause du peu d’énergie des aspects sextiles. Mélancoliques petits poèmes à déclamer (sextile de Saturne avec la Bouche). Noblesse de l’élocution (sextile de Jupiter avec le Col). Critiques acerbes et pamphlets (sextile de Mars avec le Chef). Envolées vers l’amour peiné et triste (quadrat de Vénus avec l’aile). Art de la versification (trine de Mercure avec l’aile). Clarté des idées (trine du Soleil avec le Chef) 
 

Lamartine, né à Mâcon, le 21 octobre 1790

Soleil 208, Mercure 206, Vénus 221, Mars 240, Jupiter 141, Saturne 1.

Aptitudes caractérisées. Au lieu d’aspects sextiles toujours de faible influence, les trines et les conjonctions déclarent la virtuosité. Oeuvres fécondes, mais froides et mélancoliques. (Saturne en conjonction avec les Organes). Par suite, ce sera un poète élégiaque qui chantera l’amour (à cause du trine de Vénus avec le gosier) Il composera les histoires des guerres civiles et des empires (trine de Mars avec les Organes) et il exprimera avec art des pensées claires (trine de Mercure et du Soleil avec le Chef). L’opposition de Jupiter avec la Bouche lui enlèvera toute disposition pour le théâtre. 
 

Victor Hugo, né à Besançon, le 26 février1802, à 10 heures et demie du soir.

La connaissance de l’heure exacte de la naissance nous permet, déclare Lizeray, d’en dresser le thème. (…) Voici de nouveau Phébus en plein Col de Pégase. Qu’en résulte-t-il ? Un poète célèbre (..) Donc richesse et éclat du style »

Et Lizeray de conclure, esquissant quelque synastrie: « Victor Hugo et N. Bonaparte, ont été ennemis de naissance, parce que les principaux lieux de leurs horoscopes ne communiquaient pas. » 
 

Musset, né à Paris, le 11 décembre 1810.

Soleil 258, Mercure 258, Vénus 284, Mars 194, Jupiter 53, Saturne 257

Poète de second ordre (sic) à cause du sextile et des quadrats. Les quadrats, dans cette naissance, prennent de l’importance à cause de leur nombre; ce sont les quadrats du Soleil, de Jupiter et de Saturne avec la Bouche: poète évidemment dramatique. Le Soleil donnera le brillant aux personnages mis en scène, Jupiter l’élégance et Saturne la mélancolie. Tout le génie de ce poète aux aspirations amoureuses lui sera départi par le sextile de Vénus avec l’Aile. Toutefois, l’oeuvre sera jolie, bizarre et l’esprit tourmenté à cause des quadrats. 
 

Gautier (Théophile), né à Tarbes, le 31 août 1811

Soleil 157, Mercure, 180, Vénus 138, Mars, 250, Jupiter 90, Saturne 260

Voici un poète tout différent du précédent: l’opposition de Vénus avec la Bouche lui déniera l’art des intrigues théâtrales. Dans ses contes (sextile de Saturne avec la Bouche) il parlera cependant d’amour mais ses héroïnes le feront tant soit peu de travers. Mercure à plus de 15 degrés du Soleil n’est pas brûlé: grâce à cette circonstance assez rare le trine de cette planète avec les Organes accordera d’abondantes productions légèrement et artistement travaillées. Cette qualité l’emportera de beaucoup sur les autres. L’opposition du Soleil avec le Col empêchera le souffle poétique et l’haleine nécessaire aux longues oeuvres. Les sujets élevés ou majestueux seront interdits au poète (quadrat de Jupiter avec les Organes). Il fera la critique d’oeuvres tragiques mais pas de son plein gré (quadrat de Mars avec l’Aile) 
 

Banville (Théodore de) né à Moulins, le 14 mars 1823

Soleil 353, Mercure 324, Vénus 18, Mars 359, Jupiter 62, Saturne 36

Les « téméraires auteurs » peuvent de nouveau contempler l’objet de leur désir. Phébus (le soleil) est sur le crin de Pégase! Comme conséquence: rimes exceptionnellement riches. La conjonction de Mercure et le sextile de Vénus avec la Bouche indiquent un auteur scénique badine et déluré. Il écrira de nombreuses critiques d’art mais il ne les signera pas ou elles seront bénignes (Mars dans les Organes, mais brûlé). Il traitera de sujets nobles (sextile de Jupiter avec le bout de l’Aile), toutefois avec quelque peu d’humeur ironique ou chagrine (sextile de Saturne avec le Col). Mais à part la clarté et la splendeur des rimes dues à la conjonction du Soleil et de Pégase, ce sera un poète de second ordre à cause des sextiles » (p; 14) 
 

Dane Rudhyar et le stellarisme

Si l’astrologie française s’est largement construite contre le stellarisme et notamment contre le stellaro-planétarisme, en revanche, l’astrologue américain, Chenevière alias Dane Rudhyar (hommage à Kipling) n’a pas pris totalement ses distances avec les étoiles, comme le rappellait en 1979 son disciple Alexander Ruperti, dans un texte paru dans Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau (ANEV), » la montée vers le verseau », Rudhyar attachant en effet quelque importance aux quatre étoiles royales: Aldébaran, Antarés, Fomalhaut et Régulus:

« Dans les thèmes de personnes en vie actuellement, toute planète qui se trouve dans les cinq derniers degrés des Gémeaux peut devenir un instrument de l’expression du défi spirituel à travers Bételgeuze. Ces personnes peuvent devenir des foyers au travers desquels se concentre le pouvoir qui cherche à établir les bases d’une nouvelle société et d’un nouveau type d’individu. (…) Exemples: Abdul Baha, fondateur du mouvement Bahai, Mars à 26° Gémeaux; Alice Bailey, Soleil 26° Gémeaux; Krishnamurti, Mars, 28° Gémeaux opp. Lune 26° Sagittaire; Franklin Roosevelt, Mars 28° Gémeaux en 10e, Freud, Saturne 28° Gémeaux; Mary Baker Eddy ( science chrétienne), Asc-Desc. 27° Sagittaire- Gémeaux; Rudhyar, Jupiter (maître de l’As) 28° Gémeaux »

Et Ruperti de préciser ce lien entre l’ère du Verseau et l’étoile Bételgeuze: « Si l’ère des Poissons fut, sous Régulus, une période de développement de la capacité de prendre des décisions spirituelles, l’ère du Verseau, sous Betelgeuze, sera une période d’épreuve patiente de la capacité de l’homme à se contrôler et à développer ses talents mentaux, peut être dans des conditions d’existence totalement nouvelles etc »

Cela dit, Ruperti discute de savoir si la constellation a précédé le signe du même nom ( in « Quand commence l’ère du Verseau? », ANEV, p.356) et n’hésite pas; par exemple, à signaler que Régulus entre dans le signe (tropique) de la Vierge, ce qui ne correspond à l’approche stello-planétariste qui ne s’intéresse qu’aux relations étoile/planète et certainement pas étoile/signe.

On a là une approche qui s’apparente assez nettement à celle exposée par Lizeray, à la fin du XIXe siècle. Elle permet de rapprocher des données planétaires recoupant la même zone du zodiaque, plus finement que la simple présence dans tel ou tel signe, ce qui tendrait à montrer que le signe zodiacal tropique serait un substitut assez grossier à la présence stellaire. On notera, en outre, que la zone de fin Gémeaux, étudiée dans cet article, est au carré de la zone de fi Poissons, qui intéresse Lizeray. Or, selon nous, le stellaro-planétarisme concerne les signes mutables (Gémeaux, Vierge, Sagittaire, Poissons, en tropique) 
 

Conclusion

On peut certes se demander ce qui a pu conduire un Lizeray, à privilégier une région du ciel située, selon ses dires, entre le 323e et le 2° degré du zodiaque. Mais nous-mêmes, cent ans plus tard, avions mis l’accent sur cette même zone et ce sans nous référer aux travaux de Lizeray, que nous avions certes signalés mais sans les approfondir (cf J. Halbronn, La vie astrologique, il y a cent ans, op. Cit.)

Pour nous, l’épistémologie de l’Histoire de l’astrologie, contrairement à ce que soutiennent d’autres chercheurs, marqués par d’autres pans de l’ésotérisme, ne se réduit en effet point à disserter sur un savoir sans objet mais bien au contraire implique une dimension anthropologique sous-jacente (-cf notre texte sur ce site » Les historiens de l’astrologie en quête de modèle », paru aussi en espagnol dans Mercurio 3, juin 2002, voir aussi « ésotérisme philosophique et ésotérisme sociétal » sur le site Faculté-anthropologie.fr). Cela dit, pour autant, on l’aura compris, il ne s ‘agit nullement pour nous de justifier ce qu’est devenue de nos jours l’astrologie et de basculer dans une apologétique (cf « Elisabeth Teissier ou la tentation du compromis » sur le site du CURA).

En effet, dans L’Astrologie selon Saturne (Paris, La Grande Conjonction), nous écrivions, cent ans après lui, « nous avons sélectionné sept périodes (…) délimitées par les degrés 342° à 353° du zodiaque depuis 1789. » Autrement dit, nous nous proposions d’étudier les aspects de Saturne avec une zone se situant à la fin du signe (tropique) des Poissons, ce qui recoupe sensiblement le modèle de Lizeray, à cette différence près que nous ne nous situions pas, pour notre part, par rapport au thème natal mais considérions les transits, en astrologie mondiale.

Autre différence, il y a selon nous quatre zones stellaires sensibles et non pas une seule, elles sont situées de 90° en 90°. Il nous apparut en effet que lorsque l’on considérait le cycle de Saturne, le changement de phase correspondait une régularité qui ne s’expliquait que par un élément structurant du dit cycle.

Nous nous intéressons vivement aux aspects qu’entretient, au cours de son cycle, Saturne avec l’axe des deux étoiles fixes Aldébaran/Antarés. En principe, les aspects stellaro-planétaires au sein du thème natal ne nous intéressent pas. Même si nous n’excluons pas (cf notre article sur la Ve République, dans Trois Sept Onze) de relever certains naissances illustres avec des conjonctions soleil-étoile fixe et notamment Aldébaran/Antarés, étant entendu que, dans ce cas de figure le soleil est assimilé à une planète, bien que l’on sache pertinemment qu’il s’agit d’une étoile, la notion d’étoile étant en fait liée à celle de fixité et le soleil apparaissant dans le zodiaque, visuellement parlant, comme aussi mobile que Mercure ou Vénus, son « escorte ».

Néanmoins, en tant que générateur de lumière et de chaleur, le Soleil se comporte bel et bien comme une étoile, produisant d’ailleurs un cadre saisonnier fixe, de par sa cyclicité annuelle immuable, avec des variables propres à chacun de ses satellites planétaires. .

Il convient, en tout état de cause, de pratiquer des orbes, avant et après l’aspect et notamment dans le cas de la conjonction, du carré et de l’opposition aux étoiles fixes, véritables points sensibles du thème. Lizeray, en s’intéressant à diverses portions de la constellation Pégase, et donc à plusieurs étoiles proches l’une de l’autre, en arrive à une même pratique d’orbe.

L’astrologie stellaro-planétaire, qui fut sans doute importante, lors débuts de l’astrologie et dont nous pensons qu’elle occupera une place croissante au XXIe siècle, .restitue l’horloge cosmique avec ses aiguilles que sont les planètes et ses repères fixes que sont les étoiles. On peut dire à ce propos que nos montres, divisées en douze secteurs, ont conservé jusqu’à nos jours un tel modèle- notamment dans les lieux publics – même si l’on utilise de moins en moins de cadrans dans la vie privée, les deux systèmes continuant à cohabiter. L’astrologie SP est au demeurant la plus facile à accepter par les astronomes, dans la mesure où elle évacue le découpage zodiacal au profit des seules étoiles et qu’elle situe les planètes dans leurs aspects avec les étoiles, ce qui reste une méthode reconnue pour définir la position d’une planète dans le ciel.

Il nous semble, en tout cas, que l’astrologie SP est marquée par la dualité (cf notre colloque de Mai 2000 sur Penser la dualité) et nous pensons que l’astrologie est avant tout duelle.. On a certes parfois l’impression qu’il existe, en astrologie, des structures plus complexes mais qui ne sont en fait que des subdivisions ou des démultiplications d’un processus duel. De la même façon, la réalité que l’astrologie a à décrire est-elle également de cet ordre.

L’astrologie SP unifie son champ grâce au critère de visibilité, revenant ainsi à la représentation du ciel des Anciens. Elle s’efforce de retrouver les rythmes de vie, toujours en nous, au demeurant, de nos ancêtres et notamment les cycles d’activité sociale. Ces cycles facilitent, à certaines époques, la multiplication des pôles et à d’autres, au contraire, imposent des pauses. C’est précisément l’existence de telles variations dans l’Histoire qui nous aura permis de remonter vers la SP. On dira que tout ce qui est duel, dialectique, dans la vie de la Cité, a précisément à voir avec l’astrologie à condition que celle-ci n’ait pas perdu sa propre dimension duelle ou dualisante.

On soulignera le fait que le stellaro-planétarisme permet de rendre compte des origines de l’astrologie en tant que rapport entre les hommes et les astres et non simplement en tant qu’étude du dit rapport.

Il est clair que les planètes – on ne parle pas ici des luminaires – constituent un développement relativement tardif du savoir astronomique. Initialement, on avait la lune passant d’une étoile à une autre, les étoiles constituant un arrière- plan fixe mais à un rythme mensuel trop rapide pour présenter un intérêt au niveau de la vie de la Cité.

Avec l’introduction de planètes plus rapides mais se distinguant néanmoins nettement des étoiles fixes, l’humanité, en certaines de ses sociétés au départ, allait être en mesure de découper le temps selon certaines périodicités supérieures à l’année. Le cycle de Saturne, notamment, pourrait ainsi être découpé et ce non pas, d’abord, en secteurs, mais selon les aspects entretenus avec certaines étoiles fixes.

On observe, en effet, que les aspects permettent de se passer des signes zodiacaux. En effet, si l’on étudie un certain nombre d’aspects entre Saturne et telle ou telle étoile fixe, les divers aspects permettent de baliser le parcours de cette planète tout autant que le découpage en douze signes qui ne seraient, au départ, que des manifestations aspectales.

L’inconvénient du passage du référentiel stellaire au référentiel constellationnel et a fortiori zodiacal – sur une base tropique- c’est de mettre en place des structures abstraites, non visuelles à la différence des étoiles.

L’astrologie stellaro-planétaire nous apparaît, en définitive, comme antérieure à l’astrologie telle qu’elle nous fut transmise par le Tetrabiblos. (cf nos travaux parus dans la revue Beroso et au Colloque de Malaga de 2002 (site CURA), sur Ptolémée et Firmicus Maternus, ainsi que dans la revue Trois Sept Onze (juin 2002) etc

Avec cet ouvrage rédigé en grec tardif – à une époque où cette langue tendait à devenir archaïque – attribué à l’astronome alexandrin Claude Ptolémée (IIe siècle de notre ère), nous n’avons plus, en effet, que des traces du stellaro-planétarisme.

On y traite certes des étoiles fixes et des planètes mais leur combinatoire n’est nullement au centre de l’ouvrage. Le tropicalisme est déjà dominant, ce qui a pour résultat d’évacuer la référence stellaire pour lui substituer une réalité virtuelle, mathématique et surtout l’on y examine longuement les aspects entre planètes, ce qui n’est pas pertinent en astrologie stellaro-planétaire. Dans un chapitre du Livre I, Ptolémée décrit les étoiles fixes propres à chaque constellation zodiacale et il confère à chaque étoile une tonalité planétaire..

On pourrait envisager la création d’une astrologie SP qui combinerait systématiquement une planète et une étoile fixe et jamais deux planètes ensemble. Cela pourrait en tout cas servir pour le calcul de la dominante du thème à condition de s’entendre sur les étoiles fixes à prendre en considération, par delà la question de leurs significations qui serait lié à la constellation zodiacale où elles se trouvent; Autrement dit, une planète qui ne serait pas liée à une étoile zodiacale ne serait pas valorisée. Peut être que la théorie des Dignités planétaires a un rapport avec une telle problématique…

En cette fin du XIXe siècle, l’astrologie voyait sa cote monter, en ce qu’elle permettait d’espérer que les sciences humaines pourraient un jour s’appuyer sur elle – rêve qui sera déçu tout au long du XXe siècle et qui ne semble guère être de mise, à l’aube du XXIe siècle.

Ce qui rapproche un Thomas Brunton et un Henri Lizeray, c’est la même idée, à savoir user de l’astronomie/astrologie comme d’une sorte de repère, diachronique pour l’un, synchronique, pour l’autre. Brunton s’efforce de modéliser l’Histoire tandis que Lizeray tente de rendre compte de la diversité des hommes à partir des variations autour d’une même matrice.

Il convenait notamment de rappeler que la « renaissance » de l’astrologie, à la fin du XIXe siècle, était, dans certains cas, passée par le sidéralisme. Le problème, comme le note F. Villée (op. Cit.), c’est qu’au lieu de s’en tenir aux étoiles fixes, elle ait voulu maintenir le Zodiaque, avec ses douze manifestations, décrochant ainsi complètement par rapport à la réalité stellaire et constelllationnelle, sinon autour d’une seule étoile de référence et aussi par rapport aux saisons, produisant ainsi un ensemble bâtard, propre notamment à l’astrologie indienne jusqu’à nos jours.. 
 

Le Projet E & P.

Le ciel des Anciens combinait certainement le fixe (les étoiles) et le mobile (les planètes) et d’ailleurs les aspects, initialement, permettaient de situer les astres errants par rapport à des repérés fixes et considérés comme immuables.

C’est ainsi que nos horloges ont conservé une telle dualité: des chiffres figés et des aiguilles mobiles.

Or, force est de constater que l’astrologie de la seconde moitié du XXe siècle fut singulièrement marquée par un processus de déstellarisation. Les aspects ne concernent plus désormais que les rapports de planète à planète, et même si l’on combine planètes rapides et planètes lentes, notamment transsaturniennes, la fixité n’en a pas moins disparu du cadre de l’interprétation astrologique contemporaine et cela n’est points sans conséquence et sans déséquilibre.

Car on ne peut percevoir des variations que si l’on examine une structure fixe. Par exemple, si je connais bien une rue, que je parcoure quotidiennement, le moindre changement ne m’échappera pas. En revanche, si j’erre d’une rue à l’autre, comment pourrais-je appréhender les changements intervenus ici ou là, puisque précisément mes repères eux-mêmes ne sont pas fixes?

D’ailleurs, c’est grâce à la familiarité avec le ciel, que progressivement nos ancêtres ont compris qu’il existait des astres qui, eux, n’étaient pas fixes, à savoir les planètes, terme grec qui indique l’errance. Les hommes ont connu les étoiles et les luminaires avant que n’émergent à leur conscience les cinq planètes qui seront par la suite baptisées astres de Mercure, de Vénus, de Mars, de Jupiter et de Saturne.

Comment, donc, en est on arrivé à ce que de nos jours les astrologues intellectuellement corrects ne se soucient plus de prendre en compte les étoiles fixes, du moins celles situées à proximité de l’écliptique?

C’est probablement la conséquence du passage du géocentrisme à l’héliocentrisme, qui a fait apparaître un distinguo entre le système solaire et les étoiles et dès lors on combattit ce que l’on croyait être un syncrétisme stellaro-planétaire, comme si l’astrologie voulait faire oublier qu’elle avait mis sur le même plan planètes et étoiles. Et puis, le système solaire ne constituait-il pas un ensemble organisé, d’un seul tenant tandis que les étoiles étaient liées à des univers complètement différents les uns des autres!

Or, il semble qu’il faille reconsidérer une telle attitude à condition que l’on utilise la notion d’instrumentalisation, c’est à dire l’idée selon laquelle ce qui compte c’est l’observateur et le lien qu’il établit avec l’objet et non l’objet en soi. Mais pour accepter que l’astrologie soit le résultat d’une instrumentalisation, donc d’une projection, il faudrait renoncer à l’idée d’une réalité astrologique que les hommes auraient décryptée et qui reste un des crédos de l’astrologie d’aujourd’hui, y compris pour celle qui n’hésite pas à s’appeler humaniste et qui voudrait que l’homme n’est ce qu’il est que grâce aux astres ou qu’il est structuré à leur image.

Nous proposons d’édifier une nouvelle astrologie pour le XXIe siècle, qui poserait comme principe qu’une planète ne peut s’étudier que par rapport à une étoile fixe et non par rapport à une autre planète ou par rapport à un point fictif. Or, les points fictifs en astrologie sont légion et l’un d’entre eux n’est même plus perçu comme tel, c’est le découpage de l’écliptique en douze secteurs. En effet, tout un pan de l’astrologie correspond à une astronomie fictive, ce qui; selon nous, explique en partie le divorce entre astrologues et astronomes.(cf notre étude sur leTétrabible de Ptolémée in revue Beroso, 2001) Précisons que la méta-astronomie quand bien même est-elle en usage chez les astronomes, n’en est pas moins fictive:. on ne saurait, en effet, mettre sur le même plan des objets naturels et visibles avec de simples conventions mathématiques ni même placer au même niveau, en les combinant indifféremment, éléments réels et virtuels.

Autant, en effet, le zodiaque est il une suite d’étoiles fixes qui se suivent plus ou moins régulièrement, autant le passage d’un signe à l’autre est-il parfaitement factice. Récemment, Didier Castille, au Congrès d’astrologie de Montpellier (juillet 2002) a exposé certaines de ses conclusions, il soutient que les enfants naissent dans les mêmes signes que leurs parents, et plus particulièrement que leurs pères, selon une probabilité satisfaisante. Mais en fait, il ne s’agit pas exactement de cela, d’autant que ce statisticien reconnaît que parfois cela concerne des signes consécutifs. Il vaudrait beaucoup mieux dans ce cas parler de naissances survenues sous les mêmes étoiles fixes, ou encore sous les mêmes astérismes. Il nous semble en effet que si nos organismes physiologiques ont une certaine perception du ciel, cela passe par l’identification d’étoiles et non le passage d’un signe à un autre. Et de ce point de vue là, tropicalistes et sidéralistes ne se différencient guère puisque, partant d’un point différent, ils n’en découpent pas moins le parcours des planètes en douze secteurs, et ce de façon artificielle, purement mathématique car le sidéralisme pratiqué par certains, actuellement (cf en pays anglo-saxon et même en Inde, ce qu’on appelle désormais l’astrologie védique), n’a rien à voir avec les étoiles fixes sinon dans un seul et unique cas, celui de l’étoile à partir de laquelle on positionne le zodiaque. Or, les étoiles fixes balisent de façon continue le parcours des astres errants, que les babyloniens appelaient « chèvres ».

Le soleil lui-même a perdu, en astrologie, sa qualité d’étoile fixe puisqu’il va justement parcourir le zodiaque et croiser successivement des étoiles fixes. Dès lors, le rapport étoile/planéte est-il respecté chez ceux qui disent être né sous tel ou tel signe, du fait de la présence du soleil dans ce signe à ce détail près, déjà mentionné, que le terme « signe » qui désigne un secteur de 30°, n’est qu’une fiction commode. C’est bien de la rencontre entre un facteur mobile (ici le soleil, mais il en serait de même pour Mercure ou Vénus qui ne s’en éloignent jamais) et un facteur fixe, une étoile zodiacale, expression plus pertinente que signe zodiacal: sous quelle étoile zodiacale êtes-vous né(e) faudrait-il désormais demander? Il suffirait de fournir un tableau de correspondance qui permettrait de déterminer quelle est l’étoile fixe la plus proche de la position solaire natale.

Cette astrologie « étoile & planète » (E & P) que nous prônons et que nous pratiquons d’ailleurs notamment dans nos travaux consacrés aux aspects de Saturne l’axe stellaire Aldébaran/Antarés, nous paraît devoir être l’horizon de l’astrologie pour le siècle en cours. Notons que Denise Chrzanowska a également développé un modèle Saturne/étoile fixe mais recourt à l’‘étoile polaire (Polaris) qui a vocation à changer, ce qui n’est pas le cas d’Aldébaran (cf  » Le cycle de Saturne en astrologie mondiale » in Saturne et son symbolisme, Actes du Colloque de l’ ARRC, 1996)

Nous poserons donc cette loi: toujours combiner dans l’étude astrologique un facteur fixe et un facteur mobile, s’interdire d’étudier un aspect entre deux planètes (soleil et Lune compris), ce qui revient à revendiquer le principe d’une mixité du fixe et du mobile, ce qui consiste en fait à prôner une nouvelle théorie des aspects.

Ce faisant, l’astrologie aurait une autre physionomie puisqu’elle s’intéresserait à des points du zodiaque qu’elle ignore d’habitude dès lors qu’ils ne sont pas définissables dans le cadre d’un aspect entre planètes.

Nul doute que cette carence de fixité condamne l’astrologie contemporaine à un manque de repères et à une sorte d’errance où tout change, ou rien n’est pareil puisque l’arrière plan des étoiles zodiacales est négligé au profit de combinaisons entre planètes, chères à un André Barbault qui a, tout au contraire, mis en avant la combinatoire de planète à planète, sans considérer le moins du monde l’aspect étoile/planéte, que ce soit en astrologie individuelle ou mondiale.

Pourtant, les traces ne manquent pas d’une ancienne pratique combinant l’étoile & la planète et d’abord, parce que l’on connaît des traités, comme dans le Tétrabible de Ptolémée, consacrés aux étoiles fixes et à leur signification, ce qui prouve bien qu’on leur accorda jadis de l’importance. Mais ce savoir a fini par être marginalisé et est souvent réputé archaïque et aléatoire..

Il est remarquable que Gauquelin lorsqu’il a voulu vérifier si les aspects donnaient des résultats n’a pas considéré les aspects E & P, étant finalement trop conditionné par l’astrologie de l’époque, Gauquelin ayant en effet formé à l’astrologie traditionnelle. S’il avait repensé les configurations astrales sans se limiter aux affirmations de la dite astrologie, il serait peut- être parvenu à d’autres résultats. Or, il aurait dû reprendre la question à nouveaux frais et en s’appuyant sur la réalité de la pratique astronomique plus que sur l’astrologique.

Les êtres humains – et probablement davantage la femme que l’homme (cf notre article: « la femme et l’influence astrale », sur le site Faculte-anthropologie.fr) – ont certainement intégré, de très longue date, l’ensemble des étoiles zodiacales, au nombre de quelques dizaines, lequel se présente selon un ordre immuable et ce sont les facteurs mobiles qui introduisent un rythme, une cyclicité, du fait même de leurs rapports en changement constant avec cette base fixe et qui déclenchent des signaux.

En fait, les étoiles fixes constitueraient le radix et les planètes les transits. Nous employons sciemment le vocabulaire de l’astrologie actuelle qui appelle, elle, radix le thème natal et transits les modifications intervenant ponctuellement. Cette dualité existe en effet en astrologie mais elle a perdu son sens initial qui est celui d’une dialectique entre la « racine » (en latin, radix) fixe et les changements successifs (en latin, transit signifie passage)

L’astrologie actuelle est coupée en deux: d’une part, une astrologie populaire qui passe par le zodiaque et qui, par conséquent, respecte, grosso modo, le plan des étoiles fixes, tel que transité par le soleil et de l’autre, une astrologie « savante », qui à la limite ne s’intéresse plus au zodiaque mais prend en compte les seuls aspects qui sont interprétés, volontiers, sans rapport avec le substrat zodiacal. Or, à en croire les travaux de D. Castille, c’est une astrologie solaro-zodiacale qui donne les résultats les plus concluants, ce qui implique de prendre en compte un lieu précis du zodiaque et non simplement un aspect entre planètes, en dehors de toute prise en compte de l’endroit où l’aspect s’est formé;

L’astrologie actuelle est sans domicile fixe. Cette astrologie SDF (sans domicile fixe) en se privant des fixes multiplie à l’envi les combinaisons entre planètes et d’ailleurs en augmente régulièrement le nombre en incluant de nouveaux astres, à commencer par les astéroïdes (Cérés, Junon etc). C’est une astrologie à la dérive.

Nous prônons en fait un réancrage de l’astrologie sur les « fixes » et notamment sur les étoiles les plus remarquables, celles qui ont fasciné nos ancêtres, et qu’on appelle les étoiles royales (Régulus, Fomalhaut, Aldébaran, Antarés qui forment une sorte de croix, placés qu’ils sont aux quatre « coins » du zodiaque). Mais nul doute que ces quatre étoiles sont précédées et suivies d’autres étoiles de moindre envergure, qui les annoncent et les prolongent, constituant ainsi une sorte d’orbe.

Jean-Sylvain Bailly, de l’Académie des Sciences, dans son Histoire de l’Astronomie Ancienne depuis son origine jusqu’à l’établissement de l’Ecole d’Alexandrie, Paris, 1779, BNF V 8191, rappelle, à peu près à l’époque où Dupuis commençait à faire connaître sa pensée; l’existence d’un tel quatuor stellaire: « Nous remarquons que vers l’an 3000 avant Jésus Christ les étoiles étaient moins avancées de 66°, Aldébaran était précisément dans l’équinoxe du printemps. Cette belle étoile a donc pu être regardée comme la gardienne de l’équinoxe ou de l’Est. Antarés, ou le coeur du scorpion, se trouvait aussi précisément dans l’équinoxe d’automne: voilà le gardien de l’ouest. Régulus n’était qu’à 10° du solstice d’Eté et Fomalhaut à 6° du solstice d’hiver. Le nom de Régulus sera introduit en alchimie aux côtés des termes planétaires, notamment chez Newton ( B. J. T. Dobbs, The foundations of Newton’s alchemy or « The hunting of the Greene Lyon », Cambridge University Press, 1975 ) Quant au fait que l’étoile Fomalhaut ne se trouve pas dans la constellation du Verseau mais dans celle du Poisson Astral, il nous semble significatif.

Ces quatre étoiles de la première grandeur, toutes très brillantes & très remarquables forment une division du ciel en quatre parties presque égales » (Livre IX, Des constellations du Zodiaque et des planisphères anciens, p. 480). Qu’une telle structure ait impressionné les esprits est une chose, qu’elle ait en outre été choisie parce qu’elle correspondait aux quatre saisons, aux axes équinoxiaux et solsticiaux, en est une autre. Ce serait trop beau! Il nous semble bien au contraire que ces 4 étoiles furent choisies pour marquer le temps et ce sans considération saisonnière, point de vue dont nous avons dénoncé le caractère syncrétique. Qu’à un certain moment les 4 étoiles « royales » aient coincidé peu ou prou, pendant un certain temps, avec les dits axes est tout à fait probable et peut avoir précisément encouragé le dit syncrétisme. Stellaro-zodiacal dont une expression particulièrement remarquable est celle des Maîtrises planétaires (cf « Les historiens de l’astrologie en quête de modéle », sur ce site) associant les planètes aux signes du zodiaque et non plus aux étoiles fixes comme il semble que cela ait été le cas antérieurement. La présence des luminaires au sein d’un tel dispositif revêt également un tel caractère syncrétique dans la mesure où le couple soleil-lune relève davantage d’un processus zodiacal (douze lunaisons) que stellaire, étant donné que la connaissance de ces deux astres dont la mobilité et la cyclicité sont évidentes, et pas seulement pour l’homme, précéda considérablement l’identification des planètes sur la voûte céleste.

Il est pour le moins paradoxal que les étoiles fixes qui constituent le cadre fixe, structurel alors que les planètes sont un facteur mouvant, apparaissent de nos jours, en astrologie, comme un élément secondaire, supplétif. Un tel renversement est tout à fait significatif de la tension existante, au sein de nombreuses sociétés, entre un noyau social ancien, expression d’un état premier mais qui finit par devenir marginal face à des apports extérieurs qui apparaissent peu à peu comme l’élément central.

Or, dans la foulée de la théorie des ères précessionnelles, aurait pu se développer, au niveau de cycles plus court, un stellaro-planétarisme, où Saturne, notamment, jouerait le rôle du point vernal, mais non pas sur la base de près de 26000 ans mais sur celle d’environ 29 ans, soit un rapport de 1 à 1000, une révolution complète de Saturne équivalant à un millième de révolution précessionnelle et à un peu plus d’un centième d’une ère de 2160 ans.

On trouve là, somme toute, des chiffres, numérologiquement en phase: 28/29 jours pour la Lune, 29/30 ans pour Saturne – soit un rapport de 1 à 360 entre cycle de la Lune et cycle de Saturne – et 25920 ans pour la précession des équinoxes.

Quid des techniques prévisionnelles consistant à faire avancer un astre vers un autre? Ne se pourrait-il qu’à l’origine il se soit agi d’une planète que l’on dirigeait vers une étoile fixe? La combinatoire entre planètes serait d’ordre spatial tandis que la combinatoire planètes-étoiles concernerait le temps.

Pour faire des prévisions chiffrées, les astrologues traduisaient un écart angulaire en une durée. Mais par la suite, on s’est mis à diriger une planète vers une autre planète. Il devrait d’ailleurs en être de même pour les transits: on peut étudier le temps que mettra telle planète pour parvenir, notamment, à la conjonction avec telle étoile fixe.

Selon nous, le concept même d’aspect est lié à la relation planéte/étoile fixe et ce du fait même du rapprochement et de l’éloignement entre ces deux types d’astres. En terme d’astronomie de position, on ne situe pas une planète par rapport à une autre mais une planète par rapport à une étoiles fixe. L’astronome a pour première tâche d’apprendre à baliser le cadre fixe des étoiles et ce n’est que dans un deuxième temps qu’il relève les passages des planètes au travers du dit cadre et ce au moyen des aspects.

Un avantage appréciable du système SP, c’est qu’il n’a pas fait l’objet par Gauquelin d »une quelconque vérification. En effet, les aspects des planètes à telle ou telle étoile fixe ne coïncident nullement sinon fortuitement, avec les aspects entre planètes.

On sait en effet que Gauquelin a réalisé des contrôles sur les aspects principaux de planète à planète et sans aucune prise en compte des combinatoires stellaro-planétaires, ce qui montre bien à quel point il était sous l’influence de la forme d’astrologie dominante à son époque. L’avantage de la SP, c’est qu’elle détermine des zones fixes qui seront transitées par des points mobiles.

Pourquoi l’abandon du plan fixe? C’est déjà le cas avec la théorie médiévale des Grandes Conjonctions qui privilégie l’aspect de Jupiter à Saturne sur l’aspect de l’une de ces planètes à un repère fixe, même si le fait que la conjonction ait lieu dans tel ou tel des quatre éléments est important pour ce système.

Cette théorie dominante au Moyen Age et à la Renaissance a certainement contribué à l’abandon du stellaro-planétarisme dans la mesure même où elle introduit une cyclicité parfaitement régulière en combinant deux planètes, qui se rejoignent tous les 20 ans.

Bien plus, par un processus prenant en compte les Quatre Eléments, on parvient à des durées approchant 1000 ans, dans certaines formulations, ce qui là encore permet d’éviter les repères stellaires. Néanmoins, à la fin du XVIIIe siècle, cette théorie des Grandes Conjonctions, utilisée notamment au niveau de l’Histoire des religions, sera abandonnée, du fait de chercheurs français comme Charles François Dupuis, Volney, De l’Aulnaye, au profit des ères précessionnelles, soit un retour au sidéralisme.(cf J. Halbronn, La vie astrologique il y a cent ans, opus cité)

La découverte de planètes lentes a pu également jouer et en l’occurrence Lizeray ne mentionne pas les transsaturniennes connues de son temps (1892), à savoir Uranus (1781) et Neptune (1846). En effet, ces nouveaux astres par leur lenteur se rapprochaient en quelque sorte du statut d’étoiles fixes.

Or, la conjonction d’une planète lente avec une étoile fixe n’offre guère d’intérêt puisqu’elle va concerner toutes les personnes nées au cours d’une assez longue période de temps. (cf A. Volguine, article in Astrologie, numéro sur les étoiles fixes, 1935; Reed. Ed. Traditionnelles, 1998)

Nous proposons donc aux historiens de l’astrologie de s’intéresser à des phénomènes aussi marquants que le passage d’une astronomie réelle à une astronomie fictive ou que le passage d’une astronomie stellaro-planétaire à une astrologie planétaire, étant entendu que l’astronomie sous-tend le discours astrologique qui en est l’ésotérisation (cf notre article dans la revue Cyklos, 28, Barcelone, 2002: . « De lo previsible a lo imprevisible. La astrologia como meta-fisica » et notre étude sur le Tétrabible, in Trois sept onze, décembre 2002).

L’historien de l’astrologie ne peut progresser s’il n’adopte une posture, une position, psychanalytique, c’est à dire s’il ne parvient à mettre en évidence des coupures épistémologiques, selon la formule de Gaston Bachelard, et à coup sûr l’abandon du stellarisme en est une aux conséquences considérables pour le projet astrologique. Cela vaut dès lors non seulement pour l’Histoire de l’Astrologie mais aussi pour l’ épistémologie de la recherche en astrologie. Dès lors, certains clivages, certains décalages, revêtent une autre signification en ce qu’ils interpellent tant le passé que l’avenir de l’astrologie. Contrairement à ce que d’aucuns croient pouvoir affirmer, la page du stellarisme n’est nullement tournée, même si, en effet, l’astrologie du XXe siècle a tenté, avec A. Barbault comme avec J. P. Nicola, d’en faire un repoussoir.

Nous sommes en faveur d’une approche de l’astrologie qui soit pertinente sur le plan anthropologique: on peut assez aisément admettre que les êtres humains – ou du moins certains assumant cette fonction- se soient habitués à un certain environnement stellaire quasiment immuable depuis des millénaires, tout comme d’ailleurs depuis toujours nous nous sommes accoutumés au spectacle que nous offre la terre et que les saisons viennent moduler.

En revanche, on ne saurait attribuer aux humains une connaissance même minimale du cycle des planètes lequel ils n’appréhendent que dans la mesure où il affecte le paysage fixe.

Autre chose est d’attribuer, comme on le fait le plus souvent, aux êtres humains une perception sophistiquée des changements célestes, en tant que tels et non pas par rapport à un plan fixe. L’astrologie s’est hypertrophiée et le principe E & P devrait avoir pour effet de la rendre plus présentable, notamment aux yeux des astronomes, lesquels, finalement – et ce n’est pas rien – nous rappellent comment les hommes, de tout temps, ont perçu le ciel..

L’argument anti-astrologique traditionnel lié à la précession des équinoxes nous semble dépassé, il manquait sa cible; le véritable reproche que l’on peut faire à l’astrologie serait bien plutôt celui de ne plus respecter la combinatoire étoile/planéte, l’exigence épistémologique du fixe et du mobile.. En fait, il conviendrait désormais de le formuler ainsi: les étoiles fixes qui étaient censées exprimer les valeurs de tel signe expriment désormais les valeurs d’un autre signe: telle étoile du scorpion est désormais une étoile du sagittaire – c’est le cas d’Antarés. Or, les astrologues modernes ont pris une telle distance à l’égard des étoiles fixes qu’ils ne comprennent même plus la portée de l’argument, tel un mort vivant qui ne réagirait plus aux balles qu’on tire sur lui. Or, autrefois, planètes et étoiles apparaissaient comme la base même de l’astrologie et le fait qu’une étoile change de signification puisque de signe équivalait au fait qu’une planète puisse être affectée à une nouvelle divinité.

Le paradoxe du rapport entre astrologie et astronomie, c’est que l’astronomie elle-même véhicule un certain savoir astrologico-mythologique, ce qui, ipso facto, tend à le sacraliser, alors que ce savoir est lui-même daté, n’étant ni originel ni vraiment moderne. La solution de facilité est de vouloir penser l’astrologie au prisme d’une astronomie contemporaine matinée de découpages zodiacaux et de divinités, ce qui aboutit à se dispenser de tout retour en arrière voire à rendre dérisoire et marginale toute investigation historique. 

Iconographie 

Henri Lizeray, 1879 Delaulnaye, 1791, Verseau 1726

 

Henri Lizeray, 1892 Henri Lizeray, 1892

 

Thomas Brunton, 1872 Thomas Brunton, 1875

 

Thomas Brunton, 1874 Thomas Brunton, Verseau 1874

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Réflexions sur les méthodes de travail des nostradamologues

Posté par nofim le 22 janvier 2014



Réflexions sur les méthodes de travail des nostradamologues 
par Jacques Halbronn




« Plusieurs esprits libertins font des vers semblables à ceux de Nostradamus & y prédisent des choses qui sont déjà arrivées & puis les font ajouter à ses Centuries lorsqu’on les imprime de nouveau. » (David Derodon, Discours contre l’astrologie judiciaire, Genève, 1663)

Si l’on examine les bibliographies autour du corpus nostradamique parues dans les années 1989-1990, voilà déjà une douzaine d’années (parmi les tentatives les plus récentes, en dehors des ouvrages à vocation uniquement bibliographique, signalons celles de D. Ruzo (« Fiches bibliographiques des vers prophétiques de Nostradamus 1554-1668, in Le Testament de Nostradamus, Ed du Rocher, 1982, pp. 339 et seq), de P. Brind’amour (Nostradamus astrophile, Presses de l’Université d’Ottawa, 1993, pp. 473 et seq), de R. Amadou (« Eléments de bibliographie », in l’astrologie de Nostradamus, dossier, Ed. ARRC, 1992; pp. 39 et seq), l’on ne peut que relever un certain nombre de carences trahissant une certaine incurie de la recherche nostradamologique depuis la fin du XIXe siècle (Bareste, avec son Nostradamus, 1840, peut être considéré comme le père de la bibliographie nostradamique française (cf Buget, « Etudes sur Nostradamus », Bulletin du bibliophhile, 1863, pp.. 583 et seq), son travail sera repris, ( in Oracles, 1867, Reprint 1976), par Anatole Le Pelletier dans ses « Dissertations bibliographiques sur les éditions les plus connues des Centuries », pp; 37 et seq).

Il est vrai qu’elle ne disposait pas encore de l’outil informatique encore très mal installé au niveau des bibliothèques, dans les années Quatre-Vingts. Depuis on a pu faire certaines trouvailles, notamment grâce à la recherche par « mots du titre » comme cette critique que nous avons récemment exhumée d’un certain Just Théodat, auteur d’un Nostradamus démasqué, le sous-titre « Prédiction de l’avènement de Gambetta » étant purement d’ordre satirique (BNF Lb57 3587), paru au début des années 1880, .et qui intéresse autant la critique de l’astrologie judiciaire que celle des Centuries dans la France de la fin du XIXe siècle. Curieusement, ce titre « Nostradamus démasqué » sera repris, plus d’un siècle après, pour un ouvrage de James Randi, traduit de l’anglais. En tout état de cause, les rencontres que nous avons faites en 1991-1992 avec le québécois Pierre Brind’amour, tant à Paris qu’à Ottawa, a modifié le cours des choses, qui aboutirent notamment au Colloque d’Histoire de l’astrologie de 1991 (Crypte de l’Eglise Sainte Anne, Paris), faisant pendant à celui du Warburg Institute (Londres 1984), édité par P. Curry, en 1987, sous le titre Astrology, Science and Society.. 
Le nom, le lieu et la date

La règle du jeu de la bibliographie nostradamique est simple: on rassemble tout ce qui porte le nom de Nostradamus et on le classe chronologiquement d’après la date qui figure, en principe, sur chaque ouvrage. Pour faire cela, il ne faut pas être grand clerc mais du moins faire preuve d’une certaine persévérance en interrogeant au moyen de circulaires toutes les bibliothèques existantes, privées ou publiques concernant tout ce qui touche formellement à Nostradamus.

Comment, dans ces conditions, un document nostradamique de quelque importance aurait-il pu passer entre les mailles des filets? On pouvait certes tout au plus imaginer que telle mention de Nostradamus dans un ouvrage qui ne lui est pas consacré, en son titre, pourrait encore faire surface.

L’avantage de cette approche, au demeurant, était de mettre, indifféremment, dans le même sac l’authentique et le contrefait, le vrai et le pseudo, d’où le terme « nostradamique » de l’ouvrage de Robert Benazra, Répertoire Chronologique Nostradamique (RCN), que nous lui avions proposé, en tant qu’éditeur.

