La notion de maisonnée : l’homme et son environnement domestique.

Posté par nofim le 1 juillet 2016

 

La notion de maisonnée : l’homme et son environnement domestique.

 

par  Jacques Halbronn

 

Le soleil fait-il partie du « systéme solaire »? On serait tenté de répondre par l’affirmative . Cela dit, tout ce qui gravite autour du soleil et par le soleil  constitue un ensemble  certes   »solaire » – parce que marqué par  une seule et même forme de gravitation  et cependant  d’un tout autre ordre que ne l’est cette étoile.

Si l’on applique une telle analyse à la société « humaine », l’on dira que tout ce qui gravite autour de l’Homme  constitue sa « maisonnée »

(comme on dit une bouchée, une cuillérée, une poignée, autant de contenants susceptibles de recevoir une certaine quantité de produit).

La question qui se pose à l’anthropologue est celle de la femme. Celle-ci doit elle être située au centre du systéme, aux côtés de l’Homme ou bien, au contraire, conviendrait-il mieux de la placer au sein de cette maisonnée dont il vient d’être question?

Notons qu’une telle interrogation vaut par exemple pour les esclaves, les étrangers et les Dix Commandements ne nous rappellent-ils pas qu’il ne faut pas convoiter ‘la femme de ton prochain »?

Dernier de la série:

10-Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient.

 

La « maison », c’est bien ce que nous appelons ici la maisonnée.

Le commandement sur le respect du Shabbat est construit de la même façon si ce n’est que la femme n’y est pas citée dans la list de la « maisonnée », ce qui semble correspondre à une omission.

Par ailleurs, la vision d’Ezéchiel mentionne l’homme aux côtés du bœuf, du lion et de l’aigle, au sein du tétramorphe.  Comment l’homme pourrait-il figurer aux cotés de ces « bêtes »? Il convient donc de comprendre ici plutôt un humain n’ayant pas le plein statut d’homme, un « domestique », soit littéralement un membre de la maisonnée.

Les anthropologues (cf Descola etc) ont noté que l’homme tendait à traiter  tout   ce qui l’entourait  sans distinguer ce qui était humain et ce qui ne l’était pas. On peut parler d’animisme.  Dans un monde où les humains étaient relativement peu nombreux, la place accordée à ce qui n’était pas du même ordre était  considérable.

Nous avons été frappés par un passage de l’Exode où il est écrit que Moïse s’adresse au peuple et vice versa. Etrangement, c’est Dieu qui parle de « mon peuple » plutôt que  Moïse:

« Alors maintenant, je t’envoie vers le roi d’Égypte. Va et fais sortir de son pays les Israélites, mon peuple. »

On a donc l’impression que Moïse n’appartient pas vraiment à ce peuple (cf les idées de Freud à ce sujet, dans Moïse et le Monothéisme) mais qu’il est chargé de le conduire, de le guider.

Comment expliquer un tel décalage?

Que l’on songe au sort d’un certain nombre de royautés,  tant en Europe qu’au Moyen Orient.  Dans de nombreux cas, des princes étrangers au pays ont été chargés d’occuper la fonction royale, comme en Belgique ou en Jordanie. Tout se passe comme si les princes appartenaient à un « corps », une « caste »  dont les membres pouvaient être envoyés en mission. Deux mondes bien distinctes mais voués à être reliés

: telle est la nature de l’alliance entre un peuple et « son » souverain, sans que cela signifie pour autant que le souverain appartienne stricto sensu au peuple considéré? On pense de nos jour aux « énarques » que l’on retrouve un peu partout en haut des hiérarchies les plus diverses.

Ainsi, le chef n’a nullement à émaner de la communauté qu’il est amené à diriger. On pense à un Mazarin, un Italien voué aux plus hautes fonctions au début du régne de Louis XIV.

De même une femme enceinte  n’a-t-elle pas le même sang que le père de ses enfants.  Mais c’est cet homme qui aura enclenché le processus, le  compte à rebours de l’enfantement.

On voit que la nature des relations entre  l’homme – ici le mâle- et la maisonnée dont il a la charge, la garde mérite quelque réflexion et l’on sait à quel point l’usage du pronom possessif peut être source de confusion.  Mon bras, ce n’est pas la même chose que mon crayon. Et qui est le sujet auquel renvoie  ce « mon »?  Quand je dis « mon crayon »,  est-ce à dire que ce crayon est de même nature que moi?

Quand Dieu (au chapitre II de la Genése) propose à l’homme de s’adjoindre une « femme » (Isha),  celle-ci ne s’inscrit-elle pas ipso facto dans sa « maisonnée ».

Il ne s’agit pas ici de se demander, comme le fit dans le temps, si la femme a une « âme » mais  d’éviter les amalgames. Rappelons que le fait même de parler de relation, de rencontre  signifie qu’il y a  eu séparation, différence. Tel est d’ailleurs tout l’enjeu des rapprochements.

En conclusion, nous invitons notre lecteur et notre lectrice à s ‘interroger sur la nature de cette proximité -qui est peut être une promiscuité- entre les hommes et les femmes, quelles en sont les limites.  Il  vaut notamment la peine de s’interroger sur les modalités des fréquentations entre les deux sexes.  Quel modus vivendi peut s’instaurer? A l’évidence, la femme aura réussi à sortir du rang et en quelque sorte s’est détachée de cette maisonnée, à la façon dont une employée parvient à épouser le « patron ». Mais un tel basculement ne serait-il point cause de déséquilibre, ne fausserait-il pas la perception de la situation?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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jacques Halbronn Repenser les notions d’ objectivité et de subjectivité au prisme du masculin et du féminin

Posté par nofim le 1 juillet 2016

Repenser les notions d’objectivité  et de subjectivité au prisme du masculin et du féminin

par  Jacques  Halbronn

 

Il n’est pas si aisé qu’on veut bien le dire ou le croire d’appréhender le bon usage de ces termes.  Or, il nous semble que cette impuissance conduit à ne pas se rendre compte de ce qui distingue les hommes et les femmes.  Il y a là un obstacle épistémologique dont on n’a probablement su apprécier toute l’importance.

Nous entendrons par subjectivité  un comportement  qui ne tient pas compte des données extérieures observables  mais uniquement d’un ressenti intérieur.

D’aucuns nous objecteront que ce ressenti intérieur sera nécessairement influencé par ce qui se passe autour de soi.  Ce serait là aller un peu  vite en besogne.

Au regard de la cyclicité, l’on peut en effet  dire que certains « êtres » sont influencés par des phénoménes cosmiques qui jouent sur leurs « humeurs » (mood en anglais).

Il y a là quelque paradoxe dans la mesure où le cosmos est par excellence quelques chose d’extérieur!

Certes, mais ce n’est pas une extériorité  « terrestre »., cela correspond à un déterminisme  qui ne doit rien  à ce qui survient sur terre mais à l’inverse qui est susceptible d’agir sur ce qui s’y passe.

Nous appellerons donc  « subjectif »  un comportement qui n’est pas stricto sensu lié à ce qui peut s’observer autour de soi.

Si un être est lié à un cyclé céleste- à la Lune par exemple- ce sont les changements qui se produiront en lui  qui seront déterminants et non ce qui se passe autour de lui, si ce n’est que si un grand nombre d’êtres vivent la même expérience,  cela peut

générer un effet boule de neige. En tout état de cause, le ressenti subjectif deviendra objectif pour autrui. Et  face à un tel comportement,  autrui sera conduit à penser qu’il est responsable, peu ou prou, d’un tel changement.

Or, comme celui qui subit cette cyclicité ne l’identifie pas comme tel, il sera en effet tenté de mettre sa problématique intérieure sur son entourage.

On en arrive ainsi paradoxalement à ce que  celui qui n’a pas la clef de son propre comportement  projettera les causes  de son « évolution » sur autrui, avec lequel il est en interaction.

Par ailleurs, par delà  la question cyclique, certains tropismes peuvent ausis être liés à un déterminisme atavique, lui aussi, autonome par rapport aux situations actuelles; Là encore, certains problémes rencontrés existentiellement par la personne seront mis sur le compte de l’éducation, de l’attitude d’autrui à son égard.

Appliquons ce schéma à la condition féminine.  On connait le discours « féministe » selon lequel la Société serait responsable du « plafond de verre » qui empêcherait les femmes d’atteindre l’excellence à laquelle les hommes auraient accés

dans leurs diverses activités, intellectuelle, artistique, politique etc.  Il y a là un refus manifeste- et assez général- de reconnaitre le poids de certains déterminismes qui ne doivent rien au conditionnement social.

Inversement,  nous dirons que les hommes sont plus dans l’objectivité que dans la subjectivité.

Ils sont bien plus marqués par l’observation du réel  extérieur que  les femmes, ce qui leur confére un avantage  crucial  sur le plan « scientifique » et dans le rapport  à la matière. . Ces dernières ne le perçoivent qu’au travers de qui en est dit.  D’où l’hyper importance du langage  pour les femmes, le langage étant l’interface entre le monde des hommes et celui des femmes et se prétant à toutes sortes de sophismes.  Les femmes, en ce sens, vivraient davantage dans un monde « spirituel ».

Ajoutons que le déterminisme féminin conduit à un puissant grégarisme qui leur fait rechercher une communion, facilitée par la synchronicité des ressentis alors que les hommes s’affirment davantage sur le plan individuel, du fait de la diversité des regards (cf la parabole des aveugles et de l’éléphant). Paradoxalement,  l’objectivité masculline conduit à une forte différenciation entre les hommes alors que la subjectivité féminine conduit à  une puissante convergence si bien que nous avons pu dire que les hommes correspondent à la conjugaison au singulier(je,  tu etc)  et les femmes à la conjugaison au pluriel (nous, vous etc)

 

Conclusion

La vie sociale des deux sexes tend à se focaliser sur des réunions unisexe, les réunions mixtes tendant à devenir, de plus en plus, l’exception. Les femmes entre elles, ont en commun les mêmes déterminismes et les mêmes cycles et peuvent donc penser que le monde correspond à leur ressenti. Quant aux hommes, ils se mettent assez vite d’accord entre eux sur un certain nombre de « faits » d’observation et parviennent donc ainsi à s’entendre. C’est donc le mélange de ces deux types de ressentis qui sera source de tensions du fait d’un milieu par trop hétérogéne. Ces différences sont autrement plus importantes que d’autres que l’on monte en épingle, notamment dans le domaine de l’immigration.  pour nous, les femmes appartiennent à ce que nous avons appelé, ailleurs, la « maisonnée » (cf  Philipppe Descola, La composition des mondes.  Entretiens avec P. Charbonnier, Paris, Flammarion, 2014, qui cite  (p. 201) « Domestication des animaux, culture des plantes et traitement d’autrui.  Revue L’Homme, vol 2, n°1, 1962, pp. 40-50). Les femmes appartiennent à la maisonnée avec bien d’autres éléments alors que l’homme en est le centre sans y appartenir à la façon dont le soleil est au centre du systéme solaire et n’y appartient pas vraiment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB

 

01 07 16

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jacques Halbronn Le leader est celui qui instaure de nouvelle régles pour un peuple

Posté par nofim le 29 juin 2016

Le leader est celui qui instaure de nouvelles régles pour un  peuple

par  Jacques  Halbronn

 

On a tendance à croire qu’un peuple  existe par les lois qu’il a acceptées. Cela signifierait -il  que sans ces lois, il n »existerait point?

