Mise au point sur les étoiles fixes royales sur le site Irna.lautre.net

Posté par nofim le 6 août 2015

 

Gardiennes du ciel

Quittons quelque peu la Terre pour le ciel : à 1h 34mn 12s, à propos du zodiaque, on nous dit, sans donner de référence :

A ces quatre signes sont associées quatre étoiles parmi les plus brillantes du ciel, jadis baptisées « les gardiennes du ciel ». Ce sont Aldébaran dans la constellation du Taureau, Regulus dans le Lion, Antarès dans le Scorpion, et Fomalhaut, au sommet des Poissons [1] à notre époque, mais anciennement dans le Verseau, avant la modification faite par les astronomes modernes [2].

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Quelques mots sur ces « gardiennes du ciel » : même si l’expression se retrouve parfois sur des sites d’astronomes amateurs, elle est surtout fréquemment utilisée par des astrologues ; le court article consacré à ces « gardiennes du ciel » ou, plus communément, « étoiles royales », sur Wikipedia est d’ailleurs classé dans la catégorie « Astrologie ». Les textes mentionnant ces « étoiles royales » sur le net datent de façon très curieuse leur identification ; celle-ci, toujours associée à l’astronomie/astrologie perse, est attribuée à une date surprenante : « il y a environ 5000 ans », « aux alentours du XXXe siècle avant JC »… Or l’empire perse n’est fondé que vers 550 avant JC, les premiers souverains achéménides n’apparaissent que vers 650 avant JC, et même si l’on prend la notion plus large de peuple perse, son installation dans la région de l’Iran actuel n’est attestée qu’au cours du premier millénaire avant JC. D’où vient cette idée d’astronomes perses 3000 ans avant JC, et cette idée d’étoiles « royales » ou « gardiennes » sur lesquelles, c’est le moins qu’on puisse dire, l’archéologie moderne n’est guère bavarde ?

Si l’on remonte un peu dans le temps, on trouve mention des « gardiens du ciel » chez Camille Flammarion, dans un ouvrage de vulgarisation intitulé Les étoiles et les curiosités du ciel, un supplément à L’Astronomie populaire, paru en 1882. Flammarion écrit page 441 :

Nous parlions tout à l’heure de Fomalhaut, ou alpha du Poisson austral.
Remarquons à ce propos que Aldébaran du Taureau, Antarès du
Scorpion, Régulus du Lion et Fomalhaut se trouvent à peu près à
angle droit l’une avec l’autre et partagent le ciel en quatre parties
égales. Ces quatre étoiles, brillantes et remarquables, appelées aussi
étoiles royales, étaient vénérées par les Perses 2500 ans avant notre
ère, comme les quatre gardiens du ciel.

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On retrouve bien là les noms des quatre étoiles gardiennes, ainsi que l’allusion à des astronomes en Perse au troisième millénaire avant JC.

Mais Flammarion ne fait que recopier, quasiment mot pour mot, François Arago, dans le tome I de l’Astronomie populaire paru en 1854 (livre VIII, page 342) :

Aldebaran du Taureau, Antarès du Scorpion, Régulus du Lion et Fomalhaut du Poisson austral, partagent le ciel en quatre parties presque égales. Ces quatre étoiles, très-brillantes et très-remarquables, appelées aussi étoiles royales, étaient sans doute les quatre gardiens du ciel des Perses, 3 000 ans avant J.-C.

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Ces éléments, Arago les reprend lui-même d’autres ouvrages de la fin du XVIIIème siècle. On peut mentionner par exemple un ouvrage du citoyen Dupuis publié en 1795, L’origine de tous les cultes, ou la religion universelle :

Ormusd a encore placé aux quatre coins du ciel quatre sentinelles, pour veiller sur les étoiles fixes. Ce sont vraisemblablement les quatre étoiles Royales de nos Astrologues. L’astre Taschter garde l’Est ; Satevis, l’Ouest ; Venand, le Midi ; Hastorang, le Nord

( 2ème partie, page 720 – « Ormusd » est Ahura-Mazdâ)

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On retrouve surtout la même idée chez Jean Sylvain Bailly, auteur d’une Histoire de l’astronomie ancienne, depuis son origine jusqu’à l’établissement de l’école d’Alexandrie dont la première publication remonte à 1775 :

M. Anquetil, dans sa traduction du Zend-Avesta, nous donne quelques détails sur les idées des anciens Perses à l’égard des étoiles. [...] Quatre grandes étoiles sont, selon eux les surveillantes des autres ; ces étoiles sont taschter, qui garde l’est ; satevis, l’ouest, venand, le midi, hastorang, le nord. Nous pensons que par ces étoiles les Perses ont voulu partager le ciel, et qu’ils les ont désignées comme répondant aux quatre points cardinaux. Or la division des points cardinaux naît de celle du zodiaque par les points équinoxiaux et solstitiaux, et par conséquence les étoiles qui désignent l’est, l’ouest, le nord et le midi désignaient alors les équinoxes et les solstices. Cela nous paraît évident. En conséquence, nous remarquons que vers l’an 3000 avant J.C., les étoiles étant moins avancées de 66° [60° dans l’édition de 1781 - NdlA], aldébaran était précisément dans l’équinoxe du printemps. Cette belle étoile a donc pu être regardée comme la gardienne de l’équinoxe ou de l’est. Antarès, ou le coeur du scorpion, se trouvait aussi précisément dans l’équinoxe d’automne : voilà le gardien de l’ouest. Regulus n’était qu’à 10° du solstice d’été et phomalhaut à 6° du solstice d’hiver. Ces quatre étoiles de la première grandeur, toutes très-brillantes et très-remarquables, forment une division du ciel en quatre parties presque égales, qui a trop de rapport avec celle des Perses pour n’y pas reconnaître une identité parfaite, et pour ne pas déterminer à 3000 ans avant J.C. la date de cette division du zodiaque au moins en quatre parties.

(page 480)

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On a bien là l’origine de l’idée des quatre gardiennes dont l’identification remonterait à 3000 ans avant notre ère ; on admirera au passage le raisonnement magnifiquement circulaire de Bailly à propos de cette date.

Le Zend-Avesta évoqué par Bailly est l’Avesta, qui regroupe les textes sacrés du zoroastrisme. La première traduction française de l’Avesta venait d’être publiée quelques années auparavant, en 1771, par Anquetil-Duperron, sous le titre Zend-Avesta, ouvrage de Zoroastre, contenant les idées théologiques, physiques et morales de ce législateur, les cérémonies du culte religieux qu’il a établi, et plusieurs traits importants relatifs à l’ancienne histoire des Perses. On y trouve, page 349 du tome II :

Ormusd a encore placé aux quatre côtés du Ciel quatre sentinelles, pour veiller sur les Etoiles fixes. Il les a établies surveillantes sur les nombreuses Etoiles des Constellations. Il a établi l’une de tel côté, sur tel lieu, l’autre, de tel autre côté, sur tel autre lieu ; et cela par sa propre force, par sa puissance, lui qui a donné ces Etoiles fixes, comme il est dit : Taschter garde l’Est ; Satevis garde l’Ouest ; Venand garde le Midi ; Hastorang garde le Nord.

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Donc, reprenons : la première mention de ces quatre « gardiennes » apparaît en 1771 dans la traduction de l’Avesta ; elle est ensuite reprise par Bailly, puis par Arago et Flammarion au XIXème siècle, enfin par les astrologues et Jacques Grimault. Il y a par contre un petit problème avec l’identification de ces 4 gardiennes : l’Avesta donne bien sûr leur nom en iranien ancien (avestique). Anquetil-Duperron identifie les 4 étoiles ainsi : Taschter est Sirius (page 186 note 1), Satevis est l’oeil austral du Taureau (Aldébaran – page 186 note 2), Venand ou Venant est le pied d’Orion (Rigel – page 187 note 1), et Hastorang la Grande ou la Petite Ourse (Anquetil-Duperron traduit Hastorang par « les sept étoiles » – page 187 note 2).

Or on constate que Bailly, s’il reprend dans son Histoire de l’Astronomie ancienne les noms avestiques des quatre « surveillantes », ne les identifie pas aux mêmes étoiles : pour lui Taschter est Aldébaran et non Sirius, Satevis Antarès et non Aldébaran ; quant à Venand il l’assimile à Regulus, et Hastorang à Fomalhaut, deux astres non mentionnés par Anquetil-Duperron. Comme on l’a vu par l’extrait cité plus haut, le raisonnement de Bailly est parfaitement circulaire : il décide que l’astronomie perse débute vers l’an 3000 avant JC, constate qu’à cette date ces quatre étoiles-là sont dans la position souhaitée, en déduit que ce sont bien ces quatre étoiles qui sont les quatre « surveillantes », et termine en concluant que c’est donc bien la preuve que l’astronomie perse débute en 3000 avant JC : la boucle est bouclée.

Tous les auteurs suivants ont repris les quatre étoiles identifiées par Bailly ; on les retrouve mentionnées par Dupuis (page 258-9 du volume I de L’origine de tous les cultes), Aldébaran et Antarès pour l’Est et l’Ouest, Régulus et Formalhaut pour le Sud et le Nord. A noter cependant que pour cette dernière Dupuis semble un peu hésitant, puisque dans le volume I page 69 il nous dit que Hastorang « prend son nom des étoiles de l’Ourse »… Dupuis semble bien être également celui qui a introduit l’idée d’étoiles « royales », nullement présente dans l’Avesta, où ces étoiles sont plutôt qualifiées de « sentinelles », « surveillantes », et souvent de « généraux », « chefs » des armées célestes formées des étoiles opposées à l’esprit du mal, Ahriman ou Angra Mainyu. Bailly parle de « surveillantes » et « gardiennes », alors que Dupuis précise lui que « ces étoiles reçurent la dénomination pompeuse d’étoiles royales » (volume I page 259).

Par la suite, d’Arago à Flammarion, à Théophile Moreux (qui les évoque pages 123-124 (nouvelle édition de 1943) de La science mystérieuse des Pharaons), et aux divers auteurs plus ou moins sérieux qui ont repris le mythe créé par Bailly et Dupuis, c’est cette version qui s’est imposée : quatre étoiles « gardiennes » ou « royales », Aldébaran, Antarès, Regulus et Fomalhaut, le tout remontant à environ 3000 ans avant JC.

Or l’assimilation des quatre « sentinelles » aux quatre étoiles ci-dessus est loin de faire l’unanimité. Elle repose, comme on l’a vu plus haut, sur un raisonnement circulaire qui n’est appuyé sur aucun élément linguistique, historique ou archéologique. Par exemple, selon George Allen Davis Jr., qui a écrit pour le magazine américain Popular Astronomy un article intitulé « The so-called royal stars of Persia », trois des « sentinelles » doivent être associées plutôt à des constellations : Satevis (« Satevaesa », dont la signification est « une centaine de maisons ») serait la constellation du Verseau plutôt que la seule Fomalhaut, Venant (« Vanant », le victorieux, mais aussi celui qui pique, qui châtie) serait la constellation du Scorpion avec Antarès, et Hastorang (« Haft-Aurang », les 7 trônes ou les 7 cieux) serait la Grande Ourse. De son côté, Gary David Thompson écrit : « Seuls deux d’entre elles peuvent être raisonnablement identifiées, Tišhtya avec l’étoile Sirius, et Haftoreng avec les étoiles de la Grande Ourse. Cependant, de nombreuses publications continuent à identifier Aldébaran, Antarès, Fomalhaut et Régulus avec les quatre étoiles cheftaines (royales) de Perse. Cette erreur repose de façon évidente sur le livre publié il y a 105 ans, Le nom des étoiles, par l’astronome amateur américain Richard Allen. (L’identification d’Aldébaran, Antarès, Fomalhaut et Régulus fut proposée au départ par l’historien et astronome français du XVIIIème siècle Jean Bailly) ».  D’une manière générale, l’identification de Taschter (aujourd’hui rendu plutôt comme Tishtrya ou Tishtar) avec Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel, qu’avait faite Anquetil-Duperron, est considérée comme valide par les traducteurs et spécialistes modernes de l’Avesta, qui soulignent son rôle de divinité pourvoyeuse de pluie ; alors que l’identification avec Aldébaran n’est reprise que par ceux qui utilisent Flammarion ou Bailly comme source, et n’est défendue ni argumentée par personne.

L’identité des quatre « gardiennes du ciel » nommées dans le film ne repose donc que sur l’interprétation, elle-même non étayée, de Bailly en 1775… sans compter que, selon ce site :

La reconstitution de ce ciel des anciens montre que ce partage du ciel par les quatre étoiles est approximatif. En 3150 av J.C. Aldébaran et Antarès étaient à peu près à la place qui leur revient, mais Régulus et Fomalhaut en étaient distantes d’une dizaine de degrés. Par contre, vers 2300 avant J.C. Régulus et Fomalhaut étaient à leurs places, et c’est Aldébaran et Antarès qui ne l’étaient plus. Au millénaire suivant, ce repèrage avait perdu son sens, et du temps d’Ézéchiel, encore bien plus.

Ce que disait déjà, près de deux siècles plus tôt, Delambre dans son Histoire de l’astronomie ancienne (volume 1 page 433) :

[Bailly] cherche à prouver que 3000 ans avant notre ère, les Indiens observaient.
Le Zend-Avesta rapporte que quatre étoiles gardaient les quatre points cardinaux du monde. Peut-on imaginer rien de plus vague qu’une pareille remarque ? Or, dit Bailly, Aldébaran et Antarès n’étaient alors qu’à 40’ des équinoxes. On voit en effet que ces étoiles sont diamétralement opposées, au moins en longitude. Où sont les deux autres qui devraient être à 90° des premières ; nous n’en trouvons que de sixième grandeur ou de cinquième tout au plus. Bailly se rejette sur Régulus et sur le Poisson austral, qui sont à 6 et 11° des deux autres points cardinaux.

Annales chinoises

A partir de 1h 38mn 14s on en arrive enfin à l’hypothèse centrale de M. Grimault : les pyramides et le sphinx forment une « horloge » destinée à avertir d’un cataclysme cyclique menaçant la planète :

J’allai fouiller les écrits anciens. On trouvait curieusement dans les mythes, légendes et croyances d’un grand nombre de peuples de notre planète la même idée d’évènements cycliques. La destruction par l’eau revenait souvent, tout comme celle d’une atteinte future par le feu, comme en témoignaient l’Apocalypse de Saint Jean, ou les textes sacrés hindous appelés puranas.

L’idée « d’évènements cycliques » est illustrée dans le film par deux pages mentionnant des Annales chinoises et évoquant des rapports entre Egyptiens et Chinois :

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Ces pages proviennent d’un mémoire de Joseph de Guignes, publié en 1774 dans le volume 36 de Histoire de l’Académie royale des inscriptions et belles lettres sous le titre « Examen critique des Annales chinoises, ou Mémoire sur l’incertitude des douze premiers siècles de ces annales, et de la chronologie chinoise » (à partir de la page 164).

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Comme on peut le voir dans ce mémoire, ainsi que dans le suivant dans le même volume (« Idée de la littérature chinoise en général »), Joseph de Guignes était obsédé par l’idée de trouver des liens entre Egyptiens et Chinois, idée qu’il avait déjà développée en 1758 dans un autre mémoire lu devant l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, « Mémoire dans lequel on prouve que les Chinois sont une colonie égyptienne ». Inutile de préciser que cette idée fut très rapidement ridiculisée, par exemple dès 1759 par l’orientaliste Le Roux Deshauterayes, qui sermonnait ainsi Joseph de Guignes :

Ce n’est pas assurément que je ne crois très-permis de proposer de semblables paradoxes, fussent-ils même encore plus extraordinaires que ceux-là ; mais je pense qu’en les proposant on doit être ou sur une grande réserve quant à l’expression, ou muni des preuves les plus incontestables. Lorsqu’on n’a que de légères vraisemblances à alléguer et des promesses à faire, devrait-on prendre ce ton décisif et imposant qui n’appartient qu’à la certitude ? Il s’agit moins dans les découvertes historiques d’annoncer du merveilleux que de publier des vérités.

On peut se demander quelles « vérités » Jacques Grimault a pu tirer de ce texte de Joseph de Guignes ; ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas pu en tirer, contrairement à ce que laisserait entendre la narration du film, la moindre information sur « l’idée d’évènements cycliques » dans la Chine ancienne. Le mémoire n’est en effet qu’une description des annales historiques des diverses dynasties chinoises, dont l’auteur essaie de montrer qu’elles sont très imprécises pour les périodes antérieures à l’ère chrétienne. L’idée de « cycle » n’y apparaît qu’en liaison avec celle de calendrier (cycle de soixante ans), jamais en faisant référence à des évènements, encore moins de type cataclysmique (destructions par le feu ou l’eau). Du coup on se demande vraiment ce que vient faire cette référence à ce moment du film, à part peut-être susciter chez le spectateur l’idée que les Chinois partageaient l’idée de destruction cyclique évoquée par les textes de l’hindouisme. A noter par parenthèse que si l’idée d’un cycle de destruction/recréation du monde au cours d’un âge (Mahayuga) de quatre cycles (Yugas) est bien présente dans les Puranas, en particulier dans le Vishnu Purana, c’est avec une échelle de temps qui n’a pas grand chose à voir avec celle évoquée par le film (où le seul cycle évoqué est le cycle de 25 800 ans de la précession des équinoxes), puisque la durée du Mahayuga est de plus de 4 millions d’années, et celle du Kali Yuga, dans lequel nous sommes censés être, de plus de 400 000 ans…

Philosophes grecs

L’idée de cataclysmes cycliques est ensuite renforcée par l’appel aux philosophes grecs (illustrés par « L’école d’Athènes » de Raphaël) à partir de 1h 38mn 34s :

Plusieurs auteurs grecs évoquaient eux aussi des cataclysmes cycliques, l’un d’entre eux précisait même la période à laquelle ils se produisaient : tous les 10 à 12 000 ans. Ce qui semblait étrangement correspondre au récit de Platon et à la disparition de la fameuse Atlantide, histoire rejetée par la science moderne. Tout comme les écrits d’Aristote, autre savant grec jugé plus fiable, concernant de grandes révolutions dans l’espace environnant la Terre, qui entraînent la disparition cyclique de ce qui recouvre le globe.

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Il y a malheureusement de nombreuses approximations dans ce paragraphe. Parmi les auteurs grecs évoqués ici, il y a probablement Héraclite, à qui on attribue souvent l’idée de ces « cataclysmes cycliques », idée qui aurait été reprise ensuite par les Stoïciens qui imaginent le monde finir dans une conflagration puis recommencer à l’identique dans un éternel retour (voir « Eternel retour et temps périodique dans la philosophie stoïcienne » de Jean-Baptiste Gourinat). La pensée d’Héraclite, que l’on ne connaît que par une centaine de fragments repris par d’autres auteurs, est assez complexe, et bien différente de ce qui en est souvent présenté et qui a été contaminé par les idées stoïciennes. Il y a tout d’abord l’idée du feu comme principe fondamental du cosmos :

Ce monde, le même pour tous, ni dieu ni homme ne l’a fait, mais il était toujours, il est et il sera, feu toujours vivant, s’allumant en mesure et s’éteignant en mesure.

( fragment 30, Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 104, 2)

Le monde, éternel, est feu ; mais ce feu subit des fluctuations, se transformant en « non-feu » (terre, mer), qui à son tour nourrit le feu :

Conversions du feu : d’abord mer, de mer, la moitié terre, et la moitié souffle brûlant. [...] [Terre] se dissout en mer, et est mesurée selon le même rapport qu’avant de devenir terre.

(fragment 31, Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 104, 3 et 104, 5)

Mort de la terre, de devenir eau, mort de l’eau, de devenir air, de l’air, de devenir feu ; et inversement.

(fragment 76, Marc Aurèle, Pensées, IV, 46)

Pour une analyse de ces fragments, voir les Fragments d’Héraclite, traduits et commentés par Marcel Conche (pages 279 à 286, 289 à 292 et 297-298).

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Plutôt qu’une « fin du monde », on a donc chez Héraclite transformation permanente, passage du feu au non-feu : « Le devenir est une suite de morts et de naissances, de naissances et de morts, et cela nécessairement, car les opposés sont uns : la mort est naissance, la naissance est mort. Le sort de tout ce qui est fini, particulier (qui est « terre » et pas autre chose, etc.), est de disparaître, de céder la place à un autre fini, un autre particulier. » (Marcel Conche, page 298). Et cette transformation se fait de façon régulière, « en mesure » (fragment 30). A quel rythme ? rien dans les fragments connus d’Héraclite ne permet de le déduire ; mais des auteurs plus tardifs, en particulier le Romain Censorin dans De Die natali (« Le jour natal »), lui attribuent l’idée d’un cycle de 10800 ans, ce qui se rapproche des « 10 à 12 000 ans » évoqués par le film. D’autres encore, probablement par une erreur de traduction, portent la durée du cycle selon Héraclite à 18 000 ans (Plutarque, Les opinions des philosophes, livre second, chapitre XXXII).

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Cette idée d’un « cycle de 10800 ans » qu’aurait défendu Héraclite se trouve, chez Censorin, au sein d’un chapitre (chapitre XVIII) de son ouvrage consacré à la notion de « grande année », présente chez beaucoup d’auteurs grecs. On la trouve par exemple chez Platon, dans le Timée, sous le nom « d’année parfaite » :

Il est néanmoins possible de comprendre comment la véritable unité de temps, l’année parfaite est accomplie, lorsque les huit révolutions mesurées par le circuit et le mouvement uniforme du même, sont toutes retournées à leur point de départ.

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La « grande année » ou « année parfaite » est donc le temps nécessaire pour que les cinq planètes connues des Grecs anciens, plus le Soleil et la Lune, se retrouvent dans la même configuration par rapport à la Terre et à la sphère des fixes. Platon ne donne pas de valeur à cette période, mais Censorin note que chaque auteur grec lui donne une valeur différente (De Die Natali, chapitre XVIII) :

Cette année, d’après l’opinion d’Aristarque, se compose de 2484 années solaires. Arétès de Dyrrachium la fait de 5552 années ; Héraclite et Linus, de 10 800 ; Dion, de 10 884 ; Orphée, de 100 020 ; Cassandre, de 3 600 000. D’autres enfin ont considéré cette année comme infinie, et ne devant jamais recommencer.

Cette dernière opinion est sans doute la plus justifiée puisque, selon la newsletter de décembre 2012 (n° 85) de l’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides :

Ces cycles n’ont aucune réalité physique, la connaissance des révolutions sidérales moyennes des planètes, même arrondies aux jours, donne une hypothétique période synodique des planètes plus grande que l’âge actuel de l’Univers !

Censorin mentionne également, concernant cette « grande année », la croyance des auteurs grecs en une alternance d’embrasements et de déluges :

Cette année a un grand hiver, appelé par les Grecs κατακλυσμὸς, c’est-à-dire déluge ; puis, un grand été, nommé ἐκπύρωσις, ou incendie du monde. Le monde, en effet, semble être tour à tour inondé ou embrasé à chacune de ces époques.

En fait, seuls chez les philosophes grecs les Stoïciens reprennent cette idée d’une alternance de cataclysmos et ekpyrosis, idée qui provient directement du Babylonien Bérose, prêtre et astronome/astrologue :

Bérose, traducteur de Bélus, attribue ces révolutions aux astres, et d’une manière si affirmative, qu’il fixe l’époque de la conflagration et du déluge. « Le globe, dit-il, prendra feu quand tous les astres, qui ont maintenant des cours si divers, se réuniront sous le Cancer, et se placeront de telle sorte les uns sous les autres, qu’une ligne droite pourrait traverser tous leurs centres. Le déluge aura lieu quand toutes ces constellations seront rassemblées de même sous le Capricorne. Le premier de ces signes régit le solstice d’hiver ; l’autre, le solstice d’été. Leur influence à tous deux est grande, puisqu’ils déterminent les deux principaux changements de l’année. »

(Sénèque, Questions naturelles, Livre III)

On retrouve enfin ici le concept de cataclysmes cycliques évoqué par le film, mais à nouveau avec une échelle de temps qui n’est pas du tout celle de la précession des équinoxes, puisque, d’après Eusèbe de Césarée (Histoire universelle, Chronographia, dans sa version arménienne),  Bérose envisageait une « grande année » de 432 000 ans :

Dans son second livre, il parle des dix rois des Chaldéens et du temps de leurs règnes, cent vingt saroi c’est-à-dire quatre cent trente deux mille années jusqu’au cataclysme.

(Le saros de Bérose correspond à 3600 ans, et n’a rien à voir avec le saros des astronomes, voir « L’origine du nom saros » sur le site de l’Institut de Mécanique Céleste)

Si Bérose semble avoir inspiré directement certains Stoïciens, pour qui l’ekpyrosis est le préalable à l’apocatastase, la restauration du monde en son état originel, le lien que fait le film entre ces idées de destruction cyclique du monde et les idées de Platon ou d’Aristote est beaucoup plus discutable. Si Platon évoque bien dans le Timée, comme on l’a vu plus haut, l’année « parfaite », il ne met par contre à aucun moment cette grande année, qu’il évoque dans le cadre de la description de la création du monde, en relation avec un ou des cataclysmes. D’autre part, le Timée décrit bien un cataclysme, celui qui détruit tant l’armée athénienne que l’Atlantide :

Dans la suite de grands tremblements de terre et des inondations engloutirent, en un seul jour et en une nuit fatale, tout ce qu’il y avait chez vous de guerriers ; l’île atlantide disparut sous la mer ; aussi depuis ce temps la mer est-elle devenue inaccessible et a-t-elle cessé d’être navigable par la quantité de limon que l’île abîmée a laissé à sa place.

Mais il n’y a pas grand chose de « cyclique » dans ce cataclysme-là. Le prêtre égyptien qui décrit à Solon l’Atlantide évoque bien plusieurs cataclysmes, mais là encore le paragraphe n’évoque pas vraiment ni une destruction généralisée, ni une périodicité liée à un quelconque cycle :

Le genre humain a subi et subira plusieurs destructions, les plus grandes par le feu et l’eau, et les moindres par mille autres causes. Ce qu’on raconte chez vous de Phaéton, fils du Soleil, qui, voulant conduire le char de son père et ne pouvant le maintenir dans la route ordinaire, embrasa la terre et périt lui-même frappé de la foudre, a toute l’apparence d’une fable ; ce qu’il y a de vrai, c’est que dans les mouvements des astres autour de la terre, il peut, à de longs intervalles de temps, arriver des catastrophes où tout ce qui se trouve sur la terre est détruit par le feu. Alors les habitants des montagnes et des lieux secs et élevés périssent plutôt que ceux qui habitent près des fleuves et sur les bords de la mer. Pour nous, le Nil nous sauve de cette calamité comme de beaucoup d’autres, par le débordement de ses eaux. Quand les dieux purifient la terre par un déluge, les bergers et les bouviers sont à l’abri sur leurs montagnes, tandis que les habitants de vos villes sont entraînés par les torrents dans la mer. Chez nous, au contraire, jamais les eaux ne descendent d’en haut pour inonder nos campagnes : elles nous jaillissent du sein de la terre. Voilà pourquoi nous avons conservé les monuments les plus anciens. En tout pays, le genre humain subsiste toujours en nombre plus ou moins considérable, à moins qu’un froid ou une chaleur extrême ne s’y oppose.

Platon décrit des catastrophes naturelles : séismes, inondations, canicules ou incendies ; mais ne les met absolument pas en relation avec la « grande année », et envisage très clairement des catastrophes limitées dans l’espace.

En ce qui concerne Aristote, nous n’avons aucun texte de lui évoquant une « grande année », mais uniquement des indications très indirectes : certains supposent qu’un texte disparu de Cicéron, l’Hortensius, qui évoque une grande année de 12 954 ans, serait basé sur un texte également disparu d’Aristote, le Protreptique. Ce chiffre de 12 954 ans est mentionné par Tacite, mais ce dernier ne fait pas référence à Aristote :

S’il est vrai, comme Cicéron l’écrit dans son Hortensius, que la grande et véritable année soit accomplie, lorsqu’une position donnée du ciel et des astres se reproduit absolument la même, et si cette année en comprend douze mille neuf cent cinquante-quatre des nôtres, [...]

(Tacite, Dialogue des Orateurs, XVI)

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Qu’en est-il chez Aristote des « grandes révolutions dans l’espace environnant la Terre, qui entraînent la disparition cyclique de ce qui recouvre le globe », comme il est dit dans le film ? Je n’ai pas la prétention d’avoir lu tout Aristote, mais il me semble que le texte qui se rapprocherait le plus de cette idée de « disparition cyclique de ce qui recouvre le globe » serait le chapitre XIV du livre I de la Météorologie :

Les mêmes lieux de la terre ne sont pas toujours humides ou secs ; mais leur constitution varie selon la formation ou la disparition des cours d’eau. C’est là ce qui fait que le continent et la mer changent aussi de rapport, et que les mêmes lieux ne sont pas toujours de la terre ou toujours de la mer. La mer vient là où était jadis la terre ferme ; et la terre reviendra là où nous voyons la mer aujourd’hui.
Il faut croire d’ailleurs que ces phénomènes se succèdent, selon un certain ordre et une certaine périodicité. Le principe et la cause de ces mouvements, c’est que l’intérieur de la terre, tout comme les corps des plantes et des animaux, a ses époques de vigueur et de dépérissement.
La seule différence c’est que dans les plantes et les animaux ces changements n’ont pas lieu en partie seulement, mais c’est l’être tout entier qui par une loi nécessaire fleurit, ou se meurt, tandis qu’au contraire pour la terre, ces changements ne se font que partiellement par le froid et par la chaleur.
Le froid et la chaleur eux-mêmes s’accroissent ou diminuent par le soleil, et par le mouvement de révolution ; et c’est par le chaud et le froid que les diverses régions de la terre prennent une propriété différente, pouvant, durant un certain temps, rester humides, puis se desséchant et vieillissant ensuite. D’autres lieux revivent et redeviennent par portions successivement humides

Ce que Aristote nous décrit ainsi, ce sont des alternances d’assèchement/submersion des continents (il s’appuiera dans la suite du texte sur le cas du delta du Nil, autrefois mer puis comblé progressivement par les alluvions tandis que l’Egypte se desséchait). Mais il est très loin de penser à des catastrophes brutales, de type déluge ou sécheresse caniculaire :

Ce qui fait que ces phénomènes nous échappent, c’est que toute cette formation naturelle de la terre ne se fait que par additions successives et dans des temps immensément longs, si on les compare à notre existence ; des nations tout entières disparaissent et périssent avant qu’on ne puisse conserver le souvenir de ces grands changements, de l’origine jusqu’à la fin.
Les destructions des peuples sont les plus considérables et les plus rapides dans les guerres ; d’autres tiennent à des épidémies, d’autres à des famines ; et ces causes tantôt détruisent les peuples tout à coup, tantôt petit à petit. Aussi ne se rend-on pas compte des transmigrations de ces populations ; car tandis que les uns abandonnent la contrée, d’autres persistent à y rester jusqu’à ce que le sol ne puisse plus absolument y nourrir personne.
Entre la première observation et la dernière, on doit croire qu’il s’est écoulé des temps si considérables que personne n’en a conservé le souvenir, et que ceux qui avaient pu être sauvés et qui sont restés ont tout oublié par la longueur même du temps. C’est de la même façon que nous échappe, à ce qu’on doit croire, l’époque du premier établissement des nations sur ces terrains qui changent et qui deviennent secs après avoir été marécageux et inondés.
C’est qu’en effet cet accroissement du sol habitable, ne se fait que petit à petit et après de longs siècles, de sorte qu’on ne sait plus ni quels ont été les premiers occupants, ni à quelle époque ils sont venus, ni quel était l’état de la contrée quand ils y vinrent.