Or, une telle procédure ne résolvait pour autant les problèmes de datation ni ne garantissait une certaine exhaustivité. C’est ce que nous allons expliquer.

Pour ce qui est de la datation, les bibliographes du corpus nostradamique jusqu’à la publication du RCN comprise, n’étaient pas en quête de témoignages. Entendons par là qu’il n’était pas question d’articuler les documents les uns par rapport aux autres mais tout au plus de numéroter, et ce de façon ô combien aléatoire et ingénue, les éditions successives des Centuries.

Autrement dit, pour ces bibliographes lyonnais – Michel Chomarat et Robert Benazra qui publièrent presque simultanément leurs travaux – la question de l’authenticité des éditions des Centuries se posait peu et la date figurant sur l’emballage était une référence qui se suffisait à elle-même. Quelques exceptions toutefois étaient généralement admises concernant certaines éditions datées de 1568 et qui incluaient une épître datée de 1605: encore une fois, le culte de la date inscrite dans le document prévalait.

Nos entretiens avec le regretté chercheur québécois Brind’amour le conduisirent à se préoccuper un peu plus sérieusement des recoupements et, au demeurant, ceux-ci n’avaient-ils pas été réunis par les bibliographes sans en connaître toujours la portée? C’était notamment le cas de Crespin dont le recours systématique et répété au nom de Nostradamus l’avait fait entrer d’office et de plein droit dans le « club » Nostradamus.

Car si Crespin était recensé, on ne s’était pas intéressé à ce qu’il avait publié puisque le critère de sélection était l’usage du nom Nostradamus (puis Archidamus), compte non tenu du contenu. Tout se passait comme s’il y avait d’un côté les éditions des Centuries, les commentaires des quatrains, parfaitement repérables et dûment désignés et numérotés et de l’autre un fatras de textes que l’on ne se hâtait guère d’investiguer. D’ailleurs, la priorité était aux quatrains, sagement disposés en quatre versets alors que les textes en prose indifféraient, ce qui tenait au fait que l’exégèse nostradamique, hormis les Pléiades de Chavigny et les récentes publications de B. Chevignard, concernait les seuls textes rimés, comme si les nostradamologues avaient décidé de se contenter de ce qui avait fait la fortune du nom Nostradamus, sa « poésie ».

Brind’amour, aiguillonné sinon aiguillé par nos soins, avait ainsi commencé à regarder le corpus nostradamique d’un autre oeil, ce qui explique que son édition des Centuries (sises chez Macé Bonhomme), chez Droz, fait la part assez belle à certains textes en prose de Crespin qui ne sont en fait qu’une compilation de quatrains. C’est ainsi que l’on pouvait avoir la conviction qu’en 1572 les Centuries étaient connues, ce qui pour beaucoup consistait à enfoncer des portes ouvertes tout comme d’autres considèrent les recherches de Gauquelin comme ne nous apprenant rien sur la nature du savoir astrologique.

Car force était de constater que les preuves de la publication et de la diffusion des Centuries étaient bien rares, elles se trouvaient chez les adversaires de Nostradamus mais, malheureusement, ceux-ci ne citaient jamais de quatrains centuriques et se référaient surtout aux almanachs et prognostications annuelles. Il fallait se rendre à l’évidence: rien ne prouvait que les Centuries étaient parues du vivant de Nostradamus et même avant le début des années 1570 sinon les éditions des Centuries elles-mêmes, ce qui était un peu léger. Car dix éditions dûment datées des Centuries ne remplacent pas un témoignage extérieur encore que parfois, comme nous l’avons montré dans Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Ramkat, 2002, on puisse fabriquer un faux à partir d’un témoignage (cf les Prophéties d’Antoine Couillard, 1556)

Récemment, Patrice Guinard a rappelé, sur la base de publications des années 1580, que certains documents connus certes des nostradamologues se référaient à des éditions de 1556 et de 1568. Jusqu’alors, une telle information avait laissé chacun indifférent puisque l’on ne mettait pas en cause tout un lot d’éditions des Centuries (1555, 1557, 1568). Or, ces documents, eux-mêmes – les Bibliothèques de La Croix du Maine et de Du Verdier – ne dataient que de 1584-1585, ce qui n’excluait nullement des contrefaçons entreprises au début des années 1570 et antidatées. Les partisans d’éditions antérieures à 1570 se retrouvaient gros jean comme devant. 
L’emprunt à Charles Estienne

On sait que les noms propres sont probablement ce qui impressionne le plus l’interprète des Centuries et Dumézil a consacré une Sotie (Le moyne noir en gris dedans Varennes. Sotie nostradamique, Paris, Gallimard, 1985) au quatrain comportant le nom de Varennes. Chantal Liaroutzos ( « Les prophéties de Nostradamus: suivez la Guide », Lyon, Réforme Humanisme et Renaissance, 23, 1986) eut le grand mérite de signaler l’emprunt à la (sic) Guide des Chemins de France, Signalons la recension – sans les quatrains des almanachs – de Palle Spore, « Les noms géographiques dans Nostradamus », in R. Amadou, l’astrologie de Nostradamus, Ed. ARRC, 1992 pp. 457 et seq) qui ne prend toujours pas en compte cette grille de lecture fondamentale. En réalité, nous montrerons que l’ouvrage utilisé n’est pas celui là, qu’il existe un ouvrage encore plus proche des Centuries, c’est le Livre des Saints Voyages.(sur certaines localisations, cf Le Texte prophétique en France, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2002). Décidément, le corpus nostradamique est bel et bien centré sur la France: de par sa langue mais aussi son contexte politique et par ses références toponymiques.

L’intérêt de retrouver des sources est bien entendu de faire ressortir certaines corruptions mais aussi de déterminer si elles couvrent également les dix centuries ou seulement certaines d’entre elles. Ce qui frappe, c’est que cette source n’est nullement liée à la littérature prophétique.

Dans le cadre de la présente étude, nous voudrions poursuivre les recherches de Chantal Liaroutzos et montrer qu’elles n’ont pas été menées jusqu’à leur terme en fait de sources immédiates. Pour justifier notre préférence pour le Livre des Saints Voyages, nous montrerons que dans certains cas cet ouvrage se rapproche davantage du texte des quatrains.

On signalera, en effet, des variantes orthographiques entre la Guide et les Voyages comme au quatrain 37 de la centurie X: « Chambry Moriane combat sainct Iulian » Guide p.163 :  » A sainct Iean de Morienne », Voyages; p.31 : Moriane.

Mais parfois l’orthographe varie d’une page à l’autre. Néanmoins, de tels détails pourraient nous aider à déterminer à quelle édition Nostradamus fit appel. Il est remarquable par ailleurs que les Voyages s’ouvrent sur une liste de lieux figurant dans les quatrains, ce qui n’est pas le cas de laGuide.

Les Centuries nous proposent -informations qui restent toujours d’actualité- deux issues pour quitter la capitale : par le Pont de Saint-Cloud en direction de Dreux (Eure et Loir) et le Pont Antony vers Orléans (Loiret) Direction Dreux . Nous avons affaire à une assez longue série de quatrains touchant à la même région, dans la centurie IX de puis le quatrain 56 jusqu’au quatrain 59.

Camp près de Noudam passera Goussan ville Et à Malotes laissera son enseigne Au lieu de Drux un Roy reposera Et cherchant loy changeant d’Anathème

Au costé gauche à l’endroit de Vitry Seront guettez les trois rouges de France

A la Ferté prendra la Vidame Nicol tenu rouge qu’avoit produit la vie La grand Loyle naistra que fera clame Donnant Bourgogne à Bretons par ennuie.

On trouve dans l’ouvrage de Charles Estienne, qui est à la fois, précisons-le, l’éditeur et le compilateur de La Guide, la série: Houdan, Goussainville, Marolles, Dreux, Vitry (il ne s’agit pas de la ville de la banlieue parisienne, Vitry/Seine 28), Rouges Maisons, La Ferté au Vidame.

On pourrait voir dans Bourgongne une corruption de Notre Dame de Bolongne qui se trouve en tête de la série de la page 113 et dans Loyle, le Loir (Loyr), rivière qui arrose Vendôme, et qui donnera d’ailleurs son nom au département où se trouve La Ferté Vidame, chef lieu de canton: l’Eure et Loir. Direction Orléans (Voyages: A Notre Dame de Cléry (p.5) Le bourg La Reine Le pont Antony Longjumeau Linaz ou Montlehery Chastres (Chastres sous Montlhéry et non Chartres) Torfou Estrechy le larron L’hermitage Estampes etc

Cette liste figure également dans la Guide et est largement reprise dans les quatrains, comme l’a bien signalé C. Liaroutzos. Ainsi, celui qui ouvrirait les Voyages et qui connaîtrait les Centuries aurait d’emblée un sentiment de déjà-vu. IX 86 Du bourg Lareyne, parviendront droit à Chartres Et seront pres du pont Anthoni pause Sept pour la paix cauteleux comme martres 30 Feront entrée d’armée à Paris clause IX 87 Par la forest du Touphon (Torfou) essartée Par hermitage31 sera posé le temple le duc d’Estempes (Etampes) par sa ruse inventée Du mont Lehori (Montlhèry) prélat donra exemple L’exemple de quatrains consécutifs correspondant à une même région suffit, selon nous, à supposer une première rédaction des quatrains, non publiée, dans laquelle un ordre géographique aurait été respecté de bout en bout puis brouillé délibérément mais non systématiquement. De même, chaque quatrain, en principe, ne doit comporter que des lieux proches les uns des autres. En réalité, dans lesVoyages, les banlieues ne sont mentionnées que comme la première étape d’un long voyage vers l’Italie, l’Espagne ou la Bretagne. Dans la Guide des Chemins de France, les horizons sont plus limités. Les itinéraires Les quatrains toponymiques couvrent certains itinéraires de façon privilégiée sinon exhaustive: voyage de Paris à Rome (le plus simple), voyage à N.D. de Montserrat par Perpignan, voyage de Saint-Jacques de Compostelle à partir d’Orléans, voyage de St Main, au départ de Paris, par Orléans, en prenant la route de N. D. de Cléry; Voyage de St Julien de Vouvantes par Varennes au départ d’Orléans 

Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge Le guide des chemins de France, Paris, Charles Estienne, 1553, détail: click to enlarge

Quatrains espagnols

Deux voies: l’une par la côte méditerranéenne vers Notre Dame de Montserrat, l’autre par la façade atlantique, vers Saint-Jacques de Compostelle. Pèlerinage de N.D. de Monserrat (Catalogne)

Centurie VIII, Quatrain 22

Gorsan, Narbonne par le sel advertir Tucham la grace Parpignan trahie. La ville rouge n’y voudra consentir Par haute vol. drap gris vie faillie qui est à rapprocher des Voyages, p.20. :

Corsal (Coursan), Narbonne, Tuchiam (Tuchan 40), La Grasse, Ville Rouge, Perpignan, Vaulx.

A noter qu’avant Corsal, il est fait mention, dans les Voyages, d’un Nisse qui n’est pas celui de la Côte d’Azur (Nice). Rappelons que Perpignan et le Roussillon étaient alors sous domination espagnole. La destination finale figure au quatrain 26 de la centurie VIII:

« De Caton es trouvez en Barcelonne Mys descouvers lieu terrovers & ruyne Le grand qui tient ne tient voudra Pamplonne Par l’abbage (sic) de Monserrat bruyne » La mention de la destination finale de l’Abbaye de Monserrat telle qu’elle figure dans les Voyages nous conforte dans le rapprochement proposé, même si Pampelune, en haute Navarre, un peu trop à l’Ouest, ne se trouve pas tout à fait sur la route42. Chemin de Compostelle. Signalons ce quatrain assez général mais qui n’en renvoie pas moins à l’Espagne:

VI, 88 Un regne grand demourra desolé Auprès de l’Hebro se seront assemblés Mont Pyrénées le rendront consolé etc  » Il s’agit bien de l’Ebre, fleuve qui passe à Pampelune.

VIII, 85 Entre Bayonne & à St Jean de Lux (Luz) Sera posé de Mars le promontoire Aux Hanix d’Aquilon Nanar hostera lux Puis suffoqué au lict sans adiutoire

VIII, 86 Par Arnani Tholoser Ville Franque Bande infinie par le mont Adrian Passe rivière, Hutin : par pont la planque Bayonne entrer tous Bichoro criant

Voyages: Fin du Royaume de France, rivière de Hurin Arnany, Villeneufve, Toulouzette (à ne pas confondre avec Toulouse), Ville Franque, Segove, Mont Saint-Adrian (p.64).

X, 47 De Bourze ville à la Dame Guyrlande L’on mettra sus par la trahison faicte Le grand Prelat de Leon par Formande Faux pellerins & ravisseurs deffaicte

Voyages A St Salvateur, p.65-67. « En cette ville est l’église de St Salvateur, il y a de la couronne d’espines, du laict Nostre Dame etc » Cette phrase concernant Oviedo pourrait être à l’origine de la formule « Dame Guyrlande », la guirlande étant ici la couronne et rime ainsi avec Formande, villes d’Espagne avec Leon et Burgos (Bourze, Burges) mentionnées dans les Voyages. Si notre hypothèse est juste, l’auteur des Centuries concernées aurait utilisé un commentaire d’Estienne dépassant nettement le cadre élémentaire de la géographie.

X, 48 Du plus profond de l’Espaigne enseigne Sortant du bout & des fins de l’Europe Troubles passant auprès du pont de Laigne Sera deffaicte par bande sa grand troupe

X, 25 Voyages: pont de Laigue, Finiterre que l’on dit estre la fin de l’Europe (p.66). Là encore, le commentaire « fin de l’Europe » repris dans le quatrain ne figure probablement pas sur une carte.

Par Nebro ouvrir de Brisanne passage Bien eloignez el rago fara muestra Dans Peligouxe sera commis l’outrage De la grand dame assise sur l’orchestra

On retrouve l’Ebre avec Nebro (Hebro), Peligoux figure dans le pèlerinage à Compostelle. 
Quelques arbitrages

La toponymie permet d’arbitrer entre les variantes:

1. Sardon Nemans si hault déborderont X 6 (éditions Troyes) ou Gardon Nismes si hault déborderont (Vrayes Centuries et Prophéties). Or, dans la Guide, on peut lire (p.181) Route de Montélimar à Nymes: A costé de Nymes à trois lieues (..) voy le pont du Gard sous lequel passe la rivière de Gardon

2.Freins: Fréjus Freins, Antibor, villes autour de Nice, III, 82 46.

3 Brabant et Flandres, Gand, Bruges et Bologne, V, 94. Il faut lire Boulogne plutôt que la ville italienne.

4 Tours, Orléans, Blois, Angers, Reims & Nantes/ Citez vexees par subit changement/ Par langues estranges seront tendues tentes/ Feuves, dars, Renes, terre & mer tremblement (I 20)

Il est hors de question désormais d’accepter la lecture « Reims » comme le propose Benazra (« Répertoires des lieux géographiques dans les Centuries de Nostradamus », Cahiers Michel Nostradamus, 4; juillet 1986) lequel, décidément, privilégie avec Varennes, la Champagne. On préfèrera évidemment Rennes bien que cette ville soit mentionnée au quatrième verset. mais y était-elle initialement? N’aurait on pas introduit Rennes au quatrième verset au lieu d’un autre mot figurant au sein d’une série de noms communs ( sur le Varennes breton, cf J. P. Clébert,Nostradamus, op. Cit. pp. 131-133)?

Utilisation on le voit systématique de certains itinéraires, sorte de paraphrase allant au gré des rimes (c’est ainsi qu’au quatrain X, 20, Varennes va rimer avec Reines, au risque de bousculer quelque peu la succession géographique logique) et utilisant également les observations introduisant les lieux. Cela dit, nous verrons que la mention de Toulouse, placée seule, dans deux quatrains, revêt une autre signification, dans un contexte bien postérieur au temps de Nostradamus, celui de la Ligue. Les Fleuves du Royaume Le texte ainsi nommé a d’abord paru avec les Voyages avant d’être joint à la Guide en 1553. Les Voyages ne prévoient qu’un itinéraire vers Amiens. En revanche, l’appendice consacré aux fleuves traite de la Meuse, de l’Escaut etc, citant au passage un certain nombre de villes ainsi traversées. Clébert, J. P ( Nostradamus, mode d’emploi, La clef des prophéties, Paris, Lattés, 1981) propose Sologne: Salonne pourrait renvoyer ici à la Sologne. Il suffit pour cela de comparer les deux premiers versets du quatrain 21 de la centurie IX, avec le passage suivant des Voyages (voir la Guide d’Estienne, p.106):

« Au temple hault de Bloys sacre Salonne Nuict pont de Loyre, Prélat, Roy pernicant » « La conté de Blois tient de cette Beausse & comprend ce qui est vers la Sologne deca la rivière de Loire. La centurie X fait un usage assez flagrant des Fleuves.

X 50 La Meuse au jour terre de Luxembourg C’est le premier fleuve mentionné: « La Meuse (…) le long de la Duché de Luxembourg (Fleuves,1553, pp 218-219)

X, 52 Au lieu où Laye & Scelde se marient (…)Au lieu d’Anvers où la crappe charient » Fleuves: Laye (..) entre dans Gand (..) se retire à Anvers, & à Bruges (…) Schelde (…) Le Liz » (1553, p. 220)

Dans la mesure où le Livre des Saints Voyages couvre la très grande majorité des lieux mentionnés dans les Centuries, à la différence de laGuide, une fois de plus, il s’avère extrêmement périlleux de passer du niveau bibliographique à celui de la biographie. Il ne suffit pas qu’un texte puisse être rapproché d’un autre pour que l’on soit à même d’ affirmer qu’il s’agit bien du texte qui a servi à réalisé ce dernier, du livre que Michel de Nostredame avait sur son bureau quand il rédigeait ses quatrains. Certes, le constat de convergences pouvait s’avérer convainquant mais il importait de vérifier si d’autres éditions ou d’autres développements du même auteur n’offraient pas des identités encore plus frappantes, sans parler d’une vérification plus aléatoire quant à la possibilité d’un imitateur d’Estienne, ce que la proximité des dates avec le début de la première édition des Prophéties ne rendait d’ailleurs guère envisageable.

Or l’existence du travail de Bonnerot en 1936 (Intr. La Guide des Chemins de France de 1553 de Charles Estienne, Paris, Champion) comportant un reprint de la Guide puis le reprint du travail de 1936 par Slatkine-Champion en 1978, avec la mention (p.10) du second volet – lesVoyages - et des localisations en bibliothèque (p.22) tant à Paris qu’en province, rendait cette tâche aisée. Bonnerot écrivait:  » Le succès qui accueillit cette guide fut si vif que, avant la fin de l’année 1552, Charles Estienne publia, toujours sans nom d’auteur, le second petit recueil qu’il avait préparé simultanément et qui était le complément et la suite logique du premier. Le titre (…) disait clairement qu’il s’adressait aux pèlerins et leur indiquait les chemins à suivre pour aller aux divers lieux de pèlerinages etc « . Mais pouvait-on imaginer que, sous cette nouvelle présentation, le lecteur se verrait proposer peu ou prou le même texte mais avec quelques nuances qui le rapprocheraient encore plus de celui des Centuries? On a là en effet un saisissant exemple d’économie de moyens de la part d’un auteur qui est à la fois libraire et qui présente la même marchandise ou peu s’en faut sous deux étiquettes différentes pour deux publics, l’un laïc (voyages), l’autre religieux (pèlerinages). Il eut suffi que C. Liaroutzos s’intéressât un tant soit peu à la toponymie étrangère des quatrains et qu’elle suivît à nouveau la piste Estienne pour découvrir le véritable intertexte, probablement le principal de la littérature nostradamique. Bonnerot rappelle d’ailleurs que ces Guides utilisent sinon recopient des documents antérieurs.

L’importance, l’enjeu, de la mise en évidence de sources appartenant massivement à un seul et même ouvrage tient au fait que cela permet d’analyser dans quelle mesure les différentes centuries y ont puisé également. Car s’il y a eu des imitations, on peut certes s’attendre à y trouver des éléments géographiques mais qui ne s’inscriraient pas pour autant dans le corpus spécifique à la production d’Estienne, à moins que les faussaires aient eu connaissance d’un tel lien, ce qui, a priori, semblerait assez improbable.

Or, il semble bien que le lot de centuries qui ait été le plus marqué par la dite production de guides soit celui comprenant VIII, IX et X, à commencer par le quatrain « Varennes », vingtième de la Ixe centurie et les quelques cas n’appartenant pas à ce lot relèveraient d’une même inspiration générale puisant dans un savoir géographique trouvé ailleurs que dans le corpus Estienne. N’oublions pas, tout de même, que le savoir géographique est un des mieux répandus et des plus codifiés. Par ailleurs, dans certains cas, on ne peut exclure l’éventualité de la circulation de certains quatrains d’une centurie vers une autre, lors de la mise en place des éditions. Reste qu’il ne faudrait pas inverser les rôles: dès lors que les Centuries VIII-X ne sont probablement les premières en date, elles sont elles-mêmes un pastiche des centuries I-IV et on peut raisonnablement supposer que c’est précisément parce que ces « premières » centuries comportaient des éléments géographiques que le compilateur des Centuries VIII-X eut l’idée de faire appel à un Guide, en systématisant le recours à des emprunts géographiques qui étaient restés jusque là sporadiques..

Le cas de l’Italie nous semble déterminant dans la mesure où les premières Centuries comportent une certain accumulation de noms, ce qui a pu donner l’idée aux imitateurs de recourir aux itinéraires d’Etienne. D’ailleurs, d’’une façon générale, le déchiffrage des toponymes italiens a été mieux mené que pour l’Espagne pour des raisons culturelles. C’est ainsi qu’à ce propos Anatole Le Pelletier (Oracles de Michel de Nostredame dit Nostradamus, 1867), sous le Second Empire, fournit des commentaires pertinents:

I 58 Fossen, Turin, chef Ferrare suivra

III 56 Chef de Fossan aura gorge coupée Fossano: ville des Etats Sardes (pp 206 et 256)

IV 73 Ferrare et Ast. Le Duc esprouvera Apocope: Asti, ville des Etats Sardes

On en trouvera la contre partie dans les centuries VIII-X..

VIII, 3 Au fort chasteau de Vigilanne & Resviers Sera le puisnay de Nancy Dedans Turin seront ards les premiers Lors que du dueil Lyon sera transy (Voyages p.48):

A Rome le plus court (chemin) A main droite, fort chasteau, Viglanne, Resmiers, Rivole Turin. En revanche, Nancy apparaît ici comme un intrus mais cela est peut-être délibéré: Nancy évoque la Lorraine et les Guise

… IX, 3 La magna vaqua à Ravenne grand trouble Conduits par quinze enserrez à Fornase (Fornoue)37 A Rome naistra deux monstres à teste double Sang, feu, déluge, les plus grand à l’espace Voyages, p.53

IX, 4 L’an ensuyvant descouverts par deluge Deux chefs esleuz,le premier ne tiendra Note: un lieu situé non loin de Magna Vaqua est ainsi nommé  » Premier » et a pu marquer le quatrain suivant.

VIII, 12 Apparoistra auprès de Buffalore L’haut & procere entré dedans Milan

Voyages: Entre au pays de Milannois. Buffalore, Milan

IX, 54 Arrivera au port de Corsibonne/ Près de Ravenne qui pillera la dame/ En mer profonde légat de la Vlisbonne/ Sous roc cachez raviront septante armes

Corsibonne est bien une ville signalée dans les Voyages de Charles Estienne, non loin de Ravenne IX, 16

CastelFranco-Robiera-Plaisance-Cosme sont les éléments constitutifs du quatrain suivant: De castel Franco sortira l’assemblee L’ambassadeur non plaisant sera scisme Ceux de Ribière seront en la meslee Et au grand goulfre desnieront l’entree

Il s’agit là, probablement, avec le quatrain sur Varennes, d’un des plus célèbres et en tout cas des plus frappants du point de vue de l’exégèse nostradamique moderne qui y voit l’annonce de la guerre civile espagnole opposant le général Franco et Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange, mort en 1936 . Serge Hutin(Les prophéties de Nostradamus, texte intrégral et authentique des Centuries expliquées et commentées jusqu’en l’an 1999, Paris P. Belfond, 1972) commente ainsi: « Franco bafoue le régime républicain. Les partisans de Primo de Rivera se rallient à ses troupes » Il est intéressant de noter que l’auteur des dits quatrains n’hésite pas à convertir des noms de lieux en noms communs: Plaisance devient « plaisant » et Cosme « schisme ».

On nous signalera également des cas déjà abordés plus haut:

 » Freins (sic), Antibor, villes autour de Nice », III, 82 46.

« Brabant et Flandres, Gand, Bruges et Bologne (sic) », V, 94.

Il s’agit là effectivement d’une série de villes de la même aire géographique: la Côte d’Azur (Fréjus, Antibes, Nice) et la Mer du Nord.(Brabant, Flandres, Gand, Bruges, Boulogne) mais il ne semble pas que cette succession renvoie spécialement au corpus Estienne. Ce sont des « lieux communs » dont Estienne ne saurait, à l’évidence, avoir le monopole. Il est important en effet de montrer que l’ordre des lieux est ou non celui choisi par Estienne encore qu’il y ait une logique géographique à laquelle il n’est guère facile de déroger. Cependant, certains détails, on l’a vu pour les lieux-dits, ne s’inventent pas.

Si le caractère géographique des Centuries I- début IV a été amplifié avec les Centuries VIII-X, en revanche, les centuries fin IV à VII ne comportent guère ce type de caractéristique, comme si cet aspect avait échappé aux faussaires ou qu’ils n’avaient pas jugé bon de le développer, préoccupés davantage qu’ils étaient à faire passer un message politique qu’à multiplier à l’envi des noms ne faisant pas sens à l’époque.

Ainsi, tant Chantal Liaroutzos que Pierre Brind’amour ( Les premières centuries ou prophéties, (édition Macé Bonhomme de 1555) Edition et commentaire de l’Epitre à César et des 353 premiers quatrains, Genéve, Droz, 1996 ), face à des corpus qui leur auraient permis de mieux cerner les strates centuriques, auront-ils préféré considérer les Centuries comme d’un seul tenant, sans se poser la question de savoir, si tout au contraire, leurs observations ne permettaient pas justement de mener à bien une certaine archéologie des textes centuriques, le pluriel s’imposant au bout du compte.

Est-ce que les quatrains des almanachs puisent également dans de tels itinéraires? Si l’on considére la série restituée par B. Chevignard (Présages en vers 1555-1567, Paris, Seuil, 1999), trrouve-t-on cette même accumulation de villes que dans certaines Centuries? Il semble bien que ces quatrains mensuels aient tout à fait pu inspirer, de ce point de vue, ceux des Centuries, comme le montre cette sélection de versets s’étalant de l’almanach (et non de la Prognostication qui n’en comporte jamais, contrairement à ce que laisse entendre R. Benazra dans son article sur ce site, qui parle également à tort des « présages en vers » de la Prognostication pour 1556 alors qu’il est fait référence, très vraisemblablement, aux quatrains de l’almanach, perdu, pour cette année là!) pour 1555 à celui de l’almanach pour 1558. Pour les almanachs des années suivantes, le procédé nous semble avoir été sensiblement moins fréquent et par conséquent moins frappant.

On peut donc raisonnablement supposer que les quatrains centuriques ont pris modéle, sont un pastriche des quatrains des premiers almanachs oonservés dans les recueils ad hoc. Faut-il rappeler, en outre, que la grande différence entre les deux catégories de quatrains est que les uns sont datés, associés à un mois d’une certaine année et que les autres ne le sont pas, il y a là comme une coupure épistémologique, au niveau de la précision chronologique, de l’absence de mode d’emploi, entre ces deux présentations qui confirme notre idée que MDN ne serait pas l’auteur des seconds., tant le contraste est grand entre les deux agencements, l’un bien repertorié, l’autre présentant tout en vrac. Ajoutons que si les almanachs comme le reconnaît Benazra ont pu donner naissance aux almanachs, on peut raisonnablement supposer que cela n’a pu se faire que lorsque MDN parvint de par les dits almanachs à une certaine célébrité. Or, en 1554, lorsque MDN aurait donné ses quatrains centuriques à Macé Bonhomme, en était-il déjà ainsi? Il semble bien, tout au contraire, qu’une telle idée n’aurait pu émerger que lorsque ces quatrains des almanachs seraient devenus une sorte d’institution, sauf à supposer qu’en 1554, de tels quatrains, non conservés, auraient été produits depuis des années puisque les premiers quatrains qui nous sont connus appartiennent à l’almanach pour 1555, composé en 1554, et que la production de MDN en quatrains d’almanachs va se maintenir pendant encore une douzaine d’années, jusqu’à sa mort. Il semble bien qu’en 1554, le quatrain nostradamique n’a pas encore acquis ses lettres de noblesse et pouvait difficilement donner lieu à une telle amplification centurique: il y a là de la part des faussaires anachronisme. 
Sondage

Epistre liminaire sur l’an 1555: « Provence seure par la main du grand Tende » 
Février 1555: Près du Leman la frayeur sera grande 
Janvier 1557: Grand bas du monde,l’Itale non à l’aise/ Bar, Hister, Malte & le buy ne retourne 
Avril 1557 L’embuche à Sienne & aux Isles Stecades 
Juin 1557 Sardaigne bois, Malte, Palerme, Corse 
Février 1558 Gennes a faim, Ligurs mal accoustrez/Trembler l’insubre, Nice & la demi-laine 
Octobre 1558 Pluye, vent, classe Barbare, Ister, Tyrrhene/../Reduits bienfaits par Flor, franchie Siene 
Le cas Coloni

Dans les bibliographies nostradamiques, la partie consacrée à l’iconographie n’est pas négligeable, ce qui permet d’ailleurs d’expliquer comment on a pu utiliser une vignette de la traduction de la Paraphrase de Galien, par Nostradamus, pour fabriquer des fausses éditions des Centuries pour 1557 avec la mention du même libraire et le recours aux mêmes vignettes. Toutefois, nous avons récemment montré que les nostradamologues n’avaient pas recensé systématiquement les vignettes nostradamiques et que celles-ci ne figuraient dans leur corpus qu’à condition que le nom de Nostradamus s’y trouve. Autrement dit, ces chercheurs, ce faisant, s’interdisaient de se servir de l’élément iconographique pour leur investigation, ce qui aurait permis de suppléer à l’absence, pour quelque raison, de mention du dit nom.. Mais il fallait les comprendre: on ne pouvait demander aux bibliothèques d’aller chercher au delà de ce qu’indiquaient leurs fichiers alphabétiques. Si un texte n’était pas classé sous le nom de Nostradamus, il était, ipso facto, perdu pour la bibliographie nostradamique.

Ce qui explique que le nom de Coloni ne figure dans aucune bibliographie nostradamique alors que sur la page de titre de plusieurs des publications parues sous son nom on trouve les mêmes vignettes, grosso modo, que celles qui figurent sur les prognostications de Nostradamus et accessoirement sur les éditions des Centuries, datées des années 1550.

Encore aurait-on pu excuser ces chercheurs si l’ouvrage n’avait pas appartenu à la catégorie des almanachs et prognostications. Mais Coloni se présente bel et bien comme astrologue lyonnais, officiant dans les années 1580. Quand on sait qu’un de ces exemplaires de Coloni à la vignette se trouve à la Bibliothèque Municipale de Lyon La Part Dieu, au sein de recueils factices de prédictions – les fameux recueils verts désormais microfilmés- dont certaines figurent dans les bibliographies nostradamiques, on prend conscience d’une certaine forme de cécité. Quand on sait – et cela n’est peut-être pas étranger à leur vocation – que Michel Chomarat est lyonnais tout comme Robert Benazra, cela semble assez surréaliste et cela l’est plus encore quand on apprend que Chomarat et Jean Paul Laroche travaillent dans cette même bibliothèque et qu’ils ignoraient l’existence d’une telle vignette Nostradamus dans le fonds de prognostications.

Signalons un autre astrologue qui figure avec une vignette nostradamique, il s’agit d’Edmond Le Maistre, provençal, avec, en 1578, sonAdvertissement et présage fatidique pour six ans, Paris, Jean de Lastre, BNF, Res pV 289. Or, en 1618, paraîtront des Prédictions des signes et prodiges, descrites par le M. Provençal, Lyon, Pierre Roussin. Benazra signale (p. 181) que cet ouvrage est parfois attribué à Jean de Nostredame, mort en 1577 mais ne pourrait-il s’agir d’une référence à cet Edmond le Maistre, provençal? Baudrier (Bibliographie lyonnaise,III) signale d’ailleurs un Vray Pronostic par le maistre, disciple de Nostradamus., qui serait paru chez Benoist Rigaud, en 1567..

Tout se passe comme si une frontière étanche, un cordon sanitaire, avaient été mis en place entre almanachs et prognostications portant le nom de Nostradamus, que cela soit ou non de son temps et « autres » almanachs et prognostications qui relèveraient d’une astrologie ordinaire. Coloni était du mauvais côté de la barrière, donc out. Mais en même temps, quel manque de rigueur terminologique chez ces nostradamologues qui ne font guère la différence entre almanachs, présages, prognostications, prophéties, en tant que genres spécifiques! C’est ainsi que la première publication annuelle conservée (cf Cahiers Astrologiques, mars-avril 1962, p. 64), à savoir la Prognostication pour 1555, est traitée d’almanach comportant des quatrains par M. Chomarat; dans Nostradamus, entre Saône et Rhone, 1971(p.26) et par la suite, tout comme par R. Benazra, alors qu’elle comporte une vignette nostradamique systématiquement absente des almanachs. Et tout est à l’avenant. Nous étudierons notamment la différence de statut des épîtres dans l’almanach et la prognostication.(cf infra)

Mais le cas Coloni ne fait que souligner un autre défaut de méthode des nostradamologues, qui consiste à ne pas examiner systématiquement tout ce qui dans la littérature astrologique comporte des présages sous forme de quatrains. Il s’agirait alors de recenser tous ces quatrains et examiner lesquels recoupent les quatrains nostradamiques.. Il semble bien, en effet, que l’on obtiendrait ainsi de précieux témoignages chez les imitateurs de Nostradamus qui, à la différence de Crespin, ne souhaitèrent pas rappeler leur dette au Mage de Salon. On aura cru, en effet, un peu vite, que chaque astrologue s’était empressé de se référer à Nostradamus en faisant du faux Nostradamus mais le cas inverse existait également: emprunter à Nostradamus ou à du pseudo-Nostradamus mais en s’appropriant les textes concernés. Ce qui semble bien avoir été le cas de ce Coloni ou de celui qui inventa un tel nom à consonance italienne, pour débiter des présages annuels.

Et c’est ainsi que grâce au témoignage bien involontaire – ce qui fait tout son intérêt – de Coloni, nous avons retrouvé la trace de Centuries ne figurant pas encore en 1572 chez Crespin, de ces quatrains qui durent figurer, vers 1580, dans une édition à dix Centuries, signalée par Du Verdier en 1585, et antidatée, selon nous, à 1568. On ne sera pas étonné que c’est un historien de l’astrologie, concerné par un corpus plus large, en vue d’élaborer le CATAF, et pas seulement du corpus nostradamique qui a fait cette découverte. 
Les almanachs nostradamiques

Les almanachs à quatrains de MDN sont la cible d’imitateurs et ce non seulement sous la forme de centuries d’almanachs mais également, et plus simplement, sous celle d’almanachs comportant des quatrains dans le style Nostradamus. Curieusement, ce dernier type de production ne se réfère pas nommément à MDN, comme si le succès de l’oeuvre ne dépendait pas nécessairement de la mention du nom MDN mais bel et bien de la nature même de l’oeuvre. Ce sont les quatrains qui compteraient plus que le nom même de MDN.

C’est le cas de l’almanach pour 1578 de Jehan Maria Colony, Lyon, Nicolas de la Roue (BM Lyon Part Dieu) et qui comporte en son frontispice, au dessous d’une vignette appartenant à une Prognostication du même MDN, dans le style de celle de 1562- on observe là une confusion entre les deux genres – un quatrain à l’instar de ce qui se pratiqua pour certains almanachs de MDN, notamment pour les années 1561, 1562, 1563. Un tel almanach comporte une épître à Henri III. Suivi des « Présages astronomiques pour l’an 1578″ et l’on notera que le terme Présages finira par ne désigner, dans nombre d’ éditions des Centuries parues au XVIIe siècle, que les quatrains mensuels alors qu’initialement les dits quatrains n’étaient qu’une entrée en matière d’un texte en prose. 

Jehan Maria Colony, Almanach pour l'an de salut 1578: click to enlarge Jehan Maria Colony, Almanach pour l'an de salut 1578, Préface à Henry III: click to enlarge Jehan Maria Colony, Almanach pour l'an de salut 1578, Préface à Henry III: click to enlarge Jehan Maria Colony, Almanach pour l'an de salut 1578, Présage de Janvier: click to enlarge

Un autre exemple d’almanach nostradamique concerne Himbert de Billy et l’on observera que l’éditeur n’en est autre que Benoist Rigaud (à Paris, il se vend chez Jean Calvelat) : Almanach pour l’an 1587. On y trouve d’ailleurs au frontispice un quatrain faisant la promotion du dit Billy. Dans l’exemplaire de la Bibliothèque de Lyon La Part Dieu, on relèvera une mention manuscrite à propos du mois de décembre 1587: « Nostradamus, I, 67″, ce qui montre que le rapprochement entre certains quatrains de Billy et les Centuries avait été effectué, ce qui n’a pas pour autant permis aux nostradamologues d’inclure cet ouvrage dans leurs répertoires. Idem pour le quatrain de septembre, rapproché par ce lecteur anonyme et méconnu de III, 20. Idem pour le quatrain de février qui comporte la mention manuscrite « Altéré de Nostradamus IV, 18) et de fait le dit quatrain diffère:

« Des plus lettrez dessus les faictz célestes

Seront par le grand Pontife reprouvez (au lieu de « Seront par princes ignorants reprouvés »)

Punis d’edict chassez comme célestes (« scelestes » (sic) dans les Centuries)

Et empoignez là ou seront trouvez » (« Et mis à mort là où seront trouvés »)

C’est ainsi que, dans les années 1580, le libraire lyonnais Benoist Rigaud s’adonnait à la publication d’une telle littérature cryptonostradamiqueplutôt que pseudo-nostradamique. On peut même supposer que des ateliers existaient capables de composer des quatrains selon un certain style « à la Nostradamus », mêlant habilement le vrai et le faux. 

Himbert de Billy, Almanach pour l'an 1587: click to enlarge Himbert de Billy, Almanach pour l'an 1587, Janvier: click to enlarge Himbert de Billy, Almanach pour l'an 1587, Février: click to enlarge Himbert de Billy, Almanach pour l'an 1587, Décembre: click to enlarge

Le cas de la famille Rigaud

Un autre repère qu’apprécient les nostradamologues consiste à vérifier si le libraire chez qui les Centuries sont parues officiait bien à la date indiquée. Ce qui aura permis de dénoncer des fausses éditions de Pierre Rigaud à une époque où il n’avait pas encore succédé à Benoît Rigaud. Mais inversement, dès lors que le libraire a exercé à la date indiquée, on ne va pas chercher plus loin, cette marque d’authenticité suffisant. De fait, certains chercheurs ont encore du mal à accepter l’idée que l’on puisse réaliser des contrefaçons sous le nom d’un libraire ayant eu à la date inscrite pignon sur rue. Pour les dits chercheurs, les faussaires n’auraient pu pousser le vice aussi loin! On ne ferait pas du pseudo Macé Bonhomme, du pseudo Antoine du Rosne, du pseudo Benoît Rigaud, du pseudo Sixte Denyse, de la pseudo Barbe Regnault! Ce qui ne signifie nullement que ces libraires n’ont pas existé mais qu’on leur attribue des travaux qui ne leur incombent pas.

C’est oublier que ces faussaires sont bien équipés, bien documentés, qu’ils disposent de bibliothèques, d’ouvrages d’époque et d’ailleurs certains ne se vantent-ils pas d’avoir rassemblé tout ce qui concerne Nostradamus. Et il est vrai que l’on a parfois du mal à imaginer qu’un tel culte de Nostradamus aurait servi à une mystification. Mais nous ne sommes pas entre enfants de choeur.

Il ne semble pas que les bibliographes en question aient pris la peine de recenser la production des libraires dont le nom figure sur les éditions des Centuries. Le cas Rigaud aurait notamment mérité plus d’attention car si l’on doit suspecter, a priori, les éditions des Centuries, en revanche, on peut davantage tabler sur des publications annuelles, type almanach/prognostication lesquelles, notamment, nous indiquent à quelle époque le libraire lyonnais se consacra à la production astrologico-prophétique. Or, cette production ne se situe pas en 1568 mais sensiblement plus tard comme en témoignent les exemples suivants: ( sur la carrière et la production de B. Rigaud, cf Baudrier, Bibliothèque Lyonnaise, Recherches sur les imprimeurs, libraires etc, au XVIe siècle, vol. III, Reed. Paris, 1964, pp. 175 et seq) 
1577, Présage général et sommaire discours prognostic sur l’année 1578, Lyon, Benoist Rigaud, 1578, BNF Res pV 1083 (5)

1578, Crespin Archidamus, Au Roy epistre et aux autheurs de disputation sophistique de ce siècle sur la déclaration du présage & effets de la Cométe qui a été commencée d’estre veue dans l’Europe 10 de novembre à cinq heures du soir 1577. (BNF, Res pV 201)

1581, Claude Morel, Diaire ou journal pour 1582, par Claude Morel , Lyon, Benoist Rigaud (BNF, Res pV 386)

Almanach pour 1582, par Himbert de Billy, Lyon, Benoist Rigaud, BNF, Res pV 385 
On y trouve 24 quatrains mensuels, dans le genre nostradamique.

Almanach ou diaire pour 1582 , par Anthoine Fabry, Lyon, Benoist Rigaud, BNF Res pV 387

1586, Almanach pour l’an 1587, par Himbert de Billy, Lyon, Benoist Rigaud et Paris, Jean Cavelat (BM Lyon) et qui comporte pour chaque mois des quatrains dans le genre nostradamique.(cf iconographie)

On peut donc raisonnablement conclure que Benoît Rigaud ne fut concerné par les quatrains que dans une fourchette allant d’environ 1577 à environ 1586, même si l’on doit admettre que l’on n’a pas encore recensé toute sa production en ce domaine. En conséquence, nous pensons que la probabilité pour que Benoît Rigaud se soit consacré à cette littérature vers 1567/1568 est assez faible. En fait, on peut même supposer que c’est Benoît Rigaud, lui-même, qui aura fabriqué les fausses éditions de 1568, une dizaine d’années plus tard. Rappelons un argument exposé dans nos Documents Inexploités à savoir que le choix aurait porté sur Rigaud du fait qu’il était un des éditeurs de Crespin. 

Benoist Rigaud, Histoire merveilleuse, 1569: click to enlarge Benoist Rigaud, Histoire du tout prodigieuse, 1570: click to enlarge Benoist Rigaud, Prodige de deux armees, 1587: click to enlarge Benoist Rigaud, Lettres a Francois de Vergy, 1587: click to enlarge

Passons au cas des éditions de Pierre Rigaud, datée de 1566, année de la mort de MDN, tout comme l’Epître centurique à Henri II est datée de 1558, année qui précède la mort du roi. Les nostradamologues, à la suite d’E. Leroy ( Nostradamus, ses origines, sa vie, son oeuvre, Bergerac, 1972, Laffitte reprints, 1993; pp. 153-156) et Ruzo, s’accordent à considérer que ce sont des faux du XVIIIe siècle et soulignent le fait que le fils Rigaud n’exerçait pas en 1566. Chomarat (Bibliographie Nostradamus, p. 52, cf aussi R. Benazra, RCN, pp. 295 et seq) situe ces éditions à partir de 1716, au début de la période d’activité de l’imprimeur avignonnais, F. J.. Domergue. Or, nous avons un témoignage qui nous conduit à avancer ces dates et donc à supposer que ce type d’édition 1566 parut plutôt, dans un autre cadre. En effet, dès 1711, Pierre Joseph de Haitze, sous le nom de Pierre Joseph, dans sa Vie de Nostradamus, parue à Aix (BNF, 16° Ln27 87147) écrit (p. 57): « ainsi qu’il se voit dans les éditions originales de ces mêmes Centuries par Pierre Rigaud ». Or, a priori, il ne peut s’agir que des éditions « 1566″, dont la publication est attestée peu après.