Dans le cas des Juifs, leur existence dépend -elle des « commandements » qui lui ont été octroyés par Moïse? Qu’adeviendrait-il de ce peuple s’il devait en changer?

Prenons le cas de la France, nous en sommes à la « cinquiéme République », chaque république étant fondée sur une nouvelle constititution. Est-ce que la France est liée de façon irrévresible à une certaine « constitution »? Que nenni! Et la France n’aura pas attendu  la Révolution « Française » pour exister, laquelle produisit sa « première République »!

Il existerait donc  des entités bien avant que celles-ci n’adoptent tel ou tel ensemble de lois. Dans le cas des Hébreux, il est clair que ce peuple existait avant de recevoir les « tables de la Loi », sur le Mont Sinaï , au lendemain de la Sortie d’Egypte.

D’aucuns voudraient nous faire croire que lois et entités ne sont qu’une seule et même chose., ce qui permet de relativiser l’existence de telle ou telle entité. On entendra  des discours selon lesquels les femmes ne seraient que le résultat de quelque convention, de quelque « loi » appliquée à telle ou telle époque!

En réalité, ces diverses entités peuvent parfaitement  adopter au cours de leur Histoire  des lois successives. C’est ainsi que le sionisme aura permis au peuple juif  de renouveler les bases de son consensus, de ne plus, en principe, dépendre des lois bibliques mais l’on sait que d’aucuns ont continué à affirmer que sans le respect de ces anciennes lois, le peuplle juif ne pourrait survivre!  D’où la situation assez confuse qui régne en Israel  du fait de plusieurs représentations du mode de vie à suivre.  En fait,  il n’est pas de « régles du jeu » qui aient vocation à perdurer indéfiniment et il est important que tout peuple en ait conscience.

Qui lui fournit ses codes?  Des chefs, qui n’appartiennent pas au « peuple », qui ont vocation à le façonner et à le refaçonner. C’est ainsi que le général De Gaullle, par l’instauration en 1958 d’une nouvelle constitution  aura permis au peuple français d’échapper à une certaine sclérose, en rompant avec les pratiques de la IVe République, datant de 1946. Martin Luther aura ainsi, à sa façon, permis au « peuple »  chrétien de se renouveler, même s’il n’a pas été suivi par l’ensemble du dit peuple. La création de l’Union Européenne, à partir du traité de Rome (1957) correspondit aussi à une volonté d’introduire  un nouveau modus  vivendi.

Dans tous les domaines, il y a ainsi des chefs qui parviennent à imposer de nouvelles pratiques pour un « peuple » donné, et par peuple, il faut entendre ici toute communauté,  qu’il s’agisse d’un parti politique, d’une certaine religion.   La question qui se pose est évidemment  celle du moment où un  nouveau changement pourra avoir lieu pour tel ou tel peuple.

Un  « vrai » leader se caractériserait donc  par son aptitude à instaurer un nouvel « ordre » des choses chez un certain « peuple »- et on aura compris que l’on est là en face d’une dialectique entre le singulier et le pluriel, la formule « chef de l’Etat » n’est pas mauvaise car le leader est la « tête » de l’entité dont il a la charge, la mission, de conduire vers un nouvel horizon.

Dans notre expérience personnelle, nous avons pu jouer ce rôle à l’échelle de la communauté astrologique française, une entité qui bien évidemment préexistait à notre entreprise, en réussissent à instaurer de nouvelles pratiques, non pas  dans le domaine des outils dont se servent les astrologues mais dans le lancement, à partir du milieu des années 70 (74-75 etc) de la tenue de congrès rassemblant à intervalles réguliers toute une partie de la dite communauté. En 2016,  plus de 40 ans plus tard, de telles pratiques sont toujours à l’œuvre et chaque année on assiste à la tenue de plusieurs « congrès » (quel que soit le nom qu’on puisse donner à de telles rencontres)

Le probléme épistémologique qui se pose est celui de la formation de ces diverses entités  que nous appellerons « peuples », vouées à adopter certaines pratiques durant un certain temps. Nous avons insisté sur le fait que ces entités préexistaient à tout mode d’organisation et qu’elles pouvaient également y survivre.  Les peuples ne seraient donc pas réductibles aux pratiques en vigueur, et probablement pas à l’utilisation de telle ou telle langue. On en revient aux mythes des origines. D’où sortent donc ces entités, ces « peuples » en quéte d’unité mais aussi ouverts à un renouvellement de temps à autre à l’instigation d’un leader? Quid de la « naissance » du peuple  hébreu? On nous parle d’une « alliance » entre Dieu et Abraham promis à une grande descendance….C’est un  peu léger comme explication! On ne peut que constater que tel « peuple »  existe depuis un certain temps et qu’il aura  souvent connu des « régimes » successifs tout en poursuivant son existence, bon an mal an. Chacune de ces entités – et  il  en est  légions- offre  une certaine visibilité historique et est le fait d’une certaine créativité impliquant de nouveaux agencements, des alliances inédites.

 

A la limite peu  importent les régles adoptées par tel peuple à tel moment, l’important étant d’une part qu’il y ait des régles mais aussi que ces régles puisssent changer,  ce qui semble assez paradoxal!   Il est clair que le peuple qui s’enferme dans ses régles  tend à s’automatiser à la longue; Un des avantages de la nouveauté, c’est que le peuple peut ainsi s’ouvrir à de nouveaux venus, faute de quoi,  il se sclérose, se replie sur lui-même.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JHB

29 06 16

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Jacques Halbronn Contribution à l’histoire des « maisons astrologiques »

Posté par nofim le 1 juin 2016

Retour aux sources du dispositif des maisons astrologiques

par  Jacques Halbronn

Peut -on être un bon chercheur en astrologie sans une certaine compétence historienne, permettant de remonter dans le temps et de restituer la genése des systémes? Pour cela, il ne suffit pas de lire les ouvrages du passé mais aussi d’en avoir une approche critique ce qui manque cruellement à la plupart de ceux qui s’y sont essayés, au cours des 50 dernières annéee, en se colletant notamment avec l’étude de la Tétrabible de Ptolémée.

 

Il n’est pas nécessaire de découvrir de nouveaux documents pour faire avancer la recherche historique. Dans bien des cas, les documents disponibles n’auront pas été  pleinement exploités. Notre  relecture de la Tétrabible (ou plutôt u Tribiblos, cf notre récente étude sur ce même site NofimLe tribiblos de Claude Ptolémée ». Le dernier livre divisé en deux. ») aura montré que l’astrologie dite généthliaque  avait initialement comporté deux volets, le thème de naissance mais aussi et d’abord le thème de conception.  Le premier s’intéressait au cours de la vie au sortir de l’enfance et l’autre se focalisait sur le seul temps de l’enfantement et de l’enfance. Or, tout montre que la pratique actuelle du « thème astral »  combine ces deux problématiques autrefois séparées et qui le sont clairement  chez Ptolémée, même si cela a échappé à des astrologues qui s’y sont intéressés comme Denis Labouré, André Barbault, Elizabeth Teissier oi Yves Lenoble au cours des 30 dernières années. qiui n’ont lu la Tétrabible qu’au prisme de leur pratique courante, risquant ainsi l’anachronisme.

Il faut rappeler qu’au départ le systéme des maisons  ne comportait pas le contenu que l’on connaitra par la suite. A aucun moment Ptolémée ne  désigne les maisons sur la base de la distribution des significations  qui s’imposeront par la suite et qui a donné d’ailleurs une iconographie largement oubliée, elle aussi – décidément,  laquelle  recoupe peu ou prou certaines arcanes du Tarot comme la Mort pour la maison VIII  (cf nos Recherches sur l’Histoire de l’Astrologie et du Tarot, parues avec le reprint de l’Astrologie du  Livre de Toth, Paris Trédaniel 1993 et  en 2015 notre étude dans la Revue Française d’Histoire du Livre, consacrée aux Livres d’Heures)

Louis Cruchet propose l’historique suivant , reprenant d’ailleurs en partie nos propres travaux sur  maisosns astrologiques et  arcanes majeures du Tarot::

 

 

L’Anthropo-Bio-Cosmologie : l’ABC des relations
Anthropologiques entre la Biologie humaine et le Cosmos

 

Significations des maisons astrologiques et significations des planètes
La signification des maisons astrologiques soulève quelques questions. Actuellement, elle n’est guère en rapport à leurs positions relatives sur la sphère locale, car, par exemple, la maison VIII, en relation à la mort, se situe au-dessus de l’horizon alors que sa signification devrait la situer en-dessous. L’histoire nous apprend que la signification des maisons fut assez tardive et qu’elle s’est précisée par affinité avec les planètes. Nous verrons que les différentes traditions relatives à ces affinités ne sont pas toutes contradictoires. Mieux, il semble se dégager de l’histoire des maisons associées aux planètes une cohérence attribuable au système des triplicités des maisons. Nous verrons que les études statistiques peuvent aussi contribuer à l’association des planètes aux maisons et nous introduirons les résultats de nos propres statistiques.
Les maisons dans l’histoire astrologique
Les significations des maisons ont eu de grandes difficultés à s’imposer et à s’harmoniser au cours de l’Antiquité grecque. Claude Ptolémée n’en parle pas dans sa Tétrabible, au IIe siècle de notre ère, mais les témoignages de Marcus Manulius (Manulius, pp.71-75, 2008), au début de notre ère, et ceux de Firmicus Maternus (Maternus, p.109-113, 2002) au IVe siècle, sont intéressants. Les auteurs ne donnaient pas les mêmes significations aux maisons, parce qu’ils possédaient des sources différentes et les aggloméraient de façon inégale, mais Manilius les faisait correspondre aux dieux qui, pour certains, avaient leurs équivalents planétaires.
Les maisons ou « lieux » dans l’Antiquité

 

Manilius
Maternus
maisons
lieu de
signification
dieu/planète
lieu de
signification
(faste ou néfaste)
I
naissance
destinée
Mercure
vie
II
Typhée
argent
Porte d’En-Bas
III
mort
Déesse
Lune
frères
Déesse
IV
père, enfant
Génie
Saturne
parents
V
santé, maladie
Génie
fils
Bonne Fortune
VI
du travail
santé
Mauvaise Fortune
VII
mort (Pluton)
épouse
VIII
Typhée
mort
Porte d’En-Bas
IX
(la Fortune)
Dieu
Soleil
Dieu
X
mariage
Vénus
XI
Fortune
Jupiter
Bon Démon
XII
du travail
Mauvais Démon

 

Les premières significations des maisons étaient soucieuses d’une certaine cohérence relative au mouvement diurne. En témoignent ces deux auteurs qui placent la mort, la Lune ou « Déesse », la Porte d’En-Bas et les « Daimons » (Génies) en-dessous l’horizon, plus précisément entre la maison II et la V, et la Fortune, le Soleil ou « Dieu » et le bon Démon en-dessous de l’horizon, entre la maison IX et la XI. Pluton et la mort sont justifiés par Manulius dans la maison VII parce que le couchant est le lieu des morts (chez Maternus, la mort de la maison VIII semble être une répétition de la « Porte d’En-Bas » de la maison II).
Les dieux/planètes de Manilius seront, en Occident, les planètes correspondant aux mêmes maisons de l’astrologue romain (excepté Vénus en X), sans que nous sachions si l’auteur fut la source du Moyen Âge tardif que nous allons examiner maintenant. »

En fait, Cruchet  s’en tient à des données bien connues dont  il présente un tableaiu synthétique/ Or, ,notre approche   va nettement plus loin en mettant ces données en perspective, diachroniquement.