On est donc bien là sur des échelles de temps longues, et ce que Aristote nous décrit s’apparente plus, en termes actuels, à des changements climatiques et phénomènes de subsidence ou d’alluvionnement, qu’au déluge décrit par l’Ancien Testament ou à la « grêle de feu » de l’Apocalypse de Jean – qui n’ont eux, par ailleurs, aucun caractère cyclique qui ne pourrait qu’être contraire au discours eschatologique.

La cause que l’on pourrait peut-être assigner à tous ces faits, c’est que de même qu’à certaines époques fixes, l’hiver se produit dans les saisons de l’année, de même aussi se produit un grand hiver qui relève de quelque immense période, et qui amène une excessive abondance de pluies.

On retrouve bien ici chez Aristote la notion de « grand hiver » exposée plus haut (voir Censorin), et donc probablement de « grande année » (« quelque immense période ») ; Aristote évoque une sorte d’année « cosmique » avec ses hivers pluvieux (cataklysmos) et ses étés secs et chauds (ekpyrosis), mais à la différence de Bérose ou des Stoïciens n’envisage pas de fin du monde, de catastrophe touchant toute la planète :

Ce n’est pas du reste toujours dans les mêmes contrées que ce phénomène se manifeste, et c’est comme ce qu’on appelle le déluge de Deucalion. Ce déluge s’est étendu surtout sur les contrées helléniques, et parmi elles sur la vieille Hellade.[...]
Avec le temps, tel lieu se dessèche davantage, tel autre se dessèche moins, quand il a été bien inondé, jusqu’à ce qu’arrive de nouveau la révolution de cette grande période.
Comme il y a nécessairement quelque changement de l’univers, sans qu’il y ait cependant pour lui ni naissance ni destruction, puisqu’il subsiste toujours, il y a une nécessité égale, ainsi que nous le soutenons, que les mêmes lieux ne soient pas toujours inondés par la mer ou les fleuves, et que les mêmes lieux ne soient pas toujours secs. Les faits sont là pour le prouver.

L’idée même de destruction du monde est étrangère à Aristote, pour qui l’univers est éternel, incréé, indestructible et régulier : ainsi, par exemple dans Du Ciel, le philosophe s’attache à « montrer qu’il n’y a qu’un seul et unique ciel, qu’il est incréé, éternel, et de plus qu’il se meut d’une façon régulière et uniforme. » (Livre II chapitre VI)

Pour terminer sur cette idée de cataclysmes cycliques, il est clair que le film amalgame peu subtilement des idées parfois contradictoires et des auteurs bien différents. Il est clair également que les spéculations philosophiques de ces auteurs anciens sur la « cyclologie » ne sont que cela : des spéculations. S’appuyer sur ces auteurs pour affirmer l’existence d’une « grande année » entraînant son cortège de destructions cycliques revient à s’appuyer, par exemple, sur l’autorité d’Aristote pour affirmer que les séismes sont provoqués par le vent, ou que la Terre est immobile au centre de l’Univers… Déjà au XVIIIème siècle l’astronome François Arago (plus critique sur ce point que sur celui des « gardiennes du ciel », voir plus haut) montrait l’inanité de cette « cyclologie des Anciens » :

À une époque où tant de philosophes se persuadaient que les destinées des hommes et même celles de la Terre, considérée en masse, étaient réglées par le cours des astres, il n’y avait rien d’outré à supposer que chaque grande année ramènerait la même suite, le même ordre de phénomènes moraux et physiques ; le même cours d’événements politiques ou militaires ; la même succession de personnages célèbres par leurs vertus, par leurs vices ou par leurs crimes. Dans ce système, l’histoire d’une seule grande année aurait été celle des suivantes.[...]
L’alternat de cataclysmes et de conflagrations n’était pas admis généralement. Certains philosophes ne croyaient qu’à des déluges ; d’autres qu’à des incendies. Il en existait enfin qui, assimilant les âges du monde à ceux de l’homme, voyaient la nature croître en force et en vigueur pendant la première moitié de la grande année, et marcher ensuite, durant la seconde moitié, vers la décrépitude. Quant à Platon, il s’était rangé à l’opinion que le monde, au premier jour du grand cycle, possède le maximum de force, et qu’à partir de là, tout décroît, tout s’affaiblit graduellement. La tradition sur les quatre âges caractérisés par quatre métaux, est la traduction vulgaire de l’idée de Platon.[...]
Les anciens tombèrent encore moins d’accord sur la longueur de la grande année que sur sa signification. Les uns portèrent cette longueur jusqu’à 6 570 000 ans, d’autres la réduisirent à quelques centaines d’années. Cicéron, dans le Songe de Scipion, dit qu’il n’ose pas décider de combien de siècles l’année parfaite se compose.[...]
Les grands noms de Platon, de Cicéron, de Sénèque, de Plutarque, ne doivent pas nous empêcher de ranger les opinions des anciens sur les relations de la grande année avec les événements de toute nature observables sur la Terre, au nombre des conceptions les plus creuses que l’antiquité nous ait léguées.

(François Arago, Astronomie populaire, Livre XXXIII, chapitre 43)

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Conclusion générale

Au terme de ce recensement des quelques références bibliographiques qui apparaissent dans le film La Révélation des Pyramides, je voudrais noter quelques points :

- J’ai bien conscience des limites de l’exercice : un film, particulièrement un film grand public, n’est pas un ouvrage scientifique, et ne saurait ni entrer très avant dans le détail de questions complexes, ni fournir des références exhaustives. Cependant, en l’absence du livre de Jacques Grimault censé avoir servi de base au film et jamais paru suite semble-t-il à un imbroglio juridique, et devant le refus du même de fournir le moindre élément bibliographique au cours des échanges avec lui – ne faisant que la vague promesse d’en dire plus dans l’opus suivant – c’est un des rares moyens dont on dispose pour évaluer, non pas la qualité du film, mais celle de la démarche de construction de l’hypothèse des auteurs telle qu’elle nous est présentée.

- Rien ne dit que les ouvrages entr’aperçus dans le film et les auteurs mentionnés font réellement partie de la bibliographie de Jacques Grimault, ni qu’ils en représentent la totalité. Mais même si on peut admettre que le choix de certaines couvertures ou gravures ait reposé sur des considérations esthétiques, comme l’affirme le réalisateur Patrice Pooyard, il est difficile de croire que tous ces ouvrages aient été choisis au hasard ; quant aux auteurs mentionnés (Agatharchide, Platon, Aristote…), on voit mal quelle dimension esthétique leur nom aurait pu apporter au film.

- Je n’ai volontairement rien dit ici des contemporains interrogés dans le film. D’une part parce que le travail d’analyse de leur témoignage a déjà été partiellement fait ailleurs (voir ici ou ) ; d’autre part par choix de me consacrer aux références livresques.

Si l’on résume maintenant ce qui semble transparaître de cette liste de références : - Absence de toute référence contemporaine, particulièrement en égyptologie ; la bibliothèque du film est très riche en ouvrages du XVIIIème et XIXème siècles, mais on n’y voit pas grand chose comme ouvrages récents. On peut admettre un choix esthétique,  les vieux livres ayant une connotation surannée et érudite assez sympathique ; mais il est pour le moins malheureux que ces « vieux bouquins » illustrent régulièrement la critique de l’égyptologie et de « l’histoire officielle ». - Références dont le moins qu’on puisse dire est que leur contenu scientifique est assez limité : Stéphen-Chauvet sur l’Ile de Pâques, Taylor, l’abbé Moreux et Tompkins sur les pyramides, le chamane New Age Aribalo sur Cuzco… - Recours fréquent à l’autorité des Anciens : Pline, Agatharchide, Platon, Aristote sont appelés à la rescousse pour soutenir les hypothèses du film, au prix parfois d’une distorsion de leurs idées ; c’est d’autant plus amusant que les auteurs reprochent vivement aux égyptologues de s’appuyer sur Hérodote… - Non vérification des sources : de vieilles lunes de la pyramidologie ou de l’astrologie sont reprises, visiblement sans qu’il y ait eu recherche et vérification des sources primaires ; exemples : « gardiennes du ciel » incorrectement identifiées en se basant sur une interprétation erronée de Bailly au XVIIIème siècle, référence à une pseudo-citation d’Agatharchide inventée de toutes pièces par Stecchini en 1971… - Enfin, manipulation d’une référence, l’ouvrage de Cole sur les mesures de la pyramide, par l’insertion d’une fausse page, insertion que le réalisateur justifie par deux fois en prétendant absurdement qu’elle était nécessaire pour que le public français n’ait pas à convertir les mesures anglaises de Cole – alors même que l’original de Cole contient les mesures en mètres…

Tous ces éléments ne sont, pour Jacques Grimault, que des détails, et pour Patrice Pooyard, des éléments nécessaires à la réalisation d’un film où il faut présenter les choses « de manière spectaculaire et un peu sensationnelle ». Personnellement, il me semble y avoir un monde entre le fait pour les égyptologues de « publier de beaux livres » et « soigner leur style », et le fait d’utiliser, sciemment ou non, des références inexistantes ou déformées, ou d’ignorer volontairement les acquis de toute une discipline. Un esprit mal tourné pourrait de plus discerner dans ces réponses des auteurs un certain mépris pour le spectateur considéré comme incapable d’appréhender la complexité de « sujets qui lassent vite l’attention du public »

Mise à jour du 16 août 2013 : Un lecteur me signale en commentaire (voir ci-dessous) une autre référence importante de M. Grimault à des auteurs alternatifs, référence qui n’est pas mentionnée dans le film et que je n’avais pas identifiée. Il s’agit des ouvrages de MM. Mouny et Gruais, en particulier Le grand secret des pyramides de Guizeh (1992) et Le grand secret du Sphinx de Guizeh (1994). Voir par exemple la figure qui apparaît à 1h 35mn 40s dans le film, dont on peut trouver l’équivalent avec la figure 17 page 46 du livre Le grand secret des pyramides de Guizeh ; une bonne partie des jeux numériques de M. Grimault sur la coudée et les nombres Pi et Phi se retrouve également dans le même livre.

[1] Sic ! En fait Fomalhaut n’appartient pas à la constellation des Poissons, mais à celle du Poisson Austral

[2] Contrairement à ce que semble affirmer ici le film, Fomalhaut a toujours été considérée comme faisant partie du Poisson Austral, qui est une des plus anciennes constellations identifiées. Ainsi dans l’Almageste de Ptolémée (voir page 83 du volume II, livre VIII, de la traduction d’Halma publiée en 1816) Fomalhaut est bien indiquée comme « étoile de première grandeur » du « Poisson méridional », sous l’appellation d’« étoile de la bouche au commencement de l’eau » – ce qui a d’ailleurs donné le nom actuel de Fomalhaut, dérivé de l’arabe « fum al-ħūt », la « bouche du poisson ». Mais il est vrai que pour les anciens ce Poisson était systématiquement associé au Verseau, et présenté comme buvant l’eau versée par le Verseau, d’où une position un peu intermédiaire de Fomalhaut, à la fois bouche du Poisson et extrémité du filet d’eau du Verseau. D’ailleurs Ptolémée la compte également au nombre des étoiles du Verseau (voir page 65).

Publié dans ASTROLOGIE, HISTOIRE | Pas de Commentaire »

Jacques Halbronn Le Kalendrier des Bergers comme encyclopédie et le Tarot.

Posté par nofim le 1 août 2015

Etudes pastoriennes.  La dimension encyclopédique du Kalendrier des Bergers et  la formation du Tarot.

par  Jacques  Halbronn

 

 

 

 

Le Kalendrier et Compost des Bergers   comporte une dimension encyclopédique, qui en fait le recueil de

plusieurs sphères de connaissance. Il ne saurait en aucune façon être défini par la seule dimension

astrologique. On  y trouve en effet des motifs religieux et d’autres relevant de la médecince et de l’astronomie. En ce sens, il préfigure l’almanach moderne type Vermot en tant que  s’adressant  à une

population désireuse de se cultiver.

Il convient, en tout état de cause,  de distinguer astrologie savante et astrologie populaire (voir Halbronn 1987), le niveau de technicité n ‘étant pas le même, étant entendu que les deux formes d’astrologie tendent à s’imbriquer l’une dans l’autre à certaines époques, notamment du fait qu’elles recourent aux mêmes signifiants sinon aux mêmes signifiés. Le rapport de l’astrologie populaire aux données astronomiques reste, en effet, superficiel et figé, comme le montre le Kalendrier et Compost des Bergiers dont nous verrons cependant que la dimension pastorale est largement usurpée. En ce sens, cet ouvrage appartiendrait à la série des contrefaçons. Il reste que nous avons ici affaire plus à un exposé d’astronomie que d’astrologie, le terme astrologie étant utilisé essentiellement, dans cette encyclopédie populaire de la fin du XVe siècle, traitant notamment de médecine et d’agriculture, pour désigner ce que nous appelerions astronomie. Ce texte perdurera à peu près inchangé parallélement à l’astrologie dite savante et en quelque sorte lui survivra au XVIIIe siècle avant de se fondre avec elle à l’aube du XXe siècle lorsque cette dernière « renaîtra ».

 

Nous dirons qu’est savant un texte qui implique une certaine valeur ajoutée pour être efficient, exige un savoir qui n’est pas totalement fourni tandis que serait qualifié de populaire, un produit prêt à être consommé tel quel. De ce point de vue, si les pronostications de Nostradamus relèvent d’une astrologie populaire, ses Centuries s’adresseraient plutôt, dépourvues qu’elles sont de tout commentaire ou du moindre mode d’emploi, à des personnes sachant en faire bon usage.

 

D’où un jeu social concernant les auteurs des textes concernés: pasteurs ou philosophes? Peut-on classer les Centuries dans le registre de l’astrologie populaire? Nous pensons tout au plus que Nostradamus a pu s’inspirer de certains schémas liés au calendrier puisqu’il fut un faiseur d’almanachs. On trouve en fait dans les Centuries un mélange qui n’est pas sans rappeler celui de laPronosticatio de Lichtenberger, mi astrologique, mi prophétique.

 

Ces publications dont Rabelais traite dans sa Pantagruéline Pronostication sont d’une lecture relativement aisée si l’on fait abstraction d’un certain jargon planétaire sans lequel d’ailleurs on ne saurait pas qu’il s’agit d’un texte astrologique. On disposerait donc de deux définitions du texte astrologique: stricto sensu, il est nécessaire que le texte s’appuie sur des données astronomiques précises, correspondant aux dates étudiées, mais dans un sens plus large, tout texte qui emprunte à l’astrologie une certaine terminologie deviendrait ipso facto astrologique. Et dans le cas des quatrains des Centuries, la dimension astrologique n’est pas facile à cerner, elle va très vite devenir, en tout cas, pour ses commentateurs, d’un intérêt marginal. Ce n’est pas, en effet, parce que Nostradamus est, de par son métier, astrologue que son écriture prophétique et oraculaire est ipso facto d’essence astrologique.

I. Nostradamus et le Kalendrier des Bergers

 

Le prophétisme, qu’il soit le fait de Lichtenberger (cf notre étude sur le site du CURA) ou de Nostradamus, a largement emprunté certains traits de la pronostication astrologique voire de l’almanach. En effet, les quatrains prophétiques des Centuries se virent adjoindre, en 1594, dans le Janus Gallicus, ceux des almanachs et y trouvèrent leur place à égalité au sein du commentaire de Chavigny Jean-Aimé (de) . Or, ces quatrains – qui reçurent, par la suite, le nom de « présages » – figurèrent d’abord au sein du calendrier, placé en tête des premiers almanachs nostradamiques, mois par mois, suivant ainsi un modèle propre au Kalendrier des Bergers, avec cette seule différence qu’ils sont renouvelés chaque année alors que ceux du Kalendrier et Compost relèvent d’un calendrier figé et sont eux mêmes constitués une fois pour toutes et que toute iconographie a disparu des almanachs du milieu du XVIe siècle.

 

Le couple Almanach/ Pronostication est donc classique notamment chez Michel de Nostredame, qui élabore en quelque sorte une prophétie d’almanach »; il est vrai, comme on le verra à propos de cet auteur, que le calendrier qui figure au sein de l’almanach peut fort bien se voir greffer des éléments divinatoires voire prophétiques par le biais de quatrains ou par de brefs oracles en face de tel jour de tel mois. L’almanach, le calendrier, même si ce n’est pas leur vocation première, peuvent acquérir un statut prophétique ou comporter des additions qui offriraient un tel caractère. En effet, l’almanach nous parle du temps, dans les deux sens que revêt ce mot en français, il nous fournit aussi des informations d’ordre politique et historique, comme c’est le cas pour leKalendrier des Bergers au chapitre des Nations Chrétiennes. La pronostication est une approche dynamique de ce que l’almanach affirme de façon statique et récurrente mais l’un et l’autre s’interpénètrent. Autant dire que l’almanach relève d’abord de l’astronomie et la pronostication de l’astrologie; le couple almanach-pronostication incarnerait le passage plus ou moins admis de l’une vers l’autre.

 

Que cela n’ait pas été le cas, d’une façon générale, pour le Kalendrier des Bergers[1] , est finalement assez secondaire dans la mesure où celui-ci peut être considéré comme une des sources de l’almanach français. Le discours prophétique s’est largement constitué autour des structures de l’astrologie auxquelles il a donné une dimension supplémentaire mais aussi dont il a profité pour y trouver une certaines légitimité. Le Kalendrier perpétuel se change volontiers en « Prophéties perpétuelles » . Tout comme l’astronomie sous-tend la dimension prévisionnelle de l’astrologie, de même pour le kalendrier qui, dès lors qu’il est découpage du temps, et qu’il se veut récurrent ou cyclique est en mesure d’étayer un discours prophétique.

 

Certes, hormis la récupération de quatrains inoffensifs par Nostradamus, genre auquel il va conférer une dimension proprement prophétique, il reste que sur le fond, la rencontre entre le prophétique et le Kalendrier & Compost des Bergiers n’a pas vraiment eu lieu, si ce n’est avec la présence d’un motif apocalyptique: « Nous avons ouy dire souvent que Monseigneur Saint Jehan dit en lapocalipse (sic) avoir veu un cheval de couleur pale sur lequel séait (sic) la mort ». Cette addition se retrouvera dans toutes les éditions du Kalendrier et Compost des Bergiers. Cela dit, la référence n’est pas insignifiante et J. Delumeau rappelle cette parole de Luther, un peu plus tard: « Nous avons atteint le temps du cheval blême de l’Apocalypse (…) ce monde ne durera pas plus d’une centaine d’années »[2]

 

Encore convient-il de souligner à quel point le calendrier constitue un pôle exégétique pour l’astrologie au même titre que les mouvements célestes; il importe également de préciser qu’hémérologie et astronomie s’ajustèrent longtemps fort bien et qu’il n’y avait pas de calendrier sans observation du ciel. Historiquement, le calendrier sera associé à la divination à commencer par les spéculations annuelles, pour telle ou telle année.

 

En fait, il faudra près d’un siècle pour que le Kalendrier des Bergers accueille des passages qui le relient au discours prophétique: c’est ainsi que vers 1589, le libraire Nicolas Bonfons Nicolas publie le Grand Calendrier & Compost des Bergers (British Library, Londres (BL), K 2385) qui comporte in fine un chapitre intitulé « Révolutions des années selon les conjonctions des planètes en chacun des douze signes ». Mais c’est surtout dans un autre texte intitulé Almanach et Pronostication des Laboureurs de Jean Vostet Breton alias Estienne Tabourot [3]  – qui est au demeurant sensiblement diffèrent du Kalendrier des bergers – il s’appuie notamment sur les saints du calendrier pour faire ses prévisions- que l’on trouve un important développement sur l’année 1588 – annus mirabilis – annoncée par le pseudo- Regiomontanus [4]  .

 

Le cas d’Etienne Tabourot, est remarquable en ce que de toute évidence, son livre, l’Almanach et pronostication des laboureurs, est une commande que son oncle Jehan (Toinot Arbeau) n’avait pas eu le temps de satisfaire; il est loin d’être un partisan convaincu de l’astrologie et cite d’ailleurs le Mantice de Pontus de Thyard pour afficher son scepticisme: il s’agit d’une compilation d’ouvrages astrologiques. Or, nous verrons que cet ouvrage sera appelé à diffuser l’astrologie tout au long du siècle suivant…

 

Ce qui nous a fait par ailleurs, retenir ce corpus tient, du point de vue de l’analyse chronologique, à la richesse et à la complexité de son histoire et de sa genèse à commencer par le passage du Kalendrier des Bergers au Kalendrier et Compost des Bergiers, avec en outre la question de la traduction anglaise et la recherche du modèle français utilisé. Cette étude s’inscrit, d’ailleurs, dans le cadre de nos recherches sur l’influence de l’astrologie française en Angleterre, notamment, à propos de l’importance de Claude Dariot par rapport à la Christian Astrology de William Lilly, au milieu du XVIIe siècle. (Postface à son Introduction au jugement des astres, Puiseaux, Pardés, 1990 ,consulter aussi notre article consacré à ce médecin de Beaune, publiant dans la seconde partie du XVIe siècle sur le site du CURA, un autre concernant son contemporain, le médecin astrologue de Toulouse, Auger Ferrier, sur le même site, ainsi que notre étude « The revealing process of translaton and criticism in the History of Astrology » dans le collectif dirigé par P. Curry, Astrology, Science and Society, Woodbridge, Boydelll Press, 1987, cf P. Curry, N. Campion, J. Halbronn, La Vie Astrologique il y a cent ans, Paris, Trédaniel, 1992, ou encore G. Bezza, sur les traductions de textes « continentaux » en Angleterre, en introduction à l’édition française du Primum Mobile de Placide de Titis, Ed. FDAF, 1998)

 

La littérature astrologique d’expression française avait été relativement riche au moyen Age au niveau des manuscrits[5] . Elle semble décliner sensiblement à l’âge des imprimés tant et si bien que le Kalendrier et Compost des Bergers, qui est publié à Paris en 1493 par Guyot Marchant[6]  apparaît comme un des tout premiers textes imprimés en langue française, consacré un tant soit peu à l’astrologie, mais en fait fortement orienté vers l’astronomie. La forme Kalendrier des Bergiers, sans mention du compost tout en comportant les pièces, se maintiendra toutefois dans les impressions lyonnaises et c’est précisément cette présentation qui passera en Angleterre[7] .

 

En dehors du Kalendrier et Compost des Bergers, il faut se contenter, en français, en matière de littérature astrologique didactique imprimée, de quelques chapitres au sein de sommes telles que le Propriétaire des Choses de Bartholomeus Anglicus, la Nef des Fous de Sebastian Brandt, les Fleurs et secrets de Raoul du Mont Verd, le De Harmonia Mundi de Francesco Giorgio ou le Miroir du Monde de Gaulthier de Metz ou enfin le Coeur de Philosophie [8] . Par ailleurs, il importe de signaler les Livres d’Heures qui relèvent peu ou prou de la littérature des calendriers et des almanachs.

 

Le Kalendrier des Bergers apparaît au XVe siècle – sa première édition répertoriée date de 1491 [9]  – même s’il n’émerge vraiment qu’à la charnière avec le siècle suivant  [10] . C’est là un des premiers textes astrologiques de langue française jamais imprimés [11] . Il ne s’agit pas au demeurant d’un traité très sophistiqué d’astrologie mais il constitue une somme fort riche sur le plan iconographique et est un témoignage précieux d’une astrologie populaire encore que ce caractère populaire, dans ses expressions françaises, soit plus ou moins factice comme on le montrera. Par ailleurs, la fortune de ce texte en Angleterre retiendra notre attention et y ouvre un champ d’influence qui nous amène à Nostradamus et à Claude (voir notre étude sur le site du CURA [12] ) et se prolonge au delà du XVIIe siècle.

Le contenu astrologique du Kalendrier des Bergers

 

En apparence, le Kalendrier (et Compost) des Bergers appartient à une littérature astrologique populaire: ne se présente-t-il pas très vite comme l’oeuvre des bergers et non de savants?

 

En réalité, ce texte ne comporte pas certaines caractéristiques de la littérature astrologique « agricole ». Il ne comprend pas de prédictions fondées sur le jour de la semaine où tombe la Noël ou le Jour de l’An. A la différence des Prophéties Perpétuelles de Thomas Joseph (fin du XVIIIe siècle), il ne fournit aucun moyen de connaître à l’avance la situation climatique. En fait, c’est un ouvrage qui se veut inactuel et utilisable des années durant, il constitue une alternative par rapport aux publications annuelles mais ne s’agit-il pas plutôt d’une sorte d’encyclopédie?. Le Kalendrier des Bergers est conçu pour servir longtemps. Toutefois, on y trouve des dates précises qui constituent un élément de classement (voir infra).

 

Une de ses caractéristiques est l’abondance des illustrations: représentation de signes du zodiaque, de planètes, des enfants des planètes, de bergers etc. En cela, il nous semble assez atypique, du moins au XVIe siècle, de la littérature du genre très chiche en matière iconographique[13] .

 

On s’intéressera à ce qu’a pu être ce texte en amont (l’Allemagne) et en aval (l’Angleterre). Le cas du Kalendrier des Bergers qui figure en tête de notre série de recherches textologiques nous apparaît paradigmatique dans l’application de nos méthodes. L’inconvénient de l’approche en amont tient à ce que cela implique de décrire préalablement le Kalendrier des Bergers français pour pouvoir établir la comparaison.

 

Toutefois, afin d’étayer notre démonstration sur des documents que nous aurons décrits, nous renvoyons in fine la question des ascendances allemandes du Kalendrier des Bergers.

 

 

Les quatrains et le calendrier

 

Notre investigation du texte prophétique et de ses sources nous a montré à quel point il convenait de ne pas limiter les sources au domaine a priori concerné. L’astrologie n’est pas nécessairement d’ordre prophétique et le cas du Kalendrier des Bergers le prouve assez. Mais là n’est pas la question: il semble bien que Nostradamus ait utilisé le schéma de cet ouvrage pour concevoir ses almanachs.

 

Les quatrains de Nostradamus ne sont pas réservés aux Centuries. Il semble bien que ses premiers quatrains – les plus authentiques peut-être – ceux qui ne sont pas liés aux manipulations des éditions des centuries – sont ceux des almanachs. Pour chaque mois du calendrier, pour chaque année, Michel de Nostredame produisait un quatrain ainsi que pour l’année.

 

Ces quatrains d’almanachs feront partie des éditions du XVIIe siècle, sous le nom de Présages mais ils sont relativement peu commentés en dehors du travail que leur consacra précisément Jean Aimé de Chavigny, le compilateur du Janus François (1594). D’ailleurs, l’Angleterre qui accueillera très tôt, dès le début du XVIe siècle le Kalendrier des Bergers, connaîtra également les almanachs de Nostradamus en traduction – avec leurs quatrains – dès leur parution, bien avant d’accéder à ses Prophéties, au siècle suivant.

 

Dans le Kalendrier des Bergers, les quatrains sont d’un faible intérêt – on n’en connaît en fait que douze, toutes éditions françaises confondues. Nostradamus détournera cette formule innocente en lui conférant une dimension prophétique qu’ils ne comportaient pas, à l’origine, dans le modèle allemand.

II. Les premières éditions du Kalendrier

 

La succession des éditions de cet ouvrage en l’espace de quelques années avec à chaque fois de nouveaux éléments, est ce qui nous retiendra au premier chef.

Les éditions du parisien Guyot Marchant [14]

 

L’on s’accorde généralement pour considérer que jusqu’en 1500, le principal maître d’oeuvre des versions successives du Kalendrier des Bergers ait été le libraire parisien Guy Marchant (en latin, Mercator) [15] .

 

On commencera par décrire les premières étapes constitutives de ce qui est en fait un recueil. Nous avons étudié deux éditions imprimées en 1491 par Guyot Marchant [16] : l’une est à la Mazarine (Inc. 584), et s’intitule Kalendrier des Bergiers, l’autre à la Bibliothèque d’Amiens (Res 270C), c’est le Compost et Kalendrier des Bergiers [17] .

 

Le Kalendrier des Bergers de la Mazarine est probablement une pièce ancienne dont il a du exister des éditions antérieures. Le calendrier proprement dit est rédigé en latin à la différence des éditions ultérieures. Il ne comporte aucun élément extérieur au domaine du calendrier.

 

Le Compost et Kalendrier des Bergers de la BM d’Amiens, en revanche, bien qu’également daté, au colophon, de 1491, couvre un champ beaucoup plus large, qui dépasse très largement le champ hémérologique. C’est pourquoi nous supposerons qu’il y eut des étapes antérieures, notamment correspondant à l’exemplaire de la Mazarine à moins que cette date ne soit qu’une réminiscence.

 

Dans le second prologue de l’exemplaire d’Amiens, l’ouvrage est ainsi présenté: « Nous le nommons compost car il comprend tout le contenu du compost entièrement et plus par ce que dit et enseigne les iours heures et minutes des nouvelles lunes et des éclipses de soleil et de lune ce que le compost ne fait pas. » Le terme « compost », en lui même, ne désigne donc pas les parties non astronomiques de l’ouvrage comme on pourrait le croire mais plutôt une sorte de comput[18] .

 

A l’instar des éditions ultérieures, notre exemplaire comporte en effet deux prologues consécutifs, présentés comme tels mais différant quelque peu quant au contenu.