On peut regretter que R. Benazra, dans son étude sur la vie de Nostradamus par Tronc du Condoulet (Ed Ramkat, 2001) n’ait pas pris la peine de relire la Vie de Nostradamus de 1711. Rien d’étonnant, au demeurant, à ce que cette période marquée par plusieurs biographies de MDN se soit accompagnée d’éditions des Prophéties. On peut d’ailleurs penser que c’est le rappel par les dites biographies de la date de la mort de MDN en 1566 qui aura inspiré les faussaires. C’est ainsi qu’en 1701, l’Abrégé de la Vie de Michel Nostradamus , paru à Aix, chez Jean Adibert, non loin d’Avignon ( Bib. Méjanes, Aix, reprint, Ed Ramkat, 2001) rappelle que MDN « mourut le 2 juillet 1566 (qu’) il se fit enterrer dans l’Eglise des RR. PP. Cordeliers (de Salon)  » ce qui a pu inspirer le titre de ces nouvelles éditions des Prophéties « imprimées par les soins du Fr. Jean Vallier, du Convent de Salon des Mineurs Conventuels de Saint François, Lyon, Par Pierre Rigaud, (…)1566″.

Rappelons que les Cordeliers sont des Franciscains (ordre fondé par François d’Assise) On pourrait donc situer la première édition « 1566″ entre 1701 et 1711, soit à la fin du règne de Louis XIV et non après la mort du roi, ce qui serait le cas s’il fallait retenir comme terminus a quo 1716. En tout état de cause, nous avons avec le témoignage de Pierre Joseph de Haitze (Hache) un témoignage extérieur aux centuries « 1566″ elles-mêmes de leur diffusion au début du XVIIIe siècle, ce qui est l’occasion de rappeler que de tels témoignages n’existèrent pas avant 1570, avec un quatrain cité dans une épître de Jean de Chevigny – mais sans mention de libraire, de date, ni de nombre de centuries – en tête de l’Androgyn de Dorat, dans laquelle il reconnaît disposer d’une collection de la production nostradamique dont l’inventaire ne semble pas englober les dites Centuries (cf nos Documents Inexploités, op. Cit.).

Quant à l’édition datée de 1568, censée parue chez Benoît Rigaud, le père, nous savons qu’elle n’est pas attestée nommément avant 1585 – soit 17 ans plus tard! – sans qu’on nous fournisse d’idée de son contenu sinon qu’il devait comporter 1000 quatrains, ce qui n’est pas le cas des éditions « 1568″ connues; 17 ans, voilà qui laissait une assez bonne marge aux faussaires. Rappelons qu’au XIXe siècle, l’édition « 1566″ faisait référence chez un Torné Chavigny comme chez un Anatole Le Pelletier tout comme au Xxe siècle, on aura révéré, tout aussi imprudemment, les éditions de 1555 et de 1568. On notera par ailleurs que l’épitaphe de l’Eglise de Salon ne se réfère pas aux Centuries et présente MDN avant tout comme un astrologue, « celui de tous les hommes estimé digne de décrire les événements qui arriveront à l’avenir dans tout l’univers, selon les influences des Astres ». Or, il semble bien difficile de qualifier les Centuries d’oeuvre astrologique, elles relèvent plus du genre prophétique et si l’astrologie débouche aisément sur le prophétique, le prophétique n’est pas nécessairement astrologique.. 
Le cas des Présages Merveilleux pour 1557

L’apport du péruvien Daniel Ruzo aux études nostradamiques a été considérable. Il a conservé des documents qui depuis ont disparu lors de la Seconde Guerre Mondiale, notamment à la Bayerische Bibliothek de Munich. Malheureusement, il ne jugea pas nécessaire de faire des fac simile des dits documents, ce qui retarda sensiblement la recherche, c’est notamment le cas des Présages Merveilleux qui ne furent communiqués à des tiers qu’à sa mort. C’est sa veuve qui nous en transmit une copie que nous avons reproduite dans les Documents Inexploités. Certes, les deux premières pages de cet ouvrage avaient-ils été reproduits dans le Testament de Nostradamus (1982), d’abord paru en espagnol vers 1975 ( selon le copyright) mais cela passa plus ou moins inaperçu et le fait que MDN ait pu rédiger deux Epîtres à Henri II est rarement rappelé, comme si devait exister une cloison étanche entre les publications annuelles et les Centuries. Même B. Chevignard, dans son édition des Présages (1999), n’est pas parvenu à disposer de ce document, n’a su retrouver leur trace. Ajoutons l’importance d’un autre document dont on n’avait pas su davantage tirer un juste parti, ce sont les éditions rouennaises de 1588. Leur présentation en fac simile serait certainement des plus salutaires, même si on en a la description chez Ruzo et ceux qui ont repris ses notes (cf RCN p. 122). Il est assez évident, notamment, que l’édition Macé Bonhomme (1555, sic) est postérieure à celle parue chez Raphaël du Petit Val, avec un nombre inférieur de quatrains à la Ive Centurie.: lesGrandes et Merveilleuses prédictions de M. Michel Nostradamus divisées en quatre Centuries. 
Le cas de la Contreprognostication à celle de Nostradamus.

Le dossier des relations entre MDN et la papauté et plus généralement de la place de MDN au sein du conflit opposant catholiques et réformés, serait incomplet sans le document que nous avons fait reproduire dans la revue Réforme Humanisme Renaissance (RHR) n°33, décembre 1991.: « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561) », travail que M. Chomarat a inclus dans ses collections.

Ce texte fait partie du corpus des pamphlets antinostradamiques contemporains de Michel de Nostredame, il est ignoré d’Olivier Millet, spécialiste de la Réforme, qui lui consacra, en 1986, une communication (« Feux croisés sur Nostradamus au XVIe siècle », Divination et controverse religieuse en France au XVIe siècle, Cahiers V. L. Saulnier, V, 1987) et qui s’appuyait sur les bibliographies existantes, sans d’ailleurs étudier ce que Nostradamus mentionnait de telles attaques dans ses almanachs et prognostications et notamment dans les Présages Merveilleux pour 1557 (cf nos Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, op. Cit.). Il est vrai que cet imprimé, assez exceptionnellement, est conservé au Cabinet des Manuscrits Occidentaux (resté sur le site Richelieu) et non avec les collections d’imprimés (passées sur le site F. Mitterrand) A ce propos, notons que la BNF n’a pas fait l’effort de rassembler la production authentique de MDN à partir des fonds d’autres bibliothèques françaises et étrangères – alors que selon nous c’est bien là sa mission que de reconstituer un tel patrimoine – et la BM de Lyon ne dispose pas davantage d’une telle collection ne serait-ce que sur microformes ou de façon numérisée.

De fait, bien que portant le nom de Nostradamus, en son titre, il échappa aux investigations. Si la Bibliothèque Nationale avait eu à l’époque un catalogue informatisé, nos chercheurs auraient été mis sur la piste de ce pamphlet qui y figure désormais si l’on demande les textes portant le nom de Nostradamus en leur titre.. Mais ce n’était pas encore le cas dans les années 1980.. Le dit ouvrage se trouvait classé parmi les ouvrages anonymes et ne figurait même pas au catalogue des Imprimés. Or, la BNF ne disposait pas d’un catalogue Matières qui aurait permis néanmoins de placer ce texte au nom de Nostradamus. Si le texte avait appartenu à une bibliothèque de province, cela eût probablement été le cas. Encore que la dite pièce anti-nostradamique se place en annexe d’un ouvrage intitulé Cantique spirituel & consolatif à Monseigneur le Prince de Condé, avec l’écho sur l’adieu du Cardinal de Lorraine.

Cette attaque réformée de 1561 qui dénonce un penchant de MDN envers le pape, ne fait, précisons-le en passant, aucune référence à des centuries mais au fait que MDN s’adresse au Pape dans son almanach pour 1562, paru à la fin de 1561.( sur les dédicaces à Pie IV, cf l’état de la question à la veille de nos recherches, in R. Amadou, « Nostradamus et le pape Pie IV. Lettre ouverte », Autre Monde, n° 103, février 1986, p. 26, repris in R. Amadou, l’astrologie de Nostradamus, op. cit.)

Là encore, c’est du fait d’une recherche extensive, dépassant largement le cas Nostradamus, que nous avons exhumé ce document. En effet, plus on travaille sur un corpus large, plus un tel investissement peut se justifier car les retombées positives en sont fonction.

Il apparaît ainsi que des contributions significatives aux études nostradamiques auront été le fait d’un historien de l’astrologie alors que jusqu’à présent, les dites études tendaient, en partie par un certain snobisme, à se situer à la marge du champ astrologique proprement dit. 
Le rapprochement des Epîtres

On est même en droit de se demander si une frontière n’avait pas été placée, au sein même de la production nostradamique, entre Centuries d’une part et Almanachs et prognostications de l’autre. Car comment expliquer autrement que les nostradamologues n’aient point rapproché l’Epître à Henri II en tête des Centuries VIII à X de l’Epître au même roi placée en tête des Présages Merveilleux pour 1557? On notera d’ailleurs que la date du 14 mars 1557 de la fausse épître au roi est à rapprocher de celle du 21 mars 1556 adressée à Antoine de Navarre (une des trois épîtres ayant servi à la contrefaçon, cf Documents Inexploités, op. Cit.) , si l’on tient compte du changement opéré en 1564 plaçant le début de l’année au Ier janvier et qui a pu influer sur les faussaires; un mois de mars décidément très présent, puisque la Préface à César est datée du Ier mars 1555. On nous répondra peut être que l’on ne disposait pas du dit texte, pourtant reproduit partiellement par le péruvien Daniel Ruzo dans sonTestament de Nostradamus ( traduction française: 1982), ouvrage par ailleurs largement utilisé, sinon pillé, par les bibliographes signalés.

Or, il va de soi que les faussaires, voulant faire du faux avec du vrai, ont été tentés de récupérer des éléments des publications annuelles aux fins de fabriquer des éditions antidatées des Centuries, un peu à la façon dont on réalise un greffe en chirurgie.. Le fait de rapprocher les Epîtres entre elles – à savoir toutes celles signées Nostradamus, d’où qu’elles viennent – aurait été de bon aloi. Et c’est ainsi d’ailleurs que l’on aurait pu également comparer l’Epître centurique à Henri II de l’épître au Prince de Condé, figurant en tête du faux Almanach pour 1563 .

On voit que nos exigences restent raisonnables: on ne demande pas aux nostradamologues bibliographes de se montrer au fait de l’Histoire événementielle, ce qui eût permis des recoupements mais simplement d’établir certains rapprochements « raisonnés » entre les pièces ainsi engrangées et d’englober dans leur corpus tout ce qui pouvait ressembler à des quatrains nostradamiques et à des vignettes nostradamiques, que le nom de Nostradamus y ait ou non figuré.

C’est notamment le cas d’Himbert de Billy, astrologue du Lyonnais, qui recourt fréquemment, on l’a vu, à des quatrains. Benazra le cite dans un seul cas, dans une édition tardive de 1602, Prédictions pour cinq années, Paris, N. Rousset, (BNF, pV 217) pour avoir cité, dans une préface, le fameux quatrain 16 de la centurie I, « Faulx à l’estang etc  » mais néglige ses autres publications plus anciennes, contemporaines des éditions des Centuries recensées, comme cet Almanach pour l’an 1587, conservé à la Bibliothèque Municipale de Lyon, et paru chez Benoist Rigaud, détail qui, on le verra, n’est pas négligeable.

Le nom d’Himbert de Billy est également associé à celui d’un certain Conrad Leovitius, auteur d’une Première Centurie des choses plus mémorables qui sont à advenir depuis l’an 1588 etc, Paris, Veuve de Laurent du Coudret, BNF Res pV 227., ouvrage qui comporte cinq quatrains dont un en couverture.. Le nom de Conrad Leovitius dérive de celui de Cyprien Leovitius que B. Rigaud publia dans une période où, selon nous, ce libraire ne s’intéressait pas encore aux quatrains..(sur la production attribuée à ce Himbert de Billy, voir sur ce site le Catalogue Alphabétique des Textes Astrologiques Français CATAF)

Citons également un certain Cormopéde, qui dans son Almanach des almanachs, pour 1593, trad. B. Van Schore, Lyon, J. Pillehotte (BNF, Res. PV 284) se voit, en latin, comparé à Nostradamus ou encore un Corneille de Montfort dit Blockland, en Hollande (cf Baudrier,Bibliographie Lyonnaise, III; op. cit.)..

Bien entendu, une fois un corpus considérable de quatrains parus dans les dix ans qui précédèrent les éditions conservées, il reste à faire le tri et notamment, comme nous l’avons montré dans une autre étude sur ce site, concernant Coloni, à identifier ceux qui relèvent d’une des dix Centuries et notamment des centuries IV-V-VI et VII. Tout semble indiquer que ce groupe de Centuries, inconnu d’un Crespin, autour de 1572, soit apparu quelques années plus tard, comme l’indique notre inventaire de la production de Benoist Rigaud.

C’est ainsi qu’en négligeant de mener à bien un tel recensement, la période des années 1578-1587 est sous représentée dans les bibliographies nostradamiques.

Chomarat (Bibliographie nostradamique, 1989, pp. 74-77): de 1577 à 1587: uniquement des textes signés Crespin, un en 1577, un en 1578, un en 1585, un en 1586.

Benazra (RCN, 1990, p; 116): de 1577 à 1587: que du Crespin! Benazra s’arrête sur la Prognostication astronomique pour six années, sans indication de libraire (BM Lyon Res 315 920) dont il cite deux quatrains pour 1593 et 1596, partiellement empruntés aux almanachs de Nostradamus: mars 1555 et Juin 1558. Or, ces mêmes quatrains et encore trois autres figurent sous le nom d’un autre astrologue, Conrad Leovitius, dans un texte déjà signalé plus haut, Première Centurie etc Paris, Veuve de Laurent du Coudret (BNF Res pV 227 , autre édition, BNF Rz 3411). Ainsi, nous aurions des quatrains issus d’anciens almanachs de Nostradamus parus, à la fin des années 1580, soit à trente ans d’écart pour certains, sous des noms divers.

On rappellera enfin que notre découverte d’une édition non nostradamique des Sixains, signée Morgard et ignorée des chercheurs, relève également de la même méthode extensive qui nous est propre, nous situant tant dans l’Histoire de l’Astrologie que dans celle du prophétisme. Une approche bibliographique trop étroite du domaine étudié a, on le voit, des effets pervers, appauvrit la documentation et de ce fait même hypothèque le travail en aval des historiens des textes.. C ‘est d’ailleurs, pour cette raison, que nous n’avons pas voulu dépendre du travail des bibliographes et des bibliothécaires et que nous avons intégré ce niveau de recherche basique dans notre travail d’historien et ce d’autant plus que la critique interne des textes est également un excellent moyen de dater les documents et de repérer les contrefaçons.. 
L’affaire des sixains

Il ne semble pas que l’on ait accordé toute leur importance aux sixains dans la compréhension de l’édifice nostradamique. Il importe de rapprocher les 58 sixains de la centurie VII dans sa mouture à 42 quatrains, car ainsi on « parachève la miliade », bien mieux qu’en prenant en compte les quatrains des almanachs. Initialement, c’est à ce titre de complément et à ce seul titre que, nous semble-t-il, on aura intégré ces textes, en dépit du fait qu’il ne s’agissait pas.de….quatrains. (cf notre ouvrage, Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, op. Cit.). Si l’on s’était servi d’une édition ne comportant que 40 quatrains la centurie VII, on aurait introduit non plus 58 sixains mais 60. Au XVIIe siècle, si les Sixains sont contestés par l’auteur de l’Eclaircissement (1656), en revanche, un Le Roux, encore en 1710, se mettra en tête de démontrer qu’ils sont écrits de la même plume que le reste des Centuries, ce qui vient confirmer notre thèse, à savoir qu’ils ont fort bien pu être considérés, un temps, comme complétant la miliade, même si Le Roux ne recourt pas à cet argument et n’associe pas les 58 sixains aux 42 quatrains de la VIIe Centurie.

On notera qu‘un Le Roux et cela reste vrai pour les critiques du XVIIIe siècle, connaît fort mal – ce qui n’est pas le cas des nostradamologues actuels qui n’ont pas cette excuse- la production centurique de la fin du XVIe siècle: il aurait ainsi pu remarquer que les éditions parisiennes de 1588/1589, émanant de la Ligue, ignorent totalement les Centuries VIII à X ainsi que l’Epître à Henri II, phénomène que nous expliquons par le fait d’ailleurs signalé par Le Roux – qui explique cependant ainsi le retard mis à la publication de cet ensemble – que certains de leurs quatrains annoncent, en clair ou sous forme d’anagrammes, le triomphe des Bourbons (Mendosus, pour Vendôme) sur les Guise (Norlaris, pour Lorrains), c’est à dire du réformé Henri de Navarre sur ses adversaires catholiques.

Pour prolonger la thèse que nous avons développés dans notre réponse à P. Guinard, il y aurait eu deux éditions à mille quatrains en dix centuries, toutes deux faussement datées de 1568: une première, perdue, dont il nous reste des bribes dans les éditions de 1588 -1589, introduite par une fausse Epître à Henri II et mentionnant la miliade et une seconde, comportant les sixains qui permettent à nouveau de parvenir à un total de mille strophes. C’est dire que cette nouvelle édition à 1000 strophes est tardive, et appartient au XVIIe siècle.

Bien entendu, il existe aussi des éditions datées de 1568 mais ne comportant pas mille strophes et qui sont des faux antérieurs mais qui restaient insatisfaisants par ce fait même qu’ils ne correspondaient pas avec ce qui était annoncé dans la fausse Epître à Henri II. Au demeurant, l’opération  » retour à la miliade » fut assez mal conduite, ayant été quelque peu bâclée et la greffe des sixains rejetée dans la mesure où ils constituèrent une….onziéme centurie au lieu de s’agréger à la VIIe Centurie, ce qui était pourtant leur première raison d’être. Mais leur existence n’en montre pas moins qu’il y eut après un mouvement de déconstruction de l’édition à 1000 quatrains datant vraisemblablement du tout début des années 1580, aboutissant aux éditions défectueuses – phénomène du à l’instrumentalisation (suppression, addition) de certains quatrains durant cette période agitée- de la fin de cette même décennies, un mouvement en sens inverse de reconstruction aux fins d’atteindre à nouveau les 1000 unités.

Il conviendrait de réaliser une chronologie des fausses éditions, ce qui est évidemment un exercice assez délicat puisque l’on ne peut se fier aux dates indiquées. Ce qui a troublé certains, c’est le fait que certaines éditions des Centuries aient comporté moins de 100 quatrains, du moins à un certain stade, c’est notamment le cas pour ce qui relève de la centurie IV à 53 quatrains et de la centurie VII à 40/42 quatrains.. Pourquoi, nous fait-on remarquer, aurait-on publié des éditions ainsi tronquées? Toutefois, il semble bien qu’il ait existé une première pseudo-édition à 39 quatrains seulement, à la Centurie VII, qui serait parue en 1560, ce qui d’ailleurs signifierait que cette édition serait antérieure à l’édition d’Antoine du Rosne de 1557 comportant 40/42 quatrains à la dite Centurie, selon que l’on prend tel ou tel exemplaire! En fait, il est probable que ce soit l’édition à quatre centuries qui ait d’abord été désignée ainsi. La 4e centurie, initialement, ne devait comporter que 39 quatrains, pour passer ensuite à 53 et enfin devenir une centurie à part entière. Puis, le principe fut reporté sur la VIIe Centurie qui, elle sera complétée, à son tour, mais avec moins de réussite, par les sixains.

On nous objectera que de telles observations semblent incompatibles avec la thèse d’une édition à 10 centuries, comportant une miliade de quatrains et qui serait déjà attestée par Du Verdier en 1585. Mais si l’on lit par exemple le « Brief Discours sur la vie de M. Michel de Nostredame » au début du du Janus Gallicus (1594), n’est-il pas question de quatrains extraits de centuries? A propos des Centuries XI et XII, l’auteur écrit: « ces deux dernières ont long temps tenu prison & tiennent encore pour la malice du temps, en fin nous leur ouvrirons la porte » (pp. 6-7)

La différence entre vraies et fausses éditions des Centuries, c’est que les fausses ne sont pas contraintes de respecter un ordre chronologique logique dans la mesure où les faussaires ne s’entendent pas forcément entre eux, surtout quand ils vivent à des époques différentes. Cela explique des bizarreries comme dans le cas des deux éditions des Centuries de 1557, probablement produites à des époques différentes mais dont la plus longue (à la Centurie VII) serait parue avant la plus brève. Le Roux note d’ailleurs, en 1710, que les éditions les plus anciennes sont les moins « complètes » mais il n’avait vraisemblablement pas en mains les étranges éditions des années 1588/89. La matière nostradamique, en tout cas, nous apparaît comme singulièrement complexe à maîtriser, et ce d’autant qu’outre les contrefaçons conservées, il en est d’autres qui n’ont pas été localisées. Or, selon notre approche, une lacune dans le réseau des forgeries, selon l’expression anglaise qui indique bien l’idée de fabrication artisanale, risque de conduire à une théorisation erronée des structures du corpus nostradamique, quel qu’en soit l’auteur.

Il nous apparaît, en tout cas, assez patent que le découpage de la Centurie IV en deux segments de 53 quatrains et de 47 quatrains est le fait de cette déconstruction-reconstruction que nous décrivions plus haut, intervenue à la fin des années 1580 et d’ailleurs, comme le rappelle Benazra, à la suite de Ruzo, on connaît des éditions comportant une Centurie IV « incomplète », comportant un nombre de quatrains qui n’est pas de 53.

Mais pourquoi, nous objectera–t-on des faussaires auraient-ils pris la peine de publier une édition aussi « déconstruite » que celle attribuée à Macé Bonhomme, en date de 1555? Or, à partir du moment où l’on constate qu’il a bien existé des éditions comportant des centuries ne comportant pas 100 quatrains, pourquoi, dans la foulée, n’aurait-on pas, pour leur conférer davantage de légitimité, confectionné, à partir des dites éditions des éditions antidatées?

En vérité, une des failles du système des faussaires semble avoir été le manque de concertation qui conduit à des aberrations et à des invraisemblances: on se retrouve en effet avec en l’espace de trois ans la production de 10 centuries:

- 1555, 3 centuries et 53 quatrains (attesté par la Préface à César) 
- 1557 Edition augmentée de près de 300 quatrains 
- 1558. Edition augmentée d’encore 300 quatrains ( attestée par la date de l’Epître à Henri II)

Par la grâce des faussaires, voilà donc un ensemble de près de 1000 quatrains qui se manifeste en un laps de temps à la fois trop bref et trop long. Car de deux choses l’une, ou bien MDN aurait pu produire l’ensemble d’entrée de jeu (1555), ayant pris le temps de le composer au cours des années précédentes ou bien il lui aurait fallu raisonnablement davantage de temps. Il semble, selon nous, que l’explication est plus simple et qu’en gros, les faussaires ont eu de la chance: s’étant donné le mot pour que les Centuries se référent aux années 1550, ils ont fait un tir groupé. Gageons que si l’édition à 10 centuries avait précédé celle à 7 centuries voire à 4 centuries, on aurait trouvé une explication!

Il reste que la thèse d’une première édition à sept centuries précédée de la Préface à César aura longtemps prévalu chez les nostradamologues, s’appuyant sur le premier volet des éditions datées de 1568. Si en 1711, Joseph de Haitze ( La vie de Nostradamus, Aix, p. 50) date cette édition à 7 centuries de 1555, cela reste la présentation de Buget, en 1860-1861 (« Etude sur les prophéties de Nostradamus », Bulletin du bibliophile, p. 1699) c’est encore le point de vue de biographes de MDN, tels que J. Moura et P. Louvet (La vie de Nostradamus, Paris, Gallimard, 1930, p. 174) . Il semble en effet assez invraisemblable qu’une toute première édition ait pu se présenter comme le fait l’édition à 353 quatrains, visiblement « augmentée » et disons-le transitoire, et d’une certaine façon la découverte des éditions Macé Bonhomme, dans les années 1980, aura eu, à terme, un effet déstabilisateur: la seule période de centuries incomplètes attestées étant celle de la Ligue.

Toutefois, pour le bibliographe, même le plus indifférent au contexte politique, il y a quand même un détail qui gêne: ce sont toutes ces éditions comportant des centuries incomplètes sans explication. Ou plutôt, si on a une édition qui donne une explication mais elle porte une date plus tardive, 1560. (cf Benazra, RCN, pp. 51-52); c’est l’édition parisienne disparue de la libraire Barbe Regnault (cf infra) qui signale une addition de 39 articles (=quatrains). Fort bien! Mais comment se fait-il que les éditions lyonnaises de 1555 et 1557 comportent déjà, sans l’annoncer, cette addition? Tout se passe comme si ces dites éditions lyonnaises étaient donc postérieures à l’édition parisienne et ne prenaient plus la peine de signaler qu’il y avait eu addition.. Bien plus, le passage d’une édition comportant trois centuries et 53 quatrains (1555) à une édition comportant six centuries et 40/42 quatrains (1557) ne comporte aucune explication à l’intérieur de l’ouvrage alors que nous disposons d’éditions de 1588 qui portent la mention d’un ajout, à la quatrième centurie, après le quatrain 53 ( Paris, Veuve (de) Nicolas Rosset, British Library, 711 a 16 -cf RCN, p. 118) – on disait alors la Veuve Nicolas Rosset,

« Prophéties de M. Nostradamus adioustees outre les précédentes impressions; Centurie quatre ». Suivent les quatrains 54 à 100.

Faisons donc l’expérience: donnons à quelqu’un ces diverses éditions, en ne fournissant aucune date, demandons lui de les classer par ordre d’apparition logique. Le résultat probable sera le suivant:

[0. Edition à trois centuries] 
1 Barbe Regnault, Paris(d’après le titre, seul connu) 
2 Macé Bonhomme, Lyon 
3 Veuve Nicolas Rosset, Paris 
4 Antoine du Rosne, Lyon

Tout se passe, du moins en ce qui concerne les éditions augmentées, comme si l’original était paru à Paris puis avait connu, à Lyon, une réimpression peaufinée, où les marques d’additions auraient disparu tant au titre qu’à l’intérieur. Occasion d’ailleurs de rappeler une autre bizarrerie à savoir que les d’éditions des almanachs et prognostications, du moins celles qui nous sont conservées, du moins jusqu’à l’année 1562 incluse, sont parisiennes (c’est notamment le cas des éditions pour l’année 1557 reproduites partiellement dans Documents Inexploités) tout autant d’ailleurs que les attaques contre ces publications alors que les éditions des Centuries seraient, elles, lyonnaises!.. De telles maladresses de la part de faussaires nous conduisent à penser qu’il s’agit là, pour ces éditions datées des années 1555-1557, d’une seconde génération ayant travaillé à partir d’éditions tardives (éventuellement pas avant le début du XVIIe siècle) ne portant même plus l’indication d’ additions. Ces éditions antidatées ont d’ailleurs pour effet de fausser notre appréhension de la diffusion des centuries à certaines époques: supposons, en effet, qu’au cours de telle ou telle décennies, on n’ait produit que des éditions antidatées, on en arriverait à conclure qu’aucune édition ne parut à ce moment là:!

On peut se demander toutefois pourquoi avoir choisi l’année 1568 pour accueillir l’Epître datée de 1558 dédiée à un roi mort en 1559, encore que d’aucuns, au XVIIIe siècle (cf R. Benazra, RCN, pp. 295 et seq.) aient parfois préféré produire des éditions datées de 1566.. C’est probablement parce que les premières vraies fausses éditions sont datées de cette époque, laquelle fait suite immédiatement à la mort de MDN en 1566. On ne peut d’ailleurs totalement exclure une confusion entre 1566 et 1568….

A propos de faussaires, précisons, quand même, que soutenir que les/des centuries ne seraient pas l’oeuvre de Michel de Nostredame, ne signifie pas, ipso facto, qu’elles n’aient pas valeur prophétique ni qu’elles ne comportent pas quelque codage intéressant.. Donc, ce n’est pas en prouvant que tel ou tel quatrain « marche » ou que telle centurie comporte une structure sous-jacente, que l’on aura démontré son authenticité.

Signalons également, parmi les procédés d’authentification et de désauthentification, le fait de circonscrire un quatrain manifestement « faux » ou à l’inverse manifestement « juste ».. L’exemple d’un « faux » quatrain serait le IV/46 comportant le verset  » Garde toy Tours de ta proche ruine » et qui selon nous vise Henri IV, dont le gouvernement était installé en 1588 à Tours face à la Ligue (voir notre étude » Les Prophéties et la Ligue ») et dont la présence dans l’édition datée de 1555 serait disqualifiante. A l’inverse, tel quatrain cité par P. Guinard, dans son étude sur Nostradamus et les planètes transsaturniennes (récemment parue dans la revue Atlantis, dans la ligne du regretté V. Ionescu), serait qualifiant, en ce que l’ affirmation de l’annonce du jour de la découverte d’Uranus (1781) et de Neptune (1846) serait liée à une analyse particulière de la structure d’ensemble des Centuries. 
Le cas Jaubert

Un des cas les plus déconcertants de la recherche bibliographique nostradamique concerne les Eclaircissements des véritables quatrains, de 1656. Nul ne sait pourquoi cet ouvrage a été attribué à un certain Etienne Jaubert et pourtant cette mention figure tant au catalogue de la BNF que dans les bibliographies susnommées.

En réalité, l’étude de cet ouvrage fournit la réponse ou pour le moins une piste. A la fin de l’Apologie, l’éditeur, au sens anglais du terme, écrit: « Je ne ferai point tort à un savant religieux, lequel bien qu’il ne veuille prendre place dans le nombre des Auteurs, qui soient dignes de considération, néantmoins puisque Dieu lui a donné la grâce d’avoir mis à jour cinq volumes de la vie des Saints & saintes de son Ordre, deux semblables des solides pratiques & exercices de la vie spirituelle, dont les éditions sont finies et se réitèrent, six autres de moindre grosseur sur la dévotion etc » (p.66);

Or, ce « savant religieux » est en fait celui qui a rédigé les dits Eclaircissements. En effet, si l’on consulte les travaux consacrés au monde ecclésiastique et notamment aux Ordres prêcheurs, on tombe sur la notice d’ un Dominicain, Jean Giffré de Réchac, en religion Jean de Sainte Marie, auteur d’un travail sur Nostradamus et de fait nous avons fini par retrouver le dit travail, bien plus ample que ce qui en a été publié, la confrontation entre l’imprimé et le manuscrit ne laissant aucun doute. Néanmoins, le fait que seul le volume consacré aux événements survenus du vivant de MDN – règnes d’Henri II, François II et Charles Ix- n’est peut être pas du au hasard en ce que seule la dimension d’historien y est affirmée.. Cet ecclésiastique qui, dans les années Cinquante, publie divers ouvrages correspondant à ceux dont il était question, est à rapprocher du Capucin Yves de Paris, impliqué, à Rennes, dans un procès contre l’astrologie (1654-1655) auxquels nous avons consacré des études sur ce site ainsi qu’aux Pères Jésuites anti-astrologues Jacques de Billy et Jean François (1657-1660)

R. Benazra, cependant, nous fournit (p. 104) une piste, dans son édition des Abrégés – le pluriel est de rigueur – de Tronc de Coudoulet, mais apparemment sans y prêter garde: « Je ne laisserai pas de dire, lit-on dans le manuscrit de la Méjanes, Abrégé de l’histoire de M. Michel Nostradamus,, qu’il a eu de célèbres apologistes comme d’injustes critiques. Un Jaubert a fait à la louange dans le distique suivant, vera loquor ne falsa loquor etc. Le nom de Jaubert disparaît, note Benazra, dans la Vie et Testament de Nostradamus (1789, BNF Ln22 15273), repris du manuscrit.: il ne s’y trouve plus que l’initiale J. Ne serait-ce pas, en tout cas, la première mention de ce Jaubert auquel on attribue couramment la paternité de l’Eclaircissement de 1656 et qui pourrait être l’auteur de l’Apologie pour Michel Nostradamus avec l’Histoire de sa vie & les éloges que plusieurs auteurs luy ont donné » qui introduit le dit Eclaircissement? Au demeurant, le manuscrit de Giffré de Réchac que nous avons retrouvé aux Archives Nationales ne comporte pas un tel développement. On pourrait donc attribuer au dit Jaubert la partie biographique et apologétique de l’Eclaircissement (cf, sur ce site, dans ce type de compilation de plusieurs travaux, notre article sur Yves de Paris, à la même époque) Buget en 1860 nous parle d’un Etienne Jaubert (« Etude sur les Prophéties de Nostradamus »; p. 1709), médecin d’Amiens, auquel il attribué à tort la totalité de l’Eclaircissement. 
D’un Abrégé à l’autre (XVIe-XVIIIe siècles)

L’historien des textes doit certes être pleinement conscient du rôle du recyclage. La guide des Chemins de France aura été « ésotérisée » -selon un concept que nous avons développé dans notre article sur l’Esotérisme.(à lire sur ce site) tout comme les récits historiques mis en quatrains et prenant, ipso facto, une autre dimension. Mais il n’en existe pas moins des emprunts au sein même de la littérature nostradamique et qui ne sont pas davantage signalés, laissant ainsi croire à une série de recherches et non à un texte repris maintes et maintes fois et tout juste assez retouché ou remanié pour que cela passe inaperçu de la part d’historiens trop pressés.

Les deux textes présentés par R. Benazra entretiennent nombre de points communs qu’il eut convenu de mieux faire ressortir. Il semble bien que nous ayons affaire à un manuscrit, plus tardif, qui serait l’amplification de l’Abrégé, malgré son titre Abrégé de l’Histoire de Michel Nostradamus. La partie proprement biographique est relativement brève, dans les deux cas, en comparaison des commentaires de nombre de quatrains ainsi que de la Préface à César et de l’Epître à Henri II. qui lui font suite

L’éditeur de 1701 n’a pas pris la peine de retrouver le « Brief discours sur la vie de M. Michel de Nostredame, également intitulé « Vie Sommaire de l’auteur », au sein d’un Janus Gallicus, jamais réédité depuis la fin du XVIe siècle, il s’est contenté de résumer la « Vie et l’apologie de Nostradamus » figurant dans la Concordance de Guynaud (1693), un siècle plus tard. Il n’a pas du non plus été chercher la « Vie du Sieur Michel Nostradamus » de l’Eclaircissement d’un Anonyme, comme on le désigne parfois (1656). Il semble que l’on ait ainsi « bâclé » une Vie de Nostradamus, au risque de bien des incohérences..

On se contentera de compléter ici l’étude de R. Benazra concernant le texte qu’il fournit en fac simile. L’éditeur – et ce n’est pas nécessairement Tronc de Coudoulet – a « réduit », à sa manière le texte de Guynaud (dont nous avons retrouvé un manuscrit comportant de nombreuses variantes à la Bibliothèque de l’Institut, à Paris.) Il reprend littéralement certains passages, insistant sur le séjour à Aix, et en saute allègrement d’autres mais, au total, rien n’émane de sa plume et tout n’a qu’une seule origine: la mouture de la Concordance.. Si Guynaud, bien que n’en dépendant pas exclusivement, se réfère fréquemment au Janus Gallicus pour un travail nettement plus ambitieux que la plaquette de 1701, l’éditeur de l’Abrégésupprime volontiers cette mention sauf dans un cas où il la maintient, probablement par inadvertance car il n’a pas pris la peine de nous préciser de qui il s’agissait et en parle comme d’un auteur et non comme d’un ouvrage – il aurait alors écrit « le Janus Gallicus » – :  » il prédit sa mort (…) comme le rapporte (sic) Janus Gallicus ». On passe ainsi d’un texte de 27 pages à un texte de 3 pages! On conviendra que quand on nous parle d’Abrégé,on aimerait bien connaître le document ainsi abrégé!

Cela dit, il existe bel et bien un manuscrit que Benazra recopie et qui s’intitule Abrégé de l’histoire de M. Michel Nostradamus par M. Palaméde Tronc du Coudoulet (Bib. Méjanes) comportant un texte considérablement plus ample que cette médiocre resucée de laConcordance de Guynaud, parue en 1701. On pourrait penser que l’Abrégé de 1701 est un résumé du manuscrit mais il n’en est rien car il est directement démarqué de la seule Concordance c’est bien le manuscrit, plus tardif selon R. Benazra, qui intègre l’Abrégé. Cet Abrégé de 1701 n’est pas sans rappeler le « Brief Discours » du Janus Gallicus qui ne compte que 7 pages.. D’ailleurs, ce dernier texte se termine sur l’annonce d’ « un autre discours sur la vie de ce mesme Auteur qui bientost verra la lumière. Buget, utilisé par Benazra dans son étude sur Tronc du Coudoulet, signale notamment le lien entre l’Abrégé et la Concordance, « Etude sur les prophéties de Nostradamus », p. 1716-1717) 
Le cas Chevigny/Chavigny

Chavigny prendra d’ailleurs des libertés avec le texte des quatrains des almanachs et ses traductions latines sont adaptées à ses interprétations. . Il n’est pas vraiment respectueux de la lettre comme nous l’avons montré dans notre TPF (Le texte prophétique en France, volume 3 (Paris X, 1999)- disponible dans toutes les bibliothèques universitaires, sous forme de microfiches) et dans les Documents Inexploités. Disons que Chavigny est lui-même un Janus, à cheval entre l’interprétation et l’interpolation. La question du changement de date ne concerne pas seulement les frontispices des éditions mais aussi le contenu même des textes, ce qui est la règle dans la littérature néo-prophétique..

Ajoutons que l’auteur du Janus François qui se présente, peut-être abusivement, sous le nom de Chavigny avait d’abord conçu son travail au service de la Ligue avant de se rallier à Henri IV, c’est dire que la prise en compte des clivages religieux et politiques est déterminante. Quant au travail de B. Chevignard (Présages de Nostradamus, op. Cit.; p.20), il ne résout pas définitivement le problème Chevigny/Chavigny. J. Dupèbe (Lettres Inédites, op. Cit. Pp. 21-24), et P. Brind’amour, (Ed. Critique des Prophéties, Macé Bonhomme, op. Cit., p. LXII et seq) considèrent que Jean Aimé de Chavigny n’est pas la même personne que Jean de Chevigny) Est-ce la même personne qui traduit Dorat en 1570 -un Dorat dont le lien avec les Centuries reste, on l’a vu, au demeurant assez mystérieux (cf notre réponse à P. Guinard) – et qui vingt – cinq ans plus tard réalise le Janus Gallicus?

Il peut y avoir eu emprunt d’identité et récupération de documents dans la mesure où le J. G. s’appuie sur un corpus de documents (issu en partie du Recueil des Présages Prosaïques, en partie publié par B. Chevignard, aux Ed. Du Seuil) mais que Chevigny avait probablement constitué dès avant 1570, comme il s’en explique dans l’Epître figurant en tête de l’Androgyn. Un tel Recueil - qui ne les comporte pas – servit vraisemblablement à réaliser les quatrains des Centuries, en s’inspirant des quatrains des almanachs qui s’y trouvaient ainsi qu’à confectionner des éditions antidatées en conformité avec les productions de l’époque visée, ce qui expliquerait pourquoi la datation sur des critères purement matériels (papier, caractères, lettrines etc) n’a guère abouti. Or, l’auteur du J. G. semble tout ignorer de ce processus comme s’il n’avait pas été partie prenante, à moins qu’il ne cache vraiment bien son jeu. Si Jean de Chevigny, pensons-nous, appartient à la génération des faiseurs de quatrains, en revanche Jean Aimé de Chavigny, l’auteur du Janus Gallicus, appartient à celle des interprètes de quatrains, il y a là une ligne de clivage déterminante. Il se pourrait donc fort bien que ce Recueil ait circulé de main en main, qu’il ait notamment servi à un Coloni (cf notre réponse à P. Guinard) pour finir chez l’auteur du J.G. qui en fit l’usage exégétique que l’on sait. C’est probablement en manipulant le dit Recueilpréparé par Jean de Chevigny et qui comportait peut être une préface signée de ce dernier, que l’idée vint au pseudo Chavigny/Chevigny de s’approprier son nom. Au demeurant, l’habitude fut prise de désigner l’auteur sous le nom de Janus Gallicus. 
La piste César de Nostredame

En tout état de cause, si le Janus Gallicus est souvent cité, il ne constitue nullement la seule source d’information et il serait souhaitable d’identifier d’ autres sources complémentaires, éventuellement antérieures, ce que nous permet d’ailleurs Guynaud (pp. 5- 7 de la Concordance) qui curieusement désigne Janus Gallicus comme l’auteur d’une « Histoire des Guerres Civiles ». César de Nostredame est par ailleurs l’auteur d’uneHistoire de Provence (1629) qui est une des sources de l’Eclaircissement (1656) et de la Concordance (1693). Le témoignage de César est assez troublant, il faut le reconnaître: n’écrit-il pas dasn son Histoire que « Michel de Nostredame me dédie dans le (berceau) et met au jour les (sic) Centuries qui le rendront immortel ». Comment le propre fils de MDN pourrait-il être complice des faussaires et attribuer à son père un ouvrage qui ne serait pas de lui et comment pourrait-il en outre affirmer sans raison que les Centuries – il ne précise pas combien et emploie l’article défini – lui furent dédiées, quasiment à sa naissance survenue en 1553, il est vrai soixante ans avant la parution de la dite Histoire et Chronique de Provence, Lyon, chez Simon Rigaud? Il est possible que César qui n’avait qu’une douzaine d’années à la mort de son père se soit laissé abuser mais il nous semble plus probable que son rôle dans la mise en place du phénomène centurique soit à réévaluer.

On remarquera que César a deux qualités plus affirmées que chez son père, celle de poète et d’historien. Son Histoire de Provence, parue en 1614, à l’âge de cinquante ans, outre des développements historiques qui auraient pu se mette en quatrains, comporte notamment des poèmes en provençal (cf p. 312, 315). Or, l’on sait que les Centuries comportent des quatrains dans cette langue tels IV, 26. « Lou grand eysamme se levera d’abelhos etc’ et IV, 44 « Deux gros de Mende etc » par ailleurs très estiennien par l’accumulation des lieux géographiques.

César est l’auteur de L’Entrée de la Reine Marie de Médicis à Salon, Aix, 1602, (Bibl.. Arbaud, à Aix, R 733, reprint 1855, à Marseille, BNF Lk7 9163 Res.) Ouvrage qui célèbre l’arrivé de Marie en France, dont pour autant Benazra ne signale pas – Chomarat ne cite même pas ce document! – un passage hautement remarquable, à notre avis:

 » Au coste gauche (de l’arche) estoit le quatrain qui se trouve aux Centuries de feu mon père, desquelles Monsieur de Brémond, sieur de Pennefort, semble estre le vray génie et l’interprète fatal, obligeant ainsi en la cendre et la mémoire du Père, le service perpétuel et la résipiscence des enfans, le quatrain est tel etc » Mais qui est donc ce personnage dont il est fait la louange par César et qu’aucun nostradomologue ne mentionne? N’aurait-il pas un rapport avec l’auteur du Janus Gallicus? On voit mal, en fait, à quelle autre oeuvre que le Janus François César pourrait faire référence et dès lors nous pensons que la véritable identité de l’auteur du J.G est bien celle de ce Brémond, ainsi évoqué en 1602, quelques années seulement après les publications de 1594-1596 des commentaires des quatrains et dont apparemment aucun nostradamologue n’a eu oui dire. Ce Brémond -Chavigny aurait donc composé le J.G. en recourant au pseudonyme de Chavigny. Le fait que César fournisse son nom nous conduit à penser qu’il n’y a pas eu pour autant subterfuge de sa part et en tout état de cause, de même que le nom de Nostradamus a été repris plus ou moins légitimement par divers auteurs, de même semble-t-il en avoir été pour ce Chevigny dont on rappellera qu’au XIXe siècle un abbé Torné revendiquera à son tour le nom signant ainsi Torné- Chavigny.: Chavigny devient en quelque sorte un équivalent pour interprète. Au fond, il n’y a pas de Nostradamus sans son Chevigny/Chavigny.; au pseudo Nostradamus répond le pseudo Chevigny..