Cela fait déjà longtemps que nous avions été interpellés par le fait que dans la Tétrabible, si l’on ne désignait point en effet,  les maisons  selon leurs appellations  « classiques », celles que rappelle Cruchet dans l ‘avant dernière colonne de son tableau, en revanche, ses chapitres successifs recouvraient parfaitement les dites attributions.  Comment expliquer une telle étrangeté?

Nous proposerons l’explication suivante : l’ancien dispositif  des significations des maisons (cf dernière colonne du tableau de Cruchet) aura été remplacé par  la colonne précédente en s’inspirant du protocole exposé dans la Tétrabible en ses Livres III et  IV lequel exposé successivement ce qui est relatif au thème de conception -donc dressé pour le moment de la conception – et au thème de naissance., ce qui aura finalement conduit à placer sur un seul et même thème, celui de naissance, les domaines censés  être dévolus respectivememt  à chacun des deux thèmes.

Cela conduit en fait  à un changement epistémologique   majeur. Alors que l’astrologue était censé prévoir ce qui se passerait à la naissance à partir de l’étude du thème de conception, il allait désormais décrire ce que l’on savait déjà concernant un être déjà présent!  Au lieu de prévoir, il se contenterait dès lors du moins pour ce qui est des premières maisons d’expliquer après coup, ce qui conduisait l’astrologie à renoncer à s’occuper de façon spécifique de prévoir les conditions liées à la naissance, par avance! On sait qu’une telle tendance aura fini par se répandre de préférer l’a posteriori à l’a priori avec le renoncement à l a  vraie prévision de ce qui n’est pas encore advenu, chez bien des astrologues modernes.

Voilà donc un nouvel exemple d’une déperdition voire d’une perversion du savoir astrologiique ancien  et qui n’a d’égal que l’abandon des étoiles fixes, lequel déséquilibre totalement la pratique astrologique notamment  en mondiale alors que la Tétrabible en traite. On voit à quel point il est vain de tenter de nous présenter l’astrologie actuelle  comme un aboutissement alors qu’elle nous apparait comme  bien corrompue au regard de ses états antérieurs.

Nous allons ci-dessous développer notre démonstation en reprenant les têtes de chapitres du Livre III  (dans l’édition de Nicolas Bourdin, L’Uranie, Paris, 1640, reprise en 1974 dans la Collection Bibliotheca Hermetica dirigée par René Alleau, pp. 122 et seq):

On  sautera le préambule qui introduit  et le Livre III  et le Livre IV qui ne font qu’un:

I Prologue

2 De la conception et de la naissance

3  Du degré de l’horoscope

4 Division de la doctrine des nativités

 

Volet  Conception

 

5 Des parents

6  Des frères et soeurs

7 Des mâles et des femelles

8 Des jumeaux

9 Des monstres

10  De ceux qui ne se peuvent nourrir

11  de la durée de  vie

12 De la forme et tempérament du corps

13 Des vices et des maladies du corps

14 Des qualités de l’âme

15 Des maladies de l’âme

On reconnait  le champ sémantique correspondant aux maisons I à VI : santé, parents, frères et soeurs.

le chapitre sur la durée de vie est particulièrement dévelioppé dans la Tétrabible tout comme celui sur les qualités de l’âme:

DE la durée de vie:

Rappelons que cette astrologie « natale » couvre ce qui précéde et suit immédiatement l’accouchement lequel apparait comme  l’articulation centrale:

On nous rapppelle:  » Entre les choses qui se considérent après l’accouchement, la principale question est la durée de la vie. En effet, il serait ridicule de juger des moeurs et de actions d’un enfant qui ne doit pas arriver aux années auxquelles  ces actions conviennent. » Entendons par là que la science du thème de conception  doit ici prévaloir et conditionner le travail plus en aval de la science du thème de naissance.

Des qualités de l’âme

Ce chapitre s’explique à la lecture du prologue du Livre IV

« J’ai enseigné les choses qui se doivent considérer avant la naissance de l’enfant et celles qui arrivent dans le temps de cette même naissance comme aussi entre celles qui la suivent, celles qui sont seulement attachées au tempérament et qui ne regardent que le mélange des qualités. Maintenant je traiterai de celles qui viennent d’ailleurs, entre lesquelles je parlerai premièrement des richesses et des dignités car de la même sorte que les richesses ont rapport avec le corps, ainsi les dignités conviennent à l’excellence de l’âme » (p. 198)

 

Passons donc au découpage du Livre IV

1 Prologue

2  Des richesses

3 Des dignités

4 De l’action

5 Des mariages

6 Des enfants

7 Des amis et ennemis

8  Des voyages

9  Du genre de mort

10 De la division des temps

On note le lien entre maruages et enfants qui n’est pas respecté dans le découpage des maisons astrologiques puisque la maison V  y est celle des enfants et la maison VII, celle du mariage

« Vu que les enfants suivent le mariage, c’est ici le lieu où il convient d’en parler »

On voit donc que Ptolémée n’a nullement organisé  ses chapitres en s’alignant sur un dispositif des maisons astrologiques qui aurait préexisté et son agencement est mieux conçu que celui du dit dispositif encore en vigueur de nos jours et que tant d’astrologues considérent comme « sacrosaint ».

L’on retrouve en gros les rubriques qui serviront à qualifier les maisons VII à XII : les voyages, les amis et ennemis, la mort,  le mariage.  On notera que la mort est placée en dernier, le dernier chapitre « de la division des temps »  qu’il faudrait plutôt considérer comme la conclusion de  la Tétrabible

« J’ai traité de chacune des parties dont on s’enquiert touchant le corps, les moeurs et la fortune et ce sommairement comme j’avais arrêté  dès le commencement de cette oeuvre. (…) Il y faut maintenant  ajouter celle de la division des temps », c’est à dire du processus de « prédiction ». (p. 254)

Comme nous l’avions exposé dans de précédents textes, il est assez logique que la mort corresponde à la dernière maison, ce qui correspond dans le dispositif « ‘classique » à la maison VIII

(dont la représentation iconographique se retrouve dans le Tarot, cf nos Recherches sur l’histoire de l’astologie et du tarot, avec le Centiloguse de Ptolémée, Paris, Ed Trédaniel 1993). Ce qui renvoie au débat sur le nombre de maisons astrologiques – question récemment soulevée par Patrice Guinard, (autour de l’octotopos)  cf Colloque de 2011 enregistré sur teleprovidence) Dans le tableau repris du travail de Louis Cruchet, l’on note qu’il n’y a que 8  rubriques et non 12 et il est plus que probable que les nouvelles appellations n’étaient également qu’au nombre de 8. Ce n’est que plus tard que l’on en ajouta 4 en redistribuant certaines significations pour y parvenir comme ce sera le cas en ce qui concerne les nouvelles planétes.

 

 

Porte d’En-Bas
Déesse
Bonne Fortune
Mauvaise Fortune
Porte d’En-Bas
Dieu
Bon Démon
Mauvais Démon

 

Le retour aux sources conduit généralement à observer certaines corruptions de la cohérence initiale. Il serait bon notamment que l’on arrête de rechercher la question des enfants en maison V car il ne s’agit plus ici de ce qui concerne l’enfant en train de naitre mais bien des enfants qu’il aura par la suite et cela ne reléve plus du thème de conception ou de ses représentation aui sein du thème de naissance avec les maisons I  à VI.    Mais on soulignera ce qu’il y a d ‘absurde  à vouloir réunir en une seule figure ce qui initialement faisait l’objet de deux  figures, celle de la conception et celle de la naissance. Il serait bon au fond de constituer deux thèmes divisés chacun en 4 sections, soit les 4 angles du thème. et le nombre 8  prend pleinement son sens comme la somme de deux dispositifs à base 4 que l’on aura cru bon de réunir.

 

 

 

 

 

 

JHB

04. 06. 16

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Jacques Halbronn Le texte français précéde le texte allemand. Judenstaat. Etat Juif

Posté par nofim le 31 mai 2016

Le texte français précéde le texte allemand. Judenstaat. Etat Juif

par Jacques  Halbronn

Nous avions consacré une étude à la question des traductions du Judenstaat fr Herzl  ’ Le contrôle par l’auteur des traductions de l’allemand vers le français: de Marx à Herzl (1870-1897)’ sur le présent site / (cf aussi notre ouvrage Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe siècle. Ed Ramkat 2002° et nous avons souhaité reprendre l’étude à nouveaux frais.

Nous aborderons deux points :

I  Fantaisie et Combinaison

Au tout début de l’ouvrage, la version française comporte Fantaisie et Combinaison et la version allemande « Phantaise » et « Combination » mais cette fois entre guillemets. Il nous semble que l’on peut raisonnablement inférer que la traduction allemande même si elle est due à Herzl lui-même, se calque ici sur la mouture française,  du fait même qu’il s’agit de termes français.

On pourrait ajouter, entre autres,  le terme « Souverainität » dans la version allemande  même si le nombre d’emprunts de l’allemand au français est considérable. Mais souvent le traducteur est tenté de produire des formes dérivées du modèle.

 

II  La monnaie de  référence

Dans le texte allemand, les exemples donnés sont en francs. Ce qui montre au minimum que Herzl avait eu d’abord en vue un public français pour son texte. On trouve ainsi « 1 franc 50. »

 

 

II  Une solution moderne

Le titre allemand comporte en sous titre « Versuch einer modernen Lösung der Judenfrage » alors qu’en français l’on a

« Essai d’une solution de la Question Juive ».

Mais le probléme, c’est que dans le corps du texte allemand, c’est la version « Versuch einer Losung’ qui figure et non « Versuch einere modernen Lösung ».

Autrement dit, tout indique que l’édition allemande a ajouté  « modernen » au titre mais sans changer le corps du texte. Si la version allemande avait précédé la version française, on aurait dans le titre français, très vraisemblablement,  Essai d’une solution moderne de la question  juive.

 

Revenons, en conclusion, sur le titre français de l’ouvrage,  L’Etat Juif dont d’aucuns nous disent qu’il aurait fallut  que ce fut Etat des Juifs, pour rendre Judenstaat. Etrangement, ils ne proposent pas que l’on rende Judenfrage par « question des Juifs ».  Nous sommes très sceptiques sur la valeur d’un tel argument car   en allemand,  les noms deviennent en quelque sorte des adjectifs, comme en latin, quand ils sont placés devant un autre nom  En  tout état de cause, on l’aura compris,  le probléme ne saurait se poser ainsi puisque

le texte français est selon nous antérieur au texte allemand mêmes si l’édition allemande est parue après l’édition française, en feuilleton. A ce propos d’ailleurs, il ne semble pas que l’édition allemande ait connu un premier stade au sein d’une revue. On reste donc perplexe sur la date de parution allemande car  la forme feuilleton est souvent  à observer dans la genése d’un ouvrage. Il serait bon de s’assurer que la première édition allemande n’ait pas été antidatée pour appraittre antérieure  à l’édition française. Ce sont, on le sait, des choses qui arrivent (cf nos travaux sur les éditions des Centuries). Il conviendra de recenser les premiers échos de la parution allemande dans la presse.

 

 

 

 

 

 

JHB

31 05 16

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Jacques Halbronnn Le Tribiblos de Claude Ptolémée. Le dernier livre divisé en deux.