 

Toujours dans le second prologue, nous trouvons une explication quant au titre de l’ouvrage: « Et l’avons dit des bergiers car il est tant facile que simples gens bergiers et non clercs le pourront comprendre entendre et savoir mais que y appliquent leurs entendemens. »

 

Les auteurs reconnaissent que la formule indique simplement une volonté didactique mais non que l’ouvrage a été réalisé par des bergers, comme il sera prétendu dans les éditions suivantes. C’est en fait l’édition de 1493 qui fera souche en imposant cette présentation quelque peu complaisante: « On peut vivre comme les Bergers qui gardent les brebis aux champs sans savoir lettres ni écriture mais seulement par aucunes figures qu’ils en ont en petites tablettes de bois, avoir connaissance des cieux, des signes, des étoilles, des planettes, de leurs mouvements & proprietez ».

 

L’exemplaire d’Amiens, dont manque notamment la page de titre, comportant vraisemblablement une table des matières sur la page de titre, est d’autant plus intéressant qu’il s’articule sur une organisation qui perdra de ses contours par la suite.

 

« La première (partie) est dicte science salutaire des simples gens autrement le livre de Jésus; la seconde est nostre dit compost et kalendrier; la tierce nostre astrologie, et cognoissance des estoilles; la quatriesme nostre phisique et régime de santé la cinquiesme est nostre phisionomie pour savoir cognoistre plusieurs vices (..) du monde ». Jouant sur la parabole du « bon pasteur » pour Jésus Christ, le kalendrier des bergers justifie ainsi sa dimension religieuse qui occupe d’emblée la première partie, reléguant le calendrier en deuxième position.

La référence à Ptolémée

 

Au début du XVIIe siècle parut en Angleterre un Compost of Ptolomeus, présenté comme une traduction du français [19] . Cette édition ne comporte pas de référence aux bergers. Selon nous, le libraire parisien aura par la suite remplacé le nom de Ptolémée, Claude ou celui d’astronome par celui de berger, le reste du texte restant inchangé. Ce Compost of Ptolomeus; constituerait une étape précédant celle correspondant à l’exemplaire d’Amiens. Les additions tardives feront d’ailleurs réapparaître le nom de Ptolémée, à propos d’une description des douze signes que l’on retrouve d’ailleurs dans les éditions tardives du Propriétaire des Choses.

 

Addition ptolémaïque: « S’ensuit un petit traité pour connaître quelle fortune aura l’homme ou la femme étant nés sous quelque planète que ce soit. Moi considérant le cours des corps célestes & la puissance de Dieu omnipotent (…) je me suis mis à lire ce petit traité en latin et l’ai translaté en français pour endoctriner les gens non lettrés (..) Ces signes assignent les fortunes & infortunes des hommes & des femmes, comme on trouve au livre de Ptolémée »

 

Ce texte pose en outre un autre problème: l’auteur reconnaît que le savoir doit venir d’en haut et ne peut qu’ensuite être vulgarisé, ce qui semble en contradiction avec l’esprit du Kalendrier des Bergers.

 

L’on pourrait certes objecter que ledit texte ptolémaïque est une pièce rapportée. Or, on le trouve précisément dans le dit Compost of Ptholomeus sous le titre de Prologue of Ptholomeus upon the XII signs, avec également l’emploi de la première personne du singulier. Nous aurions ainsi l’exemple d’un texte faisant partie du corpus central et qui aurait été placé par la suite, dans la version classique, en situation d’annexe.

 

L’on signalera que certaines éditions du Kalendrier et Compost des Bergers ne comportent plus de référence à Ptolémée: dans l’édition troyenne de Nicolas Le Rouge Nicolas, la formule « Ces signes assignent les fortunes & infortunes des hommes et des femmes comme on trouve au livre de Ptolomée » [20]  ne figure pas, alors que le reste du texte est identique. Mais curieusement, l’édition troyenne comporte en vignette pour cette même page ce qui pourrait bien être une représentation du dit Ptolémée.

 

L’on pourrait évidemment inverser la proposition et soutenir à l’instar de Lathrop [21]  que c’est le libraire anglais William Wyer qui a transformé le berger en Ptolémée. Pour notre part, nous penchons pour le processus inverse, la forme « pastorienne » étant l’achèvement et non l’origine.

 

La difficulté tient au fait que le texte anglais du Compost of Ptholomeus, dépourvu de toute illustration et de tout calendrier – à la différence de la plupart des éditions du Kalendrier et Compost des Bergers – est essentiellement le même que celui d’une des traductions anglaises du Kalendrier (voir infra). Selon nous, le Kalendar a servi de base à la traduction du Compost, soit l’inverse. On ne connaît pas d’édition très ancienne du Compost. Dans ce cas, lorsque le Compost a été traduit mais non composé, on aurait recouru à la traduction anglaise existante duKalendar [22] . Ce qui expliquerait certains soupçons concernant Wyer, lequel se serait bien servi du Kalendar pour faire son édition du Compost mais qui n’aurait pas inventé le Compost qui est la source du Kalendar [23] .

 

Il apparaît cependant que des vignettes du Kalendrier aient été imprimées en Angleterre dès la fin du XVe siècle. On trouve ainsi dans le Gouvernayle of helth, attribué à John Lydgate (Bodleian Library, Oxford), édité par W. Caxton, vers 1489-1491 [24] , une vignette représentant Mercure et les métiers qui en dépendent [25] .

 

Signalons qu’en 1650 paraîtra à Londres une Country Astrology c’est à dire une astrologie champêtre « being the many years of astrological experiments and painful collection of John Pool, John » qui n’était autre qu’une édition tardive de la traduction anglaise des Jugements Astronomiques du Toulousain Auger Ferrier [26]  lequel aura des démêlés avec Jean Bodin .

L’existence d’un diptyque

 

Il importe de s’intéresser à un texte jumeau de celui du Kalendrier des Bergers et qui a pour nom le Kalendrier des Bergères – on connaît surtout l’édition de 1499, chez Guyot Marchant [27]  – lequel offre de nombreuses similitudes avec le Kalendrier des Bergers mais qui s’en distingue par la présence de douze vignettes mensuelles [28]  au lieu d’une seule, celle de janvier pour le Kalendrier des Bergers [29] . La question qui se pose est la suivante: est-ce que dans un premier temps, il n’y eut qu’une vignette et puis l’on passa à douze ou bien disposait on de douze vignettes et s’est-on contenté d’une seule? Dans ce cas, le Kalendrier des Bergères correspondrait, sur certains points, à un état antérieur, du moins en ce qui concerne la série de vignettes, à celui du Kalendrier des Bergers alors qu’actuellement on n’en connaît pas d’édition avant 1499.

 

L’étude des éditions allemandes (cf infra) ne confirmera nullement qu’il ait pu exister au départ une vignette pour le seul mois de janvier. Cet état de choses semble plutôt dû à une certaine économie que l’on retrouvera en Angleterre. En revanche, le Kalendrier des Bergères atteste de l’existence des douze vignettes pour les mois [30] .

Le matériel iconographique de Guyot Marchant

 

On retrouve en outre certains éléments iconographiques du Kalendrier des Bergers dans d’autres impressions de Guyot Marchant.

 

Dans la Revelatio de tribulationibus nostrorum temporum de reformatione universe dei ecclesie et de conversione Turcorum, BNF, Res D 5431 (1), de Savonarole, figure le « Maure de Sales » qui correspond tout à fait au corniste situé à la fin du Kalendrier des Bergers.

 

Des différences sont perceptibles qui nous amènent à poser des questions d’antériorité. Marchant a-t-il puisé dans l’iconographie du Kalendrier des Bergers qu’il publiait par ailleurs ou bien, au contraire, a-t-il greffé sur le dit Kalendrier des éléments déjà utilisés?

 

Nous tendrions à pencher pour la dernière hypothèse et cela tout particulièrement à propos du Maure, expression qui a disparu du Kalendrier des Bergers. Dans la Revelatio, le Maure est installé sur le toit d’une Eglise, il est encadré par deux tours. Dans le Kalendrier des Bergers, le Maure a les pieds sur le sol et alors que deux tours de l’Eglise l’entouraient en 1496, il figure dans les éditions du Kalendrier entre deux rangées de fleurs ou entre deux arbres.

 

Autour d’une même année de référence (1491, 1493, 1497) s’organisent plusieurs éditions étant donné que l’éditeur ne remanie pas, pour chaque année, l’appareil astronomique et notamment la position des astres fournie juste avant la partie consacrée à la « Physiognomie des Bergers [31]  », datant de 1491 [32] . En cela, le Kalendrier des Bergers n’apparaît pas tout à fait comme relevant du genre des prophéties perpétuelles, il comporte une dimension astronomique indiscutable, notamment avec le tableau des éclipses qui lui, aussi, est régulièrement mis à jour.

 

Quelles sont les raisons de ces réaménagements successifs? Reconnaissons que nous avons du nous contenter de décrire les diverses additions sans en déterminer les causes. On peut supposer que Guyot Marchant, ce faisant, a compté augmenter ses ventes ou en tout cas les maintenir, en récupèrant d’autres pièces. Peut-être a-t-il voulu ainsi, d’une année sur l’autre, offrir des éléments nouveaux à sa clientèle? Dans ce cas, le Kalendrier des Bergiers se présenterait comme une sorte d’almanach Vermot dont on achèterait les éditions successives….

Un corpus renouvelé

 

Déjà en 1491 (ex de la BM. d’Amiens, avec cette année au colophon) le lecteur se voit annoncer les positions célestes pour l’année: « Pour l’an de nostre présent kalendrier mil CCCC IIII XX XII, les étoiles fixes des quelles parlons sont les lieux soubz les signes et degrés avec leurs propriétez comme cy après les mettons ». Oscillation entre un calendrier perpétuel pour les mois- qui sera d’ailleurs perturbé en 1582 par la réforme grégorienne- et un almanach annuel.

 

Les techniques classiques de datation comportent certaines limites notamment pour une partie du XVIe siècle. En effet, il n’y est pas aisé de tenir compte du fait que l’année y commence à Pâques et que par conséquent le mois de janvier 1555 par exemple est postérieur au mois de mai 1555 [33]  ! C’est vrai notamment pour les colophons qui respectent le style de Pâques français alors que la série des mois n’en débute pas moins en janvier.

 

A partir de quel moment une indication chronologique formelle figurant sur un document doit laisser le pas à des éléments inhérents à la structure du texte? Certes, l’on pourrait nous objecter que nous pourrions avoir affaire à une édition tardive d’un texte plus ancien que l’autre. L’objection vaudra notamment pour les éditions des Centuries (voir infra). Mais dans le cas qui nous intéresse, nous sommes en présence d’éditions successives qui tendent à s’amplifier à chaque occasion et non d’un processus de réédition comme cela peut se produire en d’autres circonstances.

 

Peu à peu la page de titre va rejeter la table des matières à son verso et s’orner d’une représentation pastorale qui pourrait être empruntée aux livres d’Heures, ouvrages de prières de l’Eglise, liées aux divers moments de la journée: l’Annonciation (par l’archange Gabriel) aux Bergers [34] , de la naissance du Sauveur. On trouve chez l’imprimeur du Kalendrier des Bergers, Guyot Marchant, une iconographie pastorienne dans un autre ouvrage, le Tractatus novus super reformatione status monastica de Michel Bureau, BNF, Res D 5431 (3). Le frontispice comporte une scène de bergers avec une ville à l’arrière plan et un ange dans le ciel, ce dernier motif étant absent du Kalendrier des Bergers. Est-ce à dire pour autant, que cette illustration du Tractatus Novus précède, dans sa conception, celle du Kalendrier des Bergers ?

 

Mais ne s’agirait-il pas plutôt d’une scène du calendrier: la tonte des moutons en juillet à la façon des Très Grandes Heures du Duc de Berry (Musée Condé, Chantilly, MS)?. En effet, à l’arrière plan figure une ville fortifiée à l’instar de ce qui s’observe dans le calendrier de juillet des Heures du frère de Charles V [35] .

 

L’on peut raisonnablement supposer que la présence des étoiles implique une scène nocturne, ce qui est attesté notamment par l’édition rouennaise (Veuve de Louys Costé) marquée « XXX F » (Bibliothèque Municipale de Rouen) où les étoiles sont blanches sur fond noir [36] . Il s’agit en général de la série du Bergier de la Grande Montaigne [37] .

 

Toutefois, par la suite, le ciel va s’éclaircir sans que les étoiles n’en disparaissent et c’est sous cette forme quelque peu insolite que l’illustration se perpétuera[38] .

 

En vérité, si nous avons été amenés à baliser la situation des éditions françaises du Kalendrier et Compost des Bergiers, c’est certainement en partie en raison de notre abord des éditions anglaises[39] . En cherchant à comprendre (voir infra) les raisons de la diversité des premières versions anglaises au début du XVIe siècle, nous avons été conduit à regarder de plus près au niveau français ce qui autrement n’eut revêtu qu’un intérêt assez relatif.

Les aléas de la datation des éditions de 1493

 

Nous nous sommes particulièrement intéressés au groupe de textes se référant à 1493. C’est en effet, à ce moment là que l’ouvrage connaît un évolution assez remarquable de par ses additions.

 

Notre corpus ne comporte en fait que quatre exemplaires qu’il convient de classer chronologiquement. Selon nous, la première version pour le groupe « 93″ est constitué d’un exemplaire conservé à la British Library et d’un autre, identique, à la Bibliothèque de Valenciennes.

 

La page de titre est toujours privée de toute illustration ou de marque de libraire comme pour les éditions de 1491. L’ouvrage a été augmenté par un afflux de textes non astrologiques. (Danse Macabre, Arbre des Vices et des Vertus [40]  etc) tout en gardant son calendrier. Il se termine par le discours d’un squelette. De fait, l’iconographie du Kalendrier et Compost des Bergersrecoupe en partie celle de la Danse Macabre (squelette, noir sonnant du cor), ouvrage édité également par Guyot Marchant (B. Maz, Inc 593) [41] .

 

Une édition plus tardive -post-squelettique- comporte de nouvelles additions: d’une part une vignette pour janvier, empruntée à un Kalendrier des Bergères dont on ne connaît que des éditions vers 1499 mais qui nous semble avoir paru dans la foulée du Kalendrier des Bergers de 1491. De l’autre, un supplément in fine illustré par un sonneur de cor noir [42] , un maure. On possède deux exemplaires de cette édition, l’un à Angers, l’autre à Paris (BNF, Res Vélins 518), ce dernier étant l’exemplaire retouché [43]  par Antoine Vèrard et présenté à Charles VIII, sans le colophon d’origine de Guyot Marchant. Or l’exemplaire d’Angers porte la date d’avril 1493 et serait paru un peu après Pâques. Nous pensons pour notre part (voir supra) qu’il est du début de 1494 et ne saurait être antérieur à l’exemplaire reproduit par Champion [44] .

 

La marque de Guyot Marchant ne figure qu’in fine dans l’édition de juillet, elle se retrouve sur la page de titre dans celle d’avril [45] .

Les éditions à référence « 97″

 

Le groupe suivant jouera un rôle important en ce qu’il servira de base aux premières éditions anglaises, notamment à celle de 1503 réalisée par Antoine Vèrard, à Paris même, laquelle édition sera retouchée par Pynson en 1506 (BL, G 10246 [46] ) sans qu’il y ait véritablement eu de nouvel effort de traduction fourni à partir du français (voir infra).

 

Le changement essentiel qui survient concerne une nouvelle addition consacrée aux « nativitez » des hommes et des femmes, selon les douze signes du Zodiaque et les éditions anglaises comporte en effet cet ajout.

 

La BNF (Res. mV 33) possède une édition de janvier 1496 de Guiot Marchant qui est en fait de 1497 et qui ne dispose pas encore des « Nativitez » [47] .

 

L’édition de septembre 1500 que possède la British Library [48]  est encore très proche de celle d’avril 1493-94 hormis le fait que la vignette du limaçon ne se trouve plus in fine juste avant le colophon mais après le dit des oiseaux, ce qui constitue une interpolation dans le corps de l’édition de juillet 93. Mais elle dispose de la vignette de janvier comme l’édition d’avril 1493/94.

 

Elle a toujours 1497 pour année de référence (table des éclipses) même si l’on nous fournit les positions planétaires pour le Ier janvier 1500 qu’il est facile de recopier.

Les additions ptoléméennes

 

L’édition lyonnaise est la première qui comporte des développements au delà de l’image du « squelette » qui conclut les éditions antérieures 1497 [49] . Elle annonce des additions et « plusieurs autres choses », mais cette dernière formule figurait déjà dans les éditions antérieures. On verra que la première édition anglaise comporte des additions et est donc issue d’une édition française augmentée.

 

Ce qui distingue ainsi l’édition genevoise de l’édition lyonnaise tient notamment à l’apparition de « nativitez » fournissant la description des douze signes zodiacaux sous le patronage de Ptolémée. En effet, le nom de Ptolémée, Claude va désormais figurer, renouant en fait avec la version allemande d’origine qui était truffée, selon nous, de références à des savants .

 

En fait, il semble bien que la première édition augmentée, de référence 1497, n’ait pas attendu 1502 pour paraître, délai qui eût été un peu court, au demeurant, pour mettre en chantier et publier l’année suivante l’édition anglaise.

 

Ce qui nous amène à penser qu’une édition avec les « nativitez » a dû paraître dans les dernières années du XVe siècle tient à l’existence d’une autre série de référence 1500 et qui semble être le prolongement de l’édition « lyonnaise » de 1502.

 

Il s’agit d’une série amenée à une fortune assez considérable tant en France qu’en Angleterre. Elle se caractérise par un format réduit qui tranche avec les éditions précédentes. C’est en son sein que peu à peu va apparaître un frontispice. Nous appelons cette série « 1500″ parce que l’on y donne les positions des planètes, à la fin de l’Astrologie des Bergers », pour le Ier janvier 1500 alors que jusqu’à présent et cela est également valable pour l’édition lyonnaise de 1502, la référence était à 1497 après avoir été à 1493. Cette référence ne signifie nullement que toutes les éditions qui la comportent sont apparues en même temps: en réalité, celles ci peuvent être séparées par de nombreuses années mais cela implique la présence d’un certain modèle, d’une certaine matrice.

 

La caractéristique la plus remarquable de la série « 1500″ est le traitement du chapitre « ptoléméen ». Pour la première fois, on y trouve en tête de chaque paragraphe la vignette correspondant au signe traité. Cette vignette est la même que celle qui figure dans le calendrier. Mais c’est ainsi que l’on transfère les vignettes situées en tête à la fin, créant ainsi deux séries identiques.

 

L’on peut supposer que si l’édition de 1502 ne comporte toujours pas de telles vignettes, c’est qu’elle appartient en fait à une version plus ancienne et qu’elle est archaïque. On ne peut évidemment exclure que la version 1497 ait continué à se diffuser au delà du lancement de la version 1500. En revanche, pour que la version 1500 ait pu exister, il a fallu, selon nous, que la version 1497 atteigne le stade où elle dispose de la série ptoléméenne non illustrée.

L’éclatement du chapitre des Vertus

 

Les petits formats seront chacun marqués par un chiffre romain qui semblent augmenter avec la date. Ils comportent une anomalie en ce qu’ils se terminent sur un développement partiel consacré aux vertus – et notamment à la Force – sujet pourtant traité par ailleurs, dans le corps de l’ouvrage. D’où la présence de la Tour de Sapience in fine laquelle figure dans les éditions grand format au chapitre des Vertus. On comprend mal ce renvoi in fine d’une partie du chapitre consacré aux vertus mais cela constitue en tout cas un trait spécifique des petits formats (De Force).

Les éditions petit format

 

Il est assez rare – reconnaissons-le- que nous accordions, dans nos recherches, une grande importance au format. Pour le Kalendrier des Bergers – et notamment pour les éditions anglaises (voir infra) – cette question est de première importance. Le format est ici lié au contenu. De même qu’il existe parmi les éditions françaises des petits et des grands formats qui constituent selon nous le clivage le plus pertinent, de même les éditions anglaises offrent la même caractéristique.

 

Nous avons également trouvé à la British Library une édition rouennaise en français de plus petit format datée aussi de 1500 et se référant aussi au Ier janvier pour placer les astres, mais dont la table des éclipses débute en 1497/98. comme les autres éditions « 97″. Elle est due au libraire Raulin Gaultier. Elle ne comporte pas toutefois la vignette assez insolite de janvier.

L’édition Raullin Gaultier Raulin

 

Cette édition rouennaise atypique nous intrigue à d’autres titres. En effet, presque toutes les éditions répertoriées jusqu’au milieu du XVIe siècle comportent pour chaque mois du calendrier une vignette suivie d’un sigle formé de deux lettres qui ne sont visiblement pas celles de Guyot Marchant. On y lit « KL » (pour Kalender) sur le modèle allemand [50] . Les éditions anglaises comportent ce même sigle répété douze fois dans le calendrier.

 

En revanche, l’édition rouennaise ne porte pas ce sigle mais bien une double vignette, la partie à sigle étant occupée par le signe zodiacal correspondant au mois [51] . Le Kalendrier comportait initialement quatre parties qui sont devenues ultérieurement cinq [52] .

 

On a noté que les premières éditions tant françaises qu’anglaises du Kalendrier des Bergers ne comportent, au Kalendrier, que la vignette de janvier alors que le Kalendrier des Bergèresprésente toute la collection. Diplock attribue ce trait aux libraires anglais alors qu’il est déjà attesté en français: « The English printers appear to have contended themselves at most with making a good start for the Kalendar by using the block for January, leaving other months unillustrated » [53] . Elles sont les premières à avoir un frontispice. Elles portent un numéro d’ordre en chiffre romains.

 

Nous avons trouvé à Oxford, à la Radcliff Library, un recueil factice comportant un exemplaire de petit format à frontispice en français suivi d’un exemplaire de même format en anglais dont la page de titre manque. Voilà qui révélait de façon concrète la filiation des petits formats.

 

La BNF (Res. pV 403) possède un exemplaire malheureusement tronqué à la fin d’une édition petit format qui pourrait être la première de la série 1500. On y trouve des vignettes primitives, lesquelles s’amplifieront dans les éditions suivantes. On y trouve in fine une partie consacrée aux vertus mais dans une présentation très archaïque. On n’y trouve pas encore en gras « de force » pour annoncer le passage consacré à cette vertu comme ce sera le cas pour les éditions suivantes. On peut toutefois supposer qu’il y a du y avoir une édition ne comportant pas une telle anomalie puisque l’édition anglaise qui semble en dériver ne la comporte pas. Cela dit, l’on peut tout aussi bien considérer que l’exemplaire moins défectueux soit plus tardif .

La chronologie/chronématique des éditions

 

Le Kalendrier des Bergers retient également notre attention dans la mesure où un même libraire – le parisien Guyot Marchant – a géré une succession d’éditions durant la dernière décennie du XVe siècle. Nombre d’entre elles nous sont parvenues incomplètes.

 

 

Les lacunes ne sont pas nécessairement flagrantes, elles ne ressortent que du fait de la comparaison. C’est ainsi qu’en comparant les exemplaires de deux éditions conservées à la BNF, l’exemplaire coloré offert à Charles VIII (Res. Vélins 518) par Antoine Vèrard Antoine, en date de 1493, et une édition de 1496 (BNF, Res pV 33), nous avons pu observer que la disposition en était, par delà la similitude du texte, parfaitement identique, sur des dizaines de pages.

 

Dès lors, il devenait possible de reconstituer les folios manquants de l’édition de 1496, moins bien conservée parce que moins précieuse [54] . Inversement, il nous est apparu que l’exemplaire royal comportait une anomalie qui ne pouvait a priori être mise en évidence que par comparaison avec un autre exemplaire de la même édition ou bien avec une autre édition calquée sur celle-ci. Dans l’édition Marchant de 1496, le « dict des oiseaux » est suivi d’une présentation des prières quotidiennes. Dans l’édition antérieure de 1493, les pages sont disposées de la même façon mais une fois la description des oiseaux achevée, l’on aborde brusquement, au verso, la fin de l’exposé sur les prières. Tout serait plus simple si l’on pouvait admettre l’absence d’un folio. Or il s’agit ici d’unrecto verso, ce qui implique une erreur au niveau de l’impression, corrigée par la suite. D’autres difficultés s’offrent à nous: la fin du dict des oiseaux ne figure pas dans l’exemplaire de l’édition de 1496. Il s’agit justement de l’une des feuilles manquantes. En consultant une édition de 1497, qui comporte la marque de Genève et serait due à Jehan Belot[55]  (BNF, Res V 277), nous disposons de la réponse: au recto, la fin du dit des oiseaux et au verso le récit de la défense d’une cité, dessin à l’appui, avec en bas l’annonce du chapitre suivant, les « méditations sur la passion ».

 

La page fait allusion à la résistance de Beauvais (Oise), autour de Jeanne Laisné qui sera connue sous le nom de Jeanne Hachette, « la femme à hardi couraige » contre les attaques de Charles Le Téméraire, qui ne parviendra pas à s’emparer de la cité[56] . Le « lymasson » serait une allusion à la Bourgogne, illustrée par cet animal jusqu’à nos jours, l’escargot dit de Bourgogne. Une femme figure en bonne place sur la vignette [57]  L’événement en date de 1472 était encore récent à l’époque de la parution du Kalendrier [58] . En 1491, Charles VIII renonce en 1491 à épouser la petite fille de Charles le Téméraire, Marguerite, préférant la Bretagne à la Flandre.

 

Non pas au demeurant que cette scène ne soit pas présente dans l’exemplaire de Vèrard, elle s’y trouve in fine, comme d’ailleurs dans l’exemplaire de la BM d’Angers, qui correspond à la version de Marchant qui servit à Vérard.

 

Faut-il pour autant en conclure, du fait de l’antériorité, que l’escargot se trouva d’abord in fine avant de passer dans le corps du texte? Nous pensons plutôt qu’il s’agit là d’une initiative sans lendemain aux dépens de la cohérence de l’ensemble puisque nous disposons d’une édition encore antérieure.

Le double calendrier

 

Il convient donc de reconstituer la chronologie des premières éditions françaises non pas seulement à partir des dates des colophons mais à partir de l’analyse des pièces. C’est ainsi que, selon nous, l’édition de juillet 1493 (BM. Valenciennes) [59]  laquelle a été reproduite en fac simile par Pierre Champion, Pierre [60] , sans qu’il signale ses lacunes au colophon [61]  est antérieure à celle de la Bibliothèque Municipale. d’Angers (SA 3390), un exemplaire daté du 18 avril 1493 paru chez Guyot Marchant. [62] ) qui serait en fait de 1494: l’on connaît le problème du changement d’année à Pâques, à cette époque [63] . Il serait en effet fort improbable, vus les délais très courts, que l’édition de juillet soit moins développée que celle d’avril censée être parue précédemment. C’est notamment le cas de la présence ou de l’absence d’un corniste noir – maure – et de la chanson de l’escargot. On voit mal pourquoi ils auraient disparu en juillet pour reparaître dans les éditions suivantes, toujours dues à Guyot Marchant [64]  La comparaison entre les deux éditions est concluante: si l’on compare la page de titre: l’exemplaire de la B.M. de Valenciennes reste très dépouillé, dans sa présentation du titre, à l’instar de l’édition de 1491 de la Mazarine. En revanche, l’exemplaire d’Angers de 1493 que Vèrard, Antoine transformera pour l’offrir à Charles VIII, comporte une sorte de frontispice qui est certes construit autour de la marque du libraire mais qui est orné également de divers motifs décoratifs en rapport avec l’iconographie intérieure.

 

Tout se passe comme si l’exemplaire d’Angers (revu par Vèrard) comportait quelque anomalie vol.ontaire ou non, une feuille ayant été déplacée et le colophon placé sur la page ainsi disposée, de telle sorte que les éditions ultérieures correspondraient à un état moins corrompu.

 

Le débat est d’importance car il s’agit ni plus ni moins que de déterminer quelle fut la première édition du Kalendrier et Compost des Bergiers, la première à intégrer des éléments non astronomico-astrologiques et à porter ce nouveau titre. Nous ne suivrons donc pas Sommer quand il écrit (op. cit.): « Le compost et kalendrier des bergers was anonymously published for the first time on April the 18th 1493, printed by Guyot Marchant at Paris » La première édition, selon nous, daterait en fait de juillet 1493 et le volume offert à Charles VIII ne serait pas davantage issu de la première édition.

 

Il nous parait inacceptable, au niveau méthodologique, de ne pas tenir compte de l’évolution interne des éditions, ce qui est particulièrement frappant avec le Kalendrier des Bergers dont lecorpus s’amplifie régulièrement et de ne s’appuyer que sur les dates du colophon à une époque où le changement d’année est pour le moins aléatoire. La moindre des choses serait en tout cas de signaler une telle anomalie. Il importe de cerner le processus de développement d’un tel texte.

 

Dans les éditions de 1496-97 qui suivent, d’autres additions interviennent qui nous amènent à l’édition lyonnaise de 1502 chez Claude Nourry pour Huguetan (BNF, Res. V 1391 et Res. V 1267), celle-ci joue un rôle clef en ce qu’elle servit l’année suivante à la première traduction anglaise, publiée à Paris par Antoine Vèrard [65] .

III. La fortune anglaise

 

Contrairement à ce qu’affirme Oskar Sommer, qui n’a pas assez insisté sur l’importance de cette édition lyonnaise, dans son tableau « généalogique » des éditions du Kalendrier des Bergers [66] , c’est bien l’édition de 1502 [67] , et non celle de 1497, qui pourrait avoir servi de modèle, sous Henri VII Tudor, à la traduction anglaise de 1503 mais les délais seraient alors bien courts [68] . Les pages de titre sont très semblables en français et en anglais avec le terme Addition dans les deux cas et notamment parce qu’elle comporte un développement consacré aux signes zodiacaux mais sans illustration correspondante, tant dans l’édition française qu’anglaise celle des nations chrétiennes qui figure également dans l’édition anglaise de l’année suivante. A propos des vignettes zodiacales, signalons que celles-ci figurent au sein du calendrier mais ne sont pas reprises pour accompagner le texte consacré à l’exposition des douze nativitez [69] .

 

Il semble bien que l’édition à destination du public anglophone de Vèrard de 1503 – qui ne porte encore aucun frontispice – ait été réalisée à partir d’une édition récente de 1502, parues chez le libraire lyonnais Jean Huguetan, qui a une officine également à Paris, l’impression ayant été effectuée par Claude Nourry. En fait, l’on peut supposer que la version « 1502″ ait été publiée dès 1500, si l’on en croit les références internes mais on ne dispose présentement que de l’édition lyonnaise. En tout état de cause, on ne saurait suivre Sommer Oscar qui propose l’édition genevoise connue de 1497, laquelle ne comporte pas les additions présentes dans la traduction de 1503. L’édition lyonnaise de 1502, a servi à la traduction anglaise de 1503 et, dans la foulée, de celle de 1506 [70] .