Signalons enfin que César, dans son Histoire de Provence, traite (p; 782) de la mort d’Henri II survenue en 1559 avec le célèbre quatrain « Le Lyon jeune le vieil surmontera etc » non sans ajouter « Prophétie à la vérité estrange où pour la cage d’or se void le timbre Royal dépeint au vif qui accordant merveilleusement bien avec ce qu’il en avoit dit en quelque autre endroit en ces termes courts & couverts, « L’Orge éstouffera le bon grain », jeu de mot sur l’un des titres de celui qui le blessa mortellement en tournoi, Gabriel de Montgomery (1530-1574), seigneur de Lorges (d’où le jeu de mot sur L’orge) Au demeurant, ce dernier verset contribuerait, par sa précision suspecte, à faire dater les éditions qui le comporteraient d’après la mort du roi. César semble avoir veillé tout spécialement à ce que l’on attribuât à son père la réussite d’un tel pronostic. (cf aussi notre étude sur les Significations de l’éclipse qui sera le 16 septembre 1559, in Documents Inexploités, op. Cit.. dont le texte est reproduit en annexe par B. Chevignard, dans son édition des Présages, op. cit.)

En vérité, il nous apparaît que César a considérablement oeuvré pour conférer à son père une dimension prophétique, il nous semble bien être l’artisan d’un mythe familial. Or, Edgar Leroy (Nostradamus, ses origines, sa vie, son oeuvre, Bergerac, 1972) révèle les procédés de mythomanes de Jean et de César de Nostredame:  » On n’a possédé longtemps sur les origines et la famille de Nostradamus que les récits essentiellement tendancieux de son frère Jean et de son fils César. Ce sont de véritables plaidoyers pro domo, ne visant qu’à nous faire croire à toute force, contre vents et marées, à l’ancienneté et surtout à la noblesse de la famille (…) Les Nostredame ont moins souci de nous éclairer que de nous éblouir » (pp. 7- 12)) 
La tradition biographique

Comparons les deux versions courtes, celle de 1594 et celle de 1701 pour montrer que la dernière n’est issue que partiellement et très indirectement de la première. La description généalogique y est largement identique. Puis commence le récit du périple d’Avignon à Agen. Le nom de la seconde femme de MDN, Anne Ponce Gemelle, ne figure pas dans le JG alors qu’on le trouve à deux reprises dans l’Abrégé, ce quel’Abrégé a récupéré de la Concordance. En revanche, le voyage à Paris est signalé dans les deux résumés mais le JG se contente d’indiquer l’an 1556 là où l’Abrégé précisera le 15 août (sic) 1556. (alors que l’Eclaircissement donne le 15 août 1555) Le JG est beaucoup plus concis que l’Abrégé quant aux détails de la rencontre de MDN avec Charles Ix et les détails viennent de la Concordance. Le JG, à la différence del’Abrégé, ne mentionne pas la rencontre avec le duc et la duchesse de Savoie. Puis on arrive au récit de la mort qui est, comme on l’a dit, référé dans l’Abrégé au JG, avec mention de l’Eglise et de l’inscription mais alors que l’Abrégé parle de la « veuve » qui plaça le portrait de son défunt époux, « tiré au naturel » – seul détail que l’on ne trouve pas dans la Concordance mais uniquement dans l’Abrégé – « de César son fils », pas un mot, à l’occasion du décès, de celle-ci ou de son fils dans le JG tant et si bien que le texte de l’épitaphe est tronqué dans le JG avec suppression de la formule « Anne Ponce Gemelle souhaite à son Mary la vraye félicité ».

Toutefois, à la fin de la « Vie Sommaire de l’auteur » on trouve un hommage à César, fils aîné d’Anne Ponce Gemelle. L’Abrégé de 1701 ne comporte aucune référence bibliographique, en dehors de l’étude de quelques quatrains qui lui font suite, à la différence du texte situé dans le JG. Force est donc de constater que l’auteur du Janus Gallicus était, en 1594, pour quelque raison, en délicatesse avec la mère de César de Nostredame, dont le nom pourtant figurait sur l’épitaphe, ce qui a pu suffire aux autres biographes pour compléter. Déjà en 1656, l’Eclaircissement comporte les mentions complètes relatives à Anne Ponce Gemelle. Cela ne semble pas avoir gêné outre mesure notre auteur, celui que nous appellerons, malgré les explications de B. Chevignard, le pseudo Chavigny, que de risquer de se trouver défaut quant à sa retranscription du texte latin de l’épitaphe que chacun pouvait déchiffrer dans l’église de Salon. Faut-il voir dans cette attitude cavalière envers la veuve de MDN un signe d’authenticité? 
La réception de Nostradamus au XVIIIe siècle

S’il peut sembler quelque peu exorbitant d’attendre des bibliographes et bibliothécaires qu’ils datent ou identifient certains documents, en revanche, on aurait souhaité qu’ils recensent les premiers périodiques qui traitent de Nostradamus, et notamment ceux qui parurent dans les premières décennies du XVIIIe siècle. C’est ainsi qu’en septembre 1716, un article paraît dans le Journal de Trévoux (Mémoires pour l’Histoire des Sciences & des Beaux Arts), dirigé par des Jésuites, à propos de la Clef de Nostradamus de Jean Le Roux – première édition en 1710 et que l’abbé Gachet d’Artigny, a consacré plusieurs pages à Balthazar Guynaud, dans ses Nouveaux Mémoires d’Histoire, de Critique et de Littérature, tome II. (cf Buget, « Etudes sur Nostradamus, » Bulletin du bibliophile, 1862, pp. 521 et seq) Or, R. Benazra se contente (RCN, p. 310) de noter « ce sont des remarques sur les prédictions et critique d’un commentaire sur les Centuries de Nostradamus », ce qui n’est en fait que le titre de l’article (XLV, p. 285). Page 301 des Nouveaux Mémoires, il est en effet précisé: « Un écrivain moderne (le Sieur Guynaud, écuyer (sic), ci-devant Gouverneur des Pages de la Chambre du Roy) a cru rendre un service signalé au Public, de faire imprimer la concordance des Prophéties de Nostradamus, etc ».

Chomarat ne nous signale pas davantage ce commentaire de la Concordance de Guynaud, bien que mentionnant l’article signalé (n°341). L’ouvrage de Guynaud connut plusieurs éditions (1693, 1709, 1712, 1718). Il était donc intéressant de savoir ce que l’on pensait au milieu du XVIIIe siècle d’une telle entreprise car il ne s’agit plus là de s’assurer que tel livre est paru mais comment il a été reçu. R. Benazra, lors de son édition de l’Abrégé de la vie et de l’Histoire de Michel Nostradamus par Palaméde Tronc de Coudoulet, Feyzin, Ed. Ramkat, 2001, datant du début du XVIIIe siècle n’abordera pas davantage la façon dont Nostradamus est perçu à l’époque.

Examinons brièvement et chronologiquement trois documents critiques, parus au Siècle des Lumières, ce qui n’exclue pas que certains arguments aient pu être développés au cours des XVIe et XVIIe siècles. 
1716 Critique de la Clef de Nostradamus (Journal de Trévoux).

L’auteur de la critique reprend les passages où le Solitaire( Le Roux) reconnaît la défaveur dans laquelle se trouvent alors les études nostradamiques. Ce qui montre bien que la publication d’ouvrages n’est pas forcément empêchée par leur piètre réputation, comme on a pu l’écrire pour un Boulainvilliers et ses traités d’astrologie restés inédits, à la même époque. Le critique propose un classement: « Ces personnes (…)sont de deux espèces: les uns le rejettent avec indignation & ne scauraient en entendre parler; les autres se divertissent à voir des expressions vagues, embarrassées & jetées au hasard, s’appliquer à des faits particuliers »

Le Roux s’appuie sur les Eclaircissements de 1656 et sur Guynaud. Le critique relève que l’on essaie de faire passer l’Epître à Henri II pour une adresse à Louis XIV. Le temps des contrefaçons est révolu, lui succède celui des interprétations et de conclure avec justesse:

« Ce n’est pas toutefois que Nostradamus ait été plus éclairé sur notre siècle (le règne du Roi Soleil) que sur un autre: comme à chaque événement certains esprits ont recours à ses prédictions, des esprits du même tour y auront aussi recours dans la suite & trouveront les applications qu’ils en feront plus justes que les précédentes. »(pp. 1748-1749) A noter que l’ouvrage de Le Roux (1710) se présentait déjà comme une critique: « La clef de Nostradamus (…) avec la critique touchant les sentimens & interprétations de ceux qui ont ci-devant écrit sur cette matière’

En fait, l’ouvrage de Le Roux, en dépit de son volume – plus de 400 pages – n’est pas sans enjeu politique, puisqu’il débouche sur une analyse de la situation politique à la fin du règne de Louis XIV.(cf l’analyse de H.. Drévillon sur Le Roux, in Lire et écrire l’avenir. Astrologie, prophéties et prédictions dans la France du XVIIe siècle (1610-1715), Ed. Champ Vallon, 1996, pp. 199 et seq , cf Buget, « Etudes sur Nostradamus,Bulletin du bibliophile, 1862, p. 517 ) Le prêtre normand voit dans cette Europe désormais liguée contre la France une manifestation de l’Antéchrist et le ton de l’auteur est bien différent de celui d’un chevalier de Jant, au début des années 1670, quand tout semblait sourire à un roi âgé alors d’une trentaine d’années. On peut se demander si Le roux se serait engagé dans la rédaction d’un tel pavé hors d’un tel contexte de crise.

Nous en concluons qu’il faut savoir lire un texte de ce genre et en dégager la véritable raison d’être, par delà les digressions et les remplissages. R. Benazra qui consacre (RCN, pp.. 284 et seq) à Le Roux sept pages de description ne semble pas s’être arrêté sur le fait que la France est alors gravement menacée. Le roux espère avoir ainsi apporté « consolation et délivrance victorieuses de notre chère Patrie, attaquée de tous côtés par des bestes farouches etc « . Un Le roux qui voit dans le ‘commun advénement » dont il est question dans certains quatrains, l’annonce d’une issue fatale, qui marquera le temps où lui, l’interprète privilégié auquel Nostradamus s’adressa, selon lui, dans sa Préface à César, officie. Faut-il rappeler à quel point chaque lecteur des Centuries tend à relier tel ou tel verset à des événements dont il a connaissance. Quel exégète du Xxe siècle se hasardera, en dehors d’un historien patenté, à interpréter un quatrain en référence à un événement parfaitement inconnu du public? Telles sont bien là les limites de ce type d’entreprise: cette tension, que l’on retrouve dans la pratique de l’astrologie, entre un savoir qui se veut très étendu dans le temps et la focalisation sur les enjeux immédiats. 
1724.. « Lettre critique sur la personne & sur les écrits de Michel Nostradamus. » Mercure de France.

Ce texte a été reproduit en fac simile dans les Cahiers Nostradamus et étudié en 1926 par Christian Wöllner, in Das Mysterium des Nostradamus, p. 38 (repris en fac simile in R. Amadou, l’astrologie de Nostradamus, op cit. Wöllner fut probablement influencé par E. Parker. « La légende de Nostradamus », Revue du XVIe siècle, 1923, p. 57)

En fait, nous avons plusieurs Lettres;

Lettre I: On tente d’y répondre à deux questions: « Nostradamus est-il Prophète. S’il n’est pas prophète, qu’a-t-il voulu dire par ses Centuries? » L’auteur de cette Lettre cite Du Verdier (1585) qui, 19 ans après la mort de Nostradamus, signalait  » dix Centuries de Prophéties par quatrains qui n’ont sens, rime, ne langage qui vaille ». En fait, l’auteur de la Lettre défend, avant Brind’amour et Prévost, la thèse de l’ »Enigme historique », c’est à dire le déguisement « en style prophétique (des) faits arrivés (du) temps » de Nostradamus. Quand on pense qu’un quatrain ne traite que de l’avenir, c’est par ignorance de tel ou tel événement. On conçoit que pour accomplir un tel travail, il faut réaliser un travail d’information très poussé sur l’actualité de l’époque, d’autant qu’il peut fort bien s’agir d’événements jugés rétrospectivement peu mémorables. On va bien au delà en tout du bagage historique scolaire moyen de l’honnête homme du Xxe siècle!

Lettre II qui réplique à une lettre dont on ne connaît le contenu que par la réponse: « Je vois, Monsieur (…) que votre préjugé sur l’esprit prophétique de Nostradamus tient bon contre le système que je me suis proposé » L’auteur de la Lettre au Mercure a été de « relire un ouvrage » – il ne dit pas lequel mais les quatrains étudiés fournissent une piste. En tout cas, la thèse d’une lecture rétrospective est largement développée dès ce texte de 1724., pas en revanche l’idée que les centuries auraient pu être rédigées bien après les années 1550, ce qui indique que l’auteur de la Lettre n’aura pas pris la peine d’intégrer dans son travail l’étude d’événements plus tardifs, ce qui aurait pu laisser entendre que MDN les aurait annoncés. Notre position est intermédiaire: il ne faut pas réduire les quatrains aux événements antérieurs aux années 1550 mais le fait que certains quatrains puissent correspondre à certains événements ultérieurs tient uniquement au fait que lesdits quatrains appartiennent à la seconde partie du XVIe siècle. Pour la période suivante, c’est à dire à partir du milieu du XVIIe siècle jusqu’à nos jours, il revient aux interprètes d’établir des rapprochements, notamment en ce qui concerne le « siècle de Louis XIV ».. 
1749 Remarques sur les prétendues Prédictions etc

Avec ce texte, la thèse de Centuries controuvées apparaît:  » Mais rien n’a plus contribué à soutenir la réputation de l’astrologue provençal que la fourberie de quelques particuliers, qui ont forgé après coup des Prophéties & les ont donné sous son nom » (p. 301), ce qui n’empêche pas l’auteur de désigner MDN comme « centuriateur ». Gachet d’Artigny revient (p. 309) sur la Concordance de Guynaud et sur le Jésuite Ménestrier qui en avait fait, dans le Traité des Enigmes, la critique au lendemain de sa parution. On y cite la Bibliothèque de La Croix du Maine (1584) et ses références à Dorat ainsi que les Eclaircissements de 1656 : « L’anonyme (en fait Giffré de Réchac) n’a pas poussé ses recherches au delà du règne de Henri II. Il promettait encore vingt livres mais ils n’ont pas vu le jour; grande perte assurément pour la République des Lettres ».. En fait, nous avons retrouvé le manuscrit de ce dominicain qui comporte toute une partie inédite. Signalons ce passage sur Morgard qui, lui aussi, fait partie des grands oubliés de la bibliographie nostradamique (cf nos Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus) : « trois ans après la mort d’Henri IV (donc en 1613), le Parlement de Paris envoya aux galères Morgard, faiseur d’Almanachs, qui épouvantait toute la France par ses prédictions séditieuses » (p. 287) 
La grille du chevalier de Sade

Le chevalier Louis de Sade (1753-1832) – à ne pas confondre avec son cousin le Marquis de Sade (1740-1814) – est l’auteur d’ un Lexicon politique (1831, BNF Réserve, tiré à part, Lb51 884) On y trouve un article consacré aux « Centuries de Nostradamus », non signalé par R. Benazra.. Le chevalier suggère que chaque centurie correspond à un siècle (prenons le mot centurie au sens anglais, century) et chaque quatrain, dans l’ordre de son apparition, à une année. La quatrième centurie couvrirait donc le XIXe siècle et son quatrain 13 l’an 1813 et ainsi de suite. Le chevalier rapproche ainsi le quatrain IV 13 de la Campagne de Russie (« Double phalange grand abandonnera ») et le quatrain IV 14 de l’abdication de l’empereur, l’année suivante. Il semble bien que Sade ait donné son interprétation avant le retour de l’île d’Elbe en 1815.

En note, dans la version de 1831, on ajouté à propos des versets de IV, 14 « La mort subite du premier personnage/ Aura changé & mis un autre au règne » : »Bonaparte est bien politiquement mort en 1814″. Il semble que le dit Sade, en sa qualité d’émigré, ait bien écrit avant les événements puisqu’il ajoute « J’en accepte l’augure ». Déjà, en 1813, alors qu’il servait dans la marine anglaise, Sade avait exposé son mode de lecture des Centuries (De la tydologie (sic) ou de la science des marées (en anglais tide), Vol 2, Londres, p. 263, BNF V 23304)., mettant en avant l’année 1792(Epître à Henri II) tout en se référant – comme c’était alors de mode (cf « Exégèse prophétique de la Révolution Française » Colloque Prophétisme et politique, Politica Hermetica, L’Age d’Homme, 1994)- une pseudo-prophétie de Régiomontanus concernant l’an 1788. Mais en 1813, le chevalier de Sade n’avait pas encore interprété le quatrain pour l’an 1814…..

Voilà qui montre à quel point cela fait désordre des centaines de quatrains dont on ignore l’agencement et donc cependant on ne cesse d’affirmer la pertinence! 
Pourquoi des éditions antidatées?

En outre, ces nostradamologues ne veulent, apparemment, pas comprendre que la littérature prophétique est, de tout temps, construite sur le principe du post eventum. (cf Artigny) Il lui faut impérativement montrer qu’il y a eu anticipation et elle procède à cet exercice soit en faisant dire aux textes ce qu’ils ne disent pas explicitement mais qu’éventuellement ils auraient pu dire, soit en les retouchant et dans ce cas il faut bien recourir à une contrefaçon sauf à se contenter de dire que la nouvelle édition est identique à la précédente en espérant que cette précédente édition reste introuvable. Mais une autre formule consiste à inventer des éditions qui n’ont jamais existé et qui comportent des éléments censés avoir été annoncés avant les événements en cours. Mais pour mettre un tel phénomène en évidence, encore faudrait-il que l’historien du prophétisme en général et du corpus nostradamique en particulier, repérât de quel « pronostic » il s’agit, encore faut-il que le dit historien découvre à quelle époque la contrefaçon a été réalisée qui ne correspond évidemment pas à la date dont on l’a affublée mais qui lui est peu ou prou postérieure. Et cela, le bibliographe ordinaire de Nostradamus ne sait pas faire et par conséquent il est condamné à affirmer la bonne foi de tous les protagonistes – auteurs, éditeurs, interprètes – il faut qu’il leur fasse confiance – et ce sur un créneau aussi sensible – sinon il doit fermer boutique. (cf. notre étude « Les Prophéties et la Ligue », in collectif Prophètes et prophéties au XVIe siècle, Cahiers V L Saulnier, 15,; Paris, Presses de l’ ENS, 1997).

C’est pourquoi le dernier tiers du XVIe siècle, qui fait justement suite à la mort de Michel de Nostredame est si important à connaître, en détail, en ce qui concerne la vie politique en France car les Centuries sont, bel et bien, le miroir de ce temps là. Ce n’est pas tant avant ou pendant la période d’activité de M. D. N. qu’il faut chercher. L’horizon de la recherche nostradamique ne consistera plus à rechercher des sources en amont mais paradoxalement en aval. Il est plus que probable, en tout état de cause, que les années 1550 ne virent paraître aucune Centurie et ce en dépit des quatre éditions s’y référant (deux de Macé Bonhomme pour 1555 (Bibliothèques d’Albi (France) et de Vienne (Autriche) et deux d’Antoine du Rosne pour 1557 (Bibliothèques de Budapest (Hongrie) et d’ Utrecht (Pays Bas).

Certes, MDN fut-il très actif dans ces années là mais rien ne prouve qu’il se consacrait alors à rédiger d’autres quatrains que ceux de ses almanachs (appelés présages) et c’est précisément parce qu’il avait alors commencé à produire annuellement les dits quatrains – ce que nul ne conteste – qu’on lui en a attribué d’autres lesquels il aurait produit, cette fois, en masse, par lot de cent, atteignant ainsi la miliade…..Il reste; pour le moins, probable que les centuries, que MDN en ait été partiellement ou non l’auteur, furent une oeuvre posthume. C’est dire que les bibliographiques « chronologiques » existantes, souvent fort peu raisonnées - oeuvre d’un Tycho Brahé plutôt que d’un Kepler – sont à revoir.

La brève étude qui suit illustre, nous semble-t-il, le type de travail qui n’avait pas été mené jusqu’à présent, dans le domaine de l’iconographie des publications annuelles.

Dès 1556, Couillard désignait sous le terme de « prophéties après un an », la production annuelle de Michel de Nostredame, ce qui a selon nous, suscité, l’idée que l’on pourrait avoir donné l’idée de publier sous son nom des Prophéties qui n’ont plus rien d’annuel. (cf nos Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, opus cité). Encore en 1584, La Croix du Maine emploie cette expression sans lien nécessaire avec les Centuries.

Nous reproduisons les frontispices des éditions disponibles (cf aussi la rubrique DIAP sur ce site et l’article de R. Benazra reproduisant les documents de la Bibliotheca Astrologica), celles dont B. Chevignard s’est servi pour son édition des Présages en vers (Paris, Seuil, 1999) et nous contenterons de quelques tentatives de classement.

On notera que trois éditions appartiennent à un même modèle: les almanachs pour 1561, 1562 et 1563, lesquels comportent un quatrain (de l’an universel) au frontispice qui résume la tendance générale de l’année. Pour les années 1561 et 1562 ce sont des éditions parisiennes (chez Guillaume le Noir), pour l’année 1563, c’est une édition d’Avignon, dont l’épître est bilingue, en italien – Papauté oblige – et en français. Ces trois almanachs ne comportent aucune vignette nostradamique. Cela était déjà vrai pour l’almanach pour 1557 ..

Etant donné que l’almanach pour 1559 comporte aussi un quatrain annuel – on ne le sait que par l’édition anglaise, « foure lynes » (littéralement « quatre lignes », quatrain) in An Almanacke for the yeare of oure Lorde God 1559, on peut raisonnablement en inférer qu’il en fut de même pour l’almanach pour 1560, devenu introuvable.

Les vignettes semblent avoir été réservées aux seules prognostications annuelles et ce dès la Prognostication pour 1555 et cela restera vrai pour les Prognostications en prose pour 1557, 1558 et 1562. (pour les localisations en bibliothèque non fournies, cf le RCN de R. Benazra) Or, curieusement, ce sont ces vignettes des Prognostications, sans quatrains, qui serviront pour les fausses éditions des Centuries chez Macé Bonhomme et Antoine du Rosne.

Examinons la reconstitution que propose Catherine Amadou de l’almanach pour 1561, à partir d’un ensemble de « défets » (in R. Amadou,l’astrologie de Nostradamus, dossier, Ed ARRC). On observe, avec un certain étonnement, que C. Amadou n’a pas jugé bon de s’aider d’autres almanachs de MDN ( cf L. Schlosser, La vie de Nostradamus, Paris, Belfond, 1985, p. 175) pour mener à bien son travail et notamment qu’elle ne s’est pas servi de l’almanach « jumeau » pour 1562. (conservé aux Archives Royales de Bruxelles) Ce qui l’a conduit à commettre une erreur en ce qui concerne l’Epître. Dans le cas de l’almanach pour 1562, intégralement conservé, à la suite du calendrier, agrémenté de quatrains pour chaque mois, on passe ensuite au « Présage sommaire de l’année » puis aux « Prédictions de l’almanach pour 1562 contenant les déclarations d’un chascun moys de l’an. Consacrez à nostre sainct père le pape Pie quatriesme etc » Suit prédiction de janvier et ainsi de suite.

Or, dans la reconstitution de l’almanach pour 1561, on passe directement du « Discours (sic) sommaire de l’année », expression proposée (pièce 19) par C. Amadou alors que l’expression employée pour l’almanach de 1562, paru chez le même libraire, est « Présage sommaire pour l’année » à la prédiction de janvier en oubliant le sous-titre intermédiaire comportant l’adresse à savoir les « Prédictions de l’almanach pour 1561″, qui ne figure pas dans les défets et en omettant d’annoncer l’existence d’une épître, cette fois adressée à Marguerite de France, soeur d’Henri II, épouse du duc Emmanuel Philibert de Savoie (cf J. P. Clébert, Nostradamus, Aix en Provence, Edisud, 1993, p. 85) alors qu’un défet comporte la fin de la dite Epître  » Pour ne faire par trop longue narration de l’année calamiteuse qui s’apprête par (pour?) les plus petitz, je feray fin Madame, priant à Dieu l’Eternel qu’il vous doint santé, vie longue, parvenir en bonne convalescence & attaindre à ce que plus aspirez. De Salon etc » (pièce 25, dans l’édition de C. Amadou).

Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1562: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1562, Présage de l'année: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1562, Dédicace à Pie IV: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1562, Dédicace à Pie IV: click to enlarge
Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1561: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1561, Reconstitution: click to enlarge Nostradamus, Almanach nouveau pour l'an 1561, Reconstitution: click to enlarge

Un peu plus haut, dans la dite épître, il est question de « quelque grandissime Seigneur mourir ». . Un autre défet comporte la mention « A Madame la Duchesse de Savoye », suivie d’un développement en latin. Voilà donc une épître de MDN, certes seulement partiellement conservée, qui n’est pas signalée par C. Amadou et que nous reproduisons en fac simile en annexe iconographique.. D’une façon générale, chaque almanach de Nostradamus – en tout cas dans la série à laquelle appartient le dit almanach pour 1561 – comportait une Epître en son milieu et C. Amadou aurait du soit la retrouver, soit signaler son absence, si elle avait pensé que c’était le cas. On peut donc penser qu’il nous manque un certain nombre d’épîtres dédicatoires parues sous le titre de « Prédictions de l’almanach etc. On peut d’ailleurs penser que la préface à César comme c’est le cas de l’Epître à Henri II a d’abord figuré au sein d’une publication annuelle. Ce système, soulignons-le, n’était pas encore en place pour la production concernant l’année 1557.

Il est possible qu’il soit apparu à partir de l’almanach pour 1558, dont on a les quatrains (que Benazra attribue à tort (RCN, p. 19) à laPrognostication nouvelle pour l’an 1558! Idem quand il attribue (p. 27) les quatrains pour 1559 à la Grant prognostication nouvelle pour 1559). On sait cependant que l’almanach pour 1560, déjà paru chez le même libraire que pour 1561 et 1562, était, lui, dédié à Monseigneur Messire Claude Savoie, Comte de Tende » ( On n’en connaît pas le contenu car l’ouvrage appartient au Fonds Ruzo et copie ne nous en a pas été communiquée, cf RCN, p; 39). Chevignard ne semble pas davantage avoir abordé systématiquement la question des dédicataires des almanachs. L’épître de MDN à Marguerite de Savoie s’insère donc entre les épîtres au Comte de Tende et au Pape Pie IV. Curieusement, R. Benazra indique que « l’épître est dédicacée à Madame la Duchesse de Savoie » (RCN, p.. 42) sans que l’on sache, ce qui semble bien improbable, s’il en a déterminé le contenu.

Aucune de ces éditions parisiennes, on l’a dit, ne comporte de vignettes nostradamiques, ce qui n’est pas le cas des pièces suivantes:

- l’almanach pour 1563, paru à Paris (Bib. Municipale de Lille), chez Barbe Régnault -auquel on attribue dans les années 1588/89 également une édition d’ailleurs introuvable de 1560/1561 (cf Benazra, RCN, pp. 51-52) – et qui est réputé faux. Il comporte une vignette nostradamique à l’instar des Prognostications mais le faussaire n’a pas respecté le monopole des vignettes propre aux Prognostications. C’est cette même Barbe Regnault qui aurait fait paraître, peu auparavant, en 1560, une prétendue édition comportant « pour l »an mil cinq cens soyxante & un (..) trente neuf articles à la dernière centurie », qui devait viser une édition disparue à 39 quatrains à la centurie VII. On n’a retrouvé ni l’édition à 39 quatrains à la Centurie VII antidatée ni celle qui lui servit de modèle, vers 1588 mais certaines éditions de 1588, ne comportant plus un tel agencement, s’y référent dans leur titre même. Il est possible qu’un jour on retrouve cette fausse édition comme on a retrouvé- notamment R. Benazra pour l’exemplaire conservé à la Bibliothèque Municipale d’Albi – celles attribuées à Macé Bonhomme (1555) et à Antoine du Rosne (1557), sans aborder le cas plus complexe de Benoît Rigaud (1568). L’erreur des faussaires aura été d’utiliser la forme « Barbe Regnault » alors que cette libraire était apparue pour la Prognostication pour 1562 sous l’appelation »Veuve Barbe Regnault » qui restait probablement en vigueur l’année suivante. Ces faussaires pourraient être les mêmes, d’ailleurs, qui auraient confectionné l’édition des Prophéties (…) additionnées (…) pour l’an 1561 de trente neuf articles, censée parue en 1560, chez la même Barbe Regnault, fille de François Regnault, toujours sans mention de son veuvage. .(cf R. Amadou, l’astrologie de Nostradamus, op. Cit, p. 432)

- l’almanach pour 1565, paru à Lyon, chez Benoist Odo (Bib. Pérouse, Italie) qui comporte une vignette tout à fait atypique, sorte de mélange entre l’iconographie nostradamique et celle du Kalendrier des Bergers. On voit un personnage marchant dans la campagne alors que les vignettes nostradamiques des Prognostications représentent un personnage à sa table de travail.

- l’almanach pour 1566, Lyon. On trouve une vignette comportant une sphère armillaire et un compas mais sans le personnage à sa table de travail. Au XVIIe siècle, en revanche, la présentation des deux volumes de Centuries comportera un personnage pour le premier volume et des instruments pour le second..

Or, on notera que dans les fausses éditions des Centuries pour 1568, on retrouve cette vignette aux instruments, pour le volume I, introduit par la Préface à César tandis que le volume II, introduit par l’Epître à Henri II – dans l’exemplaire reproduit par Chomarat, en 2000, on trouve une sorte de géant Atlas portant le monde sur la tête, en scène d’extérieur. On ignore pourquoi pour les éditions de 1568, la vignette utilisée pour les éditions datées 1555 et de 1557 n’a pas été reprise.

En bref, il est assez évident que l’iconographie des « prophéties après un an » aura servi pour la fabrication des frontispices des pseudo éditions des Centuries, tant celles datées de 1555, de 1557 ou de 1568, du moins celles qui nous sont parvenues. On observera que dans le cas del’Almanach et amples prédictions pour 1582 de Coloni, on utilise également une vignette.

Revenons sur le cas de l’almanach contrefait pour 1563 (cf -cf l’étude qu’en fait R. Benazra, RCN, pp 58-59), il comporte une épître au duc de Guise que nous reproduisons en fac simile et qui semble calquée sur l’Epître à Henri II placée en tête des Présages Merveilleux pour 1557, que l’on trouvera reproduite dans le Testament de Nostradamus de Daniel Ruzo, Monaco, Le Rocher, 1982 (1975 pour l’édition espagnole)

Dans l’almanach pour 1563, on lit: 
« M’a faict prendre l’audace vous vouloir consacrer ce mien petit Ephemeris »

Dans l’adresse au roi de France, on lit: 
« Laquelle ma (sic) faict prendre ceste licencieuse audace vous consacrer les présages de l’an 1557″

On notera que l’Epître placée en tête des Centuries, dans les éditions tardives que nous connaissons, ne comporte pas une telle formule. 
« Tellement que j’ay esté en doute longuement que je viendrois consacrer ces trois Centuries du restant de mes Propheties, parachevant la miliade »

On n’y retrouve pas en effet la formule commune aux deux premier textes: « prendre l’audace »

Quant à l’énoncé même de l’Epître à François de Guise, il semble qu’en dehors de l’épithète « invincible » remplacé par « noble », on ait affaire à un calque: 
« A très noble et très puissant Seigneur (…) Michel Nostradamus son humble & très obeissant serviteur, désire ioye, salut & félicité »

alors que dans les Présages on a: 
Au tres invincible & très puissant Roy (…) Michel de Nostredame souhaite victoire & félicité. Avec in fine: « Par vostre tres humble, tres obeissant serviteur & subiect Michel de Nostradame »

Et dans l’Epître centurique: 
« A l »invictissime tres puissant & tres chrestien Henry Roy de France second, Michel Nostradamus son très humble, tres obeissant & subiect, victoire & félicité.

Le dédicataire est François Ier de Guise, mort précisément en 1563, assassiné par un Protestant Poltrot de Méré, le 18 février 1563, devant Orléans..

R. Benazra note que cet almanach pour 1563 comporte des quatrains issus des almanachs pour 1555, 1557 et 1562) mais aussi – ce qui est plus remarquable, sur la page de titre un quatrain issu de la centurie III, 34.:

Quand le deffault du Soleil lors sera 
Sur le plain iour le monstre sera veu 
Tout autrement on l’interprétera 
Cherté n’a garde, nul n’y aura pourveu

Or, ce monstre - on dirait de nos jours l’androgyne - n’est-ce pas l’Androgyn? Rappelons que dans l’Androgyn, paru en 1570, il est fait aussi mention, dans l’épître de Chevigny à Larcher, ce que n’a pas relevé Benazra, d’un quatrain, le 45e de la centurie II, consacré à ce « monstre » (cf J. Céard, La nature et ses prodiges. La nature au XVIe siècle, Genève, Droz, 1977, Reed. 1996) qui paraît incarner les guerres intestines de religion qui déchirèrent une France à deux têtes, la catholique et la réformée, dans un temps qui n’est pas celui des années 1550 et du règne d’Henri II,. il faut bien en convenir, mais bien celui de la régence prolongée d’une Catherine de Médicis culminant avec la Saint Barthélémy (1572) qui suivra, d’ailleurs, de peu la parution de l’Androgyn. Notons que l’insistance sur ce quatrain montre bien la nécessité d’une lecture focalisante des Centuries: il faut trouver le passage qui fait tilt.

Quand, en effet, fut publié cet almanach pour 1563? Il fait probablement partie d’un lot de contrefaçons élaborées à partir d’une collection d’almanachs. Le quatrain placé en exergue comme l’autre appartiennent aux trois premières centuries (parus dans une fausse édition perdue, probablement chez Sixte Denyse, à Lyon) et font donc partie de celles attestées par Crespin en 1572, dans les Prophéties dédiées à la Puissance Divine, à la différence des quatrains figurant chez Coloni, en 1581.

Dans son étude parue dans le n°20 du CURA sur la production annuelle de Nostradamus, R. Benazra laisse entendre, à juste titre, que ce faux almanach fut rédigé comme tout almanach qui se respecte en 1562. Mais si, comme il le souligne, il s’agit d’un faux, il a fort bien pu paraître beaucoup plus tard! Il ajoute: « Cette épître dédicatoire est un pastiche de la manière nostradamienne où se remarquent des emprunts à l’Excellent et Moult utile Opuscule, à l’Epître à César, voire même à l’Epître à Henri II, une preuve de plus de l’existence, avant 1568, de cette fameuse préface au roi de France, et ceci grâce… à notre faussaire ».

Certes, mais d’une part ce qui est commun avec l’Epître centurique à Henri II l’est aussi avec l’Epître à Henri II, en tête des Présages Merveilleux pour 1557 et d’autre part, on l’a dit, encore faudrait-il dater cette contrefaçon autrement que sur ce qu’elle prétend être! De même Benazra indique-t-il, dans cette même étude, que ces publications annuelles ont pu inspirer les Centuries mais toute la question est de savoir qui cela a inspiré: Michel de Nostredame lui-même ou d’autres et quand.. On peut, en outre regretter, que l’on ne prenne pas la peine de nous expliquer ce qui distingue un almanach d’une prognostication et ce qui caractérise la production nostradamique de celle des autres faiseurs d’almanachs, à la même époque ou de faire ressortir une évolution de la manière de MDN.

Signalons parmi les dédicataires les plus importants, le pape Pie IV, qui régna de 1559 à 1565, auquel Nostradamus adresse son Almanach pour 1562. J. Dupèbe situe à tort l’épître dans la Prognostication pour 1562, alors que le terme latin traduit est Ephemeridem (Lettre de Io. Rosenberger du 15 décembre 1561, in Lettres Inédites, pp. 112 – 115;, R. Amadou a publié des éléments négligés par Dupébe à commencer par un recueil d’ Horoscopes, Salon, 1987, ainsi que la traduction intégrale des Lettres latines que Dupébe n’avait fait que résumer). Chomarat prendra pour argent comptant cette mention de la Prognostication pour 1562 (Bibliographie Nostradamus, op. Cit., p. 36, cf aussi Buget, « Etudes sur Nostradamus » pp.. 657 et seq)

Quant à l’almanach pour 1563, qui offre la même présentation que les almanachs pour 1561 et 1562, avec quatrain en frontispice et épître après les quatrains, il paraîtra, à Avignon, territoire pontifical, avec une dédicace à un responsable local, en italien et en français. Notons que lePronostico dell’anno MDLXIII est également « dedicata al nostro Santissimo Padre Pio Quarto » (cf notre étude, « Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561) » in Réforme, Humanisme, Renaissance, 33, décembre 1991). On sera probablement étonné de voir comment les Toscans se représentaient Nostradamus sous l’apparence d’un éphébe…

Nostradamus fut essentiellement connu par ses almanachs à quatrains qui inspirèrent les Centuries. D’ailleurs, ses adversaires (cf l’étude que leur consacre Buget, dans le Bulletin du Bibliophile, 1861, pp. 241 et seq) ne s’en prirent, de son vivant; qu’à ses publications annuelles, même si on les qualifiait alors parfois de prophéties. MDN devait gagner raisonnablement sa vie du fait d’une telle activité, à preuve son testament du 30 juin 1566 (cf Ruzo, Le testament de Nostradamus, p. 26), qui précise que ses héritiers bénéficieront des royalties pour son « livre » à paraître, en l’occurrence l’Almanach pour 1567, déjà composé alors, et paru, à Lyon, comme l’almanach pour 1565, chez Benoît Odo.(cf Benazra, RCN, p. 74) dont existe une copie typographique. Le dit almanach dut être publié en novembre 1566 et rapporter quelque finance aux ayant-droits. Voir dans une telle référence à un « livre » une allusion -comme le propose P. Guinard dans son étude sur ce site consacrée au dit Testament – aux Centuries, ne nous semble guère recevable dans le contexte, pas plus d’ailleurs que le terme fort banal d’ Epître – lettre, missive – ne vise celles-ci. 
Les Epîtres des Prognostications

Si les almanachs ont leur épître placée après les quatrains, insérés dans le calendrier, en revanche, les épîtres des Prognostications se placent en tête comme on peut le constater dans le cas de la Prognostication pour 1558, que nous avons été le premier à découvrir à la Bibliothèque de La Haye (reproduite dans l’ouvrage de B. Chevignard, pp. 419 et seq), ce qu’atteste P. Brind’amour dans Nostradamus, astrophile, p. 478, et qui, en date du Ier mai 1557, est adressée à Guillaume de Gadagne qu’il remercie de l’avoir accueilli à Lyon, alors que MDN se dirigeait vers Paris, « allant à la court ». Nous avons aussi l’Epître en tête de la Prognostication pour 1562, adressée au « Chevalier d’un vray zelle » ( allusion à Jean de Vauzelles); MDN rappelle « Et pour ce que je dédie mon Almanach à nostre Saint Père à présent nommé Pie quatriesme, j’ay bien voulu à vous qui estes Ecclésiastiques (sic), vous dédier cette mienne Prognostication ».. Epître énigmatique puisque MDN y reconnaît, publiquement (!), qu’il n’a ‘jamais sceu si bien déguiser mes Almanachs ou Prognostications souz motz couverts & obscurs que ne les ayez descouvers & entendus incontinent aussy bien que moy etc ». Benazra (RCN, p. 51) voit dans cette Prognostication un « apocryphe de l’almanach pour 1562″.

Comment un document ne comportant aucun quatrain, comme c’est le cas ici, pourrait-il être considéré a priori comme la contrefaçon d’un almanach de MDN? Là encore, cette façon de ne pas distinguer almanach et prognostication a des effets pervers. D’ailleurs, si l’on examine la bibliographie de Brind’amour (in Nostradamus astrophile), on note qu’à l’instar de Benazra, certains chercheurs sont mieux disposés à traiter des contrefaçons de publications annuelles que de Centuries. Cela tient évidemment au fait que le texte des Centuries est à peu près immuable tandis que celui des almanachs et prognostications est spécifique pour chaque année.. En tout état de cause, l’Epître non datée de laPrognostication pour 1562, parue chez la veuve Barbe Regnault, comporte des éléments qui ne sont pas sans évoquer la Préface à César et qui auraient pu en inspirer une version tardive, notamment l’aveu d’une volonté d’écrire en langage ‘obscur »

En fait, il semble bien, à lire leurs notices, que ni Chomarat, ni Benazra n’aient eu en mains, du moins lors de la rédaction de leurs bibliographies respectives, un quelconque exemplaire de la Prognostication pour 1562, que nous avons obtenue de la Bibliothèque de Munich.. Chomarat reproduit, d’après des sources secondaires, (Bibliographie Nostradamus, pp. 36-37) l’Epître à Jean de Vauzelles, dont le texte qui appartiendrait à une édition lyonnaise est strictement identique à l’édition parisienne Veuve Barbe Regnault. Or, il n’y a aucune invraisemblance à ce que paraissent simultanément du même ouvrage une édition parisienne et une édition lyonnaise. Ce n’est pas parce qu’un almanach pour 1563, paru chez Barbe Regnault, est un faux que la Prognostication pour 1562 paru chez Veuve Barbe Regnault l’est également, d’autant qu’une contrefaçon use volontiers du vrai pour faire du faux. La disparition de la mention « Veuve » est d’ailleurs une erreur des faussaires: du jour au lendemain une femme peut devenir veuve, elle ne peut cesser de l’être. On nous affirme donc que cette prognostication parisienne est un faux sans nous en apporter la moindre preuve!(RCN, p. 51). Au pire, on pourrait accepter qu’il s’agisse d’une édition pirate, non autorisée mais apparemment identique à l’édition originale. Or, pour nous, un faux serait plutôt la confection d’un texte qui n’est jamais paru à la date indiquée sous le nom de l’auteur mentionné. 
L’affaire du Recueil des Présages Prosaïques

On ne peut pas parler des almanachs de MDN sans évoquer le Recueil des Présages Prosaïques. Déjà en 1993, P. Brind’amour (Nostradamus, astrophile, lui consacrait une notice qui se concluait (p. 502) ainsi: « Ce document, avec ses milliers d’extraits (..)sera l’une de nos principales sources pour l’étude de Nostradamus ». En réalité, si Brind’amour avait eu accès aux publications annuelles de MDN, il n’aurait point parlé de « milliers d’extraits » mais de reproduction pure et simple de nombre d’entre elles. L’existence d’une numérotation dans le manuscrit avait pour seul but de faciliter le repérage des parties en prose. En 1999, B. Chevignard ne commet plus cette erreur dans son édition des Présages de Nostradamus mais il omet fâcheusement de signaler que nous lui avions montré la voie en confrontant en sa présence des passages en prose duRecueil des Présages Prosaïques avec des passages en prose des éditions en notre possession d’almanachs et de prognostications de MDN, ce que nous avons exposé dans notre thèse d’Etat, Le Texte prophétique en France, soutenue avant la parution de son livre.

Il est clair en tout cas que l’existence d’un tel ensemble manuscrit montre bien comment les faussaires ont pu procéder et de quelle façon un Coloni, par exemple, peut avoir cité tel quatrain de tel almanach, dans les années 1580. Signalons à ce propos deux types de faussaires, au XVIe siècle,: ceux qui attribuent à MDN ce qui n’est pas de lui (les auteurs des Centuries) et ceux qui s’attribuent des quatrains sans signaler leur origine (pseudo) nostradamique (Crespin, Coloni). 
De la chronologie des contrefaçons

Un exercice délicat, qu’il conviendra de pratiquer de plus en plus consiste à dater des contrefaçons par delà bien entendu la date affichée. Une tentative très provisoire de classement chronologique des éditions antidatées montre en tout cas que l’édition Macé Bonhomme à 53 quatrains à la Ive Centurie est postérieure à l’édition Barbe Regnault à 39 quatrains à la dite Centurie..