Posté par nofim le 31 mai 2016

Le tribiblos de Claude Ptolémée. Le dernier livre divisé en deux.

par  Jacques  Halbronn

 

En 2104 nous avions publié un texte sur le même sité, intitulé  « La réception en français de la Tétrabible au XVIIe siècle ». Nous avons pensé interessant de noter que la Tétrbible, ouvrage maintes fois commenté et notamment en France par des astrologues. Nous montererons que la  Tétrabible fut en réalité à l’origine une « Tribible » étant donné que le Livre III aura été  artificielleemnt coupé en deux, ce qui n’aura pas été sans conséquence sur le  fond dans la mesure où l’on aura évacué de la pensée astrologique la partie consacrée au thème de conception, laquelle constitue la première partie du Livre III et non sa totalité.

Le début du Livre IV aurait pourtant du mettre la puce à l’oreille:

« Nous venons de présenter les données susceptibles d’être considérées  avant la naissance ». Cela résume le précédent livre, le troisiéme.

Comment  les commentateurs et traducteurs du XXe siècle ont-ils résumé le dit Livre III dans leur chapeau introductif

Le Livre unique de l’astrologie  (Nil Ed. 2000)  rendu par Pascal Charvet (avec la collaboration scientifique de Robert Nadal, Yves Lenoble et Jean-Marie Kowalski) « :

« Thèmes de naissance individuels : prévisions concernant la naissance, la durée de la vie, le corps et le tempérament, les maladies et les caractéristiques de l’âme ».  Pas un mot sur le « thème de conception » qui est le cœur même du Livre III. D’où les rubriques toutes liées directement au milieu familial: les parents, les frères, les garçons et les filles, les jumeaux, les êtres difformes,  les enfants que l’on ne peut élever, la durée de la vie (en fait dans les premières années), la conformation du corps et du tempérament, les maux dans leur forme aigue et les pathologies chronique du coros, les caractéristiques de l’âme., les pathologies mentales,

 

En note, on peut lire ‘n° 192)  « A la différence de l’astrologie universelle, l’astrologie généthliaque bénéficie de la connaissance de la date de  naissance de l’individu ». Un tel commentaire vaut pour le livre IV mais non pour le Livre III.  Ce qu’on appelle « astrologie généthliaque » recouvre non seulement le thème de naissance mais aussi le thème de conception. Cette astrologie se diviserait donc en deux volets bien distincts, l’un axé sur le thème de conception(dee génération en quelque sorte)  et l’autre sur le thème de naissance.

Le fait que l’astrologie actuelle ignore le thème de conception conduit à un grave contre-sens dans la compréhension de la Tétrabible, d’où le probléme qu’il y a à demander à des astrologues de se pencher sur la Tétrabible, avec le risque évident d’anachronismes.

Pourtant,  le début du Livre III est sans équivoque : »  Le point de départ de  la connaissance de l’homme est par nature  le moment précis où la conception a lieu ». Certes on reconnait que l’on ne dispose pas toujours du moment de la conception mais c’est bien à cette étude et à elle seule qu’est consacré le dit Livre III « au cas où » cette information serait disonible. Si d’aventure, elle ne l’était pas, il conviendrait, nous semble-t-il, que l’on ne se servît point du dit Livre III qui y est consacré, ce qui tombe sous le sens et on l’a vu, le début du  Livre IV  est très explicite à ce propos. Signalons la traduction latine  du début du Livre IV  « ante nativitatem »  ce qui renvoie au thème de conception et « post nativitatem », ce qui renvoie au thème natal.(cf Ptolemy’s Tetabiblos in the translation of William of Moerbecke,.^ed.  G. Vuillemin-Diem, et C. Steel,  Leuwen University Press,  Louvain, 2015)

La façon dont l’édition Charvet découpe le Livre III  ne peut que créer de la confusion: » 4. Subdivisions de l’astrologie des thèmes de naissance (sic)’ On rappellera que les prévisions prévues dans ce Livre ne font guère sens une fois que la naissance a  déjà eu lieu. Le but du Livre III  consiste à préparer les parents à tout ce qui peut survenir lors de la naissance et en son lendemain. Autrement dit, cela ne vaut que pour l’enfant en son état d’enfance et cela concerne l’enfantement. Ni plus ni moins. Le Livre IV prend le relais de ce premier stade qui mérite à lui seul tout un Livre. au regard de l’utilité que l’on attendait alors de l’astrologie.  La mentalité actuelle des astrologues est décalée car étant sur la défensive, ils entendent montrer que l’astrologie confirme ce que l’on sait déjà par ailleurs. Mais telle n »était pas la position des astrologues d’autrefois qui se limitaient à prédire, donc à dire ce que l’on ne  savait pas encore.

Le Livre III ne couvre donc que ce qui a trait au milieu familial, aux maladies pouvant affecter l’enfant etc.ce qui correspond en gros auc premières maisons astrologiques mais ici point question  des dites maisons!

le Livre IV   quant à lui précise, a contrario, son objet: « ‘parmi les sujets accidentels   et extérieurs à lindividu qui doivent être traités maintenant, celui de la fortune matérielle et des honneurs vient en premier etc » On perçooit là un distinguo épistémologique: le Livre III serait plus lié à la médecine et le Livre IV  pencherait plutôt vers la divination et concernerait les thématiques des maisons qui suivent celle relatives à la famille. Soulignons que si les thématiques recoupent celles des maisons, la méthode de travail  recourt à d’autres outils et  notamment aux aspects. Tout se passe comme si la thématique des maisons astrologiques avait emprunté à  l’astrologie exposée dans la Tétrabible aux Livres III et IV ( avec l’horizon séparant les deux  registres), ce qui nous intéresse au prisme de l’Histoire de l’Astrologie, les maisons astrologiques, absentes de  la Tétrabible prétendant parvenir aux mêmes résultats par d’autres moyens

Il convient toutefois de signaler une anomalie au sein du Livre III, à savoir le chapitre consacré à l’Ascendant.(De gradu horoscopi, dans la trad. latine sus mentionnée).

On lit « Une difficulté  surgit souvent au sujet de la donnée première  et la plus importante: l’heure exacte de naissance ». On voit bien que ce chapitre n’est en fait pas à sa place au Livre III.

En réalité, le préambule du Livre III  couvre à la fois le Livre III et le Livre IV, d’où le développement sur l’ascendant et  l’on peut d’ailleurs se demander pourquoi on a 4 livres et pas seulement 3.  D’ailleurs, le « livre IV » ne comporte pas, quant à lui, de préambule à la différence des trois « premiers »

Il est assez évident qu’il n’est que la suite du Livre III.  Autrement dit, on aura artificiellement coupé le Livre III et en fait dernier en deux parties.  On ne peut nullement exclure que l’original ne comportait que trois Livres et non quatre, ik faudrait donc débaptiser  l’ouvrage en conséquence et le nommer  Tribiblos au lieu de Tetrabiblos.

On se perd en conjectures sur cette division du Livre III . Paradoxalement, une telle division aurait du  précisément souligner la différence de contenu entre les deux volets. Or, il ne semble pas que cela ait été le cas, du moins  depuis déjà un certain temps. Est-ce que cette division n’aurait pas été liée à une volonté de distinguer les deux volets du Livre III et dernier, dans les siècles qui suivirent cette intervention. Encore conviendrait-ill d’examiner les manuscrits qui nous sont parvenus.

En tout état de cause,  comme on l’a montré dans un autre article;  il apparait que le dispositif  mis en place dans cet ouvrage ait  servi à détermùiner les signufications des maisons astrologiques qui finiront par s’imposer mais qui n’étaient pas encore de mise dans  le dit ouvrage.

 

Bibliographie complémentaire

toutes ces éditions relévent de la traduction de Nicolas Bourdin (1640), auteur que nous avons abordé à deux reprises, avec les Remarques Astrologiques de Jean-Baptiste Morin, Ed Retz  1975  et avec le Commentaire du Centilogue (sic). Ed  Trédaniel, 1993

1974  La Tétrabible ou les Quatre livres des jugements des astres ; (suivi de) Le Centiloque ou les Cent sentences / Claude Ptolémée ; [trad. par N. Bourdin] ; [notes de René Alleau et Sylvain Matton] , Paris Culture, art, loisirs

Elisabeth Teissier  Ptolémée Manuel d’astrologie. La Tétrabible.  Paris, Les Belles Lettres, 1993

Denis Labouré  Ed Loge Astrologique de France  1985

André Barbault  Tetrabiblos. Le livre fondamental de l’astrologie Ed Oxus  2007

 

 

 

JHB

02 06 16

 

 

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Les master class de Jacques Halbronn, avril-mai-juin 2016

Posté par nofim le 22 mars 2016

Les master class animées par  Jacques Halbronn

D’avril à  Juin 2016,  Jacques Halbronn  organisera une fois par mois  à Paris un séminaire en week end sur une durée de  7 heures environ en 3 sessions.  Halbronn est à la pointe de la réforme de l’astrologie en France. Il propose aux praticiens, amateurs ou professionnels un recyclage, un recentrage de l’astrologie sur ses véritables compétences cycliques  mais aussi  l’ouverture vers des  savoir complémentaires comme la  question du genre (masculin/féminin) dans le cadre d’une discipline , la Sexo-cyclologie. Ce séminaire est marqué par un dialogue très animé avec les participants puisqu’il s’agit de prendre conscience de certains errements de l’Astrologie.

PAF pour chaque session de  deux jours : 30 euro comportant le repas du dimanche. ( règlement à l’ordre de l’Association La Vie Astrologique à envoyer au 8, rue de la Providence  75013 Paris) et forfait de  75  euro pour les 3 mois.

Les sessions se déroulent selon un cadre  bien rodé au milieu de chaque mois.

Dates pour le mois d’avril :

I  Samedi  16 avril  2016  de 18h30 à 21h,  au café culturel  Le Ballon  Rouge, 17, rue Abel Gance. 75013  Paris  M° Quai de la Gare. Consommation requise. 2h30

II Le lendemain, Dimanche  17 avril  2016  Déjeuner  convivial au Restaurant  Le Palace de Chine de 12h à 14h30. 70, avenue de Choisy 75013 Paris (Buffet : 17 euro).  2h30 avec trois débats de 30 minutes chacun entrecoupés par les hors d’œuvre,  les plats et les desserts.

III A la Bibliothèque Astrologique,  de 15h à 17h30, 8, rue de la Providence  (rez de chaussée) Bus 62 Arrêt Bobillot-Tolbiac.  Collation offerte.  Possibilté d’emprunter des ouvrages pour un mois. 2h30

Contact :  06  60 75 52 48

teleprovidence@yahoo.fr

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Le rendez vous astrologique des 19 et 20 Mars à Paris XIIIe Entrée Libre

Posté par nofim le 19 mars 2016

Venez  débattre de vos idées sur l’astrologie avec un groupe d’astrologues en trois rounds  filmés et mis en ligne sur Teleprovidence,  la chaine de la Subconscience (You Tube),  fondée en 2008 par Jacques  Halbronn

 

Le Mouvement pour l’Astrologie à l’Académie (MAA) en partenariat avec la Faculté Libre d’Astrologie de Paris (FLAP), la Bibliothèque Astrologique, et l’Institut  de Sexocyclologie  (ISC) organisera désormais  chaque mois un week- end de réflexion  dans le XIIIe arrondissement de Paris.