 

Cette édition, que possède la BNF et que Sommer décrit rapidement sans y attacher un intérêt particulier, a cette particularité de présenter des « additions » qui sont annoncées comme telles sur la page de titre servant de table des matières et de façon identique dans l’édition parisienne de 1503 du texte anglo-écossais. Toutefois, la traduction anglaise a sauté certains passages de cette édition, ce qui peut donner l’impression qu’elle se réfère à un état plus ancien puisque la réduction du matériel iconographique correspond grosso modo, à l’ancienneté de l’édition. La logique des traductions n’est pas exactement celle des éditions successives.

 

La lecture comparée des deux textes – celui de 1503 ayant fait l’objet d’un fac simile par les soins d’Oskar Sommer, Oskar – révèle une similitude saisissante, même au niveau typographique avec, dans la dernière partie de l’ouvrage quelques développements supprimés. (sur les oiseaux, sur le limaçon ) et qui seront d’ailleurs rétablis dans les éditions ultérieures anglaises. C’est ainsi que l’on ne trouve que la vignette de janvier dans les deux cas.

 

La piste lyonnaise semble meilleure pour rendre compte de l’édition de 1503 (BNF, Res. V 1391). Le Kalendrier des Bergiers est sans frontispice, la table des matières est placée en tête.

Comparaison entre les éditions de 1502 et de 1503

 

Sur la page de titre de l’édition lyonnaise de 1502 [71] , trois Additions figurent: Les proprietez des douze signes. Addition Les nations chrestiennes. Addition et plusieurs autres choses.

 

Le terme Addition figure également sur la page anglaise: « Addycion: The propyrtes of the XII synge. Addycion. The crystyn nacyons. Addycion Et syndry other thing. » Les deux textes se correspondent en fin de compte page à page mais l’édition anglaise de 1503 ne comporte ni les oiseaux ni le limaçon!

 

On reprend ensuite le parallélisme avec les chapitres suivants. S’ensuit ung petit traictié pour scavoir sur quelle planète lenfant est né. Addition (sic) qui devient en anglais: Follows one little traytte for to understond under what planet the chyld ys born. Addycion

 

Cette édition ne comporte pas de frontispice mais n’en est pas moins truffée d’un fort appareil iconographique.

 

Lyon ne s’est pas illustrée particulièrement dans l’édition du Kalendrier des Bergers qui est une affaire essentiellement parisienne du moins dans les premières décennies de la publication de ce texte. Il en sera autrement au milieu du siècle avec notamment Nostradamus [72] .

 

L’exemplaire de Lyon est clairement structuré et ses « additions » y sont nettement indiquées, marques qui finiront par s’estomper [73] .

 

Les éditions anglaises correspondent, on l’a vu, à un état relativement tardif du Kalendrier et Compost des Bergiers- sauf pour ce qui concerne le Compost of Ptolomeus. Elles comportent toutes, notamment, l’étude des nativités pour les douze signes zodiacaux qui n’apparait en France qu’au début du siècle, du moins pour les éditions connues à ce jour. Toutefois, l’on remarquera que le titre français complet Kalendrier et Compost des Bergers ne sera jamais reproduit et que l’on s’en tiendra à la formule initiale Kalender of Shepardes (ou toute autre variante orthographique) soit sous la forme The kalender of Shepardes, soit sous celle de Here begyneth the Kalender of Shepardes« , la formule plus germanique Shepardes kalendar étant plus tardive. Néanmoins, les éditions françaises ayant servi semblent avoir porté le titre complet à moins que l’édition de 1491 qui portait le titre plus court de Kalendrier des Bergers ait déjà fait carrière en Angleterre.

 

 

La première édition anglaise. 1503

 

La première édition anglaise de 1503, parue à Paris, fut très vite critiquée outre-Manche en raison de son anglais des plus médiocres. On lit ainsi dans le prologue de l’édition londonienne de Pynson, Richard de 1506, la deuxième édition du Kalendrier parue en anglais: « Here before tyme thys boke was prynted in Paris in to corrupte englysshe and not by no englysshe man wherefore these books were brought into Englande no man coude understand« .

 

Un autre facteur qui rendit la première édition anglaise parisienne impopulaire tient, selon nous, à la place accordée au Roi de France au chapitre des nations « latines ». Très vite, ce chapitre sera, dans les éditions suivantes, accommodé au goût anglais et on verra le Pape disparaître parmi les premiers personnages [74] , en ces temps d’anglicanisme aigu; le Roi d’Angleterre s’affirmait-il en sera ainsi pour Henri VIII au Camp du Drap d’Or – comme roi de France, depuis le traité de Troyes de 1420 mais au début du seizième siècle et encore seulement jusqu’à la Paix de Cateau Cambrésis en 1559, il ne lui reste plus que Calais [75] . Mais la formule restera officiellement de mise jusqu’en 1802. Initialement, en 1420, Henri V devait régner séparément sur les deux royaumes d’où la formule « King of England, King of France » qui deviendra King of England and of France. On a là un bon moyen de datation, en cas de doute.

 

L’édition française de 1503 reléguait encore le Roi d’Angleterre dans la masse des princes, loin derrière le Roi de France qui apparaît juste après le Pape et l’Empereur. On a là un bon exemple de dimension politique d’un simple Kalendrier qui se voudrait purement descriptif.

 

L’édition anglaise de 1503 de Vèrard porte le nom de The Kalendayr of the Shyppars, ce qui correspond au titre français de 1491 et ne comporte pas dans son titre le mot « Compost » qui ne figurera dans aucune édition anglaise en dehors du Compost of Ptolomeus. Outre la langue anglaise jugée défectueuse, elle comporte des manques certainement vol.ontaires par rapport à l’édition d’origine, dans la mesure où il est possible de déterminer celle ci. Le caractère purement astronomique de la première édition française est déjà noyé, en anglais, au milieu d’interpolations ou d’additions de tous ordres relativement tardives.

 

Cette édition parisienne de 1503 en anglais présente une particularité intéressante en ce qu’il y a tentative pour gommer un trait trop savant pour des bergers:

 

C’est ainsi que la phrase « Mais cette matière est difficile pour bergiers congnoissans la nature & propriété de chacune de ses XII maisons si s’en déportent légièrement » est traduite: «  But because this mater is hard, Shephards lettyth ut goo lightly » puis est établie dans les éditions suivantes: « This matter is difficult for astronomers knowledging the nature and propryte of every of the sayde XII houses and departeth lightly« .

 

Il est ici fait référence aux différends entre astronomes autour de la domification et notamment aux récents travaux de Regiomontanus alias J. Müller. Il faut y voir selon nous la trace de l’origine « savante » du Kalendrier des Bergers [76] .

Deuxième édition anglaise. 1506

 

Cette édition est suivie dès 1506 par une nouvelle version de Richard Pynson [77] , qui n’est en fait, comme le note Sommer (op. cit., Vol. 1 p.67) qu’une réécriture très libre de la première traduction, sans retour à l’original français [78] .

 

Les parties en vers ont disparu. Mais certaines erreurs ou aménagements de 1503 se sont maintenu, notamment au chapitre des maisons, ce qui aurait dû être le cas si Pynson avait travaillé directement à partir d’une édition française. Cette seconde édition ne s’appelle plus « The Kalendar of the Shyppars » mais « Here beginneth the Kalender of the Shephardes« .

Troisième édition. 1508

 

Ce sera donc la troisième édition (1508)- qui, elle, s’intitulera « The Kalender of the Shepherdes« ; elle présentera un caractère de fiabilité en ce qu’elle s’appuie sur une édition française qui, en outre, n’est pas celle de Lyon en ce qu’elle évoque plus directement les petits formats français à frontispice parus à Paris et à Rouen autour de 1500.

 

« Prologue of the translatour «  [79] . There came to my hand one of the said bokes of the Shepherdes kalender in rude and scottysche language…I showed the sayd booke unto my worshipful mayster Wynkyn de Worde at whose commandment and instigacion, Robert Copland Robert have me applied directly to translate it out of french again in our maternal tongue » [80] .

 

Mais le libraire Wynkin de Worde [81]  va, dans une édition suivante (Bodleian Library, Douce K 97) [82]  substituer à la préface de Copland celle de Pynson, tout en gardant cependant la traduction de Copland.

 

Il semble bien que Sommer n’ait pas noté qu’ainsi va se trouver attribuée à Pynson une traduction due à Copland lequel avait eu la même démarche que Pynson et avait voulu proposer une nouvelle traduction. Mais tandis que Pynson s’était contenté de corriger la traduction critiquée, Copland s’engagea véritablement dans une nouvelle traduction.

 

En fait, nous sommes en désaccord avec Sommer lorsqu’il affirme que c’est le libraire anglais Julian Notary qui aurait combiné les versions Copland et Pynson. Il semble bien que ce soit Wynkyn de Worde lui même comme l’atteste précisément ce subterfuge. Notary se contentera de restituer le titre de Pynson [83] . « Here beginneth the Kalender of Shephardes » là où apparemment Wynkyn de Worde avait préféré la forme plus courte et la plus moderne, « The Kalender of Shepherdes ».

 

Quant au texte de Notary, il est à peu près totalement hérité de Wynkyn de Worde et bien distinct, sauf pour le prologue déjà remanié par Wynkyn de Worde en tenant compte des éléments pynsoniens, de celui de Pynson [84] .

Les éditions au laboureur

 

Dans ses dernières éditions, Wynkyn de Worde placera probablement par inadvertance le texte du Plowman (cf infra) qui se trouvait à la fin au début. Ce qui aboutit à cette anomalie, persistante dans la suite des éditions anglaises, de l’annonce de la fin de l’astrologie des bergers au début de l’ouvrage! Or, Notary reprendra la formule en l’illustrant d’un laboureur alors qu’il s’agissait d’une allusion à un personnage célèbre et quelque peu légendaire du XIVe siècle, Piers, the Plowman [85] .

 

Il nous semble donc que le rôle de Notary a été sensiblement exagéré par Sommer aux dépends du Wynkyn de Worde qu’on pourrait appeler II [86]  alors que la forme I serait celle de 1508 [87] .

 

Le seul apport de Notary serait en fait, selon nous, le rétablissement du nom de Pynson et la suppression de toute référence à Wynkyn de Worde tout en adoptant sa traduction anglaise. Notary, Julian n’a pas su corriger les aberrations liées à la présence du Plowman en tête. Il n’a fait que la renforcer par une vignette de laboureur puisque plowman a accessoirement cette signification en anglais. Il aurait restitué le frontispice de Pynson et le titre. A la rigueur, il aurait imposé le calendrier de l’édition Pynson [88] .

 

Le rayonnement de l’oeuvre d’éditeur de Wynkyn de worde ne se réduit pas à la mise en place de la matrice de l’édition moderne. C’est encore le texte de Copland qui sert pour les éditions du Compost of Ptolomeus. On y trouve d’ailleurs une vignette identique, celle du Roi [89]  .Ptolémée.

 

Sommer semble tout ignorer de ces éditions du Compost qui semble-t-il ont prévalu durant la période qui semble constituer une éclipse pour cette littérature. Non pas ( cf supra) comme le suggère Lathrope qu’il se soit agi d’une supercherie de William Wyer William mais parce que l’on s’est servi de la traduction Copland pour réaliser cette édition d’aspect plus dépouillé, à partir d’un modèle existant en français, mais que l’on n’a pas retrouvé [90] .

 

Nous désignerons l’édition Notary qui s’inspirera de Copland sans le reconnaître, sous le nom de l’édition du Plowman, du Laboureur -c’est la traduction française-, bien que l’édition de 1508 comporte déjà une référence au plowman mais sans vignette correspondante. Figure en effet, chez Notary, une vignette (où l’on peut lire husbandrye) représentant un laboureur, laquelle n’existait pas dans les éditions françaises. Edition au demeurant défectueuse puisque l’on trouve au début de l’ouvrage une « Fin de l’Astrologie des Bergers » tout à fait incongrue. Voici le dict du berger au laboureur:

 

The saying of the shepherd to the Plowman

 

« How Plowmen should do

Piers go thou to plow and take with thee thy wise

Delve and draw sowe barly, wheate and rie

Of one make ten this is a perfect life

As saith Aristotle in his Philosophie

Thou need not study to know Astrologie

For if the weather be not thy pleasance

Thanke ever God of his divine ordinance«

 

Prologue tardif inspiré de Notary. On notera que Paris est devenu France.

 

Cette vignette se retrouve dans un traité de John Fitzherbert, Newe tracts for husbandemen (c. 1525) [91] . Cela expliquerait la présence du mot husband dans le Kalender. L’ouvrage sera réédité à maintes reprises entre 1523 et 1598 et il semble donc que les éditions anglaises plus tardives du Kalendrier des Bergers aient été marquées par cet autre ouvrage populaire.

 

Ce texte figure déjà, mais sans illustration, en 1508 dans la première édition Wynkyn de Worde [92] . Il s’agit là d’un apport anglais alors que les autres additions sont reprises d’une édition française. Mais en fait, on le sait, le Plowman n’est pas simplement un laboureur, c’est aussi un personnage prophétique très populaire: il y a là un jeu de mots, qui semble avoir déjà existé à la source, qu’il fallait rappeler.

 

L’on peut ainsi considérer la période antérieure à 1556 comme une phase de gestation du texte pastorien anglais. Sommer a signalé une éclipse de plus de 25 ans dans la publication duKalendar mais il ne tient pas compte des éditions du Compost of Ptolomeus qui s’intercalent précisément dans ce laps de temps.

 

L’édition Powell qui parait cette année là, conservée à la Lambeth Library de Londres, constituée à partir de celle de Notary, parait tardivement, après une interruption assez longue des éditions du Kalendrier des Bergers en 1556 et introduit l’idée d’une troisième traduction. « Here begynneth the kalender of Shephardes. Newly augmented and corrected« .

Les éditions françaises de référence

 

En ce qui concerne l’Angleterre, les éditions de 1503 et 1506 sont issues de la matrice 1497, celle parue en 1502 à Lyon tandis que l’édition 1508 est issue de la matrice 1500, ce qui apparait tant par le format que par l’absence ou la présence de vignettes zodiacales dans le développement ptoléméen [93] .

 

Mais ne peut-on faire un parallèle entre les petits formats français et les petits formats anglais, comme il apparaît d’ailleurs dans le recueil factice de la Radcliffe Science Library, Oxford? Dans ce cas, l’édition de Worde – avec son frontispice – serait inspirée de l’édition Jean Bonfons, Jean qui est également une édition 1497. Toutefois signalons une différence de gravure: un berger en groupe et non isolé.

 

En ce qui concerne donc la généalogie des éditions du Kalendrier des Bergers, il importe de relier l’édition de 1503 à celle de 1502 (cf supra), ce que ne fait pas Sommer. Quant à l’édition de Richard Pynson de 1506 [94] , elle comporte les mêmes pièces que celle de 1503 à part quelques lignes supplémentaires in fine. La dimension versifiée de 1503 fidèle à la présentation française est supprimée bien qu’en accord avec l’édition française. Il semble bien que cette édition ait été simplement un aménagement de la traduction précédente. Les lacunes structurelles auraient pu autrement être corrigées.

 

Peu à peu, une édition anglaise va s’imposer et qui par la suite sera la seule à circuler, notamment au XVIIe siècle, nous pourrions l’appeler l’édition du « ploughman« . Il s’agit, rappelons-le, d’un texte singulièrement défectueux dans son exposition, dans son plan, puisque dès les premières pages, l’on nous parle de la fin. L’image d’un laboureur- de préférence à un berger- apparait au début de la lecture. « Thus endeth the Astrology of Shepherds with the knowledge that they have of the starres planets and movings of the skies ».

Les petits formats en Angleterre

 

Nous avions signalé l’importance du format pour effectuer un historique satisfaisant. Il se trouve que l’édition Wynkyn de Worde n’est pas du même format que l’édition de 1503 ou celle de 1506 par Pynson. Elle est d’un petit format et doit être rapprochée des petits formats français.

 

Nous nous sommes intéressé à la fortune des petites éditions françaises en Angleterre, elles sont publiées par Wynkin de Worde.

 

L’exemplaire anglais de la Radcliff Library (Oxford) est également de Wynkin de Worde, il a pour caractéristique, on l’a noté, d’être relié avec une édition française de même format.

 

Ces éditions comportent des frontispices à l’instar des éditions françaises de même format ainsi que de petites vignettes zodiacales à la taille de lettrines alors que les éditions de grand format comportent des vignettes zodiacales plus importantes

 

Evolution des vignettes: dans les premières éditions, les vignettes sont de petit format, plus tard, elles occupent une place plus importante dans le texte. De ce point de vue, l’on dira que l’exemplaire français de Radcliff est relativement tardif en raison de la grosseur des vignettes. En revanche, l’exemplaire anglais de Radcliff comporte de petites vignettes, ce qui indique qu’il est issu d’un exemplaire français plus ancien que celui auquel il est associé dans le recueil factice.

L’édition anglaise standard

 

Nous avons donc établi, chorématiquement, que la caractéristique principale de l’édition anglaise telle qu’elle va s’imposer implique une incohérence majeure de construction (fin au début) et l’interpolation d’un texte sur le Plowman (laboureur).

 

C’est donc une version particulièrement corrompue qui s’imposera désormais Outre Manche tout comme, en ce qui concerne les Prophéties de Nostradamus, s’imposera une traduction réalisée à partir d’une édition douteuse de 1656.

 

Les éditions du XVIIe siècle ont corrigé certaines incongruités probablement délibérées (departeth) des premières traductions, qui ne figurent pas chez Notary. Mais elles comportent de fortes anomalies et cela systématiquement. Juste après la table des matières, l’on trouve une page qui devrait se trouver beaucoup plus loin et qui porte la mention en anglais que nous traduisons: « ainsi se termine l’astrologie des bergers » avec la vignette d’un berger en train de mesurer.

 

Sur un exemplaire reconstitué de Notary, apparaît le fameux « plowman ». Est ce un apport aussi ancien ou est ce une erreur de restauration? Il conviendrait de trouver une édition qui comporte réellement ce passage avec les feuillets d’origine Mais si cela devait se confirmer, ce serait un apport durable de l’édition Notary. L’édition Wally n’a pas les pages du début qui comportent le plowman. De quand date cet éditeur qui semble ne pas avoir été signalé (BL)?

La mode des bergers et des laboureurs

 

C’est en effet Outre-Manche que nous rencontrons des textes qui nous interpellent. A côté des traductions déclarées du Kalendrier des Bergers, existe, on le sait, un Compost of Ptolomeus, c’est à dire un Abrégé de Ptolémée, aux éditions nombreuses également, qui est considéré comme une supercherie de l’éditeur anglais Robert Wyer, Robert, qui se serait contenté de remanier légèrement le Kalendrier pour le faire passer pour l’oeuvre de Ptolémée… autrement dit de présenter un ouvrage réalisé par des « bergers » pour l’oeuvre du grand astronome grec. On ne trouve aucune trace d’un tel Compost de Ptolémée en langue française. Mais il n’empêche que ce Compost se dit traduit du français et que Paris y est cité comme exemple dans une édition anglaise. Cet original français disparu n’aurait-il pas précédé les éditions de Guyot Marchant et d’autres libraires si Marchant n’est pas le premier maître d’oeuvre comme nous le pensons? Son caractère exclusivement astronomique le rapproche de la première édition de 1491 (Mazarine) et des kalendriers allemands et l’on voit mal un libraire anglais procédant à tant de modifications de fond et de forme à partir d’un document beaucoup plus important, truffé d’annexes et de digressions [95] .

 

Considérons en effet la présentation des autres pronostications populaires, elles sont mises au crédit d’un certain nombre de personnages plus ou moins célèbres, au nombre desquels Ptolémée figure en tête. Heyne de Uri est ainsi un ermite astronome qui, en quelque sorte, met à la disposition du plus grand nombre son savoir. Or, en ce qui concerne le Kalendrier des Bergers, tout se passe comme si les Bergers avaient constitué leur propre savoir…[96] .

 

L’on peut en effet se demander si un Guyot Marchant n’a pas trouvé judicieux de présenter le Kalendrier et Compost comme l’oeuvre des Bergers et non pas seulement à l’intention de ces derniers, comme c’est le cas pour la Pronostication des Laboureurs ou des Bons Pères. Il est remarquable que ce soit précisément cette version qui l’ait, à la longue, emporté sur les autres productions.

 

On peut supposer que quand il s’est agi de traduire le Compost en anglais, on se soit aidé des traductions du Kalendrier existantes et que l’on a respecté leur division en chapitres [97] .

La marque savante

 

En fait, une étude plus précise des traductions anglaises et particulièrement de celle de Notary fait ressortir la présence d’un passage embarrassant pour les « faussaires » qui veulent faire croire que l’ouvrage est le fait d’hommes simples [98] . Il s’agit de l’exposé consacré à ce qu’on nomme, dans la terminologie astrologique, maisons.

 

On trouve dans le Compost et dans l’édition Notary: « this matter is difficult for astronomers knowledging the nature and propryte of every of the sayde XII houses and departeth (c’est à dire les divise) lightly (cf Notary).

 

Texte français du Kalendrier: « Mais cette matière est difficile pour bergiers congnoissans la nature & propriété de chacune de ses XII maisons si s’en deportent légièrement »

 

Les bergers ont remplacé les astronomes dans un contexte assez improbable de par sa technicité cosmographique. Le mot anglais depart a disparu dans les éditions de 1503 et 1506: « But because this mater is harde Shephards lettyth ut goo lightly »

 

Il s’agit probablement d’une allusion au débat sur les maisons qui était très vif avec Regiomontanus et son modus rationalis concernant la division du mouvement circadien selon des critères de temps et d’espace [99] . Une querelle qui n’avait pas grand sens pour des bergers et pour les lecteurs [100] .

 

La formule française « départ » est préférable à « déportent ». Elle a été conservée chez Notary « departeth them » c’est à dire les divise quelque peu.

 

On a ainsi la preuve, nous semble-t-il du caractère savant de l’ouvrage. Cette observation nous permet de débrouiller l’écheveau: nous constatons donc que l’édition de Notary est la plus proche parmi les traductions anglaises du Kalendrier des Bergers du texte du Compost en ce qui concerne ce passage.

 

Le Compost of Ptolomeus ne pourrait donc être extrait des autres éditions anglaises sinon le passage considéré n’aurait pu être restitué correctement. Il ne peut s’agir d’une nouvelle traduction puisque par ailleurs les différents textes restent très proches.

 

L’on observe par ailleurs que l’ensemble des traductions anglaises comporte une table des matières qui ne figure dans aucune édition française mais qui se trouve dans le Compost of Ptolomeus.

 

L’on peut penser que les traductions anglaises ont tenu compte de la traduction du Compost of Ptolomeus pour se constituer du moins pour les passages communs et que le passage comprenant le terme depart, dans le texte anglais, aurait été modifié parce qu’impropre pour les Bergers. Il faudrait montrer pour cela que dans les passages communs, la traduction de 1503 est plus correcte que pour les autres.

 

Il faudrait alors expliquer pourquoi l’édition Notary est une correction des traductions précédentes du fait qu’elle restitue le texte français du Kalendrier, tout en s’appuyant sur les traductions anglaises existantes. Mais elle le fait à partir d’une édition française plus ancienne qui ne comporterait pas les nativitez.

 

Nous avons établi que la caractéristique principale de l’édition anglaise telle qu’elle va s’imposer définitivement au XVIIe siècle consiste en une incohérence majeure de construction (fin au début) et l’interpolation d’un texte sur le Plowman (laboureur) ce thème ayant été ajouté par Winkin de Worde au travail de Copland.

 

Nous avons déjà fait remarquer la suppression, à propos des nations latines de la référence au Pape. Seule celle à l’Empereur subsistera. La version française ainsi que la traduction de 1503 comportent la double référence. Le roi d’Angleterre va jusqu’à emprunter le titre de « très chrestien ».

 

« In the Nation of Latines, for the superiours is the Emperour and many kings. That is to say the most Christian & redoubted King of England and of France (sic) …and it is the nation most resplendishing in honor, force and chivalrie »

 

Mais ces changements étaient déjà intervenus dans la seconde édition Pynson qu’il convient probablement de dater d’avant l’édition de 1508 de Copland-Wynkin de Worde. Cette seconde édition Pynson retourne au texte français et restitue, dans la paragraphe consacré aux Maisons, le « departeth » supprimé en 1503 et que Pynson n’avait pas changé. L’édition Pynson comporte des abréviations des définitions des textes des signes et des planètes [101] .

 

Les éditions W. de Worde [102]  se caractérisent par un plus petit format conforme au format des éditions françaises utilisées du type Berger de la Grande Montagne [103] .

 

Il est difficile de déterminer si les éditions anglaises se réfèrent aux éditions françaises ou à l’édition de 1503 qui est très fidèle au français. Mais l’important est de noter que certaines omissions de 1503 sont rétablies et notamment quant au chant du limaçon dont Sommer, sans identifier sa raison d’être, signale qu’il est réintroduit dans la troisième version .

 

Cette édition Notary comporte le Plowman – point qui ne nous semble pas avoir été assez souligné par Sommer – et ce serait la première à le faire, mais c’est aussi celle qui introduit les incohérences majeures que Wally ne corrigera pas. sur la fin de l’Astrologie des Bergers au début. Mais l’édition Worde avait déjà introduit cette incohérence.

Ptolémée et l’astrologie populaire

 

En vérité, quand on étudie d’un peu près le Tétrabiblos attribué à Claude Ptolémée, on tend à être moins surpris par la présence de son nom au sein d’ouvrages d’astrologie populaire. (voir notre communication « Comparaison du Tetrabiblos attribué à Ptolémée et de la Mathesis de Firmicus Maternus »,Colloque « Homo Mathematicus » Congreso internacional sobre astrologos griegos y romanos, Malaga, 2001, à paraître). En effet, le Tétrabiblos nous paraît accorder une importance particulière à une astrologie saisonnière, donc conférant une place prépondérante au passage du soleil dans les douze signes alors qu’un traité comme celui de Firmicus Maternus est plus axé sur les planétes situées dans des lieux calculés à partir de l’ascendant/horoscope. On sait que ces deux systémes ont par la suite fusionné – notamment dans les années 1930, et que ce qu’on nomme, dans la presse, horoscope est constitué sur la base du signe solaire et non à partir de l’heure de naissance. Mais ceci est une autre histoire….

IV. La piste allemande [104]

 

Le Kalendrier des Bergers qui parait à Paris en 1491 est-il à vrai dire l’exemple d’une production spécifiquement française comme le soutient Erik Dal [105] ? Nous avons de bonnes raisons de penser qu’il ne s’agit là nullement d’une première version dès lors que l’on compare le domaine français avec d’autres aires en Europe.

 

D’une part, l’on connaît bien en anglais un Compost of Ptolomeus qui se dit traduit du français, certes tardif (début XVIe siècle [106] ) mais qui semble bien constituer un état antérieur à celui du Kalendrier des Bergers [107]  même si l’on n’en connaît que des éditions relativement tardives. De l’autre, il existe une édition allemande, conservée à la Bodleian Library, portant le même intitulé, tardive elle aussi (vers 1528), Der Schapherders kalender, paru à Rostock, chez Ludwig Dyetz [108]  mais qui, à part son titre, s’apparente à toute une série de calendriers allemands (teutsch kalendar) imprimés du XVe siècle, sans parler des manuscrits.

 

L’exemplaire de la bibliothèque d’Oxford porte bel et bien le nom de Schaperderskalender, en français Kalendrier des Bergers, mais est découpé en fait en diverses parties attribuées à de grands astronomes. Le frontispice représente un astrologue enturbanné qui évoque probablement l’arabe Almansor. Mais hormis le titre, point de bergers, dans ce texte allemand. Ouvrage à l’usage des bergers à la rigueur, certes pas oeuvre de bergers mais émanant des plus grands sages et philosophes, à l’instar de ce que l’on peut observer (cf infra) pour les prophéties perpétuelles du philosophe Joseph, Moult, T. J. napolitain. Or, en passant en France, le message se veut diffèrent. Ou du moins sous la forme du Kalendrier des Bergers [109] . On notera qu’à la même époque, Simon de Phares rédige, entre 1494 et 1498, un Recueil des plus célèbres astrologues à l’usage des « simples champestres » [110] .

 

L’on voit mal un processus inverse se produire à partir du Kalendrier des Bergers qui nous apparaît comme un aboutissement, une forme de vulgarisation de forme sinon de fond plutôt qu’un point de départ.

 

Nous serions donc tenté d’envisager une origine allemande de certains éléments du Kalendrier des Bergers dans sa version de 1491, non sans de nombreux changements notamment la suppression des noms des sages au niveau du calendrier. Nous n’avons pas abordé la question d’une éventuelle traduction plus ou moins littérale de l’allemand vers le français, étant bien entendu que la matière est dans tous les cas astrologique et zodiacale. Les versions françaises sont plus amples et plus riches au niveau didactique et l’on pourrait soutenir, en fait, qu’elles incluent les kalendriers allemands, en reprennent la présentation, mais – cas de figure classique – au sein d’un ensemble plus vaste, tout en adoptant le nom d’une pièce pour celui du recueil entier.

 

Les almanachs français que nous connaissons ne comportent en général pas la référence aux Meistern, aux Sages et on voit mal qu’il puisse s’agir d’une addition allemande. Une autre filière, à partir d’ouvrages allemands ne portant pas de référence aux Bergers, aurait abouti au Compost de Ptolémée dont on ne connaît que la traduction anglaise tardive [111] , Ptolémée étant un des auteurs cités dans l’édition allemande que l’on retrouve dans les additions au Kalendrier des Bergers. Nous avons abordé avec la Pronosticatio de Lichtenberger le cas d’éditions françaises augmentées ou non aux titres distincts marquées par des éditions étrangères d’un même texte portant des titres différents.

 

Jusque là, l’on ne reconnaissait que l’origine allemande des nombreuses gravures. Un trait du Kalendrier des Bergers que l’on retrouve en outre dans les publications allemandes, y compris dans les manuscrits (Zentral. Bib. Zürich, C 54, Nurnberg, codex Schürstab, [112]  ) tient à la présence du sigle KL pour chaque mois, qui pourrait être un abrégé de la forme allemandeKalendar.