1. Sixte Denyse: Edition à 3 centuries pleines (non retrouvée) vers 1569. Datée de 1556. Attestée par La Croix du Maine, dans sa Bibliothèque(1584). La (pseudo) préface à César précise: « composé livres de prophéties contenant chacun cent quatrains astronomiques de prophéties », ce qui ne correspond pas à une édition comportant une Ive centurie avec seulement 53 quatrains. Cette préface – ce que ne relève pas Brind’amour dans son édition (chez Droz) des 353 quatrains – est d’ailleurs probablement à l’origine des premiers versets de la première Centurie:

Préface: » par continuelles vigilations nocturne (…) Rendant les estudes nocturnesde suave odeur » 
Centurie I, 1 « Estant assis de nuict secret estude »

et Préface: « & telle lumière & flamme exigue est de toute efficace (..) Car l’entendement crée intellectuellement ne peut voir occultement la exigue flamme «  
Centurie I, 1: « Flambe exigue sortant de solitude »

2. Benoist Rigaud. Edition à 1000 quatrains (non retrouvée) vers 1580. Datée de 1568. 
(attestée par Du Verdier, dans sa Bibliothèque, en 1585)

3. Barbe Regnault. Edition à 39 quatrains à la IVe Centurie (non retrouvée). Addition à l’édition de Sixte Denyse vers 1571. Datée de 1560. Des éditions de 1588 recourent à cet intitulé. Il ne fait pas de doute qu’ait existé une édition comportant des quatrains additionnels qui seront ensuite intégrées au sein d’une Centurie à part entière. Crespin semble avoir utilisé dans sa compilation de 1572 cette édition à 39 quatrains supplémentaires, parue vraisemblablement vers 1570, peu après la fausse édition Sixte Denyse, datée de 1556.

4 Macé Bonhomme. Edition à 53 quatrains à la Ive Centurie (Bibliothèques d’Albi et de Vienne) Addition à l’édition de Barbe Regnault vers 1588. (cf Editions de Raphaël du Petit Val, décrites par D. Ruzo (Testament de Nostradamus) qui en avait la collection) Datée de 1555

5 Antoine du Rosne. Edition à 40 quatrains à la VIIe Centurie (Bibl. de Budapest) vers 1588. Datée de 1557. Toujours sous la caution de Barbe Regnault.

6 Antoine du Rosne. Edition à 42 quatrains à la VIIe Centurie (Bibl. d’Utrecht) vers 1592. Datée de 1557. 
Pourquoi les faussaires auraient-ils choisi de telles datations? Elles sont contemporaines des premiers almanachs/prognostications de MDN. En ce qui concerne 1560/1561, cela fait suite à la mort coup sur coup d’ Henri II et de François II. Et pour 1568, on est au lendemain de la mort de MDN (1566). Rappelons qu’ont été conservées des contrefaçons en date de 1566.

Il semble que deux traditions aient interféré: l’une concernant une addition de tant d’articles (terme équivalent ici à strophe) et l’autre impliquant des Centuries pleines. En fait, au départ, les additions (« articles ») n’étaient pas considérées au départ comme des Centuries mais servirent par la suite à en constituer certaines. 
Les quatrains conclusifs

Si l’on considère la façon dont Michel Chomarat introduit le fac simile d’une édition Rigaud datée de 1568 (Ed M. Chomarat, 2000), on ne peut qu’observer que cela ne lui fait aucun problème qu’une édition ait 42 quatrains à la Centurie VII et la suivante n’en ait plus que 40 (pp. 12-15). S’est-il jamais demandé si ces quatrains additionnels correspondaient à une mise à jour tardive liée à des événements auxquels il aurait été fait allusion? Ne serait-ce pas un moyen rationnel, de bonne méthodologie, de procéder, généralement pratiqués en Histoire des textes? Il devrait en être de même pour cette centurie IV si malmenée, dont on connaît tant de versions différentes, en nombre de quatrains. C’est précisément en travaillant sur cette centurie que nous avons pu démontrer que tel quatrain additionnel correspondait à une certaine actualité politique.

S’imaginer que les rééditions, au prix de divers aménagements, sont déconnectées par rapport aux enjeux d’une époque à déterminer, dès lors que les dates fournies sont mises en doute – ce qui semble une approche somme toute raisonnable – c’est soit trahir une phobie de l’histoire événementielle, soit exprimer une vision totalement littéraire d’une oeuvre qui n’a cessé de s’inscrire dans l’histoire politique de la France et de l’Europe. C’est surtout confondre le travail systématique d’exégèse de certains auteurs (du Janus Gallicus à la Concordance de Guynaud) qui passent au crible l’ensemble des quatrains et la façon dont le public lisait les Centuries, sans aucun appareil exégétique autre que le fait qu’un texte signifiait quelque chose pour le temps où il paraissait. Dans un cas, il s’agit d’une présentation rétrospective, visant à nous démontrer que Nostradamus a traité du passé tel que nous le connaissons, dans l’autre, il s’agit d’une approche prospective et cela ne concerne que quelques versets, quelques « petites phrases » constituant une sorte de rumeur qui traverse le lectorat. La comparaison avec l’histoire du Mirabilis Liber,notamment dans ses rééditions sous la Révolution, est pleine d’enseignement (cf notre étude sur ce site).

Rappelons que nous avons mis en évidence l’existence de « clefs » pour la lecture des Sixains lesquelles clefs ont disparu des éditions canoniques des Centuries. Quand bien même, les quatrains ainsi visés seraient-ils en soi bien antérieurs aux événements considérés, le seul fait de les signaler dans le cadre de telle conjoncture, constitue une sorte de lecture forcée, comme pour une carte biseautée. Le problème, on l’a dit, c’est que les nostradamologues, pour une partie d’entre eux – et c’est probablement ce qui les attire – sont des historophobes, prompts à croire davantage au prophétisme nostradamique anhistorique qu’au verdict de la science historique. Or, c’est à partir du moment où l’on échappe à un tel cercle vicieux que le travail de recherche dans le champ nostradamique commence à faire sens.

Il conviendrait de s’interroger sur la possibilité de distinguer entre un texte qui relate des faits connus et un autre qui spécule sur l’avenir comme il serait utile de savoir faire la différence entre un texte original et son imitation. Question également des fausses prophéties et des fausses éditions. Autant de questions qui interpellent le linguiste: dans un cas le texte considéré se réfère à quelque chose d’existant (un événement ayant déjà eu lieu, un texte antérieur dont on s’inspire), dans l’autre, le texte traite de ce qui est inconnu, de ce qui n’est que virtuel. Peut-on ainsi distinguer entre un récit vécu et un récit imaginaire, entre la réalité et la fiction? Le paradoxe, dans le cas des Centuries, c’est que leur authenticité impliquerait que l’on démontrât leur dimension fictive, c’est à dire leur caractère de véritable prophétie traitant de ce qui n’est pas encore advenu alors que la thèse de la contrefaçon consiste à montrer que les Centuries sont l’expression d’une réalité qui n’a rien d’imaginaire.

Autrement dit, nous contestons aux Centuries leur caractère prophétique du fait qu’elles sont trop ancrées dans une certaine réalité. Ironie des choses: le vrai prophète serait un escroc qui parle de ce qu’il ne sait pas tandis que le faux prophète est quelqu’un qui sait trop bien de quoi il retourne et c’est précisément ce qu’on lui reproche. Sujet, certes, qui semble déborder largement le champ des études nostradamiques et que l’on pourrait tenter de cerner en opposant savoir « mort » et savoir « vivant », entre texte lu et texte improvisé, l’un pouvant être le fait d’une machine, l’autre exigeant la présence d’un être humain doué de parole. Parfois, on cherche à faire passer une machine pour un être humain et on peut se demander si les partisans du caractère prophétique des Centuries ne se situent pas dans un tel enjeu technologique, consistant à faire sauter, en un temps de rejet des clivages, la frontière entre ces deux registres. Car qu’on le veuille ou non, le prophétisme consiste à dire que ce que l’homme perçoit aujourd’hui était déjà prédit hier, ce qui revient à faire d’un texte, selon une expression de Jean-Charles Pichon, une « machine » pensante, étant entendu que tout livre prolonge son auteur dans la diachronie comme dans la synchronie, ce qui est précisément la définition d’une machine. 
Les Centuries crespiniennes

Il ne faudrait pas oublier les problèmes liés aux Centuries (VIII-X selon la numérotation tardive qui n’entrera pas en vigueur avant la parution de l’édition perdue à la miliade du début des années 1580) introduites par la fausse Epître à Henri II et dont Crespin témoigne de l’existence en 1572. L’Epître à Henri II qui les introduisait n’annonçait pas encore la miliade – rappelons que Crespin ne fait jamais écho aux quatrains des centuries V à VII , on n’en a pas le contenu précis pas plus qu’on ne sait chez qui parut cette première édition des Centuries dites VIII-X, qui pourrait émaner du camp protestant, tant l’annonce anagrammatique de la victoire des Vendômes sur les Guises y est récurrente (cf supra). Crespin en reproduisant ces quatrains de façon aussi désarticulée ne prenait guère de risque, et ce d’autant qu’il n’indiquait aucunement ses sources… 
Les Centuries comme mancie

Quand on réfléchit au mode d’emploi des Centuries, on peut au vrai se demander si l’on n’avait pas songé à mettre en place une sorte de bibliomancie dont le principe aurait été assez proche du tirage du Yi King ( I Ching). D’une part, on pouvait tirer un nombre entre 1 et 10, fixant la Centurie et de l’autre on devair « sortir » un nombre entre 1 et 100 déterminant le quatrain au sein de la dite Centurie. A partir de là émergeait un quatrain censé répondre à la question posée de même que dans le Yi King on aboutit à un hexagramme.

Pourquoi une telle méthode aurait-elle été négligée voire abandonnée au profit d’un systéme où l’on choisissait soi-même l’oracle correspondant à la situation? Car tel est bien le cas, n’est-il pas vrai: tout ne se passe-t-il pas comme si on refusait de prendre un oracle au hasard ou selon un procédé indépendant de la volonté de l’interpréte et comme si le rôle de l’interpréte se réduisait – ce qui n’est pas rien- à choisir entre 1000 quatrains (sur ce nombre, cf supra) celui qui se trouverait le mieux en adéquation avec la situation se présentant?. 
Esotérisation de l’Histoire

Qu’il s’agisse de la lecture des quatrains ou de leur fabrication, il existe une certaine continuité, à savoir que dans un cas comme dans l’autre on se sert d’événements ayant eu lieu ou en cours de préparation, en projet et qui, en soi, n’ont rien de prophétique ou d’astrologique mais qui sont instrumentalisés comme tels. Les interprètes des quatrains ne commentent point tant les Centuries qu’ils ne commentent l’Histoire voire l’actualité la plus immédiate et en ce sens, il y a ésotérisation d’un savoir non ésotérique en soi. Dans le Janus Gallicus, l’auteur se contente de lire l’Histoire de son temps et notamment des Guerres Civiles au travers du formalisme centurique. Le projet de l’Eclaircissement de 1656 n’est pas autre. En conséquence, laisser croire que ces auteurs interprètent les quatrains à la lumière des événements ne fait pas sens car à partir des quatrains, on peut dire tout et le contraire de tout, comme c’est le cas en astrologie et ce du fait d’un certain flou dans la méthodologie de ces savoirs.

En revanche, en inversant la démarche, en ésotérisant l’Histoire plutôt qu’en décryptant l’ésotérique, l’hermétique, l’astrologie fait épistémologiquement sens au regard d’une science historique en quête, jusqu’à nos jours y compris (cf « La Nouvelle Histoire » d’un Marc Bloch), de modèles qui lui soient extérieurs. Il semble qu’au XVIIe siècle, certains nostramistes aient cru pouvoir « sauver » la science historique au moyen d’une exégèse du canon centurique. Car, ne l’oublions pas, l’échec déclaré de l’Astrologie et du Prophétisme sera aussi, à terme, au XVIIIe siècle, celui de l’Histoire comme science – l’Histoire n’entrera pas à l’Académie Royale des Sciences ( fondée en 1666 par Colbert) – et l’on sait par ailleurs à quel point cet échec de l’Histoire à structurer chronologiquement, typologiquement, son champ, hypothèque le travail du chercheur en astrologie, notamment dans le domaine cyclique.

Encore fallait-il pour cela appliquer au texte centurique les méthodes d’une critique biblique en train de se forger dans la seconde moitié du XVIIe siècle, dans l’esprit du juif Spinoza et de l’Oratorien Richard Simon, c’est ce qu’entreprit le dominicain Giffré de Réchac, dans l’Eclaircissement des véritables quatrains, dans une entreprise dont la rédaction et la parution ne furent que partielles. Il semble que le Frère Jean de Sainte Marie, comme il s’appelait dans son Ordre, ait considéré – la religion venant ainsi sous-tendre la science – le texte centurique comme peu ou prou révélé, voulant faire des « Prophéties de Nostradamus » de nouvelles tables de la Loi, au sens scientifique du terme, et pouvant dès lors qu’on les restituait dans sa pureté, venir à la rescousse d’une science historique en crise, au regard des progrès des autres sciences de l’époque, et qu’ un Isaac Newton, dans les années 1720, ne parviendra pas à sauvegarder scientifiquement par ses recherhes astro-chronologiques (cf notre étude sur ce site), ce qui conduira à un « décrochage » épistémologique de tout le plan historique auquel sont reliés le prophétisme et l’astrologie, un peu comme l’aveugle au paralytique.. 
Le refus de la manipulation

Un historien des textes qui fait le bilan de ses travaux a toujours un regret: s’être laissé manipuler, que ce soit par l’auteur, l’éditeur, le biographe, le bibliographe, on n’est jamais trop prudent. Avec l’expérience, on devient plus vigilant et on sait mieux déjouer les piégés qui nous sont tendus par la malice ou la négligence et souvent par les deux à la fois.

Ne soyons pas naïf: écrire une biographie de Michel de Nostredame exige pour le moins la plus grande prudence: on n’écrit pas ingénument: il publia en telle année ceci et en telle année cela. Pour ceux qui voudraient jouer, à bon marché, au petit historien, en assénant quelques dates bien carrées, c’est raté car la question de la production nostradamique est une des plus délicates qui soit à traiter.

En vérité, nous n’avons rien contre Nostradamus mais contre ceux qui se sont servi de son nom et de ses textes pour lui en attribuer d’autres. C’est ainsi que dans les années 1550, se dire prophète a une signification bien plus modeste qui vaut pour toute personne qui s’occupe d’annoncer l’avenir: un astrologue peut alors être appelé prophète. Ce n’est que plus tard qu’astrologie et prophétie se sont séparées tout comme astrologie et astronomie. Si Nostradamus fut un astrologue-prophéte, avec ses quatrains d’almanachs, Kepler, quelques décennies plus tard, incarnera l’astronome-astrologue, avec son Tertius Interveniens. (cf notre article, « Les historiens des sciences face à l’activité astrologique de J. Kepler »,congrès des sociétés savantes, Bordeaux, 1979) Or, les Centuries n’appartiennent plus vraiment au registre astrologico-prophétique et c’est en ce sens aussi que nous ne les attribuons pas à l’astrophile Michel de Nostredame. Avec les Centuries, le prophétisme échappe à l’emprise de l’astrologie et se substitue à elle, son émergence est à terme une des causes de son déclin.

Déjà en 1694, réagissant à la parution de la Concordance (1693) de B. Guynaud, le Pére Jésuite Claude-François Ménestrier mettait en garde ses lecteurs (La Philosophie des Images énigmatiques, Lyon, BNF 8° R 10511):  » Nostradamus n’était ni un Saint, ni un Solitaire qui fit profession d’une vie contemplative, c’était un médecin, un (astrologue) judiciaire, un faiseur d’almanachs & si ces qualités lui peuvent donner le nom de prophéte, c’est le faire donner à La Rivey, à Questier, au Pescatore qui fait l’Almanach de Milan et à Lazare Meyssonier. Ainsi, le monde aurait plus de nouveaux prophètes qu’il n’y en eut autrefois dans la Judée »(p. 358) mais ce faisant il soulignait la confusion existante entre prophétisme biblique et néo-prophétisme lequel s’inscrit dans l’histoire du joachimisme. médiéval. En ce sens, le nostradamisme, prophétisme à la Renaissance, se voudrait renaissance du prophétisme. 
Du syncrétisme nostradamique

La recherche est fonction, peu ou prou, du milieu dans lequel elle se déploie. Le milieu nostradamique n’est généralement pas indifférent à la genèse de l’oeuvre alors que le milieu astrologique peut se décharger, le cas échéant, sur l’histoire de l’astronomie. On peut cependant parler d’un canon astrologique comme l’on parle d’un canon astrologique et le syncrétisme sévit dans un cas comme dans l’autre. Syncrétisme qui est toujours singulièrement réducteur et involutif, qui ne rapproche qu’au prix d’une généralisation abusive, selon des critères par trop vagues.

Il importe, pour l’Historien, de « penser » le syncrétisme, d’en repérer les manifestations récurrentes; il est vrai que le reproche de « réduire » l’astrologie à l’astronomie peut sembler une contradiction dans les termes puisque l’astronomie constitue un champ plus large et qui ne cesse d’ailleurs de s’élargir mais ne dira-t-on pas que c’est réduire l’homme que de l’assimiler purement et simplement au « vivant »? Dire que tous les hommes sont pareils parce qu’ils sont tous mortels relève d’une sorte de sophisme syncrétique. Là réside la rhétorique perverse du propos syncrétique. De la même façon, considérer que tout ce qui se présente sous forme de quatrains écrits dans un certain style et revendiquant une certaine paternité est ipso facto du Nostradamus et est l’oeuvre d’un seul homme Michel de Nostredame relève du syncrétisme, dont la dimension involutive de retour au point origine est caractéristique.. A contrario, l’anti-syncrétisme consiste à préserver les fragiles constructions humaines des modernités successives contre ce creuset (melting pot) syncrétique qui emporte, balaie, tout et qui épistémologiquement hypothèque tout travail historique. En ce sens, l’astrologie est une étape postérieure à celle de l’astronomie et pour se préserver, il est urgent qu’elle ne cède pas aux mirages du pan-astronomisme qui sévit depuis deux siècles et a caractérisé notamment son expression contemporaine au Xxe siècle. 
Le milieu nostradamique

Si les mêmes maux syncrétiques sévissent dans le milieu astrologique et dans le milieu nostradamique, on y observe un état d’esprit sensiblement différent. Le monde des nostradamisants est mieux en prise avec la démarche historique- à la fois chez les interprètes et chez les bibliographes – en ce qu’il ne se préoccupe pas, comme c’est le cas pour les astrologues, de la dimension individuelle, horoscopique, sinon de celle de cet individu remarquable qu’est Michel de Nostredame, lequel, au demeurant, était astrologue praticien comme l’atteste sa correspondance (cf l’article de P. Brind’amour, sur ce site) et ce qui explique que le phénomène Nostradamus interpelle aussi l’historien de l’astrologie lequel aurait en quelque sorte mission de sauvegarder la dimension astrologique de l’oeuvre, et notamment autour de la question des almanachs et des prognostications face à sa centurisation, noyant les quatrains mensuels dans un ensemble beaucoup plus vaste qu’il importe, selon nous, de ne pas lui attribuer.

. Or, l’astrologie a une face cachée qui est celle de la consultation individuelle, un champ qui échappe largement à l’investigation scientifique, du fait qu’il est peu propice aux recoupements avec une matière historique objective et accessible. En outre, le nostradamisme est bien daté dans un temps historique bien balisé quant à son apparition tandis que l’astrologisme remonte à la « nuit des temps », ce qui conduit à un tour de passe-passe consistant à voir dans l’astronomie la plus récente l’expression de l’univers le plus ancien : tout cela tend, bel et bien, en pratique, à court-circuiter l’approche proprement historique et à réduire l’Histoire de l’astrologie au seul problème de sa réception dans tel ou tel contexte.

Pour la petite histoire, c’est en 1985 que nous fîmes connaissance avec le milieu nostradamique, à l’occasion du Colloque de Salon, une première du genre. C’est là notamment que nous rencontrâmes le péruvien Daniel Ruzo. Une photo reproduite (p. 22) dans la revue L’autre Monde (n° 103, février 1986), illustre cette rencontre sur le thème « Pour une édition critique des Centuries » qui réunissait, au Château de l’Empéri, tant des universitaires (Michel Simonin, décédé depuis, Jean Dupébe, Jean Céard, qui sera notre directeur de thèse d’Etat) que des chercheurs relevant plus de la sphère privée ( Daniel Ruzo, Robert Amadou, Michel Chomarat, Robert Benazra (dont nous publierons le Répertoire Chronologique Nostradamique (1990) avec une préface de Jean Céard), Yves Lenoble). Le projet d’une édition critique alors en débat allait déboucher, dix ans plus tard, sur la publication du travail du québécois Pierre Brind’amour (1941-1995) s’appuyant malencontreusement sur l’édition Macé Bonhomme (chez Droz, une édition universitaire qui avait déjà publié le travail de J. Dupèbe sur la Correspondance de Nostradamus) mais le fait d’avoir choisi, pour référence, une contrefaçon tardive, est révélateur de l’état de la recherche nostradamique il y a encore six ans, où la mise en relation du textuel et de l’événementiel laissait à désirer. En cette année 1985, on se félicitait qu’ait été retrouvée et reprintée ( par les soins des « Amis de Nostradamus ») la dite édition lyonnaise (Bibliothèque Municipale d’Albi) sans envisager un seul instant, à notre souvenance, qu’il put s’agir d’une contrefaçon!

Curieusement, notre nom ne figure pas dans le compte-rendu des Actes, ni d’ailleurs dans les Actes, édités par R. Amadou avec le support logistique d’Y. Lenoble ( l’astrologie de Nostradamus. Dossier, Ed de l’ARRC, Poissy (78)- et ce en raison de conflits entre fédérations astrologiques – alors que nous y donnâmes, à l’invitation de Michel Chomarat, qui avait participé à Lyon, l’année précédente à l’un de nos congrès, un exposé consacré aux adversaires de Nostradamus, sujet que reprendra l’année suivante (1986) Olivier Millet, proche de Jean Céard, lors du colloque Divination et controverse religieuse en France au XVIe siècle, Cahiers V.L. Saulnier 4, Paris, 1987, non sans recourir à certaines informations que nous lui avions fournies, dans sa communication « Feux croisés sur Nostradamus au XVIe siècle »

Nous avions déjà, à l’époque, consacré à Nostradamus, d’origine juive, quelques lignes, moyennement pertinentes, dans notre thèse, Le Monde juif et l’astrologie, Milan, Arché, 1985 et inclus cette thématique dans le CATAF.(cf sur ce site) Il semble que ce qui caractérise notre approche – entre autres – c’est qu’elle n’ait été nullement cantonnée à Nostradamus, que le champ que nous couvrions était considérablement plus vaste comme en atteste notre thèse d’Etat.

En 1985, on ne se posait plus guère- ou pas encore – de vrai problème de datation, comme en témoignent, peu après, d’ailleurs les parutions des bibliographies de Chomarat et de Benazra. On ne cherchait pas alors les recoupements, les témoignages. De nos jours, les études nostradamiques ont pris un tour infiniment plus complexe, l’argumentation doit prendre en compte un grand nombre d’éléments et, disons-le, n’est plus à la portée que d’un très petit nombre de chercheurs. Il est probable que cette difficulté même suscite dans les prochaines années des vocations et détermine un recrutement plus élitique. Les études nostradamiques sont peut-être devenues une affaire trop sérieuse pour être laissées aux seuls nostradamologues de la vieille école. Il importe en tout cas de les resituer épistémologiqueent dans le cadre de la prophétologie, dont notre thèse d’Etat, Le Texte prophétique en France, se veut une utile Défense et Illustration.. Quant à la « légende dorée » que prétendent dénoncer certains spécialistes de Nostradamus, comme E. Parker en 1923, n’englobe-t-elle pas également un Nostradamus, auteur de Centuries…

 

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Heurs et malheur de l’astrologie mondiale au XXe siècle

Posté par nofim le 22 janvier 2014

 

Heurs et malheurs de l’astrologie mondiale française au XXe siècle
(De Paul Le Cour à André Barbault)
par Jacques Halbronn

L’Histoire de l’astrologie connaît un tabou, celui de se prolonger jusqu’au XXe siècle. Une thèse de doctorat sur le sujet est censée ne pas dépasser la Révolution Française, sauf à se situer dans le champ sociologique. Dans le cas de la théorie précessionnelle, on fait cependant exception et un Paul Le Cour peut faire l’objet d’une thèse qui nous conduit jusqu’à l’Ere du Verseau.

En revanche, on imagine assez mal un historien de l’astrologie, honorablement connu, qui se hasarderait à étudier de quelle façon les astrologues du XXe siècle ont tenté de gérer la question des planètes transsaturniennes.(cf « L’évolution de la pensée astrologique face aux découvertes des nouvelles planètes du système solaire ( 1781-1930) communication au Congrès des Sociétés Savantes, Nancy, 1978, sciences, fasc. V, pp/ 145-156) C’est cependant ce que nous nous sommes proposé de faire dans cette étude qui clôture un ensemble de travaux s’étalant du XVe siècle au XIXe siècle.

La question zodiacale

On analysera donc l’émergence d’une astrologie ayant intégré les nouvelles planètes dans son discours et nous verrons comment un André Barbault, frère d’astrologue (Armand Barbault alias Rumélius, qui l’initia dès 1935) s’efforça, dans les années Soixante, de renouveler l’astrologie mondiale en prenant en compte les dites planètes, soit dans le cadre du cycle Saturne/Neptune appliqué à l’Histoire du communisme soit en mettant en place un « indice de concentration des planétes lentes », comportant les dites planètes transsaturniennes, en rapport notamment avec les grands conflits mondiaux. Le père de ce graphique, qui n’incluait pas encore Pluton, en astro-histoire est Henri Gouchon, auteur à la Libération dePrévisions annuelles malheureusement introuvables à la BNF (cf A. Barbault, Les astres et l’Histoire, op. Cit., pp. 32-33), dans lesquelles le dispositif est exposé:  » A moins, écrit Gouchon, d’un concours extraordinaire de circonstances, on dirait bien qu’il existe, en effet, une relation entre ce graphique et les périodes de bouleversements mondiaux, surtout économiques, comme on peut le voir en 1914 -1918 et 1938-1945: Chaque dépression ne correspond pas à une guerre mais elle cadre toujours avec quelque anomalie d’ordre économique (…) Ce graphique est établi en mesurant au début de chaque année astrologique l’arc de cercle qui englobe toutes les planétes lentes de Jupiter à Neptune »

Ces travaux que nous décrirons sont à l’évidence des témoignages d’hommes ayant été imprégnés par l’Histoire de leur temps et cherchant à l’ expliciter au moyen de certaines combinatoires célestes. Peut-on , au demeurant, reprocher à des chercheurs de ne pas accorder quelque importance à ce qui se déroule sous leurs yeux dans la mesure même où cela leur donne le sentiment parfois illusoire que l’astrologue n’est pas enfermé dans sa tour d’ivoire et qu’il est bel et bien en prise sur les événements, avec à la clef l’espoir d’une reconnaissance de leur démarche, quitte à pactiser avec le diable! Si l’astrologue était moins seul, il serait peut être mieux à l’abri de certaines tentations.

Dans les deux cas de figure, on ne peut d’ailleurs parler stricto sensu d’astrologie mais plutôt d’astro-histoire.(cf notre étude sur ce site) On observe en effet que le champ de l’astrologie mondiale est plus propice à l’innovation que celui de l’astrologie horoscopique, c’est à dire que les données astronomiques utilisées ne recouvrent pas celles de l’astrologie traditionnelle. Quelque part, l’astrologie mondiale et l’on pense notamment à la théorie des grandes conjonctions en constitue une remise en question.

Les deux auteurs que nous avons choisis représentent certes des orientations extrêmement différentes. Si Paul Le Cour tend à ne pas tenir compte des planètes et ne se réfère qu’au zodiaque, que ce soit le tropical ou le sidéral, selon les cas, en revanche, l’astrologie mondiale selon André Barbault semble « oublier » totalement la structure zodiacale, qu’elle soit saisonnière ou stellaire, pour ne considérer que les aspects et autre interrelations – leur concentration ou leur dispersion sur l’écliptique mais sans prise en compte d’un quelconque découpage zodiacal – entre planètes du système solaire. Ce faisant, André Barbault rompt avec la théorie des grandes conjonctions (Jupiter-Saturne), déjà évoquée, articulée autour de la répartition des signes, selon le découpage tropicaliste, entre les Quatre Eléments. En fait, à y regarder de près, le cycle planétaire auquel recourt A. B. avec sa conjonction, son carré, son opposition, constitue bel et bien un « zodiaque planétaire » dont le point de départ serait la conjonction des deux planètes constitutives du cycle, la quadrature correspondant analogiquement avec l’axe solsticial, l’opposition avec l’axe équinoxial et ainsi de suite; Dans ce système, autant de cycles, autant de zodiaques. En fait, il n’y a pas d’astrologie sans une quelconque forme de zodiaque, dans la mesure où c’est la zodiacalisation de l’espace, quel que soit le critère adopté, qui permet de déterminer des phases en procédant à une structuration de l’espace-temps.

Signalons en passant, que les travaux de Michel Gauquelin, dans les années 1950-1960, font également abstraction – non sans recourir à un découpage du mouvement circadien qui rappelle celui des maisons- des positions zodiacales à la naissance, à la différence d’un Paul Choisnard, au tournant du XXe siècle, intéressé par les signes ascendants dans ses statistiques (notamment les ascendants en signe d’air chez certaines catégories de personnes) alors qu’au contraire ceux d’un Jean-Pierre Nicola, qui n’est pas un spécialiste d’astrologie mondiale, dans les années 1960-1970, visent en partie à légitimer le découpage tropicaliste (zodiaque réflexologique). La question zodiacale nous semble ainsi être un enjeu majeur de la recherche astrologique française au XXe siècle. On appellera zodiacalisation toute tentative de découper la courses des astres.

Pour reprendre le texte d’un dialogue humoristique que nous avions écrit pour L’astrologue face à son client (Ed. La Grande Conjonction, 1994) l’astrologue a un modèle dont il ne sait pas de quoi il traite et le « non astrologue » a une vie à laquelle il aimerait conférer une structure. Il importe en effet de ne pas confondre les signes avant coureurs avec l’exposition d’un système prévisionnel. Nous avons voulu montrer, par cette étude, que l’astrologue, quel que soit son genre, est marqué par les idéologies de son temps et cela était déjà vrai, bien entendu, pour le phénomène Nostradamus, au cours de la seconde moitié du XVIe siècle (cf notre étude sur ce site consacré aux nostradamologues). Partir du postulat selon lequel l’astrologue ne s’appuie que sur un savoir transcendantal revient à commettre selon nous un contresens du point de la méthodologie de l’Histoire des textes. En fait, l’astrologue ou le prophète se nourrissent des attentes et des espérances dont ils sont les témoins. On ne peut reprocher son antisémitisme à Le Cour ni son communisme à André Barbault, ils n’ont fait que mettre en musique (des sphères) de tels thèmes porteurs, le problème, c’est qu’ils ont été conduits à focaliser les techniques dont ils disposaient sur ces enjeux au point de porter atteinte à l’intégrité du savoir astrologique. Un Jean-Paul Sartre ne fut-il pas tenté, à la même époque, par une certaine synergie entre sa/la philosophie et le marxisme politique?

Les deux auteurs auxquels nous consacrons cette étude, Paul Le Cour, né en 1871 et André Barbault, né en 1921, soit à cinquante ans d’écart, ont recouru à des modèles et se sont efforcé de leur trouver des justifications au niveau des événements dont ils étaient les témoins, ils ont pratiqué, avec plus ou moins de bonheur, une astrologie – ce que nous préférons donc appeler une astro-histoire, le terme astrologie renvoyant à un savoir relativement figé – en prise avec l’actualité parfois la plus immédiate. L’astrologie mondiale nous apparaît bel et bien comme un espace de créativité qui échappe à la discipline et à la rigidité horoscopiques et il semble bien que le renouvellement de l’astrologie passera par elle. Malgré la différence d’âge- un demi -siècle, leurs pronostics se sont croisé de peu et en tout état de cause Barbault a pris le relais de Le Cour comme chroniqueur des grands événements politiques dans la mesure même où c’est au moment où Le Cour meurt, en 1954, que l’étoile de Barbault monte au firmament. Tous deux ont fait l’objet d’un certain culte passant par le rite de la biographie.

Tous deux ont pratiqué une forme d’astrologie mondiale, l’une plutôt axée sur le zodiaque des étoiles, l’autre sur une sorte de zodiaque planétaire mais par delà leurs différences de modèles, ils furent confrontés à un même défi, à savoir mettre le monde qui se déployait sous leurs yeux en équation, l’indexer sur le ciel. Et pour ce faire, ils ont du choisir leur camp. Barbault les communistes contre les Américains, et avant lui, Le Cour l’Europe continentale contre l’Angleterre. Tout se passe comme si l’astrologie mondiale française avait canalisé une certaine hostilité au monde anglo-saxon et qu’à chaque reprise, ce soit l’adversaire anglo-saxon qui l’ait emporté.

. Tout se passe comme si les astrologues peinaient à apprécier la durée d’un processus. Leur échec tient presque toujours à ce qu’ils n’ont pas su annoncer l’échec, la fin, la chute, de ceux dont ils analysaient l’ascension, au fait qu’ils n’ont pas su déterminer la durée d’une expérience. Leur pronostic est juste s’il reste ponctuel, il correspondait à une certaine apparence des choses, sur le moment, mais l’astrologie ne saurait s’en contenter et se doit de limiter dans le temps toute expérience…

Le Cour a parié, en son temps – et quoi qu’en dise Evelyne Latour (« L’Ere du Verseau comme projet de société », Actes du Colloque Astrologie et Pouvoir) – du moins à partir de l’invasion allemande de 1940- pour les temps nouveaux auxquels appelait un Hitler alors que Barbault a souscrit aux perspectives lumineuses brossées par un N. Krouchtchev, à la fin des années Cinquante, un Monsieur K qui symbolisera, à partir de 1956, la rupture avec l’époque de Staline, comme une sorte de Gorbatchev avant l’heure. Choix courageux puisque d’une certaine façon ils ont l’un et l’autre choisi le challenger, celui qui prétendait incarner un ordre nouveau et peut -être l’astrologie est-elle stratégiquement amenée à de telles options. Disons les choses autrement, avec quelque euphémisme.

Ce qui nous intéressera par delà l’engouement de ces deux auteurs pour leurs « poulains » respectifs, c’est aussi la façon dont ils en traiteront face à l’échec patent des dits poulains, qui sera aussi le leur. Dans le cas de Le Cour, nous interpellerons aussi son alter ego et successeur, Jacques d’Arés, qui procédera à des éditions « corrigées », et dans le cas de Barbault, nous analyserons ses propres « relectures », jusque dans les années 1990.

.

I.- Paul Le Cour ou l’aquarisme

Paul Le Cour ( 1871-1954) occupe une place particulière dans l’histoire de l’astrologie du XXe siècle. Il est à coup sûr l’auteur d’un des ouvrages les plus célèbres de la littérature astrologique contemporaine de langue française. Son Ere du Verseau, parue dans les années Trente, est un monument, elle a connu de nombreuses rééditions, à partir des années Quarante et dans le genre, on ne peut guère la comparer, toutes proportions gardées, qu’aux Centuries, avec les remaniements et les ajustements de rigueur. Mais comment doit-on lire cet ouvrage que nous désignerons sous le sigle EVAG (Ere du Verseau. Avènement de Ganyméde)? Est ce que seul le titre est prophétique ou également son contenu?

En vérité, nous risquons fort d’ébranler ou de choquer nos lecteurs, tant il est vrai que Le Cour apparaît comme une des grandes références astro-prophétiques mais combien de Le Cour y a-t-il, quel est le « vrai » Le Cour?

Bien entendu, par delà le cas Le Cour, nous interpellerons ceux qui lui ont consacré des travaux ou du moins qui ont traité de l’Ere du Verseau, à commencer par ceux qui ont collaboré à la fin des années Soixante-dix au projet ANEV. (Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau) dont nous fûmes au demeurant le maître d’oeuvre, à l’époque assez naïf. Signalons que certains textes de l’ANEV paraîtront, en 1981, à notre instigation en collaboration avec Krista Leuck, au sein du Grand Livre des Prédictions, Paris, Ed. Balland, ouvrage de futurologie en partie traduit de l’anglais, dans une section intitulée « L’âge d’or ou la fin des temps », pp. 141 – 225)

Y a -t-il un après Paul Le Cour? Le changement à observer relève, nous semble-t-il, de la différence d’implication. Dans les années trente-quarante, le discours astrologico-prophétique était directement en prise avec les enjeux de l’époque, avec la réalité ambiante socioculturelle, socio-religieuse, bref, il comportait une dimension polémique, pouvait espérer peser sur certaines représentations ( pour une description de la littérature astrologique prévisionnelle à cette époque, cf A. Barbault, L’Avenir du monde par l’astrologie, Paris, Ed. Du Félin, 1993, et J. Halbronn, La vie astrologique, années Trente-Cinquante, Paris, Trédaniel, 1995))

En revanche, à la fin des années soixante-dix, l’astrologie française a refoulé ses engagements d’avant guerre, autour de l’Ere du Verseau, autour de Pluton, autour de la question juive. Elle a pris du recul, dans tous les sens du terme. La preuve en est que celui qui va diriger le congrès et le livre consacré à la question est un jeune juif qui n’a alors aucune conscience de l’usage qui fut fait précédemment de cette idée du Verseau, chacun, autour de lui, citant Paul Le Cour avec révérence et ne signalant pas le caractère sulfureux de son propos. Mais participent à ce collectif des personnes proches d’Atlantis, comme Jacques d’Arés, Robert Amadou, Jean Phaure- qui vient de décéder – ou encore Andrée Petibon, qui évoque la fondation de la revue.On trouvera des notices sur les astrologues contemporains cités dans ce travail dans notre Guide Astrologique,Paris, Ed. O. Laurens, 1997.

Mais qu’est ce alors que l’Ere du Verseau, au début du dernier quart du XXe siècle(cf de Culver & Ianna, « The age of Aquarius » in The Gemini Syndrome, New York, 1984, pp. 67 et seq)? Probablement l’annonce de la fin du christianisme en tout cas de la papauté, ce qui expliquerait le succès du message aquarien dans des pays de culture protestante.

Or, tel n’était nullement la position de Le Cour pour qui c’était au contraire le Second Avènement de Jésus, comme si, finalement, Le Cour avait voulu empêcher qu’il y ait rupture de la tradition chrétienne, quitte à prôner sa déjudaïsation. Le Cour ne prenait-il pas ainsi à contre-pied les astrologues anglo-saxons? Après Le Cour, les astrologues qui ont récupéré l’Ere du Verseau qui était restée jusque là aux marges de l’astrologie, en raison notamment de son sidéralisme, n’ont pas le bagage théologique voulu et préfèrent, tout simplement, annoncer l’avènement d’un nouveau culte, lié aux valeurs du Verseau telles que l’astrologie moderne les a reformulées, passant d’ailleurs étrangement du dieu Poséidon, cher à Le Cour à l’astre Ouranos/Uranus, nouveau maître du signe.. Si l’on considère le zodiaque comme typique de l’approche horoscopique, le fait d’interpréter l’ère du Verseau (constellation) selon la représentation que l’on se fait du signe nous apparaît comme une récupération par cette dernière.

Les signes « avant coureurs »

Certes; Le Cour a-t-il fixé un terme encore assez lointain pour l’avènement de Ganyméde- selon son expression- mais cela ne l’empêche nullement de tenir, dans sa revue Atlantis - comme le fera Barbault dans sa revue L’Astrologue fondée quarante ans plus tard- une sorte de chronique aquarienne de son temps. Son livre L’Ere du Verseau ne fait d’ailleurs en partie que reprendre des développements précédemment parus dans la dite revue et eux mêmes intitulés « L’Ere du Verseau », et déjà pourvus du dessin de l’échanson qui se retrouvera en frontispice du livre.

Son ouvrage fonde ce que nous proposerons d’appeler l’aquarisme français, ce qui correspond peu ou prou au New Age (cf Michel Lacroix,L’idéologie du New Age, Paris, Flammarion, 1996, pp. 79-80) marqué par un très grand sentiment de liberté et de libération face aux anciens clivages.

L’EVAG, ouvrage assez mal ficelé, où la préface fait suite étrangement à l’introduction, dans l’édition de 1937, est un catalogue des notations les plus diverses, censées révéler une convergence, un inventaire à la Prévert. On peut d’ailleurs inscrire l’EVAG dans la tradition des recueils prophétiques qui va du Mirabilis Liber (cf notre étude sur ce site) aux productions du XIXe siècle, émanant souvent des milieux ecclésiastiques.

Parmi les signes avant coureurs, selon la formule de Le Cour, il faut compter la prophétie des papes qui, rappelons-le, est une liste parue en 1595 (cf Le Texte prophétique en France) qui avec chaque pape qui décède voit se rapprocher la « fin du monde », la venue de l’Antéchrist., dans un compte à rebours nécrologique. Le Cour et à sa suite Jacques d’Arés semblent accorder la plus grande importance à ce phénomène qui fait ainsi de l’Eglise et de son chef un présage vivant .Chaque nouveau pape nous rapprocherait de la nouvelle ère. Cette prophétie des papes faussement attribuée à Saint Malachie nous fait songer à ces chronologies prophétiques qui contribuèrent à l’écroulement de la civilisation précolombienne.

En 1945, Le Cour fait une analyse de la situation qui – on s’en aperçoit rétrospectivement – accordait apparemment trop d’importance au ressenti immédiat si bien que les « réussites » prévisionnelles sont parfois redoutables en ce qu’elles se fondent sur une certaine interprétation des « faits » – et l’astrologue – on le verra avec André Barbault – n’échappe pas à cet écueil, où l’on fait flèche de tout bois: il n’y a jamais de faits bruts. N’oublions pas que même une horloge arrêtée marque deux fois par jour la bonne heure! Dans un chapitre intitulé « L’ère du Verseau », PLC écrit en 1943-1945, en plein bombardement des villes : « Ceux qui ne croient pas que notre religion chrétienne, avec ses magnifiques cathédrales, soit parvenue au terme de sa durée et qu’elle sera remplacée par une autre en rapport avec les progrès de la pensée humaine devraient songer aux sanctuaires abandonnés de l’Egypte, de la Grèce, de l’Asie, de l’Amérique (…) Seuls les touristes curieux errent au milieu de leurs ruines (…) Il y aura toujours nécessité de se grouper autour d’un symbole qui ne sera plus l’image du Christ souffrant fixé sur une croix mais quelque autre signe rempli de dynamisme (comme la double hache) correspondant au Christ-Roi » La douleur que nous éprouvons à voir s’écrouler les monuments religieux, merveilles léguées par les siècles précédents, doit donc être atténuée par (notre) vision de l’avenir ». (Dieu et les dieux. Dieu existe-t-il?,Bordeaux, Ed. Bière, 1945, pp. 192 et seq) Avec le recul de plus d’un demi siècle, alors que tout a été reconstruit depuis belle lurette, ces signes « avant coureurs » semblent un peu trop « datés », ils ont fait long feu..

On voit donc que si le paradigme précessionnel, astronomique, est posé d’entrée de jeu, en revanche, les signes sont à rechercher partout, à tous les niveaux: tension entre la cause unique et les effets multiples..