Notre quatriéme rendez-vous de l’année 2015-2016  coincidera à  peu près avec l’équinoxe de printemps et traitera des nombres en astrologie : le 4, le 6 , le 7, le 10 , le 12.

Notre  invité   d’honneur sera   Roger Héquet- (ACB, Astro-chronobiologie) avec  l’historien de l’astronomie  Didier Massoule.  Il seront  reçus par   nos amis  Esther Lacan, Frédéric Caillard,  Béatrice Crozat, Marc Cohen, Bernard LuguernEntrée  Libre.

I  Samedi  19  mars  2016  de 18h30 à 21h,  au café culturel  Le Ballon  Rouge, 17, rue Abel Gance. 75013  Paris  M° Quai de la Gare. Consommation requise. 2h30

II Le lendemain, Dimanche  20  mars2016  Déjeuner  convivial au Restaurant  Le Palace de Chine de 12h à 14h30. 70, avenue de Choisy 75013 Paris (Buffet : 17 euro).  2h30 avec trois débats de 30 minutes chacun entrecoupés par les hors d’œuvre,  les plats et les desserts.

III A la Bibliothèque Astrologique,  de 15h à 17h30, 8, rue de la Providence  (rez de chaussée) Bus 62 Arrêt Bobillot-Tolbiac.  Collation offerte.  Possibilté d’emprunter des ouvrages pour un mois. 2h30

Contact :  06  60 75 52 48

teleprovidence@yahoo.fr

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Jacques Halbronn, Réflexions autour de l »Encyclopédie des Sciences Occultes 1925

Posté par nofim le 28 janvier 2016

Jacques  Halbronn
Etude sur les Encyclopédies d’Occultisme
Nous étudierons ici un corpus constitué d’ensembles assez volumineux,  généralement intitulés « Encyclopédies » et censés rassembler un savoir très large  consacré à l’Occultisme à destination d’un large public. Cela implique évidemment de montrer que toutes sortes de techniques, de méthodes, n’en appartiennent pas moins à un même ensemble, ce qui signifie dégager  des traits communs.
Anonyme/  Encyclopédie des Sciences Occultes,  introduction de M. C. Poinsor,  Ed Georges-Anquetil,  Paris (c 1925)
Photo de Jacques Halbronn.

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Mise au point sur les étoiles fixes royales sur le site Irna.lautre.net

Posté par nofim le 6 août 2015

 

Gardiennes du ciel

Quittons quelque peu la Terre pour le ciel : à 1h 34mn 12s, à propos du zodiaque, on nous dit, sans donner de référence :

A ces quatre signes sont associées quatre étoiles parmi les plus brillantes du ciel, jadis baptisées « les gardiennes du ciel ». Ce sont Aldébaran dans la constellation du Taureau, Regulus dans le Lion, Antarès dans le Scorpion, et Fomalhaut, au sommet des Poissons [1] à notre époque, mais anciennement dans le Verseau, avant la modification faite par les astronomes modernes [2].

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Quelques mots sur ces « gardiennes du ciel » : même si l’expression se retrouve parfois sur des sites d’astronomes amateurs, elle est surtout fréquemment utilisée par des astrologues ; le court article consacré à ces « gardiennes du ciel » ou, plus communément, « étoiles royales », sur Wikipedia est d’ailleurs classé dans la catégorie « Astrologie ». Les textes mentionnant ces « étoiles royales » sur le net datent de façon très curieuse leur identification ; celle-ci, toujours associée à l’astronomie/astrologie perse, est attribuée à une date surprenante : « il y a environ 5000 ans », « aux alentours du XXXe siècle avant JC »… Or l’empire perse n’est fondé que vers 550 avant JC, les premiers souverains achéménides n’apparaissent que vers 650 avant JC, et même si l’on prend la notion plus large de peuple perse, son installation dans la région de l’Iran actuel n’est attestée qu’au cours du premier millénaire avant JC. D’où vient cette idée d’astronomes perses 3000 ans avant JC, et cette idée d’étoiles « royales » ou « gardiennes » sur lesquelles, c’est le moins qu’on puisse dire, l’archéologie moderne n’est guère bavarde ?

Si l’on remonte un peu dans le temps, on trouve mention des « gardiens du ciel » chez Camille Flammarion, dans un ouvrage de vulgarisation intitulé Les étoiles et les curiosités du ciel, un supplément à L’Astronomie populaire, paru en 1882. Flammarion écrit page 441 :

Nous parlions tout à l’heure de Fomalhaut, ou alpha du Poisson austral.
Remarquons à ce propos que Aldébaran du Taureau, Antarès du
Scorpion, Régulus du Lion et Fomalhaut se trouvent à peu près à
angle droit l’une avec l’autre et partagent le ciel en quatre parties
égales. Ces quatre étoiles, brillantes et remarquables, appelées aussi
étoiles royales, étaient vénérées par les Perses 2500 ans avant notre
ère, comme les quatre gardiens du ciel.

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On retrouve bien là les noms des quatre étoiles gardiennes, ainsi que l’allusion à des astronomes en Perse au troisième millénaire avant JC.

Mais Flammarion ne fait que recopier, quasiment mot pour mot, François Arago, dans le tome I de l’Astronomie populaire paru en 1854 (livre VIII, page 342) :

Aldebaran du Taureau, Antarès du Scorpion, Régulus du Lion et Fomalhaut du Poisson austral, partagent le ciel en quatre parties presque égales. Ces quatre étoiles, très-brillantes et très-remarquables, appelées aussi étoiles royales, étaient sans doute les quatre gardiens du ciel des Perses, 3 000 ans avant J.-C.

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Ces éléments, Arago les reprend lui-même d’autres ouvrages de la fin du XVIIIème siècle. On peut mentionner par exemple un ouvrage du citoyen Dupuis publié en 1795, L’origine de tous les cultes, ou la religion universelle :

Ormusd a encore placé aux quatre coins du ciel quatre sentinelles, pour veiller sur les étoiles fixes. Ce sont vraisemblablement les quatre étoiles Royales de nos Astrologues. L’astre Taschter garde l’Est ; Satevis, l’Ouest ; Venand, le Midi ; Hastorang, le Nord

( 2ème partie, page 720 – « Ormusd » est Ahura-Mazdâ)

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On retrouve surtout la même idée chez Jean Sylvain Bailly, auteur d’une Histoire de l’astronomie ancienne, depuis son origine jusqu’à l’établissement de l’école d’Alexandrie dont la première publication remonte à 1775 :

M. Anquetil, dans sa traduction du Zend-Avesta, nous donne quelques détails sur les idées des anciens Perses à l’égard des étoiles. [...] Quatre grandes étoiles sont, selon eux les surveillantes des autres ; ces étoiles sont taschter, qui garde l’est ; satevis, l’ouest, venand, le midi, hastorang, le nord. Nous pensons que par ces étoiles les Perses ont voulu partager le ciel, et qu’ils les ont désignées comme répondant aux quatre points cardinaux. Or la division des points cardinaux naît de celle du zodiaque par les points équinoxiaux et solstitiaux, et par conséquence les étoiles qui désignent l’est, l’ouest, le nord et le midi désignaient alors les équinoxes et les solstices. Cela nous paraît évident. En conséquence, nous remarquons que vers l’an 3000 avant J.C., les étoiles étant moins avancées de 66° [60° dans l’édition de 1781 - NdlA], aldébaran était précisément dans l’équinoxe du printemps. Cette belle étoile a donc pu être regardée comme la gardienne de l’équinoxe ou de l’est. Antarès, ou le coeur du scorpion, se trouvait aussi précisément dans l’équinoxe d’automne : voilà le gardien de l’ouest. Regulus n’était qu’à 10° du solstice d’été et phomalhaut à 6° du solstice d’hiver. Ces quatre étoiles de la première grandeur, toutes très-brillantes et très-remarquables, forment une division du ciel en quatre parties presque égales, qui a trop de rapport avec celle des Perses pour n’y pas reconnaître une identité parfaite, et pour ne pas déterminer à 3000 ans avant J.C. la date de cette division du zodiaque au moins en quatre parties.

(page 480)

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On a bien là l’origine de l’idée des quatre gardiennes dont l’identification remonterait à 3000 ans avant notre ère ; on admirera au passage le raisonnement magnifiquement circulaire de Bailly à propos de cette date.

Le Zend-Avesta évoqué par Bailly est l’Avesta, qui regroupe les textes sacrés du zoroastrisme. La première traduction française de l’Avesta venait d’être publiée quelques années auparavant, en 1771, par Anquetil-Duperron, sous le titre Zend-Avesta, ouvrage de Zoroastre, contenant les idées théologiques, physiques et morales de ce législateur, les cérémonies du culte religieux qu’il a établi, et plusieurs traits importants relatifs à l’ancienne histoire des Perses. On y trouve, page 349 du tome II :

Ormusd a encore placé aux quatre côtés du Ciel quatre sentinelles, pour veiller sur les Etoiles fixes. Il les a établies surveillantes sur les nombreuses Etoiles des Constellations. Il a établi l’une de tel côté, sur tel lieu, l’autre, de tel autre côté, sur tel autre lieu ; et cela par sa propre force, par sa puissance, lui qui a donné ces Etoiles fixes, comme il est dit : Taschter garde l’Est ; Satevis garde l’Ouest ; Venand garde le Midi ; Hastorang garde le Nord.

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Donc, reprenons : la première mention de ces quatre « gardiennes » apparaît en 1771 dans la traduction de l’Avesta ; elle est ensuite reprise par Bailly, puis par Arago et Flammarion au XIXème siècle, enfin par les astrologues et Jacques Grimault. Il y a par contre un petit problème avec l’identification de ces 4 gardiennes : l’Avesta donne bien sûr leur nom en iranien ancien (avestique). Anquetil-Duperron identifie les 4 étoiles ainsi : Taschter est Sirius (page 186 note 1), Satevis est l’oeil austral du Taureau (Aldébaran – page 186 note 2), Venand ou Venant est le pied d’Orion (Rigel – page 187 note 1), et Hastorang la Grande ou la Petite Ourse (Anquetil-Duperron traduit Hastorang par « les sept étoiles » – page 187 note 2).

Or on constate que Bailly, s’il reprend dans son Histoire de l’Astronomie ancienne les noms avestiques des quatre « surveillantes », ne les identifie pas aux mêmes étoiles : pour lui Taschter est Aldébaran et non Sirius, Satevis Antarès et non Aldébaran ; quant à Venand il l’assimile à Regulus, et Hastorang à Fomalhaut, deux astres non mentionnés par Anquetil-Duperron. Comme on l’a vu par l’extrait cité plus haut, le raisonnement de Bailly est parfaitement circulaire : il décide que l’astronomie perse débute vers l’an 3000 avant JC, constate qu’à cette date ces quatre étoiles-là sont dans la position souhaitée, en déduit que ce sont bien ces quatre étoiles qui sont les quatre « surveillantes », et termine en concluant que c’est donc bien la preuve que l’astronomie perse débute en 3000 avant JC : la boucle est bouclée.