 

Or, nous avons retrouvé dans la littérature allemande relative au calendrier des versions qui se rapprochent très sensiblement de ce Schapherderskalender sans en porter pour autant le nom mais au contenu identique. Nous disposons d’un fonds important de textes allemands très proches du Schepherdskalender et comportant notamment eux aussi une même liste de personnages célèbres. Il est possible qu’initialement il se soit agi d’une recension de médecins [113] .

 

L’exemplaire tardif du Schapherderskalender de la Bodleian Library [114]  n’en présente pas moins un intérêt considérable. D’abord de par son titre que nous n’avons pas retrouvé à ce jour dans les collections d’almanachs allemands [115] . Certes, sans cet exemplaire, il nous eût été possible de rapprocher certains almanachs allemands du Kalendrier des Bergers mais notre attention n’eût pas été attirée de la même manière. Cet exemplaire, quand bien même serait il tardif, constitue un chaînon précieux. Par ailleurs, il convenait que nous ayons pris connaissance duCompost of Ptolomeus plus proche des almanachs allemands que le Kalendrier des Bergers de 1491 et dont on ne connaît pas d’original français. En effet, ce Compost of Ptolomeus [116]  comporte le nom de Ptolémée, un des sages figurant dans les almanachs allemands [117] .

 

Notre démonstration consistera en fait à montrer que le Schapherderskalender comporte un contenu et une structure que l’on ne retrouve pas en France, ce qui nous amène à deux hypothèses, soit la version allemande est augmentée par rapport à l’édition française soit c’est la version française qui a évacué certains aspects du texte d’origine. Il s’agit notamment d’une série de savants célèbres dont le premier est presque toujours l’Arabe Almansor. Il devient finalement assez secondaire que l’une de ces versions fasse référence aux Bergers.

 

On notera le recours à des quatrains que l’on retrouve dans les éditions françaises mais aussi dans les almanachs de Michel de Nostredame, sous une forme non plus perpétuelle mais annuelle.

 

Chaque mois est illustré par une vignette zodiacale et par un travail des champs. Chaque mois est relié à un Sage diffèrent. On y retrouve des roues avec le Soleil et la Lune respectivement en leur centre. On trouve la représentation de chacun des sept dieux liés aux planètes, avec les enfants des planètes et les signes dominés [118] .

 

Citons encore d’autres éléments récurrents dans le Kalendrier des Bergers: un Homme-Zodiaque comportant les associations des signes aux parties du corps, douze vignettes zodiacales des représentations des quatre tempéraments, un personnage expliquant les règles de la saignée, une représentation des 4 vents. Si le texte n’est pas nécessairement le même, le genre est bien repris du Teutsch Kalender.

 

Le travail d’édition de J. P. Boudet concernant Symon de Phares ( Recueil des plus célébres astrologues, 2 tomes, Paris, H. Champion, 1997 et 1999), ne semble pas avoir pris en compte les calendriers allemands lesquels comportent des listes de « sages » qui se retrouvent dans le Recueil, ce qui, certes, ne devrait pas trop surprendre étant donné la quantité considérable de noms d’astrologues réels ou issus de la fantaisie point trop scrupuleuse de Symon de Pharés qui y figurent. Certes, Symon de Phares a-t-il amplifié considérablement un tel procédé, il n’empêche qu’un tel précédent, aussi proche dans le temps, aurait du être signalé. En ne le faisant pas, on donne l’impression erronnée que Symon de Phares aurait été le premier à appuyer le savoir astrologique de la sorte, faisant ainsi contrepoint avec le Kalendrier des Bergers.. Etant donné que le Kalendrier des Bergers est exactement contemporain du Recueil des plus célébres astrologues, le rapprochement synchronique s’imposait qui eut conduit à des recoupements diachroniques permettant d’inclure le dit Kalendrier des Bergers dans le dossier que dresse J. P. Boudet de toutes sortes de mystifications.. Mais le dit Kalendrier pouvait sembler à cent lieues du Recueil, dès lors que l’on ignorait la transformation intervenue des Sages en Bergers! Cela dit, l’existence d’unCompost of Ptolomeus – dans le champ anglais – aurait pu aussi mettre le chercheur sur la voie… C’est tout le problème de la délimitation d’un corpus et notamment de la recherche des sources les plus proches, qui auraient pu être utilisées par l’auteur considéré de préférence à des sources plus lointaines de son champ culturel et de son temps.( cf dès 1993, nos « Etudes autour des éditions ptolémaïques de Nicolas Bourdin », pp. LI-LIX (Ed. Trédaniel). On voit ainsi l’importance d’une approche extensive, point trop axée sur l’auteur étudié, ne se contentant pas de partir de celui-ci, mais sd’efforçant de le resituer plutôt à partir de la production européenne de l’époque, faisant ainsi la part de certains chaînons manquants.

 

L’étude de la bibliothèque de Symon de Pharés ( J. P. Boudet, Lire dans le ciel. La bibliothèque de Simon de Phares, astrologue du XVe siècle, Bruxelles, 1994) n’aura apparemment pas suffi à accéder aux almanachs allemands, tant manuscrits qu’imprimés, enrichis de mentions, pour chaque signe zodiacal, de savants et de philosophes, qui constituent bel et bien un précédent ou en tout cas une référence pour le type de travail apologétique mené par l’astrologue lyonnais. En tout état de cause, si ces almanachs allemands ont pu marquer le Kalendrier des Bergers, c’est bien qu’ils exerçaient quelque influence en France. On sait par ailleurs l’inspiration, dans les années 1530, que Rabelais puisera dans certains textes satiriques allemands au sujet de l’astrologie, comme la Nef des fous de Sebastien Brandt (cf notre exposition de 1994, à la BNF, Astrologie et prophétie. Merveilles sans image). Ajoutons que le fait que des almanachs du temps de Symon de Pharés véhiculaient des listes de personnages tous plus sages et savants les uns que les autres tendrait à relativiser l’originalité de son projet,: mystification d’un astrologue ou d’une corporation toute entière?. Est-ce qu’on ne pourrait pas dire qu’il s’agit là, avec Symon de Phares, de variations à partir d’almanachs « patronés », à destination de Charles VIII tout comme le libraire Vérard dont on a rappelé qu’il avait offert à ce même souverain une version enluminée, à partir d’une édition ordinaire du Kalendrier des Bergers, ce qui d’ailleurs confirmerait le fait que cet ouvrage n’était pas, à proprement parler, considéré comme d’astrologie.

 

Signalons par ailleurs le cas au XVIIe siècle de Jacques Gaffarel dont la préface apologétique aux Curiosités Inouies (1629) et qui, au demeurant, sous Louis XIII, devra se rétracter – ce qui le rapproche de Symon de Pharés – pour cet ouvrage largement marqué par l’astrologie – comporte une série de noms de sages, dans la ligne du Recueil qu’il n’avait probablement pas lu, cette compilation n’ayant pas été imprimée. De nos jours, on a gardé cette manie de citer, avec plus ou moins de désinvolture, certains auteurs prestigieux comme Newton, Einstein et d’autres aux fins de crédibiliser l’astrologie.

 

Ajoutons que ces almanachs ne se contentent pas de citer des noms de sages mais proposent le plus souvent leurs portraits. Nous avons déjà signalé, au début de la présente étude, le cas du personnage portant chapeau à sa table de travail, qui a été repris au XVIe siècle pour camper Nostradamus. Mais c’est en fait une grande partie du corpus des almanachs astrologiques (cf. Sylvie Besson, L’astrologie dans les almanachs populaires du XVIIe siècle, Mémoire de maîtrise, Paris X, 1971-72, Dir. R. Mandrou ; et Geneviève Bolléme, Les almanachs populaires aux XVIIe et XVIIIe siècles, Essai d’histoire sociale. Ed. Mouton, Paris-La Haye, 1969, pp. 40 et seq.) – dont la capitale est Troyes – qui est en fait concerné – de Claude Morel à Eustache Noël, de Vauréal à Commelet – et notamment au XVIIe siècle la plupart des almanachs, attribués à des auteurs plus ou moins fictifs – certains libraires signent leur production par un anagramme (cf le CATAF) – vont comporter des portraits eux aussi assez fantaisistes et plus ou moins interchangeables, à l’instar des sages des almanachs allemands et qui sont souvent réutilisés pour représenter plusieurs noms, la différence étant que les almanachs français, pour ne parler que d’eux ( et la BNF en a une importante série pour le second XVIIe siècle) ne sont pas ainsi attribués à des auteurs célèbres mais fournissent divers noms dont on peut se demander où on a été les chercher, un peu à la façon dont Symon de Pharés. (voir les planches jointes). On peut dés lors se demander si cette tradition d’attribution aux faiseurs d’almanachs de noms de fortune est nouvelle ou si elle constitue un trait que Symon de Pharés ne fit que reprendre. En tout état de cause, que ce soit pour l’utilisation au service de la cause astrologique de noms célèbres ou parfaitement inconnus, du moins dans le champ astrologique, il y a là un phénomène d’une ampleur, dans le temps et dans l’espace – un chaînon essentiel pour la sociologie du milieu astrologique des XVe-XVIIe siècles qui aura échappé au spécialiste de la bio-bibliographie d’un Symon de Pharés. On signalera d’ailleurs un problème du même genre chez les spécialistes de Nostradamus isolant à l’excès leur auteur du domaine astrologique et prophétique en général (cf notre thèse d’Etat). Le fait d’avoir disposé d’informations sur la bibliothèque de Symon de Pharés – cas assez exceptionnel dans le champ concerné et qui ne saurait fonder une méthodologie – ne dispensait certainement pas de confronter le texte du Recueil avec d’autres textes et ce sans se soucier de leur présence dans la dite bibliothèque. Tout au plus, une telle bibliothèque était-elle, ici, susceptible de proposer des pistes supplémentaires au chercheur. D’où l’importance de bibliothèques de recherche spécialisées, comme la Bibliotheca astrologica, fondée en 1972, à Paris, voilà tout juste trente ans.

Description d’un corpus de calendriers allemands

 

On passera en revue un certain nombre de documents tant imprimés que manuscrits – la seconde moitié du XVe siècle voit ces deux modes cohabiter- ce qui ressort au demeurant de l’étude de la bibliothèque de Symon de Pharés qui comporte notamment des almanachs manuscrits – que nous comparerons et qui ne se distinguent en fait que par l’ordre dans lequel les personnages liés chacun à un mois de l’année se font suite: l’année commence ici en janvier et avec le signe du verseau qui n’en occupe en fait que la seconde partie, en un temps antérieur à la Réforme Grégorienne de 1582 qui en réduira encore plus la présence, aux dix derniers jours.

Exemplaire de la Wurtembergische Landesbibliothek, Stuttgart.

 

Ce premier document imprimé est typiquement le genre d’almanach qui aurait pu inspirer l’apologie de Symon de Pharés. Le Teutsch Kalender mit den Figuren, Ulm, Johannes Schäffler, 1498 [119]  – ne comporte pas pour chaque mois du calendrier le sigle « KL » que l’on retrouvera dans le Kalendrier des Bergers; il commence par « Der maister Almansor spricht« : le Maître Almansor dit [120] .

 

Pour chaque mois, l’on trouve successivement – on a opté pour la forme française, chaque fois qu’on l’a pu de préfèrence à la forme latine employée dans les textes allemands:

 

Almansor et verseau, Hippocrate et poissons, Galien et bélier, Johannes [121]  et taureau, Avicenne et gémeaux, Averroès et cancer, Razés et lion, Senéque et vierge, Isaie ou Isaac et balance, Constantin et scorpion, Mesvé et sagittaire, Platon et capricorne [122] .

 

En fait, cette liste pourrait être extraite d’une plus importante que l’on trouve tardivement reproduite dans un traité d’alchimie de Mylius, sous forme de vignettes des philosophes [123] : on y trouve notamment, en latin, les noms de Rasis [124] , Platon (Platon de Tivoli?), Senèque, Avicenne, Geber, Isaac (le Hollandais, l’Ancien et le Jeune) etc. Constantin apparait également dans la littérature alchimique [125] .

 

Nous avons identifié Mesue le jeune, alias Yahya ibn Masawaih (BNF, Res T2 2A) dont on connaît le Liber Joannis Mesue de complexionibus.

Exemplaire de la Stift Bibliothek, St Gall (Suisse)

 

Signalons un exemplaire imprimé plus ancien et colorié conservé à la Stift Bibliothek de St Gall. Il est édité à Augsbourg en 1488, chez Hannschen Schobser.

 

Das ist der Teutsch Kalendari mit den Figuren (autre ex. coloré mais sans page de titre). On y trouve la série suivante: Almansor, Hippocrate, Galien [126] , Johannes, Avicenne, Averroès, Rasis, Seneque, Isaïe, Constantin, Mesue, Platon.

 

Signalons une version manuscrite déjà citée [127]  qui reprend exactement le même ordre: « Spricht der maister AlmonsorAlmansor« . Les autres noms et mois défilent dans l’ordre suivant à partir de février mais l’on sait que les mois sont en correspondance avec les signes du zodiaque: Hippocrate, Galien, Johannes (Jean), Avicenne, Averroès, Razés, Senèque, Esaias (Isaïe), Constantin, Mesve, Platon. L’ouvrage s’orne comme les précédents de vignettes zodiacales circulaires. Chaque mois comporte le sigle KL. Il s’agit donc d’une version plus proche de la française.

Exemplaire de la Forschungs Bibliothek de Gotha (Allemagne), Chart B 1238.

 

La série est la suivante: Almansor, Galien, Ptolémée, Avicenne, Averroès, Galien, Ptolémée, Avicenne, Averroès, Rasis, Albumasar, Isaac ( ou Isaïe?), Sénèque, Constantin, Mesué, Platon. Notons la présence de Ptolémée et d’Albumasar dans cette version.

Exemplaire de la Bodleian Library, Oxford

 

Abordons enfin l’exemplaire imprimé déjà signalé de Rostock, Der Schapherderskalender (En tête, Almansor et verseau, puis Ippocras et poissons, puis Galien et bélier, puis Johannes et taureau, puis Avicenne et gémeaux, puis Averroès et cancer, Razès et lion, Senèque et vierge, Isaac (Isaias) et balance, Constantin et scorpion, Mesve et sagittaire et Platon et capricorne).

 

On note donc la cohabitation, au sein de tous ces kalendriers d’une série entremêlée de sages arabes, Avicenne, Averroès, Rasis, Almansor, et de sages grecs et latins tels Platon, Senéque, Hippocrate, Galien, Constantin etc.

 

En fait, seul le titre change alors que le contenu reste le même. Il est possible qu’un tel titre ait inspiré par la suite une modification de contenu significative. Toutefois, l’on notera que Ptolémée ne figure pas parmi les personnages illustrant les mois, ce qui laisserait entendre que la dimension proprement ptoléméenne a une autre origine.

 

L’édition française du Teutsch Kalender- si l’on peut ainsi appeler le Kalendrier des Bergers- se distinguera par le refus de prendre en considération les séries de personnages célèbres que pourtant Symon de Phares à la même époque (1493-1498), évoque dans son Elucidaire (BNF, MS Fr 1357) [128] . En effet, on peut dire qu’elle en constitue le contre pied puisque toutes les références de ce genre furent supprimées et que tout le texte fut mis au compte des bergers, à l’exception du cas de Ptolémée pour certaines additions (cf infra).

 

La diversité même des versions allemandes plaiderait donc, selon nous, en faveur d’une telle origine même si l’on peut a priori imaginer qu’une oeuvre rencontre plus de succès dans son pays d’accueil. On imagine mal dans ce cas que les Allemands aient pu ajouter et l’on conçoit mieux que les Français aient enlevé. En tout état de cause, ces calendriers allemands semblent être apparus antérieurement. Il n’en reste pas moins qu’en France, cette littérature trouvera, comme ce sera le cas pour le Mirabilis Liber, un nouvel élan. La présence massive de l’illustration sera maintenue dans les éditions françaises de façon assez atypique [129] , peut-être parce que l’ouvrage n’est pas considéré comme offrant un caractère prophétique.

 

Erik Dal (1980 p. 17) signale une « comparaison faicte des douze moys de l’an comparagez (sic) aux XII eages de l’omme (sic) » parue à Lyon à la fin du XVe siècle et dont la page de titre évoque celle des premières éditions du Kalendrier des Bergers, avec une première lettre (L) en très grosse majuscule stylisée. (BNF, Fonds Rotschild, Cat. Picot n° 531, Cote IV .4.158)

 

On y trouve divers discours sur les mois attribués à des sages à la façon décrite plus haut: Cathon le saige en février, Salomon en mars; Aristote en avril, Doctrinal (oeuvre d’Alexandre de Villa Dei) le saige (sic) en mai, Thobie le saige pour juin; Maron le Saige [130]  pour juillet; Virgile (dont on mentionne les Georgiques et qui figurerait ainsi à deux reprises successives), en août, et, enfin, Ypocras en septembre. Cette série diffère de celle de l’imprimé de Rostock.

 

Ce texte présente un certain nombre d’incohérences: la règle semble être que trois paragraphes soient consacrés à chaque mois, le troisième étant placé sous le patronage d’un sage. Or à partir du mois d’octobre, le troisième paragraphe figure certes pour chaque mois mais sans la mention d’un sage. Quant au mois de janvier, il ne comporte qu’un seul paragraphe et sans mention de sage.

 

Mais force est de constater que le texte ne comporte que quelques noms et, note Dal, les noms de sages ne figurent pas pour les trois derniers mois [131] . Ce texte serait non pas la preuve d’une origine française mais au contraire, selon nous, de la réception des dits almanachs allemands.

 

Ci-dessous la liste des correspondances dans l’exemplaire allemand paru à Rostock: Almansor et janvier, Hippocrate et février, Galien et mars, Johannes et avril, Avicenne et mai, Averroès et juin, Kalis et juillet, Senèque et août, Isaac et septembre, Constantin et octobre, Mesve et novembre, Platon et décembre.

 

Mais Erik Dal nous soumet un manuscrit issu de la Bibliothèque de Charles V (BNF, MS Fr 1728) [132]  lequel ne comporte pas de noms de « maîtres » (voir reproduction in Dal, 1980, pp. 42 et seq).

 

Hans Gloesch a tort de voir dans le Kalendrier des Bergers un ancêtre du Kalendrier allemand [133]  même si l’on ne peut exclure, comme le montre Dal, que certaines pièces françaises déjà présentes dans la Bibliothèque de Charles V (BNF, Ms Fr 1728), aient pu y être intégrées en ce qui concerne les âges de l’homme pour constituer un Prologue. On y trouve chaque signe zodiacal, à partir du bélier, correspondant à une tranche croissante de six ans [134] . En d’autres termes, il y aurait eu dans les éditions portant le titre allemand ou flamand de « bergers » un emprunt à l’édition française uniquement en son prologue, le reste étant fidèle à la tradition allemande des « Meister », des Maîtres à laquelle la tradition française n’était pas elle même étrangère mais dont les aspects « savants » avaient été évacués précisément au profit des Bergers. On trouve encore une telle trace dans la « Comparation » de 1480 qui n’est pas encore d’allure pastorienne, puisqu’elle ne se réfère à aucun moment aux bergers, et qui constitue bel et bien un état antérieur au Kalendrier des Bergers, avec des éléments d’origine allemands quelque peu réaménagés en ce qui concerne les « savants » mais reprenant un prologue d’origine française, attesté dès le XIVe siècle. Le texte consacré aux âges ne fut pas ajusté, dans l’édition de Rostock, avec la série des sages alors que c’est le cas dans la Comparation, texte antérieur au Kalendrier des Bergers et qui n’a pas influé directement sur l’édition pastorienne allemande.

 

Erik Dal (1980) n’a donc pas su selon nous apprécier la part des emprunts croisés, du fait qu’il n’a, à aucun moment, comparé le « teutsch kalender » de la fin du XVe siècle, qui ne comporte pas la succession des âges, en rapport avec le zodiaque, avec les éditions pastoriennes allemandes du début du siècle suivant. La « Comparation faicte des douze moys de l’an comparagez aux XII âges de l’homme », signalée par Dal et Storup, n’en est pas moins une pièce essentielle: elle confirme, selon nous, l’influence allemande par le recours aux Meister tout en s’appuyant sur un texte proprement français. Le Kalendrier des Bergers restera marqué, en son Prologue, par cette répartition des Ages, empruntera au Teutsch Kalender une présentation du calendrier à base de quatrains et d’images mais produira un ensemble qui se distinguera par sa dimension champêtre, aspect qui par la suite séduira les faiseurs d’almanachs allemands et flamands, sans que ceux ci ne renoncent, pour leur part, à relier les signes et les mois aux sages grecs et arabes.

 

Si l’on examine les listes de Sages figurant dans les « calendriers » allemands, force est de reconnaître certaines étrangetés: pourquoi notamment la présence d’Isaïe et dans d’autres versions, d’Isaac? Que font là ces personnages bibliques aux côtés d’astrologues grecs ou arabes?.

 

L’étude de l’Elucidaire de Symon de Phares (voir Boudet , op. cit. & Wickersheimer, 1929) pourrait nous conduire sur une piste: on y trouve en effet un tel mélange du fait que rédigeant une sorte de généalogie de tous ceux qui ont oeuvré en faveur de l’astrologie, il débute par des personnages de l’Ancien Testament, à commencer par Adam, pour ensuite passer au monde profane avec par exemple « Almansor, le grand astrologue de Castille ». On comprendrait ainsi la présence d’un Isaac/ Isaïe.

 

Il existerait ainsi une telle chronologie accordant le savoir astrologique à chaque génération et à laquelle Symon de Phares aurait eu recours à l’instar des auteurs des calendriers allemands qui se seraient contenté d’en extraire, pour leurs besoins, une douzaine de noms.

 

On assisterait ainsi à un processus assez remarquable:

 

- au départ, des calendriers allemands,

- à partir desquels on réalise en France le Compost de Ptolémée français (perdu),

- à partir duquel on construit le Kalendrier des Bergers,

- et à partir duquel on réalise le Kalendar of Shephards anglais

- à partir duquel on réalise la traduction du Compost of Ptolomeus, seule version disponible de l’oeuvre.

L’Almanach du Seigneur des Accords (1588)

 

En fait, les recueils de Prophéties Perpétuelles qui seront publiés jusque dans le courant du XIXe siècle et au delà rassemblent des textes de diverses inspirations.

 

Si le Kalendrier des Bergers – qui serait en fait initialement un manuel attribué à Ptolémée – va connaître une carrière remarquable, notamment en Angleterre [135] , sous diverses formes, un autre recueil est moins connu et intéresse davantage notre propos sur la Prophétie, il s’agit de l’Almanach ou Pronostication des Laboureurs [136] , paru à Paris, en 1588, chez Jean Richer Jean; (BNF) et parfois classé parmi les éditions du Kalendrier des Bergers.ier des Bergers. »

 

Il est signé d’un pseudonyme, Jean Vostet Breton alias Tabourot, anagramme d’un auteur connu [137]  sous le nom de « Seigneur des Accords », Estienne Tabourot, dont l’oncle, Jehan Tabourot [138] , alias Toinot Arbeau avait publié dès 1582 un Manuel et Compost, à Langres ( voir Livre I). 1582 est l’année de la Réforme du Calendrier [139]  par le Pape Grégoire XIII [140]  avec l’aide du jésuite Christoph Clavius (Schlüssel) [141] , qui ramenait l’équinoxe de Printemps à la date du 21 mars, date du concile de Nicée (325). Dans sa Lettre à Aubert Josaquot [142] , il est clairement établi que cet Almanach et Pronostication ne saurait – comme le prétend le catalogue de la B.N.F.- être attribué à Jean Tabourot, Etienne Tabourot a craint, dit-il, d’ »importuner » son oncle, de le « divertir »: « j’ai mieux aimé vous tracer de moi-même ce que j’ai pensé nécessaire et suffisant pour satisfaire à votre honnête curiosité ».

 

Cet Almanach comporte une Pronostication pour 1588 (sans rapport avec la .Pronostication des Laboureurs). Combinaison originale que celle d’un almanach perpétuel avec une pronostication ponctuelle. En fait, cela ne constituera pas un handicap. Il continuera à paraître avec celle-ci ainsi bien au delà de cette date-limite (cf. infra) puis sans celle des Laboureurs). Combinaison originale que celle d’un almanach perpétuel avec une pronostication ponctuelle.

La réforme grégorienne

 

Les changements de début d’année compliquent singulièrement la tâche de datation et favorisent les contre- sens chronologiques, il en sera de même avec la volonté de corriger le calendrier qui aboutira à une certaine disparité en Europe, liée à l’acceptation ou au refus de l’autorité du pape, si bien que la Révolution d’Octobre 1917 eut lieu en fait, selon le calendrier catholique, en novembre. Cette réforme affecte toute une littérature hémérologique- almanachs, calendriers, prophéties perpétuelles- qui fixe pour les changements de signes des dates désormais obsolètes.

 

Perturbation grave que celle introduite par le Pape Grégoire XIII (en novembre 1582, le lendemain du 4 fut le 15) et qui affecte la représentation des Saints, tels qu’ils se succèdent dans le calendrier, et qui ne sera comparable qu’avec les changements éphémères introduits sous la Révolution Française. Comprenant cela, Etienne Tabourot se proposa de remplacer les anciens dictons météorologiques par de nouveaux  [143] .

 

« Le 8 de Juin on disait du jour St Médard

Du Jour St Médard en Juin

Le Laboureur se donne soin

Car les anciens disent s’il pleut

Que Trente jours durer il peut

Et s’il est beau sois certain

D’avoir abondamment de grain »

 

« Maintenant le … au 18 du même mois

S’il pleut la veille St Gervais

Pour les bleds c’est signe mauvais

Car d’iceux la tierce partie

Est ordinairement périe

A cause que pour 30 jours

Le temps humide aura son cours

Que si tel jour était serein

Qu’on s’assure d’avoir du grain »

 

A vrai dire, l’effort de Tabourot semble bien avoir été vain et la Saint-Médard a conservé son affectation comme en témoigne la chanson. « A la Saint Médard, mon Dieu qu’il a plu! ». Or, le raisonnement de l’auteur semblait se justifier tout à fait: en effet, dès lors qu’il s’agit d’une observation météorologique, ce n’est pas le Saint Médard qui produit le phénomène, mais le jour qui lui fut affecté. Si ce jour change, ne doit-on pas en tirer les conséquences ? D’ailleurs, Estienne Tabourot fournit des Eléments stellaires:

 

« Ce jour le Soleil entre au 26e degré de Gemini, le dernier pied dextre des Boucs se perd le soir, le cou de senestre du Serpentaire (…) se perd le soir… Orion… » [144] .

 

Mais l’on peut raisonnablement se demander si la proposition de réforme de Jean Vostet Breton alias Etienne Tabourot ne relève pas de quelque facétie, visant à embrouiller les esprits…

 

L’Almanach et Pronostication des Laboureurs sera réédité à Troyes sous le nom de Maginus, l’Hermite Solitaire, mais aussi, sous le nom de Calendrier des bons laboureurs pour 1618 [145] . Parmi les éditions ultérieures, prenons celle de 1678:

 

Le Kalendrier Perpétuel aux bons laboureurs et almanach pour 1678 contient toutes les pronostications générales & perpétuelles pour toutes les années commodes & utiles aux laboureurs, jardiniers & à toutes autres personnes, pour toutes les remarques & observations véritables qui s’y rencontrent & pour lequel l’on connaîtra la stérilité, cherté avec l’abondance de bleds, vins, argent & toutes autres utilités nécessaires (Rouen, Jean Oursel, B. Arsenal, 8°S 13752). L’ouvrage comporte en seconde partie Pronostication Perpétuelle composée par les anciens philosophes comme Pythagoras, Joseph le Juste & plusieurs autres. contient toutes les pronostications générales & perpétuelles pour toutes les années commodes & utiles aux laboureurs, jardiniers & à toutes autres personnes, pour toutes les remarques & observations véritables qui s’y rencontrent & pour lequel l’on connaîtra la stérilité, cherté avec l’abondance de bleds, vins, argent & toutes autres utilités nécessaires (Rouen, Jean Oursel, B. Arsenal, 8°S 13752). L’ouvrage comporte en seconde partie Pronostication Perpétuelle composée par les anciens philosophes comme Pythagoras, Joseph le Juste & plusieurs autres. »

 

Il semble que cet almanach n’ait pas cessé de paraître au XVIIIe siècle, sous le nom de l’Hermite Solitaire. En 1751 paraissent des Prophéties Générales pour 9 années (Troyes, .i.Veuve P. Garnier, BNF, Res pV 221). Encore en 1768, paraissait, sur le modèle de Tabourot, l’Almanach ou Pronostication Perpétuelle des Laboureurs avec les pronostication de Pitagoras en ses circules et angles, de Joseph le Juste, Daniel le Prophète & autres (Rouen, Pierre Seyer, B.M Caen).onostication de Pitagoras en ses circules et angles, de Joseph le Juste, Daniel le Prophète & autres (Rouen, Pierre Seyer, B.M. Caen). »

 

La question d’une astrologie savante face à une astrologie populaire [146]  se pose également en ce qui concerne le prophétisme. N’est-il pas possible de connaître l’avenir du monde, de la Chrétienté, à partir de la seule lecture du Livre de Daniel ou des Evangiles ou bien convient-il de faire appel à un savoir séculier, axé sur les grandes conjonctions mais laissant tout de même la place, syncrétiquement, à une réflexion sur la durée du monde selon la Bible?

 

 

Ces deux images annoncent celle de Nostradamus, telle qu’il figure sur une série de vignettes dans les années 1550, comme par exemple dans le cas de celle illustrant la Paraphrase de Galien (Lyon, Antoine du Rosne, 1557). Au départ, il semble qu’il se soit agit d’une représentation de l’astronome Claude Ptolémée, à sa table de travail. On la retrouve en tête de certaines éditions du Kalendrier des Bergers, ce qui contredit le principe même de la pseudo origine pastorale du texte évoquée par des scènes champêtres, avec chiens et moutons, en plein champ, comme on le voit dans d’autres pièces du présent corpus iconographique.

 

Le Kalendrier des Bergers datant de la fin du XVe siècle nous est familier de nos jours dans la mesure où il annonce la pratique du signe solaire qui n’existe guère dans la littérature astrologique savante. D’ailleurs, pour chaque mois de l’année, on y fait figurer les deux signes correspondants. On notera ici le parallèle entre le texte français et le texte anglais en ce qui concerne le Sagittaire. L’astrologie française pourrait ainsi avoir marqué l’astrologie anglaise dans ses descriptions des types zodiacaux.