P. Lecquet (« Le Hiéron du Val d’Or et l’ésotérisme chrétien autour de Paray le Monial ») et E. Latour (« L’ère du verseau ») se sont intéressés (cfPolitica Hermetica, 1998) à la place des prophéties précessionnelles dans les années 1880-19004, et dont Paul Le Cour serait l’héritier et le vulgarisateur. Il s’agirait du milieu ésotérisant de Paray Le Monial (Saône et Loire)

Dans son recueil de 1937, certes, Paul Le Cour cite à plusieurs reprises Paray le Monial (sur Atlantis et les recherches du Baron de Sarachaga « qui envisageait pour l’an 2000 le 4° cycle du Graal », cf P. Lecquet, « Le Hiéron du Val d’Or etc », op. Cit. pp. 95-96; J. Halbronn, Le texteprophétique en France, I, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2002, pp. 329-330 ) mais c’est pour souligner le fait que les cultes qui s’y pratiquent sont annonciateurs de l’Ere du Verseau et non pour affirmer qu’il a trouvé dans ce groupe l’exposé de la théorie des ères. C’est toute la différence entre le signifiant et le signifié. Paray le Monial annonce, de facto, le Verseau, pense Le Cour, mais cela ne signifie nullement qu’on y propose un exposé circonstancié comme le fait Brunton (cf « Newton et le précessionalisme », sur ce site).

Pour Le Cour, le culte du Christ Roi, cher à Paray le Monial, annonce un nouveau stade du christianisme, c’en est fini du Christ représenté sur la Croix. Mais s’il mentionne ces pratiques, c’est que précisément elles émanent de personnes ignorant la précession des équinoxes. Car que vaudrait leur témoignage si elles en connaissaient le mécanisme?

C’est donc commettre un grave contresens que de laisser entendre que Paul Le Cour aurait reconnu, en quoi que ce soit, qu’il se serait appuyé sur les computations propres aux gens de Paray Le Monial. Pour Le Cour, les spéculations qui furent développées dans ce cercle ne l’impliquent nullement, elles sont l’expression d’un processus qu’il explicite mais qu’il n’attribue pas, stricto sensu, aux protagonistes. En d’autres termes, le mode de calcul prôné par Le Cour n’est pas celui de Paray le Monial lequel vient recouper, ponctuellement, et coïncider avec la Précession des Equinoxes. A trop vouloir prouver on ne prouve rien: une chose est d’observer que telle personne a tel comportement qui vient corroborer nos thèses, une autre d’attribuer à cette même personne la connaissance précise des dites thèses car, à ce moment, là on ne peut être juge et partie: si la personne connaît le système, son comportement ne vaudra plus comme preuve.

En réalité, Le Cour n’a aucune prétention d’innovateur en ce qui concerne la description du mécanisme précessionnel et, citant tel ou tel auteur, il note ainsi, qu’il n’apporte rien de bien intéressant, avouant ainsi reprendre un sujet dans le vent. C’est ainsi qu’en 1929, dans la revueAstrosophie, fondée à Carthage (Tunisie) par l’anglais Francis Rolt-Wheeler, dans la lignée de la revue Modern Astrology d’Alan et Bessie Leo (cf La vie astrologique il y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992), on trouve un article muni d’un schéma, extrait de l’ouvrage d’Edouard Carpenter, consacré aux croyances païennes et chrétiennes (Pagan and Christian Creeds (1920, British Library, 045503 g 51). Cet article paru au mois de mars 1929 est immédiatement, dès le mois de mai de cette même année par Le Cour dans Atlantis ( « La date de l’entrée dans le signe du verseau », n°18) : « un article d’une revue nouvelle de Carthage luxueusement éditée et intitulée l’Astrosophie ». Cette revue de l’Institut Astrologique de Carthage – affilié à l’Institut Astrologique de Londres, « fondé en 1890 par Alan Leo », s’installera ensuite, de l’autre côté de la Méditerranée, à Nice, sur la Côte d’Azur. Cet extrait paraît donc dans le numéro 1 de l’Astrosophie, revue d’astrologie ésotérique et exotérique etc (BNF, Jo 75607, microfilm) sous le titre « Le symbolisme de l’Equinoxe » d’Edward Carpenter (pp. 38-40). Donnons quelques passages de ce texte qui fit partie des lectures de Le Cour: « Beaucoup de gens pensent que l’association de l’Agneau Divin et de la Croix provint du fait que la constellation du Bélier se trouvait à cette époque sur la Croix Céleste (le croisement de l’Ecliptique et de l’Equateur) à la place précise où le Soleil-Dieu devait passer avant son triomphe final. Justin Martyr, dans son « Dialogue avec Trypho » (un juif) fait allusion à une vieille pratique juive consistant à rôtir un agneau sur les bâtons placés en forme de croix ». La croix serait une sorte de barbecue! Pour Carpenter, chaque ère dure carrément 2000 ans et non pas 2160 ans. L’auteur anglo-saxon poursuit: (Astrosophie, p. 40)  » En 1936, le Soleil entrera dans la constellation du Verseau, le signe de l’électricité, de l’air, de l’éther et en religion, des êtres surnaturels, des esprits, des fantômes; beaucoup de monde pensent voir en ce moment, dans les découvertes matérielles comme les vagues éthériques de la T. S. F. ( = radio) et dans les recherches psychiques et spirites de notre temps le commencement du nouveau signe sur l’équinoxe du printemps ». On rapprochera 1936 (dans Atlantis, le 3 semble manquer et on trouve la forme 19 6!) de la parution de l’ouvrage de Le Cour en 1937. Il reste que Carpenter s’exprime avec une certaine prudence :  » En considérant que le signe des Poissons vient aussitôt après le Taureau et le Bélier dans la succession des signes du zodiaque de l’équinoxe du printemps et que c’est actuellement (l’ouvrage date de 1920) la constellation dans laquelle le Soleil se tient à cette époque de l’année, il ne semble pas impossible que le changement astronomique ait été la cause déterminante de l’adoption de ce nouveau symbole » Mais le propos reste ambigu: est-ce une influence cosmique directe ou bien une initiative humaine: « Il est facile d’imaginer que le changement du culte du Taureau en culte de l’Agneau qui incontestablement eut lieu chez les différents peuples fut seulement une modification rituelle émanant des prêtres en vue de rétablie l’harmonie avec la situation astronomique ». Question importante si l’on sait que le passage d’un culte à un autre apparaît pour nombre d’astrologues modernes comme la validation par excellence du symbolisme zodiacal.

L’apport de PLC semble devoir se situer ailleurs: peut être dans certaines corrélations qu’il propose entre l’avènement du Verseau et certains événements de son temps. Quand on sait ce qui marque les années Trente et quel « ordre nouveau » est ainsi proposé, on ne peut voir en Le Cour qu’un homme fasciné de plus en plus par ce qui vient d’Italie et d’Allemagne.

Quel serait donc le véritable apport de PLC à la question précessionnelle? Il faudrait pour cela parfaitement identifier toutes ses sources, celles qu’il cite et celles qu’il ne cite pas. On peut dire qu’il a su sensibiliser certains milieux français à ce système et qu’il a mis ce système au service de certaines idées de son époque. C’est d’ailleurs moins l’EVAG qui aura joué ce rôle qu’Atlantis et ce dès les années Vingt et il ne faudrait pas oublier la personnalité de Le Cour, son enseignement oral, dans le cadre de l’association du même nom, tant dans la région parisienne (Paris/Vincennes) qu’à Arès, sur le bassin d’Arcachon..

La déjudaïsation selon Le Cour

En 1937, Paul Le Cour adoptait encore une position classique judéochrétienne. Un de ses chapitres, qui disparaîtra par la suite, ne s’intitule-t-il pas « Juifs et Chrétiens d’accord’?

Mais cinq ans plus tard, Le Cour remanie sensiblement son texte: la France a été vaincue ou plutôt comme il le note mise en réserve, puisqu’elle ne participe pas aux combats. Désormais, Le Cour maniera volontiers l’opposition des aryens aux sémites – trouvant que Jésus a un type aryen, japhétien (de Japhet -fils de Noé – un des frères de Sem, dont le nom servit à forger le mot sémite) – tient les propos suivants, avec quelque ingénuité : « Pour résoudre le « problème juif », il suffit (sic) de considérer les Juifs comme des étrangers ». (Hellénisme et christianisme, pp. 1106-107) et les persécutions les aideront à aller là où il est écrit qu’ils doivent aller. Dans cet ouvrage qui paraît en 1943 puis est réédité sans retouche, chez Dervy, en 1953, Le Cour précise certains aspects de l’Ere du Verseau, mais en en accentuant le caractère antijuif – occupation nazie oblige puisque pour Le Cour rien n’arrive par hasard – comme il le reconnaît lui-même: on peut, dit-il, être contre le judaïsme tout en n’étant pas contre les Juifs, à condition, toutefois qu’ils deviennent un peuple comme les autres, rassemblé sur un seul et même point du globe. Il est en faveur du statut des Juifs octroyé par le régime de Vichy et qui servira à ce que les Juifs ne s’attachent pas trop à la France. Pour Le Cour, l’Ere du verseau annonce une hellénisation du christianisme et sa déjudaïstion. Il conviendrait plutôt à propos de Le Cour de parler de déjudaïsation plutôt que d’antisémitisme.

En fait, Le Cour ne fait pas mystère de ce qu’il doit à Rohling, dont le nom figure dans son Ere du Verseau de 1937, réputé, au XIXe siècle, pour l’érudition de son antitalmudisme, auteur par ailleurs d’un ouvrage prônant le retour des Juifs à Sion (cf notre ouvrage: Le sionisme et ses avatars,au tournant du XXe siècle, chez Ramkat). Le Cour serait ainsi parvenu à relier antisémitisme et mouvement aquarien, chacun consolidant et justifiant l’autre. On ne peut nier une certaine fascination de Le Cour pour le fascisme italien et il célèbre, dans l’Ere du Verseau, la prise de l’Ethiopie, en 1931, comme l’annonce des temps nouveaux, puisque le roi d’Italie, grâce à Mussolini, devient, de ce fait, empereur et il en sera ainsi, au fil des rééditions de l’ouvrage, sans parler d’Hellénisme et Christianisme, paru à Bordeaux, en 1943 qui en est le complément anti-judéo-chrétien.

De fait, l’Ere du Verseau, version 1937, est jugée par trop complaisante, par les temps qui courent, envers le judaïsme et il va d’agir, dans les éditions suivantes, d’élaguer certains développements qui ne sont plus de mise et il n’y aura pas de retour, après guerre; aux positions antérieures, même si l’on ne réédite plus après la mort de Le Cour, en 1954, Hellénisme et Christianisme.. Pour la petite histoire, le siège d’Atlantis passera sous l’Occupation de Vincennes à Paris, dans le Quartier Latin pour revenir à la Libération à Vincennes. La raison semble en avoir été que les dits locaux parisiens auraient été la demeure de Juifs qui les auraient réintégrés, contraignant ainsi Atlantis à l’exode. Atlantis ne cesse donc nullement ses activités et en 1943, on nous précise que si « la revue est actuellement suspendue (elle est) remplacée par un bulletin d’informations, mais on peut se procurer les anciens numéros non encore épuisés. Des conférences ont lieu régulièrement au siège d’Atlantis » (Hellénisme et Christianisme, op. cit. pp. 126-127). Les raisons de cette suspension ne sont vraisemblablement pas à chercher dans la ligne de la revue mais tiennent probablement à des considérations plus matérielles..

Un chapitre incriminé sera donc supprimé: « Juifs et chrétiens d’accord » qui va disparaître mais la BNF a conservé la version 1937 ou du moins l’une d’entre elles.

Le Cour commençait alors imprudemment ce chapitre par la formule suivante: « Un des grands événements de l’Ere du Verseau doit être logiquement la réconciliation des juifs et des chrétiens. Les premiers chrétiens et Jésus lui-même étaient juifs.(…) il y a identité entre la révélation judaïque et celle du Christ. » D’ailleurs, Le Cour annonce la conversion des juifs au christianisme à l’heure du Verseau:

« Dans le temple de Salomon restauré on verra donc entrer par la même porte les fils de la synagogue et ceux des diverses églises chrétiennes ».

Et (le premier) Le Cour de méditer sur une telle perspective:

 » Que peut-il résulter d’un accord entre juifs et chrétiens? Sans doute, une grande force spirituelle qui se dressera en face du matérialisme (…) Nous voyons déjà d’esquisser un rapprochement entre l’Eglise et la Maçonnerie qui, l’une et l’autre, condamnent les deux extrémismes anti-religieux, fascisme et communisme ».

Or, six ans plus tard – en 1943 et l’on conçoit que Le Cour n’ait pas aussitôt réédité son Ere du Verseau, reparue en 1942, vu qu’entre temps, il a opéré un certain revirement – les premières pages de son petit livre Hellénisme et Christianisme, parues chez l’imprimeur bordelais Bière, qui avait déjà imprimé l’édition de 1937 de l’Ere du Verseau (L’avènement de Ganiméde(sic) - il s’agit d’une coquille car Le Cour avait annoncé dès 1929 (p. 123) la parution de « L’avénement de Ganyméde dans les Cahiers d’Atlantis » – sont les suivantes:

« S’il est une opinion profondément accréditée chez les Chrétiens, c’est celle de l’origine uniquement judaïque de leur religion.(..) Il est devenu d’usage courant d’appeler judéo-christianisme la religion née il y a 2000 ans sur les bords du Jourdain.. En réalité, précise Le Cour – et c’est ce que je voudrais tenter de démontrer ici – le christianisme a sa source non dans le judaïsme mais dans l’hellénisme »

Le livre obtient l’autorisation des autorités, ce qui signifie un certain regain d’activité pour Atlantis, ce qui se conçoit en raison des thèses collaborationnistes, anglophobes, et racistes qui y sont développées.

Antisémitisme et astrologie faisaient d’ailleurs, depuis longtemps, bon ménage (cf J. Halbronn, « Antisémitisme et occultisme en France aux XIXe et XXe siècles« , Revue des Etudes Juives, Paris, 1991) en tant que systèmes explicatifs interdits mais d’autant plus fascinants, en tant que contre-culture déstabilisants- pour des esprits marginaux et asociaux et le mouvement sioniste – remède pire que le mal – mentionné par Le Cour, dans son Ere, n’aura fait qu’apporter de l’eau au moulin de l’antisémitisme, en transformant un malaise (névrose) – les juifs parmi nous – en un délire (psychose)- les juifs ailleurs et pourquoi pas dans l’au-delà?. C’est qu’en effet, les astres et les juifs peuvent être instrumentalisés et diabolisés pour rendre compte de certains déboires, personnels ou/et collectifs, avec des effets déculpabilisants. (cf Cahiers du CERJ, L’instrumentalisation des Juifs, voir site CERIJ. Org)

Le Cour parle d’une « curieuse unité des traditions mythologiques, judaïques et chrétiennes ainsi que les données de l’astrologie religieuse » alors que dans une version plus tardive, il remplace mythologique par hellénique, terme qui désormais sera au coeur de son propos, notamment avec l’ouvrage Hellénisme et Christianisme (1943). Autant, la mythologie n’était -elle pas un concept suffisamment puissant pour asseoir le christianisme, autant ce sera, aux yeux de Le Cour, le cas en ce qui concerne l’hellénisme.

On ne saurait pour autant qualifier une telle position d’antisémite: en effet, si le christianisme ne dérive pas du judaïsme, il lui a pour le moins beaucoup emprunté et se serait en quelque sorte judaïsé, ce qui est source de confusions qu’il convenait en effet de dénoncer.

Le syncrétisme Le Courien

Paul Le Cour semble n’avoir que des connaissances de seconde main en ce qui concerne la précession des équinoxes à tel point qu’il ne semble même pas se rendre compte de ce qu’il se réfère au zodiaque tropique quand il évoque les événements marquants, selon lui, qui se déroulent chaque année quand le soleil séjourne dans le signe du verseau, en tropique.

C’est ainsi, dans l’Ere du Verseau, que pour « prouver » que l’ère précessionnelle du Verseau approche, Le Cour s’arrête sur ce qui se passe en février (et notamment en février 34). Evelyne Latour (« L’Ere du verseau », Politica Hermetica, n°12, p. 205) fera le même amalgame lorsqu’elle attribuera à tel auteur un intérêt pour l’Ere du Verseau uniquement parce qu’il traite du signe du Verseau: « L’ère du Verseau passionnait aussi les savants (comme) Pierre-Maxime Schuhl qui en traitait dans un article (que nous n’avons pas retrouvé.) consacré à la Ive Eglogue de Virgile ». De même, tout ce qui se trouve dans l’ouvrage intitulé L’Ere du Verseau ne concerne pas ipso facto le processus même de l’ère du Verseau, au sens précessionnel du terme, mais peut n’être mentionné en tant que recoupement.

En ce qui concerne la durée des ères, s’il reconnaît que l’ère du Verseau ne commencera que 2160 après J. C., Le Cour n’hésite pas pour autant à dater le début de l’ère du bélier vers -2000. Ce nombre 2000 le fascine.

Certes, au niveau symbolique, on peut tout comparer mais il est regrettable que Le Cour ne s’en soit pas davantage expliqué. D’ailleurs, c’est dans la façon que Le Cour recherche des « signes » avant coureurs venant confirmer l’avènement de Ganyméde, que son ouvrage est original mais fortement marqué par la vie politique de son temps. Quel décalage, en effet, entre d’une part les considérations sur des transformations s’étalant sur des siècles et des observations presque au jour le jour: exercice éminemment périlleux et qui fait songer à la façon dont un Piobb, dans les années 1920, commentait la vie parlementaire en se servant des Centuries. Ces textes là vieillissent souvent mal

La prise de conscience de 1936

Qu’est-ce qui pousse Le Cour à publier enfin ses travaux en 1937? Il s’en explique dans son Introduction, et l’idée subsiste d’une mouture à l’autre: il comprend enfin que la nouvelle Ere correspond au Second Avènement du Christ-Ganyméde- à rapprocher du titre du livre L’Avènement de Ganiméde (sic), personnage mythologique – ce qui était apaisant en ce que ses calculs ne débouchaient pas ainsi sur l’annonce d’une nouvelle religion. En tant que chrétien, Le Cour se trouvait ainsi apaisé. De fait, l’idée d’un retour de Jésus était un leitmotiv dans certains milieux catholiques, ce qui apparemment n’était pas le cas à Paray Le Monial car dans ce cas pourquoi Le Cour aurait-il du attendre jusqu’en 1936?

A Paray le Monial, l’idée d’un second avènement est bien connue mais Le Cour n’avait probablement pas fait le lien entre cette attente adventiste et ère zodiacale, notion qui n’était pas usitée, stricto sensu, dans cette communauté de Bourgogne, quoi qu’ait pu laissé entendre Evelyne Latour.(pour une étude des périodiques de Paray le Monial, cf également C. Lazarides, dans Vivons-nous les commencements de l’Ere des Poissons?,1989)

. Certes, comme le note E. Latour, il y est fort question de la précession des équinoxes dans un article de la revue Politicon (Huitième Protocole, 1902, BNF, 4° R 1842) de Francis-André (Mme Bessonnet-Favre), mais d’une façon fort différente de celle de Paul Le Cour. En effet, l’auteur de « Géodésie Politique. Les sept Eglises d’Asie ou révélations de la Mercaba des Chrétiens ». La sixième période précessionnelle (25920/7 et non /12) est celle de l’ »Ere chrétienne en laquelle nous sommes ». Reste une septième période « où se manifeste l’Esprit qui n’est pas encore venu et qui découvre l’occulte et dévoilera le caché » . Il est vrai qu’un peu plus loin, il est question de « la période de rétrocession d’un signe du zodiaque en vertu de la précession des équinoxes » à propos de la rencontre de Saturne et de l’étoile gamma de la Vierge, le Ier mars 228 avant notre ère: « il y a par conséquent 2130 ans. Si le même phénomène se produisait dans une trentaine d’années( donc vers 1932), le passage de l’astre dont le nom est synonyme de temps (Kronos) marquerait juste les 2160 ans ». L’auteur semble ne pas avoir parfaitement assimilé la notion de point vernal et ignorer que Saturne repasse tous les trente ans au même endroit du ciel (cf notre étude sur ce site consacrée à Brunton, « Newton et l’école française etc « ). En bref, nous croyons ne pas devoir souscrire au jugement d’E. Latour selon laquelle Francis-André « est le véritable créateur de l’Ere du Verseau. Le Cour n’a trouvé que le titre (…) Elle devance de plus de 20 ans les Anglo-saxons dans ce domaine » ( « L’Ere du Verseau »,Politica Hermetica, op. Cit.; p. 213)., alors qu’elle n’emploie jamais le mot verseau, à la différence d’un Dupuis ou d’un Brunton. Francis-André ferait plutôt partie des « précurseurs de l’Ere du Verseau », pour reprendre le titre d’un ouvrage de la québécoise Marie-France James, elle greffe en effet sur la chronologie précessionnelle des spéculations religieuses mais elle ne fait même pas référence à Dupuis et à sa théorie de la succession astrale des cultes qui reste la matrice du courant dans lequel s’inscrit Le Cour. Signalons que les thèses de Dupuis connurent une diffusion en diverses langues et notamment en anglais, comme en témoigne, dès 1799, l’ouvrage de Joseph Priestley (« Remarks on Mr Dupuis’s Origin of all religions » à la suite de « A comparison of the Institutions of Moses with those of the Hindus etc, Northumberland, BNF A 14154) et l’on peut raisonnablement penser que c’est à partir des thèses de Dupuis que les anglo-saxons se familiarisèrent avec le système que Le Cour, après un long détour, adoptera..

En tout état de cause, la piste française n’est probablement pas la plus pertinente en ce qui concerne la dimension prophétique de la théorie précessionnelle du Verseau; Il reste que Le Cour a probablement pu récupérer certaines idées émises par les gens de Paray le Monial autour du précessionalisme.. Si nous avons souligné l’existence de publications précessionnelles dans la France des années 1870, il semble bien que Le Cour puise dans une littérature anglo-saxonne (cf l’article de David Williams, » le Verseau du XIXe siècle », dans ANEV), ce qui pourrait sembler paradoxal dans la mesure même où notre auteur développera des thèses hostiles au monde anglo-saxon. Or, il semble bien que les ouvrages – probablement dans la mouvance protestante, antipapale – dont il ait pris connaissance aient vu les choses sensiblement autrement qu’il ne le fera.

L’édition de 1942 de l’EVAG

La Bibliothèque Nationale n’a pas l’édition parisienne de 1942 et la bibliothèque d’Atlantis est actuellement indisponible. Heureusement, nous avions eu l’occasion, antérieurement, d’en reproduire quelques pages.(Cote SA 23) et notamment un paragraphe qui ne figurait pas en 1937 et qui ne sera pas conservé par la suite.(pp. 30-31); il est intitulé: « La doctrine de la « Rénovation » du chanoine Chabauty »; auteur bien connu de textes antisémites, de la seconde moitié du XIXe siècle. Le Cour cite dans ce même développement un autre chanoine, le « sioniste » chrétien, August Rohling, haute figure de l’antisémitisme allemand, dont Drumont avait rédigé une préface à son Juif du Talmud, et dont Le Cour cite un ouvrage paru en 1901 - Auf nach Zion oder die grosse Hoffnung Israels und aller Menschen (AIU J 3867a) et publié l’année suivante en français sous le titre d’En route pour Sion ou la grande espérance d’Israël et de toute l’humanité, Paris, P. Lethielleux (AIU, J 4054 ) et qui, note Le Cour, fut « retiré du commerce à la demande de la Congrégation de l’Index, en 1909″.. Que lit-on dans En route pour Sion? On y regrette la position antisioniste de l’abbé Lehmann, juif converti au catholicisme. Rohling analyse ainsi la situation et ce d’une façon que semble approuver Le Cour, quarante ans plus tard: « Beaucoup de juifs ne veulent certainement rien savoir de ce Retour, pour le moment, parce qu’ils se sont amassé de la fortune à l’étranger(sic) et qu’ils préfèrent leurs aises aux fatigues qu’il leur faudrait d’abord affronter pour cultiver leur patrie devenue stérile » (p. IX). Rohling semble d’ailleurs reprendre une argumentation propre à l’Etat Juif (der Judenstaat) de Herzl, parue en allemand, cinq ans plus tôt: « Mais même ces Juifs aisés aimeront tout de même à y aller à leur tour, après que les éléments les plus pauvres et les plus énergiques auront de nouveau rendu habitable le sol de leurs Pères. Et ceux qui ne voudront pas y aller de leur plein gré y seront forcés plus tôt qu’ils ne pensent par la force sans cesse croissante des événements ». C ‘est ce prophétisme rohlingien que Le Cour prend à son compte.

Signalons parmi d’autres auteurs mentionnés dans les bulletins d’Atlantis sous l’occupation, celui de René Irle, La Guerre de l’Apocalypse. Bientôt…? Notre sublime délivrance, ouvrage qui paraîtra, à deux reprises, à Bordeaux, ville où était alors publié Hellénisme et Christianisme.Irle est notamment concerné par le bolchevisme juif combattu par le nazisme: « Antéchrist sera un produit (sic) JUIF, il s’agira donc d’un grand Chef juif (ou pro-juif) provenant des milieux bolchevistes » ( Ed. 1944, p. 85)

Enfin, que penser de cette déclaration de Le Cour en 1945 (Dieu et les Dieux, op. Cit. p.111) : « Il y a lieu d’ajouter maintenant l’action du précurseur Jean ou Ioan, lequel s’efforce, comme il y a 2000 ans, de préparer les voies à Celui qui doit revenir ». Le Cour ne pensait-il pas être un nouveau Jean-Baptiste? Il nous semble que l’oeuvre de Le Cour sera revue dans un sens apologétique, de façon à ce qu’elle ne soit pas trop datée et marquée par un certain contexte qui servira plus tard de repoussoir, ce qui n’est guère recommandé dans le cadre d’une telle opération vouée à rassembler toutes les bonnes volontés. Aucune oeuvre prophétique n’échappe d’ailleurs à un pareil traitement. Au moins, en ce qui concerne l’Ere du Verseau n’a-t-on pas, à notre connaissance, produit d’ éditions contrefaites et antidatées, comme cela a pu se produire, en ce qui concerne les Centuries (cela dit, le dépôt légal de la BNF est loin de posséder l’ensemble des éditions successives) Mais il est d’autres façons de procéder…

Les retouches de Jacques d’Arés

L’historien des textes est privilégié lorsqu’il parvient à se faire une idée de ce que l’auteur étudié – ou ses successeurs et disciples, tentent de dissimuler. L’exégèse a le plus souvent comme première motivation de brouiller les pistes ou en tout cas de faire dire au texte ce qu’il ne disait pas initialement voire de lui faire dire le contraire de son propos initial.

Le cas Le Cour est un cas d’école, tant il est évident que certaines de ses déclarations ont gêné, parce qu’elles ne correspondaient plus vraiment à ce qui était bien pensant, intellectuellement correct. L’astrologue reste l’homme de son temps, avec ses mirages et ses fausses évidences.. Jacques d’Arés (en fait, Jacques Anjourand (cf Arès, un siècle de vie culturelle, Arès, 1999, pp. 20 et seq) dont le nom de plume est issu du village d’Arés (Gironde), situé sur le bassin d’Arcachon, donnant sur l’Océan Atlantique où Paul le Cour avait créé, avant guerre, un centre de villégiature (camping), dont la mère de Jacques d’Arés, Suzanne Anjourand-Langlois était un pilier jusqu’à sa mort dans les années Soixante-dix (la « Pignada Atlantis », au 60, rue du 14 juillet, que nous avons visitée en août 2002 et qui existe toujours; occupée par des personnes qui furent proches de Le Cour, contrairement aux allégations d’E. Latour, même si elle n’a plus les activités d’antan), à partir de 1962, huit ans après la mort de Le Cour - »l’homme de l’Atlantide » – a eu l’occasion de corriger le tir, il l’a fait à sa manière. Cette présence de Le Cour, sur le bassin d’Arcachon, lieu ponctué par un jeu complexe de marées, dont la circulation en bateau dépend étroitement, pourrait avoir joué un rôle dans sa réflexion cyclique Notons que l’organisation Atlantis repose géographiquement sur trois pôles: la région parisienne (Paris, Vincennes, avec la bibliothèque, les bureaux de la revue), la région d’Arcachon (Arés avec la Pignada Atlantis) et la région de Blois-Amboise (berceau des deux principaux animateurs qui se sont succédé, Jacques d’Arés n’ayant qu’une trentaine d’années à la mort de PLC, la « succession » de ce dernier, pourtant de son vivant, au profit du « jeune » Jean-Marc Savary, en 1993, s’étant, elle, assez mal déroulée)..

Nous étudierons ainsi la façon dont J. d’Arés s’y prit, étant évident qu’il chercha, avec plus ou moins de réussite, à masquer les passages de Le Cour qui auraient pu choquer certains lecteurs, en donnant le change.

Dans certains cas, d’Arés parvint à ses fins, en supprimant telle ou telle formule, dans d’autres, par négligence ou désinvolture, il laissa certaines lignes compromettantes mais il pouvait tabler sur le manque de culture de ses lecteurs.

Certes d’Arés, d’entrée de jeu, reconnaît-il, sans les énumérer, ses ajustements mais est-ce que cela lui donne le droit, par exemple, de retoucher les préfaces de Le Cour? Par ailleurs, il ne restitue pas le premier Le Cour, plutôt philosémite, ne rétablit pas certains passages favorables aux Juifs. A quoi parvient-il? A un texte plutôt inconsistant, fait de diverses strates.

Quand Jacques d’Arés récapitule les ouvrages de Le Cour, à l’occasion de son centenaire, il prend quelque liberté: il indique pour 1937 : L’Ere du Verseau, le secret du zodiaque et le proche avenir de l’humanité (2e Ed 1941) etc (p; 332) alors que le titre d’origine est L’Ere du Verseau (l’avènement de Ganiméde (sic) » . Il est vrai que seule l’édition de 1937 porta une référence à Ganyméde, celle de 1942 s’appelle simplement L’Ere du Verseau et elle ne date pas de 1941 mais de 1942. Idem pour la troisième édition, en 1949 et pour celle de 1962. C’est en fait le titre de 1971 (5e édition) lors du centenaire, que Jacques d’Arés impose cette année là dans sa bibliographie. Dans son Que sais-je (« Le New Age, PUF, 1992, p. 39) Jean Vernette cite ce sous-titre de 1971 comme figurant dès 1937! Par ailleurs, Vernette attribue à Le Cour tout le travail de repérage entrepris avant ce dernier, incapable d’en signaler les précurseurs.

En 1971, en effet, Atlantis ne pouvait pas ne pas célébrer le centenaire de son fondateur. Outre une nouvelle édition, à l’Omnium Littéraire, del’Ere du Verseau, reprenant celle de 1962, la revue, dans son n° 263, allait s’y consacrer: « A la rencontre d’un maître Paul Le Cour ».

Un ensemble assez « lissé » mais avec tout de même deux fausses notes.

D’une part, le rappel des incidents de 1946, avec le départ de Le Cour, au bout de 4 ans, du 40, rue des Ecoles, à proximité de cette Sorbonne où il avait mis, vingt ans plus tôt, son association sur les fonts baptismaux, « expulsé (…) à la suite d’un procès invraisemblable » (J. d’Arés, p. 333). Cette expulsion, nous en trouvons le détail dans plusieurs numéros de la revue, pour l’année 1946: il s’agissait de restituer l’appartement dans le cadre de l’ordonnance de novembre 1944, « en faveur de la réintégration d’israélites » (n°125). En tout état de cause, Le Cour, au lendemain de la guerre, continuait à considérer, dans sa revue Atlantis, que les principales puissances étaient « l’Amérique, la Russie et Israël », il mourra d’ailleurs en ayant assisté aux prémisses du rapprochement franco-allemand des années Cinquante.(cf, en 1955, son témoignage posthume, Ma vie mystique)

D’autre part, dans un article du même numéro du centenaire, l’abbé Jean Fonda écrit

‘Un jour de 1954 (alors qu’il savait que son départ était proche (.) il ne regrettait rien car il prévoyait le déchaînement des forces sataniques qui veulent empêcher le retour du démiurge solaire. Pour la première fois, j’entendis parler des « PROTOCOLES »; je les ai lus depuis et j’ai compris ce qu’il voulait dire quand il parlait du détraquement de l’esprit humain » (« Ma rencontre avec Paul Le Cour », p. 384) On aura compris que Le Cour s’était référé aux Protocoles des Sages de Sion, la bible de l’antisémitisme du XXe siècle (voir notre ouvrage Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ramkat, 2002) mais comment encore en 1971 a-t-on pu laisser paraître un tel témoignage qui en dit long?

On peut parler d’un antisémitisme le Courien, avec ses spécificités, son programme dont les thèmes principaux sont: que les juifs se rassemblent en Israël, que l’on cesse de relier le christianisme au judaïsme, Jésus n’étant de toute façon pas juif, pas plus d’ailleurs, affirme-t-il, que Nostradamus (cf Atlantis, n°125, septembre 1946) dont le nom même, n’est-ce pas, est révélateur de sa christianité et qui, à la Centurie VIII s’en prend à la synagogue (cf notre ouvrage Documents inexploités sur le phénomène Nostradamus, Feyzin, Ramkat, 2002).. Evelyne Latour qui reconnaît « une certaine violence dans l’Ere du Verseau, qui emprunte au Hièron certain…antisémitisme, dirait-on, mais plutôt faut-il comprendre « antijudaisme », « antipharisianisme » (…) Dans l’Ere du Verseau, Le Cour oscille sans cesse entre Jésus écrasé sur sa croix, symbole d’une ère périmée et le Dieu vindicatif et cruel des Hébreux » ( « L’ère du verseau », op. Cit., p.222). Nous ne partageons pas cet avis: Le Christ Roi de Le Cour n’est pas censé revenir au Dieu des Hébreux, appartenant à une ère de longue date révolue, celle du Bélier. Le Cour verra en 1943/1945 dans l’astrologie des astrologues un savoir hébraïque: « l’astrologie dite judiciaire, qui a tant de fervents est rattachée aux doctrines des kabbalistes hébreux, comme le prouve (sic) l’importance accordée au Bélier, signe zodiacal de la religion de Moïse et le rôle secondaire donné au soleil mis au même rang que les six autres planètes » ( Dieu et les dieux., Bordeaux, 1945, p. 153). PLC et plus loin, il précise: « Quant à l’hébraïsme, son ésotérisme se trouve renfermé dans la Kabbale qui est un mélange d’astrologie, de magie et de spéculations métaphysiques qui touchent à l’occultisme, si souvent maléfique « ( op. Cit., p. 288) Par ailleurs, l’antisémitisme de Le Cour n’en est pas moins marqué par une opposition entre aryens et sémites, qui ne relève plus de l’antijudaïsme religieux. C’est ainsi que Le Cour traite d’Albert Einstein dont les travaux débouchèrent sur la bombe atomique: « Celui -ci qui appartient à la race juive, ce qu’il revendique avec fierté, se montre ainsi un des agents involontaires les plus actifs de cette puissance du mal »(L’évangile ésotérique de Saint Jean, Paris, Dervy, p. 222 ). On notera que les éditions Dervy ont accueilli de Le Cour dans les années Cinquante des textes comme Hellénisme et Christianisme que la présence allemande n’est plus là pour excuser mais aussi une édition de l’Ere du Verseau comme le révèle un extrait du catalogue, figurant en quatrième de couverture des Manifestations posthumes. Mes rapports avec les invisibles etc, 1908-1918, de P. Le Cour, ouvrage paru chez Dervy en 1950. Nous n’avons pas eu à notre disposition cet exemplaire; en revanche, nous possédons la copie de la troisième édition de 1949, parue aux Editions A.L.S.A., dans le Ixe arrondissement, sous le nom de L’Ere du Verseau. Il semble donc que peu après l’ouvrage soit paru chez Dervy puisqu’un ouvrage daté de 1950, on l’a vu, s’y réfère en en résumant ainsi le contenu: « L’ERE DU VERSEAU. Le secret du Zodiaque et le proche avenir de l’humanité. Comment tous les deux mille ans (sic) les religions et les civilisations changent. La seconde venue du Christ. Les signes avant coureurs de la transformation qui se prépare. La prophétie de Saint Malachie. Ceux qui seront épargnés, etc ». Cette notice montre bien que la durée des ères tend à passer, pour des raisons qui sont très vraisemblablement liées à l’approche de l’an 2000, de 2160 ans à 2000 ans.

A la mort de Le Cour alias Pelekus (terme qui signifie en latin francisque, symbole de Vichy), en 1954, l’Ere du Verseau, revue par Jacques d’Arés, paraîtra à l’Omnium Littéraire, (1962, 1971) puis c’est à nouveau chez Dervy que sortiront les dernières éditions (1977, année du Congrès sur l’Ere du Verseau, 1995), et que sera édité Atlantis mais aussi l’ouvrage de Jean Phaure, Le cycle de l’humanité adamique, préfacé par Jacques d’Arès (1973, 1975, 1983) qui déclare que l’ouvrage de Le Cour peut lui servir d’introduction.

Cette fois, l’ouvrage comportera un sous titre qui n’est autre que le début du descriptif du catalogue Dervy de 1950: L’Ere du Verseau. Le secret du zodiaque et le proche avenir de l’Humanité. En ce qui concerne les liens qui unirent, tout au long du dernier demi-siècle Dervy et Atlantis, avec une interruption d’un quart de siècle environ, il convient de préciser que la mère de Jacques d’Arés avait participé à la fondation de cette maison d’édition, après la guerre.

Le temps du nouvel Aquarius

En 1979, nous avons publié Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, aux Editions de l’Albatros, dirigées par Bertrand Sorlot dont le père avait édité Mein Kampf, d’un certain Adolf Hitler, aux Editions Latines, avant guerre. Mais nous n’avions pas accordé plus d’importance que cela à une telle filiation tout comme ceux qui se servent de Pluton ne pensent pas que cet astre intéressa avant tout les astrologues allemands, dans l’attente d’un Ordre Nouveau, au cours des années Trente. (cf La vie astrologique, années trente-cinquante, Paris, 1995) L’astrologie n’a pas d’odeur!

La lecture de notre présentation d’alors, reproduite en annexe, « Le sphinx des astrologues », révèle une certaine méconnaissance des tenants et des aboutissants de ce à quoi avait servi, quelques décennies plus tôt, la théorie des ères précessionnelles mais trahit aussi un certain embarras à une époque où nous étions encore victime du préjugé antisidéraliste. Cependant, on trouve dans notre introduction une mise en garde, plus propre au sociologue qu’à l’historien:

« Il est probable que dans le cas de l’Ere du Verseau, chacun est enclin à projeter ses intuitions personnelles: se sent-on en divorce par rapport au monde moderne et celui-ci est dès lors chargé de connotations apocalyptiques, catastrophalistes. Au contraire, entretient-on une image d’une génération en pleine possession de ses moyens (l’aventure spatiale par exemple et non plus Hiroshima), cela montrera, sans doute, que des temps bénis et attendus sont enfin arrivés (…) Il n’est pas toujours facile de distinguer entre une période de crise, provoquée par un changement, un enfantement d’un nouvel âge et qui n’augure pas de l’époque qui s’annonce et entre une phase particulièrement sombre et dans laquelle on s’installerait pour des siècles » (p. 17)

En tant que juif, nous n’avions nullement conscience, alors, du lien qui avait pu exister chez Le Cour, la figure emblématique de l’aquarisme en France avec des processus qui allaient déboucher sur la Shoah, selon un engrenage que l’on ne pouvait guère prévoir – Le Cour le premier – et quelle que soit la valeur, par ailleurs, de leur philosophie politique. Disons que, pour le moins, la naissance du précessionnalisme aquarien, en France, épousait l’antisémitisme des années Trente qui se projetait ainsi dans sa formulation. Il va de soi qu’il n’y a pas de raison pour que cette théorie des ères ne se concilie pas, tout au contraire, sous le signe d’Aquarius, avec une nouvelle mission des Juifs, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Saint Yves d’Alveydre. Cela dit, Le Cour incarne, pour le pire et le meilleur, une eschatologie chrétienne qui passe par l’avènement de l’Antéchrist et le retour du Christ, un tel bagage faisant souvent défaut aux astrologues d’aujourd’hui, ce qui les conduit à se projeter sur l’avenir plutôt qu’à assumer les promesses et les menaces d’antan.

Est-ce que l’ANEV continue à véhiculer un certain antijudaïsme voire un certain antisémitisme? Il semble bien que rien de tout cela n’est plus désormais avouable car la France des années Soixante-Dix s’interdit certains propos. En outre, le passé quelque peu sulfureux de l’ouvrage de Le Cour n’est pas signalé par les diverses contributions à ce collectif. On préféra y parler du passé lointain que du passé proche. .

On notera en tout cas que ceux qui traitèrent, dans l’ANEV, de l’ère du Verseau évitèrent scrupuleusement de recourir à la question juive pour mettre en perspective leurs prévisions, ce dont Le Cour, on l’a vu, ne s’était pas privé. Il semble que le temps des polémiques antichrétiennes et antijuives ait été révolu et que les astrologues de la fin des années Soixante-dix aient cherché à jouer plutôt la carte technologique qu’idéologique. A chaque génération ses mythes.

La référence, dans les années Soixante-dix, à Le Cour n’implique pas qu’on l’ait lu et encore moins compris: parmi ceux qui prôneront alors l’ère du verseau combien se situent dans une perspective chrétienne, combien envisagent le retour du Christ? Pour notre part, nous ne nous serions certainement pas « mouillé » en nous associant à ce thème qui d’ailleurs à l’époque ne nous était pas familier. Or, force est de constater que la véritable contribution de Le Cour à la question des ères précessionnelles réside dans un tel rapprochement qui rend cette théorie astrologique acceptable par les Chrétiens et qui, en outre, annonce que les Juifs, enfin, quitteront les terres chrétiennes, alliant ainsi sionisme et second avènement de Jésus Christ (Christ, en grec oint, messie). Tout s’emboîte désormais à merveille: les Juifs se hâtent vers Sion comme il est dit dans les Ecritures et Jésus va revenir. Il semble qu’il aura fallu une telle exaltation des esprits catholiques et antisémites, à la fin des années Trente, suscitée par la défaite de la France, pour que l’idée du Verseau prenne tout son élan. Par la suite, une version édulcorée, où chacun projettera ce que bon lui semble s’imposera. En pratique, schéma tripartite: avant l’ère chrétienne, pendant l’ère chrétienne, après l’ère chrétienne,. de là naîtra le New Age. Dire comme le soutiendra par la suite Jacques d’Arés que personne en 1937 n’avait entendu parler de l’Ere du Verseau constitue un contresens car c’est la lecture chrétienne ou néo-chrétienne que fait Le Cour de la précession qui constitue un événement, l’astrologie se mettant ainsi au service de l’eschatologie chrétienne. Il est un fait que l’approche le courienne a pu familiariser et intéresser au précessionalisme un milieu social plus large, en une sorte de positivisme religieux, où science et religion semblaient pouvoir enfin se conjuguer.. Signalons en 1939, la traduction française par Colombelle de The Gospel of Aquarius, de Dowling alias Lévi (1844-1911), sous le titre de l’Evangile du Verseau,expression que l’on retrouvera dans les éditions arésiennes de l’Ere du Verseau. Cet ouvrage selon l’historique de C. Lazarides ( Vivons-nous les commencements de l’Ere des Poissons?, 1989, op. Cit., p. 64), daterait de 1908-1909. On en a conservé une édition, à la BNF (8° D2 455), datant de 1920 et dont le titre complet est The Aquarian Gospel of Jesus the Christ. The philosophic and pratical basis of the religion of the Aquarian Age of the World and of the Church Universal. Les Anglo-saxons ont forgé l’adjectif aquarian et même piscean, alors qu’en France, signe d’un moindre impact, le zodiaque n’est guère adjectivé. Lazarides signale notamment de H. Künkel, Das grosse Jahr, 1922. On notera que, sur le plan prophétique, les années Vingt sont plus déterminantes que les années Trente: elles font suite au carnage de la Grande Guerre, à la Révolution d’Octobre et au mandat britannique sur la Palestine dont la vocation est de rassembler les juifs du monde entier. C’est également, dans cette décennie, que les Protocoles des Sages de Sion vont paraître en français et en anglais.

Le Cour au prisme de l’ANEV

Deux collaborateurs proches d’Atlantis ont contribué à l’ANEV, en 1979, vingt cinq ans après la mort de Le Cour: Jacques d’Arés, né en 1925, et depuis 1953, secrétaire général de l’association (loi de 1901) Atlantis et Jean Phaure.. Comment ont-ils abordé l’oeuvre de PLC, en ont-ils, pour la bonne cause, occulté certains aspects au lieu de les assumer ? Nous reproduisons leurs contributions en annexe.