Tous les auteurs suivants ont repris les quatre étoiles identifiées par Bailly ; on les retrouve mentionnées par Dupuis (page 258-9 du volume I de L’origine de tous les cultes), Aldébaran et Antarès pour l’Est et l’Ouest, Régulus et Formalhaut pour le Sud et le Nord. A noter cependant que pour cette dernière Dupuis semble un peu hésitant, puisque dans le volume I page 69 il nous dit que Hastorang « prend son nom des étoiles de l’Ourse »… Dupuis semble bien être également celui qui a introduit l’idée d’étoiles « royales », nullement présente dans l’Avesta, où ces étoiles sont plutôt qualifiées de « sentinelles », « surveillantes », et souvent de « généraux », « chefs » des armées célestes formées des étoiles opposées à l’esprit du mal, Ahriman ou Angra Mainyu. Bailly parle de « surveillantes » et « gardiennes », alors que Dupuis précise lui que « ces étoiles reçurent la dénomination pompeuse d’étoiles royales » (volume I page 259).

Par la suite, d’Arago à Flammarion, à Théophile Moreux (qui les évoque pages 123-124 (nouvelle édition de 1943) de La science mystérieuse des Pharaons), et aux divers auteurs plus ou moins sérieux qui ont repris le mythe créé par Bailly et Dupuis, c’est cette version qui s’est imposée : quatre étoiles « gardiennes » ou « royales », Aldébaran, Antarès, Regulus et Fomalhaut, le tout remontant à environ 3000 ans avant JC.

Or l’assimilation des quatre « sentinelles » aux quatre étoiles ci-dessus est loin de faire l’unanimité. Elle repose, comme on l’a vu plus haut, sur un raisonnement circulaire qui n’est appuyé sur aucun élément linguistique, historique ou archéologique. Par exemple, selon George Allen Davis Jr., qui a écrit pour le magazine américain Popular Astronomy un article intitulé « The so-called royal stars of Persia », trois des « sentinelles » doivent être associées plutôt à des constellations : Satevis (« Satevaesa », dont la signification est « une centaine de maisons ») serait la constellation du Verseau plutôt que la seule Fomalhaut, Venant (« Vanant », le victorieux, mais aussi celui qui pique, qui châtie) serait la constellation du Scorpion avec Antarès, et Hastorang (« Haft-Aurang », les 7 trônes ou les 7 cieux) serait la Grande Ourse. De son côté, Gary David Thompson écrit : « Seuls deux d’entre elles peuvent être raisonnablement identifiées, Tišhtya avec l’étoile Sirius, et Haftoreng avec les étoiles de la Grande Ourse. Cependant, de nombreuses publications continuent à identifier Aldébaran, Antarès, Fomalhaut et Régulus avec les quatre étoiles cheftaines (royales) de Perse. Cette erreur repose de façon évidente sur le livre publié il y a 105 ans, Le nom des étoiles, par l’astronome amateur américain Richard Allen. (L’identification d’Aldébaran, Antarès, Fomalhaut et Régulus fut proposée au départ par l’historien et astronome français du XVIIIème siècle Jean Bailly) ».  D’une manière générale, l’identification de Taschter (aujourd’hui rendu plutôt comme Tishtrya ou Tishtar) avec Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel, qu’avait faite Anquetil-Duperron, est considérée comme valide par les traducteurs et spécialistes modernes de l’Avesta, qui soulignent son rôle de divinité pourvoyeuse de pluie ; alors que l’identification avec Aldébaran n’est reprise que par ceux qui utilisent Flammarion ou Bailly comme source, et n’est défendue ni argumentée par personne.

L’identité des quatre « gardiennes du ciel » nommées dans le film ne repose donc que sur l’interprétation, elle-même non étayée, de Bailly en 1775… sans compter que, selon ce site :

La reconstitution de ce ciel des anciens montre que ce partage du ciel par les quatre étoiles est approximatif. En 3150 av J.C. Aldébaran et Antarès étaient à peu près à la place qui leur revient, mais Régulus et Fomalhaut en étaient distantes d’une dizaine de degrés. Par contre, vers 2300 avant J.C. Régulus et Fomalhaut étaient à leurs places, et c’est Aldébaran et Antarès qui ne l’étaient plus. Au millénaire suivant, ce repèrage avait perdu son sens, et du temps d’Ézéchiel, encore bien plus.

Ce que disait déjà, près de deux siècles plus tôt, Delambre dans son Histoire de l’astronomie ancienne (volume 1 page 433) :

[Bailly] cherche à prouver que 3000 ans avant notre ère, les Indiens observaient.
Le Zend-Avesta rapporte que quatre étoiles gardaient les quatre points cardinaux du monde. Peut-on imaginer rien de plus vague qu’une pareille remarque ? Or, dit Bailly, Aldébaran et Antarès n’étaient alors qu’à 40’ des équinoxes. On voit en effet que ces étoiles sont diamétralement opposées, au moins en longitude. Où sont les deux autres qui devraient être à 90° des premières ; nous n’en trouvons que de sixième grandeur ou de cinquième tout au plus. Bailly se rejette sur Régulus et sur le Poisson austral, qui sont à 6 et 11° des deux autres points cardinaux.

Annales chinoises

A partir de 1h 38mn 14s on en arrive enfin à l’hypothèse centrale de M. Grimault : les pyramides et le sphinx forment une « horloge » destinée à avertir d’un cataclysme cyclique menaçant la planète :

J’allai fouiller les écrits anciens. On trouvait curieusement dans les mythes, légendes et croyances d’un grand nombre de peuples de notre planète la même idée d’évènements cycliques. La destruction par l’eau revenait souvent, tout comme celle d’une atteinte future par le feu, comme en témoignaient l’Apocalypse de Saint Jean, ou les textes sacrés hindous appelés puranas.

L’idée « d’évènements cycliques » est illustrée dans le film par deux pages mentionnant des Annales chinoises et évoquant des rapports entre Egyptiens et Chinois :

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Ces pages proviennent d’un mémoire de Joseph de Guignes, publié en 1774 dans le volume 36 de Histoire de l’Académie royale des inscriptions et belles lettres sous le titre « Examen critique des Annales chinoises, ou Mémoire sur l’incertitude des douze premiers siècles de ces annales, et de la chronologie chinoise » (à partir de la page 164).

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Comme on peut le voir dans ce mémoire, ainsi que dans le suivant dans le même volume (« Idée de la littérature chinoise en général »), Joseph de Guignes était obsédé par l’idée de trouver des liens entre Egyptiens et Chinois, idée qu’il avait déjà développée en 1758 dans un autre mémoire lu devant l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, « Mémoire dans lequel on prouve que les Chinois sont une colonie égyptienne ». Inutile de préciser que cette idée fut très rapidement ridiculisée, par exemple dès 1759 par l’orientaliste Le Roux Deshauterayes, qui sermonnait ainsi Joseph de Guignes :

Ce n’est pas assurément que je ne crois très-permis de proposer de semblables paradoxes, fussent-ils même encore plus extraordinaires que ceux-là ; mais je pense qu’en les proposant on doit être ou sur une grande réserve quant à l’expression, ou muni des preuves les plus incontestables. Lorsqu’on n’a que de légères vraisemblances à alléguer et des promesses à faire, devrait-on prendre ce ton décisif et imposant qui n’appartient qu’à la certitude ? Il s’agit moins dans les découvertes historiques d’annoncer du merveilleux que de publier des vérités.

On peut se demander quelles « vérités » Jacques Grimault a pu tirer de ce texte de Joseph de Guignes ; ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas pu en tirer, contrairement à ce que laisserait entendre la narration du film, la moindre information sur « l’idée d’évènements cycliques » dans la Chine ancienne. Le mémoire n’est en effet qu’une description des annales historiques des diverses dynasties chinoises, dont l’auteur essaie de montrer qu’elles sont très imprécises pour les périodes antérieures à l’ère chrétienne. L’idée de « cycle » n’y apparaît qu’en liaison avec celle de calendrier (cycle de soixante ans), jamais en faisant référence à des évènements, encore moins de type cataclysmique (destructions par le feu ou l’eau). Du coup on se demande vraiment ce que vient faire cette référence à ce moment du film, à part peut-être susciter chez le spectateur l’idée que les Chinois partageaient l’idée de destruction cyclique évoquée par les textes de l’hindouisme. A noter par parenthèse que si l’idée d’un cycle de destruction/recréation du monde au cours d’un âge (Mahayuga) de quatre cycles (Yugas) est bien présente dans les Puranas, en particulier dans le Vishnu Purana, c’est avec une échelle de temps qui n’a pas grand chose à voir avec celle évoquée par le film (où le seul cycle évoqué est le cycle de 25 800 ans de la précession des équinoxes), puisque la durée du Mahayuga est de plus de 4 millions d’années, et celle du Kali Yuga, dans lequel nous sommes censés être, de plus de 400 000 ans…

Philosophes grecs

L’idée de cataclysmes cycliques est ensuite renforcée par l’appel aux philosophes grecs (illustrés par « L’école d’Athènes » de Raphaël) à partir de 1h 38mn 34s :

Plusieurs auteurs grecs évoquaient eux aussi des cataclysmes cycliques, l’un d’entre eux précisait même la période à laquelle ils se produisaient : tous les 10 à 12 000 ans. Ce qui semblait étrangement correspondre au récit de Platon et à la disparition de la fameuse Atlantide, histoire rejetée par la science moderne. Tout comme les écrits d’Aristote, autre savant grec jugé plus fiable, concernant de grandes révolutions dans l’espace environnant la Terre, qui entraînent la disparition cyclique de ce qui recouvre le globe.

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Il y a malheureusement de nombreuses approximations dans ce paragraphe. Parmi les auteurs grecs évoqués ici, il y a probablement Héraclite, à qui on attribue souvent l’idée de ces « cataclysmes cycliques », idée qui aurait été reprise ensuite par les Stoïciens qui imaginent le monde finir dans une conflagration puis recommencer à l’identique dans un éternel retour (voir « Eternel retour et temps périodique dans la philosophie stoïcienne » de Jean-Baptiste Gourinat). La pensée d’Héraclite, que l’on ne connaît que par une centaine de fragments repris par d’autres auteurs, est assez complexe, et bien différente de ce qui en est souvent présenté et qui a été contaminé par les idées stoïciennes. Il y a tout d’abord l’idée du feu comme principe fondamental du cosmos :

Ce monde, le même pour tous, ni dieu ni homme ne l’a fait, mais il était toujours, il est et il sera, feu toujours vivant, s’allumant en mesure et s’éteignant en mesure.

( fragment 30, Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 104, 2)

Le monde, éternel, est feu ; mais ce feu subit des fluctuations, se transformant en « non-feu » (terre, mer), qui à son tour nourrit le feu :

Conversions du feu : d’abord mer, de mer, la moitié terre, et la moitié souffle brûlant. [...] [Terre] se dissout en mer, et est mesurée selon le même rapport qu’avant de devenir terre.

(fragment 31, Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 104, 3 et 104, 5)

Mort de la terre, de devenir eau, mort de l’eau, de devenir air, de l’air, de devenir feu ; et inversement.

(fragment 76, Marc Aurèle, Pensées, IV, 46)

Pour une analyse de ces fragments, voir les Fragments d’Héraclite, traduits et commentés par Marcel Conche (pages 279 à 286, 289 à 292 et 297-298).