 

 

 

 

Cette page est révélatrice des spécificités des éditions anglaises: d’une part l’introduction d’un laboureur qui n’existe pas dans les éditions françaises mais qui en fait est une allusion à un personnage anglais célèbre, appelé Plowman (en anglais, l’homme à la charrue); d’autre part, on peut lire à droite de la vignette: « Thus endeth the Astrology of Shepardes », c’est à dire Ici s’achève l’Astrologie/astronomie des bergers. Or, cette formule figure avant l’exposé concerné, ce qui en dit long sur une certaine corruption de la présentation d’origine.

 

Les titres ont évolué parallèlement, en français et en anglais. Ces deux exemples correspondent à des moutures plus anciennes et assez lourdes. La forme française « Cy est le compost et kalendrier des berhiers » est ainsi rendue « Here begynneth the kalender of Sheardes ».

 

 

Un second stade au niveau du titre donne en français: « Le grand kalendrier et Compost des Bergiers » et en anglais « The kalender of Sheeherdes ».(Bibliothèque du Magdalen College, Oxford). On perçoit ainsi à quel point la version anglaise a pu évoluer, un temps, en suivant les changements de la version française, une des raisons en étant la succession des traductions.  Ces vignettes visent à conforter la thèse de bergers « savants », décryptant le ciel. Ce qui est à l’origine du cliché encore fortement ancré aujourd’hui concernant une astrologie qui aurait été élaborée par des pâtres chaldéens, représentation mythique qui pèse sur les thèses relatives à la naissance et à la genèse de la pensée astrologique.

 

Le domaine allemand est moins sensible à cette origine pastorale, d’où le contraste au niveau de la page de titre (Bibl. Bodleienne, Oxford) d’un ouvrage au contenu assez semblable à celui du Kalendrier des Bergers et l’ayant probablement inspiré: un savant sur sa chaise, à l’instar des représentations de Ptolémée, à l’opposé du berger assis sur l’herbe ou se tenant debout avec sa cornemuse.

 

On note l’existence de quatrains qui ont pu inspirer la présence de ceux de Nostradamus, dans ses almanachs sinon dans ses Prophéties. On relève, par exemple,  la formule à propos du signe du Lion : « De Mester Rasis spricht », Le Maître Razés dit etc. Influence de l’astrologie allemande sur l’astrologie française puis de l’astrologie française sur l’astrologie anglaise, tel est, dans certains cas, le processus de circulation, non sans quelques aménagements- interpolations,  omissions, substitutions  – en cours de route, de cette littérature qui s’étend d’Est en Ouest.

 

Chaque mois de l’année est associé à un personnage connu pour sa science ou sa sagesse. Bien entendu, les portraits n’ont qu’une valeur symbolique et servent pour désigner plusieurs personnages. Les attributions mois/savants  varient sensiblement mais néanmoins selon une liste qui ne dépasse pas une vingtaine de possibilités. Cette tradition a fort peu pénétré en France où elle a laissé la place en particulier au Kalendrier des Bergers, d’où un topos  bien ancré selon lequel  l’astrologie serait l’apport de « bergers chaldéens », vivant à la belle étoile, qui en auraient peu à peu percé les secrets.  Représentation diamétralement opposée à celle d’une astrologie non seulement pratiquée mais fondée par des pasteurs.

 

Cette série d’astrologues tous pourvus d’un couvre-chef n’est pas sans évoquer la série des portraits que l’on trouve dans certains almanachs allemands. D’ailleurs, au début du Kalendrier des Bergers, on a gardé la vignette d’un personnage en toque à son pupitre, comme c’est le cas pour l’iconographie nostradamique. On songe à l’image d’Epinal  campant  un astrologue au chapeau pointu.

 

Ces astrologues ne portent pas de chapeaux mais perpétuent néanmoins une tradition impliquant la représentation des auteurs d’almanachs et qui fait partie intégrante du corpus iconographique de l’astrologie, aux côtés des signes du zodiaque ou des dieux mythologiques, sans parler des arcanes du Tarot (cf notre postface à l’Astrologie du Livre de Toth d’Etteilla, Paris, Trédaniel 1993). On remarquera, sur cette planche, que, dans un cas, le même nom d’astrologue correspond à deux portraits bien distincts.

 

Le Kalendrier des Bergers comme  interface entre les Livres d’Heures et le Tarot

 

 

Quand on entend  étudier un domaine, il importe de couvrir

 

un champ aussi large que possible quand il s’agit

 

d’appréhender des sources, des emprunts. Nous l’avons

 

montré pour le corpus Nostradamus  mais cela vaut

 

aussi pour le Tarot. Dans les deux cas, la connaissance

 

de la littérature astrologique se révéle précieuse.

 

D’après ce que l’on peut lire, les arcanes majeurs du

 

tarot ne sont pas antérieurs à la fin du XVe siècle. Avant

 

on ne connaissait que ce qu’on appelle les arcanes

 

mineurs de nos jeux de cartes ordinaires dont l’apparition

 

est nettement antérieure et se situe au Moyen Age.

 

La fin du XVe siècle est celle des Guerres d’Italie, menées

 

par le roi de France Charles VIII et ses successeurs

 

jusqu’à  François Ier (Marignan  1515, et le désastre de

 

Pavie 1525). D’aucuns pensent (  cf Dummett) que c’est alors que

 

les Tarots seraient passés en France mais nous préférons

 

tenir la thèse inverse, à savoir que le Kalendrier et Compost des

 

Bergers, lors du contact entre France et Italie, aurait

 

influé sur la réalisation italienne du Tarot.  (cf

 

Thierry Depaulis, Des « cartes communément appelées taraux », The Playing-Card, vol. 32, n° 5, mars-avril 2004, pages 199-205 et n° 6,

 

mai-juin 2004, pages 244-249.)

 

 

 

En  effet  le  Kalendrier  des  Bergers

 »

 

•constitue une remarquable collection

 

 

iconographique qui recoupe un  grand nombre d’arcanes

 

majeurs du Tarot, depuis la représentation des mois

 

de l’année (et notamment du mois de janvier)

 

en passant par celle de l’Enfer et  de la Mort et les images

 

planétaires..Encore faut-il signaler que ce mélange

 

de thèmes saisonniers et de motifs liés à la Mort et à

 

l’Enfer soit

 

 

 

caractéristique du genre des Livres d’Heures en

 

général- bien antérieur à l’invention de l’imprimerie – dont le Kalendrier des Bergers serait un avatar. Mais

 

le dit KB nous semble lui-même s’inscrire au sein d’un genre plus vaste qui est celui des Livres d’Heures lesquels ne

 

se limitaient nullement à comporter des calendriers avec les représentations des 12 mois mais comportaient

 

également divers motifs religieux,  et selon nous les arcanes majeurs du Tarot appartiendraient donc à ce même

 

genre. (cf Paul Lacombe. Livres d’Heures imprimés au XVe et au XVIe siècle conservés dans les bibliothèques

 

publiques de Paris, Paris, 1907)

 

 

 

 

 

Comparer  avec la Roue de Fortune du Tarot

 

(cf aussi dans les Très Riches Heures de Jean de France, duc de Berry;  la roue

 

comme instrument de torture (cf The  art of illumination/ by Timothy B. Husband;    2010, pp. 102-103)

 

mais aussi  fol 18 v

 

 

 

Quant au Pendu, on le retrouve avec la tête en bas

 

parmi les supplices infligés aux damnés.

 

 

L’arcane du Jugement avec l’ange dominant la scéne se retrouve au  fol.  74 dans l’iconographie des Très

 

Riches Heure du Duc de Berry (Ed Husband,  p. 139)  On y trouve aussi une représentation de (Saint)

 

Charlemagne qui correspond aisément  à l’arcane de l’Empereur ( Ed Husband,  pp. 208-209   fol 174)

 

L’arcane de la Force avec le Lion, peut  être reliée avec  la scéne où St Jérôme enléve une épine de la patte de

 

l’animal (Husband, op. cit. fol. 186 verso;  p. 274)

 

 

 

Un autre cas remarquable est celui de l’Arcane Le Monde

 

qui est à rapprocher de l’Homme Zodiaque qui figure

 

dans le Kalendrier des Bergers et qui constitue un

 

« microcosme »,  c’est à dire un « petit monde »

 

 

(Homme Zodiaque in

 

Très Riches  heures du Duc de Berry début XVe siècle)

 

Ajoutons immédiatement que l’interprétation conférée

 

à ces vignettes, dans le  cadre du tarot, diffère singulièrement de leur situation

 

au sein du  KB. C’est ainsi que le mois de janvier devient

 

le Bateleur, première carte de la série dans le Tarot

 

de Marseille, que la Roue de fortune  se relie à l’évidence

 

aux peines de l’Enfer avec la roue des damnés. Le

 

signifiant/contenant  de l’image du KB  est marqué par un nouveau

 

signifié et ce signifié  est certainement marqué par des

 

pratiques italiennes locales qui vont s’y incarner.  Mais

 

il n’en est pas moins vrai que la série d’images du Tarot

 

s’origine dans le recueil qu’est le KB et que c’est bien le KB

 

français qui aura généré une telle série, quel que soit

 

l’apport qui en sera fait en Italie.

 

Dans nos précédents travaux sur le KB et le Tarot,

 

nous n’avions pas fait le rapprochement chronologique

 

et nous étions contentés de signaler l’emprunt mais

 

la concomitance des dates, à savoir la dernière

 

décennie du XVe siècle,  le rapprochement entre

 

France et Italie qui en découle sur le plan artistique,

 

culturel voire linguistique,  apportent une forte

 

vraisemblance à notre thèse. (cf nos précédents

 

travaux Recherche sur l’Histoire de l’Astrologie et

 

du Tarot, en postface à l’Astrologie du Livre de Toth

 

d’Etteilla,  Ed Trédaniel  1993 et par la suite sur

 

les sites ramkat.free.fr et nofim.unblog.fr  et

 

www.editions-arqa.com/editions-arqa/spip.php?article680

 

On lira les réactions  à propos de notre publication  de

 

1993 où la thèse du rapprochement avait déjà été

 

formulée mais sans la dimension chronologique à

 

l’appui. (http://www.tarotforum.net/showthread.php?t=133907

 

On notera qu’il existe un exemplaire colorié et enluminé

 

dédié à Charles VIII  d’une édition imprimée du  KB (Réserve de la BNF)

 

(cf aussi http://the-visionnaire.

 

over-blog.com/article-l-etoile-110974052.html

 

La question des emprunts  confirme la nécessité

 

dans la recherche des sources d’aller  bien au delà

 

du domaine concerné par le document étudié. Au

 

niveau iconographique, le passage d’une encyclopédie

 

astrologique aux nombreuses éditions  tout au long

 

du XVIe siècle  vers une série d’images comme celles

 

du Tarot ne saurait surprendre. Mais bien des

 

spécialistes du tarot comme d’autres domaines comme

 

le corpus Nostradamus  auront fragilisé leurs recherches

 

de par leur méconnaissance de corpus autres. Un cas

 

remarquable de telles connexions concerne le travail

 

de Chantal Liaroutzos (Réforme Humanisme Renaissance

 

1986) où il est montré que certains quatrains des

 

Centuries empruntent à la Guide des Chemins de

 

France de Charles Estienne. On connait aussi le cas des Protocoles des Sages de

 

Sion qui empruntent à un pamphlet de Maurice Joly

 

sans rapport  obvie avec la question juive. (cf notre

 

ouvrage Le sionisme et ses avatars au tournant du XXe

 

siècle, Ed Ramkat, 2002)

 

Mettre en place un réseau de signifiés ne signifie

 

pas pour autant qu’il n’y a pas eu récupération

 

d’une série de signifiants (mots dans un texte, images

 

dans un recueil) qui ont préexisté.

 

Il est intéressant, alors, pour l’historien d’analyser

 

de quelle façon les signifiants ont été peu ou  prou

 

détournés  de leur contexte d’origine. C’est ainsi que

 

nous avons pu montrer que des retouches avaient

 

été apportées à un état originel des quatrains des

 

Centuries pour que tel quatrain corresponde au

 

couronnement d’Henri IV à Chartres, en changeant

 

Chastres (Arpajon)  en Chartres.(cf notre post

 

Doctorat  EPHE 2007, Ve section,  site propheties.it)

 

On peut ainsi restituer des chainons manquants entre

 

la source et l’état connu ultérieur.

 

L’exposition à la BNF qui fut réalisée il y a 30 ans

 

par Thierry Depaulis ( Tarot, jeu et magie, Bibliothèque Nationale, 1984

 

ne saurait donc constituer un

 

état ultime de la recherche dans le domaine de

 

l’Histoire du Tarot et on ne saurait trop conseiller

 

aux chercheurs de recourir aux moteurs de recherche

 

et de ne pas s’en tenir au corpus papier, d’autant

 

que les dits moteurs prennent en compte des

 

réactions sur les forums à des parutions papier que l’on

 

aurait pu négliger.  Désormais, il ne semble plus

 

possible de ne pas mettre en avant le recours au

 

Kalendrier et Compost des Bergers pour la

 

compréhension des arcanes majeurs du Tarot, ce

 

qui vient confirmer la fortune remarquable de cet

 

ensemble que l’on peut qualifier d’encyclopédie

 

populaire, ce qui est d’autant plus remarquable

 

que l’iconographie dans le champ prophétique a été

 

singulièrement censurée en France (cf notre catalogue

 

d’exposition,  dix ans après celle sur le Tarot,  Astrologie et Prophétie

 

Merveilles sans images, .Réserve de la BNF  1994, Ed

 

de la Bibliothèque Nationale)

 

Le mélange de motifs  astrologiques et infernaux nous

 

apparait comme un trait tout à fait spécifique introduit

 

par le  Kalendrier des Bergers et instrumentalisé par

 

les arcanes majeurs du Tarot,  à la fin du XVe siècle et

 

au début du siècle suivant. On ajoutera que l’iconographie

 

des maisons astrologiques fait étrangement défaut

 

dans le Kalendrier des Bergers où l’on ne trouve qu’une

 

série de chiffres romains de I à XII.  On peut penser

 

qu’il a pu exister une édition non expurgée, perdue,

 

de cette symbolique qui aurait été utilisée pour le Tarot.

 

(cf Nativität  Kalender, Leonard Reymann, 1515)

 

C’est ainsi que l’arcane de l’Amoureux correspondrait

 

à la représentation de la maison VII. Mais l’on peut

 

aussi   s’intéresser  à  la vignette du mois de mai  quant à

 

une  célébration du couple dont le symbolisme du

 

signes des Gémeaux est d’ailleurs issu, ce qui en fait

 

une valeur vénusienne et non mercurienne comme on

 

peut le lire dans la Tétrabible de Ptolémée (IIe siècle

 

de notre ère). Dans les Belles Heures du Duc de Berry, par

 

exemple, la vignette du mois de Mai évoque netteemnt celle

 

des Gémeaux (et non du Taureau, le signe correspondant

 

à ce mois) cf Millard Meiss et Elizabeth   H. Beatson,  Les Belles Heures du Duc Jean de Berrt Ed Draeger/ Vilo, 1975

 

On trouve également  la mort dans  cette symbolique oubliée des

 

maisons astrologiques pour représenter la VIIIe. (cf

 

notre étude in Recherches sur l’Histoire de l’astrologie

 

et du tarot, ibidem)

 

Il faut préciser qu’un emprunt n’a pas à être la

 

reproduction intégral de la source mais peut ne

 

reprendre qu’un motif. C’est notamment le cas pour

 

le symbolisme zodiacal qui est dérivé des vignettes

 

des mois.  Le vase du  verseau n’est qu’un élément d’une

 

scéne d’ensemble (cf les très Riches Heures du Duc de

 

Berry). A vouloir que  tout soit reproduit à l’identique,

 

on risque fort de passer à côté de la plupart des

 

connexions! Ce qui compte, ce n’est pas le lien entre

 

deux vignettes mais le lien entre deux ensembles

 

de vignettes car alors les probabilités qu’il ne s’agirait

 

que d’une coincidences sont de plus en plus faibles.

 

Certains rapprochements peuvent sembler discutables

 

mais  c’est l’interpréte lui-même qui  a voulu établir

 

un lien. Ainsi la charrue qui correspond à une scéne

 

champêtre  aura donné le chariot du Tarot. Quant aux

 

personnages  assis du Tarot, on en trouve le modéle

 

avec l’image de l’auteur du Kalendrier.

 

Le cas de la Maison Dieu pourrait tenir à certaines

 

illustrations que l’on trouve dans des Livres d’Heures,

 

comme celui conservé à Aurillac (cf  Gabriel Esquer,

 

« Note sur un manuscrit à miniatures d’Aurillac.

 

Aurillac,  E. Bancharel. 1905, Rev. Hte Auvergne, VII, 1905, 73-85,)

 

où l’on voit des hommes en chute libre.

 

Quant au Mat e, on peut les relier

 

aux figures des 4 tempéraments, telles qu’on

 

les trouve dans le KB, tenant un bâton, accompagnées

 

d’un animal

 

Pour ce qui est de l’ermite,   signalons dans les Très Belles

 

Heures de Notre Dame (BNF nouvelles acquisitions 3093; fol   126 verso)

 

des scénes représentant  des ermites (anachorétes)  de Thèbes » (cf  F. Boespflug et  E. König; Ed  du Cerf  1998, p. 81), cf aussi  pp. 134-135 Livre  de prières de Turin) Ci dessous, une imag représnentant   un ermite de Thèbes; e issue d’un autre document (sur Google)

 

 

 

On compaera aussi la Céne avec le Bateleur et le mois de janvier.

 

On ajoutera,

 

à toutes fins utiles,  qu’il ne s’agit pas de dire que la

 

totalité du Kalendrier des  Bergers a été récupérée

 

par le Tarot mais  que le Tarot  aura largement puisé

 

dans le dit KB tout en y apportant éventuellement des

 

éléments supplémentaires.

 

. Il n’est pas question ici de tenir

 

compte du nom des Arcanes mais bien du dessin

 

des lames, même si dans certains cas,  l’arcane ait

 

pu rester très proche dans sa description nominale

 

de son modéle.. Dans le cas du corpus Nostradamus,

 

la source des quatrains n’était pas à rechercher

 

dans le domaine poétique mais bien dans la prose

 

astrologique de ses almanachs lesquels ne figuraient

 

pas dans les éditions des Centuries lesquelles ne

 

comportent que l’épitre à César et celle à Henri II

 

pour toute  prose.

 

En fin de compte, le Kalendrier et Compost des Bergers serait calqué

 

sur les Livres d’Heures. Dès lors, peut-on affirmer que c’est cet ouvrage qui

 

aura directement inspiré la mise en place des arcanes majeurs du Tarot? Cela reste à

 

vérifier. Il n’est nullement exclus que nous puissions identifier une source plus

 

directe, ce qui ressortirait de similitudes iconographiques encore plus flagrantes

 

qu’avec le KB. Mais le corpus des Livres d’Heures est immense. Nous avions rencontré le

 

même probléme à propos de l’emprunt par les rédacteurs de certains quatrains des centuries

 

de Nostradamus à la Guide des Chemins de France, ce qu’avait proposé Chantal Liaroutzos mais

 

par la suite, il nous est apparu qu’une autre oeuvre de Charles Estienne faisait mieux l’affaire.

 

On notera ainsi que dans le manuscrit 1098 des

 

Riches Heures de Poitiers,()  Médiathèque François Mitterrand,  Exposition 1998  on

 

trouve l’iconographie des 4 Evangélistes sous la forme du tétramorphe. A rapprocher

 

de l’arcane Le Monde. (pp. 51-54). Ci dessous une image  célébre tirée d’un autre document

 

et représentant Saint Marc et le Lion.(cf  aussi le Stockolm-Kassel Book of Hours; intr.

 

J. A. Testa,  1999 , pp/ 68-69)

 

Lion  de la Place Saint Marc  à  Venise

 

 

 

 

 

[1]   Noter que nos références bibliographiques sont à rechercher, quand elles sont abrégées, dans notre  Bibliographie des études sur le prophétisme européen  sur le site ramkat.free.fr/thalnn.html) et sur le CATAF (Catalogue des textes astrologiques français, sur le site grande-conjonction.org) , cf aussi Jacques Halbronn : « Histoire des Livres d’Heures. La fortune du Kalendrier et Compost des Bergers en Angleterre et en Italie autour de 1500, in Revue Française d’Histoire du Livre (2015).   Voir R. Mandrou, 1985, p. 69.

[2]  Delumeau, « L’apocalypse revisitée », Entretiens sur la fin des temps, Paris, Fayard, p. 130. « Texte

 

[3] D. Crouzet (1990, t. 2, p. 408) opte pour une attribution à Jean Tabourot, probablement sur la base du catalogue des imprimés de la BNF. C’est aussi le cas de R. Aulotte, Colloque Prophètes et prophéties, Paris, Presses de l’ENS, 1998, p. 11. « Texte

 

[4]  Voir E. Zinner Leben und Wircken des Johannes Müller von Koenigsberg, genannt Regiomontanus, 1938, Munich, pp. 154-155 « Texte

 

[5]  Voir Charmasson, 1974. « Texte

 

[6]  BL, G 10535 (en date du 17 juillet 1493) « Texte

 

[7]  Signalons notamment, au Musée Condé (Chantilly), un Grand Kalendrier des Bergers, Lyon, Claude Nourry, 1512. « Texte

 

[8]  Voir aussi la Chirurgie de Guy de Chauliac. « Texte

 

[9] On ignore ce qui fait dire à H. Drévillon (1996, p. 13) que le Kalendrier « fut imprimé pour la première fois à Troyes en 1489″. Bernard Guégan, sans s’en expliquer, date l’ouvrage de 1480, Reed. Paris, Siloë, 1976 et Slatkine 1978, en se référant aux éditions parisiennes de 1925-1926. « Texte

 

[10]  Voir J Halbronn 1993.1. « Texte

 

[11]  Nous avons publié une traduction française du XIIIe siècle, Halbronn, 1977. « Texte

 

[12]  Voir Halbronn, 1991.6, sur Dariot, voir J. Halbronn 1987. « Texte

 

[13]  Voir J . Halbronn, 1993.7. « Texte

 

[14]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

 

[15]  Son nom figure dans le Mirabilis Liber comme éditeur de Savonarole. « Texte

 

[16]  Sommer, 1892, p. 11, ignore les éditions antérieures à 1493. « Texte

 

[17]  Un exemplaire intéressant pour cette première période est conservé à la B.M. de Bourges. « Texte

 

[18]  Qui a donné l’anglais pour ordinateur: computer. « Texte

 

[19]  Voir Halbronn 1993.1.. « Texte

 

[20]  Nicolas le Rouge (1480 sic), Paris, Payot, 1925, transcrit par Bernard Guègan, Reed. Aubenas, 1976. On ne comprend pas l’origine de cette date de 1480 figurant dans les rééditions Guégan. C’est actuellement la seule édition disponible en librairie, aux Ed. Slatkine. L’erreur reproduite est d’une vingtaine d’années. « Texte

 

[21]  Voir son article  » Some Rogueries of Robert Wyer » in The Library, octobre 1914. « Texte

 

[22]  On notera le même phénomène pour le Mirabilis Liber dont la traduction partielle française reprend une traduction antérieure, faite dans un autre contexte. « Texte

 

[23]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

 

[24]  Voir édition 1858, avec des notes de W. Blades. Selon le catalogue de la BL, l’ouvrage pourrait être du à Jean de Bordeaux. « Texte

 

[25]  Vignette reproduite in « Les Tudors » par J. Guy, in Histoire de la Grande-Bretagne, Dir. K. Morgan, Paris, A. Colin, 1985, p. 219. « Texte

 

[26]  Voir Halbronn 1987, voir J. Halbronn, 1991.2. Ferrier, publiera un almanach sous l’anagramme Frager Rivière, relève P. Brind’amour (1992). « Texte

 

[27]  BNF, Res V 1266 et Res. V 275, BL, IB 39718. « Texte

 

[28]  On en trouvera notamment une reproduction in Des éditions au succès populaire. Les livres de la Bible Bleue, II par M. D. Leclerc et A. Robert, Troyes, 1986, pp. 215 et seq. « Texte

 

[29]  Janvier occupe la première place dans les almanachs, selon le système romain (de Janus, le dieu à double face, qui exprime ainsi la fin et le commencement) même si en France, l’année ne changeait qu’à Pâques en rapport avec l’équinoxe de printemps. Cette situation se maintint en Angleterre jusqu’au XVIIIe siècle, le calendrier julien y restant par ailleurs en vigueur (jusqu’en 1752), voir Boorstin, 1986, pp. 596-597. « Texte

 

[30]  C’est à partir de 1515 environ que les vignettes se raréfieront dans la littérature astrologique et prophétique du Royaume, voir Halbronn 1993.7 « Texte

 

[31]  Voir Cat. des Incunables de la Mazarine. Nlle éd. par Denise Hillard. « Texte

 

[32]  La BM. Amiens, Res 270A, possède une édition de 1491 de Guyot Marchant, qui comporte déjà des additions extra-astronomiques. Atelier de Guy Marchant in A. Claudin: Histoire de l’Imprimerie en France au XVe et au XVIe siècles, Paris, 1900, reprint qui signale l’exemplaire de la B.M. de Bourges. « Texte

 

[33]  Voir Olivier Millet, 1987. « Texte

 

[34]  Voir MS 512, Musée Condé, Chantilly, signalé par A. Lecoq, 1987, pp 201- 203. « Texte

 

[35]  Ouvrage en fait terminé en 1485 selon P. Durrieu. « Les Très Riches Heures du Duc de Berry conservées à Chantilly au Musée Condé et le bréviaire Grimany », Bibl. des Chartes, 1903, voir aussi J. Porcher, Les Très Riches Heures du Duc de Berry, Musée Condé à Chantilly, Paris, 1953. « Texte

 

[36]  Voir aussi l’édition de 1588, Lyon, chez Thibaud Ancelin (BM de Narbonne) « Texte

 

[37]  On trouve dans l’exemplaire de Genève de 1497 la formule « grand bergier », au prologue. (BNF, V 277) « Texte

 

[38] La cohabitation sur un même tableau des luminaires (Soleil et Lune) et des étoiles sera notamment reprise dans les vignettes nostradamiques. Les éditions anglaises attestent également de la présence d’étoiles sur fonds noir. « Texte

 

[39]  Voir J.Halbronn, 1987. « Texte

 

[40]  Voir sur cet arbre, F. Saxl, . « A spiritual Encyclopedy of the Later Middle Ages » in Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, Londres, 1941. Cet « Arbre des vices et des vertus » pouvait également servir pour favoriser la mémoire, grâce à un processus d’association, voir Boorstin, 1986, p. 477. « Texte

 

[41]  Voir BNF, Res V 279, Nicolas Le Rouge, à Lyon, utilise les mêmes motifs. « Texte

 

[42]  Enseigne du libraire Le Noir. « Texte

 

[43]  Les vignettes sont coloriées après impression et les motifs légèrement modifiés. L’exemplaire d’Angers est aussi colorié. « Texte

 

[44]  Champion ne pose pas le problème. « Texte

 

[45]  « L’an de ce présent compost et kalendrier a esté fait et commencé avoir cours le premier jour de janvier 1493″ « Cy dessoubz est noté l’an que ce présent compost et kalendrier a esté fait et corrigé. L’an mil quatre cens quatre vingt et treize est l’an que ce présent kalendrier a esté fit en impression et corrigé » d’où le titre  » Cy est le compost et Kalendrier des Bergiers. Nouvellement refait et autrement composé que n’estoit par avant » « Texte

 

[46]  The kalender of shepherdes in the edition of Paris 1503 in photographic facsimile, a faithful reprint of R. Pynsons’s edition of 1506, Londres. « Texte

 

[47]  Cy est le compost et calendrier des bergers, Paris, Guyot Marchant, 1496, BNF, res mV 33, voir aussi NUC. Kalendrier des bergiers, Paris, Guy Marchant pour Jean Petit, 7 janv. 1496-97. « Texte

 

[48]  BL, IB 39741. « Texte

 

[49]  La présence de squelettes dans le Kalendrier des Bergers est probablement due à l’influence de certaines additions où la mort côtoie les vivants, Genève, 1497, BNF, Res V 277 ou Microfiche m 1475, et 1500, Genève, Res V 273, Genève, 1500. « Texte

 

[50]  Cette forme KL est au demeurant attestée dans les Heures d’Anne de Bretagne (1500-1508), BNF, MS Lat. 9474. « Texte

 

[51]  Voir Sommer (1892) et Halbronn 1993.1. « Texte

 

[52]  Nous avons trouvé une édition augmentée qui annonce une structure en « quatre parties’mais qui n’en fournit pas moins le détail de cinq parties (Le Grand Calendrier et Compost des Bergers, Rouen, Veuve Louis Costé, BM. Rouen.) « Texte

 

[53]  Voir The Kalender of Shepherds being Devices for the twelve months, 1908, Intr. A. H. Diplock. « Texte

 

[54]  Il serait peut être fastidieux de donner le détail d’une telle analyse. « Texte

 

[55]  Ne pas confondre avec l’astrologue du même nom qui publiera un siècle plus tard. « Texte

 

[56]  Voir P. Murray-Kendall, Louis XI, Paris, Fayard, 1974, pp. 284-286. « Texte

 

[57]  Voir G. Bordonove, Les rois qui ont fait la France. Louis XI, Paris, Pygmalion, 1986, p. 170. « Texte

 

[58]  Autre allusion probable à la Bourgogne: « les bourgeons mange » « Texte

 

[59]  Il convient de ne pas tenir compte de la mention manuscrite se référant à Jehan Tabourot qui vécut au siècle suivant et dont le neveu, Estienne, est l’auteur d’un Almanach et pronostication des laboureurs (cf infra). « Texte

 

[60]  Ed. des Quatre Chemins, BNF, Res mV 154. « Texte

 

[61]  Un auteur anglais dit que c’est en fait d’Avril! « Texte

 

[62]  Cette édition sera reprise par Antoine Vèrard pour l’offrir au Roi, BNF, Vélins 518. « Texte

 

[63]  Voir Halbronn, 1993.7. « Texte

 

[64]  Nous sommes en désaccord avec Ursula Baurmeister, et M. P. Laffitte, Des livres et des rois, notice n?, p. 113, Paris, Bibl. Nat. 1992. « En 1493, deux autres éditions, l’une parue en mai, l’autre en juillet, viennent confirmer un succès qui se prolongea jusqu’à la fin du siècle et bien au delà ». « Texte

 

[65] O. Sommer (1892) dans son étude ne souligne pas assez cette relation entre l’édition lyonnaise et la traduction. « Texte