Jacques d’Arés (« L’ère du Verseau. L’héritage de Paul Le Cour »).

Ce qui frappe, dans ce texte, c’est que l’on a l’impression que Le Cour a tout inventé, qu’il n’y avait rien avant lui, l’auteur ne cite aucun antécédent au précessionalisme le courien.

Désormais, on passe sur la dimension idéologique du message de Le Cour pour lui attribuer – ce qui n’est nullement son dû – un mérite au niveau de la modélisation : « Il mit en lumière le rapport existant entre la représentation des signes zodiacaux et le symbolisme religieux des périodes correspondantes » (p. 28) « Quel rapport avec l’astrologie? Il appartiendra à Paul Le Cour (…)de découvrir, de manière magistrale, le lien extraordinaire qui demeurait invisible ». On a l’impression que Jacques d’Arés n’a jamais lu l’Origine de tous les cultes de Dupuis, pourtant maintes fois réédité mais ouvrage auquel Atlantis - du temps de Le Cour et après – n’accorda guère d’attention.

Insistant à juste titre sur le rôle de la revue et de son impact bien avant 1937, date à laquelle parait l’ouvrage auquel d’Arés attribue un titre qui n’était pas le sien mais celui que lui-même élabora bien plus tard, après la mort de l’auteur: L’Ere du Verseau. Le secret du zodiaque et le proche avenir de l’humanité.

Jean Phaure, « Panorama de la fin des temps »

Né en 1928, son nom est mis en avant dans son article de l’ANEV par Jacques d’Arès qui rappelle que ses ouvrages ont d’abord été des articles dans Atlantis. D’entrée de jeu, Phaure se réfère à René Guénon( cf R. Guénon, « Atlantis et Hyperborée », Formes traditionnelles et cycles cosmiques, Paris, Gallimard, 1970) qui fut fort maltraité par Le Cour, en raison de son penchant pour l’Orient. En revanche, on trouve dans le propos de Phaure des intonations le couriennes lorsqu’il parle de la présence du mal dans le monde. Phaure est plus proche de la vérité que Jacques d’Arès quand il situe l’apport de Le Cour sur le plan christique: « C’est ce dont Paul Le Cour a tant parlé dans l’Ere du Verseau, c’est le Grand Avènement du Verbe sur la Terre, non plus Jésus crucifié mais le Christ triomphant, le Christ en gloire, tel que depuis mille ans nous le voyons sculpté sur le tympan de nos églises romanes ».. Certes, l’ère du Verseau selon Le Cour s’inscrit dans une tradition catholique alors quel’Aquarius Age anglo-saxon et non sans rapport avec les spéculations des Témoins de Jéhovah, serait plutôt protestant.

Avant et après l’ANEV

Quelle aura été, en définitive, la contribution de ce collectif de 34 textes ( à paraître sur ce site en 2003) à la question précessionnelle en général et aquarienne en particulier, le paradoxe étant que la plupart des contributeurs étaient des tropicalistes, ce qui les conduisit à privilégier le caractère virtuel du symbole Verseau sur le substrat astronomique? Autrement dit, ne sommes-nous pas là en plein syncrétisme, les mêmes signifiants ne renvoyant pas aux mêmes signifiés, ce qui fait le jeu des partisans d’une astrologie non physiciste? On notera que l’argument anti-astrologique de la précession des équinoxes se voit ainsi intégré – exorcisé? – par la pensée astrologique contemporaine. L’Ere du Verseau serait un enterrement de première classe du sidéralisme, dans la mesure où personne n’est disposé à basculer vers un stellarisme du moins dans sa pratique horoscopique, ce qui vient, en quelque sorte, renforcer le clivage entre une astrologie mondiale et une astrologie individuelle, l’une qui serait peu ou prou sidéraliste ou du moins non-zodiacale, l’autre, l’horoscopique, tropicaliste.

Robert Amadou – qui exigera de l’éditeur une édition séparée et corrigée de son texte- « La précession des équinoxes. Schéma d’un thème astrosophique » -et qui plus est ne faisant plus référence à l’ouvrage (ANEV) mais seulement au congrès du MAU de 1977 – est parfaitement à son aise pour faire le grand écart et concilier par l’absurde des postures doctrinales – tropicalisme et sidéralisme – apparemment incompatibles. Peut-on pour autant affirmer que la précession des équinoxes était connue bien avant Hipparque puisque les cultes auraient évolué avec celle-ci, notamment, au troisième millénaire avant l’ère chrétienne, lors du passage du Taureau vers le Bélier, dans des temps bien plus reculés(cf l’article de l’astronome Filipoff, dans la Revue Scientifique, 1931, accusé par Le Cour de s’être inspiré de lui sans le citer, d’avoir utilisé un de ses textes paru dans Atlantis d’avril 1930 sur « Virgile et l’énigme de la IVe Eglogue », à propos de la précession) qui, selon nous, aurait conduit à faire attribuer l’exaltation du soleil non plus au Taureau, mais au Bélier – d’où une permutation des fiefs des luminaires – tout en laissant son domicile au Lion au lieu de passer au Cancer, le dispositif des dignités/ maîtrises, et à sa suite celui des aspects, s’en trouvant ainsi tout chamboulé? Il se trouve que nous n’avions pas, à l’époque, fait le rapprochement entre ce que nous écrivions, dès 1976, dans Clefs pour l’Astrologie et le problème de la précession.

O combien, en effet, il apparaîtrait, la tradition astrologique antique aurait-elle été affectée par la prise en compte, ne serait-ce qu’empirique, de la précession des équinoxes? Mais affirmer que les hommes auraient construit leurs cultes sur l’évolution du point vernal ne va-t-il pas à l’encontre d’une astrologie qui s’imposerait inconsciemment, à son insu, à l’humanité; est-ce que cela ne vient pas apporter de l’eau au moulin de la thèse projectionniste, chère à Bachelard, sauf à admettre que ce changement de repère zodiacal se serait imposé à la psyché humaine?

On est frappé par cette oscillation constante, chez les « membres » de l’ANEV entre repère astronomique et historique: tantôt, les temps sont venus parce que c’est inscrit dans le ciel, tantôt, les événements politiques démontrent que l’on change d’ère précessionnelle. Et cela est d’autant plus patent que l’on a affaire à un référentiel astronomique assez flou, à savoir la frontière entre deux constellations, aux contours arbitraires. D’ailleurs, le passage d’un signe zodiacal à l’autre est des plus délicats en astrologie, y compris chez les tropicalistes: car si les étoiles et les planètes sont une réalité, voire même les saisons, qu’en est-il d’une division en douze, dès lors que l’on ne s’appuie pas explicitement sur le cycle soli-lunaire? Nous avons toujours été incommodé par ce couperet qui fait que telle planète, à une minute d’arc près, est considérée comme étant dans un signe ou dans le suivant. C’est là que l’on saisit la tension entre les exigences et les contraintes du langage et la fluidité, la porosité, du réel, entre le cloisonnement des signes et la souplesse des orbes entre planètes, sans oublier le phénomène de la rétrogaradation. En tout état de cause, une chose est de localiser le repère, une autre de déterminer à partir de quand l’approche du dit repère exerce des effets, par anticipation, d’où des notions comme la « rivière du Verseau », « l’aube du verseau ».(cf notamment, les textes de Brahy, « Le monde du verseau », et de A. Delalande, « Le temps urnal », ANEV).

Réflexion faite, les astrologues sidéralistes n’ont que faire de la précession des équinoxes: ils en restent à calculer le découpage des douze signes à partir d’une étoile de la constellation du Bélier, à l’instar des astrologues de l’Inde. Or, il semble bien qu’initialement, en Inde, c’est une étoile de la constellation du Taureau qui jouait ce rôle. Dès lors, le fait est qu’en pratique, les astrologues occidentaux articulent désormais leur zodiaque sur une étoile située à la frontière entre la constellation des Poissons et celle du Verseau, étant entendu que l’étoile de repère change au fur et à mesure que le point vernal terrestre se déplace par rapport à la sphère céleste..

Les inventeurs de l’ »Ere du Verseau »

Quel aura été, en fin de compte, l’apport de Paul Le Cour à l’ »idée de l’Ere du Verseau » qui, selon E. Latour, « remonte au début du XXe siècle et se développe dans les années 1920, grâce à Alice Bailey, Van de Kerckhove dit S. U. Zanne, Francis Rolt-Wheeler, Paul Le Cour, entre autres » (« L’Ere du verseau », Politica Hermetica, op. Cit., p. 205)? D’emblée, il est évident que les calculs consacrés à la date de la période précessionnelle du Verseau datent de la fin du XVIIIe siècle. En ce qui concerne, en revanche, ce que l’on a projeté sur cette nouvelle ère, notamment dans une perspective chrétienne voire plus spécifiquement catholique, il semble que (cf J. Halbronn, La vie astrologique, années trente cinquante, op. cit pp. 68-77. Sur Alice Bailey, cf J. Vernette, Que sais-Je sur Le New Age, Paris, 1992, pp. 42 et seq. ), le basculement se fait lorsque l’on s’efforce de transformer une théorie qui valait surtout pour le passé et qui signalait surtout que les religions s’étaient laissé délibérément influencer par le référentiel céleste en une prophétie pour l’avenir, à caractère transcendantal et inconscient. C’est cetteprophétisation de la précession des équinoxes en général et de la période du Verseau, en particulier, qui est en effet à situer au début du XXe siècle. En tout état de cause, ce sont d’abord, des deux côtés de l’Atlantique, les milieux protestants aux Etats Unis et catholiques en France, notamment, qui auront participé à une telle prophétisation, dans la première moitié du XXe siècle, avant que l’Ere du Verseau ne devienne, dans la seconde partie du XXe siècle, l’emblème de marginaux, étrangers, le plus souvent, aux institutions religieuses établies, en un mouvement répertorié sous le nom de Nouvel Age et dégagé des spéculations antéchristiques et antisémites qui avaient marqué l’émergence de la prophétie de l’Ere du Verseau.. On peut donc dégager, sur deux siècles, trois étapes: la première, chronologique, rétrospective, s’inscrivant dans les études d’Histoire des Religions, autour de Charles François Dupuis à Thomas Brunton (sur ce dernier cf notre étude « Newton et l’école précessionaliste française » sur ce site) la deuxième, théologique, liée aux attentes messianiques, recourant aux grands thèmes de l’eschatologie chrétienne, et dont Le Cour est, certes, une figure significative, la troisième, utopiste, appropriée, récupérée, d’une façon que l’on pourrait qualifier de syncrétique, en raison de la juxtaposition des référentiels tropicalistes et sidéralistes, par les milieux astrologiques, comme en témoigne l’ANEV, jouant sur des variations symboliques, mythologiques voire néo-paganistes. On notera que l’on tend de nos jours à associer le début de la nouvelle ère avec la fin du XVIIIe siècle – surtout chez ceux qui ont attribué Uranus, découvert en 1781, à ce signe. Or, c’est bien alors que l’on commence à aborder la dimension cultuelle et culturelle de la précession des équinoxes. Mais Dupuis, au travers de son système, adopte une posture franchement antichrétienne et en tout cas relativiste, dans la mesure où il tente de démontrer la permanence des représentations célestes et ce quel que soit le culte.

Ainsi cet extrait de l’Origine de tous les Cultes (1794), reparu en 1904, à Papeete (Polynésie française), Christolatrie équinoxiale. Explication de la fable faite sur le soleil adoré sous le nom de Christ » (BNF, D2 17609) qui comporte les lignes suivantes: « Après avoir, j’ose dire, démontré que l’incarnation du Christ est celle du soleil, que sa mort et sa résurrection ont également le soleil pour objet et qu’enfin les chrétiens ne sont dans le fait que des adorateurs du soleil comme les Péruviens (…) je viens à la grande question de savoir si Christ a existé oui ou non. Si dans cette question, on entend demander si le Christ, objet du culte des chrétiens est un être réel ou un être idéal, évidemment il est un être réel puisque nous avons fait voir qu’il est le soleil (..) Si l’on demande s’il a existé un homme, charlatan ou philosophe, qui se soit dit être Christ (…) peu importe à notre travail qu’il ait existé ou non. Néanmoins, nous croyons que non » (p. 72) Paul Le Cour, un siècle et demi plus tard, à l’instar de Dupuis, militera en faveur d’un dieu solaire dont les avatars, les manifestations, seraient zodiacaux.

Il nous semble donc que c’est bien à la veille de la Révolution Française que la théorie précessionnelle aura été la plus prégnante, la plus active, qu’elle aura, éventuellement, influé sur les esprits tandis que son rôle dans les années Trente du XXe siècle n’aura consisté qu’à orchestrer un processus politique probablement d’ailleurs imité peu ou prou du modèle de 1789 alors même que le christianisme a intégré les forces qui étaient censées le déstabiliser: Le Cour n’incarnerait alors qu’une sorte de « contre-réforme » face à un Dupuis qui serait une sorte de Calvin. Auguis, son biographe, (Notice biographique sur la vie et les écrits de Dupuis, en tête de l’édition de 1822 de l’Origine de tous les Cultes, p. XI) rapporte: « L’abbé Leblond (par ailleurs collaborateur de De l’aulnaye, cf La vie astrologique, il y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992., L. Winckler,L’ère du verseau. Défis pour les temps à venir, Auxerre, Ed. Des trois monts, 1999 ) alla au club des Cordeliers annoncer l’Origine des cultes, comme un ouvrage dont la publication intéressait l’esprit humain. (..) C’est sous les auspices de la tourmente révolutionnaire que parutl’Origine des cultes » en trois volumes in 4° et un atlas mais aussi en douze volumes in 8°, la même année 1794. Un Club qui comporta notamment Danton, Marat, Desmoulin, Hébert et qui péricliterait d’ailleurs peu après la parution de l’ouvrage de Dupuis. Signalons que l’ouvrage aurait pu paraître à Berlin, à la demande de Frédéric II de Prusse, mais celui-ci mourut en 1786, ce qui montre qu’il était probablement déjà prêt à cette époque. En tout cas, Dupuis va bientôt figurer, en bonne place, comme un des pourfendeurs du christianisme, comme en témoigne, en 1858, un article paru dans la Revue de l’Anjou et du Maine, III, « Monothéisme du peuple juif, ses explications: Voltaire, Dupuis, Cousin, Renan, Littré » (BNF A 8468)

On sait que l’on accuse(cf les thèses d’un Barruel) les francs maçons d’avoir préparé la Révolution: Dupuis était lié à ces milieux; Son système a pu tout à fait contribuer à persuader les esprits qu’astronomiquement, il était temps de passer à autre chose, ce qui est le sens propre du mot « révolution », emprunté à l’astronomie et qui signifie fin de cycle et donc début d’un nouveau. Dupuis, certes, ne raisonnait pas comme un astrologue: il n’affirmait pas que le changement était inscrit dans le Ciel comme une fatalité mais qu’il y avait comme une sorte de Loi des cultes que les hommes avaient toujours respectée, à laquelle il convenait de se conformer, et qu’il appelait Religion Universelle. Et, le tableau de Delaulnaye, qui en est contemporain, montre à l’évidence que ces temps nouveaux étaient bel et bien désignés comme étant ceux du Verseau. Que par la suite, on ait repoussé la date d’un tel changement ne saurait surprendre l’historien du prophétisme: le texte prophétique est, en effet, à la fois, voué à être antidaté et à se situer dans une logique déterminée longtemps à l’avance, ce qui est ici le cas d’une théorie qui s’appuie sur une pratique religieuse plurimillénaire, remontant à la nuit des temps et à la fois de préserver une certaine force prédictive, alimentant ainsi une tension, une attente. En ce sens, l’Ere du Verseau de 1937 se situerait dans la lignée de l’Origine de tous les cultes de 1794, publiée au lendemain de l’exécution de Louis XVI mais dont des éléments étaient parus dès les années 1777-1781, donc avant la Révolution. On ne peut d’ailleurs ignorer ce qui rapproche ces deux époques qui virent les frontières de la vieille Europe balayées comme si la nouvelle ère exigeait aussi la fin des cloisonnements nationaux et la résorption de la question juive, selon des procédés, il est vrai, fort différents. Et bien entendu seront filles du révolutionisme français les révolutions russes de 1905 et de 1917. (sur la dimension prophétique de cette période charnière, voir notre ouvrage, le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ramkat, 2002)

Cela dit, comme le montre Lazarides, marqué par l’anthroposophie de Rudolf Steiner, il y a bien des façons de décoder le ciel et de décoder l’Histoire et il semble bien que Sepp dont l’abbé Lacuria s’inspirera (cf R. Amadou, articles in Cahiers Astrologiques, années 1980-1981) ait été surtout connu à travers une traduction fautive de l’allemand. C’est également, selon Lazarides, à travers le pseudo Sepp que Madame Blavatsky aurait évoqué la question dans la Doctrine Secréte. En effet, Sepp, dans sa Leben annonçait le passage dans les Poissons pour le milieu du XIXe siècle et non dans le Verseau! Ce serait, a montré Lazarides (texte à paraître), le traducteur Sainte Foy alias Jourdain qui aurait, peut -être délibérément, modifié le texte.

II.- André Barbault et la Guerre Froide

Le communisme a joué un rôle important dans la recherche en astrologie mondiale d’André Barbault; on peut même dire que c’est par cet angle là que l’on pénètre le mieux ses méthodes de travail, le traitement sémantique des textes qu’il produit, pour le pire et pour le meilleur. On peut d’ailleurs raisonnablement supposer que c’est sur ce sujet que Barbault aura connu ses plus grandes joies et ses plus grandes déconvenues… Si Le Cour fut le chantre de la construction de l’Europe à l’Ouest, Barbault, pour sa part, fut celui du grand défi de l’Europe à l’Est.

On suivra Barbault, sur près de cinquante ans, depuis 1945, avec l’Astrologie Agricole, qui comporte un appendice sur les cycles et où il aborde le cycle Saturne-Neptune jusqu’aux approches immédiates de l’An 2000. Il est rare, pour l’historien du texte prophétique que nous sommes, de pouvoir suivre un astrologue ou un prophète sur une aussi longue durée, commentant ainsi lui-même ses propres textes, reflétant inévitablement les enjeux idéologiques de son temps, en tout cas de sa génération.

Une mort providentielle: 1953

Devant rédiger un article pour la fin de l’année 1952, dans le quotidien, l’Yonne Républicaine, le journal qu’A. B. lisait déjà avant guerre, celui-ci fait remarquer que la conjonction Saturne-Neptune va -formule qu’on appréciera plus loin – se reproduire. Or c’était, note A. B., cette même configuration qui s’était formée en 1917, année de la Révolution d’Octobre. Pourquoi, dès lors, ne pas annoncer un événement important pour la Russie, en 1953? Trois mois plus tard -puisque l’article considéré paraît pour le premier de l’an, Staline mourrait. C’est ce que l’on peut appeler une prévision à court terme avec des outils à long terme. Cela dut être pour Barbault, qui venait de franchir le cap de la trentaine, une grande satisfaction encore que nous n’avons pu vérifier s’il s’en était vanté dans les mois qui suivirent dans une revue. 1953 qui correspond à un an près à la mort de Paul Le Cour, est, pour Barbault, qui est au début de sa trentaine, celle d’une ascension qui se manifestera notamment avec une série de publications chez des éditeurs renommés, Bernard Grasset (éditeur qui avait publié, dans les années 1920/1030, les Protocoles des Sages de Sion) et Le Seuil, sans parler du titre de l’accès Vice-président du Centre International d’Astrologie, fondé en 1946 ( CI) qu’il arborera quinze années durant et qui figure encore sur la quatrième de couverture de son Traité Pratique d’Astrologie, ou de son poste de responsabled’Astrologie Moderne, organe de l’association, sans oublier son rôle joué lors du 7e Congrès International de Paris à la fin de 1953.

Cependant, la lecture des journaux de l’époque permettait de se rendre compte que les choses bougeaient et pourraient aboutir à quelque changement en Russie, même sans la mort de Staline qui n’est même pas un assassinat et qui en soi échappe peu ou prou à l’astrologie. Car qu’est ce que cet astrologue « moderne » qui croit que la mort « naturelle » est inscrite dans les astres? Il aurait été en réalité plus convaincant si Staline avait été déchu.

Toujours est-il que, dès lors, Barbault fera figurer la date de 1953 au même titre que celle de 1917 comme étant « la » date importante depuis la Révolution d’Octobre.

En réalité, la conjonction s’était d’abord déjà formée en 1952 et l’année suivante, elle se reforme du fait des rétrogradations. D’ailleurs quand AB publie en 1945 son Astrologie agricole, il avance la date de 1952 et non de 1953. Autrement dit, le pronostic pour 1953 sent déjà le réchauffé. Il concernait initialement l’année précédente. A aucun moment A. B. ne s’en est expliqué! On peut d’ailleurs se demander pourquoi il n’a pas donné l’année 1952…Tout se passe comme si A. B. s’était aperçu, au vu des événements qui se préparaient alors à Moscou, qu’il serait judicieux de se brancher finalement sur la « queue » de cette conjonction. Peut-être – qui sait?- A. B. n’avait-il pas eu l’opportunité de publier son travail plus tôt?

Au demeurant, il faudra encore quelque temps, notamment le XXe congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS) de 1956 pour que l’on puisse vraiment parler d’un nouveau cycle. Quant au moment où ce cycle, historiquement sinon célestement, va s’achever, cela est largement sujet à débat. Mais reconnaissons que sur le moment et sans recul cette mort de Staline a pu frapper les lecteurs et plus encore l’astrologue A. B. qui en fait une affaire personnelle. De là à faire de cette mort l’événement principal entre 1917 et 1989, il n’y avait qu’un pas! En effet, par la suite, on peut être surpris que cette date reste en évidence dans les travaux de Barbault non pas comme une fin de cycle, mais comme « la » fin du cycle engagé en 1917 – la maladie et la mort de Lénine ont eu un effet également marquant, qui aboutit précisément à l’avènement de Staline – d’autant que son système exige une certaine précision, en raison des subdivisions mises en oeuvre, sur la base des aspects. 1953 n’est pas 1956. L’histoire de l’Union Soviétique comporte d’autres échéances d’importance au moins égale. 1953 ne revêt cette importance que parce qu’elle fonde le cycle Saturne-Neptune! et parce que A. B. s’est impliqué dans son processus.

En réalité, on a quelque mal à comprendre ce que peut vouloir signifier un pronostic de la fin décembre 1952 concernant un événement se produisant tous les 36 ans! S’il s’agit d’une périodicité aussi longue, il va de soi qu’elle se sera probablement manifestée déjà en 1952 de la même façon que A. B. attribue les événements de 1848 à cette même conjonction survenue deux ans plus tôt! Que signifie dès lors un pronostic aussi tardif alors que l’astrologue est censé déjà vivre en cette nouvelle période: qu’a-t-il à annoncer qu’il ne connaisse déjà?

On le conçoit: s’il avait rappelé que cette date lui tenait particulièrement à coeur, on lui en aurait fait le reproche. En revanche, en présentant cette date « à froid » comme une évidence historique rétrospective, cela passait mieux. Après 1989, A. B. baisse la garde et reconnaît son investissement personnel de façon à constituer un « doublé ». A. B. aura donc annoncé et pas seulement expliqué après coup et 1953 et 1989. En réalité, ce pronostic de décembre 1952 corrige celui de 1945.

La prophétie du plan septennal

En 1963, A. B. publie un petit livre, chez Albin Michel, qui annonce la prochaine suprématie de l’URSS ou plus exactement la confirmation d’un processus en cours, symbolisé par l’industrie spatiale soviétique. C’est la Crise mondiale de 1965. Prévisions astrologiques avec comme date de référence 1964., paru fin 1963. On y notera la présence d’une terminologie spécifique: « La guerre révolutionnaire? » (p. 31), « Une nouvelle ère révolutionnaire » (p. 59)

C’est justement et cela n’est nullement un hasard-ce qu’affirme un Nikita Khrouchtchev dans son Rapport au XXIe congrès extraordinaire du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS) et notamment dans un texte intitulé « Les chiffres de contrôle du développement de l’économie nationale de l’URSS pour 1959-1965″. Texte prospectif dont A. B. fait son beurre.

Comment Barbault a-t-il pu croire que les dates avancées par Khrouctchev pouvaient être pertinentes sur le plan astrologique? Car il ne saurait bien entendu s’agir d’une coïncidence, Barbault a bien calqué sa prophétie sur celle du plan septennal, qui ne fut décrété qu’en 1959. Un texte traduit en français paraissait dans la Collection « Etudes Soviétiques »: le Septennat soviétique (1959-1965) » et ce n’était point là un ouvrage rétrospectif.

Reverchon, dans son étude critique, Valeur des jugements et pronostics astrologiques, fascicule bilingue qui porte aussi un titre anglais, Value of the astrological judgements and forecasts » (Département 91, Yerres) souligne, en 1971, ce rapprochement sans préciser que A. B. a purement et simplement emprunté à Mr K. Un assez piètre calcul, au demeurant car soit le pronostic s’avérait juste et on aurait pu reprocher à A. B. d’avoir fondé sa prévision sur une autre prévision bien assurée, soit – comme ce fut le cas – le pronostic était démenti par les faits et l’astrologie n’en sortait pas grandie. En réalité, rien d’étonnant: pourquoi l’astrologue ne ferait-il pas alliance avec le politique ou l’économique pour étayer son propos prévisionnel, quitte à commettre un délit d’initié? Qu’est ce que ne seraient pas prêts à faire certains pour prouver qu’ils ont bien servi l’astrologie?

La décennie Soixante débute dans l’euphorie dans le camp communiste – la crise de Cuba, en 1962, il y a quarante ans, montre bien que la Russie est devenue une superpuissance militaire- et Barbault est emporté par cet enthousiasme aux relents prophétiques. Il reprend mot pour mot, date pour date, l’argumentation soviétique et communiste, pensant ainsi crédibiliser, avant et surtout après coup, son pronostic concernant le trigone Saturne-Neptune.

Il lui faudra assez vite déchanter et il passera sous silence ce grand rendez-vous de 1965 qui aurait du correspondre à un dépassement économique des USA par l’URSS, selon les termes mêmes de Khrouchtchev. On sait qu’il n’en fut rien et que ce sont les américains et non les russes qui débarquèrent les premiers en 1969 sur la Lune, malgré la prédiction de Barbault. Ce spectacle à la télévision a du sonner un temps le glas de ses vaticinations. Encore en 1967, dans les Astres et l’Histoire (p. 309), il tient le pari de la victoire communiste. Pour cette étape d’antithèse – de 1965 à 1972 - » Mais ni le trigone Saturne-Neptune, ni l’opposition Saturne-Neptune ne parviendront à inverser les rapports de force entre les deux super puissances.

En 1989, dans L’Astrologue, Barbault cite divers textes concernant sa prédiction. Or, curieusement, il omet de mentionner le texte suivant: pp. 308-30, paru dans Les Astres et l’Histoire):

« A la thèse, nous savons que les deux partants Américains et Russes posés, le premier avec une supériorité et une avance, le second une infériorité et un retard, dans la finalité d’une domination mondiale. A la synthèse nous avons vu se présenter la perspective de l’enfantement d’une société nouvelle, issue de cette double évolution mais où, en tant que tendance, le second partant aurait l’avantage sur le premier »

Il lui en préfère un autre, figurant dans le même ouvrage:

« Ces deux partants sont en fin de course, l’un l’autre, pour la dernière destination de 1988-1989, à l’échéance de laquelle le monde tend à se renouveler pour enfanter une nouvelle société »

Cette dernière formule est reprise après 1989 :

« Or, ces deux partants arrivent ici en fin de course au même point et au même moment, comme pour se fondre en un unique courant. Cette destination commune et unique de 1989, c’est l’échéance à laquelle le monde tend à se renouveler pour enfanter une nouvelle société » ( L’avenir du monde, p. 145)

Le choix par A. B. des textes qui attestent de sa prédiction n’est nullement innocent. Dans un cas, il s’agit bien de la victoire annoncée de l’Union Soviétique sur les USA en termes économiques et il est typique que A. B. ne cite aucun passage de sa Crise mondiale de 1965:

« Tout donne finalement à penser qu’à l’arrivée de l’opposition de 1971-72, l’URSS vivra (…) un temps de dépassement en ayant « doublé » les USA. » (p. 98)

Dans l’autre cas, il est vaguement question d’une nouvelle société à l’échelle mondiale….Ce qui ne mange pas de pain. A. B. en évacuant ses propres formules malheureuses sur la prochaine victoire du communisme trahit ainsi son malaise.

Décidément, l’opposition Saturne-Neptune ne donne pas grand chose. Entre 1953 et 1989, on obtient 1971 et c’est alors que Reverchon, dans un texte bilingue, fait un constat d’échec….Certes, 1989 rachètera… 1971. Mais, il ne s’agit pas de jouer au casino, surtout si l’on se sert d’un même cycle: un succès ne saurait dans ce cas compenser un échec! L’astrologie n’est pas du tir à l’arc! Comme William Lilly, André Barbault a du opérer des revirements, il a assisté à la victoire de ceux dont il avait annoncé la défaite, écrite dans les astres. Lilly a assisté au retour des Stuarts sur le trône d’Angleterre, lui qui avait prédit la fin historique du régime monarchique en Europe Occidentale; Barbault aura été le témoin du retour des nations dans cette Europe Orientale, avalés par l’URSS puis recrachée par un Saturne en la personne d’un successeur de Staline. Mais n’est-il pas logique que l’astrologie annonce une chose et son contraire dans la mesure où l’Histoire n’est qu’une succession perpétuelle de revirements?

En tout état de cause, dans quel état d’esprit se trouvait A. B. au lendemain de cette opposition Saturne-Neptune si décevante tant pour les communistes suivant la ligne de Khrouchtchev que pour les astrologues suivant la ligne de Barbault?

Pudiquement, dans ses Entretiens (Pierre Horay) avec Michèle Reboul, A. B. note en 1978:

« Une large confirmation de corrélations successives ayant été obtenue, nous nous sentons autorisés (sic) à pronostiquer une étape capitale pour le communisme et l’Union Soviétique à la nouvelle conjonction Saturne Neptune de 1989 et une crise préalable sous le carré de ces astres qui se produira en 1980″ (p. 86)

A cette date, il n’est pas disposé à reconnaître son échec. Il en sera différemment en 1989 dans l’Astrologue:

« Par contre, autant reconnaître que j’ai trébuché sur l’opposition de 1971-1972 (180°) estimée pouvoir correspondre à un dépassement de la puissance économique américaine(!) » (p. 4) Mais comment se fait-il qu’AB ne propose pas une autre lecture de cette opposition? Il ne suffit pas de déclarer que l’on a trébuché, il eut convenu de corriger le tir! Sinon, c’est réduire l’astrologie à une série de coups prévisionnels.

André Barbault semble obnubilé par l’idée que l’URSS et les USA fassent au moins jeu égal. Faute pour l’URSS de dépasser l’Amérique, il annonce encore en 1987( L’Astrologue n°80) la confrontation entre les deux « empires » et ce précisément pour les années 1988-92, années de la conjonction Saturne Neptune mais aussi de celle de Saturne et d’Uranus et d’Uranus-Neptune mais là encore le déclin de l’URSS empêchera que cela se produise et d’ailleurs en 89, les Etats Unis ne joueront qu’un rôle assez secondaire. Et inversement quant à 1991, les russes ne seront eux-mêmes que des spectateurs forcés à la neutralité dans la Guerre du Golfe.
L’ère Gorbatchev

Fin 1987, alors que Gorbatchev est déjà au pouvoir, A. B. publie un article dans sa revue. Il y est question pour 1989 des relations russo-américaines puisque en cette année là deux cycles se rejoignent. Or, le paradoxe, c’est que c’est précisément à partir de 1990 et de la Guerre du Golfe que l’on considère qu’il n’y a plus désormais qu’une seule super puissance! Barbault lui aussi a complètement perdu son pari! Dans son « Histoire d’une Prévision » (L’Astrologue, 4e trimestre 1989), A. B. ne sait pas encore que quelques mois plus tard, la marginalisation de l’URSS va se confirmer de façon éclatante sur la scène mondiale.

Certes, il se passe des choses importantes dans le bloc communiste autour de 1989 mais exactement en sens inverse de ce que Barbault avait annoncé.. Pour donner l’impression qu’il a réussi, il est obligé de réduire son propre discours à un propos insignifiant: on passe d’un dépassement des USA par l’URSS à… une date importante dans l’histoire de l’URSS puis pour la paix du monde!!! Mais alors, la question reste posée: est-ce que dans son ensemble le cycle Saturne-Neptune est ou non valable? Car ce pronostic pour 1989 n’a de sens, du point de vue astrologique, que s’il s’inscrit dans une série passé et à venir satisfaisante.

Il y aurait donc réussite dans les dates et échec dans le pronostic de ce à quoi ces dates correspondraient. Mais si l’événement annoncé n’a pas eu lieu, quel sens pourrait avoir de dater un non événement ou un contre-événement? Imaginons l’effet qu’un tel pronostic pourrait avoir à l’échelle individuelle.

Il n’y a même pas eu de guerre, avec un vainqueur et un vaincu, c’est le bloc communiste qui est tombé tout seule, de ses propres contradictions. Encore faudrait-il situer cela au sein d’un cycle des décolonisations et des indépendances. Au fond, A. B. aurait eu la chance que la date annoncée coïncide avec un autre cycle qu’il n’a jamais étudié!

Bien plus, peut-on sérieusement, rétrospectivement, faire un lien entre 1989 et 1953? Est-ce que la mort de Staline mit fin alors à la domination de l’URSS sur l’Europe de l’Est? Dès 1956, la répression soviétique en Hongrie démontrait le contraire et il faudra attendre précisément jusqu’en 1989 pour que les choses changent!

Prédiction ou prévision? En ce qui concerne la date avancée de 1989 s’agit-il d’une prévision articulée sur un système cohérent ou bien d’une date obtenue par hasard voire par on ne sait quelle intuition ne relevant pas stricto sensu de l’astrologie?

Dix ans après 1989, force est de constater que cette date n’a pas constitué le début d’un nouveau cycle pour la Russie. Il n’y a pas eu après la déstalinisation qui aurait débuté à la mort de Staline en 1953, un nouveau régime militaire, par exemple. 1989 n’a pas été marqué par une entente entre l’URSS et les USA pour le gouvernement du monde. Depuis l’époque de Gorbatchev, dans les années Quatre Vingt, la Russie n’a pas, avec Eltsine et Poutine, changé de régime quinze ans plus tard! Le pouvoir n’est pas passé aux mains des généraux du type Lebed.

Il semble bien que les événements des années 88 – 89 appartiennent à un autre cycle que celui d’Uranus Neptune. Ceux-ci relèveraient, bien plus tôt, on l’a dit, de la décolonisation, ce qui n’est nullement propre aux dates de ce cycle, comme on l’a montré.. Ce processus frappe alternativement tel ou tel empire. Et d’ailleurs, la meilleure preuve que les événements ne sont pas propres à la Russie est qu’ils ont lieu ailleurs comme ce fut le cas en 1988 en Israël avec l’Intifada.(voir notre article in Ayanamsa 2000) Car le problème de cette affirmation d’un cycle réservé à un seul pays est que cela est falsifiable, cela exige que l’onde de choc s’arrête aux frontières.

L’avenir du cycle Saturne-Neptune

En bonne logique, A. B. aurait du tout tabler sur ce cycle, le seul qui ait vraiment fait ses preuves et même consacrer un livre entier à ce seul cycle. Or, il n’en est rien. Bien au contraire, lorsque A. B. parle du début du XXIe siècle, il n’accorde au cycle Saturne-Neptune qu’une place bien modeste parmi d’autres cycles pourtant moins bien validés. Attitude somme toute surprenante comme si n’aurait pas suffi à sa gloire la mise en évidence de la réalité d’une influence planétaire sur l’Histoire des hommes. Mais peut-être pense-t-il que c’est tout ou rien et que si tel cycle « marche », il doit en être de même de tous les autres. C’est ainsi qu’ astrologue, marqué par la Ive République (1946-1958), avec sa valse chronique de ministères, A. B. crut y trouver, quinze ans d’affilée, son pain bénit, confirmation écrasante et répétée de son approche cyclique mais on peut se demander ce qu’il en aurait été s’il avait été formé sous la Ve République, aux changements ministériels soudainement beaucoup plus rares. Existe-t-il une astrologie différente pour chaque République?

En tout état de cause, l’’astrologue n’a-t-il point besoin d’un certain recul? En 1989, sous l’excitation de la réussite, A. B., dans le N° 89 del’Astrologue (p. 19) n’hésite pas, en effet, à baliser les vingt ans à venir sur la base du cycle Saturne-Neptune. Mais il ne semble pas qu’il ait eu le sentiment d’avoir réussi ses pronostics car il ne s’en fera pas l’écho dix ans plus tard, en 1998, dans ses Prévisions astrologiques pour le nouveau millénaire » (p. 192):

« Ce cycle (Saturne-Neptune) qui avait incarné l’idéal communiste d’une population laborieuse revient donc à la charge sous un jour nouveau de type coopératif; là où le marxisme d’Etat a tragiquement échoué… »

Mais déjà en 1993, dans l’Avenir du Monde (Editions du Félin), le discours s’était édulcoré:

« la conjonction Saturne-Neptune est surtout (sic) expressive d’une promotion des couches inférieures de la population mondiale etc « (p. 202)

On tombe dans l’insignifiance! Exit la Russie, bonjour la générosité sociale: on est passé du communisme au socialisme bon teint! Or la Russie existe toujours, on le sait avec le recul que n’avait pas encore A. B. qui réagit trop souvent à chaud, parfois plus en journaliste qu’en historien.

Parallèlement, A. B., à partir des Astres et l’histoire, traite de l’indice de concentration planétaire et annonce une très grave conflagration pour la première moitié des Années 1980. Sur la quatrième de couverture de l’Astrologie Mondiale, en 1979- parue la même année que notre ANEV – , il est indiqué:

« Que nous réservent les années 1980? Une étape capitale pour le communisme et l’Union Soviétique à la nouvelle conjonction Saturne-Neptune de 1989. De 1981 à 1984, cinq conjonctions se renouvelleront entre les cinq planètes lentes, en 1982-1983, seront rassemblées en une zone d’exceptionnelle concentration : celle-ci qui se reproduit tous les cinq siècles (..) annonce une phase particulièrement importante de l’histoire du monde ». L’ouvrage paraît chez Fayard qui avait publié en 1973 un ouvrage de Raoul Auclair, La fin des temps.

Or, que penser dès lors de la prévision pour 1989 qui fait suite à ces années annoncées comme catastrophiques et qui le seront beaucoup moins que Barbault a voulu le laisser entendre? Est-ce que ces années de concentration planétaire n’étaient pas a priori susceptibles de marquer l’URSS plus encore que cette année 1989? C’est un peu comme ce prophète qui annonce la fin du monde et qui traite de l’avenir au delà de cette date comme si de rien n’était! Barbault a-t-il annoncé que la troisième guerre mondiale du début des années 80 épargnerait l’URSS? C’était hautement improbable. Si les choses s’étaient passé comme prévu par A. B. nul doute que l’URSS eut aussi traversé des heures graves. On voit donc là cohabiter plusieurs échéances liées à des systèmes prévisionnels distincts chez le même auteur et élaborés à différentes époques de sa vie. Le pronostic russe d’AB appartiendrait au fond à une phase plus ancienne, celle du jeune Barbault tandis que le pronostic Troisième Guerre Mondiale, relèverait d’une nouvelle étape.

A ce propos, quand on signale à A. B. que la troisième guerre mondiale n’a pas eu lieu et elle aurait du avoir lieu avant l’échéance de 1989 qu’il avait posée à une époque où il n’avait pas encore recouru à l’indice de concentration planétaire, il a coutume de répondre, encore récemment, qu’il y eut une longue guerre entre l’Irak et l’Iran, tout au long des années Quatre Vingts. Mais une guerre mondiale ne se caractérise-t-elle pas précisément par un embrasement à partir d’un conflit local – que l’on songe à l’affaire de Sarajevo en 1914, pour la Première Guerre Mondiale, par l’invasion allemande de la Pologne en 1939 pour la Seconde Guerre Mondiale – ce qui ne s’est précisément pas produit. Rappelons que l’indice de concentration est un modèle qui a été mis en place a posteriori, et qui n’ a guère été confirmé pour l’avenir. On dira donc qu’au bout du compte, si l’on fait le bilan prédictif des années 1980, le « jeune » Barbault; celui du début des années Cinquante, est venu, syncrétiquement, à la rescousse du Barbault des années Soixante ( Les Astres et l’Histoire ( 1967). En vérité, comment pourrait-on attribuer à un indice de concentration planétaire reflétant une évolution céleste ayant toujours existé un phénomène aussi spécifique qu’un conflit mondial, propre au XXe siècle?

En fait, pour la pensée astrologique mondiale des années Quarante, les deux guerres mondiales non annoncées – alors que tant d’autres échéances qui avaient été fixées semblaient comparativement dérisoires – apparaissaient comme la remise en cause des schémas célestes existants, la faillite de certains modèles comme cela avait été le cas trois siècles plus tôt, en 1649, au lendemain de l’exécution de Charles Ier d’Angleterre. Il devenait dès lors urgent de refonder l’astrologie mondiale de façon à ce qu’une nouvelle lecture du ciel intégrât ces événements majeurs, avec à la clef, bien entendu, la possibilité d’annoncer la prochaine échéance d’une ampleur comparable. Mais est-ce que de telles « révolutions » pouvaient ainsi se représenter à intervalles relativement brefs? Mais comme dit l’adage, jamais deux sans trois….

Une révolution oubliée: 1905

Comment un historien du communisme réagit-il quand il voit l’historique proposé par Barbault concernant son étude du cycle Saturne-Neptune puisque c’est ce cycle que Barbault assigne au communisme et qui serait la clef de son devenir?

Nous avons eu l’occasion d’étudier la question des deux révolutions à propos des Protocoles des Sages de Sion, dans notre thèse d’Etat, leTexte prophétique en France,(cf J/ Halbronn, « The term Protocols, from the Zionist Congresses to the Protocols of the Elders of Zion and the reception of the Russian Protocols in Central Europe before 1917″; Proceedings of the 12th World Congress of Jewish Studies, Division E, Jérusalem, 2001). C’est en réalité autour de la Révolution de 1905 (F.X. Coquin. La révolution russe manquée, Paris, Ed. Complexe, 1985) et Colloque « 1905. La première révolution russe », Paris, 1986.) qui aboutit notamment à la création d’une Douma que l’on considéra d’abord que ce texte antisémite revêtait un caractère prophétique. Par la suite, l’on se reporta sur celle d’Octobre 1917 qui en était la répétition à une autre échelle.(cf J. Halbronn, Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle, Feyzin, Ramkat, 2002)

Donnons d’abord la parole à A. B. narrant les grandes étapes du communisme, et faisons abstraction des correspondances astronomiques qu’il place en vis à vis.: A. B. décrète qu’un nouveau cycle pour la Russie commence en 1917. Mais il prend ses désirs pour des réalités, tout simplement en raison de la conjonction Saturne-Neptune, l’Histoire n’a qu’à suivre:

« 1882…. 1917….1952  » et il poursuit: « Donc 1917, c’est la conjonction et avec elle la prise de pouvoir »

En 1973, dans le Pronostic expérimental en astrologie (Payot), A. B. pariait encore sur les étapes successives – et pas seulement la conjonction et l’opposition – du cycle Saturne Neptune. Il ne s’y essaiera plus avant 1989.