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Plutôt qu’une « fin du monde », on a donc chez Héraclite transformation permanente, passage du feu au non-feu : « Le devenir est une suite de morts et de naissances, de naissances et de morts, et cela nécessairement, car les opposés sont uns : la mort est naissance, la naissance est mort. Le sort de tout ce qui est fini, particulier (qui est « terre » et pas autre chose, etc.), est de disparaître, de céder la place à un autre fini, un autre particulier. » (Marcel Conche, page 298). Et cette transformation se fait de façon régulière, « en mesure » (fragment 30). A quel rythme ? rien dans les fragments connus d’Héraclite ne permet de le déduire ; mais des auteurs plus tardifs, en particulier le Romain Censorin dans De Die natali (« Le jour natal »), lui attribuent l’idée d’un cycle de 10800 ans, ce qui se rapproche des « 10 à 12 000 ans » évoqués par le film. D’autres encore, probablement par une erreur de traduction, portent la durée du cycle selon Héraclite à 18 000 ans (Plutarque, Les opinions des philosophes, livre second, chapitre XXXII).

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Cette idée d’un « cycle de 10800 ans » qu’aurait défendu Héraclite se trouve, chez Censorin, au sein d’un chapitre (chapitre XVIII) de son ouvrage consacré à la notion de « grande année », présente chez beaucoup d’auteurs grecs. On la trouve par exemple chez Platon, dans le Timée, sous le nom « d’année parfaite » :

Il est néanmoins possible de comprendre comment la véritable unité de temps, l’année parfaite est accomplie, lorsque les huit révolutions mesurées par le circuit et le mouvement uniforme du même, sont toutes retournées à leur point de départ.

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La « grande année » ou « année parfaite » est donc le temps nécessaire pour que les cinq planètes connues des Grecs anciens, plus le Soleil et la Lune, se retrouvent dans la même configuration par rapport à la Terre et à la sphère des fixes. Platon ne donne pas de valeur à cette période, mais Censorin note que chaque auteur grec lui donne une valeur différente (De Die Natali, chapitre XVIII) :

Cette année, d’après l’opinion d’Aristarque, se compose de 2484 années solaires. Arétès de Dyrrachium la fait de 5552 années ; Héraclite et Linus, de 10 800 ; Dion, de 10 884 ; Orphée, de 100 020 ; Cassandre, de 3 600 000. D’autres enfin ont considéré cette année comme infinie, et ne devant jamais recommencer.

Cette dernière opinion est sans doute la plus justifiée puisque, selon la newsletter de décembre 2012 (n° 85) de l’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides :

Ces cycles n’ont aucune réalité physique, la connaissance des révolutions sidérales moyennes des planètes, même arrondies aux jours, donne une hypothétique période synodique des planètes plus grande que l’âge actuel de l’Univers !

Censorin mentionne également, concernant cette « grande année », la croyance des auteurs grecs en une alternance d’embrasements et de déluges :

Cette année a un grand hiver, appelé par les Grecs κατακλυσμὸς, c’est-à-dire déluge ; puis, un grand été, nommé ἐκπύρωσις, ou incendie du monde. Le monde, en effet, semble être tour à tour inondé ou embrasé à chacune de ces époques.

En fait, seuls chez les philosophes grecs les Stoïciens reprennent cette idée d’une alternance de cataclysmos et ekpyrosis, idée qui provient directement du Babylonien Bérose, prêtre et astronome/astrologue :

Bérose, traducteur de Bélus, attribue ces révolutions aux astres, et d’une manière si affirmative, qu’il fixe l’époque de la conflagration et du déluge. « Le globe, dit-il, prendra feu quand tous les astres, qui ont maintenant des cours si divers, se réuniront sous le Cancer, et se placeront de telle sorte les uns sous les autres, qu’une ligne droite pourrait traverser tous leurs centres. Le déluge aura lieu quand toutes ces constellations seront rassemblées de même sous le Capricorne. Le premier de ces signes régit le solstice d’hiver ; l’autre, le solstice d’été. Leur influence à tous deux est grande, puisqu’ils déterminent les deux principaux changements de l’année. »

(Sénèque, Questions naturelles, Livre III)

On retrouve enfin ici le concept de cataclysmes cycliques évoqué par le film, mais à nouveau avec une échelle de temps qui n’est pas du tout celle de la précession des équinoxes, puisque, d’après Eusèbe de Césarée (Histoire universelle, Chronographia, dans sa version arménienne),  Bérose envisageait une « grande année » de 432 000 ans :

Dans son second livre, il parle des dix rois des Chaldéens et du temps de leurs règnes, cent vingt saroi c’est-à-dire quatre cent trente deux mille années jusqu’au cataclysme.

(Le saros de Bérose correspond à 3600 ans, et n’a rien à voir avec le saros des astronomes, voir « L’origine du nom saros » sur le site de l’Institut de Mécanique Céleste)

Si Bérose semble avoir inspiré directement certains Stoïciens, pour qui l’ekpyrosis est le préalable à l’apocatastase, la restauration du monde en son état originel, le lien que fait le film entre ces idées de destruction cyclique du monde et les idées de Platon ou d’Aristote est beaucoup plus discutable. Si Platon évoque bien dans le Timée, comme on l’a vu plus haut, l’année « parfaite », il ne met par contre à aucun moment cette grande année, qu’il évoque dans le cadre de la description de la création du monde, en relation avec un ou des cataclysmes. D’autre part, le Timée décrit bien un cataclysme, celui qui détruit tant l’armée athénienne que l’Atlantide :

Dans la suite de grands tremblements de terre et des inondations engloutirent, en un seul jour et en une nuit fatale, tout ce qu’il y avait chez vous de guerriers ; l’île atlantide disparut sous la mer ; aussi depuis ce temps la mer est-elle devenue inaccessible et a-t-elle cessé d’être navigable par la quantité de limon que l’île abîmée a laissé à sa place.

Mais il n’y a pas grand chose de « cyclique » dans ce cataclysme-là. Le prêtre égyptien qui décrit à Solon l’Atlantide évoque bien plusieurs cataclysmes, mais là encore le paragraphe n’évoque pas vraiment ni une destruction généralisée, ni une périodicité liée à un quelconque cycle :

Le genre humain a subi et subira plusieurs destructions, les plus grandes par le feu et l’eau, et les moindres par mille autres causes. Ce qu’on raconte chez vous de Phaéton, fils du Soleil, qui, voulant conduire le char de son père et ne pouvant le maintenir dans la route ordinaire, embrasa la terre et périt lui-même frappé de la foudre, a toute l’apparence d’une fable ; ce qu’il y a de vrai, c’est que dans les mouvements des astres autour de la terre, il peut, à de longs intervalles de temps, arriver des catastrophes où tout ce qui se trouve sur la terre est détruit par le feu. Alors les habitants des montagnes et des lieux secs et élevés périssent plutôt que ceux qui habitent près des fleuves et sur les bords de la mer. Pour nous, le Nil nous sauve de cette calamité comme de beaucoup d’autres, par le débordement de ses eaux. Quand les dieux purifient la terre par un déluge, les bergers et les bouviers sont à l’abri sur leurs montagnes, tandis que les habitants de vos villes sont entraînés par les torrents dans la mer. Chez nous, au contraire, jamais les eaux ne descendent d’en haut pour inonder nos campagnes : elles nous jaillissent du sein de la terre. Voilà pourquoi nous avons conservé les monuments les plus anciens. En tout pays, le genre humain subsiste toujours en nombre plus ou moins considérable, à moins qu’un froid ou une chaleur extrême ne s’y oppose.

Platon décrit des catastrophes naturelles : séismes, inondations, canicules ou incendies ; mais ne les met absolument pas en relation avec la « grande année », et envisage très clairement des catastrophes limitées dans l’espace.

En ce qui concerne Aristote, nous n’avons aucun texte de lui évoquant une « grande année », mais uniquement des indications très indirectes : certains supposent qu’un texte disparu de Cicéron, l’Hortensius, qui évoque une grande année de 12 954 ans, serait basé sur un texte également disparu d’Aristote, le Protreptique. Ce chiffre de 12 954 ans est mentionné par Tacite, mais ce dernier ne fait pas référence à Aristote :

S’il est vrai, comme Cicéron l’écrit dans son Hortensius, que la grande et véritable année soit accomplie, lorsqu’une position donnée du ciel et des astres se reproduit absolument la même, et si cette année en comprend douze mille neuf cent cinquante-quatre des nôtres, [...]

(Tacite, Dialogue des Orateurs, XVI)

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Qu’en est-il chez Aristote des « grandes révolutions dans l’espace environnant la Terre, qui entraînent la disparition cyclique de ce qui recouvre le globe », comme il est dit dans le film ? Je n’ai pas la prétention d’avoir lu tout Aristote, mais il me semble que le texte qui se rapprocherait le plus de cette idée de « disparition cyclique de ce qui recouvre le globe » serait le chapitre XIV du livre I de la Météorologie :

Les mêmes lieux de la terre ne sont pas toujours humides ou secs ; mais leur constitution varie selon la formation ou la disparition des cours d’eau. C’est là ce qui fait que le continent et la mer changent aussi de rapport, et que les mêmes lieux ne sont pas toujours de la terre ou toujours de la mer. La mer vient là où était jadis la terre ferme ; et la terre reviendra là où nous voyons la mer aujourd’hui.
Il faut croire d’ailleurs que ces phénomènes se succèdent, selon un certain ordre et une certaine périodicité. Le principe et la cause de ces mouvements, c’est que l’intérieur de la terre, tout comme les corps des plantes et des animaux, a ses époques de vigueur et de dépérissement.
La seule différence c’est que dans les plantes et les animaux ces changements n’ont pas lieu en partie seulement, mais c’est l’être tout entier qui par une loi nécessaire fleurit, ou se meurt, tandis qu’au contraire pour la terre, ces changements ne se font que partiellement par le froid et par la chaleur.
Le froid et la chaleur eux-mêmes s’accroissent ou diminuent par le soleil, et par le mouvement de révolution ; et c’est par le chaud et le froid que les diverses régions de la terre prennent une propriété différente, pouvant, durant un certain temps, rester humides, puis se desséchant et vieillissant ensuite. D’autres lieux revivent et redeviennent par portions successivement humides

Ce que Aristote nous décrit ainsi, ce sont des alternances d’assèchement/submersion des continents (il s’appuiera dans la suite du texte sur le cas du delta du Nil, autrefois mer puis comblé progressivement par les alluvions tandis que l’Egypte se desséchait). Mais il est très loin de penser à des catastrophes brutales, de type déluge ou sécheresse caniculaire :

Ce qui fait que ces phénomènes nous échappent, c’est que toute cette formation naturelle de la terre ne se fait que par additions successives et dans des temps immensément longs, si on les compare à notre existence ; des nations tout entières disparaissent et périssent avant qu’on ne puisse conserver le souvenir de ces grands changements, de l’origine jusqu’à la fin.
Les destructions des peuples sont les plus considérables et les plus rapides dans les guerres ; d’autres tiennent à des épidémies, d’autres à des famines ; et ces causes tantôt détruisent les peuples tout à coup, tantôt petit à petit. Aussi ne se rend-on pas compte des transmigrations de ces populations ; car tandis que les uns abandonnent la contrée, d’autres persistent à y rester jusqu’à ce que le sol ne puisse plus absolument y nourrir personne.
Entre la première observation et la dernière, on doit croire qu’il s’est écoulé des temps si considérables que personne n’en a conservé le souvenir, et que ceux qui avaient pu être sauvés et qui sont restés ont tout oublié par la longueur même du temps. C’est de la même façon que nous échappe, à ce qu’on doit croire, l’époque du premier établissement des nations sur ces terrains qui changent et qui deviennent secs après avoir été marécageux et inondés.
C’est qu’en effet cet accroissement du sol habitable, ne se fait que petit à petit et après de longs siècles, de sorte qu’on ne sait plus ni quels ont été les premiers occupants, ni à quelle époque ils sont venus, ni quel était l’état de la contrée quand ils y vinrent.