 

[66]  « The first English editions go back to the French edition of Paris or of Geneva 1497″ « Texte

 

[67]  Sommer (1892), dans son tableau, ne relie pas l’édition de 1502 avec les éditions anglaises qu’il fait toutes dériver de l’édition de Paris 1496, alors que de nombreuses additions ne figuraient pas à l’époque, notamment la description des douze signes selon Ptolémée. « Texte

 

[68]  Signalons la présence d’une partie de l’iconographie pastorienne dans la Grant Prenostication pour cette présente année 1502 composée par M. Anselme Rud, natif de Palerme » Paris. BM Grenoble, L 5856. « Texte

 

[69]  Dans les Heures de Bedford, vers 1423, BL, Add. MS 18850, la vignette zodiacale, en couleur, côtoie celle des travaux et des jours du mois. « Texte

 

[70]  Voir Bernard Guégan, op. cit., voir P. Saintyves ( alias Nourry), L’Astrologie Populaire. L’influence de la Lune, folklore et traditions, Paris, 1937, Reed, Monaco, Rocher, 1989, relevé bibliographique, pp. 363-364, et la thèse d’Anne Loisidou, 1978, pp. 13 à 22. « Texte

 

[71]  On en trouvera à Lyon en la rue Mercière à la maison de Jacques Huguetan Et à Paris en la rue St Jacques à l’enseigne Notre dame devant St Benoist à la boutique du dit Huguetan. « Texte

 

[72]  Voir Benazra, 1990. « Texte

 

[73]  Pour Sommer, 1892, pp. 56-57, il n’y a pas de filiation entre Lyon, 1502 et l’ed. de 1503 qui serait directement issue de l’édition de 1496 « The first English editions go back to the French, edition of Paris or of Geneva, 1497″ En fait la filiation genevoise serait acceptable à ce détail près qu’il lui manque les additions qui figurent dans l’édition anglaise de 1503. « Texte

 

[74]  Le nom du pape est rayé sur l’exemplaire du Magdalen College (Oxford), Edition 1508. « Texte

 

[75]  La reine Elizabeth Iere ( qui régna de 1558 à 1603) sera encore présentée, au niveau iconographique, comme Angliae Franciae et Hiberniae Regina cf N. Campion, The Great Year, op. cit. p. 340. « Texte

 

[76]  Voir Sommer (1892) qui la reproduit. « Texte

 

[77]  L’exemplaire Pynson de la Mazarine est relativement tardif, Inc. 1131. « Texte

 

[78]  Voir J. Halbronn 1994.1, voir Dal, 1980, pp. 20 et seq. « Texte

 

[79]  Ce serait donc Sommer, 1892, qui aurait rétabli l’identité du traducteur. « Texte

 

[80]  Il n’est pas certain que Copland ait eu connaissance de la traduction Pynson « Texte

 

[81]  Sur les libraires et traducteurs anglais de la fin du XVe siècle, W. Caxton, Wynkin de Word, R. Copland, voir H. O. Sommer, ed. du Recuyell of the Historyes of Troye, de R. Lefevre, Londres, D. Nutt, 1894, vol. 1, pp XCIV et seq. « Texte

 

[82]  Sommer, 1892, décrit cet exemplaire qui a depuis perdu son colophon daté de 1528. Il y a certainement eu une édition plus récente du texte qui parut en 1528. « Texte

 

[83]  Intr. de la seconde édition: « This book was first corruptly printed in Fraunce and after that at the cost and charges of Richard Pynson newly translated and printed although not faithfully as the original copy required. Therefore it is once again overseen and perused that the same may be at length correspondent to the Authors mind and very profitable to the reader » voir The kalender & compost of shepherds from the original edition published by Guy Marchant in Paris in the year 1493 and translated into English c 1518, newly edited for the year 1931, trad. Robert Copland, révisé par Heseltine, Londres, 1930. « Texte

 

[84]  Il est parfaitement anachronique de parler de « Shepherds kalender » à cette époque comme le fait de temps à autre le catalogue de la Bibl. Bodl. d’Oxford à propos d’une édition de Wynkyn de Worde. On trouve la même imprécision chez Sommer. « Texte

 

[85]  Il ne semble pas que les spécialistes de ce personnage aient jamais signalé sa présence dans le Kalender of Shepherds. Ce pourrait être une des premières mentions du personnage au sein d’un imprimé. voir William Langland, The vision of Piers Plowman, 1935; Taylor 1911 et M. Bloomfield, Piers Plowman as a XIVth century apocalypse, New Brunswick, 1961. « Texte

 

[86]  L’exemplaire de la Radcliffe Libr. bicolore comme le Douce de la Bib. Bodl., pourrait fort bien offrir les mêmes caractéristiques à une date estimée à 1511 (Catal. de la Bodl.) « Texte

 

[87]  En noir et blanc. « Texte

 

[88]  « This book (gentle reader) was first corruptly printed in Fraunce and after that at the cost and charges of Richard Pynson newly translated and printed although not faithfully as the original copy required. Wherefore it is once again overseene and perused that the same may be at length correspondent to the Authors mind and very profitable to the reader doth teach many things that may be bound to learne and know one payne of everlasting death » (Ed de Worde, 1511-1528) (cf Bib. Bodl. Douce K 97 pour 1528 et Radcliff Libr. Oxford, pour 1511) « Texte

 

[89]  Confusion fréquente entre l’astronome d’Alexandrie et la dynastie hellénistique des Lagides. « Texte

 

[90]  Voir Halbronn 1993.1. « Texte

 

[91]  Voir édition, Londres, 1882 du Book of Husbandry, avec une intr. de W. Skeat; voir vignette in J. Guy, « Les Tudors », in Histoire de la Grande Bretagne, Dir. K. Morgan, Trad. Paris, A. Colin, 1985, p. 215. « Texte

 

[92]  Voir Sommer, 1892, Vol. III, p. 172. « Texte

 

[93]  Sommer, 1892, veut que les trois premières éditions anglaises viennent de l’ed. parisienne de 1496. Dans son arbre généalogique des éditions, il n’insiste plus sur l’éd de Genève qui elle va générer les ed. de Troyes et de Lyon tandis que celle de Paris va générer d’autres éditions de de Paris ainsi qu’une édition de Rouen. « Texte

 

[94]  Voir l’exemplaire de la B. Mazarine où le calendrier est mieux conservé que pour l’exemplaire de la BL. « Texte

 

[95]  On notera qu’ici l’astrologie sert de noyau à une encyclopédie alors que par la suite, elle n’aura plus droit dans ce genre d’ouvrage qu’à la portion congrue. « Texte

 

[96]  Ce Kalendrier ne semble avoir été conçu ni par, ni pour des bergers, cf N. Z. Davies, Society and Culture in early modern France, pp. 197 et seq. On trouve également à Liège, ville de Matthieu Laensberg, un « Almanach des Bergers » utilisant des sigles divers et très peu de texte et qui nous semble beaucoup plus approprié. « Texte

 

[97]  Notary est le plus près du Compost of Ptolemy sauf qu’il ne comporte pas les nativitez « Texte

 

[98]  Voir Halbronn, 1987. « Texte

 

[99]  Les astrologues modernes sont encore divisés sous ce rapport. Le système le plus populaire est celui du moine italien Placidus de Titis (XVIIe siècle). Sur l’iconographie des maisons, voir nos travaux sur le Tarot ( 1993). « Texte

 

[100]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

 

[101]  Certaines éditions comportent l’image du Noir et pas d’autres. « Texte

 

[102]  La première étant de 1508 (Magdalen College, Oxford) est différente de Radcliffe car elle a une page de titre « Texte

 

[103]  p.85  » the edition of Wynkyn de Worde, Londres, 1598 which is not derived from the edition of Paris, 1503 but goes back to Guiot Marchant’s edition of 1497 or 1500. « Texte

 

[104]  Bibliographie: Medizinisch-astrologischer Volkskalender Intr., Transcription et Glossaire de Maria Mitscherling, éd. par Hans-Joachim Poeckern, Hugendubel. Vom Einfluss der Gestirne auf die Gesundheit und den Charakter des Menschen. Kommentar zur Faksimile-Ausgabe des Manuskripts C 54 der Zentralbibliothek Zürich (Nurnberger Kodex Schürstab.). Edité par Gundolf Keil, avec F. Lenhart, C. Weisser, préface de Huldrych & M. Koelbnig (Lucerne, Faksimile Verlag, 1983), voir Gundolf Keil, Der Mensch im mittelaterlichen Kosmos. « Texte

 

[105]  Voir H. Oskar Sommer, 1892 « The sources of the Compost and the Kalender », p. 8. L’hypothèse allemande ne semble avoir été envisagée que pour l’iconographie. Voir Loisidou, 1978. « Texte

 

[106]  Voir Lathrope, 1914; Sommer, 1892, ignore totalement ces éditions du Compost of Ptolomeus, ce qui lui fait dire que le Kalendrier des Bergers n’a pas paru entre 1528 et 1556, soit durant 28 ans. Or c’est à cette époque précisément que plusieurs éditions du Compost of Ptolomeus paraîtront. « Texte

 

[107]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

 

[108]  Voir Oxford, Bibl. Bodl., 70 d 12. Le catalogue indique qu’il s’agirait d’une traduction du français. « Texte

 

[109]  A rapprocher d’Indagine (Kleyne Physionomie, menschen Complexie etc)e veut diffèrent. Ou du moins sous la forme du Kalendrier des Bergers A rapprocher d’Indagine (Kleyne Physionomie, menschen Complexie etc) » « Texte

 

[110]  Voir J.P. Boudet, 1990, p. 621. , J. P. Boudet, Le recueil des plus célébres astrologues de Simon de Phares, 2 vol, Paris, Champion, 1997-1999 « Texte

 

[111]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

 

[112]  Edité par G. Keil, Lucerne, Faksimile Verlag, 1983. « Texte

 

[113]  La Bibliothèque Sainte Geneviève (BSG) possède un almanach allemand et un autre flamand (Dat groote Planeten Boeck, Amsterdam 1612, BSG, Inv 2814 V 8° 478 Fonds Ancien), tous deux comportant des noms de sages. Ainsi, pour le Kalendarius de Regiomontanus, imprimé en 1532 à Strasbourg, chez Jacob Cammerlander (BSG, V 4° 326 Inv 1015 Res) il s’agirait de médecins célèbres et le chapitre est consacré à l’astrologie médicale: Hippocrate, Galien, Avicenne, Pline, Ptolémée, Hermès, Almansor, Haly, Razes et Jacobo Forolovio et Benedicto. Simple variante par rapport aux séries du Teutsch Kalender. « Texte

 

[114]  Voir Dal, 1980, pp. 26-27. « Texte

 

[115]  Dal cite des imprimés flamands: Der Scaepherders kalengier, (sic), Anvers. Signalons cependant la Bauern Praktik qui a donné naissance en France à la Pronostication des Laboureurs, voir G. Hellmann, « Die Bauern Praktik », Berlin, Neudrücke von Schriften und Karten über Meteorologie und Erdmagnetismus, Vol. 5, 1896. « Texte

 

[116]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

 

[117]  Das ist der teutsch kalender mit den figuren, gedruckt zu Ulm im Jahre 1498 von Johannes Schäffler, Commentaire Peter Amelung, Zürich, Verlag Bibliophile Drücke von Josef Stocker, 1978. « Texte

 

[118]  Voir Halbronn, 1993.6. « Texte

 

[119]  Introduction du fac simile de la Wurtemberg Landesbibliothek de Stuttgart, par Peter Amelung, op. cit. Autres versions: à la Bibliothèque de Gotha et à la Bibliothèque de Zurich. « Texte

 

[120]  La langue de cet almanach s’apparente plus à l’allemand moderne que celle de l’exemplaire de Rostock, qui est plus flamand, ex Teken pour Zeichen. « Texte

 

[121]  Il pourrait s’agir de Johannes de Padua, que l’on retrouve dans des listes de philosophes, aux côtés de Rasis, cf Thrésor de la Philosophie des Anciens de Barent Coenders van Helpen, Cologne, 1693, réed Arma Artis, s.d., p. 38. « Texte

 

[122]  Voir J. Telle qui souligne l’absence d’astrologues dans des florilèges d’alchimistes mais semble ignorer que l’astrologie les utilise de son côté, « Astrologie et alchimie au XVIe siècle, à propos des poèmes astro-alchimiques de Christoph von Hirschenberg et de Basile Valentin », Chrysopeia, Tome III, fasc. 2, Milan, avril/juin 1989, p. 170. Voir Halbronn, art. « Dariot, astrologue paracelsien », sur le site du CURA. « Texte

 

[123]  J. D. Mylius, Opus medico-chymicum, 1618, reproduit in S. Klossowski de Rola, Le jeu d’or, Paris et Londres, 1988, pp. 140-141. « Texte

 

[124]  Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al Razi, dit Rhazés. « Texte

 

[125]  Voir Lennep, 1984, pp. 46 et seq. « Texte

 

[126]  Galien et Hippocrate se sont vu attribuer des textes astro- médicaux, voir Halbronn 1997.1 « Texte

 

[127]  Zentralbibliothek Zürich, Nürnberg kodex Schürstab C 54. « Texte

 

[128]  A noter que divination se dit en allemand  » Weissagung », ce qui peut être traduit par « dit des Sages ». « Texte

 

[129]  Voir Halbronn, 1993.7. « Texte

 

[130]  Virgile selon Dal, 1980, p. 17. Mais Virgile figure par ailleurs. Il s’agirait plutôt du Grec Mamon, signalé dans l’Elucidaire de Symon de Phares consacré à une longue série de sages. (Wickersheimer, 1929, p. 128). On trouve également, chez Phares, Rasis « excellent médecin » (Wickersheimer, p. 153) « Texte

 

[131]  Dal ne semble pas avoir pris la mesure du phénomène en Allemagne, en dehors de toute mention des Bergers. « Texte

 

[132]  J. Morawski, « Les douze mois figurez », Archivum Romanicum X 1926, pp. 351-363, on y cite notamment: BNF, MS Lat 4641B, fol. 137-138. « Texte

 

[133]  « Ein Urahne des Heimatlandkalenders » in O mein Heimatland, Zürich, 1920, pp. 27 et seq. En ce qui concerne les productions de la seconde partie du XVe siècle, voir aussi d’Alfred Schmid: Conrad Türsts Iatro-mathematisches Gesundheitsbüchlein für den Berner Schulheissen Rudolf von Erlach, Berne (Suisse), P. Haupt, 1947, et sur un autre médecin astrologue helvétique, le zürichois Conrad Heingarter, voir L. Thorndike,History of Magic and Experimental Science, op. Cit., Vol IV, pp. 357 et seq « Texte

 

[134]  Un tel texte reliant les mois et les âges se retrouve dans le Vergier d’honneur de La Vigne, paru sous Charles VIII: « comment l’acteur qui est au vergier donneur (sic) envoya à ses amis le temps de l’année moralisé sur l’aage dit de l’homme » « Texte

 

[135]  Voir Halbronn 1993.1. Le Kalendrier des Bergers ne comporte pas de prévisions agricoles. « Texte

 

[136]  Voir Francesco Maiello, L’évolution de la représentation du temps dans le calendrier français du XVIe au XVIIIe siècle, trad. , Paris, 1998.. L’auteur rapproche l’Almanach de 1588 des almanachs de Maginus du XVIIe siècle. « Texte

 

[137]  Voir article « Tabourot » de Weiss in Biographie Universelle Michaud, voir G. Choptrayanovitch, Estienne Tabourot des accords. Etude sur sa vie et son oeuvre littéraire, Dijon, 1935, Reed Slatkine, 1970, p. 214; Bayle (Article « Accords » Seigneur des), de son Dictionnaire ne rapporte pas l’Almanach à E. Tabourot.onnu Voir article « Tabourot » de Weiss in Biographie Universelle Michaud, voir G. Choptrayanovitch, Estienne Tabourot des accords. Etude sur sa vie et son oeuvre littéraire, Dijon, 1935, Reed Slatkine, 1970, p. 214; Bayle (Article « Accords » Seigneur des), de son Dictionnaire ne rapporte pas l’Almanach à E. Tabourot. » « Texte

 

[138]  Auquel il est attribué curieusement, par une mention manuscrite que prend en considération le fichier des anonymes de la BNF, une édition du Kalendrier des Bergers (Res mV33) de la fin du XVe siècle.est attribué curieusement, par une mention manuscrite que prend en considération le fichier des anonymes de la BNF, une édition du Kalendrier des Bergers (Res mV33) de la fin du XVe siècle. » « Texte

 

[139]  Toinot Arbeau serait également l’auteur d’un Calendrier des Bergers (cf. article de Weiss in Biographie Michaud) la Réforme du Calendrier Toinot Arbeau serait également l’auteur d’un Calendrier des Bergers (cf. article de Weiss in Biographie Michaud) »> « Texte

 

[140]  Antoine Crespin publiera (Pronostication générale du circle solaire) également en 1588 un texte consacré au retranchement grégorien dans ce qu’il peut affecter le système des pronostications perpétuelles, Rouen, P. Hubault, BL, C 1333 b 22 (2). Texte non signalé par Chomarat. Il existe même à la Bodl. Libr., Brox b 44.2, un exemplaire de cette Pronostication générale paru à Lyon chez Jean Patrasson, en 1604 et qui couvre une bonne partie du XVIIe siècle. « Texte

 

[141]  On passa ainsi directement, en cette année 1582, du 4 au 15 octobre. « Texte

 

[142]  Cette lettre comporte une référence à Pontus (Pons) de Tyard. Or, Etienne Tabourot, au quatrième Livre des Bigarrures – nous signale Jean Céard – dédie un texte à Tyard sur ce sujet. « Texte

 

[143]  Le travail de Tabourot se réfère à une littérature qui relève des pronostications perpétuelles de type « moultien »: on signalera notamment le Calendrier Oeconomique et almanach de l’hôtel de ville de Langres dont la première partie est axée sur les saints du calendrier, mois par mois. (manuscrit de la BM de Langres, n?) « Texte

 

[144]  On trouve ces correspondances dans le Kalendrier des Bergiers. « Texte

 

[145]  Voir Le Roux de Lincy, Le livre des proverbes français, Tome 1, 1859, pp. 96-97. Nous n’avons pas localisé d’exemplaire de ce Calendrier. le nom de Maginus, l’Hermite Solitaire, mais aussi, sous le nom de Calendrier des bons laboureurs pour 1618 . « Texte

 

[146]  Voir Halbronn 1987 « Texte

 

pensik

 

 

The shepheardes calender Edmund Spenser

The shepheardes calender Close  The shepheardes calender

conteining twelue aeglogues proportionable to the twelue monethes : Entitled to the noble and vertuous gentleman most worthie of all titles, both of learning and chiualry, Maister Philip Sidney.

Published 1586 by By Iohn Wolfe for Iohn Harrison the yonger, dwelling in Pater noster Roe, at the signe of the Anker in Imprinted at London .

Written in English.

The Physical Object

 

 

La  réception anglaise du Kalendrier des Bergerspar  Jacques  Halbronn

 

 

 

Il convient de distinguer astrologie savante et astrologie populaire (cf  Halbronn 1987)), le niveau de technicité n ‘étant pas le même, étant entendu que les deux formes d’astrologie tendent à s’imbriquer l’une dans l’autre à certaines époques, notamment du fait qu’elles recourent aux mêmes signifiants sinon aux mêmes signifiés. Le rapport de l’astrologie populaire aux données astronomiques reste, en effet, superficiel et figé, comme le montre leKalendrier et Compost des Bergiers (  cf   Jacques Halbronn  « L’astronome et le pasteur

(Du subterfuge du Kalendrier et Compost des Bergers aux astrologues fictifs) » (en ligne sur le blog  « nofim  Halbronn)

En ce sens, cet ouvrage appartiendrait à la série des contrefaçons. Il reste que nous avons ici affaire plus à un exposé d’astronomie que d’astrologie, le terme astrologie étant utilisé essentiellement, dans cette encyclopédie populaire de la fin du XVe siècle, traitant notamment de médecine et d’agriculture, pour désigner ce que nous appelerions astronomie. Ce texte perdurera à peu près inchangé parallélement à l’astrologie dite savante et en quelque sorte lui survivra au XVIIIe siècle avant de se fondre avec elle à l’aube du XXe siècle lorsque cette dernière « renaîtra ».

 

Nous dirons qu’est savant un texte qui implique une certaine valeur ajoutée pour être efficient, exige un savoir qui n’est pas totalement fourni tandis que serait qualifié de populaire, un produit prêt à être consommé tel quel. De ce point de vue, si les pronostications de Nostradamus relèvent d’une astrologie populaire, ses Centuriess’adresseraient plutôt, dépourvues qu’elles sont de tout commentaire ou du moindre mode d’emploi, à des personnes sachant en faire bon usage.

 

D’où un jeu social concernant les auteurs des textes concernés: pasteurs ou philosophes? Peut-on classer lesCenturies dans le registre de l’astrologie populaire? Nous pensons tout au plus que Nostradamus a pu s’inspirer de certains schémas liés au calendrier puisqu’il fut un faiseur d’almanachs. On trouve en fait dans les Centuries un mélange qui n’est pas sans rappeler celui de la Pronosticatio de Lichtenberger, mi astrologique, mi prophétique.

 

Ces publications dont Rabelais traite dans sa Pantagruéline Pronostication sont d’une lecture relativement aisée si l’on fait abstraction d’un certain jargon planétaire sans lequel d’ailleurs on ne saurait pas qu’il s’agit d’un texte astrologique. On disposerait donc de deux définitions du texte astrologique: stricto sensu, il est nécessaire que le texte s’appuie sur des données astronomiques précises, correspondant aux dates étudiées, mais dans un sens plus large, tout texte qui emprunte à l’astrologie une certaine terminologie deviendrait ipso facto astrologique. Et dans le cas des quatrains des Centuries, la dimension astrologique n’est pas facile à cerner, elle va très vite devenir, en tout cas, pour ses commentateurs, d’un intérêt marginal. Ce n’est pas, en effet, parce que Nostradamus est, de par son métier, astrologue que son écriture prophétique et oraculaire est ipso facto d’essence astrologique.

 

Contrairement à ce qu’affirme Oskar Sommer, c’est bien l’édition de 1502 [67] , et non celle de 1497, qui pourrait avoir servi de modèle, sous Henri VII Tudor, à la traduction anglaise de 1503 mais les délais seraient alors bien courts [68] . Les pages de titre sont très semblables en français et en anglais avec le terme Addition dans les deux cas et notamment parce qu’elle comporte un développement consacré aux signes zodiacaux mais sans illustration correspondante, tant dans l’édition française qu’anglaise celle des nations chrétiennes qui figure également dans l’édition anglaise de l’année suivante. A propos des vignettes zodiacales, signalons que celles-ci figurent au sein du calendrier mais ne sont pas reprises pour accompagner le texte consacré à l’exposition des douze nativitez [69] .

 

Il semble bien que l’édition à destination du public anglophone de Vèrard de 1503 – qui ne porte encore aucun frontispice – ait été réalisée à partir d’une édition récente de 1502, parues chez le libraire lyonnais Jean Huguetan, qui a une officine également à Paris, l’impression ayant été effectuée par Claude Nourry. En fait, l’on peut supposer que la version « 1502″ ait été publiée dès 1500, si l’on en croit les références internes mais on ne dispose présentement que de l’édition lyonnaise. En tout état de cause, on ne saurait suivre Sommer Oscar qui propose l’édition genevoise connue de 1497, laquelle ne comporte pas les additions présentes dans la traduction de 1503. L’édition lyonnaise de 1502, a servi à la traduction anglaise de 1503 et, dans la foulée, de celle de 1506 [70] .

 

Cette édition, que possède la BNF et que Sommer décrit rapidement sans y attacher un intérêt particulier, a cette particularité de présenter des « additions » qui sont annoncées comme telles sur la page de titre servant de table des matières et de façon identique dans l’édition parisienne de 1503 du texte anglo-écossais. Toutefois, la traduction anglaise a sauté certains passages de cette édition, ce qui peut donner l’impression qu’elle se réfère à un état plus ancien puisque la réduction du matériel iconographique correspond grosso modo, à l’ancienneté de l’édition. La logique des traductions n’est pas exactement celle des éditions successives.

 

La lecture comparée des deux textes – celui de 1503 ayant fait l’objet d’un fac simile par les soins d’Oskar Sommer, Oskar – révèle une similitude saisissante, même au niveau typographique avec, dans la dernière partie de l’ouvrage quelques développements supprimés. (sur les oiseaux, sur le limaçon ) et qui seront d’ailleurs rétablis dans les éditions ultérieures anglaises. C’est ainsi que l’on ne trouve que la vignette de janvier dans les deux cas.

 

La piste lyonnaise semble meilleure pour rendre compte de l’édition de 1503 (BNF, Res. V 1391). LeKalendrier des Bergiers est sans frontispice, la table des matières est placée en tête. Comparaison entre les éditions de 1502 et de 1503

 

Sur la page de titre de l’édition lyonnaise de 1502 [71] , trois Additions figurent: Les proprietez des douze signes. Addition Les nations chrestiennes. Addition et plusieurs autres choses.

 

Le terme Addition figure également sur la page anglaise: « Addycion: The propyrtes of the XII synge. Addycion.The crystyn nacyons. Addycion Et syndry other thing. » Les deux textes se correspondent en fin de compte page à page mais l’édition anglaise de 1503 ne comporte ni les oiseaux ni le limaçon!

 

On reprend ensuite le parallélisme avec les chapitres suivants. S’ensuit ung petit traictié pour scavoir sur quelle planète lenfant est né. Addition (sic) qui devient en anglais: Follows one little traytte for to understond under what planet the chyld ys born. Addycion

 

Cette édition ne comporte pas de frontispice mais n’en est pas moins truffée d’un fort appareil iconographique.

 

Lyon ne s’est pas illustrée particulièrement dans l’édition du Kalendrier des Bergers qui est une affaire essentiellement parisienne du moins dans les premières décennies de la publication de ce texte. Il en sera autrement au milieu du siècle avec notamment Nostradamus [72] .

 

L’exemplaire de Lyon est clairement structuré et ses « additions » y sont nettement indiquées, marques qui finiront par s’estomper [73] .

 

Les éditions anglaises correspondent, on l’a vu, à un état relativement tardif du Kalendrier et Compost des Bergiers- sauf pour ce qui concerne le Compost of Ptolomeus. Elles comportent toutes, notamment, l’étude des nativités pour les douze signes zodiacaux qui n’apparait en France qu’au début du siècle, du moins pour les éditions connues à ce jour. Toutefois, l’on remarquera que le titre français complet Kalendrier et Compost des Bergers ne sera jamais reproduit et que l’on s’en tiendra à la formule initiale Kalender of Shepardes (ou toute autre variante orthographique) soit sous la forme The kalender of Shepardes, soit sous celle de Here begyneth the Kalender of Shepardes« , la formule plus germanique Shepardes kalendar étant plus tardive. Néanmoins, les éditions françaises ayant servi semblent avoir porté le titre complet à moins que l’édition de 1491 qui portait le titre plus court de Kalendrier des Bergers ait déjà fait carrière en Angleterre.

 

La première édition anglaise. 1503

 

La première édition anglaise de 1503, parue à Paris, fut très vite critiquée outre-Manche en raison de son anglais des plus médiocres. On lit ainsi dans le prologue de l’édition londonienne de Pynson, Richard de 1506, la deuxième édition du Kalendrier parue en anglais: « Here before tyme thys boke was prynted in Paris in to corrupte englysshe and not by no englysshe man wherefore these books were brought into Englande no man coude understand« .

 

Un autre facteur qui rendit la première édition anglaise parisienne impopulaire tient, selon nous, à la place accordée au Roi de France au chapitre des nations « latines ». Très vite, ce chapitre sera, dans les éditions suivantes, accommodé au goût anglais et on verra le Pape disparaître parmi les premiers personnages [74] , en ces temps d’anglicanisme aigu; le Roi d’Angleterre s’affirmait-il en sera ainsi pour Henri VIII au Camp du Drap d’Or – comme roi de France, depuis le traité de Troyes de 1420 mais au début du seizième siècle et encore seulement jusqu’à la Paix de Cateau Cambrésis en 1559, il ne lui reste plus que Calais [75] . Mais la formule restera officiellement de mise jusqu’en 1802. Initialement, en 1420, Henri V devait régner séparément sur les deux royaumes d’où la formule « King of England, King of France » qui deviendra King of England and of France. On a là un bon moyen de datation, en cas de doute.

 

L’édition française de 1503 reléguait encore le Roi d’Angleterre dans la masse des princes, loin derrière le Roi de France qui apparaît juste après le Pape et l’Empereur. On a là un bon exemple de dimension politique d’un simple Kalendrier qui se voudrait purement descriptif.

 

L’édition anglaise de 1503 de Vèrard porte le nom de The Kalendayr of the Shyppars, ce qui correspond au titre français de 1491 et ne comporte pas dans son titre le mot « Compost » qui ne figurera dans aucune édition anglaise en dehors du Compost of Ptolomeus. Outre la langue anglaise jugée défectueuse, elle comporte des manques certainement vol.ontaires par rapport à l’édition d’origine, dans la mesure où il est possible de déterminer celle ci. Le caractère purement astronomique de la première édition française est déjà noyé, en anglais, au milieu d’interpolations ou d’additions de tous ordres relativement tardives.

 

Cette édition parisienne de 1503 en anglais présente une particularité intéressante en ce qu’il y a tentative pour gommer un trait trop savant pour des bergers:

 

C’est ainsi que la phrase « Mais cette matière est difficile pour bergiers congnoissans la nature & propriété de chacune de ses XII maisons si s’en déportent légièrement » est traduite:  » But because this mater is hard, Shephards lettyth ut goo lightly » puis est établie dans les éditions suivantes: « This matter is difficult for astronomers knowledging the nature and propryte of every of the sayde XII houses and departeth lightly« .

 

Il est ici fait référence aux différends entre astronomes autour de la domification et notamment aux récents travaux de Regiomontanus alias J. Müller. Il faut y voir selon nous la trace de l’origine « savante » du Kalendrier des Bergers [76] . Deuxième édition anglaise. 1506

 

Cette édition est suivie dès 1506 par une nouvelle version de Richard Pynson [77] , qui n’est en fait, comme le note Sommer (op. cit., Vol. 1 p.67) qu’une réécriture très libre de la première traduction, sans retour à l’original français [78] .