Ce qui frappe le lecteur, c’est qu’à propos de ce cycle (pp. 149-150), A. B. ne dit rien pour 1971-1972 alors que l’ouvrage parait en 1973 et pour les années à venir, il se contente d’énumérer les aspects mais ne donne aucun pronostic. Bizarre! On sent quand même une gêne dont il s’expliquera… en 1989 sur la déception de l’opposition pour 1971. En 1973, A . B. ne veut pas encore faire le bilan et constater l’échec alors il préfère ne rien inscrire. Quant à sa prévision du dépassement des USA par l’URSS, il ne reste plus qu’une modeste note: sextil (1959): « période d’essor économique sans précédent et de supériorité technique et scientifique ». Mais cette période, combien de temps dure-t-elle? Est-ce une « longue » ou une « courte » période? A. B. navigue entre les phases de 36 ans et celles de 2/3 ans. C’est selon. Cela permet de limiter les dégâts des extrapolations: oui en 1959, il y avait un essor extraordinaire et c’est d’ailleurs pour cela qu’AB a fantasmé sur 1971. Il traite de l’économique comme du politique alors que l’économique est à long terme! Mélange des genres! Exit en fait l’économique qui est trop casse cou, bonjour le politique avec ses revirements constants, ce qui limite les dégâts. Quand on se trompe de tendance, c’est toujours par anticipation en politique alors qu’en économie, cela risque d’être rédhibitoire de façon définitive.

Tout se passe comme si, à lire Barbault, la Révolution de 1905 n’avait pas existé, comme si elle n’avait pas été une répétition générale. Comment A. B. peut-il faire abstraction dans son descriptif de cette date? Comment, en fait, peut-il délimiter son étude à 1917? Comment une Michèle Reboul, en 1978, dans ses Entretiens, ne lui fait-elle pas remarquer une telle lacune? Cette éclipse de la révolution de 1905 n’a jamais été signalée, à notre connaissance ni par Barbault, ni par ses lecteurs, ce qui en dit long sur l’esprit critique de ce public.

Comment ignorer que les deux révolutions sont couplées et que l’une prépare en quelque sorte la seconde? Un Trotsky, notamment, a participé aux deux révolutions et la première fut, selon l’expression même de Lénine, une répétition générale de la seconde. L’affaire du Potemkine, reprise par S. Eisenstein, dans un film, est de 1905.

Plus grave, si 1917 est l’aboutissement de 1905, il n’y a pas à chercher d’aboutissement pour 1917! La boucle est bouclée et un nouveau cycle commence dont les enjeux seraient à définir. La mort de Lénine aurait assez bien convenu pour déterminer une nouvelle phase, qui pourrait être appelée stalinienne. Or, Yves Lenoble, dans son ouvrage sur les cycles (Ed. de l’ARRC), commentant Barbault, veut faire démarrer cette période stalinienne à 1917, ce qui permettrait de donner du sens à l’échéance de 1953.

Refuser la dualité 1905-1917, c’est ne pas comprendre que l’astrologie a pour vocation de situer une activité au sein d’un cycle, avec en effet une phase préparatoire, une phase de maturation et une phase de conclusion et de renouvellement.

Si l’astrologie a un discours à tenir sur l’Histoire, c’est bien celui de la répétition. (cf P. L. Assoun, La répétition historique chez Marx, PUF, Reed 1999). D’autant que Barbault va retenir des événements infiniment moins importants pour correspondre aux aspects successifs qui rythment le cycle Saturne-Neptune. En dépit des publications successives que A. B. va consacrer à l’astrologie mondiale, il ne parviendra- ou ne tentera – jamais d’ insérer 1905 dans son tableau! Ce qui montre le carcan du système utilisé (cf notre article in La lettre des Astrologues, 2000)

Or, entre 1881 et 1917, s’il fut une date importante, c’est bien celle de 1905. Malheureusement, elle ne correspond pas à l’opposition intermédiaire qui a lieu en 1897….Notons d’ailleurs 1881- 36 ans avant 1917 qu’ A. B. aurait pu, au demeurant, citer l’assassinat du tsar Alexandre II. Il ne l’a pas fait.

L’expansion soviétique en Europe

La Russie n’a nullement disparu en 1989! Et c’est l’URSS qui a éclaté et non la Russie qui en est de très loin la partie centrale et la plus massive, d’autant que les anciennes républiques de l’URSS en restent largement dépendantes., échappant pour l’heure à l’attraction de l’Union Européenne. Si les Etats d’Europe de l’Est ont retrouvé une indépendance perdue au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la Russie reste ce qu’elle est et son destin ne s’est pas arrêté.. A ce propos, si 1989 a vu certains pays s’émanciper du joug soviétique, on aurait pu s’attendre à ce que le même cycle ait fixé le moment de leur asservissement et ce ne fut pas 1953 mais plutôt les années 1946-1948, en raison de l’occupation soviétique liée à la fin de la Seconde guerre mondiale. La domination soviétique en Europe de l’Est n’a pas commencé ni encore moins cessé en 1953 – les événements de Hongrie en 1956 et de Tchécoslovaquie en 1968 en témoignent – et par conséquent 1989 ne saurait faire pendant à cette date. Il faudrait la dater du reflux de l’armée allemande après Stalingrad, en 1942.

On aura probablement grossi l’importance pour l’avenir de 1989. Cela n’est pas plus important, en tout cas, que la perte par la France de ses colonies! Or, voilà que Barbault décide que le communisme s’est effondré et qu’il n’y a donc plus de se servir du cycle Saturne Neptune à son endroit!

Logiquement, les astres se doivent de fixer le début et la fin d’un processus. A vrai dire, il nous semble que ces deux dates de 1917 et de 1953 sont des dates intermédiaires ou en tout pas des dates de commencement de cycle: 1917 vient à la suite de 1905 qui devrait donc être « conjonctionnel » et 1953 est bien moins pertinent par rapport à 1989 que les années 1940 (1942-1948) point de départ de la domination soviétique qui s’achève précisément en 1988-1989.

Avec un recul de dix ans, on est amené à relativiser l’importance de cette perte des pays satellites pour la Russie, et la révolution de 1917 – tout comme celle de 1905 – concernait la seule Russie. 1989 n’a pas sonné le glas de la Russie, n’a pas non plus placé la Russie sur le même plan que les Etats Unis, n’a pas davantage rapproché l’une de l’autre. Aucun des scénarios envisagés par Barbault ne s’est réalisé.

On ne peut mélanger Russie et bloc communiste et surtout il ne faut pas lier les événements du lendemain de la Seconde Guerre Mondiale avec ceux du début du XXe siècle. A vrai dire si l’on revient sur le pronostic de l’Yonne Républicaine, du Ier janvier 1953, que faut-il comprendre de la formule: « Du fait que le parti communiste russe est né sous la conjonction de 1881 et qu’il a pris le pouvoir à celle de 1917, on doit penser que l’année 1953 sera capitale pour l’URSS »

A la rigueur, on pourrait considérer l’expansion du communisme soviétique au delà des frontières de la Russie comme un étape essentielle mais… elle n’eut pas lieu en 1953. Comment A. B. ne s’est-il pas rendu compte qu’il ne prenait pas en compte ce qui s’était passé sous ses yeux au cours des dernières années? La réponse est simple: il ne voulait voir l’Histoire qu’au travers les lunettes d’une certaine astrologie.

Etrangement A. B. semble ne pas accorder toute son importance à l’expansionnisme soviétique dès 1939 à moins qu’il ne souhaite pas signaler cette affaire délicate du rapprochement entre Hitler et Staline qui perturba les communistes français: pas un mot de l’invasion conjuguée de la Pologne, du fait du pacte germano-soviétique ni d’ailleurs des « révolutions » communistes en Europe de l’Est, à la fin des années 1940, qui sont l’expression d’une véritable conquête. (voir La crise mondiale, pp. 92-93). Or, c’est bien cela qui justement sera remis en jeu en 1989! On nous parle de la fin de quelque chose dont on n’a pas bien situé l’origine.

Certes, A. B. s’est également consacré à une typologie événementielle, avec l’indice de concentration. Mais est-ce que la dialectique guerre/paix est vraiment pertinente? Ne vaut-il pas mieux classer les conflits en plusieurs catégories? Cette polarisation sur la « paix » relève presque d’une vision mythique de l’Histoire et on rappellera que la propagande russe a très fortement investi le mot « paix », ses adversaires apparaissant toujours comme ceux qui menacent la paix du monde. Toujours la rhétorique communiste

Il importe que le chercheur en astrologie mondiale commence par analyser le terrain avant de chercher une corrélation planétaire: tout se passe comme si A. B. avait défini d’une part une philosophie cyclique de l’Histoire, faite d’étapes successives et de l’autre un modèle planétaire, sans être parvenu à ajuster ces deux niveaux.

Barbault utilise une grille qui fait alterner les moments de crise et les moments de progression et ce un an sur deux environ, par le jeu des aspects. N’est-ce pas là un rythme trop rapide et qui reste à la surface des choses?

L’auto- bilan de Barbault

Il semble bien que Barbault, dans les années Cinquante, de même qu’il a souhaité relier l’astrologie à la psychanalyse freudienne, a été tenté de se servir du marxisme pour refonder l’astrologie mondiale.

Il est assez remarquable de voir Barbault commenter son propre texte sur Saturne-Neptune et s’accorder un satisfecit. Apparemment, c’est « le » pronostic de sa carrière. Pour aucun autre, A. B. n’aura fait une telle rétrospective. Il lui aura fallu attendre l’âge de 70 ans ou presque pour enfin toucher dans le mille! Il revient de loin, depuis la déconvenue de 1971 et plus généralement, par delà l’erreur de date, la croyance utopique du dépassement historique des USA par l’URSS vouée à ne jamais se réaliser! Il y a ceux qui se trompent dans la date d’une guerre mais au moins la guerre existe mais A. B. lui annonce un non-événement! Qu’est ce qui est pire: annoncer un événement qui n’aura pas lieu – comme Barbault pour la Troisième Guerre Mondiale – ou ne pas annoncer un événement qui aura lieu. Barbault s’est beaucoup moqué de ces astrologues d’avant guerre – pas la sienne, mais la vraie – qui ont manqué le conflit. Mais la question reste ouverte: cette guerre était-elle inévitable et définitivement écrite dans le ciel? Comment peut-on reprocher quelque chose qui aurait pu être évité? De même, d’ailleurs, que rien ne prouve que la première Guerre Mondiale était inévitable. C’est là une vision somme toute assez naïve de l’Histoire. C’est justement le syndrome de la recherche rétrospective qui conduit à rechercher une justification de ce qui s’est finalement passé. Il importe que le chercheur connaisse de très près tous les tenants et aboutissants et pas seulement ce qui s’est produit au bout du compte.

Mais d’un autre côté, est-ce une si bonne chose de faire des prévisions en astrologie mondiale plutôt que de rendre compte de la succession des événements? Il est à craindre que l’astrologue ne s’implique trop personnellement et cherche ensuite à n’importe quel prix à interpréter ce qui se produit dans le sens de sa prévision. Par ailleurs, encore faudrait-il user, pour qualifier les rendez-vous annoncés, d’un langage un peu moins simpliste que le terme « important »; on préférerait une typologie un peu plus élaborée. Il conviendrait que le chercheur en astrologie mondiale soit en mesure de fournir un modèle non plus seulement astronomique mais relevant d’une cyclologie socio-politique un tant soit peu sophistiquée : si l’on . Quant à l’attribution de tel cycle/totem à tel pays, cela nous laisse perplexe: nous ne croyons pas à un tel compartimentage matricialiste, au sens où l’entend P. Guinard. Il semble bien qu’à certains moments, les frontières entre pays s’estompent (empires, unions) et qu’à d’autres, elles se figent, la notion de « pays », d’ »Etat » devrait donc être contextualisée, elle ne saurait servir de fondement à l’astrologie mondiale mais seulement d’illustration. Montrer ainsi qu’à la même époque, les mêmes processus ont lieu dans des pays différents nous paraît plus concevable que de se polariser sur un seul et unique espace.

Dès 1976, dans Clefs pour l’astrologie, parues chez Seghers (pp.158-160), nous avions avancé la date de 1988 comme devant correspondre à une période de décolonisation, à la mise à mal des empires.! Donc, nous proposions alors que le passage de Saturne au début du Cancer et du Capricorne correspondît toujours à une phase de 7 ans environ de démembrement des empires, de par le monde. Or, en 1988, Saturne entrait en Capricorne! Nous ne désignions certes pas l’URSS pour 1988 mais notre système « prévoyait » le type d’événements auxquels l’URSS fut confrontée. Déjà, il y a près de 30ans, nous avions rejeté l’idée d’une combinatoire entre planètes, en faveur d’un rapport planète/soleil et planète/points zodiacaux, sans avoir encore, toutefois, formulé la dialectique étoile & planète comme c’est le cas désormais et ce, comme si le mélange planétaire relevait d’une refus de l’altérité avec un élément d’une autre nature. Que, de temps à autre, les différentes approches se croisent et se recoupent doit nous mettre sur nos gardes en ce qu’un pronostic peut être réussi du fait d’un concours de circonstance: il y a bien eu un effet céleste, et l’événement ne s’explique pas sans s’y référer, mais pas celui que l’on croit. Et c’est pour cette raison qu’en astrologie, il importe de vérifier une méthode sur bien plus que quelques rencontres, aussi frappantes puissent-elles être.

Importance du double clivage

Une étude de cycle doit gérer une dialectique de l’alternance (diachronie) et de l’alternative (synchronie). On ne peut pas parler de l’avenir d’une société sans décrire son fonctionnement interne, ses clivages. Une société qui n’est pas structurée en au moins deux pôles peut-elle passer par des phases qui maintiendrait au pouvoir un seul et même pôle. Il faut bien qu’il y ait une certaine relève, une majorité et une opposition. André Barbault oppose certes, dans les années soixante les deux superpuissances que sont alors l’URSS aux USA en compétition pour la domination mondiale, notamment à l’époque de la crise des missiles de Cuba et du premier vol spatial de Youri Gagarinemais il ne les intègre pas au sein d’un seul et même cycle mais dans deux cycles différents, relevant de planètes différentes et donc avec des chronologies qui ne peuvent que se chevaucher sans s’articuler l’une par rapport à l’autre. Or, nous pensons que c’est au sein d’un même cycle qu’il convient de situer l’alternance entre deux pôles. Par ailleurs, en ce qui concerne les significations accordées à la conjonction ou au carré, nous pensons qu’elles ne sont pas univoques – le raisonnement par analogie a ses limites (cf A. Barbault, Prévisions astrologiques sur le troisième millénaire, Dangles, 1998, tableau p. 53; Y. Lenoble, Initiation à la pratique des cycles planétaires, Poissy, Ed. ARRC, 1994) et la recherche de corrélations nous apparaît comme plus prudente – et ne peuvent être cernées que selon une certaine phénoménologie extra-astrologique en quelque sorte. Enfin, nous avions refusé -déjà en 1976 , dans Clefs pour l’astrologie - l’idée d’une division du cycle planétaire en plus de deux phases distinctes et nous avions prôné d’assimiler l’opposition à une conjonction bis, nous inspirant des travaux de Reinhold Ebertin (Kosmobiologie) rencontré en 1971 à Aalen, lors d’un Congrès de l’ISAR. Or, André Barbault, avec son indice de concentration planétaire incluant les planètes transsaturniennes, « lourdes », (cfLes hommes et les astres) oppose radicalement le cas d’un ensemble de planètes en conjonction à un ensemble de planètes en opposition, y voyant une dialectique entre une situation de tension (conjonction) et de détente (opposition) alors que le véritable conflit d’influences entre aspects se situerait plutôt entre d’une part les quadratures, elles-mêmes en opposition les unes par rapport aux autres, et les conjonctions/oppositions, d’autre part.. En effet, il nous semble avisé de relier le cycle à une alternance de deux phases bien différenciées, correspondant à une exigence de structuration sociétale, à savoir successivement d’ordre horizontal (intégration/quadrature) et d’ordre vertical.(hiérarchisation/conjonction/opposition)

La légende dorée de Barbault

André Barbault aux yeux d’un grand nombre, personnifie, à n’en pas douter, l’ »astrologue » -qui est le titre de sa revue – et pas seulement en France. L’Italie, notamment, aura beaucoup compté pour Barbault, à la fin des années soixante dix et au début des années Quatre Vingt alors qu’il tend à être marginalisé en France, du fait de certains rapports de force qui ne jouent pas en sa faveur au sein des groupes astrologiques, en raison d’une relève qui vient trop tôt, au lendemain de Mai 68.: à 50 ans, en pleine maturité, il est en quelque sorte mis à la retraite, ce dont témoigne son absence de l’ANEV (1979) et des grands congrès francophones de l’époque (1975-1985), par de jeunes loups qui ont vingt cinq ans de moins que lui et notamment un d’origine juive dont l’émergence le prendra au dépourvu (cf notre mémoire Le milieu astrologique, ses membres, ses structures, sur le site du CURA). Barbault trouvera en Italie des compensations qui culmineront, en octobre 2001, date de son 80e anniversaire, avec un numéro spécial de la revue Ricerca ’90 de Ciro Discepolo dont les intitulés sont édifiants tel cet « André Barbault, un gigante dell’astrologia contemporanea », d’Enzo Barilla.

L’événement ou la phase?

Il semble qu’André Barbault que nous avons entendu à deux reprises, encore, en 2002, à Montpellier, au Congrès de la FAES (Fédération des Astrologues de l’Europe du Sud) en juillet, et à Paris aux Quatrièmes Journées de l’astrologie, en septembre, oscille entre l’annonce d’un événement bien daté correspondant à une configuration astrale, également bien datée – ce qui relève de ce que l’on pourrait appeler une forme de syncrétisme chronologique rapprochant deux phénomènes fort différents mais décrits selon un même code – et l’annonce d’une période se déployant dans une certaine durée et constituée ipso facto d’une série, d’une « constellation », en quelque sorte, d’événements à appréhender dans un certain contexte. Or, le passage d’une phase à une autre s’opère-t-il du fait de tel événement qui déterminerait nettement son commencement ou au contraire sa conclusion.? Rien n’est moins sûr vu que le début et la fin des choses, à l’instar des saisons, ne sont pas nécessairement frappants. Cette astrologie-couperet nous semble relever d’une philosophie de l’astrologie qui voudrait que l’on passât brusquement d’un signe zodiacal à un autre. Seule une approche statistique nous paraît en la circonstance recevable, à savoir est-ce que tel type d’événement est plus fréquent en telle phase qu’en telle autre ou dans tel ensemble de phases -sur la longue durée- que dans tel autre. En astrologie mondiale, comme ailleurs, unévénement- hirondelle ne fait pas le printemps. En outre, le travail de l’astrologue ne consiste pas tant, selon nous, à tomber sur un événement significatif et d’en manquer d’autres mais de couvrir toute une série d’événements de même orientation.

Bien plus, n’est-ce pas l’idée même d’Histoire qui est à réviser? L’Histoire que Barbault tente d’indexer sur l’astronomie est une Histoire événementielle, contingente, liée à une région donnée, à un parti donné. Or, l’astro-histoire a-t-elle sérieusement pour mission de légitimer, d’épouser, de focaliser sur un seul camp aussi prometteur soit-il et sur un seul événement aussi frappant soit-il? Les anti-astrologues ont beau jeu de rappeler, contre une telle approche partisane, que dans une bataille, on est deux et que les astres profitent nécessairement à l’un ou à l’autre camp à moins -comme durant la Guerre de Troie – de supposer que telle divinité/planéte favorise telle cause et ainsi tout à l’avenant? Il reste que le mérite d’ A. B. est d’avoir maintenu vivace le projet astro-historique, c’est à dire la voie de la recherche expérimentale extra-horoscopique.

André Barbault, dans ses différents travaux en astrologie mondiale, ne cite jamais, à notre connaissance (cf sa bibliographie in Astrologie Mondiale, Paris, Fayard, 1979, pp. 329 et seq), un Pierre Bayle ( 1647-1706) et ses Pensées diverses sur la Comète, pourtant régulièrement rééditées jusqu’à nos jours. C’est ainsi que l’ouvrage majeur d’Elisabeth Labrousse, paru dès 1974, à La Haye, L’Entrée de Saturne au Lion (cf supra), ne semble pas lui être connu. .En fait, pour les textes antérieurs au XXe siècle, A. B. reprend des listes anciennes figurant dans diverses compilations prophétiques du XIXe siècle concernant l’annonce de la Révolution Française (cf Avenir du monde, op. cit. pp. 16- 25 ) Dans cet ouvrage paru en 1682, cet historien protestant consacre de nombreuses pages à étudier les corrélations entre le passage de comètes et certains types d’événements. Ce qui vaut pour les comètes vaut, en vérité, à plus d’un titre, en ce qui concerne d’autres phénomènes propres à l’astrologie mondiale. Bayle conclue: « Tout cela me fait dire que les grands événements qui bouleversent le genre humain sont attachés à des circonstances si casuelles qu’il n’est pas possible que le cours de la nature nous en fournisse quelque présage assuré » (p. 205, Pensées Diverses sur la comète,Ed. Critique A. Prat et P. RétatSociété des Textes Français Modernes, 1994). C’est là en tout cas tout le décalage entre démarche inductive et déductive: si c’est bien à partir d’événements marquants que l’on est conduit à élaborer un modèle, en revanche, le dit modèle ne déterminera pas forcément d’événements aussi marquants. On ajoutera qu’en ce qui concerne les travaux Gauquelin, une chose est l’élaboration de son modèle constitué à partir de cas de réussites exceptionnelles, une autre son application à des populations beaucoup plus larges, comportant les mêmes configurations que le groupe de référence. Il y aurait là un mauvais procès intenté l’astrologie du collectif, amenée à passer du particulier au général et du hasard à la nécessité.

Conclusion

L’astrologie aura été mise au service de toutes les idéologies, notamment les plus radicales. Peut-elle en faire l’économie? Pour l’historien de l’astrologie, force est de reconnaître que lorsque l’astrologie s’émancipe de toute appartenance politique, elle risque fort de perdre son assise sociale. Il y a là un dilemme: soit l’astrologie occupe une position ancillaire, au service d’une cause, d’un parti face à un autre, et dans ce cas là elle est soutenue peu ou prou par le dit parti, soit elle se veut neutre, purement objective, « scientifique », et elle n’a plus comme horizon que l’alcôve, le cabinet et est reléguée au rang des amusements de salon.

On ne saurait donc jeter la pierre aux deux « horlogers » que sont Le Cour et Barbault qui, d’un certain point de vue, ont cherché à redorer le blason de l’astrologie, « religieuse », pour l’un, « mondiale », pour l’autre. Ils ont fait participer l’astrologie aux grandes aventures du XXe siècle, à celle du fascisme et à celle du communisme. Ont-ils contribué par leurs prédictions et leurs interprétations des signes, dans tous les sens du terme, à l’essor de ces idéologies? Le cas de Barbault est remarquable en ce qu’il a accompagné d’abord les communistes dans leur surenchère face aux Américains avant d’apparaître comme celui qui aurait annoncé, prophétiquement, leur chute finale, c’est dire à quel point le destin professionnel de Barbault aura été intimement lié et ce sur plusieurs décennies au mouvement communiste en général et à l’Union Soviétique en particulier. On pense avoir affaire à un discours universel, non partisan mais, en réalité, un tel discours n’aura été initialement mis sur orbite que parce qu’il servait des intérêts politiques bien précis, même si ensuite, avec le temps, à force d’être récupéré par les uns et par les autres, il a accédé à une autre dimension.

En vérité, les astrologues ne sont-ils pas condamnés à prendre en compte les événements dont ils sont les témoins et qui marquent leur époque? En effet, comment pourraient-ils s’abstraire de la quête de certains signes avant coureurs assez forts? Il n’est quand même peut être pas indifférent que certains auteurs aient pris le parti des extrêmes comme si l’astrologie ne cessait de jouer son rôle de contre-culture. Certes, que dire une fois que la grande aventure se sera épuisée alors qu’on aura mis le discours astrologique à son service?

Souvent, un texte astrologique ou/et prophétique qui semble plutôt neutre a été lancé sous des auspices assez particulières que souvent l’on tentera d’évacuer ou d’élaguer par la suite. Il n’en revient pas moins à l’historien de l’astrologie de rappeler dans quelles circonstances a émergé le dit texte.

Comment évaluer un travail prévisionnel en astrologie? Il faut distinguer le fond et la forme: sur le fond, nos deux astrologues- et ils le sont dans des contextes fort différents – ont rendu compte des espérances de leurs époques respectives, celle des années Trente-Quarante pour Le Cour, celle des années Cinquante-Soixante pour Barbault. A chaque époque ses rêves et ses fantasmes, avec leurs ombres et leurs lumières. Et l’astrologue a-t-il autre vocation que de raconter toujours et encore la même histoire, celle de l’ émergence d’un nouveau pole face à l’establishment? En ce sens, Le Cour et Barbault auront rempli leurs contrats; celle d’accompagner l’événement. En revanche, sur la forme, Paul Le Cour n’hésite pas à présenter son temps comme charnière, comme valant pour des siècles: il est vrai que ses outils de travail brassent large, en siècles et plutôt en millénaires! Quant à Barbault, il n’hésite pas à attribuer tel cycle planétaire au communisme, ce qui tend à conférer à cette idéologie une sorte de légitimité cosmique. Il faudrait éviter, quand même, de basculer dans le messianisme, même si les protagonistes, sur le terrain, adoptent une certaine phraséologie. Il serait plus sage pour les astrologues de penser en termes d’alternance et de ménager successivement le succès de chaque partie en présence. Ajoutons qu’il y a deux postures astrologiques: celle de l’observateur qui travaille plutôt dans l’après coup et dans la probabilité et celle de l’individu averti qui sait profiter de la conjoncture astrale et tirer son épingle du jeu..

Si Paul Le Cour réédite constamment le même ouvrage, quitte à en modifier certains passages ou à compléter par d’autres écrits, André Barbault, en revanche, préfère le plus souvent produire régulièrement de nouveaux textes, en astrologie mondiale – une exception: la réédition d’Astrologie Mondiale - ce qui rend plus difficile la mise en évidence de retouches..

On peut accorder à l’un et à l’autre d’avoir tout fait, dans la mesure de leurs moyens, pour qu’il n’en soit pas ainsi mais il reste que la fin des années quarante pour l’un et des années soixante pour l’autre, durent avoir un goût amer, en tant qu’hommes, en tant qu’européens, et en tant qu’astrologues. Le piège dans lequel tomberait la plupart des astrologues saisis par le politique serait paradoxalement de vouloir en quelque sorte arrêter le temps: on passerait ainsi d’une cyclicité impliquant une altérité diachronique, une alternance cyclique, à une sorte de fin des temps, ou plutôt de fin du temps, au fantasme d’un temps aboli préservant indéfiniment ce qui a été annoncé. Deux cas de figure se présentent: soit on veut affirmer que demain ne sera pas comme aujourd’hui, ce qui met l’époque où l’on vit en perspective, soit au contraire qu’aujourd’hui est déjà demain, soit un refus d’altérité, de dualité, de cyclicité. Cette attitude nous semble avoir été celle de Paul Le Cour qui voyait dans son époque la préfiguration de ce qu’allait être l’Ere du Verseau, en cherchant à se démarquer du passé. En ce qui concerne André Barbault, qui eut plus le temps de jauger son pronostic, étant entré dans la carrière astrologique beaucoup plus jeune, on peut dire que son regard sur le communisme de l’après guerre était certainement marqué par une posture préfigurative des temps nouveaux. Par la suite, il lui fallut bien reconnaître que la cyclicité devait reprendre ses droits et que l’astrologue n’avait pas pour vocation de légitimer, toujours d’ailleurs aux dépens de son art, l’avènement de quelque idéologie que ce soit. Dans un cas comme dans l’autre, nous sommes confrontés à un phénomène d’ésotérisation (cf notre article consacré à l’Esotérisme sur ce site) puisque des éléments en soi non astrologiques, non ésotériques ( d’ordre politique, historique, préhistorique etc) tendent à le devenir, s’inscrivant ainsi au sein d’un discours astro-cyclique..

Le problème, c’est que le langage utilisé est tellement flou que l’on peut, à loisir, décréter qu’une prévision est vraie ou fausse. L’astrologie ne peut progresser sans une certaine rigueur au niveau des sciences politiques. On observe ainsi qu’A. B. ne prend jamais la peine de consacrer un chapitre à la phénoménologie de l’Histoire, qu’il reste au niveau de Monsieur Tout le monde quant à ses catégories. Barbault s’efforce de philosopher sur l’Astrologie mais il n’a pas de philosophie de l’Histoire. Comme le proposa Yves Lenoble, lors des Quatrièmes Journées de l’Astrologie (septembre 2002), l’astrologue se doit d’exposer une certaine conception géopolitique avant de passer au stade des corrélations célestes. Les seuls repères auxquels on puisse s’accrocher dans son propos sont ceux des dates et des lieux, autrement dit la question du contenu événementiel est évacuée et il suffit qu’il se passe « quelque chose d’important » en un endroit X et à une date Y indiqués pour que la prévision soit considérée comme « bonne ». A force de pratiquer le vague, on peut en effet considérer que le nombre de prévisions « justes » augmentera en proportion. D’autant qu’ensuite, il est loisible à l’astrologue de montrer, après coup, combien l’événement arrivé correspondant est déterminant par rapport à d’autres qui n’ont pas été annoncés, ce qui, au demeurant, peut faire l’objet de diverses appréciations, avec plus ou moins de recul.

Si la consultation astrologique individuelle, dans sa dimension divinatoire que, en ce qui nous concerne, nous avons évacuée depuis des décennies, tend à se fixer sur des événements majeurs de la vie (cf les techniques de rectification de l’heure de naissance) en revanche, l’astrologie mondiale ne peut se constituer que sur un grand nombre de recoupements à travers le temps et l’espace. La double activité d’A. B. explique peut-être une telle confusion des genres. Encore faut-il élaborer une typologie pertinente des événements, en dehors de la terminologie astrologique dans la mesure où nous renoncerions à ce que chaque événement corresponde à une configuration astrale qui lui serait chronologiquement spécifique selon la règle implicite « un événement égale un aspect », pour une approche englobante: au sein d’une phase, se produisent divers événements de même caractère, selon la règle: « une configuration céleste égale un climat événementiel ». Il est peut être temps que l’astrologie mondiale renonce à vouloir accrocher à chaque événement un aspect spécifique, différent du suivant et du précédent, et à chaque aspect spécifique un événement. Le type même de faux problème en astrologie mondiale n’est-il pas celui de la localisation d’une prévision? En principe, une phase donnée se manifeste partout où il y a des sociétés humaines, si l’on admet que la sensibilité aux astres est universelle. S’il est un fait que le processus peut apparaître plus fortement en tel endroit qu’en tel autre, il n’en reste pas moins que ses expressions sont à rechercher en tout lieu, sous une forme ou sous une autre, quitte à tenter d’expliquer ce qui a conféré plus ou moins de résonance au dit processus ici qu’ailleurs. Quant à la solution qui consiste à assigner tel astre ou tel signe à tel pays - chorographie, selon l’expression technique en vigueur- elle nous paraît singulièrement vaine car il conviendrait, pour le moins, de classer déjà les pays selon une typologie et non de constituer leur totémisation individuelle; or, d’une certaine façon, les recherches d’A. B. pourraient être qualifiées de projet de renouvellement chorographique, consistant en gros à remplacer un référentiel zodiacal (sur la base d’un certain découpage tropicaliste ou sidéraliste) par un référentiel planétaire (mono ou poly-planétaire).

Le philosophe anglais des sciences, Francis Bacon (1561-1626), opposait, sous le règne d’Elisabeth, l’araignée et la fourmi, la première tisse sa toile à partir d’une sécrétion de son propre corps, la seconde, au contraire, ramasse, recueille ici et là. L’astrologue nous ferait souvent plutôt penser à une araignée, ce serait un Spiderman qui chercherait à tout prix à caser sa marchandise, c’est à dire sa vision du monde, faite d’une multitude de cycles se croisant, se superposant – ce que Luc Bigé, lors des Quatrièmes journées de l’astrologie, organisées par la Librairie Astres, appelle, une courbe granulaire, ce qui casse la courbe sinusoïdale. Plus le monde est perçu comme chaotique, fait de constants revirements, et plus la toile d’araignée astrologique s’avère convenir. C’est pourquoi il semble désormais préférable, pour la recherche astrologique, de commencer par regarder le monde sans lunettes astrologiques, quitte ensuite à évacuer une partie de l’attirail d’aspects planétaires: faut-il préciser que le terme « aspect » a deux sens: il renvoie d’une part aux planètes ainsi combinées (par exemple un aspect ou cycle par exemple Saturne-Uranus) et d’autre part au nombre de configurations entre les dites planètes (conjonction, sextile, carré, trigone etc entre, par exemple, Saturne et Uranus), ce qui conduit à une démultiplication d’une structure qui pourrait n’être, éventuellement, que binaire. L’idée d’associer un aspect planétaire à une religion – et le communisme en est/fut une d’une certaine façon – n’est pas nouvelle; ainsi, les aspects de Jupiter aux diverses planètes du système solaire alors connues, étaient encore à la Renaissance censés correspondre, chacun, à un culte particulier.

Autrement dit, il est urgent d’appauvrir le référentiel astrologique ne débouchant que sur un émiettement du réel. Contrairement à ce qu’écrit A. B. Les « répétitions célestes » – tous astres confondus et en prenant de surcroit en compte les aspects astrologiques traditionnels – ne doivent pasnécessairement correspondre à des « répétitions historiques » (Astres et Histoire, p. 262) . On ne peut, davantage, comme l’a fait A.B., à propos de la Russie, considérer un cycle comme une série de dates éloignées entre elles de quelques dizaines d’années du seul fait que ces dates ponctuelles relèvent d’un seul et même modèle astro-chronologique, en sacrifiant la notion de phase qui permettrait que l’on passât progressivement de l’une à l’autre, ce qui aboutit à une Histoire désarticulée et qui ne fait sens que pour une astrologie arachnéenne. Au vrai l’astrologie nous fait aussi penser, selon la fable de La Fontaine, à une cigale dont se moquerait la fourmi…

Le millénarisme en perspective

Dans le cas de PLC, l’enjeu est un peu différent: il s’agit de montrer que l’événement annoncé est non seulement « important » mais « définitif », c’est à dire irréversible à moyen terme, puisque la démarche de cet auteur offre une certaine linéarité, tant la périodicité cyclique est longue: or il semble bien qu’une telle vision à sens unique de l’Histoire soit fort discutable en soi et ne puisse donc qu’être vouée, d’entrée de jeu, à l’échec.

Avec le recul, on est en droit de s’interroger – ce qui est quand même l’essentiel – sur la pertinence des modèles astronomiques à vocation cyclique – relevant d’un projet astro-historique- utilisés tant par PLC que par AB. Entre le tout sidéral de Le Cour, qui ne dispose que d’une quasi-fixité, avec la très lente précession des équinoxes, qui consiste à montrer que ce qui semble fixe ne l’est pas alors que précisément pour les Anciens, avant Hipparque, cette fixité était un postulat fondamental, d’où l’anachronisme du précessionnalisme et le tout planétaire – AB suscitera, dans le cadre du CIA(Centre International d’Astrologie), en octobre 1972, un opuscule La précession des équinoxes et l’astrologie, chez « son » éditeur (les Ed. Traditionnelles, successeur de Chacornac) qui fait fi de toute référence stellaire fixe – position tout aussi anachronique, car ne respectant pas la dualité du fixe et du mobile qui est au coeur de la pensée astrologique antique – nous pensons que nous avons affaire à des approches astronomico-historiques qui ne dépasseront guère le cadre du XXe siècle. (cf notre étude sur ce site consacrée à Newton et le précessionalisme). Ne sommes-nous pas entrés dans une ère post-2000 où ont été exorcisées bien des attentes? Car c’est bien, par delà la diversité des techniques, dans la perspective, dans le cadre de l’approche en filigrane – en « arrière-temps »- du troisième millénaire, qu’il faut situer les travaux qui ont fait l’objet de cette étude. Le XXIe siècle cherchera-t-il à réchauffer d’anciennes prophéties – y compris celle du communisme qui avait pris l’avènement du XXe siècle pour signe – aboutissement de bien des computations, relatives à la fin des temps ou bien s’orientera-t-il vers une cyclicité courte mieux intégrée dans la Cité et marquée par les valeurs non linéaires d’alternance et d’alternative? Il est temps, désormais, de renoncer, au linéarisme, à toute idée de finalité, d’illusion du définitif, qui ne peut que plomber la pensée astrologique.

Iconographie

J. N. Sepp, Das Leben Jesu Christi (enlarge) J. N. Sepp, Das Leben Jesu Christi (enlarge) J. N. Sepp, La vie de N. S. Jésus-Christ, 1861 (enlarge) J. N. Sepp, La vie de N. S. Jésus-Christ, 1861 (enlarge)
Le passage en allemand, comme le note C. Lazarides, parle, pour 1830-1840 du début de l’ère des Poissons (en allemand, Fische) /… …/ tandis que la traduction française parle, au même endroit de celle du Verseau! Le traducteur, Charles Sainte-Foi, semble avoir en effet souhaiter rapprocher la chronologie précessionnelle de Sepp de celle dont il avait eu connaissance, probablement par la lecture de Dupuis ou de Volney. C’est à partir de ce passage remanié que Robert Amadou, en 1980, /… …/ dans les Cahiers Astrologiques fait, à tort, suivant en cela l’abbé Lacuria, un « précurseur de l’ère du verseau ». Il existait alors non pas une mais plusieurs écoles précessionnelles qui ne proposaient pas le même calendrier.

 

Edward Carpenter, Edward Carpenter, Edward Carpenter,
Dans la nouvelle revue, Astrosophie, au printemps 1929, près de Tunis, paraissait la traduction française d’un passage de l’ouvrage d’E. Carpenter, Pagan and Christian Creeds. Cette traduction partielle sera signalée par P. Le Cour, dans sa revue Atlantis. Le schéma qui y figure montre l’intersection de l’axe équinoxial avec la constellation du Bélier, à mi chemin entre celle /… …/ du Taureau et celle des Poissons, formant comme une sorte de croix du fait du croisement avec l’écliptique. Le directeur de cette revue, le Dr F. Rolt-Wheeler, était né à Londres en 1876.(cf Herbais de Thun, Encyclopédie du Mouvement Astrologique de langue française, Bruxelles, avril 1944, ouvrage paru alors que la Belgique n’était pas encore libérée). On peut dire /… …/ que Le Cour a implanté en France un schéma qui circulait largement dans la littérature astro- théosophique anglo-saxonne du début du XXe siècle, laquelle avait ses entrées en France, tant il est vrai que la renaissance de l’astrologie populaire, sinon scientifique, en France, à cette époque, doit beaucoup aux traductions des manuels d’Alan Léo.

 

Portrait Paul Paul
Le Cour a une soixantaine d’années quand il commence à publier sur l’Ere du Verseau et son Ere du Verseau.. Bien plus que celui qui annonce les temps nouveaux, Le Cour est celui qui les identifie et les qualifie en en reconnaissant la manifestation sous ses yeux. En ce sens, Le Cour serait plus un exégète de la littérature aquarienne que le prophète d’une nouvelle ère puisque celle-ci se présente. Autrement dit, Le Cour se refuse à repousser davantage le moment où l’humanité entrera dans une nouvelle Ere. Cet ouvrage publié par la revue Atlantis, connaîtra de nombreuses rééditions, remaniées, tant du vivant de Le Cour (1942, 1949) que par la suite, par les soins de Jacques d’Arés, qui en changera le sous-titre. L’ouvrage sort dans le contexte particulier des années qui précédent la Seconde Guerre Mondiale et la découverte par les astronomes puis par les astrologues de la planète très vite baptisée Pluton. Le choix du titre est heureux car nous avons là le cas d’un livre portant le nom des temps qu’il annonce. Cet ouvrage de Paul Le Cour paru sous l’Occupation, à Bordeaux, complète l’Eredu Verseau. Il comporte la vignette de Neptune/Poséidon, en accord avec l’image de la revue Atlantis. Bien que cette revue ait cessé de paraître alors, il existe bien une Collection « Atlantis », comme on peut le voir sur la page de titre. Il est vrai que son contenu est assez bien dans la ligne allemande.

 

André Barbault, Défense et Illustration de l’astrologie (enlarge) André Barbault, Défense et Illustration de l’astrologie (enlarge) Les Chiffres de contrôle du Développement (...) pour 1959-1965 (enlarge) Rapport au XXIe Congres extraordinaire du P.C.U.S. (enlarge)
En 1955, donc au lendemain de la parution de son article dans l’Yonne Républicaine,André Barbault, élu depuis peu au poste de Vice-président du CIA, présente dans cetteDéfense et Illustration un tableau chronologique comportant les trois dernières échéances: 1917- 1953/953 et 1989, année suivie d’un point d’interrogation… Cette collection était dirigée /… …/ chez Grasset qui avait publié Maurice Privat avant la Guerre, par Raymond Abellio. Cet ouvrage connaîtra une fortune particulière, notamment dans l’Avenir du Monde (1993), au lendemain de la chute du Mur de Berlin car il comporte un tableau qui avait été plutôt négligé dans les trois premiers ouvrages de Barbault voués spécifiquement à l’astrologie mondiale. Les Chiffres de contrôle du Développement (…) pour 1959-1965.., ont dû constitué selon nous l’arrière – plan des prévisions de /… …/ l’André Barbault de l’époque, annonçant que l’URSS allait prochainement rejoindre les USA, au niveau de la richesse économique nationale.

 

André Barbault, La crise mondiale de 1965 (enlarge) André Barbault, Les Astres et l’Histoire (enlarge) André Barbault, L’Astrologie Mondiale (enlarge) André Barbault, L’Avenir du Monde selon l’astrologie (enlarge)
Dans les trois premiers ouvrages,La crise mondiale de 1965,  Les Astres et l’Histoire, L’Astrologie Mondiale, parus respectivement en 1964, 1967 et 1979 (réédition 1982), André Barbault ne revient guère sur son pronostic « russe » pour 1989. /… …/ Il a d’autres sujets de préoccupation: la rivalité soviéto-américaine, la concentration planétaire des Années Quatre-vingt qui se rapproche. D’où le sous-titre de L’Astrologie Mondiale. Le grand déséquilibre planétaire de 1982-1983. » Il faudra en fait attendre /… …/ le début des événements en Europe Orientale pour ressortir les travaux des années Cinquante. Sur la couverture de l’ouvrage de 1967, paru chez Pauvert, le graphique correspond à l’indice de concentration planétaire de Gouchon (1946-1948), repris par Barbault, vingt ans plus tard. /… …/ Le dernier ouvrage, L’Avenir du Monde selon l’astrologie, paraît, en 1993, après son « succès » prévisionnel de 1989 et est un clin d’oeil, par son titre, à son frère Armand, qui avait publié avant guerre dans un périodique alsacien intitulé L’Avenir du Monde.

 

Jacques Reverchon, Valeur des jugements et pronostics astrologiques, 1971, click to enlarge Aquarius ou la Nouvelle Ere du Verseau, 1979, click to enlarge
La brochure de Reverchon, « Valeur des jugements et pronostics astrologiques » (Value of the astrological judgements and forecasts), parue au tout début des années Soixante-dix (et rééditée par le CURA, Mars 2003) , sous une forme bilingue (français/anglais) fait essentiellement le bilan, à l’époque, du travail en astrologie mondiale d’André Barbault. Actes du Colloque du Congrès de 1977, organisé par le M.A.U. (Mouvement Astrologique Universitaire), la revue l’Autre Monde (Dir. Roger Faloci) et la Nouvelle Acropole (Dir. Fernand Schwarz, d’origine argentine). L’ouvrage paraît en 1979 et comporte des contributions de tout le « gratin » astrologique de l’époque. Cet ouvrage révèle une certaine carence concernant la genèse de la question des ères.

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Bibliographie des études sur le prophétisme européen

Posté par nofim le 22 janvier 2014

Bibliographie des Études sur le Prophétisme Européen
par Jacques Halbronn, Docteur es Lettres

N. Éd. : La B.E.P.E. (Bibliographie des Études sur le Prophétisme Européen) est celle de la thèse d’État, « Le texte prophétique en France », soutenue par l’auteur en 1999 à l’université Paris X – Nanterre. Un aperçu de cette thèse figure à l’adresse http://cura.free.fr/quinq/05halbr.html

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[Texte rédigé à l'occasion de la publication du Répertoire Chronologique Nostradamique de R. Benazra (1990)]

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