On est donc bien là sur des échelles de temps longues, et ce que Aristote nous décrit s’apparente plus, en termes actuels, à des changements climatiques et phénomènes de subsidence ou d’alluvionnement, qu’au déluge décrit par l’Ancien Testament ou à la « grêle de feu » de l’Apocalypse de Jean – qui n’ont eux, par ailleurs, aucun caractère cyclique qui ne pourrait qu’être contraire au discours eschatologique.

La cause que l’on pourrait peut-être assigner à tous ces faits, c’est que de même qu’à certaines époques fixes, l’hiver se produit dans les saisons de l’année, de même aussi se produit un grand hiver qui relève de quelque immense période, et qui amène une excessive abondance de pluies.

On retrouve bien ici chez Aristote la notion de « grand hiver » exposée plus haut (voir Censorin), et donc probablement de « grande année » (« quelque immense période ») ; Aristote évoque une sorte d’année « cosmique » avec ses hivers pluvieux (cataklysmos) et ses étés secs et chauds (ekpyrosis), mais à la différence de Bérose ou des Stoïciens n’envisage pas de fin du monde, de catastrophe touchant toute la planète :

Ce n’est pas du reste toujours dans les mêmes contrées que ce phénomène se manifeste, et c’est comme ce qu’on appelle le déluge de Deucalion. Ce déluge s’est étendu surtout sur les contrées helléniques, et parmi elles sur la vieille Hellade.[...]
Avec le temps, tel lieu se dessèche davantage, tel autre se dessèche moins, quand il a été bien inondé, jusqu’à ce qu’arrive de nouveau la révolution de cette grande période.
Comme il y a nécessairement quelque changement de l’univers, sans qu’il y ait cependant pour lui ni naissance ni destruction, puisqu’il subsiste toujours, il y a une nécessité égale, ainsi que nous le soutenons, que les mêmes lieux ne soient pas toujours inondés par la mer ou les fleuves, et que les mêmes lieux ne soient pas toujours secs. Les faits sont là pour le prouver.

L’idée même de destruction du monde est étrangère à Aristote, pour qui l’univers est éternel, incréé, indestructible et régulier : ainsi, par exemple dans Du Ciel, le philosophe s’attache à « montrer qu’il n’y a qu’un seul et unique ciel, qu’il est incréé, éternel, et de plus qu’il se meut d’une façon régulière et uniforme. » (Livre II chapitre VI)

Pour terminer sur cette idée de cataclysmes cycliques, il est clair que le film amalgame peu subtilement des idées parfois contradictoires et des auteurs bien différents. Il est clair également que les spéculations philosophiques de ces auteurs anciens sur la « cyclologie » ne sont que cela : des spéculations. S’appuyer sur ces auteurs pour affirmer l’existence d’une « grande année » entraînant son cortège de destructions cycliques revient à s’appuyer, par exemple, sur l’autorité d’Aristote pour affirmer que les séismes sont provoqués par le vent, ou que la Terre est immobile au centre de l’Univers… Déjà au XVIIIème siècle l’astronome François Arago (plus critique sur ce point que sur celui des « gardiennes du ciel », voir plus haut) montrait l’inanité de cette « cyclologie des Anciens » :

À une époque où tant de philosophes se persuadaient que les destinées des hommes et même celles de la Terre, considérée en masse, étaient réglées par le cours des astres, il n’y avait rien d’outré à supposer que chaque grande année ramènerait la même suite, le même ordre de phénomènes moraux et physiques ; le même cours d’événements politiques ou militaires ; la même succession de personnages célèbres par leurs vertus, par leurs vices ou par leurs crimes. Dans ce système, l’histoire d’une seule grande année aurait été celle des suivantes.[...]
L’alternat de cataclysmes et de conflagrations n’était pas admis généralement. Certains philosophes ne croyaient qu’à des déluges ; d’autres qu’à des incendies. Il en existait enfin qui, assimilant les âges du monde à ceux de l’homme, voyaient la nature croître en force et en vigueur pendant la première moitié de la grande année, et marcher ensuite, durant la seconde moitié, vers la décrépitude. Quant à Platon, il s’était rangé à l’opinion que le monde, au premier jour du grand cycle, possède le maximum de force, et qu’à partir de là, tout décroît, tout s’affaiblit graduellement. La tradition sur les quatre âges caractérisés par quatre métaux, est la traduction vulgaire de l’idée de Platon.[...]
Les anciens tombèrent encore moins d’accord sur la longueur de la grande année que sur sa signification. Les uns portèrent cette longueur jusqu’à 6 570 000 ans, d’autres la réduisirent à quelques centaines d’années. Cicéron, dans le Songe de Scipion, dit qu’il n’ose pas décider de combien de siècles l’année parfaite se compose.[...]
Les grands noms de Platon, de Cicéron, de Sénèque, de Plutarque, ne doivent pas nous empêcher de ranger les opinions des anciens sur les relations de la grande année avec les événements de toute nature observables sur la Terre, au nombre des conceptions les plus creuses que l’antiquité nous ait léguées.

(François Arago, Astronomie populaire, Livre XXXIII, chapitre 43)

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Conclusion générale

Au terme de ce recensement des quelques références bibliographiques qui apparaissent dans le film La Révélation des Pyramides, je voudrais noter quelques points :

- J’ai bien conscience des limites de l’exercice : un film, particulièrement un film grand public, n’est pas un ouvrage scientifique, et ne saurait ni entrer très avant dans le détail de questions complexes, ni fournir des références exhaustives. Cependant, en l’absence du livre de Jacques Grimault censé avoir servi de base au film et jamais paru suite semble-t-il à un imbroglio juridique, et devant le refus du même de fournir le moindre élément bibliographique au cours des échanges avec lui – ne faisant que la vague promesse d’en dire plus dans l’opus suivant – c’est un des rares moyens dont on dispose pour évaluer, non pas la qualité du film, mais celle de la démarche de construction de l’hypothèse des auteurs telle qu’elle nous est présentée.

- Rien ne dit que les ouvrages entr’aperçus dans le film et les auteurs mentionnés font réellement partie de la bibliographie de Jacques Grimault, ni qu’ils en représentent la totalité. Mais même si on peut admettre que le choix de certaines couvertures ou gravures ait reposé sur des considérations esthétiques, comme l’affirme le réalisateur Patrice Pooyard, il est difficile de croire que tous ces ouvrages aient été choisis au hasard ; quant aux auteurs mentionnés (Agatharchide, Platon, Aristote…), on voit mal quelle dimension esthétique leur nom aurait pu apporter au film.

- Je n’ai volontairement rien dit ici des contemporains interrogés dans le film. D’une part parce que le travail d’analyse de leur témoignage a déjà été partiellement fait ailleurs (voir ici ou ) ; d’autre part par choix de me consacrer aux références livresques.

Si l’on résume maintenant ce qui semble transparaître de cette liste de références : - Absence de toute référence contemporaine, particulièrement en égyptologie ; la bibliothèque du film est très riche en ouvrages du XVIIIème et XIXème siècles, mais on n’y voit pas grand chose comme ouvrages récents. On peut admettre un choix esthétique,  les vieux livres ayant une connotation surannée et érudite assez sympathique ; mais il est pour le moins malheureux que ces « vieux bouquins » illustrent régulièrement la critique de l’égyptologie et de « l’histoire officielle ». - Références dont le moins qu’on puisse dire est que leur contenu scientifique est assez limité : Stéphen-Chauvet sur l’Ile de Pâques, Taylor, l’abbé Moreux et Tompkins sur les pyramides, le chamane New Age Aribalo sur Cuzco… - Recours fréquent à l’autorité des Anciens : Pline, Agatharchide, Platon, Aristote sont appelés à la rescousse pour soutenir les hypothèses du film, au prix parfois d’une distorsion de leurs idées ; c’est d’autant plus amusant que les auteurs reprochent vivement aux égyptologues de s’appuyer sur Hérodote… - Non vérification des sources : de vieilles lunes de la pyramidologie ou de l’astrologie sont reprises, visiblement sans qu’il y ait eu recherche et vérification des sources primaires ; exemples : « gardiennes du ciel » incorrectement identifiées en se basant sur une interprétation erronée de Bailly au XVIIIème siècle, référence à une pseudo-citation d’Agatharchide inventée de toutes pièces par Stecchini en 1971… - Enfin, manipulation d’une référence, l’ouvrage de Cole sur les mesures de la pyramide, par l’insertion d’une fausse page, insertion que le réalisateur justifie par deux fois en prétendant absurdement qu’elle était nécessaire pour que le public français n’ait pas à convertir les mesures anglaises de Cole – alors même que l’original de Cole contient les mesures en mètres…

Tous ces éléments ne sont, pour Jacques Grimault, que des détails, et pour Patrice Pooyard, des éléments nécessaires à la réalisation d’un film où il faut présenter les choses « de manière spectaculaire et un peu sensationnelle ». Personnellement, il me semble y avoir un monde entre le fait pour les égyptologues de « publier de beaux livres » et « soigner leur style », et le fait d’utiliser, sciemment ou non, des références inexistantes ou déformées, ou d’ignorer volontairement les acquis de toute une discipline. Un esprit mal tourné pourrait de plus discerner dans ces réponses des auteurs un certain mépris pour le spectateur considéré comme incapable d’appréhender la complexité de « sujets qui lassent vite l’attention du public »

Mise à jour du 16 août 2013 : Un lecteur me signale en commentaire (voir ci-dessous) une autre référence importante de M. Grimault à des auteurs alternatifs, référence qui n’est pas mentionnée dans le film et que je n’avais pas identifiée. Il s’agit des ouvrages de MM. Mouny et Gruais, en particulier Le grand secret des pyramides de Guizeh (1992) et Le grand secret du Sphinx de Guizeh (1994). Voir par exemple la figure qui apparaît à 1h 35mn 40s dans le film, dont on peut trouver l’équivalent avec la figure 17 page 46 du livre Le grand secret des pyramides de Guizeh ; une bonne partie des jeux numériques de M. Grimault sur la coudée et les nombres Pi et Phi se retrouve également dans le même livre.

[1] Sic ! En fait Fomalhaut n’appartient pas à la constellation des Poissons, mais à celle du Poisson Austral

[2] Contrairement à ce que semble affirmer ici le film, Fomalhaut a toujours été considérée comme faisant partie du Poisson Austral, qui est une des plus anciennes constellations identifiées. Ainsi dans l’Almageste de Ptolémée (voir page 83 du volume II, livre VIII, de la traduction d’Halma publiée en 1816) Fomalhaut est bien indiquée comme « étoile de première grandeur » du « Poisson méridional », sous l’appellation d’« étoile de la bouche au commencement de l’eau » – ce qui a d’ailleurs donné le nom actuel de Fomalhaut, dérivé de l’arabe « fum al-ħūt », la « bouche du poisson ». Mais il est vrai que pour les anciens ce Poisson était systématiquement associé au Verseau, et présenté comme buvant l’eau versée par le Verseau, d’où une position un peu intermédiaire de Fomalhaut, à la fois bouche du Poisson et extrémité du filet d’eau du Verseau. D’ailleurs Ptolémée la compte également au nombre des étoiles du Verseau (voir page 65).

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