 

Les parties en vers ont disparu. Mais certaines erreurs ou aménagements de 1503 se sont maintenu, notamment au chapitre des maisons, ce qui aurait dû être le cas si Pynson avait travaillé directement à partir d’une édition française. Cette seconde édition ne s’appelle plus « The Kalendar of the Shyppars » mais « Here beginneth the Kalender of the Shephardes« . Troisième édition. 1508

 

Ce sera donc la troisième édition (1508)- qui, elle, s’intitulera « The Kalender of the Shepherdes« ; elle présentera un caractère de fiabilité en ce qu’elle s’appuie sur une édition française qui, en outre, n’est pas celle de Lyon en ce qu’elle évoque plus directement les petits formats français à frontispice parus à Paris et à Rouen autour de 1500.

 

« Prologue of the translatour  » [79] . There came to my hand one of the said bokes of the Shepherdes kalender in rude and scottysche language…I showed the sayd booke unto my worshipful mayster Wynkyn de Worde at whose commandment and instigacion, Robert Copland Robert have me applied directly to translate it out of french again in our maternal tongue » [80] .

 

Mais le libraire Wynkin de Worde [81]  va, dans une édition suivante (Bodleian Library, Douce K 97) [82]  substituer à la préface de Copland celle de Pynson, tout en gardant cependant la traduction de Copland.

 

Il semble bien que Sommer n’ait pas noté qu’ainsi va se trouver attribuée à Pynson une traduction due à Copland lequel avait eu la même démarche que Pynson et avait voulu proposer une nouvelle traduction. Mais tandis que Pynson s’était contenté de corriger la traduction critiquée, Copland s’engagea véritablement dans une nouvelle traduction.

 

En fait, nous sommes en désaccord avec Sommer lorsqu’il affirme que c’est le libraire anglais Julian Notary qui aurait combiné les versions Copland et Pynson. Il semble bien que ce soit Wynkyn de Worde lui même comme l’atteste précisément ce subterfuge. Notary se contentera de restituer le titre de Pynson [83] . « Here beginneth the Kalender of Shephardes » là où apparemment Wynkyn de Worde avait préféré la forme plus courte et la plus moderne, « The Kalender of Shepherdes ».

 

Quant au texte de Notary, il est à peu près totalement hérité de Wynkyn de Worde et bien distinct, sauf pour le prologue déjà remanié par Wynkyn de Worde en tenant compte des éléments pynsoniens, de celui de Pynson [84]. Les éditions au laboureur

 

Dans ses dernières éditions, Wynkyn de Worde placera probablement par inadvertance le texte du Plowman(cf infra) qui se trouvait à la fin au début. Ce qui aboutit à cette anomalie, persistante dans la suite des éditions anglaises, de l’annonce de la fin de l’astrologie des bergers au début de l’ouvrage! Or, Notary reprendra la formule en l’illustrant d’un laboureur alors qu’il s’agissait d’une allusion à un personnage célèbre et quelque peu légendaire du XIVe siècle, Piers, the Plowman [85] .

 

Il nous semble donc que le rôle de Notary a été sensiblement exagéré par Sommer aux dépends du Wynkyn de Worde qu’on pourrait appeler II [86]  alors que la forme I serait celle de 1508 [87] .

 

Le seul apport de Notary serait en fait, selon nous, le rétablissement du nom de Pynson et la suppression de toute référence à Wynkyn de Worde tout en adoptant sa traduction anglaise. Notary, Julian n’a pas su corriger les aberrations liées à la présence du Plowman en tête. Il n’a fait que la renforcer par une vignette de laboureur puisque plowman a accessoirement cette signification en anglais. Il aurait restitué le frontispice de Pynson et le titre. A la rigueur, il aurait imposé le calendrier de l’édition Pynson [88] .

 

Le rayonnement de l’oeuvre d’éditeur de Wynkyn de worde ne se réduit pas à la mise en place de la matrice de l’édition moderne. C’est encore le texte de Copland qui sert pour les éditions du Compost of Ptolomeus. On y trouve d’ailleurs une vignette identique, celle du Roi [89]  .Ptolémée.

 

Sommer semble tout ignorer de ces éditions du Compost qui semble-t-il ont prévalu durant la période qui semble constituer une éclipse pour cette littérature. Non pas ( cf supra) comme le suggère Lathrope qu’il se soit agi d’une supercherie de William Wyer William mais parce que l’on s’est servi de la traduction Copland pour réaliser cette édition d’aspect plus dépouillé, à partir d’un modèle existant en français, mais que l’on n’a pas retrouvé [90] .

 

Nous désignerons l’édition Notary qui s’inspirera de Copland sans le reconnaître, sous le nom de l’édition duPlowman, du Laboureur -c’est la traduction française-, bien que l’édition de 1508 comporte déjà une référence auplowman mais sans vignette correspondante. Figure en effet, chez Notary, une vignette (où l’on peut lirehusbandrye) représentant un laboureur, laquelle n’existait pas dans les éditions françaises. Edition au demeurant défectueuse puisque l’on trouve au début de l’ouvrage une « Fin de l’Astrologie des Bergers » tout à fait incongrue. Voici le dict du berger au laboureur:

 

The saying of the shepherd to the Plowman

 

« How Plowmen should do Piers go thou to plow and take with thee thy wise Delve and draw sowe barly, wheate and rie Of one make ten this is a perfect life As saith Aristotle in his Philosophie Thou need not study to know Astrologie For if the weather be not thy pleasance Thanke ever God of his divine ordinance«

 

Prologue tardif inspiré de Notary. On notera que Paris est devenu France.

 

Cette vignette se retrouve dans un traité de John Fitzherbert, Newe tracts for husbandemen (c. 1525) [91] . Cela expliquerait la présence du mot husband dans le Kalender. L’ouvrage sera réédité à maintes reprises entre 1523 et 1598 et il semble donc que les éditions anglaises plus tardives du Kalendrier des Bergers aient été marquées par cet autre ouvrage populaire.

 

Ce texte figure déjà, mais sans illustration, en 1508 dans la première édition Wynkyn de Worde [92] . Il s’agit là d’un apport anglais alors que les autres additions sont reprises d’une édition française. Mais en fait, on le sait, lePlowman n’est pas simplement un laboureur, c’est aussi un personnage prophétique très populaire: il y a là un jeu de mots, qui semble avoir déjà existé à la source, qu’il fallait rappeler.

 

L’on peut ainsi considérer la période antérieure à 1556 comme une phase de gestation du texte pastorien anglais. Sommer a signalé une éclipse de plus de 25 ans dans la publication du Kalendar mais il ne tient pas compte des éditions du Compost of Ptolomeus qui s’intercalent précisément dans ce laps de temps.

 

L’édition Powell qui parait cette année là, conservée à la Lambeth Library de Londres, constituée à partir de celle de Notary, parait tardivement, après une interruption assez longue des éditions du Kalendrier des Bergers en 1556 et introduit l’idée d’une troisième traduction. « Here begynneth the kalender of Shephardes. Newly augmented and corrected« . Les éditions françaises de référence

 

En ce qui concerne l’Angleterre, les éditions de 1503 et 1506 sont issues de la matrice 1497, celle parue en 1502 à
Lyon tandis que l’édition 1508 est issue de la matrice 1500, ce qui apparait tant par le format que par l’absence ou la présence de vignettes zodiacales dans le développement ptoléméen [93] .

 

Mais ne peut-on faire un parallèle entre les petits formats français et les petits formats anglais, comme il apparaît d’ailleurs dans le recueil factice de la Radcliffe Science Library, Oxford? Dans ce cas, l’édition de Worde – avec son frontispice – serait inspirée de l’édition Jean Bonfons, Jean qui est également une édition 1497. Toutefois signalons une différence de gravure: un berger en groupe et non isolé.

 

En ce qui concerne donc la généalogie des éditions du Kalendrier des Bergers, il importe de relier l’édition de 1503 à celle de 1502 (cf supra), ce que ne fait pas Sommer. Quant à l’édition de Richard Pynson de 1506 [94] , elle comporte les mêmes pièces que celle de 1503 à part quelques lignes supplémentaires in fine. La dimension versifiée de 1503 fidèle à la présentation française est supprimée bien qu’en accord avec l’édition française. Il semble bien que cette édition ait été simplement un aménagement de la traduction précédente. Les lacunes structurelles auraient pu autrement être corrigées.

 

Peu à peu, une édition anglaise va s’imposer et qui par la suite sera la seule à circuler, notamment au XVIIe siècle, nous pourrions l’appeler l’édition du « ploughman« . Il s’agit, rappelons-le, d’un texte singulièrement défectueux dans son exposition, dans son plan, puisque dès les premières pages, l’on nous parle de la fin. L’image d’un laboureur- de préférence à un berger- apparait au début de la lecture. « Thus endeth the Astrology of Shepherds with the knowledge that they have of the starres planets and movings of the skies ». Les petits formats en Angleterre

 

Nous avions signalé l’importance du format pour effectuer un historique satisfaisant. Il se trouve que l’édition Wynkyn de Worde n’est pas du même format que l’édition de 1503 ou celle de 1506 par Pynson. Elle est d’un petit format et doit être rapprochée des petits formats français.

 

Nous nous sommes intéressé à la fortune des petites éditions françaises en Angleterre, elles sont publiées par Wynkin de Worde.

 

L’exemplaire anglais de la Radcliff Library (Oxford) est également de Wynkin de Worde, il a pour caractéristique, on l’a noté, d’être relié avec une édition française de même format.

 

Ces éditions comportent des frontispices à l’instar des éditions françaises de même format ainsi que de petites vignettes zodiacales à la taille de lettrines alors que les éditions de grand format comportent des vignettes zodiacales plus importantes

 

Evolution des vignettes: dans les premières éditions, les vignettes sont de petit format, plus tard, elles occupent une place plus importante dans le texte. De ce point de vue, l’on dira que l’exemplaire français de Radcliff est relativement tardif en raison de la grosseur des vignettes. En revanche, l’exemplaire anglais de Radcliff comporte de petites vignettes, ce qui indique qu’il est issu d’un exemplaire français plus ancien que celui auquel il est associé dans le recueil factice. L’édition anglaise standard

 

Nous avons donc établi, chorématiquement, que la caractéristique principale de l’édition anglaise telle qu’elle va s’imposer implique une incohérence majeure de construction (fin au début) et l’interpolation d’un texte sur lePlowman (laboureur).

 

C’est donc une version particulièrement corrompue qui s’imposera désormais Outre Manche tout comme, en ce qui concerne les Prophéties de Nostradamus, s’imposera une traduction réalisée à partir d’une édition douteuse de 1656.

 

Les éditions du XVIIe siècle ont corrigé certaines incongruités probablement délibérées (departeth) des premières traductions, qui ne figurent pas chez Notary. Mais elles comportent de fortes anomalies et cela systématiquement. Juste après la table des matières, l’on trouve une page qui devrait se trouver beaucoup plus loin et qui porte la mention en anglais que nous traduisons: « ainsi se termine l’astrologie des bergers » avec la vignette d’un berger en train de mesurer.

 

Sur un exemplaire reconstitué de Notary, apparaît le fameux « plowman ». Est ce un apport aussi ancien ou est ce une erreur de restauration? Il conviendrait de trouver une édition qui comporte réellement ce passage avec les feuillets d’origine Mais si cela devait se confirmer, ce serait un apport durable de l’édition Notary. L’édition Wally n’a pas les pages du début qui comportent le plowman. De quand date cet éditeur qui semble ne pas avoir été signalé (BL)? La mode des bergers et des laboureurs

 

C’est en effet Outre-Manche que nous rencontrons des textes qui nous interpellent. A côté des traductions déclarées du Kalendrier des Bergers, existe, on le sait, un Compost of Ptolomeus, c’est à dire un Abrégé de Ptolémée, aux éditions nombreuses également, qui est considéré comme une supercherie de l’éditeur anglais Robert Wyer, Robert, qui se serait contenté de remanier légèrement le Kalendrier pour le faire passer pour l’oeuvre de Ptolémée… autrement dit de présenter un ouvrage réalisé par des « bergers » pour l’oeuvre du grand astronome grec. On ne trouve aucune trace d’un tel Compost de Ptolémée en langue française. Mais il n’empêche que ce Compost se dit traduit du français et que Paris y est cité comme exemple dans une édition anglaise. Cet original français disparu n’aurait-il pas précédé les éditions de Guyot Marchant et d’autres libraires si Marchant n’est pas le premier maître d’oeuvre comme nous le pensons? Son caractère exclusivement astronomique le rapproche de la première édition de 1491 (Mazarine) et des kalendriers allemands et l’on voit mal un libraire anglais procédant à tant de modifications de fond et de forme à partir d’un document beaucoup plus important, truffé d’annexes et de digressions [95] .

 

Considérons en effet la présentation des autres pronostications populaires, elles sont mises au crédit d’un certain nombre de personnages plus ou moins célèbres, au nombre desquels Ptolémée figure en tête. Heyne de Uri est ainsi un ermite astronome qui, en quelque sorte, met à la disposition du plus grand nombre son savoir. Or, en ce qui concerne le Kalendrier des Bergers, tout se passe comme si les Bergers avaient constitué leur propre savoir…[96] .

 

L’on peut en effet se demander si un Guyot Marchant n’a pas trouvé judicieux de présenter le Kalendrier et Compost comme l’oeuvre des Bergers et non pas seulement à l’intention de ces derniers, comme c’est le cas pour la Pronostication des Laboureurs ou des Bons Pères. Il est remarquable que ce soit précisément cette version qui l’ait, à la longue, emporté sur les autres productions.

 

On peut supposer que quand il s’est agi de traduire le Compost en anglais, on se soit aidé des traductions du Kalendrier existantes et que l’on a respecté leur division en chapitres [97] . La marque savante

 

En fait, une étude plus précise des traductions anglaises et particulièrement de celle de Notary fait ressortir la présence d’un passage embarrassant pour les « faussaires » qui veulent faire croire que l’ouvrage est le fait d’hommes simples [98] . Il s’agit de l’exposé consacré à ce qu’on nomme, dans la terminologie astrologique, maisons.

 

On trouve dans le Compost et dans l’édition Notary: « this matter is difficult for astronomers knowledging the nature and propryte of every of the sayde XII houses and departeth (c’est à dire les divise) lightly (cf Notary).

 

Texte français du Kalendrier: « Mais cette matière est difficile pour bergiers congnoissans la nature & propriété de chacune de ses XII maisons si s’en deportent légièrement »

 

Les bergers ont remplacé les astronomes dans un contexte assez improbable de par sa technicité cosmographique. Le mot anglais depart a disparu dans les éditions de 1503 et 1506: « But because this mater is harde Shephards lettyth ut goo lightly »

 

Il s’agit probablement d’une allusion au débat sur les maisons qui était très vif avec Regiomontanus et sonmodus rationalis concernant la division du mouvement circadien selon des critères de temps et d’espace [99] . Une querelle qui n’avait pas grand sens pour des bergers et pour les lecteurs [100] .

 

La formule française « départ » est préférable à « déportent ». Elle a été conservée chez Notary « departeth them » c’est à dire les divise quelque peu.

 

On a ainsi la preuve, nous semble-t-il du caractère savant de l’ouvrage. Cette observation nous permet de débrouiller l’écheveau: nous constatons donc que l’édition de Notary est la plus proche parmi les traductions anglaises du Kalendrier des Bergers du texte du Compost en ce qui concerne ce passage.

 

Le Compost of Ptolomeus ne pourrait donc être extrait des autres éditions anglaises sinon le passage considéré n’aurait pu être restitué correctement. Il ne peut s’agir d’une nouvelle traduction puisque par ailleurs les différents textes restent très proches.

 

L’on observe par ailleurs que l’ensemble des traductions anglaises comporte une table des matières qui ne figure dans aucune édition française mais qui se trouve dans le Compost of Ptolomeus.

 

L’on peut penser que les traductions anglaises ont tenu compte de la traduction du Compost of Ptolomeuspour se constituer du moins pour les passages communs et que le passage comprenant le terme depart, dans le texte anglais, aurait été modifié parce qu’impropre pour les Bergers. Il faudrait montrer pour cela que dans les passages communs, la traduction de 1503 est plus correcte que pour les autres.

 

Il faudrait alors expliquer pourquoi l’édition Notary est une correction des traductions précédentes du fait qu’elle restitue le texte français du Kalendrier, tout en s’appuyant sur les traductions anglaises existantes. Mais elle le fait à partir d’une édition française plus ancienne qui ne comporterait pas les nativitez.

 

Nous avons établi que la caractéristique principale de l’édition anglaise telle qu’elle va s’imposer définitivement au XVIIe siècle consiste en une incohérence majeure de construction (fin au début) et l’interpolation d’un texte sur lePlowman (laboureur) ce thème ayant été ajouté par Winkin de Worde au travail de Copland.

 

Nous avons déjà fait remarquer la suppression, à propos des nations latines de la référence au Pape. Seule celle à l’Empereur subsistera. La version française ainsi que la traduction de 1503 comportent la double référence. Le roi d’Angleterre va jusqu’à emprunter le titre de « très chrestien ».

 

« In the Nation of Latines, for the superiours is the Emperour and many kings. That is to say the most Christian & redoubted King of England and of France (sic) …and it is the nation most resplendishing in honor, force and chivalrie »

 

Mais ces changements étaient déjà intervenus dans la seconde édition Pynson qu’il convient probablement de dater d’avant l’édition de 1508 de Copland-Wynkin de Worde. Cette seconde édition Pynson retourne au texte français et restitue, dans la paragraphe consacré aux Maisons, le « departeth » supprimé en 1503 et que Pynson n’avait pas changé. L’édition Pynson comporte des abréviations des définitions des textes des signes et des planètes [101] .

 

Les éditions W. de Worde [102]  se caractérisent par un plus petit format conforme au format des éditions françaises utilisées du type Berger de la Grande Montagne [103] .

 

Il est difficile de déterminer si les éditions anglaises se réfèrent aux éditions françaises ou à l’édition de 1503 qui est très fidèle au français. Mais l’important est de noter que certaines omissions de 1503 sont rétablies et notamment quant au chant du limaçon dont Sommer, sans identifier sa raison d’être, signale qu’il est réintroduit dans la troisième version .

 

Cette édition Notary comporte le Plowman – point qui ne nous semble pas avoir été assez souligné par Sommer – et ce serait la première à le faire, mais c’est aussi celle qui introduit les incohérences majeures que Wally ne corrigera pas. sur la fin de l’Astrologie des Bergers au début. Mais l’édition Worde avait déjà introduit cette incohérence. Ptolémée et l’astrologie populaire

 

ICONOGRAPHIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette page est révélatrice des spécificités des éditions anglaises: d’une part l’introduction d’un laboureur qui n’existe pas dans les éditions françaises mais qui en fait est une allusion à un personnage anglais célèbre, appelé Plowman (en anglais, l’homme à la charrue); d’autre part, on peut lire à droite de la vignette: « Thus endeth the Astrology of Shepardes », c’est à dire Ici s’achève l’Astrologie/astronomie des bergers. Or, cette formule figure avant l’exposé concerné, ce qui en dit long sur une certaine corruption de la présentation d’origine.

 

Les titres ont évolué parallèlement, en français et en anglais. Ces deux exemples correspondent à des moutures plus anciennes et assez lourdes. La forme française « Cy est le compost et kalendrier des berhiers » est ainsi rendue « Here begynneth the kalender of Shepheardes ».

 

 

 

 

 

 

Un second stade au niveau du titre donne en français: « Le grand kalendrier et Compost des Bergiers » et en anglais « The kalender of Sheeherdes ».(Bibliothèque du Magdalen College, Oxford). On perçoit ainsi à quel point la version anglaise a pu évoluer, un temps, en suivant les changements de la version française, une des raisons en étant la succession des traductions.  Ces vignettes visent à conforter la thèse de bergers « savants », décryptant le ciel. Ce qui est à l’origine du cliché encore fortement ancré aujourd’hui concernant une astrologie qui aurait été élaborée par des pâtres chaldéens, représentation mythique qui pèse sur les thèses relatives à la naissance et à la genèse de la pensée astrologique.

 

 

 

En vérité, quand on étudie d’un peu près le Tétrabiblos attribué à Claude Ptolémée, on tend à être moins surpris par la présence de son nom au sein d’ouvrages d’astrologie populaire. (voir notre communication « Comparaison du Tetrabiblos attribué à Ptolémée et de la Mathesis de Firmicus Maternus »,Colloque « Homo Mathematicus » Congreso internacional sobre astrologos griegos y romanos, Malaga, 2001, à paraître). En effet, le Tétrabiblos nous paraît accorder une importance particulière à une astrologie saisonnière, donc conférant une place prépondérante au passage du soleil dans les douze signes alors qu’un traité comme celui de Firmicus Maternus est plus axé sur les planétes situées dans des lieux calculés à partir de l’ascendant/horoscope. On sait que ces deux systémes ont par la suite fusionné – notamment dans les années 1930, et que ce qu’on nomme, dans la presse, horoscope est constitué sur la base du signe solaire et non à partir de l’heure de naissance.

 

 

 

]

 

[65] O. Sommer (1892) dans son étude ne souligne pas assez cette relation entre l’édition lyonnaise et la traduction. « Texte

 

[66]  « The first English editions go back to the French edition of Paris or of Geneva 1497″ « Texte

 

[67]  Sommer (1892), dans son tableau, ne relie pas l’édition de 1502 avec les éditions anglaises qu’il fait toutes dériver de l’édition de Paris 1496, alors que de nombreuses additions ne figuraient pas à l’époque, notamment la description des douze signes selon Ptolémée. « Texte

 

[68]  Signalons la présence d’une partie de l’iconographie pastorienne dans la Grant Prenostication pour cette présente année 1502 composée par M. Anselme Rud, natif de Palerme » Paris. BM Grenoble, L 5856. « Texte

 

[69]  Dans les Heures de Bedford, vers 1423, BL, Add. MS 18850, la vignette zodiacale, en couleur, côtoie celle des travaux et des jours du mois. « Texte

 

[70]  Voir Bernard Guégan, op. cit., voir P. Saintyves ( alias Nourry), L’Astrologie Populaire. L’influence de la Lune, folklore et traditions, Paris, 1937, Reed, Monaco, Rocher, 1989, relevé bibliographique, pp. 363-364, et la thèse d’Anne Loisidou, 1978, pp. 13 à 22. « Texte

 

[71]  On en trouvera à Lyon en la rue Mercière à la maison de Jacques Huguetan Et à Paris en la rue St Jacques à l’enseigne Notre dame devant St Benoist à la boutique du dit Huguetan. « Texte

 

[72]  Voir Benazra, 1990. « Texte

 

[73]  Pour Sommer, 1892, pp. 56-57, il n’y a pas de filiation entre Lyon, 1502 et l’ed. de 1503 qui serait directement issue de l’édition de 1496 « The first English editions go back to the French, edition of Paris or of Geneva, 1497″ En fait la filiation genevoise serait acceptable à ce détail près qu’il lui manque les additions qui figurent dans l’édition anglaise de 1503. « Texte

 

[74]  Le nom du pape est rayé sur l’exemplaire du Magdalen College (Oxford), Edition 1508. « Texte

 

[75]  La reine Elizabeth Iere ( qui régna de 1558 à 1603) sera encore présentée, au niveau iconographique, comme Angliae Franciae et Hiberniae Regina cf N. Campion, The Great Year, op. cit. p. 340. « Texte

 

[76]  Voir Sommer (1892) qui la reproduit. « Texte

 

[77]  L’exemplaire Pynson de la Mazarine est relativement tardif, Inc. 1131. « Texte

 

[78]  Voir J. Halbronn 1994.1, voir Dal, 1980, pp. 20 et seq. « Texte

 

[79]  Ce serait donc Sommer, 1892, qui aurait rétabli l’identité du traducteur. « Texte

 

[80]  Il n’est pas certain que Copland ait eu connaissance de la traduction Pynson « Texte

 

[81]  Sur les libraires et traducteurs anglais de la fin du XVe siècle, W. Caxton, Wynkin de Word, R. Copland, voir H. O. Sommer, ed. du Recuyell of the Historyes of Troye, de R. Lefevre, Londres, D. Nutt, 1894, vol. 1, pp XCIV et seq. « Texte

 

[82]  Sommer, 1892, décrit cet exemplaire qui a depuis perdu son colophon daté de 1528. Il y a certainement eu une édition plus récente du texte qui parut en 1528. « Texte

 

[83]  Intr. de la seconde édition: « This book was first corruptly printed in Fraunce and after that at the cost and charges of Richard Pynson newly translated and printed although not faithfully as the original copy required. Therefore it is once again overseen and perused that the same may be at length correspondent to the Authors mind and very profitable to the reader » voir The kalender & compost of shepherds from the original edition published by Guy Marchant in Paris in the year 1493 and translated into English c 1518, newly edited for the year 1931, trad. Robert Copland, révisé par Heseltine, Londres, 1930. « Texte

 

[84]  Il est parfaitement anachronique de parler de « Shepherds kalender » à cette époque comme le fait de temps à autre le catalogue de la Bibl. Bodl. d’Oxford à propos d’une édition de Wynkyn de Worde. On trouve la même imprécision chez Sommer. « Texte

 

[85]  Il ne semble pas que les spécialistes de ce personnage aient jamais signalé sa présence dans le Kalender of Shepherds. Ce pourrait être une des premières mentions du personnage au sein d’un imprimé. voir William Langland, The vision of Piers Plowman, 1935; Taylor 1911 et M. Bloomfield, Piers Plowman as a XIVth century apocalypse, New Brunswick, 1961. « Texte

 

[86]  L’exemplaire de la Radcliffe Libr. bicolore comme le Douce de la Bib. Bodl., pourrait fort bien offrir les mêmes caractéristiques à une date estimée à 1511 (Catal. de la Bodl.) « Texte

 

[87]  En noir et blanc. « Texte

 

[88]  « This book (gentle reader) was first corruptly printed in Fraunce and after that at the cost and charges of Richard Pynson newly translated and printed although not faithfully as the original copy required. Wherefore it is once again overseene and perused that the same may be at length correspondent to the Authors mind and very profitable to the reader doth teach many things that may be bound to learne and know one payne of everlasting death » (Ed de Worde, 1511-1528) (cf Bib. Bodl. Douce K 97 pour 1528 et Radcliff Libr. Oxford, pour 1511) « Texte

 

[89]  Confusion fréquente entre l’astronome d’Alexandrie et la dynastie hellénistique des Lagides. « Texte

 

[90]  Voir Halbronn 1993.1. « Texte

 

[91]  Voir édition, Londres, 1882 du Book of Husbandry, avec une intr. de W. Skeat; voir vignette in J. Guy, « Les Tudors », inHistoire de la Grande Bretagne, Dir. K. Morgan, Trad. Paris, A. Colin, 1985, p. 215. « Texte

 

[92]  Voir Sommer, 1892, Vol. III, p. 172. « Texte

 

[93]  Sommer, 1892, veut que les trois premières éditions anglaises viennent de l’ed. parisienne de 1496. Dans son arbre généalogique des éditions, il n’insiste plus sur l’éd de Genève qui elle va générer les ed. de Troyes et de Lyon tandis que celle de Paris va générer d’autres éditions de de Paris ainsi qu’une édition de Rouen. « Texte

 

[94]  Voir l’exemplaire de la B. Mazarine où le calendrier est mieux conservé que pour l’exemplaire de la BL. « Texte

 

[95]  On notera qu’ici l’astrologie sert de noyau à une encyclopédie alors que par la suite, elle n’aura plus droit dans ce genre d’ouvrage qu’à la portion congrue. « Texte

 

[96]  Ce Kalendrier ne semble avoir été conçu ni par, ni pour des bergers, cf N. Z. Davies, Society and Culture in early modern France, pp. 197 et seq. On trouve également à Liège, ville de Matthieu Laensberg, un « Almanach des Bergers » utilisant des sigles divers et très peu de texte et qui nous semble beaucoup plus approprié. « Texte

 

[97]  Notary est le plus près du Compost of Ptolemy sauf qu’il ne comporte pas les nativitez « Texte

 

[98]  Voir Halbronn, 1987. « Texte

 

[99]  Les astrologues modernes sont encore divisés sous ce rapport. Le système le plus populaire est celui du moine italien Placidus de Titis (XVIIe siècle). Sur l’iconographie des maisons, voir nos travaux sur le Tarot ( 1993). « Texte

 

[100]  Voir Halbronn, 1993.1. « Texte

 

[101]  Certaines éditions comportent l’image du Noir et pas d’autres. « Texte

 

[102]  La première étant de 1508 (Magdalen College, Oxford) est différente de Radcliffe car elle a une page de titre « Texte

 

[103]  p.85  » the edition of Wynkyn de Worde, Londres, 1598 which is not derived from the edition of Paris, 1503 but goes back to Guiot Marchant’s edition of 1497 or 1500. « Texte

 

 

 

 

Bibliographie  anglaise :

 

Jacques  Halbronn,

Etudes autour des éditions ptolémaïques de Nicolas de  Bourdin (1640-1651).Collection Bibliotheca Astroogica. Ed Trédaniel, 1993

Postface  à  Nicolas de Bourdin. Le Centilogue de Ptolomée ou la

Seconde Partie de l’Uranie.

 

Piers the Plowman

William Langland. Pierre Le laboureur.

Introduction, traduction et commentaires de Aude Mairey.

Préface de Jean-Philippe Genet,  Publications de la Sorbonne 1999

 

Ordelle  G. Hill

The Manor, the Plowman, and the Shepherd, 1993

 

 

.

 

Erik Dal

The Ages of Man and the months of the Year. Poetry, prose and

Pictures Outlining the Douze mois figurés Motif Mainly  found in

Shepherds’ Calendars and in Livres d’Heures (14th ro 17th Century,

Copenhague 1980

 

Article ‘The Sepheardes Calender” in

The Spenser Encyclopedia.  University of  Toronto Press, Routledge Londes 1990, iconographie in fine

The Shepherds Calendar & other poems by Edmund Spenser.   Dent  & sons,  et  E. P. Dutton,                                                                                                                                                                                                                                1932 Intr. Philip  Henderson

The Shepheardes Calender in  :

The Yale Edition of  shorter poems of Edmund Spenser  edited  by

William  A.  Oram,  E. Bjovand, R. Bond,  Th. Cain,  A. Dunlop; R. Schell, . Yales university Press 1989

 

Oskar Sommer

The Kalender of Shepherdes. The Edition of Paris 1503 in photographiec facsimile. A faithful  reprint  of R. Pynson’s Edition of London 1506. Edited with a critical introduction and glossary Londres 1892  Kegan Paul, Trench,  Trübner & co.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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